Comment se passe ton été ? de KIM Ae-ran

Comment se passe ton été ? de KIM Ae-ran.

Decrescenzo éditeurs, collection Micro-fictions, juin 2015, 162 pages, 12 €, ISBN 978-2-36727-033-3. Bihaengun (2012) est traduit du coréen par Kette Amoruso et Lucie Angheben.

Genres : littérature sud-coréenne, nouvelles.

KIM Ae-ran 김애란 naît en 1980 à Incheon en Corée du Sud. Source Wikipédia : « Elle a fait son entrée en littérature avec une nouvelle intitulée La porte du silence (Nokeuhaji anneun mun), publiée dans la revue Changbi, remportant le prix littéraire de Daesan pour étudiants en 2002. Elle est récompensée par le prix de l’écriture Daesan en 2003 pour Maison inconnue (cette nouvelle a aussi été traduite et publiée sous le titre : Quatre locataires et moi). C’est avec sa première nouvelle, Cours papa, cours ! (Dallyeora abi, 2005) et l’obtention du prix littéraire Hankook Ilbo dès 2005 que Kim Ae-ran a commencé à se faire un nom dans le monde de la littérature coréenne. En 2008, elle remporte le prix Lee Hyo-seok pour sa nouvelle Le couteau de ma mère (Kaljaguk). Dans sa postface à Cours papa, cours !, le critique littéraire Kim Dong-shik la décrit comme ‘l’auteure qui détruit la grammaire du roman traditionnel’. » Chez Philippe Picquier : Ma vie palpitante (2014) et chez Decrescenzo éditeurs : Ma vie dans la supérette (2013) et Chansons d’ailleurs (2016).

Les Goliath asiatiques – « La mousson s’abattit peu après le décès de mon père. » (p. 11). Pluies diluviennes… Comment va-t-on faire pour la tombe ? « […] personne ne mettait le nez dehors. » (p. 12). La mère et le fils (le narrateur, un adolescent) vivent dans un appartement acheté par le père il y a vingt ans mais l’immeuble Gangsan, construit à la va-vite, est vétuste et va être détruit ; il ne sont plus que les deux à y habiter… Plus d’électricité, plus de gaz, encore un peu d’eau mais « Nous étions conscients que notre séjour ici ne pouvait s’éterniser. » (p. 16). Au bout de deux semaines de pluie, sans aucun contact avec l’extérieur, la mère devient apathique et ne parle plus… Le fils ne sait même pas si elle se nourrit, il ne sait pas quoi faire pour l’aider… Après un mois de pluie et une nuit d’orages, la pluie s’arrête un peu mais, depuis la véranda, le fils voit que le village a disparu ! « Et si la digue avait cédé ? » (p. 32). Il fabrique un radeau avec trois portes et embarque avec le corps de sa mère mais rien que de l’eau et de la boue à l’horizon… Pas d’humains, pas d’hélicoptères… Seulement des Goliath, des grues de travaux dont les pieds sont dans l’eau. Au bout de deux jours, seul et à bout de force, il s’effondre. « Que faire et où aller ? Je n’en avais pas la moindre idée. Peut-être, étais-je arrivé au plus loin que je pouvais. C’était fini. Mon voyage s’arrêtait là. […] Combien de temps allais-je tenir ? Qu’éprouvait-on en rendant son dernier soupir ? Et qu’adviendrait-il de mon corps ? […] » (p. 49). Dans une situation apocalyptique, la tension monte de plus en plus.

Comment se passe ton été ? – La narratrice, Mi-young, se prépare pour les funérailles d’un ami d’enfance lorsqu’elle reçoit un appel téléphonique de son seonbae (ami universitaire) dont elle n’a pas de nouvelles depuis deux ans. Après la conversation, les souvenirs remontent à la surface. Elle avait 20 ans, elle arrivait dans une ville qu’elle ne connaissait pas pour étudier à l’université et c’est à « la soirée de bienvenue aux nouveaux étudiants » (p. 59) qu’elle a rencontré Jun. Elle était amoureuse de lui mais il avait déjà une petite amie… Pour faire plaisir à son seonbae, elle participe à contre-cœur à une émission débile pour la télévision… Ensuite, ce sont des souvenirs d’enfance avec Min-su, sa meilleure amie, et Byeong-man, le copain de classe décédé, qui reviennent.

Les insectes – Un couple de jeunes mariés emménage dans un immeuble appelé la Villa des Roses mais le quartier va faire « l’objet d’un programme de rénovation urbaine » (p. 96). Je ne sais pas comment sont construits les immeubles en Corée du Sud mais, apparemment, au bout de 30 ans, ils sont décrépis et doivent être rénovés ou démolis (voir Les Goliath asiatiques plus haut) et je ne pourrais pas habiter dans un logement qui donne sur un précipice de 10 m… avec en plus des travaux en bas… La femme est la narratrice, elle raconte les bruits, les odeurs de nourriture, même « le silence des pots de plantes qui prenaient le soleil aux fenêtres » (p. 94) et aussi, les insectes… « perceptibles mais impossibles à attraper. » (p. 97). Une erreur page 103 (elle parle du bruit incessant des voitures) : « je m’en suis plain auprès de mon mari », plain sans t à la fin ? La femme est enceinte, ce n’était pas prévu pour tout de suite mais elle va garder le bébé. Cependant, avec tous les insectes, « comment élever convenablement un enfant dans ces conditions ? » (p. 111).

