Faites-moi plaisir de Mary Gaitskill

Faites-moi plaisir de Mary Gaitskill.

L’Olivier, mars 2020, 104 pages, 13 €, ISBN 978-2-8236-1633-0. This is Pleasure (2019) est traduit de l’américain par Marguerite Capelle.

Genres : littérature états-unienne, court roman (novella).

Mary Gaitskill naît en 1954 ; elle est considérée comme une des plus grandes nouvellistes américaines.

This is Pleasure, paru dans le New York Times en 2019, est un récit à deux voix :

Margot Berland, éditrice, la meilleure amie de Quin, mariée à Todd. « […] un jour quelqu’un, je ne me souviens plus qui, m’a dit : ‘Comment peux-tu avoir envie d’être amie avec un type comme ça ?’ » (p. 26). En tant que meilleure amie, elle n’est pas réellement objective.

Quin (Quinlan M. Saunders), renvoyé de son travail (une maison d’éditions à NY) à cause de comportements inappropriés avec les femmes. Il est marié avec Carolina, une femme plus jeune que lui, et il a une fille surdouée, Lucia. « C’est vrai que j’aime bien fanfaronner et que j’aime bien taquiner. » (p. 40). En tant qu’homme accusé, il n’est pas objectif du tout, il est même à côté de la plaque et croit en son bon droit.

Je n’ai pas bien compris à quoi servait ce livre (mal écrit ou mal traduit ?)… À défendre le genre d’hommes qu’est Quin ou à l’enfoncer ? C’est que tout n’est pas blanc d’un côté et noir de l’autre. Quin est tout de même un homme aisé qui se croit supérieur et qui flirte avec toutes les femmes en pensant qu’elles en éprouvent du plaisir… Jusqu’à ce qu’une puis une autre et une autre et des centaines signent une pétition contre lui. « Elle m’a demandé ce qu’elle devait faire pour être invitée à mes fêtes, et je lui ai dit qu’elle devait flirter davantage avec moi. Je pense que ça l’a vraiment offensée. » (p. 68).

Il y a quelque chose de touchant chez Quin et je comprends que Margot soit son amie et l’apprécie, mais il y a aussi quelque chose de rebutant… En tout cas, beaucoup d’hypocrisie d’un côté comme de l’autre, je parle des femmes et des hommes, chacun tirant profit de l’autre pour son avantage sans trop se poser de questions jusqu’à ce qu’une question soit posée (en l’occurrence une pétition) et que tout le monde se rue et s’acharne.

Un roman bof pour moi – qui surfe sur la vague « metoo » – que je mets dans le Mois américain.

Beyrouth entre parenthèses de Sabyl Ghoussoub

Beyrouth entre parenthèses de Sabyl Ghoussoub.

L’antilope, juin 2020, 144 pages, 16 €, ISBN 978-2-37951-027-4.

Genres : littérature franco-libanaise, roman.

Sabyl Ghoussoub naît en octobre 1988 à Paris, dans une famille libanaise qui a fui la guerre au Liban. Il grandit et étudie en France puis retourne au Liban (il est Libanais et Français) où il devient directeur du Festival du film libanais à Beyrouth. Il est écrivain et photographe. Du même auteur : Le nez juif (L’antilope, 2018) que j’ai bien envie de lire et Le Liban n’a pas d’âge 1920-2020 (un ouvrage collectif à paraître aux éditions Bernard Chauveau en novembre 2020). Plus d’infos sur son site officiel

Lorsque la guerre a éclaté au Liban, les parents (du narrateur, de l’auteur) ont fui et son père a travaillé comme traducteur à Paris, c’est pourquoi le narrateur est né Libanais en France mais c’est compliqué pour lui. « Je n’acceptais pas ce qu’on m’imposait : une famille, une origine, une histoire. Une terre à porter, à représenter. » (p. 44).

« À force d’entendre parler d’Israël depuis que je suis petit, haïr ce pays à tout va, le voir condamner de tous les maux de la planète, je n’ai eu qu’une seule envie, m’y rendre. » (p. 13). Mais ses parents, outrés, l’en dissuadent. « Pas besoin d’avoir fait de grandes études pour comprendre que lorsqu’on est libanais, Israël, on n’y va pas. » (p. 15).

Lors de son voyage (il va rendre visite à son amie, Rose, à Tel Aviv), il se rend compte qu’avec son passeport libanais, c’est difficile… « […] nous sommes tous en guerre, tous ! » (p. 24). C’est que pour voyager en Israël, il a « mis Beyrouth entre parenthèses » (p. 31), c’est-à-dire sa famille et sa culture libanaises.

