Summer Short Stories of SFFF – S4F3 #6

Sixième saison pour le Summer Short Stories of SFFF ou S4F3 en abrégé. J’ai participé en 2018 (13 lectures) et en 2019 (seulement 2 lectures) et j’espère faire mieux cette année que l’été dernier. Le challenge dure du 21 juin au 23 septembre. L’objectif est de lire de la littérature de l’imaginaire (science-fiction, fantastique, fantasy = SFFF) avec des livres, anthologies, essais et recueils de nouvelles entre 80 pages et moins de 350 pages. Nouveau : il y a 10 épreuves – appelées Déca-Star –, une par semaine, mais je ne sais pas si je vais y participer.

Infos, logo (euh… pour l’instant il y n’a pas de logo pour 2020, je le rajouterai plus tard) et inscription chez Lutin82 (Albédo) + ici pour les épreuves.

Mes lectures pour ce challenge

1. L’académie diplomatique d’Isuldain – Les ombres assassines d’Arthur Ténor (Scrineo, 2018, France)

2. Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley (Pocket, 2017, Angleterre)

Zombie Cherry 1 de Shôko CONAMI

Zombie Cherry 1 de Shôko CONAMI.

Akata, collection Medium, juin 2016, 190 pages, 6,95 €, 978-2-36974-127-9. シカバネ☆チェリー Chikabane Cherry (2013, Akita Publishing Co, prépublication dans le mensuel shôjo Gekkan Princess) est traduit du japonais par Chiharu Chûjo.

Genres : manga, shôjo, horreur.

Shôko CONAMI こなみ詔子 naît un 24 août. Elle dessine depuis l’enfance et commence sa carrière à l’âge de 18 ans. Elle voyage beaucoup (Asie, Europe). Elle aime le fantastique et l’horreur, le cinéma et les jeux vidéo. Sa première série, Shinobi life (シノビライフ 13 tomes entre 2007 et 2012), se déroule dans le Japon médiéval. Plus d’infos sur son blog officiel et son site officiel.

Lycéenne, Miu Kyûragi n’arrive jamais à se lever le matin. Son voisin, et ami, Haru doit toujours la réveiller, il lui propose une potion qu’il a fabriquée, la Cherry Soup. « T’inquiète, je l’ai déjà testée sur des plantes, des animaux et même sur moi. Tu vas voir, ça va te changer la vie… […] La potion fait son effet… Par contre, son psychisme a encore du mal à suivre… ».

Mais Miu est amoureuse de Kei Tôno et, par un concours de circonstances, il l’invite au cinéma voir un film d’horreur japonais. Miu doit être en forme ! Elle vole la fiole de Haru et boit tout ! La séance de cinéma et le contact avec Kei, d’habitude renfermé, se passent très bien, ils ont la même passion pour l’horreur sauf les zombies.

C’est pendant leur discussion, après le film, que Miu se rend compte que son cœur ne bat plus et qu’elle n’a plus de pouls… En fait, elle était tellement excitée qu’elle s’est violemment cognée la tête contre un poteau et elle n’a pas réalisé qu’elle se levait du lit de la morgue et pas de son lit pour aller au cinéma !

« Mais cacher mes sentiments… jusqu’à la mort… Est-ce une bonne chose pour moi ?! ».

Alors d’un côté, Miu doit cacher à Kei (et à tous) sa situation, et d’un autre côté il y a confrontation entre Haru et Kei. Ah, et il y a les autres filles qui sont amoureuses de Kei qui se mettent à harceler Miu… Ce manga pourrait sembler être un shôjo classique mais un shôjo horreur, ce n’est pas banal ! J’ai bien ri avec le chapitre bonus à la fin.

Ah, c’est une série courte, seulement 3 tomes, alors je veux bien connaître la suite !

Pour La BD de la semaine et les challenges BD, Jeunesse et Young Adult #9, Littérature de l’imaginaire #8 et bien sûr Un mois au Japon.

Et si les chats disparaissaient du monde… de Genki Kawamura

Et si les chats disparaissaient du monde… de Genki Kawamura.

Pocket, novembre 2018, 176 pages, 6,50 €, 978-2-26628-657-2. 世界から猫が消えたなら (Sekai kara neko ga kieta nara, 2012) est traduit du japonais par Diane Durocher.

Genres : littérature japonaise, fantastique.

Genki Kawamura 川村元気 naît le 12 mars 1979 à Yokohama (Kanagawa, Japon). Il travaille dans le monde du cinéma (scénariste, producteur) et c’est son premier roman (il a d’ailleurs été adapté au cinéma en 2016, bande annonce ci-dessous).

Le narrateur, un jeune homme de 30 ans, facteur de son métier, pense qu’il n’a qu’un rhume mais il souffre tellement qu’il consulte. « Ce n’était pas un rhume. Mais un cancer du cerveau de stade 4. » (p. 10). Il accuse le coup mais il n’a plus qu’une semaine à vivre, ou un peu plus ou un peu moins… Il reçoit alors chez lui la visite du diable qui lui annonce qu’il va mourir demain mais qui lui propose une solution : « Tu dois faire disparaître une chose de cette planète. En contrepartie, il te sera accordé un jour de vie supplémentaire. » (p. 18). Le jeune homme hésite puis accepte l’échange.

Téléphones, films, montres… « Qu’est-ce qui était le plus triste ? L’idée de ma propre mort, ou celle de la disparition de choses importantes ? » (p. 90).

Les quatre premiers jours sont faits de rêves et de souvenirs. De sa mère, décédée il y a quatre ans, et des deux chats qu’ils ont eus (l’un après l’autre) : Laitue et Chou (ce dernier vit d’ailleurs avec lui depuis le décès de sa mère). Et de son père, horloger, avec qui il a coupé les ponts.

