De pierre et d’os de Bérengère Cournut

De pierre et d’os de Bérengère Cournut.

Le Tripode, août 2019, 219 pages, 19 €, ISBN 978-2-37055-212-9.

Genre : littérature française.

Bérengère Cournut naît en 1980. Elle a déjà écrit des contes, des textes (illustrés) pour la jeunesse et Née contente à Oraibi (Le Tripode, 2016) sur les Indiens Hopis.

Une nuit, Uqsuralik a mal au ventre, elle se lève et sort de l’igloo. « L’air glacé entre dans mes poumons, descend le long de ma colonne vertébrale, vient apaiser la brûlure de mes entrailles. Au-dessus de moi, la nuit est claire comme une aurore. La lune brille comme deux couteaux de femmes assemblés, tranchants sur les bords. Tout autour court un vaste troupeau d’étoiles. » (p. 11). Elle entend un craquement et se rend compte que la banquise se sépare ! Son père, attiré par le bruit, a le temps de lui tendre une amulette (une dent d’ourse), une peau et un harpon (mais la flèche se casse) avant que le morceau de banquise ne l’éloigne. Uqsuralik est séparée de sa famille, livrée à elle-même sur ce morceau de banquise qui dérive. Mais, tout à coup, surgissent Ikasuk (la meilleure chienne de son père) et quatre chiots, ils étaient enfouis sous un monticule de neige. « Je suis seule – avec cinq chiens fraîchement sortis du néant. » (p. 14). « Ma seule chance de survivre est de rejoindre un bout de terre, une de ces montagnes au loin. » (p. 15). « J’ignore combien d’obstacles me séparent du rivage et des autres humains. » (p. 16).

De pierre et d’os est un beau texte, bien écrit, mais j’ai vraiment l’impression que l’autrice raconte les images d’un documentaire… C’est plus un récit ethnologique qu’un roman (je n’utilise pas ethnographique car l’autrice n’a pas été sur le terrain). De plus… Les chiots attaquent et Uqsuralik ne peut pas les retenir à chaque fois… Elle est « obligée » d’en tuer un qui se jette sur elle… « Je ramène le chien encore chaud entre les murs de l’igloo, je remets la porte en place et je le dépèce. Sa viande est infecte, mais le sang tiède ramène la vie en moi. » (p. 19). J’ai déjà supporté l’ignominie dans Sauvage de Jamey Bradbury, je ne me sens pas de lire un autre livre du même genre… Je poursuis un peu en diagonale… Non seulement elle mange le chiot mais elle jette les restes aux trois autres qui, affamés, se jettent dessus… Comme les Inuits parlent peu, le livre est agrémenté de chants qui racontent leur vie, leurs peines, etc., comme Le chant du père (le premier chant) : « Aya aya ! / La nuit est tombée / Nous avons marché / La banquise s’est brisée / Aya aya ! / J’avais une fille / L’eau a ouvert sa bouche / Pour me l’enlever / […] » (p. 22).

Au bout de plusieurs jours de marche, et après avoir compris que le géant légendaire de l’île ne veut pas d’elle sur son île, elle rencontre un groupe de trois familles en traîneaux avec leurs chiens. Ils la surnomment Arnaautuq, ce qui signifie garçon manqué. Au bout de quelques saisons, naît Hila, une petite fille, mais le père Tulukaraq a disparu avec son kayak. « […] je ne suis pas en paix. » (p. 104).

Je ne sais pas si je vais continuer, il (ou elle) regarde ceci ou cela, il (ou elle) dit ceci ou cela, il (ou elle) fait ceci ou cela… Tout est tellement précis, pointilleux que la lecture en devient laborieuse… (Je l’ai finalement terminé en diagonale). Toutefois ce livre est instructif avec la vie des Inuit, les légendes, les esprits, le chamanisme… Mais ce n’est pas ce que je recherchais dans ce roman qui n’en est pas vraiment un (les 200 et quelques pages m’ont paru très longues…). Il a cependant reçu le Prix du roman FNAC. En fin de volume, il y a un cahier de photographies (en noir et blanc).

Une lecture pas indispensable pour moi que je mets dans les challenges 1 % Rentrée littéraire 2019 et Contes et légendes 2019 (dans la rubrique Une histoire venue de loin).

Phèdre de Racine

Phèdre de Racine.

Théâtre classique, 2015, 78 pages.

Genre : théâtre classique.

