Le Murder Club du jeudi de Richard Osman

Le Murder Club du jeudi de Richard Osman.

JC Lattès, collection Grands formats, avril 2021, 432 pages, 22,90 €, ISBN 978-2-70244-941-7. The Thursday Murder Club (2020) est traduit de l’anglais par Sophie Alibert.

Genres : littérature anglaise, premier roman, roman policier.

Richard (Thomas) Osman naît le 28 novembre 1970 à Billericay dans l’Essex (Angleterre). De 1989 à 1992, il étudie les sciences politiques et la sociologie au Trinity College de Cambridge. Il est surtout célèbre en tant que professionnel de la télévision anglaise en particulier la BBC et ITV (animateur, producteur, réalisateur). Une petite info qui n’a rien à voir avec la littérature, c’est un géant, il mesure 2,01 m. Une autre info, musicale celle-ci, son frère aîné, Mat Osman est le bassiste du groupe Suede. The Thursday Murder Club est son premier roman. Plus d’infos sur sa page FB et son compte Twitter.

Coopers Chase est un village de luxe pour les retraités. Joyce Meadowcroft, ancienne infirmière, vient de rencontrer Elizabeth qui « occupe l’un des appartements de trois chambres à Larkin Court » (p. 13) avec son mari Stephen et qui lui a posé des questions sur l’avenir possible d’une fille poignardée. Elizabeth a créé avec Penny Gray (une enquêtrice de police retraitée) le Murder Club du jeudi pour étudier de vieilles affaires classées, les fameuses cold case (et elles trouvent parfois quelque chose) mais Penny est en soins intensifs…

Les membres du Murder Club du jeudi sont Elizabeth (76 ans, je suis pratiquement sûre qu’elle était espionne !), Joyce (la nouvelle recrue, presque 80 ans), Ibrahim Arif (un psychiatre retraité de 80 ans) et Ron Ritchie (célèbre leader syndicaliste de 76 ans).

Donna de Freitas, 26 ans, agente de police au poste de Fairhaven, fait la connaissance des quatre membres du Murder Club du jeudi lors d’une conférence à Coopers Chase.

Il y a deux narrations, Joyce qui écrit son journal et l’auteur qui va de l’un à l’autre des protagonistes. Beaucoup de digressions, d’humour so British et… des meurtres ! « Nous avons tous une histoire triste dans nos cartons, mais nous ne partons pas tous tuer des gens. » (p. 32).

Parmi les protagonistes, autres que les membres du Murder Club du jeudi. Ian Ventham, qui dirige Coopers Chase, est un gros connard (ce n’est pas dans le roman, c’est moi qui le dis) qui ne pense qu’à agrandir pour gagner plus d’argent quitte à abattre des arbres et à déplacer un cimetière (le site était un couvent pendant des siècles). Tony Curran, l’associé que Ventham vient de virer, est assassiné dans sa cuisine, « traumatisme contondant à la tête » (p. 58), bon vous verrez, ce n’est pas une grosse perte. Bogdan Jankowski, un Polonais, ouvrier doué quoique parfois peu regardant sur la qualité, est l’homme à tout faire de Ventham. Jason Ritchie, ancien boxeur, est le fils de Ron le syndicaliste et il a trempé dans des affaires louches par le passé.

En tout cas, exit les vieux dossiers d’affaires classées ! « Une véritable affaire, un véritable cadavre et, là, quelque part dans la nature, un véritable assassin. » (p. 59). Elizabeth, Joyce, Ibrahim et Ron sont ravis mais comment entrer dans l’enquête menée par Chris Hudson ? « Elizabeth s’est aperçue qu’elle aimait beaucoup Donna et Chris. Le Murder Club du jeudi avait eu de la chance de tomber sur ces deux-là. » (p. 338). C’est que Donna a pu, grâce à un subterfuge d’Elizabeth, rejoindre l’équipe des enquêteurs et elle est « l’ombre » de Chris, une ombre bien utile et perspicace.

Mais, lorsque le principal suspect est lui aussi assassiné… « Nous avons donc tous été témoins d’un meurtre, fait Elizabeth. Ce qui, cela va sans dire, est fantastique. » (p. 213), tous deviennent des suspects potentiels…

J’ai vraiment aimé les relations entre les différents personnages, déjà les personnes âgées entre elles (en particulier avec Bernard, un veuf inconsolable), et ensuite les mêmes personnes âgées avec les policiers et les quelques autres personnages. Quant au style de l’auteur, il est excellent, soigné, fluide et ce roman, très bien construit, est à mon avis, un mélange de cozy mystery et de polar. Au gré des pérégrinations d’Elizabeth et Joyce, l’auteur balade ses lecteurs dans les petites villes de la campagne anglaise et envoie même Chris enquêter à Chypre (il en profite pour rappeler en toute discrétion qu’un pays européen est séparé en deux car envahi au nord par les Turcs). La fin est surprenante et n’amène pas à un tome suivant mais j’aimerais bien quand même !

D’autres l’ont lu et apprécié ou pas… comme Cannibal Lecteur en lecture commune avec Bianca, ou Maeve, et La Papivore l’a même lu in English.

Une lecture que je mets dans A year in England, British Mysteries #6, Challenge de l’été #2 (l’auteur est Anglais et nous fait voyager à Chypre, pas pendant tout le roman mais c’est assez important dans l’intrigue), Polar et thriller 2021-2022 et Voisins Voisines 2021 (Angleterre).

Challenge polar et thriller 2021-2022 avec Sharon

Ah, je l’aime bien ce challenge et, chaque année, je veux lire plus de romans policiers (chose faite pour les deux dernières éditions).

Tiens, j’ai envie de faire un petit historique de ce challenge : Cynthia a créé le ‘Challenge Thriller’ en 2011 et j’y ai participé avec mon ancien blog. Liliba l’a repris en 2012 sous le nom ‘Challenge thrillers et polars’ et, en ce qui concerne ces trois éditions (2012-2013, 2013-2014, 2014-2015), j’y ai également participé avec mon ancien blog. Ces deux blogueuses me manquent…

En 2015, c’est Sharon qui l’a repris sous le nom ‘Challenge polar et thriller’ et j’ai participé à toutes les éditions (qui vont de juillet en juillet), 2015-2016 (5 lectures), 2016-2017 (6 lectures plus un billet Quais du polar), 2017-2018 (13 lectures), 2018-2019 (9 lectures), 2019-2020 (33 lectures, record explosé grâce au confinement, autant de romans policiers lus durant cette édition que durant les 4 précédentes !) et 2020-2021 (33 lectures, idem).

Septième édition donc pour ce Challenge polar et thriller 2021-2022 avec Sharon, du 12 juillet 2021 au 11 juillet 2022. Infos, logos (créés par Belette Cannibal Lecteur) et inscription chez Sharon.

Mon logo préféré

Aucune restriction nous dit Sharon, toutes les destinations et tous les genres : romans policiers, romans noirs, thrillers, espionnage, romans policiers historiques, romans policiers fantastiques, nouvelles, bandes dessinées, mangas, romans policiers jeunesse, essais, biographies, mémoires, etc. et les nouvelles options, séries télévisées et cinéma, continuent.

Les catégories (facultatives) n’ont pas changé :
– jusqu’à 5 livres lus = Imogène
– de 6 à 15 livres lus = Montalbano
– de 16 à 25 livres lus = Miss Marple
– de 26 à 50 livres lus = Erlendur Sveinsson
– de 51 à 75 livres lus = commissaire Jules Maigret
– de 76 à 100 livres lus = Walt Longmire
– plus de 100 livres lus = Sherlock Holmes
– plus de 200 livres lus = Lucky Sherlock ou Belette Sharon 😉

Mes lectures pour ce challenge

1. Le cri de l’oiseau de pluie de Nadeem Aslam (Seuil, 2015, Pakistan)

2. Le Murder Club du jeudi de Richard Osman (JC Lattès, 2021, Angleterre)

3. La tour fantôme (tomes 1 à 3) de Tarô Nogizaka (Glénat, 2014, Japon)

Sa Majesté mène l’enquête 1 – Bal tragique à Windsor de S.J. Bennett

Sa Majesté mène l’enquête 1 – Bal tragique à Windsor de S.J. Bennett.

