Quand viendra la vague d’Alice Zeniter

Quand viendra la vague d’Alice Zeniter.

L’Arche, collection Scène ouverte, août 2019, 80 pages, 13 €, ISBN 978-2-85181-964-2.

Genres : littérature française, théâtre, science-fiction.

Alice Zeniter naît le 7 septembre 1986 à Clamart (Hauts de Seine). Elle publie son premier roman à l’âge de 16 ans, Deux moins un égal zéro (2010). Elle étudie à l’École normale supérieure. Elle enseigne le français en Hongrie puis à l’université Sorbonne Nouvelle. Elle est connue comme romancière mais elle est aussi dramaturge, scénariste et traductrice. Parmi ses titres : Jusque dans nos bras (Albin Michel, 2010), Sombre dimanche (Albin Michel, 2013), Juste avant l’oubli (Flammarion, 2015), L’art de perdre (Flammarion, 2017, plusieurs prix dont le Goncourt des lycéens), Je suis une fille sans histoire (L’Arche, 2021, essai).

La scène : une île envahie par l’eau. Sur un rocher. Les personnages : Mateo et Letizia en couple, une femme, un homme, un mouflon sur deux jambes.

Mateo. L’optimisme. « Je suis debout parce que, debout, j’aurai pied plus longtemps. » (p. 13).

Letizia. Le pessimisme. « J’ai froid j’ai faim j’ai mal au dos je ne veux pas faire l’effort de penser. » (p. 15).

Plus l’eau montera, plus l’espace sera restreint sur cette île de six hectares avec un petit bois et une bergerie qui ont appartenu au père de Mateo.

Y aura-t-il assez de place sur ce sommet pour accueillir les humains et les animaux de l’île ? Mateo et Letizia ne sont pas d’accord sur l’attitude à adopter.

Arrive une femme, elle a perdu son mari, ses enfants, sa maison, tout, mais serait-elle dérangée, elle pense que les poissons sont responsables de la montée des eaux (expansion de territoire). C’est, à mon avis, une façon de nier la responsabilité des humains.

Arrive un homme, un promoteur qui voulait acheter l’île à Mateo après la mort de son père, un sale type qui pense s’en tirer avec des proverbes… Mais Mateo n’est pas aussi compatissant que Letizia.

Mateo. « Pourquoi quarante mille vaches qui font meuuuuuuuuh seraient-elles inférieures à un homme en train de se plaindre ? » (p. 39).

Au bout de quelque temps, Letizia et Mateo ont de l’eau jusqu’aux genoux…

Letizia veut toujours sauver les gens, elle voudrait qu’on dise d’elle qu’elle est « quelqu’un de profondément bon » (p. 48).

Mais Mateo. « Et maintenant que l’eau monte par leur faute, il faudrait encore les sauver ? Il faudrait que toi et moi, on fasse preuve d’une belle morale universelle et qu’on laisse un salaud comme ça venir vivre avec nous ? » (p. 50).

Arrive un mouflon sur deux jambes, sûrement sur ses pattes arrières, il a pu s’adapter même s’il a eu du mal à se redresser…

L’eau monte de plus en plus, elle est vraiment sale, et « le silence est massif » (p. 67).

Dans la postface intitulée « Vous faites aussi du théâtre ? », question souvent posée à Alice Zeniter, elle explique comment elle est entrée dans le monde du théâtre et sa relation avec le théâtre.

Cette fable écologique et dystopique est une comédie dramatique dans laquelle Mateo et Letizia sont confrontés à la montée des eaux bien sûr mais aussi à l’effondrement de l’humanité et à leurs valeurs, leurs idéaux, leur pouvoir. En fait, quand viendra la vague, il sera trop tard, c’est maintenant qu’il faut réfléchir, changer, s’adapter à la planète et pas l’inverse. Le petit pouvoir qu’ont Mateo et Letizia, au sommet de leur île recouverte par les eaux, est bien futile et inutile… Une pièce à lire de toute urgence !

Pour les challenges Littérature de l’imaginaire #9, S4F3 #7 et Les textes courts.

Le silence de Don DeLillo

Le silence de Don DeLillo.

Actes Sud, collection Lettres anglo-américaines, avril 2021, 112 pages, 11,50 €, ISBN 978-2-330-14930-7. The Silence (octobre 2020) est traduit de l’américain par Sabrina Duncan.

Genres : littérature états-unienne, roman, science-fiction.

Don DeLillo (de son nom complet Donald Richard DeLillo) naît le 20 novembre 1936 dans le Bronx à New York (États-Unis). Il étudie les arts de la communication à l’Université jésuite Fordham à New York puis travaille dans la publicité. Il est romancier, nouvelliste, dramaturge et scénariste. Son premier roman, Americana, paraît en 1971. Ses romans et un recueil de nouvelles traduits en français sont tous publiés chez Actes Sud depuis 1986 mais je n’avais jamais lu cet auteur (ou alors j’ai oublié mais avec son style ça m’étonnerait). Il est considéré comme un des écrivains états-uniens contemporains (associé au courant post-moderne) les plus influents.

2022. Dans un avion en provenance de France, Jim Kripps et son épouse, Tessa Berens, rentrent aux États-Unis. Tessa écrit les souvenirs de leur voyage dans un carnet pendant que Jim s’entraîne à prononcer en français (heure à Paris, heure à Londres, température à l’extérieur, altitude, vitesse, heure à l’arrivée…). « Tu notes le jour où il a plu dans ton livre de souvenirs. Le jour où il a plu, immortalisé. Tout l’enjeu des vacances c’est de les vivre sur le mode de l’exception. C’est toi qui me l’as dit. De garder en tête les temps forts, les moments et les heures mémorables. Les longues promenades, les bons repas, les bars à vins, la vie nocturne. » (p. 20). Mais, tout à coup, il y a des secousses violentes et l’avion n’atterrit pas à Newark…

Au même moment, à New York, Diane Lucas, son mari Max Stenner et un ami, Martin Dekker (professeur universitaire, ancien élève de Diane, et spécialiste d’Einstein), attendent Jim et Tessa pour regarder « le dernier match de la saison de football américain » (p. 25). Mais leurs amis n’arrivent pas, leur avion aurait-il été retardé ?