Jean Racine naît le 22 décembre 1639 à la Ferté-Milon dans l’Aisne dans une famille de petits notables mais il devient orphelin jeune. Ses professeurs sont les Solitaires de Port-Royal. Comme une carrière ecclésiastique ne lui convient pas, il se dirige vers les Lettres : la poésie et le théâtre. Ses pièces sont des tragédies (Alexandre le Grand, Andromaque, Britannicus, Bérénice, Bajazet, Mithridate, Iphigénie, Phèdre…) ; il n’écrit qu’une seule comédie (Les Plaideurs en 1668). Il y a beaucoup à dire sur Racine (Académie française, anoblissement, etc.) mais je vous laisse consulter tout ça sur une encyclopédie ou sur Internet ! Il meurt le 21 avril 1699 à Paris et il est enterré à l’église Saint-Étienne-du-Mont à Paris.

Phèdre et Hippolyte est une tragédie en 5 actes, en vers, jouée en 1677 ; son titre devient Phèdre tout simplement en 1687 et elle est réadaptée avec quelques variantes en 1697.

Phèdre est une pièce inspirée de celle d’Euripide : Phèdre est une reine engagée – par la force des dieux – dans « une passion illégitime » qu’elle essaie de surmonter de toutes ses forces, elle n’est donc « ni tout à fait coupable, ni tout à fait innocente » puisque sa destinée la dépasse ! (préface p. 4). Racine s’est « très scrupuleusement attaché à suivre la fable » et s’est tenu « de conserver la vraisemblance de l’histoire » (préface p. 5) mais il l’a adaptée pour plaire à son temps et à son public.

L’histoire se situe à Trézène, une ville du Péloponnèse. Il y a 8 personnages et quelques gardes.

« Que ces vains ornements, que ces voiles me pèsent ! / Quelle importune main, en formant tous ces nœuds, / A pris soin sur mon front d’assembler mes cheveux ? / Tout m’afflige et me nuit, et conspire à me nuire. » (Phèdre, p. 11). « Thésée est mort, Madame, et vous seule en doutez. / Athènes en gémit, Trézène en est instruite, / Et déjà pour son roi reconnaît Hippolyte. / Phèdre dans ce palais tremblante pour son fils, / De ses amis troublés demande les avis. » (Ismène, p. 19). Phèdre pense que son époux, Thésée, disparu depuis six mois, est mort, et elle avoue à Hippolyte son amour pour lui, alors qu’il est le fils que Thésée a eu avec une autre femme, Antiope, la reine des Amazones. Puisque Thésée n’est plus, un nouveau roi va être nommé et le nom d’Hyppolyte est sur toutes les lèvres mais celui-ci souhaite quitter Trézène… « Je sais, sans vouloir me flatter, / Qu’une superbe loi semble me rejeter. / La Grèce me reproche une mère étrangère. » (Hyppolite, p. 21). Et Thésée est-il vraiment mort ? « Cependant un bruit sourd veut que le roi respire. / On prétend que Thésée a paru dans l’Épire. » (Théramène, p. 28). Et effectivement, Phèdre apprend le retour de Thésée ! « Mon époux est vivant,Œnone, c’est assez. / J’ai fait l’indigne aveu d’un amour qui l’outrage. / Il vit. Je ne veux pas en savoir davantage. » (Phèdre, p. 31). Que peut-elle faire après avoir avoué son amour à Hippolyte, comment peut-elle se justifier auprès de Thésée ? « Ah ! je vois Hippolyte. / Dans ses yeux insolents je vois ma perte écrite. / Fais ce que tu voudras, je m’abandonne à toi. / Dans le trouble où je suis, je ne peux rien pour moi. » (Phèdre, p. 33). Thésée est prêt à punir cette trahison, cet adultère, presque un inceste mais heureusement Hippolyte est amoureux d’une autre femme, Aricie. « Non, mon père, ce cœur (c’est trop vous le celer) / N’a point d’un chaste amour dédaigné de brûler. / Je confesse à vos pieds ma véritable offense. / J’aime, j’aime, il est vrai, malgré votre défense. / Aricie à ses lois tient mes vœux asservis. / La fille de Pallante a vaincu votre fils. / Je l’adore, et mon âme à vos ordres rebelle, / Ne peut ni soupirer, ni brûler que pour elle. » (Hippolyte, p. 40). Encore faut-il que Thésée, en colère, croit son fils… « Il soutient qu’Aricie a son cœur, a sa foi, / Qu’il l’aime. » (Thésée, p. 42). Et comment va réagir Phèdre à cet amour d’Hippolyte pour Aricie ? « Quoi, Seigneur ! » (Phèdre, p. 42).