Le narrateur (l’auteur donc) est photographe et, au contrôle douanier à l’aéroport Ben Gourion, les Israéliens l’interrogent entre autres sur ses photographies. Le livre contient d’ailleurs une série de photographies en noir et blanc (p. 59-62). L’interrogatoire dure des heures ! « […] il va falloir que je m’habitue à vivre et à dormir dans cet aéroport, on ne saura plus quoi faire de moi, je vais rester ici éternellement. » (p. 96).

Une erreur. Deux fois, il est écrit vielle au lieu de vieille : « la vielle ville de Jérusalem » (p. 120) et « une vielle âme » (p. 121), c’est con…

À part ça, ce roman est très instructif, parfois drôle, parfois tendu… Et j’ai particulièrement aimé lorsque le photographe raconte à la soldate qui le questionne son voyage en Iran, et les relations entre le Liban et Israël vues de façon différente.

Pour le Challenge de l’été (Liban) et Petit Bac 2020 (catégorie Lieu pour Beyrouth).

Porc braisé d’An Yu

Porc braisé d’An Yu.

Delcourt, collection Littérature, septembre 2020, 208 pages, 20 €, ISBN 978-2-413-03821-4. Braised Pork (2020) est traduit de l’anglais (Chine) par Carine Chichereau.

Genres : littérature chinoise, premier roman.

An Yu naît à Beijing (Chine) mais, à l’âge de 18 ans, elle part étudier à New York (États-Unis) puis s’installe à Paris (France). De retour à Beijing, elle écrit ce premier roman, Porc braisé, en anglais.

C’est lors d’un partenariat entre les éditions Delcourt et le groupe FB Hanbo(o)k Club que j’ai gagné ce livre en juillet ; j’étais super contente et je les remercie ; je l’ai reçu le 11 août et je l’ai dévoré dans la journée ! Porc braisé est paru hier donc voici ma note de lecture et je peux d’ors et déjà vous dire que c’est un coup de cœur pour moi.

Jia Jia et Chen Hang sont mariés depuis 4 ans. Au déjeuner, Chen Hang annonce à son épouse « que peut-être ce serait une bonne idée de refaire le voyage à Sanya cette année » (p. 8) puis il va prendre un bain. Jia Jia le retrouve mort dans la baignoire… Il a fait un étrange dessin. « Mon mari m’a laissé un dessin. Qui représente un homme-poisson. Une tête d’homme avec un corps semblable à celui d’un poisson. » (p. 51).

Un mois après, Jia Jia a pris ses habitudes dans le bar de Leo, de l’autre côté de sa rue, un bar de luxe. Mais elle voudrait vendre l’appartement (trop grand et trop cher à entretenir pour elle seule). Elle aimerait aussi reprendre la peinture et vendre ses toiles. Elle commence à fréquenter Leo et profite de sa liberté. Même si elle sait qu’elle boit trop (de Champagne) et se sent un peu coupable, « […] elle voulait essayer, se libérer de Chen Hang, vivre une autre vie. » (p. 59).

Jia Jia n’a plus que sa grand-mère et sa tante qui l’ont élevée après la mort de sa mère ; elle voit très peu son père qui les avait abandonnées lorsqu’elle était enfant pour vivre avec une autre femme, Xiao Fang.

Lorsque son appartement est enfin loué, Jia Jia a un revenu mensuel et décide de voyager au Tibet sur les traces de l’homme-poisson. Elle y rencontre Ren Qi, un écrivain qui recherche son épouse disparue. « Aujourd’hui, les artistes sont formatés pour rester de bons petits robots. Pas seulement les artistes peintres, les écrivains, les musiciens aussi. Les athlètes même ! Ils peignent, écrivent, jouent la même chose encore et encore. Les mêmes oiseaux et montagnes, les mêmes histoires, les mêmes personnages. » (p. 126).

Une erreur : quand l’aquarium de la tante prend feu, il est écrit « les poisons et le corail » (p. 109) au lieu de « les poissons ».

Porc braisé est le roman d’une jeune femme malheureuse. Malheureuse depuis l’enfance (père parti, mère décédée). Malheureuse en mariage (ce n’était pas le grand amour avec Chen Hang. Malheureuse dans sa vie (elle a arrêté de travailler et de peindre et restait chez elle mais elle n’a pas eu d’enfant avec Chen Hang). Ce n’est cependant pas une histoire triste parce que Jia Jia reste optimiste (elle fait preuve de résilience et veut reconstruire sa vie) ; elle va de l’avant quoi qu’il arrive. Et lorsqu’elle part au Tibet, il y a un côté un peu… Je dirais plutôt magique que fantastique (avec le monde de l’eau). D’ailleurs, j’ai beaucoup aimé que cette romancière chinoise emmène son personnage féminin au Tibet, à la découverte des populations locales et de leurs traditions, ce qui va bouleverser sa vie. Un très beau roman de cette rentrée littéraire à découvrir avec une belle couverture bleue et une nouvelle autrice à suivre !

Je mets cette lecture en bonus dans le Challenge de l’été (Chine).

