Les liens du sang d’Errol Henrot

Les liens du sang d’Errol Henrot.

Le Dilettante, août 2017, 192 pages, 16,50 €, ISBN 978-2-84263-916-7.

Genre : premier roman.

Errol Henrot naît en 1982. Il grandit au milieu des animaux et découvre « à quoi servaient ces curieux bâtiments à l’entrée de la ville, d’où sortaient des cris et des odeurs épouvantables. »

« La nature jouissait d’elle-même. Mais à l’autre bout de la ville, l’abattoir n’accordait aucune place à la rêverie. […] Les cris, les odeurs, les couleurs froides et contraintes, tout, dans ce tourbillon blême, avait pour dessein l’étouffement, la répression du mouvement. » (p. 12). Après le lycée, François choisit de ne pas faire d’études scientifiques et reste chez ses parents. C’est donc tout naturellement que son père le fait entrer à l’abattoir où il travaille depuis bientôt 40 ans. « Soit il quittait le foyer, soit il obéissait aux règles et assumait la décision de son père : exercer le même métier que lui. […] Puisqu’il vivait sans durée, il ne chercha pas la confrontation. » (p. 24-25). François a toujours été triste et s’est réfugié dans les livres. C’est donc avec des animaux blessés, terrorisés, au milieu du sang chaud, des excréments, des cris que va se faire sa vie, dans une totale déshumanisation. Il va devenir tueur, comme son père. « Les ouvriers de l’abattoir assimilaient toute la cruauté, et plongeaient dans le feu. Tout était possible dans un tel microcosme. » (p. 41). Et même si des éleveurs prennent soin de leurs animaux comme Robert avec ses cochons, François a bien compris que ça n’empêche pas les bêtes de finir à l’abattoir… « François s’était fait une promesse. […] Il ne participerait plus au monde. Pas d’humiliation, pas de blessures à infliger à l’autre, pas de déceptions. » (p. 64). Mais un jour, Angelica, sa copine, fait tout un discours à table alors que le sujet est tabou chez les parents de François. « […] On croit sentir encore la bête trembler. J’ai le sentiment qu’elle n’a pas fini de mourir. […] C’est pour cela que je ne tue pas mes animaux. La chair a de la mémoire. Elle continue de murmurer longtemps après la mort. Le temps n’a pas passé. Elle se souvient d’avoir hurlé. Hurlé à la mort. » (p. 87).

Quand j’ai reçu ce livre, dans le cadre des 68 premières fois 2017 – session d’automne, je vous en ai parlé ici. Le thème, difficile pour moi qui ne mange pratiquement plus de viande depuis des années (et encore de moins en moins), me… m’interloquait et j’ai carrément mis de côté mes deux lectures du weekend pour me plonger dans ce roman. C’était peut-être aussi pour le lire rapidement et… m’en débarrasser au plus vite, je ne sais pas trop. En tout cas, j’ai un jour préféré savoir et j’ai agi dans mon alimentation en toute connaissance de cause. Mais j’ai dû faire plusieurs arrêts tant ma lecture était empêchée, mes yeux et mes nerfs étant mis à rude épreuve…

Les liens du sang, c’est l’histoire d’une famille, ouvrière, pauvre, ne sachant pas comment communiquer (François a une sœur aînée partie depuis longtemps mais qui ne se gêne pas pour lui faire la morale), vivant presque dans l’indifférence les uns des autres, sans affection, sans haine, sans heurts. François est fragile, un peu lâche (c’est lui qui le dit), rêveur, il a été dépossédé de sa vie… Mais, après la mort du père, le travail devient dégoût et horreur quotidienne pour François d’autant plus quand il est témoin de la brutalité de ses collègues, que le directeur ne veut rien (sa)voir, que le rendement est infernal et que le directeur fait augmenter la cadence… Il en est de même pour la lecture, c’est violent, insoutenable, du moins ce qui se passe dans les abattoirs est insoutenable, je n’ose dire inhumain car cette façon de (mal)traiter les animaux est tellement humaine (et quand on voit les chiffres d’abattage, c’est… immonde !). Quant au roman, lui, il est très littéraire, profond, intense, réaliste, brutal, engagé et c’est ça aussi qui fait cette violence, cette fureur, cette envie de vomir, de tout casser, de fuir ! Et puis, il emmène le lecteur vers une secousse, un déclic, une issue poétique. Vous ne regarderez plus votre morceau de viande de la même façon.

