The Rook de Daniel O’Malley

The Rook de Daniel O’Malley.

Super 8, mars 2014, 656 pages, 22 €, ISBN 978-2-37056-004-9. Parution en poche sous le titre Au service surnaturel de Sa Majesté chez Pocket, mai 2015, 672 pages, 8,60 €, ISBN 978-2-26625-056-6. The Rook (2012) est traduit de l’australien par Charles Bonnot.

Genres : littérature australienne, science-fiction, fantastique.

Daniel O’Malley naît en 1950 à Canberra (Australie) mais il étudie l’histoire médiévale à l’Université d’État de l’Ohio (États-Unis). Il est romancier, principalement de science-fiction. Un deuxième tome de la série Au service surnaturel de Sa Majesté est paru en 2016 en Australie sous le titre Stiletto et en 2017 en France sous le titre Agent double chez Super 8. Plus d’infos sur le site officiel de l’auteur, RookFiles et sur sa page FB.

Une nuit d’hiver pluvieuse, Londres. Une jeune femme se réveille dans un parc avec des cadavres autour d’elle ; elle ne sait plus qui elle est mais elle a dans sa poche deux lettres qui donnent quelques explications et son nom : Myfanwy Thomas. « Si tu lis ces lignes, c’est que tu as survécu à plusieurs menaces immédiates. Pourtant, tu es en danger. Le simple fait d’être moi ne signifie pas que tu es en sécurité. En plus de ce corps, tu as hérité d’un certain nombre de problèmes et de responsabilités. Va te mettre en lieu sûr et ouvre la deuxième enveloppe. » (p. 9).

« Elle avait tant de souvenirs à construire et tant d’expériences dont elle savait qu’elles seraient plaisantes à vivre. » (p. 23).

En fait, Myfanwy Thomas ou Tour Thomas travaille à la Checquy, une organisation secrète qui existe depuis des siècles, dévouée à la Grande-Bretagne – quel que soit son souverain – et qui possède en son sein des membres surnaturels. Mais Myfanwy pense qu’il y a un traître à la Cour. Au lieu de fuir, elle reprend la vie de Tour Thomas et son travail au Beffroi dans la City en suivant les consignes laissées dans les lettres qu’elle a écrites avant de perdre la mémoire. « Mon Dieu, qui aurait cru que ce serait aussi affreusement compliqué de se faire passer pour soi ? songea-t-elle en ouvrant le dossier de Myfanwy. » (p. 62).

« Tous ces gens qui ignorent les secrets que je connais. » (p. 434).

« Je regardai ces gens et les enviai tous, même le bébé baveux. Surtout le bébé baveux. Les gens normaux étaient libres de vivre leur vie, avec leurs petits soucis et leurs petites souffrances, certains que le surnaturel ne viendrait pas les embêter. Mince, ils n’étaient même pas obligés de croire au surnaturel. C’était à nous de nous en inquiéter. » (p. 560-561).

The Rook est un pavé qui m’a fait très envie à sa parution et que j’ai dévoré ! Il y a une partie épistolaire avec les lettres (extraits en italique) que Myfanwy Thomas a écrites pour elle-même, plus tard, car elle savait qu’elle perdrait la mémoire. Et puis il y a toute la partie aventure, action, suspense, science-fiction, fantastique. Vers le milieu du roman, c’est un peu long mais l’intérêt pour l’histoire et les événements surnaturels reviennent vite et ça repart jusqu’à la dernière page.

Une belle surprise donc, qui depuis sa parution, a reçu le Prix Aurealis 2012 du meilleur roman de science-fiction (*) et a bénéficié d’une adaptation en série télévisée diffusée dès l’été 2019 aux États-Unis donc elle devrait arrivée ici cette année, non ?

(*) Aurealis est un prix littéraire, créé en 1995, décerné en Australie pour les romans (et les recueils de nouvelles) dans les genres de l’imaginaire (science-fiction, fantasy, horreur). Lien vers le site officiel.

Une lecture que je mets dans les challenges British Mysteries #5 (l’auteur est Australien mais le roman se déroule à Londres) et Littérature de l’imaginaire #8.

Sale gosse de Mathieu Palain

Sale gosse de Mathieu Palain.

