Vingt-quatre heures dans l’incroyable bibliothèque de M. Lemoncello de Chris Grabenstein

Vingt-quatre heures dans l’incroyable bibliothèque de M. Lemoncello de Chris Grabenstein.

Milan, décembre 2017, 320 pages, 13,90 €, ISBN 978-2-7459-8402-9. Escape from Mr. Lemoncello’s Library (2013) est traduit de l’américain par Anath Riveline.

Genres : littérature états-unienne, littérature jeunesse, fantastique.

Chris Grabenstein naît le 2 septembre 1955 à Buffalo (État de New York, États-Unis). Il est écrivain (romans policier, romans jeunesse, nouvelles) et scénariste. Ses livres sur son site officiel, http://chrisgrabenstein.com/.

Alexandriaville, Ohio. Dans la famille Kevner, il y a les parents et trois fils : Mike, 17 ans, Curtis, 15 ans, et Kevin, 12 ans, tous passionnés par les jeux de société, les casses-têtes, les chasses au trésor et les jeux vidéo créés par Lemoncello’s Imagination Factory de monsieur Luigi L. Lemoncello. Lorsque la nouvelle bibliothèque d’Alexandriaville est inaugurée, 12 collégiens de 12 ans ayant rédigé les meilleurs rédactions sont choisis pour célébrer l’inauguration et passer la nuit dans la bibliothèque. « […] la professeur Yanina Zinchenko, nouvelle conservatrice en chef de la bibliothèque, assure que « les usagers seront très surpris » de ce qu’ils découvriront à l’intérieur » (p. 23). Mais après une soirée et une nuit de rêve, « Kevin prit conscience qu’ils étaient bel et bien enfermés dans la bibliothèque. » (p. 87). Il va falloir continuer à lire, jouer et résoudre des énigmes pour trouver la sortie ! Avec comme symbole, « les mots éternels du Dr Seuss » : « Plus tu liras, plus tu sauras. Plus tu sauras, plus d’endroits tu visiteras. (p. 63). Bien sûr, les références littéraires sont nombreuses mais pas que : sont développés aussi les thèmes du jeu, de l’amitié, du travail d’équipe entre autres.

J’ai eu envie de lire ce roman – dont je n’avais jamais entendu parler – lorsque j’ai appris qu’il avait reçu le Prix Enfantaisie (10-12 ans) au Salon du livre de Genève le week-end dernier (peut-être pourrais-je y aller une année…). Cette lecture m’a enchantée ! De l’aventure, du suspense, un peu d’humour, un livre du même genre que Charlie et la Chocolaterie de Roald Dahl (plusieurs clins d’œil), mais ici, tout est fait pour que les parents et les enfants comprennent que la bibliothèque est « le lieu idéal pour apprendre, explorer et grandir » (p. 92). Et j’apprends qu’il y a un deuxième tome : Une semaine dans l’incroyable bibliothèque de M. Lemoncello (Milan, août 2018) et j’espère que la médiathèque l’a acheté ! Et un film ! (quelqu’un l’a vu ?).

Une lecture dans les challenges Jeunesse Young Adult #8 et Littérature de l’imaginaire #7.

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Le mangeur de livres de Stéphane Malandrin

Le mangeur de livres de Stéphane Malandrin.

Seuil, janvier 2019, 192 pages, 17 €, ISBN 978-2-02-141454-7.

Genres : littérature française, roman historique, fantastique.

Stéphane Malandrin naît le 12 novembre 1969 à Paris mais vit à Bruxelles. Il est réalisateur, scénariste et auteur pour la jeunesse : Pourquoi pleut-il de haut en bas et pas de bas en haut ? (Magnier, 2004), Le Bobobook (Joie de lire, 2006, illustré par Françoiz Breut), Le jour où j’ai trouvé une vache assise dans mon frigo (Sarbacane, 2008, illustré par Françoiz Breut) et Panique au village, le livre du film (Hélium, 2009, illustré par Stéphane Aubier et Vincent Patar). Le mangeur de livres est son premier roman pour un lectorat adulte.

« […] je suis mangeur de livres ; je les consomme comme du bon pain, j’en fais des tartines et des mouillettes, […] je suis passé maître dans l’art d’accommoder les livres, […] je les avale, je les digère, je les déguste, […] j’en fais des phrases et d’autres livres qui sortent de moi comme des geysers, je suis un mangeur de livres […], je suis le seul vrai Mangeur de livres […] et voici mon histoire. » (p. 12).

