Les herbes folles de Lewis Trondheim

Les nouvelles aventures de Lapinot, 2 – Les herbes folles de Lewis Trondheim.

L’Association, collection 48CC, janvier 2019, 368 pages, 19 €, ISBN 978-2-84414-738-7.

Genres : bandes dessinée française, fantastique, écologie.

Lewis Trondheim, de son vrai nom Laurent Chabosy, naît le 11 décembre 1964 à Fontainebleau de parents libraires. Il étudie le dessin industriel puis le graphisme publicitaire. Son épouse est la coloriste Brigitte Findakly Il crée le fanzine Approximate Continuum Comics Institute H3319 soit ACCI H3319 (1988), L’Association (1990), l’OuBaPo c’est-à-dire l’OUvroir de BAnde dessinée Potentielle (1992), la collection Shampooing chez Delcourt (2005) et la revue Papier (2013-2015) chez Delcourt. Des bandes dessinées en ligne, Lapinot, Donjon (plusieurs séries), Les cosmonautes du futur, Le roi catastrophe, Les petits riens, Ralph Azham, L’atelier Mastodonte, Infinity 8, des one-shots, des collaborations en pagaille, Trondheim est un grand bosseur dont je suis fan (quel talent !) mais, bizarrement n’était pas encore sur le blog ! Plus d’infos sur son site officiel.

Dans cette bande dessinée au petit format paysage (11 x 16 cm), à l’italienne donc, Lapinot et son ami Richard sont confrontés à la végétation qui reprend ses droits et envahit la ville. Une histoire sans bulle et sans texte (muette) d’abord parue sur Instagram en 2018 (un dessin par jour).

L’éditeur nous dit « avec de l’amour et des bagarres, des phénomènes surnaturels et du vomi, de l’émotion et des coups de théâtre », c’est ça et bien plus encore !

En ville, tout est gris, des tas de voitures, des gens partout, des poubelles et des déchets sur les trottoirs, des animaux enfermés (en cage ou derrière des vitres), et tout à coup, au détour d’une rue, une plante, des fleurs, des papillons même ! Et puis, d’autres plantes, le long de gouttières, de barrières, de fenêtres, de poteaux de signalisation… Plus Lapinot avance plus la végétation reprend ses droits, c’est très beau, tout est verdoyant et coloré, mais quand même surprenant et un peu inquiétant, non ? Lapinot s’enfuit, appelle à l’aide mais il n’y a plus personne et, évidemment, plus de réseau ! Il réussit à rentrer chez lui mais l’immeuble est envahi par la végétation, carrément en ruine, et sur son lit il y a même un énorme nid avec trois œufs bleus qu’il récupère car plus rien n’est comestible… Et puis des créatures bizarres apparaissent. Heureusement il arrive à rejoindre son ami Richard. Mais tout cela ne serait-il pas un mauvais trip ?

Je n’ai pas lu Les nouvelles aventures de Lapinot, 1 – Un monde un peu meilleur (qui a un format classique) parce que la bibliothèque ne l’avait pas (je veux dire qu’il était emprunté) mais je le lirai assurément parce que ce tome 2 est une incroyable réussite et je ne peux que vous conseiller sa « lecture ».

Pour La BD de la semaine, Des histoires et des bulles (catégorie 41, une BD au format non standard), Jeunesse young adult #11, Lire en thème 2021 (le thème d’octobre est l’action se passe dans un lieu effrayant, ici une ville envahie par la végétation) et Littérature de l’imaginaire #9.

Gros de Sylvain Levey

Gros de Sylvain Levey.

Éditions Théâtrales, septembre 2020, 80 pages, 9,90 €, ISBN 978-2-84260-842-2.

Genres : théâtre contemporain, autobiographie, monologue.

Sylvain Levey naît en 1973 à Maisons-Lafitte dans les Yvelines. Il est comédien de théâtre et auteur (surtout pour les enfants et les adolescents).

La pièce Gros a été créée en octobre 2020 aux Quinconces – Scène nationale du Mans.

« Deux kilos neuf cent quatre-vingts. Deux mille neuf cent quatre-vingt grammes de vie. Né le deux décembre mille neuf cent soixante-treize à deux heures cinquante-cinq. Clinique Sully. Ville de Maisons-Laffitte. Département des Yvelines. France. Europe. » (p. 7). Voici comment commence le monologue de l’auteur né avec « un petit mois d’avance » (p. 7).

Un petit bébé, de moins de 3 kilos et de seulement « quarante-cinq centimètres. Cinq centimètres en dessous de la normale. Je suis petit. Banal et petit. Une crevette. Super pour commencer une vie. » (p. 9)

Un bébé qui va devenir un enfant gros. Mais pas tout de suite parce qu’en fait il n’aime pas manger, il mange très peu. « Je suis à peine plus costaud qu’un poussin au milieu d’un troupeau d’éléphants. » (p. 16), il a 3 ans et le médecin de famille, le docteur Magloire, dit qu’il est « un dépressif chronique et précoce. » (p. 17).