Devouchki de Victor Remizov

Devouchki de Victor Remizov.

Belfond, janvier 2019, 400 pages, 21 €, ISBN 978-2-71447-855-9. Искушение Iskushenie (2016) est traduit du russe par Jean-Baptiste Godon.

Genres : littérature russe, roman contemporain.

Victor Remizov (Виктор Ремизов) naît en 1958 à Saratov (à l’époque Union soviétique). Il étudie les langues à Moscou puis travaille comme géomètre, journaliste et professeur avant de se lancer dans l’écriture avec Volia Volnaïa, son premier roman paru en 2014, et Devouchki paru en 2016.

Beloretchensk est une petite ville de Sibérie avec des maisons en bois, la steppe et deux larges rivières, l’Angara et la Belaïa de la taïga. Parmi les « environ dix-neuf mille habitants » (p. 8), Katia, 20 ans, et sa cousine, Nastia, 24 ans. Katia aimerait étudier la médecine à l’Institut de médecine de Moscou et gagner assez d’argent pour payer l’opération de son père. Elle accepte donc de suivre Nastia à la capitale. Avec la bénédiction de ses parents : « Pars d’ici, Katia, nous sommes pire que des bêtes ! Et tu deviendras comme nous… » (la mère, Irina, p. 26). « Pars, Katia, c’est mieux, tu suivras des cours particuliers et tu entreras à l’université l’année prochaine. On se débrouillera avec ta mère. » (le père, Jora, surnommé Gueorgui, p. 27).

Mais Katia et Nastia, qui ne connaissent pas Moscou, errent dans la ville, dorment où elles peuvent, rencontrent des étrangers qui abusent d’elles et tournent mal…

Un jour, Katia est repérée par un célèbre photographe et elle est embauchée par Andreï Ivanovitch, patron du restaurant géorgien Mukuzani, pour devenir l’égérie de leur campagne publicitaire. « Elle était agile, gracieuse : une jeune fille de qualité. » (p. 141).

Katia et Nastia ont chacune un caractère différent et donc un comportement différent. Katia est douce, intelligente, rêveuse ; elle veut étudier et aspire à être honnête. Nastia et rustre, tête brûlée, vulgaire et peine à trouver du travail ; elle devient jalouse de Katia et ce n’est pas la morale qui l’étouffe ! « Je suis choquée par Moscou : c’est la merde, ici. Que des culs noirs, quel bazar ! Tu te rends compte… et l’autre qui voulait que je me marie avec lui. » (Nastia, p. 87, elle parle de Sapar, un jeune Tadjik qui les a aidées). En dehors de faire partie de la même famille, elle n’ont qu’un point en commun, c’est qu’elles sont belles toutes les deux. Mais Nastia est prête à vendre le pucelage de Katia à un ami de Mourad (un caïd) contre de l’argent, et tant pis s’il faut mettre une pilule dans son coca et si elle se fait violer ! Charmant… J’ai détesté le comportement de Nastia. En même temps, les deux cousines aux tempéraments si différents sont sûrement représentatives des jeunes femmes russes !? Si j’ai bien compris, Devouchki signifie jeunes femmes.

La Russie actuelle n’est pas montrée sous son meilleure jour : pauvreté, chômage, combines foireuses, racisme (envers les ressortissants des anciennes républiques soviétiques)… Le frère de Katia, joueur invétéré, est en prison et les harcèle elle et leur mère pour recevoir de l’argent… Tout ça n’est pas glorieux et je suis sûre que certains Russes sont nostalgiques du communisme !

J’ai bien aimé le passage où Alexei (amoureux de Katia), en stage à Londres, rencontre Jack Stoneby, un jeune Écossais qui vient de publier un premier roman en lice pour le Booker Prize. Ils parlent littérature : « Dostoïevski parlait de son expérience, de ses sensations. Il était joueur, comme chacun sait, et a écrit un roman… » (p. 250). Je venais justement de lire Le joueur de Fiodor Dostoïevski !

Coup de cœur ❤ J’avais réservé à la bibliothèque le premier roman de Victor Remizov, Volia Volnaïa, et je vous parle tout bientôt.

Je vois que la Russie fait partie des pays du challenge Voisins Voisines 2020.

Maou et Monsieur Poussin de Clothilde Delacroix

Maou et Monsieur Poussin de Clothilde Delacroix.

L’école des loisirs, collection Moucheron, janvier 2020, 40 pages, 6 €, ISBN 978-2-21130-455-9.

Genres : littérature française, jeunesse.

Clothilde Delacroix naît en 1977. Elle étudie les Arts plastiques. Elle est autrice et illustratrice. Plusieurs autres titres à L’école des loisirs en particulier la série Lolotte dans la collection Loulou & Cie.

