Rendez-vous avec le crime de Julia Chapman

Rendez-vous avec le crime de Julia Chapman.

Robert Laffont, collection La bête noire, avril 2018, 408 pages, 14,90 €, ISBN 978-2-22121-549-4. Date With Date (2017) est traduit de l’anglais par Dominique Haas.

Genres : littérature anglaise, roman policier.

Julia Chapman – de son vrai nom Julia Stagg – est une autrice anglaise de romans policiers (pas de date de naissance). D’après Wikipédia, elle a voyagé (en tant que professeur d’anglais langue étrangère) puis s’est installée avec son mari en Ariège où ils ont tenu une auberge qui a inspiré la série de 6 romans, The Fogas Chronicles (2011-2015, non traduits en français). De retour en Angleterre (dans les Yorkshire Dales), elle écrit la série Date with… (pour l’instant 5 tomes, 2017-2020) soit Les détectives du Yorkshire. Plus d’infos sur son site officiel, http://www.jstagg.com/.

Après quatorze ans d’absence, Samson O’Brien revient à Bruncliffe dans le Yorkshire avec un sac et une moto rouge. Il a quitté Londres à cause de quelques problèmes à la MET et souhaite ouvrir – provisoirement – une agence de détective privé mais les habitants ne sont pas ravis de son retour.

De son côté, Delilah Metclaffe gère une petite entreprise de création de sites Internet et l’Agence de Rencontres des Vallons, avec son chien, un Braque de Weimar, qui s’appelle… Calimero (quel drôle de nom pour un si grand chien !). Comme elle a besoin d’argent, elle loue le rez-de-chaussée de son bâtiment à Samson. « Eh bien, on dirait que la vie à Bruncliffe est sur le point de devenir intéressante, commenta Edith. Puis un sourire s’épanouit lentement sur son visage. » (p. 16).

Ce même jour, c’est l’enterrement de Richard Hargreaves, professeur d’université, dont la police pense qu’il s’est suicidé. Puis le corps d’un randonneur, Martin Foster, est retrouvé, sûrement un accident. Delilah fait tout de suite le rapprochement. « Deux de ses clients morts en moins d’une semaine. Une coïncidence ? Probablement. Mais ce fut les doigts tremblants qu’elle déchira l’article et le glissa dans sa poche. » (p. 26). Samson enquête car la mère de Richard Hargreaves est persuadée que son fils ne s’est pas suicidé : son épouse est partie il y a plus de trois ans et il s’en était remis. « […] s’il n’y avait pas de mobile à ce meurtre, le suicide ne semblait pas plus justifié. » (p. 116).

Sous-titré Une enquête de Samson et Delilah, les détectives du Yorkshire, les lecteurs suivent donc la première enquête des ARV : l’Agence de Recherche des Vallons accompagnée de l’Agence de Rencontres des Vallons. Je fais l’impasse sur les nombreux personnages, la famille de Delilah, celle de Samson et ses amis d’enfance qui lui en veulent d’être parti précipitamment quatorze ans auparavant et de n’avoir jamais donné de nouvelles, les familles des hommes décédés, les commerçants, toute une belle galerie de personnages et puis, le lecteur s’en doute, dans les prochains tomes il se passera des choses avec Rick Procter (je me suis même demandé si Samson n’était pas là pour enquêter sur lui et sa bande en fait !). Ce premier tome est agréable et cette série est une intéressante alternative à Agatha Raisin de M.C. Beaton mais Julia Chapman a un humour plus terre à terre et la lecture est peut-être moins jubilatoire qu’Agatha Raisin ou – ma série de ce genre préférée – Mma Ramotswe détective d’Alexander McCall Smith. Mais à découvrir !

Pour les challenges Animaux du monde (pour Calimero, il a son importance), British Mysteries #5 et Mois British Mysteries (dernier jour !), Polar et thriller 2019-2020, Voisins Voisines 2020 (Angleterre).

Rue du Dragon-couché de CHI Wei-jan

Rue du Dragon-couché de CHI Wei-jan.