L’iconoclaste, août 2019, 352 pages, 18 €, ISBN 978-2-37880-063-5.

Genres : littérature française, roman urbain.

Mathieu Palain naît en 1988 à Ris-Orangis dans l’Essonne. Il est journaliste (XXI, 6 mois). Sale gosse est son premier roman. Plus d’infos sur son compte Twitter.

Essonne, 2001. Wilfried Desson a 8 mois et il part mal dans la vie : sa mère est une paumée, droguée, impulsive ; son beau-père, un alcoolique, violent… On dirait du Zola mais avec les horreurs de notre époque. Wilfried est placé en famille d’accueil.

Auxerre, 2015. Wilfried joue au football à l’AJ d’Auxerre. Mais, lors d’un entraînement, sous le coup de la colère, il blesse volontairement un joueur avec ses crampons. Il est suspendu. « Huit mois sans jouer, dans la vie d’un footballeur, c’est une éternité. » (p. 47). Il retourne alors vivre chez Anna et Thierry Renault, sa famille d’accueil. « Avec la colère, des fois j’ai l’impression que je pourrais tuer à mains nues. Limite, ça me fait flipper, tu vois ? Je sens le truc monter, je me sens grave puissant. » (p. 131).

Mais est-il possible de changer, d’avoir une deuxième chance ? « Madame Renault, Wilfried est un garçon intelligent. Mais il y a une colère en lui, et cette colère grandit. Il faut qu’il travaille sur cette colère. » (p. 139).

Bien que je n’aime pas le foot (je devrais plutôt dire que je n’aime pas les joueurs et les supporters de ce sport), ce roman urbain, au langage moderne, parfois cru, m’a plu et contre toute attente touchée. Parce que ce jeune Wilfried a un côté attachant et que l’auteur fait montre de sensibilité. Cependant il y a beaucoup trop de colère et de haine, et pas vraiment de solution(s)… Malgré la présence bienveillante des travailleurs sociaux à qui l’auteur rend un bel hommage.

Ma question, c’est : existe-t-il un « bon côté », une « bonne famille » ? Wilfried n’a pourtant pas été trimballé de foyers en familles d’accueil et les Renault sont des parents aimants et attentionnés.

Pour les challenges Lire en thème février 2020 (auteur français) et 1 % Rentrée littéraire 2019 (retard dans la note de lecture…).

Et pour le Petit Bac 2020 dans la catégorie bonus « gros mot » pour « Sage gosse ».

La voix des vagues de Jackie Copleton

La voix des vagues de Jackie Copleton.

Escales, collection Domaine étranger, octobre 2016, 368 pages (erreur de l’éditeur qui dit 304), 21,90 €, ISBN 978-2-36569-165-9. A Dictionary of Mutual Understanding (2015) est traduit de l’anglais par Freddy Michalski.

Genre : littérature anglaise.

Jackie Copleton naît en Angleterre ; elle enseigne l’anglais au Japon (Nagasaki et Sapporo), elle voyage et vit maintenant à Newcastle (Angleterre) avec son époux. La voix des vagues est son premier roman, une belle réussite ! Plus d’infos sur sa page FB (son blog WP n’étant apparemment plus en ligne).

« La voix des vagues / Qui se dressent devant moi / N’est pas aussi forte / Que mes sanglots, / D’avoir été abandonné. Poème japonais vieux de mille ans. » (en exergue, p. 9).

Une ville, Nagasaki, et l’horreur du 9 août 1945 à 11 heures, des familles, les Takahashi (Amaterasu, Kenzo et leur fille Yuko), les Sato (Jomei, médecin, et son épouse Natsu), les Watanabe (Yuko, Shige et leur fils Hideo), les secrets, les souffrances, les remords, les souvenirs douloureux mais indispensables pour que le lecteur comprenne le fil de leur vie et le fin mot de l’histoire.

Pennsylvanie, hiver 1983-1984. Amaterasu Takahashi (la narratrice) ouvre sa porte et voit un homme défiguré qui dit s’appeler Hideo Watanabe et être son petit-fils. La dernière fois qu’elle a vu Hideo, il avait 7 ans et elle l’a déposé à l’école : c’était il y a plus de 38 ans !

