Le Baron Perché de Claire Martin

Le Baron Perché de Claire Martin.

Jungle (Steinkis), janvier 2021, 128 pages, 16,95 €, ISBN 978-2-82222-998-2.

Genres : bande dessinée française, histoire.

Claire Martin étudie à l’École Émile Cohl et obtient un diplôme de dessinateur concepteur en 2019. Elle est autrice et illustratrice. Le Baron Perché est sa première bande dessinée, une adaptation de Il Barone Rampante (1957) d’Italo Calvino. Plus d’infos sur son blog.

Ombreuse, en Italie, au milieu du XVIIIe siècle. Côme et Blaise Laverse du Rondeau vivent dans un beau domaine avec leurs parents, Konradine et Arminius, Baron d’Ombreuse. L’aîné, Côme, 12 ans, est en conflit avec son père et s’enfuit du manoir pour vivre dans les arbres. « Je ne mettrai plus jamais les pieds sur le sol. Désormais, je ne vivrai que dans les arbres. » (p. 14), d’où son surnom de Baron Perché.

Il rencontre Violette qui vit chez sa tante et une bande d’enfants pauvres qui volent des fruits et qui surnomment Violette, La Capelinette.

Les années passent (dans les arbres). Côme mûrit, il construit une maison perchée, il adopte un chien qu’il appelle Optimus Maximus, il chasse et aide les pauvres, il accueille « Jean des Bruyères, le célèbre brigand » (p. 46) dont la passion est en fait de lire des romans et l’été de ses 18 ans, il empêche même le feu de ravager la forêt et le village avec l’aide des villageois.

Mais, un jour, il apprend que des réfugiés espagnols vivent un peu plus loin, eux aussi dans des arbres.

J’ai tout aimé dans cette bande dessinée, l’histoire (je n’ai pas lu le roman de Calvino mais je me le note !), les dessins, les couleurs, l’ambiance, l’humour (Côme est perché dans les arbres mais il est aussi un peu parfois perché dans sa tête !). Ce conte philosophique montre la liberté, l’indépendance et la conviction de Côme qui ne dérogera jamais à la règle de ne plus jamais mettre les pieds sur le sol. Pour ça, il va devoir être inventif et il y a des moments drôles. Il va aussi découvrir les auteurs français des Lumières, l’amitié, l’amour, la solidarité avec les villageois ou les réfugiés espagnols.

Une très belle bande dessinée que je vous conseille donc vivement et que je mets dans les challenges classiques : 2021 cette année sera classique et Les classiques c’est fantastique (puisque cette BD est une adaptation d’un roman italien paru en 1957), les challenges bandes dessinées : BD et La BD de la semaine (bien qu’en pause estivale) ainsi que dans Challenge de l’été #2 (Italie) et Jeunesse young adult #10.

Little Nemo 1905-2005 – Un siècle de rêves

Little Nemo 1905-2005 – Un siècle de rêves.

Les impressions nouvelles, Hors collection, septembre 2005, 104 pages, 28 €, ISBN 978-2-87449-000-8.

Genres : bande dessinée, dessins de presse, classique.

Ouvrage collectif avec David B, Igort, Jean-Philippe Bramanti, Dylan Horrocks, Craig Thompson, Katsuhiro Otomo, Peter Maresca, Gilles Ciment, Marc-Antoine Mathieu, Miguelanxo Prado, Lorenzo Mattotti, Mœbius, Art Spiegelman, Serge Tisseron, Jacques Samson, François Schuiten, Thierry Smolderen, Pierre Sterckx, Frédéric Boilet, Thierry Groensteen, Benoît Peeters, Pierre Fresnault-Deruelle, Jean-Marie Apostolidès.

Winsor McCay naît le 26 septembre soit en 1867 (au Canada, selon les archives de recensement), soit en 1869 (ce qui est inscrit sur sa tombe) soit en 1871 à Spring Lake dans le Michigan (aux États-Unis, ce qu’il déclarait). Il étudie en tout cas l’Art à Chicago (Illinois) et à l’Université d’Eastern Michigan. Il est doué pour le dessin et particulièrement pour les perspectives architecturales. Il meurt le 26 juillet 1934 à Brooklyn (New York, États-Unis). Ses œuvres les plus connues sont Le petit Sammy éternue (1904-1906), Cauchemars de l’amateur de fondue au Chester (1904-1913), Little Nemo in Slumberland (1905-1914) et des films d’animation comme Little Nemo (1911) et Gertie le dinosaure (1909).

