Des nouvelles écrites par Benoit Camus

Une bonne nouvelle pour La bonne nouvelle du lundi ? Des nouvelles écrites par Benoit Camus en lecture libre ! Je vous en présente deux, mais d’abord l’auteur.

Benoit Camus, né en 1971, était ingénieur avant de devenir écrivain. Il publie depuis 2012 ses nouvelles dans des revues, des anthologies, chez de « petits » éditeurs et en propose pour des concours. Plus d’infos sur son site et sa page FB.

Portrait de Benoit Camus : http://www.lanthologiste.fr/benoitcamus/

En trompette – Monsieur Cornet a un problème : non seulement il a le nez en trompette mais il l’a en permanence bouché car il est toujours enrhumé… Bien sûr, tout ce tintamarre nasal dérange ses voisins ! « Mettez une sourdine […] On n’a pas idée d’avoir un tarin aussi tapageur. » À lire sur Nouvelles courtes pour une bonne vidange (nasale bien sûr) avec humour !

Maquille – Martin a « emprunté » une voiture et a fait boire Louis et Jean, mais pourquoi les conduit-il dans la forêt du Brammois en pleine nuit ? « On s’est pris une bête. ». Une surprenante histoire de chasseur mécontent. À lire sur Éditions de l’abat-jour (site sur lequel vous pouvez lire également d’autres nouvelles d’autres auteurs et l’excellente revue L’Ampoule).

J’espère que vous prendrez plaisir à découvrir ces sites et ces nouvelles, passez un bel été 🙂

Le Cœur de la Terre de Maxime Chattam

Le Cœur de la Terre (Autre-Monde, tome 3) de Maxime Chattam.

Albin Michel, avril 2010, 467 pages, 20,30 €, ISBN 978-2-22620-840-8.

Genres : science-fiction, fantasy, fantastique, horreur.

Maxime Chattam : voir sur le tome 1, L’Alliance des Trois.

Toujours un grand plaisir de retrouver l’univers d’Autre-Monde et ses personnages. Ce troisième tome est différent car Matt et Tobias sont séparés ! Tobias est prisonnier dans le Raupéroden avec une affreuse araignée énorme, le Dévoreur.

« Eden semblait imperturbable. Un havre protecteur. Il était difficile de croire à l’imminence de la guerre. » (p. 29).

« Dépêche-toi d’aller te trouver un compagnon à quatre pattes. – C’est déjà fait, dit-il en s’écartant pour désigner une boule de fourrure noire et marron dont les yeux étaient à peine visibles sous les poils trop longs. Je l’ai choisi parce qu’il est aussi moche que moi ! On devrait s’entendre ! » (p. 98).

Dès le tome 2, Malronce, j’avais mon idée sur les identités du Raupéroden et de Malronce 😉 mais je ne vous dirai rien, na !

Encore ici, l’auteur continue de développer avec talent ses idées, comme la Terre en colère et la Nature qui se venge des humains. Tout tient la route mais tous n’arrivent pas au bout de l’aventure… Une pensée pour Peps et une pour Phalène 😥

« Ils n’avaient plus d’ombre. Et rien ne peut survivre sans sa part d’ombre. L’équilibre du monde. » (p. 336).

« Le résultat est le même : ils obéissent à celle qui sait leur parler. Balthazar avait raison : ils n’ont plus de mémoire, ils ne sont que des coquilles vides qui ne demandent qu’à être remplies ! C’est ça qui les rend si mauvais. » (p. 414).

Je vais me répéter mais toujours de l’aventure, de l’action, des rebondissements, etc. ; et puis quelque chose d’impensable : les Pans (enfants et adolescents) vont devoir se battre contre les Cyniks et les Gloutons (adultes). Une belle fin de cycle mais, en terminant ce tome, on ne sait pas ce qui est arrivé à Plume et aux autres chiens ! Un oubli de la part de l’auteur ou une volonté de garder le suspense jusqu’au prochain tome ?

