La mort du temps d’Aurélie Wellenstein

La mort du temps d’Aurélie Wellenstein.

Scrineo, mai 2017, 288 pages, 16,90 €, ISBN 978-2-36740-500-1.

Genres : science-fiction, littérature jeunesse.

Aurélie Wellenstein, née en 1980 à Paris, a publié des romans de fantasy : Le roi des fauves (2015), Les loups chantants (2016), Le Dieu Oiseau (2018), des romans jeunesse : Le cheval de l’ombre (2013), Chevaux de foudre (2015), La fille de Tchernobyl (2016) et des nouvelles. Plus d’infos sur http://lafilleperchee.com/.

Paris, l’été. Callista Sirahaj, 16 ans, entend ses parents se disputer comme d’habitude. Alors elle a préparé son sac, elle va fuguer avec sa meilleure amie, Emma. Mais… « le bruit devint assourdissant. […] Une boule de lumière surgit à l’horizon, l’obligeant à plisser les yeux. L’éclair aveuglant s’élargit en un cercle concentrique, comme l’onde de choc d’une bombe. » (p. 6). Une explosion nucléaire ? Un puissant tremblement de terre ? Lorsque Callista se réveille, il y a très peu de survivants et il se passe des choses étranges. « Les gens se battaient, couraient, hurlaient, oscillaient entre la folie et la révolte, questionnaient le vide : ‘Qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce qui se passe ?’ » (p. 19). Après ces événements horribles et la fuite chaotique, « le silence. Profond. Effroyable. Surnaturel. » (p. 27). Callista veut aller vers l’est, dans les Vosges, où elle espère retrouver Emma mais il n’y a plus de réseau, plus vraiment de routes, tout est défoncé et peuplé d’horribles créatures. « Il y avait peu de corps dans cette région rurale, mais nul survivant non plus. Était-il réellement possible que le séisme ait secoué la Terre entière ? » (p. 97).

L’auteur balade ses lecteurs d’abord dans un Paris en ruines, secoué de flashs temporels et de séismes spatio-temporels ensuite sur la route entre Paris et un village des Vosges, Xertigny. « Tous ces gens… Tous ces gens, anéantis d’un seul coup. » (p. 64). Dans un monde où les temps et les espaces ont fusionné… Ainsi Callista rencontre entre autres Roland de Forceval, un chevalier né en 1199, qui a fusionné avec son cheval, Tyrael, puis Gascogne, un chasseur transformé en homme-loup.

Et, comme Callista, le lecteur s’interroge sur le monde, la vie… « Là. Pas là. Vivant. Mort. » (p. 171).

En commençant La mort du temps, j’ai vraiment pensé au premier tome d’Autre-Monde de Maxime Chattam mais le traitement des personnages est différent et l’histoire est également différente, plus science-fiction post apocalyptique que la fusion fantasy fantastique horreur de la série Autre-Monde. Et puis, ici, il n’y a qu’un tome au déroulement surprenant mais qui trouve une fin finalement logique.

Une chouette lecture pour les challenges Jeunesse Young Adult #7, Littérature de l’imaginaire, Petit Bac 2018 (encore pour la catégorie « Passage du temps »), Printemps de l’imaginaire francophone 2018 et que je mets aussi dans le Challenge de l’épouvante parce qu’il y a des choses effrayantes dans ce roman.

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Le petit terroriste d’Omar Youssef Souleimane

Le petit terroriste d’Omar Youssef Souleimane.

Flammarion, janvier 2018, 224 pages, 17 €, ISBN 978-2-0814-1242-2.

Genres : littérature franco-syrienne, roman autobiographique, récit.

Omar Youssef SOULEIMANE naît en 1987 près de Damas en Syrie. Il passe une partie de son enfance à Riyad en Arabie Saoudite où son père travaille. De retour en Syrie, il étudie, devient journaliste et poète (six recueils en arabe d’abord puis, après son exil, en français ou en bilingue pour lesquels il reçoit plusieurs prix) mais, ayant manifesté contre le gouvernement, il fuit en Jordanie et en France où il reçoit l’asile politique. Le petit terroriste est le premier livre qu’il publie hors poésie.

