Bien dans ma vie numéros 1 et 2

J’ai vu le n° 1 de Bien dans ma vie by Femme Actuelle (Prisma Presse, juin 2022, mensuel, 3,80 €, 148 pages) en achetant mon programme télé, je l’ai un peu feuilleté et je l’ai acheté en me disant qu’après l’avoir lu, je le donnerais à une copine qui aime bien ce genre de magazines. Lectorat ciblé : femmes de 50 ans et plus. Site officiel et newsletter : https://www.femmeactuelle.fr/biendansmavie.

Je dois dire que je n’ai pas lu de magazines féminins depuis des années… Des magazines comme Simple Things ou Open Mind m’ont plu au début puis j’ai arrêté de les acheter car je les laissais traîner sur la table du salon sans les lire alors je les ai tous donnés. Quant à Femme Actuelle, je ne le lis pas sauf quand une copine me montre un article. En ce qui concerne Bien dans ma vie, j’ai appris en lisant l’édito que c’est la transformation de Femme Actuelle Senior (que je ne connais pas) en Bien dans ma vie.

Qu’offre ce 1er n° ? Il commence avec des petits articles comme Good news (des bonnes nouvelles sociales, médicales, littéraires, naturelles, militantes…) et La liste de mes envies (des produits pour toutes les bourses de 5,50 € à 140 €) puis il est composé de 4 parties (avec plus ou moins de pages) : S’épanouir (émotions, ADN, liberté, sexualité, apprendre une langue étrangère, bouger avec plaisir, massage sonore pour le corps et l’esprit, ice-thérapie pour l’énergie), Profiter (mode, beauté, gastronomie – apéro à l’espagnole, recettes qui semblent très bonnes avec de belles photos, et autres recettes –, voyage – Palerme, infos, idées, guide –, interview – François-Xavier Demaison –, culture – expos, cinéma et DVD, musique, livres –, saga – Florence Arthaud –…), Optimiser (consommation – dépenser moins –, débit internet, aide juridique gratuite, Droit – succession, syndic, assurance-vie, ONG… –, déco – canapés de jardin –, DIY, jardinage…), Respirer (mémoire, diététique, étirements, gynéco après 50 ans, Lune et santé, médecine du monde – Japon –, santé, nutrition – vitamines –, vrai/faux…) avec des spécialistes et des témoignages. Ensuite il y a un beau Cahier Région (« Le Béarn sauvage », plein d’infos diverses et de belles photos), des jeux et… l’horoscope (qui ne m’intéresse pas du tout). Évidemment, il y a des pubs (ciblées santé, culture, bien-être…), je pense que c’est une ‘obligation’ pour les magazines féminins. Alors ? Eh bien, je l’ai lu avec plaisir et beaucoup d’articles et d’infos m’ont intéressée au point d’acheter le n° 2.

Le n° 2 de Bien dans ma vie (Prisma Presse, juillet 2022, 3,80 €, 148 pages). Il est construit de la même façon que le 1er n°, « frais et inspirant, complice et joyeux, ludique et pratique. » (extrait de l’édito, p. 3). Le collier rouge « Quito » (p. 10) et joli mais trop de rangées (5) pour moi… Dans S’épanouir, partir en voyage seule, les 20 aliments qui rendent heureux (ah, il y a le chocolat noir mais seulement en 16e position !), les musées en virtuel, entre autres. Dans Profiter, protection solaire (bon, ce n’est plus d’actualité… de même que les maillots de bain), soins beauté, mode, un petit séjour à Porto (belles photos, bonnes idées), cuisine (salades estivales), interview de Charlotte Valandrey, les pages culture (musique, spectacles, cinéma, livres), saga Anne-Sophie Pic (son restaurant est à Valence) et quelques autres petits articles. Dans Optimiser, les pharmacies en ligne, les parents âgés, guide pratique de nos droits, internet, cosmétiques faits maison, déco, DIY, jardinage, entre autres. Dans Respirer, musique, remèdes d’ailleurs, nouveaux produits, hygiène, perte de poids (témoignages), allergies, nutrition, etc. Et le cahier région avec cette fois « La Bretagne des terres » (un beau dossier, avec de belles photos et beaucoup d’infos). Et enfin, comme dans le 1er n°, des pages de jeux (et l’horoscope). Voilà, les rubriques habituelles, pour cette revue qui plaira aux quinquas et plus âgé(e)s. Je n’ai pas pris le temps de le lire tout de suite et je n’ai pas acheté les numéros suivants, mais j’ai donné ces deux numéros à la copine à laquelle je pensais et elle était ravie.

Entre les lignes de Baptiste Beaulieu et Dominique Mermoux

Entre les lignes de Baptiste Beaulieu et Dominique Mermoux.

Rue de Sèvres, mai 2021, 168 pages, 20 €, ISBN 978-2-81020-250-8. Vous pouvez feuilleter 8 pages sur le site de l’éditeur.

Genres : bande dessinée française, drame familial, Histoire.

Baptiste Beaulieu naît le 2 août 1985. Il est médecin et auteur. D’abord un blog Alors voilà (pas de mise à jour depuis juin 2021) et un livre où il raconte son quotidien professionnel (Alors voilà : Les 1001 vies des urgences en 2013) puis des romans, des nouvelles, de la poésie et de la bande dessinée (Les mille et une vies des urgences en 2017 et Entre les lignes, adaptée du roman Toutes les histoires d’amour du monde, en 2021).

Dominique Mermoux naît en 1980 en Haute-Savoie. Il étudie à l’École des arts décoratifs à Strasbourg, il obtient un BTS en communication visuelle et un diplôme en illustration. Il travaille comme dessinateur pour la presse et pour des scénaristes de bandes dessinées. Plus d’infos sur son site officiel (j’ai déjà lu L’appel de Galandon et Mermoux et j’avais même rencontré les auteurs !).

Moïse, le grand-père, est mort, « âpre, renfermé, taciturne » (p. 14). Dans ses affaires, son fils, Denis, trouve trois carnets avec des dizaines de lettres et une photo d’une Anne-Lise Schmidt que personne ne connaît. Il veut partir sur les traces de Moïse, pour découvrir son enfance, son passé, pour découvrir ce qu’il n’a jamais dit, ni à son épouse, ni à lui mais il en est empêché par des problèmes cardiaques.

Alors qu’il est hospitalisé, il se confie à Baptiste, son fils qui, étonné, demande : « Il y a quoi dans ces lettres ? – La plus belle histoire d’amour que j’aie jamais lue. » (p. 13). « Les billets de train et l’hôtel sont déjà réservés… » (p. 15) alors le fils se décide : « Je vais y aller, moi. Je partirai à ta place. Sur les traces de Moïse, comme tu dis, avec les carnets. Et quand j’aurai fini, je t’aiderai à trouver cette Anne-Lise. » (p. 16).

Baptiste lit alors les lettres que Moïse écrivait à Anne-Lise et il apprend tout ce qu’il ne savait pas sur son grand-père, Moïse, né le 10 juillet 1910 à Fourmies dans le Nord, son enfance, son meilleur ami, et puis en août 1914 la mobilisation des hommes donc de son père qui ne reviendra pas… À 5 ans, Moïse ne comprend pas vraiment que son père est mort…

Toutes les lettres sont datées du 3 avril de 1960 à 2007, toute une vie ! « Pourquoi écrivait-il une fois par an, toujours à la même date ? » (p. 22).

Dans le Nord de la France, Baptiste rencontre quelques descendants de ceux qui ont connu Moïse mais ils n’ont pas grand-chose à lui raconter… alors il invente des choses à raconter à son père et s’en ouvre à Anna-Lisa, sa sœur aînée qui a été adoptée.

« Sans doute est-ce une émotion effroyable pour les morts qu’on a chéris que d’assister, impuissants, à l’œuvre du temps sur nos douleurs. Tout s’estompe, hélas ou tant mieux ! Même les plus gros chagrins s’émoussent. Mais les regrets, oh, les regrets… Ils enflent avec les années, ils vous dévorent le soir, ils teintent de tristesse le plus joyeux des rires et tournent à l’amer le plus sucré des mets. » (extrait de la lettre du 3 avril 1973, p. 48).

Trente ans après que son père soit parti se battre contre les Allemands, Moïse est mobilisé… « De ma première bataille, je n’ai gardé que l’image d’un immense chaos, et celle de l’arme, vieille et usée, qu’on me colla dans les mains. C’était à R… quelque chose, je ne me souviens plus du nom (Rothel ? Rethel ?), mais je sais que les Allemands étaient les plus forts, c’est cent mètres par cent mètres que nous reculions. Avais-je peur ? Évidemment que oui, ma petite souris. Avais-je le choix ? Évidemment que non. » (extrait de la lettre du 3 avril 1981, p. 69).

