The Sound of my Soul 1 de Rin Saitô

The Sound of my Soul 1 de Rin Saitô.

Akata, septembre 2022, 176 pages, 6,99 €, ISBN 978-2-38212-407-5. Suisho no hibiki vol.1 (2019) est traduit du japonais par Alexandre Goy.

Genres : manga, shôjo.

Rin Saitô 斉藤 倫 naît un 2 mai dans la préfecture d’Aichi au Japon et elle vit à Tokyo où elle est mangaka depuis 1981 (ses œuvres sont prépubliées dans le magazine Margaret et publiées chez Shûeisha). Plus d’infos sur sa page FB et sur son compte twitter.

Ce manga est « un récit fictionnel basé sur la vie de Mizuki Shikimachi, un véritable violoniste en chair et en os » qui joue depuis l’âge de 4 ans et que la mangaka a rencontré sur scène lorsqu’il avait 16 ans.

« Mon cerveau est spécial. Il a quelque chose bien à lui. Il m’a été transmis par ma mère… un don, obtenu d’une force supérieure bienveillante. Je peux changer tout ce qui existe en ce monde… grâce à la musique. Les vibrations émises par les cordes du violon résonnent dans mon âme. Je les chéris comme un trésor… avant des les laisser se répandre dans le cœur de mon audience. ».

En participant à une audition, Mizuki a reçu des membres du jury 422 points, « le plus haut score jamais atteint » par un enfant, mais rebutés par son handicap, une paralysie cérébrale, ils attribuent le prix à la candidate arrivée deuxième, une fillette de huit ans, qui a plus de chance d’avoir « une bonne condition physique » pour réussir comme grand talent de demain…

La mère de Mizuki, Keiko Shikimachi, est mécontente mais son meilleur ami, Natsuki, le soutient car, bien que malentendant, sa musique le touche au cœur. Mizuki et Natsuki se sont rencontrés un an auparavant dans une classe spécialisée, Le ciel azuré, alors que Natsuki dansait.

Mizuki a attisé la curiosité du célèbre violoniste et professeur Toshihiro Nakayoshi qui normalement ne prend plus d’élève mais qui décide de se déplacer chez lui. « M. Nakayoshi m’écoute parler… sans même chercher à m’interrompre. – Si tu tiens à toucher un maximum de personnes, le classique fera très bien l’affaire. Pourquoi m’avoir sollicité ? – Parce que… pour la première fois, je me suis dit ‘Je veux ressembler à ce violoniste !’ – Tu veux devenir comme moi ? – Oui. Je veux apprendre à faire vibrer l’air environnant avec mon corps tout entier. » Contrairement à ce que Mizuki pensait, le professeur Nakayoshi lui apprend le rythme et le tempo.

Quant à son arrivée au collège, ça ne se passe pas très bien, les élèves le surnommant « le handicapé »… mais Mizuki – qui a maintenant 11 ans – préfère ne rien dire à sa mère. Il se montre même motivé et enjoué mais tiendra-t-il le coup ?

En fin de volume, il y a une histoire genre préquelle (écrite et dessinée en 2018) sur les débuts de Mizuki, un récit documentaire intitulé The Sound of Crystal. Un beau récit qui raconte l’accouchement prématuré, le choix du prénom Mizuki « avec les caractères du cristal de roche, une pierre solide et brillante », la défection du père, Nao, en apprenant que son fils aurait un handicap, les grands-parents maternels qui s’occupent du nourrisson pendant que sa mère travaille et qui sont témoins de son don : l’oreille musicale, les premiers problèmes et l’arrivée du handicap à l’âge de 3 ans, sa mère qui s’est toujours battue pour lui : « Ça va aller… Il est encore tout à fait capable de se déplacer. Il mange bien… parle tout le temps… et rit beaucoup… Tout se passera bien. » et enfin la découverte du violon. « Mais… par la suite, de nouvelles maladies sont apparues, avec leur lot de difficultés. » C’est très beau et inspirant parce que peu de personnes – valides ou handicapées – ont l’envie et la force de se battre comme ça !

Ce manga est pour tous les lecteurs, il montre les difficultés du handicap et l’incompréhension voire la méchanceté des ‘valides’ qui réagissent par du ‘validisme’. Il permet aux lecteurs de relativiser et de mieux comprendre, et ce message n’est pas de trop parce que, trop souvent, l’empathie et la sympathie sont remplacées par la moquerie. J’ai hâte de lire la suite mais, en attendant, j’ai fait quelques recherches.

Définition Wikipédia : « Le capacitisme ou validisme est une oppression pouvant prendre la forme de discrimination, de préjugé ou de traitement défavorable contre les personnes vivant un handicap (paraplégie, tétraplégie, amputation, malformation mais aussi dyspraxie, schizophrénie, troubles psychiques, autisme, trisomie, etc.). Le système de valeurs capacitiste, fortement influencé par le domaine de la médecine, place la personne valide, sans handicap, comme la norme sociale. Les personnes non conformes à cette norme doivent, ou tenter de s’y conformer, ou se trouver en une situation inférieure, moralement et matériellement, aux personnes valides. Dans ce système de valeurs et de pouvoir, le handicap est ainsi perçu comme une erreur, un manque ou un échec et non comme une conséquence des événements de la vie ou de la diversité au sein de l’humanité. La Convention relative aux droits des personnes handicapées définit l’absence d’accommodement raisonnable en faveur de personnes non valides comme une discrimination fondée sur le handicap. »

Mizuki Shikimachi 式町水晶 naît en octobre 1996 à Asahikawa sur l’île de Hokkaido mais il grandit à Kawaguchi dans la préfecture de Saitama (chez ses grands-parents maternels). Malgré son handicap, il devient un célèbre violoniste : il joue le 5 septembre 2021 à la cérémonie de clôture des Jeux paralympiques de Tôkyô 2020, reportés en 2021. Il passe plusieurs fois à la télévision et enregistre 3 albums. Plus d’infos sur son site officiel (peu de choses), son instagram, son twitter et quelques titres à écouter sur Soundcloud. Et ci-dessous deux vidéos sur King Records.