Comme pour les tomes 1 et 2, une très agréable lecture que je mets dans les challenges Jeunesse young adult #6, Littérature de l’imaginaire et Printemps de l’imaginaire francophone (toujours avec du retard dans la publication de ma note de lecture… mais j’ai bien lu ce roman avant !). Et je vais me plonger dans le deuxième cycle (de 4 tomes), c’est sûr et certain !

Malronce de Maxime Chattam

Malronce (Autre-Monde, tome 2) de Maxime Chattam.

Albin Michel, novembre 2009, 407 pages, 20,30 €, ISBN 978-2-22619-413-8.

Genres : science-fiction, fantasy, fantastique, horreur.

Maxime Chattam : voir sur le tome 1, L’Alliance des Trois.

Ce fut un plaisir de retrouver l’univers horrifique d’Autre-Monde et nos héros, Matt, Tobias et Ambre (pour les personnages principaux). Ils sont en route vers la Forêt aveugle encore plus au sud, pour le royaume de Malronce, et rien ne leur sera épargné… « Il avait tué. Pour survivre, pour protéger. Mais il avait tué tout de même. » (p. 66). Ils vont découvrir d’énormes chiens qui peuvent servir de montures et rencontrer le peuple Gaïa – ou les Kloropanphylles – qui vivent dans un immense nid judicieusement aménagé au-dessus de la dangereuse Mer-Sèche et qui ont construit un Vaisseau-Matrice.

« Si vous le pouvez, rentrez chez vous, le monde a changé, nous ne pouvons plus compter sur les adultes, et regardez même entre nous, les différences nous poussent à tant de méfiance, nous ne sommes pas encore prêts. À présent je dois vous laisser, je n’ai pas le droit de vous parler. » (p. 171).

« La mémoire est ton identité, tes valeurs, et la connaissance qu’ils n’ont plus les a transformés en coquilles vides. Malronce n’a eu qu’à les remplir de certitudes rassurantes pour en faire ses marionnettes. » (p. 246).

Comme je le disais plus haut : un grand plaisir à retrouver Autre-Monde. L’auteur continue de développer son monde horrifique dans lequel la Nature a repris ses droits de façon bien étrange avec des créatures toutes plus horribles et dangereuses les unes que les autres. En mûrissant, en faisant face au danger ensemble et en pratiquant la solidarité, les enfants et adolescents prennent plus d’épaisseur et de nouveaux apparaissent, tous différents, avec des particularités et des dons différents, ainsi que des ennemis comme les Mangeombres et le Buveur d’innocence. Il y a toujours de l’aventure, du suspense, de la peur, et parfois des traîtrises, c’est que les ados deviennent inévitablement des adultes… et ne peuvent s’empêcher de passer du côté obscur ! Beaucoup d’imagination, j’aimerais bien voir ça en film… d’animation par exemple. Évidemment, j’ai embrayé sur le tome 3 qui clôture le premier cycle de la série et je vous en parle tout bientôt.

Comme pour le tome 1, L’Alliance des Trois, une lecture très agréable que je mets dans les challenges Jeunesse young adult #6, Littérature de l’imaginaire et Printemps de l’imaginaire francophone (avec du retard dans la publication de ma note de lecture mais j’ai bien lu ce roman avant).

L’Alliance des Trois de Maxime Chattam

L’Alliance des Trois (Autre-Monde, tome 1) de Maxime Chattam.

Albin Michel, novembre 2008, 483 pages, 20,90 €, ISBN 978-2-226-18863-2.

Genres : science-fiction, fantasy, fantastique, horreur.

Maxime Chattam, de son vrai nom Maxime Drouot, naît le 19 février 1976 à Herblay (Val d’Oise). Après des études de criminologie – et des cours de comédie au Cours Simon à Paris –, il écrit des romans policiers et/ou fantastique et reçoit plusieurs prix littéraires.

