Conversations avec mon chat d’Eduardo Jáuregui

Conversations avec mon chat d’Eduardo Jáuregui.

Feryane, mai 2017, 432 pages, 22 €, ISBN 978-2-36360-424-8. Conversaciones con mi gata (2013) est traduit de l’espagnol par Vanessa Capieu.

Genre : littérature espagnole.

Eduardo Jáuregui, auteur espagnol, est un psychologue spécialiste de la psychologie positive également professeur d’université.

Sara vit dans une maison avec Joaquín et travaille depuis plus de dix ans dans une petite agence de communication, Buccaneer Design, mais rachetée récemment par un gros groupe, Nat Sciences Inc. Elle a tout pour être heureuse mais, ce matin encore, elle est prise de vertige et elle sait qu’elle n’est pas enceinte. Peu avant de partir au travail, un chat l’effraie sur le moment. « Derrière le carreau se tenait un inoffensif chat au poil court et doré, la queue étroite et l’air plutôt aristocratique. » (p. 15). Plusieurs fois le chat essaie de lui parler mais Sara court au bureau, oublie sa sacoche avec son MacBook dans le métro, arrive en retard à sa réunion très importante et perd connaissance pendant sa présentation (de mémoire et à l’ancienne, sur un tableau, puisqu’elle n’a plus son ordinateur…) de Royal Petroleum ! « Qu’avais-je fait pendant ces presque quarante ans de vie ? Avais-je de quoi me réjouir ? Ou est-ce que j’étais complètement à côté de la plaque ? Pourquoi me réveillai-je tous les matins avec la nausée ? Est-ce ma propre vie qui me donnait envie de vomir ? Qu’aurait dit de moi la journaliste jeune et utopiste que j’avais été autrefois ? Ou était passé ce couple amoureux qui avait débarqué en Angleterre avec le changement de millénaire ? Qu’avais-je envie de faire du temps qui me restait ? Devais-je changer de voie ? » (p. 53). Comme vous le voyez, Sara se pose beaucoup de questions mais elle n’est pas au bout de ses peines car c’est toute sa vie qui va être chamboulée, professionnelle, amoureuse, familiale… Heureusement Sara sera aidée par quelques amis et par Sibylle, la chatte Abyssin douée de parole et de grande sagesse qui va lui faire comprendre beaucoup de choses. « Vous avez un cerveau efficace, c’est sûr, capable des calculs et des raisonnements les plus complexes. Mais pour tout dire, la plupart d’entre vous ne savent pas l’utiliser. Et vous vous retrouvez à tourner et retourner dans votre tête ce qui a eu lieu, ce qui va se passer, ce qui aurait pu ou pourrait arriver, tout ça dans le désordre et l’angoisse. » (p. 104).

Ce roman est d’abord paru aux Presses de la Cité en 2016 mais, que voulez-vous, parfois la bibliothèque n’a le livre disponible qu’en gros caractères et, même si ça me tire un peu les yeux, ces énormes caractères, j’ai craqué sur la couverture et le thème de ce livre qui était une nouveauté ! Et j’ai découvert une jolie histoire, qui m’a encouragée dans ma vie aussi, qui (ça m’a fait sourire) développait des similitudes avec Agir et penser comme un chat de Stéphane Garnier que je venais de lire juste avant (oui, je sais, je suis dans une veine de lectures « chat » !). « Jour après jour s’éveillait peu à peu une partie de moi qui se sentait infiniment libre, puissante, sage, belle ; en un mot : féline. » (p. 368).

Mon passage préféré : « L’esprit humain est un petit singe turbulent qui essayera toujours d’échapper à ton contrôle. Ce n’est pas grave. À chaque fois que tu t’en rends compte, reviens à ta respiration. » (p. 256).

Et puis, sur les livres (les parents de Sara tenaient une librairie) : « J’ai découvert très tôt que les livres permettent de voyager, de vivre des aventures, des romances et des révolutions, de connaître des reines insolentes, des magiciens puissants, des pirates au cœur d’or et même, maintenant que j’y pense, des chats sacrément bavards. » (p. 278), j’adore !