1476, Séville, María Cardoso, marranos (juive convertie par obligation au catholicisme) doit fuir, elle est accueillie à Lisbonne. « Ainsi naquirent le même jour, à la même heure, et dans la même ruelle, même si pas du même ventre, Adar Cardoso – votre serviteur – et Faustino da Silva […]. » (p. 17). Huit ans après, Adar et Faustino sont deux garnements. « Nous étions pauvres, oui, mais heureux […] deux démons montés sur ressorts […] » (p. 22). Dans cette ville, comme partout, les riches aiment la bonne chère, mais leur famille est pauvre et Adar et Faustino deviennent des chapardeurs. Malheureusement ils se font attraper. « […] pauvres gosses, il va les tuer » (p. 41). Ils sont enfermés par le père Cristòvão Gonçalves dans la chapelle des pénitents de Santa Catarina. « Vous deux, désormais, je m’occupe de vous, dit-il d’une voix calme. » (p. 46) et il leur explique « Voici la seule nourriture qui vaille ici-bas, la nourriture spirituelle. » (p. 48).

Adar devient le Mangeur de livres : le fait d’avoir mangé le codex d’Haberlus que possédait Gonçalves va changer sa vie. « Et le livre mangé fut doux comme du miel dans sa bouche, mais ses entrailles furent remplies d’amertume. » (p. 74-75). Lisez – dévorez – ce premier roman profondément humain, et même parfois drôle, sur fond historique du XVe siècle au Portugal (avant que l’imprimerie n’arrive) et sur fond spirituel. « Deus bibliothecas nostras salvet – Que Dieu sauve nos bibliothèques. » (p. 112). Il y a un peu de Rabelais dans ce premier roman riche et enlevé, et une pointe de Au nom de la rose (Moyen-Âge, livre empoisonné).

C’est vrai que nous, lecteurs, sommes des mangeurs de mots, de phrases, nous nous délectons de nos lectures, nous les dégustons, nous les dévorons, bref nous sommes sûrement aussi des mangeurs de livres !

Une lecture de la Rentrée littéraire de janvier (mais je n’ai pas trouvé de challenge cette année…) que je mets dans Littérature de l’imaginaire #7. Et il y a finalement un challenge Rentrée littéraire janvier 2019.

L’affaire Mayerling de Bernard Quiriny

L’affaire Mayerling de Bernard Quiriny.

Rivages, janvier 2018, 272 pages, 20 €, ISBN 978-2-7436-4228-0.

Genre : littérature belge.

Bernard Quiriny naît le 27 juin 1978 à Bastogne en Belgique. Il est docteur en Droit, professeur universitaire de Droit, critique littéraire, responsable des pages livres dans Chronic’Art, auteur (romans, nouvelles) et lauréat de plusieurs prix littéraires.

Braque et le narrateur se passionnent pour l’immobilier ; ils m’ont bien plu, ils sont ensemble un peu comme des Dupond et Dupont ! Dès le début, je trouve ce roman très amusant. « Le pas de porte d’un immeuble n’est pas un salon de thé. Dans la vraie vie, les voisins de palier se croisent et se saluent à peine. […] De plus […], un autre voisin est occupé à lire un journal sur sa terrasse du premier étage, juste au-dessus de l’entrée. Il entend donc tout ce que raconte les bavards en dessous de lui. À sa place, je ne supporterais pas d’être ainsi dérangé. » (p. 14-15).

À Rouvières, les deux filles Ramut vendent le manoir à la mort de leur mère, à une société espagnole inconnue (CFR) qui va construire un bel immeuble neuf de grand standing. « Ce n’est pas nous qui choisissons l’endroit où nous voulons vivre, c’est l’endroit qui nous choisit. » (p. 43).

Durant la lecture, je ris bien même avec les problèmes d’urbanisme et les termes d’architecture auxquels je ne connais rien ! Il y a toute une galerie de personnages tous plus intéressants les uns que les autres, dont le personnage principal c’est-à-dire l’immeuble.