Trente ans – Après avoir reçu un paquet, Su-in, la narratrice – qui a maintenant trente ans – repense à Seong-haw, son Eonni, c’est-à-dire sa camarade de chambre à la fac (de cinq ans plus âgée) qu’elle n’a pas vue depuis dix ans et qui vient d’avoir un bébé. Elle lui répond même si elle n’est pas sûre d’envoyer la lettre. « Au cours de ces 10 dernières années, j’ai déménagé six fois, cumulé une dizaine de petits boulots, fréquenté deux hommes. Voilà ce que j’ai fait. Il n’y a rien d’autre. Le bilan de ma jeunesse me laisse un sentiment de désarroi. En quoi ai-je évolué ? Plus dépensière que jamais, incapable de faire confiance et portée sur les jolies choses, je me demande avec anxiété si je ne suis pas devenue une adulte insignifiante. […] Je m’inquiète d’être la seule à faire fausse route, au risque de n’arriver à rien. » (p. 134). J’ai l’impression que, comme au Japon, la barre des 30 ans est très importante pour les femmes en Corée du Sud. Et je suis sidérée de voir comment les étudiants galèrent pour obtenir leur diplôme (ils se sont endettés) et, ensuite, trouver un travail adéquat donc ils se contentent de petits boulots mal payés alors qu’ils ont étudié durant cinq ans ou plus… « Voilà à quoi étaient réduits des étudiants pleins d’avenir. Au XXIe siècle et en plein cœur de Séoul, de surcroît. » (p. 148).

Il me semble que c’est la première fois que je lis cette autrice. Son écriture précise – et parfois poétique – est cependant glaçante, elle claque et les chutes de ces micro-fictions (des nouvelles donc) sont terribles ! La vie semble vraiment difficile et compliquée à Séoul. Résolument à découvrir ! Dommage que le Challenge coréen n’existe plus pour partager cette lecture…

Pour La bonne nouvelle du lundi, Challenge de l’été – Tour du monde (3e niveau, dernière lecture d’Asie, challenge terminé), Challenge lecture 2022 (catégorie 1, un livre dont le titre est une question), L’été lisons l’Asie (MENU FIL ROUGE : TOUR DE L’ASIE avec la Corée du Sud et MENU D’AOÛT : IMAGINONS L’ASIE avec recueil de nouvelles), Petit Bac 2022 (catégorie Ponctuation pour le point d’interrogation), Les textes courts (chacune des 4 nouvelles fait une quarantaine de pages).

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Seizième printemps de Yunbo

Seizième printemps de Yunbo.

Delcourt, collection Jeunesse, avril 2022, 120 pages, 26,50 €, ISBN 978-2-41302-827-7.

Genres : manwha, bande dessinée jeunesse.

Yunbo ou YunBo, de son vrai nom Bokyung Yun, naît en 1983 à Séoul en Corée du Sud. Elle étudie l’art et la bande dessinée à l’Université nationale de Kongju. Elle vient étudier en France en 2008 et obtient un Master en bande dessinée de l’École Européenne Supérieure de l’Image d’Angoulême en 2012. Déjà paru, Je ne suis pas d’ici (Warum, 2017). Plus d’infos sur Yunbo, travaux graphiques.

Yeowoo a 5 ans, sa mère a acheté un gâteau d’anniversaire. Pendant que ses parents se disputent, elle pense bien faire, elle sort le gâteau de sa boîte mais elle l’abîme, elle veut sortir les assiettes du placard mais fait tomber la pile et les assiettes se brisent, elle met en route l’aspirateur pour nettoyer mais elle le fait griller. Ses parents divorcent et Yeowoo y repensera à chacun de ses anniversaires…

Un an a passé. Yeowoo n’a pas vu sa mère depuis son précédent anniversaire et son père a trop de travail alors il l’emmène vivre chez le grand-père paternel et la tante Yeonju au village du Renard. « Il faut que tu me comprennes. Je vais être très occupé. Je te rendrai visite dès que j’aurai un peu de temps. » (p. 7).

Yeowoo va fêter ses 7 ans mais grand-père et tante Yeonju ne savent pas vraiment s’y prendre avec une enfant… « Elle est trop petite pour bien comprendre… » (p. 20). Elle comprend très bien qu’elle est la bienvenue ni chez sa mère ni chez son père ni ici… et il faut dire qu’elle n’est pas très agréable avec son grand-père et sa tante. « Comme j’ai grandi sans mes parents, c’est normal que je sois méchante et vilaine. » (p. 27).

Paulette, une poule s’est installée dans la maison à côté de chez eux et Yeowoo s’introduit dans la serre pour manger des fruits rouges. Cependant, Paulette, rejetée par les siens car elle ne peut pas pondre et n’a pas de poussins, est venue au village du Renard pour vivre heureuse avec ses plantes. « […] c’est pour ça que je suis venue dans ce village paisible. Et je l’aime beaucoup ! » (p. 48). Paulette est la seule amie de Yeowoo même si parfois la fillette – qui a grandi – est désagréable avec elle.