$^^^^^^^^^^^^^^^^^ : ça, c’est un message écrit par le matou, et il a raison, le petit trésor, tout ça, ce n’est que pour gagner de l’argent sur la peau d’animaux qui sont devenus esclaves…

Un auteur à suivre, avec son écriture à la fois brutale et poétique, je me demande bien quel sujet il abordera dans son deuxième roman.

Si ce thème vous intéresse, il y a L’été des charognes de Simon Johannin chez Allia (premier roman d’un tout jeune auteur) et Règne animal de Jean-Baptiste Del Amo chez Gallimard (Prix Livre Inter 2017), deux romans qui sont dans ma wishlist.

Une lecture pour les challenges 1 % rentrée littéraire 2017 et Défi Premier roman 2017. Je le mets aussi dans le Pumpkin Autumn Challenge dans le Menu 1 – L’automne frissonnant dans la catégorie Hurlons dans les bois : lire un livre angoisse, horreur ou thriller car, si ce roman n’est pas un roman d’horreur dans le sens classique du terme, il entre bien pour moi dans ce thème horreur et il est bien angoissant.

L’Étal de boucherie – Pieter Aertsen (1551)

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Throwback Thursday livresque #46

Nouvelle participation pour le Throwback Thursday livresque de Bettie Rose, avec de nouveau un chouette logo.

Le thème de ce jeudi 31 août est « Du bruit pour rien (un livre que tout le monde a aimé mais pas moi) ». Il est difficile de dire que tout le monde a aimé car, comme on le sait, rien ne peut plaire à tout le monde et il y en a toujours quelques-uns – voire plusieurs – à ne pas aimer et à le dire, et c’est tant mieux, ça fait avancer le Schmil… bon sang comment ça s’écrit ? Le Schmilblick !

Récemment, j’ai lu deux premiers romans de la rentrée littéraire (du début d’année) dans le cadre des 68 premières fois – 2017 et ces romans ont bien plu à plusieurs des participants mais pas à moi… À tel point que j’ai du mal à rédiger mes notes de lectures… Que finalement je vous livre ici !

De la bombe de Clarisse Gorokhoff paru chez Gallimard, collection Blanche, en mai 2017 (272 pages, ISBN 978-2-07272-385-8).

Ophélie, une Française de 25 ans qui vit en Turquie, dépose une bombe à l’Hôtel Four Seasons Bosphorus. « Le monde sera une donnée inconnue, un horizon frémissant. » (p. 11). Une bombe artisanale fabriquée par son amie, Derya, une jeune femme kurde dont le frère a été arrêté par la police turque. « Je vais me coucher sans somnifère, on verra bien dans quel monde je me réveillerai. » (p. 57). Ce roman, c’est de la bombe à ce que j’ai pu lire sur des blogs et sur FB… Ah bon ?! Je dirais que c’est un roman insipide, sans queue ni tête, qui se termine en road movie invraisemblable avec le cadavre de l’homme qu’elle a aimé dans la voiture… Qu’a voulu (dé)montrer l’auteur ? Parce que là, la morale de ce récit est que, en Turquie, il est possible de tout faire sans être ennuyé par la police, ou si peu, il reste toujours la fuite ! En plus il y a une histoire incompréhensible avec un bébé mouette et un chat (p. 229-231) : laissons la mouette et le chat à Luis Sepúlveda, s’il vous plaît ! Un roman qui m’a profondément ennuyée, que je me suis forcée à lire jusqu’au bout malgré ses presque 300 pages et que je ne conseille pas du tout : si vous êtes intéressés par la Turquie, lisez plutôt de la littérature turque !

Le cœur à l’aiguille de Claire Gondor paru chez Buchet-Chastel, collection Qui vive, en mai 2017 (96 pages, 10 €, ISBN 978-2-283-03054-7).

