L’homme qui marche de Jirô Taniguchi

L’homme qui marche de Jirô Taniguchi.

Casterman, collection Manga, septembre 1995, 144 pages, ISBN 2-203-37202-8. 歩くひと (Aruku hito, 1992) est traduit du japonais par Takako Hasegawa.

C’est une ancienne édition que j’ai (la première édition en fait), pour une édition récente, cliquez ci-dessus sur Casterman.

Genres : bande dessinée japonaise, manga, seinen.

Jirô Taniguchi… 谷口 ジロー (14 août 1947-11 février 2017). Vous pouvez lire mon billet qui lui est consacré (biographie et bibliographie). Les histoires de Aruku hito ont été écrites et dessinées en 1990-1991 et publiées en 1992. Aruku c’est le verbe marcher, hito c’est pour homme mais il signifie en fait une personne (donc homme ou femme).

J’ai déjà lu beaucoup de titres de Jirô Taniguchi, un de mes mangakas préférés, même s’il m’en reste quelques-uns à lire (parmi les derniers parus). Pour le challenge Des histoires et des bulles, il faut lire une BD de Jirô Taniguchi (c’est même la première catégorie) alors voici L’homme qui marche. J’ai choisi ce titre parce que c’est le premier de l’auteur traduit en français (et donc paru en France).

Si vous n’avez pas connu cet événement, vous ne pouvez pas imaginer ce qu’il fut pour les amoureux du Japon et de la culture japonaise (et aussi pour les curieux de bande dessinée), mais vous pouvez toujours lire ce titre ou un autre titre de ce merveilleux auteur et dessinateur qui me manque (comme sûrement à tous ses fans). Pour moi en tout cas, c’est une énième relecture et c’est toujours un pur bonheur, je ne m’en lasse pas.

« C’est beau ! – Oui, quelle vue ! – Je sors faire un tour ! – Bon… d’accord ! – Ça me fait beaucoup de bien. » (p. 6). Voici comment commence ce manga. Il y a très peu de texte. L’homme dit à son épouse qu’il sort, prendre l’air, observer le quartier, les oiseaux… Comme ça fait du bien ! Et les promenades, l’homme va en faire d’autres, d’autant plus qu’un chien abandonné par son ancien « propriétaire » s’est invité chez eux (comme les premiers flocons de neige tombent, le couple l’appelle Neige). Au gré des rencontres et de la météo, avec ou sans Neige, parfois avec son épouse, cet homme (l’auteur) se balade, observe, fait parfois des rencontres ou se perd dans des ruelles.

C’est tout simple tant au niveau du dessin tout en délicatesse que des histoires, des anecdotes plutôt, et pourtant c’est grandiose ! Et je vais tout simplement vous laisser découvrir par vous-même ce magnifique manga intimiste et contemplatif. À noter que l’auteur aimait la culture française, il loue la cassette vidéo de La petite voleuse (p. 95).

Pour ceux qui n’aiment pas lire les mangas à cause du sens de lecture japonais, rassurez-vous car les mangas de Jirô Taniguchi sont dans le sens européen, alors plus d’excuse, lancez-vous !

En plus de Un mois au Japon, La BD de la semaine et Des histoires et des bulles, je mets cette lecture dans Animaux du monde (chats, oiseaux, chiens), BD, 2021 cette année sera classique (oui, pour moi c’est un classique !), Challenge lecture 2021 (catégorie 14, un roman graphique, 2e billet), Hanami Book Challenge pour le menu 3 (le Japon d’aujourd’hui) et le sous-menu 1 (Fly to me Saitama, vie à la campagne) et Petit Bac 2021 (catégorie Être humain pour Homme).

Plus de BD de la semaine chez Moka.

Jusqu’au printemps de Charles Masson

Les gens de rien, tome 1 – Jusqu’au printemps de Charles Masson.

Delcourt, collection Encrages, mars 2021, 88 pages, 13,95 €, ISBN 978-2-41303-750-7.

Genre : bande dessinée française, médecine.