Presses de la Cité, mai 2021, 352 pages (l’éditeur annonce 280 pages mais mon livre contient bien 352 pages), 14,90 €, ISBN 978-2-25819-473-1. The Windsor Knot (2020) est traduit de l’anglais par Mickey Gaboriaud.

Genres : littérature anglaise, roman policier, espionnage.

S.J. Bennett, née en 1966, est en fait Sophia Bennett, autrice de romance et de romans jeunesse. Plus d’infos sur son site officiel, son blog et sa page FB (in English, of course). Bal tragique à Windsor est le premier tome d’une série de cozy mystery mettant en scène la reine Elizabeth II.

Avant de commencer ma chronique de lecture, je voudrais dire une chose. Le mot « cosy » existe en français, c’est un anglicisme qui signifie agréable, confortable. Mais le terme anglais consacré pour le genre littéraire qui nous concerne ici est cozy mystery ou cozies (au pluriel) et non « cosy mystery » comme je le vois un peu partout (ce qui m’énerve prodigieusement parce que, nous, Français, sommes pour la majorité incapables de respecter les mots ou les noms étrangers sans les déformer ou les franciser…). En tout cas, j’en disais plus sur le cozy mystery ici.

Avril 2016. Le lendemain d’une soirée dine-and-sleep et d’un bal à Windsor, un pianiste russe est « retrouvé mort dans son lit » (p. 14). La reine « avait rencontré ce jeune homme. Elle avait même dansé avec lui, en fait. » (p. 14). Mais, alors que le cadavre est emporté à la morgue, la reine apprend de son secrétaire particulier, sir Simon Holcroft, que le jeune artiste, Maksim Brodski (24 ans), était nu et pendu avec une ceinture de peignoir mauve dans la penderie… Shocking ? Même pas, la reine en a vu et entendu d’autres durant toutes ces années ! Cependant la reine doit accueillir le couple Obama donc « Ils revinrent aux affaires courantes. Tout cela était néanmoins très déstabilisant. » (p. 24) parce que ce n’est ni un suicide ni un accident mais un meurtre ! « Il y avait un assassin en liberté au château de Windsor. En tout cas, il y en avait eu un la veille au soir. » (p. 48).

C’est vraiment amusant de savoir que la reine Elizabeth II fait des recherches Google sur son iPad à 90 ans. J’ai aimé la tendresse et l’humour entre la reine et son époux, Philip (il lui ramène des caramels écossais dont elle raffole). Il y a des événements surprenants comme la balade surréaliste de la reine avec ses chiens (corgis et dorgis) et les policiers responsables de l’enquête, sous la pluie. So British, me direz-vous.

En tout cas, Humphreys, le directeur du MI5, est persuadé que ce meurtre a été commis par un agent dormant russe présent à Windsor depuis peut-être très longtemps… En grand secret, la reine et sa nouvelle secrétaire particulière adjointe, Rozie Oshodi, une jeune femme surdouée originaire du Nigeria, mènent l’enquête. C’est que « La reine résout des énigmes criminelles. Je crois qu’elle a démêlé sa première affaire dès l’âge de 12 ou 13 ans. Toute seule. Elle voit des choses que les autres ne voient pas – souvent parce qu’ils ont tous le regard rivé sur elle. Ses connaissances couvrent aussi énormément de domaines. Elle a un œil de lynx, du flair pour déceler les mensonges et une mémoire fabuleuse. » (p. 103-104).

Allez, venez admirer les tenues colorées de la reine, boire le thé en mangeant des scones, faire une balade royale à cheval ou à poney, découvrir ses souvenirs d’enfance ou de guerre… Et puis, essayez de respecter le protocole et de ne pas mettre les pieds dans le plat comme le président Obama : « – Je crois savoir que vous avez eu un petit problème ici. Avec un jeune Russe. Si nous pouvons aider d’une manière ou d’une autre… La reine se tourna vers lui avec une expression grave, puis sourit brièvement pour dédramatiser. – Merci. Nos services de renseignement semblent maîtriser la situation. Je crois qu’ils pensent que c’est le majordome qui a fait le coup. – Ce serait conforme à la tradition. – J’espère que ce n’est pas lui. Je suis plutôt attachée à mes domestiques. » (p. 208).

Quant à la reine, elle est bien au courant de l’évolution du progrès technologique et des mentalités. « Aujourd’hui, tout pouvait avoir des conséquences importantes. Personne ne savait plus garder un secret. » (p. 250). Mais elle enquête avec une si grande discrétion que pratiquement personne n’est au courant (sauf le lecteur mis dans la confidence bien sûr). D’ailleurs, le roman est très bien documenté même s’il y a un petit côté qui ne se prend pas au sérieux ; c’est léger, c’est frais (je veux dire pluvieux) et je prendrai grand plaisir à retrouver Rozie et la reine dans les tomes suivants.

Une jolie lecture pour le Mois anglais que je mets également dans A year in England, British Mysteries #6, Petit Bac 2021 (catégorie Lieu pour Windsor), Polar et thriller 2020-2021 et Voisins Voisines 2021 (Angleterre).

Fantômes et samouraïs d’OKAMOTO Kidô

Fantômes et samouraïs – Hanshichi mène l’enquête à Edo d’OKAMOTO Kidô.

Philippe Picquier, avril 2004, 416 pages, 21 €, ISBN 978-2-87730-715-4. Hanshichi Torimonochô 半七捕物帳 (1917-1937) est traduit du japonais par Karine Chesneau. Je l’ai lu en poche : Picquier poche, n° 298, collection L’Asie en noir, septembre 2007, 464 pages, 9,50 €, ISBN 978-2-87730-964-6.

Genres : littérature japonaise, nouvelles policières.

OKAMOTO Kidô (岡本 綺堂) est le nom de plume d’Okamoto Keiji (岡本 敬二), né le 15 octobre 1872 à Tôkyô. Son père, samouraï, travaille avec la légation britannique. Ses parents et sa sœur aînée se passionnent pour le kabuki (théâtre japonais traditionnel) et Okamoto les suit lorsqu’il est plus âgé. Entre le kabuki, les histoires de fantômes britanniques, la découverte de la poésie chinoise mais aussi de Shakespeare et de Sherlock Holmes et le voici paré pour devenir dramaturge et romancier ! Mais il rédige aussi, dès 1890, des comptes-rendus de représentations théâtrales pour le Tôkyô Nichi Nichi Shimbun et le Mainichi Shimbun (deux journaux quotidiens japonais) et devient reporter pour le Chûô Shimbun. Ses deux pièces les plus connues sont Histoire du fabricant de masques (Shuzenji monogatari 修善寺物語) et Histoire d’un plat brisé à Banchô (Banchô Sarayashiki 番町皿屋敷) et ses nouvelles policières, regroupées sous le titre L’étrange affaire de l’inspecteur Hanshichi (Hanshichi Torimonochô 半七捕物帳), sont publiées en feuilleton entre 1917 et 1937. Il meurt le 1er mars 1939 à Meguro (Tôkyô).

Le thème de mai pour Les classiques c’est fantastique #2 est voyage alors je vous emmène à Edo (ancien nom de Tôkyô) à deux périodes différentes, Edo et Meiji (explications plus bas), à savoir qu’à cette époque Edo était plutôt constituée de plusieurs villages qui sont devenus les quartiers de Tôkyô. J’espère que vous prendrez plaisir à cette visite d’Edo et de ses villages à travers ces nouvelles policières dont certaines ont plus d’un siècle. Kidô Okamoto est un des précurseurs de la littérature policière japonaise et il développe un genre spécifique, le torimonochô, littérature policière historique avec traditionnel japonais (fantômes…) et modernité (influence occidentale).

