Le roi des chats de Stephen Vincent Benét

Le roi des chats de Stephen Vincent Benét.

L’éveilleur, collection Étrange, octobre 2017, 144 pages, 16 €, ISBN 979-10-96011-16-2.

Genres : littérature états-unienne, nouvelles, fantastique, science-fiction.

Stephen Vincent Benét naît le le 22 juillet 1898 à Bethlehem (Pennsylvanie). Contrairement à ce que je pensais, sa famille n’est pas originaire de France mais de Catalogne (Espagne). La sœur aînée, Laura Benét (1884-1979), est poètesse, autrice (biographies) et rédactrice en chef au New York Sun et au New York Times. Le frère aîné, William Rose Benét (1886-1950), est poète mais surtout anthologiste et critique littéraire.

Mais revenons à S.V. Benét : il est poète (depuis l’âge de 17 ans alors qu’il est à l’Académie militaire Hitchcock de San Rafael en Californie), nouvelliste, romancier et reçoit deux Prix Pulitzer (1929 et 1949 posthume) alors qu’il est pratiquement inconnu en France ! Il meurt le 13 mars 1943 à New York. Certaines de ses œuvres sont adaptées (opéra, cinéma). Lire sur L’éveilleur un article et le billet Trois raisons de relire Stephen Vincent Benét.

Ce recueil (illustré en noir et blanc) contient 6 nouvelles plutôt dans le genre fantastique « écrites entre 1929 et 1939 » (préface, p. 10) dont une (qui donne son titre au recueil) parle de chats : parfait pour les challenges Animaux du monde, Littérature de l’imaginaire #8 et Maki Project mais aussi Cette année, je (re)lis des classiques #3 et Petit Bac 2020 (catégorie Animal) !

Mais, avant de vous parler de chacune des nouvelles, je voudrais partager avec vous ce précieux extrait de la préface : « La nouvelle n’est pas un art mineur, elle n’est pas un roman en raccourci. Son équilibre réside dans sa capacité à ferrer le lecteur sans jamais, un seul instant, lui laisser le temps ou l’opportunité d’en réchapper. Il est impossible de commencer une seule de ces six nouvelles sans vouloir aller jusqu’au bout, la lecture de l’une entraînant la lecture de la suivante… Stephen Vincent Benét maîtrise les rouages et mécanismes de la nouvelle comme un horloger facétieux. » (Thierry Gillybœuf, p. 13). Voyons voir si cela est vrai !

Le roi des chats – M. Thibauld « musicien très distingué » et « premier chef d’orchestre en Europe » (p. 18) a une queue et il dirige l’orchestre avec elle ! Vous pensez bien qu’il est très attendu aux États-Unis pour trois concerts. À New York, Tommy Brooks, amoureux de la princesse Vivrakanarda du royaume de Siam, et jaloux de la relation entre elle et M. Thibauld, s’imagine des choses. « Oh, je sais, je sais… dit Tommy, et il leva les mains. Je sais que je suis fou, inutile d’insister. Mais je te dis que cet homme est un chat. Comment, je n’en sais rien, mais c’est un chat. En tout cas, ce que chacun sait, c’est qu’il a une queue. » (p. 27). Pour récupérer sa bien-aimée, il décide de raconter une histoire de chats au dîner mais la chute ne se passe pas comme il l’avait prévue !

La fuite en Égypte – Cette nouvelle écrite en 1939 raconte l’exil des Juifs de la même façon que la fuite d’Égypte au temps biblique : plutôt que de les parquer dans des camps de concentration, le nouvel État décide de les exiler sur une autre terre. « Et partout les convois roulaient, la poussière s’élevait sur les routes, car enfin, et pour toujours, le Peuple Maudit s’en allait. » (p. 40). Au poste frontière, un jeune lieutenant nazi, exténué au bout de trois jours mais « S’il se montrait indigne, sa vie n’aurait plus de sens. » (p. 41). Il voit passer Willy Schneider avec sa mère ; ils étaient amis lorsqu’ils étaient enfants ; et des gens qu’il connaît de vue (un chauffeur de taxi, une vendeuse de journaux…). Ils sont tous partis… « Le Chef avait parlé, c’était donc la vérité. » (p. 46).Mais tout à coup « Une idée surgit, indésirable : il faut que ce soit un grand peuple, pour supporter tout cela. » (p. 48).

