Throwback Thursday livresque #57

Nouvelle participation pour le Throwback Thursday livresque de Bettie Rose.

Thème du jeudi 16 novembre : « Coupable d’insomnie, de book hangover ou troubles divers » et je déclare Code 93 d’Olivier Norek, le premier roman de l’auteur, un excellent polar, coupable de m’avoir rendue Norek-addict, d’ailleurs les romans suivants de l’auteur devraient apparaître sur mon blog, je ne m’en sortirai pas 😛

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Le camp des autres de Thomas Vinau

Le camp des autres de Thomas Vinau.

Alma éditeur, août 2017, 200 pages, 17 €, ISBN 978-2-36279-217-5.

Genre : roman historique.

Thomas Vinau, né le 26 septembre 1978 à Toulouse, est poète, nouvelliste, romancier et publie dans de nombreuses revues. Ses précédents romans chez Alma sont Nos cheveux blanchiront avec nos yeux (2011), Ici ça va (2012) et La part des nuages (2014). Plus d’infos sur son blog, http://etc-iste.blogspot.fr/ et sa page FB.

Pour échapper à un père violent, Gaspard s’enfuit de la ferme dans la forêt avec son chien. « Il n’a plus froid. Il n’a plus mal. Il n’a plus peur. […] Soulève puis porte de ses deux bras le corps blessé de la bête. Pas à pas il avance. » (p. 16). L’enfant et le chien passent quelques nuits dans la forêt. « C’est long à traverser une nuit. » (p. 43). Ils sont retrouvés agonisants par un homme qui les recueille sans poser de questions et les soigne ; c’est un genre d’ermite, herboriste, il se fait appeler Jean-le-blanc, il vit sous terre dans une maison-terrier aménagée. « C’est quoi ce bonhomme ? Un sorcier ? Un contrebandier ? Un timbré ? » (p. 63). En tout cas, il va enseigner à Gaspard, la forêt, les animaux, les venins, les plantes… « Tu es un sorcier ? demande Gaspard bouche ouverte, pendant que la peur s’installe gentiment sur son échine. L’homme laisse exploser dans l’air un rire franc et dur comme un buis en tapant sur l’épaule de l’enfant. Ha ha oui un sorcier, ou peut-être même un démon… Tu crois aux démons petit ?… » (p. 73).

Ce roman a été une énorme claque littéraire ! Un gros coup de cœur. Les descriptions de la forêt, de jour et de nuit, sont époustouflantes, impressionnantes de précision et de force ! « Dans le ventre sauvage d’une forêt, la nuit est un bordel sans nom. Une bataille veloutée, un vacarme qui n’en finit pas. Un capharnaüm de résine, de viande, de sang et de sexe, de terre et de mandibules. Là-haut la lune veille sur tout ça. » (p. 31). « Les araignées tissent des dentelles sur lesquelles le petit jus de la nuit à laissé des milliers de perles. » (p. 52). C’est magnifique, n’est-ce pas ? Le texte est lumineux, les descriptions prennent aux tripes (j’ai senti les odeurs, le vent, la rosée… et j’ai tremblé avec Gaspard et son chien), le style profondément humain et ouvert vers les autres tout en poésie.