Pour La BD de la semaine (plus de BD de la semaine chez Noukette) et les challenges BD 2023, Bingo littéraire d’Hylyirio (case n° 2, une BD ou un manga), Challenge lecture 2023 (catégorie 37, le titre ne comporte pas la lettre A mais il aurait pu aller dans la catégorie 54), Jeunesse & young adult #12, Un genre par mois (en janvier, ‘bulles’, BD, manga…).

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Mermaid Saga Intégrale 1 de Rumiko Takahashi

Mermaid Saga Intégrale 1 de Rumiko Takahashi.

Glénat, collection Seinen, octobre 2021, 400 pages, 14,95 €, ISBN 978-2-34404-792-7. 人魚シリーズ (Ningyo Shirîzu, 1985) est traduit du japonais par Nesrine Mezouane.

Genres : manga, shônen/seinen, fantastique.

Rumiko Takahashi 高橋 留美子 naît le 10 octobre 1957 à Niigata (préfecture de Niigata, Japon). Elle commence à dessiner très jeune puis, lorsqu’elle est étudiante à Tokyo, elle fréquente Gekiga Sonjuku, l’école de manga fondée par Kazuo Koike. Elle débute sa carrière avec des recueils amateurs appelés dôjinshi (1975) puis Urusei Yatsura (1978-1987). C’est une mangaka célèbre (au style reconnaissable) et elle a reçu plusieurs prix. J’ai lu ses chefs-d’œuvre, Inu-Yasha, Ranma 1/2, Urusei Yatsura que j’ai également vus en animation, ainsi que Maison Ikkoku (Juliette, je t’aime) en animation. J’ai aussi lu ses one-shots (parus chez Tonkam), La tragédie de P (1994), Le chien de mon patron (1999) et Un bouquet de fleurs rouges (2005). Quant à Mermaid Saga, j’ai vu les OAV et la série animée mais je n’avais jamais lu le manga.

Mermaid Saga est paru au Japon en 3 tomes entre 1984 et 1994, d’abord en prépublication dans Shônen Sunday Zôkan (1984-1985) puis dans Weekly Shônen Sunday (1987-1994) avant d’être édité par Shôgakukan (dès 1985) et adapté en animation (en 1991, 1993 et 2003). Le premier tome, Mermaid Forest 人魚の森 (Ningyo no mori soit la forêt des sirènes) est le seul tome traduit en français en 1998. Le tome 2, Mermaid’s Scar 人魚の傷 (Ningyo no kizu soit la cicatrice de la sirène) et le tome 3, Mermaid Gaze 夜叉の瞳 (Yasha no hitomi soit l’œil du démon) sont enfin traduits en français. Ce premier tome intégrale contient Mermaid Forest.

Yuta a mangé de la chair de sirène et il est devenu immortel (sauf s’il a la tête tranchée) alors que tous ses amis pêcheurs sont morts dans d’atroces souffrances. Il a 20 ans… depuis 500 ans mais souffre de voir tous ceux qu’il aime vieillir et mourir. Il voudrait donc redevenir mortel. « On m’a dit que pour redevenir humain, je devais rencontrer une sirène… ».

Mana a été capturée enfant par des sirènes qui l’ont obligée à manger de la chair de sirène afin, à leur tour, de se nourrir de sa chair pour redevenir jeunes et belles…. Elle a 16 ans, est aussi immortelle, et heureusement a réussi à s’enfuir grâce à Yuta qui est arrivé dans le village isolé où elle était prisonnière, c’est sûr « les sirènes ne savent pas rire ».

Des sirènes, des monstruosités, des pirates, de l’action, de l’aventure, parfait pour un shônen (manga pour garçons) mais il y a quelques scènes violentes et érotiques alors c’est plutôt un seinen (manga pour adultes). Il y a aussi d’horribles vieilles femmes et de l’humour, « Arrête de crier, ton dentier risque de tomber ! » (p. 188), mouah ah ah, elle est bien bonne !

Ce premier tome est un très beau livre, dans un format plus grand que les mangas habituels (145 x 210 mm). Les différentes histoires peuvent être lues indépendamment (comme des nouvelles) mais il y a une certaine continuité chronologique donc mieux vaut les lire dans l’ordre même s’il y a des flashbacks aussi bien pour Yuta que pour Mana. Vous pourrez être un peu énervés par le statut de Mana (jeune fille en détresse avec un héros qui la sauve à chaque fois) mais c’est typique des années 80 (j’appelle ça le syndrome de la Princesse Peach, pour ceux qui connaissent les jeux vidéo… La Princesse Peach se laisse toujours enlever par le méchant Bowser pour que Mario vienne la sauver). Une lecture pour les fans de Rumiko Takahashi et pour ceux qui veulent découvrir la mangaka et son univers. La bibliothèque a acheté le deuxième tome donc je le lirai sûrement dans pas longtemps.

Ils l’ont lu : Aelurus, Floriane, Hervé, Tampopo, d’autres ?

Pour La BD de la semaine (plus de BD de la semaine chez Moka) et les challenges ABC illimité (lettre R pour prénom), BD 2023, Bingo littéraire d’Hylyirio (case n° 14, le nom d’un animal dans le titre, mermaid est l’anglais pour sirène), Challenge lecture 2023 (catégorie 28, un livre sans happy end), Contes et légendes, Jeunesse & young adult #12, Littérature de l’imaginaire #11, Petit Bac 2023 (catégorie Animal pour Mermaid = sirène), Tour du monde en 80 livres (Japon).

Darwin’s incident 1 de Shun Umezawa

Darwin’s incident 1 de Shun Umezawa.

Kana, collection Bik Kana, juillet 2022, 192 pages, 7,55 €, ISBN 978-2-50511-379-9. ダーウィン事変 (Darwin Jihen, 2020) est traduit du japonais par Frédéric Malet.

Genres : manga, seinen, science-fiction.

Shun Umezawa うめざわしゅん naît le 13 décembre 1978 à Kashiwa dans la préfecture de Chiba (Japon). Il est dessinateur, scénariste et il commence sa carrière de mangaka en 1998 avec un one-shot, Jerashi, publié dans le Weekly Young Sunday (Shôgakukan). D’autres titres sont parus avant Darwin’s incident, titre sur lequel il travaille depuis 2020 et prévu en 4 tomes. Shun Umezawa est plus connu en Espagne où ses précédents titres (Utopias, Ippiki to Kyûjûkyûhiki to, Pinkie Always rings Twice, Erehwon) sont traduits. Plus d’infos sur son site officiel.

