Kim Jiyoung, née en 1982 de Cho Nam-joo

Kim Jiyoung, née en 1982 de Cho Nam-joo.

NiL, janvier 2020, 216 pages, 18,50 €, ISBN 978-2-37891-061-7. Palsip yi nyeon saeng Kim Jiyeong (2016) est traduit du sud-coréen par Kyungran CHOI et Pierre Bisiou.

Genres : littérature sud-coréenne, premier roman.

Cho Nam-joo naît en 1978 en Corée du Sud. Elle est scénariste pour la télévision et Kim Jiyoung, née en 1982 est son premier roman.

Séoul, Corée du Sud. Kim Jiyoung a 35 ans ; elle est mariée depuis 3 ans à Jeong Dahyeon, 38 ans, qui travaille dans une grande entreprise de high tech et le couple a une fillette d’un an, Jeong Jiwon. Jiyoung travaillait dans une société de communication mais elle a arrêté de travailler pour s’occuper de Jiwon.

Automne 2015. Jiyoung a des comportements bizarres : elle parle comme sa mère, elle dort avec Jiwon en suçant son pouce puis elle déclare être Cha Seungyeon, une des amies du couple, décédée il y a un an… Elle parle et agit comme la morte et, surtout, elle sait des choses que seuls Daehyeon et Seugyeon savaient ! « Jeong Dahyeon s’est figé. Cela remontait à presque vingt ans. Une après-midi d’été, le soleil dardait ses rayons sur le stade qu’aucune ombre ne protégeait. Il ne se souvenait pas pourquoi il s’était trouvé là mais il avait croisé Cha Seungyeon qui, tout à trac, lui avait déclaré qu’elle l’aimait bien. Qu’elle l’aimait bien et qu’elle l’aimait tout court. Elle transpirait, bégayait, ses lèvres tremblaient. » (p. 14-15). Et il y a d’autres alertes…Que se passe-t-il ?

Flashback. Enfance de Jiyoung avec Kim Eunyeong, sa sœur aînée, et leur petit frère. Les deux filles vivent des injustices car les garçons sont prioritaires et sont toujours mieux traités que les filles : les filles souvent n’étudient pas, elles vont à l’usine pour payer les études de leurs frères, plus âgés ou plus jeunes, même s’ils sont moins doués pour étudier. École primaire, collège, premières règles, lycée… « Les filles, presque inconsciemment, entassaient petit à petit au fond de leur cœur la désillusion et la peur des hommes. » (p. 73). Heureusement Jiyoung et sa sœur, nouvelle génération de filles, ont pu faire les études qui les intéressaient.

Un truc bizarre. « […] en 2001, […] Kim Jiyoung eut vingt ans […] » (p. 81) mais si elle est née en 1982, en 2001, elle n’aurait eu que 19 ans, à moins que les 9 mois de grossesse compte dans l’âge de l’enfant comme au Japon ?

J’ai dévoré ce très beau roman, féminin, féministe, universel ! Un premier roman, en plus, très réussi. Les femmes sud-coréennes (et pas que) sont victimes de sexisme, de dénigrement, de violence ; elles doivent être au service de leurs parents, de leurs frères, puis de leur patron lorsqu’elles travaillent, et enfin de leur mari et leurs enfants. Quelle vie !… Cho Nam-joo s’est inspirée de tout ce qu’elle a trouvé comme témoignages et interviews pour rédiger cette somme littéraire passionnante sur les conditions peu avantageuses des femmes. Le message est clair, fort, mais pas vindicatif, ni violent. Si j’ai bien compris, un film adapté de ce roman est sorti au cinéma en Corée du Sud en 2019, peut-être verrons-nous ce film en France ?

Bien que des lois d’égalité hommes-femmes existent, la société sud-coréenne (et bien d’autres dans le monde, c’est pourquoi je pense que ce roman est universel) dénigre toujours la femme et la condition féminine. D’ailleurs mon passage préféré est : « Tel était le dilemme : en appliquant les lois vous passiez pour une profiteuse, en renonçant vous nuisiez aux conditions de travail d’autres collègues. » (p. 164).

Une lecture coup de poing, coup de cœur pour le Challenge coréen, le Challenge de l’été (Corée du Sud) et le Petit Bac 2020 (catégorie Prénom pour Jiyoung, j’ai lu que c’est un des prénoms féminins les plus donnés en 1982).

Le rire de 17 personnes, anthologie de nouvelles contemporaines nord-coréennes

Le rire de 17 personnes, anthologie de nouvelles contemporaines nord-coréennes de collectif.

Actes Sud, mars 2016, 384 pages, 22 €, ISBN 978-2-330-06060-2.

Genres : littérature nord-coréenne, nouvelles.

Dans sa préface (à lire absolument pour comprendre à quoi on a affaire), Patrick Maurus (spécialiste de la Corée) a cette phrase judicieuse : « Enfin juste en passant : Et si les auteurs croyaient tout simplement à ce qu’ils écrivent ? » (p. 9). Alors je mets de côté les a priori que je peux avoir sur le régime (totalitaire) nord-coréen et je lis ces 11 nouvelles – empreintes tout de même de réalisme socialiste – pour découvrir la Corée du Nord contemporaine !

Pour chaque nouvelle, je donne le titre français, le titre coréen, sa date de parution (entre parenthèses, sauf s’il n’y a pas de date) et le traducteur, l’auteur ; je donne quelques infos sur l’auteur, je fais un topo, je cite au moins un extrait et je dis ce que je retiens de cette nouvelle.

1. Une vie (Saengmyong, traduction de Patrick Maurus) de Baek Nam Ryong (né en 1949, est l’auteur de Des amis, premier roman nord-coréen paru en France, chez Actes Sud en 2011). Ri Sok Hun, opéré, est resté trois mois en convalescence. Il se promène dans un parc et rencontre l’employé dont le fils postule à l’université dont Ri Sok Hun est le doyen. Puis il veut inviter le chirurgien qui lui a sauvé la vie mais celui-ci n’est pas en état : son fils a raté de deux points l’admission à l’université. Son assistant lui apprend qu’il en est de même pour « la fille du camarade vice-président du conseil régional » (p. 29). Que faire pour chacun des trois jeunes puisqu’il n’y a pas « d’exception aux règles d’inscription des nouveaux étudiants » (p. 30) ? Ce que je retiens de cette nouvelle : l’impartialité.

