Une histoire pour l’Europe de Will Self

Une histoire pour l’Europe de Will Self.

Mille et une nuits, La Petite Collection n° 200, mars 1998, 48 pages, 1 €, ISBN 2-84205-315-X. A Story for Europe (1996) est traduit de l’anglais par Francis Kerline. Illustrations par Serge Kantorowicz. Postface d’Olivier Cohen.

Genres : littérature anglaise, nouvelle, science-fiction.

Will Self naît le 26 septembre 1961 à Hammersmith (Londres, Angleterre). Il est écrivain (romans, nouvelles) et journaliste. Plus d’infos sur son site officiel.

Londres, chez la famille Green. Humphrey, surnommé Humpy, deux ans et demi, se met subitement à parler l’allemand. « Wir müssen expandieren ! […] Masse ! […] Massenfertigung ! » (p. 9-10). Sa mère, Miriam, journaliste, est fort mécontente, elle pense que son fils est agressif. Daniel rentre du travail le soir, « Darlehen, hartes Darlehen. » (p. 11) ricane Humpy. Miriam décide de lui faire voir un psychologue pour enfants, Philip Weston.

Francfort, au « Département de recherche-développement en capital-risque de la Deutsche Bank » (p. 18), le docteur Martin Zweijärig, 61 ans, n’arrive pas à se concentrer, sue, parle tout seul, un genre de charabia… « Qu’est-ce qui m’arrive ? Serais-je en train de perdre la bille ? » (p. 34).

Tout comme Maudit soit l’Éternel ! et Dieu n’a pas que ça à foutre de Thierry Marignac, je n’avais jamais entendu parler de cet auteur et j’ai voulu lire ce petit livre avant qu’il parte au pilon. Eh bien… L’idée de départ était originale mais je trouve qu’elle n’est pas développée (il n’y a pas de fin, pas de lien entre le bébé et le vieil homme, donc l’interchangeabilité n’aboutit à rien…). Voilà, cette histoire aussi se lit vite mais ne me laissera pas un souvenir impérissable… Et vous, vous connaissiez ?

Pour Littérature de l’imaginaire #9, S4F3 #7 et Les textes courts.

Maudit soit l’Éternel ! et Dieu n’a pas que ça à foutre de Thierry Marignac

Maudit soit l’Éternel ! suivi de Dieu n’a pas que ça à foutre de Thierry Marignac.

ActuSF, collection Les 3 souhaits, mai 2008, 80 pages, 6,10 €, ISBN 978-2-917689-01-1.

Genres : littérature française, roman, science-fiction.

Thierry Marignac naît en 1958 en France. Il est auteur depuis 1980, d’abord de nouvelles (polar) et de reportages sur des artistes (ou d’autres personnes) en rupture avant de publier son premier roman, Fasciste, en 1988. Durant les années 80 et 90, il voyage beaucoup, en Angleterre, aux États-Unis, en Russie, en Ukraine. Il est aussi traducteur (anglais et russe).

Maudit soit l’Éternel ! est la première partie (40 pages). – Dans le futur, le monde théocratique est divisé en deux par des murs et est dirigé d’un côté par l’Église MultiCulte et de l’autre côté par le Califat Unifié. Au milieu des deux murs, c’est la Zone où vivent les Contractuels qui réparent les murs. Le narrateur travaille au service traduction d’Inter-Christ de « l’Église du Christ MultiCulte, la plus puissante en Europe » (p. 13). Lorsqu’il avait 14 ans, avec ses copains, Jean-Pierre et Le Roublard, chez les Cyberscouts, le narrateur a fait un pacte de sang. « En se coupant le doigt, on avait tous répété autour du feu de camp : Maudit soit l’Éternel !… » (p. 15). Comme il y a eu un important Concile en 2020, on sait que ça se passe après 2020. Je n’ai pas tout compris mais je peux vous dire que ça picole beaucoup, qu’il y a un exorcisme et que c’est plutôt irrévérencieux.

Dieu n’a pas que ça à foutre est la deuxième partie (40 pages). – Dans la Zone, Jean-Pierre se prend de passion pour le rituel Théurgique et les études d’Exorcisme. Le narrateur est nommé « responsable de son matériel d’Exorciste » (p. 53) et écume la Zone avec son ami en camion. Cependant c’est la guerre entre l’Église du Christ MultiCulte et le Califat Unifié mais « Le Très-Haut n’a pas que ça à foutre : Il gère l’univers entier, ça fait beaucoup de Filiales. Un emploi du temps de Fou Furieux. » (p. 45). Guerre bactériologique, propagande, machinations et trahisons, Inquisition d’un côté et corruption de l’autre… C’est bien beau tout ça mais « La philanthropie a ses limites. » (p. 69) !

Je ne connaissais pas du tout cet auteur. J’ai voulu lire ce petit livre avant qu’il parte au pilon ! C’est son seul roman de science-fiction. L’éditeur dit que c’est « une politique fiction théosophique déjantée, qui revisite avec un humour acide le thème des guerres de religions ». Je ne me suis pas pris la tête, ça se lit rapidement mais bof… C’est une charge contre les religions mais ça ne m’a pas faire rire ou même sourire, je suis passée à côté…

Pour Littérature de l’imaginaire #9, S4F3 #7 et Les textes courts.

Trinity, Trinity, Trinity d’Erika Kobayashi

Trinity, Trinity, Trinity d’Erika Kobayashi.

Dalva, mai 2021, 220 pages, 20 €, ISBN 978-2-492596-05-6. ィ、トリニティ、トリニティ (Shûeisha, 2019) est traduit du japonais par Mathilde Tamae-Bouhon.

Genres : littérature japonaise, roman, science-fiction.