Trois copains, Matt, Tobias et Newton, 13-14 ans, à Manhattan, New York. Ils vivent entre deux mondes, l’enfance et l’adolescence. « Aujourd’hui ces deux mondes se mélangeaient, se heurtaient parfois. Celui des jeux, des figurines qu’il appréciait tant, et celui du jeune homme en devenir. Il s’interrogeait sur la conduite à tenir : devait-il sacrifier ses passions juvéniles au nom de l’âge mûr ? Newton était un peu comme ça. Tobias, lui, n’avait pas encore eu le déclic, […]. » (p. 27-28). Mais les parents de Matt annoncent leur divorce et après Noël, arrivent une vague de froid et une tempête colossale qui engendrent un black out et… des phénomènes bizarres. « Oui, le blizzard était énorme ; oui, il leur était tombé dessus plus tôt que prévu, mais cela n’en faisait pas pour autant la fin du monde. Sauf qu’il y a tous ces signes étranges depuis quelques jours. » (p. 45). La majorité des adultes a disparu… « Ne reverraient-ils jamais leur existence paisible ? Avaient-ils perdu leurs parents, leurs amis et le confort de la vie normale pour toujours ? » (p. 99-100). Matt et Tobias s’enfuient au sud mais la ville est remplie d’humains mutants (les Cyniks et les Gloutons et il ne fait pas bon croiser leur route) et de créatures dangereuses. Sur l’île Carmichael où ils ont trouvé refuge, il y a une soixantaine d’enfants entre 9 et 17 ans qui vivent dans six manoirs car le septième est hanté, et ils rencontrent Ambre : ils deviennent les trois « Pans » mais ils sont poursuivis par le dangereux Raupéroden et se rendent compte que beaucoup d’enfants développent des dons. « Je suis… noir, et elle est blanche – Oh ça. On est des êtres humains, non ? C’est quoi la différence ? Ah oui, ta peau est de la couleur de la terre, la sienne de celle du sable. C’est avec du sable et de la terre qu’on fait les continents, qu’on fait la Terre, non ? Alors vous êtes faits pour vous mélanger. Il ne peut en naître que de bonnes choses. » (p. 309).

Autre-Monde est une excellente série post-apocalyptique, pas seulement pour la jeunesse ; elle oscille entre fantasy, science-fiction et fantastique horreur (un peu comme un survival). Moderne, l’auteur fait plusieurs références populaires, comme Le Seigneur des Anneaux ou le groupe System of a Down : Matt est un adolescent de son temps ! Dans ce roman, pas de temps morts, une belle galerie de personnages, de bonnes idées scientifiques et spirituelles, du mystère, de l’aventure et surtout de l’amitié et de la solidarité, quelques traîtrises aussi mais il faut bien qu’il y ait du suspense (après tout, l’auteur est considéré comme un des maîtres français du thriller et du fantastique), des rebondissements et des frayeurs d’autant plus que les créatures sont… ouah je n’aimerais pas les voir en vrai ! Je n’avais jamais lu Maxime Chattam avant et j’ai été ravie de cette découverte : L’alliance des trois est un véritable page turner et vous pensez bien que j’ai vite embrayé sur le tome 2.

Une lecture très agréable que je mets dans les challenges Jeunesse young adult #6, Littérature de l’imaginaire, Printemps de l’imaginaire francophone (avec du retard dans la publication de ma note de lecture mais j’ai bien lu le roman avant).

J’ai découvert une vidéo présentant ce premier tome d’Autre-Monde :

et par hasard cette suite orchestrale du compositeur français né en 1984, Sébastien Pan. Si vous avez le temps de l’écouter :

Principe de suspension de Vanessa Bamberger

Principe de suspension de Vanessa Bamberger.

Liana Levi, janvier 2017, 200 pages, 17,50 €, ISBN 978-2-86746-875-9.

Genre : premier roman.