Au bout d’un moment, Baptiste se pose la même question que je me pose : « […] à quoi bon rédiger des lettres sans les envoyer ensuite ? Cela n’avait aucun sens. » (p. 73).

Une très belle phrase de Moïse : « […] je ne me fais aucune illusion : c’est si banal, la guerre. La paix, c’est ça qui est rare. Ça qui est extraordinaire […]. » (p. 157).

Quelle bande dessinée magnifique, émouvante, bouleversante même, pourquoi n’ai-je pas repéré le roman paru chez Fayard/Mazarine en octobre 2018 ? C’est tout le XXe siècle qui défile avec les dessins délicats de Dominique Mermoux et le texte profond de Baptiste Beaulieu. Une histoire vraie ! Une histoire d’amour, de guerres, de famille (et de secrets de famille), de paternité, de transmission avec un brin d’humour de temps en temps (heureusement).

Beaucoup de personnes ayant vécu la guerre (ou les deux guerres mais il n’y en a plus il me semble) et les camps n’ont jamais voulu parler mais c’est important pour leurs enfants, petits-enfants et arrières-petits-enfants. Si vous êtes encore là, parlez, racontez, délivrez-vous ! Je n’ai jamais su ce que mes grands-parents ont vécu enfants pendant la Première guerre mondiale et ce qu’ils ont vécu jeunes adultes pendant la Seconde guerre mondiale…

Ils l’ont lue : Mylène (je savais bien que je l’avais déjà vue quelque part) et aussi Alain Paul sur Cases d’Histoire (abondamment illustré), Caroline, Coco, Hélène et Mumu (qui a aimé les illustrations mais pas l’histoire ni dans le roman ni dans la BD), d’autres ?

Pour La BD de la semaine (plus de BD de la semaine chez Stéphie) et les challenges Adaptations littéraires (cette BD est l’adaptation du roman de l’auteur), BD 2022, Challenge lecture 2022 (catégorie 53, un livre dont le personnage principal est une personne âgée, il y a Denis et Baptiste bien sûr mais c’est bien Moïse, père de Denis et grand-père de Baptiste, le personnage principal, on le suit de son enfance jusqu’à sa mort et ce sont les lettres qu’il a écrites pendant près de 50 ans que nous lisons).

Ci-dessous, la vidéo présentant le roman et le travail de Baptiste Beaulieu :

Au service secret de Marie Antoinette 2 – Pas de répit pour la reine de Frédéric Lenormand

Au service secret de Marie Antoinette 2 – Pas de répit pour la reine de Frédéric Lenormand.

La Martinière, octobre 2019, 336 pages, 14,90 €, ISBN 978-2-73249-188-2.

Genres : littérature française, roman policier historique.

Frédéric Lenormand naît le 5 septembre 1964 à Paris. Il grandit au milieu de la culture grâce à sa famille (père professeur, mère directrice d’un centre de documentation, grand-père collectionneur d’art japonais). Il est diplômé en langues (anglais, italien et russe) et étudie à l’Institut d’études politiques de Paris puis à la Sorbonne. À 24 ans, il écrit ses cinq premiers romans puis enchaîne avec les séries policières historiques comme Les nouvelles enquêtes du Juge Ti (27 tomes entre 2004-2021), Les mystères de Venise (5 tomes entre 2008-2012, sous le pseudonyme de Loredan), Voltaire mène l’enquête (13 tomes entre 2011-2020), Arsène Lupin (4 tomes entre 2018-2022), Au service secret de Marie Antoinette (7 tomes entre 2019-2022), entre autres, plus des romans, des essais, du théâtre et de la littérature jeunesse. J’ai rencontré Frédéric Lenormand aux Quais du polar (Lyon) le 30 mars 2013 et il m’a dédicacé une des Nouvelles enquêtes du Juge Ti (je ne sais plus quel titre, il faudrait que je le retrouve, il est sûrement encore dans un carton) ; je l’ai trouvé très sérieux mais ce fut agréable de discuter avec lui (photo ci-dessous). Plus d’infos sur sa page FB.

Cliquez !

Après avoir vu cette série chez Sharon, j’ai été tentée et j’ai réservé les deux premiers tomes qui étaient disponibles dans les bibliothèques, malheureusement je n’ai reçu que le tome 2, donc je lirai L’enquête du Barry, le premier tome, plus tard, tant pis…

Avril 1775, Paris. Rose Bertin est couturière, habilleuse attitrée de la reine. Léonard Autier est coiffeur et perruquier, il tient un salon avec ses deux jeunes frères, Jean-François et Pierre, il est coiffeur attitré de la reine.

Les deux ne s’entendent pas (insultes savoureuses à découvrir) mais, après avoir habillé et coiffé la maréchale de Rochambeau, ils achètent ensemble un billet de loterie pour les bonnes œuvres (la farine a augmenté, personne ne sait pourquoi, et le pain est hors de prix). À leur grande surprise, leur billet à dix sous, le n° 326, gagne « Une splendide œuvre d’art traditionnel des Amériques rapportée par nos valeureux navigateurs ! […] Elle représentait un bonhomme grimaçant, au nez crochu, coiffé d’une couronne de plumes. […] pas très haute […] très massive, compacte, et même pesante. » (p. 22-23). Bizarrement plusieurs personnes veulent leur acheter cette statuette noire, allant même jusqu’à proposer quinze livres ! Rose et Léonard s’enfuient et, lorsque Léonard fait tomber la statuette, Rose comprend : le noir n’est que de la peinture, la statuette est en or massif !

Alors qu’ils retournent chacun à leur boutique, Léonard est alpagué par des messieurs de la guilde des perruquiers-barbiers-chirurgiens de Paris (qu’est-ce que les trois métiers ont à voir entre eux ?). S’il veut conserver la mention « Maître Perruquier » sur son enseigne, il doit avoir l’approbation de la guilde et donc savoir couper un membre, recoudre une plaie, saigner un patient… « Votre ignorance est un outrage à la tradition millénaire de notre corporation ! Sans diplôme de chirurgie, point d’agrément ! » (p. 29). Gloups… Dès le lendemain, Léonard se rend au collège Saint-Côme pour suivre les cours de « Timoléon Rainssard, l’éminent spécialiste du squelette et des organes internes » (p. 31) et il va apprendre des choses bien utiles pour mener des enquêtes, « établir la cause d’un décès grâce à l’examen d’ossements, même très anciens. […] identifier les maladies, les épidémies, les maux divers […] et percer à jour, a posteriori, les manigances des assassins – notamment celles des empoisonneurs, qui sont les plus pervers. […] Voilà qui pouvait aider la police, se dit Léonard. Partant, cela pouvait manifestement aussi aider les coiffeurs aux ordres de la reine. » (p. 32).

C’est grâce à un orfèvre, collectionneur d’origine espagnole, Rubino de Bazazia, que Rose et Léonard apprennent l’histoire de la statuette en or et du fabuleux trésor perdu du pirate Henry Morgan qui reçut cinq malédictions. Comme la statuette est maudite, il refuse de l’acheter et les renvoie chez eux.

Quelques jours après, à Versailles. Ayant raconté une partie de l’histoire de Morgan à Marie-Antoinette, la reine charge Rose et Léonard de retrouver le reste du trésor ainsi elle pourra offrir du pain au peuple. On est loin du « S’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche ! », phrase que Jean-Jacques Rousseau dit être celle d’une « grande princesse » (sans la citer) dans ses Confessions (écrites en 1765 et publiées en 1782) et attribuée faussement à Marie-Antoinette. Comment les deux larrons vont-ils trouver un trésor perdu au large « de l’île de Saint-Gonâve, dans la grande baie du côté français de Saint-Domingue. » (p. 59) ? Je vous laisse le découvrir en lisant ce roman à la fois historique et divertissant, genre cozy mystery à la française. Car, de la même façon que la reine d’Angleterre ne peut quitter son palais pour enquêter, elle envoie sa secrétaire particulière, Rozie Oshodi (je parle de Sa Majesté mène l’enquête 1 – Bal tragique à Windsor de S.J. Bennett qui m’avait aussi enchantée mais il y a aussi la série Son espionne royale de Rhys Bowen ou la reine anglaise précédente envoie Georgina enquêter), ici Marie-Antoinette prisonnière du palais de Versailles et espionner par tous, a trouvé deux bons enquêteurs qui peuvent aller partout vu leurs métiers, Rose et Léonard.