En fait, Paulette et Yeowoo, toutes deux seules et différentes des autres, vont se lier peu à peu, apprendre à se comprendre l’une l’autre pour se découvrir mieux elles-mêmes. « Yeowoo, écoute-moi bien. On ne peut pas dire qui est normal ou qui est anormal. On est tous différents. Dans la vie, trouver quelque chose qu’on aime faire peut prendre du temps. Certains le trouvent rapidement, d’autres beaucoup plus tardivement… » (p. 73).

Pour les 13 ans de Yeowoo, Paulette organise un repas auquel elle invite le grand-père et la tante de l’adolescente. Elles sont amies depuis bientôt 9 ans mais c’est la première fois que Paulette les rencontre.

Chacun doit trouver sa place et ce n’est pas toujours facile, surtout si l’on se sent rejeté injustement. C’est le cas de Yeowoo, abandonnée par sa maman, puis par son papa, elle se retrouve coincée à la campagne chez un grand-père trop âgé pour s’occuper d’elle et une tante trop seule et rêvant encore au prince charmant. Son amitié avec Paulette (qui eut cru qu’une renarde et une poule puissent être amies ?) va l’aider à grandir et à aimer la vie mais ça ne se fait pas du jour au lendemain parce que Yeowoo est en colère contre les adultes mais Paulette est d’une grande bienveillance et elle croit en Yeowoo. Il se passe des années puisque l’histoire suit Yeowoo de ses 5 ans à ses 16 ans, la renarde va grandir et s’épanouir comme les fleurs que Paulette aime tant. Et les fleurs sont importantes car chaque chapitre commence avec une fleur différente et le lecteur comprend pourquoi à la lecture.

Seizième printemps est très beau tant au niveau des dessins que des couleurs, tout est précis, subtil et on sent une certaine tendresse malgré la douleur et la colère de Yeowoo. Le format paysage change par rapport à une bande dessinée classique, ça donne un côté plus poétique d’autant plus que le récit avance saison après saison. Et puis avec ces personnages animaliers, cette histoire ressemble à une fable ou un conte mais reste toujours optimiste pour que le lecteur aille de l’avant même si c’est avec regret qu’il laisse Yeowoo et Paulette.

Merci à NetGalley et Delcourt pour cette belle lecture ! Elles l’ont lue et appréciée : Marine, mrsserendipitie, Noukette, d’autres ?

Pour La BD de la semaine (plus de BD de la semaine chez Stéphie) et les challenges BD 2022, Bingo littéraire d’Hylyirio (n° 7, un livre sorti en 2022 et lu le mois de sa sortie, parution le 13 avril et lecture le 25 avril mais problème de lecture en numérique donc terminé le 1er mai), Challenge lecture 2022 (catégorie 44, un livre dont le titre contient seulement 2 mots, 4e billet), Jeunesse young adult #11, Petit Bac 2022 (catégorie Chiffre pour Seizième), Tour du monde en 80 livres (Corée du Sud), Un genre par mois (puisque je n’ai pas pu mettre cette lecture dans le thème d’avril, bande dessinée, je la mets dans le thème de mai, jeunesse).

Le jardin de Hye-young Pyun

Le jardin de Hye-young Pyun.

Rivages, collection Noir, octobre 2019, 160 pages, 21 €, ISBN 978-2-7436-4872-5. The Hole (2017) est traduit du coréen par Yeong-hee Kim et Lucie Modde.

Genres : littérature sud-coréenne, roman noir, thriller.

Hye-young Pyun 편혜영 naît en 1972 à Séoul (Corée du Sud). Elle étudie l’écriture créative et la littérature coréenne à l’université Yedae de Séoul et sa première nouvelle, Essuyer la rosée, est récompensée en 2000. D’autres nouvelles reçoivent également un prix ainsi que Le jardin (Prix Shirley Jackson en 2017). Elle est autrice (nouvelles, novellas, romans). Cendres et rouge (2010) est publié chez Philippe Picquier en 2012.

« Ogui ouvre lentement les yeux. Tout est blanchâtre autour de lui. Une lumière l’éblouit. Il ferme les yeux et les rouvre. Ça lui coût une peu. Il est rassuré, il sent qu’il est en vie. » (p. 7). En effet, Ogui est à l’hôpital, il se réveille après un long coma et ne sait pas où est son épouse. Pourtant le couple vient d’acheter une maison, il est professeur universitaire, elle est journaliste. « Comment la vie peut-elle changer du tout au tout aussi rapidement ? Comment peut-elle s’effondrer, se briser en mille morceaux et disparaître dans le néant ? » (p. 23).

Sa belle-mère lui rend visite tous les jours mais il ne peut pas communiquer sauf en clignant de l’œil pour dire oui. Après plusieurs mois de rééducation, il se sent déprimé… « Il s’est beaucoup investi dans sa rééducation, mais aucune fonction physique n’est revenue. » (p. 37).

Lorsqu’Ogui retourne dans sa maison, huit mois après, elle est réaménagée, avec un lit spécial, des appareils de rééducation, une infirmière à domicile, un kiné… Sa belle-mère s’occupe de tout et paye tout. C’est un peu bizarre, non ? En tout cas, elle décide de s’occuper du jardin. « Le jardin est sens dessus dessous. Comment a-t-il pu devenir une telle jungle en huit mois ? » (p. 56). Or son épouse avait une obsession pour le jardinage et ça le dérangeait.

De son côté, Ogui qui n’a rien à faire, pense et se souvient, son enfance, sa mère morte, son père plus que distant, ses études, sa rencontre avec son épouse, ses études, son métier de professeur de géographie… mais « Sa femme lui manque. Elle lui manque terriblement. » (p. 73).

