Le Jeudi Poésie avec Asphodèle #1

jeudipoesie-presentationAbandonné depuis le mois de mai, le Jeudi Poésie revient depuis octobre chez Asphodèle et je me rends compte que je n’ai pas participé à des ateliers d’écriture depuis… longtemps ! Et que ça me manque d’écrire ! Alors, le jeudi sur mon blog, c’est plutôt musée – avec Le jeudi, c’est musée – mais je n’arrive pas à m’y tenir toutes les semaines… Pourtant j’ai la matière ! Donc je me dis pourquoi pas poésie de temps en temps ?

Il existe deux jolis logos. Le premier est un oiseau couronné (d’Ana Rosa) à utiliser pour les participants qui veulent présenter un poème ou un(e) poète. Le deuxième, explicite, représente des crayons en bois pour ceux qui participent en écrivant un poème. Je pense que je participerai tantôt à l’un tantôt à l’autre, et pourquoi pas aux deux avec un poème ou un poète qui m’aurait inspirée mon propre poème. En tout cas, je suis plus dans le poème court (genre haïku), j’espère que ça ne vous dérange pas.

jeudipoesie-participationPour ma première participation au Jeudi Poésie, je présente un poème d’Oscar Wilde car je suis un mooc Oscar Wilde, écrivain et penseur du langage. Et je choisis Le jardin des Tuileries car le professeur du mooc a bien insisté sur la francophilie et l’amour de la France de l’auteur irlandais. J’espère que vous l’apprécierez car je trouve ce poème rafraîchissant, joyeux, et à l’approche de l’hiver, beaucoup d’entre vous rêvent peut-être de fleurs printanières !

Le jardin des Tuileries (poème extrait de La maison de la courtisane, 1919)

Cet air d’hiver est vif et froid, et vif et froid est ce soleil d’hiver, mais autour de ma chaise, les enfants courent : on dirait de menues choses en or qui dansent.

Parfois aux abords du kiosque bariolé, des soldats en miniature se promènent fièrement, allongent le pas. Parfois ce sont des brigands aux yeux bleus qui se cachent dans les fourrés dépouillés des massifs.

Et d’autres fois, pendant que la vieille bonne s’absorbe dans son volume, ils se risquent à traverser le square, et lancent leurs flottilles de papier parmi les gros tritons de bronze verdi qui se contorsionnent.

Puis ils font semblant de fuir en un vol rapide, et puis ils se lancent, bande turbulente, et s’aidant de leurs petites mains tour à tour, ils grimpent à l’arbre noir, effeuillé.

Ah ! cruel arbre, si j’étais vous, et si des enfants grimpaient sur moi, rien que pour eux, je ferais jaillir de tout mon corps, en dépit de l’hiver, des fleurs printanières, des blanches, des bleues.

Source : Paris Info (cliquez sur la photo)

En coup de vent… /23

ExploitsQuickFlupke1Dernier jour du mois d’avril et je me rends compte que je n’ai pas honoré certains challenges… Pour ma défense, j’étais alitée – à cause de mon dos – pendant une grosse partie du mois et je n’arrivais pas bien à me concentrer pour lire ou faire quoi que ce soit… Mais j’ai un peu lu quand même ! Alors rapidement :

Pour le mois belge, j’ai lu Les exploits de Quick & Flupke (ça se prononce comment exactement ?) de Hergé, une intégrale parue chez Casterman en novembre 2007 dans une édition en noir en blanc (deux recueils de 120 pages et 144 pages). ExploitsQuickFlupke2Quick et Flupke sont des garnements pas méchants qui veulent bien faire (la plupart du temps) mais ils n’ont pas de chance et… ils sont quand même un peu bêtes ! Mes « exploits » préférés sont Politesse pages 80-81 du premier recueil et L’oiseau rare page 57 du deuxième recueil. Hergé apparaît de temps en temps et il y a de nombreux clins d’œil : j’en ai sûrement raté mais j’ai aperçu l’album Tintin en Amérique, ainsi qu’un chien qui ressemble à Milou et des policiers qui ressemblent aux Dupondt. C’est amusant mais c’est vraiment d’une autre époque ! Imaginez : les gags de ces deux recueils étaient publiés dans le journal Le Petit Vingtième entre 1930 et 1935.

