Un gentleman à Moscou d’Amor Towles

Très belle couverture !

Un gentleman à Moscou d’Amor Towles.

Fayard, collection Littérature étrangère, août 2018, 576 pages, 24,00 €, ISBN 978-2-21370-444-9. A Gentleman in Moscow (2016) est traduit de l’américain par Nathalie Cunnington.

Genres : littérature américaine, roman historique.

Amor Towles naît et grandit à Boston (Massachusetts, États-Unis). Il étudie d’abord à l’Université de Yale puis passe un master d’anglais à l’Université de Stanford. Il travaille dans l’investissement à New York jusqu’au début des années 2010 puis se lance dans l’écriture. Rules of Civility (2011) – en France : Les règles du jeu (Albin Michel, 2012) – qui a reçu le Prix Scott Fitzgerald, et Eve in Hollywood (2013) sont parus avant A Gentleman in Moscow (2016). Plus d’infos sur son site officiel, http://www.amortowles.com/.

Juillet 1918. Le Comte Alexandre Ilitch Rostov est installé à Paris lorsqu’il apprend l’exécution du tsar et de la famille royale. Moins d’un mois plus tard, il arrive au domaine familial des Heures dormantes et fait évacuer sa grand-mère avec deux domestiques. Juin 1922. Rostov a trente ans et il est sur le banc des accusés : dans sa jeunesse, en 1913, il a écrit un poème intitulé « Où est-il à présent ? » qui déplaît aux nouveaux maîtres du Kremlin. Depuis septembre 1918, il vit dans une suite de l’Hôtel Metropol à Moscou. « […] plusieurs représentants du régime actuel arborant le bouc de rigueur décidèrent qu’en punition du crime de ma naissance dans les rangs de l’aristocratie je devais être condamné à passer le reste de mes jours… dans cet hôtel. » (p. 27). Comme il a quand même des amis en haut-lieu, il est assigné à résidence par le « Comité exceptionnel du Commissariat du peuple aux Affaires internes ». Plus dans la suite prestigieuse du deuxième étage mais dans une chambre de neuf mètres carrés au cinquième étage, en fait dans l’étroit grenier du beffroi auparavant aménagé pour les domestiques des voyageurs puis laissé à l’abandon. Ses compagnons : le chat bleu de Russie de l’hôtel, Koutouzov, borgne, et des livres.

Un gentleman à Moscou est un excellent huis-clos humain, intimiste et historique, dans l’hôtel Metropol, dans son bar le Chaliapine et dans ses deux restaurants réputés, le Boyarski et le Metropol surnommé le Piazza. C’est d’ailleurs au Piazza que Rostov fait la connaissance d’une fillette toujours vêtue de jaune, « fille d’un bureaucrate ukrainien veuf » (p. 57). Nina Koulikova a neuf ans et leur longue amitié va enchanter et bouleverser la vie de l’aristocrate ! « […] au Metropol, il y avait des pièces derrière des pièces, des portes derrière des portes… » (p. 84).

Mais j’ai encore plus aimé la belle rencontre avec Abram, l’ouvrier qui s’occupe des abeilles au sommet de la tour Choukhov (attention, Rostov est toujours dans l’Hôtel Metropol !).

Des passages extraordinaires avec par exemple les grands vins qui, par souci d’égalité, n’ont plus d’étiquettes au Boyarski (p. 183-184) ! ou la nouvelle utilisation incessante du mot camarade. « Ah, camarade, songea le comte. En voilà un mot qui marquera son époque… Quand le comte était enfant à Saint-Pétersbourg, on l’entendait rarement. Il rôdait derrière les usines, sous les tables des tavernes, laissant parfois son empreinte sur les pamphlets à l’encre encore fraîche qui séchaient par terre dans les sous-sols. À présent, trente ans plus tard, c’était le mot qu’on entendait le plus souvent dans la langue russe. » (p. 230).