Conversations avec mon chat est un livre qui fait réfléchir sur la vie, le sens qu’on lui donne, les relations qu’on a avec les autres, c’est un roman qui enchante et qui fait du bien, oui, même si vous n’aimez pas particulièrement les chats. C’est une histoire charmante qui réconforte, qui guide, qui aide, alors allez vite le chercher, en librairie ou en bibliothèque, vous ferez une bonne action pour vous-même !

Une excellente lecture pour les challenges Feel good, Littérature de l’imaginaire et Voisins Voisines (Espagne).

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L’homme des bois de Pierric Bailly

L’homme des bois de Pierric Bailly.

P.O.L., février 2017, 160 pages, 10 €, ISBN 978-2-8180-4183-3.

Genre : roman français.

Pierric Bailly naît le 14 août 1982 à Champagnole dans le Jura. Il étudie le cinéma à Montpellier, travaille sur Paris, Grenoble, Nîmes et vit maintenant à Lyon. Du même auteur : Polichinelle (2008), Michael Jackson (2011) et L’étoile du Hautacam (2016) chez P.O.L.

Près de Lons le Saunier, Clairvaux, dans le Jura. « Je ne dors pas dans son lit, je ne porte pas ses habits. Mais je mange dans ses casseroles, je me sers dans sa cave à vin, j’écoute sa musique, ses disques, tous les chanteurs engagés qui ont bercé mon enfance à ses côtés. Je fourre mon nez dans son bordel, je fouille, je trie, je classe, je range, je jette. » (p. 8). « Mon père a été déclaré mort en forêt suite à une chute accidentelle. » (p. 13). Mais que s’est-il vraiment passé ? Le corps n’a été découvert que trois jours après la chute. Le gendarme et le légiste ont deux avis différents… Le narrateur retourne dans la forêt plusieurs fois, sur les traces de son père. « Je reconstituais peu à peu ses derniers instants de vie, sa dernière matinée. » (p. 91) et « Mourir comme ça… J’aimerais bien savoir comment. J’avais besoin de savoir, moi. » (p. 92).

En plus de la mort de son père et de sa quête forestière, tout en pudeur et en nuances, le narrateur raconte ses souvenirs, le Jura de son enfance, la maison de La Frasnée, la vie avec son père, Christian Bailly, à qui il dit adieu dans ce roman, ses amis et son engagement social, le monde rural, les transformations de la région, en particulier au niveau des scieries (les spécialités du Jura sont le bois et le plastique comme la bakélite), les fabricants de jouets en bois ou en plastique, la culture qui s’installe peu à peu (médiathèque, cinéma, festivals…), la famille (son père avait plusieurs frères et sœurs).

Quelques extraits

« J’aime bien les lancer sur leur jeunesse, c’est une amorce assez facile. C’est loin derrière et en même temps ce sont des souvenirs forts, alors ils n’ont pas de gêne à se dévoiler. » (p. 28).

« J’ai grandi dans ce paysage de conte, bercé par ces anecdotes et ces légendes locales, en plus des histoires que me lisait mon père. » (p. 57).

« La vie après sa mort, la vie depuis sa mort. Puisqu’il était parti juste au début. C’est le principe de la mort. » (zut, j’ai oublié de noter le n° de la page… (entre les pages 57 et 70).

« Une vie s’arrête, c’est la fin d’une histoire. Mais la mort engendre une nouvelle histoire, dont le défunt est le déclencheur, et dont il n’a pas connaissance. Alors je lui racontais cette histoire. » (p. 70).

« Je ne mens pas quand je dis que mon père est mort dans un site fabuleux. Un site qu’il connaissait comme sa poche et qu’il n’a jamais cessé d’arpenter. » (p. 115-116).