Maou (une petite chatte) se réveille en pleine nuit : non seulement elle a faim mais elle entend un bruit inhabituel. « On dirait que ça vient du dehors. » (p. 8). Va-t-elle oser, malgré sa peur, ouvrir la porte ? C’est un petit poussin qui crie, Piou, Piou-Piou !

Le matin, elle part à la recherche de la famille de Monsieur Poussin. Il n’est pas à Madame Poulet… Il n’est pas à la famille Canard ou alors la famille est partie pour la migration sans lui !

Une jolie histoire d’amitié entre deux animaux que tout oppose. Agréablement illustré avec des tons pastels pour beaucoup de douceur et de tendresse.

Pour les challenges Animaux du monde #3, Jeunesse Young Adult #9 et Petit bac 2020 (pour la catégorie Animal avec Poussin).

La Californie de Bruno Masi

La Californie de Bruno Masi.

JC Lattès, février 2019, 187 pages, 17 €, ISBN 978-2-7096-6184-3.

Genres : littérature française, roman.

Bruno Masi naît en 1975 à Toulon. Il est journaliste, auteur et responsable pédagogique à l’INA.

4 juillet, Marcus Miope a 13 ans. Il rêve d’aller en Californie (d’où le titre). Il ne supporte pas son frère aîné, Dimitri, (qui est plutôt dégueulasse, fainéant et violent). Annie, sa mère, est fantasque, parfois elle a un copain, souvent elle picole ; elle va… disparaître ! « Aujourd’hui, je sais qu’elle me fixait pour ne pas m’oublier. » (p. 14). Annie est partie depuis plusieurs jours. « Les jours passaient, sa présence s’était diluée, il ne restait que certains gestes ou images que je maintenais gravés dans mon cerveau en fermant les yeux très fort. » (p. 30). En plus, l’été, les vacances, pour Marcus, c’est la solitude et l’ennui, même si Marcus rencontre Penelope, une adolescente norvégienne avec laquelle il vit ses premiers émois. « Juillet et août, c’est deux pansements que l’on tire et qui retiennent nos côtes pour nous empêcher de respirer. » (p. 58). Sinon, il fait des balades à vélo avec son copain, Virgile, ou ils vont voir les voitures passer sur l’autoroute. Marcus est désabusé… « Construire, c’est ça : accumuler les briques factices de notre bonheur. » (p. 111). « Annie était partie. Elle ne reviendrait pas ce soir, ni demain, ni jamais. » (p. 121-122). « Je croyais que le monde était écrit pour moi. Mais je n’étais au final qu’un figurant. » (p. 146).

Je pense que l’histoire se déroule dans la deuxième moitié des années 80 : Marcus écoute au début du roman La fièvre dans le sang d’Alain Chamfort (titre sorti en 1986) et on sait que Laurent Fabius est premier ministre (p. 49) : j’ai vérifié, il l’a été de janvier 1984 à mars 1986. Alors petit problème, si l’histoire se déroule en juillet 1986, Fabius n’est plus premier ministre… Et il y a d’autres anachronismes comme Sex Machine de Crawling Chaos (p. 33) : album sorti en 2003 et « Un énorme soleil rouge […] semblable à un ciel de manga. » (p. 42) : pas sûre que les mangas étaient autant démocratisés dans les années 80 (peut-être l’auteur pense-t-il aux dessins animés ?) et « […] un portefeuille vide (ni carte, ni argent) » (p. 57) : les cartes bancaires existaient déjà, oui, mais elles n’étaient pas courantes (seulement quatre grosses banques les proposaient, je doute que Dimitri en ait possédé une…) et leur utilisation s’est démocratisée dans les années 90 avec l’installation de terminaux de paiement chez les commerçants et le code à quatre chiffres. Un collègue me dit aussi qu’il y a un problème de date avec le fait que Marcus possédait des figurines Star Wars alors qu’il avait 6 ans.

Avec tout ça, j’ai été suspicieuse pendant toute la lecture et j’ai vérifié pas mal de dates ! Ce qui, bien sûr, a gâché mon plaisir de lecture ! Dommage, ce roman avait du potentiel… Il a obtenu le Prix Marcel Pagnol.

Une petite question : y avait-il des MP (militaires américains) (p. 94) en France dans les années 80 ? En Allemagne, oui, mais en France, je n’en ai aucun souvenir…

La faute de grammaire qui tue : « Faîtes ce que vous avez à faire […]. » (p. 65) : mais pourquoi les gens confondent le faîte (sommet) de l’arbre avec le verbe faire ?

Pas sûre que je lise son premier roman Nobody (même s’il se déroule à Tchernobyl) ou son nouveau roman, 8 kilomètres, paru en janvier 2020…

Pour le Petit Bac 2020 (catégorie lieu pour Californie).

Requiem pour une apache de Gilles Marchand

Requiem pour une apache de Gilles Marchand.

Aux forges de Vulcain, août 2020, 414 pages, 20 €, ISBN 978-2-37305-090-5.

