Hana no Breath de Caly

Hana no Breath de Caly.

H2T, juillet 2017 et août 2018, 204 pages chaque tome, 2 tomes de 7,95 € chacun. Le premier tome est d’abord paru en ligne sur WeeklyComics.fr en août 2016.

Genres : manga… français !, shôjo.

Caly naît dans les années 90. Elle étudie les Arts appliqués et la Communication visuelle. Elle dessine depuis l’enfance et dessine du manga depuis l’âge de 12 ans. Son premier manga (auto-édité) est MaHo-Megumi [lien]. Plus d’infos sur MagiCaly et sur sa page FB.

Azami est une lycéenne de 16 ans ; elle ne comprend pas que ses amies aiment lire du yaoi (*) et du yuri (*)… Elle rêve du grand amour avec un garçon. Mais elle tombe amoureuse de Gwen, un joueur de basket qui, en fait, n’est pas ce qu’il dit être.

Je n’aurais jamais pensé lire ce shôjo (*) si je n’avais pas rencontré Caly ! Elle a une attitude très japonaise et je suis contente pour elle qu’elle ait pu voyager au Japon et j’espère qu’elle pourra y retourner. Hana (*) no Breath est mignon tout plein (la découverte des sentiments et de l’amour à l’adolescence), bien dessiné, et surtout drôle, sobre et intelligent.

Caly, mai 2019, en plein travail (son dessin apparaît sur l’écran à droite)

Caly, mai 2019

(*) Petit lexique : en japonais, hana () signifie fleur ; shôjo (少女) signifie « jeune fille », un manga shôjo est donc un manga pour filles, contrairement au shônen (少年) qui signifie garçon ; yaoi (やおい) ou boys love raconte des relations amoureuses et/ou sexuelles entre garçons mais il est destiné à un lectorat féminin ; yuri (百合) raconte des relations entre filles pas seulement amoureuses et/ou sexuelles mais aussi intimes ou spirituelles (le genre est plus ancien que le yaoi). J’espère que j’aurai éclairé votre lanterne ! Et que je vous aurai peut-être donné envie de lire Hana no Breath.

Je mets ces deux mangas dans La BD de la semaine. Plus de BD de la semaine chez Noukette ; par contre je ne suis pas listée car j’ai oublié de donner mon lien 😥

Et dans le challenge Jeunesse Young Adult #8 (qui cette année, accepte les bandes dessinées).

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Winter is coming de William Blanc

Winter is coming : une brève histoire politique de la fantasy de William Blanc.

Libertalia, collection Poche, avril 2019, 144 pages, 8 €, ISBN 978-2-37729-091-8.

Genres : essai, fantasy.

William Blanc, né en 1976, est historien, doctorant en histoire médiévale, conférencier et auteur. Du même auteur au éditions Libertalia : Charles Martel et la bataille de Poitiers (2015), Les Historiens de Garde (2016), Le Roi Arthur, un mythe contemporain (2016), Super-Héros, une histoire politique (2018) et Les Pirates expliqués aux enfants, petits et grands (2019).

Dans cet essai bien documenté, érudit (mais à la portée de tous), l’auteur virevolte sur les différences entre science-fiction et fantasy, les visions fantasmées (Moyen-Âge, futur), l’artisanat et la beauté (très importants), les révolutions industrielles en particulier en Angleterre (la première révolution industrielle), le travail dans les sociétés capitalistes, les guerres modernes (XXe siècle) qui sont des guerres industrielles, la disparition des sociétés paysannes, les super-héros, l’écologie, etc. Il y a de nombreuses références, des réflexions sur la beauté et la créativité (indispensables) et sur la pensée (sur les contestations étudiantes aussi, en Europe, aux États-Unis) car tout cela a influencé la fantasy et l’évolution de la fantasy (comme de la science-fiction bien sûr). L’auteur convoque évidemment J.R.R. Tolkien mais aussi William Morris, Ursula Le Guin, Michael Moorcock, etc.

Un extrait édifiant : « De nos jours, on essaie toujours de séparer les deux facultés : nous demandons à un homme de ne faire que penser ; à un autre, de ne faire que travailler, et nous appelons le premier un homme honnête, l’autre un manœuvre, tandis que l’ouvrier devrait souvent penser, et le penseur, souvent travailler ; tous les deux seraient ainsi des honnêtes hommes dans la meilleure acceptation du mot. Avec notre manière de voir, nous en faisons deux êtres malhonnêtes ; l’un enviant son frère, l’autre le méprisant ; le gros de la société est ainsi constitué de penseurs morbides et de travailleurs misérables. » (p. 19). John Ruskin, 1853 ! Rien n’a changé, n’est-ce pas ?

