Kabuliwallah de Rabîndranâth Tagore

Kabuliwallah de Rabîndranâth Tagore.

In Kabuliwallah et autres histoires, Zulma, février 2016, 400 pages, 22 €, ISBN 978-2-84304-712-1. 22 nouvelles traduites du bengali (Inde) et présentées par Bee Formentelli. Parution en poche : Zulma, mars 2020, 336 pages, 9,95 €, ISBN 978-2-84304-945-3.

Genres : littérature indienne, nouvelle.

Rabîndranâth Tagore, je reprends ce que j’avais écrit pour Amal et la lettre du Roi suivi de Chitra. De son vrai nom Rabîndranâth Thâkur dit Tagore, il naît le 6 mai 1861 à Calcutta (Bengale occidental) dans une famille d’aristocrates réformateurs. Il est le fils de Debendranâth Tagore (philosophe) et le petit-fils de Dvârkânâth Tagore (fondateur de Brâhmo Samâj avec son compatriote Rammohan Roy). Il étudie à Calcutta et à Londres : il aime la littérature anglaise et la musique occidentale. Quatorzième enfant de la famille, il voit ses frères et sœurs devenir également poètes, dramaturges, romanciers ou musiciens. Son premier recueil de poèmes écrits en bengali, Chants du soir (Sandhya Sangeet), paraît en 1882. Il se marie (à 23 ans), continue d’écrire (poésie et prose), partage les responsabilités religieuses et sociales de Brâhmo Samâj (avec son père) et voyage beaucoup dans le monde entier. L’œuvre de cet érudit, poète, philosophe, écrivain, dramaturge est traduite en français principalement par André Gide. Il décède le 7 août 1941 après avoir illuminé le monde comme un soleil (signification de son prénom).

Calcutta. Mini a 5 ans et n’arrête pas de parler, dérangeant son père qui écrit son roman. Mais elle s’est prise d’affection pour Rahamat, un kabuliwallah, un colporteur afghan qui lui offre des fruits, l’écoute et plaisante avec elle. « Je ne terminerai pas mon dix-septième chapitre aujourd’hui. » (p. 96). C’est le père de Mina le narrateur, il est écrivain. « Je donne peut-être l’impression d’être condamné à rester enfermé chez moi, mais en réalité, j’aspire en permanence à partir dans le vaste monde. » (p. 99-100).

Mais l’épouse du narrateur, la mère de Mini donc, n’aime pas particulièrement les relations de son mari et de sa fille avec cet étranger. « Il n’y a donc jamais d’enfants qui disparaissent ? Et l’esclavage ? Il n’existe pas en Afghanistan ? Est-ce que par hasard un solide Afghan ne saurait pas kidnapper un petit enfant ? Il me fallut bien avouer que ce n’était pas impossible, mais j’avais beaucoup de mal à le croire. Comme les gens sont influençables ! Voilà ce qui expliquait les craintes persistantes de ma femme. Toutefois, je ne voyais toujours pas pourquoi j’aurais dû interdire à Rahamat, qui n’avait commis aucune faute, l’accès de notre demeure. » (p. 101).

Cependant ce n’est pas Mini qui disparaît, c’est Rahamat…

Une nouvelle parue en 1892 (15 pages) aux saveurs de l’Inde, envoûtante et triste mais délicate et profondément humaine. Elle a été adaptée au cinéma en 1957, en 1961 et en 2006 (un article de la BBC, in English of course).

Lue pour le Mois des nouvelles et le Projet Ombre 2021 qui entre également dans les challenges 2021, cette année sera classique et Les étapes indiennes #2.

Aucune terre n’est la sienne de Prajwal Parajuly

Aucune terre n’est la sienne de Prajwal Parajuly.

Jentayu n° 4 : Cartes et territoires. Nouvelle traduite de l’anglais (Inde) par Benoîte Dauvergne.

Genres : littérature indienne, nouvelle.

Prajwal Parajuly naît le 24 octobre 1984 à Gangtok au Sikkim (Inde). Son père est Indien et sa mère Népalaise. Son premier recueil de nouvelles, The Gurkha’s Daughter (Quercus, 2012), fut nominé pour le Prix Dylan Thomas. Son premier roman, Land where I flee (2013), considéré à sa sortie comme « le roman d’Asie du Sud le plus intelligent et le plus divertissant des dix dernières années », est traduit en français par Benoîte Dauvergne et publié sous le titre Fuir et revenir aux éditions Emmanuelle Collas début mars 2020 (l’Inde devait être l’invitée de Livre Paris, annulé…). Il a également écrit pour le New York Times et pour les journaux anglais, The Guardian et New Statesman ainsi que pour la BBC.