Le docteur Mellhorn et les Portes de Perles – Le docteur Mellhorn est arrivé jeune dans cette petite ville de Steeltown et il a soigné les gens pendant quarante et quelques années. Maintenant, ils arrivent de partout pour son enterrement. Mais lui est au volant de sa vieille voiture, Lizzie, avec sa vieille trousse et il arrive au Paradis, aux Portes de Perles exactement. Il croit avoir été appelé pour un malade de la malaria mais l’employé de la Réception lui répond : « Personne n’est malade ici. Personne ne peut être malade. » (p. 65). Ce n’est pas possible : le docteur Mellhorn veut être utile, il est et reste médecin ! Il décide de repartir et de passer d’autres portes (celles-ci ne possèdent pas de perles… elles sont hautes et noires) pour soigner les gens là où ils en ont besoin mais ça ne plaît pas à l’Inspecteur, vous savez le Cornu. « Désolé, docteur Mellhorn, dit-il, mais en voilà assez. Vous n’avez pas le droit d’être ici. » (p. 73).

L’homme du destin – À l’automne 1788, le Général Sir Charles William Geoffrey Estcourt C.B., en cure à Saint Philippe les Bains dans le sud de la France, écrit des lettres à sa sœur, la Comtesse de Stokeley. Il s’ennuie car les autres curistes ne sont pas de bonne discussion, jusqu’au jour où il fait la connaissance de « un curieux homme […] un petit homme bedonnant, de mon âge, ou à peu près […] il y a quelque chose d’un peu théâtral dans sa mise et dans sa démarche. » (p. 85). Et c’est homme, qui vient de Sardaigne et qui a épousé une Créole, a comme lui de l’admiration pour le poète Ossian et une passion pour l’Inde. Fin stratège militaire, il peut refaire toutes les batailles et a mille idées pour faire mieux ou gagner celles qui ont été perdues. « Vous êtes choqué, général Estcourt, dit-il, et j’en suis navré. Mais vous n’avez jamais connu le drame – et sa voix vibra – le drame de rester inactif quand vous ne demandez qu’à servir. Le drame d’être une force dont nul ne veut. Le drame de pourrir dans une ville de garnison avec les rêves de César alors que le monde n’a plus l’emploi de César. » (p. 92). Alors, avez-vous deviné qui est ce personnage, né à la « mauvaise » époque ? (non, ce n’est pas César, ce serait trop facile, oh… et le général s’est trompé sur le lieu de naissance).

La dernière légion – Ce matin-là, une légion romaine, la Vingtième, surnommée la Valea Victrix, a quitté sa ville de garnison ; le Gouverneur voulait que ce départ reste secret mais toute la ville était là pour les acclamer ou pour pleurer. Le narrateur est « centurion et vétéran » (p. 108). Durant la deuxième halte, sa recrue a déserté, c’est qu’il avait une petite amie à Deva… La troupe descend du Nord-Ouest dans la Bretagne (l’ancien nom de la Grande-Bretagne) direction Londinium ou plutôt la côte car on aurait besoin d’eux en Gaule. « On pouvait voir combien l’Empire était solide, un grand bloc compact, vert et souriant avec ses magistrats, ses belles courtisanes, ses théâtres, ses villas, tout au long de la Bretagne et de plus en plus riche jusqu’à Rome. » (p. 112). La troupe voyage avec Agathoclès, un Grec qui rédige les chroniques et qui regrette l’Empire grec ; celui-ci s’est effondré et il est persuadé qu’il en sera de même pour l’Empire romain.

L’âge d’or – Après le Grand Incendie, il est interdit de traverser la Grande Rivière et d’aller à l’Est dans les Endroits Morts. Seuls les prêtres ont l’autorisation d’y aller pour ramener du métal et, au retour tout doit être purifier, homme et métal. « Mon père est un prêtre. Je suis fils de prêtre. J’ai été avec mon père dans les Endroits Morts près de chez nous. » (p. 127). Lorsqu’il eut étudié et qu’il fut devenu homme, il fut prêt à recevoir la purification et il partit. Il avait vu en rêve les Temps Anciens et les Dieux qui vivaient auparavant de l’autre côté de la Grande Rivière. « Mon fils, dit-il, j’eus de grands rêves. Si tes rêves ne te mangent pas, tu seras un grand prêtre. S’ils te mangent, tu seras quand même mon fils. Va. » (p. 130). Il est un homme du Peuples des Collines mais il traverse la forêt puis le grand fleuve, « le Hud-Son, le Sacré, le Grand » (p. 131) et arrive au grand Endroit Mort. « Comment vous dire ce que j’ai vu ? » (p. 134).