Un extrait un peu long mais je tiens absolument à le garder. « Le lièvre est à la forêt. La douceur et la bestialité, la langue chaude de la mère, les babines retroussées du père sont à la forêt. La viande est à la forêt. Le flux et le reflux du sang, les muscles, les odeurs, les souffles sont à la forêt. Toutes les bêtes sont à la forêt. Ce qui grouille, ce qui fouille, ce qui bondit, ce qui déploie, ce qui attaque, ce qui ronge, ce qui creuse, ce qui mord, ce qui broie est à la forêt. L’argent mort de la lune est à la forêt. La glaise, le vent, la brume et la rosée, toutes les obscurités appartiennent à la forêt. Elle est le foyer de tous ceux qui n’en ont pas. De tous ceux qu’on ne veut pas. De tous les chassés, les fuyards, les proies. L’ombre est à la forêt. L’ortie et la ronce, la chouette et le goupil, l’ours et le coucou, le loup et le hérisson, le givre et l’orage, la larve et le serpent. Longtemps elle a été l’ennemie des hommes, son piège, sa mère cruelle. Il s’en est extrait en s’unissant, à force de courage et de lutte, pour se déployer sous le ciel, à découvert. Il est devenu son conquérant. De ça comme du reste. Il l’a coupée en morceaux, l’a exploitée, l’a annihilée, a tenté de la domestiquer comme une vache. Mais la forêt n’a jamais perdu ses propres règles, son propre règne, son ventre de nuit sauvage. Elle est restée le souffle archaïque de nos cycles, l’haleine musquée de nos origines, la reine ombragée du vivant, la ruade. Nous nous sommes tenus à l’écart pour inventer nos propres nuits, nos propres lois de bêtes orphelines, nos merveilles, nos désastres, nos propres dieux et nos propres monstres, sans jamais cesser de la craindre avec vénération. Elle est alors devenue le refuge de ceux qui se refusaient à l’homme et de tous ceux que l’homme refusait. Elle est l’autre camp. Le camp des autres. » (p. 49-50).

L’histoire commence en avril 1907, dans une forêt entre la Somme et la Seine. « Tout un pays nouveau, immense, qu’il a le droit d’explorer, de mériter. Et de conquérir. » (p. 92). Gaspard va aussi découvrir la caravane à Pépère, des vagabonds, des gitans, des anarchistes, des déserteurs, des bagnards en cavale, des étrangers, bref les insurgés, les damnés de la terre, ceux qui font partie d’un autre monde, d’un autre camp. « Tu sais lire petit ?… J’apprends, répond Gaspard […]. C’est bien, petit. Il faut un grand courage pour attaquer ses chaînes avec de l’encre mais c’est à ce prix que tu pourras sortir de la geôle où tu es né ! » (p. 148). Cette année 1907 n’a pas été choisie au hasard par l’auteur : c’est l’année de création des Brigades du Tigre, une police moderne et mobile. « Fraîchement équipée, de téléphones et de télégrammes, d’appareils photo, de fiches anthropométriques, de Browning 1900 et de rutilantes Dion Bouton sorties tout droit des garages. Elle était fin prête pour l’action. Tous préparés mentalement et physiquement, pratiquant les techniques de combat de la savate et de la canne […]. » (p. 181).

Il y a en conclusion une postface appelée « lignes de suite » dans laquelle l’auteur explique pourquoi comment il a écrit ce livre que je vous conseille vivement car il m’a embarquée, subjuguée et, bien que je ne sois pas monomaniaque, je me suis procurée deux autres titres (Nos cheveux blanchiront avec nos yeux et Ici ça va) car ce fut pour moi une très belle découverte que l’écriture de Thomas Vinau ! Et je remercie PriceMinister de m’avoir envoyé ce roman dans le cadre des Matchs de la rentrée littéraire 2017.

Je le mets dans les challenges 1 % rentrée littéraire 2017 et Un genre par mois (contemporain).

Throwback Thursday livresque #55

Nouvelle participation pour le Throwback Thursday livresque de Bettie Rose.

Je suis de nouveau en retard pour ce thème du jeudi 2 novembre, « Je n’aimais pas la couverture et pourtant…», mais il faut absolument que j’y présente Le livre que je ne voulais pas écrire d’Erwan Lahrer, bon sang ce que je trouve la couverture moche, mais ce livre dont la majorité dise « Le livre que je ne voulais pas lire » est justement à lire absolument !!!

Le livre que je ne voulais pas écrire d’Erwan Lahrer

Le livre que je ne voulais pas écrire d’Erwan Lahrer.

Quidam, août 2017, 268 pages, 20 €, ISBN 978-2-37491-063-5.