Little Nemo naît en couleurs le 15 octobre 1905 « dans le supplément du dimanche d’un des plus fameux quotidiens américains, le New York Herald. » (p. 5, préface de Benoît Peeters). Winsor McCay est un précurseur non seulement de la bande dessinée mais aussi de l’animation.

Nemo et son petit cheval de la nuit, Semnus, explorent le monde des rêves, « le paysage intérieur des rêves » dit Art Spiegelman (p. 6) qui considère que McCay a créé un chef-d’œuvre méconnu. Le dernier Little Nemo paraît en 1927 puis il est oublié jusque dans les années 70…

Cette bande dessinée d’hommage pour le centenaire (1905-2005) mélange des dessins de presse de McCay (en VO) en noir et blanc ou en couleurs, des planches hommages de dessinateurs illustres (voir leurs noms ci-dessus), il y a une biographie et des infos très intéressantes par Thierry Smolderen (p. 9-17) et des photos d’archives.

« Je rêvais encore ! J’aimerais dormir. Sans presque jamais me réveiller. » (planche de Jean-Philippe Bramanti, p. 8).

Parmi mes hommages préférés, celui de David B. « Je dois noter tous ces rêves avant de les oublier. » (p. 19), le strip géant de François Schuiten, le dessin pleine page de Moebius et celui de Miguelanxo Prado.

Il y a même des poèmes (de Jan Baetens, p. 43). Et Igort a réalisé une grande fresque dépliante, un strip géant de 4 pages.

Chacun, dans son style, dans son univers, a rendu hommage à McCay et à Little Nemo que je ne connaissais que de noms.

En fin de volume, « Autres Nemos, autres rêves » par Peter Maresca avec Billy Make Believe de H.E. Homan, Danny Dreamer de Clare Briggs, Drowsy Dick’s Dime Novel Dream de Charles Reese, Bad Dream Bill ou Happy Hooligan que je ne connais pas mais qui sont soit des pionniers soit des imitations (dont McCay ne s’offusque d’ailleurs pas).

« Il aurait fallu deux vies à Winsor McCay : celle qu’il vécut pour accomplir son immense œuvre de dessinateur de presse, une autre pour se consacrer pleinement à l’art dont il a bâti presque seul les fondations : le cinéma d’animation. » (Gilles Ciment, p. 82).

Little Nemo 1905-2005 – Un siècle de rêves est une très belle bande dessinée à la fois hommage, historique, biographique et une anthologie est parue pour le centenaire : Little Nemo in Slumberland – So many splendid Sundays chez Sunday Press.

Pour le challenge Des histoires et des bulles, la catégorie 27 demande un recueil de dessins de presse et j’avais pensé à Mana Neyestani mais j’ai déjà rédigé un billet à l’été 2015 alors j’ai choisi Little Nemo.

Je mets également cette lecture enrichissante dans 2021 cette année sera classique, BD, La BD de la semaine (cependant en pause estivale).

Wandering Souls (2 tomes) de Zelihan

Wandering Souls (2 tomes) de Zelihan.

H2T, tome 1, juin 2020, 228 pages, 7,95 €, ISBN 978-2-37777-223-0, tome 2, janvier 2021, 212 pages, 7,95 €, ISBN‎ 978-2-37777-352-7.

Genres : bande dessinée française, manga-like, fantasy.

Zelihan Banvillet naît le 20 mars 1997 à Paris mais elle grandit au Puy en Velay en Haute Loire (Auvergne) où elle étudie non seulement le dessin mais aussi la musique (chant, accordéon). Après un bac littéraire, elle choisit les Beaux Arts de Saint Étienne. Très tôt, elle découvre le manga et les films d’animation du studio Ghibli mais elle commence sa carrière de mangaka en secret (son professeur déteste le manga) sous le pseudonyme de MimiZeli sur Twitter, Instagram, Deviant Art et ManonZeli sur Facebook.