Le Comte Alexandre Ilitch Rostov a trente ans lorsqu’il est condamné et assigné à résidence. D’autres n’ont pas cette chance : ils tomberont malades ou deviendront fous ou mourront dans des camps en Sibérie ou ailleurs. « Qui aurait pu imaginer, Sasha, quand tu t’es retrouvé assigné à résidence au Metropol il y a des années de cela, que tu venais de devenir l’homme le plus verni de toute la Russie ? » (p. 369). Nota : Sasha est un surnom pour Alexandre, c’est le petit nom affectueux qu’utilisent les amis du comte. Il passera trente-deux ans assigné au Metropol ; il verra défiler des petites gens et des nantis, des responsables du Parti et des artistes ; fin gourmet et œnologue, il travaillera au restaurant ; pendant plus de trente ans, il « verra » défiler l’histoire de l’Union soviétique en restant spectateur plutôt que protagoniste même si, malgré son peu de marge de manœuvre, il pourra faire des choses comme entretenir une liaison avec Anna Urbanova une actrice, recueillir la jeune Sofia qu’il fera passer pour sa nièce puis pour sa fille, aider son ami poète Michka (Mikhail Fiodorovitch Minditch) envoyé dans un camp en Sibérie ou enseigner les secrets des langues et des cultures française, anglaise et américaine à Ossip Ivanovitch qui conclura son apprentissage par « Hollywood est la force la plus dangereuse qui soit dans toute l’histoire de la lutte des classes. » (p. 372), devenir ami avec l’Américain Richard Vanderwhile, etc.

Un gentleman à Moscou ressemble étrangement à de la littérature russe, c’est un roman riche, dense mais fluide, somptueux, très agréable à lire (le comte n’est pas dénué d’humour), bref une merveille, un coup de cœur que je vous conseille très fortement si vous aimez la Russie et tout ce qui fait la Russie (les gens, l’histoire, la littérature, la poésie, la gastronomie, la musique…). « Car lorsque la vie empêche un homme de poursuivre ses rêves, il fera tout pour les poursuivre quand même. » (p. 422).

« Quand on a vécu éloigné pendant des dizaines d’années d’un endroit qu’on a aimé, la sagesse vous dicte de ne jamais y retourner. » (p. 571).

Une lecture pour 1 % Rentrée littéraire 2018, Défi littéraire de Madame lit (novembre est consacré à la littérature américaine) et Petit Bac 2018 (catégorie lieu avec Moscou).

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Infestation d’Ezekiel Boone

Infestation d’Ezekiel Boone.

Actes Sud, collection Exofictions, septembre 2018, 384 pages, 22,50 €, ISBN 978-2-330-10886-1. Skitter (2017) est traduit de l’américain par Jérôme Orsoni.

Genres : littérature américaine, thriller, science-fiction, horreur.

Ezekiel Boone – de son vrai nom Alexi Zentner – naît en 1950 à Kitchener (Ontario, Canada). Il étudie à l’Université Cornell à Ithaca dans l’État de New York (États-Unis). Ithaca où il vit avec son épouse et leurs deux filles. Il est romancier et nouvelliste. Infestation est la suite d’Éclosion (le premier roman écrit sous le pseudonyme d’Ezekiel Boone). Plus d’infos sur son site officiel, http://www.alexizentner.com/.

Après avoir dévoré en un jour le premier tome, Éclosion, pour le Marathon de l’épouvante – automne 2018 (catégorie Cimetières et Outre-tombe : horreur, thriller, fantôme, possession…), j’ai dévoré ce deuxième tome en un jour aussi.

Winthrop Wentworth Jr, 19 ans, après un tour du monde avec des amis, vient de passer deux semaines dans la Wind River Range dans le Wyoming, sans contact avec l’extérieur. Il n’est donc pas au courant de la catastrophe mondiale. Mais, de retour dans la civilisation, à Lander, un trou perdu de six ou sept mille habitants, il se rend compte que tout est brûlé, détruit. « Peut-être que l’apocalypse zombie avait finalement eu lieu pendant qu’il se baladait dans la nature. » (p. 10).

C’est avec plaisir que je retrouve Melanie Guyer, la biologiste spécialiste des araignées, à Washington DC ; Mike Rich et Leshaun DeMilo, les deux agents fédéraux, à Minneapolis ; Stephanie Pilgrim, la première femme présidente des États-Unis, et son assistant, Manny (ex-mari de Melanie Guyer) ; etc. (enfin je retrouve les survivants !) et que je découvre de nouveaux personnages.

