Jefferson de Jean-Claude Mourlevat

Jefferson de Jean-Claude Mourlevat.

Gallimard Jeunesse, mars 2018, 272 pages, 13,50 €, ISBN 978-2-07509-025-4.

Genres : littérature française, jeunesse, roman policier et fantastique.

Jean-Claude Mourlevat naît le 22 mars 1952 à Ambert dans le Puy de Dôme (Auvergne). Il étudie l’allemand et enseigne cette langue au collège. Il se lance ensuite dans le théâtre (clown, magie, mise en scène) puis se consacre à l’écriture dès 1997. Il est auteur de littérature jeunesse et a reçu plusieurs prix (Ado-Lisant, Incorruptibles, Sorcières, Utopiales…). Plus d’infos sur son site officiel, http://www.jcmourlevat.com/.

Dans un monde parallèle à celui des humains, les animaux « marchent debout, parlent, peuvent emprunter des livres à la bibliothèque, être amoureux, envoyer des textos et aller chez le coiffeur. » (p. 9). Jefferson Bouchard de la Poterie (le héros de ce roman, un jeune hérisson de 72 cm) fait tout ça et c’est justement chez le coiffeur qu’il se rend de bon matin. Mais, sur la route, il manque se faire écraser par des chauffards (deux humains patibulaires). Quand il arrive au salon Défini-Tif, tout crotté, il découvre monsieur Edgar… mort ! « Il fit ce qu’il n’aurait jamais dû faire : il s’agenouilla près du corps, […], prit les ciseaux dans sa main droite et les arracha de la blessure en s’étonnant de la résistance opposée. » (p. 23). C’est à ce moment-là que la cliente endormie, une vieille chèvre, épouse du juge, se réveille et hurle en accusant Jefferson. « Il était le coupable désigné, évident, indiscutable, et sa fuite l’accusait. » (p. 29). Heureusement Jefferson peut compter sur son ami d’enfance (son meilleur ami), Gilbert, un cochon gourmand et déjanté. « […] j’ai bien réfléchi et mon idée, la voilà : la seule et unique façon de t’innocenter, c’est d’arrêter nous-mêmes l’assassin et de le livrer clé en main aux gendarmes. » (p. 48). Leur enquête les mène au pays des humains, à Villebourg, où ils se rendent grâce à un voyage organisé par les cars Ballardeau.

Ma phrase préférée (à propos de la consommation d’animaux chez les humains) : « C’est comme pour l’esclavage ou la torture, lança Mme Schmitt, on a pensé pendant des siècles que c’était normal… » (p. 183).

Jefferson est un roman jeunesse bien plus profond qu’une simple histoire d’animaux, le lecteur y côtoie l’amitié, la confiance, plusieurs notions comme la présomption d’innocence (ici bafouée à cause des affabulations d’une vieille bique, c’est le cas de le dire !) et des choses importantes comme l’honnêteté, le combat important pour la liberté et la fin des ignominies (l’abattage infâme des animaux d’élevage). Les voyageurs qui accompagnent Jefferson et Gilbert vont former une équipe exceptionnelle ! Le roman est de plus joliment illustré par Antoine Ronzon. Un roman (qui a reçu plusieurs prix en 2019) pour les petits et les grands !

Je le mets dans les challenges Jeunesse Young Adult #9, Littérature de l’imaginaire #8, Petit Bac 2020 (catégorie Prénom : ici Jefferson est un prénom) et Polar et thriller 2019-2020.

La Fleur de Dieu de Jean-Michel Ré

La Fleur de Dieu de Jean-Michel Ré.

Albin Michel Imaginaire, mai 2019, 350 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-226-44236-9.

Genres : littérature française, science-fiction, space opera.

Jean-Michel Ré naît en 1973 à Nice. Il étudie l’agriculture et l’Histoire. Il est professeur de français en Ardèche et gère « un projet de jardin pédagogique agro-forestier autour de la production de plantes aromatiques et médicinales ». La Fleur de Dieu est son premier roman.