Je confirme : Stephen Vincent Benét est effectivement un maître de la nouvelle ! Et quel talent, quelle diversité, chaque nouvelle est différente, du fantastique oui, dans Le roi des chats, mais aussi de la science-fiction dans La fuite en Égypte (comment l’auteur a-t-il pu penser à ça en 1939 ?), du gothique et de l’humour dans Le docteur Mellhorn et les Portes de Perles (ma nouvelle préférée), de l’épistolaire (avec le côté fantastique bien sûr) dans L’homme du destin, une vision prémonitoire dans La dernière légion et encore de la science-fiction, post-apocalyptique, dans L’âge d’or. Un recueil à lire, assurément, pour mieux comprendre le passé, le présent, le futur, la vie et ses mystères tout simplement.

Pour une fois, la liste des challenges concernés est en haut de ce billet.

Printemps de l’imaginaire francophone 2020

C’est en participant aux deux marathons de mars et en lisant de l’imaginaire que je me suis rappelée du Printemps de l’imaginaire francophone (PIF) ! J’ai participé en 2017 et en 2018 mais j’ai zappé en 2019 (je ne sais pas pourquoi).

Je m’inscris donc pour ce Printemps de l’imaginaire francophone 2020 qui dure du 1er mars au 1er juin. Infos, nouveau logo et inscription sur le blog Aline Wheeler + le groupe FB.

L’organisatrice nous dit que « Le Printemps de l’Imaginaire francophone — ou PIF, pour les intimes — est un challenge de lecture qui consiste à lire et partager des lectures de Science-Fiction, Fantasy ou Fantastique dont la version originale du texte est écrite en français, et ce, quelle que soit la nationalité de l’auteur ou de l’autrice. ».

Il faut donc lire au moins un livre (roman, nouvelle, pièce de théâtre, BD, manga, comic, album, ebook, livre audio…) de science-fiction, fantasy ou fantastique dont la VO est en français (peu importe la nationalité de l’auteur, Français, Belge, Canadien, Suisse ou autres francophones).

Les paliers
Rêveur invétéré = 1 livre
Sorcier vagabond = 3 livres
Scientifique fou = 6 livres
Alchimiste méticuleux = 9 livres
Mage érudit = 12 livres
Bibliothécaire céleste = 15 livres

Les défis

1- Lire un-e auteur européen francophone qui n’est pas français

2- Lire un-e auteur canadien francophone

3- Lire un livre en rapport avec le printemps ou qui vous fait penser au printemps (par un titre qui rappelle le vent ou la nature, l’histoire qui se passe au printemps, la couverture avec de la nature ou des fleurs…)

4- Lire un livre d’au moins 500 pages

5- Lire une nouvelle ou un recueil de nouvelles

6- Lire un livre auto-édité

7- Lire un livre d’une petite maison d’édition

8- Lire un récit avec un personnage principal féminin

9- Lire un livre écrit par une autrice

10- Continuer/Terminer une série

11- Lire une relique de votre PAL

12- Lire un livre d‘un auteur (ou d’une autrice) que vous avez découvert au cours du challenge de cette année ou des années précédentes (dans les PAL ou les suggestions des autres participants, par exemple)

13- Se faire choisir un livre dans sa PAL au hasard ou par une autre personne

14- Lire un livre qui parle d’une créature légendaire (griffon, sirène, dragon, kelpie, basilic, dulahan…)

15- Lire un livre en rapport avec le folklore celte/breton/gaulois (par exemple : réécriture de la matière de Bretagne ou des contes et légendes de nos contrées, des récits qui parlent de fées, de druides, de dieux et déesses celtes…)

Mes lectures pour ce challenge

1. Rivages de Gauthier Guillemin (Albin Michel Imaginaire, 2019, France)

2. La voie Verne de Jacques Martel (Mnémos, 2019, France)

3. Demain les chats de Bernard Werber (Le livre de poche, 2018, France)

ont été lu durant les deux marathons de mars et un marathon de printemps et les notes de lecture arrivent !

