Edgar Allan Poe et nouvelle traduction de ses nouvelles

Voici un article un peu particulier pour La bonne nouvelle du lundi, Cette année, je (re)lis des classiques #2, Contes et légendes (pour les contes) et Littérature de l’imaginaire #7.

Je voudrais vous parler d’Edgar Allan Poe, célèbre auteur de nouvelles, poèmes et contes, et vous présenter le premier tome des Nouvelles intégrales d’Edgar Allan Poe ; ce tome 1 correspond aux premières nouvelles écrites et publiées entre 1831 et 1839 ; elles sont moins connues du lecteur français.

Edgar Allan Poe (1900, Bettmann Archive)

Edgar Allan Poe naît le 19 janvier 1809 à Boston (Massachusetts, États-Unis) dans la famille Poe, une famille de comédiens (mère anglaise, père américain). Mais, lorsque ses parents meurent, il est recueilli par les Allan (d’origine écossaise) à Richmond (Virginie), d’où le double nom Allan Poe. Il étudie à la nouvelle Université de Virginie (fondée par Thomas Jefferson, troisième Président des États-Unis). Il fait un voyage en Angleterre et en Écosse puis s’installe à Baltimore (Maryland) et commence à écrire dans un journal. Il part ensuite pour Philadelphie (Pennsylvanie) où la majorité de ses œuvres sont publiées et enfin à New York où il devient propriétaire du Broadway Journal.

Il est tout à la fois romancier, nouvelliste, poète, critique littéraire, dramaturge et même éditeur. Il fait partie du mouvement romantique et écrit plutôt dans les genres policier, fantastique voire macabre, et parfois de la satire. Il est considéré comme l’inventeur américain du genre policier et compte dans les précurseurs de la science-fiction et du fantastique. Il est en tout cas reconnu comme un des plus grands auteurs américains du XIXe siècle.

En 1827, il publie son premier recueil, Tamerlan et autres poèmes. En 1838, paraît son premier roman, Les aventures d’Arthur Gordon Pym (The Narrative of Arthur Gordon Pym of Nantucket), mais c’est un échec… Suivent des articles de journaux, des critiques littéraires, des poèmes, des contes, des nouvelles, des autobiographies pastiches, etc. Un premier prix littéraire en octobre 1833 lui apporte la notoriété. En 1839, il publie son premer recueil d’histoires sous le titre Contes du Grotesque et de l’Arabesque. C’est surtout ses contes, ses nouvelles et ses poèmes qui sont connus et appréciés mais il laisse aussi deux romans : Les aventures d’Arthur Gordon Pym (The Narrative of Arthur Gordon Pym of Nantucket, 1837-1838) et Le journal de Julius Rodman (The Journal of Julius Rodman, 1840, inachevé malheureusement) ainsi que plusieurs essais et une pièce de théâtre : Politian (1835-1836, inachevée également).

Il meurt le 7 octobre 1849 à Baltimore et la cause de sa mort n’est pas exactement déterminée (tuberculose héritée de son père, maladie cardiaque, problème cérébral… ?). Il est enterré au cimetière presbytérien de Baltimore et, en 1913, une pierre tombale est rajoutée avec une épitaphe tirée du poème Le corbeau (The Raven, 1845) : « Quoth the Raven, « Nevermore. » » (ce qui signifie Le corbeau dit : « Jamais plus ! »).

Poe influence de nombreux auteurs américains comme William Faulkner, H.P. Lovecraft, Herman Melville, James Russell Lowell, Flannery O’Connor, Nathanael West, Walt Whitman. Il est aussi apprécié par des auteurs français comme Jules Barbey d’Aurevilly, Charles Baudelaire (qui traduit ses nouvelles), Stéphane Mallarmé (qui traduit ses poèmes) et Jules Verne (qui lui consacre un article élogieux sur les Histoires extraordinaires). Il est aussi reconnu en Grande-Bretagne (Oscar Wilde, par exemple, s’en inspire pour son roman Le Portrait de Dorian Gray et ses contes), en Russie (Vladimir Nabokov fait plusieurs références à Poe dans son célèbre Lolita ; quant à Fiodor Dostoïevski, il encense ses histoires policières) et dans le monde hispanique (Jorge Luis Borges et Julio Cortázar, deux écrivains argentins, traduisent ses œuvres en espagnol). L’auteur japonais Edogawa Ranpo (1894-1965) s’est carrément inspiré du nom d’Edgar Allan Poe pour créer son pseudonyme littéraire (prononciation syllabique japonaise !).

