Le journal des chats de Junji Itô

Le journal des chats de Junji Itô.

Delcourt, collection Seinen de Delcourt/Tonkam, octobre 2015, 116 pages, 15,50 €, ISBN 978-2-7560-7344-6. Ito Junji no neko nikki Yon & 伊藤潤二の猫日記よん&むー (2015) est traduit du japonais par Jacques Lalloz.

Genres : manga, horreur.

Junji ITÔ naît le 13 juillet 1963 à Gifu (Japon). Il dessine dès l’enfance et, dans les années 80, alors qu’il travaille comme dentiste, il publie son premier manga Tomie 富江 (1987) que j’ai lu en 1999. D’autres histoires d’horreur suivront : Spirale, Gyo, Le mystère de la chair, La femme limace, etc. parues en français chez Tonkam entre 2002 et 2014 (j’en ai lu plusieurs).

Juju a acheté une petite maison neuve il y a un an. Sa fiancée, A, vient de le rejoindre et elle veut ramener son chat Yon, un matou blanc avec des taches noires et une queue tigrée. Pour tenir compagnie à Yon, A décide de prendre en plus un chaton norvégien, Mû. Juju n’ose rien dire mais il trouve que Yon a « une tête maléfique » (p. 6) et puis il préfère les chiens… En tout cas, avoir deux chats à la maison, ce n’est pas facile pour Juju, d’autant plus qu’en tant que mangaka, il travaille souvent toute la la nuit et il a parfois des hallucinations. Mais est-ce vraiment des hallucinations ?

Il y a un genre qui s’appelle le « ero guro » (pour l’érotique gore), eh bien je dirais que ce manga (autobiographique) est du « neko guro » ! Un récit horrifique exagéré avec des chats qui sont très bien dessinés (mais attention, on est loin de Chi, Plum et autres chats de manga pour la jeunesse !). Par contre les personnages ont des visages blafards ou horrifiés et, en ce qui concerne A, elle a pratiquement toujours les yeux blancs ce qui lui donne un air… inquiétant ! Les différentes histoires sont entrecoupées par des questions à Maître Ito, sur sa vie, son travail ; et il y a des photos de Yon et de Mû puisque les deux chats existent vraiment. Quand un des maîtres de l’horreur veut fait rire ses lecteurs, voici ce que ça donne : un manga mi-horreur mi-comique, et donc insolite et totalement réussi !

Pour le challenge BD et La BD de la semaine (après Madame, l’année du chat de Nancy Peña mercredi dernier, on reste dans les chats, ah ah ah !).

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La BD de la semaine 2017

Longtemps, j’ai suivi La BD de la semaine sans participer, et puis je me suis dit que vu le nombre peu élevé (niveau catastrophique) de bandes dessinées sur le blog, le fait de participer à cet événement hebdomadaire allait me motiver. Bien m’en a pris ! Voici mes liens pour ces derniers mois 2017 (mes goûts sont diversifiés en bande dessinée donc vous trouverez un peu de tout, des classiques, des récentes, des franco-belges, des auteurs d’autres nationalités, un peu de comics, des mangas, chez des éditeurs différents, et de tous les genres, aventure, fantastique, humour, roman graphique, etc.) et le lien vers le groupe FB que j’ai rejoint fin août.

1. Conduite interdite de Chloé Wary (Steinkis, 2017)

2. Astérix chez les Pictes de Jean-Yves Ferri et Didier Conrad (Les éditions Albert René, 2013)

3. Au pays des mollahs de Hamid-Reza Vassaf (Même pas mal, 2011)

4. Madame, l’année du chat de Nancy Peña (La boîte à bulles, 2015)

5. Le journal des chats de Junji Itô (Delcourt / Tonkam, 2015)

Madame, l’année du chat de Nancy Peña

Madame, l’année du chat de Nancy Peña.

La Boîte à bulles, novembre 2015, 80 pages, 13 €, ISBN 978-2-84953-254-6.

Genre : bande dessinée.

