Bartleby le scribe de José-Luis Munuera

Bartleby le scribe de José-Luis Munuera.

Dargaud, Hors collection, février 2021, 72 pages, 15,99 €, ISBN 978-2-50508-618-5.

Genres : bande dessinée espagnole, adaptation d’un classique états-unien.

José-Luis Munuera naît le 21 avril 1972 à Lorca dans la région de Murcie (Espagne). Il étudie les Beaux-Arts à Grenade. Il est fan d’Astérix, de Spirou et Fantasio et aime le dessin humoristique. Du même auteur : Les Potamoks avec Joann Sfar, Merlin avec Joann Sfar puis Jean-David Morvan, Sir Pyle S. Culape avec Jean-David Morvan, Nävis avec Jean-David Morvan et Philippe Buchet, Spirou et Fantasio avec Jean-David Morvan, Les Campbell, Zorglub… Il est scénariste et dessinateur. Son blog n’est plus mis à jour depuis octobre 2007.

Cette bande dessinée sera en librairie le 19 février et je remercie NetGalley et Dargaud de m’avoir permis de la lire en avant-première.

Wall Street, New York City, fin du XIXe siècle (extrait, p. 28, ci-contre). Dans cette ville de murs de plus en plus hauts, les humains, semblants tout petits, vaquent à leurs occupations et travaillent. Bartleby est embauché en renfort de Turkey et Nippers dans un office notarial et son patron en est content. « Au début, Bartleby réalisait un nombre considérable d’écritures. Il semblait insatiable comme s’il avait été longtemps affamé de copies. Il les avalait l’une après l’autre, travaillant jour et nuit, sans relâche. » (p. 22).

Mais, lorsque le notaire lui demande de collationner et vérifier les copies, Bartleby répond « Je préférerais ne pas le faire. » (p. 24) et comme le patron insiste, Bartleby insiste aussi « Je préférerais pas. » (p. 25 et suivantes). Le jeune homme travailleur, appliqué, soigneux qui refuse de sortir du cadre de son travail devient « une menace » (p. 30) cependant le notaire fait avec car il reste satisfait de son travail.

Pourtant, un dimanche, en allant à son bureau, le notaire se rend compte que Bartleby s’y est enfermé. « Ma parole ! Cet homme mange, dort et s’habille dans mon étude ! Il vit ici ! » (p. 37). Et le notaire se pose des questions. « Dans quelle misère, dans quel isolement vit Bartleby, unique spectateur de sa propre solitude ? Qui est Bartleby ? Qu’est Bartleby ? » (p. 38). La situation devient surréaliste. Plus surprenant, Bartleby décide du jour au lendemain de ne plus travailler ! Le notaire, pourtant patient, est alors contraint de le renvoyer mais Bartleby refuse de partir, en fait il ne préférerait pas !

Bartleby le scribe, l’énigmatique, est une profonde réflexion sur la conscience, le devoir et la possibilité de « la désobéissance civile » (p. 45), de la fuite possible en tant que lutte contre l’État et le capitalisme. Les dessins de Munuera sont vertigineux et l’humain ne peut que chercher sa place dans cette immensité qui le dépasse, son utilité dans une nouvelle société moderne en pleine expansion.

Bartleby a été adapté plusieurs fois au cinéma, au théâtre et a inspiré des artistes (au cinéma et en littérature), des sociologues et des philosophes. Cette bande dessinée est une très belle adaptation de Bartleby, the Scrivener: A Story of Wall Street (1853) de Herman Melville (1819-1891) que je vais lire en mars pour une lecture commune avec Noctenbule (j’ai hâte maintenant !).

« I would prefer not to » dans la version originale, « je préférerais ne pas », comme une parole positive mais avec une possible négation… Je vous laisse compulser ce qu’en ont pensé les philosophes du XXe siècle, Deleuze et Derrida en tête.

Pour La BD de la semaine et les challenges BD, 2021, cette année sera classique, Projet Ombre 2021 et Les textes courts. Plus de BD de la semaine chez Stéphie.

Une république lumineuse d’Andrés Barba

Une république lumineuse d’Andrés Barba.

Christian Bourgois, mai 2020, 192 pages, 18 €, ISBN 978-2-267-03206-2. República Luminosa (2017) est traduit de l’espagnol par François Gaudry.

Genres : littérature espagnole, roman.