Je connais un peu le Jura, j’ai visité quelques villes et sites touristiques (Arbois et son vignoble, Baume les Messieurs et les Cascades du Hérisson, Clairvaux les Lacs et ses deux lacs, Dole ville fortifiée, Orchamps et la Saline de Salins les Bains, Poligny capitale du comté…), et je peux dire que c’est un très beau département (surtout quand il fait beau !), avec de très bons fromages (cancoillotte, comté…) et d’excellents vins (Savagnin, vins jaunes, vins de paille…) 😉 Je suis ravie d’avoir lu ce roman, beau, tendre, un peu triste et d’avoir découvert (par hasard !) cet auteur qui n’en est pas à son coup d’essai puisque trois romans sont déjà parus chez P.O.L, je les note en particulier L’étoile de Hautacam qui m’intrigue plus.

L’homme des bois a reçu le 1er Prix Blù / Jean-Marc Roberts 2017 : il le mérite et je conseille chaleureusement ce roman.

Une très belle lecture qui pour une fois ne rentre dans aucun challenge !

La fonte des glaces de Joël Baqué

La fonte des glaces de Joël Baqué.

P.O.L., août 2017, 288 pages, 17 €, ISBN 978-2-8180-1391-5.

Genre : roman français.

Joël Baqué naît le 23 décembre 1963 à Béziers ; il vit à Nice. Poésie (Angle plat aux éditions Hors jeu en 2002, Un rang d’écart aux éditions L’Arbre à Paroles en 2003, Start-up aux éditions Le Quartanier en 2007) et romans chez P.O.L. : Aire du mouton (2011), La salle (2015), La mer c’est rien du tout (2016).

L’auteur nous transporte en Afrique, en France et en Antarctique. Après la mort de son mari, comptable dans une bananeraie en Côte d’Ivoire, la mère retourne avec son fils, Louis, en France, à Carcassonne, et l’élève seule. Louis est un enfant calme, sensible et aimant. Bien que son père ait été écrasé par un éléphant, Louis aime et respecte les animaux. Il devient… boucher-charcutier ! Et rencontre, à Toulon, Lise, la fille de son patron, qu’il épouse mais ils n’ont pas d’enfant et personne à qui léguer la boutique. « Ils eurent ainsi de longues années d’un bonheur paisible jusqu’à ce qu’un petit point sombre repéré sur une radiographie mammaire de Lise fasse tache d’encre et assombrisse leurs vies. » (p. 42). Jeune veuf et jeune retraité, Louis déprime mais se crée « un emploi du temps et de nouvelles habitudes. » (p. 43). Un dimanche matin, après sa visite habituelle à la boulangerie-pâtisserie, Louis achète un oiseau empaillé dans une brocante. « Ce manchot empereur était certes bien conservé mais d’un usage incertain. Qui donc l’aurait acheté et pourquoi ? Difficile de se dire : un manchot empereur, ça sert toujours. Autant de questions que Louis ne se posa pas. Il s’entendit poser une question d’un tout autre ordre, comme s’il se ventriloquait lui-même. […] – Ah ! Attention, hein ! C’est pas un pingouin, c’est un manchot empereur ! Pas pareil, hein ! Pas pareil ! C’est bien mieux, un manchot empereur ! D’abord c’est plus gros et puis bientôt avec la fonte des glaces y en aura plus, vous pouvez voir ça comme un investissement ! » (p. 57-58). Cet oiseau empaillé va bouleverser la vie de Louis : une nouvelle passion, un voyage, des rencontres ! « L’irruption dans sa vie du manchot empereur avait changé les choses. » (p. 93). On retrouve donc Louis sur la banquise avec son guide Inuit, Ivaluardjuk, qui va faire une vidéo hilarante et la poster sur sa page FB.