À l’âge de 7 ans, il commence à manger un peu plus. « Mitterrand fait déjà des miracles. » (p. 18) plaisante son oncle. Et deux ans après, « Je n’ai pas eu la sensation, cet été-là, de manger plus que d’habitude. J’avais bon appétit cela faisait plaisir à voir. J’avais bon appétit cela faisait plaisir à mes parents. J’étais heureux de faire plaisir à mes parents alors je mangeais. Tout ou presque tout. » (p. 19). Mais, ensuite, il n’a fait que grossir ! Il n’a plus été surnommé la crevette ou le moustique mais « le petit gros » (p. 20) ou « le petit bouboule » (p. 21) voire « potiron » (p. 21) ou « culbuto » (p. 22).

Il a bientôt 10 ans et son objectif est de perdre du poids parce qu’en juillet 1989, il mesure 1 m 37 et pèse 48 kilos 71 (c’est précis !) mais… « Je n’ai pas perdu un seul du maudit de sa race de petit gramme » (p. 26), logique ! Il se rend bien compte que son alimentation n’est pas idéale mais que peut manger un enfant d’autre que ce que ses parents lui donnent ? Et à l’époque, la cuisine prolétarienne n’était pas très diététique, viandes, frites, ketchup, mayonnaise, pain, beurre, produits industriels, coca cola… « J’ai vingt ans et une quinzaine de kilos en trop. […] un fardeau, un héritage familial […] des petites jambes et un gros bidon. » (p. 30).

Automne 1996, il a arrêté de grandir (1 m 57), pèse 73 kilos 62 (toujours très précis) et n’arrive pas à maigrir… Jusqu’à ce que sa vie change après avoir vu sur une affiche « ATELIER THÉÂTRE » (p. 33), « sur la porte vitrée d’un magasin de pompes funèbres » (p. 33), ça ne s’invente pas ! Depuis, il n’a pas quitté le monde du théâtre et il est heureux avec son épouse et leurs deux enfants (même s’il a peur qu’un jour son cœur lâche comme celui de son père).

Après le monologue, court mais intime, touchant, sincère, intense, Une poignée de secondes Photos de Philippe Malone (p. 45). Une belle leçon de vie à mettre entre toutes les mains, ados et adultes, et surtout si vous avez des grossophobes autour de vous !

Mon passage préféré. « J’écris pour la jeunesse parce qu’elle soigne mon pessimisme […]. Écrire pour la jeunesse c’est œuvrer pour ses propres enfants, pour l’enfant qu’on a été, qu’on aurait aimé être, pour le vieillard qu’on deviendra. Tout le monde devrait écrire pour la jeunesse mais peu sont capable en réalité de le faire. C’est l’endroit du détour, c’est l’occasion de se perdre pour oser mieux se connaître, c’est offrir une fenêtre ouverte dans un monde à l’agonie. » (p. 60).

Pour le Challenge lecture 2021 (catégorie 25, une pièce de théâtre, 3e billet, mais il rentre aussi dans la catégorie 36, un livre basé sur des faits réels), Jeunesse Young Adult #11 (l’auteur écrit pour la jeunesse), Petit Bac 2021 (catégorie Gros mot pour Gros) et Les textes courts.

La jongleuse de Jessica Knossow

La jongleuse de Jessica Knossow.

Denoël, avril 2021, 128 pages, 14 €, ISBN 978-2-20716-100-5.

Genres : littérature française, premier roman.

Jessica Knossow a 35 ans, elle vit à Paris où elle est médecin et La jongleuse est son premier roman.

Ophélie et Vincent forment un jeune couple heureux. Arrive Emma puis trois ans après Manon. « Deux fleurs aux pétales blonds poussent, grandissent comme du lierre sur un mus fissuré. Elles s’entortillent autour du tuteur maternel, modèle parfait qui a déjà atteint le ciel. » (p. 13).

Mais, alors qu’Emma fête ses 6 ans (et donc que Manon en a 3), Ophélie rêve d’un 3e enfant, pire cette idée devient une obsession. « Ophélie vient de fêter ses 35 ans. Les quelques semaines qui ont précédé son anniversaire ont vu germer l’idée d’un 3e enfant. Idée subtile, amusante, passagère. Idée absurde, déraisonnable, extravagante. Idée essentielle, vitale. Idée obsessionnelle. Elle veut un dernier enfant. Elle aura un dernier enfant. Une ultime renaissance. Remonter le temps, encore une fois, jusqu’à l’an zéro de sa dernière vie. » (p. 14).

Au bout de plusieurs mois infructueux, Jules arrive. « Pour Ophélie, l’amour est immédiat, et tellement fort qu’il lui fait mal. » (p. 15).