La littérature fantasy a commencé en Angleterre avec des hommes engagés comme John Ruskin donc ou William Morris qui inspira J.R.R. Tolkien ou C.S. Lewis, une « gauche révolutionnaire (et souvent libertaire) » (p. 27). « Imaginer des mondes, écrire des contes et rêver d’un passé merveilleux, c’est donc, pour lui [Morris] déjà préparer les masses à l’avenir. » (p. 28) : vous comprenez pourquoi la fantasy est politique ! L’auteur rapproche aussi la fantasy au surréalisme, il cite par exemple L’éléphant de Célèbes de Max Ernst (1921).

Après la littérature – et comme pour la science-fiction – la fantasy s’est déclinée au cinéma (dans les années 70), incluant les longs métrages d’animation, avec des films se déroulant dans des mondes post-apocalyptiques mi science-fiction mi fantasy comme Les sorciers de la guerre de Ralph Bakshi (1977) et Nausicaä de la Vallée du vent de Hayao Miyazaki (1982 pour le manga et 1984 pour le film d’animation).

Le merveilleux et la lutte contre le totalitarisme est partout : dans la première trilogie de La guerre des étoiles, dans Le seigneur des anneaux, dans Harry Potter entre autres ! Mais l’auteur déplore que ça soit très vite devenu une industrie… Littérature, cinéma, animation jeux de rôle, jeux vidéo, franchises, produits dérivés… Il y a une marchandisation à outrance (ce qui, à mon avis, n’enlève rien à la qualité des œuvres, peut-être pas toutes, ou de façon inégale) mais cette marchandisation à outrance est ce que dénonçait Morris…

C’est pour lutter contre cette politique de masse que G.R.R. Martin a souhaité « réagir et proposer une version repolitisée de la fantasy » (p. 62). Il commence avec Armageddon Rag (1983), un polar fantastique contemporain mais qui emprunte à la fantasy (le nom du groupe de musique est Nazgûl, le chanteur est surnommé Le Hobbit et leurs chansons font référence au Seigneur des anneaux et à Led Zeppellin). Puis, à partir de 1996, arrive Le trône de fer et l’auteur se concentre « sur les conflits opposants les différentes maisons nobles des Sept Couronnes […] il n’existe pas de camp du bien, pas de solution parfaite, mais des actions que les gouvernants doivent assumer. » (p. 65).

On le voit, la fantasy est toujours d’actualité et a des messages à nous faire passer – tant politiques qu’écologiques – même si elle reste une littérature de « L’Évasion » (référence à Tolkien, p. 78-79). « Les dragons et les Hobbits ont donc toujours été des animaux politiques. Ils le seront encore pour longtemps. » (p. 79).

Il y a d’intéressants chapitres bonus en fin de tome sur les dragons, les jeux de rôle, les Wargames, sur Conan de Robert E. Howard (une autre fantasy politique) et sur la métaphore de l’hiver dans la fantasy (Jessie Winston, James Georges Frazer, J.R.R. Tolkien, G.R.R. Martin, T.S. Elliot, C.S Lewis, les eddas…), métaphore similaire en science-fiction avec par exemple le nouvel âge glaciaire post-atomique.

Ce que j’ai noté, ci-dessus, ce ne sont que quelques pensées et quelques extraits que je voulais garder pour moi et que je partage avec vous mais si vous lisez cet essai passionnant, vous lirez la fantasy (ou vous verrez des films et des séries apparentés à la fantasy) avec un esprit différent, presque neuf !

Une lecture enrichissante que je mets dans les challenges Rentrée littéraire janvier 2019, Littérature de l’imaginaire et Summer Short Stories of SFFF (S4F3) #5.

Marée haute de Quentin Desauw

Marée haute de Quentin Desauw.

Anne Carrière, mars 2019, 170 pages, 17 €, ISBN 978-2-8433-7937-6.

Genres : littérature française, premier roman.

Quentin Desauw naît en 1986 à Tourcoing mais vit à Toulouse. Il étudie le cinéma et vit de « petits boulots alimentaires ». Il est maintenant professeur de français et Marée haute est son premier roman.

