La baignoire de Lee Seung-u

CoreeLogo2Comme je le disais hier [lien], je voudrais parler de deux ou trois trucs coréens avant que le Challenge coréen ne se termine (le 31 décembre).

Voici donc une autre lecture :

baignoire-coreeLa baignoire de Lee Seung-u.

Serge Safran, mars 2016, 140 pages, 15,90 €, ISBN 979-10-90175-46-4. Yokjoga noingbang (2006) est traduit du coréen par Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet.

Genre : littérature coréenne.

Lee Seung-u naît le 21 février 1959 à Jangheung (Corée du Sud). Il étudie la théologie et devient journaliste puis écrivain et professeur de littérature coréenne à l’université Chosun. Il a reçu de nombreux prix littéraires en Corée du Sud mais toute son œuvre n’est pas encore traduite en français. Du même auteur : L’envers de la vie (Zulma, 2000), La vie rêvée des plantes (Zulma, 2006), Ici comme ailleurs (Zulma, 2012), Le vieux journal (Serge Safran, 2013) et Le regard de midi (Decrescenzo, 2014).

L’homme a rencontré une femme, durant un voyage d’affaires aux Caraïbes et aux pyramides mayas. Que fut leur histoire d’amour ? « Viens chercher ton rasoir et ton cadre », c’est le sms reçu « il y a quelques mois » (p. 13) mais que l’homme a ignoré… Il travaille en province et son épouse est restée à Séoul mais il est rappelé à la capitale au siège social de l’entreprise et se décide à aller dans l’appartement chercher son rasoir et son cadre.

D’emblée je suis surprise, l’auteur utilise le « vous » ce qui est surprenant pour le lecteur ! Ça peut être un bon point pour ce roman, une lecture différente. Mais, franchement, je n’ai pas accroché, je me suis ennuyée ferme, je suis passée à côté… Toutefois je souhaite dire que j’aime beaucoup cette collection avec ses couvertures de couleur orange. Et voici quelques extraits qui m’ont plu et que je veux garder en mémoire :

« L’homme est un être facilement influençable, ou qui aime se laisser influencer. » (p. 10).

Qu’est-ce que l’amour ? « C’est toujours une histoire en construction. » (p. 36).

RaconteMoiAsie2« Les coïncidences sont autant de causes et de prétextes. » (p. 59).

« […] le lecteur lira comme bon lui semble. » (p. 93).

Une lecture que je mets dans le challenge Raconte-moi l’Asie.

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Hiver à Sokcho d’Elisa Shua Dusapin

CoreeLogo2Avant la fin de l’année, je voudrais parler de deux ou trois trucs coréens avant que le Challenge coréen ne se termine (le 31 décembre).

Voici déjà une lecture :

hiversokchoHiver à Sokcho d’Elisa Shua Dusapin.

Zoé, août 2016, 140 pages, 15,50 €, ISBN 978-2-88927-341-6. Prix Robert Walser 2016.

Genres : premier roman, littérature coréenne (franco-suisse).

Elisa Shua Dusapin naît en 1992 de mère sud-coréenne et de père français, ainsi elle grandit entre la Corée du Sud, la France et la Suisse où elle vit actuellement. Elle est comédienne et étudiante en Lettres à l’université de Lausanne. Elle a coécrit un spectacle musical, M’sieur Boniface, et Hiver à Sokcho est son premier roman.

rentreelitteraire2016Une jeune Coréenne travaille dans l’hôtel du vieux Park depuis un mois : elle accueille les clients et fait les repas pour la pension. Arrive un Français, Yan Kerrand. Elle, qui vit seule avec sa mère, sait qu’elle a un père français qu’elle n’a jamais connu, elle a étudié la littérature coréenne et française mais elle est trop intimidée pour parler le français. « Il est arrivé dans un manteau de laine. Sa valise à mes pieds, il a retiré son bonnet. Visage occidental. Yeux sombres. Cheveux peignés sur le côté. Son regard m’a traversée sans me voir. » (p. 5, premières phrases du roman). Sokcho, une petite ville à 60 km de la Corée du Nord, est une station balnéaire et en janvier, il n’y a pas grand monde. Il vient de Normandie, elle a lu Maupassant ; il est dessinateur de bandes dessinées et a besoin de calme. « L’ultime et dixième tome de sa série la plus connue sortirait dans le courant de l’année suivante. À travers les commentaires des lecteurs et des critiques, j’ai compris qu’il s’agissait de l’histoire d’un archéologue qui parcourait le monde. Chaque album, un autre endroit, un voyage dans un lavis d’encre sans couleurs. Peu de mots, pas de dialogues. Un homme solitaire. » (p. 39). Mais arriveront-ils à communiquer ? Au même moment, Jun-Oh, le petit ami de la jeune Coréenne, part pour la capitale, il veut devenir mannequin.