Quatre heures du matin, Omar débarque à Paris, il pense à sa mère. « Voit-elle la même lune que moi ? » (p. 9). Je trouve cette phrase (cette pensée) très belle, émouvante, je sens que ce roman va me plaire. Une association d’aide aux Syriens lui a trouvé une chambre de bonne rue de Paradis. Joli nom de rue, n’est-ce pas ? Il songe aux « […] raisons qui m’ont fait venir à Paris. Comment j’ai imaginé cette ville. Comment je me retrouve là dans une réalité qui n’est pas la mienne. » (p. 10). Il est originaire d’Al-Qutayfah, une petite ville au nord de Damas, mais quand les services secrets sont venus pour l’arrêter (il est journaliste militant), il était à Homs et il a pu fuir en étant grimé en Occidental en pleine Révolution arabe à Damas. « Nous marchons des heures durant. Je n’éprouve aucun sentiment. Mon corps est derrière moi. Je suis un vide qui marche dans le néant. » (p. 19). Il devient un réfugié et transite par la Jordanie où il est considéré comme un terroriste : de réfugié il devient un étranger et demande l’asile à l’ambassade de France. « De la langue française, je ne connais que six mots. ‘Bonjour’, ‘bonsoir’, ‘au revoir’, ‘merci’, ‘pardon’ et ‘liberté’ » [ce dernier mot c’est parce qu’il connaît le poème de Paul Éluard]. Et par le pouvoir d’un mot / Je recommence ma vie. » (p. 35). C’est magnifique, le pouvoir d’un mot, le pouvoir de la poésie, et voilà comment il est arrivé à Paris ! « Paris n’est pas une ville, mais un monde. Je ne sais pas où elle commence et où elle finit. Moi qui ai vécu la grande partie de ma vie dans une ville de cinquante mille habitants, je suis perdu dans un voyage dans le temps. À Paris, chaque rue est une époque. Des bâtiments, espacés de dix mètres, le sont de dix siècles. » (p. 41). Quelle belle vision de Paris ! Le roman autobiographique – ou récit comme indiqué sur la couverture – alterne entre son arrivée, sa nouvelle vie à Paris et ses souvenirs d’enfance en Syrie et en Arabie Saoudite (dont une visite à la Mecque avec son père et son petit frère). Le jeune Omar rêve d’être poète mais les poètes sont considérés à la fois comme faibles et à la fois comme dangereux et ils sont parmi les gens surveillés par la « Commission de l’obligation du bien et de l’interdiction du mal ».

Ce livre a quelque chose de spécial, indépendamment de lui, c’est le premier que j’ai lu dans mon nouvel appartement la dernière semaine d’avril et il m’a énormément plu donc j’y vois un bon signe pour mes prochaines lectures. Je dois dire que dans l’ancien appartement, je n’avais pas réellement trouvé de place idéale (bien installée, bonne lumière) pour lire… (à part le balcon quand il faisait beau et jour) mais, dans le nouvel appartement, plusieurs bonnes places se profilent déjà alors qu’il y a encore un bordel monstre. Mais c’est du livre dont je veux vous parler ici !

Il a été écrit directement en français et il est agrémenté de jolis poèmes en bilingue (français et arabe). Pourquoi le petit terroriste ? Parce qu’Omar a été éduqué (pendant 4 ans) à Riyad en Arabie Saoudite dans la pure tradition salafiste du djihadisme. « Ma famille m’a toujours appelé le petit Omar […] j’ai décidé d’en changer : je m’appellerais désormais le petit terroriste, en signe de ma découverte de la vraie religion, dans ce monde du Mal. » (p. 124). Mais Omar a lu de la poésie (dont Liberté de Paul Éluard que vous retrouverez ci-dessous) et il a commencé à se poser des questions, à s’interroger, il a voulu lire sans préjugés, il a voulu comprendre, réfléchir par lui-même, je pense que ce n’est pas unique mais c’est quand même rare avec une éducation aussi rigoriste alors bravo Omar, tout mon respect !