Il n’y a aucune raison de ne pas lire Edgar Allan Poe ! Et vous avez peut-être déjà lu une ou des nouvelles de Poe traduites en français par Charles Baudelaire (1821-1867) et publiées dans La Pléiade (1932) ou une autre édition plus récente (Gallimard, Bouquins, Pochothèque…). Vous pouvez en tout cas lire ses œuvres en ligne, en français, sur Wikisource entre autres et sur en.Wikisource pour les versions originales. Ou alors vous emparer de la nouvelle traduction dont je vous parlais ci-dessus avec :

Edgar Allan Poe – Nouvelles intégrales, tome 1 (1831-1839), nouvelle traduction de Christian Garcin & Thierry Gillybœuf, intégrale parue chez Phébus en octobre 2018 (432 pages, 27 €, ISBN 978-2-7529-1100-1) avec les œuvres présentées de façon chronologique (idéale pour comprendre l’évolution de l’auteur !) augmentée d’une préface et de notes des traducteurs, ainsi que d’illustrations originales de Sophie Potié, jeune illustratrice et graveuse (née en 1991) que vous pouvez suivre sur tumblr.

Attendez-vous à entendre parler de ces nouvelles durant l’année pour les challenges cités plus haut : La bonne nouvelle du lundi, Cette année, je (re)lis des classiques #2, Contes et légendes et Littérature de l’imaginaire #7.

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Le vampire de John William Polidori

Le vampire de John William Polidori.

The Vampyre : a Tale (1819), entre 65 et 80 pages selon les éditions, est traduit de l’anglais par Henri Faber (Chimères, 1989) ou par Jean-Claude Aguerre (Actes Sud, Babel, 1996). Il est aussi disponible en numérique.

Genres : littérature anglaise, fantastique.

John William Polidori naît le 7 septembre 1795 à Londres d’un père italien (toscan) et d’une mère anglaise. Il étudie à l’université d’Édimbourg (Écosse) et écrit une thèse sur le somnambulisme. Jeune diplômé à 19 ans, il accompagne Lord Byron (1788-1824) à Genève (Suisse) puis voyage seul en Italie avant de rentrer en Angleterre. Il se rend compte qu’exercer la médecine n’est pas fait pour lui et se lance dans le Droit puis dans une carrière littéraire. Mais il se suicide avec du cyanure le 24 août 1821 (il a 25 ans).

Le vampire, originaire d’Orient, passe par le monde arabe et arrive comme une superstition dans l’Europe chrétienne « en subissant quelques légères variations, dans la Hongrie, en Pologne, en Autriche et en Lorraine » (introduction, p. 4).

Londres. Lord Ruthven et Aubrey, un jeune aristocrate orphelin font connaissance. Lord Ruthven est bel homme mais il a le teint sépulcral. Aubrey est riche mais naïf et laisse parler son imagination. Lord Ruthven part en voyage et Aubrey, curieux, décide de voyager avec lui « et quelques jours après, nos deux voyageurs avaient passé la mer » (p. 17). La Belgique, la France, l’Italie, mais Aubrey – grâce à une lettre de ses précepteurs – se rend compte des défauts de Lord Ruthven et part seul en Grèce où il rencontre la belle Ianthe mais Lord Ruthven n’est pas loin… Et même lorsqu’Aubrey, affolé, retourne en urgence en Angleterre, Lord Ruthven est toujours là !

Parue en 1819 dans The New Monthly Magazine, The Vampyre n’est pas la première apparition du vampire en littérature (*) mais cette nouvelle a popularisé le thème du vampire moderne qui a été adapté au théâtre et à l’opéra durant le XIXe siècle. Parti d’un brouillon de Lord Byron, John William Polidori a écrit ce texte à la Villa Diodati durant l’été 1816 qu’il passe avec Percy et Mary Shelley (qui, elle, écrit Frankenstein). Bien que très classique au niveau du style, cette nouvelle vaut le coup d’être lue pour la façon dont elle traite du vampire, une façon moderne, européenne, qui fera entrer le vampire dans son heure de gloire et débouchera sur pléthore d’œuvres littéraires (poèmes, nouvelles, romans…) puis plus tard d’œuvres cinématographiques (films, séries…). Le vampire buveur de sang, d’âme, de vie, qui fait peur et attire en même temps car il est souvent beau (malgré sa pâleur), instruit et beau-parleur, n’est-il pas finalement à classer dans les personnes négatives, néfastes, manipulatrices, véritables trous noirs qui pompent l’énergie vitale de leurs proches – voire leur argent – à éviter de toute urgence et à bannir de son entourage ?