An 10996. La Terre Primale existe toujours mais l’humanité a essaimé dans tout l’univers connu. L’Imperium, qui dirige tout, a été fondé en 2750. Les humains sont reconnus par religions gérées par le concile œcuménique (l’Ordo qui décide du dogme commun à toutes les religions) : les chrétiens, les musulmans, les scientistes, les bouddhistes, le peuple d’Israël (par ordre d’apparition dans le roman et je pense par ordre d’importance selon le nombre de membres) pour les « églises majeures » ; les shintôs et les autres croyants « souvent polythéistes et animistes » (p. 42) pour les « églises mineures ». Mais, sous l’impulsion du Seigneur de Latroce, un général de guerre (de l’Empereur Chayin Xe du nom), des humains de toutes confessions fomentent un complot contre l’Empire. Et, cerise sur le gâteau, un groupe anarchiste, Fawdha’ Anarchia, a volé la formule de la Fleur de Dieu (juste avant les Fêtes de la Floraison) et veut, non pas la vendre pour s’enrichir, mais la mettre à disposition de tous ! « Un groupe de terroristes vient de s’emparer de la Formule de la Fleur de Dieu. » (p. 47). Mais, comment tout contrôler et tout savoir alors qu’il y a des « milliards d’êtres humains sur une multitude de mondes à travers l’Empire. » (p. 53) ? L’Empire emploie des Veilleurs, des Inquisiteurs et des clones de combat équipés de bio-armure et de micro-puce… Mais il y a aussi une Diaspora, c’est que « nombre d’humains sont sortis des circuits légaux pour, de leur propre initiative, tenter des expériences de vies alternatives sur des mondes non encore répertoriés. » (p. 78).

Ce roman (qui par certains côtés m’a fait penser à Star Wars avec son Empire galactique qui veut tout gouverner, tout contrôler et à Dune avec son Épice gériatrique produite par les vers de sable de la planète Arrakis) est brillamment construit même si j’ai eu quelques difficultés avec les noms (de personnes, de lieux…) qui sont un brin compliqués ! En fait, en lisant ce roman, le lecteur perd tous ses repères ! L’an 10996, c’est loin, vraiment très loin, et les planètes sur lesquelles vivent les humains sont étranges, avec une végétation pour la plupart inconnue. Et il y a un personnage appelé L’Enfant, est-il jeune ou vieux, on ne sait pas trop mais il a des pouvoirs extraordinaires et il peut consommer la Fleur de Dieu au naturel. C’est un de mes deux personnages préférés (il est intrigant), le deuxième étant Kobayashi, un moine soufi-shintô. « Que l’avenir te soit doux, Laërtio. Je t’amène celui que nous attendions. » (L’Enfant, p. 236). Science-fiction, anticipation lointaine, space opera, aventure, sciences et technologie, politique, sociologie, économie, religions, réflexion philosophique, quelle richesse !

Mais, pour en arriver là, en 10996, les humains ont besoin d’un passé, du moins le lecteur a besoin de comprendre le passé de ces humains du futur pour comprendre leur présent ! Entre chaque chapitre est intercalé un extrait d’une œuvre historique, les plus importants – à mon avis – étant celui pages 91-92 et celui page 189. Voici les deux extraits.

