Le chant des baleines de Baudoin

Le chant des baleines de Baudoin.

Dupuis (plus au catalogue), collection Aire Libre, janvier 2005, 56 pages, 12,94 €, ISBN 2-8001-3676-6.

Genres : bande dessinée française.

Edmond Baudoin naît le 23 avril 1942 à Nice. Il abandonne une carrière dans la comptabilité pour se lancer dans la bande dessinée dans les années 1970 (dans des magazines tels Le canard sauvage, Circus, Pilote, L’écho des savanes) mais sa première bande dessinée, Civilisation, ne paraît qu’en 1981 chez Glénat ainsi que Les sentiers cimentés (1981), Passe le temps (1982), La peau du lézard (1983), Un flip coca (1984), Un rubis sur les lèvres (1986), Le premier voyage (1987), Le portrait (1990), Couma acò (1991), etc. chez Futuropolis puis il est édité par de petits éditeurs alternatifs. Au Festival d’Angoulême, il reçoit l’Alph-Art du meilleur album en 1992 pour Couma acò, l’Alph-Art du meilleur scénario en 1997 pour Le voyage et en 2001 pour Les quatre fleuves.

Un homme marche le long du port, observant les bateaux et réfléchissant. « Je n’ai rien appris de plus que ce que je savais quand j’ai quitté mon village. Mais je ne sais plus comment faire machine arrière. Trop de temps a passé. » (p. 7).

Des souvenirs remontent à la surface, un jeune homme sur un bateau, des femmes à Québec, à Chicago, un homme esseulé et insomniaque à Paris…

Il cherche une note, peut-être celle du chant des baleines… « Quelle musique ? Comment trouver sa note dans cette cacophonie ? Et surtout pourquoi essayer ? » (p. 9). Car que sont devenus les personnes qu’il a rencontrées ? « Que sont devenues mes amours ? Julie, Marion, Mathilde. Les ai-je fuis elles aussi ? Pour aller où ? Ici ? » (p. 29).

Il rencontre une jeune femme à la gare mais elle ne reste pas avec lui et continue son chemin en direction de la montagne. Plus il marche, plus le monde semble détruit, c’est qu’il se rappelle Beyrouth en 1987, le Michigan en 2000… Puis il rencontre un couple de vieux en haut de la montagne et ils lui offrent une soupe et la recette de la tarte aux myrtilles… Ils veulent entendre parler de la ville, « Parlez-nous de la vie. » (p. 42).

Mais lui veut aller au sommet du col de montagne, il a besoin de savoir ce qu’il y a de l’autre côté.

Après avoir voyagé dans le monde entier et avoir fait de nombreuses rencontres, cet homme, un musicien, se retrouve seul et il ne cherche pas sa voie mais sa note, désespérément. La vie est-elle faite de rencontres, d’incertitudes et de questionnements ?

Le dessin de Baudoin est spécial, charbonneux, détaillé (dessiné au pinceau si j’ai bien compris) mais le texte est plutôt poétique, intimiste voire métaphysique. En un mot, cette bande dessinée est un voyage à elle seule ! En consultant les autres titres de Baudoin, j’ai l’impression que je n’ai jamais lu cet auteur dessinateur auparavant, une lacune comblée donc et je lirai assurément d’autres titres !

Pour La BD de la semaine (plus de BD de la semaine chez Noukette) et les challenges ABC illimité (lettre E pour prénom), BD 2023, Bingo littéraire d’Hylyirio (case n° 2, une BD), Challenge lecture 2023 (catégorie 28, un livre sans happy end), Les départements français en lectures (Alpes Maritimes), Petit Bac 2023 (catégorie Animal pour Baleines) et Un genre par mois (en février, du rire aux larmes, drame).

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Animal de Sandrine Collette

Animal de Sandrine Collette.

Denoël, collection Sueurs froides, mars 2019, 288 pages, 19 €, ISBN 978-2-20714-974-4.

Genres : littérature française, roman noir, thriller.

Sandrine Collette naît en 1970 à Paris. Elle étudie la littérature, la philosophie (master) puis la science politique (doctorat) et devient professeur universitaire et consultante. Elle s’installe dans le Morvan avec des chevaux et écrit son premier roman, Des nœuds d’acier, publié en 2013 par Denoël qui relance la collection Sueurs froides (1972-1998). Viennent ensuite chez Denoël, Un vent de cendres (2014), Six fourmis blanches (2015), Il reste la poussière (2016), Les larmes noires sur la terre (2017), Juste après la vague (2018), Animal (2019) puis chez JC Lattès, Et toujours les forêts (2020), Ces orages-là (2021) et On était des loups (2022) soit un roman par an (et plusieurs prix littéraires). Plus d’infos sur sa page Facebook.

Mara, la trentaine (« elle aurait été incapable de donner son année de naissance » p. 10), est veuve et survit seule « Mais manger était devenu compliqué. » (p. 13). La nuit elle sort vérifier ses pièges pour avoir à manger mais elle doit faire très attention car les tigres de plus en plus nombreux – ils sont protégés et se reproduisent – font de même. Une nuit donc, en allant vérifier ses pièges, Mara voit un petit garçon attaché à un arbre, elle le libère et l’emmène dans sa cabane. La nuit suivante, c’est une fillette et elle fait de même. Mais elle sait qu’elle n’aurait pas dû… « Deux enfants sauvages. » (p. 15) de 4 ou 5 ans et elle sait qu’elle ne doit pas rester là avec eux qu’elle a appelé Nun et Nin. De mon côté, je ne sais pas si ce sont des enfants abandonnés par leurs parents qui avaient trop de bouches à nourrir ou si ces enfants sont des sacrifices faits aux tigres pour qu’ils ne s’approchent pas du village mais je verrai bien car cette introduction me plaît beaucoup !