Voici comment commence ce manga : « Le courant de la conscience s’étend des humains opprimés à tous les animaux, conduisant à de formidables réponses sur l’évolution. Charles Darwin (note griffonnée en février 1838) » (p. 2).

Institut de recherche biologique STRARD à Escondido en Californie. Des membres de l’Alliance de Libération des Animaux « attaquent » et libèrent des singes, des lapins, des chats, des chiens, des souris… et récupèrent une femelle chimpanzé en train de faire une fausse couche.

Institut de recherche sur les primates Kornberg à Saint-Louis dans le Missouri, deux mois plus tard. « Il s’agit du rapport officiel de l’Académie national des sciences. Le décryptage du séquençage de l’ADN et les dernières technologies d’analyse du génome le confirment. Ce nouveau-né… est un hybride mi-humain mi-chimpanzé. C’est un humanzee. » (p. 10-11).

Quinze ans plus tard, à Shrewsville dans le Missouri. Charlie a été adopté et élevé par Hanna et Gilbert (surnommé Bert), un couple composé d’une avocate et d’un scientifique. C’est son premier jour au lycée et… Charlie est considéré comme une bête curieuse (il est connu car il est régulièrement dans les journaux et a même rencontré le président). Mignon pour les uns (plutôt pour les filles), macaque pour d’autres voire danger (plutôt pour les garçons), Charlie n’est pas accueilli à bras ouverts par tous… « Moi, j’ai pas trop envie de m’approcher de lui… On ne sait pas ce que cet hybride pourrait nous faire. » (p. 24), sans commentaire.

Dans la cour, un chat est coincé dans un arbre et Lucy grimpe pour le récupérer mais la branche casse… Charlie est en cours, il saute par la fenêtre et rattrape à la fois le chat et Lucy. Évidemment tout le monde filme la scène. Après ça, à la cafétéria, Lucy et Charlie deviennent amis sous le regards éberlués des lycéens.

Malheureusement des membres plus violents – ou plus cinglés – de l’Alliance de Libération des Animaux organisent des attentats à New York et veulent rallier Charlie à leur cause… Charlie – bien que vivant à plus de 1500 km – est soupçonné de faire partie de ce groupe… « Dis-moi… tu penses vraiment que Charlie pourra devenir l’un des nôtres ? – Nous allons faire en sorte qu’il n’ait pas le choix. » (p. 75).

Au-delà de l’éthique (non, il n’est pas normal que les humains créent des hybrides, des chimères), ce genre d’histoires de science-fiction me plaît bien. Une fois que l’être vivant – ici Charlie – est existant, on ne va pas le tuer quand même mais il ne faut pas oublier qu’il est justement un être vivant sensible, doué de raison, de sentiments, d’émotions et pas qu’un sujet d’études ou d’expériences. Ce manga traite aussi des végans et en particulier de ceux qui commettent des attentats terroristes et tant pis pour les victimes collatérales, ça c’est affreux, on ne défend pas une cause par la violence (et je ne vis pas dans le monde des Bisounours). Quoiqu’il en soit, ce premier tome est une tuerie, je veux dire est vachement bien, enfin vous m’avez comprise, et j’ai hâte de lire la suite ! Le 2e tome est paru en octobre 2022 et le 3e est annoncé pour janvier 2023.

Pour La BD de la semaine (plus de BD de la semaine chez Fanny) et les challenges ABC illimité (lettre U pour nom), BD 2023, Bingo littéraire d’Hylyirio 2023 (case n° 2, une BD ou un manga), Challenge lecture 2023 (catégorie 21, un livre d’un auteur que je n’avais jamais lu), Jeunesse & young adult #12, Littérature de l’imaginaire #11, Petit Bac 2023 (catégorie Prénom pour Darwin, j’ai vérifié Darwin est un prénom provenant du vieil anglais Deorwine qui signifie « cher ami »), Un genre par mois (en janvier, c’est BD, manga…). Certains liens de challenges arrivent !

Serii de Takehito Moriizumi

Serii de Takehito Moriizumi.

Atelier Akatombo, juin 2020, 190 pages, 13 €, ISBN 978-2-37927-061-1. セリー est traduit du japonais par Dominique et Franck Sylvain.

Genres : manga, seinen, science-fiction.

Takehito Moriizumi 森泉 岳土 naît en 1975 à Tôkyô au Japon. Il travaille dans une entreprise mais se rend compte que sa passion (depuis l’enfance) est le dessin. Son premier manga, Mori no Mari (Marie de la forêt) paraît dans Monthly Comic Beam alors qu’il a 35 ans. Sa technique de dessin est similaire au lavis (encre de Chine). Les mystérieux hasards de l’hiver et autres histoires paraît en 2019 (Lézard noir) et 1984 de George Orwell/La Luciole de Haruki Murakami en juin 2021 (Atelier Akatombo). Plus d’infos sur ses comptes facebook, twitter et instagram.

Un jeune homme, Kakeru, vit avec une androïde, Serii. Depuis une catastrophe, ils sont confinés dans une maison remplie de livres. Heureusement, il y a des réserves de nourriture pour Kakeru, un générateur pour l’électricité et le chauffage. « Kakeru… La situation est telle que nous ne pouvons plus sortir d’ici… Il s’est passé beaucoup de temps depuis que nous sommes sans nouvelles de l’extérieur. Ce monde… Y a-t-il d’autres personnes en vie à part toi, Kakeru ? » (p. 18-19).

