Un mariage royal d’Allison Montclair

Une enquête de Sparks & Bainbridge, 2 – Un mariage royal d’Allison Montclair.

10-18, collection Grands détectives, juin 2021, 384 pages, 8,10 €, ISBN 978-2-26407-785-1. A Royal Affair (2020) et traduit de l’anglais par Anne-Marie Carrière.

Genres : littérature anglaise, roman policier.

Allison Montclair… Peu d’infos sur elle. Ce serait le pseudonyme d’une autrice anglaise ayant déjà écrit de la fantasy et de la science-fiction mais GoodReads dit que The Right Sort of Man: A Sparks & Bainbridge Mystery (2019) est son premier roman. Elle grandit avec les livres d’Agatha Christie et les films de James Bond d’où sa passion pour les intrigues criminelles et l’espionnage. Du même auteur : Cozy Case Files, A Cozy Mystery Sampler (tomes 6 en 2019 et 9 en 2020), ainsi que Le bureau du mariage idéal et Règlements de comptes à Kensington (annoncé pour avril 2022).

Londres, juillet 1946. Au Bureau du mariage idéal, Iris Sparks reçoit Miss Letitia Hardiman qui était ‘Ack ack girl’ pendant la guerre. La seconde cliente est Patience Matheson, une cousine de Gwendolyne Bainbridge. « L’affaire nécessite beaucoup de doigté. Considérant la vitesse à laquelle les ragots se propagent, nous préférons ne pas mener d’enquête interne. Personne ne doit avoir vent de l’histoire et surtout, surtout, pas un mot ne doit sortir dans la presse. Ce n’est probablement rien, mais nous devons nous en assurer. » (p. 28).

Promis, pas un mot à la presse ! Mais je vous explique. La princesse Elizabeth s’est éprise de Philip (elle avait 13 ans et lui 18) et veut l’épouser mais une lettre de chantage est arrivée au palais. « Princesse, j’ai en ma possession ce que Talbot a trouvé à Corfou. Je sais ce qu’il savait. Dites à Alice que, si elle souhaite récupérer ce qui lui appartient, il y aura un prix. » (p. 32). Alice est la mère de Philip ; la famille a effectivement vécu en Grèce avant d’être évacuer d’urgence.

Un véritable plaisir de retrouver les deux ‘marieuses’ plutôt enquêtrices, Iris et Gwendolyne, ainsi que leur ami dramaturge à Soho, Sally (Salvatore Danielli) et l’ami truand d’Iris, Archie Spelling. «  Je sors avec un gangster. Tout va pour le mieux. » (p. 106). Après-guerre oblige, il y a dans cet opus de nombreuses références aux États-Unis (cowboys, Indiens, Harpo Marx, Zorro) et tout est toujours rationné. Par contre, pas trace du journaliste mufle du Daily Mirror, Gareth Pontefract, et c’est tant mieux, ça veut dire que la presse n’est pas au courant du chantage honteux sur lequel enquêtent Iris et Gwen. De plus, le regard du lecteur est détourné vers la Grèce et ses soubresauts politiques (j’ai appris des choses dont je n’avais jamais entendu parler et ce n’est pas la première fois que je me dis que, finalement, je ne sais pas grand-chose sur l’histoire de ce pays).

« Je vous rappelle que nous travaillons pour la Reine, ou plutôt pour la conseillère occulte de la Reine, votre cousine Patience, en supposant qu’elle œuvre dans l’intérêt de notre Reine laquelle, espérons-le, œuvre dans l’intérêt du Roi lequel, à son tour, œuvre dans l’intérêt du pays. » (p. 179).

Dans cette aventure encore dangereuse et cependant rondement bien menée par Iris et Gwen (qui n’hésitent pas à nouveau à se mettre en danger), les souvenirs de la guerre sont encore bien présents, « les horreurs, les bombardements, les trahisons, les morts, avec comme point d’orgue les révélations de toutes ces atrocités. » (p. 245). Les problèmes d’Iris et Gwen (trouver un bureau plus grand, une secrétaire et donc des fonds, entre autres), leurs relations pleine d’humour avec les hommes (elles ne se laissent pas faire et j’aime bien leur petit côté féministe), et surtout le côté enquête, espionnage (voyage littéraire en Grèce) me plaisent beaucoup et j’ai hâte de lire la suite, Règlements de comptes à Kensington (que j’achèterai dès sa parution mi-avril). Par rapport au passé d’Iris, Allison Montclair distille les infos au compte-goutte laissant le lecteur dans le suspense, à suivre donc.

Une faute page 229 : « aucuns papiers »… Aucun signifiant ‘nul’, ‘pas un’ est donc au singulier ainsi que papier. Remplacez aucun par ‘nul papier’ ou ‘pas un papier’. Par contre, aucun et aucune peuvent être au pluriel uniquement s’ils sont suivi d’un nom qui ne s’utilise qu’au pluriel comme ‘aucuns agissements’ ou ‘aucunes annales’ (mais il y en a peu). Ne pas confondre avec ‘d’aucuns’ qui n’est pas un adjectif indéfini ou un pronom indéfini comme aucun mais une expression qui signifie ‘certains’, ‘quelques-uns’ d’où le pluriel.

Pour les challenges Bingo littéraire d’Hylyirio (n° 26, un tome deux (ou plus) d’une saga déjà commencée), British Mysteries #7, Challenge lecture 2022 (catégorie 24, un roman policier écrit par une femme), Les dames en noir, Mois du polar 2022, Petit Bac 2022 (catégorie Famille avec Mariage), Polar et thriller 2021-2022, Tour du monde en 80 livres (Angleterre) et Voisins Voisines 2022 (Angleterre).

Ours de Ben Queen et Joe Todd-Stanton

Ours de Ben Queen et Joe Todd-Stanton.

Kinaye, collection Graphic Kids, mai 2021, 160 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-35799-093-7. Bear (2020) est traduit de l’américain par Romain Galand.

Genres : bande dessinée états-unienne, littérature jeunesse.

Ben Queen, Américain, est le scénariste. Il a écrit les scénarios des films d’animation Cars 2 (2011), Cars 3 (2017) et Addam’s Family 2 (2021).

Joe Tood-Stanton, Anglais, est le dessinateur. Il est auteur et illustrateur de bandes dessinées parues chez Sarbacane, entre autres.

Ours a deux ans et huit mois. Ces parents, labrador chocolat (chien intelligent) et golden-retriever (chien loyal) sont tous deux des chiens policiers mais Ours est devenu « chien guide d’aveugle » (p. 10).

Patrick a vingt-huit ans. Bien que devenu « totalement et définitivement aveugle » (p. 11) suite à un accident, il est un grand lecteur, sportif et gagne sa vie en réparant et entretenant les distributeurs automatiques.

