La papeterie Tsubaki d’Ito Ogawa

La papeterie Tsubaki d’Ito Ogawa.

Philippe Picquier, août 2018, 384 pages, 20 €, ISBN 978-2-8097-1356-5. ツバキ文具店 Tsubaki bunguten (2016) est traduit du japonais par Myriam Dartois-Ako.

Genres : littérature japonaise, roman.

OGAWA Ito 小川 糸 naît en 1973 à Yamagata (Japon). Avant d’écrire des romans pour les adultes, elle écrit des chansons et des albums pour enfants. Ses trois premiers romans : Le restaurant de l’amour retrouvé (2009, Philippe Picquier 2013), Le ruban (2011, Philippe Picquier 2016) et Le jardin arc-en-ciel (2014, Philippe Picquier 2016).

Kamakura, préfecture de Kanagawa. Amemiya Hatoko, 25 ans, est surnommée Poppo (Hato et Poppo signifient pigeon, oiseau qu’elle n’aime pas du tout !). « La famille Amemiya est une lignée d’écrivains calligraphes qui remonte, paraît-il, à l’époque d’Edo, au XVIIe siècle. […] Depuis, les femmes Amemiya sont écrivains publics et calligraphes de génération en génération. » (p. 13). Hatoko est la onzième génération. Après les morts de sa grand-mère qui l’a élevée (qu’elle appelle L’Aînée) et de Tante Sushiko, Hatoko est revenue de l’étranger (le Canada si j’ai bien compris) où elle étudiait et a repris la boutique (depuis six mois). Parmi ses premiers clients, une vieille dame, un soir d’été, qui lui demande de rédiger une lettre de condoléances suite au décès de Gonnosuke, un singe recueilli par un couple d’amis, ce n’est pas banal.

« Si l’enveloppe est un visage, le timbre est le rouge à lèvres qui donne le ton. En se trompant de rouge à lèvres, on fiche en l’air le reste du maquillage. Ce n’est qu’un petit timbre mais tellement important. Dans son choix se concentre, dit-on, la sensibilité de l’expéditeur. » (p. 74).

Hatoko a une amie, sa voisine, plus âgée, madame Barbara. Ensemble, elles se baladent, vont au restaurant et papotent. J’aime beaucoup la réponse à la question « Quelle est votre saison préférée » : « Toutes, a-t-elle répliqué du tac au tac. Au printemps, les cerisiers sont beaux et en été, on peut se baigner. À l’automne, on mange plein de bonnes choses et l’hiver, le calme règne et les étoiles sont magnifiques. Moi, je suis une gourmande incapable de choisir. Alors printemps, été, automne et hiver, j’aime toutes les saisons. » (p. 88). C’est que le roman est construit en quatre parties qui correspondent chacune à une saison car les quatre saisons sont très importantes au Japon.

La papeterie est une boutique classique qui vend du papier, des crayons, des stylos, etc., avec l’activité d’écrivain public et calligraphie en plus. Les lecteurs néophytes apprendront des choses sur les hiraganas, les katakanas et les kanjis (les trois sortes de caractères utilisés par les Japonais). De mon côté, j’ai appris des choses sur le papier, l’encre, les formules à utiliser, le choix des timbres et les plumes, en particulier la plume de verre dont je n’avais jamais entendu parler ! La plume de verre a été inventée par Sasaki Sadajirô (« un artisan spécialisé dans la fabrication de clochettes en verre ») en 1902 et « Elle a immédiatement été adoptée en France et en Italie. » (p. 103).

Page 145, l’autrice confond restaurant italien et restaurant espagnol : elle dit que c’est un restaurant italien mais si vous y buvez du vin rouge espagnol et du xérès, et si vous y manger du jamón ibérico, vous êtes plutôt dans un restaurant espagnol ! Cette confusion m’a fait sourire car une amie japonaise confondait restaurant français et restaurant italien mais c’était à cause de la couleur des drapeaux (les Japonais confondent souvent le bleu et le vert).

Un des très beaux passages du roman est « la tournée des sept divinités du bonheur de Kamakura » pour le Nouvel An ancien avec Hatoko, madame Barbara, son amie prof Panty et le Baron (p. 211 et suivantes). Prêts pour la balade ? « Tout de même, qu’est-ce qu’il y a comme temples à Kamakura ! On pourrait dire sans exagérer que la ville entière n’est qu’un immense cimetière. Partout des temples. Il ne faut pas s’étonner que tant de gens prétendent avoir vu des fantômes. » (p. 216). C’est à ce moment-là que je me suis rappelée avoir visité avec beaucoup de plaisir cette ville et le Kôtoku-in, le temple avec le Daibutsu, l’immense statue en bronze de Bouddha qui a près de 800 ans ! (je vous mets une de mes photos).