Au moment où Ophélie reprend le travail, elle prend la parole dans le roman (chapitre en italique).

« Ophélie Mercier reprend ses fonctions de praticien hospitalier dans l’unité de jour de cancérologie de l’hôpital Saint-Louis. » (p. 21). Mais tout a changé dans l’hôpital, des travaux ont été effectués et elle se perd, le professeur va prendre sa retraite et un nouveau collègue, Alexis, risque de récupérer le poste universitaire qu’elle espérait…

Alors que « Vincent vit une paternalité simple, joyeuse. » (p. 27), Ophélie a besoin de repères, de livres, d’avis de professionnels, de concepts, de théories, son obsession étant d’être une bonne mère et de toujours bien faire.

Après Noël (où on apprend des choses sur l’enfance et les parents d’Ophélie), Ophélie demande à sa mère – à la surprise de Vincent : « Maman ? Tu viens habiter chez nous ? Je ne m’en sors pas toute seule. » (p. 43).

Après un prologue, l’histoire se raconte mensuellement, de novembre à mars de l’année suivante, de façon classique (un narrateur extérieur raconte) puis Ophélie prend chaque fois la parole pour donner son ressenti, exprimer l’amour qu’elle ressent pour ses enfants et expliquer les problèmes qu’elle rencontre. C’est qu’il est bien plus compliqué qu’elle ne le pensait de concilier la vie professionnelle en médecine, l’épouse amante et la mère de trois jeunes enfants. « Si elle n’avance pas sur ses projets de recherche, Alexis obtiendra le poste universitaire, et un jour il sera son chef. » (p. 52). Jongler, elle doit jongler mais combien de temps pourra-t-elle tenir le rythme ?

De plus en plus, Ophélie perd pieds, elle ne dort plus, elle ne gère plus. « Jules pleure, je pleure. Manon a faim, j’ai faim. Emma rit, je ris. Mon empathie, condition de leur survie, est absolue. Impossible de la réguler, je ne m’appartient plus. » (p. 87).

La fin est surprenante et, en même temps, tellement évidente ! Pas un coup de cœur mais ce roman m’a bien plu car ce sujet est peu traité en littérature de fiction.

Pour le Challenge lecture 2021 (catégorie 15, un livre féministe, 4e billet).

Le cahier des livres n° 1 (automne 2021)

Une nouvelle revue littéraire ! Lorsque j’ai lu l’info (en mai sur Livres Hebdo), j’ai immédiatement cherché le site de Le cahier des livres puis j’ai attendu avec impatience la parution du n° 1 (sorti plutôt en septembre qu’en août).

Créé par un trio féminin (Carine Iorenzoni, Lucie Servin et Jennifer Favorel), Le cahier des livres contient 52 pages et coûte 7,50 €.

Après l’édito de Lucie Servin (rédactrice en chef), la promotion du Festival Griboullis à Bordeaux (première édition d’un festival du livre dessiné) et le sommaire, le lecteur entre dans le vif du sujet, la littérature et les auteurs.

Au programme : Lydie Salvayre, Brigitte Fontaine, Magali Le Huche, Charles Baudelaire et Jeanne Duval, Alain Damasio, Leonardo Padura, le métier de relieur… C’est que toutes les littératures sont représentées dans Le cahier des livres : roman, témoignage, bande dessinée, imaginaire, classique, littérature française, littérature étrangère, roman policier, poésie, histoire et même journalisme avec L’affaire Dreyfus version 2.0.

Mes principaux ressentis et envies après la lecture de ce n° 1 :

Source : page FB de Le cahier des livres (19 août 2021)

Un passionnant entretien sur le nouveau roman de Lydie Salvayre, Rêver debout, qui parle de Cervantès et de l’utopie, et je vous avoue que je n’ai jamais lu Lydie Savayre (que je connais tout de même de nom) mais, qu’après la lecture de cet entretien, j’ai très envie de découvrir ses romans !

Dans la sélection littérature, je repère deux romans que j’ai commandés pour la médiathèque : Les enfants de la Volga de Gouzel Iakhina (autrice tatare qui écrit en russe) et Le chat, le général et la corneille de Nino Haratischwili (autrice géorgienne qui écrit en allemand), que je lirai dès que possible.

Enig marcheur de Russell Hoban (1980, traduction en français en 2012) est un roman que j’ai repéré depuis des années mais que je n’ai pas encore eu le temps (le courage) de lire ! Un jour peut-être…

Photo perso (octobre 2019)

Les biblios d’Alain Damasio m’ont rappelé que j’avais beaucoup aimé la rencontre avec cet auteur discret de science-fiction (3 romans en 20 ans, La zone du dehors en 1999, La horde du contrevent en 2004 et Les furtifs en 2019).