Pendant la pub avant le coup d’envoi, les images tremblent, il n’y a plus de son, puis l’écran devient noir. Télévisions, téléphones, ordinateurs, plus rien ne fonctionne, ni chez Diane et Max, ni chez leurs voisins (qu’ils découvrent d’ailleurs). Y aurait-il une centrale électrique en panne ? Un piratage informatique ? Le phénomène est-il local ou mondial ? Et combien de temps cela va-t-il durer ? Tous se posent des questions mais personne n’a de réponse.

« Et si tout ça était une espèce de songe vivant ? – Qu’on a rendu plus ou moins réel […]. – Et si nous n’étions pas ce que nous croyons être ? Et si le monde que nous connaissons était en train d’être complètement remanié pendant que nous sommes debout à regarder ou assis à discuter ? » (p. 80). Incroyable ! Je n’ai pas encore lu L’anomalie d’Hervé Le Tellier mais j’ai l’impression (de ce que j’en ai lu et entendu) que ce roman traite plus ou moins du même thème : un avion entre Paris et New York avec quelque chose qui se passe durant le vol et le même genre de questionnements. Je vais le lire bientôt, je verrai bien.

Ce roman est court et il peut être angoissant car aucune réponse n’est apportée à ce soudain black-out. Mais je visualise très bien Max en train de boire une bière et de grignoter des cochonneries en regardant un écran noir (et en imaginant un match avec ses souvenirs de matchs précédents) pendant que Diane et Martin discutent (enfin chacun dans son truc). Bien sûr, ce roman nous questionne durement, que ferions-nous si nous n’avions plus d’électricité, plus de contacts (télévisions, radios, numériques) ? Et si cela dure ? Nos sociétés, nos vies s’effondreraient-elles ? Dans le silence… Un roman surprenant mais j’aurais voulu en savoir plus. Pas pour combler le silence mais pour comprendre ce qu’il s’est passé et savoir comment ça se termine mais peut-être que, si ça arrive un jour en vrai, nous n’en saurons pas plus et je pense que nous ne sommes (nous ne serons) pas prêts… Mais je lirai à l’occasion d’autres titres de Don DeLillo (si vous en avez un à me conseiller ?).

Une lecture atypique que je mets dans Challenge de l’été (Tour du monde) #2 (États-Unis), Littérature de l’imaginaire #9 et S4F3 #7 (anticipation).

Summer Short Stories of SFFF – S4F3 #7

J’ai failli oublier de m’inscrire à cette nouvelle édition ! Je ne connaissais pas ce challenge pour les trois premières éditions mais j’ai participé en 2018 (13 lectures), en 2019 (2 lectures) et en 2020 (7 lectures) et voici donc la 7 édition du Summer Short Stories of SFFF soit S4F3 #7 qui dure du 21 juin au 21 septembre 2021.

Infos, logo et inscription chez Lutin82 (Albédo) avec formulaire pour déposer les liens.

Apparemment l’objectif est toujours de lire de la littérature de l’imaginaire c’est-à-dire science-fiction, fantastique, fantasy = SFFF (livres, anthologies, essais et recueils de nouvelles).

Mes lectures pour ce challenge

1. Le Chancellor : journal du passager J.-R. Kazallon de Jules Verne (Omnibus, 2001, France, 1875)

2. Maître Zacharius ou l’horloger qui avait perdu son âme de Jules Verne (Ouest France, 2000, France 1854)

3. Le silence de Don DeLillo (Actes Sud, 2021, États-Unis)

4. Wandering Souls (2 tomes) de Zelihan (H2T, 2020-2021, France)

5. Quand viendra la vague d’Alice Zeniter (L’Arche, 2019, France)

Robogenesis de Daniel H. Wilson

Robogenesis de Daniel H. Wilson.

Fleuve, collection OutreFleuve, juin 2017, 496 pages, 21,90 €, ISBN 978-2-265-11614-6. Robogenesis (2014) est traduit de l’américain par Patrick Imbert. C’est cette édition que j’ai lue mais le roman n’est plus qu’en poche : Pocket, octobre 2018, 528 pages, 8,70 €, ISBN 978-2-26628-584-1.

Genres : littérature états-unienne, science-fiction, post-apocalyptique.

Daniel H. Wilson naît le 6 mars 1978 à Tulsa dans l’Oklahoma (il est Cherokee). Ancien ingénieur à Microsoft et Intel, il est spécialiste de la robotique et de l’intelligence artificielle. Il est auteur d’essais scientifiques parfois humoristiques, d’articles parus dans le New York Times et le magazine Wired, de romans de science-fiction et de nouvelles. Du même auteur : Le cœur perdu des automates et Robopocalypse. Plus d’infos sur son site officiel.

L’IA Archos R-14 a été détruite mais elle s’est fragmentée et l’humanité, exsangue, va devoir encore combattre. Le narrateur, Arayt Shah, a « récupéré trois témoignages de premier ordre, issus de trois esprits différents. » (p. 15). Le roman est ainsi composé de trois parties, Lark Iron Cloud, Mathilda Perez et Cormac Wallace, trois héros que nous avons suivi dans le premier tome. Je rappelle qu’il y a des humains modifiées et des robots éveillés, les Freeborn.

Première partie. Les survivants sont « repliés dans la ville de Gray Horse […]. Il n’y aura pas de renforts. Il ne reste plus que du métal, de la neige et du sang. » (p. 18). À Anadyr, en Eurasie, Leonid et Vasily s’occupent de racks de processeurs à 60 mètres sous terre ; l’entité s’appelle Maxim, du projet Novichok, mais les machines encore branchées ont été contaminées par Archos R-14 car les IA sont « légion. Aucune n’est la même, nous ne formons pas une classe homogène. Nous coexistons selon des architectures différentes. On nous a éveillées sur des schémas alternatifs. Certaines savent ce qu’être humain signifie. D’autres chérissent la vie. D’autres encore sont étranges, au-delà de toute compréhension. Et certaines… certaines sont folles. » (p. 89-90). Vasily, qui a pu fuir, annonce à la radio et au monde que la « Vraie Guerre » (p. 136) arrive. Hank Cotton est hypnotisé par un cube noir issu d’Archos. Quant à Lark Iron Cloud, il se retrouve isolé et en danger. « Sans même y réfléchir, je prends ma décision. Je rejoindrai les Freeborn. […] Je sors de l’eau. Je me sens renaître. Un squelette d’onyx, chaque pièce à sa place. Rien de superflu. Je ne suis plus ce que j’étais avant. » (p. 155).

