Les herbes folles de Lewis Trondheim

Les nouvelles aventures de Lapinot, 2 – Les herbes folles de Lewis Trondheim.

L’Association, collection 48CC, janvier 2019, 368 pages, 19 €, ISBN 978-2-84414-738-7.

Genres : bandes dessinée française, fantastique, écologie.

Lewis Trondheim, de son vrai nom Laurent Chabosy, naît le 11 décembre 1964 à Fontainebleau de parents libraires. Il étudie le dessin industriel puis le graphisme publicitaire. Son épouse est la coloriste Brigitte Findakly Il crée le fanzine Approximate Continuum Comics Institute H3319 soit ACCI H3319 (1988), L’Association (1990), l’OuBaPo c’est-à-dire l’OUvroir de BAnde dessinée Potentielle (1992), la collection Shampooing chez Delcourt (2005) et la revue Papier (2013-2015) chez Delcourt. Des bandes dessinées en ligne, Lapinot, Donjon (plusieurs séries), Les cosmonautes du futur, Le roi catastrophe, Les petits riens, Ralph Azham, L’atelier Mastodonte, Infinity 8, des one-shots, des collaborations en pagaille, Trondheim est un grand bosseur dont je suis fan (quel talent !) mais, bizarrement n’était pas encore sur le blog ! Plus d’infos sur son site officiel.

Dans cette bande dessinée au petit format paysage (11 x 16 cm), à l’italienne donc, Lapinot et son ami Richard sont confrontés à la végétation qui reprend ses droits et envahit la ville. Une histoire sans bulle et sans texte (muette) d’abord parue sur Instagram en 2018 (un dessin par jour).

L’éditeur nous dit « avec de l’amour et des bagarres, des phénomènes surnaturels et du vomi, de l’émotion et des coups de théâtre », c’est ça et bien plus encore !

En ville, tout est gris, des tas de voitures, des gens partout, des poubelles et des déchets sur les trottoirs, des animaux enfermés (en cage ou derrière des vitres), et tout à coup, au détour d’une rue, une plante, des fleurs, des papillons même ! Et puis, d’autres plantes, le long de gouttières, de barrières, de fenêtres, de poteaux de signalisation… Plus Lapinot avance plus la végétation reprend ses droits, c’est très beau, tout est verdoyant et coloré, mais quand même surprenant et un peu inquiétant, non ? Lapinot s’enfuit, appelle à l’aide mais il n’y a plus personne et, évidemment, plus de réseau ! Il réussit à rentrer chez lui mais l’immeuble est envahi par la végétation, carrément en ruine, et sur son lit il y a même un énorme nid avec trois œufs bleus qu’il récupère car plus rien n’est comestible… Et puis des créatures bizarres apparaissent. Heureusement il arrive à rejoindre son ami Richard. Mais tout cela ne serait-il pas un mauvais trip ?

Je n’ai pas lu Les nouvelles aventures de Lapinot, 1 – Un monde un peu meilleur (qui a un format classique) parce que la bibliothèque ne l’avait pas (je veux dire qu’il était emprunté) mais je le lirai assurément parce que ce tome 2 est une incroyable réussite et je ne peux que vous conseiller sa « lecture ».

Pour La BD de la semaine, Des histoires et des bulles (catégorie 41, une BD au format non standard), Jeunesse young adult #11, Lire en thème 2021 (le thème d’octobre est l’action se passe dans un lieu effrayant, ici une ville envahie par la végétation) et Littérature de l’imaginaire #9.

La sorcière des marais de Karine Guiton

Allez, La BD de la semaine étant toujours en pause estivale, je publie comme mercredi dernier une note de lecture d’un roman jeunesse plutôt que d’une bande dessinée.

La sorcière des marais de Karine Guiton.

Didier jeunesse, collection Mon marque-page, mai 2021, 128 pages, 12,90 €, ISBN 978-2-27809-844-6. Illustrations de Grégory Elbaz.

Genres : littérature française, premier roman, jeunesse, fantastique.

Karine Guiton naît en 1973 en Vendée. Elle ne veut pas lire durant l’enfance (sa mère est l’institutrice) mais elle devient bibliothécaire et se passionne pour les contes. Elle écrit d’abord des nouvelles pour adultes puis un album illustré pour la jeunesse en 2016, Les tourterelles, illustré par Maurèen Poignonec chez La Palissade. Le chameau de la bibliothèque est paru en juillet et La sorcière des marais paru en mai est son premier roman.

Grégory Elbaz naît en 1980 en France. Il étudie les arts plastiques à l’École de l’Image d’Angoulême. Il est illustrateur mais aussi dessinateur et scénariste de bandes dessinées.

Tex, un an, est le chat « roux de la tête aux pattes » (p. 11) de Zoé mais il a disparu et la fillette est inquiète. Aurait-il rencontré une minette ? Mais « Tex n’est pas revenu. Ni le lendemain. Ni le surlendemain. Personne ne l’a vu. » (p. 13). Zoé refuse de penser que Tex est mort et de se résigner à l’avoir perdu. Margot, sa meilleure amie, lui conseille d’aller voir Mirabella « parce qu’elle est un peu sorcière. » (p. 16).

Tex a disparu depuis un mois lorsque Zoé décide d’aller dans les marais pour voir Mirabella. Bien sûr Mirabella et Germain le canard aident Zoé. Comme le montre la couverture du roman, ils partent tous les trois en barque sur le marais. « Bienvenue dans le monde de Soumazalans. » (p. 44). Et arrivent à la nuit tombée chez le géant Miramar, le cousin de Zoé. Le lendemain, Pirati, le cochon muet, se joint à eux, direction le Royaume de la Reine des chats mais ils sont attaqués par le ragondin géant. « Si Tex était vraiment là-dedans, je n’avais pas le choix. Il était peut-être en danger. Je devais le sauver. » (p. 81).