DefiPremierRoman2016Les phrases sont souvent courtes, parfois juste un groupe de mots, sans verbe, ce n’est pas le genre de littérature que je préfère mais ce style correspond parfaitement à l’ambiance que l’auteur a voulu donner à son roman, froid, glacial même (j’avais froid rien que de lire les mots !). « Suintant l’hiver et le poisson, Sokcho attendait. Sokcho ne faisait qu’attendre. Les touristes, les bateaux, les hommes, le retour du printemps. » (p. 76). La ville attend mais la jeune Coréenne qu’attend-elle, que va-t-elle faire de sa vie ? Il y a aussi de belles virées dans le centre ville, dans le no man’s land entre le Sud et le Nord, dans la réserve naturelle de Seoraksan. L’auteur s’attache au travail d’imagination et de création, les décors, les détails, le personnage et la femme que Yan cherche, ce que cherche un auteur, « Une histoire qui ne se terminerait jamais. Qui raconterait tout. Elle serait comprise de tous. Une fable. Une fable absolue. » (p. 104). Et c’est bien là le problème : pudeur, froideur même, incompréhension entre deux mondes tellement différents… Hiver à Sokcho est un joli premier joli roman, agréable à lire, je dirais même maîtrisé au niveau du style et du choix des mots, mais les personnages s’effacent devant la ville, l’ambiance, la nourriture, les odeurs, et j’ai comme une sensation d’inachevé…RaconteMoiAsie2

Une lecture que je mets dans les challenges 1 % rentrée littéraire 2016, Défi Premier roman 2016 et Raconte-moi l’Asie.

Le quartier chinois de Oh Jung-hi

quartierchinoisLe quartier chinois de Oh Jung-hi.

Serge Safran [lien], août 2014, 216 pages, 17,50 €, ISBN 979-10-90175-24-2. Chunggugin kôri (1979) est traduit du coréen par Jeong Eun-jin et Jacques Batilliot.

Genres : littérature coréenne, nouvelles.

Oh Jung-hi 오정희 naît le 9 novembre 1947 à Séoul. Connue dans le monde littéraire dès ses années de lycée, elle étudie l’écriture créative à l’Institut des Arts Sorabol. Guerre, dictature militaire, frère handicapé qui meurt… : elle raconte la Corée et la famille coréenne dans une œuvre énormément traduite dans le monde et qui lui a valu plusieurs prix (Prix Yi Sang 이상문학상, Prix Dong-in 동인문학상).

En commençant ce livre, j’ai cru que Le quartier chinois était un seul roman mais en fait, cet ouvrage contient trois nouvelles : Le quartier chinois, La cour de l’enfance et Le feu d’artifice qu’on peut penser indépendantes mais qui ont une continuité chronologique dans l’évolution de la Corée du Sud. Ma note de lecture est un peu longue mais j’avais des choses à dire sur chacune de ces trois histoires !

Le quartier chinois 중국인 거리 Chunggugin kôri (également connu sous le titre Chinatown) est paru en 1979. « Notre quartier, qu’on appelait le quartier de la mer ou le quartier chinois, était recouvert par la poussière de charbon que charriait le vent d’hiver. Le soleil, qui semblait suspendu dans une brume noirâtre, était aussi flou que la lune en plein jour. » (p. 11). La narratrice est une fillette de 9 ans en troisième année de primaire. Son père est au chômage, sa mère est vendeuse de feuilles de tabac ; elle a un frère aîné, une sœur aînée, un frère cadet, un autre qui est bébé et une grand-mère. La famille est nombreuse et a peu de moyen. Heureusement le père trouve un travail et la famille va vivre dans une autre ville. « Le camion s’arrêta aussi une fois pour prendre de l’essence et deux fois à cause d’une panne, passa par de nombreux points de contrôle, longea des rivières et des montagnes, traversa toute la nuit des bourgades endormies et c’est au lever du jour qu’il arriva dans cette ville. Les rues furent tirées du sommeil par le tintamarre que produisait le moteur asthmatique du camion. » (p. 20). Une allégorie pour dire que la famille quitte le nord ou en tout cas une zone de guerre pour le sud ; pour Incheon, je crois. La famille s’installe dans une maison (élévation dans l’échelle sociale même si la maison est petite et en rez-de-chaussée) avec des portes-fenêtres (ouvertures sur le monde) et le père travaille au point de distribution de pétrole (utilité à la collectivité). Cette ville est aussi occupée par des Chinois (les Japonais sont déjà partis). « Même si nous n’avions aucun contact avec eux, ces maisons à un étage sur la colline et leurs occupants alimentaient en permanence notre imagination et notre curiosité. » (p. 29). Mais, de l’autre côté de la ville, il y a une caserne, des soldats américains et de nombreuses filles deviennent des « putes à yankee »… Dans ce récit, on sent à la fois la douceur de l’enfance et la dureté de la vie coréenne des années 50. Bien que la narratrice soit une fillette, elle voit, elle entend, elle sait et le texte est poétique et cru. La fillette dont on ne connaîtra pas le nom (mais elle est à la fois un souvenir de l’auteur et elle représente tant de fillettes !) passera de l’enfance à l’âge adulte pendant que sa mère accouche de son huitième enfant dans la douleur.