Mais le diable annonce que le vendredi, les chats disparaîtront ! « Si les chats disparaissaient du monde… Que gagnerait-on ? Que perdrait-on ? » (p. 127). Pour le jeune homme, c’est un dilemme de trop, d’autant plus qu’il aime Chou plus que tout !

Lorsque j’ai vu ce roman (en poche) à la librairie en novembre 2018, j’ai craqué : chat sur la couverture, littérature japonaise et thème qui m’a plu, ce qui faisait trois bonnes raisons d’acheter ce livre ! J’ai choisi de le lire début avril lors d’un marathon de lecture et je n’ai pas été déçue : c’est beau, c’est triste, c’est… miaou ! Et puis, il y a une réelle réflexion sur la mort, le sens de la vie et ce qu’on peut faire sans risquer de nuire. Il y a tous ces petits bonheurs, ces petits riens tout au long d’une vie que le narrateur (et le lecteur aussi) laisse passer sans se rendre compte de leur importance et puis oublie… Ce roman est donc comme un conte philosophique qui remettrait gentiment sur le droit chemin avec un peu d’humour.

Quant au narrateur (on ne saura pas son nom), il décide d’écrire une lettre au jour le jour, un peu comme un journal ou un testament, et ce n’est que vers la fin du livre que le lecteur comprend à qui il l’écrit.

Une belle lecture pour les challenges Animaux du monde, Lire en thème (en avril, auteur découverte, encore jamais lu), Littérature de l’imaginaire #8, Petit Bac 2020 (catégorie Animal pour chat) et Un mois au Japon (qui continue d’ailleurs en mai).

Histoires fantastiques du temps jadis (Japon)

Histoires fantastiques du temps jadis.

今昔物語集 Konjaku monogatari shû est traduit du japonais et présenté par Dominique Lavigne-Kurihara.

Philippe Picquier, ça c’est la version poche ; je l’ai lu en édition brochée : juin 2002, 234 pages, 19,50 € (le prix est également en francs ! 127,91 F, il me semble qu’à l’époque, le double affichage était obligatoire), ISBN 978-2-87730-604-1.

Genres : littérature japonaise, contes, fantastique.

Ces « Histoires qui sont maintenant du passé » ont été compilées (comme l’ont été les contes de Grimm ou d’Andersen) et achevées vers 1120. En tout, il y a 1059 histoires réparties dans 31 volumes ; elles sont classées par pays : Inde, Chine et Japon. Dominique Lavigne-Kurihara en a choisi 42 classées comme suit : démons = 12, fantômes et spectres = 7, tengus = 4, renardes, renards et sangliers = 6, serpents et serpentes = 8, dieux et esprits = 5. En début de volume, il y a une instructive introduction et, en fin de volume, un répertoire de 20 pages avec tous les termes japonais expliqués et une carte pour repérer les villes où se situent les histoires.

Toutes ces créatures existaient et existent peut-être encore : on les retrouve dans les films, les séries, les mangas, la littérature, les jeux vidéo. Les Japonais sont champions pour faire entrer le fantastique dans le quotidien parce que ça fait partie de leur vie depuis toujours (lire par exemple les romans et les nouvelles de Haruki Murakami, entre autres). Les ouvertures (portes comme la célèbre Rashômon), les passages (ponts) et les embranchements (carrefours, nouvelles routes) sont très importants.

« L’origine de cette littérature est à rechercher dans les fudoki, ces monographies compilées sur ordre impérial au début des années 700, qui décrivent de façon très exhaustive une province, rapportant les vieilles légendes attachées à chacune de ses montagnes, de ses collines ou de ses rivières. » (p. 24). Puis est arrivé le Nihon Riyôiki (soit « Histoires saintes et étranges du Japon » compilé par le célèbre moine Kyôkai vers 822.

Les personnages de ces histoires sont pour beaucoup des femmes mais aussi des démons, des esprits, des animaux, quelques hommes exilés ou morts en disgrâce : tous veulent se venger. « […] les femmes seront des démons ou des fantômes terrifiants. Et qu’elles sont nombreuses à hanter ces pages ! Délaissées par un mari volage, mortes dans le plus grand dénuement ou plus banalement en couches, restées sans sépulture, elles ont connu bien plus souvent que les hommes le malheur. Alors, faut-il s’étonner qu’elles reviennent se venger, d’une vengeance qu’elles auront désirée terrible ? » (p. 20). C’est pourquoi je mets cette lecture dans Un mois au Japon durant cette semaine qui mets les femmes japonaises à l’honneur.

Les histoires commencent par « C’est maintenant du passé » : l’équivalent de notre « Il était une fois ». C’est que ces histoires doivent frapper l’imagination des auditeurs (elles étaient racontées) mais pas les terroriser.

Je ne peux pas résumer les 42 récits de ce recueil donc pour chaque catégorie, j’en ai choisi un dont je vous donne un extrait.

Dans démons – Comment le luth appelé Genjô fut dérobé par un démon (XXIV, 24). « Ce luth, c’est comme un véritable être vivant ! Si l’on en pince banalement les cordes, sans égard pour sa merveilleuse qualité, il se met en colère et garde le silence. De la même façon, quand la poussière s’est posée sur lui et qu’on ne l’a pas épousseté avec déférence, il se refuse, tout aussi furieux. Rien de plus facile que de comprendre son humeur du moment ! » (p. 61). Il faut dire que le luth Genjô est le luth impérial.

Dans fantômes et spectres – Comment le bœuf du Révérend moine Kôchi fut emprunté par une âme (XXVII, 27). « Le sixième jour après son rêve, vers l’heure du Serpent, le bœuf tout à coup rentra d’un pas paisible, venant d’on ne sait où. Il semblait s’en retourner après avoir accompli une affaire particulièrement importante. » (p. 99-100).

Dans tengus – Comment le Roi-Dragon fut capturé par un tengu (XX, 11). « En nous aidant mutuellement, nous sauverons chacun notre vie ! S’il y a encore une goutte d’eau, je vous le promets, je vous ramènerai à votre ancienne demeure. » (le Roi-Dragon au moine, p. 123).

