Little Nemo 1905-2005 – Un siècle de rêves

Little Nemo 1905-2005 – Un siècle de rêves.

Les impressions nouvelles, Hors collection, septembre 2005, 104 pages, 28 €, ISBN 978-2-87449-000-8.

Genres : bande dessinée, dessins de presse, classique.

Ouvrage collectif avec David B, Igort, Jean-Philippe Bramanti, Dylan Horrocks, Craig Thompson, Katsuhiro Otomo, Peter Maresca, Gilles Ciment, Marc-Antoine Mathieu, Miguelanxo Prado, Lorenzo Mattotti, Mœbius, Art Spiegelman, Serge Tisseron, Jacques Samson, François Schuiten, Thierry Smolderen, Pierre Sterckx, Frédéric Boilet, Thierry Groensteen, Benoît Peeters, Pierre Fresnault-Deruelle, Jean-Marie Apostolidès.

Winsor McCay naît le 26 septembre soit en 1867 (au Canada, selon les archives de recensement), soit en 1869 (ce qui est inscrit sur sa tombe) soit en 1871 à Spring Lake dans le Michigan (aux États-Unis, ce qu’il déclarait). Il étudie en tout cas l’Art à Chicago (Illinois) et à l’Université d’Eastern Michigan. Il est doué pour le dessin et particulièrement pour les perspectives architecturales. Il meurt le 26 juillet 1934 à Brooklyn (New York, États-Unis). Ses œuvres les plus connues sont Le petit Sammy éternue (1904-1906), Cauchemars de l’amateur de fondue au Chester (1904-1913), Little Nemo in Slumberland (1905-1914) et des films d’animation comme Little Nemo (1911) et Gertie le dinosaure (1909).

Little Nemo naît en couleurs le 15 octobre 1905 « dans le supplément du dimanche d’un des plus fameux quotidiens américains, le New York Herald. » (p. 5, préface de Benoît Peeters). Winsor McCay est un précurseur non seulement de la bande dessinée mais aussi de l’animation.

Nemo et son petit cheval de la nuit, Semnus, explorent le monde des rêves, « le paysage intérieur des rêves » dit Art Spiegelman (p. 6) qui considère que McCay a créé un chef-d’œuvre méconnu. Le dernier Little Nemo paraît en 1927 puis il est oublié jusque dans les années 70…

Cette bande dessinée d’hommage pour le centenaire (1905-2005) mélange des dessins de presse de McCay (en VO) en noir et blanc ou en couleurs, des planches hommages de dessinateurs illustres (voir leurs noms ci-dessus), il y a une biographie et des infos très intéressantes par Thierry Smolderen (p. 9-17) et des photos d’archives.

« Je rêvais encore ! J’aimerais dormir. Sans presque jamais me réveiller. » (planche de Jean-Philippe Bramanti, p. 8).

Parmi mes hommages préférés, celui de David B. « Je dois noter tous ces rêves avant de les oublier. » (p. 19), le strip géant de François Schuiten, le dessin pleine page de Moebius et celui de Miguelanxo Prado.

Il y a même des poèmes (de Jan Baetens, p. 43). Et Igort a réalisé une grande fresque dépliante, un strip géant de 4 pages.

Chacun, dans son style, dans son univers, a rendu hommage à McCay et à Little Nemo que je ne connaissais que de noms.

En fin de volume, « Autres Nemos, autres rêves » par Peter Maresca avec Billy Make Believe de H.E. Homan, Danny Dreamer de Clare Briggs, Drowsy Dick’s Dime Novel Dream de Charles Reese, Bad Dream Bill ou Happy Hooligan que je ne connais pas mais qui sont soit des pionniers soit des imitations (dont McCay ne s’offusque d’ailleurs pas).

« Il aurait fallu deux vies à Winsor McCay : celle qu’il vécut pour accomplir son immense œuvre de dessinateur de presse, une autre pour se consacrer pleinement à l’art dont il a bâti presque seul les fondations : le cinéma d’animation. » (Gilles Ciment, p. 82).

Little Nemo 1905-2005 – Un siècle de rêves est une très belle bande dessinée à la fois hommage, historique, biographique et une anthologie est parue pour le centenaire : Little Nemo in Slumberland – So many splendid Sundays chez Sunday Press.

Pour le challenge Des histoires et des bulles, la catégorie 27 demande un recueil de dessins de presse et j’avais pensé à Mana Neyestani mais j’ai déjà rédigé un billet à l’été 2015 alors j’ai choisi Little Nemo.

Je mets également cette lecture enrichissante dans 2021 cette année sera classique, BD, La BD de la semaine (cependant en pause estivale).

Le silence de Don DeLillo

Le silence de Don DeLillo.

Actes Sud, collection Lettres anglo-américaines, avril 2021, 112 pages, 11,50 €, ISBN 978-2-330-14930-7. The Silence (octobre 2020) est traduit de l’américain par Sabrina Duncan.

Genres : littérature états-unienne, roman, science-fiction.

Don DeLillo (de son nom complet Donald Richard DeLillo) naît le 20 novembre 1936 dans le Bronx à New York (États-Unis). Il étudie les arts de la communication à l’Université jésuite Fordham à New York puis travaille dans la publicité. Il est romancier, nouvelliste, dramaturge et scénariste. Son premier roman, Americana, paraît en 1971. Ses romans et un recueil de nouvelles traduits en français sont tous publiés chez Actes Sud depuis 1986 mais je n’avais jamais lu cet auteur (ou alors j’ai oublié mais avec son style ça m’étonnerait). Il est considéré comme un des écrivains états-uniens contemporains (associé au courant post-moderne) les plus influents.

2022. Dans un avion en provenance de France, Jim Kripps et son épouse, Tessa Berens, rentrent aux États-Unis. Tessa écrit les souvenirs de leur voyage dans un carnet pendant que Jim s’entraîne à prononcer en français (heure à Paris, heure à Londres, température à l’extérieur, altitude, vitesse, heure à l’arrivée…). « Tu notes le jour où il a plu dans ton livre de souvenirs. Le jour où il a plu, immortalisé. Tout l’enjeu des vacances c’est de les vivre sur le mode de l’exception. C’est toi qui me l’as dit. De garder en tête les temps forts, les moments et les heures mémorables. Les longues promenades, les bons repas, les bars à vins, la vie nocturne. » (p. 20). Mais, tout à coup, il y a des secousses violentes et l’avion n’atterrit pas à Newark…

Au même moment, à New York, Diane Lucas, son mari Max Stenner et un ami, Martin Dekker (professeur universitaire, ancien élève de Diane, et spécialiste d’Einstein), attendent Jim et Tessa pour regarder « le dernier match de la saison de football américain » (p. 25). Mais leurs amis n’arrivent pas, leur avion aurait-il été retardé ?