« Un nouvel être est né : le Mayerling. 5 000 m² de béton. 300 tonnes d’acier. 150 fenêtres et portes-fenêtres. 300 portes intérieures. 1 500 m² de façade isolée. 200 m² de garde-corps aux balcons. 1 000 plaques de cloison. […] Et une âme noire, cachée là-dedans, dont on ignore la taille et le poids. » (p. 62).

Mais, depuis la construction du Mayerling, le quartier Voltaire est différent. Les habitants de l’immeuble sont bruyants, se disputent de plus en plus, deviennent dingues ; les chiens aboient sans discontinuité ou se laissent mourir, les chats s’enfuient ; il y a des remontées dans la tuyauterie, des odeurs pestilentielles, des fantômes, de la « délinquance inédite […] rarissime au centre-ville » (p. 149), des bagarres, des incivilités routières… Le commissaire Montorgue interrogé par Braque et le narrateur (qui écrit un livre) dit « On aurait cru qu’un aimant à délinquants était posé là. » (p. 150).

Un immeuble peut-il être vivant et en vouloir à ses habitants ? Peut-il « pourrir la vie de ses habitants » (p. 177).

J’aime particulièrement les interrogations (des voisins, des journalistes, de la police…), les différents points de vue sur les habitants (médical, psychosociologique, marxiste, esthétique, artistique) et le côté fantastique. « Que se passe-t-il au Mayerling ? Voici un immeuble magnifique, bien propre et bien blanc, avec tout le confort, protégé par un haut mur ; or, ses habitants le démolissent ; sont-ils donc fous ? » (p. 228).

Ce roman est assurément une charge contre le béton. « La civilisation du béton fait des dégâts irrémédiables. » ( p. 237). Et une réflexion sur la folie des architectes et les malversations des promoteurs immobiliers. L’architecture moderne est-elle réellement habitable pour le bien-être des occupants ?

J’ai repéré une faute (ma petite maniaquerie) : « Ce que nous ne verrez pas » (p. 35).

La plus grande joie des immeubles collectifs… Le bruit ! « Un imbécile, au dernier étage, reçoit ses amis imbéciles. Ils passent des musiques imbéciles, tiennent des conversations imbéciles et font profiter l’immeuble entier de la folle ambiance imbécile qui règne chez eux. » (p. 93) et plus loin « La fête, donc. Dès huit heures. […] les rires, les cris, les objets tombés par terre, […] une armée de soudards avaient pris possession de l’appartement du dessus. » (p. 94). Oh la la, j’ai connu ça, au-dessus, au-dessous, toutes les semaines, et même plusieurs fois dans la semaine surtout en fin de semaine (mais pas que) et bien sûr toute la nuit !

Un grand roman, génial ! L’affaire Mayerling est un roman intelligent, drôle et offre de belles références littéraires. Il est vraiment très original et j’étais presque triste de le finir et de quitter l’univers des personnages et de l’auteur… Je lirai d’autres titres de Bernard Quiriny, c’est certain ! Est-ce que vous connaissez cet auteur ? Avez-vous un (ou des) titre(s) en particulier à me conseiller ?

Une excellente lecture que je mets dans Littérature de l’imaginaire et Voisins Voisines (Belgique).

Edgar Allan Poe et nouvelle traduction de ses nouvelles

Voici un article un peu particulier pour La bonne nouvelle du lundi, Cette année, je (re)lis des classiques #2, Contes et légendes (pour les contes) et Littérature de l’imaginaire #7.

Je voudrais vous parler d’Edgar Allan Poe, célèbre auteur de nouvelles, poèmes et contes, et vous présenter le premier tome des Nouvelles intégrales d’Edgar Allan Poe ; ce tome 1 correspond aux premières nouvelles écrites et publiées entre 1831 et 1839 ; elles sont moins connues du lecteur français.

Edgar Allan Poe (1900, Bettmann Archive)

Edgar Allan Poe naît le 19 janvier 1809 à Boston (Massachusetts, États-Unis) dans la famille Poe, une famille de comédiens (mère anglaise, père américain). Mais, lorsque ses parents meurent, il est recueilli par les Allan (d’origine écossaise) à Richmond (Virginie), d’où le double nom Allan Poe. Il étudie à la nouvelle Université de Virginie (fondée par Thomas Jefferson, troisième Président des États-Unis). Il fait un voyage en Angleterre et en Écosse puis s’installe à Baltimore (Maryland) et commence à écrire dans un journal. Il part ensuite pour Philadelphie (Pennsylvanie) où la majorité de ses œuvres sont publiées et enfin à New York où il devient propriétaire du Broadway Journal.

