Le Gel craquant d’Alexandre Afanassiev

Le Gel craquant d’Alexandre Afanassiev.

In Contes populaires russes, tome 1, Imago, janvier 2009, 384 pages, 28 €, ISBN 978-2-84952-071-0. Traduit du russe et présenté par Lise Gruel-Apert.

Genres : littérature russe, conte.

Alexandre Nikolaiévitch Afanassiev (Александр Николаевич Афанасьев) naît le 11 juillet 1826 à Bogoutchar (oblast de Voronej, Russie). Il aime la lecture depuis l’enfance (bibliothèques de son père et de son grand-père) et les contes que lui racontent ses nourrices. Il étudie le Droit à Moscou, écrit des articles (littéraires et politiques) et des livres (histoire, mythologie, folklore…) puis devient professeur avant d’être employé « aux Archives centrales du ministère des Affaires étrangères de Moscou » (introduction, p. 14) de 1849 à 1862. Il meurt le 23 septembre 1871 à Moscou.

Afanassiev est l’équivalent des frères Grimm pour les contes russes puisqu’il a collecté près de 600 contes. « À la fois historien de la civilisation et de la littérature russes, juriste, ethnographe, folkloriste, bibliographe, critique, journaliste, archiviste, étymologiste, connaissant de façon phénoménale presque toutes les langues indo-européennes, Alexandre Nikolaiévitch Afanassiev fut, dans le domaine des sciences humaines, l’un des savants les plus célèbres de son époque. » (introduction, p. 7).

Dans ce premier recueil (il y en a trois en tout) de Contes populaires russes, ce sont les contes d’animaux (62) et les contes du merveilleux (53) qui ont été privilégiés. Ce conte (4 pages), Le Gel craquant, Morozko (Морозко), est dans la deuxième partie, celle des contes du merveilleux. Il existe une variante intitulée Le Gel au nez rouge.

Un vieux et une vieille ont trois filles mais la vieille n’aime pas l’aînée car c’est en fait sa belle-fille. Marthe doit faire toutes les besognes et supporter les remontrances injustifiées de sa belle-mère. « La pauvrette pleurait en silence. Elle s’efforçait par tous les moyens de complaire à sa marâtre et de servir les filles de celle-ci ; mais les filles, qui imitaient leur mère, taquinaient méchamment Marthe, lui jouaient de vilains tours et la faisaient pleurer : c’était même devenu un de leurs jeux favoris. » Un jour, pour se débarrasser de Marthe, la vieille dit au vieux qu’il faut la marier mais en fait elle veut la livrer au Gel craquant, c’est-à-dire l’abandonner dans la forêt de pins enneigés… Le vieux, faible, ne peut qu’obéir à la méchante marâtre. « Reste là à attendre ton fiancé ; surtout, fais-lui bon accueil ! ». Lorsqu’il y retourne le lendemain, non seulement Marthe est vivante mais elle est couverte d’un somptueux manteau et accompagnée d’un « coffre rempli de riches cadeaux ». La marâtre éberluée décide de faire de même avec ses deux filles, Paracha et Macha, mais…

Si la condition de Marthe peut ressembler à celle de Cendrillon, le conte prend une tout autre direction et dimension en Russie (froid oblige !), Morozko personnifiant l’hiver. Ce conte a inspiré un film soviétique, Morozko, réalisé par Alexandre Rou en 1964.

Pour les challenges 2021, cette année sera classique, Contes et légendes #3 et Projet Ombre 2021.

Challenge Contes et légendes 2021 avec Bidib

Troisième édition pour le Challenge Contes et légendes 2021 organisé par Bidib auquel je m’inscris avec plaisir après avoir participé aux éditions #1 – 2019 (10 billets) et #2 – 2020 (16 billets).

L’objectif est de continuer de (re)découvrir les contes et légendes du monde entier, ceci du 1er janvier au 31 décembre 2021.

Infos, logo (c’est le même) et inscription chez Bidib + formulaire pour déposer les liens + la page FB + le groupe FB + le compte Instagram (avec un défi, un thème par semaine, logo et thèmes ci-dessous mais je ne suis pas sur Instagram).