Serii fait la lecture à Kakeru, de la fiction (Ursula Le Guin, Jack London…) ou des livres scientifiques (Paul Davis…) mais subitement ses yeux ne fonctionnent plus alors c’est Kakeru qui fait la lecture. Cependant Serii demande « Kakeru, et si tu me redémarrais à zéro ? Ça permettrait de me réparer, je pense. » (p. 69) mais Kakeru refuse car Serii est une véritable mémoire depuis qu’il est enfant et la redémarrer signifierait qu’elle perde tout ce qu’elle a enregistré ! Douze ans après, Kakeru meurt et Serii se retrouve seule…

Dans cette histoire post-apocalyptique en huis-clos, il y a une certaine douceur, pas de peur, pas d’horreur, c’est plutôt intimiste et philosophique. Les dessins sont très minimalistes, parfois simplement esquissés, et il y a de moins en moins de dialogues, peut-être parce que Kakeru et Serii sont usés par cette vie d’isolement ou alors parce qu’ils n’ont pas besoin d’autre chose que la lecture. Serii est, en tout cas, un très bel objet en tant que livre (à un prix très raisonnable) et c’est justifié vu l’importance des livres et de la transmission dans ce récit. C’est que Takehito Moriizumi aime la lecture depuis l’enfance et que Serii est un vibrant hommage à la littérature qu’elle soit de fiction ou scientifique.

Serii est suivie par 2 histoires courtes, Le sang de l’après-midi (les pages sont jaunes) et Ce jour-là, avec toi : Kuching (2015), Venise (2016), Okayama (2017), trois voyages que l’auteur a faits avec son épouse, puis une postface, Celle que je ne peux oublier (2018). La littérature « C’est un endroit où l’on peut se rendre chaque jour, mais où l’on est accompagné par le sentiment que rien ne se clôturera. » (p. 184). Ces histoires sont plus dramatiques, elles parlent de la famille, des souvenirs, et auraient pu se dérouler avant Serii.

Ils l’ont lu : Anne-Laure de Chut… Maman lit, Le Chroniqueur, Fondu au noir, L’œil de Luciole, d’autres ?

Pour La BD de la semaine, BD 2022, Littérature de l’imaginaire #10, Un genre par mois (de l’amour dans l’air, ici une histoire d’amour différente) et ABC illimité (lettre T pour prénom).

 

La leçon du mal de Yûsuke Kishi

La leçon du mal de Yûsuke Kishi.

Belfond, août 2022, 544 pages, 24 €, ISBN 978-2-71449-461-0. 悪の教典 Aku no kyôten (2010) est traduit du japonais par Diane Durocher.

J’ai reçu ce roman par la poste alors merci à Lecteurs.com et à Belfond.

Genres : littérature japonaise, thriller.

Yûsuke Kishi 貴志 祐介 naît le 3 janvier 1959 à Ôsaka au Japon. Il étudie l’économie à l’université de Kyôto et travaille des années dans une compagnie d’assurances-vie avant de se lancer dans l’écriture de romans. Il est membre de l’Association japonaise d’auteurs de romans policiers et de la Honkaku Mystery Writers Club of Japan. Il est parmi les meilleures ventes d’auteurs japonais et plusieurs de ses œuvres ont été adaptées. Le roman Aku no kyôten a été adapté en manga seinen (adultes) entre 2012 et 2015 (9 tomes), en drama de 4 épisodes supervisés par Takashi Miike et servant d’introduction au film réalisé en 2012 par Takashi Miike (genre thriller et slasher, sous-genre du film d’horreur).

Seiji Hasumi, 32 ans, professeur d’anglais au lycée privé Shinkô Gakuin à Machida, fait des rêves bizarres… Les lycéens jouent une pièce de théâtre, il leur tire dessus car ils sont mauvais puis vole dans les airs pour retrouver sa maison. Il est réveillé à 5 heures du matin par deux gros corbeaux qu’il a surnommés « Hugin et Munin, à l’instar des corbeaux messagers du dieu Odin dans la mythologie nordique. » (p. 11).

Le matin, il fait son jogging, croise son voisin, Yamazaki (qui est aussi son propriétaire et dont le chien, Momo, l’a pris en grippe) puis prend une douche et se rend au lycée dans sa vieille voiture pour retrouver sa classe principale, la 1ère 4, avec des adolescents à problème (absentéisme, harcèlement, vols, violences…). « Ce sont des problèmes sensibles, je suis en train d’en parler avec les élèves concernés afin d’obtenir plus d’informations. » (p. 16).

Bref, Hasumi est le prof idéal, apprécié par le directeur, les professeurs et les lycéens parce qu’il écoute et sait résoudre les problèmes. Mais, Reika Katagiri, avec son intuition pointue, n’est pas dupe, elle est certaine que ce professeur cache quelque chose, comme son dernier instituteur d’école primaire… Seulement elle ne peut pas en parler, personne ne la croirait, même pas sa meilleure amie, Fûko Onodera. « Elle ne s’attirerait pas seulement des plaisanteries, mais carrément les foudres, et non seulement de son amie, mais de toute la classe (ceux du groupe de conversation anglaise en tête). Les filles en particulier étaient toutes de ferventes admiratrices de Hasumi. Au départ, elle-même avait considéré le professeur Seiji Hasumi d’un bon œil. Il était toujours de bonne humeur, débordait d’énergie et se souciait de ses élèves. Le prof parfait, en somme. Jusqu’à ce qu’il intègre l’équipe de surveillance, et se mette à régler les problèmes les uns après les autres avec une facilité déconcertante. Un doute terrible avait commencé à la tenailler. Cet homme serait-il capable de détecter les mensonges ? […] Elle avait compris que le prof possédait, comme elle, la faculté de discerner le vrai du faux. Pour autant, elle pressentait qu’ils étaient radicalement différents l’un de l’autre, même si au départ elle n’arrivait pas à l’expliquer. Elle s’était mise à cogiter sérieusement, jusqu’à ce qu’une idée particulièrement dérangeante lui vienne. Hasumi et elle n’étaient-ils pas, tout simplement, le contraire l’un de l’autre ? Les personnes capables de lire dans le cœur de leurs semblables étaient elles-mêmes à fleur de peau. Cette sensibilité leur permettait d’imaginer ce que l’autre ressentait. Hasumi était différent. Il était étranger à l’empathie. Il reconnaissait le mensonge parce qu’il était lui-même un menteur aguerri, et si son jugement ne vacillait pas, c’est qu’il voyait le monde dépourvu de la moindre compassion. » (p. 61-62).