4. Interfeel d’Antonin Atger (PKJ, 2018, France)

5. Trois fois la fin du monde de Sophie Divry (Noir sur blanc, 2018, France)

6. Agence Mysterium – Le fantôme de Saint-Malo de Loïc Le Borgne (Scrineo, 2017, France)

The Rook de Daniel O’Malley

The Rook de Daniel O’Malley.

Super 8, mars 2014, 656 pages, 22 €, ISBN 978-2-37056-004-9. Parution en poche sous le titre Au service surnaturel de Sa Majesté chez Pocket, mai 2015, 672 pages, 8,60 €, ISBN 978-2-26625-056-6. The Rook (2012) est traduit de l’australien par Charles Bonnot.

Genres : littérature australienne, science-fiction, fantastique.

Daniel O’Malley naît en 1950 à Canberra (Australie) mais il étudie l’histoire médiévale à l’Université d’État de l’Ohio (États-Unis). Il est romancier, principalement de science-fiction. Un deuxième tome de la série Au service surnaturel de Sa Majesté est paru en 2016 en Australie sous le titre Stiletto et en 2017 en France sous le titre Agent double chez Super 8. Plus d’infos sur le site officiel de l’auteur, RookFiles et sur sa page FB.

Une nuit d’hiver pluvieuse, Londres. Une jeune femme se réveille dans un parc avec des cadavres autour d’elle ; elle ne sait plus qui elle est mais elle a dans sa poche deux lettres qui donnent quelques explications et son nom : Myfanwy Thomas. « Si tu lis ces lignes, c’est que tu as survécu à plusieurs menaces immédiates. Pourtant, tu es en danger. Le simple fait d’être moi ne signifie pas que tu es en sécurité. En plus de ce corps, tu as hérité d’un certain nombre de problèmes et de responsabilités. Va te mettre en lieu sûr et ouvre la deuxième enveloppe. » (p. 9).

« Elle avait tant de souvenirs à construire et tant d’expériences dont elle savait qu’elles seraient plaisantes à vivre. » (p. 23).

En fait, Myfanwy Thomas ou Tour Thomas travaille à la Checquy, une organisation secrète qui existe depuis des siècles, dévouée à la Grande-Bretagne – quel que soit son souverain – et qui possède en son sein des membres surnaturels. Mais Myfanwy pense qu’il y a un traître à la Cour. Au lieu de fuir, elle reprend la vie de Tour Thomas et son travail au Beffroi dans la City en suivant les consignes laissées dans les lettres qu’elle a écrites avant de perdre la mémoire. « Mon Dieu, qui aurait cru que ce serait aussi affreusement compliqué de se faire passer pour soi ? songea-t-elle en ouvrant le dossier de Myfanwy. » (p. 62).

« Tous ces gens qui ignorent les secrets que je connais. » (p. 434).

« Je regardai ces gens et les enviai tous, même le bébé baveux. Surtout le bébé baveux. Les gens normaux étaient libres de vivre leur vie, avec leurs petits soucis et leurs petites souffrances, certains que le surnaturel ne viendrait pas les embêter. Mince, ils n’étaient même pas obligés de croire au surnaturel. C’était à nous de nous en inquiéter. » (p. 560-561).

The Rook est un pavé qui m’a fait très envie à sa parution et que j’ai dévoré ! Il y a une partie épistolaire avec les lettres (extraits en italique) que Myfanwy Thomas a écrites pour elle-même, plus tard, car elle savait qu’elle perdrait la mémoire. Et puis il y a toute la partie aventure, action, suspense, science-fiction, fantastique. Vers le milieu du roman, c’est un peu long mais l’intérêt pour l’histoire et les événements surnaturels reviennent vite et ça repart jusqu’à la dernière page.

Une belle surprise donc, qui depuis sa parution, a reçu le Prix Aurealis 2012 du meilleur roman de science-fiction (*) et a bénéficié d’une adaptation en série télévisée diffusée dès l’été 2019 aux États-Unis donc elle devrait arrivée ici cette année, non ?

(*) Aurealis est un prix littéraire, créé en 1995, décerné en Australie pour les romans (et les recueils de nouvelles) dans les genres de l’imaginaire (science-fiction, fantasy, horreur). Lien vers le site officiel.

