Madame Diogène d’Aurélien Delsaux

Madame Diogène d’Aurélien Delsaux.

Albin Michel, août 2014, 138 pages, 13,50 €, ISBN 978-2-226-25827-4.

Genres : littérature française, premier roman.

Aurélien Delsaux naît en 1981 à Lyon et grandit en Isère. Il est auteur (roman, poésie, jeunesse), comédien et metteur en scène (théâtre) et peintre. Du même auteur : Sangliers (2017), Le grand ménage de madame Cavacava (2018) et Pour Lucky (2020). Plus d’infos sur son site officiel et sur le site de la compagnie L’arbre.

Madame Diogène est une vieille femme qui ne sort plus de son appartement au 6e étage d’un immeuble. Appartement qu’elle a transformé avec tout ce qui lui tombait sous la main… « Elle a établi son terrier au centre de l’ancien séjour, à quoi plusieurs galeries mènent. Il est creusé dans la glaise des choses, et fait comme un petit hémicycle, une frêle arche de couvertures, de tissus, de vieux vêtements (ses manteaux, robes, jupes, chemisiers, culottes, bas), de boîtes à chaussures, de cartons, de cagettes, de sacs en plastique bourrés de papiers et d’emballages. » (page 13). Par un coin de fenêtre, elle observe les éboueurs pendant qu’un voisin, le Gros, tape à sa porte en la menaçant. C’est que la puanteur a atteint les appartements voisins… Les seules – très rares – visites sont celles de l’Assistante qui vient voir si elle va bien et de sa nièce qui veut la placer aux Trois-Roses. Elles n’entrent que dans le couloir de l’entrée qui est resté normal et propre. « Elle n’attend plus personne. Elle n’attend plus rien maintenant. » (page 43). L’appartement est envahi d’insectes, de vers, de souris… et des fantômes de sa vie. La vieille cherche son chat. « Elle l’a encore vu hier, elle en est sûre. » (page 64). Et par la fenêtre, elle observe encore, les grèves et les manifestations. « […] ils s’agitent encore, marchent, courent, se bousculent, se piétinent. » (page 129).

Aurélien Delsaux réussit, pour son premier roman, un coup de maître ! Très bien écrit, très bien dosé, Madame Diogène est un court roman, intense, dérangeant et parfaitement maîtrisé qui enferme le lecteur dans la solitude et la folie, avec un humour discret mais bien présent. Un prix littéraire amplement mérité : la Plume d’Or du Chapiteau du Livre 2015 (Hérault), et finaliste du Prix du premier roman et du Prix de la Fondation Prince Pierre de Monaco.

Pour le Challenge lecture 2021 (catégorie 46, jeu de mots, madame Diogène s’appelle comme ça parce que Diogène vivait dans un tonneau et elle vit enfermée dans son appartement) et Petit Bac 2021 (catégorie Être humain pour madame).

La Mémoire de riz et Journal de David d’Ashby de Jean-Marie Blas de Roblès

La Mémoire de riz et Journal de David d’Ashby de Jean-Marie Blas de Roblès.

In La Mémoire de riz, Zulma, octobre 2011, 336 pages, 18,80 €, ISBN 978-2-84304-568-4. Parution en poche : J’ai lu, août 2014, 288 pages, 7,60 €, ISBN 978-2-29005-658-5.

Genres : littérature française, nouvelles.

Jean-Marie Blas de Roblès naît en 1954 à Sidi Bel Abbès (alors département d’Algérie française) mais sa famille s’installe dans le Var. Il étudie la philosophie (Sorbonne) et l’histoire (Collège de France) et part enseigner au Brésil puis en Chine. Là où les tigres sont chez eux (2008, Prix Médicis, Prix du jury Jean-Giono et Prix du roman Fnac) n’est pas son premier roman puisque sont d’abord parus L’impudeur des choses (1987) et Rituel des dunes (1989). Il est auteur de romans, nouvelles, poésie, essais et traducteur. Plus d’infos sur son site officiel.