La tension dramatique augmente de scène en scène jusqu’à la tragique fin. On est bien dans une tragédie ! Amour interdit, culpabilité, amertume, colère, chagrin…

Il y a plusieurs versions de Phèdre : celles d’Euripide (version grèque) et de Sénèque (version latine) sont plus violentes, plus scandaleuses (inceste), celles de Robert Garnier (1573), de La Pinelière (1635), de Gabriel Gilbert (1647) sont des adaptations plus « gentilles » avec Hippolyte.

Je me suis rendu compte que j’avais beaucoup de retard pour le challenge Cette année je (re)lis des classiques #2 alors voici un troisième billet ! Peut-être aurais-je le temps, avant la fin de l’année, de (re)lire un quatrième classique pour honorer le niveau 2 ?…

Le patient de Timothé Le Boucher

Le patient de Timothé Le Boucher.

Glénat, collection 1000 feuilles, avril 2019, 296 pages, 25 €, ISBN 978-2-34402-807-0.

Genres : bande dessinée française, thriller.

J’avais beaucoup aimé Ces jours qui disparaissent (l’histoire, le thème, le dessin, l’ambiance) et j’avais noté cet auteur illustrateur pour lire sa bande dessinée suivante. Je remets ce que j’avais écrit sur Timothé Le Boucher : né le 25 octobre 1988, il est scénariste, dessinateur et coloriste de bande dessinée. Il étudie à l’École européenne supérieure de l’image d’Angoulême. Il vit actuellement à Strasbourg. Du même auteur : Skins party (Manolosanctis, février 2011), Vivre dessous (Manolosanctis, août 2011), Les vestiaires (La Boîte à bulles, mai 2014) et Ces jours qui disparaissent (Glénat, septembre 2017). Plus d’infos sur son blog.

Une petite ville. La nuit. Une jeune femme ensanglantée erre, un couteau à la main. Elle est arrêtée par la police. « C’est la petite Grimaud. – Celle qui est débile ? » (p. 7). Chez Laura Grimaud, rue des Corneilles, tout le monde est mort, poignardé, les parents, les petits frères et sœur, le cousin… Oh, le frère, Pierre, 15 ans, est encore en vie ! Il est le seul survivant du « massacre de la rue des Corneilles ». Six ans après, à l’hôpital, il sort du coma ! Il est très fatigué, souffre d’une « tétraparésie de réanimation » (p. 20), « ses progrès en rééducation sont faibles » (p. 20), il se réveille la nuit en hurlant car il a « quelques souvenirs de la nuit du drame » (p. 20) et voit un être d’ombre sur lui. Il est suivi par la doctoresse Babette Cotteau (qui est épuisée à cause de ses longues journées et du nombre de patients qu’elle doit traiter) et il va être suivi par une psychologue, Anna Kieffer. Pierre communique de plus en plus. « Heureusement je lisais beaucoup… C’était en quelque sorte ma délivrance. Ça m’a éveillé. » (p. 77). Pierre pense que sa sœur aînée était innocente, qu’il y avait un homme en noir ce soir-là, le même homme qui le hante mais, sous hypnose, la mémoire peut jouer des tours…

Le patient est tout aussi beau au niveau du graphisme (beaux dessins épurés, beaucoup de choses dans les regards, les apparences, les non-dits) et bien mené que Ces jours qui disparaissent mais il traite un thème différent : Pierre Grimaud est-il le patient que l’on pense ? A-t-il vraiment envie de se souvenir de cette soirée d’enfer ? En plus le lecteur découvre le monde hospitalier de façon réaliste, un monde à part avec ses patients et ses membres du personnel qui ont pourtant leur propre vie. Cette excellente bande dessinée est un thriller psychologique captivant : tout y est troublant, les personnages (en particulier Pierre, bien sûr, mais pas que), l’ambiance, et jusqu’à la fin bien flippante : ce jeune auteur se révèle machiavélique !

Pour La BD de la semaine, le challenge BD 2019-2020 et Polar et thriller 2019-2020. Plus de BD de la semaine chez Noukette (lien à venir).