2. Le rire de 17 personnes (Yorilgop saramui usim, traduction de Kim Kyoung Sik et Patrick Maurus) de Kim Chong (né en 1941, est auteur pour la jeunesse et de livres historiques). Chaque année, le 9 septembre (date anniversaire de la fondation de la République populaire démocratique de Corée), la troupe organise un spectacle sur le théâtre en plein air mais leur accordéoniste est parti et ce n’est pas la même ambiance… Or, parmi les spectateurs, il y a un homme avec un accordéon : c’est Pak Su Hyon, le célèbre musicien ! Acceptera-t-il de se joindre à eux alors qu’il est en vacances en famille ? « Veuillez accepter la salutation des dix-sept membres de notre groupe de travail […]. » (p. 52). Ce que je retiens de cette nouvelle : la convivialité et l’amour filial.

3. Les voisins (Iuttul, 1972, traduction de Patrick Maurus) de Choe Song Jin (né en 1949, est auteur de nouvelles). Au cinquième étage d’un immeuble vivent cinq familles. Le narrateur est journaliste ; les autres pères de famille sont contrôleur de qualité, conseiller dans un atelier métallurgique, responsable de la distribution alimentaire et conducteur d’un camion frigorifique. Pas facile de les rassembler ! Mais le 15 août, pour la Fête de la libération, les cinq familles se réunissent « […] chez le camarade chauffeur du camion frigorifique pour passer un bon moment en complimentant la jeune maîtresse de maison diplômée de l’école de cuisine. » (p. 66). L’année suivante, ils vont pique-niquer ensemble pour admirer le paysage près de l’écluse de Mirim. La préparation de ce repas devient une compétition entre eux ! Ce que je retiens de cette nouvelle : le partage et euh… il n’y a que les hommes qui travaillent ?

4. Une tempête de neige à Pyongyang (Pyongyangui nunbona, 2000, traduction de Benoît Berthelier) de Chon In Gwang (est nouvelliste, auteur pour la jeunesse et scénariste). Il y a 30 ans, l’USS Pueblo, un navire américain avec 82 membres d’équipage dont une unité spéciale, a été capturé par la Corée du Nord (le 23 janvier 1968 en fait). Après avoir été interrogé plusieurs fois par le lieutenant Chin Sok, en particulier à propos d’une éventuelle tentative d’évasion, l’équipage a été libéré mais le Pueblo est resté à Pyongyang « dans l’enceinte du musée de la Victorieuse Guerre de libération de la patrie » (p. 93). Mais la mentalité américaine :« Dans la vie, il n’y a pas d’entraînement. On se bat tout le temps pour de vrai. Il faut gagner en étant fort et en écrasant les autres. » (p. 109) est bien différente de la mentalité nord-coréenne : « Les gens sont beaux lorsqu’ils se sacrifient par amour. » (p. 122). Lorsque l’équipage du Pueblo a été libéré, une tempête de neige s’est abattue sur Pyongyang : « Le vent balayait toutes les marques nauséabondes, vicieuses et sales que les Américains avaient laissées sur ce sol. » (p. 132). Ce que je retiens de cette nouvelle : le choc entre deux cultures et l’incompréhension de chaque côté.

5. Deuxième rencontre (Tubonjjae sangbong, 1990, traduction de Benoît Berthelier) de Han Ung Bin (né en 1945 en Chine, est nouvelliste et « écrivain officiel »). En 1989, Park, le narrateur est un jeune guide et interprète aux « treizièmes festivités mondiales de la jeunesse étudiante » (p. 136) qui se déroulent à Pyongyang. « C’était il y a dix ans et je n’avais alors encore jamais rencontré d’étrangers… » (p. 137). Ce jour-là, il doit accompagner un journaliste occidental curieux (ce qui est bien) mais suspicieux. « Il pensait que, dans un pays socialiste, tout était volontairement mis en scène à des fins de propagande. » (p. 140). Le dialogue entre le journaliste et Kang, l’ami de Park, rencontré par hasard est surréaliste ! Ce journaliste, dont les idées ont évolué, revient en Corée du nord. Ce que je retiens de cette nouvelle : l’humour.

6. Dans l’espoir d’un coup de chance (Haengunedehan kidae, traduction de Benoît Berthelier) de Han Ung Bin (voir ci-dessus). Un homme marié et père de famille doit faire un voyage d’affaires (ce qui est plutôt rare) et sera tout près de chez sa belle-famille. Son épouse le charge donc de rendre visite à ses parents et de présenter la photo d’un homme qui pourrait intéresser sa jeune sœur, Yong Ok, 24 ans. Dans le train, il voyage avec un homme qui « travaille au bureau d’affectation des logements » (p. 184) or son couple souhaite justement emménager dans un des nouveaux logements dont la construction se termine. Mais son voyage ne se passe pas comme prévu et Yong Ok n’a pas attendu pour tomber amoureuse ! Ce que je retiens de cette nouvelle : la situation cocasse.

7. Notre institutrice (Uri sonsaengnim, 1979, traduction de Kim Kyoung Sik et Patrick Maurus) de Chang Ki Song (né en 1946, est journaliste et nouvelliste ; Notre institutrice a été adaptée au cinéma en 1981). Nam Un Hui étant « promue au centre de stage des instituteurs de province » (p. 205), elle doit quitter sa classe du village de Yangji et faire la passation à la nouvelle institutrice, Yun Kum Suk. Mais il y a 36 élèves et la passation dure longtemps car Nam Un Hui a beaucoup d’histoires à raconter sur les élèves ! « Son bavardage semblait sans fin. » (p. 206). C’est qu’elle ne veut pas partir sans dire au revoir aux enfants mais ils sont en vacances. Ce que je retiens de cette histoire : l’attachement des enfants à leur institutrice.