Après avoir bien ri avec Le chameau de la bibliothèque, j’ai voulu lire La sorcière des marais (paru quelques mois avant) et je ne suis pas déçue. Pourtant ce premier roman est différent : les illustrations (d’un autre illustrateur) sont moins présentes et en noir et blanc ; quant à l’histoire, elle n’est pas drôle mais un peu angoissante (pour les plus jeunes lecteurs) et triste (faire son deuil).

Lorsqu’un chat disparaît, l’humain se pose des questions, s’inquiète, espère qu’il va revenir, mais ne pas savoir ce qui est arrivé au chat bien-aimé (ou à un autre animal d’ailleurs) est vraiment déprimant. Zoé a le courage d’aller au bout des marais (le côté fantastique, magique, se développe ici) pour découvrir ce qui est arrivé à Tex.

Pour le challenge Jeunesse young adult #10 et le Petit Bac 2021 (catégorie Gros mot pour Sorcière).

Curiosity et L’Agrandirox de Sophie Divry

Curiosity suivi de L’Agrandirox de Sophie Divry.

Noir sur Blanc, collection Notabilia, mars 2021, 112 pages, 14 €, ISBN 978-2-88250-630-6.

Genres : littérature française, science-fiction, fantastique.

Sophie Divry naît en 1979 à Montpellier. Diplômée de l’École supérieure de Journalisme de Lille et de l’IEP de Lyon, elle vit à Lyon. J’ai déjà lu et apprécié son premier roman, La cote 400, puis Trois fois la fin du monde et j’ai prévu de lire d’autres de ses titres.

Plutôt qu’un résumé, voici le début de ce court roman (premier paragraphe). « Dieu me parle tous les matins entre 8 heures et 10 heures. Au lever du soleil, quand les températures sont tellement basses au-dessous de zéro que le plus petit mouvement me briserait, je reçois Son message. Au plus tôt à 7 heures, rarement plus tard que midi. Dieu me donne mon emploi du temps pour toute la journée. Il s’agit de rouler, de photographier, de faire un bulletin météo ou plus rarement de lancer une analyse chimique. Je finis le travail exigé en milieu d’après-midi. C’est un travail précis, souvent fastidieux, mais je le réalise avec sérieux, car je veux que Dieu soit content de moi. » (p. 13).

Un humain très croyant ? Non ! Le narrateur est le rover Curiosity et ce roman aurait pu être titré Seul sur Mars (si le titre n’était pas déjà pris). Je ne sais pas pour vous, mais j’ai ressenti de la compassion pour cette machine (terriblement humaine) qui se languit du contact quotidien avec son créateur (Dieu). Curiosity est attendrissant et, bien que souffrant de la solitude, il aime la voix qui lui parvient et lui (or)donne un travail qui donne un sens à sa vie depuis 8 ans.

Curiosity est « le premier rover à pile au plutonium. [Il a] atterri dans le cratère Gale le 6 août 2012, dans l’hémisphère sud, après un voyage de 8 mois terrestres. » (p. 15). Curiosity est un robot sociable et il se sent très seul surtout lorsqu’il y a un problème… Lorsqu’il a atterri et donc perdu sa capsule, ça lui a fait un coup au cœur, non en fait « un coup au moteur » (p. 16).

Et Mars alors ? « Un ciel jaune, un sol rouge, un désert plat. […] un immense tas de poussière sédimentée […] le mont Sharp, […] des falaises […]. Rien d’autre. Sinon le silence, le vent et des cailloux. » (p. 17). « Alors j’ai levé ma caméra vers le ciel et j’ai crié : Dieu ! Ce n’est pas possible ! Tu es sûr que c’est bien ici, sur cette chose, que je dois passer mon existence ? » (p. 18). Curiosity sait qu’un jour, il mourra, sans avoir vu Dieu ou la Terre alors il veut laisser un message pour les autres rovers. Parce qu’en plus de sa « tendance à la sociabilité », Curiosity a « une aptitude à l’imagination » (p. 22).

Heureusement, il y a MRO (Mars Reconnaissance Orbiter), « mon satellite de référence » (p. 24), « Une sacrée machine : deux panneaux solaires de cinq mètres de long, deux mille kilos, et une caméra haute définition dont il est très fier. MRO est fidèle. C’est important d’entretenir de bonnes relations avec votre satellite. Si vous avez un problème en surface, c’est lui qui préviendra Dieu. Restez donc en bons termes. Et soyez polis : les satellites sont un peu snobs, c’est l’altitude. » (p. 26).

Curiosity est un roman intime et drôle qui raconte 3 jours et 3 nuits de ce rover et explique pourquoi il est angoissé à l’idée de ne plus recevoir de messages de Dieu et de mourir seul sur cette méchante planète rouge. « Non, non, ce n’est pas juste ! Je ne veux pas ! Je suis terrifié. Je sais que je dois me soumettre mais je suis terrifé. […] Je ne dois pas me révolter. Aucun rover n’a jamais protesté contre son sort. Aucun rover n’a jamais fait son testament non plus. Mais moi je suis différent et je vous écris. » (p. 51). Curiosity, prophète sur son Golgotha… ? Malheureusement Curiosity a un regret, il n’a trouvé ni l’amitié ni l’amour mais surtout il n’a pas trouvé la vie. Peut-être que s’il avait trouvé la vie, Dieu aurait été content et aurait continué sa mission… Envie de vivre, de communiquer, introspection, angoisse, Curiosity est tellement réel, tellement humain.

L’Agrandirox, nouvelle confinée, d’après le récit fantastique La Superficine de Sigismund Krzyzanowski (1887-1950).