Vanessa Bamberger, née en 1972, est journaliste. Vous pouvez découvrir l’auteur et son appartement sur Turbulences déco (j’aime beaucoup, surtout le côté industriel et les verrières). Principe de suspension est son premier roman.

Thomas, 40 ans, est dans une chambre de réanimation sur un lit médicalisé et une machine le fait respirer. Olivia, son épouse, est à son chevet, elle attend qu’il se réveille, s’il se réveille. « Et voilà qu’il se distend, qu’il se délite sous ses yeux… Il est en train de mourir. » (p. 12). Thomas, petit patron dans l’industrie, est fasciné par les machines, par « le vocabulaire de la machine, rouage, cisaillage, découpage, ferrage, formage, poinçonnage, quoi de plus poétique ? Et son bruit, une pompe, un souffle, un bruit de respiration, elle était vivante. » (p. 23). Cette description de la machine par Thomas est en fait la description de Thomas qu’Olivia peut faire à ce moment à l’hôpital !

L’entreprise que Thomas a rachetée – et sauvée de la faillite il y a dix ans – est Packinter : elle fabrique des inhalateurs doseurs pressurisés en plastique. C’est même un monopole et les inhalateurs sont vendus dans le monde entier mais… « Lui, qui se flattait d’avoir eu des idées révolutionnaires pour son entreprise, n’avait pas pris conscience à temps des mutations de l’industrie pharmaceutique, pression sur les prix, déremboursement de produits, expiration des brevets. Il n’avait pas compris que la progression des génériques entraînerait aussi vite une baisse de la part de marché de l’aérosol doseur du laboratoire et l’amènerait à délocaliser une partie de son activité pour s’implanter loin du Hayeux, très loin vers l’est, dans ces pays où les hommes travaillaient plus et gagnaient moins, où il y avait peu d’impôts, de syndicats et de protection sociale […]. » (p. 31). Que faire ? Innover ? Dépenser encore de l’argent ? Mettre la clé sous la porte et tout le monde au chômage ? « Il n’y avait plus la moindre fierté à travailler dans l’industrie en France, patron ou pas. Les Français n’aimaient pas leur industrie, sous-estimaient les métiers techniques, de l’ouvrier à l’ingénieur, contrairement aux Allemands et aux Italiens […]. » (p. 44).

Principe de suspension est plusieurs histoires à la fois, celle d’un couple et d’une famille, celle d’une autre famille (en tout cas pour Thomas), l’entreprise, avec son lot d’emmerdes et une grosse trahison, celle de l’industrie pharmaceutique et de cette région de l’Ouest de la France qu’on pense verdoyante et heureuse au bord de l’océan, et enfin celle d’un homme dans le coma qui a trop donné et qui n’arrive plus à respirer seul, alors qu’il fabrique depuis dix ans ce qui sauve des milliers de vie. L’auteur ne parle pas ici d’un grand patron dont l’entreprise est cotée en bourse, elle parle d’un homme normal, honnête, qui a souffert dans son enfance (je vous laisse découvrir l’histoire de sa petite sœur, Flora), fidèle à son épouse (elle est artiste peintre) et à ses employés, ancré dans sa région (alors que tous ses amis sont partis à l’étranger après leurs études), qui a changé de métier pour sauver une entreprise, qui a investi son argent personnel et son temps, qui a mis en péril sa vie de famille (le couple a deux fils, Julien, 10 ans, et Raphaël, 7 ans) et sa santé… Eh oui, des patrons sincères et exemplaires, il y en a ! Et qui, parfois, ne gagnent pas plus que leurs employés, et qui ne prennent pas de vacances ou très peu.