Poissons et pêche inside. Manu (Emmanuel), vingt-trois ans (si j’ai bien deviné), Dunkerque, travaille depuis six mois sur un chalutier. « […] remonter le chalut, le vider, trier les poissons directement dans les caisses, les mettre dans la glace, les stocker. Gestes anciens, gestes imbéciles, faits sans goût, comme sous le coup d’une mécanique folle et impossible à rompre, le tout sous un ciel de traîne qui se confondait avec le gris de la Manche. Gestes rapides et violents qui ne laissent pas de place à l’amateurisme, à l’à-peu-près. » (p. 13). « On obéit au patron même si on trouve que c’est un con. On en bave, mais avec le temps, on reste. Comme tout le monde. On n’a plus que l’océan en tête. Ça sonne comme une obsession, une putain d’histoire d’amour. » (p. 14).

Problèmes familiaux et existentiels inside. Le frère de Manu, Julien, a disparu, ça le hante, de même que les familles d’accueil dans lesquelles il a vécu ; il lui reste de tout ça une profonde tristesse. Manu a une petite amie, Tiphaine, étudiante, mais elle n’est pas du même milieu social que lui, alors ça ne fonctionne pas très bien entre eux. « […] des questions me venaient en tête. Elles me demandaient si les hommes qui regardent l’horizon pensent à la même chose. » (p. 29-30).

Migrants inside. Dans ce roman, qui se déroule à Dunkerque, il y a des migrants dont certains passent en Angleterre au péril de leur vie. « Depuis que la jungle avait été démantelée, le camp de La Linière parti en fumée, c’était difficile de savoir où ils créchaient tous. Les sous-bois à coloniser ne manquaient pas, ni les blockhaus ou les cabines sur le front de mer. Pour la plupart, c’était des hommes. Ils avaient presque toujours un sac en plastique à la main ou un vieux sac à dos dont ils ne se séparaient jamais. J’imaginais qu’il contenait toute leur vie ou ce qu’il en restait. Des souvenirs lointains d’un autre temps, d’un autre pays,et dont ils avaient besoin pour tenir le coup, réduits à l’état de mendiants et de hors-la-loi. » (p. 41).

Foot inside. La passion de Manu, c’est le foot, je dirais même que c’est ça qui lui fait tenir le coup. « Je vais me faire remarquer par un club de l’élite, je lui ai répondu. C’est une question de mois, une question de chance, j’en suis sûr. » (p. 81). Mais Manu fume beaucoup de clopes et de joints et il boit beaucoup de bière, pas très sain pour un sportif qui veut atteindre le haut-niveau… Et son entraîneur lui fait continuellement des reproches. « Je dérivais, je n’étais bon qu’à ça. » (p. 90). Sa vie ne se déroule pas comme il le souhaiterait. « Je me suis énervé, mais ça ne rimait à rien, ma colère n’était qu’une arme dérisoire dans ce monde de merde. » (p. 127).

Mon avis va vous paraître bizarre : j’ai aimé ce roman et je ne l’ai pas aimé ! En fait, j’ai aimé l’écriture, stupéfiante, le style, subtil et vif, l’histoire, les histoires plutôt, le mal-être de Manu avec ses blessures d’enfance toujours présentes, son envie (parfois) de s’en sortir, de faire autre chose de sa vie (et partir ne veut pas dire faire autre chose !). Mais je n’ai pas aimé la pêche, le foot, qui sont une très grande partie de la vie de Manu et donc du roman. Cependant je ne veux pas vous décourager de lire Marée haute (d’ailleurs, peut-être aimez-vous et la pêche et les chalutiers et le foot !) car ce roman se lit d’une traite (puisqu’il n’y a rien de superflu) : il est sincère, émouvant, parfois poétique, et Manu est attachant, vraiment, le lecteur a envie qu’il s’en sorte, mais… je ne peux rien vous dire de plus afin de ne pas dévoiler ce que vous devez découvrir par vous-mêmes ! Alors lisez ce « petit » (dans le sens moins de 200 pages) premier roman qui est, il me semble, passé un peu inaperçu, ce qui est bien dommage.

Un roman de la Rentrée littéraire janvier 2019 à découvrir même si, comme moi, vous n’aimez pas la pêche et le foot !

PS : ce roman « ouvrier » (mais pas que) est différent de À la ligne : feuillets d’usine de Joseph Ponthus, un autre premier roman paru en janvier.

Ivoire de Niels Labuzan

Ivoire de Niels Labuzan.

JC Lattès, janvier 2019, 350 pages (et pas 250 comme c’est écrit un peu partout, y compris sur le site de l’éditeur !), 18 €, ISBN 978-2-7096-6149-2.

Genre : littérature française.

Niels Labuzan naît en 1984 et vit à Paris. D’après ce que j’ai lu, il se rend au Botswana en 2017 pour observer les animaux et rencontrer ceux qui les protègent. Du même auteur : Cartographie de l’oubli (son premier roman paru en 2016).