Mais revenons au jardin puisque c’est le titre. Sa belle-mère y creuse un trou énorme… Le voisinage s’interroge. Veut-elle planter un arbre ? Elle dit que c’est pour créer un étang… Oqui est inquiet. « Lui qui pensait avoir connu beaucoup d’épreuves, il pressent aujourd’hui que beaucoup d’autres l’attendent. Et que les souffrances passées ne sont rien à côté de celles à venir. » (p. 101). Et il a bien raison !

Ce roman est comparé à Misery de Stephen King. Construit comme un thriller psychologique, il fait effectivement froid dans le dos ! Le suspense s’installe peu à peu jusqu’à la chute. Mais le récit, bien loin du classique états-unien, est très coréen, très troublant, donc totalement différent c’est pourquoi il est à découvrir absolument !

Pour le Challenge coréen #2 et Polar et thriller 2021-2022.

Ils l’ont lu : Alex, Alice, Dasola, Ingannmic, Lune, Richard, entre autres.

Ma sœur Mongsil de KWON Jung-saeng

Ma sœur Mongsil de KWON Jung-saeng.

Decrescenzo, juin 2021, 200 pages, 18 €, ISBN 978-2-367-27103-3. Mongsil eonni 몽실 언니 (1984, 1990, 2007, 2012) est traduit du coréen par PARK Mihwi et Jean-Claude de Crescenzo. Illustrations en couleurs de LEE Chul-soo.

Genres : littérature sud-coréenne, roman jeunesse, Histoire.

KWON Jung-saeng 권정생 naît le 10 septembre 1937 à Tôkyô, donc au Japon mais dans une famille coréenne qui retourne en Corée en 1946. Sa famille est très pauvre et l’adolescent doit travailler au lieu d’aller à l’école. Mais en 1967, il travaille comme gardien dans une église à Andong et publie son premier livre jeunesse en 1969, La crotte du chien (Gang-ajittong), ou Popo du chiot (Paquet, 2006). En 1971 et en 1973, il remporte des concours littéraires pour respectivement L’ombre de l’agneau, Ttallangi (Agiyang-ui geurimja, Ttallang-i) et Maman et la veste de coton (Mumyeong jeogori-wa eomma), carrière lancée avec succès. Il meurt le 17 mai 2007.

LEE Chul-soo naît en 1984, il est illustrateur. Vous pouvez voir ses œuvres sur la collection de Davidson Galleries.

Petit rappel historique. Le Japon occupa la Corée de 1910 à 1945 mais, « La Deuxième guerre mondiale terminée, le Japon défait, la Corée fut libérée du gouvernement colonial japonais. La Libération mit le pays entier en effervescence et la Corée vécut une période d’excitation, comme si elle espérait se débarrasser à coup sûr, une bonne fois pour toutes, de la tristesse accumulée en trente-cinq ans d’occupation. […] les Coréens survivants revinrent dans leur patrie. En dépit de leur espoir, ils ne découvrirent que misère et indifférence à leur sort. Rentrés les mains vides dans un pays dévasté […] en réalité, on les nommait ‘les mendiants du Japon’ […]. » (p. 11).

La famille de Mongsil, installée dans le village de Salgang, fait partie des « compatriotes rentrés au pays » (p. 11). Le père, Jeong, gagne difficilement sa vie, la mère, Milyang, mendie. Mais le petit frère, Jong-ho, meurt et, au printemps 1947, Milyang décide de fuir avec Mongsil (qui a 6 ans) dans un village de montagne, Daet-gol, et de vivre avec un autre homme. « Embarrassée, Mongsil sentit une vague d’émotions la submerger […]. » (p. 15). Mongsil a donc un beau-père, Kim, une grand-mère et vit dans une jolie maison avec de quoi manger chaque jour mais elle est triste pour son père parti loin chercher du travail…

Jeong Mongsil devient dont Kim Mongsil. Mais, en mai de l’année suivante, Milyang accouche d’un garçon prénommé Yeong-deuk qui devient le favori et Mongsil est alors négligée voire traitée comme la servante. « Mongsil éprouvait le plus souvent une peur chronique et une fatigue permanente. » (p. 22-23). D’ailleurs, après une chute (son beau-père l’a poussée), Mongsil a un problème au genou gauche et reste boiteuse… « Pourtant, elle était heureuse de pouvoir marcher de nouveau. Elle reprit les tâches ménagères. Malgré son handicap, elle passait ses journées à faire la vaisselle, à laver le linge et à s’occuper de toutes sortes de menues tâches. » (p. 29).

Et encore une année après, elle repart avec une tante qui est venue la chercher mais elle doit laisser Yeong-deuk, son petit frère qui a un an, et Soon-deok, sa meilleure amie. La tante amène Mongsil à Norusil où le père, Jeong, vit et travaille comme valet de ferme. Mongsil se fait une nouvelle amie, Nam-joo, et peut apprendre à lire et à écrire. Son père se remarie avec Bukchon mais Mongsil n’arrive pas à l’aimer. « Sa mère et Yeong-deuk lui manquaient toujours plus cruellement. » (p. 43). De plus des Coréens, des partisans communistes, descendent de la montagne et volent les habitants des villages de Norusil, Cachibawi-gol et Samgori.

