Diskø de Mo Malø

Diskø de Mo Malø.

La Martinière, mars 2019, 416 pages, 20,90 €, ISBN 978-2-73249-026-7.

Genres : littérature française, roman policier.

Mo Malø… Je remets ce que j’avais rédigé pour Qaanaaq, le premier tome des enquêtes de Qaanaaq Adriensen : Difficile d’avoir des infos sur cet auteur (apparemment français) qui publie sous pseudonymes. Mo Malø est un de ses pseudonymes – pour son premier roman policier – et j’ai l’impression qu’il fait écho à Jo Nesbø (auteur de polars, norvégien).

Sept mois après les événements de Qaanaaq : meurtres au Groenland, Qaanaaq Adriensen s’est installé à Nuuk (sud-ouest du Groenland) avec ses jumeaux adoptés, Jens et Else, et il est devenu chef de police au Politigarden de Nuuk. « Outre son attachement pour ce lieu et ses habitants, l’envie d’élucider pour de bon le mystère de ses origines avait pesé lourd dans la balance. » (p. 31-32).

Le lecteur retrouve l’adjoint de Qaanaaq, Apputiku Kalakek dit Appu, et l’équipe du Politigarden, Søren, Pitak, Lotte, Bodil, entre autres et Mikkel, pilote du nouvel hélicoptère.

Dans la baie de Diskø, un homme a été retrouvé dans un bloc de glace ! « Comment ce type blond d’apparence solide, au regard clair et franc de Viking, avait-il pu finir sa vie prisonnier de ce linceul de glace ? » (p. 39). Le mort est Leonard Kelly, un glaciologue américain et Qaanaaq va avoir une sacrée surprise !

L’enquête avance mais Bodil, sœur d’Appu, réceptionniste au poste de police, est enlevée et une vidéo la montre dans une fosse de glace similaire à celle de Kelly : il ne lui reste que deux heures à vivre. « La logique de la banquise était brutale, mais imparable. » (p. 95).

« C’était lui, Qaanaaq Adriensen, que les criminels visaient à travers les différentes victimes. C’était à lui et personne d’autre qu’on s’en prendrait encore dans un proche avenir. » (p. 248).

Si le premier tome traitait du nationalisme inuit (par rapport à l’État danois) et était passionnant, celui-ci traite de l’écoterrorisme et le suspense est au rendez-vous, l’horreur même car les terroristes sont prêts à tout, même à détruire les icebergs qu’ils sont sensés protéger ! Mais l’enquête traîne un peu en longueur… Mais le lecteur apprend encore pas mal de choses sur le Groenland et aussi sur les icebergs et la banquise.

Qaanaaq continue de prendre beaucoup de photos avec son Blad (HasselBlad, marque d’appareils photos suédois) et les titres de chapitres sont les dates et intitulés de ses photos (alors que les titres des différentes parties sont des mots inuits correspondant aux saisons).

J’ai préféré Qaanaaq premier tome.

Une lecture que je mets dans le Petit Bac 2020 (pour la catégorie lieu avec Diskø qui est le nom d’une baie en face de la ville touristique d’Ilulissat au nord-ouest de Nuuk) et Polar et thriller 2019-2020.

Tamanoir de Jean-Luc André d’Asciano

Tamanoir de Jean-Luc André d’Asciano.

Aux Forges de Vulcain, mars 2020, 240 pages, 18 €, ISBN 978-2-37305-079-0.

Genres : littérature française, roman policier, fantastique.

Jean-Luc André d’Asciano naît à Lyon en 1968. Il étudie la littérature et la psychanalyse. Il écrit et crée les éditions l’œil d’or fin 1999 (maison d’éditions indépendante et associative). Du même auteur : Cigogne, un recueil de nouvelles (Serge Safran, 2015) et Souviens-toi des monstres, son premier roman (Aux Forges de Vulcain, 2019).

Je remercie les Forges de Vulcain de m’avoir envoyé ce roman que j’ai pu lire une semaine avant sa parution en librairie.

Premier chapitre. Une petite visite matinale au cimetière du Père-Lachaise ? Monsieur Bourdet, qui va partir à la retraite, fait le tour du propriétaire avec son remplaçant, le jeune Pierre. La curiosité de ce coin du cimetière où plus personne ne vient, c’est Monsieur-Doyen, un clochard qui vit dans un caveau depuis 10 ans : il pue, ne parle pas et vit entouré de mouches et de chats ! Mais, ce jour-là, deux tueurs sont bien présents et tuent les trois hommes. Trois ? Eh bien, non, le vieux clochard s’est redressé et s’est enfui avec une chatte.

Deuxième chapitre. Où le lecteur fait la connaissance de Nathanaël Tamanoir à la Tentation de Saint-Antoine, un bar populaire dans lequel il vient boire son café tous les matins. Tamanoir, c’est un surnom que lui avait donné des camarades. « Un animal au long nez, à la silhouette bizarre, mi-effrayante mi-burlesque, et qui marche sur ses poings fermés tant ses griffes sont longues, et non rétractiles. Son portrait tout craché. » (p. 21). Dans le journal, Tamanoir lit : « Deux membres des Anges du sous-sol, association caritative œuvrant au soutien des SDF, retrouvés morts au Père-Lachaise. Une balle dans la nuque pour l’un, une dans la hanche et dans l’œil pour l’autre… Cela ressemble à une exécution du milieu… Aucun témoin… Trente ans de métier… Un tout jeune homme, venant juste de se marier… Aucune piste n’est exclue… Même celle de l’erreur criminelle… » (p. 25).