Tome 1. Ayten est une jeune orpheline recueillie par les habitants d’un village de chasseurs dans la montagne. Elle peut communiquer avec les animaux morts. Un jour, elle tombe de la falaise mais… « Toi ! Comment se fait-il… que tu sois encore en vie ?! ». Elle est bannie et se réfugie dans un temple abandonné en pleine forêt. Elle y rencontre Zêd, un garçon qui ne peut pas en sortir car des créatures appelées shagaï l’en empêchent. Pourtant ils arrivent à fuir et Ayten récupère un premier os bleu pour Zêd. La chèvre Nonos les suit dans leur périple jusqu’à un lac. Mais Zêd a menti…

Tome 2. Ayten, Zêd et Nonos continuent leur chemin, toujours poursuivis par les shagaï qui veulent arrêter « l’anomalie ». Zêd a récupéré plusieurs os bleus et les shagaï lui proposent de les rejoindre enfin mais en trahissant Ayten. Que va choisir Zêd ? « Ayten, quand on se change en shagaï… on ne peut plus revenir en arrière. » En fin de volume, des strips et des dessins bonus.

Wandering Souls, deux âmes errantes, Ayten et Zêd, est un shônen en deux tomes et cette série (presque trop courte finalement) est très réussie. Aventure, fantasy et écologie sont au rendez-vous pour les deux héros avec leur compagne de voyage, Nonos, le squelette d’une chèvre morte qui communique avec Ayten.

Les dessins sont détaillés, le rythme intense et l’histoire palpitante avec de beaux personnages, la légende des shagaï et de la vie éternelle. Ce voyage initiatique et surnaturel en montagne et en forêt est superbe.

Wandering Souls et Zelihan sont les gagnants du 5e Prix Mangavore (édition 2021). Malheureusement je n’ai pas pu assister ni au live le vendredi 11 juin (vidéo disponible ici) ni à la rencontre dédicace le samedi 12 juin à Romans sur Isère car je travaillais… Mais, chez le même éditeur, j’avais déjà lu une autre jolie série en deux tomes, Hana no Breath de Caly, et rencontré Caly.

Pendant l’été je continuerai à publier pour La BD de la semaine histoire de garder le rythme malgré la pause estivale et je mets également cette lecture dans les challenges BD, Cottagecore (catégorie 2 Retour aux sources), Contes et légendes #3, Des histoires et des bulles (catégorie 5, un shônen), Jeunesse young adult #10, Littérature de l’imaginaire #9 et S4F3 #7.

La librairie de tous les possibles de Shinsuke Yoshitake

La librairie de tous les possibles de Shinsuke Yoshitake.

Milan, septembre 2018, 104 pages, 13,90 €, ISBN 978-2-4080-0625-9. Arukashira Shoten (2017) est traduit du japonais par Myriam Dartois-Ako.

Genres : littérature japonaise, bande dessinée, album illustré.

Shinsuke Yoshitake ヨシタケシンスケ naît en 1973 à Chigasaki (préfecture de Kanagawa) au Japon. Il étudie les arts plastiques à l’Université de Tsukuba. Il est auteur et illustrateur mais aussi graphiste et sculpteur. Plus d’infos sur son site officiel (pour l’instant en pause).

La librairie de tous les possibles a dans ses rayons tous les livres que les clients demandent. Des livres rares, des livres sur les livres, des livres multiples, etc. J’aimerais fréquenter une telle librairie !

Découvrez l’arbre des écrivains, les albums surprises ! Et puis vous apprendrez des choses intéressantes sur les métiers liés aux livres : libraires, bibliothécaires, éleveurs de chiens bouquinistes ou simplement sur les livres et les lecteurs.

Mon passage préféré. « Les livres rangés sur les étagères d’une maison ont un seul propriétaire, mais ceux des bibliothèques débordent d’espoir. ‘Je pourrais être utile à quelqu’un.’ ‘Je vais peut-être amuser un lecteur, ou l’encourager, le consoler.’ ‘Je pourrais faire découvrir des choses aux gens, les rapprocher.’ »

Shinsuke Yoshitake aime les livres et les librairies et offre aux jeunes lecteurs (et aux plus grands) des petites histoires drôles, sensibles et originales avec de très beaux dessins tendres et poétiques.

Pour certains ce livre est un album illustré, pour d’autres une bande dessinée mais la bibliothèque où je l’ai emprunté l’a classé en roman, et en fait, il est un peu tout ça en même temps, un OLNI (Objet littéraire non identifié), et il correspond bien finalement à cette librairie de tous les possibles. En lisant ce livre, le jeune lecteur comprend qu’il lui est possible de tout lire, de tout découvrir et ça c’est merveilleux.