(*) Le vampire en littérature aux XVIIIe et XIXe siècles, une sélectionDissertations sur les apparitions des anges, des démons et des esprits, et sur les revenants et vampires de Hongrie, de Bohême, de Moravie et de Silésie ou Traité sur les apparitions d’Augustin Calmet (1746), un essai français revu et augmenté en 1751. C’est d’abord par la littérature allemande que le vampire entre en littérature avec entre autres Le vampire (Der Vampyr) de Heinrich Augustin von Ossenfelder (1748), un poème, et La fiancée de Corinthe (Die Braut von Korinth) de Goethe (1797), un poème narratif. Puis par la littérature anglaise avec entre autres Le vampire de John Stagg (1810), un poème composé de 152 vers qui se déroule en Hongrie ; Le Giaour de Lord Byron (1813), un poème ; Dracula de Bram Stoker (1897), un roman épistolaire considéré comme la quintessence du genre. Le vampire devient un représentant de la littérature romantique et de la littérature gothique allemande et anglaise avant d’atteindre la France, l’Italie et même la Russie avec La famille du Vourdalak (dans Histoires de morts-vivants) de Tolstoï (1847).

Le vampire de John William Polidori va être à nouveau publié par Les forges de Vulcain en février 2019 sous le titre Le Vampyre, dans une traduction plus récente et en édition augmentée, suivi par Le comte Ruthwen ou les vampires de Cyprien Bérard et une postface inédite de Thomas Spok. Alors, une relecture l’année prochaine, pourquoi pas ? 😉

Source : Aux forges de Vulcain

Une lecture pour La bonne nouvelle du lundi que je mets dans les challenges Cette année, je (re)lis des classiques, Challenge de l’épouvante et dans le Marathon de l’épouvante d’automne 2018Défi littéraire de Madame lit (littérature britannique en octobre) et Littérature de l’imaginaire.

Je rappelle que le mois d’octobre et le Mois de l’imaginaire avec plusieurs éditeurs (de l’imaginaire), de librairies et de bibliothèques en France mais rien près de chez moi, à part à Grenoble et à Lyon, voire même Montpellier (plus dans le Sud) mais ça ne va pas avec mes horaires de travail.

Miss Pook et les enfants de la lune de Bertrand Santini

Miss Pook et les enfants de la lune de Bertrand Santini.

Grasset Jeunesse, novembre 2017, 190 pages, 13,90 €, ISBN 978-2-246-86055-6.

Genres : littérature jeunesse, fantastique, fantasy.

Bertrand Santini naît à Aix en Provence et travaille d’abord comme graphiste (affiches de cinéma) puis comme scénariste (séries animées) avant de devenir auteur : plusieurs albums illustrés pour la jeunesse et des romans, Le Yark (2011), Jonas le requin mécanique (2014) et Hugo de la nuit (2016) qui ont reçu des prix littéraires.

La Tour Eiffel construite pour l’Exposition universelle doit être démontée en 1909 mais Gustave Eiffel la veut immortelle. Le 2 décembre 1907, la dame de fer, alors rouge de Venise, est repeinte en jaune-brun, une couleur moins tape-à-l’œil. Le même jour, Hector Dubenpré, riche industriel, achète une automobile et son épouse, Georgette, engage Miss Pook, une gouvernante anglaise, pour leur fille de dix ans, Élise. Miss Pook voyage avec un cerf-volant dragon enchanté, Goldorillon, et emmène la fillette sur la lune où vivent des créatures légendaires. Rêve d’Élise ou réalité ? « Vous êtes la nounou la plus magique de tout l’univers ! s’exclama Élise. » (p. 36).

Mes trois passages préférés

« L’humanité est un îlot de bêtise et de superstition, vois-tu, et les adultes s’évertuent à transmettre leur ignorance à leurs enfants. Cela explique pourquoi cette espèce évolue si lentement. » (p. 60).

« Ces aventures ont révélé la force qui est en toi. Les cauchemars ne sont pas aussi malfaisants qu’on croit. Bien au contraire ! Il faut être à leur écoute. Ce sont de précieux alliés. Ils alertent des périls qui rôdent autour de soi, mais aussi en soi ! N’oublie jamais cela : si l’ombre et les ténèbres te font dresser les cheveux sur la tête, c’est pour mieux t’aider à grandir. » (p. 116).

