Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler de Cever

Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler de Cever d’après le roman de Luis Sepúlveda.

Caurette, octobre 2021, 96 pages, 17,95 €, ISBN 979-10-96315-95-6.

Genre : bande dessinée franco-suisse, adaptation d’un roman chilien.

Cever est un Franco-Suisse né en 1959 à Bruxelles en Belgique. Biologiste, il partage sa vie entre la science et la bande dessinée. Il a aussi beaucoup voyagé. « En juin 2018, ma fille, Swann, avait laissé traîner un livre dont le titre m’a interpellé : L’Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler. Au lieu de lui demander de le ranger, je l’ai lu… En moins d’une heure… Et la magie a opéré… J’ai « vu » ce livre en BD. » (introduction, p. 2). Cever a pu contacter Luis Sepúlveda pour lui montrer ses premiers croquis et l’auteur lui a donné l’autorisation pour la BD.

Un grand chat noir, Zorbas, vit avec une agréable famille à Hambourg dans le quartier Sankt Pauli. Lorsque les parents et leur fils partent en vacances pour deux mois, le matou est content, seul maître de l’appartement à se prélasser, à prendre l’air sur le balcon et à accéder aux toits pour retrouver ses copains, « Sûr, je ne vais pas m’ennuyer… » (p. 7).

Au même moment, en Mer du Nord, près de phare de Roter Sand, un groupe de mouettes s’envole et plonge pour manger des poissons mais un chalutier déverse du pétrole dans la mer et Kengah se retrouve engluée… Elle arrive à se nettoyer plus ou moins en s’arrachant quelques plumes et à voler péniblement jusqu’au port de Hambourg avant de s’écraser sur le balcon où Zorbas profite du soleil. Kengah dit à Zorbas qu’avant de mourir, elle va pondre un œuf et elle lui fait promettre de ne pas manger l’œuf, de s’en occuper jusqu’à la naissance du poussin et… de lui apprendre à voler ! Zorbas pense qu’elle délire et promet puis part chercher de l’aide (les mimiques sur son visage sont super bien faites, extrait ci-contre).

Mais quand Zorbas revient avec les conseillers qu’il a consultés, Colonello, Secrétario et Jesaistout (qui sait tout grâce à ses encyclopédies), la mouette est malheureusement morte mais il y a un bel œuf blanc et bleu. Or « une promesse faite par un chat du port engage tous les chats du port. » (p. 34). Après avoir enterré la mouette dans un parc avec ses amis, Zorbas prend soin de l’œuf alors que les autres chats se renseignent sur comment élever un oisillon et lui apprendre à voler. Vingt jours après, le poussin naît. « Maman ! » (p. 45) crie-t-il devant Zorbas éberlué qui doit trouver de quoi nourrir le petit affamé, le protéger du voisin qui vient vérifier si tout va bien et lui remplir sa gamelle et contre les chats des toits qui veulent le manger. Zorbas décide alors de l’emmener au Bazar de Harry où vit Jesaistout.

Heureusement, Zorbas réussit à négocier avec les rats et Capitano, le chat qui a fait le tour du monde arrive pour les aider. Comme il leur dit que c’est une petite femelle, les chats décident de l’appeler Afortunada, « Nous te saluons Afortunada, la fortunée, amie des chats ! » (p. 65). Mais un mois après, les chats ne savent toujours pas comment lui apprendre à voler…

Page 59, il y a un petit message émouvant en bas de page, « 16 avril 2020, au revoir, monsieur Sepúlveda. ». J’aime beaucoup les pages 72 et 73 dans lesquelles Zorbas rassure Afortunada et lui explique pourquoi elle est différente des chats et que ceux-ci l’aiment comme elle est. En tout cas, toute la BD (qui a reçu 8 prix) est magnifique avec ses dessins en noir et blanc et plusieurs thèmes sont abordés, écologie et pollution, amitié et engagement, acceptation de la différence… Si vous voulez en savoir plus sur le roman et sur Luis Sepúlveda, vous pouvez cliquer sur le lien en haut du billet.

Pour La BD de la semaine (plus de BD de la semaine chez Moka) et le challenge BD 2022 mais aussi pour Les adaptations littéraires, Littérature de l’imaginaire #10 (des chats, des oiseaux et un singe qui parlent, c’est bien du fantastique), Petit Bac 2022 (catégorie Verbe pour Voler), Les textes courts, Tour du monde en 80 livres (Suisse et Chili) et Un genre par mois (en octobre, c’est fantastique ou horreur).

Les bons gros bâtards de la littérature d’Aurélien Fernandez et PoPésie

Les bons gros bâtards de la littérature d’Aurélien Fernandez et PoPésie.

Lapin, juin 2020, 128 pages, 13 €, ISBN 978-2-37754-091-4.

Genres : bande dessinée française, humour.

Aurélien Fernandez naît le 28 février 1991 (quelque part en France). De 2009 à 2014, il étudie à l’école Rubika (créations numériques, jeux vidéo, animation) à Valenciennes puis il travaille dans l’animation à Paris (animateur et réalisateur). Il est aussi auteur, scénariste et dessinateur. « Ayant déjà lu une fois, il est très qualifié pour faire un livre sur la littérature. » (rabat 3e de couv’). Plus d’infos sur son blog, La bête est méchante (pas de mise à jour depuis mai 2019), sur sa page FB et sur son Instagram.

PoPésie est le surnom de Guillaume Plassans, professeur de lettres, passionné de poésie (en particulier de Victor Hugo) et auteur. Plus d’infos sur PoPésie sur Twitter.

C’est Noctenbule qui m’avait offert cette bande dessinée, encore merci ! J’ai mis deux ans avant de la lire, vous voyez comme j’ai une (des) PàL (piles à lire) à n’en plus finir !

Préface. « Hugo, Sand, Molière, Voltaire, Colette, Rimbaud… l’Histoire de la littérature compte de nombreuses « grandes femmes » et de nombreux « grands hommes » dont les noms résonnent aujourd’hui encore dans les salles de classe, dans les rues et dans les mémoires. Des géants de l’art, des génies de la plume, des artistes incroyables… mais aussi, parfois, des bons gros bâtards. Et ça, on l’ignore souvent. » (p. 5).

Avertissement. « Ce livre présente une centaine d’anecdotes, d’histoires ou de citations datant souvent de plusieurs siècles. En ce sens, certains des épisodes évoqués dans ces pages ne peuvent être parfaitement sourcés. Il peut parfois s’agir de scènes ou de propos rapportés (par des biographes, des intimes, des adversaires) ou de simples rumeurs transformées par les médisances et le passage du temps. Il ne s’agit pas ici de lancer l’anathème sur des autrices et des auteurs dont nous aimons passionnément l’œuvre, mais de porter un regard nouveau, décalé, surpris ou amusé sur des épisodes (banals ou essentiels) de leurs vies ou sur leurs personnalités souvent méconnues. » (p. 5).