Pendant la pub avant le coup d’envoi, les images tremblent, il n’y a plus de son, puis l’écran devient noir. Télévisions, téléphones, ordinateurs, plus rien ne fonctionne, ni chez Diane et Max, ni chez leurs voisins (qu’ils découvrent d’ailleurs). Y aurait-il une centrale électrique en panne ? Un piratage informatique ? Le phénomène est-il local ou mondial ? Et combien de temps cela va-t-il durer ? Tous se posent des questions mais personne n’a de réponse.

« Et si tout ça était une espèce de songe vivant ? – Qu’on a rendu plus ou moins réel […]. – Et si nous n’étions pas ce que nous croyons être ? Et si le monde que nous connaissons était en train d’être complètement remanié pendant que nous sommes debout à regarder ou assis à discuter ? » (p. 80). Incroyable ! Je n’ai pas encore lu L’anomalie d’Hervé Le Tellier mais j’ai l’impression (de ce que j’en ai lu et entendu) que ce roman traite plus ou moins du même thème : un avion entre Paris et New York avec quelque chose qui se passe durant le vol et le même genre de questionnements. Je vais le lire bientôt, je verrai bien.

Ce roman est court et il peut être angoissant car aucune réponse n’est apportée à ce soudain black-out. Mais je visualise très bien Max en train de boire une bière et de grignoter des cochonneries en regardant un écran noir (et en imaginant un match avec ses souvenirs de matchs précédents) pendant que Diane et Martin discutent (enfin chacun dans son truc). Bien sûr, ce roman nous questionne durement, que ferions-nous si nous n’avions plus d’électricité, plus de contacts (télévisions, radios, numériques) ? Et si cela dure ? Nos sociétés, nos vies s’effondreraient-elles ? Dans le silence… Un roman surprenant mais j’aurais voulu en savoir plus. Pas pour combler le silence mais pour comprendre ce qu’il s’est passé et savoir comment ça se termine mais peut-être que, si ça arrive un jour en vrai, nous n’en saurons pas plus et je pense que nous ne sommes (nous ne serons) pas prêts… Mais je lirai à l’occasion d’autres titres de Don DeLillo (si vous en avez un à me conseiller ?).

Une lecture atypique que je mets dans Challenge de l’été (Tour du monde) #2 (États-Unis), Littérature de l’imaginaire #9 et S4F3 #7 (anticipation).

Robogenesis de Daniel H. Wilson

Robogenesis de Daniel H. Wilson.

Fleuve, collection OutreFleuve, juin 2017, 496 pages, 21,90 €, ISBN 978-2-265-11614-6. Robogenesis (2014) est traduit de l’américain par Patrick Imbert. C’est cette édition que j’ai lue mais le roman n’est plus qu’en poche : Pocket, octobre 2018, 528 pages, 8,70 €, ISBN 978-2-26628-584-1.

Genres : littérature états-unienne, science-fiction, post-apocalyptique.

Daniel H. Wilson naît le 6 mars 1978 à Tulsa dans l’Oklahoma (il est Cherokee). Ancien ingénieur à Microsoft et Intel, il est spécialiste de la robotique et de l’intelligence artificielle. Il est auteur d’essais scientifiques parfois humoristiques, d’articles parus dans le New York Times et le magazine Wired, de romans de science-fiction et de nouvelles. Du même auteur : Le cœur perdu des automates et Robopocalypse. Plus d’infos sur son site officiel.

L’IA Archos R-14 a été détruite mais elle s’est fragmentée et l’humanité, exsangue, va devoir encore combattre. Le narrateur, Arayt Shah, a « récupéré trois témoignages de premier ordre, issus de trois esprits différents. » (p. 15). Le roman est ainsi composé de trois parties, Lark Iron Cloud, Mathilda Perez et Cormac Wallace, trois héros que nous avons suivi dans le premier tome. Je rappelle qu’il y a des humains modifiées et des robots éveillés, les Freeborn.

Première partie. Les survivants sont « repliés dans la ville de Gray Horse […]. Il n’y aura pas de renforts. Il ne reste plus que du métal, de la neige et du sang. » (p. 18). À Anadyr, en Eurasie, Leonid et Vasily s’occupent de racks de processeurs à 60 mètres sous terre ; l’entité s’appelle Maxim, du projet Novichok, mais les machines encore branchées ont été contaminées par Archos R-14 car les IA sont « légion. Aucune n’est la même, nous ne formons pas une classe homogène. Nous coexistons selon des architectures différentes. On nous a éveillées sur des schémas alternatifs. Certaines savent ce qu’être humain signifie. D’autres chérissent la vie. D’autres encore sont étranges, au-delà de toute compréhension. Et certaines… certaines sont folles. » (p. 89-90). Vasily, qui a pu fuir, annonce à la radio et au monde que la « Vraie Guerre » (p. 136) arrive. Hank Cotton est hypnotisé par un cube noir issu d’Archos. Quant à Lark Iron Cloud, il se retrouve isolé et en danger. « Sans même y réfléchir, je prends ma décision. Je rejoindrai les Freeborn. […] Je sors de l’eau. Je me sens renaître. Un squelette d’onyx, chaque pièce à sa place. Rien de superflu. Je ne suis plus ce que j’étais avant. » (p. 155).

Deuxième partie. Mathilda Perez et son jeune frère, Nolan, sont à New York. Ils récupèrent « les restes de matériel abandonné » (p. 176) par les quads et les pluggers durant la Nouvelle Guerre. Mais, des réfugiés sont revenus dans la ville, La Tribu, sous le commandement de Felix Morales, un ancien narcotrafiquant, un fou furieux… Mathilda et Nolan fuient pour ne pas être tués mais ils sont séparés et Neuf Zéro Deux, un robot Freeborn qui a combattu avec les humains, entre en contact avec la jeune femme ; il ne veut plus être seul. « Ils me manquent. Comme c’est étrange. » (p. 216). C’est que « La limite entre l’homme et la machine est floue. » (p. 314).