La débusqueuse de mondes de Luce Basseterre

La débusqueuse de mondes de Luce Basseterre.

Mu, avril 2017, 304 pages, 18 €, ISBN 979-10-92961-63-8.

Le livre de poche, mars 2019, 384 pages, 8,20 €, ISBN 978-2-253-82016-1.

Genres : littérature française, science-fiction.

Luce Basseterre naît en 1957 à Toulon et vit quelques années au Québec. Elle est nouvelliste et romancière (son premier roman est Les enfants du passé paru en 2016 aux éditions Voy’el). Plus d’infos sur son site officiel, https://www.lucebasseterre.fr/ et sur sa page FB. Sont annoncés cet automne, Le chant des Fenjicks (Mu, est-ce une suite à La débusqueuse de mondes ?) et La Belle, la Bête et l’Éléphant à vapeur (Voy’el) que j’ai très envie de lire !

Otton est un Humain esclave de Racha Kan, amiral du Katamengo, il est encore en vie car « les Humains, de viande bon marché, devinrent pourvoyeurs de rêve. » (p. 9) grâce à une amélioration cybernétique.

Koba est un Fenjick cyber-amélioré, un vaisseau vivant, un « grand squale cosmique » (p. 18). « L’espace est mon milieu naturel, mon domaine, mon terrain de chasse. » (p. 13).

Koba possède des rémoraées, ou SoVIA, qui servent d’éclaireurs et analysent les données. Leurs noms ? Tupix, Choupix, Pafix, Onyx et Foutix : j’adore, ça fait Astérix !

À bord de Koba, la capitaine D’Guébachakarakt – mais on dit simplement D’Guéba – une grenouille Caudata, débusqueuse de mondes depuis 38 ans.

Les chapitres alternent entre ces trois narrateurs, Otton, Koba et D’Guéba.

Koba et D’Guéba découvrent une planète bleue. « Du passé de ce système, nous ne savons rien. Il apparaît dans l’index galactique chaleck comme stérile et inhabité. D’autres sources évoquent les traces d’une civilisation disparue. » (p. 18). « C’est sinistre , une planète abandonnée. Autant une planète vierge peut être belle, autant une planète morte est pathétique. » (p. 20).

Sur cette planète, Otton est le seul survivant du crash du Katamengo ; il est recueilli à bord de Koba et rencontre D’Guéba. « Débusqueuse de mondes : je recherche des planètes exomodelables, les ensemence et assure le suivi du processus. Lorsqu’elles sont colonisables, je les revends à des gouvernements qui ont besoin d’évacuer leur population. Mes derniers clients en date sont des Humains. » (p. 38).

Bien sûr, D’Guéba veut exomodeler cette planète bleue devenue rouge à cause de la pollution et la vendre mais Otton a reconnu la Terre et veut la revendiquer puisqu’il y était avant D’Guéba ! « Je ne sais pas grand-chose de la Terre de mes ancêtres. Quelque deux millénaires se sont écoulés depuis l’Exode. » (p. 47-48).

L’espace est vaste, peuplé de différentes espèces (des reptiliens, des insectoïdes, des hybrides…) et dans chacune de ces espèces, il y a des explorateurs, des flibustiers, des débusqueurs de mondes, des chasseurs de primes, des pirates, etc. J’imagine bien l’apparence de certaines… euh… bestioles, d’autres moins mais ce roman est très imagé, très inventif, je l’ai dévoré un dimanche (de mauvais temps) et j’aimerais vraiment en avoir plus (peut-être d’autres aventures de D’Guéba, Koba et Otton paraîtront-elles un jour ?).

Une phrase qui m’interpelle : « Si nous ne pouvons rien faire d’utile, alors, nous avons le devoir de regarder afin de témoigner, par respect pour la mémoire de ceux qui perdent leur vie dans cette ignoble tuerie. » (p. 342).

Une lecture extraordinaire, merveilleusement bien construite, à dévorer en poche si vous n’avez pas pu avoir l’exemplaire broché des éditions Mu (ce qui est mon cas).

Pour le challenge Littérature de l’imaginaire #7 (je rappelle qu’octobre est le mois de l’imaginaire).

L’île du Diable de Nicolas Beuglet

L’île du Diable de Nicolas Beuglet.

XO, collection Thriller, septembre 2019, 320 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-37448-134-0.

Genres : littérature française, roman policier.