Le soir, pendant que les hommes surveillent, Mongsil et Bukchon qui se sont rapprochées, vont apprendre à l’école. « Notre pays est divisé en deux. Nous devons nous poser des questions sur la stupidité de cette situation : est-ce que le Sud et le Nord se disputent avec leurs propres idées et leurs propres arguments ? Ou bien les deux parties du pays ne sont-elles pas manipulées par les idées des autres pays ? Quand on est ignorant de la réalité, on se laisse facilement duper. Si on ne veut pas le regretter par la suite, il faut d’abord enrichir ses connaissances. » (l’instituteur Choe, p. 54).

Cependant Jeong est mobilisé (la guerre entre le Sud et le Nord a commencé le 25 juin 1950, elle durera trois ans). Bukchon, fragile, accouche d’une petite fille, Nan-nam, et rend l’âme. « Cette nuit-là, les chars de combat de l’Armée populaire communiste apparurent sur la grande route récemment construite. » (p. 70). Mongsil a 9 ans et doit s’occuper de sa petite sœur mais « Mongsil faisait preuve de courage dans l’adversité et l’affrontait avec ténacité. » (p. 105).

Plusieurs fois édité en Corée du Sud, ce roman destiné à la jeunesse est toutefois éprouvant tant les épreuves traversées par Mongsil (et d’autres enfants) sont difficiles. La famille maltraitante, la pauvreté, les enfants qui travaillent, la guerre, le deuil, plusieurs thèmes sont abordés à tel point que ça peut paraître trop mais je pense que tout ça s’est passé tel quel dans de nombreuses familles…

Pour le Challenge coréen #2 bien sûr, Jeunesse young adult #10 et Petit Bac 2021 (catégorie Prénom pour Mongsil). En ce qui concerne Lire en thème : le thème de septembre est ‘une histoire qui se passe dans le milieu scolaire’ (lorsque Mongsil peut enfin aller à l’école, elle apprend à lire, à écrire et elle est même bonne élève), 1er thème secondaire = un enfant/ado sur la couverture (Mongsil), 2e thème secondaire = une histoire vraie/un témoignage (l’auteur s’est inspiré de ce qu’il a vécu enfant – ainsi que ce qu’on vécu de nombreux enfants – lorsque la famille quittait le Japon pour revenir en Corée avec en plus la guerre de Corée).

L’azalée de Ga-Yan et Shin Ji-sang

L’azalée de Ga-Yan et Shin Ji-sang.

Kidari Studio 키다리이엔티, Gung-eneun Gaekkochi Sanda 궁에는 개꽃이 산다 ou The Wicked Queen (2017) est traduit du coréen par Isabelle Hignette (58 pages).

Genres : manwha, romance historique, webtoon.

Ga-Yan est dessinateur. Shin Ji-Sang 신지상 est scénariste. Yoon Tae Roo 윤태루 est l’autrice du roman dont s’inspire ce manhwa.

Règne de Jin Myungje, quatorzième roi de la dynastie Li (début du XVe siècle). La fille unique de Ke Songsong, Ke Li, orpheline de mère, est belle, intelligente, curieuse et perspicace mais aussi extravagante. Pour ses sept ans, elle veut visiter le Palais impérial mais il est interdit d’y entrer. Pour faire plaisir à la fillette, Ke Songsong, ministre, l’introduit dans le Palais mais Li (qui signifie fleur de poirier) rencontre le prince Eon et le fait tomber dans l’eau. Le prince en colère – et enrhumé – jure de lui trancher la tête la prochaine fois qu’il la verra. « Qui est cette enfant qui a réussi à mettre notre prince si sérieux dans cet état de colère… ? ». Mais Li est tombée amoureuse.

Qu’est-ce qu’un webtoon 웹툰 ? C’est une bande dessinée sud-coréenne (ou manwha) mise en ligne sur une plateforme dédiée comme Webtoon Kakao (de Daum, dès 2003) ou Comic Naver (de Naver, dès 2004) en coréen. D’autres pays comme la Chine (web manhua) et le Japon (webtoons) ont suivi le mouvement, et même la France mais plus tard avec iznéo en 2010, Delitoon en 2011 (qui publie L’azalée) ou Yurai en 2019.

The Wicked Queens compte 130 chapitres parus entre septembre 2017 et juillet 2020. Dommage que je n’aie pu lire que le premier tome… parce que cette histoire et les dessins me plaisaient bien…

Voir la jolie vidéo ci-dessous.

Pour le Challenge coréen #2 et BD, La BD de la semaine (cependant toujours en pause estivale), Challenge de l’été (Corée du Sud, 2e billet), Challenge lecture 2021 (catégorie 32, un livre dont le titre comprend le nom d’une fleur, 3e billet), Des histoires et des bulles (catégorie 40, une BD autour du thème de l’amour), Jeunesse young adult #10 et Les textes courts.

Trois contes coréens

Trois contes coréens découverts en juin grâce à un membre du Hanb(o)ok Club sur FB.

Le tigre et le kaki séché sur KBS World. Un énorme tigre qui vit dans la montagne décide de descendre au village pour manger. Un cochon ou un veau ou même un humain. « Il était tellement féroce que même son ombre faisait trembler de peur toutes les autres créatures. » Mais un kaki séché va tout changer !