Logo pour le défi Instagram

Il y a 4 paliers (et je choisis pour l’instant le premier car je préfère augmenter doucement mais sûrement dans l’année) :
Au coin du feu = de 1 à 5 chroniques
Arbre à palabre = de 6 à 10 chroniques
Troubadour = de 11 à 20 chroniques
Grand conteur = plus de 20 chroniques

Thèmes pour le défi Instagram

Et 12 thématiques mensuelles facultatives (pas sûre de les suivre, je lis un peu au hasard) :
Janvier : légendes arthuriennes
Février : contes en cuisine avec Des livres (et des écrans) en cuisine
Mars : contes et légendes d’Amérique
Avril : anges et démons
Mai : mythologies grecque et perse avec Cette année je (re)lis des classiques
Juin : contes et légendes au jardin
Juillet : contes et légendes d’Inde avec Les étapes indiennes
Août : contes slaves
Septembre : contes et légendes de Chine
Octobre : pour Halloween, sorcières, fantômes et monstres en tout genre
Novembre : contes tziganes
Décembre : contes de Noël

Mes lectures pour ce challenge

1.  La princesse au visage de nuit de David Bry (L’homme sans nom, 2020, France) – > légende médiévale forestière

2. Le Gel craquant d’Alexandre Afanassiev (Imago, 2009, Russie) – > conte russe collecté au XIXe siècle

..

La fuite en Égypte de Selma Lagerlöf

La fuite en Égypte de Selma Lagerlöf.

In La Revue Bleue tome 15 n° 1, 1901, (p. 549-551), traduit du suédois par L.H. Havet.

Après avoir vu le documentaire sur Selma Lagerlöf, j’ai trouvé cette légende qu’elle a écrite.

Une légende qui parle d’un palmier « extrêmement âgé et extrêmement haut » dans un désert d’Orient. Alors qu’il contemple « l’étendue du désert », il aperçoit deux voyageurs, deux étrangers, un homme et une femme. « En vérité, dit le palmier se parlant à lui-même, voilà des voyageurs qui viennent ici pour y mourir. » C’est que « La mort les attend ici sous sept formes différentes, pensa-t-il. Les lions les dévoreront, les serpents les piqueront, la soif les desséchera, le sable de l’ouragan les ensevelira, les brigands les massacreront, le feu du soleil les consumera, la peur les anéantira. » Mais… Mais, c’est impossible : ils ont avec eux un petit enfant ! Ce sont sûrement des fugitifs. « Mais ce n’en sont pas moins des insensés, poursuivit le palmier. S’ils n’ont pas un ange pour les protéger, il eût mieux valu pour eux s’abandonner à la fureur de leurs ennemis que de s’enfuir au désert. »

Et le palmier, qui a dans les mille ans, se souvient d’une visite ancienne à l’oasis : « la reine de Saba et le sage roi Salomon ». Mais, maintenant, l’oasis est tarie et les fugitifs n’y trouveront rien à boire…

Une légende inspirée de La fuite en Égypte (Évangile selon Matthieu) comme un miracle de Noël que je mets dans Décembre nordique et le challenge Contes et légendes #2.

Et n’oubliez pas de visiter Mon avent littéraire 2020 pour le jour n° 24.

La Source au bout du monde (tome 1) de William Morris

La Source au bout du monde (tome 1) de William Morris.

Aux Forges de Vulcain, novembre 2016, 400 pages, 28 €, ISBN 978-2-37305-016-5. The Well at the World’s End (1896) est traduit de l’anglais par Maxime Shelledy et Souad Degachi. Je l’ai lu en poche : Libretto, octobre 2017, 464 pages, 11,30 €, ISBN 978-2-36914-378-9.

Genres : littérature anglaise, fantasy, classique.

William Morris naît le 24 mars 1834 à Walthamstow dans l’Essex (Angleterre). Dès l’enfance, il aime les merveilles, la forêt, les histoires de chevaliers, les Waverley Novels de Walter Scott et même Les mille et une nuits. Il étudie la théologie à Oxford puis l’architecture et la peinture. Il épouse Jane Burden (je le signale car Jane et William sont parmi les personnages d’Arcadia de Fabrice Colin) et le couple a deux filles, Alice (Jenny) et Mary (May). Fabricant et designer textile, imprimeur et éditeur avec Kelmscott Press (sa maison d’éditions fondée en 1891) qui a édité les œuvres de Geoffrey Chaucer dont la plus célèbre est Les Contes de Canterbury (XIVe siècle), architecte, peintre et dessinateur, romancier, poète, traducteur (de textes anciens de l’Antiquité et du Moyen-Âge), essayiste (essais sur l’Art et sur le socialisme) et conférencier, ce touche à tout membre de la Confrérie préraphaélite est un socialiste utopiste et libertaire. Du même auteur : News from Nowhere soit Nouvelles de nulle part, une utopie (1890). Il est considéré comme le père de la Fantasy et La Source du bout du monde a inspiré, entre autres, C.S. Lewis (Les chroniques de Narnia) et J.R.R. Tolkien (Bilbo le Hobbit, Le seigneur des anneaux…). Retrouvez William Morris sur The William Morris Society (Angleterre) et The William Morris Society (États-Unis) et ses œuvres en ligne sur Wikisource.

