Le Ladies Football Club de Stefano Massini

Le Ladies Football Club de Stefano Massini.

Globe, février 2021, 192 pages, 20 €, ISBN 978-2-211-30765-9. Ladies Football Club (2019) est traduit de l’italien par Nathalie Bauer.

Genres : littérature italienne, roman, Histoire.

Stefano Massini naît le 22 septembre 1975 à Florence (Toscane, Italie). Il étudie la littérature ancienne à l’Université de Florence et s’intéresse au théâtre. Il est romancier mais aussi dramaturge, metteur en scène et consultant artistique. J’ai très envie de lire Les frères Lehman (Globe, 2018).

Voici commence le roman : « Le 6 avril 1917 la radio du front annonçait de nouveaux morts. Le 6 avril 1917 les États-Unis entraient en guerre. Le 6 avril 1917 Lénine préparait la révolution russe. Mais, surtout, le 6 avril 1917 durant la pause-déjeuner onze ouvrières de Doyle & Walker Munitions se mirent à courir derrière un ballon. » (p. 11).

Je n’aime pas le football mais je veux absolument lire ce roman qui se déroule à Sheffield en Angleterre.

Les ouvrières ont trouvé un ballon dans la cour de l’usine, Rosalyn Taylor invita ses collègues à jouer, Violet Chapman tapa la première dans le ballon et les autres suivirent. Mais le ballon n’est pas vraiment un ballon…

Le roman est conçu de telle façon que les phrases ressemblent à de la poésie (avec un retour à la ligne systématique avant la fin de la ligne, un genre de poésie libre). C’est inventif, c’est drôle et surtout c’est basé sur une histoire vraie et il y a un petit côté réaliste et engagé fort plaisant.

Chaque joueuse est présentée avec chacune une particularité qui a – ou qui n’a pas – de lien avec le football. D’ailleurs, je vais citer les 11 joueuses par respect pour elles. « Maillot n° 1 – Rosalyn Taylor. Maillot n° 2 – Olivia Lloyd. Maillot n° 3 – Justine Wright. Maillot n° 4 – Penelope Anderson. Maillot n° 5 – Abigail Clarke. Maillot n° 6 – Haylie Owen. Maillot n° 7 – Melanie Murray. Maillot n° 8 – Violet Chapman. Maillot n° 9 – Brianna Griffith. Maillot n° 10 – Sherill Bryan. Maillot n° 11 – Berenice MacDougall. » (p. 9). Malheureusement pour Rosalyn Taylor, elle se retrouva gardienne de but et elle n’aima pas ça, elle voulait frapper dans le ballon et marquer des buts mais elle était la plus grande des onze, « Grande, robuste : une armoire à glace. » (p. 32).

« Franchement, le football, c’était génial. » (p. 60). Cependant, pour ces jeunes ouvrières, qui sont des filles, des épouses pour la majorité, des mères pour certaines, c’est plus qu’une histoire de sport, c’est une liberté, c’est un symbole de lutte sociale et politique ! Mais leur patron (Hubert Walker) veut les humilier (quoi, des femmes qui se mêlent de football !) et propose un match contre une équipe d’hommes (de toute façon il n’y a pas d’autres équipes de femmes). « On va les massacrer. » (p. 84) mais, avant, il faut un nom à leur équipe et sur le logo (jaune) du tissu (noir) il y a écrit LFC (pour Long Fort Cemetery…), ce sera donc Ladies Football Club.

Le match a lieu, sur un terrain miteux derrière l’église St. Martha, devant quelques curieux et trente-six infirmières de la Croix Rouge. Contre les Hercules (des blessés de guerre, pas très valides, mais bon des hommes tout de même). Le score ? 10-1 et encore, c’est parce qu’Olivia Lloyd, qui a écrasé ces lunettes en tombant, a marqué le premier but contre son camp… « Triomphe. Masculin singulier. Ou plutôt non : victoire, explosive, je vous en donnerai des bombes de Walker. » (p. 104). Mieux que Saint-Georges terrassant le dragon ! D’ailleurs « M. Walker se présenta tout content – les joues cramoisies – en disant : ‘À l’automne, nous disputerons un autre match, et maintenant tout le monde vous veut : cette fois vous défierez les Dragons.’ Après quoi il se frotta les mains et s’en alla en chantonnant. Il était heureux. » (p. 112). Non, mais, comme s’il avait fait quelque chose !