J’ai remarqué une erreur : il manque le s à ils dans « qu’il se fient » (p. 9, en bas à gauche).

Cette nouvelle revue littéraire est grand public, tout le monde peut la lire et y trouver son compte.

J’ai aimé le papier (sa texture, sa couleur) et je lirai sûrement le n° 2 (à paraître au prochain trimestre) mais il y a des bonus sur le site, Le cahier des livres, et sur la page FB.

Et vous, avez-vous lu ce Cahier des livres ? Qu’en avez-vous pensé ?

Epsil∞n n° 2 (août 2021)

Epsil∞n n° 2 (août 2021).

Epsil∞n, édité par Unique Héritage Média (UHM), 100 pages, août 2021, 4,90 €.

Après avoir dévoré Epsil∞n n° 1 (juillet 2021), j’avais hâte de lire ce n° 2. il est construit de la même façon, richement illustré et plus de 80 scientifiques y ont été interrogé par les journalistes. Plein d’actus illustrées avant les deux gros articles (l’enquête et le dossier) puis de nombreux articles et photographies concernant presque tous les domaines scientifiques et le cahier Pop’Sciences.

L’enquête « Reforestation : la grande illusion » (p. 20-27) ne me surprend pas parce que j’ai déjà lu un article qui disait que reboiser, c’est bien mais encore faut-il reboiser au bon endroit et avec les bonnes espèces d’arbres. « Un enfer vert pavé de bonnes intentions. » (p. 26).

Le dossier « Trou noir : enfin à l’intérieur » (p. 40-57) explique les études de deux équipes de chercheurs. Trous de ver, autres dimensions, espace-temps, des portes spatio-temporelles… « l’inconnu absolu ! » (p. 46). Un dossier passionnant avec les dernières pages sur le trou noir, « un héros de SF » (p. 52).

Le labyrinthe du plastique ne fait que deux pages (p. 28-29) mais est complet et instructif (de mon côté, j’ai depuis des années beaucoup réduit le plastique, plus de bouteilles d’eau en plastique, le moins d’emballages possibles…). L’estimation mondiale de la population d’oiseaux (p. 38), waow ! La première cellule humaine, bulles de son ou bulles acoustiques, l’ARN, les glaciers de l’Antarctique, etc. L’article le plus surprenant, « Trypillia, la civilisation oubliée » en Ukraine (p. 74-79), une civilisation unique au néolithique ! Quant au cahier Pop’Sciences, il est plein de petits détails scientifiques mais qui ont leur importance.

Vous aimez les sciences ou vous êtes curieux de découvrir les sciences de façon agréable et à petit prix ? Lisez ce deuxième numéro d’Epsil∞n ! De mon côté, j’ai hâte de lire le n° 3 et j’ai même déjà acheté le n° 4.

Je remets la vidéo :

Les oubliés de Prémontré de Jean-Denis Pendanx et Stéphane Piatzszek

Les oubliés de Prémontré de Jean-Denis Pendanx et Stéphane Piatzszek.

Futuropolis, mai 2018, 104 pages, 21 €, ISBN 978-2-75482-273-2.

Genres : bande dessinée française, Histoire.

Jean-Denis Pendanx, le dessinateur, naît le 27 septembre 1966 à Dax. Il étudie les arts appliqués et les arts décoratifs à l’École Estienne à Paris puis à Jolimont à Toulouse. Il vit à Bordeaux où il est auteur et illustrateur (bandes dessinées, livres jeunesse, magazines). Il travaille aussi pour l’animation.

Stéphane Piatzszek, le scénariste, naît le 5 avril 1971 dans le Doubs (cependant l’éditeur dit « en banlieue parisienne »). Il étudie le Droit et l’Histoire à la Sorbonne (Paris). Il vit à Mulhouse (Alsace) où il est journaliste et auteur de bandes dessinées. Plus d’infos sur son blog.

Des mêmes auteurs : Tsunami (2013) et Le maître des crocodiles (2016).

« Août 1914. Asile de Prémontré, près de Soissons. » (p. 3). Soissons est dans l’Aisne (Hauts de France). Les patients ont entre 4 et 95 ans. Comme ils ne sont sensibles qu’à leur propre folie, ils ne sont pas dangereux, enfin sauf si « ils s’éveillent » (p. 4). « Si tu veux bosser ici, il va falloir t’habituer à la mort, mon garçon. » (p. 6). Le jeune Clément est embauché comme gardien mais, comme il sait conduire et que beaucoup d’hommes ont été mobilisés, il est en fait chauffeur de l’ambulance de la Croix-Rouge pour l’asile. Mais qui est vraiment Clément ? Bon, je ne divulgue rien mais le lecteur sait dès la page 9 que Clément n’est pas Clément.