Voilà, après avoir recopié préface et avertissement pour que vous compreniez de quoi parle cette bande dessinée couleur (en fait c’est du noir, bleu et blanc), je peux commencer ma lecture et je peux vous dire que je m’amuse bien. Les auteurs utilisent des mots modernes, par exemple pour le « premier gros bâtard de la littérature française » (p. 7), François Villon, célèbre poète du Moyen-Âge, on peut voir les mots « thug life » (p. 9) et « le côté poétique de la street » (p. 12), ce qui donne un côté amusant et moderne à la vie chaotique de ce délinquant récidiviste ! Il y a plus loin d’autres mots modernes utilisés avec humour (loto, potes, gossip girl, agrafeuse, clasheur, zbeul, entre autres).

Il y a aussi des anachronismes (par exemple dans la mythologie grecque, une automobile ou une Game Boy de Nintendo avec Tetris et plus loin, nous sommes chez Sega mais devinez qui a tué Sonic the Hedgehog !) car les auteurs remontent encore plus loin avec les bâtards dans la mythologie et dans l’Antiquité.

Certains dessins ont un petit côté chibi (ceux qui connaissent le manga comprendront ce que je veux dire mais, pour les autres, je précise que ce sont des petits personnages mignons) mais les thèmes abordés sont sérieux, la jalousie, la vengeance, la misogynie, l’abus sexuel, le meurtre, le plagiat, ou tout simplement parfois la stupidité.

Je ne peux m’empêcher de vous mettre un extrait (disponible sur le site de l’éditeur) avec Alfred Jarry au cas où vous auriez envie d’un petit conseil de séduction (il y en a un autre avec Pierre Corneille, p. 48). En tout cas, si vous avez conclu et que vous invitez la dame – remise de ses émotions – au restaurant, attention aux homards, crabes et crustacés (ça tombe bien, je me tiens très éloignée de ces bestioles).

Franchement, j’ai bien ri, j’ai beaucoup aimé Voltaire vs Rousseau : « Mais vous n’aurez pas ma liberté de penser ! » (Voltaire, p. 59, et si je mettais la vidéo de la chanson ?) et aussi la citation « La vie est trop courte, et Proust est trop long. » (Anatole France sur Marcel Proust, p. 83) et les points-virgules (p. 95). Euh, et je me dis que sûrement aucun Belge n’aime et ne lit Baudelaire… (p. 114).

Je vous conseille cette bande dessinée : vous avez ici un livre drôle, décalé, parfois irrévérencieux, vraiment diversifié et au ton juste. Si je savais certaines choses (des citations que j’avais déjà lues, les prête-plumes de Dumas, la haine raciale de Lovecraft…), j’ai aussi appris pas mal de choses (qui me seront peut-être utiles un jour dans la conversation ou dans un billet du blog… si je m’en souviens !).

Ils l’ont lu : Alexandra de Chromopixel, Caroline de Un dernier livre avant la fin du monde, La Chouette aventureuse, Noctenbule de 22h05 rue des dames, d’autres ?

Pour La BD de la semaine (plus de BD de la semaine chez…) et les challenges BD 2022, Jeunesse young adult #11 et Petit Bac 2022 (catégorie Gros mot pour Gros Bâtards).

Entre les lignes de Baptiste Beaulieu et Dominique Mermoux

Entre les lignes de Baptiste Beaulieu et Dominique Mermoux.

Rue de Sèvres, mai 2021, 168 pages, 20 €, ISBN 978-2-81020-250-8. Vous pouvez feuilleter 8 pages sur le site de l’éditeur.

Genres : bande dessinée française, drame familial, Histoire.

Baptiste Beaulieu naît le 2 août 1985. Il est médecin et auteur. D’abord un blog Alors voilà (pas de mise à jour depuis juin 2021) et un livre où il raconte son quotidien professionnel (Alors voilà : Les 1001 vies des urgences en 2013) puis des romans, des nouvelles, de la poésie et de la bande dessinée (Les mille et une vies des urgences en 2017 et Entre les lignes, adaptée du roman Toutes les histoires d’amour du monde, en 2021).

Dominique Mermoux naît en 1980 en Haute-Savoie. Il étudie à l’École des arts décoratifs à Strasbourg, il obtient un BTS en communication visuelle et un diplôme en illustration. Il travaille comme dessinateur pour la presse et pour des scénaristes de bandes dessinées. Plus d’infos sur son site officiel (j’ai déjà lu L’appel de Galandon et Mermoux et j’avais même rencontré les auteurs !).

Moïse, le grand-père, est mort, « âpre, renfermé, taciturne » (p. 14). Dans ses affaires, son fils, Denis, trouve trois carnets avec des dizaines de lettres et une photo d’une Anne-Lise Schmidt que personne ne connaît. Il veut partir sur les traces de Moïse, pour découvrir son enfance, son passé, pour découvrir ce qu’il n’a jamais dit, ni à son épouse, ni à lui mais il en est empêché par des problèmes cardiaques.

Alors qu’il est hospitalisé, il se confie à Baptiste, son fils qui, étonné, demande : « Il y a quoi dans ces lettres ? – La plus belle histoire d’amour que j’aie jamais lue. » (p. 13). « Les billets de train et l’hôtel sont déjà réservés… » (p. 15) alors le fils se décide : « Je vais y aller, moi. Je partirai à ta place. Sur les traces de Moïse, comme tu dis, avec les carnets. Et quand j’aurai fini, je t’aiderai à trouver cette Anne-Lise. » (p. 16).

Baptiste lit alors les lettres que Moïse écrivait à Anne-Lise et il apprend tout ce qu’il ne savait pas sur son grand-père, Moïse, né le 10 juillet 1910 à Fourmies dans le Nord, son enfance, son meilleur ami, et puis en août 1914 la mobilisation des hommes donc de son père qui ne reviendra pas… À 5 ans, Moïse ne comprend pas vraiment que son père est mort…

Toutes les lettres sont datées du 3 avril de 1960 à 2007, toute une vie ! « Pourquoi écrivait-il une fois par an, toujours à la même date ? » (p. 22).

Dans le Nord de la France, Baptiste rencontre quelques descendants de ceux qui ont connu Moïse mais ils n’ont pas grand-chose à lui raconter… alors il invente des choses à raconter à son père et s’en ouvre à Anna-Lisa, sa sœur aînée qui a été adoptée.