Erika Kobayashi naît le 24 janvier 1978 à Tôkyô (Japon). Son premier roman, Madame Curie to chôshoku o (Petit-déjeuner avec Madame Curie, non traduit en français), paraît en 2014 (Shûeisha). Trinity, Trinity, Trinity reçoit le 7e Tekken Heterotopia Literary Prize en 2020. Elle est aussi mangaka et artiste plasticienne et a déjà exposé. Ses thèmes de prédilection sont Thomas Edison, Marie Curie et le nucléaire. Plus d’infos sur son site officiel.

Cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Tôkyô 2020. Une vieille dame est hospitalisée, sa fille et sa petite-fille (13 ans) sont à son chevet, mais elle ne les voit pas vraiment, ne les reconnaît pas, ne sait pas où elle est. Pendant ce temps-là, « […] le relais de la flamme olympique. […] Les spectateurs filment avec leurs smartphones et agitent de petits drapeaux nippons tandis qu’on leur rappelle de prendre garde au coup de chaleur et de bien s’hydrater. » (p. 20-21). Coup de chaleur ? Bien s’hydrater ? Ah, personne ne pouvait savoir en 2019 (date de parution du roman) donc pas de coronavirus ici et les Jeux de Tôkyô ont bien lieu en 2020 et pas en 2021 (ce qui donne une saveur particulière au récit).

La narratrice, la fille de la vielle dame, est inscrite sur Trinity, une plateforme un peu spéciale dont le slogan est « l’essentiel est invisible pour les yeux » (p. 33), une phrase essentielle à la lecture de ce roman. Mais alors qu’elle prend la ligne Saikyô, la narratrice voit un vieil homme qui « serre entre ses doigts une pierre noire et luisante. […] Il ne va quand même pas asperger le wagon de matière radioactive ? » (p. 38). Cela fait neuf ans que des seniors sont apparus avec la ‘pierre d’infortune’, « C’était l’année du grand séisme, du tsunami et de l’accident nucléaire de Fukushima » (p. 41). L’autrice développe une analyse des catastrophes et de leurs conséquences sur le moyen et long terme.

Ces seniors sont atteints de TRINITY. « Le nom de cette maladie était une longue locution anglaise. Laquelle avait pour acronyme TRINITY. Trinity. Ce n’est qu’une fois baptisée que la maladie avait enfin révélé sa vraie nature. » (p. 69). De plus en plus de personnes âgées sont touchées, certaines sont même filmées. « Qu’ainsi débute la révolte des invisibles. » (p. 106). Mais les ‘séniors Trinity’ ne sont-ils pas des terroristes et « Leur prochain objectif était-il le relais de la flamme olympique ? Ou la cérémonie d’ouverture ? Les rumeurs faisaient rage. » (p. 113). Or, alors qu’elle ne peut plus marcher depuis sa chute… « Maman a disparu. » (p. 137) !

La vallée de Saint-Joachim en Bavière, les travaux de Marie Curie, le radium… c’était au début des années 1920, il y a 100 ans… « Si on avait fait des choix différents à cette époque, le présent serait-il différent de sa version actuelle ? » (p. 165-166). On ne le saura jamais… à moins qu’il existe un (des) monde(s) parallèle(s) dans le(s)quel(s) les choix étaient différents.

Je ne sais pas si j’ai tout compris dans ce roman très particulier mais il donne à réfléchir et je retiens que tout est lié, le passé, le présent, le futur et qu’une question reste lancinante tout du long : et si ce que l’on pense être une bénédiction pour l’humanité serait en fait mauvais. Comme le radium dont on a pensé qu’il guérissait. Quant aux Jeux olympiques, ils réunissent des sportifs du monde entier (presque) mais à Berlin en 1936, le nazisme fut mis en avant, à Munich en 1972, il y a eu un attentat terroriste et des morts, on peut donc à juste titre se questionner. Les personnes âgées déboussolées de 2020 étaient jeunes lors des premiers Jeux olympiques de Tôkyô en 1964 (en prévision desquels de nombreux lieux ont été détruits).

De plus les Japonais sont traumatisés par les bombes larguées en 1945 sur Hiroshima et Nagasaki mais le radium et même le plutonium 235 avaient été très bien accueillis par le passé (on apprend d’ailleurs quelque chose de surprenant à la fin de ce roman). Quant aux personnes âgées, elles sont très nombreuses alors qu’arriverait-il si quelque chose (maladie, folie…) s’emparait d’elles ? Trinity, Trinity, Trinity est un roman vraiment atypique qui surprend et qui envoûte. Et puis, il y a aussi un thème très présent, celui de la femme, de la féminité, ce n’est pas pour rien si les personnages principaux (et pratiquement les seuls du roman) sont trois générations de femmes, grand-mère, mère, fille et leurs difficultés à se comprendre, à communiquer. Les liens, comme les radiations, seraient-ils invisibles ?

J’espère que, comme moi, vous prendrez plaisir à lire cet OLNI (Objet littéraire non identifié) même s’il n’est pas facile à aborder. En plus, j’ai découvert cette maison d’éditions toute récente (mai 2021) qui veut « [mettre] à l’honneur des autrices contemporaines. À travers leurs textes, elles nous disent leur vie de femme, leur relation à la nature ou à notre société. Elles écrivent pour changer le monde, pour le comprendre, pour nous faire rêver. » Très belle idée.

Pour le Challenge de l’été #2 (Japon, 2e billet), Challenge lecture 2021 (catégorie 9, un livre dont l’action se passe durant les vacances d’été, 2e billet mais il entre aussi dans les catégories 12, 15, 39), Littérature de l’imaginaire #9 et S4F3 #7.