Hum… Ce roman aurait pu me plaire : le style est relativement agréable et il y a une pointe d’humour – bon parfois c’est du gros cliché bien lourd (par exemple, avec les bibliothécaires : une fois, c’est amusant, trois fois, c’est exagéré) – et les retours en arrière ne m’ont pas dérangée mais… il y a tellement de digressions, de longueurs et de détails inutiles, que je me suis vraiment ennuyée… J’ai fait un effort pour aller au bout, à vrai dire j’ai lu une centaine de pages normalement et les presque deux-cents dernières pages en diagonale : j’ai donc rencontré Alice, visité Terre-Neuve, je suis montée à bord du Nathanaël et j’ai remorqué un iceberg, par contre je n’ai pas mangé de gâteau soviétique au beurre de je ne sais plus quoi donc je n’ai pas été malade, ni d’indigestion ou d’hallucinations ni de la lecture de ce roman, mais je suis déçue, très déçue… Alors, oui, Joël Baqué dénonce l’hystérie des réseaux sociaux et de la mise en célébrité des anonymes, oui, il crie au secours de la fonte des glaces (et du réchauffement climatique) et pour la sauvegarde de la banquise et de ses habitants, mais ça n’a pas été suffisant pour me faire apprécier ce roman trop longuet, trop laborieux. Les journalistes sont dithyrambiques à propos de cet auteur qui fut le plus jeune gendarme de France et qui se consacre désormais à la littérature : « drôle », « loufoque », « excellent », « réjouissant », « impérial » et même « précieux », bof, je ne suis pas convaincue du tout et je ne pense pas lire un autre titre de lui.

Je le mets quand même dans le challenge 1 % rentrée littéraire 2017.

Les mémoires d’un chat de Hiro Arikawa

Les mémoires d’un chat de Hiro Arikawa.

Actes Sud, juin 2017, 336 pages, 22 €, ISBN 978-2-330-07823-2. 旅猫リポート Tabineko ripôto (2015) est traduit du japonais par Jean-Louis de La Couronne.

Genres : littérature japonaise, littérature animalière.

ARIKAWA Hiro 有川 浩 naît le 9 juin 1972 à Kôchi (île de Shikoku). Habituellement elle consacre plutôt ses romans aux forces d’auto-défense japonaises avec des descriptions militaires et de la romance. Les mémoires d’un chat, totalement différent !, est son premier roman traduit en français.

Tokyo. Un chat errant d’un an, né au printemps. Un jeune homme, Satoru Miyawaki, célibataire, laisse le chat dormir sur le capot de son monospace et lui donne même à manger en échange de quelques caresses. Une nuit, ébloui par les lumières des phares, le chat est renversé par une voiture et gravement blessé à une patte arrière. Satoru l’emmène à la clinique vétérinaire puis l’installe chez lui. « […] j’avais pas encore de nom. D’ailleurs, même si j’en avais eu un, comment j’aurais pu lui dire ? Il ne comprend pas ma langue. Les humains, c’est vraiment des nuls, à part leur langue à eux, ils n’entravent rien. Pour ça, nous les animaux, on est totalement polyglotte, vous saviez ça ? » (p. 17). Le chat errant devient Nana car sa queue cassée ressemble au chiffre sept (nana signifie 7 en japonais). Mais, au bout de cinq ans de vie commune et de bonheur partagé, Satoru, pour un problème indépendant de sa volonté, ne peut plus garder Nana… Il va prendre la route avec Nana pour rendre visite à ses anciens amis (qui habitent loin de Tokyo, à Kyoto, ou même à la campagne, sur l’île de Hokkaido même) pour savoir qui peut prendre Nana.

Vous l’avez compris, avec l’extrait ci-dessus, c’est Nana qui parle, mais en fait il y a deux sortes de chapitres. Il y a ceux où Nana est le narrateur effectivement et c’est vraiment drôle : les chats ont un sacré humour et… peu de modestie ! « Quand même, tu peux te vanter d’avoir un chat exceptionnellement intelligent, tu ne trouves pas ? » (p. 80). Et il y a ceux où la narration est partagée par Satoru (la rencontre et la cohabitation, puis le voyage puisque le roman se transforme en road movie) et par les amis qu’il retrouve avec leurs souvenirs (enfance, adolescence, etc.) et là, le ton est beaucoup plus grave puisque Nana – et le lecteur par la même occasion – va découvrir la vie, le passé (pas joyeux joyeux…) de Satoru et peu à peu comprendre pourquoi il ne peut plus garder Nana. « J’ai un peu de mal à me séparer de Nana, je ne le nie pas. » (p. 140).