Nagasaki, 9 août 1945. Le quartier d’Urakami et une partie du centre-ville sont envahis par les flammes. Yuko et Hideo ont disparu… Amaterasu et Kenzo Takahashi ont longtemps chercher leur fille unique et leur petit-fils, puis ils les ont longtemps pleurés. « Hideo est mort. Vous ne pouvez pas être lui. Je suis désolée. » (p. 13).

L’homme, venu pour une série de conférences, repart au Japon dans quelques jours alors Amaterasu accepte de prendre sa carte de visite et une lettre. Plus tard, gêné, il revient avec un paquet qu’il doit lui remettre.

Après la guerre, Amaterasu et Kenzo Takahashi ont émigré aux États-Unis, d’abord en Californie puis en Pennsylvanie. Maintenant veuve, seule, Amaterasu va devoir replonger dans son douloureux passé. « Pour dire la vérité, je n’étais pas sûre de même vouloir un petit-fils revenu d’entre les morts. Il me restait si peu de temps. Toutes ces années perdues au cours desquelles une vraie relation humaine aurait pu s’établir étaient passées depuis longtemps. » (p. 84-85).

Mais est-il vraiment trop tard ? Amaterasu va-t-elle accepter ce petit-fils ou va-t-elle le rejeter ? Va-t-elle (enfin) lire les journaux de Yuko qu’elle a récupérés après la bombe ? « Les lettres du docteur me tiraient vers le passé, m’obligeant à déterrer tout ce que j’avais voulu garder caché, mais je ne parvenais pas à m’arracher à sa version du temps enfui que nous avions en partage. » (p. 181).

La question qui tue : quel est le son de l’explosion que les survivants ont appelé Pikadon ? Mieux vaut ne pas le savoir ! Il est préférable d’entendre le son des vagues (virées à Iwo Jima incluses) que le son de la bombe !

A Dictionary of Mutual Understanding est le livre que Kenzo offre à son épouse peu après leur arrivée aux États-Unis pour qu’elle progresse en anglais. À chaque nouveau chapitre du roman, il y a un mot japonais (yasegaman, ninjo, en, kodakara, konjo, etc.) avec son explication afin de comprendre la culture japonaise et le comportement des Japonais.

Jackie Copleton connaît bien le Japon et les Japonais : elle a enseigné à Nagasaki pendant des années ; elle délivre un premier roman magistral, d’une grande beauté, tout en douceur, en finesse et en émotion, mais qui dégage aussi beaucoup de tristesse et parfois même de la rancœur. Sera-t-il possible d’aller au-delà de l’horreur, au-delà de la haine, au-delà de la souffrance ? Ce roman m’a bouleversée bien que je n’aie pas visité Nagasaki (après avoir visité Hiroshima, je ne pouvais pas visiter Nagasaki…). En tout cas, quelle surprise que la vie d’Amaterasu !

Ce roman, magnifique, à garder précieusement dans son cœur, entre dans les challenges Petit Bac 2020 (pour la catégorie Son avec « voix ») et Voisins Voisines (Angleterre).

Le bal des folles de Victoria Mas

Le bal des folles de Victoria Mas.

Albin Michel, août 2019, 256 pages, 18,90 €, ISBN 978-2-22644-210-9.

Genres : littérature française, premier roman.

Victoria Mas naît en 1987 à Chesnay (Yvelines). Lorsqu’on voit son visage, on devine tout de suite qu’elle est la fille de Jeanne Mas (célèbre chanteuse des années 80). Elle a travaillé dans le cinéma avant de se lancer dans l’écriture.

Mars 1885. À La Salpêtrière, Charcot utilise l’hypnose sur Louise, 16 ans, pour recréer les crises d’hystérie et en étudier les symptômes avec ses élèves. « C’est grâce à des patientes comme Louise que la médecine et la science peuvent avancer. » (p. 12). Dans cet hôpital parisien, spécial, il y a des femmes entre 13 et 65 ans, des « aliénées », des « folles », des « hystériques » mais qu’est-ce qui les a vraiment conduites là ? En dehors de la police ou d’un père voire d’un frère. Geneviève Gleizes est infirmière depuis 20 ans, ce travail est sa raison de vivre depuis la mort de sa jeune sœur.