Dans renardes, renards et sangliers – Comment, à Inamino en la province de Harima, fut tué un sanglier (XXVII, 36). « Si l’on y songe, ce sanglier qui avait vu l’homme entrer dans la cabane, n’était-ce pas dans le dessein de l’attaquer qu’il lui avait joué ce tour ? » (p. 148).

Dans serpents et serpentes – Comment, grâce au secours de Kannon, un homme de la province de Mutsu, qui prenait des faucons au nid, conserva la vie (XVI, 6). « Depuis longtemps, j’attrape les jeunes faucons qui sont faits pour voler au ciel. Je leur passe la cordelette à la patte, leur ôtant la liberté. Ces oiseaux, je les ai retenus captifs ! Et en raison de ce crime, je reçois ma rétribution dès ce monde ; ici et à l’instant, je vais mourir. » (p. 172).

Dans dieux et esprits – Comment l’âme de l’eau du Palais de l’Empereur Reizei, ayant pris une forme humaine, fut capturée (XXVII, 5). « Je suis l’âme de l’eau, dit-il, et ploc, il plongea dedans. On ne le revit plus. » (p. 201).

Une excellente lecture pour Un mois au Japon et les challenges Animaux du monde (renard, serpent, aigle, tengu…), Cette année, je (re)lis des classiques (an 1120, ça c’est du classique !) et bien sûr Contes et légendes #2 et Littérature de l’imaginaire #8. Je mets aussi ce recueil dans le Maki Project puisque ces 42 histoires sont des récits courts (contes, légendes, folklore).

Watership Down de Richard Adams

Watership Down de Richard Adams.

Monsieur Toussaint Louverture, septembre 2016, 544 pages, 21,90 €, ISBN 979-10–9072-427-3. Watership Down (1972) est traduit de l’anglais par Pierre Clinquart (entièrement revue et corrigée) et ce roman est paru pour la première fois en France sous le titre Les garennes de Watership Down (Flammarion, 1976).

Genres : littérature anglaise, premier roman, fantastique.

Richard Adams naît le 9 mai 1920 à Newbury (Berkshire, Angleterre). Il étudie l’Histoire à Oxford et travaille au ministère de l’environnement. Après Watership Down, il écrit plusieurs autres livres, pour la jeunesse ou les adultes, qui ne sont pas traduits en français. Il meurt le 24 décembre 2016 à Oxford.

Dans la garenne, les lapins vivent heureux et forment une Hourda, « un groupe de lapins particulièrement vigoureux ou intelligents, âgés de plus d’un an, qui entourent le Maître et sa hase, et commandent les autres. » (p. 15). Les « périférés », ceux qui ont moins d’un an, vivent à l’extérieur et doivent faire leurs preuves. C’est le cas de Hazel et de son frère chétif, Fyveer. Mais Fyveer a des visions et voit le danger approcher. Effectivement, une société de Newbury va construire « des résidences modernes de grand standing » (p. 18) sur leur terrain ! Mais le Maître n’a pas voulu entendre et ils ne sont que quelques-uns à partir vers l’inconnu : Hazel, Fyveer, Bigwig, Dandelion, Rubus, Pipkyn, Rahmnus, Léondan, Spidwil, Akraam, Silvère (que des mâles, ce qui posera problème plus tard, évidemment).

« Les lapins mirent longtemps avant de se regrouper au milieu du champ. En les attendant, Hazel se rendit compte à quel point il était dangereux de vagabonder ainsi à travers une campagne inconnue sans un terrier où s’abriter. » (p. 65). Heureusement, dans la garenne où ils sont arrivés, il y a des salades, des carottes… « Quel pays ! Quelle garenne ! Rien d’étonnant à ce que les habitants soient gros comme des lièvres et sentent aussi bon que des princes… » (p. 110). Mais c’est une prison dorée et ils doivent fuir ; Fraga se joint à eux et ils vont vivre à Watership Down, au sommet d’une colline du Hampshire. « Ah ! Il y a tant d’horreurs sur la terre… Et elles viennent des hommes, acheva Holyn. Les autres vilou se contentent de suivre leur instinct, et Krik les inspire autant qu’ils nous inspire. Ils vivent ici bas et doivent bien se nourrir. Les hommes, eux, ne s’arrêteront pas avant d’avoir détruit la Terre et éradiqué les animaux… » (p. 186).

Si je ne pouvais dire que deux mots sur ce roman, je dirais « pavé » et « chef-d’œuvre » ! Il y a un petit côté Bilbo le Hobbit, dans les descriptions des personnages et des lieux, mais le récit est bien sûr différent, quoique parsemé par les légendes des ancêtres, Shraavilshâ et Primsault, sous forme d’histoires ou de poèmes racontés le soir à la veillée.

« Jamais l’avenir n’avait semblé aussi radieux depuis le pressentiment de Fyveer et le départ vers l’inconnu. » (p. 235).

En lisant ce roman, le lecteur est plongé dans la garenne, ainsi que dans le parcours des lapins, il frémit, il farfale (farfaler, c’est manger de l’herbe en soirée, au coucher du soleil, avant de rentrer dans la garenne), il devient un lapin ! Car le lecteur change et évolue avec les lapins, qui comprennent de nouvelles choses, qui mûrissent, qui développent de bonnes idées, qui vont même aider d’autres animaux (mulot, oiseau…) ; les thèmes de l’amitié, du courage, du respect, de l’exil et de la recherche d’un nouveau chez soi où on se sent bien sont très développés. Mais le problème reste qu’ils n’y a aucune hase dans la garenne de Watership Down : comment le résoudre ?