Est-ce que les araignées sont toutes mortes. Est-ce que les nids ont tous été brûlés dans le monde (de rares endroits ont été épargnés) ? Y a-t-il des humains mordus et infestés et donc des milliers, des millions d’araignées qui vont naître ? « […] l’enfer à huit pattes […] une armée. Des envahisseurs. Des colons. Écumant la terre. » (p. 46). Partout dans le monde, c’est la chasse aux œufs ! Les nids, du plus petit au plus gros, sont brûlés mais est-ce possible de tous les trouver avant que les œufs n’éclosent ? Et quand ils écloront, comment seront les araignées ? Certains veulent utiliser le nucléaire comme la Chine… Mais Stephanie Pilgrim refuse. « […] si je commence à me servir de notre arsenal nucléaire, on ne pourra pas faire machine arrière. Quel en sera le prix ? » (p. 174).

L’auteur balade à nouveau ses lecteurs à travers le monde, États-Unis (plusieurs États dont Hawaii), Brésil, îles Hébrides (Écosse) avec le couple d’amoureux et le grand-père, Japon, Norvège, France, Allemagne, Inde, Pérou… « Partout où les araignées passaient, elles laissaient derrière elles une traînée de soie, comme une rumeur qui collait aux arbres et aux buissons, enveloppant les hommes, les femmes et les enfants qui se trouvaient incapables de bouger, incapables même de crier. » (p. 326).

De même que pour Éclosion, Infestation est à la fois un thriller et un roman de science-fiction post-apocalyptique horrifique. J’ai passé un super moment d’horreur avec ces deux tomes et j’attends le troisième et dernier tome avec impatience : apparemment, c’est l’apocalypse avec Zero Day paru aux États-Unis en février 2018 et peut-être en France au printemps 2019 ?

Une lecture effrayante que je mets dans le Challenge de l’épouvante, Défi littéraire de Madame lit (le mois de novembre est consacré à la littérature américaine ; né Canadien, l’auteur vit aux États-Unis et est considéré comme un auteur américain), Littérature de l’imaginaire, Petit Bac 2018 (catégorie Titre mot unique), Polar et thriller 2018-2019 (ce roman est bien construit comme un thriller, il y a des policiers et des agents fédéraux).

Éclosion d’Ezekiel Boone

Éclosion d’Ezekiel Boone.

Actes Sud, collection Exofictions, avril 2018, 368 pages, 22,50 €, ISBN 978-2-330-09667-0. The Hatching (2016) est traduit de l’américain par Jérôme Orsoni.

Genres : littérature américaine, thriller, science-fiction, horreur.

Ezekiel Boone – de son vrai nom Alexi Zentner – naît en 1950 à Kitchener (Ontario, Canada). Il étudie à l’Université Cornell à Ithaca dans l’État de New York (États-Unis). Ithaca où il vit avec son épouse et leurs deux filles. Il est romancier et nouvelliste. Éclosion est le premier roman qu’il écrit sous le pseudonyme d’Ezekiel Boone. Plus d’infos sur son site officiel, http://www.alexizentner.com/.

J’ai choisi ce roman pour le Marathon de l’épouvante – automne 2018. Il entre dans la troisième catégorie, Cimetières et Outre-tombe (horreur, thriller, fantôme, possession…).

Éclosion commence comme un thriller et se transforme rapidement en un roman de science-fiction horrifique.

Pérou, près du parc national de Manú. Après la visite du Machu Picchu, le guide Miguel et le groupe de cinq Américains se sont engagés dans la jungle mais les touristes sont tellement bruyants que Miguel n’a aucun animal à leur montrer alors que la jungle, c’est « le bourdonnement incessant des insectes, le mouvement, la chaleur, et la vie qui semblait présente partout, tout cela était devenu un bruit de fond. […] Mais aujourd’hui, c’était différent. Le bruit de fond avait disparu. C’était inquiétant […]. » (p. 12). Aucun animal jusqu’à ce qu’une nuée noire ressemblant à une vague d’eau s’abatte sur eux et les dévore.

Minneapolis, Minnesota. Mike Rich et Leshaun DeMilo, deux agents fédéraux, planquent dans leur voiture et se font tirer dessus par des trafiquants. L’avion du milliardaire Henderson s’écrase en centre ville, pas très loin.

Kanpur, Inde. La Dr Basu et son assistant, Faiz, qui travaillent au Centre national de recherche appliquée en génie parasismique, remarquent des tremblements réguliers qui ne sont pas dû à des tremblements de terre.