Genre : roman autobiographique.

Erwan Lahrer… Peu d’infos sur lui… Il naît dans le centre de la France (Clermont-Ferrand ?) il y a un peu plus de trente ans. Plus d’infos sur http://www.erwanlarher.com/ et sur sa page FB. Du même auteur : Qu’avez-vous fait de moi ? (Michalon, 2010), Autogenèse (Michalon, 2012), L’abandon du mâle en milieu hostile (Plon, 2013), Entre toutes les femmes (Plon, 2015), Marguerite n’aime pas ses fesses (Quidam, 2016).

Une note de lecture un peu différente pour ce roman atypique.

Un romancier, ça invente « des histoires, des intrigues, des personnages » mais l’auteur était « au mauvais endroit au mauvais moment » (4e de couverture). Je sais que je ne suis pas la seule si, en relation avec le titre, je dis « le livre que je ne voulais pas lire » mais… Une collègue a adoré le roman et me l’a chaudement recommandé et, malgré la petite réticence par rapport au thème (et aussi l’aversion pour cette couverture horrible…), j’ai eu très envie de le lire et j’ai accroché dès le début. En fait, j’avais déjà entendu parler de cet auteur mais je ne l’avais jamais lu, c’est donc mon premier Erwan Lahrer !

Ce roman parle de la soirée concert au Bataclan mais il y a une véritable bande-son dans ce roman ; du rock, du punk. « Tu écoutes du rock, bande-son de ton esprit tourmenté. Tu es cette musique entièrement, elle te constitue, ce que les adultes et la plupart de tes condisciples ne comprennent pas, eux pour qui la musique n’est qu’une distraction, un arrière-plan, un agrément sonore, décoratif. » (p. 14). « Quand arrivent la fusion et le grunge, tu es prêt. » (p. 15). J’ai été élevée dans la culture rock (mais pas que, chanson et classique aussi) et je me suis plus ou moins reconnue car j’écoute du rock depuis toujours, du punk aussi (plutôt à l’adolescence), j’aime la fusion, la musique grunge, et même le métal. Je me sens donc bien dans cette lecture, à ma place même si je n’aurais pas aimé y être !

L’auteur utilise le « tu » en parlant de lui, c’est surprenant et ça interpelle le lecteur. « Tu n’es ni sociologue, ni philosophe, ni penseur ; victime ne te confère aucune légitimité à donner ton avis branlant et ajouré à la télévision ou dans un hebdomadaire. Toutes les paroles ne se valent pas. » (p. 33). Je pense au contraire qu’un écrivain peut tout écrire : la légitimité, c’est d’abord l’éditeur qui la lui donne en publiant son livre, c’est ensuite le libraire en présentant le livre dans ses rayons et c’est enfin le lecteur qui va acheter, offrir, lire voire partager sa lecture. La légitimité est tout simplement dans l’écriture.

De plus, pressé par ses amis, l’auteur se met à écrire mais il ne veut pas délivrer un simple témoignage ou un roman, il veut faire un réel « objet littéraire » ; est-ce pour cela qu’il donne la parole aux terroristes ? Il leur a inventé des prénoms (Iblis, Éfrit, Saala, Shaitan), des vies, c’est un peu spécial mais je comprends : ces gens-là ont eu une enfance, une adolescence, ils ont même peut-être écouté de la musique, avant… D’ailleurs il n’est pas tendre avec eux mais il ne leur en veut pas, ils ont été embrigadés, trompés, abusés. « Rafales, la guerre, les HURLEMENTS, mon incrédulité, mon saisissement, BAM ! BAM ! Je ne vois rien, je n’ose tourner la tête, j’entends BAM ! BAM ! Bouge pas ! BAM ! BAM ! Ta gueule ! BAM ! BAM ! » (p. 67). Carnage… « Tu penses : survivre. Tu dois faire le mort. Inerte. Caillou. Survivre. Tu penses : vivant. Tu penses : chance. Tu penses : pas paralysé. […] Faire le mort. Inerte comme un caillou. Pour survivre. Comme Sigolène. Je suis un caillou. Je suis Sigolène. Je suis un caillou. » (p. 80). Leitmotiv, mantra, volonté de survivre au milieu de tous ces corps. Je vous renvoie moi aussi vers Le caillou de Sigolène Vinson même si je n’ai pas apprécié ce roman… « La peur. L’impuissance. Couché la gueule dans le sang qui poisse vraiment, qui sent vraiment ; et la douleur… » (p. 99).