Un jour, un jeune italien, Agnello (Agno) entre dans la boutique et donne plus de cent lettres à Hatoko car sa mamma (une Japonaise mariée à un Italien) a entretenu une correspondance pendant des années avec la grand-mère de Hatoko qui va découvrir L’Aînée sous un jour nouveau. « Poppo, la vie nous réserve bien des surprises ! » (Panty, p. 340).

Ce roman, charmant, délicat, très agréable à lire, est lui aussi rempli de surprises ! Déjà, remettre l’écriture au goût du jour à notre époque dans un Japon si connecté, il fallait le faire ! Et puis la couverture, très belle, est vraiment attirante ; une papeterie, vous pensez bien, c’est comme une librairie, c’est un haut-lieu de perdition ! J’avais l’impression d’y être, d’ailleurs, surtout lorsque Hatoko écrit le soir, après la fermeture, et je ne sais pas pourquoi mais je sentais parfois la présence de L’Aînée, comme si elle observait par-dessus l’épaule de Hatoko pour voir ce qu’elle écrivait et comment elle l’écrivait (c’est qu’il y a tant de codes à respecter).

Et si nous écrivions à nouveau des lettres et des cartes postales ?

Mon dernier billet pour Un mois au Japon 2020. Je remercie Noctenbule de m’avoir envoyé ce beau roman et je vous mets le lien vers sa note de lecture.

Zombie Cherry 1 de Shôko CONAMI

Zombie Cherry 1 de Shôko CONAMI.

Akata, collection Medium, juin 2016, 190 pages, 6,95 €, 978-2-36974-127-9. シカバネ☆チェリー Chikabane Cherry (2013, Akita Publishing Co, prépublication dans le mensuel shôjo Gekkan Princess) est traduit du japonais par Chiharu Chûjo.

Genres : manga, shôjo, horreur.

Shôko CONAMI こなみ詔子 naît un 24 août. Elle dessine depuis l’enfance et commence sa carrière à l’âge de 18 ans. Elle voyage beaucoup (Asie, Europe). Elle aime le fantastique et l’horreur, le cinéma et les jeux vidéo. Sa première série, Shinobi life (シノビライフ 13 tomes entre 2007 et 2012), se déroule dans le Japon médiéval. Plus d’infos sur son blog officiel et son site officiel.

Lycéenne, Miu Kyûragi n’arrive jamais à se lever le matin. Son voisin, et ami, Haru doit toujours la réveiller, il lui propose une potion qu’il a fabriquée, la Cherry Soup. « T’inquiète, je l’ai déjà testée sur des plantes, des animaux et même sur moi. Tu vas voir, ça va te changer la vie… […] La potion fait son effet… Par contre, son psychisme a encore du mal à suivre… ».

Mais Miu est amoureuse de Kei Tôno et, par un concours de circonstances, il l’invite au cinéma voir un film d’horreur japonais. Miu doit être en forme ! Elle vole la fiole de Haru et boit tout ! La séance de cinéma et le contact avec Kei, d’habitude renfermé, se passent très bien, ils ont la même passion pour l’horreur sauf les zombies.

C’est pendant leur discussion, après le film, que Miu se rend compte que son cœur ne bat plus et qu’elle n’a plus de pouls… En fait, elle était tellement excitée qu’elle s’est violemment cognée la tête contre un poteau et elle n’a pas réalisé qu’elle se levait du lit de la morgue et pas de son lit pour aller au cinéma !

« Mais cacher mes sentiments… jusqu’à la mort… Est-ce une bonne chose pour moi ?! ».

Alors d’un côté, Miu doit cacher à Kei (et à tous) sa situation, et d’un autre côté il y a confrontation entre Haru et Kei. Ah, et il y a les autres filles qui sont amoureuses de Kei qui se mettent à harceler Miu… Ce manga pourrait sembler être un shôjo classique mais un shôjo horreur, ce n’est pas banal ! J’ai bien ri avec le chapitre bonus à la fin.

Ah, c’est une série courte, seulement 3 tomes, alors je veux bien connaître la suite !

Pour La BD de la semaine et les challenges BD, Jeunesse et Young Adult #9, Littérature de l’imaginaire #8 et bien sûr Un mois au Japon.