Charles Masson naît le 28 décembre 1968 à Lyon (Rhône-Alpes). Il est à la fois médecin (spécialisé ORL et cancérologie) et auteur de bandes dessinées (scénariste, dessinateur et coloriste). Ses précédentes bandes dessinées sont parues chez Casterman (Soupe froide, Bonne santé…), Futuropolis (Les boules vitales, L’arche de Noé a flashé sur vous) et Des ronds dans l’O (Aventures de Lilou).

Louise et Marie ne savent pas nager mais elles ont postulé comme monitrices pour une colonie de vacances en Corse et elles ont certifié qu’elles savaient nager. Elles vont donc apprendre avant l’été. « De mémoire de marinier, on n’avait jamais vu d’aussi belles filles sur la plage de Saint-Fons. – De mémoire de gitan, on n’avait jamais vu personne apprendre si vite à nager sans le jeter d’un pont. »

Louise veut se marier avec un homme instruit et faire des enfants, Marie veut être institutrice. La colonie se passe très bien puis, à la rentrée, elles reprennent leur vie. Louise est ouvrière à l’usine de Saint-Fons (en attendant son prince charmant) et Marie intègre l’École normale.

Des années plus tard, en 2018, Marie a 70 ans, elle est à la retraite, elle a un cancer et elle demande au médecin de la laisser tranquille un mois avant de se faire soigner… Pendant toutes ces années Louise et Marie sont restées amies. Louise s’est mariée à Lyon et a eu quatre enfants, Martial, Rose-Mai, Julien et Octavie (que Marie a eu tour à tour dans sa classe). « Les années avaient glissé lentement, un pincement au cœur pour chacune d’elle. »

C’est le médecin le narrateur. Marie revient bien le mois suivant et consulte un confrère à l’hôpital mais elle refuse de se faire soigner… Combien de temps lui reste-t-il ? « Hum ! Si on fait rien… Quelques semaines. Peut-être quelques mois… Pas plus… Enfin, vous serez sans doute encore là pour Noël. Et encore c’est pas sûr. » Marie aimerait bien tenir jusqu’au printemps, sa saison préférée… alors elle accepte les soins, la chimiothérapie… Le médecin aime aussi le printemps « Mais quand on est médecin, on ne peut s’attacher aux patients comme à sa famille. »

Cette bande dessinée émouvante réalisée par un médecin (je trouve ça à la fois surprenant et à la fois vraiment bien de pouvoir parler de la médecine dans une bande dessinée) est toute en douceur, elle amène les lecteurs au printemps avec tendresse et avec des fleurs. Bien sûr la fin est triste mais Marie a été heureuse et elle reste dans le cœur de tous les enfants dont elle a été l’institutrice pendant des décennies !

Une belle lecture pour La BD de la semaine que je mets aussi dans les challenges BD, Des histoires et des bulles (catégorie 12, une BD thématique, ici médecine), Petit Bac 2021 (catégorie Météo pour Printemps) et Les textes courts. Plus de BD de la semaine chez Stéphie.

Les âges perdus 1 – Le fort des Landes de Jérôme Le Gris et Didier Poli

Les âges perdus 1 – Le fort des Landes de Jérôme Le Gris et Didier Poli.

Dargaud, Hors collection, mars 2021, 56 pages, 14,50 €, ISBN 978-2-50507-322-2.

Genres : bande dessinée française, Histoire, science-fiction.

Jérôme Le Gris est le pseudonyme de Jérôme Le Maire, né en 1971. Il étudie à Louis Lumière. Il est réalisateur (courts métrages et longs métrages) et scénariste de bandes dessinées. Chez Glénat : Horacio d’Alba (3 tomes), Serpent Dieu (3 tomes), Jeanne d’Arc, Malicorne.

Didier Poli naît en 1971 à Lyon. Il étudie les arts appliqués à Émile Cohl puis aux Gobelins. Il est illustrateur, il travaille pour l’animation, le jeu vidéo et la bande dessinée. Chez Glénat, de la mythologie avec Athéna, Bellérophon et la chimère, Dionysos, Eros et Psyché, Gilgamesh, Héraclès, Jason et la toison d’or, Narcisse & Pygmalion, L’Odyssée.