L’esprit d’Ofumi – Le narrateur entend parler de l’affaire d’Ofumi lorsqu’il a 12 ans mais ni son père ni son oncle ne veulent lui en parler parce qu’un samouraï donc « un guerrier se doit de ne pas croire aux êtres surnaturels » (p. 7). Ce n’est que deux ans plus tard qu’oncle K. (un autre oncle) lui en parle. « Ce genre de soirée convient parfaitement pour une histoire de fantômes. Tu n’es pas froussard, toi ? Je l’étais. Mais fasciné par tout ce qui fait peur, j’adorais écouter, oreilles grandes ouvertes et muscles tendus, toutes sortes de récits fantastique. » (p. 10). Toutes les nuits Omichi et sa fille de 3 ans, Oharu, voient une femme mouillée et blafarde en rêve, Ofumi, mais le mari, Obata, samouraï, refuse d’y croire. Le frère d’Omichi, Matsumura, décide d’enquêter. Oncle K., voisin des Obata, cadet oisif, 20 ans, propose son aide et c’est comme ça qu’il rencontre l’enquêteur Hanshichi. « Hanshichi était un personnage influent dans la corporation des enquêteurs. Mais pour quelqu’un exerçant ce genre de métier, il surprenait par son caractère d’un natif d’Edo, simple, ouvert et d’une rare intégrité ; jamais on n’avait entendu médire de lui ou laissé entendre qu’il se servait de son autorité d’agent du gouvernement pour se montrer dur envers les faibles. En un mot, il faisait preuve de compréhension envers tous. » (p. 26-27). « Beaucoup d’enquêtes allaient encore exciter mon imagination, car ces énigmes n’étaient qu’un jeu d’enfant pour Hanshichi qui les résolvait avec une grande facilité. Il était un peu le Sherlock Holmes de l’époque Edo. ». Cette histoire se déroule vers 1885, c’est-à-dire durant l’ère Meiji (1868-1912) qui fait entrer le Japon dans la modernité mais Hanshichi a commencé sa carrière à la fin de l’ère d’Edo (l’ère précédente, 1600-1868). Dix ans après (1895 donc, parce qu’il dit que la guerre sino-japonaise se termine), l’oncle K est mort et le narrateur, jeune journaliste, devient proche de Hanshichi à la retraite (il a plus de 70 ans). Les histoires qui suivent sont les enquêtes que Hanshichi raconte.

J’ai été un peu longue pour cette première enquête, histoire de présenter les personnages et la période mais je vais faire plus court pour les enquêtes suivantes.

La lanterne en pierre – Hanshichi raconte comment il est entré parmi les agents du gouvernement en devenant, à 19 ans (en 1842), le subordonné de l’enquêteur Kichigorô. Après avoir été prié au temple de Kannon, Okiku, 18 ans, a disparu et Seijirô, un des commis de la boutique, s’inquiète. « […] tous ne faisaient que soupirer, le visage décomposé et lugubre, incapables d’apporter à Hanshichi la moindre suggestion concernant la cachette de la jeune fille. » (p. 49). Et le lendemain, la mère d’Okiku est tuée… Cette énigme est la première enquête de Hanshichi qui est rapidement devenu chef enquêteur.

La mort de Kanpei – En décembre 1859, une « affaire a fait beaucoup de bruit à l’époque. Et elle m’a un peu cassé la tête. » (p. 78). C’est Okume, la sœur de Hanshichi, qui lui demande d’aider sa collègue, Moji Kiyo. Lors d’un spectacle de kabuki, Kakutarô, un jeune acteur qui jouait le rôle du samouraï Hayano Kanpei, faisant seppuku, est vraiment mort. Ce qui est amusant, c’est que Hanshichi fait semblant d’être ivre pour mener cette enquête.

À l’étage de la maison de bains – « Comme jusqu’à présent je ne t’ai conté que des réussites, aujourd’hui je vais te narrer l’une des erreurs que j’ai faites. Quand j’y repense, l’histoire était franchement ridicule. » (p. 112). Printemps 1863. Kumazô, un indic de Hanshichi tient une maison de bains et il trouve bizarre que, depuis près de deux mois, deux samouraïs viennent tous les jours après avoir déposé leurs sabres à l’étage (comme le veut le règlement). Seraient-ils de faux samouraïs ?

Le professeur-monstre – Juillet 1855. Mizuki Kameju, une professeur de danse, est morte. Elle était surnommée le professeur-monstre. « Mizuki Kameju était une femme sophistiquée dans le style des citadines, qui ne faisait pas son âge malgré ses quarante-huit ans. » (p. 148). Sa fille adoptive, Kameyo, qui devait prendre la relève avait la santé fragile et elle est morte d’épuisement à l’âge de 18 ans il y a un an. Les deux morts seraient-elles liées ?

Le mystère de la cloche d’incendie – « Il va sans dire que sonner la cloche d’incendie sans motif et perturber la ville du shôgunat et de sa cour était considéré comme un crime grave. » (p. 181). Mais, en plus de la cloche qui sonne toute seule, l’agression d’une femme, un kimono d’enfant qui marche seul, les gens prennent peur, « on en vint à penser que ce n’était probablement par l’œuvre d’un humain. » (p. 187).

La dame de compagnie – Août 1863. Ochô qui sert à la boutique de thé avec sa mère a disparu mais elle n’a pas d’amoureux. Okame, sa mère, et Hanshichi craignent un enlèvement. Dix jours après, Ochô est de retour mais elle est de nouveau enlevée. « Et cette fois, elle n’est pas rentrée ? Non, répondit Okame dont le visage s’assombrit. » (p. 226).

L’étang de la Ceinture-voleuse – Cet étang n’existe plus mais « C’est à une mystérieuse légende que l’étang de la Ceinture-voleuse doit son nom. » (p. 243). Mars 1859, « une ceinture de femme a été aperçue à la surface de l’eau, ce fut la panique générale. » (p. 244). Or la ceinture appartenait à Omiyo, 18 ans, qui est morte étranglée. En même temps, Senjirô, un jeune commerçant de 24 ans a disparu… Les deux affaires seraient-elles liées ?

La fonte des neiges au printemps – Janvier 1865. Alors qu’il neige, Hanshichi croise Tokuju, un masseur aveugle, mais celui-ci n’aime pas travailler au pavillon du Tatsuise car, bien que non-voyant, il trouve cette maison lugubre. « Comment dire, je ne peux pas vous expliquer, murmura Tokuju en se renfrognant. » (p. 280). Une terrible histoire d’amour…

Hiroshige et la loutre – Janvier 1858. Le corps d’une fillette inconnue de 3 ou 4 ans gît sur le toit de la maison d’une riche famille à Asakusa… « Quand une affaire de cette importance se produisait dans la demeure d’un grand samouraï, elle pouvait être réglée dans la plus grande discrétion sans être rendue publique. » (p. 309). La fillette n’a sûrement pas été enlevée par un tengu qui l’aurait laissée tomber ! Hanshichi raconte une deuxième histoire, septembre 1947, une histoire de loutre.

La demeure Belles-de-jour – Novembre 1956. Chaque année, les « fils des vassaux directs du shôgun » (p. 342) qui ont 12 ou 13 ans participent à un « examen de lecture à haute voix des classiques chinois à l’académie confucianiste Gakumonjo d’Ochanomizu » (p. 342) mais le jeune Sugino Daizaburô, 13 ans, fils unique, a disparu. Aurait-il été « enlevé par les esprits divins » (p. 350) ou par un renard ?

Chats en rébellion – Un jour, l’auteur arrive chez Hanshichi et il y a un chaton. Hanshichi se rappelle d’une histoire de chats en septembre 1862. Omaki, une veille femme de 70 ans a une « passion dévorante pour les chats » (p. 376), elle en avait une vingtaine, adultes et chatons, et, même si elles les nourrissaient très bien, ils volaient dans les cuisines des voisins… Les voisins sont très en colère et se débarrassent des chats.