Ours et Patrick sont chacun narrateurs de leur histoire. Ils se rencontrent au centre des chiens guides de Greenville et ça fonctionne tout de suite entre eux. « On était fait pour être ensemble. » (p. 15). C’est qu’Ours est un chien exceptionnel !

Mais au bout de trois mois, c’est la catastrophe : Ours est devenu aveugle, il craint de perdre son travail et d’être remplacé par un autre chien… Or, dans la maison de Patrick vivent des ratons laveurs qui conduisent Ours en forêt et… l’y abandonnent. Pendant ce temps, Patrick et Meg (l’employé du centre des chiens guides) cherchent Ours. « D’accord. Pas de panique. Ours. Tu vas y arriver. Tu n’es pas n’importe quel chien d’aveugle, tu te rappelles ? » (p. 48).

D’ailleurs Ours rencontre un ours qui s’appelle Pierre et qui va l’aider parce que, contrairement aux autres créatures humaines et animales, il n’a pas eu peur de lui. Ours va découvrir qu’il est possible de voir autrement qu’avec les yeux grâce à Pierre et grâce à Andromeda Billingsly DeWitt la chauve-souris.

Ours et Patrick se retrouveront-ils ?

Ours est une très belle histoire d’amitié, une incroyable aventure que tous les lecteurs, petits et grands, apprécieront pour sa finesse et sa tendresse. Bien sûr, cette histoire parle du handicap mais elle raconte aussi comment le surmonter, comment être heureux malgré le handicap, comment aller au-delà de soi et de ce qu’on voit, ou ce qu’on ne voit pas ou ce qu’on imagine voir. Un résultat splendide, coloré, parfois drôle, et surtout optimiste. Je découvrais Kinaye avec cette œuvre et je lirai d’autres titres de cette maison d’éditions, la première à publier en français des bandes dessinées américaines pour les enfants. Plus d’infos sur le site officiel, le blog, la page FB et le compte Twitter.

Pour les challenges BD : La BD de la semaine, Des histoires et des bulles (catégorie 14, une BD jeunesse, 2e billet), Bingo littéraire d’Hylyirio (n° 11, une bande dessinée ou un roman graphique, 2e billet). Plus de BD de la semaine chez Stéphie.

Pour les autres challenges : Challenge lecture 2022 (catégorie 2, un livre dont le personnage principal est porteur d’un handicap, les deux personnages principaux sont aveugles, Patrick l’est et Ours le devient), Jeunesse young adult #11 et Petit bac 2022 (catégorie Animal pour Ours qui est en fait un chien mais il y a aussi deux ours, et d’autres animaux, dans cette BD).

Une histoire pour l’Europe de Will Self

Une histoire pour l’Europe de Will Self.

Mille et une nuits, La Petite Collection n° 200, mars 1998, 48 pages, 1 €, ISBN 2-84205-315-X. A Story for Europe (1996) est traduit de l’anglais par Francis Kerline. Illustrations par Serge Kantorowicz. Postface d’Olivier Cohen.

Genres : littérature anglaise, nouvelle, science-fiction.

Will Self naît le 26 septembre 1961 à Hammersmith (Londres, Angleterre). Il est écrivain (romans, nouvelles) et journaliste. Plus d’infos sur son site officiel.

Londres, chez la famille Green. Humphrey, surnommé Humpy, deux ans et demi, se met subitement à parler l’allemand. « Wir müssen expandieren ! […] Masse ! […] Massenfertigung ! » (p. 9-10). Sa mère, Miriam, journaliste, est fort mécontente, elle pense que son fils est agressif. Daniel rentre du travail le soir, « Darlehen, hartes Darlehen. » (p. 11) ricane Humpy. Miriam décide de lui faire voir un psychologue pour enfants, Philip Weston.

Francfort, au « Département de recherche-développement en capital-risque de la Deutsche Bank » (p. 18), le docteur Martin Zweijärig, 61 ans, n’arrive pas à se concentrer, sue, parle tout seul, un genre de charabia… « Qu’est-ce qui m’arrive ? Serais-je en train de perdre la bille ? » (p. 34).

Tout comme Maudit soit l’Éternel ! et Dieu n’a pas que ça à foutre de Thierry Marignac, je n’avais jamais entendu parler de cet auteur et j’ai voulu lire ce petit livre avant qu’il parte au pilon. Eh bien… L’idée de départ était originale mais je trouve qu’elle n’est pas développée (il n’y a pas de fin, pas de lien entre le bébé et le vieil homme, donc l’interchangeabilité n’aboutit à rien…). Voilà, cette histoire aussi se lit vite mais ne me laissera pas un souvenir impérissable… Et vous, vous connaissiez ?

Pour Littérature de l’imaginaire #9, S4F3 #7 et Les textes courts.

Le Murder Club du jeudi de Richard Osman

Le Murder Club du jeudi de Richard Osman.

JC Lattès, collection Grands formats, avril 2021, 432 pages, 22,90 €, ISBN 978-2-70244-941-7. The Thursday Murder Club (2020) est traduit de l’anglais par Sophie Alibert.

Genres : littérature anglaise, premier roman, roman policier.

Richard (Thomas) Osman naît le 28 novembre 1970 à Billericay dans l’Essex (Angleterre). De 1989 à 1992, il étudie les sciences politiques et la sociologie au Trinity College de Cambridge. Il est surtout célèbre en tant que professionnel de la télévision anglaise en particulier la BBC et ITV (animateur, producteur, réalisateur). Une petite info qui n’a rien à voir avec la littérature, c’est un géant, il mesure 2,01 m. Une autre info, musicale celle-ci, son frère aîné, Mat Osman est le bassiste du groupe Suede. The Thursday Murder Club est son premier roman. Plus d’infos sur sa page FB et son compte Twitter.

Coopers Chase est un village de luxe pour les retraités. Joyce Meadowcroft, ancienne infirmière, vient de rencontrer Elizabeth qui « occupe l’un des appartements de trois chambres à Larkin Court » (p. 13) avec son mari Stephen et qui lui a posé des questions sur l’avenir possible d’une fille poignardée. Elizabeth a créé avec Penny Gray (une enquêtrice de police retraitée) le Murder Club du jeudi pour étudier de vieilles affaires classées, les fameuses cold case (et elles trouvent parfois quelque chose) mais Penny est en soins intensifs…

Les membres du Murder Club du jeudi sont Elizabeth (76 ans, je suis pratiquement sûre qu’elle était espionne !), Joyce (la nouvelle recrue, presque 80 ans), Ibrahim Arif (un psychiatre retraité de 80 ans) et Ron Ritchie (célèbre leader syndicaliste de 76 ans).