Abbaye de Cluny. « Quelques heures avant l’an mille. » (p. 4). Armen de Cilicie est moine copiste et enlumineur. C’est avec horreur qu’il voit des météorites s’écraser sur Terre. Tout s’embrase ! « Alors le temps de ‘L’Obscure’ commença. Et les rares qui y survécurent se cachèrent comme des bêtes… Trouvant refuge au cœur de grottes profondes où ils vivaient désormais apeurés et perdus. » (p. 5).

Au bout de plusieurs siècles « de peur et de confusion » (p. 7), la lumière du soleil revient et les humains survivants peuvent enfin sortir. L’humanité appelle cette nouvelle période « les âges perdus ». (p. 7).

Les clans de chasseurs cueilleurs se partagent à tour de rôle les lieux de vie en respectant la loi d’Ægis. Le clan de Primus de Moòr arrive au Fort des Landes dans le sud d’Anglia mais c’est pour l’instant le territoire du clan des Lunes conduit par la guerrière Arghana… En plus il y a des bêtes féroces qui ont proliféré après l’embrasement (un peu comme des animaux préhistoriques).

Primus pense qu’il faut se sédentariser grâce à l’agriculture (faire pousser l’engrain, un genre de blé) et ne plus vivre en nomades comme les troupeaux d’animaux et subir les famines. « Les clans […] ne craindront plus jamais la faim. Voilà ce que la culture maîtrisée de l’engrain pourrait un jour nous offrir. » (p. 20).

Mais Elaine, la fille de Primus, craint que le Conseil et les autres clans ne soient pas d’accord… C’est elle la narratrice et elle a raison : Caratacos, le guerrier qu’elle doit épouser, doit combattre Arghana.

Mais Primus a un secret : des parchemins anciens ! (planche, p. 34). « Nous ne survivrons pas aux âges à venir, Elaine, sans retrouver ces connaissances perdues. » (p. 34).

Les clans vont-ils se faire la guerre alors qu’il n’y a jamais eu de guerre depuis l’Obscure ? Pour Elaine, Faucon et Haran, l’histoire continue dans un monde inconnu et dangereux.

Ma phrase préférée. « Tout en ce monde était entrelacé. »

Le fort des Landes est une bande dessinée historique alternative, une bande dessinée d’aventure proche de la science-fiction (puisque le récit est rétro-apocalyptique). Et finalement, cette histoire alternative se rapproche de la réalité préhistorique puisque des humains se sont bien sédentarisés, ont pratiqué l’agriculture puis l’élevage et sont devenus « propriétaires » ce qui bien sûr a déclenché des jalousies et des guerres dans l’humanité.

Les dessins sont beaux, expressifs, les couleurs correspondent parfaitement au récit qui est prenant et j’ai très envie de lire la suite ! Le problème maintenant, c’est l’attente…

Sur Les âges perdus – Les grains de la discorde, une interview des auteurs et une dizaine de pages d’extraits. Je remercie NetGalley et Dargaud car j’ai pu lire cette belle bande dessinée en numérique.

Un excellent premier tome pour La BD de la semaine et les challenges BD, Des histoires et des bulles (catégorie 35, une BD historique mais elle aurait pu aller dans la catégorie 9, une BD de SFFF), Littérature de l’imaginaire #9, Petit Bac 2021 (catégorie Lieu pour les Landes), Printemps de l’imaginaire francophone et Les textes courts. Plus de BD de la semaine chez Noukette.

 

Challenge BD « Des histoires et des bulles » avec Noctenbule

Ce Challenge BD « Des histoires et des bulles » vient d’être créé par Noctenbule du blog 22h05 rue des Dames. Il dure du 1er avril 2021 au 1er avril 2022.

Il ne fait pas double emploi avec La BD de la semaine (le billet se publie le mercredi) et avec le Challenge BD de Marjorie (qui est libre). Alors pourquoi un challenge de plus ? Noctenbule propose 50 catégories et 5 niveaux de participation (à consulter ci-dessous).

Voulez-vous participer ? Infos, logo et inscription chez Noctenbule + le formulaire pour déposer les liens + le groupe FB.

Niveau 1 = 10 catégories lues. Niveau 2 = 20 catégories lues. Niveau 3 = 30 catégories lues. Niveau 4 = 40 catégories lues. Niveau 5 = 50 catégories lues. Pour l’instant, je choisis le niveau 2.