« Il y avait jadis une petite contrée sur laquelle régnait un petit souverain, un roitelet que l’on appelait le roi Pierre même si son royaume n’était pas bien grand. Il avait quatre fils nommés Blaise, Hugues, Grégoire et Rodolphe. Ce dernier était le benjamin, âgé de vingt et un hivers, et Blaise, qui en avait vécu trente, était l’aîné. » (p. 11). Voici comment débute ce roman et j’aime beaucoup le ton.

Le domaine s’appelle les Haults-Prés – en anglais Upmeads – (champs, bois, ruisseaux et petites collines) mais il est petit et les fils rêvent de voyages et d’aventures. Rodolphe (en anglais Ralph) – alors que ses frères sont partis, l’un au nord, l’un à l’est, l’un à l’ouest, chacun sur son cheval et accompagné d’un écuyer – a dû rentrer au château avec son père… Tôt le lendemain matin, il s’enfuit avec « son armure, sa lance et son épée [et] son destrier, un beau et robuste cheval gris pommelé nommé Faucon. » (p. 21). Il va à « Bourg-la-Leyne, au-delà de laquelle s’étendait, vers le sud, un monde dont Rodolphe ignorait presque tout, et qui lui semblait un endroit fabuleux, regorgeant de merveilles et d’aventures extraordinaires. » (p. 22). C’est là qu’il entend parler de la Source au bout du monde, une eau magique aux propriétés miraculeuses.

Dans ce monde imaginaire, inspiré du Moyen-Âge, Rodolphe devient un chevalier errant. Tout le monde lui parle de dangers mais pour l’instant les rencontres sont plutôt agréables voire charmantes et bienveillantes. Y aurait-il anguille sous roche ? C’est alors qu’il croise des hommes en armes et certains sont manifestement hostiles. En tout cas, partout où Rodolphe va, il observe, il questionne, il en voit et en entend des vertes et des pas mûres (guerres, bûchers, esclaves…). « Il lui sembla que le monde était pire que ce à quoi il s’attendait. » (p. 110). Mais lorsqu’il entend parler de la dame d’Abondance, il en tombe amoureux sans l’avoir jamais vue et ne pense qu’à une chose, qu’elle vienne vers lui. « Elle me racontera tout lorsque je la verrai. Je n’ai pour l’heure à réfléchir qu’à la façon dont je la retrouverai et ferai en sorte qu’elle m’aime. Elle m’indiquera ensuite le chemin menant à la Source au bout du monde, dont je boirai l’eau afin de ne jamais vieillir et d’obtenir, comme elle, la jeunesse éternelle. Nous pourrons alors nous aimer pour toujours et à jamais. » (p. 159). Quel jeune homme rêveur ! Et peut-être même naïf ? « […] le regard amoureux de Rodolphe, qui la bénit et manqua verser des larmes de bonheur. » (p. 203).

Ce que raconte la jeune femme surnommée la dame d’Abondance à Rodolphe ressemble à un conte. Cependant, au lieu d’une princesse ou d’une bergère, le lecteur a ici un jeune fils de roi, instruit comme l’était les jeunes hommes de son époque mais immature, en quête d’aventure et d’amour (je dirais même en quête d’absolu). « M’est avis, messire, répondit Richard, que cette femme qui mourut assassinée ne descendait pas seulement de la race d’Adam, mais qu’il y avait en son sang quelque brassage avec celui des fées. Qu’en dites-vous ? » (p. 308-309).

J’en dis que ce roman n’est pas facile à lire car la police de caractère est toute petite ! Toutefois, il est vraiment agréable de se plonger dans sa lecture et dans ses merveilles et j’ai hâte de lire le deuxième tome pour la suite des aventures de Rodolphe !

La Source au bout du monde est ici traduit intégralement pour la première fois en français. Une traduction partielle avait été effectuée par Maxime Shelledy et Le Puits au bout du monde était paru Aux Forges de Vulcain en deux tomes, La Route vers l’amour en 2012 et La Route des dangers en 2013 (c’est-à-dire les deux premières parties sur quatre). Ensuite La Source au bout du monde a été traduit à nouveau par Maxime Shelledy et Souad Degachi et est paru Aux Forges de Vulcain en 2016 avec des illustrations et des lettrines (il y a aussi de petites lettrines dans l’édition Libretto que j’ai lue).

Je mets cette lecture dans les challenges Animaux du monde #3 (il y a beaucoup de chevaux, que serait un chevalier sans son cheval ?), Cette année, je (re)lis des classiques #3, Challenge du confinement (case Fantasy), Les classiques c’est fantastique (en décembre, des contes pour les fêtes), Contes et légendes #2 et Littérature de l’imaginaire #8.