Un passage à lire absolument ! « Mesdames, mesdemoiselles, messieurs ! L’arrivée des véhicules à moteur peut être saluée comme le plus grand des progrès ! Non seulement la locomotion mécanique bouleversera nos relations avec le temps et l’espace, mais elle nous permettra de respirer à nouveau ! Oui, enfin Paris sera bientôt débarrassé des voitures à chevaux, attelages bruyants qui sèment par nos rues ces déjections nocives pour la respiration ! Voyez ! Sentez ! La fumée des moteurs n’est ni malsaine, ni malodorante, comparée au crottin qui exhale de titanesques tourbillons morbides et suffocants. Rouler en voiture mécanique, c’est servir le futur de l’humanité. Alors, vive l’automobile qui offrira à Paris un air pur et sain, vive l’avenir et gloire au génie du genre humain ! » (discours de Hector Dubenpré, P. 15). Je n’ai qu’un mot à dire : oups !

J’avais repéré ce roman grâce à sa couverture (belle et sombre) à sa parution mais il y a tant et tant de romans qu’il est passé à la trappe… Lorsque j’ai appris mercredi dernier qu’il avait reçu le Prix Elbakin 2018, j’ai eu envie de le lire et coup de chance, il était disponible à la bibliothèque !

Une très belle lecture jeunesse, rythmée, charmante, qui fait réfléchir (voyez avec les trois extraits ci-dessus), nourrie de beaucoup de références et qui enchante, réellement ! J’ai hâte de lire la suite de ce roman magique, initiatique, merveilleux (pour employer l’ancien mot qui était utilisé pour conte, mythe, légende, épopée, fable, surnaturel et finalement fantasy).

Pour les Challenge de l’épouvante (jeunes lecteurs), Challenge de l’été, Jeunesse & Young Adult, Littérature de l’imaginaire et S4F3 #4.

Viens, mon beau chat de Gaia Guasti

Viens, mon beau chat de Gaia Guasti.

Thierry Magnier, collection En voiture Simone !, mai 2018, 112 pages, 7,40 €, ISBN 979-10-352-0175-3.

Genres : littérature italienne, littérature jeunesse, fantastique.

Gaia Guasti naît en 1974 à Florence (Italie). En 1974, elle arrive à Paris (avec son chat) pour apprendre le français. En 1996, elle entre à l’École supérieure des métiers de l’image et du son et devient scénariste pour le cinéma. Elle est aussi autrice pour la jeunesse. Douze autres romans sont publiés chez Thierry Magnier, plus d’autres romans chez d’autres éditeurs (Milan…). Elle partage son temps entre la France et l’Italie.

« Viens, mon beau chat, viens sur mon cœur amoureux… » (p. 5, première phrase du roman). Le chat, c’est Bouillotte, un magnifique mâle roux qui vit chez les Marilac (Roger, Carmen, Flavie et Marius). Un jour alors que Flavie avait prévu de jouer avec son meilleur ami, Armand Pierlot, la grand-tante Clarisse – qui est par ailleurs propriétaire de l’appartement familial – lui offre « un bracelet ancien, un fil d’argent finement ciselé. […] un objet extrêmement précieux. » (p. 18). Mais Bouillotte s’enfuit par la fenêtre avec le bracelet autour du cou ! Flavie, son petit frère Marius, et Armand vont le poursuivre jusqu’à une maison bien étrange.

S’il n’y a pas de traduction pour Viens, mon beau chat, c’est que Gaia Guasti écrit en français et en italien. Une première version de ce roman, alors titré La dame aux chamélias, est déjà parue aux éditions Thierry Magnier en 2012 dans la collection Le feuilleton des incos.

Viens, mon beau chat est une jolie histoire fantastique qui ressemble à un conte avec plein de chats et une sorcière, en tout cas une vieille dame différente. C’est un hommage au poème Le chat de Charles Beaudelaire (in Les fleurs du mal, 1857) que vous pourrez lire ci-dessous. La couverture est superbe (avez-vous repéré tous les chats ?). L’histoire dans la maison magique de Marguerite fait un tout petit peu peur (pour les enfants, hein !, pas pour les adultes) mais elle est pleine de sagesse et de compassion, de mystère et de fantaisie.

Viens, mon beau chat, sur mon cœur amoureux ;
Retiens les griffes de ta patte,
Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux,
Mêlés de métal et d’agate.
Lorsque mes doigts caressent à loisir
Ta tête et ton dos élastique,
Et que ma main s’enivre du plaisir
De palper ton corps électrique,
Je vois ma femme en esprit. Son regard,
Comme le tien, aimable bête
Profond et froid, coupe et fend comme un dard,
Et, des pieds jusques à la tête,
Un air subtil, un dangereux parfum
                                                                 Nagent autour de son corps brun.