L’auteur défend l’idée de pouvoir critiquer la religion, toutes les religions, mais la pensée idéologique n’est pas la même partout et c’est souvent impossible (dangereux) dans certains pays et censuré dans d’autres… « Le Prophète a dit : ‘Celui d’entre vous qui voit un mal qu’il le change par sa main. S’il ne peut pas alors par sa langue et s’il ne peut pas alors avec son cœur et ceci est le niveau le plus faible de la foi. » (p. 132-133). Bon, les mentalités ont changé au fil des siècles mais globalement, le fonctionnement est vraiment différent en Occident (non seulement avec le christianisme mais aussi avec toute la philosophie) et en Asie (avec le taoïsme, le bouddhisme, etc.) : le cœur d’abord (amour, bienveillance, tolérance, etc.), la langue ensuite (dialogue, communication, philosophie, etc.) et malheureusement la main, ça peut arriver aussi, mais combien de violences et de guerres auraient été évitées avec le cœur et la parole ? Quant au terme de terroriste, pourquoi polémiquer ? Puisque les musulmans sont appelés à lutter et à terroriser l’ennemi d’Allah donc la dénomination de terroristes ne les gêne pas, au contraire ! (p. 129) et leur mot d’ordre est de combattre (p. 187-188). Je tire mon chapeau à Omar Youssef Souleimane qui explique avec pudeur et sincérité ces choses déplaisantes qu’à part les spécialistes aguerris personne n’a envie d’entendre… Mais il est d’autres choses dont il parle, avec tout autant de sincérité, et un peu d’humour, ce sont ses premiers désirs, ses premiers plaisirs, ses premiers émois amoureux et sexuels et il se demande « Pourquoi les délices occupent-ils une place si importante ? » (p. 190) alors que c’est l’enfer qui l’attend ! Mais refusant d’être terrorisé par cet hypothétique enfer et libéré des contraintes qui lui ont été inculquées, il comprend qu’il est un hérétique, un infidèle, un apostat. Lire son parcours, sa pensée, c’est, à mon avis, se libérer de certaines craintes, c’est se libérer et s’ouvrir aux autres, ouvrir son cœur, son âme, et franchement quel enfer est pavé de liberté, d’ouverture d’esprit, de cœur aimant et de belles âmes ?

Un très beau roman/récit, bouleversant, profondément intime, parfois drôle, qui m’a beaucoup émue et que je voudrais que tout le monde lise ! Oui, oui, lisez-le, tous ! Bref, un coup de cœur (peut-être le premier depuis le début de l’année). À ceux qui auront la chance d’être à Saint Malo au Festival internationsl Étonnants Voyageurs du 19 au 21 mai, vous pourrez rencontrer Omar Youssef Souleimane et vous faire dédicacer son livre !

Une magnifique lecture que je mets dans les challenges Lire sous la contrainte #38 (son « è »), Petit Bac 2018 (pour la catégorie « gros mot » avec terroriste), Raconte-moi l’Asie #3 (Syrie et Arabie Saoudite) et Rentrée littéraire janvier 2018.

Illustration de Fernand Léger (1881-1955)