Troisième partie. Cormac Wallace n’est pas reparti avec la Gray Horse Army après Ragnorak. Il « est resté à l’arrière pour tenir une sorte de journal de guerre » (p. 321) avec Cherrah qui est devenue sa compagne. Le lecteur retrouve aussi Takeo Nomura et la Freeborn Mikiko au Japon ; ils communiquent avec un shinboku marin dans la Baie de Tôkyô ; ils l’appellent Ryujin, le dieu dragon des océans. « L’ennemi cherche les éveillés. Ils mourront dans leur place forte sous la montagne. En se nourrissant de leur puissance, cet esprit vide se remplira. La chose appelée Arayt exterminera les Freeborn, puis l’humanité. » (p. 381).

De l’action, du danger, de la bravoure, de la folie même parfois, des trahisons, mais aussi des amitiés et de l’amour, tout se met en place pour les humains survivants (modifiés ou non) et les robots qui sont loyaux à l’humanité (les Freeborn). Ce deuxième tome est aussi bien construit que le premier puisque le lecteur suit à nouveau plusieurs protagonistes qui sont éloignés les uns des autres (États-Unis, Russie, Japon…) mais qui vivent plus ou moins la même chose et qui doivent s’unir pour gagner contre les dangereuses IA (Intelligences Artificielles). Mon personnage préféré dans le premier tome était Cormac Wallace surnommé Bright Boy et j’ai été ravie de le retrouver ici. Ce roman est intense, il fait froid dans le dos et questionne sur l’avenir de l’humanité et de la technologie (j’espère que nous n’en arriverons jamais là !). Alors que la couverture de Robopocalypse est rouge, celle de Robogenesis est verte, comme une lueur d’espoir ? Daniel H. Wilson maîtrise son sujet à la perfection, franchement je vous conseille cette série, et je me demande bien s’il y aura un troisième tome.

Une excellente lecture que je mets dans Littérature de l’imaginaire #9.

Big Girls de Jason Howard

Big Girls de Jason Howard.

404 éditions, collection 404 comics, avril 2021, 144 pages, 15,99 €, 979-1-03240-441-6. Lu en numérique, 295 pages (numéros 1 à 6), voir ci-contre en bas à gauche, 11,99 €, ISBN 979-1-03240-487-4. Big Girls (2020) est traduit de l’américain par Jason Howard himself et Fonografiks.

Genres : bande dessinée états-unienne, comics, science-fiction.

Jason Howard est un auteur et dessinateur de comics de Holt dans le Michigan. Du même auteur : The Astounding Wolf-Man avec Robert Kirkman au scénario (2007-2010) et Trees avec Warren Ellis au scénario (2014-2020). Pour Big Girls, il est – pour la première fois – seul au scénario et au dessin. Plus d’infos sur son site officiel.

Je remercie NetGalley et 404 éditions que je voulais découvrir.

Une erreur… Personne n’a très bien compris laquelle… Le jargon scientifique… « Mais toutes les personnes qui l’employaient sont mortes à cause de l’erreur quelle qu’ait été l’intention originelle […]. » (p. 15). Les mâles se transforment à cause d’un méga-organisme et deviennent des « mecs géants, affreux et monstrueux » (p. 53), surtout ils détruisent et ils dévorent les humains. Ils deviennent des Jacks.

Il y a un endroit où l’humanité survit, c’est la Réserve. Ember, Apex et Devon sont les Big Girls, elles sont la Barrière qui protège la Réserve. Elles aident Tannik, le marshall supérieur du Cube (le centre de commande de la Réserve) à éliminer les Jacks. Mais Ember ne supporte plus de tuer, même des monstres…

Martin Martinez cache Alan, son fils de 3 ans qui est un géant pas encore transformé en Jack mais Alan est tué par le marshall et Martin rejoint Joanna alias Gulliver dans les Terres brisées. Joanna pense que « Les Jacks ne sont pas nécessairement des tueurs sans âme. » (p. 105) et elle veut tuer les Big Girls. Pour cela, elle a toute une armée de Jacks. « L’humanité a besoin de protecteurs. Mais pas que ce soit l’une d’entre vous. » (p. 253).

Avec les flashbacks, le lecteur comprend peu à peu ce qui s’est passé et quels liens les personnages ont (ou avaient). C’est foisonnant, violent (à ne pas mettre entre toutes les mains) et c’est super bien fait. Inspiré par Godzilla, ce comics est considéré comme un kaijû stories, kaijû signifiant bête étrange ou mystérieuse en japonais (l’auteur est sûrement influencé par le kaijû eiga, le cinéma japonais avec une bête monstrueuse dont Godzilla est une des plus connues).

Apparemment Big Girls est un phénomène dans la publication de comics. Je l’ai déjà dit, j’en lis peu, j’ai un problème avec les couleurs criardes… Mais celui-ci est une réussite tant au niveau des dessins que de l’histoire. Après le « the end ? », j’espère qu’il y aura une suite ! Les dernières pages sont des dessins bonus pleine page.

Une lecture pour La BD de la semaine et les challenges BD, Challenge lecture 2021 (catégorie 39, un livre dont le titre est dans une langue étrangère, 2e billet), Des histoires et des bulles (catégorie 25, un comics), Jeunesse Young Adult #10 (préconisation à partir de 16 ans) et Littérature de l’imaginaire #9.

L’énigme de la porte Rashomon de I.J. Parker

L’énigme de la porte Rashomon – Une enquête de Sugawara Akitata de I.J. Parker.

Belfond, février 2007, 456 pages, épuisé, ISBN 978-2-71444-224-6. En poche chez 10/18, avril 2008, 512 pages, épuisé, ISBN 978-2-26404-637-6. Rashomon Gate (2002) est traduit de l’américain par Mélanie Blanc-Jouveaux.

Genres : littérature états-unienne, roman policier, sur le Japon.