8. Une promesse (Onyak, 1982, traduction de Kim Kyoung Sik et Patrick Maurus) de An Dong Chun (né en 1945, ancien ministre de la culture, est nouvelliste et historien). Kyong Hui est secrétaire d’état-major et tous les soldats sont fascinés par la jeune femme. Elle s’occupe des blessés avec les infirmières mais, un jour, elle se retrouve dans la zone de combat. « Je suis forte ! En murmurant, elle rajusta ses cheveux défaits faute’ de casquette envolée dans les éclats. » (p. 230). Après la guerre, elle poursuit ses études et devient chercheuse en biologie ; elle a 24 ans mais elle refuse les propositions de mariage car elle pense toujours au lieutenant Jo Song Jin qu’elle a rencontré sur le champ de bataille. Ce que je retiens de cette nouvelle : romantisme et promesse tenue !

9. La longévité (Saengmyonghangye kyesanpyo, 2000, traduction de Benoît Berthelier) de Kang Son Gyu (né en 1946, fut instituteur, est écrivain depuis 1980). Usine de chaussures de Pongchon. Ro An Mun du département technique tarde à fournir à sa direction des résultats chiffrés. Il se rend compte que l’employé Myong Pu Dok, au lieu de lui fournir ses chiffres et ses statistiques, tient un carnet de calculs de longévité sur lequel il lit avec horreur : « chef du département technique Ro An Mun : âge actuel 49 ans, peut encore vivre 1 an et 1 mois. » (p. 262) alors que les autres chefs ont une longévité bien plus élevée. Ce que je retiens de cette nouvelle : le monde ouvrier en Corée du nord.

10. La dernière classe (Majimak paeusuop, 2000, traduction de Benoît Berthelier) de Kang Kui Mi (née dans les années 40 au Japon, est journaliste et nouvelliste). Park Rok San a reçu les éloges du général Kim Jong Il et « le titre d’acteur du peuple de la république populaire et démocratique de Corée » (p. 273) mais, au lieu de se réjouir, il est en larmes devant une photo du fils prodigue de Rembrandt. C’est que, pour réaliser son rêve de devenir acteur, en 1963, il est resté seul à Kyôto au Japon alors que sa mère, veuve, et son jeune frère retournaient en Corée du nord. « Rok San, rien que de penser que nous avons perdu ton père dans ce pays suffit à me fendre le cœur, comment pourrais-je partir en te laissant ici ? Rentrons tous ensemble au pays. C’est ta maman qui t’en suppllie. » (p. 277). Engagé comme garçon de courses, il est repéré par le grand réalisateur Tanigawa et joue un premier rôle avec succès mais tout s’effondre lorsque Tanigawa apprend qu’il est Coréen… Renvoyé, Rok San erre dans la rue et rencontre un clown, Coréen lui aussi, et père d’une charmante jeune fille, Myong Mi. Ce que je retiens de cette nouvelle : l’exil (dans un Japon raciste) et l’appel de la mère patrie.

11. La clé (Yolsoe, 2004) de Kim Hye Song (née en 1973, est nouvelliste et romancière). La narratrice, ouvrière dans une usine qui produit des matériaux pour les machines agricoles, est retournée vivre chez ses parents avec son jeune fils, Chung Guk. Un soir, alors qu’elle sort du travail, un homme l’aborde. « Je n’ai toujours pas oublié ce qui s’est passé lorsque le père de mon petit Chung Guk est revenu après avoir purgé sa peine de rééducation légale. Et je ne l’oublierai jamais. » (p. 317). Elle lui donne la clé de leur maison qu’elle a laissée telle quelle mais, à son désarroi, Pyo Bom Sik la suit chez ses parents… Elle est prise entre lucidité et pitié. « J’avais réfléchi à toutes les solutions et j’avais employé toutes les méthodes pour essayer de le faire changer. […] Je ne peux pas répéter ce passé encore et encore. Même s’il est le père de mon enfant, il me faut être ferme… » (p. 344). Ce que je retiens de cette nouvelle : les hommes voyous, alcooliques et fainéants peuvent changer… en Corée du nord !

Comme Le rire de 17 personnes est un recueil de nouvelles conséquent, je pensais en lire quelques-unes et alterner avec un ou deux autres livres (roman ou bande dessinée) mais, en fait, elles sont tellement addictives, ces nouvelles, que j’ai dévoré ce recueil en un jour ! Je remercie La Barmaid aux lettres de me l’avoir envoyé pour que je puisse le lire dans le cadre du Challenge coréen. Ce fut une belle découverte que cet univers nord-coréen si peu connu ! Et Patrick Maurus a raison (dans la préface) : les auteurs croient ce qu’ils écrivent et peu importe s’ils ne sont pas 100 % réalistes (de notre point de vue occidental) car ils pensent et ils vivent différemment tout simplement dans un pays où tout est régi pour la patrie et pour le bien-être de tous à condition d’être honnête et utile (c’est presque trop beau pour y croire !). Mais il faut faire preuve d’un peu de curiosité car ce livre mérite d’être découvert pour se débarrasser de quelques préjugés et comprendre des choses différentes. Cependant, il est tout de même raisonnable de noter que, à part quelques-unes qui datent de 2000, les nouvelles ont été écrites dans les années 70-80-90, c’est-à-dire avant la grande famine qui a fait un million de morts (entre 1994 et 1997).

En plus du Challenge coréen, je mets cette lecture dans La bonne nouvelle du lundi et la Corée du nord est le premier pays pour le Challenge de l’été.

Soyeon KIM, artiste et illustratrice coréenne

Connaissez-vous Soyeon KIM ? C’est une artiste sud-coréenne qui vit au Canada et qui est exceptionnellement douée ! Elle a étudié les Beaux-Arts et les arts visuels à l’Université de York à Toronto (Ontario, Canada).

Plus d’infos et illustrations sur son site officiel, Kim Soyeon Art, et sur son Instagram, Soyeonis.

Elle a brillamment illustré plusieurs albums illustrés pour la jeunesse : dessins, collages, en particulier pour montrer les animaux, les fonds marins et la Nature.