1- « Le XXIe siècle aurait dû être spirituel selon les aspirations de certaines classes sociales de cette époque lointaine. Mais, loin d’une spiritualité cathartique, ce siècle a surtout été d’une religiosité exacerbée qui a plongé certains peuples dans des abîmes d’obscurantisme culturel et social ainsi que dans des théocraties totalitaires fleurissant dans ces périodes troublées. […] En ajoutant à cela les différents renversements de valeurs tant sémantiques que sociologiques ou idéologiques orchestrés par les tenants du néolibéralisme, on aboutit à la redéfinition de l’essence même de l’être humain et de son existence… Ainsi, a pu se construire de toutes pièces, sur la base des expériences passées, un État totalitaire hyperpolicé ou la surveillance de la personne est devenue omniprésente et perpétuelle, enfouie jusqu’au plus profond de notre pensée. Ainsi, également, a-t-on pu inventer, pour les masses, des loisirs et des buts artificialisés à l’extrême, aptes à faire oublier ne serait-ce qu’un instant l’oppression définitive à laquelle est voué l’être humain… Nous avons là toutes les pièces assemblées pour préparer la période sombre de l’Empire universel, période durant laquelle les droits de l’homme ont été bafoués avec un cynisme et une violence jamais observés auparavant dans l’Histoire. In Histoire critique de l’Empire universel, Sandrum Fryuio, A.D. 7974, Éd. Anarchie Vaincra » (p. 91-92).

2- « Les démocraties totalitaires qui virent donc le jour au XXIe siècle ont semé les ferments de l’Empire et de son régime absolutiste, libéral et ultrasécuritaire tel que nous le connaissons aujourd’hui. C’est à cette époque qu’ont été expérimentées ce qui allait devenir les armes de la machine implacable que constituent tous les rouages du pouvoir impérial, à savoir le génie génétique, les technologies de l’information appliquées au contrôle des personnes, la visibilité de tous les moyens de surveillance pour dissuader tout écart, une omniprésence des Veilleurs et autres organismes de contrôle des ondes cérébrales par l’intermédiaire du Rez0… Tout un arsenal qui vise à briser les volontés, broyer les libertés et finalement à détruire toute humanité. In Leçon du chaos, O.I. 9679 » (p. 189).

Vous voyez, on y est presque ! Il n’y a pas encore un unique État totalitaire mondial, un Empire (quoique au niveau commercial…) mais on y sera peut-être bientôt, ou plus tard, peu importe, l’auteur raconte un de nos futurs possibles, et le lecteur est… « rassuré » (d’une certaine façon) car il comprend comment les humains en sont arrivés où ils en sont… Mais, en même temps, le lecteur se dit qu’il faut faire machine arrière maintenant pour ne pas en arriver là car, finalement, tout a commencé au XXIe siècle !

Quant à la plante appelée Fleur de Dieu, c’est énorme : 22500 molécules, toutes cryptées différemment et ayant « plusieurs millions d’applications thérapeutiques possibles » (p. 108) ! Pourrait-elle libérer les humains de l’emprise des religions, du joug de l’Imperium ? Possible… Mais, après plus de 8000 ans de totalitarisme, la technologie est omniprésente (neurocom, vitesse supraluminique, accélérateurs de particules, etc.) et les humains sont démunis, abrutis par des images incessantes et isolés les uns des autres sur tellement de planètes… (près de vingt-mille mondes). « Ne comprenez-vous pas que nous sommes en guerre ? » (p. 156).

La Fleur de Dieu est un roman exigeant mais passionnant et fascinant, un space opera ambitieux et si vous le lisez, vous aurez sûrement, comme moi, hâte de lire la suite puisque c’est le premier tome d’une trilogie. Le tome 2, Les Portes Célestes, était annoncé pour novembre 2019 (tiens, il faut que je vois s’il est paru… oui il est paru !) et le tome 3, Cosmos Incarné, est annoncé pour février 2020 (c’est tout bientôt !).

Le petit point négatif : il y a un glossaire conséquent (p. 283-329) et je n’aime pas quitter ma lecture pour faire des allers-retours en fin de volume… Mais c’est peut-être un détail pour vous ! En tout cas je remercie vivement Albin Michel Imaginaire pour ce roman (photo ici, 3e photo).

Je n’ai pas l’habitude de faire des liens mais en voici quelques-uns : Anne-Laure (Chut… Maman lit !), Anudar, Célindanaé (Au pays des Cave Trolls), Le Chien Critique, Dionysos (Bibliocosme), Lutin (Albédo), Marc Le Chroniqueur (analyse poussée), Yogo (du Maki), Zina (Les Pipelettes en parlent).