4 novembre 2017. « En pleine révolution russe. » (p. 122), le Ladies Football Club joue contre une équipe de 11 enfants de moins de quinze ans, avec les mères en furies dans les tribunes… « face à ces marmots sur le terrain qui avait le courage d’attaquer ? » (p. 122). Le score ? 1-1 mais le but de Sherill Bryan est injustement invalidé… Eh bien, elles ont la hargne ! « Ce n’était plus onze folles qui couraient après le ballon, c’était onze victimes du système. Et diable, en temps de guerre, les victimes ont droit à un traitement particulier. » (p. 134). Elles deviennent célèbres, elles sont réclamées, leur patron est fier, il se met à aimer le football féminin et…

9 novembre 1918. Le Ladies Football Club joue contre des « ouvriers » d’une usine de textile appartenant à un Allemand à Chesterfield. « Anglais contre Allemands. En pleine guerre mondiale. Aigles noires contre Baron rouge » (p. 141), « au Hillsborough Stadium, bourré à craquer jusqu’au dernier rang » (p. 145). Vous verrez, c’est épique !

Plus de cent ans après, le football féminin existe toujours, c’est que « la révolution […], une fois allumée, ne s’éteint pas […]. » (p 160) et j’aime bien cette phrase qui revient à chaque match : « Ils en ont fait une saleté commerciale. », c’est sûr qu’il n’y a pas plus commercial que le foot 😛 Mais ce roman est une belle réussite !

Lu durant le Mois anglais, je mets cette excellente lecture dans A year in England, Challenge de l’été #2 (l’auteur, Italien, nous emmène en Angleterre, 2e billet), Challenge lecture 2021 (catégorie 15, un livre féministe, 3e billet) et Voisins Voisines 2021 (Italie).

Rouges estampes de Jean-Louis Robert, Carole Trébor et Nicola Gobbi

Rouges estampes : une enquête pendant la Commune de Paris de Jean-Louis Robert, Carole Trébor et Nicola Gobbi.

Steinkis, mars 2021, 128 pages, 19 €, 978-2-36846-353-6.

Genres : bande dessinée franco-italienne, Histoire, policier.

Jean-Louis Robert, né en 1945, est historien, professeur universitaire et auteur. Il est spécialiste de l’histoire sociale de la Première guerre mondiale et de l’histoire de la Commune de Paris. L’éditeur dit qu’il « travaille à une grande histoire de la Commune entièrement inédite à paraître en 2021 ».

Carole Trébor, née en 1973, est historienne (spécialiste de l’URSS et de la Russie), professeure universitaire en histoire de l’art, autrice de littérature jeunesse (romans, albums illustrés) et documentariste. J’avais beaucoup aimé La lignée (Nina Volkovitch 1) en 2012 et ça me fait penser que je n’ai pas lu la suite.

Nicola Gobbi, né en 1986 à Ancône en Italie (dans les Marches), est auteur et dessinateur mais il vit maintenant à Paris. Il est possible de le suivre sur sa page FB (en italien).

« Paris, mars 1871. Ils sont des centaines d’artistes qui s’engagent dans la révolution de Paris. Depuis le Second Empire, ils sont en lutte contre l’académisme qui trône dans les salons officiels et ils réclament la totale liberté d’ l’Art. […] Pour vivre, ils se font modèles, peintres en décors, dessinateurs… Connaissant le sort du peuple, ils sont sensibles à l’idée de la République sociale. » (p. 3). Un an après, la guerre contre les Prussiens est terminée et l’Alsace et la Lorraine ont été abandonnées à l’Empire allemand. Raoul Avoir, le narrateur, est sur l’Austerlitz à Brest, un bateau prison et il écrit à sa mère ses souvenirs.

Après la guerre, les Parisiens n’ont pas de travail et mangent des rats… Les enfants ne vont plus à l’école, ils sont obligés de travailler pour aider leurs parents… Raoul Avoir a abandonné ses études de Droit, au grand dam de son père, et vivote avec ses amis artistes (Félix Bracquemond, Jules Vallès, Philippe Cattelain, André Gil…). « Tu aurais dû finir tes études de Droit, Raoul, tu serais moins dans la mouise ! – C’est sûr, si j’avais fini mon Droit, vous seriez tous en prison à l’heure qu’il est ! J’aurais été encore plus impitoyable que mon père ! – En attendant de nous condamner, fais-nous voir ton dessin ! » (p. 13).