Les albums illustrés écrits par Elin Kelsey (1961-…, Canada)
You Are Stardust (2012)
Wild Ideas – Let Nature Inspire Your Thinking (2015)
You Are Never Alone (2019)
A Last Goodbye (2020)

Les albums illustrés écrits par d’autres auteurs
Is This Panama? A Migration Story de Jan Thornhill (2013) (1955-…, Canada)
Sukaq and the Raven de Roy Goose (Canada, Inuit) et Kerry McCluskey (Canada) (2017)
Once Upon an Hour d’Ann Yu-Kyung Choi (Corée du Sud, 1975, émigrée au Canada) (2020)

Ces albums sont en anglais mais il sont aisés à comprendre ; leurs thèmes sont la Nature, la mer, les animaux, leur protection.

Elle expose, en particulier au Canada (principalement en Ontario), mais aussi en Australie (Adelaide), aux États-Unis (Brooklin, NY) et en Russie (Saint Pétersbourg). Si elle passe en France, en particulier dans ma région, je veux bien aller la rencontrer et voir ses œuvres superbes !

Et vous, est-ce que vous aimez ?

Un billet pour le Challenge coréen 🙂

Cette nuit-là de Kim Sum

Cette nuit-là de Kim Sum.

Jentayu n° 2 : Villes et violence. Nouvelle traduite du coréen par Lim Yeong-hee et Mélanie Basnel.

Genres : littérature sud-coréenne, nouvelle.

Kim Sum 김숨 naît en 1974 à Ulsan (Corée du Sud). Elle étudie le travail social à l’université de Daejeon. Elle débute sa carrière avec deux nouvelles, À propos de la lenteur (1997) et Le temps du Moyen-Âge (1998) pour lesquelles elle reçoit des prix. Elle publie des recueils de nouvelles (Chiens combattants, Le lit, Le foie et la vésicule biliaire) et des romans (Les idiots, Le fer, Mes magnifiques criminels, L’eau, L’abandon d’un chien jaune, Deux femmes face à face) pas traduits en français.

La nouvelle est lisible en ligne sur Jentayu ; merci !

Il fait nuit. Kyeong-suk est en voiture avec son mari qui conduit et leurs deux enfants à l’arrière. Lorsqu’il s’arrête à un feu rouge, un coursier en moto vient se mettre entre leur voiture et un taxi. Quand le feu passe enfin au vert, le taxi fonce mais c’est chaud entre la moto et leur voiture. Excédé, le mari sort brutalement et se met à hurler. « Kyeong-suk considéra avec inquiétude sa voiture dans laquelle se trouvaient ses deux enfants. Celle-ci était arrêtée dangereusement sur la ligne entre la deuxième et la troisième voie. La portière côté conducteur était grande ouverte. Son mari devait être drôlement en colère, il avait même oublié d’allumer ses feux de détresse. Kyeong-suk le tira par le bras mais en vain. » Mais à force d’injures, les deux hommes en viennent aux mains ! « Seulement alors se dit-elle que tout ça était de la faute du taxi, parti précipitamment en mordant sur la ligne de la voie dès que le feu était passé au vert, et lui en voulut terriblement. Si seulement ce taxi était resté sur sa voie, ils n’auraient pas failli avoir un accrochage avec la moto du coursier, et son mari et le coursier n’en seraient donc pas là, à s’écharper au milieu de la route à cette heure si tardive. » Comment Kyeong-suk va-t-elle bien pouvoir séparer son mari et cet homme ?

Parue dans le numéro 2 de la revue Jentayu « revue littéraire d’Asie », cette nouvelle symbolise bien le thème de ce numéro : villes et violence. Comment un homme, normal, marié, père de deux enfants, présents dans la voiture, va sortir de ses gonds et se mettre en colère contre un inconnu alors qu’il n’y a pas eu d’accident et que le frisson du démarrage au feu vert entre son véhicule et la moto est dû au taxi qui est parti à toute allure en débordant sur la ligne blanche.

Dommage que les recueils de nouvelles et les romans de Kim Sum ne soient pas traduits en français…

Pour La bonne nouvelle du lundi (il faudrait que je pense plus souvent à publier le lundi concernant des nouvelles) et le Challenge coréen.

Et merci aux éditions Jentayu pour cette nouvelle !

Les billes du Pachinko d’Elisa Shua Dusapin

Les billes du Pachinko d’Elisa Shua Dusapin.

Zoé, août 2018, 144 pages, 15,50 €, ISBN 978-2-88927-579-3.

Genre : littérature coréenne (franco-suisse).

Elisa Shua Dusapin naît en Corrèze en 1992 de mère sud-coréenne et de père français, ainsi elle grandit entre la Corée du Sud, la France et la Suisse où elle vit actuellement. Elle étudie les Lettres à l’université de Lausanne et les Arts à l’institut de Berne. Elle est comédienne et romancière. Elle coécrit un spectacle musical, M’sieur Boniface, et j’ai déjà lu son premier roman, Hiver à Sokcho.

Claire, 30 ans, a quitté Genève et son compagnon pour Tôkyô : elle a répondu à une annonce pour être répétitrice de français pendant l’été pour Mieko, une fillette de 10 ans à Tôkyô. « J’allais justement y passer le mois d’août auprès de mes grands-parents, en vu du voyage en Corée que nous avions prévu d’effectuer début septembre […]. » (p. 13). La grand-mère n’a plus toute sa tête mais le grand-père, 80 ans, tient encore le Pachinko Shiny dans le quartier de Nippori, un petit pachinko qu’il gère depuis plus de 50 ans, depuis leur arrivée au Japon, en 1952. Claire a prévu de voyager avec ses grands-parents en Corée pour qu’ils revoient enfin le pays de leur jeunesse mais… « Je les regarde, dépassée. Ils vivent cloîtrés dans le périmètre du Pachinko. Leur vie sociale se borne à l’échange de billes contre des babioles […]. Ils ne se mêlent pas à la communauté des Coréens du Japon, les Zaïnichis, déportés sous l’occupation japonaise ou exilés comme eux pour fuir la guerre de Corée. » (p. 35).