Apparemment Richard Adams a, avec Watership Down, été le précurseur d’œuvres comme Star Wars, Harry Potter, La croisée des mondes, etc. (c’est l’éditeur qui le dit). Je pense que les Anglais sont forts pour créer ce genres d’histoires, de mondes imaginaires avec des personnages hauts en couleur et attachants, avec des descriptions phénoménales, le tout étant très littéraire, très agréable à lire. L’auteur explique que cette histoire est née en 1966 (comme moi !) lorsque, lors d’un trajet en voiture (kataklop disent les lapins), ses filles, Juliet et Rosamond, lui ont demandé une histoire qu’elles n’avaient encore jamais entendue, et Richard Adams a improvisé en s’inspirant des histoires antiques et classiques ; ensuite pendant deux ans, il a écrit mais il n’avait jamais écrit avant : quel exploit ! C’est tout à fait normal que Watership Down soit considéré comme un classique intemporel (vendu à plus de 50 millions d’exemplaires dans le monde) ! Et j’aimerais lire d’autres titres mais j’ai l’impression qu’ils ne sont pas traduits en français…

Pour les challenges Animaux du monde, Contes et légendes #2, Lire en thème 2020 (pour avril, le thème est un livre « découverte », c’est-à-dire un auteur encore jamais lu), Littérature de l’imaginaire #8 et Voisins Voisines 2020 (Angleterre).

Le roi des chats de Stephen Vincent Benét

Le roi des chats de Stephen Vincent Benét.

L’éveilleur, collection Étrange, octobre 2017, 144 pages, 16 €, ISBN 979-10-96011-16-2.

Genres : littérature états-unienne, nouvelles, fantastique, science-fiction.

Stephen Vincent Benét naît le le 22 juillet 1898 à Bethlehem (Pennsylvanie). Contrairement à ce que je pensais, sa famille n’est pas originaire de France mais de Catalogne (Espagne). La sœur aînée, Laura Benét (1884-1979), est poètesse, autrice (biographies) et rédactrice en chef au New York Sun et au New York Times. Le frère aîné, William Rose Benét (1886-1950), est poète mais surtout anthologiste et critique littéraire.

Mais revenons à S.V. Benét : il est poète (depuis l’âge de 17 ans alors qu’il est à l’Académie militaire Hitchcock de San Rafael en Californie), nouvelliste, romancier et reçoit deux Prix Pulitzer (1929 et 1949 posthume) alors qu’il est pratiquement inconnu en France ! Il meurt le 13 mars 1943 à New York. Certaines de ses œuvres sont adaptées (opéra, cinéma). Lire sur L’éveilleur un article et le billet Trois raisons de relire Stephen Vincent Benét.

Ce recueil (illustré en noir et blanc) contient 6 nouvelles plutôt dans le genre fantastique « écrites entre 1929 et 1939 » (préface, p. 10) dont une (qui donne son titre au recueil) parle de chats : parfait pour les challenges Animaux du monde, Littérature de l’imaginaire #8 et Maki Project mais aussi Cette année, je (re)lis des classiques #3 et Petit Bac 2020 (catégorie Animal) !

Mais, avant de vous parler de chacune des nouvelles, je voudrais partager avec vous ce précieux extrait de la préface : « La nouvelle n’est pas un art mineur, elle n’est pas un roman en raccourci. Son équilibre réside dans sa capacité à ferrer le lecteur sans jamais, un seul instant, lui laisser le temps ou l’opportunité d’en réchapper. Il est impossible de commencer une seule de ces six nouvelles sans vouloir aller jusqu’au bout, la lecture de l’une entraînant la lecture de la suivante… Stephen Vincent Benét maîtrise les rouages et mécanismes de la nouvelle comme un horloger facétieux. » (Thierry Gillybœuf, p. 13). Voyons voir si cela est vrai !

Le roi des chats – M. Thibauld « musicien très distingué » et « premier chef d’orchestre en Europe » (p. 18) a une queue et il dirige l’orchestre avec elle ! Vous pensez bien qu’il est très attendu aux États-Unis pour trois concerts. À New York, Tommy Brooks, amoureux de la princesse Vivrakanarda du royaume de Siam, et jaloux de la relation entre elle et M. Thibauld, s’imagine des choses. « Oh, je sais, je sais… dit Tommy, et il leva les mains. Je sais que je suis fou, inutile d’insister. Mais je te dis que cet homme est un chat. Comment, je n’en sais rien, mais c’est un chat. En tout cas, ce que chacun sait, c’est qu’il a une queue. » (p. 27). Pour récupérer sa bien-aimée, il décide de raconter une histoire de chats au dîner mais la chute ne se passe pas comme il l’avait prévue !

La fuite en Égypte – Cette nouvelle écrite en 1939 raconte l’exil des Juifs de la même façon que la fuite d’Égypte au temps biblique : plutôt que de les parquer dans des camps de concentration, le nouvel État décide de les exiler sur une autre terre. « Et partout les convois roulaient, la poussière s’élevait sur les routes, car enfin, et pour toujours, le Peuple Maudit s’en allait. » (p. 40). Au poste frontière, un jeune lieutenant nazi, exténué au bout de trois jours mais « S’il se montrait indigne, sa vie n’aurait plus de sens. » (p. 41). Il voit passer Willy Schneider avec sa mère ; ils étaient amis lorsqu’ils étaient enfants ; et des gens qu’il connaît de vue (un chauffeur de taxi, une vendeuse de journaux…). Ils sont tous partis… « Le Chef avait parlé, c’était donc la vérité. » (p. 46).Mais tout à coup « Une idée surgit, indésirable : il faut que ce soit un grand peuple, pour supporter tout cela. » (p. 48).