Frère Lune et Sœur Soleil sur KBS World. « C’est mon dernier. Je t’ai donné tout ce que j’avais. Maintenant, laisse-moi rentrer chez moi ! ». Une femme pauvre est dévorée par un tigre qui a déjà mangé tous ses gâteaux de riz. Maintenant ses deux enfants, un garçon et une fille, doivent échapper au tigre mais comment ?…

Deux bons frères sur KBS World. Comment deux frères, bien qu’orphelins, vivent heureux car ils s’aiment et s’entraident sans rien demander en échange. « Toi en premier ! » « Non, toi d’abord ! ».

Les illustrations sont ⓒ YEOWON MEDIA HANKOOK GARDNER CO. LTD.

Depuis que j’ai lus ces contes (mi-juin), KBS World en a rajouté d’autres dans sa rubrique Il était une fois, profitez-en !

Pour le Challenge coréen #2, Challenge de l’été #2 (Corée du Sud), Contes et légendes #3, Jeunesse young adult #10 et Les textes courts.

PS : s’il n’y a pas de bande dessinée aujourd’hui, c’est parce que La BD de la semaine est en pause en juillet-août mais je publierai tout de même quelques notes de lectures de bandes dessinées pour garder le rythme.

Avant de partir de Mi-Jin Jung et Ja-Seon Gu

Avant de partir de Mi-Jin Jung et Ja-Seon Gu.

Sarbacane, février 2019, 64 pages, 15 €, ISBN 978-2-37731-216-0. Rest Stop (2016) est traduit du coréen.

Genre : bande dessinée sud-coréenne.

Mi-Jin Jung est scénariste et illustratrice.

Ja-Seon Gu est dessinatrice.

C’est Noël (il y a un sapin décoré) et un jeune homme dans une cabane isolée reçoit un chat, un chien, un hamster, une perruche. Chacun se raconte (le jeune homme est comme un psy), mange et laisse une lettre d’adieu pour leur humaine avant de partir. « C’est blanc ! C’est tout blanc !! » (p. 35).

Cette belle œuvre sud-coréenne n’est pas un manwha mais plutôt une bande dessinée à l’occidentale. C’est tout en douceur, très poétique, parfois drôle mais le message est clair, ces animaux partent pour leur dernier voyage et c’est finalement très triste…

Pour le Challenge coréen #2 et La BD de la semaine bien sûr mais aussi les challenges BD, Cottagecore (catégorie 2, Retour aux sources), Challenge lecture 2021 (catégorie 22, un livre dont l’histoire se passe à Noël), Des histoires et des bulles (catégorie 13, une BD dont les personnages sont des animaux) et Les textes courts. Plus de BD de la semaine chez Moka.

Mémoires du masque (3 tomes) de Kim Jung-Han

Mémoires du masque de Kim Jung-Han.

Asuka (il n’y a plus de lien car la maison d’éditions a vécu de 2004 à 2009). La série (2004) est traduite du coréen par Chung Jin.

Genres : bande dessinée coréenne, manwha, policier, fantastique.

Kim Jeong-Han ou Kim Jung-Han (김정한) naît le 8 novembre 1970 en Corée du Sud. Il est manwhaga depuis 1993.

Tome 1, septembre 2004, 192 pages, 6,50 €, ISBN 978-2-84965-027-7. Renversée par un camion, In-Hae s’en sort avec « une lésion cérébrale infime et quelques ecchymoses » (p. 12) donc elle retourne au lycée le lendemain mais, depuis l’accident, elle fait des cauchemars et les filles dont elle rêve sont atrocement assassinées : Jung Da-Bin dans une baignoire, Sun-Young dans les couloirs du lycée… Et Kim Sang-Hyun, un lycéen, lui apprend qu’il se sent menacé et que son amie Mi-Jung a disparu. L’enquête n’avance pas d’autant plus que l’inspecteur Lee (pourtant le meilleur) est remplacé par une profileuse coréenne mais qui a vécu et étudié aux États-Unis, Lee Chae-Yeon. « Les tuer pour les tuer, ça ne colle pas… Il y a sûrement une raison. » (p. 160).

Tome 2, janvier 2005, 192 pages, 6,50 €, ISBN 978-2-84965-025-5. Sang-Hyun et In-Hae enquêtent de leur côté car elle peut voir le meurtrier. « Que je le veuille ou non, ma vie dépend de toi… Je vais te protéger quoiqu’il arrive. Alors, ne crains rien. » (p. 14). Je ne peux rien dire de plus sans vus dévoiler l’intrigue…

Tome 3, juillet 2005, 176 pages, 6,50 €, ISBN 978-2-84965-037-4. Tout s’accélère et… Rhaaa, je n’ai pas la suite, je pensais que c’était une trilogie ! J’ai trouvé la trace d’un tome 4 mais en coréen et je n’ai pas l’impression qu’il ait été traduit en français, rhaaa… !

Mémoires du masque est une très bonne série policière – tant au niveau des dessins que du scénario – avec un côté fantastique voire horreur mais je crains de ne jamais connaître la fin…

Je sais que c’est encore Un mois au Japon mais je voulais honorer le Challenge coréen #2 ! Je mets aussi dans La BD de la semaine et BD, Challenge lecture 2021 (catégorie 58, un livre qui est dans votre PAL depuis longtemps, les trois y sont depuis leurs achats à leurs dates de parution), Des histoires et des bulles (catégorie 37, un manga non japonais, franga, manhua, manwha…) et Littérature de l’imaginaire #9 (pour le côté fantastique horreur). Plus de BD de la semaine chez Noukette.