Que de souvenirs me sont apparus à la lecture de ce roman ! Nippori, la Yamanote line, Ueno avec son parc et son zoo, les Family Mart (magasins ouverts 7/7 jours et même pour certains 24/24 heures), les lutteurs de sumo, Miyajima… Mais je ne connais pas Shin-Okubo, le quartier coréen de Tôkyô, dommage.

Dans ce roman dépouillé, j’ai senti beaucoup de nostalgie et de tristesse… « À la séparation, le gouvernement japonais nous a autorisés à conserver l’identité coréenne, mais il fallait choisir entre le Nord et le Sud. […] On ne savait rien des raisons politiques, la guerre froide, la Russie, les États-Unis. Pour les Coréens du Japon, il n’y a jamais eu de Nord ni de Sud. Nous sommes tous des gens de Choson. Des gens d’un pays qui n’existe plus. » (p. 132). Mais « Il s’arrête. Puis il dit : – Il nous reste une langue. » (p. 132).

Un beau roman avec un message assez cruel pour les exilés… Notre pays, c’est le pays dans lequel on vit, quels que soient ses défauts et ses différences en particulier linguistiques et gastronomiques, quels que soient notre état d’esprit et notre chagrin, il faut s’y adapter, adopter sa langue, ses coutumes, le respecter et l’accepter, et finalement il n’est pas nécessaire de retourner dans le pays d’origine surtout si – comme ici la Corée du Sud qui est pourtant tout près – il a subi des transformations inimaginables depuis plus de 50 ans. C’est comme ça qu’ont vécu les grands-parents mais que transmettre aux enfants et aux petits-enfants quand le pays d’origine est occulté ?

Un beau roman donc, tout en finesse et en ambiance subtile et feutrée (même si je trouve qu’Elisa Shua Dusapin a un problème avec sa façon de décrire la nourriture !) mais, comme pour Hiver à Sokcho, j’ai cette impression d’inachevé et ça me dérange… Est-ce dû à un problème d’appartenance, de racines, à l’imagination sur les origines et le pays d’origine peu ou pas connu créant un fantasme somme toute loin de la réalité de ce pays… ? L’auteur, originaire de Corée, en vacances chez ses grands-parents au Japon lorsqu’elle était jeune, ayant reçu une éducation européenne en France et en Suisse, se pose des questions et c’est tout à fait normal mais, tout en aimant ses grands-parents, elle ne les connaît pas, ne les comprend pas, elle est dépassée et noue en fait une relation plus proche avec Mieko, petite japonaise de 10 ans qui apprend le français car sa mère, la quarantaine, est professeur de français.

Un deuxième roman pour les lecteurs curieux et pour ceux qui ont aimé Hiver à Sokcho.

J’ai lu ce roman il y a déjà un moment mais, comme je n’avais toujours pas publié ma note de lecture, j’en profite pour la mettre maintenant dans le Challenge coréen mais aussi dans Un mois au Japon puisque le roman s’y déroule.

Comme il y a un problème d’intégration de vidéos depuis quelques semaines…, voici le lien sur lequel vous pourrez écouter Elisa Shua Dusapin. https://youtu.be/Vck4861UdHk

Trois jours en automne de Pak Wan-seo

Trois jours en automne de Pak Wan-seo.

Atelier des cahiers, collection Littératures poche, avril 2016, 112 pages, 8 €, ISBN 979-10-91555-27-2. 그 가을의 사흘동안 Geu gaeuleui saheuldong-an (1985) est traduit du coréen par Benjamin Joinau et Lee Jeong-soon.

Genre : roman sud-coréen.

Pak Wan-seo 박완서 naît le 20 octobre 1931 à Gapyeong (dans la province de Gyeonggi, en Corée du nord, même si la partition des deux Corée n’a pas encore eu lieu). Elle étudie à Séoul et est séparée de sa famille. Son premier roman paraît en 1970. Elle écrit une quinzaine de romans (seulement trois sont traduits en français) et une dizaine de recueils de nouvelles. Elle meurt le 22 janvier 2011.

« Il ne reste plus que trois jours. Dehors, c’est l’automne. (p. 9). La narratrice est gynécologue ; dans trois jours, elle sera à la retraite.

Printemps 1953, jeune médecin de 26 ans, elle cherche un cabinet où installer son activité. Elle est peu expérimentée mais a déjà exercé dans un hôpital de campagne pendant la guerre puis dans une clinique en province. L’appartement qu’elle loue dans la banlieue de Séoul est dévasté mais elle choisit de devenir gynécologue pour « soulager les souffrances solitaires plus que la maladie elle-même » (p. 18). Après les travaux, elle ouvre sa « Clinique Dongbu – Spécialité : gynécologie » (p. 20). Mais personne ne sait ce qu’elle a vécu, personne à part le lecteur qui est mis dans la confidence. Mais après un premier accouchement réussi en pleine nuit, sa carrière change : « les putes à G.I. » (p. 36), les maladies vénériennes, les curetages, puis les femmes au foyer pour des avortements (limitation de deux enfants par famille). Elle a « tué » tellement d’enfants que… « Il y a une chose que je voulais faire avant de prendre ma retraite : mettre au monde un autre bébé. » (p. 43). Mais est-ce que ce sera possible ? Elle a commencé son compte à rebours au soixantième jour et il n’en reste plus que trois !

Elle raconte aussi, sans compromis, l’évolution du quartier en trente ans, les nouveaux immeubles qui côtoient les taudis, les églises qui s’y installent, les mentalités qui ne changent pas vraiment, et puis un certain fauteuil en velours. Le récit est bien écrit mais j’avoue que je l’ai trouvé froid et distant… Le monde médical est tellement à l’opposé de ce que je fais ! La narratrice est une femme seule, détruite, amère, en proie à une obsession : mettre au monde un enfant.

« À travers ce portrait sans concession d’une femme face à son destin, c’est un tableau de la Corée contemporaine que dresse, non sans humour, Pak Wan-seo. Dans ce texte d’une force implacable, elle fait montre des qualités qui ont fait d’elle une des figures les plus importantes de la littérature coréenne contemporaine. Comme toujours dans ses œuvres, derrière le masque grimaçant des personnages et de leur misère, se cache un profond humanisme qui donne une résonance universelle à ce très beau texte. » (4e de couverture).