Une lecture que je mets dans les challenges British Mysteries #5 (l’auteur est Australien mais le roman se déroule à Londres) et Littérature de l’imaginaire #8.

Les questions dangereuses de Lionel Davoust

Les questions dangereuses de Lionel Davoust.

Hélios (ActuSF), janvier 2019, 128 pages, 4,90 €, ISBN 978-2-36629-979-3.

Genres : littérature française, science-fiction, nouvelle.

Lionel Davoust naît le 10 novembre 1978 à Rennes. Il est romancier et nouvelliste dans les genres science-fiction et fantasy. Il est aussi traducteur (Jim C. Hines, Sean Russel, certains titres de Terry Pratchett, entre autres) pour L’Atalante. Je vous laisse consulter ses titres sur son site officiel, https://lioneldavoust.com/. J’ai déjà lu les deux premiers tomes de la trilogie Léviathan : La chute (Don Quichotte, 2011) et La nuit (Don Quichotte, 2012) et je (re)publie ici ces deux archives mais pourquoi n’ai-je jamais lu le troisième et dernier tome, Le pouvoir (Don Quichotte, 2013) ?

Novembre 1637. Une journée froide et pluvieuse au château de Déversailles pour l’enterrement de l’érudit Sigismond Frédéric en présence de la Reine, Léonie Lebensfreude de Légatine-Labarre. Mais, durant la cérémonie, le Dr Jean Lacanne, qui a étudié avec Sigismond Frédéric, est assassiné !

Le mancequetaire Thésard de la Maulière, ami du comte Batz d’Arctangente, mène l’enquête. « Pourquoi assassiner de la sorte un proche de la reine d’aussi mineure importance ? » (p. 17).

Dans cette histoire de France, différente de celle de notre passé, les mousquetaires sont des mancequetaires et les combats se font, non pas avec des épées, mais à coup de Questions auxquelles il vaut mieux Répondre juste et rapidement sinon forte douleur dans le lobe frontal !

Cette nouvelle (ou novella) classée en science-fiction aborde l’Histoire et le surnaturel de façon surprenante en mêlant action et aventure à la façon d’Alexandre Dumas et en ajoutant une pointe d’humour.

Les questions dangereuses fut d’abord publiée en 2011 dans une anthologie intitulée Dimension de capes et d’esprit dans laquelle Éric Boissau compilait des nouvelles mettant en scène des récits à la façon des romans de capes et d’épée.

En fin de volume, un entretien de Lionel Davoust mené par Nicolas Barret où le lecteur apprend beaucoup de choses sur l’auteur, son œuvre, ses goûts, son imagination et la création de ces Questions dangereuses qui font bien sûr penser au film Les liaisons dangereuses sauf qu’ici, ce ne sont pas les liaisons qui sont dangereuses mais les Questions.

Une curiosité à découvrir !

Pour les challenges Lire en thème février 2020 (auteur français), Littérature de l’imaginaire #8, Maki Project et Petit Bac 2020 (pour la catégorie Mot au pluriel avec Questions).

Acadie de Dave Hutchinson

Acadie de Dave Hutchinson.

Le Bélial, collection Une heure lumière n° 20, août 2019, 112 pages, 9,90 €, ISBN 978-2-84344-953-6. Acadie (2017) est traduit de l’anglais par Mathieu Prioux.

Genres : littérature anglaise, novella, science-fiction.

Dave Hutchinson naît le 19 décembre 1960 à Sheffield (Angleterre). Il est journaliste, nouvelliste et romancier mais, pour l’instant, ses romans et ses nouvelles n’ont pas encore été traduits en français.

Alors que Duke Faraday, 150 ans, Président de la Colonie est en congés, une alerte le ramène au bureau : une sonde terrienne a franchi les frontières de leur système, inexploré par l’Agence de la Colonisation, dans lequel des humains se sont installés illégalement. La sonde est radioactive et au lieu de se « tenir tranquille et observer cette saleté poursuivre sa route » (p. 19), Ernie lui a tiré dessus…

Les Fondateurs de cette Colonie sont d’anciens scientifiques ayant fui la Terre, il y a plus de 500 ans, à cause d’expériences génétiques interdites ; ils sont maintenant appelés les Écrivains car ils ont créé des humains différents : elfes, nains, hobbits, gobelins, Klingons… Gros clin d’œil à Tolkien et d’autres ! « Les Écrivains ont voulu s’amuser un peu… » (p. 44). Il y a aussi des Gamins, des humains supra-intelligents mais fantasques et avec des vies courtes.