La Mémoire de riz (5 pages). Le narrateur a pu « consulter certains papiers personnels du regretté Landolfo Grimaldi qui fut durant vingt ans (1884-1904) l’irréprochable conservateur de la bibliothèque royale de Turin. » (p. 69). À la fin du XIIIe siècle, Édouard 1er roi d’Angleterre envoie David d’Ashby en Chine. Mais en plus de ses récits de voyage (similaires finalement à ceux de Marco Polo ou d’autres voyageurs), il y a un journal intime. « Délivrée des nécessités de forme et d’effacement que demandait la rédaction de ses souvenirs de voyage, la personnalité de David d’Ashby s’y dévoile ici tout entière. » (p. 71).

Journal de David d’Ashby (15 pages). « Florence, le 17 février de l’an 1320. » (p. 72). David d’Ashby a 35 ans et il est rentré de son voyage depuis plusieurs mois. Il raconter comment son professeur de chinois et ami, maître Shang, lui a légué « la Mémoire de riz » (p. 74). Il se repose à Florence où il rencontre dame Beppa et sa fille Giovanna, et il découvre que les cinq mille grains de riz dans le sac ne sont pas de simples grains de riz. « […] une absolue certitude s’emparait de moi, un sentiment de liberté, de puissance, un éblouissement de l’être qui mettait toute chose, y compris le divin, à sa juste place dans le théâtre du Cosmos. » (p. 81-82). Que va faire David d’Ashby de toute cette sagesse ?

Très envie de relire cet auteur car les deux nouvelles sont excellentes, très bien écrites, ciselées, mots soigneusement choisis, côté mystérieux, envoûtant, presque poétique, j’ai vraiment eu l’impression d’y être et j’ai savouré mon plaisir de lecture. Ce recueil a reçu le Prix de la nouvelle de l’Académie française.

Pour le Mois des nouvelles et le Projet Ombre 2021.

Helstrid de Christian Léourier

Helstrid de Christian Léourier.

Le Bélial, collection Une heure lumière, février 2019, 130 pages, 8,90 €, ISBN 978-2-84344-944-4.

Genres : littérature française, science-fiction.

Christian Léourier naît le 11 décembre 1948 à Paris. Il est auteur (romans, nouvelles, contes, poésie) principalement de science-fiction, fantasy et littérature jeunesse.

Vic fait partie des volontaires, attirés par l’appât du gain, 25 humains qui travaillent à la base principale de Nàma sur Helstrid. « […] cinq années d’activité sur la base, temps terrestre, permettait d’engranger plus qu’il aurait touché dans une vie sur la Terre […]. » (p. 9). Mais Helstrid est une planète inhospitalière et donc inapte au peuplement humain. En fait l’exploitation de la planète (un minerai rare) se fait par des machines et Vic se demande à quoi servent les humains embauchés par la Compagnie. Il pense beaucoup à son ancienne compagne, Maï, qui l’a abandonné. Lorsqu’il est envoyé à la centrale noétique N/2, Vic n’a qu’à « donner le branle en activant le pilotage automatique [pour] se laisser mener jusqu’à destination. » (p. 10-11).

Mais sur cette planète où la température descend à –160° (p. 77) et où les vents atteignent 200 km/h, le trajet ne se passe pas comme prévu… « Que se passe-t-il ? – Je l’ignore. La centrale ne dispose d’aucune donnée. Jamais un tel phénomène n’a été observé sur Helstrid. Ni ailleurs. » (p. 40). Non seulement Vic n’est plus en contact avec les bases, et ceci même après la dissipation des perturbations magnétiques, mais en plus les trois camions IA (Anne-Marie, le sien, Béatrice et Claudine avec leurs chargements) ont été séparés et Anne-Marie a dérivé du trajet protocolaire suite à un séisme durant la nuit. Jusqu’à une situation critique… « Il n’a pas peur, il est juste furieux. Crever ainsi, ce serait tellement absurde ! Il lui reste tant de choses à faire ! Il ne sait pas lesquelles et il s’en fout. Il refuse de s’arrêter là. Il veut juste continuer à vivre. » (p. 92).