Raoul – surnommé Mie de pain car il gommait tout le temps ses dessins – est nommé nouveau commissaire du commissariat de Plaisance, réquisitionné par les citoyens dans le 14e arrondissement de Paris. Leur objectif est de « fonder […] une police honnête, estimée de tous, ne s’occupant que d’assurer la sécurité des Parisiens, même des plus pauvres, et de poursuivre les délits et les crimes. » (p. 29). Mais un assassin rôde dans Paris… « Il ne faudrait pas qu’il profite de l’anarchie de votre révolution pour tuer en toute impunité. » (p. 26).

Finalement, c’est une guerre civile entre les militaires attachés au gouvernement replié à Versailles (surnommés les Versaillais, avec un drapeau tricolore) et les citoyens du peuple de Paris (les Communards, avec un drapeau rouge). « La guerre commence… Il va falloir organiser une offensive. On ne va pas les laisser fusiller les nôtres sans régir. » (p. 43). Raoul et ses amis citoyens espèrent une République sociale, du travail, de la nourriture, un toit et la justice pour tous ; ils ont de belles idées mais certains sont parfois excessifs et surtout ils sont considérés comme des terroristes par le gouvernement versaillais mené par Thiers.

Pourquoi Rouges estampes ? La bande dessinée est en noir et blanc mais il y a des esquisses de rouge (par exemple, des nez, des oreilles, ou un chariot que l’on suit de case en case p. 16) et certains dessins sont entièrement dans différents tons de rouge (par exemple, l’artiste tueur en train de peindre sur un corps féminin p. 12). Et pour estampes, un des amis de Raoul, Félix Bracquemond, est peintre, graveur, amateur d’art japonais (il est d’ailleurs l’initiateur du japonisme en France) et il y a des clins d’œil à l’art japonais comme les fleurs de cerisiers. Parmi mes dessins préférés, celui en pleine page du réverbère allumé (p. 33) ou deux estampes en pleine page aussi (p. 98-99).

En mars, j’ai vu le film d’animation Les damnés de la Commune (d’après la bande dessinée de Raphaël Meyssan parue en 2019) et dans Rouges estampes, j’ai retrouvé Victorine, Louise Michel, le peuple parisien qui défend les canons qu’il a lui-même achetés par souscription populaire et les soldats versaillais… « Vous ne tirerez pas sur le peuple ! […] Ne tirez pas les gars ! » (p. 22). Et j’ai encore appris pas mal de petits détails mais ce sont en partie les petites histoires qui font la grande Histoire, n’est-ce pas ?

Mais Rouges estampes n’est pas qu’une bande dessinée historique, des jeunes femmes sont torturées et assassinées et Raoul enquête. Les victimes sont modèle, prostituée, ouvrière… « Les trois crimes pourraient être liés. Toute cette mise en scène abjecte… S’il y a un meurtrier dans la ville, il ne va pas s’arrêter. Il faut prévenir les citoyens. – Si on publie l’information, on risque de créer une panique dans Paris… » (p. 76). En fin de volume, il y a une galerie des personnages et « La mémoire de la Commune ».

C’est grâce à Noctenbule que j’ai découvert cette bande dessinée à la fois historique et policière et je suis ravie d’avoir pu la lire. Les événements se sont déroulés il y a seulement 150 ans et ils furent sanglants… Mais il est bon de les rappeler et, donc, je vous invite à lire cette excellente bande dessinée bien documentée et bien dessinée.

Pour La BD de la semaine et les challenges BD, Des histoires et des bulles (catégorie 18, une BD avec une couleur dans le titre mais elle peut aller aussi dans les catégories 28, 33, 35, 50), Petit Bac 2021 (catégorie Couleur), Polar et thriller 2020-2021.

Une famille comme il faut de Rosa Ventrella

Une famille comme il faut de Rosa Ventrella.

Les Escales, janvier 2019, 288 pages, 20,90 €, ISBN 978-2-36569-421-6. Je l’ai lu en poche : Pocket, juin 2020, 336 pages, 7,60 €, ISBN 978-2-26630-702-4. Storia di una famiglia perbene (2018) est traduit de l’italien par Anaïs Bouteille Bokobza.

Genres : littérature italienne, premier roman.

Rosa Ventrella naît à Bari en Italie. Journaliste et éditrice, elle se lance dans l’écriture avec Une famille comme il faut (2018) suivi par La liberté au pied des oliviers (2019) que j’ai également acheté en poche.