La fille de la déesse Benten – Mars 1854. Alors qu’il adécidé de se rendre à la fête Sanja au sanctuaire shintô d’Asakusa, Rihei, un prêteur sur gages, vient consulter Hanshichi parce que Tokujirô, 16 ans, un des apprentis de son patron est subitement mort accusant Okono, une jeune femme du quartier, de l’avoir tué. Cette Okono, bientôt 30 ans, est toujours célibataire et surnommé « Benten Musume, la fille de la déesse du Bonheur » (p. 407). Dans cette histoire, on croise Osen, l’épouse de Hanshichi.

La nuit de la fête de la montagne – Mai 1862, Hanshichi se rend à Hakone (ah que j’ai aimé ce beau site !) avec un jeune collègue, Takichi, mais un double meurtre a lieu à l’auberge. « Takichi expliqua que les deux marchands de Sunpu qui logeaient ensemble au premier étage, à l’arrière de l’auberge, avaient été assassinés et qu’on leur avait dérobé leur argent. » (p. 443). Le serviteur d’un jeune samouraï serait impliqué.

Les enquêtes sont délivrées dans le désordre, au fur et à mesure des rencontres – prévues ou fortuites – entre Hanshichi et l’auteur, et des souvenirs de Hanshichi. Hanshichi est entré dans la police lorsqu’il avait 19 ans, en 1842 (c’était l’ère d’Edo). La plus ancienne enquête qu’il raconte dans ce recueil date de 1842 et la plus récente de 1865. Mais Hanshichi et l’auteur se sont rencontrés une première fois en 1885 puis en 1895 et ensuite régulièrement soit chez le vieil homme soit à l’extérieur (durant l’ère Meiji donc). Le lecteur a ainsi un large panorama de la fin de l’ère d’Edo (1600-1868) et du début de l’ère Meiji (1868-1912), entre 1842 et 1865. Idéal pour le challenge Les classiques c’est fantastique #2, le thème de mai étant voyage.

Chaque fois qu’on pense qu’il y a du surnaturel dans une histoire, Hanshichi prouve le contraire par la logique car il a une façon de pensée similaire à celle de Sherlock Holmes. En moins poussée mais on voit bien que l’auteur a été inspiré par le personnage anglais. En tout cas, le narrateur présente souvent les histoires comme du théâtre kabuki en particulier pour les décors et les détails.

Un bon point : les notes sont en bas de page (je préfère ça que être obligée d’aller à chaque fois en fin de volume).

Un deuxième tome, Fantômes et kimonos – Hanshichi mène l’enquête à Edo, est paru chez Philippe Picquier en mai 2006 et… je l’ai aussi en poche sur mes étagères, une future lecture donc !

En plus de Les classiques c’est fantastique #2 cité plus haut, je mets cette chouette lecture dans 2021, cette année sera classique, Challenge lecture 2021 (catégorie 12, un livre d’un auteur japonais, 2e billet), Hanami Book Challenge (menu 1 Au temps des traditions, sous-menu 1 Pour la gloire de l’empereur), Polar et thriller 2020-2021, Projet Ombre 2021 et Les textes courts (recueil de 14 nouvelles) et bien sûr Un mois au Japon (qui a continué en mai).

Novela Negra, le polar latino (film documentaire)

Mercredi soir, j’ai regardé en deuxième partie de soirée sur Arte Novela Negro, le polar latino, un documentaire de 56 minutes réalisé par Andreas Apostolides (Grèce) en 2020.

Comme vous le devinez, ce documentaire parle du roman noir, du roman policier dans les pays d’Amérique du Sud des années 70 à nos jours. Et je me suis dit que j’allais le regarder et prendre quelques notes pour en parler dans le cadre du Mois espagnol et sud américain.

« Dans les années 70, un nouveau genre de roman policier a été créé en Amérique latine. » Des images d’archives en noir et blanc puis en couleurs, des extraits de romans lus par des auteurs, des extraits de films noirs… Plusieurs auteurs racontent leur vision du roman noir et leur écriture de romans policiers différents des romans européens et états-uniens même si le roman noir et les films noirs français (qui arrivent en Amérique latine dans les années 70) sont pris en exemple.

Paco Ignacio Taibo II (Mexique) parle de la « réinvention du genre » dans les années 70 avec les dictatures militaires puis Luis Sepúlveda (Chili) continue en expliquant que dans le genre noir classique, les auteurs ont rajouté de l’Histoire, beaucoup d’histoire (« l’une des dernières interviews avant sa disparition en avril 2020 »). Interviennent ensuite Claudia Piñeiro (Argentine), Leonardo Padura (Cuba), Juan Sasturain (Argentine), Santiago Roncagliolo (Pérou) ainsi que deux spécialistes (un journaliste et un professeur universitaire dont je n’ai pas noté les noms).

Des romans noirs urbains qui dénoncent la violence, les crimes, les crimes d’État et le pouvoir corrompu. C’est que, dans toutes les grandes villes d’Amérique latine, la promiscuité entre les riches et les pauvres (qui arrivent de la campagne et qui se sentent comme sur une autre planète) engendre des inégalités croissantes et un basculement vers des dictatures en particulier en Argentine et au Chili (avec tortures, exécutions, crimes non élucidés, enfants disparus…).

Ce documentaire – et les romans noirs (romans politiques et sociaux) écrits par les auteurs cités ci-dessus – révèlent la face cachée des grandes villes : Mexico, Buenos Aires, La Havane, Santiago du Chili, Lima.

Une seule autrice dans ce documentaire, Claudia Piñeiro, une « écrivaine à part », différente dans le monde du roman policier, peut-être parce que ses romans sont plus récents (années 2000-2010).

Vous pouvez (re)voir cet instructif film documentaire sur Arte jusqu’au 10 juillet 2021, profitez-en !

L’énigme de la porte Rashomon de I.J. Parker

L’énigme de la porte Rashomon – Une enquête de Sugawara Akitata de I.J. Parker.

Belfond, février 2007, 456 pages, épuisé, ISBN 978-2-71444-224-6. En poche chez 10/18, avril 2008, 512 pages, épuisé, ISBN 978-2-26404-637-6. Rashomon Gate (2002) est traduit de l’américain par Mélanie Blanc-Jouveaux.

Genres : littérature états-unienne, roman policier, sur le Japon.

I.J. Parker naît en 1936 à Munich en Allemagne. Elle étudie d’abord à l’Université de Munich puis se rend aux États-Unis où elle passe une maîtrise à l’Université du Texas (1962) et un doctorat à l’Université du Nouveau-Mexique (1971). Elle épouse Anthony R. Parker et devient Américaine. Elle enseigne les langues étrangères à l’Université Norfolk de Virginie puis se consacre à l’écriture. Puisqu’elle est spécialiste de l’histoire et de la culture japonaises, elle crée l’enquêteur Akitada Sugarawa en 1997 dans la nouvelle Instruments of Murder publiée dans Alfred Hitchcock’s Mystery Magazine (Prix Shamus). L’énigme de la porte de Rashomon paraît en 2002, suivront L’énigme du paravent des enfers (2003), L’énigme du dragon-tempête (2005, qui serait en fait le tome 1), L’énigme de la flèche noire (2006), L’énigme du second prince (2007), Le sabre du condamné (2009) et 14 autres titres (2010-2019) non traduits en français. Plus d’infos sur son site officiel.

Kyôto, XIe siècle. Orphelin de père, Sugiwara Akitada, 30 ans, est clerc de justice confirmé au ministère de la Justice où il s’ennuie. Il vit avec sa mère, ses deux jeunes sœurs et ses deux serviteurs : Seimei, 60 ans, le vieux serviteur de la famille Sugiwara, devenu scribe et intendant est son secrétaire particulier, et Tora, 20 ans, est son jeune serviteur touche à tout.

Alors qu’un corps décapité a été retrouvé à la porte Rashomon, Hirata, l’ancien professeur de Droit d’Akitada, lui demande de résoudre une énigme de chantage. Voici donc Akitada qui retourne à l’université mais en tant que maître de conférences. Akitada est proche de ce professeur chez qui il a vécu et il est attiré par sa fille unique, Tamako, 22 ans.

