Petit Piment d’Alain Mabanckou

PetitPimentPetit Piment d’Alain Mabanckou.

Seuil [lien], collection Fiction & Cie, août 2015, 274 pages, 18,50 €, ISBN 978-2-02-112509-2.

Genres : littérature congolaise, littérature francophone.

J’ai reçu Petit Piment dans le cadre du partenariat avec Price Minister – Rakuten Group pour les Matchs de la rentrée littéraire 2015 (#MRL15) : lien vers mon billet de présentation, alors je remercie les organisateurs.

Alain Mabanckou naît le 24 février 1966 à Pointe Noire au Congo. Il étudie le Droit à l’université Paris-Dauphine mais préfère se consacrer à l’écriture. Romancier, poète et essayiste, il est aussi professeur de littérature française aux États-Unis où il vit.

Tokumisa Nzambe po Mose yamoyindo abotami namboka ya Bakoko. Qu’est-ce que c’est ? Le véritable nom de Petit Piment ! Et qu’est-ce qu’il signifie ? En lingala : « Rendons grâce à Dieu, le Moïse noir est né sur la terre des ancêtres » (p. 11). Bon, Papa Moupelo, le prêtre zaïrois qui a donné ce nom à l’orphelin dont nous allons suivre l’histoire devait être un adepte de l’humour ! En tout cas, à l’orphelinat de Loango, dans la région du Kouilou au Congo, le nom s’est vite transformé en Moïse, puis plus tard, à la ville, Moïse est devenu Petit Piment.

Mais revenons à l’orphelinat de Loango. Les enfants sont maltraités par les surveillants et le directeur, Dieudonné Ngoulmoumako, alors, la visite de Papa Moupelo, le weekend, est un moment de détente pour eux. « Aujourd’hui encore, pendant que j’écris ces lignes, emmuré dans cet endroit jadis familier mais à présent si différent, j’entends presque la voix de Papa Moupelo me réciter en aparté le passage biblique dans lequel Dieu se manifesta devant Moïse : […]. » (p. 18). Mais un jour, le prêtre ne vient pas et ne reviendra plus… Le local du catéchisme est transformé en « local du Mouvement national des pionniers de la Révolution socialiste du Congo » (p. 31) et les enfants deviennent « les bâtisseurs et les garants de la Révolution socialiste scientifique » (p. 33). « Nous étions trois cent trois pensionnaires, en réalité trois cent trois perroquets avec des connaissances dont nous ne percevions pas dans l’immédiat l’intérêt. Nous n’avions que ça à faire : étudier par cœur des choses qui nous seraient, disait-on, d’une grande utilité dès que pour nous autres les garçons la barbe pousserait sous notre menton ; et pour les filles les seins seraient aussi lourds que des papayes mûres tandis que leur derrière tournerait la tête aux hommes… » (p. 62).

Après avoir perdu la figure du père avec l’absence définitive de Papa Moupelo, Moïse perd la figure de la mère lorsque Sabine Niangui, employée à l’orphelinat, est mise à la retraite. « […] je revis ce temps où j’avais été embauchée dans cet orphelinat alors dirigé par des religieux blancs. Oh, c’était la belle époque, mon petit Moïse ! Rien à voir avec aujourd’hui où l’on mélange politique et éducation des enfants et où l’on considère que les orphelins sont des laboratoires de la Révolution, et vous autres les cobayes sur lesquels ils font leur expérience ! Oui, à l’époque, il n’y avait pas cette Révolution, et on se portait mieux ! J’étais jeune, j’étais belle, mais étais-je heureuse, hein ? Qui peut dire ce qu’est le bonheur ? Tu le peux, toi ? » (p. 91). Moïse décide alors de fuir à la ville, Pointe Noire, avec les jumeaux plus âgés, Tala-Tala et Songi-Songi, mais son meilleur ami, Bonaventure Kokolo, refuse de les suivre… À Pointe Noire (une ville que l’auteur connaît bien puisqu’il y est né et y a grandi), Moïse devient Petit Piment. « Tu ne seras plus ni Robin des Bois, ni Robin le Terrible, c’est fini ! Tu ne seras pas non plus Petit Jean parce que nous avons déjà notre Petit Jean, mais nous l’appellerons « Petit Piment » parce qu’il a fait ses preuves avec du piment, […] » (p. 151). Dans le quartier du Grand Marché où vit Petit Piment, c’est une espèce de cour des miracles avec des paralytiques, des aveugles, des adolescents voyous, mais l’adolescent qui a maintenant 16 ans va rencontrer Maya Lokito, alias Maman Fiat 500, et ses dix « filles ».

Petit Piment, apprend que la vie est faite de rencontres et de petits moments de bonheur à chérir précieusement, mais surtout d’obligations, de déceptions, d’abandons et de souffrance…

Comme il y a de nombreux personnages, j’ai eu, au début, un peu de mal avec les noms mais une fois habituée, j’ai passé un très bon moment de lecture et j’ai appris pas mal de choses sur le Congo et son histoire. Par exemple, je ne savais pas qu’il y avait autant d’ethnies au Congo ! Membé, Mbochi, Bantou, Vili, Dondo, Yombé, etc. Et qu’il y avait autant de différences dans leurs modes de vie, leurs traditions, leurs légendes, leurs folklores, leurs alimentations, et donc autant de problèmes… Par contre, que des militaires cubains étaient venus se battre en Angola, je le savais mais pas qu’ils étaient passés par le Congo et y avaient laissé de nombreuses filles enceintes.

J’ai eu un petit problème avec l’épisode du chat noir sur la plage (p. 161 à 166), je ne m’attarde pas là-dessus…

RentreeLitteraire2015Alain Mabanckou est un excellent conteur qui ne manque ni d’idées ni d’humour et, s’il utilise le même thème du personnage principal qui raconte sa vie entre quatre murs, il le fait de façon différente : dans Tais-toi et meurs, Julien Makambo est adulte et il a quitté le Congo pour la France où il s’est fait piégé (il raconte environ cinq ans de sa vie) ; ici Petit Piment reste au pays et c’est plutôt toute sa vie (plus de quarante ans) qui défile sous les yeux du lecteur qui jugera si tout cela est réalité ou fable. « Ce qui est certain c’est que vous ne manquez pas d’imagination, monsieur Petit Piment ! » (p. 240). Ce qui est certain, c’est que Petit Piment est émouvant sans être naïf et que sa faiblesse (orphelin, il est seul au monde) le rend fort dans ce Congo des années 70 et 80.AfriqueLogo-Ostinato

Une très belle lecture dépaysante que je mets dans les challenges 1 % de la rentrée littéraire 2015 et À la découverte de l’Afrique.

Publicités