Genres : littérature française, roman.

Gilles Marchand naît en 1976 à Bordeaux. Il est musicien, auteur et éditeur. Depuis 2010, il publie des nouvelles aux éditions Antidata. Ses précédents titres aux Forges de Vulcain : deux romans, Une bouche sans personne (2016), Un funambule sur le sable (2017) et un recueil de nouvelles, Des mirages plein les poches (2018).

« Jolene. C’est nous qui avions choisi son surnom. […] Jolene. Un prénom d’ailleurs pour une inconnue venue d’ailleurs. » (p. 13).

Jolene n’a pas d’amis, elle n’a pas aimé ni le collège ni le lycée. Après la mort de son père, peintre de la Tour Eiffel, sa mère vit avec Albert et Jolene est partie, un peu poussée par sa mère… Après avoir galéré, elle devient caissière dans un supermarché et, un soir, elle est entrée dans cet hôtel près de son travail pour boire un coup. C’est là que le narrateur, Wild Elo, un chanteur à succès devenu ringard, l’a rencontrée. « Tous les soirs, elle passait nous voir. Elle n’était plus une habituée, elle était l’une des nôtres. Nous avions même fini par l’appeler Jolene devant elle, ce qui l’avait fait sourire la première fois. » (p. 68).

Il y a une belle brochette de personnages parmi les habitants des 13 chambres de l’hôtel tenu par Jésus et l’auteur exprime beaucoup d’humanité envers eux. « Chanteur ringard, anciens taulards, idiot du village ou bête de foire, nous avions tous franchi depuis longtemps notre point de rupture et nous y étions habitués. Jolene était encore dans l’étape de la colère, cette colère qui nous avait un jour habités. Cette colère que nous avions oubliée […]. » (p. 125).

Que faire de tous ces gens invisibles qui n’existent pour personne ? « Jolene a réussi à créer un nous avec des gens qui n’étaient jamais parvenus à être un je. » (p. 171).

Ce roman se déroule dans les années 70 même s’il semble un peu intemporel. « C’était une période sensationnelle. » (p. 277). Il y a une ambiance spéciale (que je n’arrive pas bien à décrire) et des moments surréalistes comme avec Gérard, le vieux résistant oublié dans le grenier depuis 30 ans !

Mon passage préféré. Un extrait sur Bonnie et Clyde, le couple d’anciens voleurs qui occupaient une chambre. « Ils avaient vécu au milieu des livres, à travers la littérature française, russe et anglaise. Quelques détours par l’Amérique du Sud et l’Italie. Jolene était effarée. Elle commençait à comprendre que nous étions tous égaux face à la littérature, à condition de prendre le risque de s’y perdre. Les livres ne font pas le distinguo entre les grands et les petits, les beaux et les moches. On lui avait fait croire que c’était un art difficile, qu’elle n’avait pas les armes ou qu’elle était trop bête pour lire des livres. On ne lui avait pas laissé le temps d’apprivoiser la littérature. Elle avait passé sa scolarité à craindre les livres comme s’il s’était agi d’un animal vaguement dangereux, ou tout au moins très intimidant. Elle ne s’en sentait pas digne parce qu’elle ne comprenait pas tout. » (p. 361-362).

C’est aujourd’hui que paraît ce beau roman reçu fin juillet et lu durant le week-end du 25-26 juillet. Je remercie les éditions Aux forges de Vulcain parce que j’ai vu de nombreuses fois cet auteur sur des blogs mais je ne l’avais encore jamais lu et ce fut une belle découverte. Il a un style d’une grande richesse, poétique et humaniste, et ses personnages, bien que considérés comme « invisibles », inadaptés à la société, ont une réelle épaisseur et sont attachants.

Un auteur à découvrir et je verrai pour lire ses précédents titres qui m’avaient déjà attirée lorsque je les avais vus sur les blogs.

La goûteuse d’Hitler de Rosella Postorino

La goûteuse d’Hitler de Rosella Postorino.

Albin Michel, janvier 2019, 400 pages, 22 €, ISBN 978-2-22640-185-4. Le assagiatrici (2018) est traduit de l’italien par Dominique Vittoz. Je l’ai lu en poche : Le livre de poche, mars 2020, 384 pages, 7,90 €, ISBN 978-2-25326-223-7.

Genres : littérature italienne, roman historique.

Rosella Postorino naît le 27 août 1978 à Reggio de Calabre (sud de l’Italie) mais elle grandit en Ligurie (nord de l’italie). Elle est autrice et traductrice. Sa première nouvelle paraît en 2004 (In una capsula) et son premier roman en 2007 (La stanza di sopra). La goûteuse d’Hitler est son 4e roman mais le premier traduit en français.