Botswana, Afrique australe. Des braconniers dans la Garamba, ils tuent pour l’ivoire. « La matriarche tombe. […] Le reste du troupeau se disperse. Les plus jeunes se retrouvent livrés à eux-mêmes, leur mémoire aura des trous qui ne seront jamais remplis. » (p. 10). Putain, mais qu’on leur coupe les couilles à ces pourris pour qu’ils ne se reproduisent pas ! Et puis la tête aussi puisque c’est ce qu’ils font aux éléphants pour leur dérober leurs défenses ! Ah, mais c’est vrai que ces barbares, eux, n’ont rien de précieux, ils ne pensent pas, ne réfléchissent pas, seul l’appât du gain immédiat les intéresse, quelques dollars… Saloperies d’humains de merde ! Euh, suis-je toujours une personne non-violente ? 😛 « Les braconniers s’aventuraient de plus en plus loin et ce n’était pas bon signe. Pour ces hommes, Erin n’avait aucune pitié. Elle était d’accord avec la règle qui s’appliquait ici : tirer pour tuer. » (p. 14). Ah, je vois que des mesures sont prises !

Le lecteur va suivre Erin, une Anglaise qui s’occupe de ce parc au Botswana depuis cinq ans ; son plus proche collaborateur, Bojosi, un ancien pisteur devenu ranger, et son épouse Lebani ; Seretse, un enfant du pays qui a pu étudier, s’élever jusqu’au Ministère de l’Environnement et qui est motivé ; et à distance Simon, un scientifique qu’Erin a connu lors de ses études d’éthologie à Paris.

Les éléphants sont des animaux magnifiques, majestueux, qu’il faut protéger. « Au Botswana, du delta de l’Okavango à la rivière Chobe […]. Personne ne l’expliquait vraiment, mais ces animaux arrivaient à communiquer entre eux sur de très longues distances, s’échangeant l’information que sur cette terre ils pourraient vivre en paix. Sur tout le continent, on voyait d’ailleurs des troupeaux se mettre en mouvement pour tenter de la rejoindre. » (p. 33). N’est-ce pas merveilleux ? Que feront les humains lorsque ces animaux auront totalement disparu ? Lorsqu’il n’y aura plus d’animaux sauvages ? (et ça peut arriver plus vite qu’on ne le pense…). C’est une des réflexions du puissant roman de Niels Labuzan.

« Tant que l’homme pense que ses faiblesses peuvent être compensées par de la bile, du foie, des pattes, des griffes, qu’il lui suffit de consommer ou d’accumuler des parties animales pour guérir ou pour exister, tant que les pays consommateurs de cornes, d’ivoire, d’écailles et autres produits issus de la faune sauvage ne décident pas d’interdire ces pratiques et de les condamner, le braconnage prospérera toujours. » (p. 72). Que c’est lamentable, ces croyances stupides et inutiles… !

Ivoire parle plus particulièrement des éléphants et du trafic d’ivoire mais il est aussi question des rhinocéros et de leur corne qui contient de la kératine. Je n’ai jamais eu d’objets ni en ivoire ni en corne (et je n’en ai jamais vu dans ma famille, enfant et adolescente) et ça me réconforte, je ne participe pas à ce trafic immonde, interdit depuis 1989 par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) : l’auteur explique bien ça dans un chapitre pages 72 à 78, eh oui, ce roman est un peu documentaire aussi et je pense que c’est nécessaire.

Ivoire parle aussi un peu des chasses privées (par exemple avec des lions) et malheureusement, « Plus la mort est tragique, plus l’animal se débat, lutte, saigne, refuse de mourir, plus les pourboires sont importants. » (p. 194). Quelle ignominie, c’est révoltant et ce n’est à nouveau pas glorieux pour les humains, enfin je veux dire les barbares qui ont du fric et portent des armes à feu !

Vous l’avez compris, ce roman, aussi magnifique et majestueux que les éléphants dont il parle, raconte l’horreur pour moi mais, au-delà de mon avis personnel, le style de l’auteur est génial, fondu (je n’avais pas envie de dire fluide), magique quand il décrit les animaux et leurs lieux de vie. Protégeons ces animaux ! Protégeons leurs lieux de vie ! Arrêtons les braconniers, les contrebandiers, les revendeurs (la majorité d’entre eux sont en Asie et plutôt en Chine) ! La vie de ces animaux est plus importante (primordiale !) que l’argent (des bouts de papier !) ou que des superstitions débiles ! Je dirais même plus que la vie de ces animaux est plus importante que les humains car que feront les humains lorsqu’il n’y aura plus ni flore ni faune ni eau potable ni air respirable ?