Les chapitres sont courts ; le ton est résolument moderne avec une pointe d’humour (ah oui, l’auteur est Anglais) et, même si je n’ai pas tout compris à la technologie du futur, j’ai lu cette nouvelle avec plaisir ! Le récit est immersif, le questionnement sur l’éthique est posé et la fin est surprenante. Par contre, je n’ai pas percuté pourquoi le titre est Acadie

Pour les challenges 1 % Rentrée littéraire 2019 (lu avant la fin du challenge durant le Week-end à 1000 de janvier), Littérature de l’imaginaire #8 et deuxième nouvelle (ou novella) pour le Maki Project.

L’enfance attribuée de David Marusek

L’enfance attribuée de David Marusek.

Le Bélial, collection Une heure lumière n° 21, août 2019, 128 pages, 9,90 €, ISBN 978-2-84344-954-3. We Were Out of Our Minds With Joy (1995) est traduit de l’américain par Patrick Mercadal.

Genres : littérature américaine, novella, science-fiction.

David Marusek naît le 21 janvier 1951 à Buffalo (État de New York). Designer graphique puis professeur de graphisme (à Fairbanks en Alaska), il se lance dans l’écriture de nouvelles de science-fiction (publiées dès 1992). Plus d’infos sur son site officiel, http://www.marusek.com/.

30 mars 2092. La Terre est surpeuplée et une « Interdiction de Procréation » a été « promulguée en 2041 » (p. 32). Sam Harger (le narrateur) et son épouse Eleanor Starke reçoivent du ministère de la Santé et des Affaires sociales l’autorisation d’avoir un enfant. « Nous étions fous de joie. » (p. 11). Ils sont beaux, riches et célèbres. Sam est artiste, graphiste, designer, Américain de New York. Lea (son surnom) est procureure et Hongroise à Budapest, récemment promue gouverneur aux États-Unis. Tout semble parfait dans le meilleur des mondes mais Henry, l’assistant domotique de Sam, qui contient toute sa vie et ses archives, a été plusieurs fois piraté par la sécurité de Lea… « […] ma propre vie me faisait l’effet d’un roman russe, lu voilà bien longtemps. Je pouvais m’en rappeler les grandes lignes, mais les noms des personnages m’échappaient. » (p. 26).

Dans ce monde où tout est enregistré, archivé, contrôlé, qui a bien pu forcer le destin pour que Sam et Lea aient un enfant ? « Elle insista sur le fait que le responsable, quel qu’il soit, n’était sûrement pas un bienfaiteur, car on pouvait difficilement considérer un bébé comme une récompense. Plutôt un ennemi, un rival outre-planète qu’elle avait supplanté pour le poste d’Indianapolis, ce qui signifiait que le bébé était l’appât d’un piège en préparation. » (p. 55).

Alors le lecteur se doute bien qu’un grain de sable va venir enrayer cette belle histoire d’amour ! Quel sera le prix à payer et qui en payera le prix ?

L’Enfance attribuée remporte le Prix Theodore Sturgeon en 1995 et connaît une version étendue avec Un paradis d’enfer. Je découvrais cet auteur (qui publie peu) et j’ai apprécié cette lecture : la narration et l’ambiance sont vraiment étranges et gagnent en intensité ; le ton est froid et sec ; ce futur fait froid dans le dos !

Pour les challenges 1 % Rentrée littéraire 2019 (lu avant la fin du challenge durant le Week-end à 1000 de janvier), Littérature de l’imaginaire #8 et première nouvelle (ou novella) pour le Maki Project.

La servante écarlate de Margaret Atwood

La servante écarlate de Margaret Atwood.

Robert Laffont, Pavillons Poche, juin 2017, 544 pages, 11,50 €, ISBN 978-2-22120-332-3. The Handmaid’s Tale (1985) est traduit de l’anglais (Canada) par Sylviane Rué.

Genres : littérature canadienne, science-fiction, dystopie.