I.J. Parker naît en 1936 à Munich en Allemagne. Elle étudie d’abord à l’Université de Munich puis se rend aux États-Unis où elle passe une maîtrise à l’Université du Texas (1962) et un doctorat à l’Université du Nouveau-Mexique (1971). Elle épouse Anthony R. Parker et devient Américaine. Elle enseigne les langues étrangères à l’Université Norfolk de Virginie puis se consacre à l’écriture. Puisqu’elle est spécialiste de l’histoire et de la culture japonaises, elle crée l’enquêteur Akitada Sugarawa en 1997 dans la nouvelle Instruments of Murder publiée dans Alfred Hitchcock’s Mystery Magazine (Prix Shamus). L’énigme de la porte de Rashomon paraît en 2002, suivront L’énigme du paravent des enfers (2003), L’énigme du dragon-tempête (2005, qui serait en fait le tome 1), L’énigme de la flèche noire (2006), L’énigme du second prince (2007), Le sabre du condamné (2009) et 14 autres titres (2010-2019) non traduits en français. Plus d’infos sur son site officiel.

Kyôto, XIe siècle. Orphelin de père, Sugiwara Akitada, 30 ans, est clerc de justice confirmé au ministère de la Justice où il s’ennuie. Il vit avec sa mère, ses deux jeunes sœurs et ses deux serviteurs : Seimei, 60 ans, le vieux serviteur de la famille Sugiwara, devenu scribe et intendant est son secrétaire particulier, et Tora, 20 ans, est son jeune serviteur touche à tout.

Alors qu’un corps décapité a été retrouvé à la porte Rashomon, Hirata, l’ancien professeur de Droit d’Akitada, lui demande de résoudre une énigme de chantage. Voici donc Akitada qui retourne à l’université mais en tant que maître de conférences. Akitada est proche de ce professeur chez qui il a vécu et il est attiré par sa fille unique, Tamako, 22 ans.

Voilà pour les personnages principaux et il y aura bien sûr les autres professeurs et les étudiants de l’université.

« Quoiqu’elle fût une simple couverture destinée à faciliter ses allées et venues dans l’enceinte de l’université, sa mission d’enseignement avait pris des proportions inquiétantes, car Akitada jugeait impossible de duper des jeunes gens brillants s’il ne se montrait pas à la hauteur de sa tâche. » (p. 38).

Akitada découvre une université différente de celle qu’il a fréquentée des années auparavant. Moins de subventions, pauvreté, mauvaise nourriture malgré les efforts du cuisinier, étudiants obligés de travailler, dissensions entre professeurs… « Les professeurs sont-ils toujours aussi hostiles les uns envers les autres, ou bien toutes ces chamailleries sont-elles dues à ce qui s’est passé au printemps dernier ? » (p. 99).

De plus, depuis la mort de son grand-père, le jeune seigneur Minamoto Sadamu, 11 ans, a été laissé ici par un certain seigneur Sakanoue mais celui-ci « s’était débarrassé du garçon au plus vite, sans même respecter un délai convenable » (p. 83) d’autant plus qu’il a épousé la sœur (15 ans) et quitté le domaine seigneurial…

Alors que tout le monde se rend à la fête du printemps, Akitada trouve dans le parc une jeune fille assassinée, celle-là même qui prenait un cours de luth avec le professeur Sato. Le capitaine de police Kobe mène l’enquête mais n’a pas les mêmes idées qu’Akitada. Un étudiant est arrêté, Nagai Hiroshi, surnommé Lapin. Puis, après la fête de Kamo, c’est le professeur Oe qui est retrouvé égorgé. « Rashomon connaissait des temps difficiles. À présent, rarement gardée, elle était devenue le repaire des vagabonds, des voleurs en tout genre et des rebuts des provinces. La nuit, comme les gens ordinaires évitaient soigneusement l’endroit, il était le refuge idéal des criminels. » (p. 307-308).

Akitada va résoudre quatre meurtres, celui du prince Yoakira, le grand-père du jeune Sadamu, un de ses élèves, celui d’Omaki, la jeune fille qui étudiait le luth, celui du professeur Oe et celui du professeur Hirata. Pour cela il va être aidé par Seimei (tout ce qui est administratif) et par Tora (sur le terrain). C’est parfois un peu long mais I.J. Parker maîtrise bien ses connaissances sur le Japon féodal du XIe siècle et le lecteur apprend beaucoup de choses.

Deux bémols. Les Japonais utilisent le nom de famille alors que l’autrice utilise leur prénom (c’est pourquoi j’ai utilisé également les prénoms dans ma note de lecture) et qu’elle écrit avec une mentalité plus américaine que japonaise. J’ai été surprise que ce tome, annoncé comme un premier tome, soit en fait le deuxième puisqu’il y a plusieurs références aux événements qui se sont précédemment déroulés dans L’énigme du dragon-tempête.

Mais les personnages et les descriptions sont agréables donc à découvrir pour ceux qui aiment les romans historiques policiers et le Japon ! Malheureusement les autres titres sont majoritairement épuisés chez Belfond et il n’y a que trois titres encore disponibles chez 10/18

Lu durant la Semaine à mille pages pour Un mois au Japon, je mets ce roman dans Hanami Book Challenge (menu 1, Au temps des traditions, sous-menu 1, Pour la gloire de l’empereur), Petit Bac 2021 (catégorie Lieu pour la célèbre Porte Rashomon) et Polar et thriller 2020-2021.

Bartleby de Herman Melville

Bartleby de Herman Melville.

Mille et une nuits, n° 39, juillet 1997, 80 pages, 3 €, ISBN 978-2-91023-344-0. Bartleby, the Scrivener. A Story of Wall-Street (1853) est traduit de l’américain par Bernard Hœpffner.

Genres : littérature états-uniennes, nouvelle, classique.

Herman Melville naît le 1er août 1819 à Pearl Street (Manhattan, NY, États-Unis) dans une famille d’origine néerlandaise (côté maternel) et écossaise (côté paternel). Ne pouvant poursuivre ses études à la mort de son père, il travaille et voyage ce qui inspire plus tard ses écrits. Il meurt le 28 septembre 1891 à New York. Il est auteur de romans, nouvelles, poésie et un essai. Je n’ai lu que Moby Dick il y a… bien 40 ans ! et je n’ai pas envie de relire cette horrible histoire…

Première parution dans Putnam’s Monthly Magazine en décembre 1853 et réédition dans le recueil The Piazza Tales (Les contes de la véranda) en 1856.