Les chapitres s’égrainent avec, en entête, les différentes définitions de principe et de suspension. Au lecteur de voir celle qui lui convient, en équilibre ou pas. « Elle [Olivia] admire son travail, son engagement. Sauver des emplois, des vies, sans que jamais personne le remercie… Jusqu’à y laisser sa peau… » (p. 79). Née dans une famille ouvrière, j’ai été touchée par cette histoire, plus que par celle du couple de La téméraire de Marine Westphal qui m’avait ennuyée… C’est parce qu’elle a du corps, de la matière ! « Tu veux sauver des gens, des emplois ? Tu veux être un bon patron ? T’es pas dans l’humanitaire, t’es pas assistante sociale ! Qu’est-ce que ça peut faire que tu sois un chic type si tu plantes ta boîte ? De toute façon, il n’y en a pas un seul qui est reconnaissant des efforts que tu fais. […] » (César, le contremaître, p. 170). Le style est plutôt journalistique, normal Vanessa Bamberger est journaliste ; elle a d’ailleurs fait des recherches sur l’Ouest, sur l’industrie pharmaceutique ; le roman est bien argumenté et se lit très bien, peut-être même avec passion !

Je remercie Frédérique qui m’a envoyé ce roman dans le cadre des 68 premières fois 2017. Je le mets dans les challenges Défi Premier roman et Rentrée littéraire janvier 2017.

Le dernier songe de Lord Scriven d’Éric Senabre

Le dernier songe de Lord Scriven d’Éric Senabre.

Didier Jeunesse, février 2016, 255 pages, 14,20 €, ISBN 978-2-278-05950-8.

Genres : fantastique, espionnage.

Éric Senabre naît en 1973, il est journaliste, écrivain, musicien et… Parisien !

Christopher Carandini est journaliste, « le meilleur investigateur du milieu » (p. 3) mais il s’est attaqué à trop puissant… Ruben Kreuger, et se retrouve sans rien. Lorsqu’il voit par hasard une étrange petite annonce, il décide de se présenter. Londres, 1906. Il devient l’assistant de Mr. Arjuna Banerjee, un brahmane indien qui résout des enquêtes en analysant les détails par le rêve : « le détective du rêve » (p. 42) au 30 Portobello Road. En quelques semaines, plusieurs missions sont réussies, jusqu’au jour où leur nouveau client, Lord Walter Scriven, dit avoir été assassiné ! Le mystère étant impossible à résoudre sans plus de détails, les deux hommes s’installent au Scriven’s Manor. « Les souvenirs ne sont pas toujours des compagnons confortables… mais il faut néanmoins cheminer avec eux. » (p. 71).

Un postulat de départ original, des personnages attachants et une lecture bien agréable pour ce roman étrange et envoûtant. C’est aussi un moyen pour l’auteur de « dénoncer » les industriels qui ne pensent qu’à s’enrichir. Dommage qu’il n’y ait pas d’autres enquêtes avec Christopher Carandini et Arjuna Banerjee car la confiance et la complicité se créent peu à peu entre eux ; j’aurais été preneuse.

Un roman français mais qui se déroule à Londres au début du XXe siècle donc je mets cette lecture dans le Mois anglais car le 9 juin est la date retenue pour la littérature jeunesse. Je mets aussi cette belle lecture dans les challenges Jeunesse & Young adult, Littérature de l’imaginaire, Polars et thrillers et Printemps de l’imaginaire francophone (désolée, je n’ai pas la place pour tous les logos…).

L’homme nu de Marc Dugain et Christophe Labbé

L’homme nu : la dictature invisible du numérique de Marc Dugain et Christophe Labbé.

Coédition Robert Laffont & Plon, avril 2016, 200 pages, 17,90 €, ISBN 978-2-259-22779-7.

Genre : essai.

Marc Dugain, né le 3 mai 1957 au Sénégal, est un célèbre romancier et metteur en scène (théâtre) français. Il a reçu quelques Prix littéraires et plusieurs de ses romans ont été adaptés au cinéma, le plus connu étant La chambre des officiers.

Christophe Labbé est journaliste d’investigation au magazine hebdomadaire Le Point.