« Je n’oublierai jamais le jour où mamie Antonietta m’a affublée du surnom de Malacarne : mauvaise viande, méchante chair. Mauvaise graine. » (p. 11).

San Nicola, un vieux quartier de Bari dans les Pouilles. Maria De Santis est la fille d’un pêcheur, Antonio. La famille comporte aussi la mère, Teresa, la grand-mère Antonietta et les deux frères aînés, Giuseppe et Vincenzo. La famille est pauvre et le père est un homme rude voire violent. « La laideur et la douleur étaient partout autour de moi. [mais] Je ne me rappelle pas avoir pensé que ces années étaient moches ou malheureuses. » (p. 22).

Les premiers souvenirs de Maria remontent à l’âge de 7 ans puis elle avance dans le temps. Elle a une amie, Maddalena, très belle mais jalouse de ses résultats scolaires, et un camarade de classe, Michele, un gros garçon adorable mais dont la famille est louche. Elle a 10 ans lors d’un mariage en 1985 et elle décide qu’elle ne veut pas se marier. « Moi, je ne voulais dépendre de personne. Soudain je perçus ma différence. » (p. 93).

Lorsqu’elle entre au collège privé du Sacro Cuore di Gesù, Giuseppe part pour le service militaire laissant sa famille et sa petite amie, Beatrice. « En quelques semaines, je fus entourées de filles d’ennemies déclarées. Les filles de l’élite d’un côté, qui n’acceptaient pas ma présence dans leur monde feint et ouaté, et les filles de cols blancs de l’autre, dont les sacrifices servaient à prouver que l’émancipation était possible, mais pas encore pour tout le monde. » (p. 160-161).

Les années passent. Après le collège, Maria entre au lycée scientifique Enrico-Fermy et passe tous les étés avec sa mère dans la campagne de Cerignola chez mamie Assunta. Les premiers émois amoureux, des deuils, des mariages, la découverte de la politique (à la fin du lycée, le petit-ami de Maria, Alessandro, fils de militaire, est communiste), l’université où elle étudie les lettres, l’histoire et le latin… « On prend chaque jour qui vient avec l’espoir qu’il soit meilleur que le précédent, dit maman. » (p. 270).

J’ai flashé sur la couverture (poche, en noir et blanc) alors j’ai acheté ce roman pour le Mois italien. J’ai d’abord été surprise d’une telle pauvreté dans les années 80 mais j’ai lu que Bari était une région très pauvre dans le sud est de l’Italie (le talon de la botte). Sur la côte Adriatique quand même.

Au début de la lecture, je me suis demandé si ce roman ne surfait pas sur la vague de L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante qui se déroule dans un quartier pauvre de Naples dans les années 50 (et je peux mieux comprendre la pauvreté après guerre que dans les années 80). Bon je n’ai pas lu Ferrante mais j’ai vu la saison 1 de la série et j’ai remarqué des similitudes (la pauvreté, la violence, l’histoire d’une fillette qui grandit, qui est très bonne élève, etc.) qui sont peut-être simplement les souvenirs de Rosa Ventrella (du moins en partie). Et, finalement, elle traite de nombreux sujets à travers ses personnages, enfants, adolescents et adultes, par exemple la mafia, la violence et la drogue avec la famille de Michele et les mauvaises fréquentations de Vincenzo, la féminité naissante et la jalousie avec Maddalena, le rejet des personnes différentes avec le jeune travesti surnommé Mezzafemmna… Beaucoup ont des surnoms, pas toujours agréables à porter.

Les femmes sont effacées, soumises, parfois laides, certaines furent belles mais elles ont vieilli… En tout cas, elle ne sont jamais rebelles sauf Maria, la Malacarne. Et c’est elle, la narratrice, l’observatrice, qui emporte ce roman et le lecteur dans son quartier, dans son apprentissage de la vie et c’est vraiment très bien écrit. C’est presque un coup de cœur. J’ai hâte de lire la suite, La liberté au pied des oliviers (même s’il sera trop tard pour publier dans le Mois italien…).

Pour le Mois italien déjà cité et le Challenge lecture 2021 (catégorie 30, un livre dont l’histoire se déroule dans un pays européen, 5e billet) et Voisins Voisines (Italie).

Le petit loup de papier de Céline Person et Francesca Dafne Vignaga

Le petit loup de papier de Céline Person et Francesca Dafne Vignaga.

Circonflexe, collection Albums, octobre 2018, 32 pages, 15 €, ISBN 978-2-87833-970-3.