Liberté de Paul Éluard (1895-1952)
Sur mes cahiers d’écolier / Sur mon pupitre et les arbres / Sur le sable sur la neige / J’écris ton nom
Sur toutes les pages lues / Sur toutes les pages blanches / Pierre sang papier ou cendre / J’écris ton nom
Sur les images dorées / Sur les armes des guerriers / Sur la couronne des rois / J’écris ton nom
Sur la jungle et le désert / Sur les nids sur les genêts / Sur l’écho de mon enfance / J’écris ton nom
Sur les merveilles des nuits / Sur le pain blanc des journées / Sur les saisons fiancées / J’écris ton nom
Sur tous mes chiffons d’azur / Sur l’étang soleil moisi / Sur le lac lune vivante / J’écris ton nom
Sur les champs sur l’horizon / Sur les ailes des oiseaux / Et sur le moulin des ombres / J’écris ton nom
Sur chaque bouffée d’aurore / Sur la mer sur les bateaux / Sur la montagne démente / J’écris ton nom
Sur la mousse des nuages / Sur les sueurs de l’orage / Sur la pluie épaisse et fade / J’écris ton nom
Sur les formes scintillantes / Sur les cloches des couleurs / Sur la vérité physique / J’écris ton nom
Sur les sentiers éveillés / Sur les routes déployées / Sur les places qui débordent / J’écris ton nom
Sur la lampe qui s’allume / Sur la lampe qui s’éteint / Sur mes maisons réunies / J’écris ton nom
Sur le fruit coupé en deux / Du miroir et de ma chambre / Sur mon lit coquille vide / J’écris ton nom
Sur mon chien gourmand et tendre / Sur ses oreilles dressées / Sur sa patte maladroite / J’écris ton nom
Sur le tremplin de ma porte / Sur les objets familiers / Sur le flot du feu béni / J’écris ton nom
Sur toute chair accordée / Sur le front de mes amis / Sur chaque main qui se tend / J’écris ton nom
Sur la vitre des surprises / Sur les lèvres attentives / Bien au-dessus du silence / J’écris ton nom
Sur mes refuges détruits / Sur mes phares écroulés / Sur les murs de mon ennui / J’écris ton nom
Sur l’absence sans désir / Sur la solitude nue / Sur les marches de la mort / J’écris ton nom
Sur la santé revenue / Sur le risque disparu / Sur l’espoir sans souvenir / J’écris ton nom
Et par le pouvoir d’un mot / Je recommence ma vie / Je suis né pour te connaître / Pour te nommer
Liberté.
In Poésie et vérité (1942, recueil clandestin)
In Au rendez-vous allemand (1945, Éditions de Minuit)

Louise et Hetseni de Sophie Rigal-Goulard

Louise et Hetseni – Dans les plaines sauvages de Sophie Rigal-Goulard.

Rageot, mai 2018, 160 pages, 11,90 €, ISBN 978-2-70025-562-1.

Genres : littérature jeunesse, aventure, Histoire, fantastique.

Sophie Rigal-Goulard dit qu’elle est « née en 67 dans le 67 » mais elle habite dans le 13 (logique puisque 6+7=13). Après un bac scientifique et un DEUG d’économie, elle devient institutrice puis se lance dans l’écriture jeunesse en 2000. Plus d’infos sur http://www.sophie-rigal-goulard.fr/.

Avril 1851, un convoi de chariots traverse le Grand Ouest pour la Californie, eldorado pour beaucoup de colons : « des terres vierges et riches de promesses » (p. 8). Le jeune Jonas Pellman, qui vient de perdre sa mère dans l’Illinois, voyage avec son père, Cody Pellman ; à 11 ans, il est effrayé par les histoires de massacres perpétrés par les Indiens qu’il entend. « Un Indien, c’est un animal sauvage, prêt à t’égorger avec ses dent s’il le faut, après t’avoir scalpé sur toute la surface de ton crâne » (p. 9). Plaines sauvages, chaleur, poussière, bourrasques de vent, violents orages… Lorsqu’il est enlevé par les Cheyennes, il devient Hetseni, « celui qui devait venir » (p. 83).

À notre époque, à Paris, Louise Boyer, une collégienne de 12 ans, lit en cachette le nouveau roman que son père, Franck Boyer, écrit. « Mon père s’est enfin remis à écrire. Même si ce ne sont que quelques lignes… Depuis sa séparation avec ma mère, il ne produisait plus grand-chose. » (p. 13). L’histoire est celle de Jonas-Hetseni et, bizarrement, Louise et Jonas sont en contact par la voix ! « Je serais juste un personnage d’histoire, sans existence propre ? […] Tout est bien réel pourtant. […] Ce n’est pas un rêve ! » (p. 38).