Troisième chapitre. Tamanoir file au cimetière et rencontre quatre aristos qui se lamentent de la disparition de Papy-chat, donc le clochard, et de sa minette. Il peut voir une photo de Papy-chat. « Maigre. Les yeux tellement enfoncés dans leur cavité que l’on ne distingue pas leur couleur. Des sourcils énormes, noirs. Une barbe jaunâtre, avec des coulures partant de la bouche. Des cheveux longs. Une bouche aux lèvres larges. Un incroyable réseau de rides. Pas de calvitie. Une balafre part du front, passe sur l’œil, descend sur la joue. Une marque distinctive. Le Tamanoir sourit. » (p. 38).

Chapitres suivants. Tamanoir mène l’enquête et entraîne le lecteur dans les rues de Paris mais aussi dans ses sous-sols. Le cimetière du Père-Lachaise et les catacombes donnent un petit côté gothique à ce roman policier. Une « farce policière » nous dit l’éditeur. J’ai souri deux ou trois fois, mais cette « farce » est une véritable enquête menée par un détective pour le moins atypique et attachant.

J’ai beaucoup aimé cette expression : « association à but crapulatif » (p. 84) : bien trouvé !

Un extrait pour vous donner une idée du ton de ce roman (Coventina, l’amie de Tamanoir, a été enlevée et il vient de la retrouver) : « Coventina ! – Dingue ! Même quand on se fait enlever, on subit du Manterrupting… Bon. Les gars-là, ce sont de drôles d’oiseaux. Genre charognards éborgnés, mais ils sentent le militaire en goguette. Bêtes, efficaces, lents, toujours en groupe. Et méchants. Ils puent la mort glauque, le cauchemar cannibale et le goût du mal. Et le légionnaire aussi. – Ils sentent la bière et le sable chaud ? – Ils empestent la basse-cour, façon Babel. Ça babille dans toutes les langues ces poussins-là, mais avec des verbes communs. Comme trucider, génocider, assassiner. Une internationale des méchants, avec quelques Angevins au milieu. – Des Angevins ? – Tu sais pas que le français parfait, c’est celui d’Angers ? Pas une pointe d’accent autour des châteaux ce la Loire, juste du vin, plus ou moins bon. N’empêche, vu comme ils m’ont regardée, ça m’a surprise de m’en tirer à si bon compte. » (p. 135).

Alors, on y va boire un coup au bar la Tentation de Saint-Antoine, rencontrer Tamanoir puis faire la connaissance d’Ishmaël qui lutte contre le mal ? « Bah moi je travaille avec des diables et des êtres d’outre-monde. Des fois, j’ai besoin d’eau bénite. D’où les pistolets en plastique. Cela fait un peu comme des lance-flammes, tu vois ? » (p. 170-171).

Tamanoir est une belle découverte, un roman policier hors-norme, parfois drôle, parfois dramatique, avec une pointe de fantastique (Ishmaël et sa chatte, zut j’ai oublié de noter son nom, seraient… immortels !).

Pour les challenges Lire en thème (en mars, un animal sur la couverture) avec les chats du cimetière, Littérature de l’imaginaire #8 (pour le côté gothique et fantastique), Petit Bac 2020 (catégorie Animal avec Tamanoir) et Polar et thriller 2019-2020.

Le chien tchétchène de Michel Maisonneuve

Le chien tchétchène de Michel Maisonneuve.

Gaïa, collection Polar, août 2005, 192 pages, 15 €, ISBN 978-2-84720-064-9. Le chien tchétchène est reparu en Babel noir en novembre 2006.

Genres : littérature française, roman policier.

Michel Maisonneuve naît en 1953 à Marseille ; il vit en Provence ; il exerce divers métiers avant de devenir journaliste et écrivain. Du même auteur : Le périple d’Arios (2004), Le privé ou je tourne tous les jours y compris le dimanche (2006), Un génie de banlieue (2008) et L’histrion du Diable (2015).

Après les romans policiers félins de Sophie Chabanel, La griffe du chat (2018) et Le blues du chat (2019) qui se déroulent dans le nord de la France, à Lille, j’ai lu un roman policier canin (qu’on m’a conseillé) qui se déroule dans le sud de la France, à Marseille.

Marseille donc. Une vieille dame a été assassinée. « Il n’étaient que trois à l’enterrement de la mémé. Dachi El Ahmed, Nestor Patipoulos, ébéniste retraité, et le chien. » (p. 9). Le chien, c’est un Beagle « au pelage ras et chamarré, noir, blanc et feu. » (p. 9), il s’appelle Hassan. À la sortie du cimetière, Hassan grogne contre deux hommes qui observent dans une BM grise. « Lui, il sait, lâcha Patipoulos en hochant la tête. – Quoi donc ? – Il sait pourquoi ils ont tué mémé. » (p. 10). La mémé, c’était Liliana Oumaraq ; personne ne savait d’où elle venait mais elle avait recueilli le Beagle chapardeur après que l’épicier ait mis sa tête à prix ! Quant à Dachi, il est considéré comme un sage dans la cité : il modère, il enquête, il enseigne l’histoire des mathématiques à l’université et il récite les vers d’Omar Khayyâm et de Georges Brassens ; il est cool mais, lorsqu’il apprend que le vieux Patipoulos a été agressé chez lui (et hospitalisé par sa fille, Léda… une bombe !), il recueille Hassan et décide d’enquêter. Les deux hommes dans la BM, ce sont des Russes, Igor et Vassiliev, pas des tendres : ils doivent récupérer Hassan mais ils ne savent pas que c’est un chien et leur riche voiture a déjà été repérée dans la cité par la bande de Hocine.