Automne 1943. Rosa Sauer, une Berlinoise de 26 ans, est une des dix goûteuses d’Hitler. Elle est mariée depuis 4 ans à Gregor mais il est parti il y a 3 ans sur le front russe et Rosa vit à Gross-Partsch, à la campagne, en Prusse-Orientale, chez ses beaux-parents, Joseph et Herta. Un matin, les SS sont venus la chercher à la ferme ; le maire du village l’avait recommandée… « Travailler pour Hitler, sacrifier sa vie pour lui : n’’était-ce pas le lot de tous les Allemands ? Mais que j’avale des aliments empoisonnés et que je meure de cette façon, sans un coup de feu, sans une détonation, Joseph ne l’acceptait pas. Une mort en sourdine, en coulisses. Une mort de rat, pas de héros. Les femmes ne meurent pas en héros. » (p. 21).

Hitler, craignant pour sa vie, s’est en effet retranché dans son quartier général, à la caserne de Krausendorf surnommée Wolfschanze, la Tanière du Loup, par les habitants voisins.

Tous les matins, un autocar récupère les femmes à 8 heures pour qu’elles goûtent ce qu’Hitler mangera au petit-déjeuner à 10 heures. Puis à 11 heures, elles goûtent ce qu’Hitler mangera au déjeuner. Les SS attendent au moins une heure pour voir si aucun aliment n’est empoisonné avant de les laisser partir. Puis elles reviennent à 17 heures pour goûter ce qu’Hitler mangera au dîner. Tout ça est préparé par le chef-cuisinier Otto Günther surnommé Krümel, la Miette, par les SS. En fait, en dehors du fait qu’elles peuvent être malades ou empoisonnées (ce qui va arriver), la nourriture est copieuse et excellente, ce qui n’est pas négligeable en temps de guerre ! En plus, elles sont rémunérées 200 marks par mois. Les semaines passent et leur « méfiance à l’égard de la nourriture faiblit. » (p. 62). Les relations entre les femmes vont évoluer et des secrets vont apparaître au grand jour.

Gregor ne vient pas à la permission de Noël… Pire, Rosa, Joseph et Herta reçoivent une lettre : Gregor est porté disparu… Peut-être qu’il reste un espoir, il n’est pas mort, il n’est que disparu. Mais la radio donne « des nouvelles de plus en plus alarmantes » (p. 116). Le peuple allemand, aussi bien à Berlin qu’en province, souffre lui aussi car beaucoup d’Allemands n’étaient pas nazis et n’adhéraient pas à l’idéologie et à la guerre.

La goûteuse d’Hitler est un très beau roman, riche en anecdotes, passionnant, et surtout inspiré de l’histoire de Margot Wölk, la dernière (des 15) goûteuses d’Hitler encore en vie en 2012 lorsqu’elle a accordé une interview pour son 95e anniversaire (en décembre 2012). Elle est morte en avril 2014 après avoir délivré au monde son secret.

L’autre point intéressant est que le roman n’est pas linéaire ; il y a des flashbacks sur les moments que Rosa a passés avec Gregor à Berlin, l’explosion de leur immeuble durant une alerte nocturne qui a coûté la vie à sa mère, et puis aussi l’enfance de Rosa avec son jeune frère, Franz, parti aux États-Unis, et des souvenirs comme celui-ci : en 1933, 25 000 livres sont brûlés sur la place publique… « L’ère de l’intellectualisme juif est terminé, clame Goebbels, il faut retrouver le respect de la mort […]. » (p. 156). Terrible idéologie, terrible guerre, terrible drame…

Un petit détail : en allemand le h est aspiré et se prononce (même si ce n’est pas facile pour nous autres francophones), il n’y a donc pas de liaison et il aurait fallu écrire La goûteuse de Hitler.

Une excellente lecture pour le Challenge de l’été (Italie), le Petit Bac 2020 (dans la catégorie Personne célèbre pour Hitler) et Voisins Voisines 2020 (Italie).

Kim Jiyoung, née en 1982 de Cho Nam-joo

Kim Jiyoung, née en 1982 de Cho Nam-joo.

NiL, janvier 2020, 216 pages, 18,50 €, ISBN 978-2-37891-061-7. Palsip yi nyeon saeng Kim Jiyeong (2016) est traduit du sud-coréen par Kyungran CHOI et Pierre Bisiou.

Genres : littérature sud-coréenne, premier roman.

Cho Nam-joo naît en 1978 en Corée du Sud. Elle est scénariste pour la télévision et Kim Jiyoung, née en 1982 est son premier roman.

Séoul, Corée du Sud. Kim Jiyoung a 35 ans ; elle est mariée depuis 3 ans à Jeong Dahyeon, 38 ans, qui travaille dans une grande entreprise de high tech et le couple a une fillette d’un an, Jeong Jiwon. Jiyoung travaillait dans une société de communication mais elle a arrêté de travailler pour s’occuper de Jiwon.