La nouvelle est lisible en ligne sur Jentayu ; merci !

Depuis une douzaine d’années, Anamika Chettri vit pauvrement avec ses filles (Diki, 12 ans, et Shambhavi, 10 ans) et son père malade (« probablement la tuberculose ») dans un camp de réfugiés. Le camp de Khudunabari, j’ai cherché, est situé à Sanischare (district de Koshi au Népal). Après avoir ramassé du bois, elle est prise à partie par des étudiants népalais. « Retourne dans ton foutu pays. »… « Laissez-moi tranquille, espèces de chiens galeux. »

« Anamika se sentait chez elle au camp de réfugiés de Khudunabari. Elle n’était pas du genre à regarder dans le vague et soupirer avec nostalgie en pensant au Bhoutan. Sa théorie était simple : puisque son pays (elle appelait encore le Bhoutan ainsi, même après toutes ces années) ne voulait pas d’elle, elle n’avait aucune envie d’y retourner. » C’est que les gens ont dû passer un test de citoyenneté qu’Anamika a raté et donc elle a été renvoyée dans le pays dont elle avait « des origines » alors que son père était en règle…

Le Bhoutan n’est donc plus son pays et le Népal ne veut pas d’elle non plus… Cependant, il y aurait un espoir : l’Amérique parlerait d’accepter des réfugiés.

Mais le problème d’Anamika est plus profond que tout ça… Prajwal Parajuly parle des relations entre les hommes et les femmes, du mariage, de la brutalité, du « malheur » de n’avoir que des filles. « J’ai déjà quatre filles inutiles à nourrir et habiller parce que cette randi est maudite, et maintenant, tu veux que je fasse venir la fille d’un autre dans cette maison ? Je t’ai donné un toit au moment où tu en avais le plus besoin. Je t’ai épousée alors que tout le monde critiquait ton caractère, et c’est comme ça que tu me remercies ? »… Ravi, le deuxième mari d’Anamika, est un sacré abruti, brutal, hypocrite, profiteur, une honte ambulante…

Je trouve ça super que Prajwal Parajuly, en tant qu’homme parle du malheur des femmes et des filles, de la violence qu’elles subissent, même si elles sont instruites. Bravo, monsieur Prajwal Parajuly ! J’espère lire votre roman !

Une nouvelle pour Les étapes indiennes, Lire en thème 2020 (le titre fait plus de trois mots) et La bonne nouvelle du lundi.

La colère de Kurathi Amman de Meena Kandasamy

La colère de Kurathi Amman de Meena Kandasamy.

Plon, collection Feux croisés, 272 pages, août 2017, 20,90 €, ISBN 978-2-25925-966-8. The Gypsy Goddess (2014) est traduit de l’anglais (Inde) par Carine Chichereau.

Genres : littérature indienne, littérature tamoule.

Meena Kandasamy naît Ilavenil Kandasamy en 1984 à Chennai (État de Tamil Nadu dans le sud de l’Inde). Elle a un doctorat de philosophie et socio-linguistique. Elle est romancière, poétesse (Touch en 2006 et Ms. Militancy en 2010), traductrice et militante (droits des femmes, action contre la violence faite aux femmes, anti-castes, anti-corruption…). Elle a même été actrice dans un film, Oraalppokkam, réalisé en langue malayalam par Sanalkumar Sasidharan en 2014. Plus d’infos sur http://www.meenakandasamy.com/.

District de Tanjore le long du Golfe du Bengale. 1er mai 1968, mémorandum de Gopalakrishna Naidu, président de l’Association des producteurs de riz, au Ministre en chef de Madras. Depuis dix ans, « des chefs communistes autoproclamés » (naxalites) incitent les coolies à se mettre en grève, à exiger des augmentations, ils moissonnent illégalement et s’approprient les récoltes mettant à mal les exploitations et leurs propriétaires (mirasdars). Ces « meneurs douteux » s’enrichissent sur le dos des coolies et des propriétaires, utilisant même des supercheries criminelles et « vivent dans le confort ». Les producteurs de riz sont non-violents et réclament justice.