Ma phrase préférée. « Deux Russes sur le dos, un Apache qui avait pris la clé des champs, un Tchétchène agacé, une rousse exigeante et un petit Beagle à retrouver, ça faisait beaucoup pour un ermite. » (p. 104).

Voilà, le décor est planté, les personnages aussi (même s’il y en a quelques autres qui apparaissent) et vous allez lire un polar déjanté, une enquête sans police, et passer un bon moment avec Hassan ! Je ne vous en révèle pas plus pour que vous découvriez ce roman policier atypique et drôle (même burlesque à un moment). Je ne vous dis pas que c’est un chef-d’œuvre mais j’espère que, comme moi, vous passerez un moment agréable.

Une lecture pour le Mois du polar et le challenge Polar et thriller 2019-2020 que je mets aussi dans Lire en thème (décidément beaucoup d’auteurs français en ce mois de février !) et dans le Petit Bac 2020 (dans la catégorie Animal avec chien).

Avalanche Hôtel de Niko Tackian

Avalanche Hôtel de Niko Tackian.

Calmann Lévy, collection Noir, janvier 2019, 270 pages, 18,50 €, ISBN 978-2-70216-329-0.

Genres : littérature française, roman policier.

Niko Tackian naît le 5 avril 1973 à Paris. Il étudie le Droit et l’histoire de l’art. Avant d’être romancier en polars/thrillers, il est journaliste, scénariste, réalisateur et auteur de bandes dessinées. Du même auteur chez Calmann Lévy : Toxique (2017), Fantazmë (2018) et Celle qui pleurait sous l’eau (2020). Avalanche Hôtel a reçu le Prix de la Ligue Imaginaire Cultura et le Prix Thrillers à Gujans-Mestras

6 janvier 1980. Joshua Auberson se réveille après avoir fait une chute. Il est nu dans une salle de bain de l’Avalanche Hôtel où il est agent de sécurité. Mais il ne se rappelle plus réellement ni de sa vie ni de Catherine Alexander qui a disparu le lendemain de ses 18 ans alors qu’une voix lui parle dans sa tête lui disant qu’elle est là depuis toujours. En tout cas, l’inspecteur Sylvain Lieber le soupçonne. « Sa blessure au front lui avait permis de quitter la salle et de gagner du temps. Mais elle l’avait aussi rendu suspect aux yeux de ce flic et ça commençait à l’inquiéter. Il fallait absolument qu’il réussisse à retrouver la mémoire pour se disculper de tout soupçon et recoller les morceaux de son identité. » (p. 21). Lorsqu’il rencontre Clovis, celui-ci lui dit que c’est lui qui travaille ici depuis 15 ans et il l’emmène à l’extérieur, sur une piste de bobsleigh, car « Il y a des choses qui doivent être faites à des moments précis. Tu comprends ? À DES MOMENTS PRÉCIS. » (p. 30).

3 janvier 2018. Joshua se réveille frigorifié dans une chambre d’hôpital. « Joshua Auberson, lieutenant de police à la brigade cantonale vaudoise » (p. 46). À son chevet, Sybille, sa collègue et amie. Chute sur plus d’un demi kilomètre, coups sur la tête, hypothermie, quelques légères lésions dans la zone de l’hippocampe… Tous pensent que Joshua a rêvé durant son coma car l’Avalanche Hôtel (ou plutôt le Bellevue Grand Palace) est fermé depuis des années et… il est en ruines !

L’enquête en cours concerne une jeune femme brune trouvée par des randonneurs et surnommée l’inconnue de Naye mais elle avait une photo en noir et blanc de Catherine Alexander, disparue 38 ans auparavant. Joshua est perdu… « ‘Le réel est parfois trompeur…’ Les mots de Clovis résonnaient à ses oreilles comme un avertissement sinistre. » (p. 90).

Avalanche Hôtel (belle couverture) est un polar noir aux allures de thriller, angoissant, à la limite du fantastique (l’auteur reconnaît le clin d’œil à Stephen King et à l’adaptation cinématographique de Shining). Les personnages sont bien pensés, le style est vif, la montagne est belle mais attention elle peut être dangereuse surtout en hiver. Ça ne m’a pas dérangée que le roman oscille entre polar et thriller, et je lirai certainement les autres titres de Niko Tackian (que je découvrais ici) avec les enquêtes de Tomar Khan. Le fait que ce roman traite du cerveau, de la mémoire, des souvenirs, de la généalogie cellulaire m’a beaucoup accrochée. L’auteur n’amène pas ses lecteurs à l’autre bout du monde (comme dans les thrillers en général) mais dans les montagnes enneigées des Alpes suisses et… dans les tréfonds de la mémoire !

« Je crois beaucoup à la mémoire des lieux, vous savez, avait-il dit pour ponctuer le récit de Joshua. Moi qui habite ici depuis des années, je peux vous dire qu’il s’en passe des choses… – Quel genre de choses ? – Des bruits de pas, des portes qui claquent… des lumières, même, et parfois de la musique. C’est comme si… comme si la mémoire du palace refusait de se vider totalement. » (conversation avec Robert, le gardien, p. 172).

« La vérité avait un prix. » (p. 215). « Oui, la vérité avait un prix mais Joshua était prêt à le payer. » (p. 2016).