Helstrid remporte le prix Utopiales 2019, le Grand prix de l’Imaginaire 2020 (nouvelle francophone) et le prix Rosny aîné 2020. C’est sûrement mérité mais c’est la première fois que je lis Christian Léourier et ça m’a plu, sans plus. La tension est palpable et de plus en plus intense dans ce huis-clos « sur route ». Ma question est que faisait Vic dans cette galère ? C’est qu’il lui en arrive un peu beaucoup des problèmes ! Avez-vous un autre titre de Christian Léourier à me proposer ?

Dans le monde anglophone, il existe le terme ‘novella’ mais en France c’est plutôt le terme ‘roman court’ qui est utilisé. Avec ses 130 pages, Helstrid est une novella et entre dans le Projet Ombre 2021. Et entre aussi dans le Challenge lecture 2021 (catégorie 23, huis-clos) et Littérature de l’imaginaire #9.

La princesse au visage de nuit de David Bry

La princesse au visage de nuit de David Bry.

L’homme sans nom, collection Fantastic, octobre 2020, 280 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-918541-72-1.

Genres : littérature française, roman policier, fantastique.

David Bry naît en région parisienne mais vit dans plusieurs régions de France. Sa passion depuis l’enfance : la lecture. Il écrit sa première nouvelle à 9 ans et son premier roman à 12 ans. Son domaine de prédilection : l’imaginaire avec excursion dans le policier. Invité aux Imaginales 2019, il est leur coup de cœur et vous pouvez consulter sa bibliographie (chez plusieurs éditeurs). Du même auteur chez L’homme sans nom : Que passe l’hiver (2017).

Il y a vingt ans, Hugo Pelletier a quitté son village natal. Il y revient pour l’enterrement de ses parents morts dans un accident de la route. Il y retrouve le père Legrand, Anne Pirier qu’il a connue enfant et qui est maintenant gendarme et la mère de la jeune femme devenue alcoolique. « Puissiez-vous brûler, en enfer, murmura-t-il. » (p. 15) alors que le curé dit « Que Dieu vous pardonne, s’il le peut. » (p. 15).

Qu’ont bien pu faire les parents de Hugo ? La vieille Lisenne dit que « la princesse au visage de nuit […] s’est réveillée. » (p. 16). Et cette vieille légende semble mettre en émoi tout le village de Saint-Cyr alors que Sophie Pirier et Pierre Sitret ont disparu il y a vingt ans. « Lisenne. La sorcière. Celle qui connaît les histoires et les légendes. » (p. 122). En tout cas, les freins de la voiture du couple Pelletier ont été sabotés et les empruntes retrouvées sont celles de leur fils, Hugo ! Comment est-ce possible ? Suspecté, le jeune homme n’a pas le droit de retourner à Paris alors qu’un de ses amis proches a fait une tentative de suicide.

Anne croit Hugo innocent et elle continue toujours d’enquêter sur la disparition de sa sœur aîné, Sophie. « Tu crois que la mort de mes parents pourrait être liée à ce qu’il s’est passé il y a vingt ans ? » (p. 66). L’enquête – qui ne dure que dix jours avant le solstice d’été – va être douloureuse et faire remonter à la surface des choses bien désagréables… et bien extraordinaires ! « Ils croient que les légendes sont des contes pour enfants, l’interrompt-elle, qu’il n’y a rien de vrai dans ces histoires. Les imbéciles ! » (p. 233).

Je veux d’abord parler de l’édition qui est très soignée, ce n’est pas que le roman soit illustré mais presque : il y a des branches à chaque nouvelle partie et à chaque nouveau chapitre, c’est vraiment joli, et le lecteur a l’impression d’être, comme le village, entouré de forêt (qui est parfois terrifiante). Ensuite, au sujet du roman, j’ai aimé cette fusion des genres, policier et fantastique, il y a une ambiance un peu malsaine, une certaine noirceur, une sacrée brochette de personnages (euh… un peu biscornus) et c’est une belle réussite. C’est la première fois que je lisais David Bry et sûrement pas la dernière ! Et vous, avez-vous déjà lu cet auteur qui sait très bien lier le passé et le présent, la légende et le réel ? La princesse au visage de nuit est rythmé, dense et tragique, un véritable page turner. Hugo va apprendre qu’il est possible de survivre aux traumatismes de l’enfance.