« Mon pote est allé passé quatre heures en enfer, et il en est revenu. Certains de ses mots m’accrochent, me paralysent, me terrifient, me glacent. » (p. 156). « Je lui dis qu’il va falloir qu’il écrive ce qui vient de se passer, pas forcément pour être publié, mais parce qu’il faut que ça sorte, pour trouver un exutoire, exorciser les bruits, l’odeur, les cris, créer du mouvement dans le récit de ces quatre heures d’immobilité et de silence absolus à taire sa souffrance et à faire le mort. (p. 157). L’auteur ne se considère pas comme un héros, il ne s’attarde même pas sur cette actualité terroriste, il raconte tout simplement à la fois pudiquement et à la fois avec une certaine impudeur (vous comprendrez en lisant le livre), et même avec humour : alors qu’il écrivait Marguerite n’aime pas ses fesses, il est blessé à la fesse, quelle ironie du sort et imaginez comme ses amis l’ont chambré après coup ! Hôpital, rééducation, convalescence, inquiétudes (toute personnelle ! Et où sont ses santiags ?).

En général, je ne suis pas friande des romans autobiographiques mais celui-ci est vraiment différent, au-dessus du lot, il est littéraire, profond, prenant, passionnant ! Et il aide peut-être aussi un peu à comprendre. Mon passage préféré : « Lire et écrire, les deux pôles de ton existence. Tu peux vivre seul. Tu préfères, même. Mais pas sans livres. Pas sans littérature. Pas sans style. » (p. 161). Un état d’esprit qui me convient aussi.

Le petit point faible : la couverture est très moche ! En plus, elles ne sont même pas bleues, ses santiags ! Voilà, j’espère que vous ne serez pas rebutés par cette (affreuse) couverture car le roman est vraiment un ovni littéraire qu’il faut lire et le style de l’auteur est à découvrir aussi. Ainsi je sais que je lirai d’autres romans de lui.

Deux extraits supplémentaires

« C’est quelque chose, la noblesse de l’humain, la solidarité, la fraternité, quand on les autorise à éclore. » (p. 194).

« La littérature n’arrête pas les balles. Par contre, elle peut empêcher un doigt de se poser sur une gâchette. Peut-être. Il faut tenter le pari. » (p. 237).

Une lecture – indispensable – que je mets dans le challenge 1 % rentrée littéraire 2017.

Retourner à la mer de Raphaël Haroche

Retourner à la mer de Raphaël Haroche.

Gallimard, collection Blanche, février 2017, 167 pages, 17,50 €, ISBN 978-2-07-269515-5.

Genre : nouvelles.

Raphaël Haroche, né le 7 novembre 1975 à Paris, publie ici son premier livre, un recueil de 13 nouvelles. Chanteur que j’apprécie énormément depuis 17 ans puisque je l’ai découvert dès l’automne 2000 avec son premier album, Hôtel de l’univers, (cinq ans donc avant Caravane que tout le monde cite en référence) et j’ai immédiatement accroché avec sa voix, magnifique, ses textes, inspirés, ses mélodies, élégantes, et son univers empreint d’une grande sincérité ❤

Yuri – Dans l’Aubrac, Tomek, un employé d’abattoir d’origine polonaise veut sauver un veau et l’offrir à sa fille pour ses 13 ans. Tomek n’est pas un employé violent et cruel envers les animaux, c’est rare ; il aime son épouse, leur fille, et veut aimer cet animal sans défense aux grands yeux tristes. « Voilà, tu seras bien ici, tu es trop joli, tu as de beaux yeux toi, tu me fais penser à quelqu’un. » (p. 17). J’ai déjà parlé de cette nouvelle ici lundi dernier.