Bon, eh bien, je connaissais déjà l’histoire puisque, déjà il y a plusieurs adaptations cinématographiques, et en plus j’ai lu le mois dernier la somptueuse bande dessinée espagnole adaptée de Melville, Bartleby le scribe de José-Luis Munuera.

Le narrateur est « un homme assez avancé en âge » (p. 7), un homme de loi de Wall Street, prudent et méthodique, maintenant à la retraite, qui a connu de nombreux « copistes de documents légaux, ou scribes » (p. 7) et qui souhaiterait écrire sur un en particulier, Bartleby, même s’il sait qu’il est incapable d’écrire sa biographie faute d’informations, ce qui est « une perte irréparable pour la littérature » (p. 7).

Ce notaire embauchait Dindon (la soixantaine), Pincettes (dans les vingt-cinq ans) en tant que copistes et Gingembre (« un gamin d’une douzaine d’années », p. 17) comme garçon à tout faire (ménage, ravitaillement). Il y a une belle description de chacun de ces trois personnages et de son étude.

Ayant besoin d’un assistant supplémentaire, le notaire embauche alors le jeune homme qui se présente, Bartleby, qui avec ses qualifications et son air posé aura sûrement « une influence bénéfique » (p. 18-19) sur ses collègues. Mais son assiduité mécanique dérange… Il fait son travail sans joie, « en silence, sans éclat » (p. 20) et refuse de collationner les copies (vérifier si leur contenu est conforme à l’original). « Imaginez ma surprise – non, ma consternation – quand, sans abandonner sa solitude, Bartleby, d’une voix singulièrement douce et ferme, me répondit : ‘J’aimerais mieux pas.’ » (p. 21). Le fameux I would prefer not to.

Et ce comportement dure… Ce Bartleby est tellement déconcertant que le notaire ne pense même pas à le mettre à la porte alors que Dindon et Pincettes n’hésiteraient pas une seconde ! Durant les jours suivants, le notaire observe Bartleby et découvre qu’il travaille à ses copies et ne part jamais de son bureau, qu’il ne se nourrit que de quelques gâteaux au gingembre que Gingembre lui livre le matin à onze heures… Le notaire le prend en fait en pitié, « Pauvre garçon ! pensais-je, ses intentions ne sont pas mauvaises ; il est évident qu’il n’a pas l’intention insolent ; son aspect prouve assez que ses excentricités sont involontaires. » (p. 26-27). Il est bien conciliant, ce patron, devant un employé qui refuse de faire une partie de ce pour quoi il est embauché ! Ou alors son indulgence soulage sa conscience d’employeur qui ne vit pas dans le besoin ?

C’est bizarre, parce que dans la bande dessinée, tout coulait de source, l’influence des images peut-être, alors que dans le récit de Melville, je ne comprends pas le comportement de Bartleby qui refuse de vérifier ses copies (ce qui est la moindre des choses), d’aller à la poste… C’est qu’en fait, avec son travail assidu et sa tranquillité perpétuelle, le désagrément des ‘J’aimerais mieux pas’ ou ‘J’aime mieux pas’, font quand même de lui « une recrue des plus précieuses […] il était toujours là. […] J’avais une extraordinaire confiance en son honnêteté. Je sentais que mes documents les plus précieux étaient en parfaite sécurité entre ses mains. » (p. 31).

Une relation professionnelle et humaine plutôt malsaine finalement… D’autant plus que le notaire découvre consterné, un dimanche matin, que Bartleby vit carrément dans l’étude notariale et que deux jours après, il décide « de ne plus faire d’écritures » (p. 42) ! Le notaire lui donne son congé mais, au bout de plusieurs jours, Bartleby refuse de partir et ne travaille toujours pas. Évidemment tout ça va mal se finir…

J’ai en moi une petite question que je n’avais pas après la lecture de la BD : les spécialistes parlent de « résistance passive » par rapport au travail, faut pas se plaindre non plus, le travail de Bartleby n’était pas la mine, et que penser du fait qu’il était payé alors qu’il ne travaillait plus et passait son temps debout à regarder par la fenêtre ? Pour moi, ce n’est pas de la résistance, ce n’est même pas de la désobéissance, c’est de la folie ! Cette lecture est vraiment étrange, elle questionne en tout cas mais le lecteur n’a pas plus de réponses que le notaire, Bartleby reste une énigme malgré la postface de Benjamin Orteski.

Lecture commune avec Noctenbule (qui m’a envoyé le livre, merci beaucoup !) que je mets dans 2021, cette année sera classique, La bonne nouvelle du lundi, Challenge lecture 2021 (catégorie 52, une lecture commune), Projet Ombre 2021 et Les textes courts.

Dégels de Julia Phillips

 Dégels de Julia Phillips.

Autrement, août 2019, 384 pages, 21,90 €, ISBN 978-2-74675-136-1. Disappearing Earth (2019) est traduit de l’américain par Héloïse Esquié.

Genres : littérature états-unienne, premier roman.

Julia Phillips naît en 1988 à Montclair dans le New Jersey (États-Unis). Elle étudie l’anglais et les Arts puis se rend à Moscou et sur la péninsule du Kamtchatka. Elle écrit des articles pour The Moscow Times et Dégels est son premier roman.

Août. Les sœurs Golosovskaya, Alyona, 11 ans, et Sophia, 8 ans, ont la chance de vivre au bord de la mer à Petropavlosk-Kamchatsky au Kamtchatka. Mais alors qu’elles rentrent de la plage, elles aident un inconnu, soi-disant blessé, qui les enlève.

Septembre. Valentina Nikolaevna ne veut plus que sa fille Diana, adolescente, voit sa meilleure amie, Olya, qui aurait une mauvaise influence. C’est que la population imagine des tas de scénarios sur ce qui est arrivé aux sœurs Golosovskaya, il y a « des contrebandiers […]. Ou des braconniers, des cambrioleurs, des pyromanes, des chauffards en état d’ivresse, des chasseurs qui se tiraient dessus, des hommes qui s’étranglaient pendant une bagarre, des travailleurs immigrés qui tombaient d’échafaudages sur des chantiers, des gens qui mourraient de froid pendant les mois d’hiver… c’était monnaie courante aux informations. Deux petites kidnappées, c’était une autre histoire. » (p. 57-58).