Donna de Freitas, 26 ans, agente de police au poste de Fairhaven, fait la connaissance des quatre membres du Murder Club du jeudi lors d’une conférence à Coopers Chase.

Il y a deux narrations, Joyce qui écrit son journal et l’auteur qui va de l’un à l’autre des protagonistes. Beaucoup de digressions, d’humour so British et… des meurtres ! « Nous avons tous une histoire triste dans nos cartons, mais nous ne partons pas tous tuer des gens. » (p. 32).

Parmi les protagonistes, autres que les membres du Murder Club du jeudi. Ian Ventham, qui dirige Coopers Chase, est un gros connard (ce n’est pas dans le roman, c’est moi qui le dis) qui ne pense qu’à agrandir pour gagner plus d’argent quitte à abattre des arbres et à déplacer un cimetière (le site était un couvent pendant des siècles). Tony Curran, l’associé que Ventham vient de virer, est assassiné dans sa cuisine, « traumatisme contondant à la tête » (p. 58), bon vous verrez, ce n’est pas une grosse perte. Bogdan Jankowski, un Polonais, ouvrier doué quoique parfois peu regardant sur la qualité, est l’homme à tout faire de Ventham. Jason Ritchie, ancien boxeur, est le fils de Ron le syndicaliste et il a trempé dans des affaires louches par le passé.

En tout cas, exit les vieux dossiers d’affaires classées ! « Une véritable affaire, un véritable cadavre et, là, quelque part dans la nature, un véritable assassin. » (p. 59). Elizabeth, Joyce, Ibrahim et Ron sont ravis mais comment entrer dans l’enquête menée par Chris Hudson ? « Elizabeth s’est aperçue qu’elle aimait beaucoup Donna et Chris. Le Murder Club du jeudi avait eu de la chance de tomber sur ces deux-là. » (p. 338). C’est que Donna a pu, grâce à un subterfuge d’Elizabeth, rejoindre l’équipe des enquêteurs et elle est « l’ombre » de Chris, une ombre bien utile et perspicace.

Mais, lorsque le principal suspect est lui aussi assassiné… « Nous avons donc tous été témoins d’un meurtre, fait Elizabeth. Ce qui, cela va sans dire, est fantastique. » (p. 213), tous deviennent des suspects potentiels…

J’ai vraiment aimé les relations entre les différents personnages, déjà les personnes âgées entre elles (en particulier avec Bernard, un veuf inconsolable), et ensuite les mêmes personnes âgées avec les policiers et les quelques autres personnages. Quant au style de l’auteur, il est excellent, soigné, fluide et ce roman, très bien construit, est à mon avis, un mélange de cozy mystery et de polar. Au gré des pérégrinations d’Elizabeth et Joyce, l’auteur balade ses lecteurs dans les petites villes de la campagne anglaise et envoie même Chris enquêter à Chypre (il en profite pour rappeler en toute discrétion qu’un pays européen est séparé en deux car envahi au nord par les Turcs). La fin est surprenante et n’amène pas à un tome suivant mais j’aimerais bien quand même !

D’autres l’ont lu et apprécié ou pas… comme Cannibal Lecteur en lecture commune avec Bianca, ou Maeve, et La Papivore l’a même lu in English.

Une lecture que je mets dans A year in England, British Mysteries #6, Challenge de l’été #2 (l’auteur est Anglais et nous fait voyager à Chypre, pas pendant tout le roman mais c’est assez important dans l’intrigue), Polar et thriller 2021-2022 et Voisins Voisines 2021 (Angleterre).

Le cri de l’oiseau de pluie de Nadeem Aslam

Le cri de l’oiseau de pluie de Nadeem Aslam.

Seuil, collection Cadre vert, février 2015, 288 pages, 21 €, ISBN 978-2-02-108372-9. Season of the Rainbirds (1993) est traduit de l’anglais par Claude et Jean Demanuelli.

Genres : roman anglo-pakistanais, premier roman.

Nadeem Aslam naît le 11 juin 1966 à Gujranwala (Pakistan). Il est adolescent lorsque sa première nouvelle (écrite en ourdou) est publiée dans un journal pakistanais. Mais, avec le coup d’État militaire, sa famille s’exile dans le Yorkshire en Angleterre en 1980. Il étudie la biochimie à l’université de Manchester mais abandonne pour l’écriture. Son premier roman, Season of the Rainbirds, paraît en 1993 et reçoit deux prix littéraires. Ses autres romans sont La cité des amants perdus (2006), La vaine attente (2009), Le jardin de l’aveugle (2013), Le sang et le pardon (2018).

C’est la panique au village : un coup de feu a été entendu et le juge Anwar est mort. Azhar, commissaire divisionnaire, voisin et ami du juge, va mener l’enquête mais… Petit problème, les hommes qui sont venus le matin prévenir Azhar ont vu une femme chez lui, Elizabeth Massih, une chrétienne (scandale pour la communauté !). Évidemment les deux imams (il y a deux mosquées concurrentes) s’en mêlent. En attendant, est-ce un cambriolage qui a mal tourné ou autre chose ? « Il était juge, et corrompu jusqu’à la moelle. Et, en plus, dans la politique jusqu’au cou. Ça pourrait être n’importe qui. » (p. 58).

Deux événements importants : des sacs de courriers perdus dans un accident de train il y a dix-neuf ans réapparaissent et un journaliste de la capitale vient faire un article sur la mort du juge avec un photographe (or les dessins et photographies sont interdits).

Maulana Hafeez, un des deux imams, est intrusif, il entre chez Mansoor et son épouse parce qu’ils ont une télévision alors que cinéma et télévisions sont interdits… « J’espère sincèrement que tu réfléchiras à mes paroles, dit-il à Mansoor qui le raccompagnait à la porte. Mon rôle consiste simplement à prévenir les gens des dangers qu’il y a à s’écarter du droit chemin. » (p. 75).

Par rapport au titre, il y a plusieurs oiseaux dans ce roman. Les pigeons sur le toit sont impurs, le perroquet dans sa cage est impur (dixit Maulana Hafeez) et l’aigle martial de la patrouille s’est échappé après avoir brisé sa chaîne mais c’est en fait le papiha ou koyal (oiseau migrateur de la famille du coucou) qui crie pour annoncer la mousson.