 Et n’oubliez pas de visiter Mon avent littéraire 2020 pour le jour n° 21.

Un cœur simple de Gustave Flaubert

Pour le challenge Les classiques c’est fantastique !, le thème d’octobre est Balzac vs Flaubert (le logo de Moka est, comme à chaque fois, très beau). Il est possible de lire soit l’un des auteurs soit les deux, trois possibilités donc. Ayant chez moi l’intégrale de Balzac et l’intégrale de Flaubert, j’ai décidé de lire un titre de chacun mais ces deux titres ne pouvaient pas être trop longs sinon je n’aurais pas eu le temps et de les lire et de rédiger les billets. J’ai choisi un des trois contes, Un cœur simple de Gustave Flaubert et Gobseck d’Honoré de Balzac (vous aurez ma note de lecture demain).

Un cœur simple de Gustave Flaubert

Vous pouvez lire librement Un cœur simple sur Wikisource.

Il existe des éditions en poche comme celles de Folio classique, Hachette ou Librio, une centaine de pages, entre 2 et 3 €.

Genres : littérature française, conte, nouvelle.

Gustave Flaubert naît le 12 décembre 1821 à Rouen (Normandie). Il étudie le Droit à Paris mais mène une vie de bohème et se consacre à l’écriture. Il est considéré comme un des plus grands auteurs français de la deuxième moitié du XIXe siècle. Il a pourtant été moins prolifique que d’autres auteurs mais que de grands romans : Madame Bovary (1857), Salammbô (1862), L’éducation sentimentale (1869). Il meurt le 8 mai 1880 à Croisset (Normandie).

Flaubert écrit cette nouvelle de février à août 1876 en piochant dans ses souvenirs d’enfance et en s’inspirant des personnes avec qui il vivait à cette époque. Par exemple Félicité est Mademoiselle Julie (la servante de ses parents qui éleva le jeune Flaubert et passa 60 ans avec lui), Virginie sa jeune sœur Caroline (décédée) et Madame Aubain est inspirée d’une tante. Flaubert ayant des problèmes d’argent à cause du mari de sa nièce a dû vendre ses biens immobiliers… Il a aussi du mal à terminer Bouvard et Pécuchet (sa dernière œuvre). Il écrit Un cœur simple chez un ami à Concarneau. Cette nouvelle est publiée en 7 épisodes dans Le Moniteur universel (du 12 au 19 avril 1877). Ensuite l’éditeur de Flaubert, Georges Charpentier, publie Trois contes (Un cœur simple, La légende de Saint-Julien L’Hospitalier, Hérodias) en un recueil en avril 1877. Un cœur simple a été adapté en film en 2007-2008 par Marion Laine avec Sandrine Bonnaire, Marina Foïs et Pascal Elbé (vidéo ci-dessous).

Pont l’Évêque, Normandie. Félicité est la servante de madame Aubain. « Pour cent francs par an, elle faisait la cuisine et le ménage, elle cousait, lavait, repassait, savait brider un cheval, engraisser les volailles, battre le beurre, et resta fidèle à sa maîtresse, – qui cependant n’était pas une personne agréable. » (p. 3). Après une déception amoureuse (Théodore a épousé une riche veuve pour échapper à la conscription), Félicité a quitté la ferme où elle travaillait depuis la mort de ses parents pour la ville où elle ne connaît personne. Elle est embauchée chez madame Aubain, une veuve désargentée, mère de Paul (7 ans) et Virginie (4 ans). La vie est simple, bucolique, et Félicité est heureuse avec les enfants. La famille va même aux bains à Trouville. « Dans ce temps-là, ils n’étaient pas fréquentés. » (p. 14). Lorsque Félicité emmène Virginie au catéchisme, elle découvre en même temps que la fillette « l’Histoire sainte » (p. 17), elle est éblouie et en garde « le respect du Très-Haut et la crainte de sa colère. » (p. 17). Alors qu’il ne lui reste plus que madame Aubain, Félicité reçoit un perroquet de la famille de Larsonnière qui déménage. « Il s’appelait Loulou. Son corps était vert, le bout de ses ailes rose, son front bleu, et sa gorge dorée. » (p. 34). À la mort de Loulou, « Elle pleura tellement que sa maîtresse lui : – Eh bien ! Faites-le empailler ! » (p. 37).