Démarchée par téléphone lors du confinement, Josiane (retraitée de 71 ans) se voit proposer d’utiliser gratuitement l’Agrandirox, « un produit extrêmement performant » (p. 67) qui permet de « agrandir la surface de vos pièces » (p. 67). À l’étroit dans son petit appartement dans lequel elle vit avec Ernest (son chat) depuis 10 ans, un « deux-pièces chargé de livres, de tendresse et de solitude » (p. 69), elle se laisse tenter et, contre toute attente, ça fonctionne ! « Enfin, de l’espace ! Enfin, de la liberté ! » (p. 76). Mais ça ne plaît pas du tout à Ernest d’autant plus que l’Agrandirox continue d’agir… « C’était intenable. Il me fallait partir au plus vite. » (p 84). Trop d’espace tue l’espace… et l’intimité, le sentiment d’être bien chez soi aussi. Cette histoire est finalement terrifiante !

Sophie Divry délivre avec humour et tendresse deux histoires d’espace sous forme de huis-clos, l’une émouvante, l’autre effrayante et laisse son lecteur avec cette question : un rover, un chat peuvent-ils être aussi humains qu’un humain ?

Pour Challenge de la planète Mars, Challenge lecture 2021 (catégorie 7, un roman avec une couverture rouge, 2e billet), Littérature de l’imaginaire #9, S4F3 #7 et Les textes courts (Curiosity occupe 64 pages et L’Agrandirox 48).

La fleur perdue du chaman de K de Davide Morosinotto

La fleur perdue du chaman de K de Davide Morosinotto.

L’école des loisirs, collection Médium, janvier 2021, 544 pages, 18 €, ISBN 978-2-21131-130-4. Il fiore perduto dello Sciamano di K (2019) est traduit de l’italien par Marc Lesage. Illustrations de Paolo Domeniconi.

Genres : littérature italienne, roman jeunesse, aventure, fantastique.

Davide Morosinotto naît en 1980 à Camposampiero (Padoue, Italie). Il étudie les Sciences de la communication et rédige une thèse sur Philip K. Dick à l’Université Alma Mater Studiorum de Bologne (fondée au XIe siècle, cette université est considérée comme la plus ancienne université au monde encore en activité). Il est journaliste, traducteur et écrivain. Du même auteur, dans la même collection : Le célèbre catalogue Walker & Dawn (2018) et L’éblouissante lumière des deux étoiles rouges (2019) que j’avais repérés et que j’ai encore plus envie de lire maintenant, et de nombreux autres titres (science-fiction, aventure, jeunesse) encore non traduits en français.

Mai 1986. Laila Raskinen a 12 ans, elle est Finlandaise mais vit à Lima au Pérou. Son père Aarni est diplomate à l’ambassade et sa mère Outi est femme au foyer. Il y a aussi monsieur Tanaka, un Japonais qui est le secrétaire de son père mais aussi le chauffeur (et un peu le garde du corps de Laila). Mais Laila ne va pas bien, elle a des problèmes aux yeux (son champ de vision est limité) alors elle est conduite à l’hôpital Santo Toribio de Lima où « ils ont le meilleur service de neurologie du Pérou » (p. 17). Mais sa maladie est grave et incurable… Le docteur De La Torre diagnostique une céroïde-lipofuscinose neuronale juvénile (CLNJ) ou maladie de Batten (je n’avais jamais entendu parler de cette maladie). « Pourquoi moi ? Pourquoi maintenant ? Ma mère n’avait pas la réponse. » (p. 101).

Les chapitres alternent entre Laila et El Rato qui vit à l’hôpital depuis sa naissance. De son vrai nom, Juan Pablo Brown Mamani, il serait le fils d’un médecin. Il connaît l’hôpital comme sa poche et emmène Laila à la bibliothèque, réservée aux médecins et aux étudiants. Et c’est par hasard que les deux adolescents découvrent le journal du docteur Robert R. Clark de Bloomington (Minnesota, États-Unis) dans lequel il est « question de la Fleur perdue du chaman de K. […] d’une rareté extraordinaire […] sur un arbuste, sans doute de la famille des bixaceae, et semblait être de couleur rouge, avec de gros pétales recouverts d’un duvet piquant […]. Les chamans de le tribu de K. utilisaient une décoction de cette plante pour guérir la folie. » (p. 116-117).

Juin 1986. Laila et El Rato s’enfuient en pleine nuit de l’hôpital pour se rendre en Amazonie sur les traces du docteur Clark. « Je me suis exclamé : – C’est parti ! Laila a souri. – Eh oui. L’avion s’est avancé sur la piste en prenant de la vitesse. Les moteurs ont rugi. Et là… le nez de l’appareil a pointé vers le haut et nous avons décollé du sol, tout droit vers le ciel, une aventure, une légende, un défi immense et une fleur qui existe peut-être, je l’espère, quelque part, là dehors, pour nous sauver la vie. » (p. 151-153). Des Andes péruviennes, direction, la Selva, l’Amazonie, « l’Enfer Vert » !

Arrivés à Cuzco, Laila et El Rato embauchent une guide, Chaska, mais leur train explose et ils sont enlevés (sûrement par des rebelles du Sentier lumineux). L’histoire du Pérou rejoint l’aventure de Laila et El Rato qui se dévoile peu à peu (il a un Grand Rêve). « Le village de K. est niché au bord du fleuve Amazone, dans les région d’Iquitos. Et le marché de Belén est le moyen d’entrer en contact avec son chaman. » (p. 268).