L’homme des sables – Une journée dans la vie d’un Berbère, entre la salle de boxe en journée et les concerts où il est vigile la nuit, et son amour pour une strip-teaseuse abîmée par la vie. « Je n’aurais pas dû frapper si fort, il ne faudrait pas savoir ce qu’il y a à l’intérieur des choses. » (p. 25).

Le dernier des pères – Pour la première fois, un père divorcé et son fils de dix ans partent en vacances ensemble en Normandie pour une semaine. Mais le père a bu… « Un petit garçon réservé qui ne parle jamais de ses problèmes. » (p. 33).

La réserve – Un couple mange au restaurant et parle de l’avenir de leurs enfants dans une école privée internationale suisse. « J’ai peur que ce soit un ghetto pour riches qui ne pensent qu’au fric, j’ai peur qu’ils changent et qu’ils deviennent des petits cons. » (p. 53).

L’escalier – C’est l’été et Greg est en colonie mais il doit rejoindre ses parents car son frère est mort. « Il paraît que pour se souvenir d’une chose nouvelle il faut en effacer une autre plus ancienne. […] Je ne voudrais plus rien apprendre de nouveau pour ne rien oublier de mon frère. » (p. 67-68).

L’enfant qui nage – Tous les jours, un jeune adolescent est suivi entre chez lui et le collège. « Je suis trempé de sueur, je nage depuis longtemps, je ne sais pas depuis combien de temps, je suis plongé dans mes pensées. […] J’ai dû faire quelque chose de grave. » (p. 76-77).

Les orques – C’est les vacances ; le narrateur et ses amis, Sacha et Ahmed, sont au bord de la mer lorsqu’un bruit sourd s’amplifie peu à peu. Un tremblement de terre ? « Ce n’était pas le bruit d’une explosion, plutôt celui que ferait un seau qu’on viderait sur le carrelage ou d’une feuille que l’on froisserait, un bruit ordinaire […]. » (p. 82).

La plus belle fille du monde – Le narrateur est ami avec « la plus belle fille du monde » et dès qu’elle l’appelle, il lâche tout pour aller la rejoindre même s’il n’y a rien entre eux et que la belle a des idées très spéciales. « Je ne voulais jamais la contredire parce que la plus belle fille du monde était extrêmement combative et qu’un rien l’énervait. » (p. 89).

Les acacias – Depuis son accident cérébral il y a deux ans, Jean-Pierre vit dans un fauteuil roulant dans cette résidence de Saint-Denis où sa famille ne vient jamais le voir. Il se lie avec Albert, un autre résident seul. « Ils étaient là tous les deux, Jean-Pierre en exil d’un pays où il ne pourrait plus jamais retourner, Albert portant le deuil d’une famille dont il n’avait plus aucun souvenir. » (p. 99).

Quel genre d’ami ferait ça ? – Une courte réflexion sur la mort. « tu es mort […] quel genre d’ami ferait ça ? » (p. 107-108).

Rester au lit – Un homme réfléchit à sa vie, qu’il pense inutile ; malgré les heures supplémentaires, il gagne tout juste de quoi vivre ; et il resterait bien au lit avec son épouse, Sarah, mais en fait il n’arrive pas à dormir… « Je vis au-dessus de mes forces, à crédit. Je me retourne et je me demande à quoi je sers et ce pour quoi je suis fait au juste dans cet univers en expansion, si jamais je sers à quoi que ce soit. » (p. 110).

Lazare – Une journée dans la vie d’un sans abri. « Il y a des signes partout, pour celui qui veut bien voir. » (p. 134).