Curiosity et L’Agrandirox de Sophie Divry

Curiosity suivi de L’Agrandirox de Sophie Divry.

Noir sur Blanc, collection Notabilia, mars 2021, 112 pages, 14 €, ISBN 978-2-88250-630-6.

Genres : littérature française, science-fiction, fantastique.

Sophie Divry naît en 1979 à Montpellier. Diplômée de l’École supérieure de Journalisme de Lille et de l’IEP de Lyon, elle vit à Lyon. J’ai déjà lu et apprécié son premier roman, La cote 400, puis Trois fois la fin du monde et j’ai prévu de lire d’autres de ses titres.

Plutôt qu’un résumé, voici le début de ce court roman (premier paragraphe). « Dieu me parle tous les matins entre 8 heures et 10 heures. Au lever du soleil, quand les températures sont tellement basses au-dessous de zéro que le plus petit mouvement me briserait, je reçois Son message. Au plus tôt à 7 heures, rarement plus tard que midi. Dieu me donne mon emploi du temps pour toute la journée. Il s’agit de rouler, de photographier, de faire un bulletin météo ou plus rarement de lancer une analyse chimique. Je finis le travail exigé en milieu d’après-midi. C’est un travail précis, souvent fastidieux, mais je le réalise avec sérieux, car je veux que Dieu soit content de moi. » (p. 13).

Un humain très croyant ? Non ! Le narrateur est le rover Curiosity et ce roman aurait pu être titré Seul sur Mars (si le titre n’était pas déjà pris). Je ne sais pas pour vous, mais j’ai ressenti de la compassion pour cette machine (terriblement humaine) qui se languit du contact quotidien avec son créateur (Dieu). Curiosity est attendrissant et, bien que souffrant de la solitude, il aime la voix qui lui parvient et lui (or)donne un travail qui donne un sens à sa vie depuis 8 ans.

Curiosity est « le premier rover à pile au plutonium. [Il a] atterri dans le cratère Gale le 6 août 2012, dans l’hémisphère sud, après un voyage de 8 mois terrestres. » (p. 15). Curiosity est un robot sociable et il se sent très seul surtout lorsqu’il y a un problème… Lorsqu’il a atterri et donc perdu sa capsule, ça lui a fait un coup au cœur, non en fait « un coup au moteur » (p. 16).

Et Mars alors ? « Un ciel jaune, un sol rouge, un désert plat. […] un immense tas de poussière sédimentée […] le mont Sharp, […] des falaises […]. Rien d’autre. Sinon le silence, le vent et des cailloux. » (p. 17). « Alors j’ai levé ma caméra vers le ciel et j’ai crié : Dieu ! Ce n’est pas possible ! Tu es sûr que c’est bien ici, sur cette chose, que je dois passer mon existence ? » (p. 18). Curiosity sait qu’un jour, il mourra, sans avoir vu Dieu ou la Terre alors il veut laisser un message pour les autres rovers. Parce qu’en plus de sa « tendance à la sociabilité », Curiosity a « une aptitude à l’imagination » (p. 22).

Heureusement, il y a MRO (Mars Reconnaissance Orbiter), « mon satellite de référence » (p. 24), « Une sacrée machine : deux panneaux solaires de cinq mètres de long, deux mille kilos, et une caméra haute définition dont il est très fier. MRO est fidèle. C’est important d’entretenir de bonnes relations avec votre satellite. Si vous avez un problème en surface, c’est lui qui préviendra Dieu. Restez donc en bons termes. Et soyez polis : les satellites sont un peu snobs, c’est l’altitude. » (p. 26).

Curiosity est un roman intime et drôle qui raconte 3 jours et 3 nuits de ce rover et explique pourquoi il est angoissé à l’idée de ne plus recevoir de messages de Dieu et de mourir seul sur cette méchante planète rouge. « Non, non, ce n’est pas juste ! Je ne veux pas ! Je suis terrifié. Je sais que je dois me soumettre mais je suis terrifé. […] Je ne dois pas me révolter. Aucun rover n’a jamais protesté contre son sort. Aucun rover n’a jamais fait son testament non plus. Mais moi je suis différent et je vous écris. » (p. 51). Curiosity, prophète sur son Golgotha… ? Malheureusement Curiosity a un regret, il n’a trouvé ni l’amitié ni l’amour mais surtout il n’a pas trouvé la vie. Peut-être que s’il avait trouvé la vie, Dieu aurait été content et aurait continué sa mission… Envie de vivre, de communiquer, introspection, angoisse, Curiosity est tellement réel, tellement humain.

L’Agrandirox, nouvelle confinée, d’après le récit fantastique La Superficine de Sigismund Krzyzanowski (1887-1950).

Démarchée par téléphone lors du confinement, Josiane (retraitée de 71 ans) se voit proposer d’utiliser gratuitement l’Agrandirox, « un produit extrêmement performant » (p. 67) qui permet de « agrandir la surface de vos pièces » (p. 67). À l’étroit dans son petit appartement dans lequel elle vit avec Ernest (son chat) depuis 10 ans, un « deux-pièces chargé de livres, de tendresse et de solitude » (p. 69), elle se laisse tenter et, contre toute attente, ça fonctionne ! « Enfin, de l’espace ! Enfin, de la liberté ! » (p. 76). Mais ça ne plaît pas du tout à Ernest d’autant plus que l’Agrandirox continue d’agir… « C’était intenable. Il me fallait partir au plus vite. » (p 84). Trop d’espace tue l’espace… et l’intimité, le sentiment d’être bien chez soi aussi. Cette histoire est finalement terrifiante !