Voilà pour les personnages principaux et il y aura bien sûr les autres professeurs et les étudiants de l’université.

« Quoiqu’elle fût une simple couverture destinée à faciliter ses allées et venues dans l’enceinte de l’université, sa mission d’enseignement avait pris des proportions inquiétantes, car Akitada jugeait impossible de duper des jeunes gens brillants s’il ne se montrait pas à la hauteur de sa tâche. » (p. 38).

Akitada découvre une université différente de celle qu’il a fréquentée des années auparavant. Moins de subventions, pauvreté, mauvaise nourriture malgré les efforts du cuisinier, étudiants obligés de travailler, dissensions entre professeurs… « Les professeurs sont-ils toujours aussi hostiles les uns envers les autres, ou bien toutes ces chamailleries sont-elles dues à ce qui s’est passé au printemps dernier ? » (p. 99).

De plus, depuis la mort de son grand-père, le jeune seigneur Minamoto Sadamu, 11 ans, a été laissé ici par un certain seigneur Sakanoue mais celui-ci « s’était débarrassé du garçon au plus vite, sans même respecter un délai convenable » (p. 83) d’autant plus qu’il a épousé la sœur (15 ans) et quitté le domaine seigneurial…

Alors que tout le monde se rend à la fête du printemps, Akitada trouve dans le parc une jeune fille assassinée, celle-là même qui prenait un cours de luth avec le professeur Sato. Le capitaine de police Kobe mène l’enquête mais n’a pas les mêmes idées qu’Akitada. Un étudiant est arrêté, Nagai Hiroshi, surnommé Lapin. Puis, après la fête de Kamo, c’est le professeur Oe qui est retrouvé égorgé. « Rashomon connaissait des temps difficiles. À présent, rarement gardée, elle était devenue le repaire des vagabonds, des voleurs en tout genre et des rebuts des provinces. La nuit, comme les gens ordinaires évitaient soigneusement l’endroit, il était le refuge idéal des criminels. » (p. 307-308).

Akitada va résoudre quatre meurtres, celui du prince Yoakira, le grand-père du jeune Sadamu, un de ses élèves, celui d’Omaki, la jeune fille qui étudiait le luth, celui du professeur Oe et celui du professeur Hirata. Pour cela il va être aidé par Seimei (tout ce qui est administratif) et par Tora (sur le terrain). C’est parfois un peu long mais I.J. Parker maîtrise bien ses connaissances sur le Japon féodal du XIe siècle et le lecteur apprend beaucoup de choses.

Deux bémols. Les Japonais utilisent le nom de famille alors que l’autrice utilise leur prénom (c’est pourquoi j’ai utilisé également les prénoms dans ma note de lecture) et qu’elle écrit avec une mentalité plus américaine que japonaise. J’ai été surprise que ce tome, annoncé comme un premier tome, soit en fait le deuxième puisqu’il y a plusieurs références aux événements qui se sont précédemment déroulés dans L’énigme du dragon-tempête.

Mais les personnages et les descriptions sont agréables donc à découvrir pour ceux qui aiment les romans historiques policiers et le Japon ! Malheureusement les autres titres sont majoritairement épuisés chez Belfond et il n’y a que trois titres encore disponibles chez 10/18

Lu durant la Semaine à mille pages pour Un mois au Japon, je mets ce roman dans Hanami Book Challenge (menu 1, Au temps des traditions, sous-menu 1, Pour la gloire de l’empereur), Petit Bac 2021 (catégorie Lieu pour la célèbre Porte Rashomon) et Polar et thriller 2020-2021.

Erectus de Xavier Müller

Erectus de Xavier Müller.

XO, novembre 2018, 440 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-84563-617-0.

Genres : littérature française, thriller, science-fiction.

Xavier Müller naît le 3 octobre 1973 en France. Il est Docteur en Physique, journaliste scientifique et romancier. Il me semblait bien que cet auteur me disait quelque chose ! J’ai lu il y a bientôt 10 ans son premier roman, Dans la peau d’un autre, un thriller à la fois scientifique et science-fiction (comme Erectus).

Province de Mpumalanga, Afrique du Sud, 13 juin. Petrus-Jacobus Willems, le gardien, et sa chienne boerbel Chaka entendent l’alarme. Les scientifiques fuient et il est chargé de fermer le laboratoire. « Contentez-vous de tout fermer et barrez-vous. » (p. 14). Mais, avant de partir, le gardien vole un singe capucin et un chimpanzé mord Chaka…

Pretoria, Afrique du Sud, 10 juillet. La virologue Cathy Crabbe et son assistant, Mike Jones, analysent des cellules d’éléphanteau du Wildlife Center du Parc Kruger. L’éléphanteau est-il malade, serait-ce « une variante du virus Ebola » (p. 27) ? En tout cas l’agent pathogène provoque des métamorphoses, non seulement sur l’éléphanteau mais aussi sur Kanzi, un gibbon du laboratoire. Cathy rédige donc une déclaration de maladie inédite et donne le nom de virus Kruger.

Que je déteste les tests sur les animaux ! Ils mènent à la catastrophe… Mais j’ai bien aimé comprendre tout ce qui se met en place dans un tel cas de contamination, tout ce qui se déclenche jusqu’à l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) et surtout le choix des membres d’une équipe restreinte, les risques encourus comme « le risque de contamination, le risque écologique, le risque sanitaire » (p. 91).

Faut-il accepter la « règle implicitement admise : la loi de Dollo. En substance cette loi pose que l’évolution est un phénomène à sens unique. Une flèche pointée vers le futur. Pour vous donner un exemple concret, les serpents ne récupéreront jamais les pattes de leurs ancêtres lézards. Ou bien ce serait au prix de millions d’années d’adaptation à un nouvel environnement… L’idée d’une possible régression des espèces serait… comment vous dire… » (Nicolas Barenski, directeur du Museum d’histoire naturelle de Paris, p. 40) ou penser que l’éléphanteau et le gibbon aient pu être transformés par un virus « en un genre de cousin[s] de [leur] version ancestrale. » (p. 39).

En tout cas, s’il y a une scientifique qui défend la théorie de la régression, de l’évolution à contre-sens, c’est la Française Anna Meunier, trentenaire, paléontologue marginalisée par ses confrères et pourtant « Brillante, maligne, réalise. » (p. 41). Mais elle travaille sur des fouilles à Kaimana en Nouvelle-Guinée. Anna abandonne le fossile complet de l’archéoptéryx qu’elle vient de découvrir avec ses étudiants pour suivre Lucas Carvalho, biologiste de l’OMS, en Afrique du Sud.

Le responsable du Wildlife Center du Parc Kruger, Dany Abiker, présente l’éléphanteau, surnommé Quatre-Défenses par son petit-fils, Kyle, aux deux scientifiques. L’éléphanteau est devenu un gomphotherium (un de ses lointains ancêtres). Dany Abiker a construit un enclos dans lequel vivent une girafe et son girafon devenus des giraffokeryx qui « vivaient il y a trente millions d’années » (p. 76), quatre gomphotheriums adultes et un dinohippus, l’ancêtre du zèbre. « […] le virus qui avait contaminé ces animaux provoquait bien une régression évolutive semblable à celle subie par son dinosaure à plumes en Nouvelle-Guinée. Cela expliquait l’anomalie chronologique. Restait à prouver la récurrence du phénomène. Le virus avait frappé dix millions d’années auparavant et aujourd’hui. À deux reprises, donc. Au moins deux… » (p. 77). Mais « il y a un détail qui cloche. […] Le zèbre a régressé de vingt-cinq millions d’années, environ. Le gomphotherium aussi. Mon fossile de dix et les fleurs d’acacia de cent trente ! […] ces bonds paraissent aléatoires. Cela peut frapper une large palette d’espèces sur un delta de plusieurs millions d’années. […] Nous devons stopper ce virus avant qu’il n’infecte la planète. » (p. 83).