De son côté, Eugénie, fille de notaire, bonne à marier, découvre le Livre des Esprits d’Allan Kardec et comprend les pouvoirs qu’elle garde secrets depuis l’enfance. « Il lui semble que jusqu’ici elle regardait dans la mauvaise direction, et que désormais, on la fait regarder ailleurs, précisément là où elle aurait toujours dû regarder. » (p. 57). Mais ces choses n’ont pas leur place dans la maison Cléry et son père la fait interner à La Salpêtrière au moment où approche le « bal des folles ». « Chaque année, c’est la même effervescence. Le bal de la mi-carême – le « bal des folles » pour la bourgeoisie parisienne – est l’événement du mois de mars – l’événement de l’année, d’ailleurs. » (p. 78).

Que dire de plus sur ce roman qui a déjà été largement partagé sur les blogs et les réseaux sociaux ? Il a été récompensé : Prix Stanislas du premier roman, Prix Patrimoines BPE, Prix Première Plume et Prix Renaudot des lycéens. Il est de plus parmi les 30 livres à lire en 2019 selon Le Point.

Je vais être franche, je l’ai lu sans déplaisir, je l’ai apprécié à sa juste valeur : c’est un premier roman simple (je n’ai pas dit simplet ou simpliste !), bien écrit, qui raconte la situation de certaines femmes au XIXe siècle mais je n’ai rien appris que je ne savais déjà… Toutefois j’ai bien aimé le personnage d’Eugénie et surtout celui de Geneviève ; elles sont un peu les deux femmes « fortes » (et pas folles !) qui ont des opinions (ce qui était rare puisque personne ne demandait jamais son avis à une femme), qui pensent par elles-mêmes et qui peut-être chacune à leur façon pourront faire bouger les mentalités.

Une lecture pour les challenges 1 % Rentrée littéraire 2019 (lu avant la fin du challenge), Lire en thème (auteur français) et Petit Bac 2020 (catégorie Mot au pluriel avec « folles »).

La vidéo est intéressante à écouter d’autant plus qu’il n’y a pas d’intempestifs « euh… » !

On ne meurt pas d’amour de Géraldine Dalban-Moreynas

On ne meurt pas d’amour de Géraldine Dalban-Moreynas.

Plon, août 2019, 208 pages, 17 €, ISBN 978-2-25927-910-9.

Genres : littérature française, premier roman.

Géraldine Dalban-Moreynas… Très peu d’infos… Parisienne. Son compte Instagram et son Concept Store.

Paris. Novembre. Premier couple : ils sont ensemble depuis 4 ans, ils font retaper un loft au premier étage, ils vont se marier en juin prochain mais il est militaire et elle, journaliste, est souvent seule. Deuxième couple : ils emménagent au deuxième, ils sont mariés depuis 2 ans, ils ont une fillette d’un an et demi ; il est avocat, elle semble mère au foyer.

Prenez la femme du premier couple et l’homme du deuxième couple pour une autre histoire. « Cette fois, ils savent. Cette fois, ils ont senti le frisson les traverser. Ils ne pourront plus jamais nier. Il a senti le danger, que sa vie pouvait basculer, là, en un instant […]. » (p. 22). Et « Ce soir-là, ils ont surtout senti que plus rien ne serait jamais comme avant. Que désormais, ils avanceraient sur un fil. Qu’il suffirait que l’un trébuche pour que les deux tombent. Que ce n’était plus qu’une question de temps. » (p. 23).

Et puis, ils passent à l’acte. « Ils commencent à mentir, lui à sa femme, elle à son homme. À s’enfoncer dans une double-vie. » (p. 49). Bon, ils mentaient déjà depuis un bout de temps !

Mais, s’il quitte sa femme, elle repartira à New York (elle est Américaine) et il perdra sa fille : « il ne la verra plus ou si peu. » (p. 89).