Une lecture idéale pour le challenge Littérature de l’imaginaire #8.

Tout ce qui est sur Terre doit périr (La dernière licorne) de Michel Bussi

Tout ce qui est sur Terre doit périr (La dernière licorne) de Michel Bussi.

Presses de la Cité, octobre 2019, 608 pages, 22 €, ISBN 978-2-25819-208-9.

Genres : littérature française, thriller.

Michel Bussi naît le 29 avril 1965 à Louviers (dans l’Eure). Il est professeur de géographie et auteur de romans policiers mais Tout ce qui est sur Terre doit périr est son premier thriller. Ce roman est d’abord paru sous le titre La dernière licorne sous le pseudonyme de Tobby Rolland en mai 2017 (aux Presses de la Cité). Plus d’infos sur l’auteur sur son site officiel, https://www.michel-bussi.fr/, et sur ce roman de même.

Aman est avec sa mère sur le mont Ararat et elle reçoit un collier pour ses 10 ans : « C’est le secret transmis par notre plus vieil aïeul, Aman. […] – Il fut le premier à monter jusqu’ici ? – Non, Aman… Non. Il ne monta pas sur l’Ararat. Il en descendit ! » (p. 18).

Zak Ikabi, à la chapelle Sixtine, au Vatican, prépare son plan. « Derrière ces lambris, tous les secrets du monde. Un en particulier. Le Livre d’Enoch. » (p. 41).

Kyrill Eker et ses mercenaires lourdement armés font un carnage dans la cathédrale Sainte-Etchmiadzine, la plus ancienne église chrétienne, qui se situe dans la banlieue d’Erevan. « Ce ne sera pas long. Les clés du reliquaire. Celui qui contient le fragment de l’arche. » (p. 29).

« Zak fut parcouru d’un frisson. Cette aventure ne faisait que commencer, il en était conscient. La course poursuite était engagés. Il avait appris, quelques jours auparavant, l’effroyable massacre dans la cathédrale arménienne Sainte-Etchmiadzine. Les tueurs étaient à la recherche des fragments de l’arche, des extraits du récit d’Enoch sans doute aussi, des preuves, de toutes les preuves. Ils étaient nombreux, puissants, déterminés. Lui était seul. Contre une armée. » (p. 49). Zak se considère comme un Nephilim, un gardien, un protecteur.

Mais, depuis le XIXe siècle, il y a comme une malédiction sur ceux qui recherchent l’arche de Noé au mont Ararat : « assassinés, disparus, agressés, au mieux dépouillés de leurs biens. Un incroyable cumul de coïncidences. » (p. 90-91). « Désinformation. Disparition. Mort. […] Quelle était la part de superstition ? De réalité ? De hasard ou de complot ourdi au fil des décennies pour protéger un secret immémorial ? » (p. 91).

Mais d’après un rapport (RS2A-2014) du DIRS rédigé par Cécile Serval et Arsène Parella, les glaces de l’Ararat vont fondre… Les glaces de l’Ararat, c’est « Huit cent mille mètres cubes. Et […] si la communauté internationale ne réagit pas, dans quelques décennies, ces mètres cubes de glace n’existeront tout simplement plus. » (p. 107). Poursuivis par les tueurs de Kyrill, mandatés par Cortés (un fou furieux avec son théorème !), les deux scientifiques français vont devoir suivre Zak contre leur gré.

Le roman fait aussi des excursions dans le passé. 4371 avant J.-C., nord de la Mésopotamie. « Les hommes sont plus forts que les animaux. C’est cela l’important, Gana. Nous sommes les dieux ! » (Bilik à sa jeune sœur, p. 195).