Pour Sophie Rigal-Goulard, c’est un rêve d’enfance de pouvoir communiquer avec les personnages des livres qu’elle lisait et qu’elle appréciait, et c’est donc une façon d’honorer ce rêve que d’avoir fait communiquer Louise et Jonas-Hetseni. Ce roman jeunesse (la tranche d’âge préconisée par l’éditeur est 9-12 ans) va au-delà du simple roman d’aventures et les adultes qui aiment l’Ouest américain, les Indiens et les westerns peuvent le lire aussi avec plaisir et émotion. Car par ce récit inspiré de récits historiques et la relation « fantastique » entre Louise et Jonas à travers l’espace et le temps, cette histoire est une réflexion sur les peuples indiens dont les colons prennent les territoires, les Grandes Plaines, et massacrent les bisons. Qui sont les sauvages ? « Ce qui m’inquiète aujourd’hui, c’est la façon dont on occupe leurs territoires en bafouant les traités… Nous devons rester vigilants pendant notre voyage. » (p. 56-57). C’est aussi, par l’intermédiaire de l’écrivain et de Louise, une réflexion sur le laborieux et solitaire travail d’écriture et sur l’impatience du lecteur à lire la suite d’une histoire, à en savoir toujours plus (Louise se renseigne sur le Grand Ouest, sur les faits historiques, elle rencontre même Mathias Stelman, un nouvel élève franco-américain qui arrive tout droit des plaines le long du Missouri !). « Ce n’est pas simple pour moi de lire ce que mon père écrit puisqu’il quitte de moins en moins son bureau. […] J’ai été à deux doigts de demander à mon père ce qu’il envisageait pour la suite. Et puis… j’ai préféré me taire. » (p. 84). De son côté, Jonas-Hetseni doute : « Être « Hetseni » me terrifie » (p. 90) mais il découvre avec curiosité et émerveillement la façon de vivre des Indiens, les enfants (ka’êškone) qui aident les femmes, les adolescents et les hommes qui s’affairent plus loin du campement souvent à la chasse, le Grand Esprit des Plaines, les chevaux, les bisons, « la beauté du paysage » (p. 103), les symboles, les rituels, les épreuves initiatiques pour devenir un homme, un guerrier. Et puis, comme il comprend qu’il n’est pas maître de son destin puisque, plus d’un siècle et demi plus tard, c’est un homme inconnu de lui qui l’écrit, il va vouloir choisir sa voie, sa vie et c’est ce qui fait le piquant de ce roman.

Je remercie NetGalley et Rageot puisque j’ai pu lire ce roman en numérique le jour de sa parution en librairie (9 mai) dans le cadre du NetGalley Challenge 2018. Je le mets aussi dans les challenges Jeunesse Young Adult #7, Littérature de l’imaginaire, Petit Bac 2018 (pour la catégorie Prénom) et Printemps de l’imaginaire francophone 2018.

Dom Juan ou le festin de pierre de Molière

Dom Juan ou le festin de pierre de Molière.

Théâtre classique, 2015, 82 pages.

Genre : théâtre.

Comédie « représentée pour la première fois le 15 février 1665 sur le Théâtre de la salle du Palais-Royal par la Troupe de Monsieur, frère unique du Roi » et publiée en 1682.

Molière, pseudonyme de Jean-Baptiste Poquelin, naît en janvier 1622 à Paris. C’est un comédien et un dramaturge très célèbre (je vous laisse chercher plus d’infos sur Internet) et emblématique du théâtre classique. Il épouse Armande Béjart, une jeune comédienne, et le couple aura deux fils et deux filles, tous morts peu après leur naissance. Ainsi ne resteront à la postérité de Molière que ses œuvres écrites dont une trentaine de comédies parmi lesquelles Les précieuses ridicules (1659), L’école des femmes (1662), Dom Juan (1665), Le médecin malgré lui (1666), Le misanthrope (1666), L’avare (1668), Tartuffe ou l’hypocrite (1669), Les fourberies de Scapin (1670), Le bourgeois gentilhomme (1670), Les femmes savantes (1672) et Le malade imaginaire (1673) que j’ai toutes lues, relues et vues (théâtre ou adaptations au cinéma). C’est que j’aime beaucoup Molière et son humour !