Calmann-Lévy Noir, janvier 2019, 464 pages, 22,50 €, ISBN 978-2-70216-059-6. 私家偵探 Private Eyes (2011) est traduit du chinois (Taïwan) par Emmanuelle Pechenart.

Genres : littérature taïwanaise, roman policier.

CHI Wei-jan (紀蔚然) est docteur en littérature anglaise, romancier, dramaturge et professeur de théâtre à l’Université de Taipei (Taïwan). Rue du Dragon-couché est son premier roman et il a reçu deux prix littéraires : le Taipei Book Fair et le China Times Open Book Award.

« Après avoir donné ma démission, mis fin à un mariage vidé de toute substance, vendu mon appartement de Xindian, plaqué le milieu théâtral où je m’étais fait un petit nom, rompu à l’amiable avec mes vieux potes (pour les beuveries et les parties de poker, ne comptez plus sur moi !), muni d’un patrimoine des plus réduit et donc aisément transportable, j’ai franchi l’infernal tunnel de Xinhai menant à Wolong Street, ce trou du cul du monde qui a « le charnier » en toile de fond, et là, je me suis installé comme détective privé. » (p. 13, premières phrases du roman).

La première cliente de Wu Ch’eng est Madame Lin : le comportement de sa fille à changé à l’encontre de son père et elle est inquiète. Grâce à un super chauffeur de taxi, T’ien-Lai, Wu Ch’eng va pouvoir suivre Monsieur Lin et résoudre cette première affaire.

Comme Wu Ch’eng est ami avec un policier du poste de police de Wolong, Ch’en Yao-tsun, son attention se porte ensuite sur une affaire que la police n’arrive pas à résoudre : trois retraités ont été tués avec un objet contondant, deux chez eux sans effraction et un pendant sa promenade matinale au parc.

« Les descriptions réalistes et affirmations péremptoires des journalistes ne me convainquent pas, pas plus que leur hypothèse de meurtres en série. Pour avancer, j’ai besoin de davantage d’informations et de détails palpables. » (p. 200).

Mais il est suspecté et assailli (harcelé !) par les journalistes ! « Je n’ai tué personne mais cela ne garantit en rien que je puisse être tranquille. » (p. 229).

La première enquête de Wu Ch’eng n’est pas extraordinaire mais elle lui met le pied à l’étrier et le met en contact avec la police. Dans ce bon polar, l’auteur dénonce habilement la politique et les médias de Taïwan. J’ai passé un bon moment et je lirai cet auteur à nouveau s’il est encore traduit en français.

Si vous êtes intéressés par la littérature de Taïwan, ou simplement curieux, je vous conseille https://lettresdetaiwan.com/.

Pour les challenges Animaux du monde (ici animal sur la couverture), Lire en thème 2020 (animal sur la couverture en mars) et Polar et thriller 2019-2020.

Son espionne royale et le mystère bavarois de Rhys Bowen

Son espionne royale et le mystère bavarois de Rhys Bowen.

Robert Laffont, collection La bête noire, juin 2019, 384 pages, 14,90 €, ISBN 978-2-22124-163-9. A Royal Pain (2008) est traduit de l’anglais par Blandine Longre.

Genres : littérature anglaise, roman policier.

Rhys Bowen est le pseudonyme de Janet Quin-Harkin, née le 24 septembre 1941 à Bath dans le Somerset. Autrice de romances, elle utilise Rhys Bowen pour ses romans policiers : les séries Constable Evan Evans (1997-2006), Molly Murphy (2001-2017) et Royal Spyness (2007-2019).