Deuxième partie. Mathilda Perez et son jeune frère, Nolan, sont à New York. Ils récupèrent « les restes de matériel abandonné » (p. 176) par les quads et les pluggers durant la Nouvelle Guerre. Mais, des réfugiés sont revenus dans la ville, La Tribu, sous le commandement de Felix Morales, un ancien narcotrafiquant, un fou furieux… Mathilda et Nolan fuient pour ne pas être tués mais ils sont séparés et Neuf Zéro Deux, un robot Freeborn qui a combattu avec les humains, entre en contact avec la jeune femme ; il ne veut plus être seul. « Ils me manquent. Comme c’est étrange. » (p. 216). C’est que « La limite entre l’homme et la machine est floue. » (p. 314).

Troisième partie. Cormac Wallace n’est pas reparti avec la Gray Horse Army après Ragnorak. Il « est resté à l’arrière pour tenir une sorte de journal de guerre » (p. 321) avec Cherrah qui est devenue sa compagne. Le lecteur retrouve aussi Takeo Nomura et la Freeborn Mikiko au Japon ; ils communiquent avec un shinboku marin dans la Baie de Tôkyô ; ils l’appellent Ryujin, le dieu dragon des océans. « L’ennemi cherche les éveillés. Ils mourront dans leur place forte sous la montagne. En se nourrissant de leur puissance, cet esprit vide se remplira. La chose appelée Arayt exterminera les Freeborn, puis l’humanité. » (p. 381).

De l’action, du danger, de la bravoure, de la folie même parfois, des trahisons, mais aussi des amitiés et de l’amour, tout se met en place pour les humains survivants (modifiés ou non) et les robots qui sont loyaux à l’humanité (les Freeborn). Ce deuxième tome est aussi bien construit que le premier puisque le lecteur suit à nouveau plusieurs protagonistes qui sont éloignés les uns des autres (États-Unis, Russie, Japon…) mais qui vivent plus ou moins la même chose et qui doivent s’unir pour gagner contre les dangereuses IA (Intelligences Artificielles). Mon personnage préféré dans le premier tome était Cormac Wallace surnommé Bright Boy et j’ai été ravie de le retrouver ici. Ce roman est intense, il fait froid dans le dos et questionne sur l’avenir de l’humanité et de la technologie (j’espère que nous n’en arriverons jamais là !). Alors que la couverture de Robopocalypse est rouge, celle de Robogenesis est verte, comme une lueur d’espoir ? Daniel H. Wilson maîtrise son sujet à la perfection, franchement je vous conseille cette série, et je me demande bien s’il y aura un troisième tome.

Une excellente lecture que je mets dans Littérature de l’imaginaire #9.

Solo 1 – Les survivants du chaos d’Oscar Martin

Solo 1 – Les survivants du chaos d’Oscar Martin.

Delcourt, collection Contrebande, septembre 2014, 128 pages, 16,95 €, ISBN 978-2-75604-170-4. Solo. Historias Caníbales 1 (2012) est traduit de l’espagnol par Miceal O’Grafia, Yannick Lejeune et Anaïs Zeiliger.

Genres : bande dessinée espagnole, science-fiction.

Oscar Martin naît en 1962 à Barcelone (Espagne). Il est dessinateur, scénariste et coloriste (ici avec Diana Linares) depuis 1983 : Tom et Jerry (animation), La Guilde (bandes dessinées). Plus d’infos sur son site officiel.

Sur une Terre post-apocalyptique, ravagée par les produits chimiques et les armes nucléaires vivent de gros prédateurs aux allures préhistoriques, des humains du genre mutants ou hybrides et des animaux géants. Des rats, des patauds, des chats noirs… Apparemment il y a aussi des chiens et des singes mais ils n’apparaissent pas dans ce premier tome.

C’est l’hiver, il fait très froid. « Il est difficile de survivre dans ce milieu si hostile. Les ressources sont maigres et tes frères grandissent si vite que… » (p. 11).

Solo est un rat, il est l’aîné et a tout appris avec son père mais il doit maintenant « tracer [sa] propre route » (p. 11).

L’hiver est rude, se battre et manger ou être mangé… Au printemps, Solo est enlevé et obligé de se battre dans une arène. « La mort en spectacle. Comme si devoir tuer pour se nourrir n’était pas un châtiment suffisant. » (p. 46).

La série Solo est une histoire de chair, d’os et de sang. Solo retrouvera-t-il sa liberté ? Et aussi restera-t-il en vie ? Ce premier tome est vraiment violent mais il m’a donné très envie de lire la suite. Pour l’instant la série contient 4 tomes de plus : Le cœur et le sang (2016), Le monde cannibale (2017), Legatus (2019) et Marcher sans soulever de poussière (2021). Tomes 2 et 3 empruntés à la médiathèque, tomes 4 et 5 réservés.

En fin de volume, des fiches techniques, des explications sur les différentes espèces (rats, mustélidés, humains, nocturnes, porcs, singes, chiens…) et des illustrations supplémentaires.

Une excellente bande dessinée tant au niveau de l’histoire que des dessins et des couleurs que je mets dans La BD de la semaine et les challenges BD, Des histoires et des bulles (catégorie 9, une BD de SFFF) et Littérature de l’imaginaire #9. Plus de BD de la semaine chez Stéphie.

Erectus 2 – L’armée de Darwin de Xavier Müller

Erectus 2 – L’armée de Darwin de Xavier Müller.