Margaret Atwood naît le 18 novembre 1939 à Ottawa (Ontario, Canada). Son père est zoologue et sa mère nutritionniste. Elle étudie l’art, la philosophie et le français à l’Université de Toronto puis à l’Université de Harvard. Elle enseigne et commence à écrire (poésie, romans).

Defred, 33 ans, est dans la maison du commandant depuis cinq semaines. Elle est une servante écarlate et doit enfanter à la place de l’épouse. « Je suis pour elle un reproche et une nécessité. » (p. 29). Dans la République de Gilead, les servantes écarlates, tout habillées de rouge, sont sensées enfanter à la place des épouses comme la servante Bilha à la place de Rachel, l’épouse de Jacob, dans la Genèse. C’est que, dans la République de Gilead, qui remplace une partie des États-Unis d’Amérique, certains passages de la Bible sont utilisés par les intégristes religieux au pouvoir pour arriver à leurs fins. Defred (de son vrai prénom June) tient le coup en pensant à son mari, Luke (est-il toujours en vie ?) et à leur fillette enlevée depuis trois ans (où est-elle ?).

Tout est réglementé : les épouses des commandants, femmes respectables quoique stériles (ou alors est-ce leurs époux ?), sont habillées en bleu (dans la série télévisée en vert), les servantes en rouge, les Martha (femmes de ménage, cuisinières) en vert terne, les épouses des hommes pauvres, surnommées les Éconofemmes, sont en rayures rouges, bleues et vertes car « Elles doivent tout faire ; si elles le peuvent . » (p. 48), les Tantes (qui enseignent aux servantes) en robes longues vert kaki et les veuves en noir mais elles sont de plus en plus rares (elles sont envoyées aux Colonies ?). Les femmes ont perdu tous leurs droits, elles n’ont plus le droit de travailler, d’avoir de l’argent, elles n’ont plus aucune indépendance et aucun pouvoir.

« J’aimerais croire que ceci est une histoire que je raconte. J’ai besoin de le croire. Il faut que je le croie. Celles qui peuvent croire que pareilles histoires ne sont que des histoires ont de meilleures chances. » (p. 73).

« N’importe quelle nouvelle, aujourd’hui, vaut mieux que pas de nouvelles du tout. » (p. 141).

L’objectif à tout cela ? « Les femmes vivront ensemble en harmonie, elles formeront une seule famille : vous serez comme leurs filles, et quand le niveau de la population sera rééquilibré, nous n’aurons plus à vous transférer d’une maison à l’autre parce que tout le monde pourra être servi. […] Vos filles jouiront d’une plus grande liberté. » Cool, toutes les femmes seront des servantes, écarlates ou non, elles seront les servantes les unes des autres et elles seront les servantes des hommes !

Il paraît que le mieux est l’ennemi du bien… « Nous pensions que nous pouvions faire mieux. Je répète : Mieux ? d’une petite voix. Comment peut-il penser que ceci est mieux ? Mieux ne veut jamais dire mieux pour tout le monde, dit-il. Cela veut toujours dire pire, pour certains. » (p. 352-353).

Que dire de plus que ce qui a été dit sur ce roman choc depuis près de 35 ans ? J’ai adoré et j’ai angoissé à l’idée que tout ça puisse réellement arriver dans des jours proches… Le régime de Gilead est totalitaire, patriarcal ; très peu d’enfants viennent au monde sains et la majorité naissent de servantes (pour les riches) ou d’Éconofemmes (pour les pauvres) ; en fait, les femmes ont bon dos, c’est surtout les hommes qui sont devenus stériles mais il ne faut pas oser leur dire. Ne parlons pas des fameuses Colonies où tout est pollué et toxique et où sont envoyées, bien sûr, les femmes… J’ai très envie de lire Les testaments, la suite qui est parue chez Robert Laffont en octobre 2019.

J’ai vu la série aussi et elle est vraiment réussie : pour l’instant, j’ai vu les deux premières saisons, celles de 2017 et 2018, en DVD et, dès que possible, je verrai la saison 3, de 2019 ; la saison 4 étant annoncée pour 2020.

Une excellente lecture pour les challenges Littérature de l’imaginaire, Petit Bac 2020 (catégorie « Couleur » avec écarlate) et pour Lire en thème (en janvier, un livre dont le nom de l’auteur commence par A).