Pour le Challenge lecture 2021 (catégorie 8, lu en un week-end), Contes et légendes #3, Littérature de l’imaginaire #9, Polar et thriller 2020-2021.

Général Leonardo 2 d’Erik Svane et Dan Greenberg

Général Leonardo 2Croisade vers la Terre Sainte d’Erik Svane et Dan Greenberg.

Paquet, septembre 2007, 48 pages, 14,99 €, 978-2-88890-228-7.

Genres : bande dessinée danoise, Histoire.

Erik Svane naît au Danemark (il a la double nationalité, danoise et américaine). Il a vécu dans plusieurs pays en Europe et sur le continent américain. Il est journaliste (magazines BD européens et américains) et auteur : 2 tomes de Général Leonardo et La bannière étalée (essai, 2005).

Dan Greenberg naît en France. Il étudie le cinéma section animation. Il est dessinateur.

Fred Vigneau et Vanessa Jesné de Makma sont les coloristes.

En exergue : « La guerre est la plus grande folie de l’homme, et pourtant son passe-temps favori semble être torturer, violer, et tuer. Leonardo Da Vinci. » (p. 2).

Au bout de maintes expériences, le prototype de Leonardo vole enfin et Leonardo est devenu ami avec le jeune Salaï. Un Hospitalier, « un chevalier de l’ordre de l’hôpital de Saint-Jean de Jérusalem » (p. 6), veut des machines volantes pour libérer Rhodes assiégée par les mahométans.

Mais l’Inquisition commence « pour débusquer les parjures et les hérétiques » (p. 7). En attendant à Rhodes, la bataille fait rage, dans les airs avec les « aigles » de Leonardo mais aussi sur mer et sur terre.

Quelle sera la prochaine étape, Jérusalem, Constantinople, les Balkans ? « Combattre et perdre ; chacun sait le faire ; mais combattre et gagner est une science qui n’est pas donnée à tous. » (p. 28). De son côté, Leonardo aimerait la paix.

Un très bon tome 2 qui donne à réfléchir sur la paix, la neutralité et la guerre, peut-être un peu moins amusant que le premier tome. Mais, mais, il y a un tome 3 !!!

Je remercie Lydia.

Pour La BD de la semaine, les challenges BD, Jeunesse Young Adult #10 et Petit Bac 2021 (catégorie Prénom pour Leonardo). Et je rajoute le Challenge lecture 2021 puisqu’on peut lire autre chose que des romans (catégorie 36 pour le livre basé sur des faits réels). Plus de BD de la semaine chez Noukette.

L’indiscrète de Marie Sizun

L’indiscrète de Marie Sizun.

In Ne quittez pas !, Arléa, collection 1er mille, janvier 2020, 248 pages, 20 €, ISBN 978-2-36308-213-8.

Genres : littérature française, nouvelle.

Marie Sizun naît en 1940, elle grandit et étudie les Lettres classiques à Paris. Elle est professeur de littérature (France, Allemagne, Belgique). De retour en France, elle publie son premier roman, Le père de la petite (Arléa, 2005) puis La femme de l’Allemand (Arléa, 2007) et une dizaine d’autres titres et reçoit plusieurs prix littéraires.

Une femme dans le métro pour la gare de Lyon observe les autres passagers. Elle avoue qu’elle est indiscrète et entend la conversation téléphonique de la femme assise en face d’elle. Eh bien, on en apprend de bonnes dans les transports en commun !

Une nouvelle courte (8 pages), surprenante, incisive, qui représente sûrement parfaitement bien les nouvelles (une quarantaine dit la 4e de couverture) de ce recueil composé de nouvelles inspirées de conversations téléphoniques entendues de façon indiscrète. Je n’avais jamais lu Marie Sizun et j’ai très envie de relire cette autrice.

Vous pouvez lire L’indiscrète librement sur Calaméo. Lue pour le Mois des nouvelles et le Projet Ombre 2021.

Cannibale de Didier Daeninckx

Cannibale de Didier Daeninckx.

Verdier, collection Jaune, septembre 1998, 96 pages, 8,10 €, ISBN 978-2-86432-297-9.

Genres : littérature française, roman historique.