Amitié, action et rebondissements, rencontres, dangers, découverte de l’Amazonie (faune, flore, populations), un peu de fantastique, Laila et El Rato iront au bout de l’aventure pour le plus grand plaisir des lecteurs ! « On avait fait un sacré chemin, ensemble. Et il nous restait encore un peu de route. » (p. 381).

Il y a plusieurs niveaux de lecture dans ce gros roman, texte classique, texte en italique, texte un peu flou (Laila voit mal sur les côtés), texte sur page noire pour la légende, et des éléments graphiques avec du texte en illustration (qui monte, qui descend, qui forme une spirale ou un dessin) comme pages 64, 69 et d’autres. Alors que Laila voit de plus en plus mal, l’auteur veut que le lecteur voit, et même ce qui ne se voit pas (l’invisible, la légende, les esprits, le chamanisme). Ce livre est donc un bel objet artistique mais aussi une belle quête et une belle amitié.

En fait, j’apprends que Le célèbre catalogue Walker & Dawn et L’éblouissante lumières des deux étoiles rouges forment avec La fleur perdue du chaman de K un triptyque même s’ils sont indépendants l’un de l’autre et se déroulent dans trois pays différents. Je veux lire les deux précédents titres !

Une chouette lecture que je mets dans Challenge Cottagecore (catégorie 4, Rêveries au bord de l’eau – Des histoires qui se déroulent au bord de la mer, d’un étang, d’un marais tout en conservant une ambiance champêtre et romantique, bon on est au bord de l’Amazonie, c’est plutôt dangereux mais El Rato étant amoureux de Laila, il y a un certain romantisme), Challenge de l’été #2 (l’auteur est Italien mais emmène ses lecteurs au Pérou et en Amazonie) et dans…

Challenge lecture 2021 (catégorie 4, un livre dont le narrateur est un adolescent, eh bien il y a ici une adolescente et un adolescent, 2e billet), Contes et légendes #3 (légendes d’Amazonie, chamanisme), Jeunesse young adult #10, Littérature de l’imaginaire #9 et Voisins Voisines 2021 (Italie).

Le souffle du géant de Tom Aureille

Le souffle du géant de Tom Aureille.

Sarbacane, avril 2021, 160 pages, 22,50 €, ISBN 9782377316137.

Genres : bande dessinée française, fantastique.

Tom Aureille naît en 1997 à Agen. Il étudie la bande dessinée au lycée Auguste Renoir à Paris puis l’illustration. Il est parmi les vingt Jeunes Talents sélectionnés au festival d’Angoulême en 2020. Il vit à Strasbourg, travaille à temps partiel dans une librairie et Le souffle du géant est sa première bande dessinée. Il est scénariste et dessinateur. Aide à la mise en couleur de Tarek Abdel Razek.

« Les Géants demeurent dans les territoires perdus du Nord, au plus haut des montagnes. Celui qui saura trouver le chemin pourra, en tuant un de ces colosses, recueillir son souffle et le transmettre à un corps sans âme. Contre la volonté des dieux, le défunt reviendra alors au monde des vivants. Mais l’aventurier se lançant dans cette bataille contre la Mort ne pourra accomplir son dessein qu’en la possession d’un fragment de Pierre de Vie. Ces reliques dorment aujourd’hui parmi les Hommes, le souvenir de leur pouvoir s’estompant au fil des siècles. » (en exergue, p. 7).

Iris et Sophia sont orphelines. Elles ont une pierre bleue qui les aidera à faire revenir leur mère à la vie. Mais Fagus, un chasseur qui a perdu sa fille, Pauline, les suit. En plus, le chemin est long et dangereux, animaux, brigands, sorcière…

Lorsque les sœurs sont séparées, Terelle sauve Sophia et part avec elle dès qu’elle est rétablie. « La mort, c’est la vie. » (p. 83). « La mort. Très triste, mais c’est comme ça. Moi, je suis d’accord d’être en vie. Toi aussi, tu es d’accord ? – Ben… oui. – La mort : pareil. Il faut être d’accord d’être mort ou que les autres sont morts un jour. » (p. 84). Je précise que Sophia est une étrangère dans ce village et que Terelle ne maîtrise pas bien sa langue.

Durant la lecture, il y a des flashbacks et le lecteur voit Iris et Sophia quatre ans avant avec leur mère et comprend ce qui s’est passé et pourquoi les deux sœurs ont entrepris ce voyage.

Le souffle du géant est à la fois un récit d’aventure et un récit initiatique, dans le genre fantastique, basé sur une légende (dont on ne connaît pas l’origine) et qui développe le thème de la mort. D’ailleurs une question se pose : peut-on prendre une vie pour une autre ? Lisez cette belle BD, colorée, rythmée, avec deux sœurs attachantes.

Dernière BD de la semaine avant la pause estivale, je mets cette BD également dans le Challenge BD, Contes et légendes #3 (mais on ne sait pas d’où provient cette légende de géants et de retour à la vie), Des histoires et des bulles (catégorie 14, une BD jeunesse), Jeunesse young adult #10 et Littérature de l’imaginaire #9. Plus de BD de la semaine chez Noukette.

Maître Zacharius ou l’horloger qui avait perdu son âme de Jules Verne

Maître Zacharius ou l’horloger qui avait perdu son âme de Jules Verne.

In Contes et nouvelles de Jules Verne, Ouest France, mars 2000, 392 pages, 28 €, ISBN 978-2-73732-654-7, épuisé. Disponible librement sur Wikisource.

Genres : littérature française, fantastique, nouvelle, conte.

Jules Verne : consulter ce que j’ai écrit pour ma note de lecture de Le Chancellor : journal du passager J.-R. Kazallon. D’ailleurs, après avoir lu ce titre, je me suis dit que je pouvais encore lire une nouvelle (eh oui, Jules Verne était aussi nouvelliste) pour Les classiques c’est fantastique #2 et La bonne nouvelle du lundi.