Genre : album illustré franco-italien.

Céline Person, née à Nantes, est l’autrice. Elle travaille pour la jeunesse (pour des revues et plusieurs maisons d’éditions).

Francesca Dafne Vignaga, Italienne, est illustratrice et peintre. Elle aime ses chiens, la cuisine et le jardinage. Plus d’infos sur son blog (en italien).

Une fillette dessine un loup sur une feuille de papier qu’elle met sur le frigo avant de partir à l’école. Mais alors que les chatons de la maison s’amusent ensemble, le loup de papier s’ennuie et décide de partir à l’aventure : il découvre le quartier, la route et sa circulation, le parc où vivent un écureuil et un hérisson. Tous trouvent le loup « très beau » et « très élancé » mais léger sur son papier. C’est vrai qu’il y a maintenant plus de vent et le loup de papier doit se mettre à l’abri.

Que voici un très bel album illustré, poétique, tendre et drôle. Ce petit loup se sent abandonné alors il part à l’aventure et attire la sympathie du lecteur, en particulier du jeune lecteur qui va découvrir que la solitude peut déboucher sur la découverte.

Pour le challenge Jeunesse Young Adult #10, le Mois italien et Les textes courts.

La musique d’Édouard de Monika Filipina

La musique d’Édouard de Monika Filipina.

Crackboom Livres, mars 2021, 36 pages, 11,90 €, ISBN 978-2-89802-264-7. La musica di Ettore (2020) est traduit de l’italien par Corinne Delporte.

Genres : album illustré italien, musique.

Monika Filipina naît en Pologne. Elle étudie l’illustration de littérature enfantine à l’université de Wolverhampton et à la Cambridge School of Arts (Angleterre). Elle vit et travaille à Torun en Pologne mais elle aime la jungle. Elle est autrice et illustratrice depuis le début des années 2010. Plus d’infos sur son site officiel, sa page FB et son Intagram.

« Il était une fois, dans une grande et mystérieuse forêt qu’on appelle la jungle, un éléphant et tous ses amis animaux qui avaient une passion en commun. » (p. 5). En effet, ils font tous de la musique ! Tous sauf Édouard… Pas qu’il ne soit pas mélomane mais sa trompe fait « un boucan infernal » (p. 8).

Il fait de la peine, Édouard, car il fait des efforts mais « ça ne fonctionne jamais » (p. 9)… Pourtant, un jour, qu’il est en retard pour écouter ses amis jouer, il découvre son talent.

Bravo Édouard, bravo l’orchestre ! Vous montrez qu’on a chacun un don ou un talent et une place à prendre dans le collectif. Peut-être que des enfants deviendront musiciens après la lecture de ce conte moderne, en tout cas ils auront certainement envie d’écouter de la musique !

Les dessins double page superbement colorés sont magnifiques et l’histoire est vraiment belle. Les quatre dernières pages sont consacrées à un dossier sur les animaux dans les œuvres musicales, les instruments et l’autrice. Je suis fan de ses illustrations !

À noter que les éditions Crackboom Livres sont basées au Québec (par contre je n’ai pas trouvé le livre sur leur site) et je remercie NetGalley pour la lecture en avant-première de ce très bel album illustré.

Pour les challenges Animaux du monde #3, Challenge lecture 2021 (catégorie 31, un livre ayant comme thème principal la musique, 2e billet), Contes et légendes #3 (c’est un conte moderne mais il commence par « il était une fois »), Jeunesse Young Adult #10 et Les textes courts.

Journaux troublés de Sébastien Perez et Marco Mazzoni

Journaux troublés de Sébastien Perez et Marco Mazzoni.

Soleil, collection Métamorphose, août 2020, 104 pages, 23,95 €, ISBN 978-2-30208-328-8.

Genre : bande dessinée franco-italienne.

Sébastien Perez naît à Beauvais dans l’Oise. Il est auteur d’albums illustrés pour la jeunesse et de bandes dessinées pour les adultes. Du même auteur : Les Fées de Cottingley (2016). Plus d’infos sur son site officiel.

Marco Mazzoni naît le 17 janvier 1982 à Tortona dans le Piémont (Italie). Il étudie à la Brera Art Academy de Milan. Il est illustrateur et coloriste. Son domaine de prédilection est la faune et la flore. Du même auteur : Poucette (2018). Plus d’infos sur son site officiel et sa page FB.