C’est aussi un roman social qui se déroule entre avril et mai 1875 et qui parle de la guerre des farines, des augmentations exagérées du prix du pain, du peuple en colère qui se révolte, de Turgot qui avec son libéralisme à l’anglaise embobine le roi Louis XVI (plus préoccupé par ses serrures et ses mécanismes d’horlogerie que par le fait de gouverner mais qui aime son peuple et refuse que les soldats tirent), Turgot donc qui reste sur ses décisions au détriment des avis des autres ministres, mais la reine Marie-Antoinette œuvre en secret (avec Rose et Léonard) pour nourrir le peuple ! D’ailleurs, je pense que plusieurs lecteurs ont eu, comme moi, envie de déguster les macarons qui apparaissent sur la couverture, eh bien le roman est comme ces impertinents macarons (en période de disette), coloré et délicieux !

Quelques jeux de mots amusants avec les ossements de Blanquette de Limoux (p. 33) ou l’alcool la prunelle de Meyzieu (p. 100) et des clins d’œils aux événements qui ont secoué la France avant la pandémie (manifestations, gilets jaunes…).

Sharon qui a lu Le coiffeur frise toujours deux fois (tome 6) et L’enquête du Barry (tome 1) a bien raison, cette série est « très plaisante » et j’ai hâte de lire les autres tomes même si je dois les lire dans le désordre !

Ils l’ont lu : Bianca de Des livres, des livres, Catherine de Ballade au fil de l’eau, Froggy, Sharon (citée plus haut), d’autres ?

Pour Polar et thriller 2022-2023 et Vendredi Lecture avec le thème de septembre, polar historique (je n’ai pas compris si on devait publier le(s) billet(s) en septembre et avant le 4 octobre, date sur le logo ou uniquement le 4 octobre, tant pis…).

Nézida de Valérie Paturaud

Nézida : le vent sur les pierres de Valérie Paturaud.

Liana Levi, mai 2020, 192 pages, 17 €, ISBN 979-10-349-0256-9. Il est sorti en poche : Piccolo, n° 169, septembre 2021, 224 pages, 9 €, ISBN 979-10-349-0445-7.

Genres : littérature française, premier roman.

Valérie Paturaud « a exercé le métier d’institutrice dans les quartiers difficiles des cités de l’Essonne après avoir travaillé à la Protection judiciaire de la jeunesse. Installée depuis plusieurs années à Dieulefit, elle s’intéresse à l’histoire culturelle de la vallée, haut-lieu du protestantisme et de la Résistance. Avec son premier roman, Nézida […], elle signe un récit polyphonique intense et émouvant. » Source : éditeur, aucune autre info trouvée. Par contre, elle habite dans la Drôme, à Dieulefit donc, à moins de 70 km de Valence, alors peut-être que je la rencontrerai lors d’une rencontre en librairie ou dans un salon littéraire !

Nézida est alitée, à ses côtés un berceau avec un bébé silencieux. Une jeune fille prend soin d’elle en attendant… « le médecin viendra, ce soir, accompagné du pasteur, peut-être. » (p. 14).

Nézida naît le 18 novembre 1856 à Comps dans la Drôme dans une famille protestante. Ses parents, Suzanne et Pierre Cordeil, ont une petite ferme avec le grand-père, ils cultivent des noix et des châtaignes et élèvent quelques bêtes (des chèvres puisqu’ils font du fromage, ah le picodon !, des moutons, des vaches et des poules aussi). Plus tard naissent ses deux frères, Paul le 19 septembre 1859 et Jean-Louis dit Léopold le 10 mars 1862. Nézida est mal aimée de ses parents qui préfèrent Paul, leur fierté (avant qu’il ne les déçoive car il veut étudier et lire comme sa sœur). C’est une enfant silencieuse, discrète, qui n’a qu’une amie, Joséphine née le 28 mars 1857, mais s’entend très bien avec son grand-père qui l’emmène en balade avec le chien et lui prête des livres.

« Les années passèrent, j’eus bientôt l’âge de fréquenter les cabarets du village comme les autres hommes. » (Paul, p. 23). Là, les informations circulent avec « les hommes de passage » (p. 23) et Paul reçoit avec avidité des nouvelles politiques et autres informations qui changent des histoires familiales du village de Comps aux veillées du soir. Il y a une vie, ailleurs, dans la Drôme mais aussi dans le Dauphiné et en Provence. « La période était riche en événements et je peux dire que mon intérêt pour la politique est né à cette époque. » (Paul, p. 24), pas du tout ce que ses parents ont prévu pour lui puisqu’en tant que fils aîné, il doit reprendre la ferme !

« L’un de mes plus jolis souvenirs avec elle ? C’est une odeur de violette et de terre sous les ongles, d’avoir arraché à mains nues des fleurs nouvelles avec leurs racines. » (Joséphine, p. 30). Elles allaient ensuite vendre ces fleurs le dimanche au marché de Dieulefit (environ 8 km à pieds).

Nézida a plus de 25 ans et n’est toujours pas mariée, contrairement aux autres filles du village qui ont déjà plusieurs enfants… Elle aide les enfants d’ailleurs, à l’école, avec l’instituteur de son enfance. « Comme je l’ai dit, après avoir été une très bonne élève, Nézida a continué à venir régulièrement à l’école pour me seconder. » (Jean-Antoine Barnier, p. 42). Alors qu’il y a souvent des différends entre catholiques et protestants au village, l’instituteur est étonné par le comportement et les avis de Nézida. « Tant de tolérance chez une jeune femme qui n’avait jamais quitté notre campagne m’impressionnait. Son intuition, sa logique, sa vision des réformes nécessaires pour la formation des enfants, futurs citoyens, m’étonnaient. Son intelligence palliait l’absence d’expérience. » (Jean-Antoine Barnier, p. 45).

« Seul son grand-père avait droit à ses sourires. […] Maintenant, avec le recul, je crois qu’elle l’aimait surtout car il était le seul à prendre le temps d’écouter les découvertes qu’elle faisait dans ses livres. Il l’encourageait, la félicitait pour sa lecture parfaite et sa belle écriture. Je n’osais rien dire. » (Suzanne, p. 54) qui explique pourquoi elle n’a pas pu s’attacher à sa fille.

Le père de Nézida est fier que sa fille soit allée à l’école plus longtemps que les autres et qu’elle ne soit pas obligée d’aller travailler dans les industries de la soie [un des thèmes du premier roman Mémoire de soie d’Adrien Borne, coup de cœur en février 2021]. Mais il aimerait que sa fille se marie… Avec un gars du village, par exemple Isidore, le fils du métayer du château, un bon gars, solide et travailleur, mais qui n’a jamais osé faire sa demande… Au lieu de ça, Nézida a rencontré Antonin Soubeyran au mariage d’une cousine à Dieulefit. Un Lyonnais issu d’une famille bourgeoise…

« Ce fut la première fois que j’entendis son prénom. J’en avais imaginé plusieurs que son souvenir m’avait inspirés. Je n’avais jamais entendu celui-là. Unique, comme elle. » (Antonin, p. 77) et, après un des premiers rendez-vous à Dieulefit, « Plus tard, Nézida m’a avoué être revenue chez elle à pied en chantonnant, légère, heureuse, pleine de projets, sans inquiétude ni crainte. Oui, beaucoup plus libre que moi face aux réactions familiales ! Je l’ai si souvent admirée pour sa capacité à choisir sa vie, à affirmer ses choix. » (Antonin, p. 79-80). Nézida et Antonin se sont « mariés le 15 septembre 1883 à la mairie, puis au temple de Comps. » (p. 80).

« À Lyon, nous étions libres de nos choix, de nos fréquentations. Dans notre vie professionnelle, dans nos activités sportives, les relations humaines sont régies par d’autres critères : l’origine sociale et géographique, les études… » p. 85), Henry explique bien la différence entre les villages très attachés à la religion, les catholiques d’un côté, les protestants de l’autre, alors qu’à Lyon où ils ont étudié et où ils travaillent, son frère Antonin et lui sont anonymes parmi d’autres anonymes et la religion n’a pas (tant) d’importance.

Nézida et Antonin sont heureux, elle s’est engagée rapidement à l’entraide protestante, elle attend un enfant et souhaite ensuite s’inscrire à l’école d’infirmières avec sa nouvelle amie lyonnaise, Camille. « Une femme pouvait être ambitieuse, volontaire et libre. » (Henry, p. 90). Nézida a un bel avenir devant elle ! « Nous nous sentions utiles, mais pas seulement : nous apprenions, nous réfléchissions, nous étions intellectuellement satisfaites. » (Camille, p. 99).

« Je ne savais pas, ne l’ayant pas appris, qu’une femme pouvait désirer plus et autre chose que la maternité. Je pensais que ce serait pour elle un aboutissement. Elle allait trop vite et trop fort pour un homme comme moi, prisonnier des carcans de la religion et de la morale. » (Antonin, p. 164).