1. Une BD de Jirô Taniguchi avec L’homme qui marche de Jirô Taniguchi (Casterman, 1995, Japon) 3/50

2. Une histoire de sorcière

3. Un roman graphique

4. Un shôjo

5. Un shônen

6. Un seinen

7. Une BD issue d’un blog

8. Une BD d’une femme comme scénariste/dessinatrice/coloriste

9. Une BD de SFFF

10. Une histoire policière

11. Une adaptation littéraire

12. Une BD thématique (médecine, économie, philosophie…) avec Jusqu’au printemps (Les gens de rien 1) de Charles Masson (Delcourt, 2021, France), médecine 2/50

13. Une BD dont les personnages sont des animaux

14. Une BD jeunesse

15. Une BD autour d’un(e) artiste

16. Une BD classique

17. Une BD avec le nom d’un animal ou un animal dans le titre

18. une BD avec une couleur dans le titre

19. Une BD de plus de 200 pages

20. Une BD récompensée

21. Une BD sur un thème autour de la femme (droit de la femme, infertilité, violence…)

22. Une BD autour de l’écologie, environnement, développement durable

23. Une BD en rapport avec la musique

24. Une BD autour du thème LGBTQ+

25. Un comics

26. Une série de BD

27. Un recueil de dessins de presse

28. Une BD autour de l’art

29. Une adaptation d’un film, d’une série

30. Une BD western

31. Une BD érotique, porno, hentaï

32. Un livre sur l’histoire de la BD, du manga, de l’évolution du 9e art, des interviews d’artistes…

33. Une BD que l’on vous a offerte

34. Une BD autobiographie

35. Une BD historique avec Les âges perdus 1 – Le fort des Landes de Jérôme Le Gris et Didier Poli (Dargaud, 2021, France) 1/50

36. Une BD autour de Sherlock Holmes, Hercule Poirot et/ou Agatha Christie

37. Un manga non japonais : franga, manhua, manwha…

38. Une BD avec un prénom dans le titre

39. Une BD sur l’éducation

40. Une BD autour du thème de l’amour

41. Une BD au format non standard (hors format A4)

42. Une BD que l’on vous a conseillée

43. Une BD autour de la magie

44. Un classique du manga

45. Un classique du comics

46. Un livre que vous avez découvert dans le challenge

47. Une BD de votre enfance

48. Une BD de Lewis Trondheim

49. Une BD autour des pirates

50. Une BD qui se déroule pendant une guerre

Tulipe de Sophie Guerrive

Tulipe de Sophie Guerrive.

2024, septembre 2019 (1ère édition en 2016), 160 pages, 17 €, ISBN 978-2-901000-12-9.

Genres : bande dessinée française, humour.

Sophie Guerrive naît le 29 août 1983 à Marseille. Elle étudie les Arts décoratifs à Aix en Provence et à Strasbourg. Ses autres titres chez 2024 : Capitaine Mulet (2016), Les voyages de Tulipe (2017), Tulipe et les sorciers (2019). D’autres titres chez Warum : Girafes, Chef Magik tomes 1 et 2, Delcourt : Crépin et Janvier, Ion : Marines, Médiévales, Batailles, entre autres. Elle est membre créatrice du Collectif des créatrices de bande dessinée contre le sexisme. Tulipe était dans la sélection officielle du 44e Festival international de la bande dessinée d’Angoulême (janvier 2017).

Tulipe est un ours, il vit avec ses amis (cliquez sur la planche) et il a tout compris à la vie. « Moi je ne me fatigue pas, j’écoute le vent dans les feuilles et je tourne autour de mon arbre en suivant son ombre. » (p. 30). Bon, lui et ses amis ne sont pas contre l’absurde et c’est tout le piment de la vie. Mais un jour, le serpent Crocus, qui s’ennuie ferme, décide de partir en voyage. Et puis un autre jour, le caillou disparaît dans un trou et le tatou Narcisse prend son courage à deux pattes pour le sauver. « Comment être sympa ? » demande ensuite Narcisse à chacun de ses amis (p. 51-54). En tout cas, chacun a la vie et l’avis différents mais est-ce que chacun a tort ou raison ? « Nous sommes bien peu de choses… » (Tulipe, p. 59), « Encore heureux… » (l’arbre, p. 59).