Idéal pour Lire en thème (en février, un auteur français) et pour le Mois du polar inclus dans le challenge Polar et thriller 2019-2020 mais aussi pour Littérature de l’imaginaire #8 pour le côté fantastique.

De bonnes raisons de mourir de Morgan Audic

De bonnes raisons de mourir de Morgan Audic.

Albin Michel, mai 2019, 496 pages, 21,90 €, ISBN 978-2-226-44142-3.

Genres : littérature française, polar / thriller.

Morgan Audic naît en 1980 à Saint Malo (Bretagne). Il est professeur d’histoire et de géographie en lycée à Rennes. Son premier roman, Trop de morts au pays des merveilles, est paru aux éditions du Rouergue en 2016. De bonnes raisons de mourir a reçu l’Étoile 2019 du meilleur polar.

Le capitaine Joseph Melnyk et l’officier Galina Novak « tout juste sortie de l’école de police » (p. 11) enquêtent sur un mort « à Pripiat, une ville fantôme abandonnée depuis 1986 à cause de l’explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl » (p. 12). « Coupe ton engin de malheur, ordonna Melnyk. […] Travailler dans un endroit infesté de radiations était une chose, entendre une machine vous le rappeler sans cesse en était une autre. » (p. 13). Le cadavre d’un Russe, Léonid Vektorovitch Sokolov est suspendu à une fenêtre d’un immeuble de la rue Kurchatova. Il a été torturé… « Melnyk se dit qu’il fallait une sacrée dose de haine pour démolir un type comme ça et exposer son corps. » (p. 21).

Un mois après, Alexandre Rybalko, un policier moscovite ivre et tabassé par des ultras (skinheads) sort de l’hôpital. Il est embauché par Vektor Sokolov pour enquêter sur la mort de son fils car ce policier russe parle la « langue des rossignols », c’est-à-dire l’ukrainien. Sokolov avait été ministre de l’Énergie sous Eltsine et fondateur de PetroRus. Rybalko n’a rien à perdre… Il est divorcé de Marina depuis deux ans et vois peu sa fille, Anastasia. De plus « J’étais à Pripiat quand la centrale de Tchernobyl a explosé. J’avais huit ans. Est-ce que c’est ça qui… Il laisse la phrase en suspens. Le médecin hoche la tête avec gravité. » (p. 52). Il découvre une région ravagée par le chômage et en guerre, le Donbass. « La guerre ici, c’est le frère qui tire sur le frère, ou au mieux sur le cousin, argumenta Ossip. Et même quand on vise un Russe, on n’est pas à l’abri de toucher un parent éloigné. Foutue guerre de merde… » (p. 115).

Le passage qui tue ! « Là-bas, ce sera du blé d’hiver, dit machinalement le fermier en désignant ses terres d’un large geste de la main. Tout en bio. Zéro pesticide. – Du bio de Tchernobyl, soupira Novak, désabusée. Et les gens achètent ça ? – Bien sûr. C’est meilleur et plus sain que la plupart des choses que vous trouverez sur les marchés de la capitale. On en exporte aussi à l’étranger. » (p. 148-149).

Trois infos que je veux garder. 1- J’ai remarqué l’importance des oiseaux : le rossignol, l’hirondelle bleue, le faucon (sokol qui ressemble au nom Sokolov), le pic-vert russe. 2- Les samosely sont des personnes âgées revenues vivre à Poliske, Loubianke ou Ilintsakh. « La plupart sont des vieillards inoffensifs qui sont retournés vivre dans leur maison natale. Au départ, les flics les chassaient, mais comme ils revenaient toujours, ils ont fini par fermer les yeux. » (p. 196). Ça m’a fait penser à Le dernier amour de Baba Dounia d’Alina Bronsky ! 3- Il y a des classiques du rock soviétique dans ce roman : Kino, DDT, Aukhyon, Nautilus Pompilius, Zoopark, des artistes que j’essaierai d’écouter sur Internet (Kino, je connais déjà grâce au très beau film Leto de Kirill Serebrennikov).

Un polar (un thriller ?) réussi qui transporte le lecteur dans un endroit pas paradisiaque et qui traite de vengeance avec de bonnes raisons de mourir. Quand deux crimes commis la nuit du 26 avril 1986 (l’épouse de Sokolov et une de ses amies) reviennent hanter le tueur qui n’a jamais été arrêté… Le parallèle entre l’enquête de police officielle avec Melnyk et Novak (le vieux briscard, la nouvelle recrue) et l’enquête parallèle par Rybalko (affaibli par son cancer généralisé) est idéal pour tout découvrir même si les ordres avaient été donnés en haut lieu, même s’il ne fallait pas lier ces meurtres à l’accident nucléaire, etc. Les descriptions des lieux et de certains personnages sont glaçantes et le lecteur se rend compte qu’il lit plus qu’un roman policier car l’auteur s’est bien documenté (ou alors il a été sur place ?). Je ne vous en dis pas plus, je vous laisse découvrir les lieux, les personnages et les deux enquêtes de ce pavé qui se lit d’une traite (si vous avez une journée pluvieuse à occuper). Un nouvel auteur à suivre !

Pour les challenges Lire en thème (en février, un livre d’un auteur français), Polar et thriller 2019-2020 qui inclut le Mois du polar 2020 (en ce mois de février) et Petit Bac 2020 (pour la catégorie Mot au pluriel avec raisons).

Le Detection Club de Jean Harambat

Le Detection Club de Jean Harambat.