Sophie Divry délivre avec humour et tendresse deux histoires d’espace sous forme de huis-clos, l’une émouvante, l’autre effrayante et laisse son lecteur avec cette question : un rover, un chat peuvent-ils être aussi humains qu’un humain ?

Pour Challenge de la planète Mars, Challenge lecture 2021 (catégorie 7, un roman avec une couverture rouge, 2e billet), Littérature de l’imaginaire #9, S4F3 #7 et Les textes courts (Curiosity occupe 64 pages et L’Agrandirox 48).

L’anomalie de Hervé Le Tellier

L’anomalie de Hervé Le Tellier.

Gallimard, collection Blanche, août 2020, 336 pages, 20 €, ISBN 978-2-07289-509-8.

Genres : littérature française, science-fiction.

Hervé Le Tellier naît le 21 avril 1957 à Paris. Il étudie les mathématiques puis le journalisme et la linguistique. Il est auteur (romans, nouvelle, théâtre, poésie), journaliste et éditeur. Il est membre de l’Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle) depuis 1992 et en est le président depuis 2019. De nombreux titres sont parus depuis 1990 mais je n’avais jamais lu cet auteur. L’anomalie reçoit le Goncourt 2020 mais j’avais très envie de lire ce roman avant la réception de ce prix.

Ce roman est en collection Blanche, sûrement pour toucher un large lectorat mais c’est bien de la science-fiction publiée en littérature générale.

Paris. Blake connaît la mort depuis l’enfance, un chien écrasé par sa mère, la chasse avec son oncle, « Il est déjà méticuleux, prudent, imaginatif, à l’extrême. Il a vu tellement de films. » (p. 16) et il devient tueur professionnel.

Victor Miesel est écrivain mais « malgré un prix littéraire très parisien » (p. 25), il ne rencontre pas le succès alors, pour vivre, il fait des traductions, mais il écrit un dernier roman, L’Anomalie.

Paris. Lucie Bogaert est monteuse de cinéma et travaille pour plusieurs réalisateurs. Elle a un fils, Louis, et son ancien amant architecte lui offre L’Anomalie lors de leur séparation.

New York. David apprend qu’il a une « tumeur […] sur la queue du pancréas, à l’opposé de l’intestin grêle […] une tumeur maligne. Cancéreuse. » (p. 43).

Voici les premiers personnages de ce roman, il y en a quelques autres (une avocate, un chanteur nigérian par exemple). Ils ne se connaissent pas, ils se sont peut-être aperçus. Leur point commun ? Ils étaient sur « le vol AF006 Paris-New York » (p. 49) le 10 mars 2021 lorsque le Boeing 787 a été confronté à un immense cumulonimbus, à une tempête de grêle et de fortes agitations. Chaque chapitre est consacré a un personnage et, pour chacun, l’auteur a bien ciblé les choses importantes de leur vie et de leur caractère en peu de pages.

Dans la publication de L’Anomalie de Victor Miesel, très vite publié par les éditions de l’Oranger après le décès de l’auteur, je vois une critique du monde de l’édition, une « évidence nécrophile : la critique, le public vont adorer cette histoire de livre remis juste avant le grand saut. » (p. 82).

Ce qu’il y a d’intéressant dans ce roman, c’est tout ce qui est mis en place par les militaires, les scientifiques et les responsables de toutes les Agences à la McGuire Air Force Base de Trenton dans le New Jersey. Tous essaient de comprendre l’anomalie du 10 mars et du 24 juin. « Mais le protocole 42… On ne peut pas être confronté au protocole 42. » (le professeur Adrian Miller, probabiliste, p. 129).

J’avais regardé l’interview de l’auteur au 28’ sur Arte (lien ci-dessous), j’avais lu et entendu des choses sur ce roman mais rien ne me préparait à ce que j’ai finalement lu (j’avais quand même préservé le maximum avant de le lire) et je peux vous dire ma surprise à la lecture de ce roman extraordinaire, multi-genres, inventif.

C’est pourquoi je ne veux rien divulgâcher mais je peux vous mettre l’eau à la bouche et vous « parler de la ‘réalité’. Toute réalité est une construction, et même une reconstruction. Notre cerveau est scellé dans l’obscurité et le silence de la boîte crânienne, et il n’a accès au monde que par les capteurs que sont nos yeux, nos oreilles, notre nez, notre peau : tout ce que nous voyons, sentons, lui est transmis par des câbles électriques, nos synapses… nos cellules nerveuses. » (p. 165). Ah, vous n’y connaissez rien en sciences… pas grave, vous pouvez bien sûr lire ce roman !

Le passage qui m’a fait sourire. « Le président français parle, parle, avant – fait rare – de laisser la parole au bout de cinq minutes à son conseiller scientifique. Pour ne pas ajouter de l’excentrique à l’incompréhensible, le mathématicien a rogné son aspect de savant fou, troqué sa perturbante lavallière pourpre pour une fine écharpe de soie beige, sans se résigner à décrocher du revers de sa veste une araignée d’argent. » (p. 223-224).

Malheureusement, malgré les protocoles scientifiques et religieux, certains voient l’anomalie comme une abomination mais, comme avec la présentation des protagonistes, l’auteur vise juste, sans complaisance mais sans forcer le trait non plus et invite ses lecteurs à se positionner, à se confronter (soi-même, les autres, la société…).

Un roman que j’ai trouvé excellent, c’est la première fois que je lisais un titre de Hervé Le Tellier et j’en lirai d’autres assurément. Ah, et rien à voir avec Le silence de Don DeLillo (je me posais la question en juillet mais le thème est vraiment différent).

Pour le challenge Littérature de l’imaginaire #9. D’autres l’ont lu et l’ont apprécié ou pas, comme Alex, Alice, Antigone, Cannibal Lecteur, Chien critique, Hélène, Jostein, Krol, Maki, Pamolico, Zazy, entre autres.