Au village, tout le monde est impacté par le meurtre du juge, principalement Gul-Kalam le veilleur de nuit (chrétien) qui est accusé, mais aussi Nabi le coiffeur, Zafri le boucher, les femmes aussi, évidemment. En plus, un missile a été tiré, « ce serait le fils du Premier ministre qui a été pendu » (p. 252), l’état d’urgence a donc été proclamé à Lahore ; au village tout est trempé par la pluie parce que c’est la mousson et le bureau de poste du village est fermé puisque le receveur de la poste (qui a distribué les lettres perdues il y a dix-neuf ans) s’est enfui après la distribution pressentant le danger…

Le glossaire en fin de volume me dérange car ce n’est pas évident d’aller à chaque fois consulter la définition d’un mot totalement inconnu à la fin, je préfère les notes en bas de page…

Ce que je retiendrai : « Après la Partition, les hindous avaient émigré en Inde, et les musulmans, qui avaient fait le trajet inverse pour les remplacer et s’installer dans leur nouvelle patrie, avaient détruit nombre des sanctuaires de leurs prédécesseurs. » (p. 27). Combien de trésors historiques et architecturaux dynamités ?…

Mon passage préféré : « – Pourquoi est-ce que vous autres journalistes êtes toujours en quête d’insolite ? demanda Azhar en levant les épaules. Pourquoi ne pas écrire sur les choses de tous les jours ? – Le quotidien, c’est l’affaire du romancier, dit Saif Aziz en faisant tournoyer son parapluie au-dessus de leur tête. Le journaliste, lui, a pour tâche de traiter de l’extraordinaire. » (p. 177).

Ce roman n’est pas à proprement parlé un roman policier mais il y a une enquête pour découvrir qui a tué le juge Anwar, enquête qui n’avance pas et le vieux chrétien est le coupable idéal… L’auteur en profite plutôt pour aligner une sacrée galerie de personnages, tous écrasés par la religion et les interdits. Sacrée ambiance ! Ce roman se déroule dans les années 80 mais est-ce que les choses ont changé depuis ?

Je suis très contente d’avoir lu ce premier roman de Nadeem Aslam (paru plusieurs années après son écriture et sa parution en Angleterre) dans le cadre de la lecture commune du challenge Les étapes indiennes pour la fête nationale du Pakistan le 14 août. Il paraît que ses romans suivants sont encore meilleurs alors j’en lirai d’autres à l’occasion.

Ce roman entre aussi dans le Challenge de l’été #2 puisqu’il emmène ses lecteurs au Pakistan et dans Polar et thriller 2021-2022.

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Toto Ninja Chat et l’évasion du cobra royal de Dermot O’Leary

Toto Ninja Chat et l’évasion du cobra royal de Dermot O’Leary.

Gallimard jeunesse, collection Grand format littérature, juin 2019, 208 pages, 12,90 €, ISBN 978-2-07512-155-2. Toto the Ninja Cat and the Great Snake Escape (2017) est traduit de l’anglais par Karine Chaunac.

Genres : littérature anglaise, fantastique, jeunesse.

Dermot O’Leary naît le 24 mai 1973 à Colchester dans l’Essex (Angleterre). Il est Anglo-Irlandais. Animateur (radio et télévision) depuis 1998, il s’inspire de ses deux chats (Toto et Silver) pour se lancer dans l’écriture de cette série destinée à la jeunesse, Toto Ninja Chat (4 tomes pour l’instant). Toto Ninja Chat et le grand braquage du fromage (tome 2, 2019), Toto Ninja Chat et le concert de l’enfer (tome 3, 2020) et Toto the Ninja Cat and the Mystery Jewel Thief (encore non traduit en français, 2021).

Nick East, né le 28 février 1968 dans le Yorkshire, est un illustrateur jeunesse anglais.

Toto, une minette noire, et Silver, son frère gris, vivent avec un couple à Londres depuis trois semaines. Ils dorment mais Toto entend dehors un « vacarme infernal » (p. 9.) Toto est pratiquement aveugle mais elle a suivi une formation de ninja en Italie (les deux chats arrivent des Pouilles). L’intrus qui se nourrit dans la poubelle de Papa et Mamma est Alexandre Rattinoff XXXIII, surnommé Facedechat. Il dit être un chat mais j’ai plutôt l’impression que c’est un rat… !

Facedechat propose à Toto et Silver de leur faire visiter le quartier, Camden, et leur fait prendre le « métro des animaux » (p. 42). C’est le même que celui des humains mais les animaux voyagent sur le toit. Ce que découvrent Toto et Silver est magnifique, la cathédrale Saint-Paul, la tour de Londres, le palais de Buckingham, le Shard (le plus haut building de Londres). Les deux chats se font, en une nuit, de nouveaux amis, des chauves-souris, des corbeaux, des goélands, … et même les chiens de la Reine ! Et, au 10 Downing Street, Facedechat leur présente Larry le chat (qui bizarrement ressemble lui aussi à un rat).

Mais, alors que Facedechat raccompagne Toto et Silver chez eux, les trois amis se rendent compte que Camden est « en plein chaos animalier » (p. 62). Brian, « le célèbre cobra royal du zoo de Londres, un des plus dangereux reptiles au monde » (p. 67), s’est échappé ! Au zoo, après une rencontre avec le couple de tigres, Melati et Jae Jae, fort sympthiques (si, si !), les trois amis doivent s’enfoncer dans un égout où Brian s’est rendu pour manger des rats, un égout « sale, malodorant et humide » (p. 103).

Ah, j’avais bien deviné pour Facedechat ! Mais c’est vrai qu’il ressemble quand même un peu à un chat, du moins aux yeux de son père, « Henrich Rattinoff, 835e du nom, roi de Camden, Regent’s Park, Primrose Hill et des quartiers alentours » (p. 124) qui l’a banni de Ratville…

Rats et chats s’enfoncent dans le tunnel où Brian a été repéré : « […] un serpent gigantesque. Il avait l’air féroce. Il avait l’air terrifiant. Il avait l’air… endormi. » (p. 131).

Vous voulez savoir pourquoi Brian s’est enfui du zoo et lire une belle histoire d’amitié (d’amour même) ? Lisez ce premier tome de Toto Ninja Chat ! L’aventure et le suspense sont au rendez-vous et surtout c’est drôle et très bien illustré. Je l’ai acheté pour le Mois anglais, non seulement je ne regrette pas mais en plus j’ai hâte de lire les tomes suivants ! Sharon l’a également lu et apprécié.

Je mets aussi cette excellente lecture dans A year in England, Challenge de l’été #2 (Angleterre), Jeunesse young adult #10, Littérature de l’imaginaire #9, Petit Bac 2021 (catégorie Animal pour Cobra royal) et Voisins Voisines 2021 (Angleterre).

Sa Majesté mène l’enquête 1 – Bal tragique à Windsor de S.J. Bennett

Sa Majesté mène l’enquête 1 – Bal tragique à Windsor de S.J. Bennett.