Ce que j’aime chez Flaubert – tout comme chez Balzac d’ailleurs – ce sont ses descriptions, non seulement des personnages mais aussi des lieux et en plus de la Nature environnante et des animaux (Balzac étant plus citadin, plus Parisien). Son style est réaliste et sa psychologie des personnages est profonde : le lecteur sent que Flaubert aime ses personnages quels que soient leurs défauts (ici, pour Félicité, la simplicité d’esprit, ce qui la rend forte et ouverte aux autres) mais il a un côté pessimiste indéniable. Quel destin tragique que celui de Félicité qui perdra tous ceux qu’elle aime ! Ses parents et la séparation d’avec ses sœurs, son futur mari (qui lui en préfère une autre), Paul qui part au collège à Caen, Virginie qu’elle aime tendrement et qui part au couvent des Ursulines à Honfleur, son neveu Victor (elle a retrouvé par hasard une sœur) qui part aux Amériques et meurt à Cuba, Madame Aubain (elles se sont finalement rapprochées) et surtout son perroquet Loulou… C’est trop pour une femme au cœur simple qui n’a sans doute pensé qu’aux autres durant toute sa vie. Un cœur simple est à la fois une nouvelle et un conte, triste, qui représente la vie de tant de femmes seules, pauvres, considérées comme simplettes mais avec un grand cœur et une grande abnégation envers les autres. À noter que Un cœur simple est vu comme le seul récit plus ou moins autobiographique de Flaubert puisqu’il y revisite son enfance, ses souvenirs et les proches qu’il a connus avec un fort côté nostalgique.

Par rapport au thème, Balzac vs Flaubert, quel lien entre Flaubert et Balzac ? Balzac est l’aîné (1799-1850) et Flaubert le considère comme son maître, son père littéraire.

En plus du challenge Les classiques c’est fantastique, je mets cette lecture dans Animaux du monde #3 (pour Loulou, le perroquet, très important), Cette année, je (re)lis des classiques #3 et Contes et légendes #2.

L’odyssée de Fulay

L’odyssée de Fulay.

Une légende berbère de l’Antiquité méditerranéenne (du temps où la Berbérie faisait partie de l’empire grec) ; un livret accompagné d’un CD musical.

La légende est contée et illustrée par Elho (Hocine Boukella).

Fulay est un artiste célèbre, ses sculptures sont connues dans le monde entier « jusqu’en Chine ». La déesse de l’Amour, Unisa, s’éprend de lui et de ses œuvres alors Fulay va travailler dans les ateliers célestes ! C’est génial, non ? Eh bien, non ! Fulay s’ennuie et surtout il aime une autre femme ! Unisa, jalouse, rejette Fulay du ciel et il tombe dans la rivière de l’oubli puis arrive sur une île où la population vénère la mort. Fulay veut s’enfuir mais retrouvera-t-il son village et la potière qu’il aime ?

Sur le CD, les titres sont interprétés par Cheikh Sidi Bémol sur des paroles d’Ameziane Kezzar d’après des chants berbères antiques et les musiques sont composées par Hocine Boukella d’après des musiques traditionnelles.

Une belle découverte ; j’ai beaucoup aimé les illustrations.

Pour les challenges À la découverte de l’Afrique et Contes et légendes #2.

Histoires fantastiques du temps jadis (Japon)

Histoires fantastiques du temps jadis.

今昔物語集 Konjaku monogatari shû est traduit du japonais et présenté par Dominique Lavigne-Kurihara.

Philippe Picquier, ça c’est la version poche ; je l’ai lu en édition brochée : juin 2002, 234 pages, 19,50 € (le prix est également en francs ! 127,91 F, il me semble qu’à l’époque, le double affichage était obligatoire), ISBN 978-2-87730-604-1.

Genres : littérature japonaise, contes, fantastique.

Ces « Histoires qui sont maintenant du passé » ont été compilées (comme l’ont été les contes de Grimm ou d’Andersen) et achevées vers 1120. En tout, il y a 1059 histoires réparties dans 31 volumes ; elles sont classées par pays : Inde, Chine et Japon. Dominique Lavigne-Kurihara en a choisi 42 classées comme suit : démons = 12, fantômes et spectres = 7, tengus = 4, renardes, renards et sangliers = 6, serpents et serpentes = 8, dieux et esprits = 5. En début de volume, il y a une instructive introduction et, en fin de volume, un répertoire de 20 pages avec tous les termes japonais expliqués et une carte pour repérer les villes où se situent les histoires.

Toutes ces créatures existaient et existent peut-être encore : on les retrouve dans les films, les séries, les mangas, la littérature, les jeux vidéo. Les Japonais sont champions pour faire entrer le fantastique dans le quotidien parce que ça fait partie de leur vie depuis toujours (lire par exemple les romans et les nouvelles de Haruki Murakami, entre autres). Les ouvertures (portes comme la célèbre Rashômon), les passages (ponts) et les embranchements (carrefours, nouvelles routes) sont très importants.