Pour conclure, encore un dernier extrait : « Bien sûr, il y en a qui ne voudront pas entendre leur histoire. Ils diront que ce n’est pas important, que ça ne les concerne pas, que c’est loin et qu’ils ont autre chose en tête. C’est sans doute vrai. Il ne s’agit plus simplement des animaux, il s’agit de la fin, du constat que certains ne peuvent arriver qu’à une seule conclusion, la destruction systématique et irréversible ce ce qui nous entoure. » (p. 318).

Monsieur Labuzan, merci pour ce roman magistral, il ressemble à un très bon roman d’aventures (voire un thriller) et il est riche tant au niveau littéraire que documentaire, avec une remarquable sensibilité et une écriture d’une très belle qualité ; j’ai été en colère (pas contre vous), j’ai pleuré, mais j’ai aussi été charmée et envahie de toutes sortes d’images et d’émotions, je me suis sentie pourtant triste et impuissante alors j’espère que cette humble note de lecture attirera pas mal de lecteurs vers votre roman et vers la condition des éléphants (et des autres animaux pourchassés) pour une réelle prise de conscience et pourquoi pas des vocations comme celle d’Erin (même si elle en paie le prix…). Mais reste-t-il une lueur d’espoir ?

J’ai maintenant très envie de lire le premier roman de Niels Labuzan, Cartographie de l’oubli, que j’ai – il attend sur une étagère – donc c’est parfait !

Je voulais signaler que le groupe 68 premières fois (je n’ai plus participé l’année dernière et cette année, je manquais de temps et je voulais lire d’autres livres que des premiers romans, mais je continue de suivre de loin en loin) a rajouté quelques 2e romans dans sa sélection (depuis septembre 2018) et qu’il y a Ivoire dans la sélection du 1er trimestre 2019 (lien ci-dessus).

Une lecture coup de poing coup de cœur de la Rentrée littéraire janvier 2019 que je mets dans À la découverte de l’Afrique (un challenge ancien que j’honore de temps en temps).

Qaanaaq de Mo Malø

Qaanaaq : meurtres au Groenland de Mo Malø.

La Martinière, mai 2018, 496 pages, 20,90 €, ISBN 978-2-7324-8630-7. Je l’ai lu en poche : Points Policiers (bizarre, je n’ai pas trouvé Qaanaaq au catalogue donc pas de lien…), mars 2019, 552 pages, 8,50 €, ISBN 978-2-7578-7570-4.

Genres : littérature française, roman policier.

Mo Malø… Difficile d’avoir des infos sur cet auteur (apparemment français) qui publie sous pseudonymes. Mo Malø est un de ses pseudonymes – pour son premier roman policier – et j’ai l’impression qu’il fait écho à Jo Nesbø (auteur de polars, norvégien).

Janvier 1975. Nuit polaire. Une attaque d’ours blanc. Mina réussit à s’enfuir, laissant son père et sa mère pour morts. L’enfant, environ 3 ans, est adopté par une famille danoise (mère chef de la police, père célèbre auteur de romans policiers).

42 ans plus tard. Qaanaaq, capitaine à la Crim de Copenhague est envoyé à Nuuk (la capitale du Groenland) pour aider sur une enquête. « Et vous, qu’est-ce que vous venez faire ici ? insista-t-elle. – Moi… ? Il hésitait. Il y avait tant de réponses possibles, la plupart impropres ou prématurées. Puis il se lança : – Je viens coffrer un tueur en série. […] – À Nuuk ? s’exclama-t-elle. – À Nuuk. Mais vous savez ce qu’on dit : ‘Toute chose a une fin’. » (p. 18). Qaanaaq rejoint donc l’équipe de la commissaire danoise Rike Engell et travaille surtout avec l’inspecteur groenlandais, Apputiku (ou Appu) – il loge d’ailleurs chez lui –, et le légiste danois, Kris Karlsen, pour résoudre le meurtre de trois ouvriers étrangers d’une entreprise pétrolière : « un Chinois, un Canadien et un Islandais » (p. 34). Leurs morts ressemblent à des attaques d’ours blanc mais leurs serrures ont été crochetées. « Je dis bien crochetées, pas forcées ni défoncées. » (p. 38). Les locaux de la police sont sinistrés, il n’y a pas de matériel de pointe… Et pour cause : « Pour ce qu’il en savait, la délinquance de rue était quasi inexistante au Groenland. L’île, encore intégrée au Danemark sur la scène internationale, affichait en la matière de toute l’Union européenne. À part peut-être au Vatican, on n’était nulle part plus en sécurité que dans les rues de Nuuk. » (p. 62-63). Sauf que… exploitation pétrolière à outrance, travailleurs étrangers qui se comportent mal avec les filles groenlandaises, racisme, nationalisme, volonté d’indépendance.