Le docteur Mellhorn et les Portes de Perles – Le docteur Mellhorn est arrivé jeune dans cette petite ville de Steeltown et il a soigné les gens pendant quarante et quelques années. Maintenant, ils arrivent de partout pour son enterrement. Mais lui est au volant de sa vieille voiture, Lizzie, avec sa vieille trousse et il arrive au Paradis, aux Portes de Perles exactement. Il croit avoir été appelé pour un malade de la malaria mais l’employé de la Réception lui répond : « Personne n’est malade ici. Personne ne peut être malade. » (p. 65). Ce n’est pas possible : le docteur Mellhorn veut être utile, il est et reste médecin ! Il décide de repartir et de passer d’autres portes (celles-ci ne possèdent pas de perles… elles sont hautes et noires) pour soigner les gens là où ils en ont besoin mais ça ne plaît pas à l’Inspecteur, vous savez le Cornu. « Désolé, docteur Mellhorn, dit-il, mais en voilà assez. Vous n’avez pas le droit d’être ici. » (p. 73).

L’homme du destin – À l’automne 1788, le Général Sir Charles William Geoffrey Estcourt C.B., en cure à Saint Philippe les Bains dans le sud de la France, écrit des lettres à sa sœur, la Comtesse de Stokeley. Il s’ennuie car les autres curistes ne sont pas de bonne discussion, jusqu’au jour où il fait la connaissance de « un curieux homme […] un petit homme bedonnant, de mon âge, ou à peu près […] il y a quelque chose d’un peu théâtral dans sa mise et dans sa démarche. » (p. 85). Et c’est homme, qui vient de Sardaigne et qui a épousé une Créole, a comme lui de l’admiration pour le poète Ossian et une passion pour l’Inde. Fin stratège militaire, il peut refaire toutes les batailles et a mille idées pour faire mieux ou gagner celles qui ont été perdues. « Vous êtes choqué, général Estcourt, dit-il, et j’en suis navré. Mais vous n’avez jamais connu le drame – et sa voix vibra – le drame de rester inactif quand vous ne demandez qu’à servir. Le drame d’être une force dont nul ne veut. Le drame de pourrir dans une ville de garnison avec les rêves de César alors que le monde n’a plus l’emploi de César. » (p. 92). Alors, avez-vous deviné qui est ce personnage, né à la « mauvaise » époque ? (non, ce n’est pas César, ce serait trop facile, oh… et le général s’est trompé sur le lieu de naissance).

La dernière légion – Ce matin-là, une légion romaine, la Vingtième, surnommée la Valea Victrix, a quitté sa ville de garnison ; le Gouverneur voulait que ce départ reste secret mais toute la ville était là pour les acclamer ou pour pleurer. Le narrateur est « centurion et vétéran » (p. 108). Durant la deuxième halte, sa recrue a déserté, c’est qu’il avait une petite amie à Deva… La troupe descend du Nord-Ouest dans la Bretagne (l’ancien nom de la Grande-Bretagne) direction Londinium ou plutôt la côte car on aurait besoin d’eux en Gaule. « On pouvait voir combien l’Empire était solide, un grand bloc compact, vert et souriant avec ses magistrats, ses belles courtisanes, ses théâtres, ses villas, tout au long de la Bretagne et de plus en plus riche jusqu’à Rome. » (p. 112). La troupe voyage avec Agathoclès, un Grec qui rédige les chroniques et qui regrette l’Empire grec ; celui-ci s’est effondré et il est persuadé qu’il en sera de même pour l’Empire romain.

L’âge d’or – Après le Grand Incendie, il est interdit de traverser la Grande Rivière et d’aller à l’Est dans les Endroits Morts. Seuls les prêtres ont l’autorisation d’y aller pour ramener du métal et, au retour tout doit être purifier, homme et métal. « Mon père est un prêtre. Je suis fils de prêtre. J’ai été avec mon père dans les Endroits Morts près de chez nous. » (p. 127). Lorsqu’il eut étudié et qu’il fut devenu homme, il fut prêt à recevoir la purification et il partit. Il avait vu en rêve les Temps Anciens et les Dieux qui vivaient auparavant de l’autre côté de la Grande Rivière. « Mon fils, dit-il, j’eus de grands rêves. Si tes rêves ne te mangent pas, tu seras un grand prêtre. S’ils te mangent, tu seras quand même mon fils. Va. » (p. 130). Il est un homme du Peuples des Collines mais il traverse la forêt puis le grand fleuve, « le Hud-Son, le Sacré, le Grand » (p. 131) et arrive au grand Endroit Mort. « Comment vous dire ce que j’ai vu ? » (p. 134).

Je confirme : Stephen Vincent Benét est effectivement un maître de la nouvelle ! Et quel talent, quelle diversité, chaque nouvelle est différente, du fantastique oui, dans Le roi des chats, mais aussi de la science-fiction dans La fuite en Égypte (comment l’auteur a-t-il pu penser à ça en 1939 ?), du gothique et de l’humour dans Le docteur Mellhorn et les Portes de Perles (ma nouvelle préférée), de l’épistolaire (avec le côté fantastique bien sûr) dans L’homme du destin, une vision prémonitoire dans La dernière légion et encore de la science-fiction, post-apocalyptique, dans L’âge d’or. Un recueil à lire, assurément, pour mieux comprendre le passé, le présent, le futur, la vie et ses mystères tout simplement.

Pour une fois, la liste des challenges concernés est en haut de ce billet.

Sherlock Holmes et les ombres de Shadwell de James Lovegrove

Sherlock Holmes et les ombres de Shadwell : les Dossiers Cthulhu, 1 de James Lovegrove.

Bragelonne, collection Steampunk, février 2018, 360 pages, 25 €, ISBN 979-10-281-0749-9. The Chtulhu Casebooks : Sherlock Holmes and the Shadwell Shadows (2016) est traduit de l’anglais par Arnaud Demaegd.

Genres : littérature anglaise, roman policier, fantastique.

James Lovegrove naît le 24 décembre 1965 à Lewes (Angleterre). Diplômé d’Oxford, il est critique littéraire et son premier roman paraît en 1990. Il est auteur de littérature de l’imaginaire (science-fiction, fantasy, horreur) et de littérature jeunesse. Peu de ses romans sont traduits en français. Plus d’infos sur son site officiel, https://www.jameslovegrove.com/.