XO, février 2021, 496 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-37448-089-3.

Genres : littérature française, thriller, science-fiction.

Xavier Müller naît le 3 octobre 1973 en France. Il est Docteur en Physique, journaliste scientifique et romancier. J’ai lu il y a bientôt 10 ans son premier roman, Dans la peau d’un autre, un thriller à la fois scientifique et science-fiction (comme la série Erectus). Après avoir lu Erectus de Xavier Müller, j’avais très envie de lire la suite ! Lien vers le site consacré à la série Erectus.

Sept ans après l’arrivée du virus Krûger, Anna Meunier est directrice de la réserve du Kenya et du Center for Living Prehistory. C’est là que vit Yann, son ancien compagnon, rebaptisé Oreille-Cassée, avec son clan la Pierre-Levée. Anna élève donc seule leur fille, Alice, et garde espoir d’un vaccin (sur lequel travaille Linn Visnar, la scientifique suédoise qui a déjà créé un antidote). Mais un commando « rapide, brutal et sans scrupules » (p. 15) enlève des Erectus et c’est aussi le cas dans d’autres réserves dans le monde.

Anna vit avec Alice, 7 ans, mais aussi avec la famille Abiker, Mary et son fils, Kyle, qui a maintenant 21 ans, et le grand-père, Dany, rebaptisé Ny, le seul Erectus au monde à vivre avec des humains.

Lauryn Gordon, 24 ans, la fille de Stephen Gordon, qui vivait dans le mutisme depuis la mort de sa mère, fait irruption dans cet opus en chattant sur Internet sous le pseudonyme de LucyFer.

À Madagascar, une autre scientifique française, Estelle Naudin, 29 ans, microbiologiste, travaille avec un richissime Américain, Owen Firth. Un homme qui veut créer une armée d’Erectus améliorés, l’armée de Darwin. « La théorie de Firth était aussi éblouissante qu’audacieuse : puisque l’humanité allait droit dans une impasse – évolutive, biologique, écologique, idéologique… – alors il fallait incurver la course. » (p. 60). L’armée de Darwin c’est « les bataillons de ses fidèles serviteurs » (p. 65).

C’est un plaisir de retrouver les personnages du premier tome (auxquels je m’étais attachée) et quelques nouveaux (pas toujours du côté des gentils). Le variant du virus Krüger est baptisé virus Ganesh et un nouveau comité international nommé Krüger 2 est créé. Non seulement il faut faire avec les Erectus de la première vague (certains Sapiens veulent toujours les exterminer) mais aussi lutter contre des moustiques modifiés et les Erectus variants de la nouvelle vague (intelligents, manipulés, violents). Ce phénomène de variants n’est pas inconnu aux lecteurs… (même si ce que nous vivons est différent).

Un bon opus qui se lit d’une traite, ou presque, mais je trouve tout de même léger et péremptoire la rivalité que décrit l’auteur dans cet extrait. « Les manifestations géantes avaient débuté aux quatre coins de la planète. Partout, des rubans de contestataires envahissaient les rues des capitales, des villes et même des villages. Rubans verts pour les pro-erectus, écolos, collapsos, altermondialistes, zadistes, décroissants ou adeptes d’un retour à une nature toute-puissante. Face à eux, les rubans bleus des anti-E, inconditionnels de la castration des erectus, défenseurs des camps de relégation. Dans ce groupe majoritairement violent, on trouvait aussi les inévitables survivalistes tendance fasciste, raciologues convaincus que les gouvernements fricotaient pour mettre au pas le peuple. » (p. 182). Bref, d’un côté les gentils, les gens de gauche, et de l’autre les méchants, les gens de droite, je trouve ça très manichéen, très limité, même si je suis bien consciente que ces gens existent, mais cette dualité qui fonctionne sûrement pour la France ne peut pas être donnée comme telle pour tous les autres pays du monde.

Ce nouvel épisode est plus axé sur les humains, même si on entend un peu parler de flore et de faune, en particulier avec le trafic d’animaux ayant régressés et avec des animaux atrocement modifiés…

Mais gardons espoir. « La communauté internationale avait vaincu la première pandémie, elle l’emporterait sur la seconde… » (p. 245). Lucas Carvalho est bien optimiste alors qu’Anna et Alice sont toujours retenues à Sanya en Chine. Eh oui, dans le premier opus, l’auteur faisait voyager ses lecteurs en Afrique, en Europe et aux États-Unis, cette fois c’est en Afrique, en Europe et en Chine, entre autres.

Car tout est en marche pour l’armée de Darwin ! « Chaque mort est un ennemi en moins, chaque régression est un soldat qui viendra agrandir notre armée. » (Owen Firth, p. 311). Une guerre ultime entre Sapiens, Erectus et Ganesh ? Après tout, tous veulent « vivre libres sur une planète saine. » (p. 392).

J’ai une question : y aura-t-il un tome 3 ?

Pour les challenges À la découverte de l’Afrique (Kenya, Madagascar), Littérature de l’imaginaire #9, Polar et thriller 2020-2021 et Printemps de l’Imaginaire Francophone (ma note de lecture a 3 jours de retard mais j’ai bien lu ce roman en avril, durant le PIF).

Extincta de Victor Dixen

Extincta de Victor Dixen.

Robert Laffont, collection R, novembre 2019, 608 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-22124-037-3.

Genres : littérature française, science-fiction, post-apocalyptique, jeunesse.

Victor Dixen naît en 1979 d’une mère française et d’un père danois. La famille vit dans plusieurs pays d’Europe et, devenu adulte, il vit aux États-Unis, en Irlande, à Singapour… Il écrit depuis 2009 et ses genres de prédilection sont ceux de l’imaginaire. Plus d’infos sur son site officiel.

Après le Grand Effondrement, dans les Dernières Terres, « les Derniers Humains expiaient la démesure de leurs ancêtres. » (p. 23).

À Viridienne, au sud ouest des Dernières Terres, Astréa, une jeune femme de 18 ans, faisant partie des suants, espère être choisie « pour rejoindre le pleuroir, temple de Terra, en tant que novice. » (p. 22). Mais le destin va en décider autrement car il ne reste que « 255 heures avant l’extinction » (p. 21).