Connaissiez-vous la république autonome de Nakhitchevan ? Moi non, mais j’ai vérifié, elle existe vraiment ! Elle se situe dans le Caucase aux frontières arménienne, turque, iranienne, azérie et elle est autonome mais pour des raisons administratives, elle dépend de l’Azerbaïjan. Cette région est peuplée de Kurdes mais pas que, elle est cosmopolite.

Et le Parlement mondial des religions ? Il existe aussi, et même depuis 1893 ! Je n’en avais jamais entendu parler ! Il rassemble des représentants de toutes les religions du monde. En fait, il a été recréé en 1993 et ses représentants luttent aussi pour des questions écologiques comme le climat.

Bref, Tout ce qui est sur Terre doit périr est en tout point un thriller : Michel Bussi, en bon conteur, balade son lecteur de l’Arménie au Vatican, de la Russie (Kaliningrad) à la France, de Hong Kong au Nakhitchevan, de la Turquie au mont Ararat, tout ça en près de 600 pages (en plus de 760 pages si vous avez l’édition poche de Pocket parue en octobre 2019), le tout en restant tranquillement dans son fauteuil ou son canapé. L’auteur, professeur et géographe, explique dans un avant-propos que les situations historiques, géo-politiques et religieuses sont vraies, il a simplement fictionnalisé quelques personnages pour relier tout son récit.

Je ne dirais pas que c’est un thriller ésotérique car il est différent des autres thrillers ésotériques (que j’ai lus), il est plus profond au niveau religion et plus marqué histoire et politique y compris avec le Parlement mondial des religions qui essaie de tirer les ficelles ou avec les peuples qui habitent dans le Caucase (on apprend pas mal de choses sur les Arméniens et les Kurdes et on comprend pourquoi ils ont été – et sont encore – persécutés). C’est que plusieurs secrets sont bien gardés, au Vatican ou ailleurs, et que tous veulent qu’ils le restent ! C’est noir, c’est intrigant, c’est dépaysant aussi, et le lecteur s’instruit en lisant donc c’est plus qu’une lecture loisir vite lue vite oubliée. D’ailleurs, par rapport à l’ancien titre, La dernière licorne, c’est que si sur les cinq continents, il existe une légende du déluge, il existe aussi une légende de la licorne parce que la licorne existe, si si ! Licorne signifie unicorne, eh bien, dans la Préhistoire il y a eu tsintaosaurus, dans l’Antiquité l’ibex et plus proche de nous le rhinocéros, le narval et même des chèvres ! Vous ne me croyez pas ? Lisez ce thriller et faites quelques recherches !

Et voici un extrait du Livre d’Enoch. « Je fus enlevé ainsi jusqu’au ciel, et j’arrivai bientôt à un mur bâti avec des pierres de cristal. Des flammes mobiles en enveloppaient les contours d’un palais grandiose. Ses toits étaient formés d’étoiles filantes et d’éclairs de lumière. » (p. 322). Délire du grand-père de Noé ? Ce texte (devenu apocryphe, mais il existe réellement et il est consultable librement sur Internet) a été rédigé il y a environ 5 000 ans et on a comme l’impression de lire un récit contemporain sur quelqu’un qui expliquerait avoir été enlevé par des extra-terrestres, incroyable !

Trois extraits que je veux garder

« Ils sont les gardiens, je suis le conservateur. » (Parastou Khan, p. 357).

« Notre réussite est plus importante que tout ce que vous pouvez imaginer. Pas seulement pour le Kurdistan… Pour… Pour l’ensemble de l’équilibre du monde ! […] Tel est le véritable objectif des Nephilim, Cécile : protéger un secret qui fait tenir le monde en équilibre. Une clé de voûte. Enlevez cette pierre, tout s’effondre… » (Yalin, p. 439).

« Avant ces cinq siècles de guerre, se lamentait un vieil édenté, le Kurdistan était la plus riche de toutes les régions d’Asie occidentale. Trop riche, même ! Pétrole. Eau. Vallées et vergers. Trop de convoitises pour les voisins ! C’est pour cela qu’on a écartelé le Kurdistan en quatre pays. Avec la complicité de la France et de l’Angleterre, d’ailleurs professeur… Arsène acquiesça – D’un point de vue historique, je suis entièrement d’accord avec vous. » (p. 458).