Je remercie NetGalley et les éditions Plon car j’ai reçu ce livre en epub. Sur la couverture, très belle, un bandeau dit : « Éblouissant et souvent très drôle… The Times » ; le thème et le pays (l’Inde) ont suffit à me convaincre de lire ce roman.

Humour et autodérision : « tamoul dans son essence, anglais par la langue, libre de toute poésie et de toute prosodie, servi par une prose raffinée » (p. 14), ce roman dramatique, comme pour braver les clichés, commence par « Il était une fois » et la romancière, résolument moderne, se met aussi en scène, jonglant avec les mots, les lieux, l’histoire et les lecteurs (à qui elle s’adresse carrément). C’est que depuis que Ptolémée a rédigé son Lonely Planet, personne n’avait entendu parler du village portuaire de Nagapattinam, n’est-ce pas ? Kali, Bouddha, les Soufis, Saint-Antoine, peu importe du moment que les dieux et les hommes passent « un bon moment » ! Mais Meena Kandasamy, si elle veut nous faire passer un bon moment avec son roman (nous malheureux lecteurs qui n’achetons pas de billet pour aller sur place voir ce qui se passe et manger « avec gourmandise » les spécialités locales), raconte des choses difficiles comme l’esclavage, l’agriculture, l’émigration et les idées importées en particulier le communisme (en plus des castes, il y a donc eu lutte des classes).

Tout ça semble très intéressant, voire pointu, mais je n’ai pas réussi à entrer dans ce roman… J’aurais voulu apprécié mais, après avoir eu un problème de fichier et avoir rechargé l’epub, j’ai eu du mal à continuer ma lecture : c’était trop compliqué, trop foisonnant, trop lourd… J’ai finalement laissé tomber, à la moitié, et je me suis rendue compte avec quelques billets publiés sur la blogosphère que je ne suis pas la seule dans ce cas… C’est une lecture sûrement exigeante, trop pour moi à ce moment-là. Dommage… Tant pis… !

Je mets quand même cette lecture dans les challenges 1 % rentrée littéraire 2017, Défi Premier roman 2017 et Raconte-moi l’Asie #3.

Amal et la lettre du Roi de Rabîndranâth Tagore

[Article archivé]

Amal et la lettre du Roi suivi de Chitra de Rabîndranâth Tagore.

La version que j’ai lue est parue aux éditions Gallimard en juin 1962 dans la collection Du Monde entier, 151 pages, ISBN 2-07026-173-5.

Cette année, au 27e Salon du Livre de Paris qui se déroule du vendredi 23 au mardi 27 mars 2007 au Parc des expositions de Versailles, l’Inde – qui célèbre ses 60 ans d’indépendance – est l’invitée d’honneur avec 30 auteurs présents. L’Inde est un pays qui fascine mais je n’ai malheureusement pas l’occasion d’aller à ce salon littéraire… Pour tous ceux qui sont dans le même cas que moi, je souhaite mettre en ligne une chronique de lecture d’un livre indien que j’ai aimé. Je sais qu’il y a une polémique dans le monde de l’édition indien parce que les éditeurs préfèrent publier des auteurs écrivant en anglais plutôt qu’en hindi ou dans une autre langue du pays (comme le bengali). Évidemment, ces textes écrits en anglais peuvent facilement être vendus dans le monde anglophone sans frais de traduction ou traduits plus rapidement depuis l’anglais vers une autre langue européenne par exemple.

Pourquoi ai-je choisi Rabîndranâth Tagore ? Parce qu’il est Prix Nobel de Littérature : en 1913, il est le premier écrivain d’Asie à recevoir ce prix. Et puis il écrit en anglais mais aussi en bengali.

De son vrai nom Rabîndranâth Thâkur dit Tagore, il naît le 6 mai 1861 à Calcutta (Bengale occidental) dans une famille d’aristocrates réformateurs. Il est le fils de Debendranâth Tagore (philosophe) et le petit-fils de Dvârkânâth Tagore (fondateur de Brâhmo Samâj avec son compatriote Rammohan Roy). Il étudie à Calcutta et à Londres : il aime la littérature anglaise et la musique occidentale. Quatorzième enfant de la famille, il voit ses frères et sœurs devenir également poètes, dramaturges, romanciers ou musiciens. Son premier recueil de poèmes écrits en bengali, Chants du soir (Sandhya Sangeet), paraît en 1882. Il se marie (à 23 ans), continue d’écrire (poésie et prose), partage les responsabilités religieuses et sociales de Brâhmo Samâj (avec son père) et voyage beaucoup dans le monde entier. L’œuvre de cet érudit, poète, philosophe, écrivain, dramaturge est traduite en français principalement par André Gide. Il décède le 7 août 1941 après avoir illuminé le monde comme un soleil (signification de son prénom).