Une jolie lecture pour les challenges de l’épouvante (pour les jeunes lecteurs), de l’été, Jeunesse Young Adult, Littérature de l’imaginaire, Petit Bac 2018 (catégorie Animal), S4F3 #4, Voisins voisines (Italie) et le Défi littéraire de Madame lit (septembre est consacré à la littérature italienne).

Le tombeau d’Hercule d’Andy McDermott

Le tombeau d’Hercule (une aventure de Wilde et Chase, 2) d’Andy McDermott.

Bragelonne, collection Thriller, juin 2018, 448 pages, 16,90 €, ISBN 979-1-02810-329-3. The Tomb of Hercules (2008) est traduit de l’anglais par François Fargue.

Genres : littérature anglaise, thriller, aventure.

Andy McDermott naît le 2 juillet 1974 à Halifax dans le Yorkshire (Angleterre). Il étudie à l’Université de Keele dans le Staffordshire. Il est écrivain, journaliste, critique cinéma (Hotdog Magazine entre 2000 et 2006) et graphiste. Plus d’infos sur son site (en anglais).

Après la première aventure de Wilde et Chase dans À la poursuite de l’Atlantide, les Nations Unies ont créé il y a un an l’Agence internationale du patrimoine (AIP) et Nina Wilde est directrice des opérations.

La plate-forme flottante SBX-2 au large du Portugal surveille officiellement l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient mais, en secret, des scientifiques travaillent pour retrouver les structures de l’Atlantide « ensevelies sous le limon qui couvrait les fonds marins » (p. 7) : cartographie grâce à un sonar haute résolution, fouilles pour retrouver des objets atlantes… Mais, une nuit d’orage, un groupe d’hommes lourdement armés prend d’assaut la plate-forme, tuent tout le monde avant de repartir avec des dossiers et de faire couler le site. Tout le monde croit que SBX-2 a sombré à cause de la très violente tempête mais…

Trois mois après, sur un yacht à New York, Nina et Eddie rencontrent des directeurs non exécutifs de l’AIP : ils n’ont pas de pouvoir décisionnel mais ils apportent leur soutien technique ou financier. Parmi eux, Richard Yuen Xuan, un Chinois très riche, et son épouse, Sophia Blackwood, une Lady anglaise. Eddie va se rendre en Chine pour une mission secrète. Quant à Nina, restée à New York, elle demande à la Confrérie millénaire des Sélasphores, en la personne de monsieur Popadopoulos, de pouvoir consulter le véritable Hermocrate et non plus des reproductions ou des photos car elle est persuadée qu’en consultant l’œuvre originale, elle découvrira le tombeau d’Hercule.

Poursuites rocambolesques à Shanghai pour Eddie et dans le métro de New York pour Nina. « Vous voulez dire que la plate-forme a été coulée ? Et que ça aurait quelque chose à voir avec ce qui m’est arrivé aujourd’hui ? » (p. 123, Nina à son supérieur, Amoros).

Ensuite le roman est construit comme le premier, un petit groupe part à l’action, après New York et Shanghai, direction l’Afrique et l’Europe : Botswana, Namibie, Londres, Suisse, Algérie, Tunisie, Bahamas, du pur thriller. Des gentils, des méchants, certains sont loyaux et vont sauver la vie des deux héros, d’autres sont fous à lier, vont trahir, se faire tuer. Bref, de l’action pure et dure, des explosions en tout genre, de l’aventure en veux-tu en voilà, des diamants, de l’uranium et des bombes nucléaires, mais pas de fantastique ou de science-fiction comme dans le premier tome (petite déception). Sauf quand les travaux d’Hercule apparaissent mais ce n’est qu’après un peu plus de 300 pages… De plus Hugo Castille, le pendant belge d’Edward Chase, Anglais, m’a manqué… mais le lecteur fait la connaissance d’autres amis d’Eddie, décidément il a des amis dans le monde entier !

Je trouve que les problèmes de couple entre Nina et Eddie prennent un peu trop de place dans l’aventure. « J’ai mis ma carrière d’archéologue de côté pour devenir une bureaucrate. Je me suis même mise à faire de la politique. Je me suis laissé entraîner dans des jeux de pouvoir pour obtenir ce que je voulais. Et le pire, c’est que j’y ai pris goût. Non, le pire, c’est que j’ai vraiment commencé à me sentir supérieure à Eddie. Juste à cause de mon titre. Je l’ai blessé sans m’en rendre compte. » (p. 239).