Attention, je n’ai pas lu ce livre entièrement ! J’ai lu l’introduction et le premier texte soit 70 pages.

Dans l’introduction, Volker Dehs explique que les nouvelles de Jules Verne sont peu nombreuses (une vingtaine) et peu connues, « une première moitié se constitue de textes de jeunesse […] ; la seconde moitié, écrite après 1863, doit sa genèse bien plus à l’opiniâtreté de quelques directeurs de revues qu’à l’impulsion personnelle de l’écrivain […]. » (p. 9).

Maître Zacharius ou l’horloger qui avait perdu son âme fait partie des œuvres de jeunesse (rédaction en 1853 et publication en 1854), œuvre probablement inspirée par les Contes fantastiques d’Ernst Theodor Amadeus (1776-1822) et par Edgar Allan Poe que Jules Verne admirait, et Volker Dehs pense qu’elle « constitue probablement le coup de maître du jeune auteur. » (p. 11).

Cette nouvelle est un conte fantastique paru en deux fois dans Musée des familles en avril et mai 1854 (avant d’être remaniée et publiée par Hetzel en 1874). Jules Verne emmène ses lecteurs chez un horloger à Genève en Suisse, sûrement au XVe siècle.

Dans une maison traditionnelle genevoise vivent le vieil horloger Zacharius, sa fille de 18 ans Gérande, son apprenti Aubert Thün et sa servante Scholastique. Impossible de donner l’âge de maître Zacharius, « Cet homme ne vivait pas ; il oscillait à la façon du balancier de ses horloges ; sa figure, sèche et cadavérique, affectait des teintes sombres […]. » (p. 32). Maître Zacharius est respecté en Suisse, connu en France et en Allemagne, il est habile (il a fabriqué de nombreux instruments d’horlogerie) et inventeur (il a inventé l’échappement).

Mais depuis quelques jours, « les montres [qu’il] a faites et vendues s’arrêtent subitement. On lui en a rapporté un grand nombre ; il les a démontées avec soin ; les ressorts étaient en bon état et les rouages parfaitement établis ; il les a remontées avec plus de soin encore ; mais, en dépit de son habileté, elles sont demeurées sans mouvement. » (p. 35). Or Zacharius pense être l’âme de ces montres car il a mis un peu de son âme dans chacune d’elles. « Chaque fois que s’arrête une de ces horloges maudites, je sens mon cœur qui cesse de battre, car je les ai réglées sur ses pulsations !… Fatalité ! Malheur et tourment !… » (p. 37). Ces arrêts seraient-ils surnaturels ?

C’est que l’horlogerie a suivi le progrès des sciences mais « elle fut toujours arrêtée par une insurmontable difficulté : la mesure régulière et continue du temps. » (p. 42) or l’invention du vieil horloger, l’échappement « lui permettait d’obtenir une régularité mathématique, en soumettant le mouvement à une force constante. » (p. 42), il a transformé le temps en Temps.

Lorsque Maître Zacharius tombe malade, son cœur s’arrête parfois de battre, comme ses montres, et aucun médecin ne peut rien y faire… Les habitants jasent, tout cela est surnaturel pour sûr ! Ses concurrents le plaignent mais ils se réjouissent aussi de leur fortune. Et un jour, il reçoit la visite d’un bizarre petit vieillard qui lui parle des montres. « Eh bien, elles mourront avec vous, puisque vous êtes si empêché de redonner l’élasticité à vos ressorts. » (p. 51). Ce n’est pas possible, maître Zacharius ne peut pas mourir, « maître Zacharius a créé le temps, si Dieu a créé l’éternité. » (p. 51). Orgueil ? Folie ? Il se rappelle subitement qu’une vieille horloge de fer, vendue à un certain Pittonaccio, ne lui a pas été rapportée, « elle existe encore, elle marche encore, elle vit toujours !… Ah, je la veux ! » (p. 59). Lui faudra-t-il faire des sacrifices, se damner pour récupérer cette horloge ?

Les lecteurs connaissent plus Jules Verne pour ses romans d’aventures mêlés de sciences et de science-fiction mais l’auteur a aussi écrit dans le genre fantastique, on l’a vu avec Le Chancellor : journal du passager J.-R. Kazallon (fantastique plutôt horreur) et on le voit encore avec Maître Zacharius (fantastique plutôt gothique, genre mythe de Faust revisité). Il y a 4 personnages principaux, Zacharius, Gérande, Aubert, Scholastique, qui vivent ensemble, qui sont unis par des liens d’amitié ou d’amour, de respect en tout cas, et un personnage étrange, presque diabolique, Pittonaccio. C’est presque un huis-clos dans la maison et l’atelier de Zacharius, si ce n’est la « balade » en montagne. Je confirme que c’est un coup de maître, à découvrir.

Cette lecture entre aussi dans 2021 cette année sera classique, Challenge de l’été #2 (Suisse), Contes et légendes #3, Littérature de l’imaginaire #9, Projet Ombre 2021, Les textes courts et S4F3 #7.

Pour Les classiques c’est fantastique, d’autres titres de Jules Verne chez Moka, FannyLolo, Natiora, Cristie, George, Alice, MumuHéliena, L’Ourse bibliophile, Céline, ManonMadame Lit, Lili.

 

Toto Ninja Chat et l’évasion du cobra royal de Dermot O’Leary

Toto Ninja Chat et l’évasion du cobra royal de Dermot O’Leary.

Gallimard jeunesse, collection Grand format littérature, juin 2019, 208 pages, 12,90 €, ISBN 978-2-07512-155-2. Toto the Ninja Cat and the Great Snake Escape (2017) est traduit de l’anglais par Karine Chaunac.