Dargaud, octobre 2019, 136 pages, 19,99 €, ISBN 978-2-20507-943-2.

Genres : bande dessinée française, policier.

Jean Harambat naît le 15 août 1976 à Mont de Marsan (Landes). Il étudie la philosophie. Il est auteur de bandes dessinées (scénariste et dessinateur). Du même auteur : Opération Copperhead (2017) qui a reçu le Prix René Goscinny décerné par le FIBD et l’Institut Goscinny. Et quelques autres titres depuis 2008.

Jean-Jacques Rouger naît en 1970 près d’Auxerre (Yonne, Bourgogne). Il est coloriste couleurs.

« Detection Club : association d’auteurs britanniques de romans policiers fondée à la fin des années 1920. Ce Club rassemble les ténors du roman à énigme. In Dictionnaire des littératures policières. » (p. 4).

Pour la première fois, le Detection Club accueille un auteur américain, John Dickson Carr. Or, pendant le repas qui suit l’intronisation, un oiseau mécanique dépose un message : une invitation du richissime Mr Roderick Ghyll pour « assister à la renaissance de la fiction policière » (p. 10). Les voilà en route (en bateau, en fait), G.K. Chesterton, Agatha Christie, John Dickson Carr, Dorothy L. Sayers, le major A.E.W. Mason, la baronne Emma (Emmuska) Orczy et le père Ronald Knox. Direction une petite île privée, en Cornouailles, face à Pentreath. Les invités sont circonspects ! C’est une étrange propriété peuplée d’objets et de machines dont Eric, un automate détecteur créé par Ghyll et un scientifique, Arno Zumtod. Mais durant la nuit, « Au secours ! À moi ! On me tue ! » (p. 40-41) : dans la chambre de Ghyll, une fenêtre est brisée ; son épouse, Honoria, hurle ; en bas, une robe de chambre s’enfonce dans l’eau et Eric est tranquillement assis dans un fauteuil… Suicide ? Crime ?

« Quelle étrangeté ! Un meurtre dans une chambre close dans une villa isolée dans une île… Comme des poupées gigognes. » (Agatha, p. 70).

J’ai mis un certain temps avant de comprendre qui était le narrateur ! En tout cas, sur le modèle de construction de « cadavre exquis », chacun enquête, chacun a ses théories – sauf peut-être la baronne d’origine hongroise – mais être un bon auteur de romans policiers ne veut pas dire être un bon policier ! Heureusement l’inspecteur Widgeon arrive avec les bobbies et… son parapluie !

C’est bien pensé (l’auteur s’amuse avec les codes du roman policier après l’avoir fait pour l’espionnage dans Opération Copperhead), c’est bien dessiné, c’est drôle (humour so british mais auteur français !), je vous conseille vivement cette bande dessinée, une parodie des romans à énigmes (mysteries) très réussie.

Cette bande dessinée Le Detection Club est une adaptation libre du roman The Floating Admiral écrit en collectif par les membres du Detection Club, paru à Londres en 1931 et publié en français sous le titre L’Amiral flottant en 1936 avec réédition sous le titre L’Amiral flottant sur la rivière Whyn en 2003.

Une lecture pour La BD de la semaine et pour les challenges BD, Cette année, je (re)lis des classiques, Petit Bac 2020 (pour la rubrique « Crimes et justice » avec « Detection Club ») et Polar et thriller 2019-2020.

Plus de BD de la semaine chez Noukette.

Jefferson de Jean-Claude Mourlevat

Jefferson de Jean-Claude Mourlevat.

Gallimard Jeunesse, mars 2018, 272 pages, 13,50 €, ISBN 978-2-07509-025-4.

Genres : littérature française, jeunesse, roman policier et fantastique.

Jean-Claude Mourlevat naît le 22 mars 1952 à Ambert dans le Puy de Dôme (Auvergne). Il étudie l’allemand et enseigne cette langue au collège. Il se lance ensuite dans le théâtre (clown, magie, mise en scène) puis se consacre à l’écriture dès 1997. Il est auteur de littérature jeunesse et a reçu plusieurs prix (Ado-Lisant, Incorruptibles, Sorcières, Utopiales…). Plus d’infos sur son site officiel, http://www.jcmourlevat.com/.

Dans un monde parallèle à celui des humains, les animaux « marchent debout, parlent, peuvent emprunter des livres à la bibliothèque, être amoureux, envoyer des textos et aller chez le coiffeur. » (p. 9). Jefferson Bouchard de la Poterie (le héros de ce roman, un jeune hérisson de 72 cm) fait tout ça et c’est justement chez le coiffeur qu’il se rend de bon matin. Mais, sur la route, il manque se faire écraser par des chauffards (deux humains patibulaires). Quand il arrive au salon Défini-Tif, tout crotté, il découvre monsieur Edgar… mort ! « Il fit ce qu’il n’aurait jamais dû faire : il s’agenouilla près du corps, […], prit les ciseaux dans sa main droite et les arracha de la blessure en s’étonnant de la résistance opposée. » (p. 23). C’est à ce moment-là que la cliente endormie, une vieille chèvre, épouse du juge, se réveille et hurle en accusant Jefferson. « Il était le coupable désigné, évident, indiscutable, et sa fuite l’accusait. » (p. 29). Heureusement Jefferson peut compter sur son ami d’enfance (son meilleur ami), Gilbert, un cochon gourmand et déjanté. « […] j’ai bien réfléchi et mon idée, la voilà : la seule et unique façon de t’innocenter, c’est d’arrêter nous-mêmes l’assassin et de le livrer clé en main aux gendarmes. » (p. 48). Leur enquête les mène au pays des humains, à Villebourg, où ils se rendent grâce à un voyage organisé par les cars Ballardeau.