Je mets cette ravissante lecture dans BD, Challenge lecture 2021 (catégorie 2, un livre dont l’action se passe dans une bibliothèque ou une librairie, 2e billet) et Jeunesse young adult #10.

Le souffle du géant de Tom Aureille

Le souffle du géant de Tom Aureille.

Sarbacane, avril 2021, 160 pages, 22,50 €, ISBN 9782377316137.

Genres : bande dessinée française, fantastique.

Tom Aureille naît en 1997 à Agen. Il étudie la bande dessinée au lycée Auguste Renoir à Paris puis l’illustration. Il est parmi les vingt Jeunes Talents sélectionnés au festival d’Angoulême en 2020. Il vit à Strasbourg, travaille à temps partiel dans une librairie et Le souffle du géant est sa première bande dessinée. Il est scénariste et dessinateur. Aide à la mise en couleur de Tarek Abdel Razek.

« Les Géants demeurent dans les territoires perdus du Nord, au plus haut des montagnes. Celui qui saura trouver le chemin pourra, en tuant un de ces colosses, recueillir son souffle et le transmettre à un corps sans âme. Contre la volonté des dieux, le défunt reviendra alors au monde des vivants. Mais l’aventurier se lançant dans cette bataille contre la Mort ne pourra accomplir son dessein qu’en la possession d’un fragment de Pierre de Vie. Ces reliques dorment aujourd’hui parmi les Hommes, le souvenir de leur pouvoir s’estompant au fil des siècles. » (en exergue, p. 7).

Iris et Sophia sont orphelines. Elles ont une pierre bleue qui les aidera à faire revenir leur mère à la vie. Mais Fagus, un chasseur qui a perdu sa fille, Pauline, les suit. En plus, le chemin est long et dangereux, animaux, brigands, sorcière…

Lorsque les sœurs sont séparées, Terelle sauve Sophia et part avec elle dès qu’elle est rétablie. « La mort, c’est la vie. » (p. 83). « La mort. Très triste, mais c’est comme ça. Moi, je suis d’accord d’être en vie. Toi aussi, tu es d’accord ? – Ben… oui. – La mort : pareil. Il faut être d’accord d’être mort ou que les autres sont morts un jour. » (p. 84). Je précise que Sophia est une étrangère dans ce village et que Terelle ne maîtrise pas bien sa langue.

Durant la lecture, il y a des flashbacks et le lecteur voit Iris et Sophia quatre ans avant avec leur mère et comprend ce qui s’est passé et pourquoi les deux sœurs ont entrepris ce voyage.

Le souffle du géant est à la fois un récit d’aventure et un récit initiatique, dans le genre fantastique, basé sur une légende (dont on ne connaît pas l’origine) et qui développe le thème de la mort. D’ailleurs une question se pose : peut-on prendre une vie pour une autre ? Lisez cette belle BD, colorée, rythmée, avec deux sœurs attachantes.

Dernière BD de la semaine avant la pause estivale, je mets cette BD également dans le Challenge BD, Contes et légendes #3 (mais on ne sait pas d’où provient cette légende de géants et de retour à la vie), Des histoires et des bulles (catégorie 14, une BD jeunesse), Jeunesse young adult #10 et Littérature de l’imaginaire #9. Plus de BD de la semaine chez Noukette.

Avant de partir de Mi-Jin Jung et Ja-Seon Gu

Avant de partir de Mi-Jin Jung et Ja-Seon Gu.

Sarbacane, février 2019, 64 pages, 15 €, ISBN 978-2-37731-216-0. Rest Stop (2016) est traduit du coréen.

Genre : bande dessinée sud-coréenne.

Mi-Jin Jung est scénariste et illustratrice.

Ja-Seon Gu est dessinatrice.

C’est Noël (il y a un sapin décoré) et un jeune homme dans une cabane isolée reçoit un chat, un chien, un hamster, une perruche. Chacun se raconte (le jeune homme est comme un psy), mange et laisse une lettre d’adieu pour leur humaine avant de partir. « C’est blanc ! C’est tout blanc !! » (p. 35).

Cette belle œuvre sud-coréenne n’est pas un manwha mais plutôt une bande dessinée à l’occidentale. C’est tout en douceur, très poétique, parfois drôle mais le message est clair, ces animaux partent pour leur dernier voyage et c’est finalement très triste…

Pour le Challenge coréen #2 et La BD de la semaine bien sûr mais aussi les challenges BD, Cottagecore (catégorie 2, Retour aux sources), Challenge lecture 2021 (catégorie 22, un livre dont l’histoire se passe à Noël), Des histoires et des bulles (catégorie 13, une BD dont les personnages sont des animaux) et Les textes courts. Plus de BD de la semaine chez Moka.