Quatre mangas parus chez Pika

Durant ces semaines, des éditeurs de mangas ont proposé l’opération journalière Reste chez toi avec un manga : merci beaucoup à eux. Après le billet, il y a deux semaines, Trois mangas shôjo parus chez Akata, voici les mangas que j’ai lus grâce à Pika (l’opération a duré une semaine de plus sur le site de Pika, merci à cet éditeur).

Ces mangas sont tous pour La BD de la semaine et les challenges BD, Jeunesse et Young Adult #9 et Un mois au Japon.

Les brigades immunitaires 1 d’Akane Shimizu.

Pika, juin 2017, 176 pages, 6-95 €, ISBN 978-2-81163-316-5. はたらく細胞 Hataraku saibô (2015, Kôdansha) est traduit du japonais par Sylvain Chollet.

Genres : manga, shônen.

Akane Shimizu 清水茜 naît le 28 janvier 1994 à Tôkyô. Son autre série : Cells at work.

AE3803 est une hématie (une globule rouge), elle doit livrer de l’oxygène aux poumons mais, suite à l’attaque d’une bactérie pneumocoque, elle est déboussolée et se perd. Elle rencontre 1146, un leucocyte (globule blanc) chargé de retrouver cette bactérie et de la détruire. Dans les épisodes suivants, l’allergie au pollen de cyprès, le virus de la grippe, l’éraflure.

Vous l’avez sûrement compris, nous sommes dans le corps humain avec tout ce qu’il contient (ici sous forme humaine, c’est assez amusant). Je n’avais jamais vu un manga de ce genre ! C’est surprenant, un vrai cours d’anatomie et pratiquement de médecine ! Je ne pense pas pouvoir retenir ce que j’ai appris mais c’est d’une violence tout ce qu’il se passe à l’intérieur, les agressions de bactéries, leur destruction… Lire ce manga avec le coronavirus en ce moment, ça fait bizarre mais il est super bien fait et a son brin d’humour.

Cette série est déclinée en manga shôjo (Hataraku saikin), en manga seinen (Hataraku saibô BLACK), en animés, en jeu vidéo et même en adaptation théâtrale.

Au Japon, 5 tomes parus (en France aussi) mais série encore en cours. À découvrir !

Love & lies 1 de Musawo.

Pika, novembre 2016, 192 pages, 6,95 €, ISBN 978-2-81163-085-0. 恋と嘘 Koi to uso (2015, Kôdansha) est traduit du japonais par Djamel Rabahi.

Genres : manga, shôjo.

Musawo Tsumugi 紬木 ムサヲ est mangaka. Pas d’infos supplémentaires…

Ce que je trouve intéressant dans ce shôjo, c’est que le narrateur soit un garçon plutôt qu’une fille (c’est donc pourquoi l’éditeur le classe en shônen) : Yukari Nejima, surnommé Neji. Il est amoureux de Misaki Takisaki depuis 5 ans. Sur un coup de tête, avec des copains de classe, ils décident de ne jamais se marier. Misaki qui était présente a mis aussi sa main. « Oups, désolée, les filles n’ont pas le droit de participer ? » (p. 9). Mais lorsqu’un citoyen reçoit l’avis gouvernemental, à l’âge de 16 ans, il n’a plus le droit de tomber amoureux et doit épouser la personne que le gouvernement a choisi ! C’est la Loi Yukari pour lutter contre la baisse de la natalité… Neji a pu donner rendez-vous à Misaki et ils s’avouent leur amour, quel beau cadeau d’anniversaire pour les 16 ans de Neji ! Mais il reçoit (forcément !) sa notification gouvernementale et il doit épouser une certaine Ririna Sanada ! Mais la première rencontre ne se passe pas très bien…

Le trio « amoureux » est différent des shôjos habituels (n’oublions pas que c’est un Japon de science-fiction) : Ririna n’est pas amoureuse de Yukari et Misaki est sensée s’incliner et ne plus aimer Yukari, et la réciproque. Mais… Qu’est-ce que l’amour, la passion ? Le lecteur saura peut-être dans les tomes suivants : la série est en cours au Japon avec déjà 9 tomes, c’est trop pour moi, je ne veux pas me lancer dans des séries longues.

Une série d’animation (de 12 épisodes en 2017 et 2 OAV en 2018) et un film (en 2017) ont adapté ce manga. Le site officiel de l’animé sur lequel vous pourrez voir la bande annonce.

To your Eternity 1 de Yoshitoki Ôima.

Pika, collection Shônen, avril 2017, 192 pages, 6,95 €, ISBN 978-2-81163-547-3. 不滅のあなたへ Fumetsu no anata e (Kodansha, 2017) est traduit du japonais par Thibaud Desbier.