Quelques mots sur les amis de Satoru. Il y a l’ami de l’école primaire, Kôsuke Sawada, l’ami d’enfance donc, qui habite à Kyôto. Il y a l’ami du collège, Daigo Yoshimine, l’ami d’adolescence, qui habite à la campagne, dans une ferme, donc avec des animaux. Il y a ensuite les amis du lycée, Shûsuke Sugi et son épouse, Chikako, amis conservés à la fac, qui tiennent une auberge autorisée aux animaux au pied du Mont Fuji. Et on se rend compte de toute l’importance de la scolarité au Japon avant d’entrer dans le monde du travail !

Nana bien sûr est triste que son humain ne puisse plus le garder, mais c’est un animal doué d’une grande sensibilité alors il sait, et plus il en apprend sur Satoru plus il veut rester avec lui. « Un chat reste fidèle à ses convictions en toutes circonstances. » (p. 193). Mais quel bonheur pour lui, il voyage en voiture, il est avec Satoru, il rencontre des gens et d’autres animaux (fous rires assurés !), il va découvrir avec curiosité et ravissement la campagne, la mer, la montagne, la neige, vous imaginez comme c’est extraordinaire dans une vie de chat ! « En voyage, j’ai vu des tas de choses que je n’avais jamais vues avant. » (p. 232). Et pour Satoru, c’est l’occasion de se remémorer des souvenirs, heureux ou malheureux, de faire le point sur sa vie, de visiter le Japon, d’est en ouest, et du sud au nord, de parler des relations entre les parents et les enfants, entre amis, entre humains et animaux, et de revoir sa tante qui l’a élevé.

J’ai terminé ce très beau roman, ce merveilleux roman, en larmes mais ne vous inquiétez pas, ce n’est pas à cause du chat : sans rien dévoiler de trop, je préfère vous le dire car je sais que, sinon, vous serez nombreux à ne pas vouloir (pouvoir) lire ce roman alors qu’il ne faut pas passer à côté !

Tabineko ripôto est d’abord paru en feuilleton dans la revue hebdomadaire Shûkan Bunshun 週刊文春, entre octobre 2011 et avril 2012. Il a été joué au théâtre en 2013, et il a reçu 4 prix littéraires. Un album illustré par MURAKAMI Tsutomu 村上 勉est paru en 2014 et un film est prévu en 2018 avec l’acteur FUKUSHI Sôta 福士 蒼汰.

Une lecture pour les challenges Feel good et Raconte-moi l’Asie (Japon).

Neverland de Timothée de Fombelle

Neverland de Timothée de Fombelle.

L’iconoclaste, août 2017, 128 pages, 16 €, ISBN 979-10-95438-39-7.

Genre : roman sur l’enfance.

Timothée de Fombelle naît en 1973 à Paris. Il est auteur pour la jeunesse (Tobie Lolness, Vango) multi-récompensé, dramaturge et metteur en scène (il fonde une troupe de théâtre dans les années 90). Neverland est son premier roman destiné à un lectorat adulte.

Après une « enfance intacte », une « enfance absolue », comment devient-on adulte ? « On ne se sent ni préparé ni volontaire pour le voyage. » (p. 10). Peut-être que c’est lorsqu’on oublie le « paradis de l’enfance », le « pays perdu »… « Moi, je suis sorti à petits pas, en m’aventurant vers la lisière, en perdant mon chemin, en oubliant de me retourner. » (p. 25). Car « L’enfant est une île. Il ne sait et ne possède rien. […] Pour lui, le lendemain n’existe pas. Le passé a déjà disparu. » (p. 27). Trente ans après, le narrateur retourne dans la maison de son enfance, la maison où ses grands-parents le recevaient lui et ses frères durant l’été, à la recherche d’un sonnet qu’il avait écrit à la demande de son grand-père. Il va « Tenter d’attraper l’enfance […]. » (p. 39). Mais y a-t-il des résurgences où « l’enfance affleure » (p. 52) dans notre vie ? Peut-on réellement se souvenir de l’enfance ? « L’enfance n’habite pas la mémoire. Elle habite notre chair et nos os. » (p. 71).