Leïla coud sa robe de mariage, une robe constituée des lettres de son fiancé, Dan, « parti au loin ». « Concentrée sur son ouvrage, les yeux rivés sur la pointe de l’aiguille, Leïla s’apaisait enfin. Ses pensées cessaient de s’éparpiller à tous vents. Aiguille, fil, papier, il suffisait de se laisser bercer par la cadence de ses gestes vifs. « (p 13). « Cinquante-six carrés blancs éparpillés sur le guéridon. Cinquante-six bouts de papier barrés de quelques signes. Cinquante-six lettres, à peine, plutôt des haïkus de lettres : une phrase ou deux, une signature, un baiser – les lettres de Dan, plus précieuses que tout. » (p. 19). « La boîte à chaussures qui avait contenu toutes les lettres de Dan se vidait lentement. » (p. 34). Oui, ben, la lecture n’avance pas non plus… ! Que c’est lent, que c’est barbant, heureusement qu’il y a peu de pages ! À chaque lettre, un souvenir, une sensation, une odeur, la fête foraine, l’enfance, leur rencontre, une histoire du pays que sa tante Fawzia racontait (ah oui, Leïla vit en France mais sa famille est originaire d’Afghanistan) avec le thé noir, « amer et rugueux » (p. 58). Ça aurait pu être beau, mais non… « De coudre le chagrin. » (p. 43). C’est moi qui suit chagrin avec ce roman, si pauvre, que beaucoup de lecteurs ont qualifié de sensible, émouvant, délicat, merveilleux, en veux-tu en voilà ! L’auteur donne plein de petits détails inutiles et ne dit rien en fait, elle reste muette sur tellement de choses… Dan est-il un militaire parti se faire tuer dans un pays en guerre ? A-t-il rejoint le camp islamiste pour s’aligner sur la religion d’origine de sa fiancée et ne jamais revenir ? Un livre qui ne dit rien n’apporte rien ; je suis donc passée complètement à côté de la délicatesse présumée de ce roman cousu de fil blanc !

Bien que non appréciés, ces romans vont quand même dans les 68 premières fois – 2017 et le challenge Défi Premier roman.

La tresse de Lætitia Colombani

La tresse de Lætitia Colombani.

Grasset, mai 2017, 224 pages, 18 €, ISBN 978-2-24681-388-0.

Genre : premier roman.

Lætitia Colombani naît en 1976 à Bordeaux. Elle travaille dans le monde du cinéma (actrice, réalisatrice) et La tresse est son premier roman.

« Tresse n.f. Assemblage de trois mèches, de trois brins entrelacés. » (p. 9).

Smita vit dans le village de Badlapur dans l’Uttar Pradesh en Inde. Elle ramasse les excréments dans les maisons des Jatts. C’est une Dalit, une Intouchable, mais elle est fière car, aujourd’hui, Lalita, sa fille de 6 ans, va entrer à l’école alors qu’elle n’y a jamais été. « Ma fille saura lire et écrire, se dit-elle, et cette pensée la réjouit. » (p. 20).

Giulia, 20 ans, vit à Palerme en Sicile en Italie. Elle travaille à l’atelier Lanfredi fondé par son arrière-grand-père en 1926, un atelier de cascatura, « cette coutume sicilienne ancestrale qui consiste à garder les cheveux qui tombent ou que l’on coupe, pour en faire des postiches ou des perruques. » (p. 26).

Sarah, 40 ans, vit à Montréal au Canada. Divorcée deux fois, elle élève Hannah, collégienne, Simon et Ethan, des jumeaux ; elle est une avocate réputée de Johnson & Lockwood. « S’il y a une majorité de femmes parmi les collaboratrices, Sarah est la première à avoir été promue associée, dans ce cabinet réputé machiste. » (p. 33).

Malgré l’adversité, Smita, Giulia et Sarah semblent heureuses, mais…

Ces trois femmes, qui vivent sur trois continents différents, ne se connaissent pas, ne se rencontreront jamais, mais un lien les unit, vous l’avez compris : les cheveux ! C’est avec un grand plaisir que j’ai découvert comment Lætitia Colombani tresse ce roman, clair, vif, émouvant, humain, féminin. À ces trois femmes se rajoute une ouvrière de l’atelier de cheveux, puisque ses poèmes sont intercalés entre les groupes de chapitres consacrés à Smita, Giulia et Sarah, une inconnue, une petite main, mais elle est indispensable. « Je ne suis qu’un lien, un trait d’union dérisoire. » (p. 222). Peut-être que nous sommes tous des liens, des traits d’union dérisoires, mais indispensables, aux uns et aux autres, au bon fonctionnement de ce monde, même dans une toute petite sphère. Un petit point négatif dans ce roman : les rapprochements avec les tours jumelles du World Trade Center (p. 55) et le Costa Concordia (p. 124), c’est un peu limite… Mais quand même coup de cœur pour La tresse, un beau roman sur la vie, la soif de liberté, l’adversité et l’espoir.

Je remercie Sophie Merlieux de me l’avoir envoyé dans le cadre des 68 premières fois 2017 et je le mets dans les challenges Défi Premier roman 2017 et Rentrée littéraire janvier 2017.