Genres : manga, shônen, fantastique.

Yoshitoki Ôima 大今 良時naît le 15 mars 1989 à Ôgaki (préfecture de Gifu). De la même mangaka : A silent voice (sur la surdité) chez Ki-oon.

Un jour, une sphère arrive sur Terre ; au début, elle ne fait rien, elle est un caillou puis lorsqu’elle est recouverte de neige, un loup blessé s’approche d’elle ; elle devient alors le loup ; il guérit, il marche jusqu’à une maison où vit un jeune humain ; celui-ci connaît le loup, il est content de le revoir, il l’appelle Joan, il lui donne à manger et prend soin de lui. Depuis cinq ans, tout le monde est parti et l’adolescent vit seul dans la maison de sa grand-mère. Enfin, il n’est pas seul, il a Joan. « Joan… Je vais partir d’ici, moi aussi… J’ai envie de rencontrer des gens, de vivre des choses nouvelles… Je sais qu’il y aura des moments difficiles mais… Je veux découvrir le monde… Je t’emmène avec moi, bien sûr ! » (p. 31-32).

Mais blessé à la jambe, il doit rebrousser chemin. Lorsqu’il meurt, Joan devient le jeune homme et il reprend la route. « Il s’est mis à marcher vers le sud. À l’origine, c’était juste une sphère que j’avais lancée… Qui sous l’effet d’une stimulation se métamorphose : pierre, mousse, loup… Et maintenant, elle se déplace sous une apparence humaine… En quête d’une nouvelle stimulation… » (p. 83). Or, dans un village, une fillette, March, doit être sacrifiée au seigneur Oniguma pour la sécurité et la prospérité de tous. Mais March arrive à s’enfuir et rencontre le jeune homme loup. « Mais… où tu vas ? Je viens avec toi ! » (p. 131).

De très beaux dessins, surtout pour les paysages, une histoire intrigante, un superbe loup ! Cette sphère est-elle immortelle ? Que va-t-elle encore faire sur Terre ? J’aimerais lire la suite mais 12 tomes, série en cours au Japon, c’est long… Mais une adaptation animée est prévue pour octobre 2020.

En plus des challenges cités ci-dessus, ce manga entre dans les challenges Animaux du monde (loup et ours) et Littérature de l’imaginaire #8.

Waiting for spring 1 d’Anashin.

Pika, collection Cherry Blush, avril 2018, 200 pages, 6,95 €, ISBN 978-2-81165-528-0. 春待つ僕らHarumatsu bokura (Kodansha, 2014) est traduit du japonais par Isabelle Eloy.

Genres : manga, shôjo.

Anashin あなしん naît le 26 juin 1992 à Owase (préfecture de Mie). Cette mangaka ne fait que du shôjo.

Mitsuki Haruno est dans un lycée où elle ne connaît personne alors que les autres élèves de sa classe arrivent du même collège. Comme elle est effacée, c’est difficile pour elle de se faire des ami(e)s et les sorties se font sans elle… Mais pendant son temps libre, elle travaille au Words cafe. Et depuis que les quatre plus beaux garçons du lycée sont venus à ce café, sa vie a changé.

Un petit shôjo sans prétention mais agréable à lire. Série en 13 tomes, terminée au Japon, 11 tomes parus en France. C’est trop long pour moi, je n’ai plus la patience de lire des séries si longues (entre 3 et 5 tomes maximum, ça me convient mieux) mais je pense qu’il vaut le coup pour les fans de shôjo.

Voilà, deux shônen et deux shôjos, un que j’ai très envie de continuer : To your eternity malgré la longueur (12 tomes, série encore en cours) ou alors peut-être voir l’animé. Merci beaucoup à Pika.

Plus de BD de la semaine chez Noukette.

Et si les chats disparaissaient du monde… de Genki Kawamura

Et si les chats disparaissaient du monde… de Genki Kawamura.

Pocket, novembre 2018, 176 pages, 6,50 €, 978-2-26628-657-2. 世界から猫が消えたなら (Sekai kara neko ga kieta nara, 2012) est traduit du japonais par Diane Durocher.

Genres : littérature japonaise, fantastique.

Genki Kawamura 川村元気 naît le 12 mars 1979 à Yokohama (Kanagawa, Japon). Il travaille dans le monde du cinéma (scénariste, producteur) et c’est son premier roman (il a d’ailleurs été adapté au cinéma en 2016, bande annonce ci-dessous).

