Conversations avec mon chat d’Eduardo Jáuregui

Conversations avec mon chat d’Eduardo Jáuregui.

Feryane, mai 2017, 432 pages, 22 €, ISBN 978-2-36360-424-8. Conversaciones con mi gata (2013) est traduit de l’espagnol par Vanessa Capieu.

Genre : littérature espagnole.

Eduardo Jáuregui, auteur espagnol, est un psychologue spécialiste de la psychologie positive également professeur d’université.

Sara vit dans une maison avec Joaquín et travaille depuis plus de dix ans dans une petite agence de communication, Buccaneer Design, mais rachetée récemment par un gros groupe, Nat Sciences Inc. Elle a tout pour être heureuse mais, ce matin encore, elle est prise de vertige et elle sait qu’elle n’est pas enceinte. Peu avant de partir au travail, un chat l’effraie sur le moment. « Derrière le carreau se tenait un inoffensif chat au poil court et doré, la queue étroite et l’air plutôt aristocratique. » (p. 15). Plusieurs fois le chat essaie de lui parler mais Sara court au bureau, oublie sa sacoche avec son MacBook dans le métro, arrive en retard à sa réunion très importante et perd connaissance pendant sa présentation (de mémoire et à l’ancienne, sur un tableau, puisqu’elle n’a plus son ordinateur…) de Royal Petroleum ! « Qu’avais-je fait pendant ces presque quarante ans de vie ? Avais-je de quoi me réjouir ? Ou est-ce que j’étais complètement à côté de la plaque ? Pourquoi me réveillai-je tous les matins avec la nausée ? Est-ce ma propre vie qui me donnait envie de vomir ? Qu’aurait dit de moi la journaliste jeune et utopiste que j’avais été autrefois ? Ou était passé ce couple amoureux qui avait débarqué en Angleterre avec le changement de millénaire ? Qu’avais-je envie de faire du temps qui me restait ? Devais-je changer de voie ? » (p. 53). Comme vous le voyez, Sara se pose beaucoup de questions mais elle n’est pas au bout de ses peines car c’est toute sa vie qui va être chamboulée, professionnelle, amoureuse, familiale… Heureusement Sara sera aidée par quelques amis et par Sibylle, la chatte Abyssin douée de parole et de grande sagesse qui va lui faire comprendre beaucoup de choses. « Vous avez un cerveau efficace, c’est sûr, capable des calculs et des raisonnements les plus complexes. Mais pour tout dire, la plupart d’entre vous ne savent pas l’utiliser. Et vous vous retrouvez à tourner et retourner dans votre tête ce qui a eu lieu, ce qui va se passer, ce qui aurait pu ou pourrait arriver, tout ça dans le désordre et l’angoisse. » (p. 104).

Ce roman est d’abord paru aux Presses de la Cité en 2016 mais, que voulez-vous, parfois la bibliothèque n’a le livre disponible qu’en gros caractères et, même si ça me tire un peu les yeux, ces énormes caractères, j’ai craqué sur la couverture et le thème de ce livre qui était une nouveauté ! Et j’ai découvert une jolie histoire, qui m’a encouragée dans ma vie aussi, qui (ça m’a fait sourire) développait des similitudes avec Agir et penser comme un chat de Stéphane Garnier que je venais de lire juste avant (oui, je sais, je suis dans une veine de lectures « chat » !). « Jour après jour s’éveillait peu à peu une partie de moi qui se sentait infiniment libre, puissante, sage, belle ; en un mot : féline. » (p. 368).

Mon passage préféré : « L’esprit humain est un petit singe turbulent qui essayera toujours d’échapper à ton contrôle. Ce n’est pas grave. À chaque fois que tu t’en rends compte, reviens à ta respiration. » (p. 256).

Et puis, sur les livres (les parents de Sara tenaient une librairie) : « J’ai découvert très tôt que les livres permettent de voyager, de vivre des aventures, des romances et des révolutions, de connaître des reines insolentes, des magiciens puissants, des pirates au cœur d’or et même, maintenant que j’y pense, des chats sacrément bavards. » (p. 278), j’adore !

Conversations avec mon chat est un livre qui fait réfléchir sur la vie, le sens qu’on lui donne, les relations qu’on a avec les autres, c’est un roman qui enchante et qui fait du bien, oui, même si vous n’aimez pas particulièrement les chats. C’est une histoire charmante qui réconforte, qui guide, qui aide, alors allez vite le chercher, en librairie ou en bibliothèque, vous ferez une bonne action pour vous-même !

Une excellente lecture pour les challenges Feel good, Littérature de l’imaginaire et Voisins Voisines (Espagne).