Nicolas Beuglet… Je remets ce que j’ai écrit pour Le cri et Complot. Il vit dans la région parisienne. Il a travaillé pour la télévision. Il est maintenant écrivain. Son premier roman, Le premier crâne, est paru en avril 2011 chez Michel Lafon mais sous le pseudonyme de Nicolas Sker et j’ai très envie de le lire mais il n’est pas facile à trouver et il n’existe pas en poche… Peu d’infos sur cet auteur apparemment discret mais il a une page FB pour ses livres.

Environ un an après les événements tragiques du Complot, Sarah Geringën sort de prison et apprend que son père, André Vassili, est mort dans la nuit. « Elle avait grandi à côté de ce père, sans jamais vraiment le connaître. Quand il travaillait encore et que sa sœur et elle étaient des petites filles, ses reportages de guerre le menaient au bout du monde. Lorsqu’il rentrait, il ne parlait que très peu et ne participait pas à la vie de famille. Depuis sa retraite, il était une présence calme et toujours distante. Un être déjà absent de son vivant. » (p. 15). Mais Sarah est sous le choc lorsqu’elle apprend qu’il a été assassiné et même torturé. Sarah n’a pas le droit d’enquêter sur cette affaire mais son supérieur, le commissaire Stefen Karlstrom, a « mis en place une configuration spéciale » (p. 20) : un jeune diplômé de 32 ans, prometteur, Adrian Koll, officiellement en charge de l’enquête ; le légiste Thobias Lovsturd (avec qui Sarah a déjà travaillé dans Le cri) ; et une petite jeune qui débute, Erika Lerstad, pour le côté scientifique. « Fais en sorte d’être discrète, et sois prudente, c’est tout ce que je te demande. Ce qu’on a fait à ton père, c’est de la haine à l’état brut. » (p. 21). Mais Sarah découvre des choses étranges… Et si « son père n’était pas celui qu’il prétendait être » ? (p. 29).

De son côté, Christopher, rejeté il y a un an par Sarah qui ne voulait pas l’obliger à l’attendre, enquête, en bon journaliste d’investigation, sur l’absence de Sarah du centre de réadaptation de Hemsedal et sur la mort du petit Matts. « Christopher, qui avait cru pouvoir démentir haut la main les insinuations du journaliste Tomas Holm et sauver Sarah de la diffamation, était aujourd’hui rongé par la peur de découvrir une indicible vérité. Mais il ne pouvait plus faire marche arrière. » (p. 84). Quant au chef de police Stefen Karlstrom, il enquête, avec une autre équipe, sur des ravisseurs qui ont enlevé une jeune femme.

Sarah Geringën et Adrian Koll doivent se rendre en Russie. « Oui, je pourrais retourner à Oslo, couvrir mes arrières, argumenta Adrian. Mais je ne veux pas être un petit inspecteur de quartier. Je veux qu’un jour on me confie les plus grosses affaires. Et on ne les donne qu’à ceux qui ont fait preuve d’audace, de ténacité et de courage. » (p. 184-185). Ils doivent retrouver l’île du Diable, sur l’Ob, ou l’île de Nazino. Qu’est-ce que le père de Sarah a à voir avec cette île inconnue ?

Dans ce troisième volume des enquêtes de Sarah Geringën, Nicolas Beuglet fait fort… et encore violent (mais en moins de pages, environ 180 pages de moins que dans Le cri et Complot, ce qui donne un récit plus condensé et dense). En découvrant la mythologie russe avec Rod, le dieu primordial, créateur de l’univers, et son épouse Rojanice : « sous le visage masculin se cache une femme… » (p. 193), le lecteur retrouve la religion et le féminisme des deux précédents tomes. Mais l’auteur parle surtout d’épigénétique, un terme que je découvre grâce à ce roman, ainsi que ses implications dans les vies de chaque être humain et, comme je sais que l’auteur s’inspire toujours de fait historiques et scientifiques réels, j’ai fait quelques recherches, même si c’est un peu compliqué pour moi (et peut-être pour vous aussi !). « L’épigénétique (du grec ancien ἐπί, épí, « au-dessus de », et de génétique) est la discipline de la biologie qui étudie la nature des mécanismes modifiant de manière réversible, transmissible (lors des divisions cellulaires) et adaptative l’expression des gènes sans en changer la séquence nucléotidique (ADN). ‘Alors que la génétique correspond à l’étude des gènes, l’épigénétique s’intéresse à une « couche » d’informations complémentaires qui définit comment ces gènes vont être utilisés par une cellule ou… ne pas l’être.’ » (source : Wikipédia).