« L’origine de cette littérature est à rechercher dans les fudoki, ces monographies compilées sur ordre impérial au début des années 700, qui décrivent de façon très exhaustive une province, rapportant les vieilles légendes attachées à chacune de ses montagnes, de ses collines ou de ses rivières. » (p. 24). Puis est arrivé le Nihon Riyôiki (soit « Histoires saintes et étranges du Japon » compilé par le célèbre moine Kyôkai vers 822.

Les personnages de ces histoires sont pour beaucoup des femmes mais aussi des démons, des esprits, des animaux, quelques hommes exilés ou morts en disgrâce : tous veulent se venger. « […] les femmes seront des démons ou des fantômes terrifiants. Et qu’elles sont nombreuses à hanter ces pages ! Délaissées par un mari volage, mortes dans le plus grand dénuement ou plus banalement en couches, restées sans sépulture, elles ont connu bien plus souvent que les hommes le malheur. Alors, faut-il s’étonner qu’elles reviennent se venger, d’une vengeance qu’elles auront désirée terrible ? » (p. 20). C’est pourquoi je mets cette lecture dans Un mois au Japon durant cette semaine qui mets les femmes japonaises à l’honneur.

Les histoires commencent par « C’est maintenant du passé » : l’équivalent de notre « Il était une fois ». C’est que ces histoires doivent frapper l’imagination des auditeurs (elles étaient racontées) mais pas les terroriser.

Je ne peux pas résumer les 42 récits de ce recueil donc pour chaque catégorie, j’en ai choisi un dont je vous donne un extrait.

Dans démons – Comment le luth appelé Genjô fut dérobé par un démon (XXIV, 24). « Ce luth, c’est comme un véritable être vivant ! Si l’on en pince banalement les cordes, sans égard pour sa merveilleuse qualité, il se met en colère et garde le silence. De la même façon, quand la poussière s’est posée sur lui et qu’on ne l’a pas épousseté avec déférence, il se refuse, tout aussi furieux. Rien de plus facile que de comprendre son humeur du moment ! » (p. 61). Il faut dire que le luth Genjô est le luth impérial.

Dans fantômes et spectres – Comment le bœuf du Révérend moine Kôchi fut emprunté par une âme (XXVII, 27). « Le sixième jour après son rêve, vers l’heure du Serpent, le bœuf tout à coup rentra d’un pas paisible, venant d’on ne sait où. Il semblait s’en retourner après avoir accompli une affaire particulièrement importante. » (p. 99-100).

Dans tengus – Comment le Roi-Dragon fut capturé par un tengu (XX, 11). « En nous aidant mutuellement, nous sauverons chacun notre vie ! S’il y a encore une goutte d’eau, je vous le promets, je vous ramènerai à votre ancienne demeure. » (le Roi-Dragon au moine, p. 123).

Dans renardes, renards et sangliers – Comment, à Inamino en la province de Harima, fut tué un sanglier (XXVII, 36). « Si l’on y songe, ce sanglier qui avait vu l’homme entrer dans la cabane, n’était-ce pas dans le dessein de l’attaquer qu’il lui avait joué ce tour ? » (p. 148).

Dans serpents et serpentes – Comment, grâce au secours de Kannon, un homme de la province de Mutsu, qui prenait des faucons au nid, conserva la vie (XVI, 6). « Depuis longtemps, j’attrape les jeunes faucons qui sont faits pour voler au ciel. Je leur passe la cordelette à la patte, leur ôtant la liberté. Ces oiseaux, je les ai retenus captifs ! Et en raison de ce crime, je reçois ma rétribution dès ce monde ; ici et à l’instant, je vais mourir. » (p. 172).

Dans dieux et esprits – Comment l’âme de l’eau du Palais de l’Empereur Reizei, ayant pris une forme humaine, fut capturée (XXVII, 5). « Je suis l’âme de l’eau, dit-il, et ploc, il plongea dedans. On ne le revit plus. » (p. 201).

Une excellente lecture pour Un mois au Japon et les challenges Animaux du monde (renard, serpent, aigle, tengu…), Cette année, je (re)lis des classiques (an 1120, ça c’est du classique !) et bien sûr Contes et légendes #2 et Littérature de l’imaginaire #8. Je mets aussi ce recueil dans le Maki Project puisque ces 42 histoires sont des récits courts (contes, légendes, folklore).

Challenge Contes et légendes 2020 avec Bidib

Ravie d’avoir participé à la première édition du challenge Contes et légendes en 2019 même si je n’ai pas rempli la piste n° 7 (sur 10 pistes) pour l’adaptation grands et petits écrans… (alors que j’ai sûrement vu quelque chose !).