Je parlais récemment de l’absurde (Kafka, Ionesco, Cioran…) et ça m’a fait plaisir de lire cette bande dessinée. Pour les personnages, la vie serait longue, inintéressante, triste, stupide… Pas grave : « avec des pauses crêpes, ça va » (Crocus, p. 142). Qui est-on réellement ? S’imagine-t-on différent de ce que l’on est ? Comment est-on perçu par les autres ?

Avec des dessins tout simples, Tulipe et ses amis (animaux, végétaux, minéraux qui ont pratiquement tous des noms de végétaux), en méditant sur le sens de la vie et des petites choses de la vie (comme l’amitié, l’amour, la solitude, le doute, la déprime, le temps qui passe), nous donnent une belle leçon d’humilité, d’acceptation de soi et des autres. C’est finalement drôle, philosophique et j’ai beaucoup aimé la fin (non, non je ne dévoile rien) avec l’arbre. Et surtout j’ai très envie de lire les deux autres tomes de Tulipe !

Une excellente lecture pour La BD de la semaine que je mets dans les challenges Animaux du monde #3, BD, Challenge lecture 2021 (2e billet pour la catégorie 32, un livre dont le titre comprend le nom d’une fleur) et Jeunesse Young Adult #10. Plus de BD de la semaine chez Stéphie.

La fuite du cerveau de Pierre-Henry Gomont

La fuite du cerveau de Pierre-Henry Gomont.

Dargaud, Hors collection, septembre 2020, 192 pages, 25 €, ISBN 978-2-50508-360-3.

Genres : roman graphique français, Histoire, science, fantastique.

Pierre-Henry Gomont naît en 1978 en France. Il étudie le commerce puis la sociologie mais se lance dans la bande dessinée (dessinateur et scénariste) en autodidacte en 2011. De briques et de sang (2010, épilogue), Kirkenes (2011), Catalyse (2011), Crematorium (2012), Rouge Karma (2014), Les nuits de Saturne (2015, adaptation du roman de Marcus Malte), Pereira prétend (2016) et Malaterre (2018) pour lesquels il reçoit plusieurs prix.

18 avril 1955, Albert Einstein meurt. Thomas Stolz Harvey, anatomopathologiste à l’hôpital de Princeton, le médecin chargé de l’autopsie, décide de voler le cerveau d’Einstein pour l’étudier, comprendre son fonctionnement et peut-être connaître la gloire. L’auteur précise qu’il a « pris certaines libertés avec des faits historico-scientifiques fort bien documentés ».

Dehors, le brouhaha de centaines de journalistes. Dans la salle d’autopsie, « un silence de cathédrale ». Vite, le cerveau dans un bocal avant la conférence de presse. C’est que Einstein n’a pas fait don de son corps à la science et a demandé à être incinéré.

Stolz rapporte le cerveau chez lui mais Einstein apparaît et lui parle. « Tu veux regarder ce que j’ai dans la caboche, c’est ça ? […] Formidable ! On va faire ça ensemble, tous les deux. » En fait, Stolz pense à son amie, le Dr Marianne Ruby qui, elle, est neurologue.

Mais le FBI s’en mêle et voilà Stolz, le cerveau et le fantôme d’Einstein (visibles par tous) en cavale ! « Ce qu’on va faire, mon garçon, c’est se mettre un peu au vert. Quelques jours, pas plus. Le temps que ce petit monde se calme. » Et en effet, ils sont bien tranquilles « dans un recoin isolé du Minnesota » puis dans un asile en ruine « au fin fond du Kansas » où vit le Dr Seward, un ancien professeur de Stolz, quelque peu dérangé. « Votre cerveau. Il nous en faut un neuf. Nous allons le cloner. »

Bon, j’avoue que ne n’ai pas tout compris au niveau scientifique (en particulier sur les cellules gliales) mais je me suis régalée avec les dessins vraiment expressifs et avec ce road movie rocambolesque fictif mais inspiré de la vérité historique puisque le cerveau d’Albert Einstein a bien été volé par Stolz durant l’autopsie. L’auteur parle de science et d’éthique, un scientifique a-t-il le droit de tout faire, même d’aller à l’encontre des dernières volontés d’un humain, d’un autre scientifique (qui détestait la bêtise plus que tout, ça, ça me plaît). C’est drôle, c’est enlevé et…. j’imagine très bien tout ça en film d’animation !