Londres, juin 1932. Un mois après l’affaire Mauxville (voir Son espionne royale mène l’enquête). Georgie ne voit plus Darcy qui lui avait fait la cour. « En me montrant bêtement réticente, j’avais semble-t-il laissé échapper mes chances d’être avec Darcy. Mais voulais-je vraiment de lui ? Il était Irlandais, catholique, fauché, peu fiable et peu recommandable à tous les égards – mis à part qu’il était le fils d’un pair . » (p. 41). Mais Georgie est de nouveau conviée par Sa Majesté la reine pour boire le thé, enfin… pour une mission d’espionnage ! La reine aimerait que son fils, David, prince de Galles, futur roi, oublie enfin cette Américaine mariée, et rencontre « fortuitement » la princesse Hannelore de Bavière, une jeune fille de 18 ans qui vient de sortir du couvent. « Elle continua de me parler, tandis que le sang me battait aux tempes ; comment lui expliquer qu’il m’était impossible de recevoir une jeune lady de sang royal dans une maison où je vivais sans domestiques et me nourrissais de haricots blancs en boîte ? – J’espère que je peux compter sur vous, n’est-ce pas Georgiana ? Pour le bien de l’Angleterre ? J’ouvris la bouche. Et me contentais d’acquiescer : – Bien entendu, madame. » (p. 51). Comment Georgie va-t-elle faire pour accueillir dignement Hannelore et sa suite sans aucun domestique et sans argent pour les repas ? Mais Georgie a de la ressource car « Un Rannoch ne bat jamais en retraite. » (p. 70).

Mais, lors d’une soirée bien arrosée chez Gussie et Lunghi, deux amis de Belinda et de Georgie, Tubby Tewkesbury, un peu ivre, bascule sur la balustrade du balcon qui cède sous son poids et il tombe du sixième étage… L’inspecteur Harry Sugg s’interroge sur le fait que Georgie soit encore impliquée dans un décès, même seulement à titre de témoin. « Deux cadavres en moins d’une semaine. Ça ne peut pas être une simple coïncidence, n’est-ce pas ? » (p. 174). Pire, quelques jours après, Sidney Roberts, qui était aussi à cette soirée, est retrouvé poignardé à l’étage de la librairie Haslett’s dans Wapping où il travaillait. C’est Hannelore (Hanni) qui a trouvé le corps… Qu’est-ce que les deux demoiselles faisaient là ? La librairie Haslett’s est la plus ancienne librairie de Londres mais le quartier de Wapping n’est pas très bien fréquenté… Georgie doit découvrir ce qu’il s’est réellement passé. « Je me mis à réfléchir. Les événements des derniers jours étaient si embrouillés. Il y avait d’abord eu la chute mortelle de Tubby, puis l’horrible épisode dans la librairie, avec le pauvre Sidney gisant là, le sang se répandant à travers sa chemise. Mon grand-père semblait penser qu’il y avait forcément un lien entre ces deux drames. Pour ma part, je ne voyais pas lequel […]. » (p. 227).

J’ai trouvé ce deuxième tome plus dense et plus abouti que Son espionne royale mène l’enquête. Le style est toujours so british, drôle et divertissant mais la dimension politique et les relations entre l’Angleterre et l’Allemagne y sont bien présentes. Une série que je vous recommande !

Une chouette lecture que je mets dans le Mois British Mysteries et les challenges British Mysteries #5, Polar et thriller 2019-2020 et Voisins Voisines 2020 (Angleterre).

Diskø de Mo Malø

Diskø de Mo Malø.

La Martinière, mars 2019, 416 pages, 20,90 €, ISBN 978-2-73249-026-7.

Genres : littérature française, roman policier.

Mo Malø… Je remets ce que j’avais rédigé pour Qaanaaq, le premier tome des enquêtes de Qaanaaq Adriensen : Difficile d’avoir des infos sur cet auteur (apparemment français) qui publie sous pseudonymes. Mo Malø est un de ses pseudonymes – pour son premier roman policier – et j’ai l’impression qu’il fait écho à Jo Nesbø (auteur de polars, norvégien).

Sept mois après les événements de Qaanaaq : meurtres au Groenland, Qaanaaq Adriensen s’est installé à Nuuk (sud-ouest du Groenland) avec ses jumeaux adoptés, Jens et Else, et il est devenu chef de police au Politigarden de Nuuk. « Outre son attachement pour ce lieu et ses habitants, l’envie d’élucider pour de bon le mystère de ses origines avait pesé lourd dans la balance. » (p. 31-32).