Octobre. Katya et Max, amoureux depuis deux mois, font du camping en forêt mais Max a oublié la tente et ils vont devoir dormir dans le SUV. Le jour de l’enlèvement, Oksana, la meilleure amie de Katya, et collègue de Max, a vu les fillettes, l’homme et son véhicule lorsqu’elle promenait son chien. Mais le lieutenant Nikolaï Danilovich Ryakhovsky pense qu’il est trop tard, que les sœurs ont déjà été « emmenées en dehors du Kamtchatka. » (p. 63).

Novembre. Valentina Nikolaevna a 41 ans et a, depuis avril, une cloque sur la poitrine, « une cloque qui ne guérissait jamais. Une tache sombre […] un bouton, puis le bouton avait enflé, éclaté, formé une croûte, et continué de gonfler. » (p. 73). Son médecin l’envoie à l’hôpital alors elle prévient l’école où elle travaille de son absence, l’école que fréquentait les sœurs Golosovskaya. Quant à son mari, il travaille « à l’Institut volcanologique avec le seul témoin du crime » (p. 81), Oksana donc.

Décembre. Ksyusha, une Évène, est à l’université, en quatrième année de comptabilité. Sa cousine, Alisa, 17 ans, a quitté leur village sibérien et l’a rejointe à Petropavlosk pour étudier la philologie. Alisa convainc Ksyusha de s’inscrire avec elle à une troupe de danse traditionnelle de la fac. Mais avec l’enlèvement des fillettes, Ruslan, le petit-ami de Kyusha, est inquiet.

Peu à peu, dans cette ville post-soviétique, tout se met en place, comme un puzzle, pièce après pièce. D’autant plus qu’il y a quelques années, Lilia, une jeune Évène, a disparu, ses proches ont pensé qu’elle était partie d’elle-même et la police ne l’a pas recherchée, mais aurait-elle pu elle aussi être enlevée, tuée ?

L’enquête stagne et le « lieutenant Ryakhovsky a envoyé un texto ce matin. Ils veulent que nos bateaux draguent le fond de la baie après le dégel, pour voir si on retrouve les sœurs. » (p. 202). Voilà, c’est dit, la police ne trouvera rien, il faut attendre le dégel… La mère des fillettes est pessimiste. « Marina les avaient perdu pour toujours. Elle n’allait jamais récupérer ses filles. » (p. 346). En fait, le roman commence en août puis chaque chapitre voit défiler les mois les uns après les autres et il fait de plus en plus froid et plus il fait froid, plus la piste refroidit.

Le Kamtchatka ? J’ai eu l’impression d’être en Sibérie comme dans les romans de Victor Remizov par exemple [Devouchki et Volia Volnaïa] or le Kamtchatka est une péninsule volcanique à l’extrême est de la Russie (« posée » entre la mer d’Okhotsk et la mer de Béring) alors que la Sibérie est au centre et au nord de la Russie « asiatique ». Bref, ce roman américain aurait pu être un nature writing mais il parle beaucoup de la ville et des habitants. Je suis donc dubitative… Il y a beaucoup de personnages, plutôt féminins puisque c’est ce dont l’autrice voulait parler en priorité, mais pas seulement, et en fait il y a trop de personnages ; les chapitres se suivent, mois après mois, avec des personnages différents, qui n’ont apparemment pas de lien entre eux et ça m’a lassée… En tout cas, ce roman ne m’a pas transportée comme il aurait dû et je ne me suis attachée à aucune de ces femmes… Mais, si vous êtes curieux et que vous le lisez, je viendrai lire votre avis !

Pour le Challenge lecture 2021 (catégorie 51, un livre dont les héros sont des enfants, pas que les deux fillettes soient des héroïnes mais elles sont en tout cas, bien que disparues, les personnages principaux qui relient peu à peu tout le monde) et le Petit Bac 2021 (catégorie Météo pour Dégels).

Bartleby le scribe de José-Luis Munuera

Bartleby le scribe de José-Luis Munuera.

Dargaud, Hors collection, février 2021, 72 pages, 15,99 €, ISBN 978-2-50508-618-5.

Genres : bande dessinée espagnole, adaptation d’un classique états-unien.

José-Luis Munuera naît le 21 avril 1972 à Lorca dans la région de Murcie (Espagne). Il étudie les Beaux-Arts à Grenade. Il est fan d’Astérix, de Spirou et Fantasio et aime le dessin humoristique. Du même auteur : Les Potamoks avec Joann Sfar, Merlin avec Joann Sfar puis Jean-David Morvan, Sir Pyle S. Culape avec Jean-David Morvan, Nävis avec Jean-David Morvan et Philippe Buchet, Spirou et Fantasio avec Jean-David Morvan, Les Campbell, Zorglub… Il est scénariste et dessinateur. Son blog n’est plus mis à jour depuis octobre 2007.

Cette bande dessinée sera en librairie le 19 février et je remercie NetGalley et Dargaud de m’avoir permis de la lire en avant-première.

Wall Street, New York City, fin du XIXe siècle (extrait, p. 28, ci-contre). Dans cette ville de murs de plus en plus hauts, les humains, semblants tout petits, vaquent à leurs occupations et travaillent. Bartleby est embauché en renfort de Turkey et Nippers dans un office notarial et son patron en est content. « Au début, Bartleby réalisait un nombre considérable d’écritures. Il semblait insatiable comme s’il avait été longtemps affamé de copies. Il les avalait l’une après l’autre, travaillant jour et nuit, sans relâche. » (p. 22).

Mais, lorsque le notaire lui demande de collationner et vérifier les copies, Bartleby répond « Je préférerais ne pas le faire. » (p. 24) et comme le patron insiste, Bartleby insiste aussi « Je préférerais pas. » (p. 25 et suivantes). Le jeune homme travailleur, appliqué, soigneux qui refuse de sortir du cadre de son travail devient « une menace » (p. 30) cependant le notaire fait avec car il reste satisfait de son travail.

Pourtant, un dimanche, en allant à son bureau, le notaire se rend compte que Bartleby s’y est enfermé. « Ma parole ! Cet homme mange, dort et s’habille dans mon étude ! Il vit ici ! » (p. 37). Et le notaire se pose des questions. « Dans quelle misère, dans quel isolement vit Bartleby, unique spectateur de sa propre solitude ? Qui est Bartleby ? Qu’est Bartleby ? » (p. 38). La situation devient surréaliste. Plus surprenant, Bartleby décide du jour au lendemain de ne plus travailler ! Le notaire, pourtant patient, est alors contraint de le renvoyer mais Bartleby refuse de partir, en fait il ne préférerait pas !