Didier Daeninckx naît le 27 avril 1949 à Saint-Denis. Il est écrivain (romans, romans policiers, nouvelles, essais) et scénariste. Engagé à gauche, il décrit le social et la réalité historiques pour que les erreurs du passé ne soient pas répétées.

En exergue : « De quel droit mettez-vous des oiseaux en cage ? De quel droit ôtez-vous ces chanteurs aux bocages ? Aux sources, à l’aurore, à la nuée, aux vents ? De quel droit volez-vous la vie à ces vivants ? (p. 7). Tout à fait d’accord avec Victor Hugo, un auteur que j’aime beaucoup et, comme lui, je ne supporte pas les animaux en cage !

Nouvelle-Calédonie, entre Poindimié et Tendo, des pins colonnaires, des banians, des cocotiers, « la terre rouge, le vert sombre du feuillage » (p. 9), « la barrière de corail, et au large le sable trop blanc […] autour des îlots » (p. 10). Caroz (le Blanc) et Gocéné (le Kanak), tous deux 75 ans, sont arrêtés par un barrage de rebelles de la Kanaky. Caroz doit repartir et laisser son ami continuer seul mais Gocéné va rester et raconter à ces jeunes Kanaks rebelles son histoire. En janvier 1931, il était jeune et a été emmené avec une centaine d’autres jeunes, garçons et filles ; il a été embarqué sur un bateau et débarqué à Marseille trois mois plus tard. « Je ne connaissais que la brousse de la Grande-Terre, et d’un coup je traversais l’une des plus vastes villes de France… Les lumières, les voitures, les tramways, les boutiques, les fontaines, les affiches, les halls des cinémas, des théâtres… […] le bruit, les fumées, les râles de vapeur et les sifflements des locomotives […] un peu de neige » (p. 16-17). Mais, à Paris, le groupe est pris en charge par les responsables de l’Exposition universelle et les jeunes sont enfermés « dans un village kanak reconstitué au milieu du zoo de Vincennes, entre la fosse aux lions et le marigot des crocodiles » (p. 17). Pire, ils sont dressés comme des animaux sauvages… Les jeunes qui écoutent Gocéné rigolent : « Ce n’est pas une histoire vraie, grand-père… » (p. 23). Et pourtant, si !

Gaston Doumergue, président de la République française, inaugure l’Exposition coloniale le 2 mai 1931. Entre les lions et les crocodiles (fraîchement arrivés d’Allemagne car les crocodiles du zoo parisien sont morts subitement), il y a effectivement ce village kanak et on fait croire à la population que ces humains sont des sauvages et qu’ils sont cannibales. Honte aux politiques et scientifiques de cette époque ! J’ai particulièrement aimé le discours de la jeune activiste : « Vous tous qui dites « hommes de couleur », seriez-vous donc des hommes sans couleur ? […] Il n’est pas de semaine où l’on ne tue pas, aux Colonies ! Cette foire, ce Luna-Park exotique, a été organisée pour étouffer l’écho des fusillades lointaines… Ici on rit, on s’amuse, on chante La Cabane bambou… Au Maroc, au Liban, en Afrique Centrale, on assassine. En bleu, en blanc, en rouge… » (p. 79).

Didier Daeninckx prête sa plume au vieux Gocéné pour raconter, à travers son parcours (quelque peu rocambolesque pour retrouver sa bien-aimée, Minoé), l’histoire de la Nouvelle-Calédonie, de la Kanakie et de sa population afin que les lecteurs prennent conscience de ce qu’ont vécu les Kanaks, comprennent leurs revendications (près de soixante-dix ans après l’Exposition coloniale au moment où le livre est écrit), leur volonté d’indépendance et réagissent contre l’esclavage, la discrimination et le racisme. En effet, les Kanaks sont tout à fait civilisés, propres, respectueux, enjoués, pas du tout sauvages et encore moins cannibales mais les dirigeants du zoo les obligent à pousser des gémissements, des cris, à vivre nus, et ne leur donnent rien à manger… Pourtant, un Français, un Blanc, François Caroz, va prendre la défense de Gocéné (les deux hommes deviendront amis, à la vie à la mort), et, à Paris, un autre Français, un Noir du Sénégal, Fofana, va aider les hommes en fuite, sans poser de questions, par charité et amour du prochain, simplement.