Presses de la Cité, mai 2021, 352 pages (l’éditeur annonce 280 pages mais mon livre contient bien 352 pages), 14,90 €, ISBN 978-2-25819-473-1. The Windsor Knot (2020) est traduit de l’anglais par Mickey Gaboriaud.

Genres : littérature anglaise, roman policier, espionnage.

S.J. Bennett, née en 1966, est en fait Sophia Bennett, autrice de romance et de romans jeunesse. Plus d’infos sur son site officiel, son blog et sa page FB (in English, of course). Bal tragique à Windsor est le premier tome d’une série de cozy mystery mettant en scène la reine Elizabeth II.

Avant de commencer ma chronique de lecture, je voudrais dire une chose. Le mot « cosy » existe en français, c’est un anglicisme qui signifie agréable, confortable. Mais le terme anglais consacré pour le genre littéraire qui nous concerne ici est cozy mystery ou cozies (au pluriel) et non « cosy mystery » comme je le vois un peu partout (ce qui m’énerve prodigieusement parce que, nous, Français, sommes pour la majorité incapables de respecter les mots ou les noms étrangers sans les déformer ou les franciser…). En tout cas, j’en disais plus sur le cozy mystery ici.

Avril 2016. Le lendemain d’une soirée dine-and-sleep et d’un bal à Windsor, un pianiste russe est « retrouvé mort dans son lit » (p. 14). La reine « avait rencontré ce jeune homme. Elle avait même dansé avec lui, en fait. » (p. 14). Mais, alors que le cadavre est emporté à la morgue, la reine apprend de son secrétaire particulier, sir Simon Holcroft, que le jeune artiste, Maksim Brodski (24 ans), était nu et pendu avec une ceinture de peignoir mauve dans la penderie… Shocking ? Même pas, la reine en a vu et entendu d’autres durant toutes ces années ! Cependant la reine doit accueillir le couple Obama donc « Ils revinrent aux affaires courantes. Tout cela était néanmoins très déstabilisant. » (p. 24) parce que ce n’est ni un suicide ni un accident mais un meurtre ! « Il y avait un assassin en liberté au château de Windsor. En tout cas, il y en avait eu un la veille au soir. » (p. 48).

C’est vraiment amusant de savoir que la reine Elizabeth II fait des recherches Google sur son iPad à 90 ans. J’ai aimé la tendresse et l’humour entre la reine et son époux, Philip (il lui ramène des caramels écossais dont elle raffole). Il y a des événements surprenants comme la balade surréaliste de la reine avec ses chiens (corgis et dorgis) et les policiers responsables de l’enquête, sous la pluie. So British, me direz-vous.

En tout cas, Humphreys, le directeur du MI5, est persuadé que ce meurtre a été commis par un agent dormant russe présent à Windsor depuis peut-être très longtemps… En grand secret, la reine et sa nouvelle secrétaire particulière adjointe, Rozie Oshodi, une jeune femme surdouée originaire du Nigeria, mènent l’enquête. C’est que « La reine résout des énigmes criminelles. Je crois qu’elle a démêlé sa première affaire dès l’âge de 12 ou 13 ans. Toute seule. Elle voit des choses que les autres ne voient pas – souvent parce qu’ils ont tous le regard rivé sur elle. Ses connaissances couvrent aussi énormément de domaines. Elle a un œil de lynx, du flair pour déceler les mensonges et une mémoire fabuleuse. » (p. 103-104).

Allez, venez admirer les tenues colorées de la reine, boire le thé en mangeant des scones, faire une balade royale à cheval ou à poney, découvrir ses souvenirs d’enfance ou de guerre… Et puis, essayez de respecter le protocole et de ne pas mettre les pieds dans le plat comme le président Obama : « – Je crois savoir que vous avez eu un petit problème ici. Avec un jeune Russe. Si nous pouvons aider d’une manière ou d’une autre… La reine se tourna vers lui avec une expression grave, puis sourit brièvement pour dédramatiser. – Merci. Nos services de renseignement semblent maîtriser la situation. Je crois qu’ils pensent que c’est le majordome qui a fait le coup. – Ce serait conforme à la tradition. – J’espère que ce n’est pas lui. Je suis plutôt attachée à mes domestiques. » (p. 208).

Quant à la reine, elle est bien au courant de l’évolution du progrès technologique et des mentalités. « Aujourd’hui, tout pouvait avoir des conséquences importantes. Personne ne savait plus garder un secret. » (p. 250). Mais elle enquête avec une si grande discrétion que pratiquement personne n’est au courant (sauf le lecteur mis dans la confidence bien sûr). D’ailleurs, le roman est très bien documenté même s’il y a un petit côté qui ne se prend pas au sérieux ; c’est léger, c’est frais (je veux dire pluvieux) et je prendrai grand plaisir à retrouver Rozie et la reine dans les tomes suivants.

Une jolie lecture pour le Mois anglais que je mets également dans A year in England, British Mysteries #6, Petit Bac 2021 (catégorie Lieu pour Windsor), Polar et thriller 2020-2021 et Voisins Voisines 2021 (Angleterre).

L’attaque du Calcutta-Darjeeling d’Abir Mukherjee

L’attaque du Calcutta-Darjeeling d’Abir Mukherjee.

Liana Levi, collection Policiers, octobre 2019, 400 pages, 21 €, ISBN 979-1-03490-190-6. A Rising Man (2017) est traduit de l’anglais par Fanchita Gonzalez Batlle.

Genres : littérature anglo-indienne, roman policier, premier roman.

Abir Mukherjee naît en 1974 à Londres dans une famille indienne mais il grandit en Écosse. Diplômé de la London School of Economics, il travaille dans le monde de la finance puis se lance dans l’écriture de romans historiques policiers. L’attaque du Calcutta-Darjeeling est le premier tome de la série avec le capitaine Sam Wyndham et le sergent Surendranath Banerjee (*). Ce premier roman est lauréat du Historical Dagger Award 2017 et du Prix du polar européen 2020. Les autres romans de la série sont A Necessary Evil (2017) soit en français Les princes de Sambalpur (Liana Levi, 2020), Smoke and Ashes (2018), Death in the East (2019) et un roman indépendant de la série, Sin is the New Love (2018). Plus d’infos sur le site d’Abir Mukherjee.