Retourner à la mer – Le narrateur va à Antibes avec sa mère, c’est peut-être leurs derniers moments ensemble. « Un homme de quarante ans, seul avec sa vieille maman, ce n’est pas si grave mais je ne sais pas pourquoi, j’ai honte comme un écolier. » (p. 144). Et ma phrase préférée : « Je ferme les yeux pour faire disparaître le monde. » (p. 154).

Lorsque je lis un recueil de nouvelles, j’aime bien écrire, pour chaque nouvelle, une phrase qui résume son contenu et relever un extrait représentatif de la nouvelle ou qui m’a marquée. J’espère que vous aurez envie de lire ces nouvelles pleines d’humanité, plutôt tristes mais pas désespérées ! Des petites histoires comme autant d’instants de vie, par touches de tendresse, un simple moment, une nuit blanche, une journée, une rencontre, un regard, un événement inattendu ou la routine silencieuse, l’envie de vivre, de fuir ou de mourir, la vie, l’ennui, la tristesse, la peur, la mort, tout ce qui remplit une vie.

Un excellent recueil de nouvelles (je ne saurais dire laquelle est ma préférée, elles sont toutes bien !) pour La bonne nouvelle du lundi.

Code 93 d’Olivier Norek

Code 93 d’Olivier Norek.

Michel Lafon, collection Thrillers/Polars, avril 2013, 304 pages, 18,95 €, ISBN 978-2-74991-778-8. Je l’ai lu en poche : Pocket, collection Thriller, octobre 2014, 360 pages, 7,40 €, ISBN 978-2-266-24915-7.

Genre : polar français.

Olivier Norek, né en 1975 à Toulouse, est lieutenant de la Police judiciaire en Seine Saint Denis depuis bientôt 20 ans (en ce moment en disponibilité). Il a travaillé dans l’humanitaire avant sa carrière de policier. Il est aussi romancier et co-scénariste avec Hugues Pagan de Flic tout simplement, un film réalisé en 2015 par Yves Rénier. Plus d’infos sur sa page FB.

« Coste ouvrit un œil. Son portable continuait à vibrer, posé sur l’oreiller qu’il n’utilisait pas. Il plissa les yeux pour lire l’heure, 4 h 30 du matin. Avant même de décrocher, il savait déjà que quelqu’un, quelque part, s’était fait buter. Il n’existait dans la vie de Coste aucune autre raison de se faire réveiller au milieu de la nuit. » (p. 17). Le capitaine Victor Coste, la trentaine, enquête sur la mort de Camille, une droguée de 20 ans que sa mère et son frère refusent de reconnaître à la morgue. Quelques mois plus tard, Bébé, un Black de deux mètres de haut, se réveille à la morgue, puis Franck, un toxico, est retrouvé cramé sur une chaise avec son portable qui sonne dans son estomac toutes les trois heures. Coste n’enquête pas seul, il a une équipe un peu hétéroclite : Ronan Scoglia, Sam (Samuel) Dorfrey, Mathias est muté et remplacé par Johanna De Ritter, tout juste sortie de l’école de police, et puis l’équipe va s’associer avec Marc Farel, un journaliste fouille-merde mais efficace. « Je voulais juste souligner que si les deux affaires ont un rapport, y a un enfoiré qui se fout largement de notre gueule. » (p. 93). « Le pouvoir est une source de tentation difficilement contrôlable. Une carte tricolore et une arme peuvent donner l’impression d’être supérieur, à bien des égards, aux autres et à la loi parfois. » (p. 186).