Bartleby le scribe, l’énigmatique, est une profonde réflexion sur la conscience, le devoir et la possibilité de « la désobéissance civile » (p. 45), de la fuite possible en tant que lutte contre l’État et le capitalisme. Les dessins de Munuera sont vertigineux et l’humain ne peut que chercher sa place dans cette immensité qui le dépasse, son utilité dans une nouvelle société moderne en pleine expansion.

Bartleby a été adapté plusieurs fois au cinéma, au théâtre et a inspiré des artistes (au cinéma et en littérature), des sociologues et des philosophes. Cette bande dessinée est une très belle adaptation de Bartleby, the Scrivener: A Story of Wall Street (1853) de Herman Melville (1819-1891) que je vais lire en mars pour une lecture commune avec Noctenbule (j’ai hâte maintenant !).

« I would prefer not to » dans la version originale, « je préférerais ne pas », comme une parole positive mais avec une possible négation… Je vous laisse compulser ce qu’en ont pensé les philosophes du XXe siècle, Deleuze et Derrida en tête.

Pour La BD de la semaine et les challenges BD, 2021, cette année sera classique et Les textes courts. Plus de BD de la semaine chez Stéphie.

Robopocalypse de Daniel H. Wilson

Robopocalypse de Daniel H. Wilson.

Pocket, juin 2017, 480 pages, 8,70 €, ISBN 978-2-26624-246-2. Robopocalypse (2011) est traduit de l’américain par Patrick Imbert.

Genres : littérature états-unienne, science-fiction, post-apocalyptique.

Daniel H. Wilson naît le 6 mars 1978 à Tulsa dans l’Oklahoma (il est Cherokee). Ancien ingénieur à Microsoft et Intel, il est spécialiste de la robotique et de l’intelligence artificielle. Il est auteur d’essais scientifiques parfois humoristiques, d’articles parus dans le New York Times et le magazine Wired, de romans de science-fiction et de nouvelles. Du même auteur, j’ai lu et bien aimé Le cœur perdu des automates. Plus d’infos sur son site officiel.

Robots (machines) et humains sont en guerre. Bright Boy et son équipe découvrent un cube dans le puits N-16, dans la plaine de Ragnorak en Alaska. « Ce truc, c’est la boîte noire de toute la guerre, nom de Dieu. » (p. 16).

Le narrateur est Cormac « Bright Boy » Wallace mais en fait, en plus de son témoignage (les extraits sont en italique), il retranscrit ce que le cube a enregistré (c’est-à-dire absolument tout), des conversations téléphoniques, des entretiens privés et parfois classifiés top-secrets, des comptes-rendus scientifiques ou militaires, des rapports, ce qui donne un roman très diversifié, bien construit, moderne et passionnant. « Les machines nous ont attaqué sans prévenir, elles ont bouleversé notre vie quotidienne, elles sont nées de nos rêves, mais aussi de nos cauchemars. » (p. 20).

Tout commence lorsque le professeur Nicolas Wasserman crée Archos et Cormac Wallace raconte les incidents qui ont suivi les mois suivants aux États-Unis, au Japon, en Afghanistan (avec un robot militaire américain), en Angleterre jusqu’à l’Heure Zéro, au moment où les machines (robots mais aussi jouets, téléphones, véhicules et appareils connectés…) entrent en guerre. De nombreux humains sont tués mais certains échappent au massacre comme Marcus Johnson et son épouse Dawn à New York City, la sénatrice Laura Perez et ses enfants, Mathilda et Nolan. « Le monde a changé depuis un an. Notre technologie nous lâche de plus en plus. Les incidents se multiplient. Lentement, mais sûrement. Nos transports, nos communications, notre défense nationale… Plus je constate de dysfonctionnements, plus cette société me paraît creuse, prête à s’effondrer à tout moment. » (p. 157).

Lonnie Wayne Blanton, policier et indien Osage, a pu, avec sa Honda 350, se réfugier dans la réserve de Gray Horse au centre de l’Oklahoma, comme beaucoup d’Osages qui conduisent de vieilles voitures ou de vieilles motos (non connectées) ou, comme leurs ancêtres, en voyageant à cheval. « Gray Horse est rapidement devenu le bastion de la résistance humaine. » (p. 182). La résistance existe aussi au Japon, à Adachi, avec la forteresse et les robots amis de Takeo Nomura, et en Afghanistan avec Paul, soldat américain, et Jabar, jeune Afghan.

Au moment de l’Heure Zéro, Cormac « Bright Boy » Wallace est avec son frère aîné, Jack, à Boston. Jack est « soldat du feu » et « membre de la Garde nationale » (p. 221). Il a donc accès à l’armurerie de la ville et sait quoi faire en toute circonstance. Heureusement parce que Cormac a l’impression d’être « un gamin dans un costume d’Halloween de soldat, avec un fusil d’assaut chargé. » (p. 229). Pendant ce temps-là, à Londres, Lurker et Arrtrad, font ce qu’ils savent faire, hacker, ce qui « a sauvé l’humanité de l’extermination. » (p. 338).

Le Bright Boy Squad (de Cormac Wallace) et le Freeborn Squad (des robots « éveillés » qui se sont libérés de l’emprise d’Archos) s’unissent pour détruire Archos. C’est en Alaska qu’on les retrouve près de 3 ans après l’Heure Zéro. « Je ne réfléchis pas. J’agis. La suite n’a plus rien à voir avec la logique ou l’émotion. Ce n’est plus une question d’humanité, d’inhumanité, c’est une urgence, une obligation, un fait. Je crois que ce genre de choix, les choix pris dans des situations extrêmes, révèle notre moi profond, dépasse l’expérience et la réflexion. Dans une existence humaine, c’est sans doute la chose qui se rapproche le plus du destin. » (p. 407-408).

Le lecteur suit donc plusieurs personnages, tous différents mais prêts à se battre, ou tout du moins à survivre, aux États-Unis, au Japon, en Afghanistan et dans une moindre mesure en Angleterre, et ils sont tous attachants même si mon préféré est Cormac « Bright Boy » Wallace, le narrateur.