Solo 1 – Les survivants du chaos d’Oscar Martin

Solo 1 – Les survivants du chaos d’Oscar Martin.

Delcourt, collection Contrebande, septembre 2014, 128 pages, 16,95 €, ISBN 978-2-75604-170-4. Solo. Historias Caníbales 1 (2012) est traduit de l’espagnol par Miceal O’Grafia, Yannick Lejeune et Anaïs Zeiliger.

Genres : bande dessinée espagnole, science-fiction.

Oscar Martin naît en 1962 à Barcelone (Espagne). Il est dessinateur, scénariste et coloriste (ici avec Diana Linares) depuis 1983 : Tom et Jerry (animation), La Guilde (bandes dessinées). Plus d’infos sur son site officiel.

Sur une Terre post-apocalyptique, ravagée par les produits chimiques et les armes nucléaires vivent de gros prédateurs aux allures préhistoriques, des humains du genre mutants ou hybrides et des animaux géants. Des rats, des patauds, des chats noirs… Apparemment il y a aussi des chiens et des singes mais ils n’apparaissent pas dans ce premier tome.

C’est l’hiver, il fait très froid. « Il est difficile de survivre dans ce milieu si hostile. Les ressources sont maigres et tes frères grandissent si vite que… » (p. 11).

Solo est un rat, il est l’aîné et a tout appris avec son père mais il doit maintenant « tracer [sa] propre route » (p. 11).

L’hiver est rude, se battre et manger ou être mangé… Au printemps, Solo est enlevé et obligé de se battre dans une arène. « La mort en spectacle. Comme si devoir tuer pour se nourrir n’était pas un châtiment suffisant. » (p. 46).

La série Solo est une histoire de chair, d’os et de sang. Solo retrouvera-t-il sa liberté ? Et aussi restera-t-il en vie ? Ce premier tome est vraiment violent mais il m’a donné très envie de lire la suite. Pour l’instant la série contient 4 tomes de plus : Le cœur et le sang (2016), Le monde cannibale (2017), Legatus (2019) et Marcher sans soulever de poussière (2021). Tomes 2 et 3 empruntés à la médiathèque, tomes 4 et 5 réservés.

En fin de volume, des fiches techniques, des explications sur les différentes espèces (rats, mustélidés, humains, nocturnes, porcs, singes, chiens…) et des illustrations supplémentaires.

Une excellente bande dessinée tant au niveau de l’histoire que des dessins et des couleurs que je mets dans La BD de la semaine et les challenges BD, Des histoires et des bulles (catégorie 9, une BD de SFFF) et Littérature de l’imaginaire #9. Plus de BD de la semaine chez Stéphie.

Raven & l’ours 2 de Bianca Pinheiro

Raven & l’ours 2 de Bianca Pinheiro.

La boîte à bulles, juin 2018, 80 pages, 16 €, ISBN 978-2-84953-309-3. Bear 2 (2018) est traduit du portugais (Brésil) par Catherine Barre et Vincent Henry.

Genre : bande dessinée brésilienne.

Bianca Pinheiro naît le 21 septembre 1987 à Rio de Janeiro (Brésil). Elle étudie les arts graphiques à l’Université technologique fédérale du Paraná et commence à publier en 2012 (webcomics). Deux autres tomes sont parus au Brésil (2015 et 2016) ainsi que d’autres titres comme Dora, Mônica, etc. Plus d’infos sur son site officiel, sur son Instagram et sur le site officiel de Bear.

Nous suivons toujours Raven, la fillette qui cherche ses parents, et son ami, l’ours Dimas. Ils ont réussi à quitter la Cité des Énigmes mais le Grand roi G n’est pas prêt à perdre le pouvoir… « Tout un monde de méchanceté m’attend. » (p. 13). Après un bon repas dans le nouveau bar de Dame Pivara (une capivara), Raven et Dimas arrivent à Métodica. Mais cette ville n’est peuplée que d’enfants ; en deux semaines, les adultes sont tous redevenus des enfants suite à un sort. D’ailleurs Dimas se transforme rapidement en ourson (tout mignon mais tout aussi bougon que le Dimas adulte) et s’enfuit pour retrouver ses parents ! Le Grand roi G est également arrivé à Métodica, avec Zink le cosplayer de Lelda de son vrai nom Auguste (clin d’œil au jeu vidéo Zelda, comme dans le premier tome).