La cour de l’enfance 유년의 뜰 Yunyônûi ttûl (également connu sous le titre Le jardin de l’enfance) est paru en 1980. Une fillette en cinquième année de primaire (elle doit avoir dans les 10 ans) est fascinée par sa mère qui se maquille devant un miroir, le seul bel objet de la pièce dans laquelle la famille vit. Le frère aîné de son côté répète inlassablement des phrases d’anglais pour passer l’examen d’entrée au lycée. « Il étudie dur ! On croirait entendre jacasser un Américain. » (p. 67), se moquent les voisins. Le père est parti à la guerre, la mère travaille comme serveuse dans un restaurant et rentre tard la nuit. La famille s’est réfugiée dans cette chambre que leur louent les propriétaires de la maison des plaqueminiers. Une seule pièce pour la mère, la grand-mère, le frère aîné, la sœur aînée, la fillette et encore deux autres frères dont un bébé… Vous imaginez ?! « L’obscurité montait imperceptiblement du sol, mais le pont était encore illuminé par les rayons pâles du soleil. Des gens qui le traversaient entrèrent dans mon champ visuel rendu flou par les larmes. Je distinguai vaguement des hommes et des femmes, des adultes et des enfants. Les adultes portaient sur le dos une lourde charge. Je compris qu’il s’agissait de gens qui venaient se réfugier dans ce village. Des familles avaient afflué durant tout l’hiver et tout le printemps, leur reflet fatigué se traînant à la surface du ruisseau. » (p. 73). La fillette, surnommée Yeux-Jaunes par les membres de sa famille, se rend compte que la guerre est « loin » mais elle entend les bruits de la guerre, elle voit les réfugiés arriver, le malheur des familles qui ont tout laissé derrière elles, à part leurs biens les plus précieux : leurs enfants et quelques objets indispensables ou de valeur. Des propriétaires pas commodes et des réfugiés toujours plus nombreux à tel point qu’on ne sait plus où les caser… « Tout ce qui appartient aux autres, il ne faut pas le regarder, ni même le montrer. Ils sont hypocrites, ces gens… Ils sont en train de vous tester. Ils pensent que tous ceux qui viennent ici pour fuir la guerre sont des voleurs et des mendiants. C’est déjà un problème que vous soyez si nombreux et si on apprend que vous volez, on ne pourra même pas louer une étable. » (p. 77). Terriblement d’actualité, les réfugiés ! Et puis, un père absent, une mère peu présente, une grand-mère âgée et autoritaire, un frère aîné violent. « Les coups de mon frère étaient terribles. C’était un jeune tyran. Depuis le départ de notre père, il avait insidieusement pris sa place et comme notre mère travaillait dans un restaurant du bourg, nous donnant l’impression, en découchant pour des raisons suspectes, qu’elle s’éloignait de nous, les coups qu’il distribuait fréquemment étaient sa façon de nous faire savoir qu’il assumait cette place de chef de famille. » (p. 90-91). Il reste un espoir, le retour du père… « Il devait rentrer quand la guerre serait terminée. Il ne nous avait pas donné de nouvelles depuis deux ans, mais la grand-mère l’attendait patiemment. Cependant, malgré le souvenir que nous gardions d’un père affectueux et malgré notre impatience, nous éprouvions tous quelques craintes à la perspective de son retour. » (p. 121). La fillette n’est pas stupide, elle sait qu’elle a changé, que les membres de la famille ont changé, que le monde a changé et que son père reviendra changé par la guerre, mais de quelle façon et à quel point ? Une tradition m’a intriguée : c’est le mariage de personnes décédées (afin qu’elles ne soient pas seules dans la mort).