Mon passage préféré (en dehors de la première page ci-dessus, cliquez pour la voir en taille réelle) : « Je n’ai jamais pensé qu’un tiroir ou une armoire ou même un coffre étaient autre chose que des fenêtres qui s’ouvraient vers des mondes ignorés. » (p. 97).

Si vous aimez les extraits cités dans ce billet, ce magnifique roman (presque trop court) sur l’enfance est pour vous ! Sinon, passez votre chemin, insensibles que vous êtes ! Des extraits, j’aurais pu en mettre d’autres, tellement ce roman est beau, tout en finesse, en délicatesse, tourné vers l’imaginaire et la nostalgie. Une petite pépite de la rentrée littéraire de cet automne, j’adore ! ❤

Lu dans le cadre des 68 premières fois 2017 (session d’automne), je le mets dans les challenges 1 % rentrée littéraire 2017 et Feel good.

Roland est mort de Nicolas Robin

Roland est mort de Nicolas Robin.

Anne Carrière, mars 2016, 185 pages, 17 €, ISBN 978-2-8433-7815-7.

Genre : ovni littéraire !

Nicolas Robin naît dans les Landes en 1976. Du même auteur : Bébé requin (2006), Super tragique (2007) et Je ne sais pas dire je t’aime (2017). Plus d’infos sur sa page FB.

« Roland est mort mais je m’en fous. Je ne le connaissais pas après tout. C’était le voisin d’à côté. Il avait l’air vieux, pas de cheveux. […] Il vivait seul avec son caniche et il écoutait des disques de Mireille Mathieu. » (p. 9-10). Lorsque les sapeurs-pompiers descendent le corps de Roland avec la voisine du dessous qui les suit, leur chef donne le caniche au voisin de palier, le narrateur. « Je me suis retrouvé de force avec le chien de Roland. Il a du caca au coins des yeux. Son pelage est rêche et délavé. D’un coup de langue, il me lèche la joue. Il pue. » (p. 14). Ce voisin narrateur dont on ne connaîtra pas le prénom, c’est un célibataire (son amoureuse l’a mis dehors), bientôt quarante ans, infographiste au chômage depuis qu’il a insulté son patron, quelques problèmes avec sa banque, et le voisin, il n’en veut pas du caniche ! Une femelle, qui s’appelle Mireille, lui apprend la voisine du dessous. « Roland est mort dans la plus grande solitude. Il ne laisse aucun contact, aucun ami. Il n’avait pas de vie sociale. Il n’avait qu’un caniche. » (p. 33). Le voisin va chez ses parents, ils ont une petite maison, un jardin, c’est bien pour le chien, mais mamie se traîne et a perdu la boule, le père a la tête dans les nuages depuis des années et la mère qui gère tout ne veut pas de chien en plus. « Maman veut savoir où j’en suis sur le marché de l’emploi. Mamie veut savoir où j’en suis sur le marché du célibat. C’est l’instant où tout se fige dans la salle à manger. » (p. 47). Le voisin décide alors de laisser Mireille à la SPA. « Mireille se paralyse contre le grillage. Elle me fixe de ses yeux noirs bordés de poils frisés. Elle me juge. Elle sait que je suis un type méprisable. […] Elle pense ‘Pourquoi tu m’abandonnes ?’. Elle pense ‘Pourquoi tu ne veux pas de moi dans ta vie ?’. Mireille a le museau triste des mal-aimés, de ceux qu’on quitte un jour […]. Elle pense ‘Pourquoi je ne suis pas assez bien pour toi ?’. Elle pense ‘Tu m’aimerais si je sentais bon et que j’étais jolie ?’ […] C’est là que se termine l’aventure entre Mireille et moi et pourtant j’hésite. » (p. 56) ; « En fait… je vais garder le chien. » (p. 57). Peu après, un agent des pompes funèbres sonne chez le voisin et lui donne l’urne avec les cendres de Roland. « Roland est mort et je le tiens entre les mains. […] La céramique est froide. Mon voisin est à l’intérieur. » (p. 69).