« La collecte et le traitement de données de tout type vont conditionner le siècle qui vient. Jamais dans l’histoire de l’humanité nous n’aurons eu accès à une telle production d’informations. […] Cette révolution numérique ne se contente pas de modeler notre mode de vie vers plus d’information, plus de vitesse de connexion, elle nous dirige vers un état de docilité, de servitude volontaire, de transparence, dont le résultat final est la disparition de la vie privée et un renoncement irréversible à notre liberté. […] » (p. 7, introduction).

Pourquoi, comment ? C’est ce qu’expliquent les deux auteurs dans seize chapitres explicites, argumentés, tous plus intéressants les uns que les autres. Toile numérique, téléphonie mobile, données collectées, big data, influences sur la santé et sur la vie privée, super-mondialisation… Vous saurez et comprendrez tout facilement dans cet Homme nu(mérique) vraiment abordable (mais un peu effrayant) !

Les objectifs de ces big data – les quatre plus importants sont Google, Apple, Facebook et Amazon surnommés GAFA ou « sociétés du 7e continent » – (p. 23) ? Gagner de l’argent, beaucoup d’argent ! « tout savoir sur tout » (p. 8) même si ça ne leur est pas utile tout de suite mais enregistrer, analyser, prévoir… Qu’il n’y ait plus du tout de conflits qu’ils soient personnels, professionnels, politiques, religieux… (cf. p. 181). Et pourquoi pas allonger la durée de la vie et trouver l’éternité ? (pas pour tous, pour une poignée de gens immensément riches évidemment et qui vivront dans des îlots protégés) : « vaincre le fléau originel » (p. 10) et « euthanasier la mort » comme l’a déclaré Larry Page, cofondateur de Google en juillet 2014 (p. 136).

Quels sont les risques ? L’humain sera nu devant tous ces collecteurs d’infos (big data, services de renseignements, commerces, industries…), il perdra son identité, sa vie privée, son intimité, ses données personnelles, professionnelles, médicales…

Bien sûr, il y a (et il y aura) des effets positifs ! Les connaissances, la communication, la santé, la sécurité… C’est d’ailleurs bien sûr ce qui est mis en avant par-dessus tout !

Il y a déjà des symptômes : perte des « sécrétions purement humaines » (p. 37) c’est-à-dire les émotions (véritables), l’imprévisibilité et surtout l’authenticité (« une valeur essentielle chez les Grecs anciens », p. 37), perte de la solidarité, individualisme, isolement, « psychopathologies » (p. 43), perte de la liberté individuelle (de façon pernicieuse), « forme de gouvernement mondial non élu » (p. 58), etc. Mais en tenons-nous compte ?

Certains big data sont carrément dans l’illégalité et réalisent des marchés de dupes comme par exemple des contrats entre la presse américaine et européenne directement avec les gouvernements (un patron de presse richissime est-il similaire à un président élu et peut-il signer d’égal à égal avec le représentant d’un pays ? Bien sûr que non, il lui est… supérieur !), pratiquent la censure et veulent en fait virer les États – et la démocratie – car ils les considèrent comme obsolètes et empêchant le progrès…

Quelques extraits que je voulais conserver

« Jamais, dans l’histoire de l’humanité, un aussi petit nombre d’individus aura concentré autant de pouvoirs et de richesses. » (p. 24).

« Nos données numériques ne nous appartiennent pas, nous en sommes dépouillés, les maîtres de l’industrie de la Tech se les arrogent gratuitement. C’est une partie de nous-mêmes qui nous est volée, notre empreinte numérique. Les big data ont construit leur puissance au détriment des individus. » (p. 26-27).

« L’information est infinie, et c’est ainsi que la conçoivent les big data. » (p. 63).