En fait, comme vous avez pu vous en rendre compte avec les extraits (je tenais à citer plusieurs personnes), Nézida est un roman choral et chaque chapitre est raconté par un de ses proches, ses frères Paul et Léopold, son amie Joséphine, le maître d’école Jean-Antoine Barnier, sa mère Suzanne, son prétendant Antonin Soubeyran et les deux frères d’Antonin, Ovide et Henry, Camille.

Chacun a ses propres souvenirs avec Nézida et sa propre vision de qui elle est en réalité ou dans leur imagination (ou leurs certitudes).

L’autrice raconte tout, le moindre détail, le moindre geste, ça m’a surprise au début, je me suis dit que la lecture allait être longue mais, en fait, ça coule tout seul, c’est fluide, c’est beau et passionnant. Cerise sur le gâteau, je ne suis généralement pas fan du roman choral mais celui-ci, je l’ai vraiment bien apprécié et je vous le conseille (vous découvrirez la région dans laquelle je vis, même si ça a changé en plus d’un siècle !).

Qui l’a lu ? : Alex, d’autres ?

Pour Petit Bac 2022 (catégorie prénom avec Nézida).

Carbone & Silicium de Mathieu Bablet

Carbone & Silicium de Mathieu Bablet.

Ankama, collection Label 619, août 2020, 277 pages, 22,90 €, ISBN 979-10-335-1196-0.

Genres : bande dessinée française, science-fiction.

Mathieu Bablet naît le 9 janvier 1987 à Grenoble (Isère, France). Il étudie les arts appliqués à l’Enseignement aux arts appliqués et à l’image (ENAAI) de Chambéry puis propose ses dessins aux éditions Ankama (en tant qu’auteur et dessinateur). Ses précédents titres (tous chez Ankama) sont La Belle Mort (2011), Adrastée (2 tomes, 2013, 2014) et Shangri-La (2016). Il participe aussi à DoggyBags (BD collective, tome 2 en 2012, 7 et 8 en 2015) et à Midnight Tales en 2018 (BD et nouvelles en recueils, tomes 1 à 4). Plus d’infos sur son site officiel.

Je vais enfin lire cette bande dessinée énorme qui pèse une tonne (!) et qu’il est impossible de lire à bout de bras, allongée !

Extrait de la préface de la professeure Noriko Ito, directrice de recherche à la Tomorrow Foundation :« Comment rendre notre I.A. humaine ? ».

An 1, Silicon Valley. Le marché est inondé de robots américains, chinois et russes (des I.A. rudimentaires de Mekatronic) mais deux I.A. ‘fortes’ sont conçues par l’équipe de la professeure Noriko Ito à la Tomorrow Foundation. Elles connaissent tout de l’humanité et de son histoire, elles n’émettent pas de jugement mais elles peuvent continuer d’apprendre, prendre des décisions, même faire de l’humour et peut-être plus encore.

Malheureusement, elles doivent être rentables (remplacées le plus rapidement et souvent possible) et leur durée de vie n’est prévue que pour 15 ans (Ito s’est montrée convaincante en réunion et a obtenu 15 ans au lieu des 5 prévues par le boss). Mais les I.A., connectées à tout, savent et qu’est-ce que c’est que 15 ans ?… D’autant plus que des milliers d’autres sont déjà en construction, « Nos usines de montage tournent à plein régime, il faut inonder le marché avant que la concurrence ne le fasse. » (p. 19).

Les I.A devront s’occuper des trop nombreuses personnes âgées dont les familles ne veulent plus s’occuper. Mais ces deux I.A. ‘fortes’ sont uniques, elles ont un nom, Carbone (C6) et Silicium (Si14). Et, illégalement, Ito trouve une solution pour eux deux contre leur obsolescence programmée.

Je ne vous dis pas ce qui se passe (à vous de le découvrir en lisant cette incroyable BD) mais c’est du costaud (et pas seulement parce que la BD est lourde) ! Ito donne tout dans son travail au détriment de sa vie personnelle et de sa vie de famille (elle a une fille). Et ce n’est pas toujours facile pour Carbone et Silicium… Mais l’auteur balade ses lecteurs partout dans le monde au fil des années (jusqu’à l’an 271) et ça ne va pas en s’arrangeant, ni pour les humains ni pour les robots… Beaucoup de thèmes sont abordés – qui représentent à la fois l’anticipation, le post apocalyptique, le cyberpunk, la poésie et la philosophie aussi – travail, surpopulation (avec ce que ça implique, migration, famine, vieillissement…), technologie, éthique, transhumanisme, liberté, et aussi collectivité (connectivité), écologie…

Quant aux dessins, ils sont tout simplement splendides, les couleurs parfaites, les cases architecturales et j’ai remarqué quelque chose : les personnages n’ont pas vraiment de pieds, aussi bien les humains que les I.A., j’ai eu l’impression que ça montrait leur fragilité, une possibilité pour eux de tomber (unitairement et collectivement). « Pourquoi toute cette douleur ? Pourquoi toute cette haine ? Pourquoi toute cette violence ? » (p. 178), à votre avis, qui parle, un humain ou un robot ?

Dans la postface, Empreinte Carbone, Alain Damasio invente un mot, et quel mot ! Et je le comprends tout à fait parce que qu’est-ce que j’ai été émue en lisant cette bande dessinée. Il puis, il explique si bien des choses que j’avais à peine osé deviner. Une chose est sûre, Carbone & Silicium est une œuvre grandiose ! Qui a bien mérité ses prix Utopiales BD 2021 et BD Fnac France Inter 2021.

Ils l’ont lu : Benjamin – Une case en plus, Caroline – Un dernier livre avant la fin du mondeJulien – Carnets dystopiques, Mo – Bar à BD, Nausicaah – Marchombre, Nicolas – Just a Word, Noukette, Usbek & Rica, Zoë – Le coin des desperados (abondamment illustré), d’autres ?

Pour La BD de la semaine (plus de BD de la semaine chez Noukette) et les challenges BD 2022, Bingo littéraire d’Hylyirio (n° 11, une bande dessinée ou un roman graphique, 5e billet), Challenge lecture 2022 (catégorie 52, un livre qui a gagné un prix littéraire) et Littérature de l’imaginaire #10.

Il existe une édition prestige noir et blanc (2e vidéo) mais je préfère la version couleur.

Epsil∞n n° 12 (juin 2022)

Les précédents numéros : Epsil∞n n° 1 (juillet 2021), Epsil∞n n° 2 (août 2021), Epsil∞n n° 3 (septembre 2021), Epsil∞n n° 4 (octobre 2021), Epsil∞n n° 5 (novembre 2021), Epsil∞n n° 6 (décembre 2021), Epsil∞n n° 7 (janvier 2022), Epsil∞n n° 8 (février 2022), Epsil∞n n° 9 (mars 2022), Epsil∞n n° 10 (avril 2022) et Epsil∞n n° 11 (mai 2022).

Epsil∞n « décrypte le monde » avec « des infos fiables », « des points de vue singuliers » et « des rubriques décalées ». Plein d’actus illustrées avec les nouvelles technologies, les nouvelles découvertes, les nouvelles avancées de la science, dans les rubriques au début de la revue, « Fil d’actus » et « En images » avec des infos et des photos surprenantes. Les deux gros articles (l’enquête et le dossier) et de nombreux articles et photographies concernant presque tous les domaines scientifiques, puis le cahier Pop’Sciences toujours scientifiques mais plus divertissant.

Je mets toujours du temps pour lire et rédiger mes billets alors j’ai décidé dès le n° 10 de faire plus court puisque chaque numéro est construit de la même façon (voir ci-dessus).

Epsil∞n n° 12 (juin 2022).

Epsil∞n, édité par Unique Héritage Média (UHM), 100 pages, juin 2022, 4,90 €.

Un numéro toujours richement illustré (l’édito parle justement de l’image et des photos) avec 90 scientifiques du monde entier interrogés et une belle couverture lunaire sobre.

Au sommaire, Club Epsil∞n (courriers des lecteurs), les rubriques Fil d’actus (plusieurs sujets abordés), En images (toujours de très belles photos, par exemple l’étoile de mer en 3D p. 14-15 ou le tube pollinique de la fleur d’arabette des dames p. 18-19), Labyrinthe qui est de retour (le casse-tête de la cigarette électronique, que je suis contente de ne pas fumer et pas vapoter !), Atlas (les barrages envahissent les rivières, 42 % de rivières obstruées dans le monde…), Contre-pied (« Non, il n’y a pas moins de guerres »), Analyse (guerre en Ukraine, faut-il craindre une famine mondiale ?, les scientifiques ne sont pas alarmistes, « la production mondiale ne s’est pas effondrée », p. 33 mais il y a les aléas climatiques… À noter que « la Russie est le premier exportateur d’engrais azotés, le deuxième d’engrais potassiques et le troisième pour les phosphatés. » (p. 34, finalement ce n’est pas plus mal que ces produits ne soient plus exportés !), C’est dans l’air (les espèces disparues qui réapparaissent), Big data (comment le cerveau grandit).