Washington DC. Melanie Guyer, « biologiste spécialisée dans les usages médicaux du venin d’araignées » (p. 35) reçoit de Nazca une « boîte en bois [vieille de] dix-mille ans [contenant un sac] probablement au moins aussi vieux. […] fossilisé ou pétrifié ou un truc préservé dans le genre. » (p. 50). Que contient précisément ce sac ? « Le sac d’œufs, il est en train d’éclore. » (p. 51).

Maison Blanche. Lors d’une simulation, la première femme présidente des États-Unis, Stephanie Pilgrim, son assistant, Manny (ex-mari de Melanie Guyer) et les militaires assistent sur grand écran à une véritable explosion nucléaire dans l’Ouest de la Chine.

Et justement, dans la province de Xinjiang, en Chine, un accident dans une mine paralyse toute la région et les militaires empêchent quiconque de partir mais un homme vole un camion, force le barrage et s’enfuit. « Son téléphone portable ne fonctionnait toujours pas et personne n’avait de réseau, mais il était assez malin pour savoir que quand les soldats débarquent et qu’on dresse des barbelés, que tes responsables essaient de te rassurer en te disant que tout se passe comme d’habitude, c’est que quelque chose d’anormal est en train d’arriver et qu’il est grand temps de s’inquiéter. » (p. 66).

L’auteur balade ses lecteurs à travers le monde, Pérou, États-Unis, Chine, Inde, îles Hébrides (Écosse), etc., dans une série d’événements qui ne sont apparemment pas liés mais… « Je pense que c’est pire. Je pense que c’est pire que tout ce que nous pouvons bien imaginer en ce moment même. » (p. 160).

Il en profite pour parler de faits de société importants comme la relation de l’humain à la Nature (de façon universelle), l’évolution de la condition des femmes (politique, armée), l’homosexualité et les survivalistes (du moins aux États-Unis).

Ne lisez pas ce paragraphe si vous détestez les araignées et si vous avez peur des araignées ! Toutefois, cette lecture est pour le challenge de l’épouvante donc il faut bien avoir un peu (beaucoup !) peur quand même. Mais, pour quelqu’un comme moi qui n’aime pas les araignées… Le verbe aimer n’est sûrement pas approprié… Je suis d’accord pour dire que les araignées ont une certaine beauté et qu’elles sont fascinantes et puis elles mangent les moustiques et tous ces insectes qui embêtent les humains… Enfin pas dans ce roman… Dans Éclosion, elles mangent les humains et elles pondent des œufs dans le corps des humains qu’elles ne mangent pas… Parce qu’elles les mangeront de l’intérieur lorsque les œufs écloront ! Bref, ce premier tome d’une trilogie annoncée – à classer à la fois en thriller et en science-fiction post-apocalyptique – se lit d’une traite, genre en apnée, et en surveillant qu’il n’y a pas d’araignée dans le coin sinon hurlement assuré ! « À présent, il fallait vraiment vivre dans une bulle pour ne pas être au courant pour les araignées. » (p. 282). Je n’ai qu’une hâte : embrayer avec le tome 2, Infestation, qui sera encore sûrement plus effroyable et savoir quand paraît le tome 3 !

Une lecture effrayante que je mets dans le Challenge de l’épouvante, Défi littéraire de Madame lit (le mois de novembre est consacré à la littérature américaine ; né Canadien, l’auteur vit aux États-Unis et est considéré comme un auteur américain), Littérature de l’imaginaire, Petit Bac 2018 (catégorie Titre mot unique), Polar et thriller 2018-2019 (ce roman est bien construit comme un thriller, il y a des policiers et des enquêtes, policière et fédérale).

Les montagnes hallucinées, 1 de Gô TANABE

Les montagnes hallucinées, 1 de Gô TANABE.

Ki-oon, collection Les chefs-d’œuvre de Lovecraft, octobre 2018, 310 pages, 15 €, ISBN 979-10-327-0362-5 (extrait de 28 pages sur le site de l’éditeur). Kyoki no sanmyaku nite Lovecraft kessakushu, vol 1 & 2 (Kadokawa, 2016-2017) est traduit du japonais par Sylvain Chollet.

Genres : manga, science-fiction, fantastique, horreur.