Dans la vidéo ci-dessous, vous verrez Hervé Le Tellier à partir de 1’30 jusqu’à 14’00.

Le mystère des pingouins de Tomihiko Morimi

Le mystère des pingouins de Tomihiko Morimi.

Ynnis, juin 2020, 464 pages, 14,95 €, ISBN 978-2-37697-101-6. Penguin Highway ペンギン・ハイウェイ (2010) est traduit du japonais par Yacine Youhat.

Genres : littérature japonaise, roman jeunesse, science-fiction.

Tomihiko Morimi 森見登美彦 naît le 6 janvier 1979 à Ikoma dans la Préfecture de Nara au Japon. Il fait des études agricoles à l’université de Kyôto. Ses titres précédents sont Taiyô no Tô soit La tour du soleil (2003, grand prix du roman fantasy japonais), Yojôhan Shinwa Taikei soit La Galaxie Tatami (2004, adaptation en anime par le studio Madhouse en 2010) et Yoru wa mijikashi arukeyo otome soit La nuit est courte. Marche, jeune fille (2017, prix Yamamoto Shûgorô). Penguin Highway remporte le Grand prix du roman de science-fiction japonais en 2021 (Grand prix Nihon SF 日本大賞 Nihon esu efu taishô).

Le narrateur, Aoyama, est un garçon de 9 ans en quatrième année d’école élémentaire. Il vit avec ses parents et sa jeune sœur dans une petite maison. « Certes, je suis un génie. Mais cela ne m’empêche pas d’étoffer sans cesse mes connaissances. […] Je le dois à toutes les notes que je prends sans faute tous les jours, ainsi qu’à mes nombreuses lectures. Il y a beaucoup de choses que je veux savoir. Je suis intéressé par l’espace, les organismes vivants, la mer ou encore les robots. […] Je n’ai encore jamais vu la mer mais j’ai pour projet d’y aller prochainement. Il est important de voir les choses en vrai. Observer le monde de ses propres yeux est une méthode inégalable. Être inférieur à autrui n’est pas honteux, mais être surpassé par la personne que l’on était hier l’est. Jour après jour, j’en apprends davantage sur le monde et m’élève au-dessus de celui que j’étais le jour précédent. » (p. 9-10), voici pour vous familiariser avec l’étonnant Aoyama, éveillé, curieux, intelligent (son seul défaut, ben oui, il en a un, il est un peu obsédé par les seins). Son père lui a offert un cahier et lui a dit : « Note tous les jours ce que tu découvres. » (p. 13).

Aoyama vit dans une petite ville avec pas grand-chose, une école, une ligne de bus, un parc Ornithorynque, une clinique dentaire, un centre commercial, une église (une vraie église avec une croix au sommet), un bar Au bord de mer, un canal et une forêt. Un matin de mai, les enfants vont à l’école et aperçoivent une colonie de manchots d’Adélie ! « On aurait dit des êtres vivants à peine débarqués d’une lointaine planète et totalement inadaptés à notre monde. » (p. 17). Que font ces manchots de l’Antarctique dans cette ville de banlieue qui n’est même pas en bord de mer ? Mais le soir, ils ont disparu… avant de réapparaître tout aussi subitement !

Aoyama a un meilleur ami, Uchida, avec qui il élabore le projet Amazone : remonter le long du canal pour trouver sa source et explorer les environs pour créer une carte. Uchida élève un bébé manchot trouvé sur le parking de son immeuble. « Peux-tu garder secrète la présence de ce manchot ici ? – Je te le promets. Je suis un garçon capable de garder un secret. » (p. 105). Il se lie avec une jeune femme qui travaille à la clinique dentaire (on ne saura pas son nom). Ensemble, ils vont étudier les manchots et attirer l’attention d’une copine de classe qui joue aux échecs, Hamamoto, qui fait des recherches sur une boule bizarre en suspension dans l’air qu’elle appelle la Mer. « Elle était sacrément étonnante. » (p. 156).

Pour Aoyama, Uchida et Hamamoto, c’est tout un été de mystères… « Il y en a de curieuses histoires depuis l’apparition des manchots, souffla ma mère. » (p. 331).

Je l’ai déjà dit, j’aime l’irruption du fantastique dans le quotidien dans la littérature japonaise (bon, il y a aussi d’autres genres que j’apprécie dans la littérature japonaise comme l’intime ou le polar, entre autres) mais le fantastique dans le quotidien, c’est quelque chose de récurent (y compris dans le polar ou autres genres littéraires japonais), Haruki Murakami est un des maîtres pour cela. Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à nos manchots, ou à nos pingouins, ce n’est pas grave. En tout cas, vous pouvez vous joindre à Aoyama et à sa petite équipe pour enquêter, découvrir, comprendre, bon, peut-être pas tout, ça reste des enfants et les événements sont plutôt incompréhensibles ! Le mystère des pingouins, c’est l’intelligence et la fraîcheur dans cette chaleur estivale (je parle de l’été dans le roman mais c’est finalement l’été ici aussi), vous mangerez bien quelques glaces, ferez quelques balades en voiture avec le père, fuirez devant les tortionnaires de l’école (une bande de grands, bêtes et méchants), ah et, désolée, mais vous passerez chez le dentiste aussi. Action, aventure, fantastique, humour (japonais, ça change de l’humour anglais ou de l’humour belge, je vous préviens), amitié et mystère sont au rendez-vous de ce roman très bien écrit et surtout très bien traduit. Si vous n’aimez pas les enfants intelligents, extravertis, différents, Aoyama peut vous énerver mais ce serait vraiment dommage car, comme le dit l’éditeur, c’est une « œuvre poétique, intime et écologique […] qui a inspiré le film d’animation de Hiroyasu ISHIDA, lauréat du prix Satoshi Kon. » (et qui a aussi inspiré un manga de Keito Yano) alors ne vous privez pas et émerveillez-vous !