Il est tout à la fois romancier, nouvelliste, poète, critique littéraire, dramaturge et même éditeur. Il fait partie du mouvement romantique et écrit plutôt dans les genres policier, fantastique voire macabre, et parfois de la satire. Il est considéré comme l’inventeur américain du genre policier et compte dans les précurseurs de la science-fiction et du fantastique. Il est en tout cas reconnu comme un des plus grands auteurs américains du XIXe siècle.

En 1827, il publie son premier recueil, Tamerlan et autres poèmes. En 1838, paraît son premier roman, Les aventures d’Arthur Gordon Pym (The Narrative of Arthur Gordon Pym of Nantucket), mais c’est un échec… Suivent des articles de journaux, des critiques littéraires, des poèmes, des contes, des nouvelles, des autobiographies pastiches, etc. Un premier prix littéraire en octobre 1833 lui apporte la notoriété. En 1839, il publie son premer recueil d’histoires sous le titre Contes du Grotesque et de l’Arabesque. C’est surtout ses contes, ses nouvelles et ses poèmes qui sont connus et appréciés mais il laisse aussi deux romans : Les aventures d’Arthur Gordon Pym (The Narrative of Arthur Gordon Pym of Nantucket, 1837-1838) et Le journal de Julius Rodman (The Journal of Julius Rodman, 1840, inachevé malheureusement) ainsi que plusieurs essais et une pièce de théâtre : Politian (1835-1836, inachevée également).

Il meurt le 7 octobre 1849 à Baltimore et la cause de sa mort n’est pas exactement déterminée (tuberculose héritée de son père, maladie cardiaque, problème cérébral… ?). Il est enterré au cimetière presbytérien de Baltimore et, en 1913, une pierre tombale est rajoutée avec une épitaphe tirée du poème Le corbeau (The Raven, 1845) : « Quoth the Raven, « Nevermore. » » (ce qui signifie Le corbeau dit : « Jamais plus ! »).

Poe influence de nombreux auteurs américains comme William Faulkner, H.P. Lovecraft, Herman Melville, James Russell Lowell, Flannery O’Connor, Nathanael West, Walt Whitman. Il est aussi apprécié par des auteurs français comme Jules Barbey d’Aurevilly, Charles Baudelaire (qui traduit ses nouvelles), Stéphane Mallarmé (qui traduit ses poèmes) et Jules Verne (qui lui consacre un article élogieux sur les Histoires extraordinaires). Il est aussi reconnu en Grande-Bretagne (Oscar Wilde, par exemple, s’en inspire pour son roman Le Portrait de Dorian Gray et ses contes), en Russie (Vladimir Nabokov fait plusieurs références à Poe dans son célèbre Lolita ; quant à Fiodor Dostoïevski, il encense ses histoires policières) et dans le monde hispanique (Jorge Luis Borges et Julio Cortázar, deux écrivains argentins, traduisent ses œuvres en espagnol). L’auteur japonais Edogawa Ranpo (1894-1965) s’est carrément inspiré du nom d’Edgar Allan Poe pour créer son pseudonyme littéraire (prononciation syllabique japonaise !).

Il n’y a aucune raison de ne pas lire Edgar Allan Poe ! Et vous avez peut-être déjà lu une ou des nouvelles de Poe traduites en français par Charles Baudelaire (1821-1867) et publiées dans La Pléiade (1932) ou une autre édition plus récente (Gallimard, Bouquins, Pochothèque…). Vous pouvez en tout cas lire ses œuvres en ligne, en français, sur Wikisource entre autres et sur en.Wikisource pour les versions originales. Ou alors vous emparer de la nouvelle traduction dont je vous parlais ci-dessus avec :

Edgar Allan Poe – Nouvelles intégrales, tome 1 (1831-1839), nouvelle traduction de Christian Garcin & Thierry Gillybœuf, intégrale parue chez Phébus en octobre 2018 (432 pages, 27 €, ISBN 978-2-7529-1100-1) avec les œuvres présentées de façon chronologique (idéale pour comprendre l’évolution de l’auteur !) augmentée d’une préface et de notes des traducteurs, ainsi que d’illustrations originales de Sophie Potié, jeune illustratrice et graveuse (née en 1991) que vous pouvez suivre sur tumblr.