Quant aux moqueries de certains collègues scientifiques sur le « virus des cavernes » (p. 34), je me demandais s’il y avait des cavernes au Parc Kruger, eh bien la réponse est simple : « Nulle part vous ne trouverez de cavité souterraine dans la région. » (Dany Abiker, p. 113). Il faut croire que certains scientifiques malgré leur intelligence scientifique sont stupides…

Je précise que ce roman est paru en novembre 2018 soit deux ans et un trimestre avant la pandémie du coronavirus mais ce virus Kruger (de fiction ?) qui se transmet, non seulement aux animaux et aux végétaux mais aussi aux humains, nous questionne sur d’autres virus comme le sida, Ebola, la grippe aviaire et bien sûr les coronavirus découverts plus récemment. « Nous ignorons tout ou presque des mécanismes biologiques de la régression. Nous présumons juste qu’elle est causée par le réveil de gènes silencieux qui peuplent notre génome. » (p. 172).

Les personnages oscillent entre leur vie professionnelle intense (et indispensable pour l’humanité) et leur vie privée. Par exemple, Anna Meunier a un amoureux, Yann Lebel, chercheur océanographique qui va d’ailleurs se retrouver face à un pakicetus, l’ancêtre de la baleine, et Stephen Gordon, le patron de Lucas Carvalho à Genève, s’occupe de Lauryn, sa fille devenue mutique depuis que sa maman est morte. Cela les fait paraître plus humains, plus proches du lecteur.

J’ai dévoré ce roman, en deux fois, et j’ai pris moins de notes la deuxième fois mais j’ai tout de même noté deux extraits. Le premier au sujet du laboratoire Futurabio qui crée des produits à partir de la Nature donc sensés être bons et sains (et bio en plus). « […] deux hypothèses. La première partait du postulat que Futurabio avait découvert le virus dans le parc Kruger et construit un labo pour l’étudier en 2011. Leur erreur aurait alors été d’embaucher comme agent de sécurité un trafiquant d’animaux sauvages qui avait exporté le virus. La seconde hypothèse supposait que Futurabio était la source même du problème. Ses chercheurs auraient créé le Kruger, ou modifié un virus préexistant, et, intentionnellement ou non, l’auraient laissé s’échapper dans la nature. Dans les deux scénarios, leur responsabilité était engagée […]. » (p. 228-229).

Le deuxième concerne la gestion russe du virus après qu’il ait contaminé des humains. « Donc l’humanité s’apprête à vivre terrée à l’intérieur de ses frontières pendant les mois à venir, l’économie est en train de s’effondrer, et tout ce que propose l’OMS, si je vous suis bien, c’est : ‘Il nous faut plus de lits pour accueillir les malades infectés !’ Et ensuite monsieur Gordon, que ferez-vous de ces… erectus ? » (Andreï Akoulov, responsable russe au siège de l’OMS à New York, p. 266).

Je ne suis pas surprise de voir que tout est plausible, tout est possible, et que le monde est en train de vivre ça depuis un peu plus d’un an avec un autre virus et, que la contamination soit « naturelle » ou créée par des scientifiques, qu’elle apparaisse sur un continent ou sur un autre, elle a vite fait le tour du monde pour devenir une pandémie. L’auteur met dans ce roman de la science (pour nous faire réfléchir) et de la fiction (pour nous divertir) et livre un très bon roman cauchemardesque. On sait tous maintenant qu’un virus dans la vraie vie peut être lui aussi cauchemardesque mais laissez-vous quand même tenter par Erectus !

Il existe un mini-site consacré à Erectus et un deuxième tome, Erectus – L’armée de Darwin, paru en février 2021, que je veux lire absolument.

Pour les challenges À la découverte de l’Afrique, Animaux du monde #3, Challenge lecture 2021 (catégorie 39, un livre dont le titre est dans une langue étrangère, Erectus étant du latin), Littérature de l’imaginaire #9, Petit Bac 2021 (catégorie Être humain avec Erectus pour Homo Erectus), Polar et thriller 2020-2021 et Printemps de l’Imaginaire Francophone (un auteur à découvrir absolument avec Dans la peau d’un autre ou avec Erectus).

L’attaque du Calcutta-Darjeeling d’Abir Mukherjee

L’attaque du Calcutta-Darjeeling d’Abir Mukherjee.

Liana Levi, collection Policiers, octobre 2019, 400 pages, 21 €, ISBN 979-1-03490-190-6. A Rising Man (2017) est traduit de l’anglais par Fanchita Gonzalez Batlle.

Genres : littérature anglo-indienne, roman policier, premier roman.

Abir Mukherjee naît en 1974 à Londres dans une famille indienne mais il grandit en Écosse. Diplômé de la London School of Economics, il travaille dans le monde de la finance puis se lance dans l’écriture de romans historiques policiers. L’attaque du Calcutta-Darjeeling est le premier tome de la série avec le capitaine Sam Wyndham et le sergent Surendranath Banerjee (*). Ce premier roman est lauréat du Historical Dagger Award 2017 et du Prix du polar européen 2020. Les autres romans de la série sont A Necessary Evil (2017) soit en français Les princes de Sambalpur (Liana Levi, 2020), Smoke and Ashes (2018), Death in the East (2019) et un roman indépendant de la série, Sin is the New Love (2018). Plus d’infos sur le site d’Abir Mukherjee.

(*) Un Surendranath Banerjee a réellement existé (1848-1925), c’était un homme politique indien qui a créé la Indian National Association (une organisation nationaliste) avec Ananda Mohan Bose en 1876 (à noter qu’il y a une madame Bose dans le roman mais, bon, elle a une autre fonction…). Comme les Britanniques n’arrivent pas (ou ne font pas l’effort ?) à prononcer correctement les (pré)noms indiens, le sergent Surendranath Banerjee est surnommé en anglais Surrender-Not ce qui signifie « abandonner-non » (en français Satyendra, devient simplement Sat). Quant au nom de l’auteur, Mukherjee donc, il y a dans le roman un chef d’organisation « nommé Jatindranath Mukherjee, que les indigènes appelaient « Bagha Jatin », le Tigre. » (p. 171) et ce penseur révolutionnaire a réellement existé (1879-1915), un ancêtre de l’auteur ?

Quartier de Black Town, Calcutta., avril 1919. Un sahib (un Britannique) a été retrouvé égorgé dans une ruelle nauséabonde près d’un bordel. Le capitaine Samuel (Sam) Wyndham, un ancien de Scotland Yard arrivé en Inde depuis une semaine, son second l’inspecteur adjoint Digby, et le sergent Satyendra (Sat) Banerjee mènent l’enquête. « Inhabituel de trouver un cadavre de sahib dans cette partie de la ville. » (p. 13). Le mort est Alexander MacAuley, un haut-fonctionnaire proche des nantis et du gouverneur…

Ce poste de capitaine au Bengale, Wyndham l’a eu grâce à Lord Charles Taggart, le chef de la police mais Digby est mécontent car la promotion qu’il espérait lui est passée sous le nez.

J’ai aimé l’honnêteté de Banerjee. « Banerjee réfléchit un instant. ‘Je crois qu’un jour nous pourrons effectivement obtenir notre indépendance. Ou bien les Britanniques pourraient partir définitivement. Dans un cas comme dans l’autre je suis certain qu’un tel événement ne sera pas le signal de la paix universelle et de la bonne volonté parmi mes concitoyens, quoi que puisse en penser M. Gandhi. Il y aura encore des meurtres en Inde. Si vous partez, monsieur, nous aurons besoin de compétences pour occuper les postes que vous laisserez vacants. C’est aussi valable pour faire respecter la loi que pour le reste. » (p. 28).

J’ai aimé aussi en apprendre un peu plus sur le passé de Wyndham, son enfance, orphelin de mère, père remarié, internat, entrée dans la police grâce à un oncle, puis la brigade criminelle, le mariage avec Sarah, l’incorporation dans l’armée en janvier 1915, sa montée en grades, cette première guerre mondiale dans laquelle il a tout perdu (son père, son demi-frère, ses compagnons d’armes, tous morts, et même Sarah de la grippe espagnole…), lui-même ayant été gravement blessé dans une tranchée française sous les bombes allemandes. Tout ça fait l’homme, le policier, qu’il est devenu et explique son départ pour l’Inde puisqu’il n’avait plus personne en Angleterre.