Et un petit groupe d’enfants fait la loi, en particulier Cadou qui a pris le poste de commissaire de son père et qui n’apprécie pas du tout les nouveaux venus. « Des étrangers partout ! La ville est pleine d’étrangers ! Mon père m’a toujours dit qu’ils posaient des problèmes. » (p. 29). Heureusement Raven rencontre Mélie, Nico et Lari, puis Douda, des enfants plus responsables. Parce que les adultes-enfants sont encore plus terribles que les enfants-enfants (vous suivez ?). La princesse Lia (clin d’œil à Star Wars) peut-elle les aider à contrer le sort ?

C’est toujours coloré, drôle, avec des clins d’œil (j’en ai cité deux ci-dessus mais peut-être qu’il y en a d’autres, liés à la culture brésilienne que je n’ai pas vus), et les thèmes abordés sur l’enfance et la relation parents-enfants sont à la fois touchants et dramatiques. En fin de volume, des bonus (story-bord, crayonnés, dessins…). Raven retrouvera-t-elle ses parents ? Le tome 3 est paru en mars 2021 et je le lirai dès que possible.

Une chouette suite pour La BD de la semaine, BD, Challenge lecture 2021 (catégorie 16, un livre d’une autrice sud-américaine, 2e billet), Des histoires et des bulles (catégorie 8, une BD d’une femme comme scénariste, dessinatrice, coloriste), Jeunesse Young Adult #10 et Les textes courts. Plus de BD de la semaine chez Noukette.

Rouges estampes de Jean-Louis Robert, Carole Trébor et Nicola Gobbi

Rouges estampes : une enquête pendant la Commune de Paris de Jean-Louis Robert, Carole Trébor et Nicola Gobbi.

Steinkis, mars 2021, 128 pages, 19 €, 978-2-36846-353-6.

Genres : bande dessinée franco-italienne, Histoire, policier.

Jean-Louis Robert, né en 1945, est historien, professeur universitaire et auteur. Il est spécialiste de l’histoire sociale de la Première guerre mondiale et de l’histoire de la Commune de Paris. L’éditeur dit qu’il « travaille à une grande histoire de la Commune entièrement inédite à paraître en 2021 ».

Carole Trébor, née en 1973, est historienne (spécialiste de l’URSS et de la Russie), professeure universitaire en histoire de l’art, autrice de littérature jeunesse (romans, albums illustrés) et documentariste. J’avais beaucoup aimé La lignée (Nina Volkovitch 1) en 2012 et ça me fait penser que je n’ai pas lu la suite.

Nicola Gobbi, né en 1986 à Ancône en Italie (dans les Marches), est auteur et dessinateur mais il vit maintenant à Paris. Il est possible de le suivre sur sa page FB (en italien).

« Paris, mars 1871. Ils sont des centaines d’artistes qui s’engagent dans la révolution de Paris. Depuis le Second Empire, ils sont en lutte contre l’académisme qui trône dans les salons officiels et ils réclament la totale liberté d’ l’Art. […] Pour vivre, ils se font modèles, peintres en décors, dessinateurs… Connaissant le sort du peuple, ils sont sensibles à l’idée de la République sociale. » (p. 3). Un an après, la guerre contre les Prussiens est terminée et l’Alsace et la Lorraine ont été abandonnées à l’Empire allemand. Raoul Avoir, le narrateur, est sur l’Austerlitz à Brest, un bateau prison et il écrit à sa mère ses souvenirs.

Après la guerre, les Parisiens n’ont pas de travail et mangent des rats… Les enfants ne vont plus à l’école, ils sont obligés de travailler pour aider leurs parents… Raoul Avoir a abandonné ses études de Droit, au grand dam de son père, et vivote avec ses amis artistes (Félix Bracquemond, Jules Vallès, Philippe Cattelain, André Gil…). « Tu aurais dû finir tes études de Droit, Raoul, tu serais moins dans la mouise ! – C’est sûr, si j’avais fini mon Droit, vous seriez tous en prison à l’heure qu’il est ! J’aurais été encore plus impitoyable que mon père ! – En attendant de nous condamner, fais-nous voir ton dessin ! » (p. 13).