Attendez-vous à entendre parler de ces nouvelles durant l’année pour les challenges cités plus haut : La bonne nouvelle du lundi, Cette année, je (re)lis des classiques #2, Contes et légendes et Littérature de l’imaginaire #7.

Le vampire de John William Polidori

Le vampire de John William Polidori.

The Vampyre : a Tale (1819), entre 65 et 80 pages selon les éditions, est traduit de l’anglais par Henri Faber (Chimères, 1989) ou par Jean-Claude Aguerre (Actes Sud, Babel, 1996). Il est aussi disponible en numérique.

Genres : littérature anglaise, fantastique.

John William Polidori naît le 7 septembre 1795 à Londres d’un père italien (toscan) et d’une mère anglaise. Il étudie à l’université d’Édimbourg (Écosse) et écrit une thèse sur le somnambulisme. Jeune diplômé à 19 ans, il accompagne Lord Byron (1788-1824) à Genève (Suisse) puis voyage seul en Italie avant de rentrer en Angleterre. Il se rend compte qu’exercer la médecine n’est pas fait pour lui et se lance dans le Droit puis dans une carrière littéraire. Mais il se suicide avec du cyanure le 24 août 1821 (il a 25 ans).

Le vampire, originaire d’Orient, passe par le monde arabe et arrive comme une superstition dans l’Europe chrétienne « en subissant quelques légères variations, dans la Hongrie, en Pologne, en Autriche et en Lorraine » (introduction, p. 4).

Londres. Lord Ruthven et Aubrey, un jeune aristocrate orphelin font connaissance. Lord Ruthven est bel homme mais il a le teint sépulcral. Aubrey est riche mais naïf et laisse parler son imagination. Lord Ruthven part en voyage et Aubrey, curieux, décide de voyager avec lui « et quelques jours après, nos deux voyageurs avaient passé la mer » (p. 17). La Belgique, la France, l’Italie, mais Aubrey – grâce à une lettre de ses précepteurs – se rend compte des défauts de Lord Ruthven et part seul en Grèce où il rencontre la belle Ianthe mais Lord Ruthven n’est pas loin… Et même lorsqu’Aubrey, affolé, retourne en urgence en Angleterre, Lord Ruthven est toujours là !

Parue en 1819 dans The New Monthly Magazine, The Vampyre n’est pas la première apparition du vampire en littérature (*) mais cette nouvelle a popularisé le thème du vampire moderne qui a été adapté au théâtre et à l’opéra durant le XIXe siècle. Parti d’un brouillon de Lord Byron, John William Polidori a écrit ce texte à la Villa Diodati durant l’été 1816 qu’il passe avec Percy et Mary Shelley (qui, elle, écrit Frankenstein). Bien que très classique au niveau du style, cette nouvelle vaut le coup d’être lue pour la façon dont elle traite du vampire, une façon moderne, européenne, qui fera entrer le vampire dans son heure de gloire et débouchera sur pléthore d’œuvres littéraires (poèmes, nouvelles, romans…) puis plus tard d’œuvres cinématographiques (films, séries…). Le vampire buveur de sang, d’âme, de vie, qui fait peur et attire en même temps car il est souvent beau (malgré sa pâleur), instruit et beau-parleur, n’est-il pas finalement à classer dans les personnes négatives, néfastes, manipulatrices, véritables trous noirs qui pompent l’énergie vitale de leurs proches – voire leur argent – à éviter de toute urgence et à bannir de son entourage ?

(*) Le vampire en littérature aux XVIIIe et XIXe siècles, une sélectionDissertations sur les apparitions des anges, des démons et des esprits, et sur les revenants et vampires de Hongrie, de Bohême, de Moravie et de Silésie ou Traité sur les apparitions d’Augustin Calmet (1746), un essai français revu et augmenté en 1751. C’est d’abord par la littérature allemande que le vampire entre en littérature avec entre autres Le vampire (Der Vampyr) de Heinrich Augustin von Ossenfelder (1748), un poème, et La fiancée de Corinthe (Die Braut von Korinth) de Goethe (1797), un poème narratif. Puis par la littérature anglaise avec entre autres Le vampire de John Stagg (1810), un poème composé de 152 vers qui se déroule en Hongrie ; Le Giaour de Lord Byron (1813), un poème ; Dracula de Bram Stoker (1897), un roman épistolaire considéré comme la quintessence du genre. Le vampire devient un représentant de la littérature romantique et de la littérature gothique allemande et anglaise avant d’atteindre la France, l’Italie et même la Russie avec La famille du Vourdalak (dans Histoires de morts-vivants) de Tolstoï (1847).