Ce que je reproche à ce tome 2, c’est d’être trop construit comme le premier tome, et puis, à l’époque moderne, les méchants détruisent systématiquement les trésors archéologiques qu’ils découvrent ? L’Atlantide, le tombeau d’Hercule, et dans les tomes suivants, l’épée Excalibur, la pyramide d’Osiris, entre autres. À voir si je lirai la suite… Il y a déjà une quinzaines de tomes car Andy McDermott écrit cette série depuis 2007 et elle n’est traduite en français que depuis cette année.

Pour le Challenge de l’été 2018, le Challenge Chaud CacaoLire sous la contrainte (trilogies et séries de l’été), Littérature de l’imaginaire, Polar et thriller 2018-2019 et Voisins Voisines 2018 (Angleterre).

La 25e heure de Feldrik Rivat

La 25e heure (première enquête) de Feldrik Rivat.

L’homme sans nom, octobre 2015, 448 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-918541-20-2.

Genres : policier, historique, science-fiction, steampunk, fantastique, épouvante.

Feldrik Rivat naît le 27 juin 1978 à Thonon les Bains (Haute Savoie). Il étudie le théâtre (Cholet) puis le dessin à l’École Émile Cohl (Lyon) puis l’archéologie (Nantes et Toulouse) : un homme éclectique qui est de plus peintre (naturaliste) et écrivain ! Du même auteur : la trilogie de fantasy Les Kerns de l’oubli [site officiel], les deux autres tomes des Enquêtes de la 25e heure, également aux éditions de L’homme sans nom, et des nouvelles dont Le Contrat Antonov-201 (Solaris n° 205, hiver 2018) qui reçoit le Prix Joël-Champetier.

« Moi, Émile Clotaire, avocat de l’étude Clotaire & Malti de Montreux, atteste en ce mardi 27 mars 1956, 14 h 34 heure de Leysin, que le dénommé « Biographe » a extrait de sa sacoche le fruit de six ans de collaboration avec son commanditaire, monsieur Louis Bertillon, au domaine dit des Chamois. Vous pouvez continuer, monsieur le Biographe. » (p. 11).

4 décembre 1888. Louis Bertillon, sorti major de la première promotion de l’école de police, a décidé de parfaire sa formation à la Sûreté de Paris auprès de l’inspecteur principal Eudes (Anatole-Faust) Lacassagne – connu aussi comme le Moineau ou le Khan ou la Castagne – mais qui, insomniaque, souffre d’une maladie étrange tenue secrète. « C’est le seul qui puisse apprendre de vous ici. Mes agents sont volontaires, ils assurent un travail de fond, dans le froid et pour un salaire de misère, mais aucun d’eux n’a le cerveau fait comme ce jeune Bertillon, foi de Goron. » (p. 72). Les policiers vont être confrontés à une dangereuse organisation secrète appelée Chrysanthème noir : meurtres, trafics, rituels, ésotérisme (leur symbole est un ophiuchus, un caducée avec deux serpents, un noir et un blanc) et… morts qui reviennent à la vie ! « Non mais soyez sérieux ! Imaginez l’ampleur d’une telle opération ! En plein Paris ! Et sans témoins ! s’agace le magistrat. Ça devient rocambolesque ! » (p. 220).

En plus des deux personnages principaux, Lacassagne et Bertillon, il y a une belle galerie de personnages : par exemple Marie-François Goron est le chef de la Sûreté de Paris, le jeune Louis Bertillon est fiancé à Clémence Prud’hon qui étudie la médecine, Allan Pinkerton est un détective privé américain (qui a réellement existé mais qui était déjà mort depuis 4 ans et demi à l’époque où se déroule cette histoire).

Rien n’est épargné au lecteur : prison, morgue, abattoirs, nuits froides, rues dangereuses dans les bas-fonds de la capitale, cimetière, pompes funèbres… On croise la première machine distributrice de journaux, Henry Désiré Landru, le célèbre photographe Nadar, le docteur de La Tourette, Georges Méliès… D’ailleurs avez-vous votre invitation pour le spectacle de la 25e heure au Café mécanique de Méliès ? « La mort côtoie la vie, l’inerte s’anime, et l’illusion se fait la reine du bal. Ici, tout est spectacle et féerie. Tout est conçu pour abolir les lois de raison. » (p. 135). Au niveau historique, apparaissent bien sûr la Tour Eiffel, des dirigeables, les cabarets de Paris et leur fameuse ambiance, la savate (boxe française), les premières tentatives de cryptage moderne, les débuts de la médecine scientifique moderne, etc. ; un clin d’œil à Sherlock Holmes avec un certain docteur Thomas Holmes qui pratique la thanatopraxie moderne, la nuit connue comme la plus longue du siècle (du vendredi 21 décembre au samedi 22 décembre 1888) et les préparatifs pour l’Exposition universelle de Paris pour les 100 ans de la Révolution française. « Paris, la France, le monde est à l’aube d’une révolution, mais tous l’ignorent. » (p. 371).