Genres : littérature anglaise, fantastique, jeunesse.

Dermot O’Leary naît le 24 mai 1973 à Colchester dans l’Essex (Angleterre). Il est Anglo-Irlandais. Animateur (radio et télévision) depuis 1998, il s’inspire de ses deux chats (Toto et Silver) pour se lancer dans l’écriture de cette série destinée à la jeunesse, Toto Ninja Chat (4 tomes pour l’instant). Toto Ninja Chat et le grand braquage du fromage (tome 2, 2019), Toto Ninja Chat et le concert de l’enfer (tome 3, 2020) et Toto the Ninja Cat and the Mystery Jewel Thief (encore non traduit en français, 2021).

Nick East, né le 28 février 1968 dans le Yorkshire, est un illustrateur jeunesse anglais.

Toto, une minette noire, et Silver, son frère gris, vivent avec un couple à Londres depuis trois semaines. Ils dorment mais Toto entend dehors un « vacarme infernal » (p. 9.) Toto est pratiquement aveugle mais elle a suivi une formation de ninja en Italie (les deux chats arrivent des Pouilles). L’intrus qui se nourrit dans la poubelle de Papa et Mamma est Alexandre Rattinoff XXXIII, surnommé Facedechat. Il dit être un chat mais j’ai plutôt l’impression que c’est un rat… !

Facedechat propose à Toto et Silver de leur faire visiter le quartier, Camden, et leur fait prendre le « métro des animaux » (p. 42). C’est le même que celui des humains mais les animaux voyagent sur le toit. Ce que découvrent Toto et Silver est magnifique, la cathédrale Saint-Paul, la tour de Londres, le palais de Buckingham, le Shard (le plus haut building de Londres). Les deux chats se font, en une nuit, de nouveaux amis, des chauves-souris, des corbeaux, des goélands, … et même les chiens de la Reine ! Et, au 10 Downing Street, Facedechat leur présente Larry le chat (qui bizarrement ressemble lui aussi à un rat).

Mais, alors que Facedechat raccompagne Toto et Silver chez eux, les trois amis se rendent compte que Camden est « en plein chaos animalier » (p. 62). Brian, « le célèbre cobra royal du zoo de Londres, un des plus dangereux reptiles au monde » (p. 67), s’est échappé ! Au zoo, après une rencontre avec le couple de tigres, Melati et Jae Jae, fort sympthiques (si, si !), les trois amis doivent s’enfoncer dans un égout où Brian s’est rendu pour manger des rats, un égout « sale, malodorant et humide » (p. 103).

Ah, j’avais bien deviné pour Facedechat ! Mais c’est vrai qu’il ressemble quand même un peu à un chat, du moins aux yeux de son père, « Henrich Rattinoff, 835e du nom, roi de Camden, Regent’s Park, Primrose Hill et des quartiers alentours » (p. 124) qui l’a banni de Ratville…

Rats et chats s’enfoncent dans le tunnel où Brian a été repéré : « […] un serpent gigantesque. Il avait l’air féroce. Il avait l’air terrifiant. Il avait l’air… endormi. » (p. 131).

Vous voulez savoir pourquoi Brian s’est enfui du zoo et lire une belle histoire d’amitié (d’amour même) ? Lisez ce premier tome de Toto Ninja Chat ! L’aventure et le suspense sont au rendez-vous et surtout c’est drôle et très bien illustré. Je l’ai acheté pour le Mois anglais, non seulement je ne regrette pas mais en plus j’ai hâte de lire les tomes suivants ! Sharon l’a également lu et apprécié.

Je mets aussi cette excellente lecture dans A year in England, Challenge de l’été #2 (Angleterre), Jeunesse young adult #10, Littérature de l’imaginaire #9, Petit Bac 2021 (catégorie Animal pour Cobra royal) et Voisins Voisines 2021 (Angleterre).

Summer Short Stories of SFFF – S4F3 #7

J’ai failli oublier de m’inscrire à cette nouvelle édition ! Je ne connaissais pas ce challenge pour les trois premières éditions mais j’ai participé en 2018 (13 lectures), en 2019 (2 lectures) et en 2020 (7 lectures) et voici donc la 7e édition du Summer Short Stories of SFFF soit S4F3 #7 qui dure du 21 juin au 21 septembre 2021.

Infos, logo et inscription chez Lutin82 (Albédo) avec formulaire pour déposer les liens.

Apparemment l’objectif est toujours de lire de la littérature de l’imaginaire c’est-à-dire science-fiction, fantastique, fantasy = SFFF (livres, anthologies, essais et recueils de nouvelles).

Mes lectures pour ce challenge

1. Le Chancellor : journal du passager J.-R. Kazallon de Jules Verne (Omnibus, 2001, France, 1875)

2. Maître Zacharius ou l’horloger qui avait perdu son âme de Jules Verne (Ouest France, 2000, France 1854)

3. Le silence de Don DeLillo (Actes Sud, 2021, États-Unis)

4. Wandering Souls (2 tomes) de Zelihan (H2T, 2020-2021, France)

5. Quand viendra la vague d’Alice Zeniter (L’Arche, 2019, France)

6. La cité du Soleil de Tommaso Campanella (1602, Italie)

7. Curiosity suivi de L’Agrandirox de Sophie Divry (Noir sur Blanc, 2021, France)

8.  Trinity, Trinity, Trinity d’Erika Kobayashi (Dalva, 2021, Japon)

Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler de Luis Sepúlveda

Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler de Luis Sepúlveda.

Métailié, collection Suites, mai 2012, 126 pages, 7 €, ISBN 978-2-86424-878-1. Historia de una gaviota y del gato que le enseñó a volar (1996) est traduit de l’espagnol (Chili) par Anne Marie Métailié.