« Le Bengale : terre verdoyante, d’abondance et d’ignorance. Il m’est apparu comme un pays de jungle fumante et de mangrove détrempée, plus d’eau que de terre. Son climat était hostile, tantôt desséché par un soleil brûlant, tantôt trempé par les pluies de la mousson, comme si Dieu lui-même, dans un mouvement d’humeur, avait choisi dans la nature tout ce qui était abominable pour un Anglais et l’avait installé dans cet endroit maudit. Il allait donc de soi que c’était ici, à quatre-vingt miles à l’intérieur des terres, dans un marais à malaria sur la rive occidentale du Hoogly boueux, que nous devions juger souhaitable de construire Calcutta, notre capitale indienne. Je suppose que nous aimons les défis. » (p. 38-39). Je ne savais pas que Calcutta était une ville (commerciale) construite de toute pièce par les Britanniques ! Dans le style « néo-classique colonial – tout en colonnes, corniches et fenêtres garnies de volets –, elle était peinte en bordeaux. Si le Raj, l’Empire britannique d’ici, a une couleur, c’est le bordeaux. » (p. 40).

Dans ce premier roman, j’ai trouvé vraiment intéressant qu’un Anglo-Indien donne la parole à un Anglais (Wyndham) et à un Indien (Banerjee) et que les deux puissent confronter leurs avis, pas toujours divergents. Et puis il y a aussi de bonnes idées pour les femmes. « C’est étonnant qu’un homme aussi haut placé que MacAuley ait eu une femme comme secrétaire. Mais les temps changent. En Angleterre aussi on dirait qu’il y a beaucoup plus de femmes qui exercent le métier d’hommes envoyés dans les tranchées. Maintenant que la guerre est finie elles n’ont pas l’air pressées de retourner à la cuisine. Je trouve cela très bien. Tout homme qui a passé du temps dans un hôpital de campagne soigné par des infirmières est prêt à vous dire que davantage de femmes au travail est une chose à encourager chaudement. » (p. 50). D’ailleurs la secrétaire de MacAuley s’appelle Annie Grant et elle va devenir amie avec Wyndham, de plus c’est non seulement une femme mais en plus une métis anglo-indienne. Elle fait partie des « Européens domiciliés. » (explications édifiantes p. 126-127).

Je reviens sur Calcutta, la ville étant un des personnages centraux de ce roman qui fait vraiment voyager (même si chaleur torride, humidité et moustiques ne font pas très envie…). « Rien, sauf peut-être la guerre, ne vous prépare pour Calcutta. » (p. 67). Selon le baron Robert Clive (1725-1774, apparemment, c’était quelqu’un de célèbre, ah oui, major-général, pair d’Irlande et gouverneur du Bengale), Calcutta est « l’endroit le plus cruel de l’Univers » (p. 67), gloups ! Et sur sa population : une des particularités des Bengalis – contrairement aux Pendjabis, aux Sikhs et aux Pathans, c’est de ne pas aimer se battre et de préférer les mots, c’est pourquoi les Britanniques craignent que les Bengalis manigancent et complotent. Mais Wyndham « aime beaucoup l’idée qu’un peuple préfère parler plutôt que se battre. » (p. 68). Vous voyez, ce roman est bien plus qu’un simple roman policier !

D’ailleurs revenons à l’enquête. Wyndham habite dans une pension (où la bouffe est dégueulasse) et il embauche Salman, un jeune conducteur (tireur en fait) de rickshaw pour pouvoir être conduit n’importe quand, de jour comme de nuit, n’importe où. En plus du meurtre de MacAuley, Wyndham et son équipe sont appelés sur l’attaque d’un train de nuit en provenance de la gare de Sealdah (Calcutta) à destination de Darjeeling (d’où le titre), attaque durant laquelle des indigènes ont tué le jeune Hiren Pal. Au mauvais moment au mauvais endroit ou les deux affaires sont liées ? « Une bande de dacoits attaque un train, tue un surveillant et s’en va sans rien voler ? C’est ridicule. […] tous les sacs de courrier sont toujours là, et comme je l’ai déjà dit, ils n’ont pas dépouillé les voyageurs. » (p. 91) mais « si leur objectif était le vol, pourquoi n’ont-ils rien emporté ? » (p. 96).

Les deux enquêtes se déroulent du mercredi 9 avril 1919 (pour MacAuley) / jeudi 10 avril 2019 (pour l’attaque du train) au mardi 15 avril 1919, ce sont donc des enquêtes courtes mais il s’en passe des choses, il y a des trahisons, des rebondissements et la fin est vraiment surprenante ce qui me donne très envie de lire la suite des aventures de Wyndham et Banerjee.

D’autant plus que j’ai aimé l’humour de l’auteur, un humour à la fois so british et à la fois indien. Voici trois extraits représentatifs. « Mieux vaut parfois ne pas se réveiller. Mais à Calcutta c’est impossible. Le soleil se lève à cinq heures en déclenchant une cacophonie de chiens, de corbeaux et de coqs, et au moment où les animaux se fatiguent, les muezzins démarrent, de chaque minaret de la ville. Avec tout ce bruit, les seuls Européens à ne pas être déjà éveillés sont ceux qui sont ensevelis au cimetière de Park Street. » (p. 81). « […] j’ai appris que la meilleure chose à faire dans une telle situation est de l’ignorer et d’aller déjeuner. L’ennui c’est que je ne sais pas où. Je ne suis pas à Londres. Ici, sous les tropiques, où un Anglais peut attraper la dysenterie rien qu’en regardant un sandwich comme il en faut pas, le choix d’un endroit où se restaurer est potentiellement une question de vie ou de mort. » (p. 119). « La pluie torrentielle a engorgé les égouts et transformé les rues en canaux, faisant de Black Town une Venise du pauvre, quoiqu’avec moins de gondoles et plus de rats noyés. » (p. 300).

Ce roman est vraiment complet, des personnages fouillés, des descriptions incroyables et un peu de géographie, deux enquêtes prenantes, de la politique (les lois Rowlatt contre le terrorisme viennent d’être votées), de l’Histoire (le Raj peut-il tenir face à la détermination des peuples ?), de l’humour (extraits ci-dessus) et une sérieuse analyse de la situation : « Je me sens gêné. Je lui dois la vie, et pourtant j’ai du mal à lui dire merci. C’est l’effet de l’Inde, difficile pour un Anglais de remercier un Indien. Bien sûr, c’est assez facile quand il s’agit de menus services tels qu’aller vous chercher à boire ou cirer vos bottes, mais quand on en vient à des questions plus importantes, comme dans notre cas, c’est différent. Cette idée me laisse un goût amer dans la bouche. » (p. 224).

Ma note de lecture est longue pourtant j’ai l’impression de ne pas vous avoir dit grand-chose ! Excellente lecture addictive pour Les étapes indiennes #2 que je mets aussi dans A year in England 2021 et British Mysteries #6 et Voisins Voisines 2021 (je rappelle qu’Abir Mukherjee est né à Londres) ainsi que dans le Challenge lecture 2021 (catégorie 7, un roman avec une couverture rouge), Petit Bac 2021 (catégorie Voyage, pour le train Calcutta-Darjeeling, bon ce n’est pas l’Orient-Express mais quand même !) et bien sûr dans Polar et thriller 2020-2021 et même dans le Mois du polar (car si je publie cette note de lecture maintenant, j’ai lu ce roman durant le week-end du 27-28 février, donc durant le Mois du polar).

Citation

Le manteau de neige de Nicolas Leclerc

Le manteau de neige de Nicolas Leclerc.

Seuil, collection Thrillers, février 2020, 352 pages, 19 €, ISBN 978-2-02142-690-8.

Genres : littérature française, roman policier, fantastique.