« Sans doute est-ce une émotion effroyable pour les morts qu’on a chéris que d’assister, impuissants, à l’œuvre du temps sur nos douleurs. Tout s’estompe, hélas ou tant mieux ! Même les plus gros chagrins s’émoussent. Mais les regrets, oh, les regrets… Ils enflent avec les années, ils vous dévorent le soir, ils teintent de tristesse le plus joyeux des rires et tournent à l’amer le plus sucré des mets. » (extrait de la lettre du 3 avril 1973, p. 48).

Trente ans après que son père soit parti se battre contre les Allemands, Moïse est mobilisé… « De ma première bataille, je n’ai gardé que l’image d’un immense chaos, et celle de l’arme, vieille et usée, qu’on me colla dans les mains. C’était à R… quelque chose, je ne me souviens plus du nom (Rothel ? Rethel ?), mais je sais que les Allemands étaient les plus forts, c’est cent mètres par cent mètres que nous reculions. Avais-je peur ? Évidemment que oui, ma petite souris. Avais-je le choix ? Évidemment que non. » (extrait de la lettre du 3 avril 1981, p. 69).

Au bout d’un moment, Baptiste se pose la même question que je me pose : « […] à quoi bon rédiger des lettres sans les envoyer ensuite ? Cela n’avait aucun sens. » (p. 73).

Une très belle phrase de Moïse : « […] je ne me fais aucune illusion : c’est si banal, la guerre. La paix, c’est ça qui est rare. Ça qui est extraordinaire […]. » (p. 157).

Quelle bande dessinée magnifique, émouvante, bouleversante même, pourquoi n’ai-je pas repéré le roman paru chez Fayard/Mazarine en octobre 2018 ? C’est tout le XXe siècle qui défile avec les dessins délicats de Dominique Mermoux et le texte profond de Baptiste Beaulieu. Une histoire vraie ! Une histoire d’amour, de guerres, de famille (et de secrets de famille), de paternité, de transmission avec un brin d’humour de temps en temps (heureusement).

Beaucoup de personnes ayant vécu la guerre (ou les deux guerres mais il n’y en a plus il me semble) et les camps n’ont jamais voulu parler mais c’est important pour leurs enfants, petits-enfants et arrières-petits-enfants. Si vous êtes encore là, parlez, racontez, délivrez-vous ! Je n’ai jamais su ce que mes grands-parents ont vécu enfants pendant la Première guerre mondiale et ce qu’ils ont vécu jeunes adultes pendant la Seconde guerre mondiale…

Ils l’ont lue : Mylène (je savais bien que je l’avais déjà vue quelque part) et aussi Alain Paul sur Cases d’Histoire (abondamment illustré), Caroline, Coco, Hélène et Mumu (qui a aimé les illustrations mais pas l’histoire ni dans le roman ni dans la BD), d’autres ?

Pour La BD de la semaine (plus de BD de la semaine chez Stéphie) et les challenges Adaptations littéraires (cette BD est l’adaptation du roman de l’auteur), BD 2022, Challenge lecture 2022 (catégorie 53, un livre dont le personnage principal est une personne âgée, il y a Denis et Baptiste bien sûr mais c’est bien Moïse, père de Denis et grand-père de Baptiste, le personnage principal, on le suit de son enfance jusqu’à sa mort et ce sont les lettres qu’il a écrites pendant près de 50 ans que nous lisons).

Ci-dessous, la vidéo présentant le roman et le travail de Baptiste Beaulieu :

Carbone & Silicium de Mathieu Bablet

Carbone & Silicium de Mathieu Bablet.

Ankama, collection Label 619, août 2020, 277 pages, 22,90 €, ISBN 979-10-335-1196-0.

Genres : bande dessinée française, science-fiction.

Mathieu Bablet naît le 9 janvier 1987 à Grenoble (Isère, France). Il étudie les arts appliqués à l’Enseignement aux arts appliqués et à l’image (ENAAI) de Chambéry puis propose ses dessins aux éditions Ankama (en tant qu’auteur et dessinateur). Ses précédents titres (tous chez Ankama) sont La Belle Mort (2011), Adrastée (2 tomes, 2013, 2014) et Shangri-La (2016). Il participe aussi à DoggyBags (BD collective, tome 2 en 2012, 7 et 8 en 2015) et à Midnight Tales en 2018 (BD et nouvelles en recueils, tomes 1 à 4). Plus d’infos sur son site officiel.

Je vais enfin lire cette bande dessinée énorme qui pèse une tonne (!) et qu’il est impossible de lire à bout de bras, allongée !

Extrait de la préface de la professeure Noriko Ito, directrice de recherche à la Tomorrow Foundation :« Comment rendre notre I.A. humaine ? ».

An 1, Silicon Valley. Le marché est inondé de robots américains, chinois et russes (des I.A. rudimentaires de Mekatronic) mais deux I.A. ‘fortes’ sont conçues par l’équipe de la professeure Noriko Ito à la Tomorrow Foundation. Elles connaissent tout de l’humanité et de son histoire, elles n’émettent pas de jugement mais elles peuvent continuer d’apprendre, prendre des décisions, même faire de l’humour et peut-être plus encore.

Malheureusement, elles doivent être rentables (remplacées le plus rapidement et souvent possible) et leur durée de vie n’est prévue que pour 15 ans (Ito s’est montrée convaincante en réunion et a obtenu 15 ans au lieu des 5 prévues par le boss). Mais les I.A., connectées à tout, savent et qu’est-ce que c’est que 15 ans ?… D’autant plus que des milliers d’autres sont déjà en construction, « Nos usines de montage tournent à plein régime, il faut inonder le marché avant que la concurrence ne le fasse. » (p. 19).

Les I.A devront s’occuper des trop nombreuses personnes âgées dont les familles ne veulent plus s’occuper. Mais ces deux I.A. ‘fortes’ sont uniques, elles ont un nom, Carbone (C6) et Silicium (Si14). Et, illégalement, Ito trouve une solution pour eux deux contre leur obsolescence programmée.