Mara quitte donc la cabane avec les deux enfants mais, lorsqu’ils arrivent en ville, ils voient que c’est un bidonville aux « constructions précaires » (p. 17) et aux odeurs atroces, « la merde et l’humidité mélangées » (p. 17)… Ils s’installent dans une maison inoccupée, « C’était petit, sale et sombre. Mais dans ces neuf mètres carrés on logeait en général six à huit personnes, alors elle s’était tue. » (p. 18). Eh bien, je connais des personnes qui ont été enchantées de leur voyage au Népal mais, apparemment, elles n’ont pas vu ça… la misère, la violence… ou alors elles ne sont pas allées à Pokhara !

Vingt ans plus tard, un groupe d’Européens est dans le Kamtchatka pour une chasse à l’ours. Lior, une Française, son mari, Hadrien, un couple d’amis, comme eux sportifs et chasseurs, Annabelle et Gauvain, ainsi qu’Oscar un Suédois, Jonas et Vlad le vieux guide. C’est de Lior qu’on va parler, « […] la chasse, elle l’avait dans le sang depuis toujours » (p. 36), « quand elle chassait, elle était vivante » (p. 37). Je me dis, à ce moment de la lecture, que Lior, c’est Nin, je verrai si j’ai raison mais c’est logique et je sais que Lior ne va pas me plaire. Quant à Hadrien, « il n’aimait pas la chasse, et il n’aimait pas les chasseurs » (p. 38) et même s’il pense souvent à la folie, à la sauvagerie de son épouse, il est fasciné par Lior depuis leur rencontre cinq ans auparavant et il lui suffit que Lior l’aime pour qu’il la suive.

Je déplore fortement cette idée que se racontent les chasseurs sur leurs proies, « tous, ils ont leur chance » (p. 46), non, devant leurs fusils, les animaux n’ont aucune chance et ils se mentent à eux-mêmes, ils mentent aux autres et ils le savent très bien ! D’ailleurs, plus loin, « Ils parlent du maintien des effectifs, de l’équilibre des espèces. Vivent dans un monde de mensonges qu’ils se servent à eux-mêmes : ils sont là pour le sang et rien d’autre, pour ce geste que nulle part ils n’ont plus le droit de commettre entre eux, et dont ils rêvent tout éveillés – armer, viser, tuer. » (p. 56), voilà des mots sensés mais mon passage préféré est « et si l’ours était réellement plus intelligent qu’eux ? » (p. 76).

La chasse ne se déroulera pas comme prévu… et c’est ce qui fait tout le sel de ce roman inquiétant et violent ! J’ai aimé que les chapitres alternent entre Hadrien et l’ours, être dans la tête d’Hadrien qui poursuit Lior et être dans la tête de l’ours poursuivi par Lior. « Comment se débarrasser du petit être qui ne se laisse pas perdre. » (p. 137). Animal est un roman mi-humain mi-animal, un roman intense, dense et passionnant. Après avoir apprécié On était des loups (2022), je suis ravie de découvrir un autre roman de Sandrine Collette et je peux vous dire qu’il y aura d’autres titres !

Pour ABC illimité (lettre S pour prénom), Bingo littéraire d’Hylyirio (case n° 8, un livre qui se passe à la montagne), Challenge lecture 2023 (catégorie 4, un roman dont le titre est un seul mot), Petit Bac 2023 (catégorie Animal avec… Animal), Polar et thriller 2022-2023 (pas vraiment d’enquête mais un roman noir et thriller) et Un genre par mois (en février, du rire aux larmes, drame).

Du plomb dans la tête d’Olivier Bocquet

Du plomb dans la tête d’Olivier Bocquet.

Michel Lafon, mars 2020, 378 pages, 17,95 €, ISBN 978-2-74994-051-9. Je l’ai lu en poche : Pocket, n° 18384, octobre 2022, 408 pages, 9 €, ISBN 978-2-266-32-0245. Merci à Lecteurs.com.

Genres : littérature française, roman policier.

Olivier Bocquet commence sa carrière de romancier en 2010 avec Turpitudes (avec un concours organisé par Pocket) et sa carrière de scénariste BD en 2013 avec La colère de Fantomas (3 tomes avec la dessinatrice Julie Rocheteau). Il adapte en bandes dessinées (avec la dessinatrice Léonie Bischoff) 3 tomes des romans policiers de Camilla Läckberg : La princesse des glaces (2014), Le prédicateur (2015) et Le tailleur de pierre (2018). Mais surtout il scénarise Terminus, le dernier tome de Transperceneige (avec Jean-Marc Rochette au dessin) en 2015 puis Ailefroide, altitude 3954 en 2018. Chez Dupuis, la série jeunesse Frnck voit le jour en 2017 ainsi que Triomphe de Zorglub dans la série Spirou et Fantasio en 2018.

Juin 2010. Le lieutenant William Toulouze et le commandant Serge Parrot sont appelés en pleine nuit sur une scène de crime dans une forge du bois de Fontainebleau. Enfin, c’est plus une scène de séquestration et de torture puisque l’homme est en fait vivant mais il est bien amoché et son tortionnaire lui a versé du plomb fondu dans les yeux… Au moment où cet homme entre à l’hôpital, Rachel Kuklinski en sort, elle vient de se faire avorter.