Ma phrase préférée (à propos de la consommation d’animaux chez les humains) : « C’est comme pour l’esclavage ou la torture, lança Mme Schmitt, on a pensé pendant des siècles que c’était normal… » (p. 183).

Jefferson est un roman jeunesse bien plus profond qu’une simple histoire d’animaux, le lecteur y côtoie l’amitié, la confiance, plusieurs notions comme la présomption d’innocence (ici bafouée à cause des affabulations d’une vieille bique, c’est le cas de le dire !) et des choses importantes comme l’honnêteté, le combat important pour la liberté et la fin des ignominies (l’abattage infâme des animaux d’élevage). Les voyageurs qui accompagnent Jefferson et Gilbert vont former une équipe exceptionnelle ! Le roman est de plus joliment illustré par Antoine Ronzon. Un roman (qui a reçu plusieurs prix en 2019) pour les petits et les grands !

Je le mets dans les challenges Jeunesse Young Adult #9, Littérature de l’imaginaire #8, Petit Bac 2020 (catégorie Prénom : ici Jefferson est un prénom) et Polar et thriller 2019-2020.

Tout ce qui est sur Terre doit périr (La dernière licorne) de Michel Bussi

Tout ce qui est sur Terre doit périr (La dernière licorne) de Michel Bussi.

Presses de la Cité, octobre 2019, 608 pages, 22 €, ISBN 978-2-25819-208-9.

Genres : littérature française, thriller.

Michel Bussi naît le 29 avril 1965 à Louviers (dans l’Eure). Il est professeur de géographie et auteur de romans policiers mais Tout ce qui est sur Terre doit périr est son premier thriller. Ce roman est d’abord paru sous le titre La dernière licorne sous le pseudonyme de Tobby Rolland en mai 2017 (aux Presses de la Cité). Plus d’infos sur l’auteur sur son site officiel, https://www.michel-bussi.fr/, et sur ce roman de même.

Aman est avec sa mère sur le mont Ararat et elle reçoit un collier pour ses 10 ans : « C’est le secret transmis par notre plus vieil aïeul, Aman. […] – Il fut le premier à monter jusqu’ici ? – Non, Aman… Non. Il ne monta pas sur l’Ararat. Il en descendit ! » (p. 18).

Zak Ikabi, à la chapelle Sixtine, au Vatican, prépare son plan. « Derrière ces lambris, tous les secrets du monde. Un en particulier. Le Livre d’Enoch. » (p. 41).

Kyrill Eker et ses mercenaires lourdement armés font un carnage dans la cathédrale Sainte-Etchmiadzine, la plus ancienne église chrétienne, qui se situe dans la banlieue d’Erevan. « Ce ne sera pas long. Les clés du reliquaire. Celui qui contient le fragment de l’arche. » (p. 29).

« Zak fut parcouru d’un frisson. Cette aventure ne faisait que commencer, il en était conscient. La course poursuite était engagés. Il avait appris, quelques jours auparavant, l’effroyable massacre dans la cathédrale arménienne Sainte-Etchmiadzine. Les tueurs étaient à la recherche des fragments de l’arche, des extraits du récit d’Enoch sans doute aussi, des preuves, de toutes les preuves. Ils étaient nombreux, puissants, déterminés. Lui était seul. Contre une armée. » (p. 49). Zak se considère comme un Nephilim, un gardien, un protecteur.

Mais, depuis le XIXe siècle, il y a comme une malédiction sur ceux qui recherchent l’arche de Noé au mont Ararat : « assassinés, disparus, agressés, au mieux dépouillés de leurs biens. Un incroyable cumul de coïncidences. » (p. 90-91). « Désinformation. Disparition. Mort. […] Quelle était la part de superstition ? De réalité ? De hasard ou de complot ourdi au fil des décennies pour protéger un secret immémorial ? » (p. 91).

Mais d’après un rapport (RS2A-2014) du DIRS rédigé par Cécile Serval et Arsène Parella, les glaces de l’Ararat vont fondre… Les glaces de l’Ararat, c’est « Huit cent mille mètres cubes. Et […] si la communauté internationale ne réagit pas, dans quelques décennies, ces mètres cubes de glace n’existeront tout simplement plus. » (p. 107). Poursuivis par les tueurs de Kyrill, mandatés par Cortés (un fou furieux avec son théorème !), les deux scientifiques français vont devoir suivre Zak contre leur gré.

Le roman fait aussi des excursions dans le passé. 4371 avant J.-C., nord de la Mésopotamie. « Les hommes sont plus forts que les animaux. C’est cela l’important, Gana. Nous sommes les dieux ! » (Bilik à sa jeune sœur, p. 195).

Connaissiez-vous la république autonome de Nakhitchevan ? Moi non, mais j’ai vérifié, elle existe vraiment ! Elle se situe dans le Caucase aux frontières arménienne, turque, iranienne, azérie et elle est autonome mais pour des raisons administratives, elle dépend de l’Azerbaïjan. Cette région est peuplée de Kurdes mais pas que, elle est cosmopolite.

Et le Parlement mondial des religions ? Il existe aussi, et même depuis 1893 ! Je n’en avais jamais entendu parler ! Il rassemble des représentants de toutes les religions du monde. En fait, il a été recréé en 1993 et ses représentants luttent aussi pour des questions écologiques comme le climat.