Printemps 2014. James Lovegrove, Anglais, auteur de littérature de l’imaginaire, reçoit un mail d’un cabinet d’avocats de Providence (Rhode Island, États-Unis). En tant que descendant de la famille allemande von Luftgraf (soit Lovegrove pour les Britanniques et Lovecraft pour les Américains), il est un « cousin au centième degré environ de H.P. Lovecraft » (p. 12). À ce titre, il hérite de Henry Prothero (H.P. !) Lovecraft (auteur lui aussi), de trois tapuscrits qui étaient en sa possession mais signés du Dr John Watson qu’il va recevoir par coursier international. Tout semble correct : le papier, la machine sur laquelle ils ont été tapés, le style de Watson mais les histoires de Sherlock Holmes qui y sont narrées sont si surprenantes que « presque tout ce que nous savons du grand détective – sa vie, son œuvre, ses méthodes, ses exploits – n’est qu’un vaste mensonge, une façade créée pour cacher une vérité profonde plus sombre et plus horrible. » (p. 14).

Novembre 2016. James Lovegrove décide de publier ces trois inédits que le Dr Watson a rédigé en secret à la fin de sa vie, comme pour se soulager d’un trop grand poids.

Hiver 1880. Le lecteur découvre éberlué la véritable rencontre entre le Dr Watson (qui rentre blessé d’Afghanistan où il était médecin militaire *) et Sherlock Holmes (à peine plus de 20 ans, qui s’est installé depuis peu au 221B Baker Street en tant que premier détective conseil au monde). Immédiatement Holmes et Watson enquêtent sur quatre cadavres découverts dans le quartier de Shadwell. « Ces quatre personnes étaient le genre de gens devant lesquels on passe sans les remarquer… (Il prit l’air rusé.) Et dont le décès pourrait passer inaperçu. » (p. 48-49).

(*) Le lecteur apprendra d’ailleurs ce qu’il s’est exactement passé dans la vallée d’Arghandab en Afghanistan.

Ils vont rencontrer un riche Chinois, maître de l’opium en Angleterre. « La révélation sera universelle. Vous ressortirez de cette expérience avec une appréciation plus large, plus profonde, de l’essence véritable des choses. » (p. 118).

Et le Pr James Moriarty « mathématicien de renom » (p. 231), génie de 21 ans (le théorème binomial, la dynamique des astéroïdes…) : bien avant que le canon officiel le laisse entendre ! « Moriarty n’a pas pu croire qu’il nous découragerait avec quelques belles phrases et un petit tour de passe-passe hypnotique. Il n’a fait que nous laisser une chance. C’était avant tout une démonstration de l’inébranlable confiance qu’il a en lui-même. Il ne nous considère pas dignes d’être ses adversaires. (Son expression se durcit). C’est une erreur, conclut-il sur un ton glacial. Une grosse erreur. Et il la regrettera. » (p. 249).

Et ce n’est pas avec Lestrade que travaille Sherlock mais avec Gregson, plus ouvert sur les choses surnaturelles.

Êtes-vous prêts à cauchemarder tout le restant de votre vie (comme le Dr Watson) et à apprendre la langue r’lyehen ? Ou akto pour quelques personnes, une langue vieille de plus de quinze mille ans. Parce que ce premier tome de la trilogie Les Dossiers Chtulhu est passionnant et j’ai vraiment eu l’impression d’un « croisement » entre l’écriture du Dr Watson (Sir Arthur Conan Doyle) et H.P. Lovecraft, c’est fascinant ! Il y a à la fois une enquête à la Sherlock Holmes avec la réflexion, la logique, tout ce qui fait ce personnage, et le fantastique horrifique de l’univers de Lovecraft. Alors, « crossover » ou « mashup » ou « machine à fric » comme en parle Lovegrove dans sa préface ? À vous de décider ! De mon côté, j’ai trouvé cette histoire tellement plausible et réaliste malgré le surnaturel que j’ai embrayé avec le tome 2, Sherlock Holmes et les monstruosités du Miskatonic, et je sens que je vais regretter de ne pas avoir le tome 3, Sherlock Holmes et les démons marins du Sussex, à ma disposition…

Une lecture stupéfiante que je mets dans le Mois British Mysteries et les challenges British Mysteries #5, Lire en thème mars 2020 (pour la pieuvre sur la couverture), Littérature de l’imaginaire #8, Polar et thriller 2019-2020 et Voisins Voisines 2020 (Angleterre).

Entre la mort et la vie d’Alexei Apoukhtine

Entre la mort et la vie d’Alexei Apoukhtine.

Alicia éditions [pas de lien], 2018, 34 pages, e-book que j’ai pu avoir gratuitement sur emaginaire.com (au lieu de 4,99 €, merci !), ISBN 978-2-35728-084-7. Между жизнью и смертью (en fait, Entre la vie et la mort) (1892) est traduit du russe par J. Wladimir Bienstock en 1903.

Genres : littérature russe, nouvelle, fantastique.

Alexis Nikolaïevitch Apoukhtine (Алексей Николаевич Апухтин) naît le 15 novembre 1840 à Bolkhov (Orel, Russie) dans une famille pauvre. Il étudie le Droit à Saint-Pétersbourg ; il travaille au Ministère de la Justice et commence à écrire (il connaît Ivan Tourgueniev et Afanassi Fet) puis il travaille au Ministère de l’Intérieur. Il est poète et nouvelliste ; plusieurs de ses poèmes sont mis en musique par Piotr Ilitch Tchaïkovski ou par Sergueï Rachmaninov. Il meurt le 17 août 1893 à Saint-Pétersbourg. D’autres œuvres (traduites en français) sont disponibles légalement sur Wikisource, la bibliothèque libre.