Un roman trépidant que je mets dans les challenges 1 % Rentrée littéraire 2019 et Contes et légendes 2020 (pour l’arche de Noé et surtout les licornes).

Euh… j’avais oublié le challenge Polar et thriller 2019-2020 !

L’appel des loups, 2 – Le clan des Sangrenuit de Pascal Brissy et Sébastien Pelon

L’appel des loups, 2Le clan des Sangrenuit de Pascal Brissy et Sébastien Pelon.

Auzou, collection Pas à pas, janvier 2019, 64 pages, 5,95 €, ISBN 978-2-73386-274-2.

Genres : littérature française, roman jeunesse.

Pascal Brissy, né en 1969 à Lille, est un auteur jeunesse (Auzou, Hatier, Milan…). Ce premier tome de L’appel des loups est sélectionné pour le prix des Embouquineurs 2019/2020. Plus d’infos sur son site officiel, http://www.pascalbrissy.com/.

Sébastien Pelon, né à Paris et diplômé de l’École supérieure des Arts appliqués Duperré, est illustrateur jeunesse pour plusieurs éditeurs. En 2018, il publie le premier album pour lequel il est auteur et illustrateur, Mes petites roues (Père Castor Flammarion). Plus d’infos sur son site officiel, https://www.sebastienpelon.com/.

Les deux loups, amis, Traqueur et Demi-Queue, accompagnent cinq louveteaux en forêt pour leur initiation. Cendre se joint à eux. « Qui peut me dire pourquoi nous n’allons pas plus loin ? – Là-bas, me répond l’un d’eux en désignant un rang de bouleaux blancs, ce n’est plus chez nous ! – On n’a pas le droit d’y aller ! ajoute un autre, c’est le terrain des Sangrenuit ! » (p. 10-11). C’est que chaque clan de loups a son propre territoire de vie et de chasse. Mais Lune et Ébène, deux louveteaux punis, se sont enfuis !

Comme dans le premier tome, le danger peut provenir des autres animaux (loups, ours…) mais aussi du ciel comme cet immense aigle royal au cri perçant ! En lisant ce roman, les jeunes lecteurs comprennent que toute bêtise, toute incartade peut être danger et mettre en danger tout le groupe !

J’ai bien aimé Vive-Griffe, la fille de Croc-Rouge (oui, le pluriel du tome 1 s’est transformé en singulier ici).

Tome précédent : L’ombre du grizzly. Tome suivant : Le piège de feu.

Une belle lecture pour les challenges Jeunesse Young Adult #9 et Petit Bac 2020 (catégorie Animal pour Loup).

L’appel des loups, 1 – L’ombre du grizzly de Pascal Brissy et Sébastien Pelon

L’appel des loups, 1 – L’ombre du grizzly de Pascal Brissy et Sébastien Pelon.

Auzou, collection Pas à pas, septembre 2018, 64 pages, 5,95 €, ISBN 978-2-73386-245-2.

Genres : littérature française, roman jeunesse.

Pascal Brissy, né en 1969 à Lille, est un auteur jeunesse (Auzou, Hatier, Milan…). Ce premier tome de L’appel des loups est sélectionné pour le prix des Embouquineurs 2019/2020. Plus d’infos sur son site officiel, http://www.pascalbrissy.com/.

Sébastien Pelon, né à Paris et diplômé de l’École supérieure des Arts appliqués Duperré, est illustrateur jeunesse pour plusieurs éditeurs. En 2018, il publie le premier album pour lequel il est auteur et illustrateur, Mes petites roues (Père Castor Flammarion). Plus d’infos sur son site officiel, https://www.sebastienpelon.com/.