Une très belle lecture pour La BD de la semaine et Challenge BD, Challenge lecture 2021 (catégorie 14, un roman graphique), Littérature de l’imaginaire #9 et Printemps de l’imaginaire francophone 2021. Plus de BD de la semaine chez Noukette.

Raven & l’ours 1 de Bianca Pinheiro

Raven & l’ours 1 de Bianca Pinheiro.

La boîte à bulles, juin 2017, 64 pages, 14 €, ISBN 978-2-84953-284-3. Bear (2014) est traduit du portugais (Brésil) par A. Blanzat, V. Henry et D. Pennaneac’h.

Genre : bande dessinée brésilienne.

Bianca Pinheiro naît le 21 septembre 1987 à Rio de Janeiro (Brésil). Elle étudie les arts graphiques à l’Université technologique fédérale du Paraná et commence à publier en 2012 (webcomics). Deux autres tomes sont parus au Brésil (2015 et 2016) ainsi que d’autres titres comme Dora, Mônica, etc. Plus d’infos sur son site officiel, sur son Instagram et sur le site officiel de Bear.

Raven a perdu ses parents et elle les cherche mais elle réveille un ours. « Petite, tu ne peux pas entrer comme ça dans la caverne d’un ours, réveiller cet ours et l’assaillir de questions ! ». Cependant, lorsque l’ours, Dimas, se rend compte que la fillette est toute seule, il décide de l’aider. Elle lui dessine ses parents et l’ours voit le dessin bouger ! C’est que Raven a un don.

Ils vont donc chercher les parents de Raven, du moins quand ils arrêteront de se disputer. « Je ne suis pas petite ! Et moi, je ne suis pas gros ! ». Et ils partent avec chacun un sac à dos à sa taille. En route, ils rencontrent un personnage bizarre qui les conduit dans sa ville, la Cité des Énigmes. Mais il faut résoudre une énigme pour pouvoir y entrer et pour recevoir chacune des informations des habitants… « Quelle ville horripilante ! La nuit est déjà tombée et personne ne veut nous aider gratuitement ! ».

Finalement ils rencontrent Bianca, l’Oracle, ouf, mais l’histoire n’est pas terminée, loin de là !

C’est coloré et drôle. Il y a des clins d’œil par exemple à Harry Potter, à Link du jeu vidéo Zelda ou à Mario le plombier moustachu ! En fin de volume il y a des croquis et quelques explications car cette bande dessinée fut d’abord un feuilleton hebdomadaire en ligne mais quel plaisir de pouvoir la lire intégralement sans attendre une semaine pour chaque page ! Et j’ai hâte de lire la suite ! Le tome 2 est paru en juin 2018 et le tome 3 paraît aujourd’hui le 10 mars 2021.

Une jolie lecture pour La BD de la semaine, Animaux du monde #3 (ours), Challenge lecture 2021 (catégorie 16, un livre d’une autrice sud-américaine), BD, Jeunesse Young Adult #10 et Les textes courts. Dommage que le Mois Amérique latine soit terminé… Plus de BD de la semaine chez Moka.

La peste, histoire d’une pandémie

La peste, histoire d’une pandémie. Le fil de l’Histoire raconté par Ariane et Nino.

Dupuis, collection Jeunesse, octobre 2020, 48 pages, 5,90 €, ISBN 978-2-39034-073-7.

Genres : bande dessinée française, littérature jeunesse, Histoire.

La collection Le fil de l’Histoire, c’est une vingtaine de volumes avec au scénario Fabrice Erre et au dessin Sylvain Savoia. Le site officiel : https://www.arianeetnino.com/.

Déjà lus dans la même série : Gaulois, sacrés ancêtres ! et La découverte des dinosaures, une révolution archéologique.

Alors qu’Ariane travaille devant son ordinateur, Nino essaie de l’effrayer avec une araignée. Bah, on ne vas pas avoir « peur d’une petite bête » (p. 3) ! Sauf que beaucoup de petites bêtes sont dangereuses… Et même des bestioles microscopiques qu’on ne voit même pas. C’est le cas pour la peste. En fait il y a trois pestes différentes : la bubonique, la septicémique et la pulmonaire (ça ne fait pas envie du tout !). Le mot latin pestis signifie fléau (p. 5).