Nancy Peña, née le 31 août 1979 à Toulouse, est auteur et illustratrice de bandes dessinées. J’ai particulièrement aimé Le cabinet chinois (2003) et Le chat du kimono (2007). Plus d’infos sur son site et le blog de Madame.

Madame est une petite chatte écaille de tortue qui vient d’arriver dans la vie de l’auteur. « Bon sang, cet appartement possède un potentiel de bêtises incroyable ! » (p. 3).

Vous l’avez deviné, on ne s’ennuie pas avec Madame ! Elle est intelligente et… cynique. Elle a peur des oiseaux, ne supporte pas le bain ; par contre elle aime le thon et… les bêtises !

Mon passage préféré

Madame glose : « Elle lit quoi ta maîtresse ? – Un classique, je crois… La chatte heureuse de Parme. – C’est normal qu’elle soit heureuse… – Ben oui, vu qu’à Parme… y a du jambon. » (p. 66).

Une lecture amusante et poétique pour le challenge BD et La BD de la semaine.

Au pays des mollahs de H.R. Vassaf

Au pays des mollahs de H.R. Vassaf.

Même pas mal, octobre 2011, 128 pages, 16 €, ISBN 978-2-918645-08-5.

Genres : bande dessinée, roman graphique historique.

Hamid-Reza Vassaf est né le 9 juin 1970 à Téhéran en Iran. Il fut professeur en communication visuelle graphique à la faculté d’art et d’architecture de Téhéran. Plusieurs romans graphiques ont été publiés en Iran mais ils sont maintenant interdits car jugés subversifs. Exilé en France depuis décembre 2006, il est auteur, dessinateur et dirige un atelier graphique à Lyon. Au pays des mollahs est son premier livre paru en français. Plus d’infos sur son site.

Janvier 2008, dans le Golfe persique, dans le Détroit d’Ormuz. Des bateaux rapides iraniens foncent sur un porte-avions américain et menacent de le faire exploser. Le Falkland commandé par le capitaine Douglas est pourtant dans les eaux internationales. Mais la zone est minée (par les Iraniens) et un bateau iranien explose ; Hadji se retrouve seul à l’eau et réussit à nager jusqu’à une plage ; il est recueilli et soigné par Sohaile, journaliste et écrivain qui vit seul sur cette île abandonnée dans la maison de son défunt grand-père.

À travers les souvenirs de Sardar Hadji, chef de la milice islamique bassidji, considéré comme mort en martyr par les dirigeants du pays, c’est plus de trente ans de l’histoire de l’Iran que nous délivre Hamid-Reza Vassaf. De l’école dans les années 60 dont Hadji garde un mauvais souvenir car il avait de mauvaises notes, à son merveilleux mariage avec Effat à l’époque du Shah, en passant par la prison et l’intégrisme religieux.

Avec Sohaile, l’auteur raconte simplement la révolution de 1979, la prise de pouvoir par l’ayatollah Khomeini, la répression, la censure, les relations des religieux avec la littérature, le cinéma, la musique, l’art. « Tous les artistes de l’époque Pahlavi doivent être éliminés ». La musique, l’art sont mauvais et méritent d’être interdits car ils éloignent de l’islam ; par contre le cinéma ou certains arts peuvent être utilisés comme arme et servir à la propagande du régime… Jusqu’à l’été 2009, été durant lequel les nouvelles générations sont descendues dans la rue pour réclamer un passage du « monde mythique » au « monde rationnel ».

En fin de volume, un chapitre intitulé Le trône vide raconte l’histoire perse et les mythologies de Mithra « le sauveur du monde, « dieu du soleil et de la lumière, et l’ennemi des ténèbres et des Dives (démons) » au 6e siècle avant J.C. et de Saoshyant « sauveur du monde » à la « fin des temps ». Ce sont les anciennes mythologies mazdéenne et zoroastrienne (j’ai l’impression que ce sont les équivalents du Dieu des juifs et des chrétiens avec son fils Jésus) avant que les musulmans arabes n’arrivent (637-751) et ne remplacent Mithra ou Saoshyant par leur Mahdi ou imam du temps (zaman).