Qaanaaq est un flic atypique, fort sympathique, passionné de photographie (les entêtes de chapitres sont d’ailleurs des noms et numéros de photos qu’il prend sur place) envoyé dans un monde qui n’est pas le sien (alors qu’il y est né). « Ce qui le touchait le plus chez Appu, c’était l’impression qu’il partageait ce déchirement, cette fracture. Lui, entre deux cultures. Apputiku, entre tradition et modernité. Entre ce ragoût de phoque immangeable et son ordinateur au top de la technologie. Chacun à leur manière, ils pratiquaient le grand écart entre deux mondes. Des univers indispensables à leur équilibre mais qu’ils savaient impossible à concilier. » (p. 115). Comment va-t-il résoudre cette enquête alors qu’il ne connaît rien des coutumes et des traditions de ce pays. « Les meurtres ritualisés, je ne t’apprends rien, ça pue forcément. C’est soit le fait de givrés, soit un écran de fumée pour te balader. Dans les deux cas, tu ne dois pas te fier à tes impressions premières. » (p. 177).

Quelques extraits que je veux garder :

« L’histoire n’a pas de nom, jeune homme. Elle n’est que la somme de ce que nous accomplissons tous. Elle appartient à tout le monde. » (p. 240).

« Qaanaaq prisonnier de Qaanaaq. Captif de cette identité qu’il subissait depuis si longtemps. Cela ne finirait donc jamais ? » (p. 343). À savoir que Qaanaaq n’est en fait pas un prénom mais le nom d’un village au nord du Groenland.

« C’était bien là tout le paradoxe de ce peuple : si jalousement attaché à ses valeurs traditionnelles ; et s’emballant comme un gamin au moindre signe de modernité. » (p 484).

Et ma phrase préférée, sur la photographie : « Derrière son immédiateté trompeuse, la photo était un monstre dévoreur de temps. » (p. 349).

Je veux bien, si j’ai l’occasion, lire Diskø, son deuxième roman policier, dans lequel Qaanaaq retourne en terre inuit.

Un bon roman policier (que j’ai lu en fait fin juin, pendant la période caniculaire, idéal pour un peu de fraîcheur) pour les challenges Contes et légendes (il y a beaucoup de légendes au Groenland et certaines sont dans ce roman) et bien sûr Polar et thriller 2019-2020.

L’Algérois d’Éliane Serdan

L’Algérois d’Éliane Serdan.

Serge Safran, mai 2019, 160 pages, 15,90 €, ISBN 979-10-97594-13-8.

Genres : littérature franco-libanaise, roman historique (mais pas que).

Éliane Serdan naît en 1946 à Beyrouth au Liban mais elle passe son enfance dans le sud de la France (Draguignan) et étudie à Aix en Provence (Lettres) puis à Montpellier (cinéma). Du même auteur : La fresque (Serge Safran, 2013) et La ville haute (Serge Safran, 2016).

« Il y a dix ans, je n’aurais pas lu cette lettre. J’aurais craint d’ouvrir une brèche dans le silence où je m’étais murée. » (p. 12). Depuis cinquante ans, Marie Guérin vit seule, solitaire, désabusée. Mais, après avoir reçu une lettre de Simon Allegri, elle souhaite raconter ce qui s’est passé quand elle était adolescente dans le Var. « […] aujourd’hui, je veux sortir de mon mutisme. Le temps presse. » (p. 14). Le jour de ses 17 ans, donc, Simon lui annonce qu’il a rencontré un jeune homme qui arrive d’Alger, Jean Lorrencin. La jalousie s’empare de Marie. « Pour la première fois, sans raison apparente, je me sentais menacée par la trahison. » (p. 17). Après une dispute au sujet de Jean, Simon disparaît de la vie de l’adolescente… Marie, effondrée, ne tiendra le coup que grâce au vieux bibliothécaire, Paul Boisselet. « C’était la seule personne avec qui partager mes enthousiasmes littéraires. » (p. 30-31). « Les livres ne me guérissaient pas vraiment mais ils m’offraient le seul écho secourable. » (p. 33). Mais la vie de Marie bascule… « Peut-être ce saccage était-il nécessaire pour que j’accède à l’écriture mais c’est un prix bien élevé… » (p. 54).

Ce roman est en trois parties. La première est donc le récit de Marie.