Alors que « Toulouze a autant d’humour qu’une sardine » (p. 44, MDR), le commandant Parrot en a à revendre : il met le lieutenant Toulouze en binôme avec une lieutenante stagiaire, « Elle est en fin de formation, c’est son dernier stage, après quoi a priori elle va être affectée ici. […] – Pas de problème. Vous pouvez compter sur moi. Je vais lui apprendre tout ce qu’il y a à savoir sur le métier – J’en suis certain. » (p. 46). Eh bien, elle part sur les chapeaux de roues cette enquête, un lieutenant maladroit et parfois incompétent, une stagiaire inexpérimentée… Mais je sais que le roman va me plaire grâce au style efficace de l’auteur et à l’ambiance qu’il a installée dès le début.

Sur fond d’élections municipales, d’enquête non résolue de femme enceinte assassinée, avec des extraits d’articles de journaux, le journal de Rachel Kuklinski (qui n’est autre que la lieutenante stagiaire), une déclaration de disparition de personne en ce qui concerne Thomas Bourriol, l’enquête avance… Ce que l’auteur donne à lire est diversifié et très prenant.

Lorsque l’homme sort du coma, Thomas Bourriol, c’est bien lui, est interrogé par le commandant Parrot. Il est aveugle (évidemment avec le plomb fondu dans les yeux…), il a la mâchoire fracassée et attachée, le cerveau dans le même état mais il se rappelle de tout et peut parler… plus ou moins bien. « Et vous chavez le plus drôle ? Chi je le voyais en photo ou dans la rue, je le reconnaîtrais auchitôt. J’ai chon vijage imprimé dans ma mémoire. Mais je ne le verrai jamais en photo ni dans la rue. Cooo-oonnard. C-c-c-connard. Connarconnarconnarconnard. Je ne verrai plus jamais rien. » (p. 130). Syndrome de Tourette… et hypersensibilisation aux bruits… « Vouj entendez ? – Heu… non, quoi ? – Ch’est comme cha toute la journée ! Vous pouvez pas demander aux infirmières de baicher le chon ? Elles refujent de m’écouter ! Elles dijent que ch’est dans ma tête ! Connasses ! Connasses de pétasses de putes de connasses ! […] Ah, cha fait du bien quand cha ch’arrête, merci ! Non, je vous dis, je chais pas pourquoi ce type m’a torturé comme cha. À mon avis, ch’est juchte un fou, je vois pas d’autre ekchplicachion. » (p. 131). Euh… je me suis demandé pourquoi il ne disait pas « connaches » et « pétaches », peut-être que les insultes qui viennent avec le syndrome de Tourette sont gérés différemment par le cerveau ?

Comme je le disais ci-dessus, l’enquête avance, pas vite et pas toujours dans les règles (la stagiaire a pris quelques libertés) mais, finalement, elle s’entend bien avec le lieutenant Toulouze. « Ça vous est déjà arrivé d’être dans une situation comme ça ? lui demande Rachel. – Une situation comment ? – Que le chef vous demande d’arrêter une enquête en cours parce qu’elle le dérange. Toulouze ne peut retenir un petit mouvement de surprise. Rachel dit les choses sans filtre, lui-même n’avait pas osé se le formuler comme ça : l’enquête dérange le chef. C’est la seule raison de son classement. » (p. 215-216).

Ouah, c’est du costaud, énoooorme, je me suis régalée et j’ai très envie de lire Turpitudes ! L’auteur a traité avec brio plusieurs thèmes, les caméras de surveillance (sont-elles vraiment utiles ?), comment est menée une enquête difficile (voire impossible à résoudre), le syndrome de Tourette (ou le fait de ne pas pouvoir s’empêcher de dire des gros mots), la violence, la vengeance, la loi et les ordres des supérieurs (peut-on passer outre ?)… et tout ça avec de l’humour (qui est bienvenu avec toutes ces horreurs). Une très bonne surprise !

Ce roman fait partie de la sélection pour le Prix Nouvelles voix du polar 2023 (macaron en haut à gauche de la couverture), 6 romans français et 7 romans étrangers. Et Pocket fête ses 60 ans !

Pour Bingo littéraire d’Hylyirio (case n° 17, un livre d’un auteur français, 3e billet), Challenge lecture 2023 (catégorie 56, un roman dont le titre comporte le nom d’un métal), Polar et thriller 2022-2023 et Un genre par mois (en février, du rire aux larmes, drame).

Epsil∞n n° 17 (novembre 2022)

Les précédents numéros : Epsil∞n n° 1 (juillet 2021), Epsil∞n n° 2 (août 2021), Epsil∞n n° 3 (septembre 2021), Epsil∞n n° 4 (octobre 2021), Epsil∞n n° 5 (novembre 2021), Epsil∞n n° 6 (décembre 2021), Epsil∞n n° 7 (janvier 2022), Epsil∞n n° 8 (février 2022), Epsil∞n n° 9 (mars 2022), Epsil∞n n° 10 (avril 2022), Epsil∞n n° 11 (mai 2022), Epsil∞n n° 12 (juin 2022), Epsil∞n n° 13 (juillet 2022), Epsil∞n n° 14 (août 2022), Epsil∞n n° 15 (septembre 2022) et Epsil∞n n° 16 (octobre 2022).

Epsil∞n n° 17 (novembre 2022).

Epsil∞n, édité par Unique Héritage Média (UHM), 100 pages, novembre 2022, 4,90 €.

Un numéro toujours passionnant et parfaitement illustré avec 89 scientifiques du monde entier interrogés.

Au sommaire, Club Epsil∞n (courriers des lecteurs), les rubriques Fil d’actus (plusieurs sujets abordés de façon courte), En images (la mouche zombie, la femme de Penang…), Contre-pied (« Le rire naît de la peur »), Labyrinthe (« Le casse-tête de la pornographie »), Analyse (les passkeys pour se passer des mots de passe), C’est dans l’air (la guerre dans les abysses, la polémique des 19°…), Big data (les microbes les plus dangereux dans le monde). Pas d’Atlas ce mois-ci.