Andrés Barba naît en 1975 à Madrid (Espagne). Il étudie les lettres espagnoles, enseigne à Brunswick (Maine, États-Unis) puis à Madrid. Du même auteur : La ferme intention (2006), La sœur de Katia (2006), Et maintenant dansez (2007), Versions de Teresa (2011), Les petites mains (2018), Août, octobre / Mort d’un cheval (2018).

Le narrateur raconte : vingt-deux ans auparavant, en 1993, jeune marié à Maia et jeune fonctionnaire des services sociaux, il doit gérer les trois mille membres de la communauté ñeê à San Cristobál. La chaleur y est humide, lourde ; la forêt un « monstre vert et imperméable » (p. 14) ; la pauvreté rude… Lors de leur arrivée, une chienne vient se jeter contre leur fourgonnette… « Sombre présage [ou] présence bénéfique » (p. 15) ? Contre toute attente, la chienne survit (des années), c’est Moira. Quant à Maia, professeure de violon, elle a une fille que le narrateur élève comme un père et qu’il appelle « la petite » car elle s’appelle également Maia.

Moins d’un an après leur installation à San Cristobál, la population va être confrontée à un groupe de trente-deux enfants, entre neuf et treize ans, sortis de nulle part… Du fleuve pensent certains. Des enfants volés pour des trafics et qui se sont enfuis ? Des enfants fugueurs ? Ils parlent en tout cas une langue incompréhensible, commettent des dégradations, des vols et peu à peu vont devenir agressifs, violents. « Des enfants, oui, mais pas comme nos enfants. » (p. 40). C’est après les fêtes, le 7 janvier 1995, que tout s’accélère avec « l’attaque du supermarché Dakota » (p. 69). Après avoir volé et dégradé, les enfants armés ont attaqué les adultes ; bilan trois blessés et deux morts. La population oscille entre « trois réactions contradictoires mais aussi complémentaires : l’indignation, le désir de vengeance et la pitié. » (p. 80).

La tension monte surtout lorsque les enfants de San Cristobál sont attirés par quelque chose que les adultes ne comprennent pas et que les enfants eux-même n’arrivent pas à expliquer. En fait il apparaît un côté fantastique comme dans la littérature d’Amérique du Sud (je pense à Jorge Luis Borges, Julio Cortàzar, Carlos Fuentes, Gabriel Garcia Marquez entre autres). Doit-on considérer les enfants de ce groupe qui sème le chaos (même lors de leur absence) avant tout comme des enfants ou des délinquants ? Un enfant est-il toujours innocent ? Que faire lorsqu’un enfant n’a pas reçu l’éducation, les repères, les limites, tout ce qui fera de lui un humain responsable dans une société ? Ce roman (le 7e de l’auteur traduit en français et que je ne connaissais pas du tout !) est une sorte de fable tragique qui apporte aux lecteurs – à l’image du narrateur – des sensations traumatisantes.

« L’amour et la peur ont en commun le pouvoir de nous leurrer et de nous guider : nous confions à quelqu’un la direction de notre crédibilité et, surtout, de notre destin. » (p. 131).

J’ai fait des recherches et… 1. La communauté ñeê n’existe pas. 2. San Cristóbal pourrait correspondre à San Cristóbal de Las Casas dans le Chiapas au Mexique mais pourrait aussi bien être une ville en Argentine ou dans un autre pays sud-américain de langue espagnole près de la jungle et d’un large fleuve.

Assurément je lirai d’autres titres de cet auteur espagnol ; si vous en avez un en particulier à me conseiller !

Pour les challenges Animaux du monde #3 (la chienne Moira et les serpents dangereux) et Voisins Voisines 2020 (Espagne). Et n’oubliez pas de visiter Mon avent littéraire 2020 pour le jour n° 8.

Gentlemind 1 de Díaz Canales, Valero et Lapone

Gentlemind 1 de Díaz Canales, Valero et Lapone.

Dargaud, août 2020, 88 pages, 18 €, ISBN 978-2-20507-637-0.

Genre : bande dessinée espagnole.

Juan Díaz Canales est le scénariste. Il naît en 1972 à Madrid (Espagne). Après avoir étudié l’animation, il devient scénariste et dessinateur de bandes dessinées. Du même auteur : Blacksad et Corto Maltese entre autres.

Teresa Valero est la co-scénariste. Elle naît le 23 juillet 1969 à Madrid (Espagne). Elle travaille pour le dessin d’animation (Corto Maltese, Nanook parmi les séries animées et Astérix et les Vikings, Bécassine parmi les films d’animation) puis se tourne vers le scénario de bandes dessinées. Du même auteur : Sorcelleries (3 tomes).