La deuxième, c’est le journal de Paul Boisselet, le vieux bibliothécaire qui, cardiaque, doit partir à la retraite plus tôt que prévu. « Tout à l’heure, j’ai regardé sur mon bureau les livres dont je remettais, depuis des mois, la lecture à plus tard. C’était une promesse de bonheur. » (p. 84). Lorrencin va entrer dans sa vie, d’abord à la bibliothèque puis en faisant irruption chez lui ! Mais le personnage de Lorrencin est ambigu, il est très beau, gueule d’ange, mais il a des yeux bleu acier terrifiants et il a des idées tout aussi terrifiantes pour un jeune homme de 18 ans. « La révolte et la haine qui l’avaient envahi ce jour-là ne l’avaient plus quitté. Il retrouverait les assassins. Ils devraient payer. Son père s’était trompé en se ralliant aveuglément à de Gaulle. Lui, ne ferait pas cette erreur. » (p. 102).

La troisième partie est la lettre que Simon a envoyée à Marie. « Me voilà contraint de t’écrire. Je ne m’y résous pas sans amertume. […] Le récit que je vais te faire me demande un effort considérable. » (p. 111). Lorsqu’il a rencontré Lean Lorrencin, Simon y a vu un frère d’exil (sa famille est arrivée d’Italie 8 ans auparavant), il a éprouvé de l’admiration, de la fascination.

De nombreuses références littéraires dans ce roman (du moins les références du début des années 60) qui raconte à travers le personnage de Lorrencin les débuts de la xénophobie aussi bien contre les pieds noirs que contre les maghrébins, les débuts des mouvements nationalistes d’extrême-droite (mais aussi d’extrême-gauche, les bagarres étaient courantes) auprès d’une jeunesse fragile, vulnérable et malléable. L’Algérois, avec ses trois parties distinctes qui ne forment en fait qu’une histoire, est un roman à la fois historique (la guerre d’Algérie et ses conséquences) et profondément humain : ce sont quatre vies qui sont mises en avant, celles de Marie, fille unique d’une famille qui n’est pas dans le besoin, de Simon, fils d’immigré italien qui ne se sent pas à sa place, de Paul Boisselet, vieux bibliothécaire, passionné et ouvert d’esprit, et de Jean Lorrencin, à la fois malheureux et manipulateur.

Une agréable lecture qui, au fur et à mesure des trois parties (Marie, Boisselet, Simon) toutes aussi pudiques les unes que les autres, comble les « trous » pour qu’à la fin, le lecteur remette tout en place et comprenne tout car il y a des choses que Marie ne sait pas et que Simon sait, et Lorrencin ne s’est confié réellement qu’à Boisselet donc les différentes parties sont indispensables comme les vies sont liées les unes aux autres. Marie et Simon s’aimaient mais Lorrencin s’est immiscé entre eux et il a fait pire encore. Beaucoup de tristesse, une certaine nostalgie et des vies gâchées à cause de la violence et de la politique… Le roman est court (160 pages) mais d’une grande intensité et je vous le conseille vivement même si je ne connaissais pas cette autrice avant : certains parmi vous ont-ils lu La fresque et La ville haute ?

Une très belle lecture de la Rentrée littéraire janvier 2019 (au fait, elle s’arrête quand cette rentrée ?).

Célestopol d’Emmanuel Chastellière

Célestopol d’Emmanuel Chastellière.

Les éditions de l’instant (euh… un lien ?). Libretto, mai 2019, 352 pages, 10,70 €, ISBN 978-2-36914-496-0.

Genres : littérature française, science-fiction, steampunk.

Emmanuel Chastellière naît en 1981 (je ne peux vous dire où) et s’intéresse très jeune aux littératures de l’imaginaire. Il étudie l’Histoire et se lance dans l’aventure Fantasy en 2000 avec Elbakin.net : j’ai l’impression de suivre ce site depuis ses débuts sans connaître les noms de ses créateurs. D’ailleurs je pense avoir découvert Emmanuel Chastellière en tant que traducteur (La chute de la Maison aux Flèches d’Argent d’Aliette de Bodard) avant de le découvrir en tant qu’auteur car c’est cette traduction qui m’a donné envie de le lire. Plus d’infos sur son site et son blog Un mot après l’autre ainsi que sur sa page FB et la page FB de Célestopol.