L’enquête, « Le casse-tête de la combinaison spatiale » (p. 22-29). La combinaison spatiale sera-t-elle prête pour le retour sur la Lune en 2025 ? La NASA a sous-traité sa fabrication. Vous saurez tout en lisant cette enquête !

Le dossier, « Méga phénomènes climatiques, ce qui nous attend » (p. 42-57). Le réchauffement climatique et ses catastrophes ne sont pas des mythes… Vortex stratosphérique (fumées des méga-feux, couche d’ozone transpercée « renforçant les vents autour de l’Antarctique de l’ordre de 40 km/h et détruisant 20 % de l’ozone » p. 45), canicule humide (35° de température humide « empêchent toute évacuation de la chaleur d’un organisme humain, et conduisent en moins de six heures à une mort certaine même pour les plus vaillants d’entre nous. » p. 47, humains mais aussi tous les animaux à sang chaud) , méga-ouragan (de catégorie 5, vent jusqu’a 350 km/h, « énorme machine thermodynamique » p. 49 dont l’énergie « peut dépasser celle de 2000 bombes thermonucléaires » p. 48), fleuve atmosphérique (déluge atmosphérique, pluies torrentielles…), sécheresse éclair (« soudain, plus aucune trace d’eau » p. 53), « depuis cet été, tous les modèles sont dépassés » (p. 54-55). « Quand une partie de la Terre devient peu à peu inhabitable… » (p. 47). Suivre World Weather Attribution, les bulletins de Climate Copernicus Europe et World Meteorological Organization – United in Science (plus abordable que les rapport du GIEC selon Epsil∞n mais en anglais).

Puis diverses rubriques : Bonne nouvelle « Vieillir ça a du bon » (cerveau qui se réorganise, amygdale plus sensible, neurones plus efficaces… « Résultat : les vieux sont plus empathiques, créatifs, avisés. En un mot, plus sages » p. 59), Jupiter « À l’intérieur de la géante » grâce à la sonde Juno (très belle imagerie), Data « 8 milliards d’humains ! » (et des projections mondiales entre 2022 et 2100), Hoazin « L’oiseau définitivement inclassable » (« Il rumine comme une vache. Il nage comme un poisson. Il marche comme un quadrupède. Il a gardé des griffes de dinosaure. » p. 77), Kafka « Le cauchemar de la seconde de trop » (une réforme au temps universel !).

Et à la fin, le cahier Pop’Sciences qui apporte humour et originalité tout en restant scientifique : les oiseaux les plus colorés sont les colibris, les crapauds anglais grimpent aux arbres, Beta… Civilisations volume II de Jens Harder (j’avais adoré le 1er tome de cette BD, Alpha… Directions, parue en 2009, à relire !), des éoliennes marines norvégiennes de 2 m de haut qui « basculent sous l’effet du vent » (p. 90), des séquoias immeubles d’habitation en Inde, de la nouvelle technologie incroyable, entre autres.

Je le répète, Epsil∞n est un excellent magazine, toujours sérieux, abondamment illustré, abordable pour tous les lecteurs même les moins fondus de sciences (et qui apporte des rectificatifs en cas d’erreurs). Il ne me reste à lire que les numéros 18 de décembre 2022 et 19 de janvier 2023 (sans compter les 4 hors-série). Vous aimez les sciences ou vous êtes curieux de découvrir les sciences de façon agréable et à petit prix ? Lisez Epsil∞n ! Vous pouvez toujours consulter les sources sur epsiloon.com/sources.

Les secrets de la princesse de Cadignan de Honoré de Balzac

Illustration d’Alcide Théophile Robaudi (1847-1928)

Les secrets de la princesse de Cadignan de Honoré de Balzac.

Nouvelle de 70 pages parue dans le journal La Presse en 1839 (le titre est alors Une princesse parisienne) avant d’être publiée dans le tome XI de La Comédie humaine en 1855 (nouvelle dédiée à Théophile Gautier). Cette Études de femmes fait partie des Scènes de la vie parisienne.

Genres : littérature française, nouvelle, classique.

Honoré de Balzac : je vous laisse consulter sa bio et mes précédentes lectures ici. LC (lecture commune) avec Maggie, Claudia et Rachel. J’en profite pour vous annoncer La Quinzaine balzacienne – organisée par les blogs La Barmaid aux lettres et Et si on bouquinait un peu – qui aura lieu du 15 au 30 juin 2023.

« Après les désastres de la Révolution de Juillet qui détruisit plusieurs fortunes aristocratiques soutenues par la Cour », la duchesse de Maufrigneuse, devenue princesse Diane de Cadignan (le nom de jeune fille de sa mère), s’est cloîtrée chez elle, un appartement avec un jardin et deux domestiques mais c’est une croqueuse d’hommes… et de leur fortune ! Elle a un fils de 19 ans, Georges de Maufrigneuse.