Encore un très bon thriller mais, attention, « les fantômes hantent l’île du Diable pour l’éternité » (p. 206) pour les challenges 1 % Rentrée littéraire 2019 et Polar et thriller 2019-2020. J’ai lu ce thriller d’épouvante pendant le Rat-a-week de l’épouvante – du 13 au 20 octobre 2019 mais je n’ai pas pu publier cette note de lecture avant le 20 octobre.

Complot de Nicolas Beuglet

Complot de Nicolas Beuglet.

XO, collection Thriller, mai 2018, 496 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-84563-981-2.

Genres : littérature française, roman policier.

Nicolas Beuglet… Je remets ce que j’ai écrit pour Le cri. Il vit dans la région parisienne. Il a travaillé pour la télévision. Il est maintenant écrivain. Son premier roman, Le premier crâne, est paru en avril 2011 chez Michel Lafon mais sous le pseudonyme de Nicolas Sker et j’ai très envie de le lire mais il n’est pas facile à trouver et il n’existe pas en poche… Peu d’infos sur cet auteur apparemment discret mais il a une page FB pour ses livres.

Environ un an après l’affaire 488 (dans Le cri), Christopher et son fils adoptif, Simon, ont rejoint Sarah en Norvège et ils se sont installés sur la petite île de Grimsøya qui « se traversait en moins de dix minutes à pied et n’abritait pas plus de quarante-cinq maisons disséminées à l’abri des indiscrets parmi l’abondante végétation d’épicéas et de bosquets au feuillage persistant. » (p. 10). Décembre 2018. Un hélicoptère militaire atterrit dans leur jardin, au grand désarroi de Simon, et emmène Sarah Geringën dans la ville de Vardø dans la mer de Barents. « Vardø […] La dernière ville de Norvège avant la Russie à l’est de l’Arctique au nord. Jamais elle n’aurait cru se rendre un jour dans ce port de glace perdu sur des terres abandonnées par la vie. » (p. 25). Elle est ensuite conduite sur l’île de Hornøya qui abrite une réserve ornithologique. « Tout devint clair : les Forces spéciales, l’urgence et le sceau du secret […]. Aux pieds de Sarah, assassinée, gisait Katrina Hagebak, la Première ministre norvégienne. » (p. 44). Ses trois gardes du corps ont été égorgés pour l’un, poignardés pour les deux autres ; il n’y a « aucune trace d’effraction nulle part » (p. 47) et tout a été retourné dans la maison : cambriolage ? « Il était évident que Katrina Hagebak n’était pas la femme publique que l’on croyait connaître. » (p. 79).

Mais Sarah met le Ministre de l’Intérieur en colère en refusant de croire à la piste de nationalistes russes (trop facile, trop évident) et le ministre envoie l’inspecteur Peter Gen pour la remplacer ! « […] pour la première fois, ce n’était pas le comportement du coupable qui la questionnait le plus mais celui de la victime : qu’est-ce qui avait poussé Katrina Hagebak à vouloir effacer les indices laissés par son meurtrier ? » (p. 148).

Une deuxième enquête à haut risque pour l’inspectrice Sarah Geringën qui pensait avoir un peu de calme dans sa vie, dans son couple, en s’installant à Grimsøya ! Christopher sera mêlé malgré lui à l’enquête et, encore une fois, l’auteur s’est inspiré de faits réels, ce qui donne vraiment de la consistance à ses personnages et à son histoire. Le thème du féminisme (avec une pointe de mysticisme comme dans Le cri) est abordé de façon incroyable ! « Etta la cité réveillera, Ada la science embrasera et Ludmilla tous les réunira. » (p. 341).

En bon thriller qui se respecte, le lecteur est convié au voyage, ici dans la cité antique de Byblos (devenue Dbeil) au Liban. Mais je vous laisse découvrir tout le reste en lisant ce roman, à la hauteur de Le cri, un excellent thriller sur la plus grande imposture historique et religieuse au monde ! D’ailleurs, j’ai souri lorsque l’auteur parle de Lise Meitner car j’ai récemment lu Le Prix de Cyril Gely, très bon roman sur la place de la femme dans la science.

Encore un thriller parfait pour le challenge Polar et thriller 2019-2020.