Hasumi a tout le monde à l’œil, il tient des dossiers et des tableaux sur son ordinateur personnel qu’il met à jour à chaque nouvelle information récupérée en écoutant ou en questionnant. « Le lycée Shinkô Machida représentait pour Hasumi un vaste plateau de jeu d’échecs où chaque prof, chaque élève s’apparentait à une pièce. Il fallait sans arrêt manœuvrer pour que tout ce petit monde se déplace dans la direction souhaitée. » (p. 88).

Et je ne vous en dis pas plus pour ne pas divulgâcher mais, si vous avez lu la 4e de couv’ ou si vous avez vu le film de Takashi Miike, vous savez déjà un peu. Et sachez que quelques élèves comme Reika et Keisuke se posent des questions et enquêtent. En tout cas, un roman et un professeur machiavéliques ! Un ? Peut-être deux ! Tout une histoire et des stratagèmes qui font extrêmement froid dans le dos… Avec un style incisif extraordinaire. Si vous voulez découvrir la société japonaise et vous faire peur, je vous conseille vivement ce roman noir glaçant ! « Quelle jouissance, lorsque différentes pièces d’un puzzle s’assemblaient à la perfection ! Ces derniers temps, tout se déroulait selon ses plans. » (p. 317). Oserais-je dire quelle jouissance la lecture de ce roman ?!

Elles l’ont lu : Alex, Violette, d’autres ?

Pour ABC illimité (lettre K pour nom), Bingo littéraire d’Hylyirio (case n° 5, un livre d’horreur, 2e billet), Challenge lecture 2022 (catégorie 21, un livre reçu, 2e billet), Polar et thriller 2022-2023.

Un petit clin d’œil à La complainte de Mackie de l’Opéra de quat’sous que sifflote continuellement Hasumi.

Princesse Saphir d’Osamu Tezuka

Princesse Saphir d’Osamu Tezuka.

Soleil Manga, collection Shôjo, janvier 2005, 242 pages, 6,99 €, ISBN 978-2-84565-970-4. リボンの騎士 Ribon no kishi (1953) est traduit du japonais par Sylvain Chollet.

Genres : manga, shôjo, merveilleux, conte.

Osamu Tezuka (手塚 治虫) naît le 3 novembre 1928 à Toyonaka (préfecture d’Ôsaka, Japon). Il étudie la médecine à l’université d’Ôsaka mais il découvre les dessins animés en particulier ceux de Walt Disney et devient mangaka, scénariste et réalisateur. Il connaît le succès avec La nouvelle île au trésor (1947). Suivront Le roi Léo (1950), Astro Boy (1952), Princesse Saphir (1953), Phénix l’oiseau de feu (1956) et tant d’autres titres (dont la majorité sont adaptés en animation). Je ne peux pas tous les citer mais l’œuvre est colossale (de 1947 à 1988), touche à tous les genres et reçoit de nombreux prix y compris posthumes. Il meurt le 9 février 1989 à Tôkyô. C’est un mangaka que j’ai beaucoup lu au fur et à mesure des parutions de ses titres en France mais dont j’ai encore peu parlé sur le blog sauf avec La légende de Songoku (4 tomes) en mai 2021 (c’était une relecture ce qui est le cas aussi avec Princesse Saphir).

Il était une fois… Mukashi no koto desu ou Mukashi mukashi en japonais. Au Ciel, le Créateur qui distribue les cœurs, un bleu pour « des garçons forts et courageux » et un rouge pour « des filles belles et douces » (p. 9) donne par erreur (à cause de Tink) un cœur bleu puis un cœur rouge au même enfant à naître. Mécontent, le créateur envoie Tink, l’ange farceur, sur Terre avec la fournée de nouveaux-nés ; Tink a perdu ses ailes, « Ce n’est pas très pratique d’être humain. » (p. 13). Mais le personnage principal de cette histoire est l’héritier de la couronne que tout le monde attend au royaume de Silverland (l’histoire se déroule au Moyen-Âge dans un pays européen imaginaire).

Au moment de la naissance, tout le monde annonce un prince héritier ! Le roi et la reine ne peuvent pas démentir sinon c’est Plastic, le fils de l’affreux duc Duralmin, qui recevra le trône… Ainsi le couple royal élève leur fille « comme un garçon » (p. 20). Quinze ans après, Saphir a grandi et Tink n’a pas changé ! Mais il est de plus en plus difficile de jongler entre le côté féminin (vie personnelle cachée) et le côté masculin (vie mondaine) de Saphir, d’autant plus que Franz Charming, le prince d’un royaume voisin s’éprend d’une jeune blonde inconnue durant le bal du carnaval annuel… qui n’est autre que Saphir déguisée.

Des drames emmèneront Saphir au trône plus vite que ses parents l’avaient prévu et, après toutes ces années, Saphir est démasquée par la perfidie de Duralmin et de son machiavélique serviteur, Nylon. La reine et Saphir sont emprisonnées dans la tour ouest, la tour de l’oubli, dépossédées de leurs biens et réduites en esclavage par Gummer le geôlier…

Jusqu’au jour où apparaît un justicier masqué que l’ange Tink pense être Saphir (a-t-il raison ?).

Proche de nos contes de fée occidentaux, Princesse Saphir est un récit plein de romantisme mais aussi d’aventures et d’action. Considérée comme un shôjo (manga pour filles), cette histoire peut à mon avis intéresser aussi les garçons pour deux raisons. 1. Parce que la « princesse » est un garçon manqué et, au-delà du genre, Saphir est de naissance à la fois garçon et fille. 2. Parce que les codes du shôjo n’y sont pas vraiment respectés : les yeux, les émotions, les cases sont différents de ce que les lecteurs de shôjo attendent mais le graphisme est du pur Tezuka donc les fans apprécieront.

À noter que c’est une commande du Shôjo Club 少女クラブ (1923-1962) de l’éditeur Kôdansha qui souhaitait proposer aux jeunes lectrices une histoire similaire à celles publiées dans les magazines shônen (manga pour garçons). Je pense qu’à son époque Tezuka a simplement fait un shônen pour filles ! En tout cas, les thèmes de l’identité et de la liberté sont pour moi la part principale de cette histoire.