L’histoire commence en 1832, elle a 36 ans, elle a connu de nombreux hommes mais elle s’ouvre à l’unique amie qu’elle a gardée, la marquise d’Espard, lui avouant qu’elle n’a jamais connu un amour véritable. « À vous seule, j’oserai dire qu’ici je me suis sentie heureuse. J’étais blasée d’adorations, fatiguée sans plaisir, émue à la superficie sans que l’émotion me traversât le cœur. J’ai trouvé tous les hommes que j’ai connus petits, mesquins, superficiels ; aucun d’eux ne m’a causé la plus légère surprise, ils étaient sans innocence, sans grandeur, sans délicatesse. J’aurais voulu rencontrer quelqu’un qui m’eût imposé. » « Je suis poursuivie dans ma retraite par un regret affreux : je me suis amusée, mais je n’ai pas aimé. » « Enfin, nous voilà, répondit avec une grâce coquette madame d’Espard qui fit un charmant geste d’innocence instruite, et nous sommes, il me semble, encore assez vivantes pour prendre une revanche. »

« Ah ! je voudrais cependant bien ne pas quitter ce monde sans avoir connu les plaisirs du véritable amour, s’écria la princesse. » Alors la marquise d’Espard décide de lui présenter Daniel d’Arthez. « Daniel d’Arthez, un des hommes rares qui de nos jours unissent un beau caractère à un beau talent, avait obtenu déjà non pas toute la popularité que devaient lui mériter ses œuvres, mais une estime respectueuse à laquelle les âmes choisies ne pouvaient rien ajouter. Sa réputation grandira certes encore, mais elle avait alors atteint tout son développement aux yeux des connaisseurs : il est de ces auteurs qui, tôt ou tard, sont mis à leur vraie place, et qui n’en changent plus. Gentilhomme pauvre, il avait compris son époque en demandant tout à une illustration personnelle. »

Daniel d’Arthez fera-t-il l’affaire de la princesse de Cadignan ? « Ce qui m’a manqué jusqu’à présent, c’était un homme d’esprit à jouer. Je n’ai eu que des partenaires et jamais d’adversaires. L’amour était un jeu au lieu d’être un combat. » La marquise d’Espard organise donc la rencontre et les lecteurs vont retrouver quelques personnages de la Comédie humaine (Michel Chrestien qui fut éperdument amoureux de la princesse est mort mais on parle de lui). « Cette soirée était donnée pour cinq personnes : Émile Blondet et madame de Montcornet, Daniel d’Arthez, Rastignac et la princesse de Cadignan. En comptant la maîtresse de la maison, il se trouvait autant d’hommes que de femmes. » ou de la parité chez Balzac 😉

Malgré les manipulations et les mensonges de la princesse de Cadignan, le baron d’Arthez – qui est plus jeune qu’elle – l’aime passionnément et prend sa défense. Il la considère comme une femme libre, au caractère fort, élégante, moderne (alors que le rôle des femmes était plus que minime… Se marier, avoir des enfants, être discrètes…). « Les femmes savent donner à leurs paroles une sainteté particulière, elles leur communiquent je ne sais quoi de vibrant qui étend le sens des idées et leur prête de la profondeur ; si plus tard leur auditeur charmé ne se rend pas compte de ce qu’elles ont dit, le but a été complètement atteint, ce qui est le propre de l’éloquence. […] Ainsi la princesse avait aux yeux de d’Arthez un grand charme, elle était entourée d’une auréole de poésie. » Elle profite de sa naïveté et le prend dans ses filets, « dans les lianes inextricables d’un roman préparé de longue main ». J’ai tout aimé dans cette histoire en particulier les moments où d’Arthez, complètement sous le charme, fait sa cour à la princesse et la chute.

Balzac, très fier de cette œuvre, écrivait à madame Hańska : « C’est la plus grande comédie morale qui existe » et, comme pour se moquer de ses lecteurs (un peu trop curieux de tout savoir), termine par une géniale pirouette, tout le talent de Balzac. Un amour peut-il être véritable et heureux s’il est né de manipulations, séductions et mensonges ?

À noter que Les secrets de la princesse de Cadignan a été adaptée par Jacques Deray en 1982 avec Claudine Augier (Diane de Cadignan), Marina Vlady (marquise d’Espard), Françoise Christophe (comtesse de Montcornet), François Marthouret (Daniel d’Arthez), Pierre Arditi (Émile Blondet) et Niels Arestrup (Rastignac).

Pour 2023 sera classique, ABC illimité (lettre H pour prénom), Bingo littéraire d’Hylyirio (case n° 15, une relique de ma PàL, tous les Balzac que je n’ai pas encore lus sont des reliques de ma PàL puisque je les ai depuis les années 1980), Challenge lecture 2023 (catégorie 18, une lecture commune, avec Maggie et Rachel) et Les départements français en lecture (Balzac est né à Tours en Indre et Loire).

Une rencontre inattendue d’A.D. Martel

Une rencontre inattendue d’A.D. Martel.

Scrineo, décembre 2022, 11 pages, nouvelle illustrée, lecture numérique.

Genres : littérature française, nouvelle, jeunesse, steampunk.

A.D. Martel fait des études scientifiques mais est doctorante en histoire. Elle aime lire depuis l’enfance, en particulier les littératures de l’imaginaire, et elle se lance tôt dans l’écriture de romans plutôt aventures, fantasy et science-fiction mais aussi quelques romances. Plus d’infos sur son site officiel sur lequel je suis surprise de voir autant de romans déjà écrits.

Rowena, orpheline de 12 ans, est la « meilleure mécanicienne d’Arkantras » (p. 1) mais elle a réparé l’automate pour l’apprenti Arnold et il refuse de la payer… Pire, le contremaître d’Arnold la fiche dehors en déchirant ses vêtements ! « Pourquoi le monde était-il si cruel ? Pourquoi avait-elle été stupide au point de croire que cet apprenti tiendrait parole ? » (p. 4).

Pendant que les riches s’affairent pour Noël, Rowena est maintenant déguenillée, trempée et seule au monde… Alors elle décide de se venger et, en pleine nuit, va récupérer dans l’automate la pièce qu’elle a réparée. Malheureusement elle met trop longtemps et au petit jour, elle est poursuivie par les dockers… Elle doit se cacher et entend « un son étouffé […]. Cela ressemblait… à une plainte. » (p. 7). C’est alors que Rowena découvre un chaton d’environ un mois, « vivant, mais plus pour longtemps » (p. 8). Ce chaton, c’est Monsieur Gratouille.