Voici ce que nous dit Bidib : « Les contes et les légendes on aime les écouter, les raconter, les lire, les regarder… Pour ce challenge tout est permis : albums, romans, bandes dessinées bien sûr, mais aussi spectacles, films, musiques, peintures… Tous les supports seront au rendez-vous. Un seul mot d’ordre : explorer le monde enchanté des contes et des légendes (traditionnels ou modernes). »

Je rempile pour la nouvelle session, Contes et légendes 2020, qui court du 1er janvier au 31 décembre 2020.

Infos, logos et inscription chez Bidib + le groupe FB + la page Instagram (nouveau) + le formulaire pour donner ses liens.

Les 10 pistes n’existent plus cette année mais il y a 4 paliers :
– au coin du feu : de 1 à 5 chroniques,
– arbre à palabre : de 6 à 10 chroniques,
– troubadour : de 11 à 20 chroniques,
– grand conteur : plus de 20 chroniques.
Pour l’instant, je vais choisir le premier palier et j’augmenterai si je peux 😉

Et des rendez-vous thématiques (libres, aucune obligation) comme déjà :

29 janvier : hiver (froid, glace, neige, Grand Nord…).

Septembre : mois spécial (jeux, marathon de lecture…).

Mes billets pour le palier « au coin du feu »

1. Tout ce qui est sur Terre doit périr (La dernière licorne) de Michel Bussi (Presses de la Cité, 2019, France) 🙂 – légendes du déluge sur plusieurs continents et sur les licornes.

2. Le dernier quartier de lune de CHI Zijian (Philippe Picquier, 2016, Chine) 🙂 – légendes du peuple évenk (et chamanisme).

3. Watership Down de Richard Adams (Monsieur Toussaint Louverture, 2016, Angleterre) ❤ – légendes des ancêtres des lapins, Shraavilshâ et Primsault.

4. Histoires fantastiques du temps jadis (Philippe Picquier, 2002, Japon, 1120 !) 🙂 – légendes japonaises.

5. Rivages de Gauthier Guillemin (Albin Michel Imaginaire, 2019, France) ❤ – légendes et contes des Thuata dé Dana (Ondins).

Palier Au coin du feu honoré 🙂

6. Le livre de M de Peng Shepherd (Albin Michel Imaginaire, 2020, États-Unis) 🙂 – légendes indiennes (hindoues).

7. Arcadia de Fabrice Colin (Bragelonne, 2018, France) – légendes arthuriennes

8. L’odyssée de Fulay – légende antique berbère, empire grec

9. L’edda poétique (Fayard, 1992) – légendes scandinaves IXe-XIIIe siècles

10. in Trois contes, Un cœur simple de Gustave Flaubert (1876, France) – conte normand

Palier Arbre à palabre honoré 🙂

11. Éloquence de la sardine : incroyables histoires du monde sous-marin de Bill François (Fayard, 2019, France) ❤ – légendes du monde sous-marin

12. Le lièvre d’Amérique de Mireille Gagné (La Peuplade, 2020, Québec) – légende algonquienne du lièvre Nanabozo

13. Deux documentaires sur la littérature scandinave (Andersen et Lagerlöf) – contes scandinaves

14. La Source au bout du monde (tome 1) de William Morris (Libretto, 2017, Angleterre, 1896) – légende « médiévale » d’une source miraculeuse

15. La fuite en Égypte de Selma Lagerlöf (In La Revue Bleue, 1901, Suède) – conte de Noël d’après un récit biblique

16. Pourquoi les chiens ont la truffe humide de Kenneth Steven et Øyvind Torseter (Cambourakis, 2016, Norvège) – conte sur l’Arche de Noé

+ ?

La fameuse invasion de la Sicile par les ours de Dino Buzzati

La fameuse invasion de la Sicile par les ours de Dino Buzzati.

Gallimard, collection Folio Junior n° 490, collection Textes classiques, 1977 – 1982 – 1988 – 1997 – 2009 (précédemment publié chez Stock en 1968), 128 pages, 5,90 €, ISBN 978-2-07062-374-7. Illustrations de l’auteur (en couleur à l’origine). La famosa invasione degli orsi in Sicilia (1945) est traduit de l’italien par Hélène Pasquier.

Genres : littérature italienne, littérature jeunesse, conte.

Dino Buzzati naît le 16 octobre 1906 à San Pellegrino di Belluno dans la région de Vénétie. Il étudie le Droit à l’Université de Milan mais il est embauché comme journaliste par le Corriere della Sera. Il est aussi peintre, écrivain et critique littéraire. Il meurt d’un cancer le 28 janvier 1972 à Milan. De lui, j’ai déjà lu Le Désert des Tartares (son plus célèbre roman, paru en 1940) et Le K (un recueil de nouvelles, paru en 1966) et j’ai apprécié le côté fantastique. Avec La fameuse invasion de la Sicile par les ours, je lis un de ses contes, mais il a aussi écrit de la poésie et du théâtre donc il me reste des choses à lire !