Commencé pour un marathon SF en mai 2017 puis lâchement abandonné par manque de temps… Je profite des vacances pour me replonger dans cet étrange roman policier historique mystérieux gothique mi-fantastique (horreur) mi science-fiction (steampunk). Par rapport à ma note de lecture, j’ai lu d’autres livres avant, en particulier le weekend dernier pour un marathon de lecture, mais il y a le Challenge Chaud Cacao avec sa session 2 consacrée aux auteurs francophones (jusqu’au 22 août) donc je modifie l’ordre des notes de lectures.

Un roman qui a tout pour plaire, une belle couverture et même un bandeau d’illustration en têtes de chapitres, un thème attirant, sombre à souhait, une histoire racontée comme les feuilletons du XIXe siècle, de beaux personnages attachants, des rebondissements et des mystères intrigants, l’écriture est dense (il y a beaucoup de détails) mais ce roman est très agréable à lire et lire la suite, Le Chrysanthème noir, me fait très envie !

Une très chouette lecture pour le Challenge de l’épouvante, le Challenge de l’été, Littérature de l’imaginaire, Polar et thrillerLire sous la contrainte (trilogies et séries de l’été) et Vapeur et feuilles de thé (pour le côté steampunk) : comme vous le voyez un roman vraiment très riche, à la fois policier, historique, fantastique et science-fiction.

Ann Radcliffe contre les vampires (Ville-Vampire) de Paul Féval

Ann Radcliffe contre les vampires (Ville-Vampire) de Paul Féval.

Les Moutons électriques, collection Les saisons de l’étrange (saison 1), juin 2018, 144 pages, 13 €, ISBN 978-2-36183-465-4.

Genres : fantastique, épouvante, classique.

Paul Féval naît le 29 septembre 1816 à Rennes. Son père, originaire de Troyes, est magistrat (conseiller à la cour royale de Rennes) et sa mère, Bretonne, est la petite-fille de Henri François Potier de La Germondaye (magistrat, consultant en Droit, auteur d’ouvrages juridiques). Enfant à l’imagination féconde et aux idées monarchistes, il s’enflamme pour les récits des Chouans lorsqu’il est à la campagne chez son oncle. Il étudie le Droit, devient avocat puis travaille dans une banque avant de se consacrer à la littérature : alors que ses premiers textes sont refusés par les éditeurs, il devient un des grands écrivains et feuilletonistes français, à l’égal de Honoré de Balzac, Alexandre Dumas ou Jules Verne. Parmi les œuvres les plus connues : Les mystères de Londres (1843), Le loup blanc (1843, adapté en feuilleton télévisé en 1977), Le bossu (1857, plusieurs fois adapté au cinéma depuis 1925), La vampire (1865, soit 32 ans avant Dracula de Bram Stoker), La ville-vampire (1875 soit encore 22 ans avant Dracula de Bram Stoker), etc. Il existe un Prix Paul Féval de littérature populaire créé en 1984 par la Société des gens de lettres.

1873. Alors que Paul Féval, célèbre écrivain et feuilletoniste français s’inquiète des plagiats des auteurs anglais sur la littérature française, Lady B., amie de Charles Dickens, invite l’écrivain dans le comté de Stafford pour rédiger un épisode inédit de la vie d’Ann Radcliffe. C’est une Anglaise qui raconte, Jebb, surnommée madame 97 à cause de son âge. « Depuis que le monde est monde, on ne vit jamais un si doux naturel que celui d’Anna. Et une gaîté ! Partout où elle entrait, il y avait dans l’air des sourires. » (p. 11). Anna doit épouser William Radcliffe en Angleterre tandis que sa cousine Cornelia de Witt (Corny) et leur ami d’enfance Edouard S. Barton (Ned) doivent se marier le même jour mais en Hollande. La nuit avant les mariages, Anna apprend par une lettre effrayante de Ned que Cornelia a été enlevée par son tuteur, le comte Tiberio, qui en a après son héritage. Le matin de son mariage, Anna prend la route avec le factotum irlandais, Grey-Jack, qui la conduit contre son gré mais la jeune femme est bien décidée à sauver Corny et Ned ! « Il n’y a pas d’obstacle qui puisse me barrer le chemin du devoir. » (p. 34).