« La dernière chose que souhaitent les entrepreneurs du Net est d’encourager la lecture lente, oisive, ou concentrée. […] Le lecteur numérique est le prolongement de l’individu hyperconnecté qui, comme une abeille devenue folle, se livre à un butinage compulsif, sautant constamment d’un sujet à un autre. La pensée s’émiette, la réflexion se fait par spasmes. » (p. 102-103). Ce passage où les auteurs expliquent que le cerveau fonctionne différemment – et moins bien – lorsqu’on lit numérique plutôt que papier m’a découragée d’acheter une liseuse…

J’ai bien aimé l’allégorie de la caverne : réf. Platon, in La République il y a… 2500 ans ! (3e chapitre intitulé La prophétie de Platon, p. 33-44) et le parallèle avec l’hybris, le crime suprême chez les Grecs anciens (11e chapitre, intitulé Les maîtres du temps, p. 133-146).

Alors, des solutions pour lutter contre ces big data qui espionnent tout et tous ? Les auteurs en donnent dans l’avant-dernier chapitre intitulé Le retour d’Ulysse (p. 183-192) en particulier avec les hackers – attention, les hackers citoyens, les lanceurs d’alerte (pas les crackers, « sortes de hooligans du numérique » ou les phreakers ou carders, « animés par le goût du lucre », p. 185), les Anonymous, les logiciels libres, les outils d’anonymat (peu finalement…).

Intellectuellement, je comprends très bien tout ce qu’expliquent les auteurs mais… que faire ? Ne plus passer de coups de fil, ne plus envoyer de sms et de mails, ne plus consulter Internet, fuir les réseaux sociaux et les blogs ? Bien sûr, toutes ces explications font peur… mais tout cela est tellement fascinant aussi ! Transhumanisme, robotique, biogénétique, nanotechnologie, neurosciences… Alors, oui, avec ce blog, et FB, entre autres, j’externalise ma mémoire (une partie de ma mémoire seulement !) mais c’est autant pour la garder (avant, c’était sur des feuilles de papier rangées dans des classeurs !) que pour la partager et, même si cette mémoire partagée (donc utilisée par d’autres) n’est plus vraiment la mienne puisqu’elle est partagée (cf p. 178), je peux vous dire que, pour l’instant (!), mon cerveau fonctionne encore très bien, je fais des efforts de concentration, de mémoire, je ne me sens pas concernée par les symptômes de perte cités plus haut, et que tant pis si mes données sont conservées par de puissants ordinateurs super-calculateurs (cf. p. 180).

Je vais m’attacher à l’Histoire, la géographie, la cartographie, les sciences pour toujours mieux connaître ce qui m’entoure ! Je vais programmer de relire les livres fondateurs de la civilisation occidentale (avec des valeurs universelles) comme ceux d’Hérodote et d’Homère ! Je vais retenir que, malgré sa force limitée (calcul, mémoire…), le cerveau humain a développé ce que les ordinateurs n’ont pas : l’intuition, l’émotion « qui lui confère à la fois son génie et son imprévisibilité » (p. 116) car « oublier est une nécessité vitale qui nourrit l’intelligence humaine » (p. 116) et « ce n’est pas de données dont nous manquons, mais bien de ces choses que les ordinateurs ne savent pas produire : des idées, des concepts, des imaginations. » (p. 117).

Et conclure avec ces deux phrases qui me touchent particulièrement : « Ce qui constitue notre humanité, c’est indubitablement la conscience, les idées, la créativité, les rêves. L’information certes, mais en extraire la connaissance et, mieux, la sagesse, ce qu’aucun algorithme ne peut extraire. » (p. 118).

Et vous, qu’en pensez-vous ? Avez-vous lu ce livre ? Ou des articles traitant de cette dictature du numérique ? Vous privez-vous de matériel (ordinateur, téléphone, tablette, liseuse, objets connectés) pour vous défaire de cette dictature ? Ou vous vous en fichez ? Vous pensez être impuissant ? Ou vous êtes à fond là-dedans ?

J’ai trouvé cette vidéo ; même si, comme moi, c’est une émission que vous ne regardez pas, entendre les auteurs peut être tout de même intéressant :