Les thèmes des romans de Pak Wan-seo se classent en trois groupes (source Wikipédia) : le premier est la guerre de Corée et ses séquelles, le deuxième est le matérialisme et l’hypocrisie des classes moyennes, et le troisième est les problèmes auxquels sont confrontées les femmes dans une société patriarcale (années 80). Avec Trois jours en automne, on est en plein dans ce troisième thème, avec une pointe de deuxième thème quand même. Dans toute cette noirceur, cette crudité, la gynécologue révélera-t-elle à elle-même et au lecteur son humanité ?

La littérature coréenne est atypique et surprenante !

Une première lecture pour le Challenge coréen.

La langue et le couteau de KWON Jeong-hyun

La langue et le couteau de KWON Jeong-hyun.

Philippe Picquier, septembre 2019, 304 pages, 20 €, ISBN 978-2-8097-1437-1. Kalgwa hyeo (2017) est traduit du coréen par LIM Yeong-hee avec la collaboration de Lucie Modde.

Genres : littérature sud-coréenne, roman historique, roman culinaire.

KWON Jeong-hyun… Très peu d’infos sur ce jeune auteur coréen. Il naît en 1970 à Cheongju (sud-est de Séoul). La langue et le couteau est son premier roman traduit en français mais est-ce son premier roman ? Il a en tout cas reçu le Prix Honbul en 2017 (prix créé en 2011 pour récompenser les jeunes auteurs talentueux qui deviendront les grands auteurs de demain).

Yamada Otozô, originaire de Kumamoto (Japon), est le commandant de l’armée du Guandong. « Avant d’être enrôlé de force dans l’armée, j’étais un homme ordinaire qui enseignait la poésie et la littérature. » (p. 21). Le couteau le symbolise.

Wang Chen, Yi du Guangzi (Chine) est cuisinier ; il a hérité ce don de son père, né et mort dans des circonstances tragiques. « Mon père était le meilleur second de cuisine de l’hôtel de la Rivière des Perles à Canton. J’ai appris à cuisiner avec lui. Je vous en prie, épargnez-moi. » (p. 32). La langue le symbolise.

Il y a un troisième personnage narrateur puisque les personnages parlent à tour de rôle. C’est Kilsun, une jeune Coréenne de 22 ans qui a quitté Chongjin (Corée donc, avant la séparation) pour rejoindre son frère malgré ce qu’il lui a fait subir… Elle est l’épouse de Chen.

La langue et le couteau est donc un roman choral, genre que je n’apprécie pas spécialement mais trois personnages, ça me convient, c’est très bien. Il y a aussi Puyi (le dernier empereur de Chine) et sa suite qui sont assignés à résidence dans un palais. Puisque nous sommes au Mandchoukouo en 1945, la Mandchourie sous occupation japonaise.

Soupçonné d’activités complotistes, Chen est arrêté et, s’il veut échapper à une exécution, il doit relever le défi d’Otozô : un couteau, un ingrédient, une minute ! « Je regarde mon champignon les yeux dans les yeux. Tout aliment, qu’il soit vivant ou mort, légume ou produit de la mer, a des yeux. Mon père disait souvent que pour bien cuisiner, il fallait maîtriser les yeux du produit. Dominer le produit est le seul moyen de lui donner goût et parfum. C’est uniquement quand il s’abandonne entièrement au couteau qui le hache qu’il peut accepter le feu, l’huile, les sauces et les mains du cuisinier, puis renaître sous une nouvelle forme. » (p. 54). Otozô à Chen : « Ta vie ne dépend pas de moi mais uniquement de ta cuisine. » (p. 74).

Vous l’avez compris, La langue et le couteau est un roman historique mettant principalement en confrontation deux hommes, un Japonais et un Chinois, dans une région qui leur est finalement inconnue à tous deux (la Mandchourie), mais c’est aussi – et surtout – un roman culinaire avec la confrontation entre deux cuisines, la japonaise et la chinoise (qui ne sont pas semblables, contrairement à ce que certaines personnes pourraient penser). Je ne me suis pas vraiment régaler au niveau gastronomique malgré le raffinement de la cuisine de Chen (trop de poissons, de viandes…), par contre je me suis régalée au niveau littéraire et historique ! En Mandchourie, vivent des Chinois, des Japonais et des Coréens et les trois populations sont représentées dans ce roman à travers, en particulier, Chen, Otozô et Kilsun. Mais il y a aussi des bruits d’une autre guerre : les Russes se seraient déployés à Vladivostok et à Khabarovsk et « L’armée soviétique compterait un million cinq cent mille… » (p. 187) alors que « L’armée du Guandong compte à peine un million de soldats inexpérimentés. » (p. 187).

D’ailleurs, les enjeux de cette année 1945 sont aussi politiques car la Fête de Banjin va avoir lieu (mi-août !) et les Japonais veulent asseoir leur autorité (même si la majorité se doutent que la guerre va bientôt finir et qu’ils devront fuir, s’il est possible pour des soldats japonais de fuir !) : « Le banquet doit durer deux jours. On a beau parler de l’union des cinq ethnies, les Mandchous qui sont les acteurs principaux de cette fête, semblent complètement laissés de côté. L’événement se déroule à l’initiative du gouvernement mandchou mais est sous le contrôle de l’armée du Guandong. Du temps où les Qing étaient étaient encore puissants, toutes sortes de manifestations culturelles traditionnelles avaient lieu : course de chevaux, tir à l’arc, lutte, etc. Pour cette édition, rien de tel ne semble avoir été programmé. La fête est simplement le moyen de s’attirer les faveurs des représentants étrangers et des officiers japonais […]. » (p. 142). Et si Chen profitait de ce banquet pour empoisonner les hauts-gradés de la table d’honneur ?