Scrineo fait mouche avec cette nouvelle inédite offerte pour Noël afin de donner envie de lire De rouages et de sang d’A.D. Martel. Steampunk, chat, cette série a tout pour me plaire et le côté jeunesse ne me dérange pas – au contraire puisque je participe comme chaque année au challenge Jeunesse young adult #12.

Je note donc les deux premiers tomes. Les disparus d’Arkantras paru en mars 2022 et Le trésor du Pink Lady paru en août 2022, les deux tomes étant illustrés par Myrtille Vardelle.

Myrtille Vardelle étudie les métiers du livre (édition-librairie) et la communication puis travaille dans un studio graphique. Elle est illustratrice, photographe et vit à Toulouse. Elle illustre de nombreuses couvertures et romans des éditions Scrineo. Plus d’infos sur son site officiel, Paper & Berries (plus mis à jour), sa page FB et son instagram.

Rita trace sa route de Flor Lurienne

Rita trace sa route de Flor Lurienne.

Velvet, collection Souffles, mai 2022, 132 pages, 14,90 €, ISBN 978-2-490619-18-4. Préface de Vincent Ravalec.

Genres : littérature française, premier roman.

Flor Lurienne naît d’une mère française et d’un père vénézuélien (elle a sûrement mis un peu d’elle dans le personnage de Rita). Elle étudie la littérature et le cinéma, devient comédienne (cours René Simon, Paris). Elle joue au théâtre, au cinéma, pour la télévision et tient une chronique sur FranceInter. Elle est romancière, poète et aussi narratrice pour des textes lus (livre audios). Plus d’infos sur son site officiel.

Rita, 5 ans, sort du cinéma avec son père, Boogie (ils ont vu Alice au pays des merveilles), il pleut et son père est enlevé par « deux silhouettes encagoulées » (p. 14).

Rita a des crises de panique et les années passent… Jusqu’au jour où sa mère et elle voient son visage dans un journal et le mot terroriste !

Des années après, Rita est adulte et elle revoit son père dans la rue par hasard. Rita a développé des tocs puis s’est passionnée pour les jeux d’argent.

« Au bout d’une décennie, cette passion avait fini par tout rétrécir chez moi : mon compte en banque, mes mètres carrés habitables, mes contrats de travail, mes amours. Je devais me rendre à l’évidence, j’étais addict au jeu autant qu’on peut l’être à l’héroïne ou à l’alcool. » (p. 18).

Alors qu’elle réussit enfin à passer son permis de conduire, Boogie meurt et Rita apprend qu’il a eu plusieurs autres enfants avec des femmes différentes. C’est elle qui doit le conduire au cimetière pour la cérémonie mais elle kidnappe l’urne et les laisse tous en plan ! « Tu peux annoncer à tout le monde que je viens de prendre Boogie en otage. Mais je ne demande aucune rançon. On va se faire un petit voyage. Faites la cérémonie sans nous. » (p. 37).

Mais elle s’arrête dans une auberge et là… son père qui se fait maintenant appeler Puma entre et salue les patron. « Après une seconde de stupeur, les deux hommes se tombent dans les bras l’un de l’autre et se tapent fraternellement les épaules. » (p. 45). Un fantôme ? « tout est possible. » (p. 52) mais ce que son père lui raconte, est-ce la vérité ou des affabulations ?

Certains côtés de ce roman m’ont plu, le côté fantasque et facétieux de Rita et de son père, le côté road-trip, mais je n’ai pas vraiment accroché avec le style et je suis passée à côté des personnages et de leur (non) relation… mais ce n’est pas à cause du fantôme qui ne m’a pas dérangée. Cependant la presse était unanime pour honorer ce premier roman donc si vous avez envie de le découvrir et de partager votre avis.

Pour ABC illimité (lettre F pour prénom), Bingo littéraire d’Hylyirio (case n° 17, un livre d’un auteur/une autrice français(e), 2e billet), Challenge lecture 2023 (catégorie 3, un roman dont le titre contient un prénom), Littérature de l’imaginaire #11 (il y a un fantôme quand même) et Petit Bac 2023 (catégorie Prénom pour Rita).

Les tisseuses de Naima Guerziz

Les tisseuses (Au fil du Bogolan) de Naima Guerziz.

Éditions d’Avallon, collection Blanche – Littérature contemporaine, juin 2022, 182 pages, 15 €, ISBN 978-2-38439-031-1.

Genres : littérature française, roman.

Naima Guerziz est professeur, autrice (roman, biographie, album pour enfants), chroniqueuse radio et blogueuse sur Les chroniques de Naima (pas mis à jour depuis 2021).

Joséphine, riche femme d’affaires d’origine sénégalaise, vit à Paris. Elle a accueilli Espérance dans son grand appartement mais celle-ci lui a volé Prince. Pour se venger, et ayant appris qu’Espérance avait des faux papiers, Joséphine l’a dénoncée pour qu’elle soit renvoyée au Mali.

Je commence le premier chapitre et… que dire… Jugez plutôt… « Je me relève, chemine vers les toilettes. Je le connais comme ma poche, cet endroit. J’urine abondamment. Je rabaisse la lunette, tire la chasse d’eau. […]. Je me dirige vers le lavabo. » (p. 21). Alors, ça vous fait envie ?

Pour les 1ère et 3e parties, la narratrice est Joséphine. Pour la 2e partie, c’est Espérance et pour la 4e partie, c’est Aïssa (je n’ai même pas compris qui c’était…).