Le narrateur, un jeune homme de 30 ans, facteur de son métier, pense qu’il n’a qu’un rhume mais il souffre tellement qu’il consulte. « Ce n’était pas un rhume. Mais un cancer du cerveau de stade 4. » (p. 10). Il accuse le coup mais il n’a plus qu’une semaine à vivre, ou un peu plus ou un peu moins… Il reçoit alors chez lui la visite du diable qui lui annonce qu’il va mourir demain mais qui lui propose une solution : « Tu dois faire disparaître une chose de cette planète. En contrepartie, il te sera accordé un jour de vie supplémentaire. » (p. 18). Le jeune homme hésite puis accepte l’échange.

Téléphones, films, montres… « Qu’est-ce qui était le plus triste ? L’idée de ma propre mort, ou celle de la disparition de choses importantes ? » (p. 90).

Les quatre premiers jours sont faits de rêves et de souvenirs. De sa mère, décédée il y a quatre ans, et des deux chats qu’ils ont eus (l’un après l’autre) : Laitue et Chou (ce dernier vit d’ailleurs avec lui depuis le décès de sa mère). Et de son père, horloger, avec qui il a coupé les ponts.

Mais le diable annonce que le vendredi, les chats disparaîtront ! « Si les chats disparaissaient du monde… Que gagnerait-on ? Que perdrait-on ? » (p. 127). Pour le jeune homme, c’est un dilemme de trop, d’autant plus qu’il aime Chou plus que tout !

Lorsque j’ai vu ce roman (en poche) à la librairie en novembre 2018, j’ai craqué : chat sur la couverture, littérature japonaise et thème qui m’a plu, ce qui faisait trois bonnes raisons d’acheter ce livre ! J’ai choisi de le lire début avril lors d’un marathon de lecture et je n’ai pas été déçue : c’est beau, c’est triste, c’est… miaou ! Et puis, il y a une réelle réflexion sur la mort, le sens de la vie et ce qu’on peut faire sans risquer de nuire. Il y a tous ces petits bonheurs, ces petits riens tout au long d’une vie que le narrateur (et le lecteur aussi) laisse passer sans se rendre compte de leur importance et puis oublie… Ce roman est donc comme un conte philosophique qui remettrait gentiment sur le droit chemin avec un peu d’humour.

Quant au narrateur (on ne saura pas son nom), il décide d’écrire une lettre au jour le jour, un peu comme un journal ou un testament, et ce n’est que vers la fin du livre que le lecteur comprend à qui il l’écrit.

Une belle lecture pour les challenges Animaux du monde, Lire en thème (en avril, auteur découverte, encore jamais lu), Littérature de l’imaginaire #8, Petit Bac 2020 (catégorie Animal pour chat) et Un mois au Japon (qui continue d’ailleurs en mai).

Trois mangas shôjo parus chez Akata

Je regroupe dans ce billet trois premiers tomes de mangas shôjo (pour filles) que j’ai lus grâce à l’opération Reste chez toi avec un manga (un manga gratuit à lire en ligne chaque jour). Cette opération est proposée par Akata mais aussi par Glénat et Pika. Bien sûr, en mettant en ligne les premiers tomes, ces éditeurs espèrent que les lecteurs achèteront les tomes suivants. Je lirai sûrement une de ces trois séries !

Les trois mangas entrent dans les challenges BD, Jeunesse et Young Adult #9 et bien sûr Un mois au Japon.

Made in heaven 1 d’Ako Shimaki.

Akata, collection WTF?!, octobre 2018, 180 pages, 6,99 €, 978-2-36974-310-7. ぼくの輪廻 Boku no rinne (Shôgakukan, 2016) est traduit du japonais par Marie-Saskia Raynal.

Genres : manga, shôjo.

Ako Shimaki 嶋木あこ naît un 16 janvier à Chiba. De la même mangaka : Dingue de toi, Sous un rayon de lune, Secret girl, Le chemin des fleurs. J’avais déjà lu Sous un rayon de lune (qui parlait déjà de réincarnation).

Atsurô Nogi, 20 ans, est un apprenti mangaka. Son histoire courte, Le disciple de Kôbô Daishi, avec un côté sexy, a eu du succès (en fait, il a dessiné une histoire qu’il a rêvée). Mais, en sortant de chez son éditeur, une jeune femme vient à lui et lui dit qu’elle connaît cette histoire car ils se sont connus dans une vie antérieure : il était le moine Eiken et elle est l’héroïne du manga. Atsurô s’enfuit ! « La trouille !! Elle est flippante, cette nana !! […] Cet incident m’avait bien plus marqué que je ne le pensais ! ». Car, maintenant, il travaille sur une série hebdomadaire et il doit garder le rythme et la même qualité. Lorsque l’éditeur lui envoie un assistant pour l’aider dans son travail, c’est Kanade Murofushi qui se présente à sa porte et elle n’est autre que la jeune femme croisée précédemment ! En plus, elle a une poitrine énorme ! « Je n’arrive plus à dessiner ?! ». Tu m’étonnes, Atsurô est en pleine confusion ! Mais c’est sans compter sur son meilleur ami, Akira Renjô.