Un noir et blanc extraordinaire, à la fois sombre et lumineux, presque surréaliste et pourtant tout est si réel ; il est devenu si difficile de vivre dans ce pays à la culture multi-millénaire si belle et si riche.

H.R. Vassaf utilise des personnages de fiction pour des personnes ayant réellement existé : Sardar Hadji pour Hadji Zabihollah Bakhshi, Sohaile le journaliste écrivain pour Masoud Behnoud, Mohsen Chérik le cinéaste pour Mohsen Makhmalbaf (exilé en France) par exemple.

Une bande dessinée – plutôt roman graphique – vraiment réussie, pour comprendre comment s’est déroulée la révolution islamique et comment fonctionne le système politique en Iran.

Je mets cette lecture enrichissante dans les challenges BD, Raconte-moi l’Asie (Iran) et La BD de la semaine.

Astérix chez les Pictes de Ferri et Conrad

Astérix chez les Pictes de Jean-Yves Ferri et Didier Conrad.

Les éditions Albert René, octobre 2013, 50 pages, 9,95 €, ISBN 978-2-86497-266-2.

Genres : bande dessinée, humour.

Jean-Yves Ferri au scénario. Né le 20 avril 1959 en Algérie (française), il est auteur de bandes dessinées (scénariste, dessinateur et coloriste) et travaille à Fluide Glacial depuis le début des années 90.

Didier Conrad au dessin. Né le 6 mai 1959 à Marseille, il est auteur de bandes dessinées (scénariste et dessinateur). Il est choisi par Uderzo pour prendre sa suite au dessin d’Astérix.

En ce mois de février froid et enneigé, Obélix trouve sur la plage un énorme glaçon avec un beau jeune homme tatoué et en kilt à l’intérieur. C’est Mach Oloch, un Picte de la lointaine Écosse. « Bref, comment dire… Sa popularité parmi les femmes du village, euh… – Remet un peu en cause le droit d’asile, c’est ça ? » (p. 16). Au printemps, Astérix et Obélix embarquent avec Mach Oloch pour le ramener en Pictie afin qu’il retrouve Camomilla, sa bien-aimée. Mais celle-ci a disparu et son ennemi, Mac Abbeh complote avec les Romains.

Ça faisait un bout de temps que je n’avais pas lu de bandes dessinées d’Astérix. Cette aventure est la 35e mais c’est le premier album qui n’est pas dessiné par Albert Uderzo… Les ingrédients eux sont là : une bonne histoire, un voyage, les pirates, les Romains. Les dessins sont réussis ; il y a bien sûr des jeux de mots (en particulier avec les noms en Mac) et des clins d’œil (« les copains d’abord » ou « Quoi, Mac Keul ? Qu’est-ce qu’il a Mac Keul ? »). On apprend l’origine des pictogrammes, on déguste de l’eau de malt et on découvre que le monstre du Loch Ness est « une sorte de loutre » ! Astérix chez les Pictes est amusant et je me suis replongée avec plaisir dans l’univers de « nos ancêtres les Gaulois » et de leurs amis les Pictes. Je n’ai plus qu’à lire Le papyrus de César, paru en octobre 2015, et attendre Astérix et la Transitalique, annoncé en octobre 2017, toujours avec les deux nouveaux auteurs qui ma foi assurent. Tout savoir sur cet album sur http://www.asterix35.com/ et sur Astérix sur http://www.asterix.com/.

Une lecture pour le challenge BD et pour La BD de la semaine.

Les deux vidéos ci-dessous sont bloquées mais si vous cliquez dessus, vous pourrez les voir sur Youtube.

Conduite interdite de Chloé Wary

Conduite interdite de Chloé Wary.

Steinkis, mars 2017, 144 pages, 18 €, ISBN 978-2-36846-090-0.

Genres : bande dessinée, roman graphique.