Raoul – surnommé Mie de pain car il gommait tout le temps ses dessins – est nommé nouveau commissaire du commissariat de Plaisance, réquisitionné par les citoyens dans le 14e arrondissement de Paris. Leur objectif est de « fonder […] une police honnête, estimée de tous, ne s’occupant que d’assurer la sécurité des Parisiens, même des plus pauvres, et de poursuivre les délits et les crimes. » (p. 29). Mais un assassin rôde dans Paris… « Il ne faudrait pas qu’il profite de l’anarchie de votre révolution pour tuer en toute impunité. » (p. 26).

Finalement, c’est une guerre civile entre les militaires attachés au gouvernement replié à Versailles (surnommés les Versaillais, avec un drapeau tricolore) et les citoyens du peuple de Paris (les Communards, avec un drapeau rouge). « La guerre commence… Il va falloir organiser une offensive. On ne va pas les laisser fusiller les nôtres sans régir. » (p. 43). Raoul et ses amis citoyens espèrent une République sociale, du travail, de la nourriture, un toit et la justice pour tous ; ils ont de belles idées mais certains sont parfois excessifs et surtout ils sont considérés comme des terroristes par le gouvernement versaillais mené par Thiers.

Pourquoi Rouges estampes ? La bande dessinée est en noir et blanc mais il y a des esquisses de rouge (par exemple, des nez, des oreilles, ou un chariot que l’on suit de case en case p. 16) et certains dessins sont entièrement dans différents tons de rouge (par exemple, l’artiste tueur en train de peindre sur un corps féminin p. 12). Et pour estampes, un des amis de Raoul, Félix Bracquemond, est peintre, graveur, amateur d’art japonais (il est d’ailleurs l’initiateur du japonisme en France) et il y a des clins d’œil à l’art japonais comme les fleurs de cerisiers. Parmi mes dessins préférés, celui en pleine page du réverbère allumé (p. 33) ou deux estampes en pleine page aussi (p. 98-99).

En mars, j’ai vu le film d’animation Les damnés de la Commune (d’après la bande dessinée de Raphaël Meyssan parue en 2019) et dans Rouges estampes, j’ai retrouvé Victorine, Louise Michel, le peuple parisien qui défend les canons qu’il a lui-même achetés par souscription populaire et les soldats versaillais… « Vous ne tirerez pas sur le peuple ! […] Ne tirez pas les gars ! » (p. 22). Et j’ai encore appris pas mal de petits détails mais ce sont en partie les petites histoires qui font la grande Histoire, n’est-ce pas ?

Mais Rouges estampes n’est pas qu’une bande dessinée historique, des jeunes femmes sont torturées et assassinées et Raoul enquête. Les victimes sont modèle, prostituée, ouvrière… « Les trois crimes pourraient être liés. Toute cette mise en scène abjecte… S’il y a un meurtrier dans la ville, il ne va pas s’arrêter. Il faut prévenir les citoyens. – Si on publie l’information, on risque de créer une panique dans Paris… » (p. 76). En fin de volume, il y a une galerie des personnages et « La mémoire de la Commune ».

C’est grâce à Noctenbule que j’ai découvert cette bande dessinée à la fois historique et policière et je suis ravie d’avoir pu la lire. Les événements se sont déroulés il y a seulement 150 ans et ils furent sanglants… Mais il est bon de les rappeler et, donc, je vous invite à lire cette excellente bande dessinée bien documentée et bien dessinée.

Pour La BD de la semaine et les challenges BD, Des histoires et des bulles (catégorie 18, une BD avec une couleur dans le titre mais elle peut aller aussi dans les catégories 28, 33, 35, 50), Petit Bac 2021 (catégorie Couleur), Polar et thriller 2020-2021.

Willis from Tunis – 10 ans et toujours vivant ! de Nadia Khiari

Willis from Tunis – 10 ans et toujours vivant ! de Nadia Khiari.

Elyzad (site en cours de maintenance… voir la page FB), décembre 2020, 296 pages, 27 €, ISBN 978-9-97358-126-6.

Genre : bande dessinée tunisienne.

Nadia Khiari naît le 21 mai 1973 à Tunis (Tunisie). Elle étudie les arts plastiques à Aix en Provence (France) et devient professeur d’arts plastiques à Tunis. Elle est dessinatrice, peintre et elle crée le chat Willis from Tunis en janvier 2011.