Une vidéo de « June rencontre Lætitia Colombani autour de son premier roman La tresse » : https://vimeo.com/221588073.

Maestro de Cécile Balavoine

Maestro de Cécile Balavoine.

Mercure de France, avril 2017, 224 pages, 17,80 €, ISBN 978-2-71524-544-0.

Genre : premier roman.

Cécile Balavoine, docteur en littérature française et titulaire d’une maîtrise d’allemand, est professeur de littérature (elle a enseigné dans deux universités aux États-Unis, Columbia et New York), et journaliste pour plusieurs magazines (culture ou voyage). Elle écrit aussi pour non.fiction.fr (musique et littérature). Maestro est son premier roman mais elle a déjà écrit pour les anthologies Le goût de Salzbourg (2016) et Le goût du piano (2017).

C’est l’été et Cécile est avec ses parents au Château d’Azay le Rideau. Sa mère lui annonce qu’un bébé va naître. Cécile ne veut pas, elle a 8 ans. « J’ai de la peine. Veineuse, tendue, rouge et gonflée comme le cou d’un enfant en colère. Ce jour-là, je veux que nous restions trois. » (p. 14). L’été suivant, Cécile a une petite sœur, ses parents sont épuisés ; elle découvre le piano et Mozart et va se concentrer sur la musique. « Wolfgang Amadeus Mozart. Ce nom-là, je le répète dans ma tête, ça ne fait plus qu’un seul et très long mot, dur à dire […] Volfgangamadéoussemozare, Volfgangamadéoussemozare, c’est le nom d’un génie, d’un envoyé des dieux, un nom d’enfant prodige. » (p. 15).

La passion de Cécile, la musique et Mozart mais elle a quand même du mal à trouver sa voie. Chanteuse lyrique ? Pianiste ? Chef d’orchestre ? « Moi, j’arrête pas d’aimer Mozart. J’habite un autre monde que je colmate de l’intérieur mais qui parfois s’échappe. J’ai honte. Je ne sais pas comment faire autrement. » (p. 99). Cécile devient journaliste ; elle voyage beaucoup mais, même si son sort peut paraître enviable, elle n’est pas heureuse. « Il m’avait fallu tracer un nouveau chemin. Un chemin sans musique. » (p. 158).

Cécile est adulte, elle a 40 ans, et sa vie va changer après une interview téléphonique (qui dure deux heures au lieu de la demie-heure prévue) avec un maestro chef d’orchestre. L’histoire s’enchaîne, sa meilleure amie, Lise, ses souvenirs d’enfance, ses parents, sa petite sœur, son adolescence, Salzbourg et la maison natale de Mozart. « J’ai joué sur le piano de Mozart ! » (p. 38). Paris, New York, son ami photographe, Tristam, l’Italie…. « Je me suis mise à voyager. […] Une autre vie s’est inventée. Une vie d’hôtels, d’avions et d’interviews. Je rencontrais des architectes, des femmes d’affaires, des cuisiniers, des diplomates, des chorégraphes, des peintres. Des musiciens aussi. » (p. 160-161).

Je n’ai pas été émue par le destin de cette « pauvre petite fille riche »… Il y a de bons passages mais j’ai trouvé ce roman… laborieux et insipide… L’auteur insiste trop sur certains points, elle donne une vie (à part la vie sentimentale) trop parfaite à Cécile… Ça ne m’a pas touchée, ça ne m’a pas embarquée même si j’ai appris deux ou trois choses sur Salzbourg et Mozart : j’ai senti la passion de l’auteur pour la musique mais ce n’est pas suffisant pour en faire un roman agréable… D’ailleurs j’ai eu du mal à écrire ma note de lecture (les critiques sont tellement élogieuses) mais comme je l’ai lu dans le cadre des 68 premières fois 2017, je ne pouvais pas le zapper et j’ai l’impression d’être la seule à ne pas l’avoir apprécié mais ce n’est pas grave…

Je le mets dans les challenges Défi Premier roman 2017 et Rentrée littéraire janvier 2017.

La plume de Virginie Roels

La plume de Virginie Roels.

Stock, collection La Bleue, mars 2017, 320 pages, 20 €, ISBN 978-2-23408-261-8.

Genre : premier roman.

Virginie Roels était journaliste d’investigation pour la télévision et la presse écrite ; elle est directrice de publication du mensuel « plus féminin du cerveau que du capiton » Causette. La plume est son premier roman.