DesertsAmourRimbaudPour le challenge Classiques, j’ai relu des poèmes de Rimbaud (1854-1891) et je voudrais simplement attirer votre attention sur les poèmes en prose comme Les déserts de l’amour (fragments) dans lesquels le poète se souvient de son enfance et de son besoin d’amour. Et puis il y a aussi ce court poème en prose, Ouvriers, dans lequel l’auteur raconte avec simplicité l’histoire d’un couple qui ne gagne pas bien sa vie et qui veut quitter son pays en quête d’un monde meilleur : toujours d’actualité, n’est-ce pas ?

OhLaVacheDuchovnyPour le challenge Un genre par mois, le genre choisi par Iluze pour avril est fantasy ou aventure et j’ai lu Oh la vache ! de David Duchovny paru aux éditions Grasset en janvier 2016. Une aventure amusante – mais qui fait réfléchir – avec des jeux de mots, des animaux, un poil de religion et de fantastique ! Ma note de lecture sera en ligne tout bientôt, d’accord ?Bougie1an

Voilà, je vous souhaite un bon weekend et demain le blog fêtera sa première année !

L’ombre du vide de Park Ynhui

OmbreVide-ParkYnhuiL’ombre du vide de Park Ynhui.

L’atelier des cahiers [lien], collection Littératures, décembre 2012, 174 pages, 10 €, ISBN 979-10-91555-06-7. Poèmes traduits du coréen par Benjamin Joineau et traduction revue par l’auteur.

Genres : littérature coréenne, poésie.

Park Ynhui 박인희 (de son nom de plume Park Yeemun 박이문) naît le 26 février 1930 en Corée (au sud). Il étudie la littérature française à l’Université de Séoul et, après un voyage de dix mois en France (1957-1958) qui le ravit, il décide d’étudier la littérature à la Sorbonne (1961-1965). Puis il étudie à la Southern California University (États-Unis) et devient – à l’âge de 23 ans – professeur à Boston d’abord puis au Japon et en Allemagne ensuite. En 1993, il retourne en Corée où il est professeur, philosophe, essayiste et poète.

OmbreVide1L’ombre du vide 공백의 그림자 (Gongbaek-eui geurimja) est une anthologie de poèmes parus à Séoul dans quatre recueils entre 1979 et 1989. Ces poèmes sont illustrés avec finesse par Alain Bert. Pour Park Ynhui, tout est prétexte à écrire de la poésie : les saisons, un souvenir, un voyage, quelque chose d’aperçu, un chien, la nature… L’auteur développe ainsi de nombreux thèmes parmi lesquels la neige, l’ombre, le vide qui reviennent régulièrement mais aussi la guerre et la paix, la liberté, la pensée, la langue et le sens des mots, l’ordre et le désordre, la spiritualité, l’amour, les êtres vivants, l’animalité (la bestialité) des humains, la mort… Et derrière tous ces thèmes, dans tous ces poèmes, on devine à la fois le poète et le philosophe.

Pour chaque recueil, j’ai choisi un poème. Pour les trois premiers recueils, le choix s’est porté tout naturellement sur un des poèmes. Recueil 1 : La rivière Charles sous la neige (1979) = poème 7. Entre les langues (p. 22). Recueil 2 : Le rêve du papillon (1981) = poème 16. Boîte aux lettres vide (p. 39). Recueil 3 : L’ombre des choses invisibles (1987) = poème 40. Stèle (p. 81).

OmbreVide-ParkYnhui-1

Vous pouvez voir cette image en taille réelle en l’ouvrant dans un autre onglet.

Pour le recueil 4 : Échos du vide (1989), j’ai hésité entre trois ! Poème 64. L’oiseau de la montagne et la stèle (p. 116), poème 65. Là-bas (p. 117) et poème 69. Les étoiles du langage (p. 121).