La parution en chapitres se déroule entre janvier 1953 et janvier 1956 avant de paraître en 3 tomes chez Kôdansha. Osamu Tezuka s’inspire bien sûr des contes européens et aussi, en bon cinéphile, d’actrices japonaises célèbres et des productions d’Hollywood ce qui inclut les films d’animation de Walt Disney. De l’humour voire du burlesque, des anachronismes, c’est du Tezuka tout craché même si les lecteurs adultes préféreront ses seinens comme Ayako, Barbara, Black Jack, ou L’histoire des 3 Adolf, entre autres. Princesse Saphir a eu beaucoup de succès alors Tezuka a fait une suite intitulée Les enfants de Saphir (un tome, 1958) et une série animée a bien sûr été réalisée : au Japon en 1967 et diffusion en France entre 1973 et 1976 (vidéo ci-dessous).

Pour l’instant, je n’ai (re)lu que le premier tome car je voulais garder du temps pour – rien à voir – lire Nous, les Allemands d’Alexander Starritt pour Les feuilles allemandes, un challenge qui se termine aujourd’hui. Mais je relirai assurément la suite pour vous la présenter.

Pour La BD de la semaine (plus de BD de la semaine chez Moka) qui est apparemment le dernier rendez-vous de l’année hors billet coups de cœur en fin d’année, BD 2022 et aussi 2022 en classiques, Les classiques c’est fantastique (avec en novembre un prénom dans le titre), Contes et légendes (des filtres magiques, une sorcière, une princesse et un prince, entre autres), Littérature de l’imaginaire #10, Petit Bac 2022 (catégorie Prénom pour Saphir) et ABC illimité (toujours le dilemme de choisir entre la lettre pour le prénom, le nom ou le titre… je vais faire avec O pour prénom).

Rooster Fighter – Coq de baston 1 de Shû Sakuratani

Rooster Fighter – Coq de baston 1 de Shû Sakuratani.

Mangetsu, collection Shônen, mai 2022, 192 pages, 7,90 €, ISBN 978-2-38281-137-5. Rooster Fighter volume 1 (2021) オンドリの戦闘機 ou ニワトリ・ファイター (Niwatori Fighter) est traduit du japonais par Alexandre Fournier.

Genres : manga, shônen, science-fiction, fantastique, horreur.

Shû Sakuratani 桜谷シュウ naît… eh bien quelque part au Japon (aucune info) et il est mangaka. Son premier manga T-Dragon (ヒーローズコミックス 10 tomes entre 2015 et 2019) n’est pas traduit en français. Plus d’infos (et plein de dessins de coqs) sur son compte twitter et son instagram.

Pour l’instant 4 tomes sont parus au Japon : en prépublication dès décembre 2020 dans Hero’s Inc.’s Comiplex (extrait) et en parution dès mai 2021, et un tome est attendu pour 2023.

« Voici l’histoire d’un simple coq … déterminé à protéger l’humanité. » (p. 8). Il y a un an, le Japon a été envahi par des kijûs, des monstres gigantesques qui détruisent tout sur leur passage et bouffent les humains… Le coq sur la couverture, c’est Rooster Fighter ou Coq de baston, « Je vais tous vous éclater ! » (p. 6) mais son vrai nom est Keiji.

Ce coq, attrapé par deux chenapans (un veut le manger, l’autre le donner à son chat), est sauvé par un petit vieux, veuf et triste, qui lui donne à manger, « Désolé, je n’ai pas mieux à t’offrir… – Du riz complet, du maïs, de la pérille… C’est un festin digne d’un roi ! » (p. 22-23) lorsque un kijû fait son apparition, détruit la maison voisine et s’apprête à avaler les chenapans et le pépé alors le valeureux coq intervient et il réussit, « Cocori-K.-O. ! » (p. 46).

Keiji sait que d’autres kijûs apparaîtront alors il essaie d’être au bon endroit au bon moment. Mais il a un défaut, il ne sait pas nager et, après l’épisode du zoo, il est coincé sur une île : j’ai beaucoup aimé sa rencontre avec la tortue millénaire, « T’es bien le premier qui ose tenir tête à Gin le borgne. » (p. 111) et il va falloir qu’il aille en mer…

Les kijûs ne sont-ils pas les monstres que la société japonaise génère ? Des jeunes délaissés par leurs proches ou martyrisés et qui ont la peur au ventre puis la haine, des gens abrutis par leur travail et qui n’ont pas de vie ou des femmes abandonnées alors ils et elles pètent un câble… Au-delà du côté shônen (manga pour garçons et adolescents) et du côté science-fiction, fantastique, horreur, le lecteur se pose des questions sur la vie et la société (avec par exemple les oiseaux exotiques au zoo et le sacrifice de papy Zena, ou le papounet yakuza qui avait un bon fond et qui a été abusé). Nous, les humains, ne sommes-nous pas des monstres en puissance ? Dans le sens ne pouvons-nous pas tous nous transformer en monstre, comme manger des êtres vivants morts (ou parfois encore vivants dans certaines gastronomie) ou prendre plaisir à voir des animaux enfermés ou faire souffrir les autres ou pire…

À noter que les kaijû 怪獣 sont des créatures étranges, mystérieuses, monstrueuses mais naturelles qu’on voit dans le kaijû eiga 怪獣映画, le cinéma japonais de monstres comme Godzilla pour ne citer que le plus connu mais ici, le mot kijû est inventé, peut-être parce que les créatures sont des humains qui se transforment et pas des créatures naturelles comme les kaijû.

Source : éditeur.

Hey, le business « dans le nettoyage. Le yakuza moderne se doit de gagner sa vie honnêtement. » (p. 153), un clin d’œil à La voie du tablier de Kôsuke Oono ? En fin de volume, il y a une histoire bonus, ah ah ah, une histoire de coq et de poulette… Bon c’est quand même un manga sérieux mais qui m’a fait rire et qui est super bien dessiné avec des détails très réalistes et fournis (ci-contre, mon image préférée). Quelle idée saugrenue et excellente de créer un coq sauveur de l’humanité ! C’est loufoque, sans aucun temps mort, et si vous n’aimez pas particulièrement la baston, ne passez pas votre chemin car dessins et messages valent vraiment le coup ! J’ai hâte de lire les tomes suivants pour en savoir plus sur Keiji, ses pouvoirs et sur ce qui l’a mené dans ce combat.