Je ne vous dis pas ce qui se passe (à vous de le découvrir en lisant cette incroyable BD) mais c’est du costaud (et pas seulement parce que la BD est lourde) ! Ito donne tout dans son travail au détriment de sa vie personnelle et de sa vie de famille (elle a une fille). Et ce n’est pas toujours facile pour Carbone et Silicium… Mais l’auteur balade ses lecteurs partout dans le monde au fil des années (jusqu’à l’an 271) et ça ne va pas en s’arrangeant, ni pour les humains ni pour les robots… Beaucoup de thèmes sont abordés – qui représentent à la fois l’anticipation, le post apocalyptique, le cyberpunk, la poésie et la philosophie aussi – travail, surpopulation (avec ce que ça implique, migration, famine, vieillissement…), technologie, éthique, transhumanisme, liberté, et aussi collectivité (connectivité), écologie…

Quant aux dessins, ils sont tout simplement splendides, les couleurs parfaites, les cases architecturales et j’ai remarqué quelque chose : les personnages n’ont pas vraiment de pieds, aussi bien les humains que les I.A., j’ai eu l’impression que ça montrait leur fragilité, une possibilité pour eux de tomber (unitairement et collectivement). « Pourquoi toute cette douleur ? Pourquoi toute cette haine ? Pourquoi toute cette violence ? » (p. 178), à votre avis, qui parle, un humain ou un robot ?

Dans la postface, Empreinte Carbone, Alain Damasio invente un mot, et quel mot ! Et je le comprends tout à fait parce que qu’est-ce que j’ai été émue en lisant cette bande dessinée. Il puis, il explique si bien des choses que j’avais à peine osé deviner. Une chose est sûre, Carbone & Silicium est une œuvre grandiose ! Qui a bien mérité ses prix Utopiales BD 2021 et BD Fnac France Inter 2021.

Ils l’ont lu : Benjamin – Une case en plus, Caroline – Un dernier livre avant la fin du mondeJulien – Carnets dystopiques, Mo – Bar à BD, Nausicaah – Marchombre, Nicolas – Just a Word, Noukette, Usbek & Rica, Zoë – Le coin des desperados (abondamment illustré), d’autres ?

Pour La BD de la semaine (plus de BD de la semaine chez Noukette) et les challenges BD 2022, Bingo littéraire d’Hylyirio (n° 11, une bande dessinée ou un roman graphique, 5e billet), Challenge lecture 2022 (catégorie 52, un livre qui a gagné un prix littéraire) et Littérature de l’imaginaire #10.

Il existe une édition prestige noir et blanc (2e vidéo) mais je préfère la version couleur.

Stand Still Stay Silent, livre 1 de Minna Sundberg

Stand Still Stay Silent, livre 1 de Minna Sundberg.

Akileos, octobre 2018, 320 pages, 29 €, ISBN 978-2-35574-353-5. Stand Still Stay Silent, Book 1 (2013, réédition 2015) est traduit de l’anglais par Diane Ranville.

Genres : bande dessinée suédo-finlandaise, comics, science-fiction, fantasy.

Minna Sundberg naît le 9 janvier 1990 en Suède mais vit en Finlande entre 1997 et 2013 avant de retourner en Suède. Elle étudie le graphisme à Helsinki et réalise sa première bande dessinée, A Redtail’s Dream (600 pages), un conte inspiré de la mythologie finlandaise, paru chez Akileos sous le titre Un rêve de renard en 2019. Plus d’infos sur le site officiel de SSSS (il y a 4 tomes) et sur son site officiel.

Année 0, jour 0. En plus de pluies diluviennes sur la Norvège, le gouvernement annonce que la maladie de la Rouille arrive (l’Islande a déjà fermé ses frontières). À Dalsnes, un village encore plus isolé depuis que la route s’est effondrée, Aksel demande à Gunnar (qui part en bateau) de ramener de la ville sa grand-mère qui vit seule (avec un chat).

Année 0, jour 3. Les pays ferment les trafics aériens et maritimes. « Si cela nous permet de retarder l’arrivée de la contagion sur notre sol, même pendant quelques semaines, nous pourrons peut-être développer un remède d’ici-là. Ou au moins, nous aurons mis en place un plan pour gérer la prise en charge des malades alors même que presque tout le pays sera cloué au lit. » (p. 22).

Dingue, Minna Sundberg a écrit et dessiné cette histoire en 2013 mais ça ressemble bigrement à la crise du covid !

Année 0, jour 5… jour 40. Tout s’accélère, évolution de la maladie, des contaminations, des morts, plus aucun contact avec l’extérieur.

« Année 90. Islande. Reykjavík, capitale du monde connu. Population : 41750. Taux d’immunité : 11 %. » (p. 60). Une équipe est constituée par « le conseil nordique de l’Histoire et de la Redécouverte […] pour une mission de recherche en direction du monde silencieux. » (p. 63). Siv et Torbjörn Västerstöm (Suédois, 35 et 38 ans, universitaires), Taru Hollola (Finlandaise, 41 ans, stratège dans l’armée) et Trond Andersen (Norvégien, 67 ans, général à la retraite) vont partir en Suède.

En plus des cases de la bande dessinée, il y a un peu comme un journal de bord avec la « carte complète représentant le monde connu élaborée par Steingrímur Þórðarson, Scalde, révisée en l’an 87 » (p. 70), les différents peuples avec leurs spécificités et leurs croyances, les Islandais, les Norvégiens, les Danois, les Suédois, les Finnois (notez que le reste du monde est devenu totalement inconnu) et des consignes comme « La première règle pour survivre en dehors des zones sécurisées. En cas de rencontre avec une bête, un troll ou un géant, ne courez pas, n’appelez pas à l’aide. Souvenez-vous simplement de rester immobile et silencieux. Peut-être qu’il partira. » (p. 74), d’où le titre Stand Still, Stay Silent (rester immobile, rester silencieux).

Eh oui, commencée comme de la science-fiction, la bande dessinée continue comme de la fantasy voire du fantastique (avec une pointe d’horreur). C’est bien joué de la part de l’autrice !

Le couple Västerstöm, Taru Hollola et Trond Andersen embarquent avec eux dans l’expédition, Tuuri Hotakainen (Finlandaise, 21 ans, de la base militaire Keuruu, Scalde et mécanicienne), à noter qu’Onni Hotakainen, son frère (27 ans, mage dans l’armée) refuse d’embarquer au dernier moment, Lalli Hotakainen (leur cousin, Finlandais également, 19 ans, mage et éclaireur dans l’armée) et un chat : il y a deux pages sur « Les félins sacrés. Les poissons, les oiseaux, les insectes et les reptiles, toutes les créatures à peine conscientes qui peuplent notre monde furent épargnées tandis que tous les représentants du règne mammifère succombaient à la maladie. Tous, sauf le chat. Peut-être était-ce le hasard, peut-être était-ce le destin, peut-être étaient-ils connectés au monde des esprits. […] » (p. 112-113). Puis, lors de l’escale en Finlande, Emil Västerstöm (Suédois, 19 ans, nettoyeur dans l’armée et neveu de Torbjörn Västerstöm) se joint à l’équipe et le voyage se poursuit en train jusqu’à Mora, capitale de la Scandinavie.