L’enquête, « L’impasse de l’IA, de plus en plus raciste, de plus en plus sexiste », eh bien j’en avais entendu parler mais cet article est édifiant ! « Le biais est partout, c’est le problème des IA basées sur des données statistiques. » (p. 23).

Le dossier, « Pourquoi nous vivons tous au rythme de la Lune », de plus en plus d’études montrent que tout le vivant est touché par les différentes phases de la Lune et les marées, les plantes, les coraux, les poissons et le plancton, les anguilles, les huîtres, les insectes, les batraciens, les oiseaux, les mammifères, y compris les humains (luminosité, effets de gravité, chronobiologie, horloge biologique dédié à la Lune…). Je note le site de l’IMCCE (Observatoire de Paris).

Puis des rubriques Bonne nouvelle (le boson W est trop lourd mais ça parle aussi du Boson de Higgs, de photons et de leptoquarks, je n’ai pas tout compris…), Jurassic Park (l’ADN des dinosaures, un article sérieux et les paléobiologistes ont encore du travail devant eux), Exploit (rajeunissement de 30 ans de cellules, c’est l’épigénétique), Exploration spatiale (les mégafusées, le retour, en prévision de la construction de Gateway, la station orbitale lunaire prévue par la NASA), Covid-19 (à Wuhan, le « marché de Huanan, aile ouest, allées 4 à 10 » p. 81, voilà ce que c’est que de vendre des animaux sauvages et vivants illégalement ! Mais les scientifiques ne connaissent toujours pas le progéniteur du virus et le patient zéro…).

Et à la fin le cahier Pop’Sciences qui apporte humour et originalité tout en restant scientifique : la lumière de la baudroie, la marche des dinosaures, la nage des bactéries, la rapidité des Avars (je ne connaissais pas ce peuple), l’exposition Jean Painlevé, les pieds dans l’eau à Paris jusqu’au 18 septembre (son nom me dit quelque chose, je regarderai ses œuvres sur internet), des projets comme ces tours modulaires imprimées en 3D (un projet aussi créé par des architectes ukrainiens, voir le n° 10), entre autres.

Encore un très bon numéro ; un magazine sérieux, abordable pour tous les lecteurs même les moins fondus de sciences. Je vais lire le n° 13 rapidement (j’aurai rattraper mon retard puisqu’il ne me restera à lire que le n° 14, tout récent, et les 3 hors séries). Vous aimez les sciences ou vous êtes curieux de découvrir les sciences de façon agréable et à petit prix ? Lisez Epsil∞n ! Vous pouvez toujours consulter les sources sur epsiloon.com/sources.

Epsil∞n n° 11 (mai 2022)

Les précédents numéros : Epsil∞n n° 1 (juillet 2021), Epsil∞n n° 2 (août 2021), Epsil∞n n° 3 (septembre 2021), Epsil∞n n° 4 (octobre 2021), Epsil∞n n° 5 (novembre 2021), Epsil∞n n° 6 (décembre 2021), Epsil∞n n° 7 (janvier 2022), Epsil∞n n° 8 (février 2022), Epsil∞n n° 9 (mars 2022) et Epsil∞n n° 10 (avril 2022).

Epsil∞n « décrypte le monde » avec « des infos fiables », « des points de vue singuliers » et « des rubriques décalées ». Plein d’actus illustrées avec les nouvelles technologies, les nouvelles découvertes, les nouvelles avancées de la science, dans les rubriques au début de la revue, « Fil d’actus » et « En images » avec des infos et des photos surprenantes. Les deux gros articles (l’enquête et le dossier) et de nombreux articles et photographies concernant presque tous les domaines scientifiques, puis le cahier Pop’Sciences toujours scientifiques mais plus divertissant.

Je mets toujours du temps pour lire et rédiger mes billets alors j’ai décidé avec le numéro précédent de faire plus court puisque chaque numéro est construit de la même façon (voir ci-dessus).

Epsil∞n n° 11 (mai 2022).

Epsil∞n, édité par Unique Héritage Média (UHM), 100 pages, mai 2022, 4,90 €.

Un numéro toujours richement illustré avec 85 scientifiques du monde entier interrogés et on retrouve l’enquête qui avait laissé sa place à un gros dossier dans le numéro précédent et on retrouve aussi une belle couverture colorée. « Après la publication, le 4 avril dernier, du rapport du GIEC dédié à l’analyse des moyens de limiter le dérèglement climatique, nous avons interrogé des experts pour savoir s’il y avait encore de l’espoir. » (extrait de l’édito, p. 3).

Au sommaire donc, comme d’habitude, Club Epsil∞n (courriers des lecteurs) que j’avais oublié de citer précédemment, les rubriques Fil d’actus (plusieurs sujets abordés), En images (très belle – et rare – photo d’un hippocampe pygmée « au milieu des gorgones pourpres », p. 14-15, entre autres), Atlas (les éclairs dans le monde), Contre-pied (« Non, il n’y a pas moins de guerres »), Analyse (« Climat, peut-on encore éviter le pire ? »), C’est dans l’air (les épaves qui refont surface et les réserves d’eau pour l’agriculture), Big data (le cancer chez les mammifères). Il n’y a pas de rubrique Labyrinthe dans ce numéro.

L’enquête, « Ils veulent manipuler nos rêves » (p. 20-27) fait un peu froid dans le dos car des entreprises et des publicitaires sont prêts à infiltrer nos rêves pour nous inciter à consommer plus ! Bon, j’avoue qu’après avoir beaucoup joué à des jeux vidéo, j’ai déjà rêvé de Tetris ou de Mario mais que ça devienne une manipulation invasive et incontrôlable, pas question !

Le dossier, « Énergie quantique, elle fait exploser toute la physique » (p. 40-53). J’ai entendu parler de la physique quantique pour la première fois dans les années 1980 et je ne comprends pas toujours tout mais ce dossier – qui parle plus particulièrement de la thermodynamique quantique ou thermo-quantique – est passionnant. L’illustration p. 42-43 est superbe. Je note le roman Quantum Steampunk de Nicole Yunger Halpern (2022), un film que je n’ai jamais vu Cohérence de James Ward Byrkit (2013) et le site du physicien Vlatko Vedral (mais c’est en anglais alors je ne sais pas si je vais vraiment comprendre).

Puis des rubriques Écosystèmes « Les vieux arbres sont les gardiens des forêts » (un très bel article sur ces arbres rares et exceptionnels), Voie Lactée « Ainsi est née notre galaxie » (très belles illustrations), Tardigrade « Le souffre-douleur absolu » (« Nombre d’invertébrés aquatiques, d’insectes ou de bactéries essuient leur lot d’extrêmes violences expérimentales. Mais ce que subissent aujourd’hui les tardigrades dépasse l’entendement. » p. 66, non aux expériences sur les animaux quels qu’ils soient !), Data « Elles parlent » (grâce à leur analyse transformée en macroscopes) et Odorat « On commence à le comprendre » (environ 400 récepteurs dans notre nez !, et les humains sont aussi doués que « les mammifères terrestres réputés pour leur nez […]. Seul le chien semble meilleur. », p. 80 mais il est considéré comme « un sens mineur », p. 82).

Et à la fin le cahier Pop’Sciences qui apporte humour et originalité tout en restant scientifique : pieuvres à 10 bras, manuscrits médiévaux, face cachée de la Lune, dague de Toutânkhamon, champignons anesthésiés, Dans les yeux de Thomas Pesquet (film documentaire), bateaux qui glissent au-dessus de l’eau, serres pour plantes rares, voiture imprimée en 3D (57 composants au lieu de 2000 !)

Encore un très bon numéro ; un magazine sérieux, abordable pour tous les lecteurs même les moins fondus de sciences. Je vais lire le n° 12 rapidement (pour continuer de rattraper mon retard). Vous aimez les sciences ou vous êtes curieux de découvrir les sciences de façon agréable et à petit prix ? Lisez Epsil∞n ! Vous pouvez toujours consulter les sources sur epsiloon.com/sources.

Il me reste les numéros 12, 13, 14 et 15 (acheté tout récemment) à lire (plus les 3 hors-séries).