Flashback. Dans le passé, au Moyen-Âge en fait, maître Eiken a accepté qu’une jeune femme, dame Yaï, vive en secret à l’hermitage. « Mais cette montagne est interdite aux femmes. Je ne peux pas la laisser rester trop longtemps. ». C’est que Eiken a fait vœu de chasteté et qu’il veut rester pur pour servir Bouddha.

Vous l’avez compris, ce manga, qui est un shôjo un peu spécial, traite avec humour et modernité de la réincarnation. Mais aussi d’un dilemme : doit-on rester chaste à chaque nouvelle vie lorsqu’on a fait vœu d’abstinence une fois ?

Apparemment la série est en 7 tomes (le tome 7 en France est prévu pour juillet 2020) mais je ne pense pas lire la suite, je ne sais pas trop pourquoi…

Moving forward de Nagamu Nanaji.

Akata, mars 2017, 208 pages, 6,95 €, ISBN 978-2-36974-180-5. あるいとう Aruitô (2011), d’abord paru en épisode dans Margaret puis en volume chez Shûeisha, est traduit du japonais par Miyako Slocombe.

Genres : manga, shôjo.

Nagamu NANAJI ななじ眺 naît le 19 février 1976 dans la préfecture de Hyôgo. Du même auteur : Parfait Tic (パフェちっく! série commencée en 2000) et Koibana – L’amour malgré tout (コイバナ! 恋せよ花火 Koibana! – Koiseyo Hanabi série commencée en 2008).

Kobe, quartier de Kitano-chô. La narratrice, c’est Kuko Tamada, 15 ans ; elle vit avec son père. Elle se prépare pour la fête du lycée Shû avec son amie Ibu. Elle aime bien Outa Narumiya, un étudiant en art, qui peint mais qui est insatisfait et… mystérieux. Et puis, il y a son ami d’enfance, Kiyo (Kiyomori).

Mais un jeune homme antipathique, nouvellement arrivé dans le quartier, lui reproche son comportement : elle porte un vieillard sur son dos pour l’aider à monter la pente, elle grimpe à un poteau pour prendre le chat, Shiromi, en photo pour son blog et elle tombe. « Moi… Je suis forte ! Ça t’pose un problème ? – T’es vraiment pas mignonne, toi. »

Si elle sourit tout le temps, surtout pour faire plaisir aux autres, Kuko se rend compte que quelque chose de plus profond ne va pas, que son quotidien est bouleversé. Mais, moving forward, il faut continuer d’avancer, d’aller de l’avant !

Le dessin est plus orienté vers les paysages et les détails que vers les visages (par exemple le visage d’Ibu est parfois blanc tout simplement) mais c’est un joli shôjo qui traite du deuil et de la souffrance. Par contre la série est un peu longue, 11 tomes, série terminée au Japon. La mangaka étant passée à une nouvelle série : Banale à tout prix (つうの恋子ちゃん Futsuu no Koiko-chan). Pas mal mais je ne sais pas si j’aurai le courage de lire encore 10 tomes…

Ugly Princess 1 de Natsumi AIDA.

Akata, avril 2016, 200 pages, 6,95 €, ISBN 978-2-36974-078-7. 圏外プリンセス Kengai Princess (2014, Shûeisha) est traduit du japonais par Bruno Pham.

Genres : manga, shôjo.

Natsumi AIDA あいだ夏波 naît le 31 juillet 1978 dans la préfecture de Kanagawa. Après ses études universitaires, elle commence sa carrière avec des one-shots publiés dans le mensuel Margaret puis elle crée sa première série, Switch Girl !! スイッチガール!! (25 tomes !).