Saint-Pétersbourg, vingt février, huit heures du soir, le docteur dit que tout est fini. « À ces paroles, je compris que je venais de mourir. […] Mes yeux étaient clos ; mais je voyais, j’entendais tout ce qui se faisait, tout ce qui se disait autour de moi. » (p. 8).

Le narrateur de cette nouvelle est donc le mort lui-même ! Le prince Dmitri Alexandrovitch Troubchevsky.

Et le lecteur va découvrir le comportement de chacun de ceux de sa maisonnée : Zoé son épouse, Savieli son valet depuis quarante ans, André son frère, les domestiques, Sonia et Nicolas ses enfants (par ordre d’apparition), le fabricant de cercueils, le prêtre, la famille et les proches qui se sont déplacés, tous vont venir lui dire au revoir, chacun à leur façon (il y a du théâtre et de l’hypocrisie, pas chez tous mais chez certains). « À deux heures, le Tout-Pétersbourg était là. » (p. 21).

Quant au Prince, qui entend tout, voit tout et comprend tout, il revoit sa vie et a même des souvenirs très précis d’anciennes vies. Ce qui, en soi, est terrifiant ! Mais, après la messe, « tout disparut pour moi, et je cessai à la fois de voir et d’entendre. » (p. 21). Pire « même silence et même solitude. » (p. 26). Ce qui est tout aussi terrifiant !

Avec cette nouvelle, classée en science-fiction (peut-être parce que ce genre d’histoires était raconté pour la première fois) mais je l’aurais plutôt mise en fantastique, l’auteur questionne sur la vie, la mort, l’âme, une éventuelle immortalité, la conscience, le bien et le mal.

Et le Prince, qui n’est plus de ce monde, continue de penser. « Oh ! seulement vivre ! seulement pouvoir respirer l’air de la terre, prononcer une seule parole humaine, crier, crier… » (p. 29). Mais il est trop tard, n’est-ce pas ?

Bien que racontant la mort et l’après-mort, cette nouvelle est jubilatoire et vivifiante, bien écrite et bien menée (sûrement bien traduite aussi), avec un côté mystère et questionnement logique empreint de poésie : le lecteur sent bien la patte élégante du poète. Je découvre Alexei Apoukhtine – lu parce que le Mois de l’Europe de l’Est d’Eva, Patrice et Goran se termine dans quelques jours… (j’ai eu connaissance du challenge mais, depuis janvier, je l’avais oublié !) – et j’en suis enchantée et je lirai d’autres titres.

Pour les challenges Cette année, je (re)lis des classiques et Maki Project pour faire connaître cet excellent auteur russe méconnu !

Printemps de l’imaginaire francophone 2020

C’est en participant aux deux marathons de mars et en lisant de l’imaginaire que je me suis rappelée du Printemps de l’imaginaire francophone (PIF) ! J’ai participé en 2017 et en 2018 mais j’ai zappé en 2019 (je ne sais pas pourquoi).

Je m’inscris donc pour ce Printemps de l’imaginaire francophone 2020 qui dure du 1er mars au 1er juin. Infos, nouveau logo et inscription sur le blog Aline Wheeler + le groupe FB.

L’organisatrice nous dit que « Le Printemps de l’Imaginaire francophone — ou PIF, pour les intimes — est un challenge de lecture qui consiste à lire et partager des lectures de Science-Fiction, Fantasy ou Fantastique dont la version originale du texte est écrite en français, et ce, quelle que soit la nationalité de l’auteur ou de l’autrice. ».

Il faut donc lire au moins un livre (roman, nouvelle, pièce de théâtre, BD, manga, comic, album, ebook, livre audio…) de science-fiction, fantasy ou fantastique dont la VO est en français (peu importe la nationalité de l’auteur, Français, Belge, Canadien, Suisse ou autres francophones).

Les paliers
Rêveur invétéré = 1 livre
Sorcier vagabond = 3 livres
Scientifique fou = 6 livres
Alchimiste méticuleux = 9 livres
Mage érudit = 12 livres
Bibliothécaire céleste = 15 livres

Les défis

1- Lire un-e auteur européen francophone qui n’est pas français

2- Lire un-e auteur canadien francophone

3- Lire un livre en rapport avec le printemps ou qui vous fait penser au printemps (par un titre qui rappelle le vent ou la nature, l’histoire qui se passe au printemps, la couverture avec de la nature ou des fleurs…)

4- Lire un livre d’au moins 500 pages

5- Lire une nouvelle ou un recueil de nouvelles

6- Lire un livre auto-édité

7- Lire un livre d’une petite maison d’édition

8- Lire un récit avec un personnage principal féminin

9- Lire un livre écrit par une autrice

10- Continuer/Terminer une série

11- Lire une relique de votre PAL

12- Lire un livre d‘un auteur (ou d’une autrice) que vous avez découvert au cours du challenge de cette année ou des années précédentes (dans les PAL ou les suggestions des autres participants, par exemple)

13- Se faire choisir un livre dans sa PAL au hasard ou par une autre personne

14- Lire un livre qui parle d’une créature légendaire (griffon, sirène, dragon, kelpie, basilic, dulahan…)

15- Lire un livre en rapport avec le folklore celte/breton/gaulois (par exemple : réécriture de la matière de Bretagne ou des contes et légendes de nos contrées, des récits qui parlent de fées, de druides, de dieux et déesses celtes…)

Mes lectures pour ce challenge

1. Rivages de Gauthier Guillemin (Albin Michel Imaginaire, 2019, France)

2. La voie Verne de Jacques Martel (Mnémos, 2019, France)

3. Demain les chats de Bernard Werber (Le livre de poche, 2018, France)

ont été lu durant les deux marathons de mars et un marathon de printemps et les notes de lecture arrivent !