Les Allemands arrivent et tout le monde fuit… Sauf quelques-uns comme Letombe l’économe, Loisel un gardien, Clément et les religieuses qui s’occupent du pavillon des femmes (interdit aux hommes). Le lendemain, l’armée allemande est là mais l’économe n’a rien pour nourrir ni les aliénés ni les Allemands qui s’en vont rapidement « nach Paris ! » (p. 24) mais ils subissent une défaite à Soissons et réquisitionnent tout. « Les réquisitions sont calculées en fonction de la population de chaque commune. Prémontré, 1500 habitants. Les Français sont de grands travailleurs, vous aurez vite fait de compenser ça. » (p. 34). Sauf que « sur les 1500 habitants, 1300 sont des malades mentaux dont la plupart ne peuvent même pas attacher leurs chaussures tout seuls ! » (p. 34).

L’évacuation est refusée, il n’y a plus rien à manger, plus de charbon, il faut trouver une solution… Faire travailler les aliénés qui le peuvent, aux champs, ramassage et coupage du bois, filage de la laine pour les femmes… Et contre toute attente, un régiment d’Allemands arrivent avec parmi eux des médecins et même un aliéniste : la vie des aliénés encore en vie va en être changée !

Je comprends que c’était la guerre et que ça devait être difficile partout mais combien de lieux comme l’asile de Prémontré ont-ils été abandonnés par le gouvernement français durant les 4 ans de guerre ? Les employés qui n’ont pas fui et quelques malades ont été exemplaires et même si ça dérange je veux le dire aussi il en est de même pour certains soldats allemands en particulier ceux du corps médical (dommage qu’on ne sache pas ce qui est arrivé au jeune aliéniste allemand après qu’il ait reçu son ordre de mission pour le front russe). En tout cas, cette bande dessinée est inspirée d’une histoire vraie puisque l’asile de Prémontré, construit en 1121, accueille des malades depuis 900 ans !

Les oubliés de Prémontré est une très belle bande dessinée qui m’a plu tant au niveau des dessins (je les trouve lumineux) que des personnages (réels et fictifs) et que du récit (historique et médical). Les auteurs se sont montrés respectueux envers leurs personnages et cette période de l’histoire et ont bien maîtrisé leur sujet, bravo messieurs. Et pour moi, ce fut une lecture enrichissante et émouvante.

Il me semble avoir vu cette bande dessinée dans La BD de la semaine mais je ne me rappelle plus chez qui… Et je la mets dans les challenges BD, Challenge lecture 2021 (catégorie 36, un livre basé sur des faits réels), Des histoires et des bulles (catégorie 50, une BD qui se déroule pendant une guerre), Petit Bac 2021 (catégorie Lieu pour Prémontré).

Dessiner encore de Coco

Dessiner encore de Coco.

Les Arènes BD, mars 2021, 352 pages, 28 €, ISBN 979-10-375-0283-4.

Genres : bande dessinée française, récit graphique autobiographique.

Coco – de son vrai nom Corinne Rey – naît le 21 août 1982 à Annemasse (Haute-Savoie). Elle étudie les arts plastiques et l’expression plastique à l’École européenne supérieure de l’image de Poitiers. Elle est dessinatrice pour plusieurs journaux dont Charlie Hebdo, Les Inrockuptibles, Libération, entre autres. J’ai envie de lire son adaptation en bande dessinée avec le philosophe Raphaël Enthoven du Banquet de Platon (2019). Dessiner encore est en fait sa première bande dessinée seule aux commandes.

Je vois Coco régulièrement lorsqu’elle est invitée pour dessiner à 28 minutes sur Arte mais je ne l’avais jamais lue. Je cite la 4e de couverture : « L’attentat du 7 janvier 2015 tourne en boucle dans ma tête. Tout fout le camp en moi mais le dessin résiste… » et voici ce qu’en dit l’éditeur sur son site : « Le récit graphique bouleversant d’un voyage intérieur, pudique et authentique. », ce qui résume parfaitement cette grosse bande dessinée (sûrement une des plus épaisses que j’aie lue !) en noir et blanc et parfois en couleurs.

Parfois Coco lutte contre la vague qui la submerge, parfois elle est engloutie. « C’est incontrôlable. Ça vient à tout moment m’avaler et me replonger dans cette poignée de minutes qui a bouleversé ma vie. » (p. 17). La résistance, la combativité, Coco les maîtrise grâce au dessin. « Dessiner pour ne plus penser. Dessiner, dessiner, dessiner… » (p. 21) « Et rire, malgré tout. Ça semble encore possible… » (p. 23).