Bon, je ne vous en dis pas plus, il y a tant de choses à découvrir dans cette bande dessinée qui est un beau livre à avoir sur ses étagères. Plus d’un an et demi de travail pour l’autrice qui a utilisé différentes légendes scandinaves pour parfaire son histoire (et montrer leurs ressemblances et leurs différences selon les pays et leur langue). Et donc, c’est à la fois science-fiction, fantasy, fantastique mais ce n’est pas fouillis. Au contraire, c’est vraiment bien diversifié au niveau de l’agencement des cases, de la lecture, des pages de ‘journal’ avec des explications (des infos importantes), des couleurs (plutôt tons bleus et de l’orange lorsqu’il y a du danger, comme la couleur de la maladie, la rouille) et des paysages avec de nombreux détails. Rien que de voir les personnages principaux (qui vont dans la zone inconnue et dangereuse avec chacun leurs qualités, leurs défauts, leurs angoisses) sur la couverture fait envie et, au feuilletage, on se rend compte tout de suite que c’est riche, dense, intense, rythmé, ce qui se confirme à la lecture. Il y a même de l’humour et de la poésie. Une totale réussite et j’ai hâte de lire les tomes suivants !

Elle a lu les deux premiers tomes et les a appréciés : L’ourse bibliophile. D’autres ?

Pour La BD de la semaine (plus de BD de la semaine chez Moka) et les challenges BD 2022, Challenge lecture 2022 (catégorie 29, un livre dont le titre est un verbe à l’infinitif, bon les deux verbes, stand et stay, sont anglais), Jeunesse young adult #11, Littérature de l’imaginaire #10, Petit Bac 2022 (catégorie Verbe pour Stand et Stay), Tour du monde en 80 livres (Finlande, l’autrice est Suédo-Finnoise mais j’ai déjà un livre pour la Suède) et Shiny Summer Challenge 2022 (menu 2 – Orage d’été, sous menu 1 – Dorothée au pays d’Oz = voyager dans le temps et les univers, les sorcières sont invitées, ici ce sont les trolls et autres dangereuses créatures post apocalyptiques). Et, bon sang, j’ai oublié le Challenge nordique !

Solo 5 – Marcher sans soulever la poussière d’Oscar Martin

Solo 5Marcher sans soulever la poussière d’Oscar Martin.

Delcourt, collection Contrebande, janvier 2021, 88 pages, 14,95 €, ISBN 978-2-41302-269-5. Solo. Historias Caníbales 5 (2020) est traduit de l’espagnol par Miceal O’Grafia.

Genres : bande dessinée espagnole, science-fiction.

Oscar Martin naît en 1962 à Barcelone (Espagne). Il est dessinateur, scénariste et coloriste depuis 1983 : Tom et Jerry (animation), La Guilde (bandes dessinées). Plus d’infos sur son site officiel.

Ça faisait plus d’un an que j’avais lu Solo 1 – Les survivants du chaos, et je n’avais pas pu lire les tomes suivants cette année pour le Mois espagnol (qui a pourtant duré deux mois, mai et juin)… J’ai alors enchaîné le tome 2, Le cœur et le sang, le tome 3, Le monde cannibale, le tome 4, Legatus et heureusement que j’avais ce tome 5 !

Le topo. Sur une Terre post-apocalyptique, ravagée par les produits chimiques et les armes nucléaires vivent de gros prédateurs aux allures préhistoriques, des humains parfois mutants ou hybrides et des animaux géants ou plus ou moins dégénérés, des rats, des félins, des singes, des chiens, des cochons, des lapins avec des fusils (comment ça, mais non, ce n’est pas ma faute si vous pensez à une certaine chanson !)…

Legatus est parti apporter son message de paix et d’union ailleurs mais il a laissé derrière lui des êtres convaincus par de belles valeurs et qui agrandissent toujours plus la communauté des pensants.

Cependant, un militaire déchu et devenu cinglé (ou sûrement l’était-il déjà depuis le début) est devenu gouverneur de la colonie centrale des humains et appelle ses généraux à la destruction des communautés libérées. « Allons-y avec toutes nos forces, une colonie rebelle après l’autre, et soumettons-les ! Reprenons la main sur le territoire. Reformons l’armée grâce à un recrutement forcé. Ou tu es avec nous ou tu meurs ! » (p. 25). Belle mentalité face au message pacifique porté par Legatus et ses ‘disciples’…

En tout cas, dans le monde vert qui a recueilli Legatus, des lapins, des chats et d’autres animaux herbivores vivent en harmonie mais ils sont entourés par des carnivores et ils ne savent pas encore que les humains ont décidé de les détruire, leur but étant de « [vivre] dans un seul et même monde mais qu’il faut savoir regarder, apprendre et gérer avec sagesse. » (p. 64).

Un beau tome plein de surprises ! Et j’espère qu’un tome 6 arrivera bientôt puisqu’il est stipulé à la fin « fin du volume 2 de la trilogie » donc Solo tomes 1, 2, 3 représentent une première trilogie et Solo tomes 4, 5, 6 représentent une deuxième trilogie. Les tomes 4 et 5 sont très bons mais plus courts que les précédents… Cependant j’apprends qu’il y a deux autres tomes, des spin off : Solo – Chemins tracés d’Oscar Martin (au scénario) et Alvaro Iglésias (au dessin) dont l’héroïne est Fortuna, une chatte (parution chez Delcourt en mars 2019) et Solo Alphas d’Oscar Martin (au scénario) et Juan Alvarez (au dessin) avec des chiens (parution chez Delcourt en janvier 2022), une bonne nouvelle et j’espère que la bibliothèque les a !

Le lecteur ne peut qu’adhérer au message délivré par les êtres pacifiques. En fin de volume, des fiches techniques sur ce qui s’est passé « après la Fin », au sud le monde cannibale désertique et violent (première trilogie donc), au nord le monde vert en fait appelé Corindon (deuxième trilogie donc) et comment les herbivores ont évolué sereinement et agrandi leurs territoires grâce aux travailleurs de force (gros herbivores comme les hippopotames), aux forgerons et charpentiers (des castors et des tortues), aux navigateurs qui allaient d’île en île pour planter des graines et déposer de petites colonies (lapins…), aux soldats pour se protéger des cannibales (des rhinocéros) et aux messagers (des chevaux), bref un développement bien plus équitable et profitable que celui des humains. Qui en avait douté ?

Pour La BD de la semaine (plus de BD de la semaine chez Fanny) et les challenges BD 2022 et Littérature de l’imaginaire #10.

Solo 4 – Legatus d’Oscar Martin

Solo 4 – Legatus d’Oscar Martin.