Antonio Lapone est le dessinateur et le coloriste. Il naît le 24 octobre 1970 à Turin (Italie). Après avoir été dessinateur pour une agence de publicité, il se lance dans la bande dessinée. Il vit en Belgique. Plus d’infos sur son blog, Lapone Art.

Je remercie NetGalley et l’éditeur car j’ai pu lire ce tome 1 de Gentlemind en pdf. Par contre, je ne l’ai pas lu sur ma liseuse, je l’ai lu sur le PC car je voulais la couleur !

Brooklyn, 1939. Arch Parker, dessinateur, est avec son amie, Navit, qui lui sert de modèle mais Arch n’arrive pas à vivre de son dessin. Un jour, il découvre un nouveau magazine, Gentlemind, lancé par le milliardaire H. W. Powell. « Vous savez, celui d’Oklahoma qui savait que l’acier serait le futur. » (p. 8). Le milliardaire exige de rencontrer Navit avant d’embaucher Arch.

New York, 1940. « Perdomo contre la Canasta Sugar Company Corporation. Audience présidée par l’honorable juge Jefferson. » (p. 11). Oswaldo (Waldo) Trigo gagne le procès pour l’entreprise puis accueille sa sœur Gabriela qui arrive de Porto Rico.

New York, 1942. Navit est devenue la danseuse vedette de Powell Follies, et la maîtresse du milliardaire. Et la Canasta Sugar Company continue de faire des procès pour agrandir son territoire et s’enrichir. « Regardez cet homme que vous êtes sur le point de sacrifier à la voracité de la Canasta et demandez-vous si ce que vous allez faire de lui a quelque chose à voir avec la justice. » (p. 21).

New York, été 1942. Arch s’est enrôlé et il est parti pour l’Europe ; Navit a épousé Horace Powell et est devenue madame Gina Powell.

Sur fond de guerre et, à travers l’histoire d’Arch, de Navit (Gina), de Powell et de Waldo, c’est en fait l’histoire de la revue Gentlemind qui est racontée et c’est passionnant. « Beaucoup de choses doivent changer si nous voulons que Gentlemind continue à paraître. » (p. 47). « Ensemble, nous pouvons hisser Gentlemind au sommet du paysage éditorial. » (p. 48). Gentlemind va devenir une grande revue pour les hommes et va même créer un prix, le « Gentlemind Short Fction Contest… le prix littéraire le plus important du pays pour les jeunes écrivains ! » (p. 56). En juin 1944, le premier numéro de la nouvelle édition de Gentlemind coûte 10 cents ! « Quelqu’un a un Gentlemind ? Il n’en reste pas un dans toute la ville. » (p. 66).

Les tons sont dans les bleus, les jaunes ; les dessins sont fins ; c’est très agréable à lire. J’ai particulièrement aimé les pages 28, 29 et 34 avec les couvertures des magazines et des comics de l’époque. Pas besoin de lire entre les lignes pour voir le racisme ambiant et le machisme mais, contre toute attente, Navit va réussir son projet ! J’ai hâte de lire la suite mais, à mon avis, il faudra attendre août prochain…

Une très belle bande dessinée de la rentrée 2020 pour La BD de la semaine, le Challenge BD et le Mois américain. Plus de BD de la semaine chez Moka.

Clara et la Pénombre de José Carlos Somoza

Clara et la Pénombre de José Carlos Somoza.

Actes Sud, collection Lettres hispaniques, septembre 2003, 646 pages, 23,40 €, ISBN 978-2-7427-4452-7. Clara y la Penumbra (2001) est traduit de l’espagnol par Marianne Millon. Je l’ai lu en poche : Babel noir, mars 2019, 656 pages, 9,90 €, ISBN 978-2-330-11875-4.

Genres : littérature espagnole, roman policier, science-fiction.