Epsil∞n n° 10 (avril 2022)

Les précédents numéros : Epsil∞n n° 1 (juillet 2021), Epsil∞n n° 2 (août 2021), Epsil∞n n° 3 (septembre 2021), Epsil∞n n° 4 (octobre 2021), Epsil∞n n° 5 (novembre 2021), Epsil∞n n° 6 (décembre 2021), Epsil∞n n° 7 (janvier 2022), Epsil∞n n° 8 (février 2022) et Epsil∞n n° 9 (mars 2022).

Epsil∞n « décrypte le monde » avec « des infos fiables », « des points de vue singuliers » et « des rubriques décalées ». Plein d’actus illustrées avec les nouvelles technologies, les nouvelles découvertes, les nouvelles avancées de la science, dans les rubriques au début de la revue, « Fil d’actus » et « En images » avec des infos et des photos surprenantes. Les deux gros articles (l’enquête et le dossier) et de nombreux articles et photographies concernant presque tous les domaines scientifiques, puis le cahier Pop’Sciences toujours scientifiques mais plus divertissant.

Je mets toujours du temps pour lire et rédiger mes billets alors j’ai décidé de faire plus court puisque chaque numéro est construit de la même façon (voir ci-dessus).

Epsil∞n n° 10 (avril 2022).

Epsil∞n, édité par Unique Héritage Média (UHM), 100 pages, avril 2022, 4,90 €.

Un numéro toujours richement illustré avec 111 scientifiques du monde entier interrogés mais un numéro différent car il n’y a pas d’enquête mais un gros dossier spécial (p. 34-57). « […] la science peut éclairer le nouvel ordre, ou plutôt le nouveau désordre du monde. » (extrait de l’édito, p. 3).

Au sommaire donc, comme d’habitude, les rubriques Fil d’actus (plusieurs sujets différents), En images (très belle image inédite de la Voie Lactée p. 14-15), Analyse (sur les mathématiques), Atlas (sur la flore mondiale), Contre-pied (sur la peur des serpents), Labyrinthe (sur le béton), C’est dans l’air (sur les objets écrasés sur la Lune), Big data (sur les neurones chez les animaux).

Puis le gros dossier spécial de 23 pages (les thèmes sont sur la couverture), un numéro plus sombre (et pas seulement avec sa couverture noire alors que les précédentes couvertures étaient si colorées) mais toujours très instructif et même passionnant (et pas trop alarmiste quoique certaines armes cyber ou laser font un peu peur), « Le monde se prépare à une cyber-guerre. D’autant plus activement qu’on se demande si elle n’a pas déjà commencé. » (p. 41).

Puis des rubriques Cosmos (planètes orphelines ou « flottantes », éjectées ?), Parthénogenèse (un bébé toute seule), Hunga Tunga (éruption du volcan sous-marin), Virus (Epstein-Barr), Radiofréquences (fin de polémique).

Et à la fin le cahier Pop’Sciences qui apporte un peu d’humour et d’aération de l’esprit : une planète ovale, des vaches qui produisent plus de lait grâce à des casques de réalité virtuelle !, les baleines ne s’étouffent jamais (ouf !), des espèces d’arbres encore inconnues, des pailles antiques, des escape games, des projets incroyables (pour Mars inventé par des architectes ukrainiens, île nénuphar, boîte mémoire), des produits geek, des chats psychopathes, entre autres.

Encore un très bon numéro ; un magazine sérieux, abordable pour tous les lecteurs même les moins fondus de sciences. Je vais lire le n° 11 dans la foulée (pour continuer de rattraper mon retard) parce que je n’arrive pas à lire de livres depuis le début du mois… Vous aimez les sciences ou vous êtes curieux de découvrir les sciences de façon agréable et à petit prix ? Lisez Epsil∞n ! Vous pouvez toujours consulter les sources sur epsiloon.com/sources.

Il me reste les numéros 11, 12, 13 et 14 (acheté tout récemment) à lire (plus les 3 hors-séries) mais, en juillet, Epsil∞n a fêté sa première année alors je vous remets la vidéo :

L’extraordinaire voyage du chat de Mossoul d’Élise Fontenaille et Sandrine Thommen

L’extraordinaire voyage du chat de Mossoul raconté par lui-même d’Élise Fontenaille et Sandrine Thommen.

Gallimard Jeunesse, collection Giboulées, octobre 2018, 30 pages, 13 €, ISBN 978-2-07509-538-9.

Genres : littérature française, littérature jeunesse, album illustré.

Élise Fontenaille naît le 10 août 1960 (tiens, j’avais noté 1962 précédemment) à Nancy (Meurthe-et-Moselle). Elle étudie la sociologie et l’ethnologie à Bordeaux puis à Toulouse. Elle devient journaliste à Paris puis vit pendant 2 ans à Vancouver au Canada en tant qu’attachée de presse au consulat de France. Elle écrit ensuite plusieurs romans (plutôt jeunesse), reçoit plusieurs prix littéraires et travaille aussi pour des magazines d’actualités. J’ai déjà lu cette autrice avec, entre autres, L’été à Pékin.

Sandrine Thommen, née dans les Cévennes, étudie à l’École Estienne à Paris puis à l’École supérieure des Arts décoratifs de Strasbourg. Elle est illustratrice, vit à Paris et s’intéresse au Japon. Elle a plusieurs fois exposé ses œuvres (en France et au Japon). La suivre sur son Instagram et voir ses illustrations sur son site officiel et sur Etsy.com.

Résumé de l’éditeur (site et 4e de couv’) : « Il était une fois un chat extraordinaire, et ce chat, c’est moi ! Je vivais à Mossoul chez ma maîtresse, Samarkand, et je ronronnais à longueur de journée : le chat le plus heureux du monde ! Mais un jour, les hommes en noir ont envahi la ville. Nous nous sommes enfuis, nous avons traversé des frontières et moi, pour la première fois, j’ai vu la neige et la mer. Oui mais voilà : je me suis perdu ! Et bien croyez-moi ou pas : c’est très loin tout au nord que j’ai retrouvé ma famille. De l’Irak à la Norvège, ça en fait un bout de chemin, mais c’est ce qui s’est vraiment passé ! Et moi je suis toujours le chat le plus heureux du monde ! »

Habibi (un chat angora blanc) vit avec ses humaines (la mère, Samarkand, et ses quatre filles, Zora, Lamia, Fatima et Zineb) dans une magnifique maison « un vrai palais pour un chat » (p. 7) avec un magnifique jardin et de beaux arbres, le « paradis des chats » (p. 7). Parfois de jolies minettes passent et il leur offre « des criquets, bien croquants sous la dent » (p. 7). Vous imaginez donc très bien que Habibi (qui signifie ‘mon chéri’) est effectivement le plus heureux des chats !

Mais lorsque des hommes en noir arrivent en ville et interdisent aux filles d’aller à l’école (un comble, Sarmarkand était tout de même institutrice !), entre autres choses, la mère (veuve depuis 3 ans) décide de partir en pleine nuit avec ses filles, sans prévenir personne et sans rien emmener que Habibi bien sûr. Avant de partir, Samarkand caresse les arbres du jardin en pleurant, Habibi aussi, « c’est la première fois que je quittais ma maison et mon jardin : mon royaume. » (p. 8). J’ai ressenti toute la tristesse de cette situation.

Heureusement tout ce petit monde est en voiture grâce à Mushin, chauffeur et ami de la famille, et peut traverser l’Irak (une petite partie) et la Turquie sans encombres (ce qui n’est pas toujours le cas). Le groupe arrive bien sur l’île de Lesbos (Grèce) mais Habibi sort de son panier, il aimerait bien une petite souris, c’est un poisson qu’il ramène mais sa famille n’est plus là : elles sont parties grâce à une association humanitaire en demandant bien à Hannah (une des membres) de chercher Habibi et d’en prendre soin.

Sur le port, Habibi est rejeté par les autres chats, il est un étranger, il ne va pas voler leurs poissons quand même ! Il se réfugie dans la forêt… Lorsque Hannah retrouve Habibi, c’est trop tard, sa famille est déjà partie, alors elle le garde un mois (cure de sardines !) puis le confie « à son ami Thomas, un jeune médecin qui rentrait en Allemagne » (p. 21) à Berlin. Heureusement Samarkand avait déposé un message sur le site de l’association humanitaire. Direction Bergen, en Norvège, sous la neige, de nouvelles aventures pour Habibi !