De son côté, Océrian, 18 ans également, est le fils aîné du roi Orcus, « héritier de la dynastie cétacéenne qui depuis deux siècles régnait sur la cité-royaume » (p. 29) mais suite à un accident dans lequel il a perdu une jambe, il est mis au rebut au profit de ses deux frères, les princes Boréalion et Delphinion.

Ils n’auraient jamais dû se rencontrer car Astréa est tout en bas de l’échelle sociale, et Océrian qui aurait dû être au plus haut est enfermé dans le château de son père. Jusqu’à ce qu’il décide de s’enfuir !

« Gong ! Il n’y avait plus de serpents multicolores. Il n’y avait plus de nuit liquide. Il ne restait qu’une sensation de bien-être, d’apesanteur ; oui, quelque chose comme ce qu’il ressentait jadis, quand il fermait les yeux aux jardins et se laissait emporter par le vent de son imagination. Partir… Si loin… Et ne jamais revenir… » (p. 177-178).

Astréa s’enfuit dans la Désolation intérieure avec ses amis Margane et Sépien. Ils veulent délivrer Palémon (le frère aîné d’Astréa) et Livien (le frère jumeau de Sépien) en échange d’Océrian. « Il était un apex, elle était une suante. Il était un otage, elle était sa ravisseuse. C’était tout ce qu’il y avait à savoir, et rien de plus. » (p. 246).

Au comptoir Solitaire, où ils font halte, j’ai bien aimé le soignant Hippocampos et son cabinet des curiosités avec de vrais livres anciens. « Parfois, une pensée, une impression, une formule en révèlent davantage sur le mystère de la vie et de la mort que des traités entiers. Jadis, on appelait cela littérature. Et sa substantifique moelle, son essence précieuse, se nommait poésie. » (p. 270-271). Il y a pas mal de vers de Baudelaire.

Plus de 400 ans auparavant, le Grand Effondrement, un Effondrement écologique en fait, a détruit la Terre et pratiquement toute la faune, la flore et l’humanité, « Mêtana », « Kârbon », feux nucléaires… Les humains survivants se sont réfugiés tout au Nord mais le nom de Svalbard est oublié depuis longtemps. C’est maintenant les Dernières Terres avec les royaumes de Viridienne, de Souvenance, de Tourbeuse, de Lointaine, entre autres, tous fonctionnant sur le même système, avec les suants (les ouvriers suant toute la journée), les crachants (ceux qui crachent les ordres aux suants), les pleureurs (les prêtres), les saignants (les soldats) et les apex (les nobles, immunisés), chaque caste avec une couleur différente de linceuls et des animaux différents pour les reconnaître (leur prénom et le tatouage sur leur corps). Mais le royaume de Flamboyante est un royaume hérétique. Pratiquement plus d’animaux (il est interdit de les utiliser, de les tuer et de les consommer), pratiquement rien à manger à part des algues, une chaleur accablante… La survie n’est pas de tout repos.

Quant au voyage de notre petite troupe, il est dangereux et passionnant. Les relations entre les personnages, tous différents, et leur histoire personnelle sont bien construites. Et puis, il y a cette bougie qui de chapitre en chapitre (les chapitres alternent entre Astréa et Océrian) se réduit inexorablement et bien sûr le message écologique adressé aux lecteurs. Il est encore temps, on connaît les problèmes, on doit les résoudre avant qu’il ne soit trop tard pour la planète et ses habitants. C’est bien raconté, bien documenté et sombre à souhait. Aventure, amitié, amour même, trahison, tous les ingrédients y sont pour faire un excellent roman post-apocalyptique. De plus, le livre est soigné, illustré, avec des cartes, des bougies, et j’avais l’impression de voir certains animaux en lisant (d’ailleurs à chaque bas de page, il y a le nom latin d’espèces éteintes). Assurément je lirai d’autres titres de Victor Dixen (en avez-vous un particulièrement à me conseiller ?).

J’ai commencé ce roman durant la Semaine à lire – mai 2021, le dimanche 16 mai et je n’ai pas pu le finir avant le week-end suivant mais je peux encore le mettre dans le Printemps de l’imaginaire francophone qui se termine aujourd’hui ! Je le mets aussi dans Challenge lecture 2021 (catégorie 18, un livre sur l’écologie, 2e billet), Challenge nordique (puisqu’il se déroule au Svalbard, archipel norvégien dans l’océan Arctique), Jeunesse Young Adult #10 et Littérature de l’imaginaire #9.

Big Girls de Jason Howard

Big Girls de Jason Howard.

404 éditions, collection 404 comics, avril 2021, 144 pages, 15,99 €, 979-1-03240-441-6. Lu en numérique, 295 pages (numéros 1 à 6), voir ci-contre en bas à gauche, 11,99 €, ISBN 979-1-03240-487-4. Big Girls (2020) est traduit de l’américain par Jason Howard himself et Fonografiks.

Genres : bande dessinée états-unienne, comics, science-fiction.

Jason Howard est un auteur et dessinateur de comics de Holt dans le Michigan. Du même auteur : The Astounding Wolf-Man avec Robert Kirkman au scénario (2007-2010) et Trees avec Warren Ellis au scénario (2014-2020). Pour Big Girls, il est – pour la première fois – seul au scénario et au dessin. Plus d’infos sur son site officiel.

Je remercie NetGalley et 404 éditions que je voulais découvrir.

Une erreur… Personne n’a très bien compris laquelle… Le jargon scientifique… « Mais toutes les personnes qui l’employaient sont mortes à cause de l’erreur quelle qu’ait été l’intention originelle […]. » (p. 15). Les mâles se transforment à cause d’un méga-organisme et deviennent des « mecs géants, affreux et monstrueux » (p. 53), surtout ils détruisent et ils dévorent les humains. Ils deviennent des Jacks.