José Carlos Somoza naît le 13 novembre 1959 à La Havane mais il ne passe que quelques mois à Cuba car sa famille s’exile (pour des raisons politiques) en Espagne en 1960. Il est donc Espagnol et vit à Madrid. Il étudie la médecine et la psychiatrie ; il est diplômé de psychiatrie et de psychanalyse (je comprends mieux l’étendue du roman !) ; il exerce quelques années puis se consacre à l’écriture. Du même auteur : La caverne des idées (2000-2002), Daphné disparue (2000-2008), La dame n° 13 (2003-2005), La théorie des cordes (2006-2007), La clé de l’abîme (2007-2009), L’appât (2010-2011), Tétraméron. Les contes de Soledad (2012-2015) et Le mystère Croatoan (2015-2018), tous chez Actes Sud. Son dernier roman, L’origine du mal (2018) n’est pas encore paru en français. Plus d’infos sur http://josecarlossomoza.com/ (en espagnol).

L’histoire se déroule en 2006. Lorsque le roman est paru (en 2001 en Espagne et en 2003 en France), le roman parlait donc du futur, un futur proche, et ce roman est, même encore maintenant, de la science-fiction.

2006, Vienne (Autriche). Anneck Hollek, 14 ans, est une des vingt jeunes femmes qui sont des œuvres d’art peintes pour une exposition. « Elle était Défloration, l’une des pièces maîtresses de Bruno Van Tysch, depuis deux ans […]. » (p. 17) Défloration est l’une des vingt « fleurs » de l’expo Blumen mais Annek est retrouvée morte dans la forêt, le corps peint en rouge. Le Hollandais Lothar Bosch et l’Anglaise April Wood de la sécurité de la Fondation Van Tysch vont enquêter avec leur équipe. L’auteur et le lecteur ne suivent pas l’enquête de « Félix Braun, détective de la section des homicides du département des recherches criminelles de la police autrichienne » (p. 51). C’est que l’enquête de Braun se porte sur le côté humain alors que l’enquête de l’équipe de sécurité se porte sur l’œuvre ! « C’était une jeune fille de quatorze ans, mon Dieu. On l’a découpée avec… avec une sorte de scie électrique… et elle était vivante… – Ce n’était pas une jeune fille de quatorze ans, Lothar, précisa Benoît. C’était un tableau dont la valeur était estimée à plus de cinquante millions de dollars comme prix initial. » (p. 88).

2006, Madrid (Espagne). Clara Reyes, 24 ans, est aussi une œuvre d’art, peinte par Alex Bassan, elle est La jeune fille à son miroir, exposée dans une galerie madrilène. Elle rêve de travailler pour Bruno Van Tysch et va, pour sa plus grande joie, être conviée à Amsterdam pour être Suzanne au bain, une des treize œuvres de la nouvelle exposition de Van Tysch qui aura lieu en juillet pour le 400e anniversaire de la naissance de Rembrandt (15 juillet 1606), peintre de la lumière et de l’obscurité, maître du clair-obscur et des contrastes. Cette exposition perdra-t-elle aussi une ou des « œuvres » ? « Attaquera ? N’attaquera pas ? » (p. 476).

Ces corps humains, enfants, adolescents, jeunes adultes, nus, peints de partout y compris tous les orifices sont de l’Art hyperdramatique ou Art HD. Et ces corps ne sont plus considérés comme des humains mais comme du « matériel artistique ». Les professionnels de l’Art hyperdramatique ne parlent donc pas de personnes torturées et tuées mais d’œuvres d’art détruites… Évidemment c’est choquant – surtout lorsqu’il s’agit d’enfants et d’adolescents – et l’auteur montre bien les dérives et déviances possibles du monde de l’art.

« L’art est une priorité absolue. Vous m’excuserez si je ne sais pas mieux m’exprimer, mais je suis convaincu que l’art est prioritaire pour l’Europe. » (p. 321).

« Rien de ce qui nous entoure, rien de tout ce que nous savons ou ignorons, n’est complètement inconnu ni complètement connu.Les extrêmes sont des inventions faciles. C’est comme pour la lumière. L’obscurité totale n’existe pas, pas même pour un aveugle, vous ne saviez pas ? L’obscurité est peuplée de choses : formes, odeurs, pensées… Et observez la lumière de cet après-midi d’été. Diriez-vous qu’elle est pure ? Regardez-la bien. Je ne parle pas que des ombres. Regardez entre les fentes de la lumière. Vous voyez les petits grumeaux de ténèbres ? La lumière est brodée sur une toile très obscure mais c’est difficile à voir. Il faut mûrir. Quand nous mûrissons, nous comprenons enfin que la vérité est un point intermédiaire. C’est comme si nos yeux s’accoutumaient à la vie. Nous comprenons que le jour et la nuit, et peut-être la vie et la mort, ne sont que des degrés d’un même clair-obscur. Nous découvrons que la vérité, la seule qui mérite ce nom, est la pénombre. » (Van Tysch à Clara, p. 421-422).