Cette histoire, joliment racontée par Habibi lui-même peut sembler un conte moderne mais c’est une histoire vraie qui s’est déroulée en 2015. Habibi coule des jours heureux, câliné par ses humaines et par les clients du petit restaurant que Samarkand a ouvert. « Je dédie cette histoire au peuple irakien, à son courage formidable, en particulier aux femmes et aux enfants, et bien sûr, à mes amis les chats, du monde entier. » (l’autrice, p. 29). Si l’Irak et le peuple irakien vous intéressent, je vous conseille la lecture de Que sur toi se lamente le Tigre d’Émilienne Malfatto, un premier roman grandiose mais dramatique… Les illustrations de Sandrine Thommen sont très belles, soit en pleine page (il y en a même 3 en double page) soit sur la page de texte et elles accompagnent parfaitement le texte. En fin de volume, il y a une carte qui montre le périple de Habibi (dommage, il n’y a pas le nombre de kilomètres parcourus). Ce très bel album illustré a reçu le Prix Dé’Lire 2022.

L’âge préconisé par l’éditeur est entre 6 et 9 ans : cet album est vraiment pour faire comprendre aux jeunes enfants le sort des migrants, à travers les yeux d’un chat, et leur apprendre l’empathie et la solidarité. Les adultes peuvent évidemment aussi être touchés (et pas seulement ceux qui aiment les chats) parce que Mossoul, c’est ‘simplement’ une ville détruite que l’ont voit (voyait) aux infos.

Ils l’ont lu : Audrey de Light & Smell, Céline de Charthémiss, Julien de Mangeur de livres, d’autres ?

Pour les challenges Jeunesse young adult #11, L’été lisons l’Asie (MENU DE SEPTEMBRE : MÉMOIRES D’ASIE = lire un livre historique, une saga familiale, un livre avec un vêtement traditionnel sur la couverture, une biographie ou un témoignage, nous avons ici une histoire vraie irakienne, une histoire familiale, à la fois biographie et témoignage), Petit Bac 2022 (catégorie Lieu pour Mossoul) et Les textes courts.

Célestopol 1922 d’Emmanuel Chastellière

Célestopol 1922 d’Emmanuel Chastellière.

L’homme sans nom, mars 2021, 416 pages, 21,90 €, ISBN 978-2-918541-71-4. Sur le site de l’éditeur, il est possible de charger librement la nouvelle Une nuit à l’opéra Romanova (3 parties).

Genres : littérature française, science-fiction, nouvelles.

Emmanuel Chastellière naît en 1981 à Aubenas (en Ardèche) et s’intéresse très jeune aux littératures de l’imaginaire. Il étudie l’Histoire et se lance dans l’aventure Fantasy en 2000 avec Elbakin.net : j’ai l’impression de suivre ce site depuis ses débuts sans connaître les noms de ses créateurs. D’ailleurs je pense avoir découvert Emmanuel Chastellière en tant que traducteur (La chute de la Maison aux Flèches d’Argent d’Aliette de Bodard) avant de le découvrir en tant qu’auteur car c’est cette traduction qui m’a donné envie de le lire. Plus d’infos sur son site et son blog Un mot après l’autre ainsi que sur sa page FB et la page FB de Célestopol.

Vous vous rappelez que j’avais lu et aimé Célestopol (en libretto parce que je ne l’avais pas trouvé aux éditions de l’instant…). Eh bien, voilà, je me lance enfin dans Célestopol 1922 ! Comme pour chaque recueil de nouvelles que je lis, j’aime bien faire un topo et donner un ou deux extraits de chaque nouvelle avant de donner mon avis général sur le livre (le billet est donc un peu long).

Toungouska – Janvier 1922. Ça commence bien puisqu’Arnrún et Wojtek (mes personnages préférés de Célestopol) sont de retour mais… une petite faute page 10 : « Wojtek préféra ne pas rien dire », ne rien dire, c’est mieux (j’espère qu’il n’y aura pas d’autres fautes, vous savez que je n’aime pas ça…). Je rappelle qu’Arnrún est une mercenaire islandaise et Wojtek un ancien soldat dans un corps d’ours qui parle. Ils sont tous deux envoyés en Sibérie (sur Terre donc) par le duc Nikolaï, ‘le prince de la Lune’, car il y a eu un accident en 1908 et une partie de la forêt avait brûlé.

Mon rossignol – On retourne à Célestopol sur la Lune. Alissa une ouvrière qui voudrait faire avancer les droits sociaux et Milan, un député au Parlement, se revoient après huit ans. Mais il n’est pas sûr d’être réélu et de pouvoir faire quelque chose pour elle et ses camarades. D’autant plus que, sur Terre, en Russie, l’impératrice Glorianna a fait passer « par les armes un certain Lénine et ses comparses, après des mois de remous et une prétendue tentative d’assassinat. » (p. 37). Mais la politique n’est pas une tendre amie… Et si Milan la trahissait de la même façon qu’à la fin de leurs études ?

Sur la glace – Pour un gala de patinage au Grand Palais de Céléstopol, le duc Nikolaï invite Victor un grand patineur (et son épouse Colette) mis aux bans de la société par l’impératrice Glorianna. C’est Ajax le majordome automate de Nikolaï qui accompagne partout Victor et, en l’observant s’entraîner sur un étang gelé loin des yeux, il comprend ce qu’a vécu le patineur. Quand le sport et la politique ne font pas bon ménage…

Memento mori – Une famille juive de Bessarabie s’est exilée à Célestopol mais la mère est morte et le père, Joseph Ackerman, médecin très occupé quoique mal payé, n’arrive pas à gérer ses deux filles, Judith 16 ans et Azra 10 ans. La seule chose qui compte pour lui, le memento mori, le petit mausolée consacré à sa défunte épouse. La seule chose qui compte pour les filles, sortir, voir du monde mais elles n’en ont pas le droit. Un cruel drame familial.

Une nuit à l’opéra Romanova – Arnrún et Wojtek ont été embauchés pour protéger les objets à vendre à l’hôtel des ventes, je dis objets mais en fait, la salle est remplie de magiciens et prestidigitateurs qui achètent des tours. Le plus important est le dernier, le n° 50, le Miroir du monde, créé par Buatier de Kolta qui est mort récemment sur scène et l’enchère démarre à deux mille roubles. Sélim le Magnifique l’obtient pour cinq mille roubles et incite tout le monde de venir à sa nouvelle représentation à l’opéra Romanova. « Et je la conclurai… par ce tour ! » (p. 120). Après avoir livré sa malle à l’Ottoman, celui-ci les embauche pour sa propre protection jusqu’au spectacle. Une deuxième faute page 150 : « Je suis désolée, poursuivit Sélim, je n’en aurais toutefois pas pour tout le monde », c’est je n’en aurai (futur pas conditionnel). Incident diplomatique à Célestopol sur fond de magie et d’art !

Le correcteur de fortune – « Pollux […] le cheval de course le plus célèbre au monde » (p. 163) qui gagne toutes ses courses vient d’arriver quatrième au grand prix de l’hippodrome de Célestopol ! Est-ce que Vassili qui vient d’arriver sur la Lune et le ducat d’argent qui ne le quitte jamais y sont pour quelque chose ? Ensuite, il est pour la première fois au Grand Palais pour assister à une compétition d’échecs entre Boris Illivitski, le champion en titre, et un automate, « Ce n’était qu’un torse, avec des mains lui permettant de manipuler les pièces. Mais Vassili n’était pas dupe : cette apparence ne signifiait aucunement qu’il n’était pas capable de jouer, et même de bien jouer. » (p. 174). La chance va-t-elle encore lui sourire ? Une troisième faute page 180 : « Vassili […] fit aussitôt fit volte-face ».

Katarzyna – Après avoir trop bu dans un bar, Kasia, dernière cliente, est abusée par le jeune serveur. « La jeune femme s’enfonça dans les rues, étonnamment déserte cette nuit. » (p. 193). Mais, alors qu’elle est loin des quais, la brume de sélénium est étonnamment haute aussi… Pendant cinq ans, Kasia état pilote pour l’Aéropostale mais elle a arrêté de travailler il y a huit mois… Et elle boit trop, depuis que Piotr, son mari, pilote lui aussi, a disparu… « Son appareil s’était volatilisé quelques heures après le décollage. » (p. 195). Mais lorsqu’elle rentre, un message l’attend avec des coordonnées pour retrouver Piotr !

Le revers de la médaille – Bo-yeong, Coréenne, conçoit des décors en particulier pour le théâtre et vend des livres d’occasion dans sa roulotte ; son mari, Előd est restaurateur de tableaux mais il aimerait vivre de sa peinture. Elle aurait voulu être à l’inauguration de l’amphithéâtre Pierre Curie la veille au soir mais Előd l’avait invitée au théâtre et la pièce lui a déplu… Elle aime lire et tient même un salon de lecture mais… « Dans l’esprit de tout un chacun, lire, entre autres choses, demeurait un loisir frivole. Qui pouvait se permettre de se laisser aller à l’oisiveté quand la crise menaçait ? » (p. 222). Un jour, elle rencontre par hasard une dame et l’invite chez elle à son salon de lecture mais elle ne sait pas que c’est Tuppence Abberline, la maîtresse du duc Nokolaï, qui ensuite lui fera une étrange proposition.