Cette étrange bande dessinée parle des « psychopathologies de la vie quotidienne ». Je vous l’ai déjà sûrement dit, je suis curieuse et j’aime les romans (souvent historiques) qui parlent d’aliéniste et les romans (policiers ou contemporains) qui parlent du milieu psychiatrique.

Dans une forêt, deux explorateurs découvrent une immense maison abandonnée. C’est en fait un ancien asile psychiatrique.

De l’anorexie à la personnalité multiple en passant par la bipolarité, la dépression, l’hypocondrie, le narcissisme, etc., soit 13 thèmes – comme autant de pièces dans la maison – traités de la même façon. Un texte plutôt poétique avec un dessin couleurs pleine page puis une double page de vignettes en noir et blanc avec un texte court et enfin un dessin couleurs double page. Les dessins couleurs sont somptueux et forment à la fin une fresque.

« La vie n’a rien d’un paisible cours d’eau… Les tumultueux courants se répètent et me font vaciller… Ils n’ont de cesse de me poursuivre… Ne me laissant d’autre choix que celui de fuir… » (p. 26-27 pour l’anxiété sociale).

Sont ainsi présentées des pathologies comme l’anorexie, l’anxiété sociale, la bipolarité, la boulimie, la dépression, la dysmorphophobie, l’hypocondrie, l’hystérie, le masochisme social, le narcissisme, l’obsession compulsive, la paranoïa ou la personnalité multiple.

Un livre surprenant, très bien construit, qui ravira aussi bien ceux qui aiment les belles illustrations que ceux qui s’intéressent à la psychiatrie et aussi tout simplement les curieux comme moi. La collection Métamorphoses est majestueuse et il y a de très beaux titres dans lesquels j’irai piocher !

Pour La BD de la semaine et les challenges BD et Challenge du confinement (case BD). Plus de BD de la semaine chez Noukette. Et n’oubliez pas de visiter Mon avent littéraire 2020 pour le jour n° 9.

Ils l’ont lu : Mademoiselle Maeve, Mo, Noctenbule, entre autres.

Le voyage de la femme éléphant de Manuela Salvi et Maurizion A.C. Quarello

Le voyage de la femme éléphant de Manuela Salvi et Maurizion A.C. Quarello.

Sarbacane, 2007, 38 pages, 14,90 €, ISBN 978-2-84865-152-1.

Genre : album illustré italien.

Manuela Salvi naît le 3 décembre 1975 en Italie. Elle enseigne le graphisme et elle est aussi éditrice (free-lance) et autrice pour la jeunesse.

Maurizion A.C. Quarello naît en 1974 à Turin en Italie. Il enseigne l’illustration et il est dessinateur.

Tout le monde appelle Véra la femme éléphant parce qu’elle est très grosse. Pourtant elle est heureuse, elle voyage avec son side-car et donne un spectacle chaque jour dans un nouvel endroit. Elle reçoit des lettres de Gregori, un « fidèle correspondant » (p. 10) qui l’a invitée à son anniversaire. Il habite près de la mer. En route, Véra rencontre un vieux facteur à vélo qui fait sa dernière tournée avant la retraite et un crocodile dépressif (il n’a plus de dents pour croquer ses proies) et elle les embarque avec elle. « La petite compagnie repartit : Véra toujours à la conduite, le facteur en remorque sur son vélo et le crocodile dans le side-car, profitant de l’air frais et du panorama. » (p. 14). Le crocodile est cynique, il pense que Gregori va s’enfuir en courant quand il verra la taille de Véra… Aura-t-il raison ? C’est qu’il a « horreur des histoires qui finissent bien. » (p. 29).

Un magnifique album illustré de grande taille ! Des dessins d’un côté et les textes de l’autre ou des dessins double page qui sont tous très beaux et d’une grande richesse. Des personnages qui symbolisent une partie des laissés pour compte de la société : une femme très grosse, un retraité, un handicapé. Une histoire drôle et tendre qui se termine bien, et même le crocodile en est content.

Je mets cet album dans Animaux du monde #3 (car le crocodile est un des 4 personnages principaux) et Challenge Young Adult #10 (car, pour la première fois, les albums illustrés sont autorisés dans le challenge).

Pensées de Marc Aurèle

Pensées de Marc Aurèle.

Le grand livre du mois, devenu L’actu littéraire, collection Les trésors de la littérature, mars 1995, 218 pages, ISBN 2-7028-0442-X. Τὰ εἰς ἑαυτόν (Ta eis heauton) est traduit du grec ancien par Pierre Commelin.