Voici commence ce manga : « Les êtres humains… sont tous égaux. Tu parles d’un mensonge !! Sur la scène, aux côtés d’une majorité de gens classes et sexy… Les moches sont défavorisés. C’est bien triste, mais cette réalité est irréfutable. »

Mito Meguro, 15 ans, en dernière année de collège, est le personnage principal de ce manga. Son nom signifie « belle personne aux yeux noirs » mais elle se trouve très moche (et les autres se moquent d’elle car ils la trouvent moche aussi). Heureusement, elle a quand même des amies : Kyo Harukawa (surnommée Haru) et Sakaé Tomaru (surnommée Maru). Elles sont toutes les trois fans du jeu Princess Paradise avec le beau Seiya. Mais « Pour être honnête… j’ai plein de rancœur enfouie en moi. ». Il faut dire que les ados de son collèges sont cons et cyniques…

Mais un jour, Kunimatsu prend sa défense et l’aide ! « Il est dans ma classe mais… on ne s’est jamais parlé. Alors pourquoi… il m’aide ? »

Mito vit dans ce que ces deux copines appellent « son mode sans frontière », elle angoisse beaucoup, elle pleurniche parfois mais elle imagine aussi plein de trucs qui ne fonctionnent jamais alors elle se trouve toujours nulle et moche. En fait, elle fantasme beaucoup et elle réfléchit trop !

Un shôjo bien dessiné et amusant qui sort de l’ordinaire avec son anti-héroïne qui est toute mimi en fait. Une série en 7 tomes (c’est raisonnable) que je lirai si je les trouve à la bibliothèque (quand les bibliothèques rouvriront !).

Plus de BD de la semaine chez Moka.

L’atelier des sorciers 1 de Kamome SHIRAHAMA

L’atelier des sorciers 1 de Kamome SHIRAHAMA.

Pika, collection Pika seinen, mars 2018, 208 pages, 7,50 €, ISBN 978-2-81163-877-1.

とんがり帽子のアトリエ Tongari bôshi no atelier (2016, prépublication dans le mensuel Monthly Morning Two, et 2017, Kôdansha) est traduit du japonais par Fédoua Lamodière.

J’ai lu hier ce premier tome et j’ai rédigé la note de lecture dans la foulée (comme quoi, toutes les chroniques en retard…).

Genres : manga, seinen, fantasy, fantastique.

Kamome SHIRAHAMA 白浜鴎 naît un 7 mai. Elle étudie le Design à l’Université des Arts de Tôkyô. Elle travaille pour DC-Comics et Marvel puis se lance dans le manga en 2011. Du même auteur : Divines, 3 tomes pré-publiés dans Harta ハルタ (anciennement Fellows), magazine spécialisé en seinen (vous connaissez peut-être Bride stories, Gisèle Alain, Isabelle Bird, Reine d’Égypte, etc.). Deux titres non traduits de Shirahama-san : わたしのクロちゃん Watashi no Kuro-chan (Ma petite Noir, 2011) et とんがり帽子のキッチン Tongari bôshi no Kitchin (L’atelier de cuisine magique, 2019). Plus d’infos sur son compte Twitter.

« Notre monde est rempli de magie, cette force qui enrichit notre quotidien… Ce miracle dont on ne pourrait pas se passer. Mais comment fonctionne-t-elle ? Nul ne le sait… » (p. 9). Orpheline de père, Coco travaille avec sa mère qui a un atelier de couture mais, depuis l’enfance, la fillette est fascinée par la magie. Lorsque Kieffrey, un sorcier, vient dans le magasin et l’observe couper du tissu, Coco se rappelle d’un livre magique avec des images qu’elle a acheté enfant lors d’une visite au château du village.

Le soir, elle sort le livre magique, la baguette plume, l’encrier et dessine. Mais en recopiant un des dessins, elle ne sait pas de quel sort il s’agit… Sa maison et sa mère sont pétrifiées ! Pour sauver sa mère, elle devient l’apprentie de Kieffrey. Dans la maison isolée du sorcier à la campagne, elle rencontre Tetia et Trice, deux apprenties. « Est-ce que tu serais une… – Une quoi ? – J’en ai seulement entendu parler… Mais il paraît que les humains normaux ayant utilisé un sort interdit… sont parfois autorisés à conserver leur mémoire et à devenir des sorciers. » (p. 80). Alors, oui Coco est une simple humaine mais elle est sincère, drôle, et je pense qu’elle est plus qu’une simple humaine mais les tomes suivants le diront (ou pas !).

Puis elle fait la connaissance de sa colocataire, Agathe, moins sympathique… Car elle envoie Coco dans les Monts surréalistes pour passer une épreuve alors que Kieffrey s’est absenté pour aller à l’Académie ! « Dire que les techniques que j’ai apprises en aidant maman à la boutique… m’ont permis de pratiquer la magie… Je n’en reviens pas ! Attends-moi, maman… Je vais assumer les conséquences de ma bêtise… Et tout faire pour la réparer… » (p. 161-162).