Flashback. Mai 2015. Coco raconte comment elle a été orientée vers l’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing). Elle n’y croit pas trop mais elle y retourne. « Peut-être par curiosité. Ou par indulgence… » (p. 54). Puis elle essaie la psychologie post-traumatique mais « Cette journée tourne dans ma tête comme un disque rayé. J’en revois chaque instant, chaque détail. » (p. 83). La thérapie, qu’elle quelle soit, est longue et semble inutile…

Des phrases importantes

« Qu’on aime ou qu’on n’aime pas Charlie Hebdo, c’est un journal. La liberté de la presse, c’est une liberté sacrée pour les Français. La liberté de la presse, ça veut dire la liberté d’expression et même la liberté de penser. » (Claude Guéant, ministre de l’intérieur, p. 160).

Après le procès des caricatures danoises, le justice française a confirmé « qu’il n’y avait pas de délit de blasphème en France » (p. 163) et « Charlie n’avait fait que ce qu’il avait toujours fait : analyser l’actualité et en rire. » (p. 162).

« Ils [les terroristes] ont tiré sur de vrais journalistes, des gens qui avaient le courage de leurs opinions et qui usaient de leur droit à la critique sans tabou. C’est le talent qu’ils ont assassiné. » (p. 206).

Si le thème est glaçant (terrorisme, assassinat), la BD est profondément humaine et émouvante. Coco se met à nu, au propre comme au figuré (puisqu’elle se dessine sans rien, simplement le contour de son corps et ses cheveux), et elle continue à vivre (elle montre les moments avec son compagnon, sa fille, son chat, son travail) mais la « guérison » sera longue car « Il y a dans la beauté quelque chose d’insoutenable. » (p. 275).

Cette bande dessinée bouleversante est à mon avis complémentaire du film documentaire C’est dur d’être aimé par des cons de Daniel Leconte que j’ai vu en octobre 2020. Pensées pour les cinq dessinateurs Cabu, Charb, Honoré, Tignous, Wolinski et les sept autres personnes assassinées le 7 janvier 2015. Pensées aussi pour les survivants qui restent avec leur angoisse, leur culpabilité d’être encore en vie…

Pour La BD de la semaine et les challenges BD, Challenge lecture 2021 (catégorie 36, un livre basé sur des faits réels, 2e billet, mais il va aussi dans la catégorie 14, un roman graphique), Des histoires et des bulles (catégorie 34, une BD autobiographique). Plus de BD de la semaine chez Stéphie.

Le peintre hors-la-loi de Frantz Duchazeau

Le peintre hors-la-loi de Frantz Duchazeau.

Casterman, mars 2021, 96 pages, 20 €, ISBN 978-2-20320-277-1..

Genres : bande dessinée française, Histoire.

Frantz Duchazeau, de son vrai nom Frantz Duchazeaubeneix, naît le 11 octobre 1971 à Angoulême. Il vit à Paris où il est dessinateur et scénariste de bandes dessinées et travaille aussi pour des journaux (Capsule Cosmique, Journal de Mickey, Spirou).

Le peintre hors-la-loi de Duchazeau et Drac chez Casterman (1ère planche)

Drac, de son vrai nom Pascale Wallet, naît le 1er mai 1978. Elle est coloriste et illustratrice de bandes dessinées. Fin des années 90, elle participe à la création de l’association (et du fanzine) Nekomix. Plus d’infos sur son site officiel.

Je remercie Lecteurs.com de m’avoir envoyé cette bande dessinée.

La grande Histoire. Paris, 21 janvier 1793, Louis XVI est guillotiné sous les acclamations du peuple. Enfin, pas de tout le peuple, les révolutionnaires tuant et pillant, beaucoup sont mécontents. « Ces révolutionnaires sont des assassins ! Ils affament le peuple ! » (p. 30).

La petite histoire. Contrairement à « Prieur, Desfontaines, Girardet, Fragonard » (p. 12), Lazare Bruandet dessine et peint « pour le plaisir de l’instant » (p. 12) et n’aspire pas à la postérité. Après avoir bien bu, il tue son épouse par accident, s’enfuit et se réfugie dans une abbaye. « Je n’ai pas voulu la tuer. Adieu l’ami. » (p. 19), dit-il à son ami dessinateur Jean Duplessis-Bertaux. Bruandet a un étrange physique, il est hanté par un événement de son enfance, il devient le peintre hors-la-loi. Un jour, il rencontre Hollandine qui lave le linge à la rivière ; son père est aubergiste.

« Ces révolutionnaires sont des assassins, des pilleurs, des violeurs, des incendiaires ! » (p. 31) et les frères de la Cour-Dieu ont été brûlés et pendus… Alors les frères de l’abbaye dans laquelle Bruandet s’est réfugié lui demande de l’aide. « Vous êtes armé. Apprenez-nous à nous servir d’une arme. Nous vous demandons protection. » (p. 40).