OmbreVide-ParkYnhui-2

Vous pouvez voir cette image en taille réelle en l’ouvrant dans un autre onglet.

Certains poèmes sont très émouvants, comme ceux pages 90-91-96-97-103-104-106, dans lesquels l’auteur décrit des cimetières, des stèles : que reste-t-il de l’Histoire ? Des grands hommes, des poètes ? De ceux qu’on a aimé (il parle de sa mère) ? Des ruines… Mais aussi des textes, des pensées, des idées !

OmbreVide2Dans la postface, N’écoutez pas la voix d’un cochon, un texte en trois parties (L’interrogation, Un cochon, L’homme) écrit peu avant son départ de Paris pour les États-Unis et publié dans la Nouvelle revue française en 1967, l’auteur se livre encore plus et partage ses interrogations sur la civilisation, sur l’existence. « Je crie dans le silence : quoi faire, que faire, et pourquoi faire ? » (p. 140). L’auteur, tout juste diplômé et jeune philosophe déraciné, se questionne sur l’avilissement de l’espèce humaine, sur sa recherche avide de savoir et de connaissance : « la lumière de l’esprit, la puissance de la pensée et du savoir, cette joie d’illumination de voir clair en tout. » (p. 144). Cette extraordinaire volonté de connaître et de comprendre l’esprit occidental, la raison occidentale, est touchante : un jeune Coréen curieux de tout, assoiffé d’apprendre, en admiration devant « la puissance concrétisée de Paris » (p. 148) qui, pour lui, symbolise l’histoire, l’architecture, la littérature, la pensée et la philosophie venues des « Anciens » (les philosophes grecs et romains). Mais, finalement, la pensée occidentale qu’il a apprise : « elle est une expérience vécue » (p. 152) et la pensée coréenne qui vit en lui : « un grain de raison qui s’allume, s’éclaire dans la tête, dans mon âme » (p. 169) se complètent dans un esprit de composition et d’analyse totalement novateur et enrichissant qui emplit le lecteur qu’il soit Coréen ou Occidental.

« […] je ne suis qu’un imbécile, qu’un sale cochon ! Et justement puisqu’il faut mourir, il faut coûte que coûte vivre jusqu’au bout. » (p. 159). Alors vivons, étudions, lisons, pensons… !CoreeLogo7

Une note de lecture pour le Challenge coréen. Et merci à Benjamin et à L’atelier des cahiers. Ce livre – qui est arrivé de Séoul – est destiné à voyager chez les autres participants du challenge. J’en parle en fin de semaine.

Le diamant fou de Federico García Lorca

DiamantFouLe diamant fou de Federico García Lorca – Traduit de l’espagnol par André Belamich, Claude Couffon et Bernard Sesé – Illustré par Séverine Assous.

Éditions Michalon [lien], collection Album Tatou, octobre 2006, 43 pages, 15 €, ISBN 978-2-84186-329-7.

Genre : Poésie

C’est pour le Mois espagnol de Sharon que j’ai lu ces poèmes de Federico García Lorca. Cet auteur espagnol, né le 5 juin 1898, a été exécuté le 17 août 1936. Il jouait du piano, il chantait, il peignait, il écrivait, il avait voyagé à New York et à Cuba, il était engagé. Il était ami avec Salvador Dalí qui disait de lui qu’il était un diamant fou. Très belle biographie de García Lorca écrite par Héliane Bernard (p. 40 à 42) et un hommage (p. 2).

Les 18 poèmes présentés dans cet album illustré par Séverine Assous ont été écrits entre 1920 et 1936. Ils racontent la vie, les femmes, l’amour, la musique, New York et Cuba. Ce recueil est bien plus agréable à lire qu’un recueil habituel, académique. Les illustrations en double page sont intenses et colorées, elles entourent bien les poèmes. J’ai en fait découvert Federico García Lorca que je n’avais jamais lu et c’est une belle surprise !