(*) Un Surendranath Banerjee a réellement existé (1848-1925), c’était un homme politique indien qui a créé la Indian National Association (une organisation nationaliste) avec Ananda Mohan Bose en 1876 (à noter qu’il y a une madame Bose dans le roman mais, bon, elle a une autre fonction…). Comme les Britanniques n’arrivent pas (ou ne font pas l’effort ?) à prononcer correctement les (pré)noms indiens, le sergent Surendranath Banerjee est surnommé en anglais Surrender-Not ce qui signifie « abandonner-non » (en français Satyendra, devient simplement Sat). Quant au nom de l’auteur, Mukherjee donc, il y a dans le roman un chef d’organisation « nommé Jatindranath Mukherjee, que les indigènes appelaient « Bagha Jatin », le Tigre. » (p. 171) et ce penseur révolutionnaire a réellement existé (1879-1915), un ancêtre de l’auteur ?

Quartier de Black Town, Calcutta., avril 1919. Un sahib (un Britannique) a été retrouvé égorgé dans une ruelle nauséabonde près d’un bordel. Le capitaine Samuel (Sam) Wyndham, un ancien de Scotland Yard arrivé en Inde depuis une semaine, son second l’inspecteur adjoint Digby, et le sergent Satyendra (Sat) Banerjee mènent l’enquête. « Inhabituel de trouver un cadavre de sahib dans cette partie de la ville. » (p. 13). Le mort est Alexander MacAuley, un haut-fonctionnaire proche des nantis et du gouverneur…

Ce poste de capitaine au Bengale, Wyndham l’a eu grâce à Lord Charles Taggart, le chef de la police mais Digby est mécontent car la promotion qu’il espérait lui est passée sous le nez.

J’ai aimé l’honnêteté de Banerjee. « Banerjee réfléchit un instant. ‘Je crois qu’un jour nous pourrons effectivement obtenir notre indépendance. Ou bien les Britanniques pourraient partir définitivement. Dans un cas comme dans l’autre je suis certain qu’un tel événement ne sera pas le signal de la paix universelle et de la bonne volonté parmi mes concitoyens, quoi que puisse en penser M. Gandhi. Il y aura encore des meurtres en Inde. Si vous partez, monsieur, nous aurons besoin de compétences pour occuper les postes que vous laisserez vacants. C’est aussi valable pour faire respecter la loi que pour le reste. » (p. 28).

J’ai aimé aussi en apprendre un peu plus sur le passé de Wyndham, son enfance, orphelin de mère, père remarié, internat, entrée dans la police grâce à un oncle, puis la brigade criminelle, le mariage avec Sarah, l’incorporation dans l’armée en janvier 1915, sa montée en grades, cette première guerre mondiale dans laquelle il a tout perdu (son père, son demi-frère, ses compagnons d’armes, tous morts, et même Sarah de la grippe espagnole…), lui-même ayant été gravement blessé dans une tranchée française sous les bombes allemandes. Tout ça fait l’homme, le policier, qu’il est devenu et explique son départ pour l’Inde puisqu’il n’avait plus personne en Angleterre.

« Le Bengale : terre verdoyante, d’abondance et d’ignorance. Il m’est apparu comme un pays de jungle fumante et de mangrove détrempée, plus d’eau que de terre. Son climat était hostile, tantôt desséché par un soleil brûlant, tantôt trempé par les pluies de la mousson, comme si Dieu lui-même, dans un mouvement d’humeur, avait choisi dans la nature tout ce qui était abominable pour un Anglais et l’avait installé dans cet endroit maudit. Il allait donc de soi que c’était ici, à quatre-vingt miles à l’intérieur des terres, dans un marais à malaria sur la rive occidentale du Hoogly boueux, que nous devions juger souhaitable de construire Calcutta, notre capitale indienne. Je suppose que nous aimons les défis. » (p. 38-39). Je ne savais pas que Calcutta était une ville (commerciale) construite de toute pièce par les Britanniques ! Dans le style « néo-classique colonial – tout en colonnes, corniches et fenêtres garnies de volets –, elle était peinte en bordeaux. Si le Raj, l’Empire britannique d’ici, a une couleur, c’est le bordeaux. » (p. 40).

Dans ce premier roman, j’ai trouvé vraiment intéressant qu’un Anglo-Indien donne la parole à un Anglais (Wyndham) et à un Indien (Banerjee) et que les deux puissent confronter leurs avis, pas toujours divergents. Et puis il y a aussi de bonnes idées pour les femmes. « C’est étonnant qu’un homme aussi haut placé que MacAuley ait eu une femme comme secrétaire. Mais les temps changent. En Angleterre aussi on dirait qu’il y a beaucoup plus de femmes qui exercent le métier d’hommes envoyés dans les tranchées. Maintenant que la guerre est finie elles n’ont pas l’air pressées de retourner à la cuisine. Je trouve cela très bien. Tout homme qui a passé du temps dans un hôpital de campagne soigné par des infirmières est prêt à vous dire que davantage de femmes au travail est une chose à encourager chaudement. » (p. 50). D’ailleurs la secrétaire de MacAuley s’appelle Annie Grant et elle va devenir amie avec Wyndham, de plus c’est non seulement une femme mais en plus une métis anglo-indienne. Elle fait partie des « Européens domiciliés. » (explications édifiantes p. 126-127).

Je reviens sur Calcutta, la ville étant un des personnages centraux de ce roman qui fait vraiment voyager (même si chaleur torride, humidité et moustiques ne font pas très envie…). « Rien, sauf peut-être la guerre, ne vous prépare pour Calcutta. » (p. 67). Selon le baron Robert Clive (1725-1774, apparemment, c’était quelqu’un de célèbre, ah oui, major-général, pair d’Irlande et gouverneur du Bengale), Calcutta est « l’endroit le plus cruel de l’Univers » (p. 67), gloups ! Et sur sa population : une des particularités des Bengalis – contrairement aux Pendjabis, aux Sikhs et aux Pathans, c’est de ne pas aimer se battre et de préférer les mots, c’est pourquoi les Britanniques craignent que les Bengalis manigancent et complotent. Mais Wyndham « aime beaucoup l’idée qu’un peuple préfère parler plutôt que se battre. » (p. 68). Vous voyez, ce roman est bien plus qu’un simple roman policier !

D’ailleurs revenons à l’enquête. Wyndham habite dans une pension (où la bouffe est dégueulasse) et il embauche Salman, un jeune conducteur (tireur en fait) de rickshaw pour pouvoir être conduit n’importe quand, de jour comme de nuit, n’importe où. En plus du meurtre de MacAuley, Wyndham et son équipe sont appelés sur l’attaque d’un train de nuit en provenance de la gare de Sealdah (Calcutta) à destination de Darjeeling (d’où le titre), attaque durant laquelle des indigènes ont tué le jeune Hiren Pal. Au mauvais moment au mauvais endroit ou les deux affaires sont liées ? « Une bande de dacoits attaque un train, tue un surveillant et s’en va sans rien voler ? C’est ridicule. […] tous les sacs de courrier sont toujours là, et comme je l’ai déjà dit, ils n’ont pas dépouillé les voyageurs. » (p. 91) mais « si leur objectif était le vol, pourquoi n’ont-ils rien emporté ? » (p. 96).