Chaque chapitre commence par « Roland est mort » qui donne son titre au roman et qui est presque le personnage principal. Ces événements, la mort de Roland, l’arrivée de Mireille, l’urne mortuaire (mais que va-t-il bien pouvoir en faire ?) sont l’occasion pour le voisin solitaire qui passe ses journées à boire du Campari et à mater des films pornos – « Ai-je raté ma vie ? » (p. 97) – de faire le point sur sa vie, son passé, son avenir. Et finalement, ces événements – et en particulier Mireille le caniche – vont modifier sa perception de la vie et même plus, bouleverser sa vie. Je ne vous en raconte pas plus mais c’est amené avec beaucoup d’humour, avec tendresse, avec une grande sensibilité, avec des mots parfois crus aussi, ce qui rend le roman incisif, rythmé et percutant, passionnant, enrichissant, et je l’ai dévoré alors que je l’avais découvert totalement par hasard ! Ce livre sur le deuil – et la solitude – est un livre drôle, vraiment drôle et il serait dommage de passer à côté. Et, promis, vous ne serez pas obligés d’écouter Mireille Mathieu !

Un roman exceptionnel qui ne rentre dans aucun challenge ! Peut-être le Feel good.

Entropia de Maxime Chattam

Entropia (Autre-Monde, 4) de Maxime Chattam.

Albin Michel, novembre 2011, 400 pages, 20,30 €, ISBN 978-2-22622-992-2.

Genres : science-fiction, fantasy, fantastique, horreur.

Maxime Chattam : voir sur le tome 1, L’Alliance des Trois.

Les Pans ont installés plusieurs postes avancés autour du village d’Eden. « La principale occupation aux Postes Avancés consistait en de courtes expéditions à caractère scientifique, botaniques ou minéralogiques, ainsi qu’en recensement de nouvelles espèces animales. » (p. 9). Mais que se passe-t-il tout au nord des anciens États-Unis et au Canada ? Aucun Pan ne le sait car aucun n’est jamais allé aussi haut. « Je pense qu’il est nécessaire de poursuivre l’exploration du monde, les Longs Marcheurs ont bien assez à faire à circuler de village en village et colporter les informations et les centraliser ici, je me porte volontaire pour monter une équipe et aller à l’ouest ou au nord, voir ce qu’il y a au-delà des zones connues. » (p. 29).

L’action se déroule trois mois après l’alliance signée avec les Cyniks renommés les Maturs avec Balthazar à leur tête, et tous se préparent à fêter Noël ou du moins le premier anniversaire après la tempête. « Soudain toutes les voix se turent en même temps, puis entonnèrent ensemble un chant religieux qui ne dura que quelques secondes. « (p. 186). Mais il y a toujours des ennemis tapis dans l’ombre (des corbeaux espions, des tourmenteurs…) et ce mystérieux mur de brouillard électrique qui arrive du nord… Matt, Tobias, Ambre et leurs amis devront découvrir ce qu’est ce nouveau phénomène très dangereux, Entropia. « Entropia ne véhiculait aucune harmonie, rien que le chaos. Le désordre, la confusion. L’horreur. La mort. » (p. 347).

Avec ce quatrième tome – le premier tome du deuxième cycle de Autre-Monde – c’est toujours un plaisir de retrouver les personnages principaux des Pans (et les autres), pas de lassitude, ça se lit toujours très bien (genre page turner) d’autant plus que le danger est encore plus grand, que les personnages mûrissent et qu’il y a de nouvelles créatures horribles ! Et de l’autre côté de la Passe des loups, où c’est normalement la paix, le Buveur d’innocence n’a pas dit son dernier mot. L’auteur a énormément d’imagination et surprend encore, c’est bien car j’ai embrayé avec le tome 5, Oz, dont je vous parle tout bientôt.

Pour les challenges Jeunesse & young adult, Littérature de l’imaginaire et Mois américain (l’auteur n’est pas américain mais le roman se déroule aux États-Unis).

Les notes de lectures des autres tomes : L’Alliance des Trois de Maxime Chattam (Autre-Monde 1),  Malronce de Maxime Chattam (Autre-Monde 2)Le Cœur de la Terre de Maxime Chattam (Autre-Monde 3).