Le roman commence par une présentation des personnages et des décors, ça fait un peu théâtral, ça m’a bien plu et puis c’est présenté avec humour.

L’ourson Tonin, fils de Léonce Roi des ours, a été enlevé par deux chasseurs. Deux ans après, les ours font face au froid et à la faim alors ils décident de descendre pour la première fois dans la plaine, là où vivent les humains. « Et les montagnes d’où nous sommes partis. Les reverrons-nous jamais, nos vieilles montagnes ? » (p. 18). Les ours ne sont pas les bienvenus et ils doivent se battre contre l’armée du Grand-Duc, un tyran. « Mais que peuvent les ours, armés de lances, de flèches, de harpons / contre des fusils, des mousquets, des couleuvrines, des canons ? » (p. 24). J’ai oublié de vous dire qu’une partie du roman est racontée sous forme de poésie ! Le Grand-Duc et le magicien De Ambrosiis se réfugient au château de Cormoran mais les ours, valeureux, emmenés par le courageux ours Babbon défient l’armée humaine. Au début, c’est un « Désastre complet » (p. 56) mais un autre ours, plutôt bricoleur, Frangipane, va faire gagner les ours. Pendant que la bataille fait rage, il y a un spectacle au Grand Théâtre Excelsior et, parmi les artistes, un ourson acrobate, rebaptisé Goliath. Oui, oui, vous avez deviné et il va s’en passer des choses ! D’ailleurs, pendant plus de dix ans, les ours vont vivre avec les humains mais leur comportement va changer ce qui déplaît au Roi Léonce.

Ce conte, joliment illustré (par l’auteur lui-même !) s’est déroulé il y a très longtemps car il n’y a plus de montagnes en Sicile, il n’y a plus d’ours non plus… Mais la magie et l’humour de Dino Buzzati font vivre cette histoire pour les petits et les grands lecteurs ! Avec la sortie du film d’animation réalisé par Lorenzo Mattotti et présenté au Festival de Cannes en mai 2019, le livre paraît à nouveau en mai 2019 (couverture ci-contre).

Une lecture plaisante que je mets dans les challenges Cette année, je (re)lis des classiques, Contes et légendes pour la piste « Des animaux à la fête », Jeunesse & Young Adult #9 et Littérature de l’imaginaire #7.

Buck, la nuit des trolls d’Adrien Demont

Buck, la nuit des trolls d’Adrien Demont.

Soleil, collection Métamorphose, mai 2016, 80 pages, 17,95 €, ISBN 978-2-302-05060-0.

Genres : bande dessinée, conte, fantastique.

Adrien Demont naît le 1er janvier 1986 à Villeneuve sur Lot. Il étudie les Beaux-Arts à Angoulême. Il est dessinateur et auteur. Plus d’infos sur son blog.

Norvège. « L’hiver est rude… Il n’y a que la neige et le vent, le vent et la neige… » (p. 12). Poussés par les flots marins, Buck et sa niche arrivent dans un lieu inconnu. Un malheureux couple d’humains a trouvé un troll dans le berceau de leur fille. Buck est chargé de ramener le bébé mais il est peureux et il fait nuit ! Il rencontre Snorri, un lièvre boiteux qui l’invite au vieux moulin abandonné. Mais « Le temps presse, si la petite humaine finit son sevrage aux mamelles d’une troll, elle deviendra des leurs. » (p. 50).

Auparavant frappé par la foudre, Buck ne quitte plus sa niche, il est un peu un chien-tortue. À la fois drôle et onirique, cette bande dessinée est inspirée d’un conte scandinave. Les dessins sont superbes, sombres, et il y a peu de textes, ce qui laisse place à l’observation des détails et à l’imagination.

J’ai très envie de lire Buck, le chien perdu paru en mai 2019 et qui raconte en fait l’histoire de Buck avant la nuit des trolls.

Buck, la nuit des trolls est dédicacé à Theodor Kittelsen. Je ne connais pas… C’est un peintre et illustrateur norvégien (1857-1914) distingué Chevalier de l’ordre de Saint-Olaf ; il est connu pour ses illustrations de trolls dont s’est inspiré Adrien Demont.

C’est la rentrée de La BD de la semaine ! Je ne sais pas si le challenge BD de Marjorie continue après juillet 2019… (oui, il continue). Je mets cette très belle bande dessinée dans les challenges Contes et légendes, Jeunesse Young Adult #8 (qui cette année, accepte les bandes dessinées) et Littératures de l’imaginaire.

Plus de BD de la semaine chez Moka.