Cannibale est un livre primordial qui apporte et qui importe. Je lirai sûrement la suite, Le retour d’Ataï (Verdier, 2002), qui explique les revendications du peuple kanak.

Je mets cette lecture dans le Challenge lecture 2021 dans la catégorie 56 parce que vu le nombre de pages, il se lit en un jour (ce que j’ai fait).

Musher de Marcus Malte

Musher de Marcus Malte.

In Intérieur nord, Zulma, octobre 2008, 144 pages, 15,30 €, ISBN 978-2-84304-458-8. Nouvelle lue dans l’édition poche, Zulma, février 2020, 144 pages, 8,95 €, ISBN 978-2-84304-934-7.

Genres : littérature française, nouvelle.

Marcus Malte naît (Marc Martiniani) le 30 décembre 1967 à La Seyne sur Mer dans le Var. Il étudie le cinéma et joue du jazz (piano). Il est auteur depuis 1996 (romans en particulier romans policiers, nouvelles, littérature jeunesse). Plus d’infos sur son site officiel.

Auteur repéré depuis longtemps mais encore jamais lu, j’ai profité de l’occasion pour lire cette nouvelle en libre accès grâce à Zulma.

Ah oui, je réagis en lisant le début avec la neige et les chiens que musher, c’est l’humain qui dirige le traîneau (j’ai appris ça en lisant Sauvage de Jamey Bradbury, comme quoi on apprend des choses même dans un livre qu’on n’a pas apprécié).

Mais revenons à la nouvelle (43 pages). Mars. Jacques n’arrive pas à s’occuper des chiens, ni de lui d’ailleurs, il pense à autre chose. « C’est idiot. Elle ne reviendra pas. Jamais. Je le sais. Elle me l’a dit. Elle n’est pas du genre à parler en l’air. Faut bien que je me rentre ça dans le crâne. Tu ne reviendras pas. » (p. 15).

Anthony Cole est venu à la montagne avec Lauren les deux premières semaines de janvier. Des Anglais, des clients pas comme les autres. Jacques qui vit seul depuis toujours a comme été hypnotisé par Lauren. « Maintenant j’ai l’impression d’avoir laissé passer ma chance, si on peut appeler ça une chance. C’était elle ou personne. Je suis sûr de ça. Alors ce sera personne. » (p. 26).

C’est bizarre la façon dont l’auteur passe du « elle » au « tu » (vous voyez ça dans le premier extrait ci-dessus), ça m’a dérangée au début… Mais, au fur et à mesure de la lecture, le lecteur sent qu’il s’est passé quelque chose, c’est fugace au début, puis de plus en plus lancinant, en un mot cette histoire est très bien menée, bravo à l’auteur que je relirai c’est sûr.

Une lecture parfaite pour le Mois des nouvelles et le Projet Ombre 2021 que je mets aussi dans Animaux du monde pour les chiens de traîneau (très importants tout du long).

Général Leonardo 1 d’Erik Svane et Dan Greenberg

Général Leonardo 1 – Au service du Vatican d’Erik Svane et Dan Greenberg.

Paquet, mai 2006, 48 pages, 14,99 €, ISBN 978-2-88890-100-5.

Genres : bande dessinée danoise, Histoire.

Erik Svane naît au Danemark (il a la double nationalité, danoise et américaine). Il a vécu dans plusieurs pays en Europe et sur le continent américain. Il est journaliste (magazines BD européens et américains) et auteur : 2 tomes de Général Leonardo et La bannière étalée (essai, 2005).

Dan Greenberg naît en France. Il étudie le cinéma section animation. Il est dessinateur.

Fred Vigneau et Pascal Agunaou de Makma sont les coloristes.