Le lecteur retrouve l’adjoint de Qaanaaq, Apputiku Kalakek dit Appu, et l’équipe du Politigarden, Søren, Pitak, Lotte, Bodil, entre autres et Mikkel, pilote du nouvel hélicoptère.

Dans la baie de Diskø, un homme a été retrouvé dans un bloc de glace ! « Comment ce type blond d’apparence solide, au regard clair et franc de Viking, avait-il pu finir sa vie prisonnier de ce linceul de glace ? » (p. 39). Le mort est Leonard Kelly, un glaciologue américain et Qaanaaq va avoir une sacrée surprise !

L’enquête avance mais Bodil, sœur d’Appu, réceptionniste au poste de police, est enlevée et une vidéo la montre dans une fosse de glace similaire à celle de Kelly : il ne lui reste que deux heures à vivre. « La logique de la banquise était brutale, mais imparable. » (p. 95).

« C’était lui, Qaanaaq Adriensen, que les criminels visaient à travers les différentes victimes. C’était à lui et personne d’autre qu’on s’en prendrait encore dans un proche avenir. » (p. 248).

Si le premier tome traitait du nationalisme inuit (par rapport à l’État danois) et était passionnant, celui-ci traite de l’écoterrorisme et le suspense est au rendez-vous, l’horreur même car les terroristes sont prêts à tout, même à détruire les icebergs qu’ils sont sensés protéger ! Mais l’enquête traîne un peu en longueur… Mais le lecteur apprend encore pas mal de choses sur le Groenland et aussi sur les icebergs et la banquise.

Qaanaaq continue de prendre beaucoup de photos avec son Blad (HasselBlad, marque d’appareils photos suédois) et les titres de chapitres sont les dates et intitulés de ses photos (alors que les titres des différentes parties sont des mots inuits correspondant aux saisons).

J’ai préféré Qaanaaq premier tome.

Une lecture que je mets dans le Petit Bac 2020 (pour la catégorie lieu avec Diskø qui est le nom d’une baie en face de la ville touristique d’Ilulissat au nord-ouest de Nuuk) et Polar et thriller 2019-2020.

Tamanoir de Jean-Luc André d’Asciano

Tamanoir de Jean-Luc André d’Asciano.

Aux Forges de Vulcain, mars 2020, 240 pages, 18 €, ISBN 978-2-37305-079-0.

Genres : littérature française, roman policier, fantastique.

Jean-Luc André d’Asciano naît à Lyon en 1968. Il étudie la littérature et la psychanalyse. Il écrit et crée les éditions l’œil d’or fin 1999 (maison d’éditions indépendante et associative). Du même auteur : Cigogne, un recueil de nouvelles (Serge Safran, 2015) et Souviens-toi des monstres, son premier roman (Aux Forges de Vulcain, 2019).

Je remercie les Forges de Vulcain de m’avoir envoyé ce roman que j’ai pu lire une semaine avant sa parution en librairie.

Premier chapitre. Une petite visite matinale au cimetière du Père-Lachaise ? Monsieur Bourdet, qui va partir à la retraite, fait le tour du propriétaire avec son remplaçant, le jeune Pierre. La curiosité de ce coin du cimetière où plus personne ne vient, c’est Monsieur-Doyen, un clochard qui vit dans un caveau depuis 10 ans : il pue, ne parle pas et vit entouré de mouches et de chats ! Mais, ce jour-là, deux tueurs sont bien présents et tuent les trois hommes. Trois ? Eh bien, non, le vieux clochard s’est redressé et s’est enfui avec une chatte.