Une nuit, dans le clan des Hurlevents. Grisepatte, le chef, annonce que Demi-Queue a disparu pendant la chasse. Cendre, sa sœur jumelle, et Traqueur, son meilleur ami (et le narrateur), partent à sa recherche mais ils vont devoir aller plus loin que le territoire de la meute, ce qui est interdit. « Les ours et les loups ne sont pas les meilleurs amis de la forêt. » (p. 15). Mais le danger ne vient pas que des ours : le territoire est celui des loups Sangrenuit, la meute de Crocs-Rouges, et celui de Fantôme, un grand loup blanc, solitaire et cruel.

Pour les animaux, le danger est partout : les écureuils et les lapins sont des proies pour les loups mais il est dangereux de se confronter aux autres loups et aux ours… Cependant tous les membres de la meute sont importants et l’amitié est plus forte que tout !

Tomes suivants : Le clan des Sangrenuit et Le piège de feu (l’auteur dit que le tome 4 est en préparation).

Une chouette lecture pour les challenges Jeunesse Young Adult #9 et Petit Bac 2020 (catégorie Animal pour Grizzly).

Dans la tête de Sherlock Holmes, 1 – L’affaire du ticket scandaleux de Cyril Lieron et Benoit Dahan

Dans la tête de Sherlock Holmes, 1 – L’affaire du ticket scandaleux de Cyril Lieron et Benoit Dahan.

Ankama, mai 2019 (réédition août 2019), 48 pages, 14,90 €, ISBN 979-10-335-0972-1.

Genres : bande dessinée française, policier.

Cyril Lieron, après avoir étudié les arts graphiques, devient coloriste. L’affaire du ticket scandaleux est sa première bande dessinée en tant que scénariste.

Benoit Dahan naît le 31 mai 1975 à Paris et il étudie les arts graphiques. Il est dessinateur et co-scénariste de L’affaire du ticket scandaleux. Il est aussi illustrateur (presse, jeunesse) et designer graphique. Du même auteur : Simon Radius psycho-investigateur (2017) avec Erwan Courbier. Plus d’infos sur http://www.benoitdahan.com/.

Novembre 1890 à Londres. Pendant que Sherlock Holmes, s’ennuyant à mourir, vit un trip sous cocaïne, le docteur Herbert Fowler est arrêté par la police : il court en pleine nuit dans l’East End, en chemise de nuit tachée et déchirée, et ne se rappelle pas de sa soirée. Au matin, un agent le conduit chez Holmes car il dit être un confrère du docteur Watson. Tous les indices que Sherlock repère, c’est du pain béni pour son cerveau en effervescence ! Or, le docteur Fowler avait reçu un billet pour un spectacle au théâtre. « Ah ? Euh… Ce ticket… Je me souviens l’avoir reçu comme cadeau de la part de l’administrateur du St Bartholomew’s Hospital, où j’exerce trois jours par semaine. » (page non numérotée).

Le dessin est superbe et les cases sont majoritairement construites en s’inspirant du cerveau de Sherlock Holmes : astucieux pour que le lecteur se sente réellement « dans la tête de Sherlock Holmes » ! Donc, le lecteur suit le fil rouge (de la pensée de Holmes) et ne se perd pas en route ! Le langage est soigné, digne de Sir Arthur Conan Doyle. « Je vous félicite Watson ! Vos observations, bien qu’en dépit du bon sens, m’inspirent !… » (page non numérotée). Il y a même des petits « jeux » pour éveiller l’esprit du lecteur au long de la lecture (comme un portrait ou un endroit en transparence) et, à l’instigation de Holmes, le lecteur pratique la déduction, la chimie (pour découvrir une drogue suggestive) et effectue une belle promenade dans Londres. Bref, L’affaire du ticket scandaleux est un très bel hommage à l’œuvre de Conan Doyle et à son personnage, Sherlock Holmes. Par contre l’affaire n’est pas résolue : il faudra attendre le tome 2 et j’espère qu’il arrivera vite !!!