Pour La BD de la semaine (plus de BD de la semaine chez Fanny), BD 2022 et les challenges ABC illimité (lettre S pour nom), Littérature de l’imaginaire #10, Petit Bac 2022 (catégorie Animal pour Rooster / Coq) et Un genre par mois (contemporain en novembre, avec justement un manga très contemporain au niveau dessin, histoire, traitement des thèmes…).

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Lundi Soleil 2022 #novembre (3)

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Nous sommes toujours dans le onzième thème de Lundi Soleil 2022, celui de novembre qui est une direction, l’ouest. Bon, pas facile du tout ces thèmes de direction… Connaissez-vous des mangas qui se déroule dans l’Ouest (c’est-à-dire aux Amériques) ? J’en ai sélectionné quelques-uns. Déjà il y a la série Seton de Jirô Taniguchi (considéré comme le plus occidentalisé des mangakas), qui raconte la vie du célèbre naturaliste Ernest Thompson Seton né en Angleterre de parents écossais, ayant grandi au Canada et ayant vécu aux États-Unis (il a été naturalisé Américain) et qui fait la part belle aux animaux et aux grands espaces. Osamu Tezuka, le grand maître, a lui aussi fait une incursion aux Amériques mais du Sud (ce qui est quand même l’ouest pour nous, Européens) avec Gringo qui traite plutôt de politique et de social. J’espère vous avoir donné envie de les lire ! Je vous souhaite une bonne semaine et vous donne rendez-vous lundi prochain.

L’Éden des sorcières (tomes 1 à 3) de Yumeji

L’Éden des sorcières de Yumeji.

魔女のエデン (Majo no Eden) est traduit du japonais par Géraldine Oudin.

Genres : manga, seinen, dark fantasy, post-apocalyptique.

Yumeji ゆめじ aime la lecture, le dessin et les jeux vidéo depuis l’enfance. Elle est fascinée par les contes, les légendes, les créatures et les monstres. Elle étudie donc le manga et devient assistante (d’auteurs de mangas d’horreur) avant de se lancer avec L’Éden des sorcières mais elle est aussi puéricultrice. Plus d’infos sur son twitter et son pixiv.

Tome 1 : Ki-oon, collection Seinen, juillet 2021, 184 pages, 7,90 €, ISBN 979-10-327-1003-6.

« Si les plantes avaient un cœur et une volonté propre, voudraient-elles vivre avec les humains ? Et si je devenais un être végétal ? Et si la flore disparaissait de notre monde ? Voilà le genre de questions qui m’a traversé l’esprit quand j’ai commencé à écrire mon histoire… J’espère qu’elle vous plaira ! » (Yumeji, page de rabat de la couverture).

Le début : « Autrefois, tous les êtres qui peuplaient la Terre communiquaient les uns avec les autres… Ils se respectaient mutuellement et vivaient en harmonie avec leur environnement… Jusqu’à ce qu’apparaisse une créature qui allait tout bouleverser… L’homme. Incapable de comprendre le langage des autres êtres vivants… il n’éprouvait aucun scrupule à leur faire du mal… Profondément attristées… les plantes enveloppèrent les animaux pour les protéger puis se retirèrent… abandonnant les bourreaux à leur sort. Et depuis ce temps… le monde n’est plus qu’une vaste étendue de sable et de pierre… À l’exception des oasis où se cachent les sorcières. » (premières pages en couleur).

Toura est très âgée et Pilly, sa disciple, a pris la relève pour s’occuper du jardin mais elle n’est qu’une apprentie sorcière et se tracasse, « Je ne serai jamais à la hauteur… C’est évident… », parce qu’elle n’entend pas la voix des amurds (les plantes) comme les autres sorcières. Toura l’encourage, « Un jour tu seras si puissante que tu pourras rejoindre l’Éden ! », un lieu sacré que « seules quelques Élues ont la possibilité de fouler ». Mais Toura va mourir et, en allant chercher de l’aide chez les humains, Pilly attire Zakum, un scientifique fou et ses soldats dans leur oasis… Ils tuent Toura et veulent s’emparer de tout… Jusqu’à ce qu’un énorme loup mi animal mi végétal apparaisse et les chasse mais Pilly sait qu’ils vont revenir plus nombreux et tout emporter…

Un très beau premier tome avec des dessins délicats et détaillés (en particulier pour Oak, le loup, en couverture avec Pilly). Quant à l’histoire et l’ambiance, elles me plaisent beaucoup et j’espère que Pilly prendra confiance en elle. J’embraie avec le tome 2 !

Tome 2 : Ki-oon, collection Seinen, novembre 2021, 196 pages, 7,90 €, ISBN 979-10-327-1027-2.

Pilly continue sa route avec Oak, elle espère échapper à Zakum et aux soldats qui poursuivent les sorcières pour les étudier ou les brûler, et trouver l’Éden. Elle rencontre Laminala, une sorcière itinérante qui a quitté son oasis sombre et humide pour découvrir le monde. « Tout était gris, il n’y avait que des pierres et du sable… En revanche, la lumière était éblouissante et la sensation d’espace, incroyable… À ce moment-là, j’ai ressenti une forte émotion et j’ai su que je voulais explorer ce vaste monde… ». Après que Laminala lui ait appris à se nourrir et à s’entraîner, chacune reprend sa route et Pilly découvre une communauté de sorcières mais, même l’ancienne, ne sait pas où est l’Éden… « Les sorcières sont le seul espoir de ce monde… » (le père de la petite Hina, un humain hérétique).

Cachée par des montagnes, les abris des sorcières sont des endroits luxuriants et magiques (en couverture avec Pilly) mais certaines sorcières très jeunes comme Hina (qui signifie fleur) sont instables et ne maîtrisent pas leurs pouvoirs. De plus, dans l’ombre, Zakum et les militaires cherchent toujours les sorcières. Une fois l’histoire et les personnages principaux mis en place dans le tome 1, ce tome 2 est plus abouti au niveau psychologie des personnages, en particulier pour Pilly qui mûrit, mais Oak, qui a un comportement étrange, m’intrigue et j’ai hâte de lire le tome 3.

Tome 3 : Ki-oon, collection Seinen, mai 2022, 196 pages, 7,90 €, ISBN 979-10-327-1111-8.