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Le territoire des Barbares de Rosa Montero

TerritoireBarbaresLe territoire des Barbares de Rosa Montero.

Éditions Métailié [lien], collection Suites, septembre 2004, 224 pages, 10 €, ISBN 2-86424-511-6. Réédition en poche en janvier 2014 [lien].

El corazón del Tártaro (2001) est traduit de l’espagnol par André Gabastou.

Genre : roman.

Rosa Montero naît le 3 janvier 1951 à Madrid en Espagne. Elle a étudié la psychologie ; elle est journaliste à El País et romancière. Neuvième roman de Rosa Montero, Le territoire des Barbares est le premier traduit en français. Auteur prolifique depuis 1976, elle a aussi écrit un roman pour la jeunesse, des contes, des récits et des essais.

Un matin de janvier à Madrid. Zarza se réveille plus tôt. Elle est de mauvaise humeur : les voisins copulent à grand bruit… Et elle est angoissée : au téléphone, une voix masculine lui a dit « Je t’ai retrouvée ». Sofia Zarzamala, surnommée Zarza depuis l’enfance, vit depuis deux ans dans ce petit meublé. Elle a 36 ans et elle est seule. Historienne et médiéviste, elle est éditrice et correctrice dans une grande maison d’éditions. Mais ce matin d’hiver, au lieu d’aller au travail, elle fuit. « Pour elle, les jours normaux n’existaient plus. » (p. 14) ; « Dehors, quelque part, il était là […]. » (p. 25).

Peu à peu, le passé de Zarza ressurgit, tout ce qu’elle avait voulu oublier et fuir déjà depuis des années. Mais je ne veux rien vous dire de plus car le récit dévoile les choses au fur et à mesure. Sur deux jours donc avec une montée en puissance et une certaine angoisse. Plutôt une inquiétude grandissante. On sent bien que l’auteur est familière avec la psychologie ! L’écriture précise crée une atmosphère douloureuse presque enivrante. Une petite précision sur barbares, en fait, en espagnol, il s’agit de tartare : le cœur du Tartare (qui s’attache à Zarza) traduit par le territoire des Barbares (qui s’attache au monde qui entoure – ou qui entourait – Zarza) ce qui est un peu différent. Par contre, la bibliothèque où j’ai emprunté ce livre l’a classé en roman policier mais ce n’est pas du tout un roman policier alors je n’aurai pas de roman policier à proposer pour ce mois espagnol… Rosa Montero, une romancière à découvrir !

Deux passages qui m’ont marquée :

MoisEspagnolMai2015-2« Ce n’est pas de la maîtrise, ma petite, c’est une lutte à mort, quotidienne. La vie est une guerre. Non, la vie, c’est comme avancer dans un pays inconnu. Il faut que tu sois sans arrêt sur tes gardes et à l’affût… » (p. 58).

« Il n’est pas de pire enfer que de se haïr soi-même. » (p. 130).

Voilà, c’est le dernier article pour le Mois espagnol de Sharon à part le bilan que je ferai demain.

Le diamant fou de Federico García Lorca

DiamantFouLe diamant fou de Federico García Lorca – Traduit de l’espagnol par André Belamich, Claude Couffon et Bernard Sesé – Illustré par Séverine Assous.

Éditions Michalon [lien], collection Album Tatou, octobre 2006, 43 pages, 15 €, ISBN 978-2-84186-329-7.

Genre : Poésie

C’est pour le Mois espagnol de Sharon que j’ai lu ces poèmes de Federico García Lorca. Cet auteur espagnol, né le 5 juin 1898, a été exécuté le 17 août 1936. Il jouait du piano, il chantait, il peignait, il écrivait, il avait voyagé à New York et à Cuba, il était engagé. Il était ami avec Salvador Dalí qui disait de lui qu’il était un diamant fou. Très belle biographie de García Lorca écrite par Héliane Bernard (p. 40 à 42) et un hommage (p. 2).

Les 18 poèmes présentés dans cet album illustré par Séverine Assous ont été écrits entre 1920 et 1936. Ils racontent la vie, les femmes, l’amour, la musique, New York et Cuba. Ce recueil est bien plus agréable à lire qu’un recueil habituel, académique. Les illustrations en double page sont intenses et colorées, elles entourent bien les poèmes. J’ai en fait découvert Federico García Lorca que je n’avais jamais lu et c’est une belle surprise !

MoisEspagnolMai2015-3Mon poème préféré est Suite (1923).

« Toute chanson

est une eau dormante

de l’amour.

Tout astre brillant

une eau dormante

du temps.

Un nœud

du temps.

Et tout soupir

Une eau dormante

du cri. »