Ariane et Nino remontent le fil de l’Histoire et découvrent d’autres maladies qui faisaient penser à la peste dans l’Antiquité comme le typhus ou la variole (peste antonine) et la première pandémie avérée au VIe siècle après J.C. (p. 8) qui est revenue tous les dix ans pendant deux siècles !!! Etc.

Avec la période pandémique que nous vivons depuis plus d’un an, il est justifié de faire savoir aux enfants (et pourquoi pas aux plus grands aussi) ce qu’est une pandémie, comment elle se déclare, comment elle revient à la charge… Personne n’est à l’abri, nulle part et la contagion est énorme. « La peste se répand donc comme une vague qui touche d’abord les côtes, puis les villes et enfin les campagnes. » (p. 13). Les spécialistes pensent qu’au Moyen-Âge, entre un tiers et la moitié de la population meurent en Occident et en Orient… Et la peste est devenue endémique, c’est-à-dire qu’elle est revenue régulièrement pendant des siècles. La médecine fait quelques progrès et les médecins parlent d’isolement, de quarantaine, de cordon sanitaire, de « billet de santé » pour les bateaux (tiens, tous ces mots ne sont pas nouveaux !) mais ils « ne comprennent pas cette maladie » (p. 22) et il y a des massacres d’innocents accusés à tort : les Juifs, les sorcières, certaines personnes dont les métiers les protègent comme « les chevriers, palefreniers, porteurs d’huile : leurs odeurs repoussent les puces, mais on ne le savait pas encore » (p. 25). Comme d’habitude, l’ignorance et la peur tuent des gens, les malades et les accusés…

Heureusement, en France, nous avons eu Pasteur au XIXe siècle ! Et ses élèves comme Alexandre Yersin qui part étudier la peste à Hong Kong et Paul-Louis Simond qui découvre que le bacille de la peste est transmis par les puces.

Je donne quelques infos mais lisez cette bande dessinée très instructive dans laquelle vous apprendrez beaucoup d’autres choses. En fin de volume, il y a un cahier de quelques pages « pour en savoir plus » avec des personnages historiques, d’autres grandes pandémies dans l’Histoire (choléra, grippe espagnole, sida, ebola, coronavirus), des informations scientifiques et le fil chronologique.

Une lecture pour La BD de la semaine et pour Animaux du monde #3 (bah, pour les puces, pardi !), Challenge lecture 2021 (catégorie 4, un livre dont le narrateur est un adolescent, une adolescente dans ce cas précis), BD, Jeunesse Young Adult #10 et Les textes courts. Plus de BD de la semaine chez Stéphie.

L’aliéniste de Fábio Moon et Gabriel Bá

L’aliéniste de Fábio Moon et Gabriel Bá.

Urban Comics, collection Indies, septembre 2014, 72 pages, 15 €, ISBN 978-2-36577-541-0. Traduit du portugais par Marie-Hélène Torres.

Genres : bande dessinée brésilienne, comics, adaptation d’un classique brésilien.

Fábio Moon (dessinateur) et Gabriel Bá (scénariste) sont des frères jumeaux nés le 5 juin 1976 à São Paulo au Brésil. Il sont connus pour Daytripper, bande dessinée (en 10 volumes parus entre 2009 et 2010) qui a reçu le Prix Eisner de la meilleure mini-série en 2010 et le Prix Harvey de la meilleure histoire en 2011. J’ai déjà parlé de Gabriel Bá pour Umbrella Academy 1 (d’ailleurs il faut que je lise les deux autres tomes).

Lorsque j’ai emprunté L’aliéniste de J.M. Machado de Assis, j’ai aussi emprunté la bande dessinée – que j’avais repérée chez Antigone – parce que j’étais curieuse de lire le texte puis de voir la mise en images.

Je ne vous refais pas un résumé, l’histoire est la même.