La scène se déroule en Sicile. Il y a beaucoup de personnages : une vingtaine.

Le serviteur (Sganarelle) et d’autres personnes de Dom Juan ne comprennent pas que celui-ci, marié à Done Elvire, commette des infidélités. Serait-il trop jeune pour comprendre ce qu’est la fidélité ? Pourquoi « Un homme de sa qualité ferait une action si lâche ? » (p. 6). Quel homme est-il pour manquer à sa parole « après tant d’amour et tant d’impatience témoignée, tant d’hommages pressants, de vœux, de soupirs et de larmes, tant de lettres passionnées, de protestations ardentes et de serments réitérés, tant de transports enfin et tant d’emportements qu’il a fait paraître, jusqu’à forcer, dans sa passion, l’obstacle sacré d’un couvent, pour mettre Done Elvire en sa puissance » (p. 6) ?

C’est que Dom Juan est le plus grand des coureurs de jupons ! Un séducteur, un homme à femmes comme on dit. Et il les lui faut toutes ! Du moment qu’il les trouve belles. Il utilise le polyamour évidemment pour son propre plaisir personnel ! Il fait fi de la fidélité et de l’honneur. « La belle chose de vouloir se piquer d’un faux honneur d’être fidèle, de s’ensevelir pour toujours dans une passion, et d’être mort dès sa jeunesse à toutes les autres beautés qui nous peuvent frapper les yeux ! Non, non : la constance n’est bonne que pour des ridicules ; toutes les belles ont droit de nous charmer, et l’avantage d’être rencontrée la première ne doit point dérober aux autres les justes prétentions qu’elles ont toutes sur nos cours. Pour moi, la beauté me ravit partout où je la trouve, et je cède facilement à cette douce violence Domt elle nous entraîne. J’ai beau être engagé, l’amour que j’ai pour une belle n’engage point mon âme à faire injustice aux autres ; je conserve des yeux pour voir le mérite de toutes, et rends à chacune les hommages et les tributs où la nature nous oblige. Quoi qu’il en soit, je ne puis refuser mon cœur à tout ce que je vois d’aimable ; et dès qu’un beau visage me le demande, si j’en avais dix mille, je les donnerais tous. » (p. 9).

Et quel beau parleur, quel blablateur ! Qui finalement confond aimer et baiser… « Quoi ? Une personne comme vous serait la femme d’un simple paysan ! Non, non : c’est profaner tant de beautés, et vous n’êtes pas née pour demeurer dans un village. Vous méritez sans doute une meilleure fortune, et le Ciel, qui le connaît bien, m’a conduit ici tout exprès pour empêcher ce mariage, et rendre justice à vos charmes ; car enfin, belle Charlotte, je vous aime de tout mon cœur, et il ne tiendra qu’à vous que je vous arrache de ce misérable lieu, et ne vous mette dans l’état où vous méritez d’être. Cet amour est bien prompt sans doute ; mais quoi ? C’est un effet, Charlotte, de votre grande beauté, et l’on vous aime autant en un quart d’heure qu’on ferait une autre en six mois. » (p. 25-26).

Les frères d’Elvire, Dom Alonse et Dom Carlos, sont à la recherche de Dom Juan pour venger l’honneur de leur famille mais Dom Juan sauve la vie de Dom Carlos en prise avec des voleurs, sans savoir qui il est. Et puis, un soir, la statue du Commandeur qu’il a tué récemment vient s’asseoir à sa table : Dom Juan va-t-il changer ?