Anton, jeune journaliste ukrainien se rend à Célestopol pour couvrir la Régate de la Coupe de l’Empereur. Célestopol est une ville-dôme sur la Lune ! Eh oui, en 1913, l’empire russe a une cité lunaire, dirigée par le duc Nikolaï Alekseïevitch Romanov depuis des années, et qui vit grâce à l’exploitation du sélénium (un gaz très puissant pour l’énergie aussi bien de la Lune que de la Terre mais dangereux). Il rencontre la jolie Tuppence Abberline, une Anglaise avec des origines indiennes, qui n’est autre que la maîtresse du duc Nikolaï. À Célestopol, une cité cosmopolite, il y a quelques ouvriers humains (relégués dans les sous-sols, on ne les voit jamais) mais pratiquement tout est géré par des automates. Pour en revenir à la Régate, le Neptune, vaisseau russe, est tenant du titre depuis cinq éditions mais, bizarrement, il vient de perdre trois manches (sur sept)… « Le reporter était sensé couvrir l’événement mais surtout célébrer la victoire de son vaisseau, celle de tout un peuple. » (p. 22).

D’autres personnages apparaissent, comme Clémence Lafleur, étudiante en histoire, Québécoise de la Nouvelle France (oui, beaucoup de noms sont changés) ; Anastasia, cousine du duc, envoyée par la tsarine pour rétablir l’ordre car un bandit masqué surnommé l’Oiseau de Feu sévit ; Arnrún, chasseuse de prime islandaise et son ami, Wojtek, un homme qui vit dans le corps d’un ours ; ou encore Kokorin, un voleur amoureux, ou Octave Bellême, un entrepreneur français qui souhaite ouvrir un grand magasin à Célestopol, etc.

Et justement, il y a vraiment beaucoup de personnages ! Attention, ce n’est pas une critique mais ce n’est pas évident à suivre ! Cependant j’ai bien aimé ce livre ; je n’ose dire roman car est-ce vraiment un roman ? Puisque l’auteur a voulu créer plein d’histoires avec des personnages différents, le récit est plutôt orienté avec des chapitres qui ressemblent à des nouvelles indépendantes les unes des autres même s’il y a bien sûr une certaine continuité. Les personnages et les chapitres ne sont donc pas tous liés les uns aux autres à part que l’action se déroule à Célestopol (et plusieurs personnages disparaissent même rapidement !). Tout ça m’a un peu déroutée au début mais je respecte le choix de l’auteur qui en avait plein la tête et a voulu raconter toutes ces histoires pour ne pas les perdre, d’autant plus que les récits sont réellement bons (voire surprenants) et que plusieurs habitants de Célestopol sont attachants (je pense que mes préférés sont Arnrún et Wojtek).

Le duc Nikolaï croit absolument en sa cité. « La Terre est finie, mademoiselle. Elle a laissé passer sa chance. Célestopol est l’avenir. Je suis l’avenir. Mais j’ai bien l’intention de préserver le passé. » (p. 61-62). Par exemple, il y a des dodos sur Célestopol alors qu’ils ont disparu sur Terre. Mais, malheureusement, l’avenir montrera au duc qu’il avait tort… Il est d’ailleurs étonnant qu’un auteur pense à détruire le monde et les personnages (humains et automates) qu’il a (j’imagine amoureusement) créés.

Ma phrase préférée : « Le travail […] se faisait rare. Alors les habitants préféraient oublier les soucis du quotidien dans l’alcool et la débauche. » (p. 289) : comme sur Terre, en fait !

J’avais très envie de lire Célestopol depuis sa parution alors j’ai sauté sur l’occasion avec la sortie en Libretto (poche) et je suis ravie car c’est un bon livre pour se faire plaisir dans un début de XXe siècle totalement différent de la réalité historique, plutôt steampunk mais ici le sélénium remplace la vapeur ! (il est beaucoup plus polluant et dangereux). Je recommande Célestopol aux fans de la Lune (c’était récemment le 50e anniversaire de la mission lunaire Apollo 11), de science-fiction, d’uchronie et de mystère (il y a en particulier des clins d’œil à des contes russes et à la mythologie scandinave).

J’ai maintenant très envie de lire Le village, le premier roman d’Emmanuel Chastellière, sombre et fantastique, paru aux éditions de l’instant en 2016 (pas évident à trouver… Une parution en poche serait la bienvenue). Par contre, le thème de son troisième roman, L’empire du léopard, paru aux éditions Critic en 2018, m’intéresse moins (historique et fantasy) mais pourquoi pas.

En attendant, Célestopol est une chouette lecture pour Littérature de l’imaginaire et Vapeurs et feuilles de thé (décidément je n’honore pas ce challenge avec des romans typiques car Célestopol – comme d’autres avant lui – ne se déroule(nt) pas en Angleterre comme la majorité des romans steampunk).