Ce roman est… terrible ! Qui sait si ce genre d’art insoutenable ne sera pas réalisé un jour ? Après tout, pour faire de l’art et pour gagner de la notoriété et de l’argent aussi, certains sont prêts à tout ! Le personnage de Clara est intéressant, elle pense bien faire, elle croit qu’en tant qu’œuvre elle sera immortelle… Mais il y a une différence entre être modèle pour un peintre (sur toile) et être une œuvre peinte et immobile pendant dix heures par jour. En plus, je n’ai pas l’impression que ces œuvres de corps peints soient belles (elles sont même plutôt monstrueuses), car tout ça n’est que gloire et argent, non ? Je suis d’accord pour dire que les génies ont un petit grain de folie et que c’est bien mais là, c’est plus qu’un petit grain… En tout cas, la lecture de ce roman à la fois SF et policier, est difficile, éprouvante, mais passionnante !

Pour le Challenge de l’été (Espagne), Littérature de l’imaginaire #8 (pour le côté SF, anticipation), Petit Bac 2020 (pour la catégorie Prénom avec Clara), Polar et thriller 2020-2021 et Voisins Voisines 2020 (Espagne).

La saga d’Atlas et Axis, intégrale de Pau

La saga d’Atlas et Axis, intégrale de Pau.

Ankama, collection Étincelle, novembre 2017, 272 pages, 19,90 €, ISBN 979-1-03350-478-8. Cette série est traduite (et adaptée) de l’espagnol par Pau, Domhnall Campbell et Élise Storme.

Genres : bande dessinée espagnole, fantastique.

Pau, de son vrai nom Rodríguez Jiménez-Bravo, naît le 1er janvier 1972 à Palma de Majorque en Espagne. Plus d’infos sur son ancien blog, http://escapulanews.blogspot.com/ (en espagnol) et sur son nouveau site, https://www.escapula.com/ (octobre 2019, toujours en espagnol). Pour ceux qui ne parlent pas espagnol (comme moi !), une interview de Pau sur ActuaBD.

Le village de Kanina a été attaqué alors que les habitants préparaient la fête des chiots. Atlas et Axis étaient en forêt. Canuto, mourant, leur apprend que « Un bateau est arrivé, ils nous ont attaqué par surprise… […] Vers le nord. Ils étaient tout blancs et fort poilus. Il y avait des chiens, des loups… […] Le bateau était noir et la voile rouge… Argh ! Leurs capes… retenues par des fibules comme celle-ci… » (p. 12) avant de rendre l’âme. Erika et Raposa ne sont pas parmi les cadavres : « Ils les ont sûrement emportés. » (p. 13). Erika est la sœur d’Atlas et Axis est amoureux d’elle. Les deux chiens sont inexpérimentés mais ils se mettent vaillamment en route ! Séparé d’Axis, Atlas continue seul et rencontre Mika, une chienne dont le village a aussi été massacré par les Vikiens. Puis, après avoir retrouvé par hasard Axis, ils repartent ensemble et rencontrent Miel, une charmante ourse qui tient un bar et qui les aide à aller au nord. Plus tard, Atlas entend parler de Khimera et il réagit que c’est la légende sur laquelle Canuto menait des recherches : la légende de l’os Khimera et de la gamelle d’abondance. « On dit que celui qui la trouvera n’aura plus à se soucier de chercher de la nourriture. » (p. 80). Atlas et Axis repartent à l’aventure avec un riche savant qui veut ramener un Tarse du Sabakistan. Avec leur nouvel ami, Tuman, un chien de traîneau, ils apprennent que « Il ne faut pas abuser des animaux. » (p. 109). Lui et sa meute sont les descendants de Chienghis Khan !

Dans le monde de Pangea, il n’y a que des animaux et les personnages principaux de cette histoire sont des chiens mais le lecteur rencontre brebis, chèvres, ourse, gloutons, loups, un vieux chat sage… Et même un survivant mammouth laineux et un féroce dinosaure ! Il y a de belles couleurs et une belle ambiance, avec des rencontres et des amitiés (j’aime bien Miel, la vieille ourse).