Les histoires de bobos parisiens trentenaires (c’est comme ça qu’ils se définissent), bof… Tout est tellement prévisible que je me suis demandée à quoi servait la publication et la lecture de ce roman ! Et je n’avais pas le bandeau sur l’exemplaire que j’ai lu sinon je ne l’aurais même pas emprunté (heureusement que je l’ai emprunté et pas acheté) ! Elle est faible, il est lâche, c’est une histoire d’amour furieuse mais vide de sens… J’avais deviné la fin depuis le début ! Et puis le fait qu’il n’y ait pas de prénoms rend toute cette histoire impersonnelle et creuse. Pas mon truc… De toute façon, les histoires d’amour finissent mal, en général.

Voilà, j’ai du retard dans mes chroniques de lecture mais j’ai lu ce roman cet après-midi et, comme la note de lecture est vite rédigée, je m’en débarrasse et je passe à autre chose !

Je le mets quand même dans les challenges 1 % Rentrée littéraire 2019 et Petit Bac 2020 (pour la catégorie « Amour et relations amoureuses » tout simplement avec le mot amour).

Cadavre exquis d’Agustina Bazterrica

Cadavre exquis d’Agustina Bazterrica.

Flammarion, Hors collection, août 2019, 304 pages, 19 €, ISBN 978-2-0814-7839-8. Cadáver exquisito (2017) est traduit de l’espagnol (Argentine) par Margot Nguyen Béraud.

Genres : littérature argentine, science-fiction, premier roman.

Agustina Bazterrica naît en 1974 à Buenos Aires (Argentine). Cadavre exquis est son premier roman, il a reçu le prix Clarín en 2017.

« Il se souvient du jour où la Grande Guerre Bactériologique a été annoncée. L’hystérie collective, les suicides, la peur. Après la GGB, il n’a plus été possible de manger d’animaux car ils avaient contracté un virus mortel pour les humains. » (p. 17). Une morsure, une griffure, une consommation et c’est la mort ! C’est du moins le discours officiel à travers le monde mais « la viande reste de la viande, qu’importe d’où elle vient. » (p. 19). Il y a donc eu une Transition et un nouvel élevage a été mis en place : « La viande humaine s’appelle désormais « viande spéciale ». […] Personne ne doit plus les appeler « humains » car cela reviendrait à leur donner une entité ; on les nomme donc « produit » ou « viande » ou « aliment ». Sauf lui, qui voudrait n’avoir à les appeler par aucun nom. » (p. 21).

Lui, c’est Marcos Tejo, personnage principal et narrateur, il a hérité un abattoir de son père… Mais il voulait devenir vétérinaire et sauver les animaux, pas les tuer ! Avant il avait une épouse, Cecilia, mais leur petit Leo est mort et elle est repartie vivre chez sa mère. Il avait aussi des chiens mais les animaux survivants ont tous été abattus par précaution et « L’absence des animaux a fait place à un silence oppressant, mutique. » (p. 48). Marcos se retrouve donc seul ; son père, Don Armando, étant dans une maison de retraite Aube nouvelle ; c’est un luxe d’être âgé mais Marcus « ne permettra pas que son père soit découpé en morceaux. » (p. 78). Les humains en sont arrivés là…

Un jour, un éleveur lui livre un cadeau, une PGP (Première Génération Pure) ; mais que va-t-il en faire ? Et puis il découvre quatre chiots dans l’ancien zoo fermé. « Il leur donne des noms : Jagger, Watts, Richards et Wood. » (p. 163). C’est surprenant d’humaniser des chiots alors que le monde entier animalise des humains…

Le titre du roman se rapporte au jeu Cadavre exquis auquel jouent Esteban et Marisita (Maru), le neveu et la nièce (des jumeaux) de Marcos. « C’est un jeu à la mode en ce moment, mais ils n’ont toujours pas compris que c’est interdit d’y jouer. » (p. 148). Que peut-il y avoir d’interdit quand les humains commettent l’impensable, l’irréparable ?

Je tiens à préciser que je ne mange plus de viande depuis des années ; bon, si je suis invitée – ou que je suis au restaurant – et qu’il y a du poulet, je vais faire un effort, genre flexitarienne, mais j’ai vraiment du mal  à manger et même du mal à digérer… Bref, le thème de Cadavre exquis m’a intriguée et je ne suis pas déçue d’avoir lu ce roman impressionnant et perturbant. Le « besoin » et l’envie de consommer de la viande sont-il aussi irrépressibles que ça ? Que des scientifiques imaginent ça ? Transformer des humains en viande, en organes (en fait, ça, ça existe déjà), en cobayes (ça aussi), en proies dans des parties de chasse (finalement ça aussi, décidément…) mais là c’est à une échelle internationale, industrielle, suivie « scientifiquement » et soigneusement « réglementée »… Ce roman contient des sons, des odeurs, il en est angoissant ! « Sa décadence et sa folie. » (p. 189).