Genres : pensées, réflexions, aphorismes.

Marc Aurèle naît Marcus Catilius Severus le 26 avril 121 après JC à Rome. Il étudie le grec, la philosophie et se passionne pour le stoïcisme. Il est « adopté par l’empereur Antonin en 138, il épouse sa fille en 145 et lui succède en 161. » (introduction, p. 7) Il est empereur de 161 à 180. Il écrit ses Pensées pour lui-même (un peu comme un journal) mais les livres n’ont pas été détruits après sa mort. Bien que pacifiste, il doit combattre et « Il affronte successivement les Parthes, les Germains, les Marcomans et les Sarmates. » (id, p. 7). Il meurt le 17 mars 180 à Vindobona, un camp romain en Autriche à l’emplacement de Vienne.

Ce n’est pas la première fois que je lis ces Pensées ou Entretiens de ce prince philosophe avec lui-même ; c’est il me semble la troisième lecture mais je n’en avais encore jamais parlé sur le blog. J’ai saisi l’occasion du challenge Les classiques c’est fantastique puisque le thème de septembre est Immersion antique.

Marc Aurèle est un humaniste avant l’heure. « Piété et bienfaisance. Non seulement ne jamais faire le mal, mais n’en avoir même pas la pensée. De plus, vivre avec frugalité, fuir en tout le luxe des riches. » (p. 11). Et sûrement écoresponsable ! « Attention à vivre conformément à la nature. » (p. 14) et « Tout ce qui entre dans le plan de la nature et qui tend à la conserver en bon état est bon pour chacune de ses parties. » (p. 24).

Philosophe, lucide, intelligent, Marc Aurèle était-il l’empereur parfait ? Tous les chefs d’États, les dirigeants, et même tout le monde, devraient lire ces textes pour être sereins, modestes et justes !

Il se parle à lui-même, se réprimande, se remet sur le droit chemin. « Cesse de t’égarer, car tu n’auras pas le temps de relire ni tes mémoires, ni l’histoire ancienne des Romains et des Grecs, ni les recueils de morceaux choisis que tu as mis de côté pour tes vieux jours. Hâte-toi donc de marcher vers ton but, bannis de frivoles espérances, viens toi-même à ton aide, si tu as à cœur tes intérêts, tandis qu’il est en est temps encore. » (p. 42).

« Si tu as la vue perçante, dit le philosophe, regarde et discerne en homme avisé. » (p. 137).

Dans quel état suis-je après la relecture de ce livre toujours aussi édifiant ? « Et je riais dans mon cœur. » (p. 198). Peut-être la plus belle phrase de ce recueil !

En plus de Les classiques c’est fantastique, cette lecture entre dans Cette année, je (re)lis des classiques #3.

Cap Horn 1 de Christian Perrissin et Enea Riboldi

Cap Horn 1 – La baie tournée vers l’est de Christian Perrissin et Enea Riboldi.

Les Humanoïdes Associés, juin 2010, 56 pages, 9,95 €, ISBN 978-2-7316-2247-8.

Genres : bande dessinée franco-italienne, Histoire, aventure.

Christian Perrissin naît le 1er janvier 1964 ; il étudie les Beaux-Arts à Annecy puis l’atelier BD des Arts appliqués Duperré à Paris. Du même scénariste : El Niño (7 tomes).

Enea Riboldi naît le 13 août 1954 à Milan ; il débute sa carrière au début des années 70 (bandes dessinées, illustrations pour des cartes, pour la télévision…).

Fin du XIXe siècle, aux alentours du Cap Horn.

Trois hommes fuient à cheval, Kruger, Duca, Johannes et 25 kilos d’or… que Kruger embarque pendant la nuit. Il sont poursuivis par les hommes de Popper, l’ange noir du Paramo.

Pendant ce temps, un trois-mats de la Marine française arrive sur les côtes de la Terre de Feu. Un scientifique va étudier les Fuégiens, de la tribu Yamana, et d’autres vont cartographier les canaux de la région, pour la Mission Terre.

Une belle couverture, de beaux dessins dont certains en pleine page, mais beaucoup de personnages rendent la lecture plus compliquée. N’empêche, c’est un beau récit, d’une région peu connue, tout au sud, au Cap Horn, la montagne andine se jette dans la mer. Et ces Indiens Yamana, je ne les connais pas (ou alors j’ai oublié si j’en ai déjà entendu parler).