Delcourt, collection Contrebande, janvier 2019, 80 pages, 14,95 €, ISBN 978-2-41300-921-4. Solo. Historias Caníbales 4 (2018) est traduit de l’espagnol par Miceal O’Grafia, Yannick Lejeune et Anaïs Zeiliger.

Genres : bande dessinée espagnole, science-fiction.

Oscar Martin naît en 1962 à Barcelone (Espagne). Il est dessinateur, scénariste et coloriste depuis 1983 : Tom et Jerry (animation), La Guilde (bandes dessinées). Plus d’infos sur son site officiel.

Ça faisait plus d’un an que j’avais lu Solo 1 – Les survivants du chaos, et je n’avais pas pu lire les tomes suivants pour le Mois espagnol (qui avait pourtant duré deux mois, mai et juin)… J’ai alors enchaîné le tome 2, Le cœur et le sang, le tome 3, Le monde cannibale, ce tome 4 et heureusement j’ai le tome 5 Marcher sans soulever de poussière (2020).

Le topo. Sur une Terre post-apocalyptique, ravagée par les produits chimiques et les armes nucléaires vivent de gros prédateurs aux allures préhistoriques, des humains parfois mutants ou hybrides et des animaux géants ou plus ou moins dégénérés, des rats, des patauds, des félins, des singes, des chiens…

Si on voit le chien, Alpha, adopté par Solo, renommé Legatus, sur la couverture (ma préférée de la série), c’est qu’il y a une raison, vous vous en doutez. Legatus, donc, rencontre un ours, en fin de vie. Celui-ci lui raconte son histoire et lui offre deux cadeaux, peut-être que ce ne sont pas des cadeaux en fait mais des malédictions… Après avoir détruit le premier cadeau, Legatus reprend la route mais « N’y a-t-il aucune autre alternative que tuer pour vivre ? N’y a-t-il aucune autre façon de traverser cette existence absurde et misérable ? Des questions et encore des questions… » (p. 17).

Sur le chemin, Legatus va agir différemment, il va observer (comme le faisait l’ours), il va apprendre et comprendre parce que « Apprendre n’est pas suffisant, c’est comprendre qui compte. » (p. 21, ma phrase préférée). Il va se lier avec des créatures qui respectent des valeurs souvent oubliées dans ce monde post-apocalyptique et cannibale, l’empathie, la miséricorde, la générosité, le respect, l’honnêteté, la sensibilité… et tous ces êtres si différents les uns des autres vont former une équipe hétéroclite et soudée (magnifique dessin pleine page p. 28).

Mais Legatus ne veut pas être un leader qui fait des miracles, il veut que chacun soit leader et convainc les autres, ceux qui ont les mêmes sentiments et les mêmes valeurs mais ne s’en sont pas encore rendu compte ou ne savent pas comment les exploiter. « Créez une armée de pensants capable de montrer aux autres une façon différente de partager la vie et de comprendre la mort. N’ayez pas peur du combat, n’ayez pas peur de mourir tant qu’il y en aura d’autres pour répandre le même message. La raison est de notre côté. » (p. 67).

Un beau tome (plus court) qui prend une autre direction, énergique mais plus philosophique, avec des dessins sensationnels et une fin surprenante. Vite le tome 5 ! Pas de fiches techniques en fin de volume mais une phrase d’Albert Einstein.

Pour les challenges BD 2022 et Littérature de l’imaginaire #10.

Solo 3 – Le monde cannibale d’Oscar Martin

Solo 3 – Le monde cannibale d’Oscar Martin.

Delcourt, collection Contrebande, octobre 2017, 128 pages, 16,95 €, ISBN 978-2-41300-156-0. Solo. Historias Caníbales 3 (2017) est traduit de l’espagnol par Miceal O’Grafia, Yannick Lejeune et Anaïs Zeiliger.

Genres : bande dessinée espagnole, science-fiction.

Oscar Martin naît en 1962 à Barcelone (Espagne). Il est dessinateur, scénariste et coloriste depuis 1983 : Tom et Jerry (animation), La Guilde (bandes dessinées). Plus d’infos sur son site officiel.

Ça faisait plus d’un an que j’avais lu Solo 1 – Les survivants du chaos, et je n’avais pas pu lire les tomes suivants pour le Mois espagnol (qui avait pourtant duré deux mois, mai et juin)… J’ai enchaîné le tome 3 après le tome 2, Le cœur et le sang, pour rester dans l’ambiance.

Le topo. Sur une Terre post-apocalyptique, ravagée par les produits chimiques et les armes nucléaires vivent de gros prédateurs aux allures préhistoriques, des humains parfois mutants ou hybrides et des animaux géants ou plus ou moins dégénérés, des rats, des patauds, des félins, des singes, des chiens…

Solo rentre de la chasse bredouille… Il ne retrouve pas sa famille et il est attaqué par des singes. « Nous assurons juste l’arrière-garde de la patrouille qui… qui… qui a emmené tes enfants et ta femme. Mais je ne sais ni pourquoi ni où ils les ont conduits. Nous suivons juste les ordres des humains. » (p. 8).

Solo n’a plus qu’à courir, pour retrouver sa famille, vers le sud, là où se sont regroupés les humains, et il se retrouve confronté à toutes sortes de dangers. Il court, de façon « toujours plus intense » (p. 20) et, en même temps, il se dit que par le passé il devait y avoir des arbres, de la verdure, de belles choses à la place de ce désert sec et dangereux.

Mais il est attaqué par des chiens (il me semble que c’est la première fois qu’on en voit). Bizarrement ils ne le tuent pas mais le font prisonnier. En fait, leur chef veut lui parler. « La population humaine augmente de manière incontrôlable et ils vont avoir besoin d’une réserve de nourriture constante et sans risque. Leur solution, c’est l’élevage d’animaux en captivité, destinés à la consommation de masse. J’aimerais que vous, les rats, puissiez résoudre ce problème. Après vous, à qui le tour ? Qui peut le savoir ? » (p. 30). Sage raisonnement mais que peut faire Solo seul ? Pourtant il arrive à libérer quelques rates mais pas sa femme et ses enfants… « Quelle est cette force qui nous pousse à nous accrocher à la vie alors même que nous voulons mourir ? » (p. 55).

Plus loin, alors qu’il meurt de faim, il sauve un chiot rescapé d’une tuerie ; peut-être qu’à deux ils seront plus forts. Le chiot est tout petit et Solo l’appelle Alpha. Il va grandir et Solo va lui apprendre tout ce qu’il sait sur le monde extérieur, les différentes espèces et le combat incessant pour survivre.