« La science est mon unique emploi. Itaguaï est mon univers. » (Simon Bacamarte, p. 7). C’est que, à Itaguaï, les fous inoffensifs vivaient libres et les fous furieux étaient enfermés chez eux jusqu’à ce qu’ils meurent. L’objectif de Simon Bacamarte était donc de les soigner.

Les personnages sont bien dessinés, l’aliéniste Simon Bacamarte, son épouse, Dona Evarista, son ami l’apothicaire, Crispin Soares, le père Lopes, les malades… L’asile, la Maison Verte, est beau aussi, et immense, même si, dans la bande dessinée, la maison est plus jaune que verte. Mais j’ai aimé ce jaune (identique à ce que vous voyez sur la couverture), je l’ai trouvé très… brésilien ! En tout cas, ça m’a plu de voir les gens si bien dessinés, tous différents, et de voir la révolte et l’évolution de l’histoire en images.

« Si un homme donnait cours à son imagination ou même s’il songeait à dire le plus petit mensonge, on le mettait immédiatement à la Maison Verte. Tout était folie. Les passionnés d’énigmes, les auteurs de charades, d’anagrammes, les médisants, les curieux de la vie d’autrui, ceux qui ne pensaient qu’à la débauche, les contrôleurs municipaux, personne n’échappait aux émissaires de l’aliéniste. S’il respectait les fiancées, il n’épargnait pas les galantes, disant que les premières cédaient à une impulsion naturelle et les secondes à un vice. Qu’un homme soit avare ou généreux, il allait quand même à la Maison Verte ; d’où l’allégation qu’il n’y avait pas de règle pour la pleine santé mentale. » (p. 53).

Alors, êtes vous gens de raison ou déments ? Mais, attention à la lucidité, elle est signe de folie, de désordre mental… Eh oui, personne n’est parfait !

Pour La BD de la semaine et les challenges 2021, cette année sera classique, BD, Challenge lecture 2021 (catégorie 60, un livre qui a deux auteurs), Mois Amérique latine et Les textes courts. D’autres BD de la semaine chez Noukette.

Gretch & Ferragus, dragons mégalos de Joshua Wright

Gretch & Ferragus, dragons mégalos, 1 – Carboniser pour mieux régner de Joshua Wright.

Robinson (Hachette BD), avril 2019, 48 pages, 10,95 €, ISBN 978-2-01-704466-6.

Genres : bande dessinée australienne, fantasy, humour.

Joshua Wright naît à Geelong (Victoria, Australie). Il étudie l’histoire et la littérature à l’université. Il devient auteur jeunesse en fantasy. Il travaille dans l’illustration et l’animation. Gretch & Ferragus est sa première bande dessinée (un deuxième tome est paru en Australie). Plus d’infos sur son site officiel, http://www.joshuawright.net/.

Vous aimez les dragons ? Vous allez aimer Ferragus et Gretch ! Ils sont frère et sœur.

Ferragus : « Il est d’un naturel paisible. Ses cornes et ses écailles sont marron. Il est sans pitié, fainéant et possède un ego surdimensionné. »

Gretch est « sa sœur jumelle, Hildegard dont le pseudonyme est Gretch. C’est une psychopathe. Elle a des cornes et des écailles dorées. Elle est mince, active et âpres au gain. »

Ils vivent dans un monde médiéval mais résolument moderne ! (smartphone, selfie, réseaux sociaux…).

« Pour rappel : seuls les dragons ont le droit de s’appeler entre eux, par leur prénom. » [Ferragus]

« Les humains et toutes les autres vermines doivent s’adresser à moi en m’appelant ‘Gretch la Magnifique’. » [Gretch]

C’est drôle, c’est coloré, c’est idéal pour passer un bon moment, et puis c’est Australien alors ça change de la BD européenne, américaine, asiatique !

C’est aussi irrévérencieux. « Ferragus, tu deviendras aussi riche que moi le jour où tu comprendras que les autres sont tous des imbéciles. […] – Comment tu fais pour être toujours aussi haineuse ? – Facebook. »

Pour La BD de la semaine et les challenges Animaux du monde #3, BD, Challenge lecture 2021 (pour la catégorie 1, un livre dont les héros sont des jumeaux), Jeunesse Young Adult #10, Littérature de l’imaginaire #9 et Les textes courts. Plus de BD de la semaine chez Moka.