Le fait d’avoir vu la bande annonce (ci-dessous) me donne très envie de voir le film d’animation (en VO bien sûr).

En attendant, je mets cette lecture dans Challenge lecture 2021 (catégorie 12, un livre d’un auteur japonais, 3e billet), Jeunesse young adult #10, Littérature de l’imaginaire #9 et Petit Bac 2021 (catégorie Animal pour Pingouins).

La cité du Soleil de Tommaso Campanella

La cité du Soleil de Tommaso Campanella.

Lu en numérique, 80 pages. La città del Sole ou Civitas Solis en latin. Il existe des éditions récentes en français : chez Mille et une nuit (2000, 96 pages) ci-contre et chez Aden (2016, 200 pages) ci-dessous.

Genres : littérature italienne, roman utopique.

Tommaso Campanella naît le 5 septembre 1568 à Stilo en Calabre (sud de l’Italie). Alors que sa famille est analphabète, il étudie chez les Dominicains. En 1590, il publie Philosophia Sensibus Demonstrata (théories naturalistes), il est alors accusé d’hérésie et emprisonné. À sa libération, il parcourt l’Italie, rencontre Galilée (qu’il défend), essaie de renverser le pouvoir espagnol en place en Italie et il est à nouveau condamné pour hérésie et emprisonné. Il rédige plusieurs livres dont La cité du Soleil en 1602 (version publiée en 1604) qu’il réécrit en 1613 (version publiée en 1623). Après sa libération, en 1629, il se réfugie en France et meurt le 21 mai 1639 à Paris.

Sous-titré Idée d’une république philosophique, ce roman est un dialogue entre Le Grand Maître des Hospitaliers et un hôte, un capitaine de vaisseau génois.

« L’Hospitalier – Raconte-moi, de grâce, toutes les particularités de ce voyage. » (p. 2).

« Le Génois – Tu sais déjà comment j’ai fait le tour du monde, et comment, étant parvenu à Taprobane, je fus contraint de descendre à terre, où, par crainte des habitants, je me cachai dans une forêt ; après l’avoir traversée je me trouvai dans une grande plaine, sous l’Équateur. […] Je me vis tout-à-coup au milieu d’une troupe nombreuse d’hommes et de femmes armés. La plupart d’entre eux parlaient notre langue. Ils me conduisirent aussitôt à la cité du Soleil. » (p. 2-3).

La Cité est immense, divisée en sept cercles avec des enceintes intérieures (imprenables) et comportant quatre portes (une à chaque point cardinal). Des corniches, des colonnes, des terrasses, des portiques, des escaliers… Il est regrettable que des illustrations n’accompagnent pas le texte. Mais le lecteur peut aussi imaginer !

L’Hospitalier est très curieux de la cité et de son gouvernement. Le souverain de cette cité est Soleil, pour les Européens c’est un Métaphysicien. Il est assisté par trois chefs, Pon, Sin et Mor, leurs noms signifiant Puissance (affaires de la guerre et de la paix), Sagesse (arts et sciences) et Amour (unions, éducation des enfants, médecine, agriculture et tout le nécessaire pour le bien-être de la population et des générations futures).

Ce peuple possède un langage (et il a même de nombreux interprètes qui connaissent les autres langues), une écriture et de grandes connaissances (en particulier de la faune, de la flore, de la géographie, de l’astronomie mais aussi du reste du monde, de ses grand noms et aussi… de ses défauts et problèmes !).

Le Génois décrit une société idéale où hommes et femmes sont égaux et apprennent les mêmes choses, où les enfants étudient tous le même programme, où tout le monde est traité de façon égale et reçoit ce dont il a besoin, une société sans jalousie, sans égoïsme, sans criminalité, sans oisiveté. Mais cette société des Solariens est-elle parfaite ?

Par contre, ça, ça me plaît bien : « Dans la cité du Soleil, […] les magistratures, les arts, les travaux et les charges étant également distribués, chacun ne travaille pas plus de quatre heures par jour. Le reste du temps est employé à étudier agréablement, à discuter, à lire, à faire et à entendre des récits, à écrire, à se promener, à exercer enfin le corps et l’esprit, tout cela avec plaisir. » (p. 33).

Au niveau de la religion, les Solariens connaissent les religions et les philosophies du monde mais ils ont leurs propres croyances. « Les Solariens attendent donc la rénovation du monde, et peut-être aussi sa destruction. Ils disent qu’il est fort difficile de décider si le monde a été créé de rien, ou des débris d’autres mondes, ou tiré du chaos ; mais ils ajoutent qu’il est vraisemblable, ou plutôt certain qu’il n’exista pas de toute éternité. » (p. 64) et « Sans les adorer, ils honorent le soleil et les étoiles, comme des êtres vivants et comme les statues, les temples, les autels animés de Dieu. » (p. 65).

Ce roman métaphysique analyse la vie, la foi, le péché, la « loi naturelle », le libre-arbitre, la vie collective et L’Hospitalier en est émerveillé ! « Dieu ! que de subtilité ! » (p. 68). À noter que deux passages parlant d’astrologie de façon inintelligible ou très obscure ont été retirés. D’ailleurs Campanella est méprisé par certains de ses contemporains (en particulier par Descartes qui refuse de le rencontrer) parce qu’il utilise trop l’astrologie. Il est pourtant un précurseur du socialisme utopique (il est influencé par les idées de Platon) et La cité du Soleil est une des premières utopies littéraires (Thomas More et Rabelais ayant précédé Campanella). Il a inspiré Ernst Jünger pour son Heliopolis en 1949. Vous pouvez lire une très bonne analyse de La cité du Soleil par Constance Mercadante dans Cahiers d’études romanes.