En fin de volume, un cahier spécial avec des images et des planches exclusives car Pau a commencé ses ébauches en 1995, a arrêté son projet devant le manque d’enthousiasme des éditeurs, a travaillé comme animateur dans un hôtel à Minorque (île espagnole dans les Baléares) puis a repris son idée de projet avec les chiens pendant des années jusqu’à ce qu’il trouve un éditeur, Ankama. Cette intégrale réunit 4 tomes : tome 1, 84 pages, novembre 2011, tome 2, 84 pages, février 2013, tome 3, 64 pages, novembre 2015 et tome 4, 64 pages, septembre 2016, soit un travail colossal durant des années ! Ci-dessous, les 4 visuels pour que vous ayez une idée des personnages, des aventures et de l’ambiance.

Cette bande dessinée qui mêle légendes et histoire (destruction de la Pangea en plusieurs continents qui se séparent et apparition des humains) est une belle réussite, idéale pour les jeunes lecteurs, je veux dire les ados. Mon personnage préféré est Tundra, le mammouth laineux (qui, comme ses ancêtres disparus, a bien du mal à supporté la chaleur). Il y a des pointes d’humour (humour cabot !) et l’auteur raconte avec subtilité pourquoi la haine, la guerre et la souffrance des animaux, c’est mal.

Pour La BD de la semaine et les challenges BD 2019-2020, Contes et légendes 2019 (pour la catégorie Épiques aventures), Jeunesse Young Adult #9 et Littérature de l’imaginaire #7.

Plus de BD de la semaine chez … (lien à venir).

Mois espagnol et sud-américain 2019

Cinquième édition pour le Mois espagnol – et sud-américain – avec Sharon en mai 2019. Infos, inscription et logos chez Sharon.

L’objectif est de partager sur la culture de langue espagnole donc l’Espagne et l’Amérique du Sud (sauf le Brésil qui est lusophone) : romans, films, séries, musique, gastronomie, etc.

Je ne sais pas si je pourrai publier beaucoup (depuis le début de l’année, je n’allume pratiquement pas l’ordinateur le weekend) mais un ou deux billets me semblent possible.

Mes billets pour ce challenge, en fait mon unique billet pour ce challenge :

La conspiration des médiocres d’Ernesto Mallo, un très bon roman policier argentin.

Ce qui n’est pas écrit de Rafael Reig

Ce qui n’est pas écrit de Rafael Reig.

Métailié noir, collection Bibliothèque hispanique, janvier 2014, 240 pages, 18 €, ISBN 978-2-86424-943-6. Lo que no está escrito (2012) est traduit de l’espagnol par Myriam Chirousse.

Genres : littérature espagnole, roman noir.

Rafael Reig naît le 16 septembre 1963 à Cangas de Onís dans la principauté des Asturies (Espagne). Il étudie les Lettres et la philosophie à Madrid puis à New York. Du même auteur : La position du pion (2017). Plus d’infos sur son blog, http://www.hotelkafka.com/blogs/rafael_reig/, mais, même si je ne comprends pas l’espagnol, je vois bien qu’il n’est plus mis à jour depuis 2013…

Carlos et Carmen sont divorcés depuis sept ans et Carlos voit très peu son fils, Jorge, bientôt quinze ans. Mais ce weekend, il l’emmène pour trois jours en camping à la montagne, dans le Guadarrama. Seront-ils seuls, comme Carlos l’a promis, ou Yolanda, la compagne de Carlos, sera-t-elle là ? Avant de partir, Carlos laisse à Carmen le manuscrit de son roman, Sur la femme morte. C’est que Carmen est sous-directrice commerciale dans un gros groupe d’éditions. « C’était clair : un polar de plus. Le problème avec les polars était déjà bien pire que leur manque d’originalité : il s’en vendait de moins en moins. » (p. 14). Bizarrement, le manuscrit est dédicacé à « CM in memoriam » : Carmen Maldonado ? Intriguée, Carmen commence la lecture. De son côté, Jorge est effrayé. « Plus son père décidait qu’ils allaient être heureux, plus il lui faisait peur. » (p. 24). Évidemment le weekend ne va pas se passer comme prévu…

Mais prévu par qui ? Par Carlos, Jorge, Carmen, l’auteur, le lecteur ? Carlos, en tant qu’écrivain, a imaginé le pire et l’a balancé en pâture à Carmen (violence, drogue, sexe, du roman noir populaire et vulgaire). Carmen, en lisant le manuscrit, imagine le pire, d’autant plus que l’histoire a des similitudes inquiétantes avec elle et le couple qu’elle composait avec Carlos. Jorge, adolescent peureux, effrayé par l’alcoolisme et la violence de son père, imagine le pire. Quant au lecteur, confronté aux deux histoires, celle de ce couple divorcé et de leur fils et celle du roman de Carlos, ne peut qu’imaginer le pire. Mais l’auteur, lui, a encore imaginé bien pire ! « Il a laissé son roman à Carmen et elle lui a laissé son fils. » (p. 96). Un roman contre un enfant ?