Il y a un endroit où l’humanité survit, c’est la Réserve. Ember, Apex et Devon sont les Big Girls, elles sont la Barrière qui protège la Réserve. Elles aident Tannik, le marshall supérieur du Cube (le centre de commande de la Réserve) à éliminer les Jacks. Mais Ember ne supporte plus de tuer, même des monstres…

Martin Martinez cache Alan, son fils de 3 ans qui est un géant pas encore transformé en Jack mais Alan est tué par le marshall et Martin rejoint Joanna alias Gulliver dans les Terres brisées. Joanna pense que « Les Jacks ne sont pas nécessairement des tueurs sans âme. » (p. 105) et elle veut tuer les Big Girls. Pour cela, elle a toute une armée de Jacks. « L’humanité a besoin de protecteurs. Mais pas que ce soit l’une d’entre vous. » (p. 253).

Avec les flashbacks, le lecteur comprend peu à peu ce qui s’est passé et quels liens les personnages ont (ou avaient). C’est foisonnant, violent (à ne pas mettre entre toutes les mains) et c’est super bien fait. Inspiré par Godzilla, ce comics est considéré comme un kaijû stories, kaijû signifiant bête étrange ou mystérieuse en japonais (l’auteur est sûrement influencé par le kaijû eiga, le cinéma japonais avec une bête monstrueuse dont Godzilla est une des plus connues).

Apparemment Big Girls est un phénomène dans la publication de comics. Je l’ai déjà dit, j’en lis peu, j’ai un problème avec les couleurs criardes… Mais celui-ci est une réussite tant au niveau des dessins que de l’histoire. Après le « the end ? », j’espère qu’il y aura une suite ! Les dernières pages sont des dessins bonus pleine page.

Une lecture pour La BD de la semaine et les challenges BD, Challenge lecture 2021 (catégorie 39, un livre dont le titre est dans une langue étrangère, 2e billet), Des histoires et des bulles (catégorie 25, un comics), Jeunesse Young Adult #10 (préconisation à partir de 16 ans) et Littérature de l’imaginaire #9.

L’insondable profondeur de la solitude de Hao Jingfang

L’insondable profondeur de la solitude de Hao Jingfang.

Fleuve, collection Outre Fleuve, mai 2018, 368 pages, 20,90 €, ISBN 978-2-26511-786-0. Gudu Shenchu (2016) est traduit du chinois par Michel Vallet. Je l’ai lu en poche : Pocket, collection Science-fiction, mai 2019, 384 pages, 8,20 €, ISBN 978-2-26629-267-2.

Genres : littérature chinoise, science-fiction, nouvelles.

Hao JINGFANG naît le 27 juillet 1984 à Tianjin (nord-est de la Chine). Elle étudie la physique à l’université Tsinghua de Beijing puis l’économie et la gestion. Elle est autrice de science-fiction (romans, nouvelles) et d’un essai sur la culture. L’insondable profondeur de la solitude est son premier livre traduit en français et la nouvelle Pékin Origami 北京折叠, 2015) reçoit le Prix Hugo en 2016 (premier auteur chinois à recevoir ce prix). Vous comprenez le chinois ? Vous pouvez alors suivre son activité sur son blog officiel.

J’ai lu ce recueil de nouvelles fin novembre 2020 et ma note de lecture attend depuis… Pourquoi ? Parce qu’il y a 11 nouvelles – dont certaines en plusieurs parties – et que je m’étais mise en tête de parler de toutes les nouvelles ! J’imagine bien le billet de 4 ou 5 pages alors je vais faire plus court (j’ai pris trop de notes en fait).

Dans une introduction, Hao Jingfang explique que les nouvelles ont été écrites entre 2010 et 2016 et que celle de Pékin Origami a été conçue « comme la première partie d’un roman » (p. 5) mais le projet n’est pas encore finalisé.

Pékin Origami (en 5 parties) – Lao Dao, 43 ans, célibataire, employé au centre de traitement des ordures, vit à Pékin. La ville est divisée en trois espaces qui vivent en alternance grâce à un basculement genre pliage (d’où origami). Lao Daol vit dans le troisième espace (celui où habitent les plus pauvres) mais il est investi d’une mission. « Je n’ai pas le temps de m’expliquer. Je dois me rendre dans le premier espace. Dites-moi comment. » (p. 10). Cette nouvelle parle de la surpopulation et de l’aliénation selon le statut social.

Au centre de la postérité – Ah Jui, 22 ans, violoniste, mariée à Chen Jun, arrive à la Royal Academy of Music à Londres. Elle veut passer un master de composition. « Ah Jiu n’était pas douée pour l’interprétation mais pour la composition. Elle en était sûre, et tous les professeurs qu’elle avait eu depuis son enfance le reconnaissaient. […] Elle aimait la composition musicale au point d’en faire son langage. » (p. 65). Mais durant sa troisième année d’études, la Terre est envahie par des « hommes d’acier », des extraterrestres venant d’une « planète lointaine ». Une nouvelle qui plaide pour la culture, plus importante que tout.

Le chant des cordes (5 parties) – Pendant le concert de la Symphonie n°2 de Mahler, Résurrection, une explosion fait fuir le public. Nous retrouvons les « hommes d’acier », ces extraterrestres qui s’en prennent à la Terre sauf « les villes anciennes [et] les lieux liés à l’art » (p. 94). Et s’il était possible de détruire la Lune, sur laquelle les extraterrestres ont établi leur base, avec la musique (oscillations, résonance…) ? Plusieurs musiciens et scientifiques se réfugient à Shangri-la. Comme la nouvelle précédente, cette nouvelle est une réflexion sur la liberté et la domination.

Le dernier des braves (3 parties) – Sijie47, poursuivi par des drones, se réfugie dans ce qu’il pense être l’entrepôt d’un supermarché mais c’est en fait un dépôt de munitions surveillé par Pannuo 32, un vieil inoffensif. Inoffensif, vraiment ? Cette nouvelle développe le clonage et la désobéissance.