Le feu d’artifice 불꽃놀이 Pulkhon nori est paru en 1986. « L’île de Hamyon semblait pelotonnée, silhouette noire, flottante et floue où on ne distinguait aucune lueur. » (p. 151). La guerre est finie : la ville change de nom pour devenir Unyang et une grande fête se prépare mais la vie quotidienne suit son court. Une guêpe perturbe la classe, Yôngjo enfant rêveur fasciné par le feu enflamme un bout de papier, et, à la maison, sa mère, Inja, n’arrive pas à sauver le poulailler qui permet à la famille de vivre car les poules meurent de diarrhée… Enfant ou adulte, chacun vit sa vie, indépendamment des autres, même de sa propre famille. La fête et le feu d’artifice arriveront-ils à réunir les familles et les habitants ? Bizarrement, cette histoire m’a moins intéressée que les deux autres mais c’est elle qui contient mon passage préféré ! « Dans les histoires, à part quelques benêts incroyablement stupides, les enfants sont tous intelligents et courageux. Ils accordent une grande importance à la confiance, aux promesses ; ils se forment en étudiant à la seule lueur des lucioles ou des reflets sur la neige. Quand leur père est malade, ils fabriquent un remède avec la chair qu’ils prélèvent dans leur propre cuisse ; quand le pays est en danger, ils accourent sur le champ de bataille, prêts au sacrifice. Leur corps est sain, leur esprit profond et ils deviennent en grandissant de bons patriotes. » (p. 157). Je me suis dit que finalement, le discours politique est différent mais a le même résultat de conditionnement au sud et au nord : former de bons patriotes, prêts à se battre, prêts à mourir, à se sacrifier ! Et pourtant l’entrée dans la modernité de la Corée du Sud et ce qui en a découlé, la société de consommation, l’avènement des loisirs (un parc d’attraction est en construction sur l’île) a poussé les Coréens du Sud à étudier, à s’élever dans l’échelle sociale, à réfléchir, à penser (à l’instar des Occidentaux). « L’homme est-il bon ou mauvais ? La facilité, c’est de dire qu’il est les deux ! Tout le monde veut vivre, mais il y a sans arrêt des meurtres. Tout le monde veut la paix, mais il y a partout des guerres. Ce genre de paradoxe… » (p. 181). Alors, peut-on construire un pays sain en oubliant son passé, son histoire, ses traditions, ses croyances (même les plus fantaisistes comme celle du croquemitaine) ?

Dans ces trois récits, Oh Jung-hi parle de la guerre, de la famille, de la séparation des familles, de l’enfant traumatisé qui observe tout, qui perd vite son innocence et devient adulte très tôt, de l’abandon ou de la violence omniprésente ; elle explore la vie et l’âme humaine, sans fioritures, mais avec beaucoup de détails et par touches successives comme une peinture de la Corée (du Sud) qui se modernise – en particulier au contact des étrangers (Chinois, Japonais, Américains) – mais dans la souffrance, dans l’abandon de certaines traditions devenues trop ancestrales et dans l’objectif d’une société de consommation en devenir. De nombreux points rejoignent ce qui était dit dans la série documentaire La Corée du Sud, le pays aux multiples miracles. CoreeLogo3Un point positif : alors que les réfugiés ont quitté leurs villages pour vivre dans d’autres bourgs, parfois portuaires, qui ont grandi au point de devenir des villes tentaculaires, la Nature a toujours sa place dans le cœur des Coréens, l’eau, les arbres, les fruits, tout ce qui est important à la vie et à la bonne santé.

Une note de lecture pour le Challenge coréen. Et merci à Serge Safran. Ce livre voyage chez les autres participants du challenge.

L’ombre du vide de Park Ynhui

OmbreVide-ParkYnhuiL’ombre du vide de Park Ynhui.

L’atelier des cahiers [lien], collection Littératures, décembre 2012, 174 pages, 10 €, ISBN 979-10-91555-06-7. Poèmes traduits du coréen par Benjamin Joineau et traduction revue par l’auteur.

Genres : littérature coréenne, poésie.