Trois extraits que je veux garder

« La Mandchourie ne montre pas son vrai visage aux étrangers. Elle s’enfonce dans ses blessures et y reste blottie très profondément. De l’extérieur, ses plaies semblent cicatriser et devenir supportables ; parfois elles sont sacrifiées au nom de l’espoir. » (Kilsun, p. 82).

« Manger est pour moi le meilleur moyen d’oublier, pour quelques instants, cette guerre et la charge qui est la mienne. Je ne manque pas de discuter avec Shigeo des plats qu’il m’apporte. La cuisine nous sauvera peut-être. » (Otozô, p. 111).

« Certes, je suis sous le joug d’Otozô qui me commande des plats précis, mais le goût ne sert jamais qu’à flatter le palais ; il ne peut servir à dominer quoi que ce soit d’autre. S’il lui permet d’oublier sa peur, il ne changera pas l’Histoire. Ces maudits Japonais auraient dû se contenter de manger et de se faire plaisir plutôt que de critiquer la cuisine chinoise. Ils en paieront le prix, et leurs langues les premières. Leur fin est proche. » (Chen, p. 216).

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce beau roman dramatique car l’auteur a un style imagé et j’ai appris pas mal de choses. J’ai aimé l’acharnement à vivre de Chen et le fin gourmet qu’est Otozô (Kilsun est un peu moins présente mais elle est en lien avec la lutte anti-japonaise et les communistes à travers son frère en particulier). Le fait que les prénoms des personnages soient utilisés, Chen, Otozô, Kilsun, plutôt que leurs nom de famille (ce qui est plus habituel en Asie), fait que le lecteur se sent plus proche d’eux et les comprend mieux même si leur univers lui est inconnu.

C’est la première lecture que je vais déposer dans le Hanbo(o)k Club, groupe FB consacré à la littérature coréenne (et, par extension, à la littérature asiatique).

Je le mets aussi dans les challenges 1 % Rentrée littéraire 2019, Des livres (et des écrans) en cuisine 2020 et Petit Bac 2020 (pour la catégorie « Objet » avec couteau).

Séoul zone interdite de JUNG Myeong-seop

Séoul zone interdite de JUNG Myeong-seop.

Decrescenzo, janvier 2018, 218 pages, 18 €, ISBN 978-2-36727-049-4. Pyeswaeguyeok Seoul (2012) est traduit du coréen par HWANG Jihae et Julien Paolucci.

Genres : littérature coréenne, science-fiction, post-apocalyptique.

JUNG Myeong-seop… Je n’ai rien trouvé de précis donc voici ce qu’en dit l’éditeur : « est un jeune auteur coréen qui cultive un goût pour la littérature policière et de science-fiction. À travers la description de Séoul détruite et envahie par les zombies, l’auteur nous propose une vision sombre de la société future. ». Séoul zone interdite est son premier roman traduit en français et, pour découvrir son univers, vous pouvez lire une interview sur Keulmadang (excellent site consacré à la littérature coréenne).

Mars 2022. En Corée du Nord, la population a faim mais les émeutes sont violemment réprimées par le président Kim Jong-un qui ne veut pas perdre le pouvoir et qui appelle à l’aide la Chine. Mais « une faction de l’armée nord-coréenne s’insurge contre la présence de troupes étrangères sur son sol » (p. 8). Avril 2022. Un missile nucléaire nord-coréen explose sur Séoul (en Corée du Sud) : il y a des millions de morts et de blessés. « Mais l’horreur ne faisait que commencer. Quelques heures après le bombardement, les mort ont rouvert les yeux, et se sont jetés sur les survivants avec une agressivité extrême. On a d’abord parlé d’« infectés » puis de « zombies ». L’armée fut rapidement submergée par leur nombre. […]. » (p. 9). Séoul devient « Zone interdite » ! Dix ans après, des mercenaires, surnommés les « chasseurs de trésors » entrent illégalement dans la zone malgré le « haut rempart de béton bardé de barbelés électrifiés et de dispositifs anti-intrusion pour récupérer les objets personnels que les rescapés avaient laissés dans leur fuite. » (p. 9). Hyunjun est un de ces chasseurs de trésors lourdement armés. Lors d’une mission, il voit une fillette de dix ans et il en a la preuve puisqu’il l’a filmée avec la caméra de son casque ! Y aurait-il encore des survivants dans la zone ?

Eh bien, j’espère que les Nord-Coréens n’enverront pas de bombes nucléaires car je ne sais pas ce qu’ils mettraient dedans mais le résultat ne sera pas beau à voir ! L’objectif de l’auteur, dans ce roman post-apocalyptique (et pas dystopique comme je l’ai lu quelque part), était de déposséder les Sud-Coréens de leur capitale bien-aimée, Séoul (un quart des Sud-Coréens vit à Séoul). Ainsi, les zombies n’ont pas envahi le pays, pourchassant les survivants pour les dévorer, ces derniers se repliant – comme on le voit généralement – dans des enclaves où ils sont plus ou moins en sécurité ; au contraire, ce sont les zombies qui « vivent » enfermés dans Séoul, devenue une zone dangereuse subissant les effets de l’explosion nucléaire (quoique l’auteur ne s’attarde pas sur les retombées nucléaires dix ans après), et les Coréens sont protégés par un immense mur électrifié qui entoure la capitale contaminée. La vie a repris son cours, après l’horreur, différemment au niveau social et économique (il y a même des Nord-Coréens qui vivent au Sud, on les reconnaît à leur façon de parler) mais il faut bien continuer à vivre, travailler et pourquoi pas fonder une famille. La résilience, la bravoure, le travail, les missions à accomplir sont mis à l’honneur : ces notions ne sont pas exclusivement coréennes mais elles sont traitées de façon coréenne ce qui fait en partie l’originalité du roman.