Automne 2015. Jiyoung a des comportements bizarres : elle parle comme sa mère, elle dort avec Jiwon en suçant son pouce puis elle déclare être Cha Seungyeon, une des amies du couple, décédée il y a un an… Elle parle et agit comme la morte et, surtout, elle sait des choses que seuls Daehyeon et Seugyeon savaient ! « Jeong Dahyeon s’est figé. Cela remontait à presque vingt ans. Une après-midi d’été, le soleil dardait ses rayons sur le stade qu’aucune ombre ne protégeait. Il ne se souvenait pas pourquoi il s’était trouvé là mais il avait croisé Cha Seungyeon qui, tout à trac, lui avait déclaré qu’elle l’aimait bien. Qu’elle l’aimait bien et qu’elle l’aimait tout court. Elle transpirait, bégayait, ses lèvres tremblaient. » (p. 14-15). Et il y a d’autres alertes…Que se passe-t-il ?

Flashback. Enfance de Jiyoung avec Kim Eunyeong, sa sœur aînée, et leur petit frère. Les deux filles vivent des injustices car les garçons sont prioritaires et sont toujours mieux traités que les filles : les filles souvent n’étudient pas, elles vont à l’usine pour payer les études de leurs frères, plus âgés ou plus jeunes, même s’ils sont moins doués pour étudier. École primaire, collège, premières règles, lycée… « Les filles, presque inconsciemment, entassaient petit à petit au fond de leur cœur la désillusion et la peur des hommes. » (p. 73). Heureusement Jiyoung et sa sœur, nouvelle génération de filles, ont pu faire les études qui les intéressaient.

Un truc bizarre. « […] en 2001, […] Kim Jiyoung eut vingt ans […] » (p. 81) mais si elle est née en 1982, en 2001, elle n’aurait eu que 19 ans, à moins que les 9 mois de grossesse compte dans l’âge de l’enfant comme au Japon ?

J’ai dévoré ce très beau roman, féminin, féministe, universel ! Un premier roman, en plus, très réussi. Les femmes sud-coréennes (et pas que) sont victimes de sexisme, de dénigrement, de violence ; elles doivent être au service de leurs parents, de leurs frères, puis de leur patron lorsqu’elles travaillent, et enfin de leur mari et leurs enfants. Quelle vie !… Cho Nam-joo s’est inspirée de tout ce qu’elle a trouvé comme témoignages et interviews pour rédiger cette somme littéraire passionnante sur les conditions peu avantageuses des femmes. Le message est clair, fort, mais pas vindicatif, ni violent. Si j’ai bien compris, un film adapté de ce roman est sorti au cinéma en Corée du Sud en 2019, peut-être verrons-nous ce film en France ?

Bien que des lois d’égalité hommes-femmes existent, la société sud-coréenne (et bien d’autres dans le monde, c’est pourquoi je pense que ce roman est universel) dénigre toujours la femme et la condition féminine. D’ailleurs mon passage préféré est : « Tel était le dilemme : en appliquant les lois vous passiez pour une profiteuse, en renonçant vous nuisiez aux conditions de travail d’autres collègues. » (p. 164).

Une lecture coup de poing, coup de cœur pour le Challenge coréen, le Challenge de l’été (Corée du Sud) et le Petit Bac 2020 (catégorie Prénom pour Jiyoung, j’ai lu que c’est un des prénoms féminins les plus donnés en 1982).

Le joueur de Fiodor Dostoïevski

Le joueur de Fiodor Dostoïevski.

Actes Sud, 1991 ; poche en Babel n° 34, 2000, 7,70 €, ISBN 978-2-7427-2821-3. Je l’ai lu en édition reliée au Grand livre du mois, novembre 2001, 340 pages. Igrok (Игрок 1866) est traduit du russe (nouvelle traduction) par André Markowicz. Avec une postface, D’une passion l’autre d’André Comte-Sponville (voir en fin de billet).

Genres : littérature russe, roman, classique.

Fiodor Dostoïevski ou au complet Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski (Фёдор Михайлович Достоевский) naît le 30 octobre 1821 (11 novembre 1821 dans le calendrier grégorien) à Moscou. Fils d’un médecin militaire (alcoolique…), enfance difficile, École supérieure des Ingénieurs militaires de Saint-Pétersbourg, mouvements progressistes… Arrêté et condamné à mort, il est finalement déporté en Sibérie pour quatre ans. Ensuite il erre en Europe et joue beaucoup, il est couvert de dettes, ce Joueur est donc très documenté et sincère ! Dès l’enfance, il lit énormément les auteurs européens, Johann Wolfgang von Goethe, Victor Hugo, Friedrich von Schiller, William Shakespeare… À 22 ans, il écrit son premier roman, Les pauvres gens (1844-1846) que j’ai lu il y a des années et qui m’a fait aimer cet auteur. Suivent Le double (1846), Nétotchka Nezvanova (inachevé, 1848-1949), Le rêve de l’oncle (1859), Le bourg de Stépantchikovo et sa population ou Carnet d’un inconnu (1859), Humiliés et offensés (1861), Souvenirs de la maison des morts (1860-1862), Les carnets du sous-sol (1864), Crime et châtiment (1866), Le joueur (1866), L’idiot (1868-1869), L’éternel mari (1870), Les démons (1871), L’adolescent (1875), Les frères Karamazov (1880) ainsi que de nombreuses nouvelles (entre 1846 et 1880) et quelques chroniques (Annales de Pétersbourg, 1847), correspondances et carnets (1872-1881). Il meurt le 28 janvier 1881 (9 février 1881 dans le calendrier grégorien) à Saint-Pétersbourg.