Nicolas Leclerc naît en 1981 à Pontarlier (Doubs). Après avoir étudié l’audiovisuel et le cinéma, il travaille pour la télévision. Le manteau de neige est son premier roman. Le deuxième, La bête en cage, est paru en janvier 2021 (j’ai hâte de le lire).

Village de Vuillefer dans le Haut-Doubs (village inventé, il existe un Vuillecin près de Pontarlier mais pas de Vuillefer). C’est l’hiver et le village est sous un manteau de neige.

Dans une ferme isolée, une vieille femme catatonique depuis plus de 20 ans se lève subitement et égorge son mari devant la chienne médusée. Étienne Devillers était un agriculteur retraité. À son enterrement, Alexandre, le fils qui n’avait plus de contact avec ses parents depuis des années, Laura son épouse, et Katia, leur fille, une adolescente qui souffre d’haptophobie (je ne savais pas ce que c’était).

Jugée irresponsable, la vieille femme, Louise, va être internée et Alexandre espère disposer de la ferme comme bon lui semble. « Qu’on s’en débarrasse de cette ferme. Qu’on en finisse une bonne fois pour toute. » (p. 27). Mais Alexandre ne peut pas vendre la ferme car c’est Katia qui en hérite et elle n’a que 16 ans. Peut-être qu’à sa majorité, elle voudra la vendre…

Dans la maison, Katia a des visions. « Une crise d’angoisse ? […] Des sensations inédites qu’elle ne peut pas expliquer, qu’elle n’arrive pas à comprendre. » (p. 43). Mais elle récupère la chienne, Malaga, qui devient le seul être vivant qu’elle peut toucher.

Lucie, la sœur de Louise, qui avait recueilli Alexandre lorsqu’il avait fui de la ferme, à l’âge de 10 ans, sait sûrement des choses mais elle ne veut rien dire à Laura. « Laisse le passé là où il est. Ça n’a rien à voir avec Vuillefer. » (p. 64). Mais comment laisser le passé alors que Katia est envahie par des choses horribles ?

Ce roman parle de prison mentale, de fantômes, de poltergeist (ça faisait longtemps que je n’avais pas vu ce mot, il était très à la mode dans les années 70 et 80 au cinéma et dans la littérature !).

Les parents de Katia se décident à la faire consulter Caroline Grunwald, une spécialiste des phénomènes paranormaux. « Cette gosse, c’est un don. Il faut lui faire prendre conscience de son importance, il est hors de question de gâcher une telle aptitude. Katia a déjà plus que largement prouvé son potentiel. » (p. 137).

Katia voit en fait deux fantômes, un homme qu’elle a surnommé l’Ogre et une jeune femme rousse (qui s’appelle Camille). Elle va découvrir des « événements dissimulés par les années, oubliés ou tus, qui demeurent gravés dans la mémoire du lieu. » (p. 174) et ça va mal se finir !

Sous ce manteau de neige immaculé, l’auteur décrit le Haut-Doubs (à ne pas confondre avec le Jura, merci !), les vallées, les fermes isolées, les fruitières à comté (miam !), les tuyés (miam aussi, même si je ne mange plus que très rarement de saucisses, mais l’odeur, hum…), les gens austères avec de graves secrets de famille qui remontent à la Seconde guerre mondiale et même avant.

Comme je participe au Printemps de l’imaginaire francophone (PIF), je voudrais dire qu’il y a un renouveau d’auteurs français qui allient avec brio thriller et fantastique (voire horreur). Depuis le début de l’année, j’ai lu La princesse au visage de nuit de David Bry, La mémoire du temps de Frank Leduc, Deux gouttes d’eau de Jacques Expert et Le manteau de neige de Nicolas Leclerc, quatre auteurs que je lisais pour la première fois. Évidemment, j’ai lu des avis mitigés : ceux qui ne voulaient que du thriller ont été chamboulés par le côté fantastique et ceux qui ne voulaient que du fantastique ont été dérangés par le côté enquête. Pas de cela chez moi, j’aime les deux genres et j’aime la fusion de genres, donc aucun problème pour moi comme je le disais déjà dans ma note de lecture de La princesse au visage de nuit de David Bry. Et puis ça fait du bien d’avoir un peu peur de temps en temps, non ? Non… Eh bien, tant pis pour vous !

Je mets cette excellente lecture dans d’autres challenges : Challenge lecture 2021 (catégorie 27, un livre d’un auteur originaire de votre région de naissance, zut, il faudra que je trouve un autre roman avec une couverture rouge pour la catégorie 7 !), Littérature de l’imaginaire #9, Petit Bac 2021 (catégorie Météo pour Neige) et Polar et thriller 2020-2021.

Deux gouttes d’eau de Jacques Expert

Deux gouttes d’eau de Jacques Expert.

Sonatine, janvier 2015, 336 pages, 19 €, ISBN 978-2-35584-316-7.

Genres : littérature française, roman policier.

Jacques Expert naît en 1956 à Bordeaux. Il est journaliste, producteur et directeur de programmes pour la télévision (TF1, M6, Paris Première, RTL). Deux gouttes d’eau est son troisième roman chez Sonatine après Adieu (2012) et Qui ? (2013) mais d’autres romans sont parus depuis 1989 chez d’autres éditeurs.

Après des années d’échecs et de déceptions, Sophie est enfin enceinte. C’est la première échographie à laquelle est présent Philippe Deloye, le futur papa. Et c’est une totale surprise, Sophie attend des jumeaux !

Des années plus tard, Élodie Favereau, 27 ans, est massacrée et décapitée à la hache dans son appartement de Boulogne-Billancourt. Les caméras de surveillance montrent Antoine Deloye, son compagnon. Le commissaire Étienne Brunet et le commissaire-divisionnaire Robert Laforge sont chargés de l’enquête. Mais Antoine Deloye, 28 ans, en larmes, nie toute implication. « Ce n’est pas moi […] C’est Franck […] Mon frère. Mon frère jumeau. C’est lui… Forcément… » (p. 26). Le problème, c’est que, s’ils ont deux caractères différents, les deux frères se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Et que Franck Deloye s’est présenté de lui-même au commissariat pour savoir ce que son frère avait encore fait ! « Plus tard, lorsqu’ils reparleront de cette première rencontre avec Franck Deloye, Laforge confiera à Brunet qu’à l’instant où il avait vu le frère d’Antoine, il avait compris que cette enquête en apparence si simple avait dérapé. Franck pouvait être l’assassin d’Élodie Favereau. Il ne lui accorde pas la moindre confiance. Et si Antoine disait la vérité ! La question s’impose à lui. » (p. 55).

Les chapitres concernant l’enquête alternent avec des chapitres en italique dans lesquels l’auteur présente l’enfance puis l’adolescence des jumeaux et les problèmes que leurs parents rencontrent. « […] ils se faisaient violence pour cacher leur désarroi quand ils étaient en leur présence. Ils s’ingéniaient à se comporter comme si tout allait bien. Mais quand ils se retrouvaient seuls, ils avaient des discussions interminables au cours desquelles ils tentaient maladroitement de se remonter le moral, de se dire qu’il n’y avait rien de si dramatique, finissant toujours pas conclure que la situation les minait de l’intérieur. » (p. 179-180).

Voici un roman rondement mené ! Je vous avoue que j’ai pensé Antoine innocent et Franck coupable, je ne sais trop pourquoi, peut-être que l’auteur veut emmener le lecteur à penser ça, puis à douter, à s’interroger sur la gémellité mais qui est coupable, Antoine, Franck ? C’est en lisant le roman, glaçant, intense et fascinant, que vous le découvrirez parce que Jacques Expert est véritablement un expert ! (bon, je sais, il était facile ce jeu de mots).

Un excellent roman policier (psychologique et machiavélique) pour Challenge lecture 2021 (catégorie 6, un livre dont le titre contient le nom d’une boisson pour Eau, mais j’aurais pu le mettre dans la catégorie 11, un livre dont le titre comprend un nombre), Mois du polar, Petit Bac 2021 (catégorie Aliment/Boisson pour Eau) et Polar et thriller 2020-2021.