Cette bande dessinée fascinante est dans la sélection du Festival d’Angoulême 2020 (sélection Fauve Polar SNCF 2020).

Et, de mon côté, je la mets dans La BD de la semaine et dans les challenges BD 2019-2020 et Polar et thriller 2019-2020. Je peux aussi la mettre dans Cette année, je (re)lis des classiques puisque les adaptations sont acceptées y compris en bande dessinée.

Plus de BD de la semaine (coups de cœur 2019) chez Noukette.

Le château des animaux, 1 – Miss Bengalore de Delep et Dorison

Le château des animaux, 1 – Miss Bengalore de Delep et Dorison.

Casterman, septembre 2019, 72 pages, 15,95 €, ISBN 978-2-20314-888-8. Il existe une édition de luxe, 80 pages, 39 €, ISBN 978-2-20319-889-0 [lien éditeur].

Genres : bande dessinée française, fantastique.

Xavier Dorison naît le 8 octobre 1972 à Paris. Diplômé d’une école de commerce, il est scénariste (bandes dessinées, cinéma) et enseigne le scénario à l’école Émile Cohl à Lyon.

Félix Delep naît en 1993. Il est diplômé de l’école Émile Cohl et Miss Bengalore est sa première œuvre : magistrale ! Il est dessinateur et coloriste.

Jessica Bodard est coloriste ; elle a fait un travail phénoménal sur cet album.

France, XXe siècle, entre les deux guerres. Dans un château transformé en ferme, les humains ont disparu. Les animaux, enfin libres, se sont réjouis. Mais… La République des Animaux est en fait devenue une dictature sous les ordres du Président Silvio, un immense taureau, et de ses sbires, les chiens de la milice et le coq poteau de justice. Ainsi, la poule Adélaïde, qui a voulu conserver un de ses œufs au lieu de le transmettre, selon la loi, au Grenier central, est condamnée… « Mais… C’était le mien… » (p. 8) dit-elle avant de mourir sous les crocs des chiens… Une chatte, Miss Bengalore, veut se souvenir de ce jour « Comme du dernier jour où nous n’avons rien fait. » (p. 9). Mais Miss B élève seule ses deux chatons depuis que son mari est mort sur un échafaudage, et pire : elle a dû prendre sa place pour un travail qu’il lui est vraiment difficile… Mais l’oie Marguerite, la nounou de ses chatons, se rebelle : « Pourquoi on crèverait de faim quand vous, votre président et toute sa clique, vous vous gavez en permanence !!! » (p. 20) et c’est le carnage… Puis le président Silvio se montre dans toute sa splendeur : « Vous voyez bien par vous-mêmes, la Nature a choisi elle-même qui devait vous défendre ! Elle a rendu les chiens et les taureaux plus forts que les autres pour une seule raison : diriger. » (p. 31). Un soir, un rat saltimbanque, Azélar-Vieux-Gris, arrive à la ferme et raconte une histoire : l’histoire d’un petit homme qui ressemble à Gandhi. « Le roi est un tyran, il doit partir. » (p. 41). Le vieux rat préconise la vérité à la place de l’injustice et de son acceptation !

Dès que j’ai vu la vidéo (ci-dessous), j’ai su que Le château des animaux s’inspirait de La ferme des animaux de George Orwell (ce qui est revendiqué par l’auteur et l’éditeur). Et c’est une grande réussite que ce premier tome, les dessins sont superbes, les animaux très réussis, même les méchants, l’histoire est dense, elle fait réfléchir ; j’ai hâte de lire les trois tomes suivants : Les marguerites de l’hiver, La nuit des justes, Le sang du roi et j’espère qu’ils ne mettront pas trop longtemps à paraître.

Cette bande dessinée exceptionnelle, dans la sélection du Festival d’Angoulême 2020, est parfaite pour La BD de la semaine et le challenge BD 2019-2020, ainsi que pour le challenge Littérature de l’imaginaire #7.