Le vampire de John William Polidori va être à nouveau publié par Les forges de Vulcain en février 2019 sous le titre Le Vampyre, dans une traduction plus récente et en édition augmentée, suivi par Le comte Ruthwen ou les vampires de Cyprien Bérard et une postface inédite de Thomas Spok. Alors, une relecture l’année prochaine, pourquoi pas ? 😉

Source : Aux forges de Vulcain

Une lecture pour La bonne nouvelle du lundi que je mets dans les challenges Cette année, je (re)lis des classiques, Challenge de l’épouvante et dans le Marathon de l’épouvante d’automne 2018Défi littéraire de Madame lit (littérature britannique en octobre) et Littérature de l’imaginaire.

Je rappelle que le mois d’octobre et le Mois de l’imaginaire avec plusieurs éditeurs (de l’imaginaire), de librairies et de bibliothèques en France mais rien près de chez moi, à part à Grenoble et à Lyon, voire même Montpellier (plus dans le Sud) mais ça ne va pas avec mes horaires de travail.

Miss Pook et les enfants de la lune de Bertrand Santini

Miss Pook et les enfants de la lune de Bertrand Santini.

Grasset Jeunesse, novembre 2017, 190 pages, 13,90 €, ISBN 978-2-246-86055-6.

Genres : littérature jeunesse, fantastique, fantasy.

Bertrand Santini naît à Aix en Provence et travaille d’abord comme graphiste (affiches de cinéma) puis comme scénariste (séries animées) avant de devenir auteur : plusieurs albums illustrés pour la jeunesse et des romans, Le Yark (2011), Jonas le requin mécanique (2014) et Hugo de la nuit (2016) qui ont reçu des prix littéraires.

La Tour Eiffel construite pour l’Exposition universelle doit être démontée en 1909 mais Gustave Eiffel la veut immortelle. Le 2 décembre 1907, la dame de fer, alors rouge de Venise, est repeinte en jaune-brun, une couleur moins tape-à-l’œil. Le même jour, Hector Dubenpré, riche industriel, achète une automobile et son épouse, Georgette, engage Miss Pook, une gouvernante anglaise, pour leur fille de dix ans, Élise. Miss Pook voyage avec un cerf-volant dragon enchanté, Goldorillon, et emmène la fillette sur la lune où vivent des créatures légendaires. Rêve d’Élise ou réalité ? « Vous êtes la nounou la plus magique de tout l’univers ! s’exclama Élise. » (p. 36).

Mes trois passages préférés

« L’humanité est un îlot de bêtise et de superstition, vois-tu, et les adultes s’évertuent à transmettre leur ignorance à leurs enfants. Cela explique pourquoi cette espèce évolue si lentement. » (p. 60).

« Ces aventures ont révélé la force qui est en toi. Les cauchemars ne sont pas aussi malfaisants qu’on croit. Bien au contraire ! Il faut être à leur écoute. Ce sont de précieux alliés. Ils alertent des périls qui rôdent autour de soi, mais aussi en soi ! N’oublie jamais cela : si l’ombre et les ténèbres te font dresser les cheveux sur la tête, c’est pour mieux t’aider à grandir. » (p. 116).

Un passage à lire absolument ! « Mesdames, mesdemoiselles, messieurs ! L’arrivée des véhicules à moteur peut être saluée comme le plus grand des progrès ! Non seulement la locomotion mécanique bouleversera nos relations avec le temps et l’espace, mais elle nous permettra de respirer à nouveau ! Oui, enfin Paris sera bientôt débarrassé des voitures à chevaux, attelages bruyants qui sèment par nos rues ces déjections nocives pour la respiration ! Voyez ! Sentez ! La fumée des moteurs n’est ni malsaine, ni malodorante, comparée au crottin qui exhale de titanesques tourbillons morbides et suffocants. Rouler en voiture mécanique, c’est servir le futur de l’humanité. Alors, vive l’automobile qui offrira à Paris un air pur et sain, vive l’avenir et gloire au génie du genre humain ! » (discours de Hector Dubenpré, P. 15). Je n’ai qu’un mot à dire : oups !