Pourquoi les tisseuses ? Parce que Joséphine vend des textiles de luxe et de la mercerie dans sa boutique Bogolan Inc. et Espérance était tisseuse au Mali. Quant à Bogolan, le sous-titre sur la page de titre, « C’est un textile de chez moi en coton orné de symboles tribaux. » (p. 86).

Les tisseuses est une histoire d’amour et de haine mais je n’ai pas du tout accroché… Lorsque, par exemple, Alain Mabanckou raconte les Noirs vivant à Paris, j’y crois vraiment mais là tout est cousu de fil blanc… J’en suis désolée car je trouve que les valeurs de cette nouvelle « petite maison » d’éditions sont bienvenues dans la littérature francophone… Mais d’autres ont aimé ce roman et en parlent « mieux » que moi. Je n’ai pas compris pourquoi le roman est paru aux éditions Lemart en 2021 puis aux éditions d’Avallon en 2022.

Pour Bingo littéraire d’Hylyirio, case n° 16, un livre qui vous a énervée ou révoltée et il faut expliquer pourquoi. Alors révoltée quand même pas, énervée oui, avec son style faussement cool et ses phrases d’une « grande qualité » littéraire et humaine comme l’extrait de la page 21 ci-dessus. Quant aux personnages je les ai trouvés creux et ne m’y suis pas attachée du tout. Le roman est court mais j’étais pressée de le terminer… J’ai hésité à parler de ce roman mais c’est bien aussi de parler des livres qu’on n’a pas aimés et puis c’est utile pour ce challenge !

Pour ABC illimité (lettre T pour titre), À la découverte de l’Afrique (ce roman parle des Noirs en France et du Mali), Challenge lecture 2023 (catégorie 31, un livre avec un visage sur la couverture, et la couverture est belle).

Charamba, Bobine s’en mêle de Marie Pavlenko et Marie Voyelle

Charamba, hôtel pour chat – Bobine s’en mêle de Marie Pavlenko et Marie Voyelle.

Flammarion Jeunesse, mars 2022, 128 pages, 10,90 €, ISBN 978-2-08027-295-9.

Genres : littérature française, littérature jeunesse.

Marie Pavlenko naît le 30 septembre 1974 à Lille dans le Nord. Elle étudie les lettres modernes à Sorbonne-Nouvelle (Paris3) puis le journalisme à l’école supérieure de journalisme de Lille. Elle est journaliste, romancière (fantasy et littérature jeunesse) et reçoit plusieurs prix littéraire. Elle vit entre la région parisienne et les Cévennes et elle est engagée pour l’écologie. Plus d’infos sur son site officiel.

Marie Voyelle est illustratrice jeunesse (romans et BD) et pour la presse (jeunesse et féminine) pour plusieurs éditeurs. Plus d’infos sur son site officiel et sa page FB.

Vous partez en vacances ou vous devez vous absentez pour une autre raison ? Mettez votre chat en pension à l’hôtel Charamba, géré par Magda, une « vieille dame charmante » (p. 9) qui pense être la propriétaire des lieux. Mais « les vrais maîtres des lieux sont » (p. 10) Bobine (chatte Persan blanche à poils longs est la doyenne et rêve de tricoter comme Magda), Mulot (matou européen noir et blanc, bien musclé et bagarreur, qui a la phobie des concombres), Carpette (mâle Siamois qui se prend pour un humain et chante comme… Johnny Hallyday car il cherche l’amour), Couscousse (Chartreuse obèse… que son humain a abandonné à l’hôtel, mythomane, elle communique avec le fantôme de Bertou… Bertou ? Ben oui, Albert Einstein ! C’est qu’elle aurait étudié à l’université de Harvard aux States). Voilà, vous êtes briffés, on commence ?

Un matin, Norbert dépose Wolfgang à l’hôtel Charamba car il part en vacances en Italie. Wolfgang est un jeune chat noir très timide et il est gêné car il a dû faire pipi dans la caisse de transport… Magda l’installe dans la chambre n° 13 et Bobine vient aux nouvelles, puis Couscousse qui a bien du mal à entrer par la chatière… Mais Wolfgang est toujours très intimidé… « On va te laisser t’installer et te mettre à l’aise, intervint Bobine. Dès que tu te sens prêt, tu nous dit : le grand chalon est rempli de jeux, de frotte-griffettes, de passages secrets, de tubes, d’échelles, de chaises, de ficelles et de chats sympas. » (p. 35).

Le problème, c’est que Wolfgang reste enfermé dans sa chambre pendant 3 jours. Bon, il reçoit des croquettes dans son bol et Magda passe lui dire bonjour et lui faire des caresses le matin et le soir mais Wolfgang est vraiment plus que timide… Même « Bobine [qui] était plutôt fortiche pour décoincer les timides et les trouillards […] commençait à s’interroger. » (p. 43).

D’ailleurs Bobine fait tout pour convaincre Wolfgang mais rien n’y fait, il dit qu’il n’aime pas les chats et s’isole dans sa chambre… Que faire ? Les chats de Charamba trouveront-ils une solution pour dérider Wolfgang ? Je peux vous dire que j’ai bien ri !

Les dessins sont plein d’humour et le texte aussi, avec des mots inventés ou modifiés comme abrachadabrantesque (p. 36) ou croustidégringolant (p. 40) et parfois l’autrice pend le lecteur à partie pour lui expliquer un mot ou lui dire que « ce mot existe, puisqu’il est écrit » (p. 40), ce qui apprend aux jeunes à jouer avec les mots, à faire des jeux de mots ou à créer des mots bizarres mais qui veulent cependant dire quelque chose. C’est donc très inventif ! Il y a aussi un petit côté féministe qui ne déplaira pas aux garçons. « Tant d’inventivité dans deux cerveaux féminins ! Dingue, n’est-ce pas ? Non, pas dingue. Normal. Mais mal connu. Bref. Poursuivons. » (p. 42).