4. Interfeel d’Antonin Atger (PKJ, 2018, France)

5. Trois fois la fin du monde de Sophie Divry (Noir sur blanc, 2018, France)

6. Agence Mysterium – Le fantôme de Saint-Malo de Loïc Le Borgne (Scrineo, 2017, France)

Tamanoir de Jean-Luc André d’Asciano

Tamanoir de Jean-Luc André d’Asciano.

Aux Forges de Vulcain, mars 2020, 240 pages, 18 €, ISBN 978-2-37305-079-0.

Genres : littérature française, roman policier, fantastique.

Jean-Luc André d’Asciano naît à Lyon en 1968. Il étudie la littérature et la psychanalyse. Il écrit et crée les éditions l’œil d’or fin 1999 (maison d’éditions indépendante et associative). Du même auteur : Cigogne, un recueil de nouvelles (Serge Safran, 2015) et Souviens-toi des monstres, son premier roman (Aux Forges de Vulcain, 2019).

Je remercie les Forges de Vulcain de m’avoir envoyé ce roman que j’ai pu lire une semaine avant sa parution en librairie.

Premier chapitre. Une petite visite matinale au cimetière du Père-Lachaise ? Monsieur Bourdet, qui va partir à la retraite, fait le tour du propriétaire avec son remplaçant, le jeune Pierre. La curiosité de ce coin du cimetière où plus personne ne vient, c’est Monsieur-Doyen, un clochard qui vit dans un caveau depuis 10 ans : il pue, ne parle pas et vit entouré de mouches et de chats ! Mais, ce jour-là, deux tueurs sont bien présents et tuent les trois hommes. Trois ? Eh bien, non, le vieux clochard s’est redressé et s’est enfui avec une chatte.

Deuxième chapitre. Où le lecteur fait la connaissance de Nathanaël Tamanoir à la Tentation de Saint-Antoine, un bar populaire dans lequel il vient boire son café tous les matins. Tamanoir, c’est un surnom que lui avait donné des camarades. « Un animal au long nez, à la silhouette bizarre, mi-effrayante mi-burlesque, et qui marche sur ses poings fermés tant ses griffes sont longues, et non rétractiles. Son portrait tout craché. » (p. 21). Dans le journal, Tamanoir lit : « Deux membres des Anges du sous-sol, association caritative œuvrant au soutien des SDF, retrouvés morts au Père-Lachaise. Une balle dans la nuque pour l’un, une dans la hanche et dans l’œil pour l’autre… Cela ressemble à une exécution du milieu… Aucun témoin… Trente ans de métier… Un tout jeune homme, venant juste de se marier… Aucune piste n’est exclue… Même celle de l’erreur criminelle… » (p. 25).

Troisième chapitre. Tamanoir file au cimetière et rencontre quatre aristos qui se lamentent de la disparition de Papy-chat, donc le clochard, et de sa minette. Il peut voir une photo de Papy-chat. « Maigre. Les yeux tellement enfoncés dans leur cavité que l’on ne distingue pas leur couleur. Des sourcils énormes, noirs. Une barbe jaunâtre, avec des coulures partant de la bouche. Des cheveux longs. Une bouche aux lèvres larges. Un incroyable réseau de rides. Pas de calvitie. Une balafre part du front, passe sur l’œil, descend sur la joue. Une marque distinctive. Le Tamanoir sourit. » (p. 38).

Chapitres suivants. Tamanoir mène l’enquête et entraîne le lecteur dans les rues de Paris mais aussi dans ses sous-sols. Le cimetière du Père-Lachaise et les catacombes donnent un petit côté gothique à ce roman policier. Une « farce policière » nous dit l’éditeur. J’ai souri deux ou trois fois, mais cette « farce » est une véritable enquête menée par un détective pour le moins atypique et attachant.

J’ai beaucoup aimé cette expression : « association à but crapulatif » (p. 84) : bien trouvé !

Un extrait pour vous donner une idée du ton de ce roman (Coventina, l’amie de Tamanoir, a été enlevée et il vient de la retrouver) : « Coventina ! – Dingue ! Même quand on se fait enlever, on subit du Manterrupting… Bon. Les gars-là, ce sont de drôles d’oiseaux. Genre charognards éborgnés, mais ils sentent le militaire en goguette. Bêtes, efficaces, lents, toujours en groupe. Et méchants. Ils puent la mort glauque, le cauchemar cannibale et le goût du mal. Et le légionnaire aussi. – Ils sentent la bière et le sable chaud ? – Ils empestent la basse-cour, façon Babel. Ça babille dans toutes les langues ces poussins-là, mais avec des verbes communs. Comme trucider, génocider, assassiner. Une internationale des méchants, avec quelques Angevins au milieu. – Des Angevins ? – Tu sais pas que le français parfait, c’est celui d’Angers ? Pas une pointe d’accent autour des châteaux ce la Loire, juste du vin, plus ou moins bon. N’empêche, vu comme ils m’ont regardée, ça m’a surprise de m’en tirer à si bon compte. » (p. 135).

Alors, on y va boire un coup au bar la Tentation de Saint-Antoine, rencontrer Tamanoir puis faire la connaissance d’Ishmaël qui lutte contre le mal ? « Bah moi je travaille avec des diables et des êtres d’outre-monde. Des fois, j’ai besoin d’eau bénite. D’où les pistolets en plastique. Cela fait un peu comme des lance-flammes, tu vois ? » (p. 170-171).

Tamanoir est une belle découverte, un roman policier hors-norme, parfois drôle, parfois dramatique, avec une pointe de fantastique (Ishmaël et sa chatte, zut j’ai oublié de noter son nom, seraient… immortels !).

Pour les challenges Lire en thème (en mars, un animal sur la couverture) avec les chats du cimetière, Littérature de l’imaginaire #8 (pour le côté gothique et fantastique), Petit Bac 2020 (catégorie Animal avec Tamanoir) et Polar et thriller 2019-2020.