Les soldats les ont trouvées… Pilly, blessée, a été emmenée dans une forteresse et Zakum va venir la chercher mais Fruditilla (en couverture), une sorcière qui n’entend pas la voix des amurds, la soigne avec des herbes et « Je ne te laisserai pas tomber aux mains de ce scientifique cruel ! Ne t’inquiète pas… Je suis ton alliée ! Je serai toujours là pour te protéger ! ». Alors, amie ou ennemie ?

Pilly est devenue plus forte mais Oak la retrouvera-t-il ? Pourra-t-il la sauver ?

Un tome plus sombre, qui met en scène la folie, celle des humains, celle des sorcières ? Mais un monde toujours magique et poétique qui enchante le lecteur. Dommage que la médiathèque n’a pas encore le tome 4 paru en octobre 2022 mais je le lirai dès qu’il sera disponible (et j’ai vu que la série est en cours au Japon, à suivre donc).

Pour La BD de la semaine (plus de BD de la semaine chez Fanny) et le challenge BD 2022, ainsi que Contes et légendes, Fantastique et horreur au Japon (sur FB avec Un mois au Japon et le challenge Halloween), Littérature de l’imaginaire #10, Un genre par mois (fantastique et horreur pour octobre).

Le Japon révélé – Visions of Japan de Xavier Gros, Atsuko Koga et Chiharu Nagatani

Le Japon révélé – Visions of Japan de Xavier Gros, Atsuko Koga et Chiharu Nagatani.

International Manga Association, mai 2001, 128 pages, 10 €, ISBN 978-2-95158-920-9, édition trilingue (anglais, français et japonais).

Genres : comic strips manga, humour.

Xavier Gros, l’auteur, naît à Agen. Il travaille en Angleterre et en Écosse pendant 7 ans avant de partir au Japon pour 2 ans.

Atsuko Koga, l’illustratrice, naît à Tokyo. Elle est parfaitement bilingue et s’inspire de Sazae-san pour ce livre qui est sa première œuvre.

Chiharu Nagatani naît à Aichi-ken. Elle étudie le Droit à l’université de Tokyo puis le français en Suisse et en France. Elle travaille pour la maison d’éditions Toyo Keizai depuis des années. Pour ce livre, elle a traduit les textes en japonais, a effectué le lettrage et quelques illustrations.

Ce recueil est construit de la même façon que Cabu au Japon (Seuil, 1993). « Le Japon révélé présente de manière satirique certains aspects culturel, social et politique du Japon. […] une vision de la vie japonaise perçue à travers les yeux d’un Européen mais qui est partagée par des Japonais. […] elle ne se veut pas un pamphlet contre le Japon et ses citoyens. Ce n’est qu’une BD satirique et humoristique sur le pays du Soleil Levant. » (p. 13).

Publié l’année de ma naissance (1966), Kamikaze de Zabo « est certainement un des premiers ouvrages de bandes dessinées qui présente une vision satirique du Japon. » (p. 14). Suit Gaijin de Tim Ernst et Tommy Uematsu en 1987 puis Cabu au Japon de Cabu (Seuil, 1993) et Impressions japonaises de 9 artistes français (Denoël, 1993). Du côté japonais, c’est le yonkoma (strips en 4 cases verticales) Sazae-san de Machiko Hasegawa qui, depuis 1946, montre le quotidien d’une famille japonaise (adapté en animé dès 1969, toujours en cours sur Fuji TV avec plus de 2500 épisodes, j’en ai vu quelques-uns lorsque j’étais au Japon).

Si vous souhaitez réviser votre anglais et/ou votre japonais en souriant, ce livre est idéal pour vous et vous en apprendrez beaucoup sur les gaijin (« gens du dehors », étrangers pour les Japonais) et sur le quotidien des Japonais :

– Économie (forte) et politique (insignifiante), technologie (très forte), « Euh, excusez-moi. Vous êtes si jolie et si figée que je me demandais si vous étiez humaine ? – Bien sûr que je suis humaine. J’ai été programmée pour. » (p. 69).

– Travail (shigoto, shigoto !) et vacances (si, si, les Japonais ont des vacances, il me semble même qu’ils ont 1 ou 2 jours fériés de plus que nous dans l’année mais pas sûre qu’ils puissent toujours poser leurs congés pour le bon fonctionnement de l’entreprise…), « Vous devez travailler dur pour la compagnie, toujours travailler, encore travailler ! Ce n’est que si vous vous donnez à fond, que vous consacrez votre vie au service de la compagnie, qu’il est possible d’apprécier la vraie valeur d’un homme. Aaaarrrggghhh !!! – C’est une crise cardiaque ! – Mon dieu !!! – C’est fini – Il avait raison. Je l’apprécie beaucoup plus maintenant . » (p. 50-51).

– Société (circulation, transports en commun, sommeil, poubelles, téléphones portables, savoir-vivre = ne pas se moucher en public, « C’est sale et dégoûtant » p. 52, c’est sûr c’est mieux de renifler…).

– Relations entre les gens, Japonais entre eux et avec les étrangers, « Le seul avantage des accidents de voitures à Okinawa… c’est que nous sommes sûrs que le conducteur… était Américain. » (p. 77).

– Cigarettes (évidemment pas nocives pour la santé), alcoolisme, sports (sumô, base-ball, ski, marathon), manga…

– Quelques animaux (chien, cigales, poissons… pour sushis et poulets pour brochettes ‘yakitori’).

En fin de volume, il y a 6 pages de notes (en anglais) pour mieux comprendre certains thèmes abordés dans le livre. C’est une relecture pour moi et je n’ai rien appris car je savais déjà tout ça mais je l’ai relu avec plaisir et ça reste amusant et instructif pour ceux qui veulent en savoir plus sur le Japon et les comportements principaux des Japonais.

Et pour conclure, « À Tokyo, les étrangers ne sont jamais perdus. » (p. 107), c’est vrai je ne me suis jamais perdue ni à Tokyo ni ailleurs au Japon (alors qu’à Paris ou à Lyon, entre autres…).

Pour La BD de la semaine, les challenges BD 2022 et Petit Bac 2022 (catégorie Lieu pour Japon).