Willis from Tunis est un matou qu’utilise Nadia Khiari pour commenter avec humour la révolution sur les réseaux sociaux. Je n’ai malheureusement pas lu ses précédents tomes auto-édités : Chroniques de la révolution (2011), Willis from Tunis 2 (2012) et Manuel du parfait dictateur (2015). Mais je pense que ce n’est pas gênant pour lire 10 ans et toujours vivant.

Donc je découvre Willis même si j’avais lu quelques articles sur lui et son autrice car ils furent largement plébiscités et récompensés. Nadia Khiari, c’est « une sorte de Louise Michel, porte parole de la société civile tunisienne… Et porte parole des femmes » (Plantu dans sa préface, p. 7). Siné dit que Nadia est « couillue » et que Willis est « anar, mal embouché, alcoolo, volontiers libidineux, révolutionnaire et n’a peur de rien non plus ! » (p. 65). Quant à Nadia Khiari, voici ce qu’elle dit : « La révolution, c’est bon mais c’est long. » (p. 9), eh oui, 10 ans après, Willis et son humour grinçant sont toujours là.

Cette bande dessinée épaisse (presque 300 pages) est un florilège des dessins parus entre le 13 janvier 2011 (le tout premier) et le 23 août 2020, et pour chaque début d’année, l’autrice publie un article qui résume la situation.

Quelques extraits.

2011. « Après l’ivresse de la révolution… La gueule de bois de la révolution… Merde… Merde… Meeeerde… » (18 novembre 2011, p. 35).

2012. « Hé patron, y a un artiste qui nous aime pas ! Faut vite le coffrer !! – Il a atteint au sacré ? – Non. – Il paye ses impôts ? – Oui. – Il picole ? – Non. – Des chèques impayés ? – Non. – Une vie sexuelle débridée ? – Non. – Il fume des pétards ? – Non. – T’es sûr que c’est un artiste ? » (30 juin 2012, p. 53).

2013. « Un cocktail molotov, c’est comme une bouteille à la mer… Mais dans ta gueule !! » (25 juin 2013, p. 81).

2014. « Que peut-on espérer en 2014 ? – Fais un vœu. – Fais pas chier. » (1er janvier 2014, p. 95).

2015. « En cas de crise, trouvez un bouc émissaire. – Les femmes sont la cause de nos problèmes, de la décadence, du chômage ! – Alors, pourquoi on en veut 4 ? » (24 décembre 2015, p. 146).

2016. « Couvre feu en famille… – Pourquoi vous m’avez fait naître dans ce monde de merde ? Hein ? – On t’a fabriqué pendant le couvre feu de janvier 2011… On y croyait encore. » (23 janvier 2016, p. 155).

2017. « Plus de la moitié des jeunes Tunisiens veulent émigrer… Et les autres… – Mais maman, donne moi mon passeport !! – Jamais ! Tu es à moi ! À moi !! » (29 mars 2017, p. 181) mais je ne résiste pas à en mettre un deuxième : « 35 % des jeunes sont au chômage… – Une solution, M. le président ? – Qu’ils vieillissent. Vite. » (5 mai 2017, p. 183).

2018. « ‘Utopie’ = mot inventé par Thomas More, en 1516, dans son livre ‘Utopia’ et signifie ’lieu qui n’est nulle part’. – Je connais, j’y vais tous les ans en vacances. » (5 octobre 2018, p. 2015).

2019. « T’as entendu les révélations sur les tentatives de coup d’État ? – Oui, c’est fou ! On aurait donc un État ?! » (4 septembre 2019, p. 241).

2020. « Aujourd’hui, je vois tout en noir… Fais-moi rire STP. – Il faut faire confiance à l’État. – Hahahahaha » (25 avril 2020, p. 275).

En fait, en lisant, je me suis dit que j’allais choisir un dessin par an mais j’étais limitée car il fallait que le texte soit compréhensible (et amusant) sans le dessin. C’est pourquoi je vous invite à découvrir vous-mêmes cette excellente bande dessinée inspirée et drôle.

Que je mets dans La BD de la semaine et les challenges BD et Des histoires et des bulles (catégorie 19, une BD de plus de 200 pages mais elle aurait pu entrer dans la catégorie 8, une femme scénariste et illustratrice et dans la catégorie 13, des animaux comme personnages). Plus de BD de la semaine chez Stéphie (lien à venir).