Et les lecteurs apprendront pas mal de choses sur le comportement des chats, « Observez-les quand vous en aurez l’occasion : dès qu’un chat manque sa cible (sauter sur un canapé, une commode, une étagère) et qu’il retombe par terre comme un paquet de riz, que fait-il ? Il se relève aussitôt et repart comme si de rien n’était, la mine fière. » (p. 64), surtout ne jamais rire, le chat vous en voudrait affreusement ! Et surtout, le roman traite d’un sujet difficile, le harcèlement, avec un message clair pour tous les enfants : pour les harcelés : ne pas se laisser envahir par la peur et parler ; pour les harceleurs : ce n’est pas malin du tout, arrêtez ça ou il vous en coûtera !

Je suis sûre que ce premier tome de Charamba va plaire à tous et je n’ai qu’une hâte, lire le deuxième tome, Félins pour l’autre, paru en septembre 2022.

Pour ABC illimité (lettre V pour nom), Bingo littéraire d’Hylyirio (case n° 6, un livre avec un chat sur la couverture), Challenge lecture 2023 (catégorie 40, un roman dont la couverture est un dessin), Les départements en lecture (pour le Nord), Jeunesse & young adult #12, Littérature de l’imaginaire #11 et Petit Bac 2023 (catégorie Objets pour Bobine).

19 jours sans Noa d’Anne-Gaëlle Balpe

19 jours sans Noa d’Anne-Gaëlle Balpe.

L’école des loisirs, collection Neuf, août 2022, 264 pages, 11 €, ISBN 978-2-21131-928-7. Illustré par Clémence Monnet.

Genres : littérature française, jeunesse, aventure, fantastique.

Anne-Gaëlle Balpe naît en 1975 en France et vit en région parisienne. Elle étudie la philosophie, le multimédia et la langue tibétaine puis devient professeur et écrivain (en particulier pour la jeunesse) et anime aussi des ateliers d’écriture.

Cosmo et Salma (son aînée de 5 ans) vivent dans une oasis dans le désert mais ils sont seuls depuis 18 jours, depuis que leur frère aîné, Noa, est parti chercher des dattes et n’est pas revenu. Ce matin-là, il fait très chaud, comme chaque jour, et Cosmo va chercher de l’eau au puits. En observant un curieux fennec, il voit « un trou creusé dans le sable » (p. 15). Il donne une datte au fennec qui le suit, au retour, jusque sous la tente où l’attend Salma ! Il décide de l’appeler Dune.

Mais, dans la nuit du 19e jour sans Noa, Salma entend des bruits à l’extérieur de leur tente et préviens son petit frère. « Tu fais ce que je te dis, Cosmo. Tu cours sans t’arrêter et tu te caches dans les rochers. Elle saisie une grosse pierre noircie, qu’elle souleva au-dessus de sa tête […]. » (p. 35). Ce sont finalement des musiciens voyageurs, deux hommes et trois femmes, qui à l’aube sont partis laissant la kora miniature sur le sable. « Ils ont oublié ça. » (p. 43).

Cosmo récupère la kora et se rend au puits où il retrouve Dune mais tout à coup « un grondement sourd » (p. 46), « le ciel s’assombrit [et] un mur de sable. » (p. 48). C’est fascinant mais Cosmo ne doit pas rester là sinon il va être enseveli avec tout le reste ! Il court derrière Dune et se glisse dans le trou à la suite du fennec. « C’était un terrier beaucoup plus profond que ce qu’il avait imaginé. […] La tempête submergea les rochers en hurlant. » (p. 50). Au bout d’un moment, Cosmo tombe dans le vide et pense que, peut-être, il est arrivé la même chose à Noa.

Seul dans une grotte, le fennec étant passé dans une fente trop étroite pour Cosmo, l’enfant se met à jouer de la kora, pour dépasser sa peur, « pour faire taire ses pensées » (p. 58) et se rend compte qu’il joue pour la première fois et chante même. Une créature ressemblant à un fantôme s’approche de lui, lui dit que le fennec est le « roi de Souterre » (p. 61) et qu’il devra rester ici « Comme tous ceux qui viennent de là-haut. » (p. 61).

Non, Cosmo ne peut pas rester ici et laisser Salma seule ! Il continue d’avancer dans la grotte (je pense que les petites lueurs sont des lucioles) et découvre un monde « splendide » (p. 66).

Voilà je ne peux en dire plus pour ne pas divulgâcher mais à partir de là, les lecteurs plongent (c’est le cas de le dire) dans du fantastique. Cette histoire de monde souterrain m’a fait penser à Mardy & Ozgo – Le monde d’en dessous de Marie Lenne-Fouquet et Marie Morelle et bien sûr à Alice aux pays des merveilles. La musique est très importante parce qu’elle est symbole de « l’espoir, l’amour et la liberté » (p. 137). Une très belle lecture pour jeunes (et moins jeunes), prenante (je n’ai pas lâché le livre), qui permet d’affronter sa peur, de prendre ses propres décisions et de grandir.

Pour ABC illimité (lettre A pour prénom), Bingo littéraire d’Hylyirio (case n° 9, un livre jeunesse, young adult), Challenge lecture 2023 (catégorie 9, un livre avec du sable sur la couverture), Jeunesse & young adult #12, Littérature de l’imaginaire #11, Petit Bac 2023 (catégorie Moment de la journée pour Jour) et À la découverte de l’Afrique (il n’y a aucun pays de stipulé mais le fennec surnommé renard des sables ou renard des sables du Sahara vit dans tout le nord de l’Afrique).