Les deux enquêtes se déroulent du mercredi 9 avril 1919 (pour MacAuley) / jeudi 10 avril 2019 (pour l’attaque du train) au mardi 15 avril 1919, ce sont donc des enquêtes courtes mais il s’en passe des choses, il y a des trahisons, des rebondissements et la fin est vraiment surprenante ce qui me donne très envie de lire la suite des aventures de Wyndham et Banerjee.

D’autant plus que j’ai aimé l’humour de l’auteur, un humour à la fois so british et à la fois indien. Voici trois extraits représentatifs. « Mieux vaut parfois ne pas se réveiller. Mais à Calcutta c’est impossible. Le soleil se lève à cinq heures en déclenchant une cacophonie de chiens, de corbeaux et de coqs, et au moment où les animaux se fatiguent, les muezzins démarrent, de chaque minaret de la ville. Avec tout ce bruit, les seuls Européens à ne pas être déjà éveillés sont ceux qui sont ensevelis au cimetière de Park Street. » (p. 81). « […] j’ai appris que la meilleure chose à faire dans une telle situation est de l’ignorer et d’aller déjeuner. L’ennui c’est que je ne sais pas où. Je ne suis pas à Londres. Ici, sous les tropiques, où un Anglais peut attraper la dysenterie rien qu’en regardant un sandwich comme il en faut pas, le choix d’un endroit où se restaurer est potentiellement une question de vie ou de mort. » (p. 119). « La pluie torrentielle a engorgé les égouts et transformé les rues en canaux, faisant de Black Town une Venise du pauvre, quoiqu’avec moins de gondoles et plus de rats noyés. » (p. 300).

Ce roman est vraiment complet, des personnages fouillés, des descriptions incroyables et un peu de géographie, deux enquêtes prenantes, de la politique (les lois Rowlatt contre le terrorisme viennent d’être votées), de l’Histoire (le Raj peut-il tenir face à la détermination des peuples ?), de l’humour (extraits ci-dessus) et une sérieuse analyse de la situation : « Je me sens gêné. Je lui dois la vie, et pourtant j’ai du mal à lui dire merci. C’est l’effet de l’Inde, difficile pour un Anglais de remercier un Indien. Bien sûr, c’est assez facile quand il s’agit de menus services tels qu’aller vous chercher à boire ou cirer vos bottes, mais quand on en vient à des questions plus importantes, comme dans notre cas, c’est différent. Cette idée me laisse un goût amer dans la bouche. » (p. 224).

Ma note de lecture est longue pourtant j’ai l’impression de ne pas vous avoir dit grand-chose ! Excellente lecture addictive pour Les étapes indiennes #2 que je mets aussi dans A year in England 2021 et British Mysteries #6 et Voisins Voisines 2021 (je rappelle qu’Abir Mukherjee est né à Londres) ainsi que dans le Challenge lecture 2021 (catégorie 7, un roman avec une couverture rouge), Petit Bac 2021 (catégorie Voyage, pour le train Calcutta-Darjeeling, bon ce n’est pas l’Orient-Express mais quand même !) et bien sûr dans Polar et thriller 2020-2021 et même dans le Mois du polar (car si je publie cette note de lecture maintenant, j’ai lu ce roman durant le week-end du 27-28 février, donc durant le Mois du polar).

Le Liseron illustré par Walter Crane et Edmund Evans

Le Liseron illustré par Walter Crane et Edmund Evans.

Hachette, collection Magasin des petits enfants, 1874, 26 pages.

Genres : littérature enfantine illustrée, conte.

Walter Crane naît le 15 août 1845 à Liverpool (Angleterre). Il étudie avec le graveur William James Linton (1859-1862) et devient peintre, illustrateur, artiste, membre du mouvement artistique des Arts & Crafts, mais aussi écrivain et socialiste (ami avec John Ruskin et William Morris, entre autres). Il meurt le 14 mars 1915 à Horsham dans le Sussex (Angleterre).

Edmund Evans naît le 23 février 1826 à Southwark à Londres (Angleterre). Peintre, illustrateur, imprimeur et graveur, il développe une technique en provenance d’Asie sur bois en couleurs et devient un incontournable au XIXe siècle. Ainsi il travaille pour des classiques de littérature d’enfance et de jeunesse. Il meurt à Ventnor sur l’île de Wight le 21 août 1905.

Village de Fière-Garde. Le père est mort à la guerre, la mère de chagrin et la fillette, Louise, est orpheline. Les gens du village prennent soin de celle qu’ils surnomment Liseron parce que « le liseron est une plante agréable à voir, courageuse, contente de vivre, qui grimpe le long des haies quand elle peut, qui rampe à terre quand il le faut, qui fleurit partout, même entre deux pavés, même en plein soleil, et qui réjouit les gens par sa jolie couleur et son parfum délicat d’amande amère. » (p. 4) et, en échange, elle garde leurs brebis.

On est après 1515 puisque le Comte de Fière-Garde, blessé à la bataille de Marignan (septembre 1515), est mort quelques années après. La Comtesse de Fière-Garde qui était en Italie pour le soigner vient de rentrer au village et, entendant Liseron chanter, elle questionne la bergère. Celle-ci répond qu’elle aimerait des souliers pour ne plus entrer pieds nus dans la maison du Seigneur le dimanche et qu’elle aimerait savoir lire pour connaître les noms de toutes les choses qu’elle ne connaît pas. « On m’a dit qu’on trouve tout dans les livres. » (p. 12).

D’abord, merci à Katell de Chatperlipopette pour l’info sur FB et à Gallica-BnF pour ce conte, Le Liseron.

Ensuite, deux infos importantes. 1. Magasin des petits enfants est une « nouvelle collection de contes avec un texte imprimé en gros caractères et de nombreuses illustrations en chromolithographie ». 2. La chromolithographie est un procédé d’impression lithographique en couleurs datant de 1837 (impression couleur par couleur, jusqu’à 16 couleurs différentes, donc j’imagine qu’il fallait un passage par couleur).

Louise, la petite bergère orpheline, devient une belle jeune femme, instruite, aimante et comme une fille pour la comtesse dont le fils unique est au service du Roi. Ah, les orphelin(e)s dans la littérature des XIXe et XXe siècles, et les bergères et les princes dans les contes, c’est du pain béni ! Si le conte est français, les deux illustrateurs, très célèbres, sont Anglais et de l’époque victorienne (1837-1901) donc voici cette lecture dans A year in England et le thème de février (époque victorienne) honoré.