Début mai, entre-deux tour de la présidentielle. Jean Debanel, président de la République est au coude à coude avec Yves Cranchon, « adversaire coriace et colérique » (p. 16). « Calme, serein et rassurant, répète-t-il face au miroir. » (p. 17). Mais lors du débat, devant des millions de téléspectateurs, Debanel perd pied en voyant dans le public un étudiant de Nanterre. « Assis au deuxième rang, le visage inexpressif, vide, fou, Julien Le Dantec. » (p. 19). Qui est cet étudiant et pourquoi fait-il peur au président sortant ? Et qui a remarqué cela à part Chrystelle Knox, une jeune journaliste en devenir ?

Extrait d’un discours. « […] j’ai entendu vos cris, j’ai vu la détresse, j’ai compris la colère […] de vous je suis fier, fier d’être là où l’on rêve. […] qui êtes-vous, que criez-vous ? […] Tous les jeunes libres, rêveurs, où qu’ils vivent sont des citoyens de la République. […] Je ne vous promettrai pas de jours meilleurs, ni même la réussite, mais je vous promets d’être là. » (p. 90).

« Devenir la plume du président, dignement, c’est tout ce qu’il voulait. » (David Joli, p. 122).

« J’ai du mal à le cerner. Tantôt il joue les porte-parole de l’islam radical, tantôt il se montre aux côtés des militaires, c’est vague, mais oui, pour te répondre, mieux vaut jouer profil bas, le temps de signer en tout cas. » (p. 177).

Qui eut cru que j’aimerais autant un roman politique ?! Virginie Roels, en pleine période électorale, dévoile avec justesse et humour les dessous de la politique (française) et de sa communication, et y mêle une pointe de terrorisme (au Maroc), de drogue et de pédophilie mais il faut des preuves, toujours, quand on vous laisse en vie pour les trouver ! « […] sans une divine intuition, mon enquête resterait ce qu’elle était depuis le début : les divagations stériles d’une pigiste en mal de reconnaissance. » (p. 272). Ou comment mêler réalité et fiction avec un talent indéniable. La plume est donc un roman de « politique fiction » bien construit, « audacieux » dit l’éditeur, en tout cas passionnant, n’ayez crainte pas rébarbatif du tout (il se lit comme une enquête), et qui fait quand même un peu froid dans le dos (même si on n’est pas des quiches, on sait que la grande majorité des politiques sont pourris !). Je l’ai lu d’une traite tellement j’avais hâte de… savoir ! Et je vous le recommande même si les élections sont terminées !

Lu dans le cadre des 68 premières fois 2017, je le mets dans les challenges Défi Premier roman 2017 et Rentrée littéraire janvier 2017.

Marx et la poupée de Maryam Madjidi

Marx et la poupée de Maryam Madjidi.

Le Nouvel Attila, collection Incipit, janvier 2017, 208 pages, 18 €, ISBN 978-2-37100-043-8.

Genres : premier roman, littérature franco-iranienne.

Maryam Madjidi, née en 1980 à Téhéran, quitte l’Iran en 1986 et s’installe à Paris avec ses parents. Elle étudie les Lettres à la Sorbonne et son mémoire de maîtrise en littérature comparée porte sur deux auteurs iraniens, Omar Khayyâm (poète) et Sadegh Hedayat (romancier). Elle est professeur de français ; Marx et la poupée est son premier roman, largement autobiographique.

1980, université de Téhéran. La jeune femme de 20 ans est enceinte de 7 mois mais elle doit fuir car dans l’université, il y a des hommes avec des bâtons cloutés qui frappent les étudiants. Ils insultent aussi, ils violent, ils tuent… Ils hurlent, ils déchirent les livres… Comme elle ne trouve pas la sortie, la jeune femme saute du deuxième étage. « Elle saute et je tombe. » (p. 14). « Je témoignerai de ce que mes yeux ont vu. […] Ce bébé témoignera aussi à son tour, je le sais. » (p. 16). « Je voudrais passer ma vie à récolter des histoires. De belles histoires. Dans un sac, je les mettrais et je les emporterais avec moi. » (p. 27).

C’est ce qu’a fait l’auteur, elle a emporté les histoires et elle nous les raconte. Elles ne sont pas toutes belles, mais beaucoup le sont quand même. Ses propres histoires, bien sûr, mais aussi celles de ses parents, de sa grand-mère bien-aimée, de son pays.