Deuxième chapitre. Où le lecteur fait la connaissance de Nathanaël Tamanoir à la Tentation de Saint-Antoine, un bar populaire dans lequel il vient boire son café tous les matins. Tamanoir, c’est un surnom que lui avait donné des camarades. « Un animal au long nez, à la silhouette bizarre, mi-effrayante mi-burlesque, et qui marche sur ses poings fermés tant ses griffes sont longues, et non rétractiles. Son portrait tout craché. » (p. 21). Dans le journal, Tamanoir lit : « Deux membres des Anges du sous-sol, association caritative œuvrant au soutien des SDF, retrouvés morts au Père-Lachaise. Une balle dans la nuque pour l’un, une dans la hanche et dans l’œil pour l’autre… Cela ressemble à une exécution du milieu… Aucun témoin… Trente ans de métier… Un tout jeune homme, venant juste de se marier… Aucune piste n’est exclue… Même celle de l’erreur criminelle… » (p. 25).

Troisième chapitre. Tamanoir file au cimetière et rencontre quatre aristos qui se lamentent de la disparition de Papy-chat, donc le clochard, et de sa minette. Il peut voir une photo de Papy-chat. « Maigre. Les yeux tellement enfoncés dans leur cavité que l’on ne distingue pas leur couleur. Des sourcils énormes, noirs. Une barbe jaunâtre, avec des coulures partant de la bouche. Des cheveux longs. Une bouche aux lèvres larges. Un incroyable réseau de rides. Pas de calvitie. Une balafre part du front, passe sur l’œil, descend sur la joue. Une marque distinctive. Le Tamanoir sourit. » (p. 38).

Chapitres suivants. Tamanoir mène l’enquête et entraîne le lecteur dans les rues de Paris mais aussi dans ses sous-sols. Le cimetière du Père-Lachaise et les catacombes donnent un petit côté gothique à ce roman policier. Une « farce policière » nous dit l’éditeur. J’ai souri deux ou trois fois, mais cette « farce » est une véritable enquête menée par un détective pour le moins atypique et attachant.

J’ai beaucoup aimé cette expression : « association à but crapulatif » (p. 84) : bien trouvé !

Un extrait pour vous donner une idée du ton de ce roman (Coventina, l’amie de Tamanoir, a été enlevée et il vient de la retrouver) : « Coventina ! – Dingue ! Même quand on se fait enlever, on subit du Manterrupting… Bon. Les gars-là, ce sont de drôles d’oiseaux. Genre charognards éborgnés, mais ils sentent le militaire en goguette. Bêtes, efficaces, lents, toujours en groupe. Et méchants. Ils puent la mort glauque, le cauchemar cannibale et le goût du mal. Et le légionnaire aussi. – Ils sentent la bière et le sable chaud ? – Ils empestent la basse-cour, façon Babel. Ça babille dans toutes les langues ces poussins-là, mais avec des verbes communs. Comme trucider, génocider, assassiner. Une internationale des méchants, avec quelques Angevins au milieu. – Des Angevins ? – Tu sais pas que le français parfait, c’est celui d’Angers ? Pas une pointe d’accent autour des châteaux ce la Loire, juste du vin, plus ou moins bon. N’empêche, vu comme ils m’ont regardée, ça m’a surprise de m’en tirer à si bon compte. » (p. 135).

Alors, on y va boire un coup au bar la Tentation de Saint-Antoine, rencontrer Tamanoir puis faire la connaissance d’Ishmaël qui lutte contre le mal ? « Bah moi je travaille avec des diables et des êtres d’outre-monde. Des fois, j’ai besoin d’eau bénite. D’où les pistolets en plastique. Cela fait un peu comme des lance-flammes, tu vois ? » (p. 170-171).

Tamanoir est une belle découverte, un roman policier hors-norme, parfois drôle, parfois dramatique, avec une pointe de fantastique (Ishmaël et sa chatte, zut j’ai oublié de noter son nom, seraient… immortels !).

Pour les challenges Lire en thème (en mars, un animal sur la couverture) avec les chats du cimetière, Littérature de l’imaginaire #8 (pour le côté gothique et fantastique), Petit Bac 2020 (catégorie Animal avec Tamanoir) et Polar et thriller 2019-2020.