TANABE Gô [ça m’énerve que ça soit transcrit Gou… Il y a une différence entre gô et gou !] naît en 1975. Scénariste et dessinateur, il est considéré comme un maître du fantastique horreur avec des adaptations de nouvelles japonaises, américaines ou russes. Parmi ses titres : The Outsider (アウトサイダー) d’après H.P. Lovecraft, Anton Tchekhov et Maxime Gorki (Glénat, 2009), Kasane 累 巻之壱 (2 tomes, Kana, 2010) et Mr Nobody (3 tomes, Doki Doki, 2014).

Expédition Miskatonic en Antarctique, janvier 1931. Le camp du Pr Lake ne donne plus de nouvelles… L’équipe qui part à la rescousse est horrifiée : humains et chiens « mutilés d’atroce façon » (p. 18) et au loin, des « montagnes noires sans nom » (p. 21), terrifiantes, hallucinées. « Ça ne peut pas être la tempête… qui a provoqué ces atrocités ! » (p. 255).

Le voyage à bord du voilier l’Arkham, les icebergs, l’Antarctique inexploré, l’installation du camp, l’île de Ross, les technologies plus modernes par rapport aux précédentes expéditions, les premiers forages, la deuxième base reliée par avion, les conditions météorologiques épouvantables, le glacier Beardmore, les fossiles… Tout y est pour le plus grand bonheur des lecteurs ! « Une mer gelée se dévoile ! […] C’est à couper le souffle ! […] Nous abordons enfin ce monde mort depuis des éternités ! » (p. 63).

Êtes-vous prêts à explorer ce monde inconnu avec Lovecraft et Tanabe-san ?

Des dessins réalistes, sombres, voire effrayants, certains en pleine page ou en double page, c’est très impressionnant ! Par exemple, la découverte et la visite de la grotte (chapitre 6 Les Anciens et chapitre 7 Des spécimens complets, pages 138 à 173) sont stupéfiantes.

Ce beau manga de collection – avec sa couverture reliée, effet cuir – plaira autant aux lecteurs fondus de l’univers de Lovecraft (fantastique, science-fiction, horreur) qu’à ceux qui vont le découvrir, du moins j’espère car c’est une très belle adaptation, fidèle à l’œuvre originale. Un deuxième tome est à paraître et, même si je connais la fin de l’histoire, j’ai hâte de le lire, en fait de découvrir les dessins de Gô Tanabe.

Pour les fans de Lovecraft ou pour ceux qui veulent en savoir plus : le challenge Printemps Lovecraft est terminé (il y a lieu en 2017) mais les liens sont toujours valides et le groupe FB fonctionne encore un peu ; Les montagnes hallucinées de H.P. Lovecraft (le roman écrit en 1932), Les montagnes hallucinées de Lovecraft et Culbard (une bande dessinée, anglaise, parue en 2010) et Le guide Lovecraft de Christophe Thill (un essai, d’un spécialiste français, paru en mai 2018).

Pour les challenges BD, Cette année, je (re)lis des classiques, Challenge de l’épouvante et Marathon de l’épouvante – automne 2018, Littérature de l’imaginaire et Un max de BD en 2018. Je suis à la bourre, en ce mercredi soir et je pense que c’est trop tard pour donner mon lien pour La BD de la semaine mais vous pouvez découvrir d’autres bandes dessinées chez Stéphie.

Un autre Brooklyn de Jacqueline Woodson

Un autre Brooklyn de Jacqueline Woodson.

Stock, collection La Cosmopolite, janvier 2018, 176 pages, 18 €, ISBN 9782-23408-327-1. Another Brooklyn (2016) est traduit de l’américain par Sylvie Schneiter.

Genre : littérature américaine.

Jacqueline Woodson naît le 12 février 1963 à Columbus dans l’Ohio (États-Unis) mais elle grandit à Greenville en Caroline du Sud puis à Brooklyn (NY). Elle écrit des livres pour la jeunesse mais Un autre Brooklyn est paru comme son premier livre adulte et a été nommé pour le National Book Award for Fiction en 2016.