Bref, Tout ce qui est sur Terre doit périr est en tout point un thriller : Michel Bussi, en bon conteur, balade son lecteur de l’Arménie au Vatican, de la Russie (Kaliningrad) à la France, de Hong Kong au Nakhitchevan, de la Turquie au mont Ararat, tout ça en près de 600 pages (en plus de 760 pages si vous avez l’édition poche de Pocket parue en octobre 2019), le tout en restant tranquillement dans son fauteuil ou son canapé. L’auteur, professeur et géographe, explique dans un avant-propos que les situations historiques, géo-politiques et religieuses sont vraies, il a simplement fictionnalisé quelques personnages pour relier tout son récit.

Je ne dirais pas que c’est un thriller ésotérique car il est différent des autres thrillers ésotériques (que j’ai lus), il est plus profond au niveau religion et plus marqué histoire et politique y compris avec le Parlement mondial des religions qui essaie de tirer les ficelles ou avec les peuples qui habitent dans le Caucase (on apprend pas mal de choses sur les Arméniens et les Kurdes et on comprend pourquoi ils ont été – et sont encore – persécutés). C’est que plusieurs secrets sont bien gardés, au Vatican ou ailleurs, et que tous veulent qu’ils le restent ! C’est noir, c’est intrigant, c’est dépaysant aussi, et le lecteur s’instruit en lisant donc c’est plus qu’une lecture loisir vite lue vite oubliée. D’ailleurs, par rapport à l’ancien titre, La dernière licorne, c’est que si sur les cinq continents, il existe une légende du déluge, il existe aussi une légende de la licorne parce que la licorne existe, si si ! Licorne signifie unicorne, eh bien, dans la Préhistoire il y a eu tsintaosaurus, dans l’Antiquité l’ibex et plus proche de nous le rhinocéros, le narval et même des chèvres ! Vous ne me croyez pas ? Lisez ce thriller et faites quelques recherches !

Et voici un extrait du Livre d’Enoch. « Je fus enlevé ainsi jusqu’au ciel, et j’arrivai bientôt à un mur bâti avec des pierres de cristal. Des flammes mobiles en enveloppaient les contours d’un palais grandiose. Ses toits étaient formés d’étoiles filantes et d’éclairs de lumière. » (p. 322). Délire du grand-père de Noé ? Ce texte (devenu apocryphe, mais il existe réellement et il est consultable librement sur Internet) a été rédigé il y a environ 5 000 ans et on a comme l’impression de lire un récit contemporain sur quelqu’un qui expliquerait avoir été enlevé par des extra-terrestres, incroyable !

Trois extraits que je veux garder

« Ils sont les gardiens, je suis le conservateur. » (Parastou Khan, p. 357).

« Notre réussite est plus importante que tout ce que vous pouvez imaginer. Pas seulement pour le Kurdistan… Pour… Pour l’ensemble de l’équilibre du monde ! […] Tel est le véritable objectif des Nephilim, Cécile : protéger un secret qui fait tenir le monde en équilibre. Une clé de voûte. Enlevez cette pierre, tout s’effondre… » (Yalin, p. 439).

« Avant ces cinq siècles de guerre, se lamentait un vieil édenté, le Kurdistan était la plus riche de toutes les régions d’Asie occidentale. Trop riche, même ! Pétrole. Eau. Vallées et vergers. Trop de convoitises pour les voisins ! C’est pour cela qu’on a écartelé le Kurdistan en quatre pays. Avec la complicité de la France et de l’Angleterre, d’ailleurs professeur… Arsène acquiesça – D’un point de vue historique, je suis entièrement d’accord avec vous. » (p. 458).

Un roman trépidant que je mets dans les challenges 1 % Rentrée littéraire 2019 et Contes et légendes 2020 (pour l’arche de Noé et surtout les licornes).

Euh… j’avais oublié le challenge Polar et thriller 2019-2020 !

La griffe du chat de Sophie Chabanel

La griffe du chat de Sophie Chabanel.

Seuil, collection Cadre noir, mars 2018, 304 pages, 19 €, ISBN 978-2-02141-874-3.

Genres : littérature française, roman policier.

Sophie Chabanel a étudié à HEC Paris (1987-1990) et a d’abord travaillé en entreprise avant de se lancer dans l’écriture. Du même auteur : Le blues du chat (mars 2019). Plus d’infos sur son site pro, « Former, écrire, accompagner », http://www.sophie-chabanel.com/.

Café des Chats, Lille. Le propriétaire, Nicolas Peyrard, 38 ans, a été tué avec un Beretta, et un chat persan médaillé, Rubis, surnommé Ruru, a disparu. L’enquête est menée par la commissaire Romano et son adjoint Tellier. « Rarement vu un geste aussi propre. Haut niveau, première division, tout en haut du tableau. Ce qui est beau, c’est la cohérence : arme excellente, tir excellent, du sérieux de A à Z. » (le légiste, p. 24). Suicide ou meurtre maquillé en suicide ? C’est vrai que Peyrard était déprimé mais de là à se loger une balle dans le ventre… Il y a deux veuves, Solange Peyrard, l’épouse, co-propriétaire du Café des Chats, et Marion Caron, l’ex-épouse depuis dix ans, toutes deux soupçonnées mais « […] le crime passionnel animalier était une hypothèse plausible. » (p. 63).