J’ai repéré le petit jeu entre la dernière phrase des chapitres du roman de Carlos, comme une définition de mots croisés, et le premier mot du chapitre suivant, une façon d’imbriquer l’une dans l’autre les deux histoires, la réalité et la fiction, la vraie vie et le processus de création littéraire.

Un roman surprenant, sombre, à la limite du sordide, angoissant où chacun se demande ce qui va arriver dans ce qui n’est pas écrit. Qui détient le pouvoir en fait ? L’auteur, les personnages, le lecteur ? Cette lecture suscite réflexion et une certaine horreur : est-ce l’auteur qui écrit des choses horribles ou est-ce le lecteur (fictif comme Carmen ou réel comme moi) qui imagine des choses horribles ? Quelle que soit la réponse, le piège se referme sur les personnages et sur les lecteurs, peut-être même aussi sur l’auteur !

Je découvre cet auteur pour le Mois espagnol et le Défi littéraire de Madame lit et je lirai assurément d’autres titres de lui ! Je mets aussi ce roman dans les challenges Polar et Thriller de Sharon et Voisins Voisines 2018 (Espagne).

Mois espagnol #4

Pas question que je rate le Mois espagnol 2018 de Sharon car j’ai déjà participé aux trois premières éditions en 2015, 2016 et 2017 ! En plus, ce mois correspond également au Défi littéraire de Madame lit qui a choisi la littérature espagnole pour mai. Donc hola et vamos, désolée mais je n’ai pas étudié l’espagnol et mon vocabulaire est très pauvre 😛

Mon billet pour ce challenge

Ce qui n’est pas écrit de Rafael Reig (Métailié, 2014, roman noir)

J’aurais voulu lire plus (comme chaque année !) mais je n’ai pas eu le temps (comme chaque année !)…

Et voici les deux magnifiques logos repérés chez Cannibal Lecteur :

Shi – 2 de Zidrou et Homs

Shi – 2 : le roi démon de Zidrou et Homs.

Dargaud, octobre 2017, 56 pages, 14 €, ISBN 978-2-50506-705-4.

Genres : bande dessinée, aventure.

Zidrou est le pseudonyme de Benoît Drousie, né le 12 avril 1962 à Anderlecht, scénariste de bande dessinée belge. Mais il vit en Andalousie et travaille avec des dessinateurs espagnols.

José Homs, né le 15 mai 1975, a étudié à Barcelone et a tenté sa chance dans le comics aux États-Unis avant de revenir en Espagne où il est dessinateur de bande dessinée et coloriste.

Sept mois ont passé depuis la fin du premier tome. « Si, à cette époque, une femme régnait sur le plus grand empire du monde… Le monde, lui régnait sur la femme ! » (p. 3). Jennifer (Jay) a dû épouser le révérend Green : elle n’est pas du tout heureuse avec cet homme pervers et violent et son oncle la place à l’asile. Kita, elle, doit se prostituer. Quant à Lionel Barrington, son fils Terry, gravement blessé, est hospitalisé. « J’ai récolté pas mal de renseignements concernant ces deux femmes dont vous m’avez parlé l’autre jour… Ces fameuses « Shi » qui, voici 150 ans, ont fait trembler l’empire britannique. » (p. 29).

Le premier tome de Shi démarrait super bien et j’attendais ce tome 2 avec impatience mais j’ai été un peu déçue. L’objet est superbe ; les dessins rougeoyants de Homs et l’histoire sombre de Zidrou sont toujours là et j’ai suivi le quotidien de Jay et Kita avec attention mais je n’ai pratiquement rien appris de plus dans ce tome, j’ai eu l’impression de stagner et, maintenant, il faut encore attendre la suite… Ou alors je suis trop exigeante ? Ou j’ai trop hâte d’en savoir plus ! Si j’ai bien compris, il y aura encore deux tomes pour le premier cycle. À suivre donc…

Une lecture pour La BD de la semaine et les challenges A year in England, BD et Un max de BD en 2018.