Park Ynhui 박인희 (de son nom de plume Park Yeemun 박이문) naît le 26 février 1930 en Corée (au sud). Il étudie la littérature française à l’Université de Séoul et, après un voyage de dix mois en France (1957-1958) qui le ravit, il décide d’étudier la littérature à la Sorbonne (1961-1965). Puis il étudie à la Southern California University (États-Unis) et devient – à l’âge de 23 ans – professeur à Boston d’abord puis au Japon et en Allemagne ensuite. En 1993, il retourne en Corée où il est professeur, philosophe, essayiste et poète.

OmbreVide1L’ombre du vide 공백의 그림자 (Gongbaek-eui geurimja) est une anthologie de poèmes parus à Séoul dans quatre recueils entre 1979 et 1989. Ces poèmes sont illustrés avec finesse par Alain Bert. Pour Park Ynhui, tout est prétexte à écrire de la poésie : les saisons, un souvenir, un voyage, quelque chose d’aperçu, un chien, la nature… L’auteur développe ainsi de nombreux thèmes parmi lesquels la neige, l’ombre, le vide qui reviennent régulièrement mais aussi la guerre et la paix, la liberté, la pensée, la langue et le sens des mots, l’ordre et le désordre, la spiritualité, l’amour, les êtres vivants, l’animalité (la bestialité) des humains, la mort… Et derrière tous ces thèmes, dans tous ces poèmes, on devine à la fois le poète et le philosophe.

Pour chaque recueil, j’ai choisi un poème. Pour les trois premiers recueils, le choix s’est porté tout naturellement sur un des poèmes. Recueil 1 : La rivière Charles sous la neige (1979) = poème 7. Entre les langues (p. 22). Recueil 2 : Le rêve du papillon (1981) = poème 16. Boîte aux lettres vide (p. 39). Recueil 3 : L’ombre des choses invisibles (1987) = poème 40. Stèle (p. 81).

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Vous pouvez voir cette image en taille réelle en l’ouvrant dans un autre onglet.

Pour le recueil 4 : Échos du vide (1989), j’ai hésité entre trois ! Poème 64. L’oiseau de la montagne et la stèle (p. 116), poème 65. Là-bas (p. 117) et poème 69. Les étoiles du langage (p. 121).

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Vous pouvez voir cette image en taille réelle en l’ouvrant dans un autre onglet.

Certains poèmes sont très émouvants, comme ceux pages 90-91-96-97-103-104-106, dans lesquels l’auteur décrit des cimetières, des stèles : que reste-t-il de l’Histoire ? Des grands hommes, des poètes ? De ceux qu’on a aimé (il parle de sa mère) ? Des ruines… Mais aussi des textes, des pensées, des idées !

OmbreVide2Dans la postface, N’écoutez pas la voix d’un cochon, un texte en trois parties (L’interrogation, Un cochon, L’homme) écrit peu avant son départ de Paris pour les États-Unis et publié dans la Nouvelle revue française en 1967, l’auteur se livre encore plus et partage ses interrogations sur la civilisation, sur l’existence. « Je crie dans le silence : quoi faire, que faire, et pourquoi faire ? » (p. 140). L’auteur, tout juste diplômé et jeune philosophe déraciné, se questionne sur l’avilissement de l’espèce humaine, sur sa recherche avide de savoir et de connaissance : « la lumière de l’esprit, la puissance de la pensée et du savoir, cette joie d’illumination de voir clair en tout. » (p. 144). Cette extraordinaire volonté de connaître et de comprendre l’esprit occidental, la raison occidentale, est touchante : un jeune Coréen curieux de tout, assoiffé d’apprendre, en admiration devant « la puissance concrétisée de Paris » (p. 148) qui, pour lui, symbolise l’histoire, l’architecture, la littérature, la pensée et la philosophie venues des « Anciens » (les philosophes grecs et romains). Mais, finalement, la pensée occidentale qu’il a apprise : « elle est une expérience vécue » (p. 152) et la pensée coréenne qui vit en lui : « un grain de raison qui s’allume, s’éclaire dans la tête, dans mon âme » (p. 169) se complètent dans un esprit de composition et d’analyse totalement novateur et enrichissant qui emplit le lecteur qu’il soit Coréen ou Occidental.

« […] je ne suis qu’un imbécile, qu’un sale cochon ! Et justement puisqu’il faut mourir, il faut coûte que coûte vivre jusqu’au bout. » (p. 159). Alors vivons, étudions, lisons, pensons… !CoreeLogo7

Une note de lecture pour le Challenge coréen. Et merci à Benjamin et à L’atelier des cahiers. Ce livre – qui est arrivé de Séoul – est destiné à voyager chez les autres participants du challenge. J’en parle en fin de semaine.