Pour le challenge Les classiques c’est fantastique #2, le thème de juillet est « on dirait le Sud » (littérature italienne, portugaise, espagnole, du bassin méditerranéen…) et je n’avais à ma disposition ni L’ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche de Miguel de Cervantes (paru en 1605-1615 en Espagne) que je n’ai jamais lu ni Les aventures de Pinocchio de Carlo Collodi (je voulais relire ce roman de 1881) alors je me suis tournée vers un autre classique italien que je ne connaissais pas, La cité du Soleil de Tommaso Campanella (1602).

Je mets également cette lecture dans 2021 cette année sera classique, Challenge de l’été #2 (l’auteur est Italien mais emmène son lecteur sur l’île de Ceylan), Littérature de l’imaginaire #9, Petit Bac 2021 (catégorie Météo pour Soleil), S4F3 #7 et Les textes courts.

Quand viendra la vague d’Alice Zeniter

Quand viendra la vague d’Alice Zeniter.

L’Arche, collection Scène ouverte, août 2019, 80 pages, 13 €, ISBN 978-2-85181-964-2.

Genres : littérature française, théâtre, science-fiction.

Alice Zeniter naît le 7 septembre 1986 à Clamart (Hauts de Seine). Elle publie son premier roman à l’âge de 16 ans, Deux moins un égal zéro (2010). Elle étudie à l’École normale supérieure. Elle enseigne le français en Hongrie puis à l’université Sorbonne Nouvelle. Elle est connue comme romancière mais elle est aussi dramaturge, scénariste et traductrice. Parmi ses titres : Jusque dans nos bras (Albin Michel, 2010), Sombre dimanche (Albin Michel, 2013), Juste avant l’oubli (Flammarion, 2015), L’art de perdre (Flammarion, 2017, plusieurs prix dont le Goncourt des lycéens), Je suis une fille sans histoire (L’Arche, 2021, essai).

La scène : une île envahie par l’eau. Sur un rocher. Les personnages : Mateo et Letizia en couple, une femme, un homme, un mouflon sur deux jambes.

Mateo. L’optimisme. « Je suis debout parce que, debout, j’aurai pied plus longtemps. » (p. 13).

Letizia. Le pessimisme. « J’ai froid j’ai faim j’ai mal au dos je ne veux pas faire l’effort de penser. » (p. 15).

Plus l’eau montera, plus l’espace sera restreint sur cette île de six hectares avec un petit bois et une bergerie qui ont appartenu au père de Mateo.

Y aura-t-il assez de place sur ce sommet pour accueillir les humains et les animaux de l’île ? Mateo et Letizia ne sont pas d’accord sur l’attitude à adopter.

Arrive une femme, elle a perdu son mari, ses enfants, sa maison, tout, mais serait-elle dérangée, elle pense que les poissons sont responsables de la montée des eaux (expansion de territoire). C’est, à mon avis, une façon de nier la responsabilité des humains.

Arrive un homme, un promoteur qui voulait acheter l’île à Mateo après la mort de son père, un sale type qui pense s’en tirer avec des proverbes… Mais Mateo n’est pas aussi compatissant que Letizia.

Mateo. « Pourquoi quarante mille vaches qui font meuuuuuuuuh seraient-elles inférieures à un homme en train de se plaindre ? » (p. 39).

Au bout de quelque temps, Letizia et Mateo ont de l’eau jusqu’aux genoux…

Letizia veut toujours sauver les gens, elle voudrait qu’on dise d’elle qu’elle est « quelqu’un de profondément bon » (p. 48).

Mais Mateo. « Et maintenant que l’eau monte par leur faute, il faudrait encore les sauver ? Il faudrait que toi et moi, on fasse preuve d’une belle morale universelle et qu’on laisse un salaud comme ça venir vivre avec nous ? » (p. 50).

Arrive un mouflon sur deux jambes, sûrement sur ses pattes arrières, il a pu s’adapter même s’il a eu du mal à se redresser…

L’eau monte de plus en plus, elle est vraiment sale, et « le silence est massif » (p. 67).

Dans la postface intitulée « Vous faites aussi du théâtre ? », question souvent posée à Alice Zeniter, elle explique comment elle est entrée dans le monde du théâtre et sa relation avec le théâtre.

Cette fable écologique et dystopique est une comédie dramatique dans laquelle Mateo et Letizia sont confrontés à la montée des eaux bien sûr mais aussi à l’effondrement de l’humanité et à leurs valeurs, leurs idéaux, leur pouvoir. En fait, quand viendra la vague, il sera trop tard, c’est maintenant qu’il faut réfléchir, changer, s’adapter à la planète et pas l’inverse. Le petit pouvoir qu’ont Mateo et Letizia, au sommet de leur île recouverte par les eaux, est bien futile et inutile… Une pièce à lire de toute urgence !

Pour les challenges Littérature de l’imaginaire #9, S4F3 #7 et Les textes courts.

Le silence de Don DeLillo

Le silence de Don DeLillo.

Actes Sud, collection Lettres anglo-américaines, avril 2021, 112 pages, 11,50 €, ISBN 978-2-330-14930-7. The Silence (octobre 2020) est traduit de l’américain par Sabrina Duncan.

Genres : littérature états-unienne, roman, science-fiction.