MoisEspagnolMai2015-3Mon poème préféré est Suite (1923).

« Toute chanson

est une eau dormante

de l’amour.

Tout astre brillant

une eau dormante

du temps.

Un nœud

du temps.

Et tout soupir

Une eau dormante

du cri. »

Le philtre des nuages de Radu Bata

[Article archivé]

Le philtre des nuages est un recueil de poésies de Radu Bata paru aux éditions Galimatias dans la collection Gris en mai 2014 (111 pages, 15 €, ISBN 978-2-9539077-1-1).

Je remercie Babelio et les éditions Galimatias car j’ai reçu ce livre dans le cadre d’une opération Masse critique.

Radu Bata est journaliste, auteur et il a été professeur de français en Roumanie (jusqu’en 1990). Du même auteur : Mine de petits riens sur un lit à baldaquin également paru aux éditions Galimatias. Ainsi que Fausse couche d’ozone et Le rêve d’étain, sous pseudonymes (Ion Aretia B. pour le premier livre et Batu Batuturesco pour le deuxième) aux éditions ProMots. Sa page Facebook : https://www.facebook.com/thomas.man.9.

La couverture est de Gwen Keraval : c’est superbe, non ? J’aime beaucoup l’univers de cet illustrateur (né à Paris en 1976 et Lyonnais d’adoption). Son site : http://www.gwenkeraval.com/.

Le philtre des nuages et autres ivresses est un recueil de 104 « poésettes », la poésette étant « un poème sans prise de tête ». L’auteur y parle avec dérision du monde, de la vie, de l’amour, de Dieu, des saisons, des réseaux sociaux, des relations entre les gens… Il aime les métaphores, les nuages et les astres. Ses poésettes originales et décalées sont courtes (quatre vers) ou plus longues (deux pages) mais, dans tous les cas, on sent que l’auteur s’amuse ; son humour est parfois absurde, et pas seulement lorsqu’il cite des personnalités roumaines (littéraires, sportives).

« derrière les mots il y a un mystère / prêt à aveugler la lumière / parfois il suffit de se pencher / pour en saisir l’abyssal secret » (extrait de Le silence des mots, p. 40).

Radu Bata est inspiré, inventif, il joue avec les mots et il aime le silence alors chut… Lisons simplement ses poésettes !

« pour avoir longtemps appris / à parler avec les gens / j’enseigne / aujourd’hui / le silence » (Devoir de reconnaissance, p. 36).

J’ai passé un bon moment de lecture mais j’avoue que parfois, le poète étant dans son monde, je n’ai pas tout compris… Une relecture s’imposera donc mais en attendant, voici trois extraits qui m’ont particulièrement plu.

Premier extrait (Je d’ombres, p. 76) : « je est un refuge / un subterfuge / un transfuge / mais surtout / je est une fuite en avant / un alter ego / parti prendre le pouls / de la nature / un usurpateur d’existence »

Deuxième extrait (Exercice pour exorciser le dimanche, p. 91) : « j’ai photographié la pluie / et la journée / est passée / entre les gouttes »

Troisième extrait (Dans un monde où les paroles sont dans la fosse aux ours je voudrais faire professeur, p. 108-109) : « dans cette existence / j’ai été volontaire / pour faire soigneur de mots / […] / il est sans fin / ce travail de soigneur / il me prend le jour la nuit / de toutes les saisons / car les mots / sont souvent blessés / par les gens / qui n’aiment pas / le dictionnaire / ils sont souvent jetés / dans le fossé / par les gens / qui ne parlent / que le langage des chiffres / […] / alors le monde / s’il est bon élève / pourrait s’envoler / vers une galaxie / moins égocentrique »

Alors, que pensez-vous de ces extraits ? D’autres extraits dans la revue Levure littéraire.

Une lecture pour les challenges Littérature francophone (comme Cioran et Ionesco en leur temps, Radu Bata écrit en français), Le mélange des genres (recueil de poésie), Tour du monde en 8 ans, L’Union européenne en 28 livres et Voisins voisines (Roumanie).