Mais aussi dans 2021, cette année sera classique, Challenge lecture 2021 (catégorie 32, un livre dont le titre comprend le nom d’une fleur), Les classiques c’est fantastique (pour l’histoire d’amour entre la bergère et le capitaine de Fière-Garde), Contes et légendes #3, Jeunesse et Young Adult #10, Projet Ombre 2021 et Les textes courts.

Le bureau du mariage idéal d’Allison Montclair + réflexion sur le cozy mystery

Une enquête de Sparks & Bainbridge – Le bureau du mariage idéal d’Allison Montclair.

10/18, collection Grands détectives, octobre 2020, 384 pages, 8,10 €, ISBN 978-2-26407-683-0. The Right Sort of Man: A Sparks & Bainbridge Mystery (2019) est traduit de l’anglais par Anne-Marie Carrière.

Genres : littérature anglaise, roman policier.

Allison Montclair… Peu d’infos sur elle. Ce serait un pseudonyme d’une autrice anglaise ayant déjà écrit de la fantasy et de la science-fiction mais GoodReads dit que The Right Sort of Man: A Sparks & Bainbridge Mystery (2019) est son premier roman. Elle grandit avec les livres d’Agatha Christie et les films de James Bond d’où sa passion pour les intrigues criminelles et l’espionnage. Du même auteur : Cozy Case Files, A Cozy Mystery Sampler (tomes 6 en 2019 et 9 en 2020), ainsi que A Royal Affair: A Sparks & Bainbridge Mystery (juillet 2020) et A Rogue’s Company: A Sparks & Bainbridge Mystery (annoncé pour juin 2021).

Londres, 1946. Miss Iris Sparks (célibataire de 28 ans) et Mrs Gwendolyn Bainbridge (jeune veuve de guerre) ont créé une agence matrimoniale, le Bureau du mariage idéal il y a trois mois. Et ça fonctionne bien, elles ont déjà une centaine de clientes, presque une centaine de clients et elles sont douées. Mais leur nouvelle cliente, Matilda (Tillie) La Salle, est poignardée et les policiers de Scotland Yard pensent que le tueur est l’homme avec qui elle avait rendez-vous, Richard (Dickie) Trower. « – Vous croyez sincèrement à l’innocence de Dickie Trower ? – Plus que jamais. Que Dieu lui vienne en aide, car la police, elle, n’y croit pas. – Dans ce cas, nous devons lui prêter main forte, affirma Gwen. En clair, nous devons démasquer le véritable assassin. » (p. 70).

Non seulement Iris et Gwen pensent que Dickie est innocent mais elles doivent renflouer la respectabilité de leur agence ! Pendant que Gwen rend visite à Dickie à la prison de Brixton, Iris doit mettre dehors Gareth Pontefract, un journaliste mufle qui va les harceler… « Ce crapaud visqueux du Daily Mirror ? » (p. 122).

Au fur et à mesure de la lecture, le passé et le caractère d’Iris et de Gwen se mettent en place (par bribes, il y a encore beaucoup de choses à apprendre, ou pas selon ce que l’autrice dévoilera dans les prochains tomes) mais mon personnage préféré est l’ami d’Iris, Sally Danielli, médaillé militaire qui rêve de devenir dramaturge et qui les aide régulièrement.

Le lecteur découvre des personnages attachants et la ville de Londres en partie détruite après le Blitz avec le rationnement, les trafics, le marché noir et l’envie de revivre normalement. Mais Iris et Gwen vont se mettre en danger… « Je faisais un rapport à ma hiérarchie. Et non, vous ne pourrez pas le vérifier, parce que vous n’aurez pas leurs noms. Et vous avez intérêt à me croire sur parole, parce que vous ne saurez rien d’autres. D’ailleurs, vous en savez déjà trop. » (p. 257).

Qu’est-ce que le cozy mystery ? Mot à mot, ça signifie « mystère douillet » (enfin « douillet mystère » puisque l’adjectif se met avant le nom en anglais), ce qui donne déjà une petite idée mais je vais un peu développer. Deux séries fondatrices et incontournables, la pionnière Miss Maud Silver (1928-1961) de Patricia Wentworth (1878-1961) [L’affaire est close] et la précurseur(e) Miss (Jane) Marple (1930-1976) d’Agatha Christie (1890-1976). Les points communs ? Les deux autrices sont Anglaises et elles ont chacune créé une héroïne qui résout les enquêtes en restant douillettement chez elle (même s’il y a tout de même quelques excursions à l’extérieur). Les Anglais les avaient surnommées les armchair detectives (c’est-à-dire les détectives en fauteuil).

Il y a recrudescence de publications ces dernières années avec les séries les plus connues comme Agatha Raisin ou Hamish Macbeth de M.C. Beaton [Agatha Raisin enquête – La quiche fatale, Hamish Macbeth 1 – Qui prend la mouche, Hamish Macbeth 2 – Qui va à la chasse], Les détectives du Yorkshire de Julia Chapman [Rendez-vous avec le crime], ma préférée, Son espionne royale de Rhys Bowen [Son espionne royale mène l’enquête, Son espionne royale et le mystère bavarois, Son espionne royale et la partie de chasse] et d’autres que je n’ai pas (encore) lues. Les autrices majoritairement sont Anglaises, leurs héroïnes des jeunes femmes qui ne sont pas officiellement policières (amateurs mais efficaces ! Elles ont parfois un contact dans la police) et elles ne sont plus détectives en fauteuil (plutôt âgées) mais jeunes, jolies, intelligentes et actives.

Alors est-ce toujours du cozy mystery ? Oui, parce que l’histoire n’est pas très violente (pas de serial killer mais des meurtriers classiques), pas vulgaire (les jeunes enquêtrices amateurs sont bien éduquées et ont même parfois un travail) mais les énigmes ne se résolvent pas toutes seules et les enquêtrices peuvent être en danger, toutefois cela reste toujours confortable et pour elles et pour les lecteurs. Attention, il y a aussi des auteurs masculins de cozy mystery comme M.R.C. Kasasian [Les enquêtes de Middleton & Grice – Petits meurtres à Mangle Street et La malédiction de la Maison Foskett]. Alors, avez-vous déjà lu du cozy mystery ?

Une excellente lecture (je veux la suite !) que je mets dans les challenges A year in England, British Mysteries #6, Challenge lecture 2021 (catégorie 34, un livre qui se passe au Royaume-Uni), Mois du polar, Petit Bac 2021 (catégorie Lieu pour bureau qui n’est pas ici un meuble mais un lieu loué dans un immeuble), Polar et thriller 2020-2021 et Voisins Voisines (Angleterre).