Ce premier roman d’Olivier Norek, c’est du lourd, du brut de décoffrage, pas de fioritures, en même temps on sent que les mots sont choisis, percutants, que les descriptions du paysage et de la météo, si elles ne paraissent pas indispensables au premier abord, sont importantes : elles plantent une ambiance toute particulière. « Tenter d’arriver sans déprimer dans cette nouvelle journée qui commence. » (p. 18). L’auteur ne cherche pas à préserver ses personnages ou les lecteurs, il est direct, franc, et utilise à bon escient un humour noir qui me plaît énormément. Tout est plausible, tout est sûrement vrai car, comme souvent, les auteurs de polars s’inspirent de la société qui les entoure et de faits réels (ici, on est à Bobigny en Seine Saint Denis), d’autant plus qu’Olivier Norek est un policier du 93 ! J’ai dévoré ce roman en une journée (à vrai dire le dimanche du weekend de Pâques, oui je sais, j’ai du retard à publier ma note de lecture…) et je ne pouvais pas le lâcher ! Et je me disais : pourquoi n’ai-je acheté que celui-ci, pourquoi n’ai-je pas acheté les deux autres ? En fait, je ne connaissais pas Olivier Norek mais, au printemps, j’ai vu plusieurs gags sur FB, de Nicolas Lebel (un autre auteur de polars), et ils ont attiré mon attention sur cet auteur que j’ai absolument voulu lire, d’où l’achat de Code 93, que je me suis fait dédicacer aux Quais du polar 2017 : j’ai eu avec Olivier Norek un échange court (il y avait du monde dernière moi) mais bien agréable, un auteur abordable et sympathique, tantôt sérieux tantôt drôle, un auteur authentique qui ne triche pas et qui met toutes ses tripes et son expérience dans ses romans ; j’en veux encore !

D’ailleurs, j’ai depuis lu Territoires, le deuxième tome des enquêtes de Coste et je publierai la note de lecture dès que possible mais je peux d’ores et déjà vous dire qu’il m’a scotchée autant que Code 93 ! Vous voulez du bon – de l’excellent même – polar français ? Lisez Olivier Norek ! Comme moi, vous deviendrez sûrement Norek-addict 😉

Une excellente lecture que je mets dans les challenges Défi Premier roman et Polar et thriller.

Yuri de Raphaël Haroche

Yuri est la première nouvelle du recueil Retourner à la mer de Raphaël Haroche (Gallimard, février 2017).

Je vous parlerai plus en détail de ce recueil lorsque j’aurai lu les 13 nouvelles mais pour l’instant, je voulais simplement parler de Yuri dans La bonne nouvelle du lundi.

Raphaël… Le chanteur ? Oui, le chanteur ! Que je suis depuis ses débuts car j’aime sa voix, ses textes, ses mélodies, les ambiances de ses chansons, leur profondeur dans une simplicité confondante de tendresse et de sincérité ! Bon, je sais qu’il y en a qui n’aime pas mais peut-être aimeront-ils les nouvelles ?

Je retrouve l’humanité de Raphaël dans cette première nouvelle, Yuri : Dans l’Aubrac, Tomek, un employé d’abattoir d’origine polonaise veut sauver un veau et l’offrir à sa fille pour ses 13 ans. « Voilà, tu seras bien ici, tu es trop joli, tu as de beaux yeux toi, tu me fais penser à quelqu’un. » (p. 17).

Mais qu’est-ce qu’ils ont tous à parler d’animaux et d’abattoir ? Les liens du sang d’Errol Henrot, L’été des charognes de Simon Johanin lu récemment (ma note de lecture arrive) et Règne animal de Jean-Baptiste Del Amo qui est dans ma liste à lire. Il y en a sûrement d’autres. Les auteurs se sentent investis et veulent faire ouvrir les yeux sur ce monde intolérable…

Tomek n’est pas un employé violent et cruel envers les animaux, c’est rare ; il aime son épouse, leur fille, et veut aimer cet animal sans défense aux grands yeux tristes qui lui font penser à « quelqu’un ».

J’ai hâte de lire les 12 autres nouvelles de ce recueil, apparemment des tranches de vie, comme j’aime, et je vous en reparle tout bientôt ; bonne semaine 🙂