J’avais repéré ce roman grâce à sa couverture (belle et sombre) à sa parution mais il y a tant et tant de romans qu’il est passé à la trappe… Lorsque j’ai appris mercredi dernier qu’il avait reçu le Prix Elbakin 2018, j’ai eu envie de le lire et coup de chance, il était disponible à la bibliothèque !

Une très belle lecture jeunesse, rythmée, charmante, qui fait réfléchir (voyez avec les trois extraits ci-dessus), nourrie de beaucoup de références et qui enchante, réellement ! J’ai hâte de lire la suite de ce roman magique, initiatique, merveilleux (pour employer l’ancien mot qui était utilisé pour conte, mythe, légende, épopée, fable, surnaturel et finalement fantasy).

Pour les Challenge de l’épouvante (jeunes lecteurs), Challenge de l’été, Jeunesse & Young Adult, Littérature de l’imaginaire et S4F3 #4.

Viens, mon beau chat de Gaia Guasti

Viens, mon beau chat de Gaia Guasti.

Thierry Magnier, collection En voiture Simone !, mai 2018, 112 pages, 7,40 €, ISBN 979-10-352-0175-3.

Genres : littérature italienne, littérature jeunesse, fantastique.

Gaia Guasti naît en 1974 à Florence (Italie). En 1974, elle arrive à Paris (avec son chat) pour apprendre le français. En 1996, elle entre à l’École supérieure des métiers de l’image et du son et devient scénariste pour le cinéma. Elle est aussi autrice pour la jeunesse. Douze autres romans sont publiés chez Thierry Magnier, plus d’autres romans chez d’autres éditeurs (Milan…). Elle partage son temps entre la France et l’Italie.

« Viens, mon beau chat, viens sur mon cœur amoureux… » (p. 5, première phrase du roman). Le chat, c’est Bouillotte, un magnifique mâle roux qui vit chez les Marilac (Roger, Carmen, Flavie et Marius). Un jour alors que Flavie avait prévu de jouer avec son meilleur ami, Armand Pierlot, la grand-tante Clarisse – qui est par ailleurs propriétaire de l’appartement familial – lui offre « un bracelet ancien, un fil d’argent finement ciselé. […] un objet extrêmement précieux. » (p. 18). Mais Bouillotte s’enfuit par la fenêtre avec le bracelet autour du cou ! Flavie, son petit frère Marius, et Armand vont le poursuivre jusqu’à une maison bien étrange.

S’il n’y a pas de traduction pour Viens, mon beau chat, c’est que Gaia Guasti écrit en français et en italien. Une première version de ce roman, alors titré La dame aux chamélias, est déjà parue aux éditions Thierry Magnier en 2012 dans la collection Le feuilleton des incos.

Viens, mon beau chat est une jolie histoire fantastique qui ressemble à un conte avec plein de chats et une sorcière, en tout cas une vieille dame différente. C’est un hommage au poème Le chat de Charles Beaudelaire (in Les fleurs du mal, 1857) que vous pourrez lire ci-dessous. La couverture est superbe (avez-vous repéré tous les chats ?). L’histoire dans la maison magique de Marguerite fait un tout petit peu peur (pour les enfants, hein !, pas pour les adultes) mais elle est pleine de sagesse et de compassion, de mystère et de fantaisie.

Viens, mon beau chat, sur mon cœur amoureux ;
Retiens les griffes de ta patte,
Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux,
Mêlés de métal et d’agate.
Lorsque mes doigts caressent à loisir
Ta tête et ton dos élastique,
Et que ma main s’enivre du plaisir
De palper ton corps électrique,
Je vois ma femme en esprit. Son regard,
Comme le tien, aimable bête
Profond et froid, coupe et fend comme un dard,
Et, des pieds jusques à la tête,
Un air subtil, un dangereux parfum
                                                                 Nagent autour de son corps brun.

Une jolie lecture pour les challenges de l’épouvante (pour les jeunes lecteurs), de l’été, Jeunesse Young Adult, Littérature de l’imaginaire, Petit Bac 2018 (catégorie Animal), S4F3 #4, Voisins voisines (Italie) et le Défi littéraire de Madame lit (septembre est consacré à la littérature italienne).