Florence, XIVe siècle. Leonardo se livre à d’étranges expériences sur la crucifixion qui horrifie l’archevêque mais quoi de mieux que de rétablir la vérité ? « Vous pensez que les Romains n’ont jamais crucifié leurs victimes par les paumes ? – Sûrement que si, au début ! Mais ! Comme celles-ci n’ont pas dû tenir, ils ont dû améliorer le concept exactement de la même manière que je l’ai faite. » (p. 4). « Mais vous êtes complètement malade !?! Votre maison et jardin remplis de cadavres crucifiés ! » (p. 5). Comprenez bien la différence entre la crucifixion en croix et les crucifixions en masse ? Macabre, vous avez dit macabre ! Trois semaines après, Leonardo est convoqué au Saint-Siège.

Mais ce sont d’autres inventions que son linceul ou sa camera obscura « qui ont retenu l’attention des plus hautes instances de l’Église. » (p. 16). Mais Leonardo n’est pas d’accord. « Non, je ne veux rien avoir à faire avec votre croisade, et quand je dis non, c’est non ! » (p. 19). La riposte du Saint-Siège ne se fait pas attendre…

Histoire, religion et humour sont au rendez-vous dans cette agréable bande dessinée bien documentée. Mais de belles idées comme « unir la chrétienté » ou « l’avenir de nos enfants » aboutissent malheureusement à des conflits…

Un bon moment de lecture et je vous présenterai le tome 2 un prochain mercredi. Et je remercie Lydia.

Pour La BD de la semaine, les challenges BD, Jeunesse Young Adult #10 et Petit Bac 2021 (catégorie Prénom pour Leonardo). Et je rajoute le Challenge lecture 2021 puisqu’on peut lire autre chose que des romans (catégorie 36 pour le livre basé sur des faits réels). Plus de BD de la semaine chez Moka.

James Day de Patrick Cialf

James Day de Patrick Cialf.

Ymaginères, septembre 2011, 11 pages, nouveau lien sur Nouveau Monde, téléchargement gratuit.

Genres : littérature française, nouvelle, fantastique.

Patrick Cialf est un auteur français de l’imaginaire. D’autres de ses nouvelles sont disponibles en pdf comme La dernière damathair ou La folie bleue.

Le général Leifsen, d’origine suédoise, est un soldat confédéré, un Sudiste donc. Miss Nightingale, une guérisseuse anglaise, est sa prisonnière. « Les soldats en gris se levaient de leur tranchée pour crier : « Vive le général Leifsen ! – Ils sont bien maigres, général, dit l’Anglaise. Et la plupart ont un teint maladif. Vous ne le voyez pas ? – Peu importe, Miss. Ils sont une nation de héros, les fils des soldats de Gustave-Adolphe et de Charles XII. Ils se battront, qu’ils soient bien portants ou malades ou même… Enfin, vous verrez. Les Yankees vont avoir une surprise. » (p. 4).

Dans cette nouvelle, Patrick Cialf revisite la guerre de Sécession avec des dragons-squelettes d’un côté et des morts-vivants de l’autre. Il y a aussi des Trolls et des Gobelins qui sont en fait des esclaves et vont se battre pour leur liberté. « Vous êtes fou ! Cette guerre est monstrueuse ! Comment pouvez-vous recourir à la magie de la Mort ? – Et eux, est-ce qu’ils se gênent pour bombarder nos villes et nous affamer par le blocus ? Ils n’ont que ce qu’ils méritent ! – Qui vous a donné ces sortilèges ? L’Europe avait ordonné un embargo sur toutes les techniques de nécromancie. » (p. 6).

Horreur, puanteur et mort, voilà ce que fut la guerre de Sécession avec ou sans magie, avec ou sans créatures bizarres… « Les stocks de jusquiame et de belladone s’épuisaient, et d’ici quelques heures, les souffrances des blessés deviendraient atroces. » (p. 8). Vous allez voir la capitulation du 26 avril 1865 d’un autre œil !

La nouvelle James Day est lauréate des Joutes de l’Imaginaire 2011 et du Prix Zone Franche 2012. C’est une nouvelle agréable à lire qui mêle le fantastique horrifique à un brin de science-fiction.

Si vous aimez la littérature de l’imaginaire, Ymaginères « le webzine venu d’ailleurs » (et, je dirais, qui vous emmène ailleurs) est fait pour vous !

Pour le Mois des nouvelles, le challenge Littérature de l’imaginaire #9 et le Projet Ombre 2021.