Genres : littérature chilienne, novella.

Luis Sepúlveda naît le 4 octobre 1949 à Ovalle (Chili) mais grandit dans le quartier ouvrier de Santiago. Il pratique le football puis se lance en littérature. Étudiant, il soutient le gouvernement de Salvador Allende et il est emprisonné sous la dictature du général Augusto Pinochet en tant qu’opposant politique. Libéré, il est exilé en Suède mais va voyager en Amérique du sud (Équateur, Pérou, Colombie et Nicaragua) avant de s’installer en Europe (Allemagne puis Espagne). Militant à la Fédération internationale des droits de l’homme et à Greenpeace, il voyage régulièrement (Amérique du Sud, Afrique) et écrit (pour les adultes et pour la jeunesse). Il meurt le 16 avril 2020 à Oviedo (Espagne).

En mai 2017, j’avais lu L’Ouzbek muet et autres histoires clandestines, un recueil de très bonnes nouvelles, plutôt politiques, en poche. Après avoir lu Histoire d’une baleine blanche en février pour le Mois Amérique latine, j’avais très envie de relire encore cet auteur chilien. Je profite donc du Mois espagnol et sud américain.

Hambourg, Allemagne. Zorbas est un « chat grand noir et gros » (p. 17). La famille chez qui il vit depuis cinq ans part en vacances pour deux mois (un ami viendra le nourrir et nettoyer sa litière). « Deux mois pour se prélasser dans les fauteuils, sur les lits, ou sortir sur le balcon, grimper sur les toits, aller jusqu’aux branches du vieux marronnier et descendre le long de son tronc jusqu’à la cour, où il retrouvait les chats du quartier. Il n’allait pas s’ennuyer. Pas du tout. » (p. 22).

En plongeant pour attraper un hareng, Kengah, la mouette argentée, a été touchée par « la peste noire » (p. 23), c’est-à-dire une nappe de pétrole lâchée par un pétrolier qui nettoie illégalement son réservoir et, après maints efforts, s’étant arraché les plumes qu’elle n’arrivait pas à nettoyer, arrive à voler tant bien que mal. Elle atterrit sur le balcon où Zorbas prend le soleil. « C’était mon dernier vol, croassa la mouette d’une voix presque inaudible, et elle ferma les yeux. (p. 30). Avant de mourir, Kengah fait promettre à Zorbas trois choses : de ne pas manger l’œuf, de s’en occuper jusqu’à la naissance du poussin et de lui apprendre à voler. Zorbas promet et court chercher de l’aide mais Kengah a pondu l’œuf et a rendu l’âme.

Je dois vous dire que Sepúlveda est un géant, il m’arrache des larmes, saloperie de pétrole ! L’intensité dramatique augmente mais Sepúlveda fait de l’humour avec les chats Secrétario, Colonello et Jesaitout que Zorbas a consultés. Quand ils arrivent sur le balcon, c’est trop tard pour Kengah, mais les quatre chats découvrent « l’œuf blanc taché de bleu » (p. 51) et enterrent la mouette sous le marronnier. Le code d’honneur des chats du port dit que la promesse d’un chat est la promesse de tous les chats. Pendant vingt jours, les chats étudient et Zorbas tient chaud à l’œuf tout contre son ventre jusqu’à ce que la coquille se craquelle. « Maman ! Maman ! cria le poussin qui avait quitté son œuf. » (p. 65). Zorbas, Secrétario, Colonello et Jesaitout s’attellent à nourrir l’oisillon et, après que le chat de mar, Vent-debout ait certifié que c’était une oiselle, ils décident de l’appeler Afortunata car elle « a eu la chance, la fortune de tomber sous notre protection » (p. 84). Afortunada grandit bien mais les chats se demandent toujours comment lui apprendre à voler… « Si on suit les instructions techniques et si on respecte les lois de l’aérodynamique, on peut voler. N’oubliez pas que tout est dans l’encyclopédie, affirma Jesaitout. » (p. 100).

Aussitôt acheté, aussitôt lu et chroniqué. Quel roman magnifique, d’une grande poésie ! Il parle d’animaux, d’humains et de leur folie avec le pétrole (s’il n’y avait que ça !), d’écologie, d’amitié, d’honneur, d’entraide. Un si court roman, tellement émouvant, tendre et puissant, qui parle de tant de choses… Le courage de cette mouette, l’amour de ce chat, la persévérance de cet oisillon et l’amitié des autres chats, un pur bonheur. Ce livre est un trésor comme Histoire d’une baleine blanche, un message engagé que les humains ne doivent pas ignorer. Si je peux, je reverrai avec plaisir le film d’animation, La mouette et le chat, qui lui est Italien.

Je mets ce coup de cœur dans Challenge lecture 2021 (catégorie, 13, un livre dont le titre comprend le nom d’un animal, 3e billet), Jeunesse Young Adult #10, Littérature de l’imaginaire #9, Mois espagnol et sud américain, Petit Bac 2021 (catégorie Animal pour Mouette et Chat) et Projet Ombre 2021 (novella).

Au nord par une montagne, au sud par un lac, à l’ouest par des chemins, à l’est par un cours d’eau de László Krasznahorkai

Au nord par une montagne, au sud par un lac, à l’ouest par des chemins, à l’est par un cours d’eau de László Krasznahorkai.

Cambourakis, collection Irodalum, septembre 2010, 192 pages, 20,30 €, ISBN 978-2-91658-954-1. Északról hegy, Délről tó, Nyugatról utak, Keletről folyó (2003) est traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly. C’est l’édition que j’ai lue mais il est paru en poche : Actes sud Babel, n° 1466, mai 2017, 192 pages, 7,50 €, ISBN 978-2-330-07818-8.