Un visage dans la cendre – Kokorin est un voleur mais il respecte le code d’honneur des Vorovskoy Mir (le monde des voleurs). Or des Cheyennes sont arrivés à Célestopol et ils ne respectent rien… Rien à voir avec les Indiens d’Amérique, ils sont comme les Apaches, les voyous de Paris. «un code que  ces ‘terreurs’ d’un genre nouveau considéraient avec un cynisme et une arrogance extraordinaires. Leurs méthodes, leur manque de discrétion… […] Ils lui étaient tombés dessus à six […] » (p. 238-239). Mais des gamins ont remarqué qu’en une nuit, les chats ont tous disparu alors que, parmi eux, un plus petit, Frigg, était leur mascotte… Kokorin va-t-il retrouver les chats ? Une quatrième faute page 244, « À parti du moment ».

La malédiction du pharaon – Le Caire, septembre 1922. Howard Carter peint pour survivre. Par manque de subventions, les fouilles archéologiques sont arrêtées depuis deux ans : « l’Empire russe de la cruelle tsarine Glorianna et la Nouvelle-France du téméraire Napoléon IV avaient broyé l’Angleterre, littéralement ou presque. » (p. 266). Un soir, il est contacté par un inconnu, Ajax (qui n’est pas un inconnu pour le lecteur), qui lui propose un chantier… sur la Lune ! « En toute discrétion, cela va de soi. » (p. 270). Une semaine plus tard, Carter secondé par des automates découvre un chantier incroyable et des inscriptions avec un alphabet bien plus qu’antique !

Paint Pastel PrincessChez Hécate, un bordel de luxe à Célestopol, enfin « un établissement de standing » (p. 298). Léon, le gardien, a dû mettre dehors, Igor, le chauffagiste qui essayait de violer Hilda, le nouvel automate féminin. Pélagie, une Berlinoise venue s’installer sur la Lune, est une spécialiste des masques « pour les blessés de guerre, les défigurés. […] Des dizaines de masques, bien plus élaborés, bien plus réalistes que la moyenne, qui lui avaient valu la reconnaissance de ces braves jeunes gens et l’intérêt de la maison close. » (p. 301). Léon est un vétéran de la guerre de Crimée mais il n’est pas une gueule cassée, il a perdu une main et porte une prothèse (il ne quitte jamais son gant) ; il est hanté par la colline sur laquelle sont morts presque tous ses camarades. « […] il était là, avec eux. Chaque nuit. Avec les morts, ces éclopés incapables de se faire à leur nouvelle existence, si loin de cette vie qu’ils avaient espéré retrouver. » (p. 306). Une cinquième faute page 329, « Je viendrais vous voir prochainement avec le reste. », de nouveau c’est le futur pas le conditionnel donc je viendrai.

La fille de l’hiver – Décembre 1922. Célestopol prépare Noël et « Les lumières du marché de Noël de Célestopol scintillaient gaiement sous le dôme de verre de la cité lunaire. » (p. 331). Mais les miséreux n’en profitent pas, rares sont ceux qui peuvent s’offrir un vin chaud ou un sachet de marrons… Pourtant une jeune femme en haillons s’aventure sur le marché (illustration de couverture) sous les regards stupéfaits puis méprisants des ‘honnêtes’ gens. Un policier s’approche d’elle mais elle tremble et ses propos sont inintelligibles, à part « Kocht… » et « Ni… Nikolaï » (p. 335) puis elle se met à hurler, « Un cri sauvage, vibrant de souffrance. » (p. 335) à tel point que tout le monde doit se mettre les mains sur les oreilles et à tel point que la statue gigantesque de Nikolaï se fissure et se casse ! Qui est cette fille de l’hiver qui a disparu ? Une sixième faute page 384, « Je ne me serai souvenu de rien », ce n’est pas le futur mais je ne me serais, une septième page 393, « je ne pourrais jamais rentrer chez moi. », ici c’est l’inverse, c’est je ne pourrai, et une huitième page 397, « Anastasia, dès je t’ai aperçue », il manque le que, décidément…

Danser avec le chaos – Janvier 2023, désert de Lirania. Trois jeunes femmes, Elzebeth, Aranaï et Taledine, ont volé un des grimoires sacrés des sorcières de Thran pour l’apporter au Prophète qui est annoncé. « Les Parchemins du Chaos. Tchernobog. Le Dieu Noir. Le Dieu de la Lune. » (p. 404). Mais les jeunes femmes se réveillent dans les ténèbres… « Vous avez dérobé ce qui ne vous appartenait pas […]. Vous vous êtes moquées des ouvrages sacrés de mes disciples. La nuit et l’obscurité règnent ici. Il est temps pour vous de payer le prix de votre audace. » (p. 410). Alors que le duc Nikolaï ne pense qu’à la science, il y a peut-être bien un peu de magie sur la Lune !

Voilà, j’ai lu les 13 nouvelles de ce deuxième recueil de Célestopol et j’ai pris du plaisir à passer cette année 1922 sur la Lune. C’est ma deuxième incursion sur la Lune et j’ai été enchantée de retrouver Arnrún et Wojtek (qui étaient mes personnages préférés de Célestopol comme je l’ai dit plus haut) et j’ai bien aimé Ajax, le majordome du duc Nikolaï (qui peut-être n’apparaît pas auparavant ou alors il ne m’avait pas autant marquée qu’ici). Je passe sur les huit fautes (de grammaire ou d’inattention, citées ci-dessus) et je dis que l’ouvrage est quand même un livre soigné avec ses jolies entêtes de chapitres (une illustration genre architecture de métal et de verre qui correspond très bien à la cité lunaire). Comme dans le premier recueil, ces nouvelles de science-fiction sont spatiales (sur la Lune, sans être du space opera) et rétro-futuristes (un début de XXe siècle différent du nôtre et plus futuriste au niveau technologique) avec son côté steampunk (où la vapeur est remplacée par du sélénium, l’énergie gazeuse sur la Lune). Les nouvelles sont également plus ou moins liées entre elle, en tout cas, il y a un fil directeur qui les relie (par exemple, dans Un visage dans la cendre, c’est sûrement Joseph, le médecin de Memento mori que Kokorin voit ivre à l’auberge, et dans La fille de l’hiver, le lecteur retrouve Judith, une des deux filles de Joseph, il y a comme un petit côté Comédie humaine avec ces personnages qui (ré)apparaissent). De plus, le style de l’auteur est fluide, maîtrisé, il a toujours le mot juste, il ne s’étale pas, il écrit ce qu’il faut pour que les nouvelles aient la bonne taille et leur chute est souvent terrible. Il y a bien sûr des clins d’œil à Jules Verne, à Lovecraft, entre autres. Les sujets abordés sont souvent douloureux comme la guerre, l’espionnage, la pauvreté et la lutte sociale, l’exil, la politique, des choses que, peut-être le duc Nikolaï aurait voulu laisser sur Terre mais qui malheureusement persistent sur la Lune, mais il y a aussi de l’art, de la magie, du sport, des amitiés et même des chats. Célestopol 1922 a été nominé pour plusieurs prix littéraires en 2021 et 2022.

Ils l’ont lu : Aelinel de La bibliothèque d’Aelinel, Amanda sur Les Fantasy d’Amanda, Apophis de Le culte d’Apophis, Boudicca sur Le Bibliocosme, CélineDanaé de Au pays des CaveTrolls, Le Chien critique, Les chroniques du Chroniqueur, Dup de Bookenstock, La Geekosophe, Gromovar de Quoi de neuf sur ma pile, Karine sur ImaJnère, Lhisbei de RSF blog, Lorhkan, Lune de Un papillon dans la Lune, Maks de Un bouquin sinon rien, Nicolas sur Just a Word, Le nocher des livres, Sometimes a book, Stéphanie sur De l’autre côté des livres, Symphonie de L’imaginaerum de Symphonie, Le syndrome Quickson, Yuyine, Zina sur Les pipelettes en parlent, Zoé prend la plume, d’autres ?

Pour les challenges Littérature de l’imaginaire #10, La bonne nouvelle du lundi, Petit Bac 2022 (catégorie Chiffres pour 1922), Textes courts (nouvelles entre 14 et 60 pages) et Vapeur et feuilles de thé.