En fait, avant d’avoir lu l’interview (citée et linkée plus haut), j’avais bien remarqué que l’auteur était fortement influencé par la culture populaire occidentale, en particulier tout ce qui est aventures action (les différentes missions dans la zone interdite et le « bouquet final ») et par les films américains de zombies. Et je me visualisais très bien cette histoire très violente au cinéma d’autant plus que j’ai déjà vu Dernier train pour Busan ! (부산행 Boo-san-haeng, un film d’horreur de Yeon Sang-ho sorti en 2016.). Mais Jung Myeong-seop n’écrit pas comme un Américain ou un Européen, il écrit et pense comme un Coréen et son roman est un des premiers romans de science-fiction coréens traduit en français, une curiosité donc ! Et puis, malgré la destruction de Séoul, le lecteur « vadrouille » dans les hauts lieux touristiques de la capitale et aimerait finalement les visiter en vrai avant leur éventuelle destruction…

J’ai repéré quelques fautes comme « Nous avons eu beau le supplié à genoux » page 65 (supplier) ou « Je retire la tête de la fenêtre et me fait tout petit » page 132 (fais) ou encore « Il a regrdé la fenêtre brisée » page 172 (regardé) : des détails me direz-vous (quoique les deux fautes de grammaire…) mais moi, s’il y a une faute, je ne peux pas m’en empêcher, je la vois !!!

Mais Decrescenzo est – et restera – un éditeur que j’aime : cette « petite » maison d’éditions publie uniquement de la littérature coréenne, c’est un pari osé en France où ce pays et cette littérature sont peu connus (moins que la Chine et le Japon en tout cas) mais c’est justement un bel objectif littéraire et culturel et, au vu de toutes les parutions depuis sa création en 2012, le pari est réussi !

Alors, c’est sûr que si vous n’aimez pas du tout la violence et les zombies, ce roman n’est peut-être pas fait pour vous… Mais pourquoi pas, pour découvrir une autre culture, pour comprendre les dessous d’une guerre – même si elle est éclair (euh, sans jeu de mot) – et les dessous de la politique et de la corruption (le roman touche à l’actualité récente du pays en fait). Ou bien, vous pouvez piocher dans les autres titres du catalogue 😉

Une lecture originale pour les Challenge de l’épouvante, Challenge de l’été, Challenge Chaud Cacao, Littérature de l’imaginaire, Petit Bac 2018 (catégorie Lieu), Raconte-moi l’Asie #3, Rentrée littéraire janvier 2018, S3F4 #4 et Lire sous la contrainte (« tout au féminin »).

La vie rêvée des plantes de Lee Seung-U

La vie rêvée des plantes de Lee Seung-U.

Zulma, septembre 2006, 300 pages, 18,50 €, ISBN 978-2-84304-372-7. Sikmuldeuleu Sasaenghwai (식물들의 사생활) est traduit du coréen par Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet.

Genre : littérature coréenne.

Lee Seung-U naît le 21 février 1959 à Jangheung (Corée du Sud). Il étudie la théologie et devient journaliste puis écrivain et professeur de littérature coréenne à l’université Chosun. Il reçoit de nombreux prix littéraires en Corée du Sud. Du même auteur : L’envers de la vie (Zulma, 2000), Ici comme ailleurs (Zulma, 2012), Le vieux journal (Serge Safran, 2013), Le regard de midi (Decrescenzo, 2014), La baignoire (Serge Safran 2016) et Le chant de la terre (Decrescenzo, 2017).

Depuis que son frère aîné est revenu de la guerre amputé des deux jambes, le narrateur est retourné aussi vivre chez leurs parents. « Ma mère passait ses journées dehors. Mon père ne disait jamais rien ; sa seule occupation était d’arroser les plantes et les fleurs dont le jardin débordait. » (p. 23).

J’aime la littérature coréenne, j’aime les éditions Zulma, j’aurais voulu aimer ce roman ! Mais je n’ai pas accroché… Et comme ce fut déjà le cas avec La baignoire, j’ai laissé tomber… Peut-être plus tard… Je le mets quand même dans le challenge Raconte-moi l’Asie #3.

La baignoire de Lee Seung-u

CoreeLogo2Comme je le disais hier [lien], je voudrais parler de deux ou trois trucs coréens avant que le Challenge coréen ne se termine (le 31 décembre).

Voici donc une autre lecture :

baignoire-coreeLa baignoire de Lee Seung-u.

Serge Safran, mars 2016, 140 pages, 15,90 €, ISBN 979-10-90175-46-4. Yokjoga noingbang (2006) est traduit du coréen par Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet.

Genre : littérature coréenne.

Lee Seung-u naît le 21 février 1959 à Jangheung (Corée du Sud). Il étudie la théologie et devient journaliste puis écrivain et professeur de littérature coréenne à l’université Chosun. Il a reçu de nombreux prix littéraires en Corée du Sud mais toute son œuvre n’est pas encore traduite en français. Du même auteur : L’envers de la vie (Zulma, 2000), La vie rêvée des plantes (Zulma, 2006), Ici comme ailleurs (Zulma, 2012), Le vieux journal (Serge Safran, 2013) et Le regard de midi (Decrescenzo, 2014).

L’homme a rencontré une femme, durant un voyage d’affaires aux Caraïbes et aux pyramides mayas. Que fut leur histoire d’amour ? « Viens chercher ton rasoir et ton cadre », c’est le sms reçu « il y a quelques mois » (p. 13) mais que l’homme a ignoré… Il travaille en province et son épouse est restée à Séoul mais il est rappelé à la capitale au siège social de l’entreprise et se décide à aller dans l’appartement chercher son rasoir et son cadre.

D’emblée je suis surprise, l’auteur utilise le « vous » ce qui est surprenant pour le lecteur ! Ça peut être un bon point pour ce roman, une lecture différente. Mais, franchement, je n’ai pas accroché, je me suis ennuyée ferme, je suis passée à côté… Toutefois je souhaite dire que j’aime beaucoup cette collection avec ses couvertures de couleur orange. Et voici quelques extraits qui m’ont plu et que je veux garder en mémoire :

« L’homme est un être facilement influençable, ou qui aime se laisser influencer. » (p. 10).

Qu’est-ce que l’amour ? « C’est toujours une histoire en construction. » (p. 36).

RaconteMoiAsie2« Les coïncidences sont autant de causes et de prétextes. » (p. 59).

« […] le lecteur lira comme bon lui semble. » (p. 93).

Une lecture que je mets dans le challenge Raconte-moi l’Asie.