La remontrance du tigre de Park Ji-won

La remontrance du tigre – Histoires excentriques du Pavillon du Jade de Park Ji-won.

Decrescenzo, collection Microfictions, avril 2017, 192 pages, 16 €, ISBN 978-2-36727-057-9. Banggyeong-gak oejeon (XVIIIe siècle) est traduit du coréen par Cho Eun-ra et Stéphane Blois (Prix Daesan de la traduction 2018).

Genres : littérature coréenne, nouvelles, classique.

Park Ji-won naît le 5 février 1737 (période Joseon). Il est nouvelliste (en fait le terme nouvelle n’est pas utilisé, c’est plutôt le terme histoire qui est mis en avant), poète, philosophe et homme politique. Il se marie à 16 ans et étudie auprès d’un philosophe. Il fait partie du courant de pensée silhak (oserais-je dire que ce sont les Lumières du XVIIIe siècle coréen ?). Son œuvre (à l’époque écrite en chinois) ne plaît pas au roi et aux élites (un genre de Voltaire coréen !), il est donc censuré et sa carrière s’arrête en 1792. Il meurt le 20 octobre 1805. Il est traduit pour la première fois en français.

L’histoire des maquignons de chevaux (12 pages) – « On suspend toujours un rideau au-dessus des marionnettes lors d’une représentation afin de dissimuler les fils utilisés pour leur manipulation. » (p. 16). L’auteur est surnommé le « Maître des Traits d’humour ».

L’histoire de Sieur Yedeok « Vertu de l’ordure » (10 pages) – Le Vieil Eom, surnommé Sieur Yedeok par Maître Seongyul est vidangeur, il procède à « la collecte et le transport de toutes les matières fécales produites dans le voisinage. » (p. 26). Serait-il impur alors qu’il fait un excellent travail et œuvre pour le bien de tous avec de l’engrais ?

L’histoire de Min l’Ancien (18 pages) – « Un ami me parla d’un personnage remarquable nommé Min l’Ancien. […] chanteur accompli […] il excellait aussi en l’art de rapporter des récits. » (p. 38-39) et pourtant « Les récits de Min l’Ancien paraissaient déroutants et incohérents. Néanmoins, tout ce qu’il disait était sensé et chargé d’ironie. » (p. 46).

L’histoire de Gwang-mun le mendiant (8 pages + 6 pages) – Ce mendiant est lui aussi un homme pauvre mais intelligent et vertueux. « […] puisque je suis si laid, je ne dois pas supposer qu’une femme puisse être attirée par moi. » (p. 58). Cette histoire est double car il y a une suite en postface.

L’histoire du yangban lettré (10 pages) – Un yangban est un noble lettré mais celui-ci est très pauvre et, ne pouvant remboursé ses dettes, est emprisonné… Le riche homme du village, ravi, veut lui racheter son titre. « Lors de nos rencontres, je me retrouve à m’incliner et à faire mes révérences, tout pétri de respect, comme je le ferais devant un haut-dignitaire. […] Ces occasions ont été nombreuses et profondément humiliantes. » (p. 69). Mais le statut de yangban n’est pas du tout ce qu’il pensait… Une de mes trois histoires préférées.

L’histoire de Kim l’Immortel taoïste (10 pages) – Après avoir donné un fils à son épouse, le jeune Kim Hong-gi part en pèlerinage. Il devient Kim l’Immortel taoïste. Le narrateur qui souffre « d’accès fréquents de mélancolie » (p. 79) charge ses serviteurs d’une mission mais Kim l’Immortel est introuvable…

L’histoire du poète U-sang (20 pages) – U-sang est poète et « traducteur en écriture chinoise » (p. 90). Il fait partie de la délégation coréenne qui va saluer le nouveau Shogun au Japon. Les échanges se faisaient en écriture chinoise (les prononciations coréenne et japonaise étant différentes) et en poésie. Mais lorsqu’il tombe malade, encore jeune, il brûle pratiquement tous ses écrits (son épouse a pu en sauver quelques-uns). « Qui à l’avenir pourrait comprendre ces écrits ? » (p. 99). Les Coréens voyaient les Japonais laids et barbares, je pense que les Japonais voyaient les Coréens de la même façon… Une de mes trois histoires préférées.

La remontrance du tigre (20 pages) – L’auteur dit qu’il a trouvé cette histoire en Chine et qu’il l’a complétée pour qu’elle soit compréhensible. Le tigre a faim et ses chang (fantômes de ses précédentes proies) le conseillent pour son prochain repas, un docteur, une chamane, un lettré confucéen mais rien ne lui fait envie… « Une telle nourriture sera coriace et étrange. Elle ne passera pas en douceur et sera cause d’indigestion ou de nausée. » (p. 112). Y aurait-il « plus de sagesse dans la nature du tigre que dans celle des humains ? » (p. 116). Une de mes trois histoires préférées avec mon passage préféré. « Et pourtant, ces armes ne sont pas même les plus cruelles. L’homme arrache de soyeux poils et les colle ensemble au bout d’une ante pour en faire un objet en pointe. […] On trempe son extrémité dans le fluide noir du calamar et il se meut aussi bien horizontalement que verticalement. Il a la souplesse d’une javeline mais peut être aussi acéré qu’un couteau, aussi tranchant qu’un rasoir. Son bout peut être fendu comme une lance à double pointe, ou aussi droit qu’une flèche. Il peut également tendu comme un arc. S’il fait usage de cette arme, des hordes de fantômes geindront dans la nuit. Oh ! la cruauté de ces hommes qui s’entre-dévorent. Aucun autre animal n’en vient à de pareilles extrémités. » (p. 121). Voici donc la sagesse du tigre, la pire arme est celle que les humains utilisent pour écrire et ça me plaît que le titre ait été choisi pour ce recueil parce que ça met en valeur le travail d’écriture de l’auteur et les messages qu’il veut porter auprès des lecteurs.