Le joueur est paru en 1866 soit 100 ans avant ma naissance, c’est pourquoi j’ai choisi ce titre pour le challenge Les classiques c’est fantastique. J’aurais pu choisir Crime et châtiment paru la même année et qui correspond plus à un « bon gros pavé russe » mais je ne l’avais pas sur mes étagères… (et je n’avais pas envie de le lire en numérique).

À Roulettenbourg, sur les bords du Rhin. Un général russe, veuf et ruiné, ses deux enfants, Micha et Nadia et leur précepteur, Alexis Alexandrovitch, le narrateur. Un Anglais sympathique, Mr. Astley, une intrigante, mademoiselle Blanche de Cominges, et sa mère, un Français désagréable, le marquis de Grieux (est-il vraiment marquis ?), voici pour les personnages principaux. Ah, et aussi Polina Alexandrovna, une cousine du général, dont Alexis Ivanovitch est amoureux : elle le charge de gagner de l’argent pour elle à la roulette.

Or, il y a deux genres de joueurs : le mauvais genre, la plèbe, la racaille, qui joue(nt) un jeu cupide et le gentleman qui joue dans la curiosité « dans la bonne humeur et sans la moindre agitation » (p. 22). Bien sûr, le plus souvent, après avoir gagné (parfois beaucoup !), le joueur perd tout ! « C’est étonnant, je n’ai pas encore gagné, mais j’agis, je sens et je pense comme un homme riche, et je ne peux pas m’imaginer d’une autre façon. » (p. 65).

Mais arrive en grandes pompes de Moscou la grand-mère du général, la baboulinka, la « terrible et richissime, Antonida Vassilievna Tarassevitcheva, propriétaire terrienne et haute dame de Moscou » (p. 85). La vieille dame, que le général espère morte pour hériter et épouser mademoiselle Blanche, est bien en vie et très en forme (bien qu’invalide).

Et Dostoïevski entraîne ses personnages et ses lecteurs dans l’enfer, dans la folie de la passion dévorante du jeu (mais aussi de l’amour). Ne dit-on pas la « roulette russe » ? C’est souvent surréaliste, presque toujours drôle et la mémé à la roulette, c’est ahurissant ! L’auteur retransmet bien (en tant que joueur lui-même durant ses années d’errance en Europe) la folie furieuse du jeu, surtout quand les joueurs deviennent incontrôlables : ils forment tous un beau panier de crabes et il est logique qu’ils se fassent plumer. « Aujourd’hui, qu’est-ce que je suis ? Zéro. Et demain, que puis-je être ? Demain, je peux ressusciter des morts et recommencer à vivre ! Je peux retrouver l’homme qui est en moi, tant qu’il existe encore ! » (p. 198).

Dans l’excellente postface, D’une passion l’autre, André Comte-Sponville analyse cette œuvre plus courte de Dostoïevski. « Pour tous ceux que les grand romans de Dostoïevski, si touffus, si démesurés, effraient ou écrasent quelque peu, […], le Joueur offre, en une forme ramassée, un accès particulièrement saisissant à l’univers du grand écrivain. Non que tous les thèmes dostoïevskiens y figurent (rien, ou presque rien sur la culpabilité, sur l’existence de Dieu, sur la grandeur des humbles…), mais en ceci que l’humanité s’y dévoile comme elle est, ou comme Dostoïevski la voit : obscure, confuse, soumise à des forces qui l’écrasent, pleine de désirs fous et d’aspirations incontrôlées, incapable de raison ou de sagesse, perdue, en un mot, et tout juste assez bonne – sauf innocence ou grâce – pour garder, douloureuses comme une plaie, la nostalgie d’un bonheur ou l’espérance d’un salut. » (p. 219, début de la postface de 16 pages).

Mon personnage préféré est l’Anglais, Mr. Astley, qui est le seul à ne pas jouer (et à faire preuve de sagesse ?).

Pour Cette année, je (re)lis des classiques et le Challenge de l’été (Russie) et Les classiques c’est fantastique (cité plus haut).