« Il n’y a plus de honte maintenant à cela : l’hypocrisie est un vice à la mode, et tous les vices à la mode passent pour vertus. Le personnage d’homme de bien est le meilleur de tous les personnages qu’on puisse jouer aujourd’hui, et la profession d’hypocrite a de merveilleux avantages. C’est un art de qui l’imposture est toujours respectée ; et quoiqu’on la découvre, on n’ose rien dire contre elle. Tous les autres vices des hommes sont exposés à la censure, et chacun a la liberté de les attaquer hautement ; mais l’hypocrisie est un vice privilégié, qui, de sa main, ferme la bouche à tout le monde, et jouit en repos d’une impunité souveraine. On lie, à force de grimaces ; une société étroite avec tous les gens du parti. Qui en choque un, se les jette tous sur les bras ; et ceux que l’on sait même agir de bonne foi là-dessus, et que chacun connaît pour être véritablement touchés ; ceux-là, dis-je, sont toujours les dupes des autres ; ils donnent hautement dans le panneau des grimaciers et appuient aveuglément les singes de leurs actions. » (p. 74).

Un passage que j’aime bien : lorsque Sganarelle, le serviteur de Dom Juan, déguisé en médecin, se fait salué par tous. « Mais savez-vous, Monsieur, que cet habit me met déjà en considération, que je suis salué des gens que je rencontre, et que l’on me vient consulter ainsi qu’un habile homme ? » (p. 38). L’habit fait donc bien le moine !

Dom Juan est une farce tragi-comique en 5 actes qui réjouit le public depuis plus de 5 siècles même si elle a été délaissée au début du XIXe siècle (avec le retour de la tragédie pure). Cet aristocrate libertin et athée qui fait honte à son père (Dom Louis) et à son valet (Sganarelle), qui n’a ni Dieu ni honneur ni âme et ne pense qu’à son propre plaisir, sera puni par voie divine. Peut-on se révolter (ne pas se soumettre) à Dieu ? Peut-on rire du châtiment divin ? Peut-on défendre le libertinage ? Telles sont les questions que pose Molière à travers cette œuvre pour laquelle, comme souvent, il attire la polémique à la Cour du Roi et parmi le peuple.

Une lecture effectuée dans le cadre du Mooc À la découverte du théâtre classique français (j’essaie de rattraper mon retard) que je mets dans le challenge Cette année, je (re)lis des classiques.

Throwback Thursday livresque 2018-12

Pour ce jeudi 22 mars, le thème du Throwback Thursday livresque 2018 est « printemps ou jardinage ». Je ne fais pas de jardinage, je n’ai pas la main verte… mais j’ai pensé à ce très beau roman, Les jonquilles de Green Park de Jérôme Attal : il commence à l’automne 1940 et continue en hiver mais, et c’est très important par rapport au titre, les personnages – Mila et Tommy – se demandent s’ils seront encore en vie pour voir refleurir les jonquilles de Green Park au printemps prochain. Le printemps est tout un symbole d’espoir et de renaissance. Vous pouvez voir les autres participations chez BettieRose. Bonne fin de semaine et bon weekend (je ne pense pas être très présente…).

Un billet que je mets aussi dans le Défi 52 semaines 2018 puisque le thème de cette semaine est « printemps » et je rajoute une photo perso 😉

Le printemps avec ses premières feuilles vertes qui symbolisent le renouveau de la Nature.

Throwback Thursday livresque 2018-11

Pour ce jeudi 15 mars, le thème du Throwback Thursday livresque 2018 est « famille ». Je pensais ne rien avoir pour ce thème – la famille n’étant pas mon sujet de lecture préféré – mais je me suis finalement rappelée de Une famille normale de Garance Meillon, un premier roman paru en janvier 2016 qui m’avait surprise. À noter que le deuxième roman de Garance Meillon, La douleur fantôme, vient de paraître chez Fayard (le 7 mars).

Vous pouvez voir les autres participations chez BettieRose. Bonne fin de semaine.

Throwback Thursday livresque 2018-10

Pour ce jeudi 8 mars, le thème du Throwback Thursday livresque 2018 est « in the city » et je veux vous présenter L’heure des fous de Nicolas Lebel, un excellent premier roman, polar dans lequel la ville de Paris a une grande place.

J’espère que vous appréciez aussi le beau logo de BettieRose qui est vraiment très douée.