L’histoire de Heo Saeng (24 pages) – Heo Saeng souhaite réussir un concours de fonctionnaire mais sur les 10 ans d’études, il lui en reste 3 et son épouse est mécontente de leur pauvre budget. « Tu ne peux être artisan ni marchand, alors pourquoi ne pas te faire brigand ? » (p. 129). Il quitte son épouse, emprunte dix mille nyang à monsieur Byeong, l’homme le plus riche du quartier, qu’il ne connaît même pas et monte une affaire. L’histoire est surprenante puisqu’il crée, de façon tout à fait honnête, une île utopique avec d’anciens brigands à qui il a demandé de se ranger. Il démontre que des hommes de valeur mais pauvres ne réussissent jamais le concours et ne peuvent servir leur pays alors qu’ils ont des capacités.

L’histoire d’une femme vertueuse de Hamyang, née Pak (10 pages) – Une femme doit fidélité à son mari même en cas de veuvage. Il y a donc de nombreux cas de suicide ce qui est très bien considéré par les familles. « Voilà une fidélité hautement vertueuse, mais ne peut-on pas la considérer quelque peu excessive ? » (p. 153). En fait, la vie de la femme n’est que sacrifice, même si on appelle ça la vertu et je pense qu’il est rare qu’un homme s’intéresse à la condition des femmes veuves surtout au XVIIIe siècle.

Après le Mooc XVIIIe siècle, le combat des Lumières (février-mars), j’étais ravie de lire ce livre d’un auteur coréen du XVIIIe siècle ! Et je remercie Cristie, l’organisatrice du Challenge coréen, et Decrescenzo éditeurs car j’ai reçu ce livre dans le cadre du challenge. Je l’ai choisi librement sur le site de l’éditeur, j’avoue que c’est la couverture qui m’a d’abord attirée et ensuite le genre (nouvelles) et le fait que ce soit un classique.

10 histoires (jeon) donc, 10 nouvelles qui racontent la vie d’hommes pauvres mais méritants, 10 nouvelles écrites au XVIIIe siècle en Corée par un grand écrivain qui était aussi philosophe, homme politique et artiste (calligraphie, peinture). « Le jeon désignait un récit relativement court en prose dépourvu de descriptions sinon sommaires, écrit dans l’intention de transmettre, sous certaines restrictions idéologiques, de manière plutôt linéaire et à travers quelques anecdotes seulement, jugées significatives, l’histoire de la vie d’un individu considéré exemplaire à quelque titre, et ce dans une optique didactique sinon édifiante. » explique la présentation (p. 8). J’avais déjà remarqué, dans Le rire de 17 personnes, anthologie de nouvelles contemporaines nord-coréennes, que les nouvelles étaient construites différemment en Corée qu’en Europe (où le texte me semble plus incisif et où il y a une chute) mais ces histoires peuvent être édifiantes, enrichissantes voire surprenantes pour les lecteurs occidentaux. J’ai bien aimé un certain humour, les extraits de poésie et le fait que l’auteur s’adresse parfois aux lecteurs mais je pense n’avoir pas percuté à toutes les références historiques et culturelles. Il y a heureusement dans ce recueil de nombreuses explications – à mon avis indispensables – présentation et note liminaire (au début de livre), notes (en bas de pages), répertoire, carte du Joseon (nom ancien de la Corée), notice biographique et bibliographie (en fin de volume). Je vous ai donné mes trois histoires préférées mais ne pensez pas que les autres sont moindres.

Une belle lecture que je ne peux que vous conseiller – si vous vous intéressez à l’histoire, à la culture et à la littérature coréennes – et que je mets bien sûr dans le Challenge coréen mais aussi dans 2021, cette année sera classique, Challenge lecture 2021 (catégorie 19, un recueil de nouvelles), Petit Bac 2021 (catégorie Animal), Projet Ombre 2021 et Les textes courts.

East Asia Digital Library Collection

East Asia Digital Library (EADL), c’est la Bibliothèque Numérique d’Asie de l’Est. En effet, la National Diet Library (Japon) et la National Library of Korea (Corée) ont créé conjointement ce portail culturel unique et libre de droits.

Un beau rapprochement entre les deux pays, pour partager à la consultation des documents et archives (par ordre chronologique ou par sujet) en japonais, en coréen, en chinois (les deux pays utilisant par le passé le chinois) et… en anglais. Histoire, faune et flore, médecine, bouddhisme, correspondances, Arts (dessins, peintures, calligraphies), romans, etc., de précieux documents qui datent d’entre 500 et 2000.

Allez vite consulter les collections coréenne et japonaise sur l’EADL !