Après avoir lu R.U.R. de Karel Čapek (la première fiction avec des robots), me voici de nouveau avec des machines et des robots qui s’en prennent aux humains mais, dans Robopocalypse, ils sont plus élaborés, plus dangereux et il s’en est fallu de peu que l’humanité disparaisse ! Bien sûr, cette histoire m’a fait penser à la série Battlestar Galactica et au roman Un océan de rouille de C. Robert Cargill (dans lequel il n’y a carrément plus d’humains), Robopocalypse étant très réaliste et visuel. Je n’ai pas pu lâcher ce roman et j’ai très envie de voir le film éponyme réalisé par Michael Bay en 2020. L’auteur met en évidence les dangers de l’IA (Intelligence Artificielle) et il sait de quoi il parle en tant que scientifique (j’espère que tout cela restera de la fiction !). Les humains ont, avec d’immenses pertes, vaincu les robots mais ce n’est pas fini, il y a une suite, Robogenesis, que je pense lire tout bientôt.

Une excellente lecture que je mets dans le Challenge lecture 2021 (catégorie 47, un roman qui a été adapté en film ou en série) et Littérature de l’imaginaire #9.

L’empire de sable de Kayla Olson

L’empire de sable de Kayla Olson.

Robert Laffont, septembre 2017, 486 pages, 17,90 €, ISBN 978-2-22119-622-9. The Sandcastle Empire (2017) est traduit de l’américain par Frédérique Le Boucher.

Genres : littérature états-unienne, premier roman, science-fiction.

Kayla Olson… Eh bien, rien sur elle de plus que ce qu’en dit l’éditeur… Elle « habite au Texas avec sa famille. Elle adore la plage, mais détesterait échouer sur une île déserte. Si cela devait toutefois lui arriver, ses essentiels pour la survie comporteraient une cafetière à piston (et le café qui va avec), le chocolat le plus noir possible, et une flopée de surligneurs. » En français, L’empire de sable n’est pas dans une collection Jeunesse mais l’éditeur américain est HarperTeen (pour les ados). Du même auteur : This Splintered Silence (HarperTeen, 2018). Plus d’infos sur son blog, sa page FB et son Instagram.

« Un jour, quand la guerre sera finie, je remangerai des glaces. Je courrai pieds nus sur la plage sans avoir peur de sauter sur une mine. J’entrerai dans une librairie, ou un café, ou n’importe lequel des centaines d’autres endroits occupés par les Loups, et j’y resterai assise pendant des heures, juste parce que je le peux. Je ferai tous ces trucs, et bien plus encore. Si je suis toujours vivante. » (p. 10).

La narratrice, c’est Eden. Depuis deux ans, elle est seule, enfermée sur une île avec d’autres jeunes de son âge. Deux ans qu’elle a passé à observer la mer… Suite à des dérèglements climatiques dans le monde entier (inondations, montée des eaux, terres submergées, effondrements de bâtiments et de ponts, eau contaminée, épidémies…), environ après 2050, le « puissant groupe armé » des Loups a organisé une révolution, pris le pouvoir et envoyé la majorité des gens dans des goulags.

Eden, elle, est dans le camp de travail de New Port Isabel au large du Texas. Une nuit, après le carnage (mines qui explosent sur la plage et gardes qui tirent sur tout ce qui bouge), Eden réussit à s’enfuir à bord d’un bateau avec trois autres filles, Hope, Alexa et Finnley. Direction l’île Sanctuary avec le carnet « Survivre – guide pratique » que son père lui a laissé en héritage. « Peu importe ce qui nous attend sur cette île, s’il y a la plus infime chance qui nous trouvions cette liberté dont mon père parle dans ses notes, ce sera toujours mieux que ces cages et ces ailes rognées que nous avons laissé derrière nous. » (p. 51).

Son père travaillait pour Envirotech qui voulait sauver le monde, mais… pas tout le monde… seulement les riches, les privilégiés… mais il a disparu durant la révolution et ce que les Loups ont appelé leur Jour Zéro.

Mais les filles découvrent qu’Alexa était avec les Loups et qu’elle a trahi son petit ami. « Survivre, c’est autant une question de peur qu’une question de bravoure. » (p. 78). Et arrivées à Sanctuary, si c’est bien Sanctuary, elles se rendent comptent que ce n’est pas si accueillant et paradisiaque qu’Eden l’espérait… « […] il faut regarder les choses en face : sur cette île, rien ne se passe comme prévu. » (p. 157).

Eden et ces compagnons de voyage (des garçons sont également arrivés sur l’île et se sont joints aux filles) ne sont pas au bout de leur surprise. « Survivre, ce n’est pas seulement s’échapper à temps. Survivre, c’est une lutte quotidienne pour s’extraire des ruines et avancer vers l’inconnu, quoi qu’il advienne. Nous possédons tous en nous la force nécessaire… il suffit juste d’y croire. » (p. 253).

The Sandcastle Empire va être adapté au cinéma par Leonardo DiCaprio (en 2026 si j’ai bien vu, on a encore le temps), ce qui ne m’étonne pas car il est un fervent défenseur de la cause animale et de la protection de la planète. Bien que l’histoire soit différente, j’ai un peu pensé à Labyrinthe de James Dashner, peut-être parce que les personnages sont des jeunes.

Dystopie, anticipation, post-apocalyptique, si vous n’aimez pas la science-fiction, passez votre chemin ! Mais si vous aimez la SF ou si vous êtes tout simplement curieux, L’empire de sable est un premier roman vraiment réussi, innovant, bien rythmé et palpitant. Peu à peu, le lecteur en apprend plus sur Eden, Hope, Alexa, Finnley, Cass, Phoenix, Lonan et leur passé. Bon, le thème écologique n’est pas très développé dans le roman en fait, c’est plutôt le côté humain qui est traité (à mon avis) mais ce qui arrive aux humains découle des dérèglements climatiques dont c’est une base de départ (et peut-être que visuellement, on verra mieux le côté écologique dans le film).

Pour les challenges Jeunesse Young Adult #10, Lecture 2021 de Mademoiselle Farfalle (catégorie 48), Littérature de l’imaginaire #9 et Petit Bac 2021 (catégorie Couleur pour sable).