« Je sais désormais que la tragédie ne se vit pas sur le moment. Mais dans le souvenir. » (p. 11). August, anthropologue, revient à Brooklyn pour enterrer son père. Elle revoit son frère, 31 ans, marié, et son épouse va avoir leur premier enfant. Elle se souvient de ses amies lorsqu’elles avaient 15 ans. « Sylvia, Angela, Gigi, August. Quatre filles toujours ensemble, d’une beauté stupéfiante, dans une solitude terrifiante. Un souvenir. » (p. 24).

Été 1973. August (8 ans) et Clyde (4 ans) quittent leur Tennessee natal après la mort de leur mère et partent avec leur père à Brooklyn. « Je regardai mon frère observer le monde […]. Où que nous posions les yeux, nous voyions des gens s’efforcer de rêver leur départ. Comme s’il existait un ailleurs. Un autre Brooklyn. » (p. 78). Un Brooklyn sans soldats déglingués, sans drogués, sans dangers ? Mais le quartier devient de plus en plus dangereux et les Blancs le quittent. Et un jour, le père change de vie, il a rencontré une femme et commence à lire le Coran alors qu’avant, la famille fréquentait une église chrétienne.

Mais en fait tout n’est que souvenir…

Un autre Brooklyn est un roman d’apprentissage, c’est l’histoire des Noirs américains dans l’Amérique des années 60-70-80 et en particulier de ces quatre adolescentes qui aiment la musique et s’amuser.

Jacqueline Woodson parle du Black Power et de la Nation of Islam :

Black Power : terme créé en 1966, « divers mouvements politiques, culturels et sociaux noirs aux États-Unis, actifs principalement dans les années 1960 et les années 1970, qui luttaient contre la ségrégation raciale » (Wikipédia).

Nation of Islam : organisation politique et religieuse (nationalisme noir) créée en 1930 à Détroit.

Mais comment, dans un roman comme celui-ci, peut-on oublier de parler de Martin Luther King ? Comment peut-on oublier d’expliquer aux lecteurs néophytes que nombre de Noirs américains ont été islamisés sous prétexte que leurs ancêtres étaient musulmans (ce qui était faux dans la plupart des cas) ?

Un autre Brooklyn est un roman qui ne m’a apporté que ces questions… Je l’ai trouvé lourd, pas explicite sur certains thèmes (que s’est-il réellement passé entre les filles ?), il ne m’a pas touchée, déception donc et je ne pense pas lire un autre titre de Jacqueline Woodson. Mais il y a plein d’avis positifs sur ce roman 😉

Pour le Challenge de l’été, Mois américain et Petit Bac 2018 (catégorie Lieu).

Dreadnought de Cherie Priest

Dreadnought (Le siècle mécanique, 3) de Cherie Priest.

Eclipse, collection Steampunk, octobre 2013, 480 pages, 18,30 €, ISBN 978-2-809-43358-6. Le roman est sorti en poche au Livre de poche en septembre 2016. Dreadnought (2010) est traduit de l’américain par Claude Esmein.

Genres : littérature américaine, science-fiction, uchronie, steampunk.

Cherie Priest naît le 30 juillet 1975 à Tampa (Floride) mais, comme son père est militaire, elle vit dans plusieurs États. Elle habite maintenant à Seattle (État de Washington). Son premier roman (série Eden Moore) paraît en 2003 puis plusieurs séries (Le siècle mécanique, Les dossiers Cheshire Red, etc.) et romans indépendants suivent (science-fiction ou horreur). Plus d’infos sur son site officiel, The Haunt.

Premier tome : Boneshaker. Deuxième tome : Clementine.

1880. Vinita Lynch, surnommée Mercy (miséricorde), travaille à l’hôpital militaire Robertson en Virginie. Elle apprend que son époux – qu’elle n’a pas vu depuis plus de deux ans – est mort. « Phillip avait combattu pour le Kentucky, pas pour l’Union. […] En réalité, tout le monde se battait pour son foyer. » (p. 32). Le lendemain, elle reçoit un télégramme en provenance de Tacoma (État de Washington) : Jeremiah Granville Swakhammer – son père qui avait disparu quand elle avait 7 ans pour aller chercher de l’or dans l’Ouest – a eu un accident et sa présence est requise à Seattle. « Dire que pendant tout ce temps, j’ai cru qu’il était mort. » (p. 54). Malgré sa colère et la crainte que son père ne soit déjà mort à son arrivée, Mercy donne sa démission et part. « Allons, ce sera une belle aventure […]. » (p. 62).