Le théâtre de l’univers – Glasgow, hiver 2099. C’est l’ère du Céphalocène, « l’ère du partage des cerveaux » (p. 167). Elaine rencontre un musicien de rue ce qui devenu très rare. Elle qui déplore la disparition des rituels et des fêtes qui marquaient la civilisation est ravie. « […] qu’est-ce qui l’a poussée [l’humanité] à abandonner son agressivité pour se sociabiliser ? Les fêtes. » (p. 173). Mais A n’est pas qu’un simple chanteur de rue… Cette nouvelle met en parallèle passé et futur.

Question de vie ou de mort (2 parties) – Un Pékinois rentre tranquillement chez lui lorsqu’il est heurté par une Maserati. Il se réveille dans une ville inconnue où tout est gris. « Il ne savait toujours pas s’il était mort. » (p. 184). L’ambiance de cette histoire est particulière, elle délivre un message philosophique différent mais elle est angoissante.

Le palais Epang (13 parties + 3 épilogues) – Alors qu’Ah Da disperse les cendres de ses parents dans la mer, il s’endort sur le petit bateau et se retrouve devant une île inconnue. « [une] plage, une petite montagne et une végétation luxuriante […] une pierre dressée, presque masquée, au bord d’un bosquet. » (p. 230). Il découvre une grotte avec « des statues similaires aux soldats en terre cuite de Xi’an » (p. 232). Il ramène la statue de l’empereur Qin Shi Huang (ancienne de deux mille ans) chez lui. Celui-ci lui propose de participer au concours de reconstruction du palais d’Epang. Prenons-nous nous-mêmes des décisions ou sommes-nous influencés par ce et ceux qui nous entourent ? « Fleuves et montagnes changent, seul le pouvoir est éternel ! » (p. 278). Et si le passé était lié au présent et inversement ? C’est étrange parce que c’est ce qui est (en partie) développé dans le roman La Mort et le Météore de Joca Reiners Terron que j’ai lu récemment.

L’envol de Cérès (3 parties) – Sur Cérès, les enfants de l’école primaire Anya attendent le bibliothécaire, Monsieur Ronning, avec impatience. Celui-ci arrive de Mars à bord d’un vaisseau. De l’importance de la lecture (même si les livres sont dématérialisés) et de l’imagination. Mais « les sentiments n’ont pas leur place dans le déroulement de l’histoire humaine. » (p. 317) parce que Mars a besoin de l’eau de Cérès… de toute l’eau de Cérès. Cette nouvelle entre dans le Challenge de la planète Mars car les humains vivent sur Terre (où c’est apparemment le chaos), sur Cérès et sur Mars (qui est une des 3 parties de la nouvelle). D’ailleurs, voici un extrait. « Vu à haute altitude, l’hémisphère Nord de Mars semble constitué d’une vaste mer azur aux vagues magnifiques qui s’étend sur des milliers de kilomètres. À mesure que l’on se rapproche du sol, cette vaste mer se fragmente en d’innombrables parcelles, lacs de tailles diverses entrecroisés de fleuves. […] Ce sont des toits, les toits des villes. Les toits de Mars sont recouverts d’immenses panneaux solaires de silicium. » (p. 303-304).

La clinique dans la montagne – Han Zhi s’est perdu dans le parc qui est maintenant fermé. Son épouse, Andun, va s’inquiéter d’autant plus qu’il devait acheter deux biberons pour leur bébé, Xiao Peng. Han Zhi a 32 ans, il est maître de conférences à l’université mais son beau-père aimerait qu’il gagne plus d’argent. Ce n’était pas une dispute mais « Han Zhi était sorti de la maison et avait pris un bus direct pour la banlieue. » (p. 331). Ses pas le conduisent en fait à la clinique de la montagne où vit son ami, Lu Xing. Et ça va changer sa vie ! En bien ou en mal, ça…

La chambre des malades – Qi Na et Han Jie travaillent dans un hôpital. « Dis-moi, quel sens y a-t-il à continuer à vivre quand on en arrive là ? » (p. 367). Exaspéré par son ami, Ah Paul, qui ne lui donne pas de nouvelles et passe son temps à surfer sur les réseaux sociaux, Qi Na décide d’essayer les électrodes des malades… Les dangers du repli sur soi et des réseaux sociaux trop présents dans les vies humaines.

Le procrastinateur – Ah Chou doit rendre un projet de recherche le lendemain matin mais il n’arrive pas à le rédiger… Ses camarades de chambre ne peuvent pas l’aider mais « Ah Yan sourit jusqu’aux oreilles : Je t’avais bien dit de t’y mettre plus tôt, et que les articles étaient long à résumer. » (p. 376) et « Ah Dan rampa hors du lit : […] C’est encore quand je m’y mets au dernier moment que le résultat est le meilleur […] . » (p. 377). Syndrome chinois, travailler, toujours, et toujours plus ?

Un bon recueil de nouvelles de science-fiction par une jeune Chinoise (déjà la science-fiction a été interdite en Chine pendant longtemps donc la science-fiction chinoise débute mais le fait que l’autrice soit une femme, récompensée en plus, est rare). Ci-dessus, j’ai écrit bon et pas excellent parce que je pense que les nouvelles sont de qualité inégale, premièrement j’aurais aimé m’attacher plus aux personnages et deuxièmement, avec plusieurs parties, certaines nouvelles sont trop longues… (ou la traduction pas très bonne…). Toutefois, pour découvrir les problèmes de la société chinoise, et de l’humanité en général (parce que c’est l’humain qui est toujours mis en avant), c’est un bon recueil de nouvelles qui amène le lecteur à réfléchir non seulement sur le présent mais aussi sur le futur parce que vraiment beaucoup de thèmes sont abordés (il y en a ainsi pour tous les goûts).

Un recueil que je mets dans Challenge de la planète Mars (pour la nouvelle L’envol de Cérès), Challenge lecture 2021 (catégorie 19, un recueil de nouvelles, 2e billet), Littérature de l’imaginaire #9, Projet Ombre 2021 et Les textes courts.

La Mort et le Météore de Joca Reiners Terron

La Mort et le Météore de Joca Reiners Terron.

Zulma, octobre 2020, 192 pages, 17,50 €, ISBN 978-2-84304-976-7. A Morte e o Meteoro (2019) est traduit du portugais (Brésil) par Dominique Nédellec.