Chloé Wary est toute jeune, elle est étudiante en Arts appliqués.

Nour est une jeune femme saoudienne. Pendant cinq ans, elle a vécu à Londres avec ses parents car son père y travaillait. Elle a étudié la photographie. Mais c’est le retour au pays et Nour n’a plus de liberté, elle n’a plus le choix de sa propre vie. Son père l’a inscrite à l’université de littérature arabe. « De toute façon, ça n’a pas d’importance. Pour les filles, la seule chose qui compte c’est l’honneur de la famille. » lui dit-il. La seule solution, si elle veut échapper à la tutelle de son père, c’est de se marier et de tomber sous la tutelle d’un autre homme… Mais il faut trouver un mari coopératif. « C’est comme se condamner à une vie de soumission… » Heureusement sa tante lui présente un jeune homme qui a étudié la médecine aux États-Unis. Quelques mois plus tard, Nour est l’épouse du Dr. Muhammad Al-Hadad. Mais son rôle de femme au foyer ne la satisfait pas…

« L’Arabie saoudite est le seul pays au monde où il est interdit aux femmes de conduire » annonce la quatrième de couverture. Depuis novembre 1990, un groupe d’une quarantaine de femmes, « Women2drive » [lien], revendique le droit de conduire. Nour est parmi ces femmes qui vont tenter la liberté à leurs risques et périls. Elles ont pris le volant, elles ont roulé dans les rues de Ryad, elles ont été arrêtées… Est-ce que, dix-sept ans plus tard, la situation a évolué ? C’est en lisant Révolution sous le voile de Clarence Rodriguez (First, 2014) que Chloé Wary a découvert les témoignages de ces femmes dont elle a eu envie de parler dans cette première bande dessinée vraiment réussie et respectueuse.

Cette bande dessinée m’a beaucoup plu : Chloé Wary s’est sentie concernée par les conditions de ces femmes inconnues, invisibles sous leur abaya, et elle plante bien le décor. Ses dessins ressemblent à ceux de la Libanaise Zeina Abirached mais Chloé Wary a développé son propre style, réaliste et lumineux, ce qui rend l’histoire optimiste même si ces femmes n’ont pas encore eu gain de cause… Et puis c’est un plaisir de découvrir une maison d’éditions que je ne connaissais pas (j’avais toutefois aperçu en librairie la couverture de Là où se termine la terre d’Alain et Désirée Frappier et celle d’Amélia, première dame du ciel d’Arnu West alors il faudra que je regarde plus en détail les parutions de Steinkis) et une nouvelle venue dans le monde de la bande dessinée. Et surtout, je compatis avec le combat de ces femmes, elles méritent d’être libres et indépendantes !

Une lecture pour les challenges BD et Raconte-moi l’Asie. De plus j’ai intégré, depuis la semaine dernière, le groupe La BD de la semaine dans lequel je retrouve des blogueuses et blogueurs lecteurs de BD que je suis depuis des années ! (Mes notes de lecture de bandes dessinées seront donc plutôt publiées le mercredi à partir de maintenant).

Challenge BD 4e édition – 2017-2018

Le Challenge BD 3e édition s’est bien passé même si j’aurais voulu lire plus de bandes dessinées ou du moins en chroniquer plus.

Quatrième édition donc pour le Challenge BD 2017-2018 géré par Marjorie du blog Chroniques littéraires. Infos et nouveaux logos chez Marjorie et sur le groupe FB.

Mes lectures pour ce challenge

1. La brigade chimérique de Serge Lehman et Fabrice Colin (L’Atalante, 6 tomes)

2. Conduite interdite de Chloé Wary (Steinkis)

3. Astérix chez les Pictes de Ferri et Conrad (Les éditions Albert René)

4. Au pays des mollahs de Hamid-Reza Vassaf (Même pas mal, Iran)

5. Madame, l’année du chat de Nancy Peña (La boîte à bulles)

6. Le journal des chats de Junji Itô (Delcourt/Tonkam, Japon)