Il y a plein de détails qui peuvent paraître inutiles pour l’enquête mais qui permettent de comprendre les personnages et de s’attacher à eux, en particulier les enquêteurs (Romano, Tellier…), leurs comportements, leurs façons de fonctionner… « […] le chef entra dans la pièce et regarda son jeune collègue, l’air ulcéré. Il nous descend un type et après il tourne de l’œil. Quand on supporte pas les armes à feu, on fait fleuriste. » (p. 232). Comme vous le voyez, un certain humour, gentil, pour une enquête classique, en dehors du fait qu’elle se déroule dans un bar à chats.

Un fonds historique sur Bailleul, ville de naissance de Nicolas Peyrard et de son meilleur ami, Alex Sanchez, devenu star de la télé (d’ailleurs le lecteur découvre aussi le monde du petit écran à Paris). Bailleul a été pratiquement détruite à 100 % durant la première guerre mondiale.

Après avoir lu Le blues du chat, j’ai normalement voulu lire le tome précédent, La griffe du chat et c’est un roman policier agréable à lire sauf si vous voulez du sanguinolent ! Mais si vous aimez les chats, vous serez aux anges.

Une bonne lecture pour le challenge Polar et thriller 2019-2020.

Terminus de Tom Sweterlitsch

Terminus de Tom Sweterlitsch.

Albin Michel Imaginaire, mai 2019, 448 pages, 24,90 €, ISBN 978-2-226-43993-2. The Gone World (2018) est traduit de l’américain par Michel Pagel.

Genres : littérature états-unienne, roman policier, science-fiction.

Tom Sweterlitsch étudie la littérature et la théorie culturelle à l’Université Carnegie-Mellon à Pittsburgh (Pennsylvanie) où il vit avec sa famille. Il travaille comme bibliothécaire puis écrit un premier roman, Tomorrow and Tomorrow qui devrait être porté à l’écran par Matt Ross. Terminus est son deuxième roman et sera lui aussi porté à l’écran mais par Neill Blomkamp (très bonne idée, j’ai beaucoup aimé District 9 et Elysium !). Une interview de l’auteur est disponible sur le site de l’éditeur [lien].

Shannon Moss, 27 ans, est une agent spéciale du NCIS (Naval Criminal Investigation Service). Elle est dans un programme ultra-secret créé au début des années 1980 : des agents temporels explorent des futurs potentiels et ont vu que la fin de toute vie sur Terre serait au XXVIIe siècle. Mais, après une mission qui l’envoie en 2199, Shannon se voit pendue la tête en bas… Elle est récupérée par une équipe mais elle souffre d’hypothermie, de graves brûlures, d’amnésie et elle perd une jambe. Elle est de plus contaminée par des NET, des particules : « – Qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que c’est que ces NET ? Qu’est-ce qu’il y a en moi ? […] – On ne sait pas d’où elles viennent ni ce qu’elles veulent, répondit son instructeur. Elles ne veulent peut-être rien du tout. On les appelle nanoparticules à effet tunnel, et on les pense extra-dimensionnelles – jaillies du Trou Blanc, le deuxième soleil que vous avez vu. À un point de notre futur, elles provoquent l’événement que nous appelons le Terminus. » (p. 18). Mais, à chaque visite dans un futur potentiel, les agents racontent que la date du Terminus avance et ce de plus en plus rapidement.

1997. Shannon est appelée en pleine nuit car Patrick Mursult, 48 ans, un Navy Seal, a massacré sa famille (son épouse, leur fils, leur fille) à Cricketwood Court à Canonsbourg. Or, c’est là que Shannon a grandi et la maison était celle de la famille de son amie d’enfance, Courtney Gimm, assassinée à l’âge de 16 ans. Marian, 17 ans, la fille aînée de Mursult, a disparu. Shannon est envoyée dans le futur (en 2015-2016) à bord du Colombe Grise pour découvrir des informations et essayer de sauver Shannon. C’est que Mursult a été agent temporel pour les missions du Zodiaque mais le vaisseau sur lequel il servait, l’USS Balance a disparu dans les Eaux Profondes, comme huit vaisseaux sur les douze envoyés. Comment Mursult a-t-il pu revenir sur Terre et fonder une famille ? Et est-il raisonnable de ramener de la technologie du futur pour l’utiliser dans le présent ?

Ce roman, à la fois enquête policière et à la fois science-fiction, avec le thème du voyage dans le temps, est parfaitement construit. Il y a des mots comme multivers, quantique, Vardogger… mais rien de compliqué à comprendre, c’est avant tout un genre de thriller avec le FBI et le NCIS. Il y a de plus des passages poétiques qui atténuent l’horreur de la situation (ou plutôt des situations, puisque futurs potentiels !). « Moss savait que des montagnes se dressaient autour d’elle mais ne les voyait pas – sinon comme des poches d’obscurité gigantesques qui éteignaient les étoiles. » (p. 81).

Ma phrase préférée. « Rien ne disparaît, rien ne s’achève. Tout existe. Tout existe à jamais. La vie n’est qu’un rêve, Shannon. Le moi est l’unique illusion. » (docteur Wally Njoku, p. 116).

Une fois n’est pas coutume, je ne sais pas si ce roman passionnant et vraiment original fait l’unanimité mais voici les avis d’Albédo, d’Apophis, de Dionysos, de Lorkhan, de Xapur qui ont été scotchés et il y en a d’autres.

Une excellente lecture pour Littérature de l’imaginaire #7 et Polar et thriller 2019-2020.