Une lecture incroyable pour les challenges 1 % Rentrée littéraire 2019 et Littérature de l’imaginaire #7.

L’incivilité des fantômes de Rivers Solomon

L’incivilité des fantômes de Rivers Solomon.

Aux Forges de Vulcain, septembre 2019, 400 pages, 20 €, ISBN 978-2-373-05056-1. An Unkindness of Ghosts (2017) est traduit de l’américain par Francis Guévremont.

Genres : littérature états-unienne, science-fiction, premier roman.

Rivers Solomon naît en 1989 en Californie ; elle étudie à l’université de Stanford. Elle vit en Grande-Bretagne. Elle se considère comme non-binaire (en anglais, elle utilise le pronom « they » qui peut signifier « iels », à la fois masculin et féminin, ou neutre). Son deuxième roman, The Deep, est paru aux États-Unis en 2019 ; il traite de l’afrofuturisme, genre de prédilection de l’autrice. Plus d’infos sur son site officiel, https://www.riverssolomon.com/ .

À bord du Matilda, Aster soigne les passagers du mieux qu’elle peut mais elle fait partie d’un pont inférieur sur lequel il n’y a plus de chauffage et peu d’électricité. Sur ces ponts inférieurs, vivent ceux qui sont surnommés les Bas-Pontiens ou les Goudrons, c’est-à-dire les personnes noires.

« On s’en fout de ce qu’on désire, parce que sur ce putain de vaisseau, rien de marche, rien ne fonctionne. […] Ça fait trois cents ans, depuis le jour où notre vieille planète est devenue invivable, ça fait trois cents ans que ça ne sert à rien de former des souhaits. Quand on traverse l’espace entre les étoiles, il ne faut s’attendre à rien de bon. » (p. 14).

Le Matilda est gouverné de façon totalitaire par le Souverain Nicolaée mais Aster, électron libre, avec l’aide de son amie Giselle et du médecin général Théo qui l’autorise à accéder à certains ponts supérieurs, part sur les traces de sa mère disparue : elle était mécanicienne principale et avait découvert quelque chose mais pourquoi n’a-t-elle pas été plus explicite dans les carnets qu’elle a laissés ?

« Nicolaée était mort, Lieutenant prendrait sa place sur le trône […] ! » (p. 138). Un dictateur en remplace un autre…

« Détruire une personne, passe encore, mais détruire tout ce que cette personne avait fait au cours de sa vie, cela était un sacrilège. Après sa mort, il ne restait plus rien d’une personne, sinon ces papiers, ces traces écrites qu’elle nous a laissées, dans les annales, dans les almanachs. Il ne restait plus rien que ces objets physiques qu’elle a produits. Détruire tout cela, c’était détruire son histoire, son présent, son futur. » (p. 367).

L’incivilité des fantômes n’est pas un roman facile. « Un premier roman qui prend pour prétexte la science-fiction pour inventer un microcosme de l’Amérique, et de tous les maux qui la hantent, tels des fantômes. » nous dit l’éditeur et c’est peut-être ça qui m’a dérangée : j’aurais voulu un vrai roman de science-fiction, pas un prétexte pour dénoncer les fantômes de l’Amérique… (les problèmes entre les Noirs et les Blancs). J’ai l’impression que je l’ai lu sans déplaisir mais sans réel plaisir non plus, quoique la chute est étonnante. Je trouve que les Hauts-Pontiens (Blancs, riches et instruits) et les Bas-Pontiens (Noirs, pauvres et survivant grâce à des contes et des légendes de l’ancienne Terre abandonnée) sont clichés comme pas possible ! Mais peut-être suis-je passée à côté d’un grand roman ?…

Pour les challenges 1 % Rentrée littéraire 2019 et Littérature de l’imaginaire #7.