Mercy va d’abord voyager sur un dirigeable, le Zephyr, de Richmond à Winston-Salem puis de Charlotte à Fort Chattanooga. Mais tout le monde parle d’une locomotive énorme et effrayante. « […] ils ont construit la plus grosse locomotive qu’ils aient pu imaginer et y ont installer assez de blindage et d’armement pour en faire une vraie machine de guerre. Un engin capable de se déplacer aussi facilement que n’importe quel train. » (p. 146-147).

Puis en train de Fort Chattanooga à Memphis puis en bateau sur le Mississippi. « Entre les bateaux, les quais, les entreprises et les petits commerces, Mercy parvenait de temps à autre à distinguer le fleuve. Comme tout le monde, elle avait entendu pas mal d’histoires à propos du Mississippi. Mais le voir de ses yeux, dans toute son immensité, restait un spectacle incroyable. En comparaison, tous les autres cours d’eau qu’elle avait traversés ressemblaient à de simples ruisseaux. Celui-ci – qu’elle vit encore mieux après avoir traversé la rue encombrée de chariots – paraissait infini. En se tenant aussi près du bord que lui permettait l’aménagement portuaire, elle ne pouvait distinguer l’autre rive à travers la brume matinale. » (p. 178-179).

Et enfin, à bord du train de la fameuse locomotive, Dreadnought. « Cette locomotive était là-bas, et tout le monde semblait la craindre comme le diable. (p. 191). « […] cette locomotive est redoutable parce que c’est une machine de guerre. Ensuite, elle a été conçue pour effrayer les gens. » (p. 192). Le Dreadnought transporte soi-disant des corps de militaires rapatriés dans leurs familles, entre Saint-Louis (Missouri) et Tacoma (État de Washington).

Mais le voyage n’est pas de tout repos : il est très long – près de cinq mille kilomètres – et dangereux ! Durant ce périple, Mercy va rencontrer beaucoup de personnes différentes comme un vieux couple aisé, deux prostituées, un capitaine de bateau, un journaliste, un ranger texan (Horatio Korman), Miss Theodora Clay (très curieuse), des militaires, etc. Il y a donc une belle galerie de personnages. En ce qui concerne Mercy, je dirais que son caractère se situe entre celui de Briar de Bonashaker : elle est moins réservée et plus expérimentée que Briar, et celui de Maria de Clementine : elle est moins aventureuse et risque-tout que Maria mais elle a du caractère et surtout elle peut soigner les blessés ce qui la rend plutôt sympathique au regard des autres voyageurs ce qui n’était pas évident au départ puisque Mercy est noire.

Alors qu’on était dans un huis-clos angoissant avec Boneshaker et dans un road movie aérien divertissant avec Clementine, Dreadnought est un grand voyage d’est en ouest – en passant un peu par le sud – à travers les États pas encore unis et en pleine guerre. On a plusieurs frayeurs tout au long de ce trajet et on roule à fond la caisse à bord du Dreadnought qui subit des attaques organisées. Lorsqu’on lit ce troisième tome, tout se remet en place, on comprend des choses des deux précédents tomes et on se dit qu’on va se retrouver à Seattle comme dans le premier tome, ce qui est vraiment bien mené de la part de l’auteur. Le style est très fluide, genre page turner, (le traducteur est encore différent) et j’ai passé un très bon moment de lecture. Comme dans Boneshaker, les créatures ne sont pas appelées zombies (le mot n’existait pas au XIXe siècle) mais « cadavres ambulants », « cadavres enragés » ou « attaquants aux yeux morts » cependant on saura qui elles sont, d’où elles viennent et comment elles sont devenues ces monstres.

Mon passage préféré (à propos des Sudistes) : « Ce sont des chiens qui vous ont fait ça ? Un homme qui se bat contre des chiens vaut encore moins qu’eux. Je me bats contre des hommes, Comstock. Je les combats pour la même raison qu’ils nous combattent : parce que quelqu’un leur en a donné l’ordre et que le hasard les a placés d’un côté du front et moi, de l’autre. » (capitaine MacGruder, p. 427). Union, Confédération, États indépendants (ou neutres) comme le Texas, Mexique… le principal est d’être humains, vivants et de gagner contre « ces choses » pour ne pas devenir comme elles.