Le chien tchétchène de Michel Maisonneuve

Le chien tchétchène de Michel Maisonneuve.

Gaïa, collection Polar, août 2005, 192 pages, 15 €, ISBN 978-2-84720-064-9. Le chien tchétchène est reparu en Babel noir en novembre 2006.

Genres : littérature française, roman policier.

Michel Maisonneuve naît en 1953 à Marseille ; il vit en Provence ; il exerce divers métiers avant de devenir journaliste et écrivain. Du même auteur : Le périple d’Arios (2004), Le privé ou je tourne tous les jours y compris le dimanche (2006), Un génie de banlieue (2008) et L’histrion du Diable (2015).

Après les romans policiers félins de Sophie Chabanel, La griffe du chat (2018) et Le blues du chat (2019) qui se déroulent dans le nord de la France, à Lille, j’ai lu un roman policier canin (qu’on m’a conseillé) qui se déroule dans le sud de la France, à Marseille.

Marseille donc. Une vieille dame a été assassinée. « Il n’étaient que trois à l’enterrement de la mémé. Dachi El Ahmed, Nestor Patipoulos, ébéniste retraité, et le chien. » (p. 9). Le chien, c’est un Beagle « au pelage ras et chamarré, noir, blanc et feu. » (p. 9), il s’appelle Hassan. À la sortie du cimetière, Hassan grogne contre deux hommes qui observent dans une BM grise. « Lui, il sait, lâcha Patipoulos en hochant la tête. – Quoi donc ? – Il sait pourquoi ils ont tué mémé. » (p. 10). La mémé, c’était Liliana Oumaraq ; personne ne savait d’où elle venait mais elle avait recueilli le Beagle chapardeur après que l’épicier ait mis sa tête à prix ! Quant à Dachi, il est considéré comme un sage dans la cité : il modère, il enquête, il enseigne l’histoire des mathématiques à l’université et il récite les vers d’Omar Khayyâm et de Georges Brassens ; il est cool mais, lorsqu’il apprend que le vieux Patipoulos a été agressé chez lui (et hospitalisé par sa fille, Léda… une bombe !), il recueille Hassan et décide d’enquêter. Les deux hommes dans la BM, ce sont des Russes, Igor et Vassiliev, pas des tendres : ils doivent récupérer Hassan mais ils ne savent pas que c’est un chien et leur riche voiture a déjà été repérée dans la cité par la bande de Hocine.

Ma phrase préférée. « Deux Russes sur le dos, un Apache qui avait pris la clé des champs, un Tchétchène agacé, une rousse exigeante et un petit Beagle à retrouver, ça faisait beaucoup pour un ermite. » (p. 104).

Voilà, le décor est planté, les personnages aussi (même s’il y en a quelques autres qui apparaissent) et vous allez lire un polar déjanté, une enquête sans police, et passer un bon moment avec Hassan ! Je ne vous en révèle pas plus pour que vous découvriez ce roman policier atypique et drôle (même burlesque à un moment). Je ne vous dis pas que c’est un chef-d’œuvre mais j’espère que, comme moi, vous passerez un moment agréable.

Une lecture pour le Mois du polar et le challenge Polar et thriller 2019-2020 que je mets aussi dans Lire en thème (décidément beaucoup d’auteurs français en ce mois de février !) et dans le Petit Bac 2020 (dans la catégorie Animal avec chien).

Avalanche Hôtel de Niko Tackian

Avalanche Hôtel de Niko Tackian.

Calmann Lévy, collection Noir, janvier 2019, 270 pages, 18,50 €, ISBN 978-2-70216-329-0.

Genres : littérature française, roman policier.