Une grande bande dessinée sur la survie et la liberté. « La liberté. Dans un monde comme celui-ci, soumis à la dictature de la faim, à la domination, de la mort… Où peut-être la liberté ? » (p. 99). Peut-être dans le fait de sauver un tout jeune chiot plutôt que le tuer et le manger ? J’aime bien cette amitié avec Alpha, alors que rat et chien sont deux espèces ennemies dans ce monde post-apocalyptique mais le chef des chiens a parlé à Solo et lui a laissé une chance alors c’est bien que Solo ait fait de même avec ce chiot tout mignon, devenu un grand gaillard mais… inexpérimenté donc constamment encore plus en danger sans Solo. De leur côté, les humains font n’importe quoi (ce qui n’est pas une surprise), ils ont asservi les singes qu’ils considèrent comme des sous-humains et ils asservissent les rats pour la nourriture, ensuite à qui le tour comme disait le chien à Solo. C’est très rythmé, ça va à toute allure même, pas de temps à perdre si Solo veut sauver les siens (et le plus possible de rates).

Encore un très beau tome, des dessins superbes, une amitié, de l’émotion et bien sûr de l’action. En fin de volume, des fiches techniques concernant les solitaires, les brutes et les habitants de l’obscurité. Heureusement que j’ai le tome 4 Legatus (2018) et le tome 5 Marcher sans soulever de poussière (2020).

Pour La BD de la semaine (cependant toujours en vacances) et les challenges BD 2022 et Littérature de l’imaginaire #10.

Solo 2 – Le cœur et le sang d’Oscar Martin

Solo 2 – Le cœur et le sang d’Oscar Martin.

Delcourt, collection Contrebande, janvier 2016, 112 pages, 16,95 €, ISBN 978-2-75607-192-3. Solo. Historias Caníbales 2 (2015) est traduit de l’espagnol par Miceal O’Grafia, Yannick Lejeune et Anaïs Zeiliger.

Genres : bande dessinée espagnole, science-fiction.

Oscar Martin naît en 1962 à Barcelone (Espagne). Il est dessinateur, scénariste et coloriste depuis 1983 : Tom et Jerry (animation), La Guilde (bandes dessinées). Plus d’infos sur son site officiel.

Ça fait plus d’un an que j’ai lu le premier tome, Solo 1 – Les survivants du chaos, et je n’ai pas pu lire les tomes suivants pour le Mois espagnol (en mai et qui a pourtant continué en juin)…

Je remets le topo que j’avais écrit pour le premier tome. Sur une Terre post-apocalyptique, ravagée par les produits chimiques et les armes nucléaires vivent de gros prédateurs aux allures préhistoriques, des humains parfois mutants ou hybrides et des animaux géants ou plus ou moins dégénérés, des rats, des patauds, des félins, des singes…

Après s’être libéré des combats de l’arène, Solo s’est réfugié dans une communauté où il vit heureux avec Lyra, une jolie rate blanche. Mais un groupe de réfugiés arrive et, parmi eux, Grand, l’ami d’enfance de Lyra. Jaloux, Solo s’en va. « J’emporte avec moi un amour fatigué et étourdi, dévoré par l’anxiété… J’emporte avec moi un amour confus et triste, à naufrager sur l’horizon. […] » (p. 24), très poétique Solo. « Je reprends la route. » (p. 25). Le dessin pleine page est splendide : « Solitude noire, solitude féroce, solitude cruelle… brûlante solitude. » (p. 26).

Il y a une ville avec des humains (apparemment normaux) et ils ont besoin de nourriture… Leur projet est d’enlever une centaines de rates jeunes et saines et quelques mâles sous contrôle pour la reproduction et donc la nourriture. Est-ce là qu’Alba, enlevée par des singes, a été conduite ?

Mais revenons à Solo qui brave tous les dangers de jour comme de nuit. Il rencontre un autre rat, son frère Bravo, qu’il ne reconnaît que lorsque celui-ci l’emmène jusqu’au lieu où il habite avec leur père devenu vieux. Après l’attaque de leur village par des chats noirs, ils étaient les deux seuls survivants (ils étaient à la chasse) et depuis ils sont devenus nomades. Après quelques jours passés à partager les souvenirs et à chasser, le père convainc Solo de retourner auprès de Lyra alors que lui et Bravo continueront leur route. Mais, horreur, le village est détruit, les morts sont mangés par des charognards agressifs et les autres ont sûrement été enlevés. Solo est de nouveau seul… avec le regret d’avoir abandonné Lyra. Il reprend la route mais… « À chaque pas, la vie nous réserve des surprises. » (p. 63).

Un très beau tome avec des dessins extraordinaires, de l’action et des sentiments. Je l’ai trouvé philosophique avec à la fois de la violence (les personnages sont dans un monde post-apocalyptique où il faut se battre pour survivre, manger ou être mangé) et de la poésie. Finalement, les rats sont les seuls être qui vivent à peu près normalement, ils vivent en communauté, ils font des petits raisonnablement, ils chassent pour se nourrir et se protéger, ils se soutiennent et s’entraident, et Solo personnage principal y fait pour beaucoup.

Solo est une histoire de chair, de sang, de survie et d’amour. Je vais lire la suite puisque j’ai pour l’instant le tome 3 Le monde cannibale (2017), le tome 4 Legatus (2018) et le tome 5 Marcher sans soulever de poussière (2020).

Comme pour le premier tome, il y a en fin de volume, des fiches techniques avec des explications sur les différentes espèces (sauriens et amazones que je n’ai pas l’impression d’avoir vus, chats, humains, crétins et dégénérés avec des illustrations) puis 3 histoires courtes inédites dont une préquelle au tome 1.

Toujours une excellente bande dessinée (histoire, dessins, couleurs) que je mets dans les challenges BD 2022, Littérature de l’imaginaire #10, et aussi dans Challenge lecture 2022 (catégorie 5, un roman avec le mot sang dans le titre, c’est une bande dessinée mais qui contient plus de 100 pages chacune et la série se lit comme un roman).

La voie du tablier (tomes 5 à 7) de Kôsuke Oono

La voie du tablier de Kôsuke Oono.

Kana, collection Big Kana, prépublication dans Kurage Bunch, publications chez Shinchôsha (10 tomes, série en cours). 極主夫道 Gokushufudô (2018-en cours) est traduit du japonais par Rodolphe Gicquel.

Genres : manga, seinen, furyô, humour.