Et puis cette phrase : « […] les importuns hésitent souvent à ennuyer une femme en train de lire. » (p. 444). 😉 Euh, c’était au XIXe siècle, est-ce encore vrai maintenant ?

Une chouette lecture pour les challenges Chaud Cacao, de l’épouvante, de l’été, Littérature de l’imaginaire, Vapeur et feuilles de thé et Lire sous la contrainte (trilogies et séries de l’été).

Clementine de Cherie Priest

Clementine (Le siècle mécanique, 2) de Cherie Priest.

Eclipse, collection Steampunk, juin 2013, 260 pages (+ 20 pages avec un extrait du tome 3), 18,30 €, ISBN 978-2-809-43166-7. Le roman est sorti en poche au Livre de poche en septembre 2016. Clementine (2010) est traduit de l’américain par Sandy Julien.

Genres : littérature américaine, science-fiction, steampunk.

Cherie Priest naît le 30 juillet 1975 à Tampa (Floride) mais, comme son père est militaire, elle vit dans plusieurs États. Elle habite maintenant à Seattle (État de Washington). Son premier roman (série Eden Moore) paraît en 2003 puis plusieurs séries (Le siècle mécanique, Les dossiers Cheshire Red, etc.) et romans indépendants suivent (science-fiction ou horreur). Plus d’infos sur son site officiel, The Haunt.

Le premier tome, Boneshaker, n’entrait pas dans le Challenge Chaud Cacao mais ce tome 2 oui.

1880. Felton Brink, un pirate de l’air, a volé le dirigeable la Corneille libre qui appartient au capitaine Croggon (Crog) Hainey depuis huit ans et l’a rebaptisé Clementine. « Croggon Hainey s’était donc lancé à sa poursuite, depuis la ville portuaire de Seattle en bordure du Pacifique jusque dans tout l’Idaho, avant de dépasser Twin Falls pour pénétrer dans le Wyoming où il avait bien failli le coincer à Rock Springs. Le fuyard avait alors obliqué au sud-sud-ouest, gagné Salt Lake City, puis mis le cap à l’est, traversé le Colorado, et ils survolaient actuellement tous les deux le Kansas. Toujours vers l’est. Hormis ce bref crochet, ils filaient droit vers l’est. » (p. 10). C’est que la guerre civile américaine fait rage depuis un peu plus de vingt ans. Pendant ce temps-là, à Chicago, Maria Isabella (Belle) Boyd, ancienne espionne confédérée, est embauchée par l’agence de détectives privés Pinkerton pour retrouver le Clementine et protéger sa cargaison soi-disant humanitaire jusqu’à Louisville dans le Kentucky. Elle a autorisation de se débarrasser de l’ancien esclave Croggon Beauregard Hainey si nécessaire. « Maria n’était encore jamais montée dans un dirigeable, mais elle n’était pas du genre à l’avouer, et régler les détails à mesure qu’ils se présentaient ne la gênait pas. » (p. 68).

L’action se déroule de la même façon que dans le premier tome, un chapitre pour un protagoniste – Crog – et un chapitre pour l’autre protagoniste – Maria – jusqu’à ce qu’ils soient réunis par le destin : j’ai beaucoup aimé ces deux personnages principaux aux caractères bien trempés. Mais, si on retrouve Crog et deux de ses hommes à bord d’un dirigeable qu’ils ont volé pour poursuivre la Corneille libre – Clementine, les autres personnages ne sont pas du tout les mêmes : exit Briar et son fils Zeke, ils sont sûrement restés dans les Faubourgs. Alors que Boneshaker était un huis-clos angoissant, Clementine est un road movie aérien divertissant avec de belles scènes de poursuites et d’action. De plus le roman fait 200 pages de moins et les caractères sont plus gros donc il se lit beaucoup plus vite ; et le style est un peu différent, plus fluide, plus dynamique, peut-être est-ce dû à une traductrice différente ? « Et je pourrais prendre goût à cette histoire de vol en dirigeable. C’est plutôt excitant au fond. » (p. 187).

Je vais y prendre goût moi aussi et embrayer avec le tome 3, Dreadnought, qui à mon avis sera encore différent.

Une chouette lecture pour le Challenge de l’été, Littérature de l’imaginaire, Vapeur et feuilles de thé et Lire sous la contrainte (trilogies et séries de l’été).