Niko Tackian naît le 5 avril 1973 à Paris. Il étudie le Droit et l’histoire de l’art. Avant d’être romancier en polars/thrillers, il est journaliste, scénariste, réalisateur et auteur de bandes dessinées. Du même auteur chez Calmann Lévy : Toxique (2017), Fantazmë (2018) et Celle qui pleurait sous l’eau (2020). Avalanche Hôtel a reçu le Prix de la Ligue Imaginaire Cultura et le Prix Thrillers à Gujans-Mestras

6 janvier 1980. Joshua Auberson se réveille après avoir fait une chute. Il est nu dans une salle de bain de l’Avalanche Hôtel où il est agent de sécurité. Mais il ne se rappelle plus réellement ni de sa vie ni de Catherine Alexander qui a disparu le lendemain de ses 18 ans alors qu’une voix lui parle dans sa tête lui disant qu’elle est là depuis toujours. En tout cas, l’inspecteur Sylvain Lieber le soupçonne. « Sa blessure au front lui avait permis de quitter la salle et de gagner du temps. Mais elle l’avait aussi rendu suspect aux yeux de ce flic et ça commençait à l’inquiéter. Il fallait absolument qu’il réussisse à retrouver la mémoire pour se disculper de tout soupçon et recoller les morceaux de son identité. » (p. 21). Lorsqu’il rencontre Clovis, celui-ci lui dit que c’est lui qui travaille ici depuis 15 ans et il l’emmène à l’extérieur, sur une piste de bobsleigh, car « Il y a des choses qui doivent être faites à des moments précis. Tu comprends ? À DES MOMENTS PRÉCIS. » (p. 30).

3 janvier 2018. Joshua se réveille frigorifié dans une chambre d’hôpital. « Joshua Auberson, lieutenant de police à la brigade cantonale vaudoise » (p. 46). À son chevet, Sybille, sa collègue et amie. Chute sur plus d’un demi kilomètre, coups sur la tête, hypothermie, quelques légères lésions dans la zone de l’hippocampe… Tous pensent que Joshua a rêvé durant son coma car l’Avalanche Hôtel (ou plutôt le Bellevue Grand Palace) est fermé depuis des années et… il est en ruines !

L’enquête en cours concerne une jeune femme brune trouvée par des randonneurs et surnommée l’inconnue de Naye mais elle avait une photo en noir et blanc de Catherine Alexander, disparue 38 ans auparavant. Joshua est perdu… « ‘Le réel est parfois trompeur…’ Les mots de Clovis résonnaient à ses oreilles comme un avertissement sinistre. » (p. 90).

Avalanche Hôtel (belle couverture) est un polar noir aux allures de thriller, angoissant, à la limite du fantastique (l’auteur reconnaît le clin d’œil à Stephen King et à l’adaptation cinématographique de Shining). Les personnages sont bien pensés, le style est vif, la montagne est belle mais attention elle peut être dangereuse surtout en hiver. Ça ne m’a pas dérangée que le roman oscille entre polar et thriller, et je lirai certainement les autres titres de Niko Tackian (que je découvrais ici) avec les enquêtes de Tomar Khan. Le fait que ce roman traite du cerveau, de la mémoire, des souvenirs, de la généalogie cellulaire m’a beaucoup accrochée. L’auteur n’amène pas ses lecteurs à l’autre bout du monde (comme dans les thrillers en général) mais dans les montagnes enneigées des Alpes suisses et… dans les tréfonds de la mémoire !

« Je crois beaucoup à la mémoire des lieux, vous savez, avait-il dit pour ponctuer le récit de Joshua. Moi qui habite ici depuis des années, je peux vous dire qu’il s’en passe des choses… – Quel genre de choses ? – Des bruits de pas, des portes qui claquent… des lumières, même, et parfois de la musique. C’est comme si… comme si la mémoire du palace refusait de se vider totalement. » (conversation avec Robert, le gardien, p. 172).

« La vérité avait un prix. » (p. 215). « Oui, la vérité avait un prix mais Joshua était prêt à le payer. » (p. 2016).

Idéal pour Lire en thème (en février, un auteur français) et pour le Mois du polar inclus dans le challenge Polar et thriller 2019-2020 mais aussi pour Littérature de l’imaginaire #8 pour le côté fantastique.