Pourquoi ai-je choisi Amal et la lettre du Roi ? Parce que ces deux pièces sont des drames très beaux, très bien écrits, mettant en scène deux destins tragiques : celui d’un garçon orphelin malade et celui d’une fille laide dans une famille sans fils pour perpétuer le nom.

Amal et la lettre du Roi. Drame en 2 actes (1912) traduit de l’anglais par André Gide. Amal est un orphelin adopté par son oncle qui ne peut engendrer. Amal pourrait être heureux mais il est malade et doit rester dans sa chambre. Il rêve d’en sortir et de voyager. Ah… si le Roi pouvait l’ordonner facteur royal, il pourrait enfin sortir et voir du pays ! Mais ce n’est que par la fenêtre de sa chambre qu’il se lie d’amitié avec quelques passants bienveillants : le laitier, le veilleur avec son gong, Gaffer qui se déguise en fakir, les enfants à qui il offre des jouets pour ne pas s’amuser seul et Sudha la jeune marchande de fleurs. Un soir pour qu’Amal s’endorme en paix, le prévôt lui fait croire que le Roi va venir le voir dans la nuit avec son médecin particulier.

Chitra. Drame lyrique en 1 acte (1892) traduit de l’anglais par Nicole Balbier. Chitra, fille unique de Manipur a été élevée comme un fils : elle manipule l’arc à la perfection et peut protéger son peuple qui l’aime. Mais il lui manque la beauté alors qu’elle est amoureuse du prince Arjuna de la maison des Kurus qui vit maintenant en ermite dans la forêt. Elle réussit à obtenir des dieux, Madana (Éros) et Vasanta (dieu du printemps) d’être très belle pendant un an. Durant cette magnifique année, elle éblouit Arjuna qui oublie son vœu de chasteté. Mais qu’adviendra-t-il lorsqu’elle redeviendra ce qu’elle est réellement, d’autant plus qu’elle porte un enfant ? Arjuna lui est à la recherche de l’amour parfait et se moque de la beauté éphémère.

L’œuvre de Rabîndranâth Tagore a été regroupée sous le titre Rabîndra Rachanavali soit 14 volumes qui ont été publiés par le Gouvernement du Bengale occidental (Calcutta) en 1961 et les nouvelles écrites en bengali ont été regroupées sous le titre Galpaguchcha en 4 volumes. Il est possible de télécharger une quinzaine de textes en anglais sur Gutenberg.org.

Œuvres de Rabîndranâth Tagore (par ordre alphabétique de titres, malheureusement certains titres parus en français sont épuisés). À quatre voix – Amal et la lettre du Roi (1924), Le Christ – La corbeille de fruits (1963), Cygne – De l’aube au crépuscule (1998), La demeure de la paix – Dialogues de paix – Épousailles et autres histoires (1989), L’esquif d’or, anthologie des œuvres poétiques (1997), La formation du perroquet et autres histoires (1944), La fugitive, poèmes de Kabir (1922), Gora (1910), Histoires de fantômes indiens – Inde, rêve de pierre – Le jardinier d’amour (1919), La jeune lune (1923), Lettres à un ami – Lettres de Russie (1960), La machine (drame en 1 acte en prose) – La maison et le monde – Mashi (1925), Nationalisme (1917), Le naufrage (1929), Nuage et soleil (2004), L’offrande lyrique (1913), Gitanjali (1913, 1971), Paroles des hymnes nationaux de l’Inde et du Bangladesh – La petite mariée (2004), Quatre chapitres – La religion de l’homme (1931), La religion du poète – Le roi de la chambre sombre – Sâdhâna – Souvenirs (1917), Souvenirs d’enfance (1964), Le vagabond et autres histoires, contes bengalis (1962), Vers l’homme universel (1961).

En 1961, le célèbre cinéaste indien, Satyajit Ray a réalisé un film documentaire de 54 minutes sur Rabîndranâth Tagore et son œuvre pour le centenaire de sa naissance.