Les albums suivants sont Dans le sillage des cormorans (2009), L’ange noir du Paramo (2011) et Le prince de l’âme (2013). Une intégrale est parue en 2014.

Pour La BD de la semaine et le challenge BD.

Gentlemind 1 de Díaz Canales, Valero et Lapone

Gentlemind 1 de Díaz Canales, Valero et Lapone.

Dargaud, août 2020, 88 pages, 18 €, ISBN 978-2-20507-637-0.

Genre : bande dessinée espagnole.

Juan Díaz Canales est le scénariste. Il naît en 1972 à Madrid (Espagne). Après avoir étudié l’animation, il devient scénariste et dessinateur de bandes dessinées. Du même auteur : Blacksad et Corto Maltese entre autres.

Teresa Valero est la co-scénariste. Elle naît le 23 juillet 1969 à Madrid (Espagne). Elle travaille pour le dessin d’animation (Corto Maltese, Nanook parmi les séries animées et Astérix et les Vikings, Bécassine parmi les films d’animation) puis se tourne vers le scénario de bandes dessinées. Du même auteur : Sorcelleries (3 tomes).

Antonio Lapone est le dessinateur et le coloriste. Il naît le 24 octobre 1970 à Turin (Italie). Après avoir été dessinateur pour une agence de publicité, il se lance dans la bande dessinée. Il vit en Belgique. Plus d’infos sur son blog, Lapone Art.

Je remercie NetGalley et l’éditeur car j’ai pu lire ce tome 1 de Gentlemind en pdf. Par contre, je ne l’ai pas lu sur ma liseuse, je l’ai lu sur le PC car je voulais la couleur !

Brooklyn, 1939. Arch Parker, dessinateur, est avec son amie, Navit, qui lui sert de modèle mais Arch n’arrive pas à vivre de son dessin. Un jour, il découvre un nouveau magazine, Gentlemind, lancé par le milliardaire H. W. Powell. « Vous savez, celui d’Oklahoma qui savait que l’acier serait le futur. » (p. 8). Le milliardaire exige de rencontrer Navit avant d’embaucher Arch.

New York, 1940. « Perdomo contre la Canasta Sugar Company Corporation. Audience présidée par l’honorable juge Jefferson. » (p. 11). Oswaldo (Waldo) Trigo gagne le procès pour l’entreprise puis accueille sa sœur Gabriela qui arrive de Porto Rico.

New York, 1942. Navit est devenue la danseuse vedette de Powell Follies, et la maîtresse du milliardaire. Et la Canasta Sugar Company continue de faire des procès pour agrandir son territoire et s’enrichir. « Regardez cet homme que vous êtes sur le point de sacrifier à la voracité de la Canasta et demandez-vous si ce que vous allez faire de lui a quelque chose à voir avec la justice. » (p. 21).

New York, été 1942. Arch s’est enrôlé et il est parti pour l’Europe ; Navit a épousé Horace Powell et est devenue madame Gina Powell.

Sur fond de guerre et, à travers l’histoire d’Arch, de Navit (Gina), de Powell et de Waldo, c’est en fait l’histoire de la revue Gentlemind qui est racontée et c’est passionnant. « Beaucoup de choses doivent changer si nous voulons que Gentlemind continue à paraître. » (p. 47). « Ensemble, nous pouvons hisser Gentlemind au sommet du paysage éditorial. » (p. 48). Gentlemind va devenir une grande revue pour les hommes et va même créer un prix, le « Gentlemind Short Fction Contest… le prix littéraire le plus important du pays pour les jeunes écrivains ! » (p. 56). En juin 1944, le premier numéro de la nouvelle édition de Gentlemind coûte 10 cents ! « Quelqu’un a un Gentlemind ? Il n’en reste pas un dans toute la ville. » (p. 66).

Les tons sont dans les bleus, les jaunes ; les dessins sont fins ; c’est très agréable à lire. J’ai particulièrement aimé les pages 28, 29 et 34 avec les couvertures des magazines et des comics de l’époque. Pas besoin de lire entre les lignes pour voir le racisme ambiant et le machisme mais, contre toute attente, Navit va réussir son projet ! J’ai hâte de lire la suite mais, à mon avis, il faudra attendre août prochain…

Une très belle bande dessinée de la rentrée 2020 pour La BD de la semaine, le Challenge BD et le Mois américain. Plus de BD de la semaine chez Moka.