Et, après tous ces événements odieux, il est en colère. « Hahahaha ! La populace des faubourgs et tout ce que Paris peut fournir de coupe-jarrets sont venus conquérir le titre de héros. En pillant et dévastant le château des Tuileries… Massacrant la poignée de Suisses qui le défendaient, égorgeant sans pitié… Glup… égorgeant jusque dans les caves et les cuisines les gens de services, les hommes de peine, les marmitons, les laveuses de vaisselle, ils s’étaient réfugiés là, tout tremblants. Tous exécutés !! » (p. 67). Cette révolution fut affreuse, surtout durant la Terreur, et personne n’a pu y échapper… et, au milieu de toute cette violence, l’Art, le beau, la forêt, la Nature.

J’ai eu l’impression que les personnages étaient petits, peut-être pour montrer la grandeur des paysages et de la nature. Parce qu’en plus, le comportement de la majorité des gens est vraiment petit, très petit… Les dessins sont un peu spéciaux, anguleux, je dirais, mais j’ai aimé et je vous conseille vivement cette bande dessinée historique et artistique.

En tout cas, Lazare Bruandet n’est pas un personnage de fiction ! Il est né le 3 juillet 1755 à Paris. Il était peintre et graveur. Grâce à lui, la peinture de paysage a évolué par rapport au cadre institutionnel. Il a étudié avec le peintre de lavis Jean-Philippe Sarrazin puis avec le maître allemand Rœser qui l’inclina vers la tradition du paysage réaliste nordique. Dans la bande dessinée, on le voit vivre isolé de tout, eh bien il a effectivement vécu dans la forêt de Fontainebleau, caché dans les ruines de l’ancien prieuré Notre-Dame de Franchard. La petite histoire rejoint donc la grande Histoire. Il meurt le 26 mars 1804 à Paris.

Une chouette lecture pour La BD de la semaine que je mets aussi dans BD, Des histoires et des bulles (catégorie 15, une BD autour d’un artiste, celui-ci est peintre) et Les textes courts.

Plus de BD de la semaine chez Noukette.

Au loin le ciel du Sud de Joseph Andras

Au loin le ciel du Sud de Joseph Andras.

Actes Sud, collection Domaine français, avril 2021, 112 pages, 9,80 €, ISBN 978-2-330-14905-5

Genres : littérature française, récit.

Joseph Andras – de son vrai nom Romain Mercier – naît en 1984. Il vit au Havre en Normandie. Un premier roman en 2016 : De nos frères blessés (Prix Goncourt du premier roman) que j’avais repéré mais pas lu. Un livre-disque en 2017 : S’il ne restait qu’un chien avec le rappeur slameur D’ de Kabal. Puis un deuxième roman en 2018 : Kanaky – Sur les traces d’Alphonse Dianou, pour lequel il est parti en Nouvelle-Calédonie. Je ne connaissais pas cet auteur mais j’ai très envie de lire Ainsi nous leur faisons la guerre paru également en avril 2021 mais qui, lui, traite de la cause animale.

L’auteur, depuis la rue de Charonne, part sur les traces de Hô Chi Minh avant qu’il ne soit Hô Chi Minh, c’est-à-dire lorsqu’il était à Paris (dès 1917 ou 1918, les sources varient) sous le nom de Nguyên Tât Thanh « tout juste débarqué de Londres, ‘incognito’ dans un garni. » (p. 16) puis sous le nom de Nguyên Ai Quôc (175 noms différents ont été répertoriés !) et qu’il a créé le Groupe des patriotes annamites.

Né à Hoang Trù, un village au nord du Vietnam, le jeune homme a travaillé sur des bateaux pendant des années ce qui lui a permis de voyager (Europe, Afrique, Amérique) avant de s’installer à Londres puis à Paris. Comme il était en situation illégale, il changeait régulièrement de nom et de lieu de résidence donc, cent ans après, il n’est pas facile de retrouver des traces sérieuses mais il ressemblait à « la version vietnamienne de Charlie Chaplin » (p. 27) et il était fortement surveillé par la police.

« Sur une carte de Paris – échelle un vingt millième –, tu as signalé d’une pastille de couleur l’ensemble des lieux dont on a indice ou preuve qu’il les fréquenta. Si la capitale sur lui se tait, mutique sous tes pas, au moins as-tu ceci : curieuse constellation sur le plat du papier. » (p. 36). Avec cet extrait, vous voyez que l’auteur se tutoie lui-même ce qui m’a surprise au début de la lecture mais je m’y suis habituée !

Nguyên Ai Quôc était fasciné par la révolution bolchevique. Juillet 1920. « C’était donc un jour d’été à Petrograd et Lénine parla des colonies. Pillées, massacrées par une poignée d’États et d’affairistes. Il parla de la révolution soviétique qui gagnerait à se propager en Orient, en Asie, aux quatre coins du monde. Il parla des soixante-dix pour cent de l’espèce humaine, tributaires, captifs, face contre terre, que les bolcheviks aspiraient à représenter. Il dit la révolution prolétarienne universelle, il dit ces trois mots et tu imagines la fierté qui dut l’étreindre lorsqu’il les prononça devant les délégués, plus de deux cents de partout venus, de Bulgarie de France d’Inde de Corée du Mexique, pour assister au second congrès de l’Internationale communiste. » (p. 59).