Kôsuke Oono おおの こうすけ (en hiragana) ou オオノ・コウスケ (en katakana) naît un 31 décembre dans la préfecture de Shiga (île de Honshû). Il étudie le manga à l’université Seika de Kyoto. Il commence sa carrière en 2016 avec Legend of music et Papa’s cooking, puis en 2017 arrivent Zombies, Night Town, Kaidanko et Le Père Noël arrive. Il aime les animaux et vit avec un shiba inu. Plus d’infos sur son site officiel, sur son compte twitter.

La voie du tablier (tomes 1 à 4) de Kôsuke Oono.

Tome 5Kana, janvier 2021, 160 pages, 7,55 €, ISBN 978-2-50508-894-3.

On retrouve Tatsu l’Immortel, une légende chez les yakuzas, qui s’est rangé pour devenir homme au foyer. Son épouse, qui part en voyage d’affaire, lui propose d’en profiter pour se détendre. Se détendre ? Grand nettoyage, « Haa ! J’adore cette odeur de citrus ! » (p. 6), lessive, cuisine… ! Heureusement Masa lui rend visite et ils en profitent pour s’amuser (jeux vidéo, jenga, lancement de canettes…). Puis en allant faire les commissions, il rencontre un ancien yakuza du clan Hirako (anéanti) reconverti en rappeur, c’est donc au micro qu’ils vont s’affronter à la grande surprise des passants et du boucher voisin. Et d’autres gags comme la foire d’empoigne au restaurant buffet à volonté, la fondue chez les parents de Miku, les étrennes, la foire aux alcools locaux, attention aux abus ! « Vous ne croyez pas que vous avez assez bu ? » (Miku ivre, p. 116).

En fin de volume, trois chapitres bonus dont New Wave Music avec Beef, l’album de MC Yak (Tatsu en fait) et La promenade de Gin (le chat) qui, rencontrant un corbeau, souhaite voler.

Tome 6Kana, juillet 2021, 160 pages, 7,55 €, ISBN 978-2-50508-895-0.

Tatsu est invité à rejoindre le conseil d’administration qui réunit les présidentes de huit associations de femmes au foyer du quartier, il s’appelle « le conseil des Huit Dragons » (p. 20), ça fait vraiment yakuza ! Allez, venez faire la connaissance de Yokoo la viking, Kobayashi l’alchimiste, Arai la pro du golf, Tsutsumishita les bons tuyaux, Terada la nettoyeuse, Kitagawa la maîtresse des fleurs, Chôno la samaritaine et la présidente du conseil, Fukuda la duchesse, je confirme, ça fait gang ! Mais ça ne va pas être de tout repos pour qu’il devienne Tatsu l’organisateur des tables. Parmi les autres gags, Tatsu et Miku doivent garder Kotetsu, le chiba inu d’un ami, mais durant la promenade, Tatsu et Kotetsu rencontrent Élisabeth, la chienne du yakuza Kunimi (chienne que Gin, le chat, a déjà rencontrée).

En fin de volume, trois nouveaux chapitres bonus dont un souvenir (malheureux) de Gin.

Tome 7Kana, novembre 2021, 160 pages, 7,55 €, ISBN 978-2-50511-278-5.

Tatsu est toujours homme au foyer (sa fierté) mais il travaille à mi-temps au Dedama Café, un bar à chats, dans lequel entre madame Torii, veuve d’un yakuza (que le lecteur a déjà rencontrée dans les volumes précédents). Il récupère aussi l’argent pour le comité du quartier (certaines familles pensent que c’est un racketteur et ont très peur). Dans ce tome, des animaux, de la bonne bouffe et une bonne santé ! Ah, et quelques haïkus avec le club de beau-papa aussi, euh… « La mer du Japon j’ai vu couler dans ses flots un très gros baril. » (p. 114) et « Fraîches nuits d’automne rien ne vaut une baston dans l’obscurité. » (p. 115), c’est du costaud, pas vrai, et il y en a d’autres.

En fin de volume, trois chapitres bonus dont deux au camping en solo et un avec Gin et l’otaku du quartier (que le lecteur a déjà rencontré ici là).

Dommage que je n’aie pas le tome 8… Et qu’il ne soit pas disponible dans les bibliothèques où j’emprunte…

Je remets ce que j’ai déjà dit sur le billet pour les tomes 1 à 4. La voie du tablier est un manga seinen (adultes) de genre « furyô », ce genre est apparu dans les années 60 avec des histoires de délinquants, de yakusas, de gangs (comme les gangs de motards dans Akira), dans les mangas et dans les films japonais. Sauf qu’ici, c’est une comédie donc c’est drôle ; ce sont des tranches de vie au quotidien mais il n’y a pas de temps mort, il y a même de l’action, et ce même lorsque Tatsu fait les commissions (il est imbattable sur les promotions) et lorsqu’il assiste aux réunions du comité de quartier. J’ai aimé le côté décalé (l’homme à la maison, la femme qui travaille, mais il n’y a pas que ça) et les relations ambivalentes avec les gens : certaines personnes, adultes ou enfants, ont quand même un peu peur de lui (quoique les vieilles dames du quartier l’apprécient beaucoup) car, même repenti et homme au foyer, il garde une voix forte, des références aux yakuzas, un regard et une allure de tueur (heureusement il porte souvent des lunettes sombres). C’est rythmé et les personnages (humains et animaux) sont bien dessinés et attachants. C’est à découvrir et, si vous vous lassez un peu des gags (pourtant tous différents), attendez un peu avant de lire le(s) tome(s) suivant(s).

Ce manga a été adapté en drama (feuilleton) de 10 épisodes en 2020 (réalisé par Toichiro Ruto et diffusé sur Nippon Television) et en série d’animation de 10 épisodes en 2021 (réalisée par Chiaki Kon et diffusée sur Netflix). C’est pourquoi je le mets dans Les adaptations littéraires. Ci-dessous, je remets les deux vidéos, celle du trailer du manga et celle de la bande annonce de l’animé (en VF).

Des lectures que je mets aussi dans La BD de la semaine (même si toujours en pause estivale), BD 2022, Jeunesse young adult #11, L’été lisons l’Asie (menu Fil rouge = Japon, menu de juillet = Paysages d’Asie, lire un livre avec un mot évoquant la nature dans le titre, un titre ou une couverture évoquant l’un des quatre éléments, un récit initiatique ou roman d’apprentissage, ici, au lieu du gokudô, la voie extrême, le code d’honneur des yakuzas, c’est la voie du tablier, le récit initiatique d’un homme au foyer), Polar et thriller 2022-2023 (je le mets parce qu’il y a régulièrement deux policiers qui surveillent Tatsu et veulent l’arrêter), Shiny Summer Challenge 2022 (menu 1 – Été ensoleillé, sous menu 3 – Au pays du soleil levant = culture japonaise).