Don DeLillo (de son nom complet Donald Richard DeLillo) naît le 20 novembre 1936 dans le Bronx à New York (États-Unis). Il étudie les arts de la communication à l’Université jésuite Fordham à New York puis travaille dans la publicité. Il est romancier, nouvelliste, dramaturge et scénariste. Son premier roman, Americana, paraît en 1971. Ses romans et un recueil de nouvelles traduits en français sont tous publiés chez Actes Sud depuis 1986 mais je n’avais jamais lu cet auteur (ou alors j’ai oublié mais avec son style ça m’étonnerait). Il est considéré comme un des écrivains états-uniens contemporains (associé au courant post-moderne) les plus influents.

2022. Dans un avion en provenance de France, Jim Kripps et son épouse, Tessa Berens, rentrent aux États-Unis. Tessa écrit les souvenirs de leur voyage dans un carnet pendant que Jim s’entraîne à prononcer en français (heure à Paris, heure à Londres, température à l’extérieur, altitude, vitesse, heure à l’arrivée…). « Tu notes le jour où il a plu dans ton livre de souvenirs. Le jour où il a plu, immortalisé. Tout l’enjeu des vacances c’est de les vivre sur le mode de l’exception. C’est toi qui me l’as dit. De garder en tête les temps forts, les moments et les heures mémorables. Les longues promenades, les bons repas, les bars à vins, la vie nocturne. » (p. 20). Mais, tout à coup, il y a des secousses violentes et l’avion n’atterrit pas à Newark…

Au même moment, à New York, Diane Lucas, son mari Max Stenner et un ami, Martin Dekker (professeur universitaire, ancien élève de Diane, et spécialiste d’Einstein), attendent Jim et Tessa pour regarder « le dernier match de la saison de football américain » (p. 25). Mais leurs amis n’arrivent pas, leur avion aurait-il été retardé ?

Pendant la pub avant le coup d’envoi, les images tremblent, il n’y a plus de son, puis l’écran devient noir. Télévisions, téléphones, ordinateurs, plus rien ne fonctionne, ni chez Diane et Max, ni chez leurs voisins (qu’ils découvrent d’ailleurs). Y aurait-il une centrale électrique en panne ? Un piratage informatique ? Le phénomène est-il local ou mondial ? Et combien de temps cela va-t-il durer ? Tous se posent des questions mais personne n’a de réponse.

« Et si tout ça était une espèce de songe vivant ? – Qu’on a rendu plus ou moins réel […]. – Et si nous n’étions pas ce que nous croyons être ? Et si le monde que nous connaissons était en train d’être complètement remanié pendant que nous sommes debout à regarder ou assis à discuter ? » (p. 80). Incroyable ! Je n’ai pas encore lu L’anomalie d’Hervé Le Tellier mais j’ai l’impression (de ce que j’en ai lu et entendu) que ce roman traite plus ou moins du même thème : un avion entre Paris et New York avec quelque chose qui se passe durant le vol et le même genre de questionnements. Je vais le lire bientôt, je verrai bien.

Ce roman est court et il peut être angoissant car aucune réponse n’est apportée à ce soudain black-out. Mais je visualise très bien Max en train de boire une bière et de grignoter des cochonneries en regardant un écran noir (et en imaginant un match avec ses souvenirs de matchs précédents) pendant que Diane et Martin discutent (enfin chacun dans son truc). Bien sûr, ce roman nous questionne durement, que ferions-nous si nous n’avions plus d’électricité, plus de contacts (télévisions, radios, numériques) ? Et si cela dure ? Nos sociétés, nos vies s’effondreraient-elles ? Dans le silence… Un roman surprenant mais j’aurais voulu en savoir plus. Pas pour combler le silence mais pour comprendre ce qu’il s’est passé et savoir comment ça se termine mais peut-être que, si ça arrive un jour en vrai, nous n’en saurons pas plus et je pense que nous ne sommes (nous ne serons) pas prêts… Mais je lirai à l’occasion d’autres titres de Don DeLillo (si vous en avez un à me conseiller ?).

Une lecture atypique que je mets dans Challenge de l’été (Tour du monde) #2 (États-Unis), Littérature de l’imaginaire #9 et S4F3 #7 (anticipation).

Summer Short Stories of SFFF – S4F3 #7

J’ai failli oublier de m’inscrire à cette nouvelle édition ! Je ne connaissais pas ce challenge pour les trois premières éditions mais j’ai participé en 2018 (13 lectures), en 2019 (2 lectures) et en 2020 (7 lectures) et voici donc la 7e édition du Summer Short Stories of SFFF soit S4F3 #7 qui dure du 21 juin au 21 septembre 2021.

Infos, logo et inscription chez Lutin82 (Albédo) avec formulaire pour déposer les liens.

Apparemment l’objectif est toujours de lire de la littérature de l’imaginaire c’est-à-dire science-fiction, fantastique, fantasy = SFFF (livres, anthologies, essais et recueils de nouvelles).

Mes lectures pour ce challenge

1. Le Chancellor : journal du passager J.-R. Kazallon de Jules Verne (Omnibus, 2001, France, 1875)

2. Maître Zacharius ou l’horloger qui avait perdu son âme de Jules Verne (Ouest France, 2000, France 1854)

3. Le silence de Don DeLillo (Actes Sud, 2021, États-Unis)

4. Wandering Souls (2 tomes) de Zelihan (H2T, 2020-2021, France)

5. Quand viendra la vague d’Alice Zeniter (L’Arche, 2019, France)

6. La cité du Soleil de Tommaso Campanella (1602, Italie)

7. Curiosity suivi de L’Agrandirox de Sophie Divry (Noir sur Blanc, 2021, France)

8.  Trinity, Trinity, Trinity d’Erika Kobayashi (Dalva, 2021, Japon)