Et un jour Nguyên Ai Quôc disparut des radars de la police française pour réapparaître Hô Chi Minh dans son pays d’origine. Lors de son périple dans Paris, l’auteur note les endroits correspondants au passé (comme les barricades) ou ceux correspondants au présent (comme les attentats de 2015), des lieux parfois oubliés ou méconnus mais ayant vécu l’Histoire. Ce récit a été rédigé de l’hiver 2017 à l’été 2020 soit près de trois ans de travail.

Au loin le ciel du Sud est à la fois un récit historique (empreint de poésie) et un récit politique. Malheureusement on sait dans quels abîmes, le jeune homme chétif et insignifiant (adjectifs empruntés au récit, il y en a d’autres) a plongé le peuple qu’il voulait délivrer (à juste titre) de la colonisation… L’auteur s’efface tellement lui-même devant l’Histoire et le personnage qu’il se tutoie tout du long. Son récit précis, documenté et rythmé est vraiment agréable à lire même si on apprend finalement peu de choses sur le jeune Annamite qui a vécu à Paris comme s’il était pratiquement invisible bien qu’étroitement surveillé. À noter qu’en 2019, Joseph Andras a préfacé Ho Chi Minh. Écrits et combats d’Alain Ruscio paru chez Le temps des cerises.

Je suis toujours surprise lorsque je lis un livre et qu’il ne rentre dans aucun challenge !

Maudit soit l’Éternel ! et Dieu n’a pas que ça à foutre de Thierry Marignac

Maudit soit l’Éternel ! suivi de Dieu n’a pas que ça à foutre de Thierry Marignac.

ActuSF, collection Les 3 souhaits, mai 2008, 80 pages, 6,10 €, ISBN 978-2-917689-01-1.

Genres : littérature française, roman, science-fiction.

Thierry Marignac naît en 1958 en France. Il est auteur depuis 1980, d’abord de nouvelles (polar) et de reportages sur des artistes (ou d’autres personnes) en rupture avant de publier son premier roman, Fasciste, en 1988. Durant les années 80 et 90, il voyage beaucoup, en Angleterre, aux États-Unis, en Russie, en Ukraine. Il est aussi traducteur (anglais et russe).

Maudit soit l’Éternel ! est la première partie (40 pages). – Dans le futur, le monde théocratique est divisé en deux par des murs et est dirigé d’un côté par l’Église MultiCulte et de l’autre côté par le Califat Unifié. Au milieu des deux murs, c’est la Zone où vivent les Contractuels qui réparent les murs. Le narrateur travaille au service traduction d’Inter-Christ de « l’Église du Christ MultiCulte, la plus puissante en Europe » (p. 13). Lorsqu’il avait 14 ans, avec ses copains, Jean-Pierre et Le Roublard, chez les Cyberscouts, le narrateur a fait un pacte de sang. « En se coupant le doigt, on avait tous répété autour du feu de camp : Maudit soit l’Éternel !… » (p. 15). Comme il y a eu un important Concile en 2020, on sait que ça se passe après 2020. Je n’ai pas tout compris mais je peux vous dire que ça picole beaucoup, qu’il y a un exorcisme et que c’est plutôt irrévérencieux.

Dieu n’a pas que ça à foutre est la deuxième partie (40 pages). – Dans la Zone, Jean-Pierre se prend de passion pour le rituel Théurgique et les études d’Exorcisme. Le narrateur est nommé « responsable de son matériel d’Exorciste » (p. 53) et écume la Zone avec son ami en camion. Cependant c’est la guerre entre l’Église du Christ MultiCulte et le Califat Unifié mais « Le Très-Haut n’a pas que ça à foutre : Il gère l’univers entier, ça fait beaucoup de Filiales. Un emploi du temps de Fou Furieux. » (p. 45). Guerre bactériologique, propagande, machinations et trahisons, Inquisition d’un côté et corruption de l’autre… C’est bien beau tout ça mais « La philanthropie a ses limites. » (p. 69) !

Je ne connaissais pas du tout cet auteur. J’ai voulu lire ce petit livre avant qu’il parte au pilon ! C’est son seul roman de science-fiction. L’éditeur dit que c’est « une politique fiction théosophique déjantée, qui revisite avec un humour acide le thème des guerres de religions ». Je ne me suis pas pris la tête, ça se lit rapidement mais bof… C’est une charge contre les religions mais ça ne m’a pas faire rire ou même sourire, je suis passée à côté…

Pour Littérature de l’imaginaire #9, S4F3 #7 et Les textes courts.