La route de Tibilissi de Chauvel, Kosakowski et Lou

La route de Tibilissi de Chauvel, Kosakowski et Lou.

Delcourt, collection Terres de légendes, avril 2018, 176 pages, 22,95 €, ISBN 978-2-7560-6231-0.

Genres : bande dessinée, fantastique (mais pas que).

David Chauvel est au scénario. Il naît le 18 décembre 1969 à Rennes. Il étudie le commerce international mais, devant le chômage, il se lance dans la bande dessinée au début des années 90 : Rails, Black Mary, Les enragés, Nuit noire, Lunatiks, Ring circus, entre autres.

Alex Kosakowski est au dessin. Il vit en Californie, il est artiste dans le jeu vidéo. La route de Tibilissi est la première bande dessinée pour laquelle il collabore au dessin. Son œuvre sur https://alexkosakowski.com/.

Lou est à la couleur. C’est rare que le nom du (ou de la) coloriste soit mentionné sur une couverture (il l’est habituellement sur la page de titre à l’intérieur). Son vrai nom est Simon Canthelou : autodidacte (mais fils de Christian Darasse, auteur de BD), il est graphiste, dessinateur, coloriste et scénariste.

Une famille, à pieds dans la neige, fuit devant des hommes à cheval. La mère puis le père sont touchés par des flèches. Jake reçoit la hache du père mourant qui leur conjure de se rendre à Tibilissi. Les deux frères, Jake l’adolescent et Oto le plus jeune, se sauvent dans la forêt et dans la neige ; ils ont peur, ils ont faim, ils ont froid et la tempête faire rage. Le lendemain, comme ils ne sont pas équipés pour survivre, l’aîné décide de retourner dans leur village de Tchintaïchi pour prendre des vêtements et de la nourriture. Tout est détruit et brûlé mais ils retrouvent Doubi, une bestiole à fourrure (mais de quelle espèce ?) et Trois-Trois, un robot rafistolé. « Par les temps qui courent… Quand le frère ne reconnaît plus le frère… Quand le voisin assassine le voisin… On ne sait plus ni à quoi ni à qui se fier. » (p. 65). Jake et Oto rencontrent une vieille femme puis des voyageurs, hommes, femmes, enfants, qui, eux aussi, fuient la guerre. Mais peut-on faire confiance à des inconnus ? « Il n’y a pas de paix. Il n’y a plus de sécurité nulle part. Nous avons réussi à leur échapper, mais c’est avant tout parce que nous avons eu de la chance. » (p. 107).

La route de Tibilissi est une bande dessinée choc sur l’enfance bousillée dans un pays en guerre : lequel et à quelle époque exactement, on ne sait pas trop, on pense à l’Europe de l’Est (influencé sûrement par Tbilissi mais ici c’est Tibilissi donc ailleurs), mais ce qui arrive peut arriver dans tous les pays et à toutes les périodes. Les deux créatures ne collent pas à cette époque qu’on pense plutôt médiévale mais elles correspondent à la fantasy (pour Doubi) et à la science-fiction (pour Trois-Trois). On a donc ici une bande dessinée fusion et j’aime le mystère et la créativité ! D’ailleurs Alex Kosakowski a un style particulier, pas vraiment américain (comics) mais pas européen non plus, c’est un mélange de plusieurs influences ce qui est une belle réussite ; les couleurs, les personnages et les paysages sont beaux malgré l’horreur de la guerre et de la fuite en étant poursuivis par des ennemis. Le lecteur est en cavale avec Jake et Oto, il a froid, il est sur le qui-vive, en perpétuel danger et il ne sait pas trop où il va : quelqu’un sait où est Tibilissi ? De plus, Oto ne se sépare jamais de son livre et il y a de nombreux clins d’œil aux contes comme la vieille femme qui ressemble à une Baba Yaga. Et surtout la fin est étonnante !

Après plusieurs semaines chaotiques (sans lecture de bandes dessinées), voici enfin une bande dessinée pour La BD de la semaine ! Que je mets aussi dans les challenges BD, le tout nouveau Jeunesse Young Adult #9 et bien sûr Littérature de l’imaginaire #7. J’aimerais bien aussi dans Contes et légendes mais cette BD entre-t-elle dans la piste « Contes de montagnes » : je pense que oui car elle se déroule quand même en forêt enneigée montagneuse (on voit des montagnes, des vallées et des précipices).

Plus de BD de la semaine chez Moka.