Genres : littérature hongroise, roman sur le Japon, fantastique.

László Krasznahorkai naît le 5 janvier 1954 à Gyula (sud-est de la Hongrie). Il étudie le Latin, le Droit puis la Littérature (thèse sur Sándor Márai) et commence à écrire. Il est écrivain (nouvelles, romans, essais, scénarios) et reçoit plusieurs prix littéraires. Du même auteur : Tango de Satan (Gallimard, 2000), La mélancolie de la résistance (Gallimard, 2006), Guerre et guerre (Cambourakis, 2013), Seiobo est descendue sur Terre (Cambourakis, 2018) et Le dernier loup (Cambourakis, 2019). Si vous comprenez le hongrois, vous pouvez visiter son site officiel (en fait, je plaisante, son site est en anglais !).

Un homme sort de la gare et déambule dans Fukuine, un petit quartier du sud-est de Kyôto. C’est un matin ensoleillé mais « l’endroit était désert » (p. 10). Il longe un mur qui ne lui permet pas de voir de l’autre côté même si ça grimpe. « La porte ne se trouvait pas là où il l’avait imaginée, à peine eut-il le temps de s’en rendre compte qu’il se trouvait à l’intérieur, il était impossible de saisir comment on entrait, on y était, voilà tout […]. » (p. 14).

Cet homme est le petit-fils du prince Genji et il est en fait dans un immense monastère, sûrement Enryaku-ji sur le mont Hiei qui surplombe Kyôto (et pas le Kinkaku-ji, le Pavillon d’or, comme j’ai pu le voir dans deux ou trois billets, et qui n’est pas en montagne). « Il se dit en lui-même : que Bouddha, dans sa grande miséricorde, m’éclaire et m’oriente dans ma quête. » (p. 43). « Il se dit en lui-même : que Bouddha, dans sa grande miséricorde, me dise si cette quête a un sens. » (p. 44).

Une phrase qui explique le titre sans rien dévoiler du roman : le site de ce monastère « répondait pleinement aux quatre grandes prescriptions : être protégé au nord par une montagne, au sud par un lac, à l’ouest par des chemins, à l’est par un cours d’eau […]. » (p. 68-69).

Ce roman atypique est, en 50 chapitres, un labyrinthe comme le labyrinthe des ruelles de Kyôto avec ses petites maisons, sa végétation (magnolia, ginkgo…) et ses portes (Chûmon, Nandaimon…). Au fur et à mesure que le petit-fils du prince Genji avance dans le monastère, le lecteur découvre les bâtiments, la végétation, les œuvres en bois de hinoki… C’est que ce livre est construit sur le modèle de Cent beaux jardins, un livre illustré qui « était tombé par hasard entre ses mains, il l’avait feuilleté et fut immédiatement captivé […]. » (p. 108). Son jardin préféré est le centième et il rêve un jour de le voir en vrai. Mais le livre disparaît mystérieusement de la bibliothèque du prince !

Je me pose des questions. Le petit-fils du prince Genji a lu pour la première fois ce beau livre durant la dernière décennie de la période Tokugawa (1603-1868) donc entre 1860 et 1868. Et les jardins ont été cherchés mais « il était extrêmement difficile, voire impossible, d’identifier la ville, la localité, ou la région » (p. 109) alors « le petit-fils du prince décide de tout stopper » (p. 110) sous la dynastie Meiji (1868-1912). Un peu d’histoire ferroviaire : le premier train japonais relie Tôkyô à Yokohama en 1872 et la ligne pour Kyôto ne voit pas le jour avant 1877. Donc le lecteur peut imaginer que cette histoire se déroule dans la seconde moitié du XIXe siècle. Or, lorsqu’il attend son train à la gare de Keihan, le petit-fils du prince Genji observe « un employé des chemins de fer […] cloîtré dans son local de service, l’œil rivé sur le tableau signalétique électronique du trafic ferroviaire » (p. 20). Alors le petit-fils du prince Genji serait-il immortel jusqu’à ce qu’il retrouve son livre bien-aimé et qu’il voit son jardin préféré ? Ou serait-il un fantôme ?

J’avoue que je n’ai pas réellement accroché… D’habitude je ne suis pas hermétique aux textes japonais mais ici c’est un auteur hongrois (j’ai déjà lu de la littérature hongroise bien sûr mais je connais peu) et je ne sais pas quoi penser… Je suis certainement moins emballée que Rachel qui m’a fait découvrir ce titre et cet auteur en début de mois… C’est vrai que l’écriture est belle, toute en poésie et l’ambiance, les descriptions m’ont plu mais je n’ai pas percuté pour l’histoire du petit-fils du prince Genji… Peut-être que ce n’était pas le moment pour moi de lire ce roman… En tout cas, je peux saluer les connaissances de l’auteur sur le Japon, sur Kyôto en particulier.

En même temps que ce livre, j’ai emprunté Le dernier loup également paru chez Cambourakis mais plus récemment (2019), plus court (80 pages) et sur un autre thème et je le lirai parce que cet auteur hongrois m’intrigue tout de même !

En attendant, je place Au nord par une montagne… dans Un Mois au Japon et Hanami Book Challenge pour le menu Au temps des traditions et le sous-menu Le temps abandonné (ce roman est fait pour ce menu !) et aussi dans Challenge lecture 2021 (catégorie 38, un livre sur le thème du voyage, pour ce voyage à Kyôto, 3e billet), Littérature de l’imaginaire #9 (pour le côté fantastique), Petit Bac 2021 (catégorie Lieu pour nord, sud, ouest, est) et Voisins Voisines 2021 (Hongrie).