Pour ceux qui ont déjà lu de la littérature iranienne contemporaine (témoignages ou romans), on retrouve des mots connus comme l’horrible prison d’Evin ou le cimetière de Khâvarân. Car « Ce pays massacre ses meilleurs enfants. » (p. 39) et « Sous la torture, qu’est-ce que tu ferais, toi ? » (p. 41). Les rumeurs vont bon train, la peur s’installe, il faut partir. Vite, on enterre dans le jardin les jouets de la petite (5 ans) et les livres des parents (d’où le titre de ce roman témoignage). « Marx, Engels, Lénine, Makarenko, Che Guevara et tous les autres, le père les recouvre de terre humide. » (p. 43). Vous l’avez compris, les parents sont communistes et, s’ils étaient déjà surveillés sous le régime du Shah, le nouveau régime autoritaire n’est pas plus clément avec eux.

1986. Maryam et sa mère rejoignent le père de famille qui est à Paris depuis sept mois. Maryam a grandi en France, elle a appris la langue française, elle a suivi l’école de la République, elle a oublié en partie son pays et sa langue, elle a voyagé et vécu à Beijing en Chine, à Kerala en Inde et à Istanbul en Turquie.

« Je ne peux plus raconter mes histoires persanes. J’ai des hallucinations à la place. – Tu vas désormais les raconter autrement. » (p 84). Le récit est rempli de souvenirs, de séductions, de poésie, de nostalgie, d’histoires, il y a même une part de folie sur ce « Royaume de l’Exil » (p. 117).

Ma phrase préférée de ce très beau roman-témoignage : « Tes blessures, tes écorchures, tes cicatrices, c’est le symbole de l’Iran meurtri et abîmé. » (p. 190). J’avais 13 ans quand les journaux d’informations ont montré les images de la révolution iranienne, en 1979, et j’étais encore insouciante mais je sentais bien que les adultes autour de moi n’étaient pas rassurés. Depuis, j’ai découvert ce pays à travers des témoignages, son histoire, sa littérature, son cinéma, sa musique et je le trouve fascinant. Maryam Madjidi rend bien cette fascination, le côté attractif du pays, toute cette poésie, cette sensualité, cette histoire (l’empire perse est né au Xe siècle avant Jésus-Christ) et le côté cruel et déchirant avec les violences du XXe siècle et même ce début de XXe siècle.

Un roman émouvant, en partie autobiographique, mi-réaliste mi-conte poétique qui a reçu le Prix Goncourt du Premier roman en mai et le Prix Ouest-France Étonnants Voyageurs en juin, des prix bien mérités !

Une lecture dans le cadre des 68 premières fois 2017 que je mets dans les challenges Défi Premier roman 2017, Rentrée littéraire janvier 2017 et Raconte-moi l’Asie.

La rentrée n’aura pas lieu de Stéphane Benhamou

La rentrée n’aura pas lieu de Stéphane Benhamou.

Don Quichotte, août 2016, 170 pages, 16,90 €, ISBN 978-2-35949-567-6.

Genre : premier roman.

Stéphane Benhamou… Pas grand-chose sur cet auteur. Il est réalisateur et producteur de films documentaires, plutôt historiques.

26 août. Il se passe un truc bizarre, cet été-là : les aoûtiens ont déserté les réseaux sociaux, ils ont envoyé des cartes postales à l’ancienne et ont décidé de ne pas reprendre la route pour la rentrée ! Évidemment les vacanciers de juillet ont déjà repris le travail : Michel Chabon, 40 ans, est parmi eux. Il est rédacteur au Ministère des Transports et quatre de ses collègues ne sont pas revenus. Il est envoyé dans le Sud de la France pour observer les autoroutes et comprendre ce qui se passe.

Le roman se déroule du 26 août au 15 septembre. « Septembre est un rivage que ne peut atteindre, pour l’instant, ce monde flottant. » (p. 44). En plus de la crise habituelle, c’est une nouvelle crise : pas de retours de vacances (ou très très peu), pas de bouchons, pas de rentrée scolaire ! Les aoûtiens sont sommés de rentrer dans le rang. Mais rien n’y fait… Que se passe-t-il ? Gouvernement, spécialistes et journalistes sont sur le pont !

Au-delà de l’histoire surréaliste, ce roman est une satire de la société, du monde du travail et des études sociologiques. Je l’ai trouvé surprenant et amusant mais un peu répétitif.

Lu dans le cadre des 68 premières fois – 2016, je le mets dans le challenge Défi Premier roman.