Genres : littérature brésilienne, roman, aventure, science-fiction.

Joca Reiners Terron est le pseudonyme de João Carlos Reiners Terron né le 9 février 1968 à Cuiabá (capitale du Mato Grosso au Brésil). Il étudie l’architecture et le dessin industriel. Il vit à São Paulo où il est romancier, poète, éditeur et designer. Depuis 2001, il écrit plusieurs romans, des nouvelles et de la poésie mais La Mort et le Météore est le premier roman traduit en français. Plus d’infos sur son blog pour ceux qui comprennent le portugais !

La forêt amazonienne a intégralement brûlé… Sauver les Kaajapukugi ? Ils sont cinquante hommes, il n’y a plus ni femmes ni enfants… Leur pays, le Brésil, s’en fiche… Le Canada, seul pays à proposer de les accueillir, c’est bien mais le climat n’est pas fait pour cette tribu d’Amazonie… Ils vont finalement aller dans la forêt de Huautla, près de Oaxaca, au Mexique.

Le narrateur, anthropologue, travaille au « bureau de la Commission nationale pour le développement des peuples indigènes » (p. 14) et son supérieur lui ordonne de superviser l’installation des Indiens. Il ne s’agit d’ailleurs plus de développement avec les Kaajapukugi mais de sauvegarde… « C’était la première fois dans l’histoire de la colonisation qu’un peuple amérindien tout entier, les cinquante Kaajapukugi encore en vie, demandait l’asile politique dans un autre pays. » (p. 17) « […] parce que l’environnement qui les avait vu naître, l’Amazonie, était mort, et qu’ils étaient pourchassés avec détermination par l’État et ses agents exterminateurs : les orpailleurs clandestins, les trafiquants de bois, les grands propriétaires terriens et leurs sbires habituels, policiers, militaires et gouvernants. » (p. 18).

Le narrateur (nous ne saurons jamais son nom) va collaborer avec Boaventura, un sertanista (spécialiste) des peuples indigènes et isolés qui travaille pour la Fondation nationale de l’Indien du Brésil (la Funai). Mais les Kaajapukugi ne sont pas arrivés sur le territoire des Mazatèques (au Mexique donc) que Boaventura meurt. Bon, il avait 80 ans mais sa mort est tout de même louche…

Donc les Kaajapukugi débarquent à Oaxaca et c’est au même moment que les Chinois envoient une navette avec un jeune couple en mission sur Mars. Cet événement peut paraître anodin mais les deux événements sont liés. « Le Grand Mal, […], l’homme blanc est le Grand Mal. » (p. 45). On ne peut pas dire que les Chinois soient blancs mais je pense que « l’homme blanc » signifie l’homme occidentalisé, l’homme moderne.

Mais revenons aux Kaajapukugi qui n’étant plus que cinquante hommes, tous âgés de plus de cinquante ans, sont finalement voués à disparaître plus ou moins rapidement… Mais qui sont-ils ? Des « Indiens punks rétifs à toute idée de pouvoir hiérarchisé, cas anarchistes pour qui aucune race n’en surpasse une autre, et pour qui, non, décidément, nul homme n’est le roi de quoi que ce soit. » (p. 50). Nul homme n’est le roi de quoi que ce soit, cette phrase est en exergue du roman et elle me plaît beaucoup. Donc les Kaajapukugi s’installent à Huautla, ils construisent leur maloca (maison collective) et le soir pratiquent le rituel de tinsáanhán (je vous laisse découvrir ce que c’est) et là, c’est le drame…

De plus, en rechargeant son téléphone dans la maison que ses parents lui ont laissée à Oaxaca, le narrateur se rend compte qu’il a reçu une vidéo de deux heures et vingt minutes que Boaventura lui a envoyée avant de mourir. « J’ai reçu des menaces. Bon, des menaces, j’en reçois depuis belle lurette […]. Mais ces dernières menaces sont différentes […]. » (p. 62), « […] je vous ferai part de quelques soupçons et de plusieurs craintes. » (p. 63). Flashback, 1980, Boaventura est un jeune anthropologue et il décide de s’enfoncer en Amazonie pour observer une tribu inconnue. « Je souhaitais observer les gestes dont était fait leur quotidien. Avoir la chance d’être témoin d’une naissance, qui sait, et la triste opportunité d’assister aux rites funéraires d’un peuple au bord de l’extinction. Observer la sagacité du chasseur, le dévouement de l’épouse, comprendre les relations conjugales, sexuelles, la présence de l’animisme. Et déchiffrer leur langue, puis leur mythologie. » (p. 75-76). Mais déranger un peuple isolé volontairement, n’est-ce pas déjà le début de la fin ?

Avec ce roman intense et cette peuplade en déclin, Joca Reiners Terron amène ses lecteurs à réfléchir. « Nous n’étions pas libres, nous étions juste seuls. » (p. 164). Avec la forêt (et donc l’oxygène indispensable) qui brûle ces dernières années, et pas seulement en Amazonie, le temps est compté ! Et, si la colonisation sur Terre est le Grand Mal, qu’en sera-t-il de la colonisation humaine sur Mars alors que la mission chinoise Tiantang I est partie ? Vous comprendrez tout, l’histoire, le titre, en lisant cet incroyable roman (ethnographique, écologique, policier, science-fiction) et en découvrant la fin, terrible. Coup de cœur pour moi et j’espère que d’autres titres de cet auteur seront traduits en français.

Les deux hommes principaux de ce roman, le narrateur et Boaventura sont tous deux anthropologues mais différents, pas seulement à cause de leurs âges, le premier est un fonctionnaire, le deuxième un aventurier. Mais quelque chose les relient, entre autres ils ont tous les deux perdu leurs parents et luttent contre ce deuil et leur souffrance.

Je mets cette excellente lecture dans le Challenge de la planète Mars (vous pouvez penser que la mission chinoise est un petit événement dans ce roman amazonien mais en fait, c’est super important), Littérature de l’imaginaire #9 et Petit Bac 2021 (catégorie Objet pour Météore).