Paul Féval n’est pas chauvin : « Il y a dans l’Anglais une suprématie. Sa présence commande le respect et impose la convenance. » (en parlant de Ned, p. 62). « Ô Cornelia ! ma fiancée ! Est-ce toi que je vois, ou n’est-ce que ton spectre bien-aimé ? » (p. 120).

Voulez-vous prendre la route avec Anna ? Angleterre, Hollande, Allemagne, Autriche, Hongrie, Serbie, Bosnie. Et combattre les premiers vampires (*) de la littérature ? Des êtres mi-démons mi-fantômes qui se ressourcent dans une cité appelée Ville-Vampire. C’est incroyable comme dans la description architecturale de la cité (ici en 1874-1875, parution en feuilleton puis en roman), j’ai reconnu les descriptions des cités imaginaires de H.P. Lovecraft qui ne naîtra que 15 ans plus tard !

(*) Pas exactement les tout premiers puisque Paul Féval avait déjà écrit Le chevalier Ténèbres en 1856 et La vampire en 1860 mais parmi les premiers vampires de la littérature.

Une petite question : était-il bien utile de rebaptiser La Ville-Vampire en Ann Radcliffe contre les vampires ? (sûrement pour attirer les lecteurs adolescents).

Dans une instructive postface de 7 pages, Adrien Party – spécialiste des vampires (rédacteur du site Vampirisme.com) – analyse l’œuvre de Paul Féval et la replace dans l’histoire de la littérature de vampires (après Vampire de Polidori en 1819, Lord Ruthwen ou les vampires de Cyprien Bérard en 1820 avec leurs adaptations au théâtre y compris celles d’Alexandre Dumas en 1851, etc.). On le voit donc, Paul Féval reste parmi les pionniers du genre avec une intensité dramatique et un humour décalé (n’oublions pas que c’est une construction littéraire en miroir puisque c’est une dame anglaise quasi centenaire qui raconte cet épisode de la vie d’Ann Radcliffe – qu’elle a bien connue – à Paul Féval). Bien sûr, ce récit peut paraître un peu vieillot (il est paru il y a 143 ans) mais j’ai passé un bon moment de lecture et je vous le conseille si vous êtes d’un naturel curieux car au XIXe siècle, les littératures d’aventure et de fantastique étaient à l’honneur. Et puis je n’avais pas lu Paul Féval depuis des décennies !

Ann Radcliffe naît Anna Ward le 9 juillet 1764 à Holborn (Londres) dans une famille anglicane de petits commerçants (ses parents tiennent une mercerie-chemiserie). Elle épouse William Radcliffe en 1788 : il est diplômé d’Oxford, étudie le Droit mais se consacre à la littérature (et devient éditeur du journal The English Chronicle ; il encourage son épouse à faire de même et elle devient une des précurseurs de la littérature gothique.

1789 : The Castles of Athlin and Dunbayne (traduit par François Soulès : Les châteaux d’Athlin et de Dunbayne, Testu, 1797) ; 1790 : A Sicilian Romance (traduit par Mme Moylin-Fleury : Julia ou les souterrains du château de Mazzini, Forget, Paris 1797) ; 1791 : The Romance of the Forest (traduit par François Soulès : La forêt ou l’abbaye de Saint-Clair, Lecointe et Pougin, Paris, 1800 ; réédition poche : Les mystères de la forêt, revu par Pierre Arnaud, Gallimard, Folio classique n° 5328, 2011) ; 1794 : The Mysteries of Udolpho traduit par Victorine de Chastenay : Les Mystères d’Udolphe, Paris, 1797) ; 1795 : A Journey Made in the Summer of 1794 (traduit par Cantwell : Voyage en Hollande, 1799) ; 1797 : The Italian, or the Confessional of the Black Penitents (traduit par A. Torelet : L’Italien ou le Confessionnal des pénitents noirs, Paris, 1797) ; 1802 : Gaston de Blondeville, publié posthume en 1826 (traduit par Defauconpret : Gaston de Blondeville, Paris, 1826). Elle influence des auteurs britanniques (Jane Austen, Walter Scott, Mary Wollstonecraft), français (Honoré de Balzac, Paul Féval) et russes (Fiodor Dostoïevski, Ivan Tourgueniev).

Une lecture pour les challenges British Mysteries #3 (bien que l’auteur soit français), Cette année, je (re)lis des classiques (1875), Challenge de l’épouvante, Challenge de l’été 2018, Challenge Chaud Cacao (la session 2 est consacrée aux auteurs francophones), Jeunesse Young Adult #7 (avec le nouveau titre…), Littérature de l’imaginaire et S4F3 #4.