Ne vous fiez pas à la jeunesse de Coco et des trois autres apprenties (je crois qu’en fait elles sont déjà disciples) : ce manga n’est ni un shôjo (pour filles) ni un shônen (pour garçons), c’est un seinen, c’est-à-dire un manga pour les jeunes adultes voire les adultes tout simplement. Et ce premier tome est vraiment une réussite ! Les personnages, les décors sont très beaux et l’ambiance médiévale est… magique ! J’ai bien aimé la ville de Carn et la boutique de fournitures magiques, L’épée étoilée. Il y a un petit côté Harry Potter ou autres romans du même genre, à la fois Fantasy et fantastique. « Waah… Il y a un arbre en plein milieu du magasin… – Une apprentie sorcière qui s’étonne devant un arbre argenté ? » (p. 184). Alors si vous voulez tout savoir sur la magie, le sang-résine, les éléments, les dragons, tout ça, lisez vite cette série !

Quant à moi, je lirai la suite (5 autres tomes, le tome 6 est annoncé en juin 2020), c’est sûr, et si les bibliothèques ne l’ont pas en rayon, j’irai à la librairie ! Oh, les médiathèques l’ont, c’est super, dès la fin du confinement, je les emprunterai !!! Là, c’est vraiment un coup de cœur pour moi ! Comme quoi, c’est bien de pouvoir lire des tomes 1, ça permet de voir ce qu’on aime vraiment et de mieux choisir ces séries ; merci à Pika d’avoir proposé ce premier tome dans son opération quotidienne Reste chez toi avec un manga (que font aussi Glénat, je crois qu’ils ont été les premiers, et Akata).

Une très belle lecture pour les challenges BD, Jeunesse Young Adult #9, Lire en thème (en avril, auteur découverte), Littérature de l’imaginaire #8, Petit Bac 2020 (pour la catégorie « au pluriel » avec sorciers) et bien sûr Un mois au Japon.

Éclat(s) d’âme 1 de Yûki Kamatani

Éclat(s) d’âme 1 de Yûki Kamatani.

Akata, collection Large, février 2018, 180 pages, 7,95 €, ISBN 978-2-36974-273-9. しまなみ誰そ彼 Shimanami tasogare (Shôgakukan, 2015) est traduit du japonais par Aurélien Estager.

Genres : manga, seinen.

Yûki Kamatani 鎌谷 悠希 naît le 22 juin 1983 à Hiroshima. Elle commence sa carrière de mangaka en 2004 avec Nabari (隠の王 Nabari no Ô), un shônen surnaturel. Plus d’infos sur son blog et sa page Pixiv.

À cause d’une vidéo sur son téléphone, Tasuku Kaname est accusé par ses copains de classe d’être homosexuel. Heureusement, les vacances d’été commencent dans deux jours. Mais lorsqu’il voit une femme sauter par une fenêtre, il court appeler à l’aide ! Il découvre alors un Salon de discussion et la jeune femme ne s’est pas suicidée, elle est l’hôte de ce Salon de discussion et elle est spéciale. « J’aurais tout simplement pu leur dire qu’ils se trompaient… Mais je voulais tellement garder mon secret… ». Le lendemain, Tasuku retourne au Salon de discussion par curiosité mais il se met en colère. « Pourquoi ?! Quelqu’un peut m’expliquer… Pourquoi je dois supporter leur air dégoûté quand ils me regardent ?! Pourquoi je devrais me faire lyncher par ces connards ?! J’ai envie de mourir mais c’est plutôt eux qui devraient crever ! ». En fait, certains membres de ce Salon font partie de la communauté LGBT et Tasuku est embauché bénévolement par Le congrès des chats, une association qui réhabilite les maisons vides.

Être soi-même, le regard des autres, s’insérer dans la société, avoir du travail, et le plus important aux yeux des parents et des proches : se marier et avoir des enfants. Mais, et le droit à la différence ? Le droit d’être simplement heureux avec qui on aime ?

Il y a encore du chemin à faire ! Mais je trouve que, depuis quelques années, les mangas traitent de sujets actuels et essaient de faire bouger les mentalités (le handicap comme dans Perfect World de Rie Aruga, l’homosexualité ici, etc.). Ce premier tome, tout en subtilité, est bien dessiné, très agréable à lire et les personnages sont attachants, surtout Monsieur Tchaïko, un vieux monsieur qui écoute « Tchaïkovsky, bien sûr ! » d’où son surnom.

L’histoire se déroule dans la petite ville d’Onomichi 尾道市, dans la préfecture de Hiroshima. Il y a une jolie vue sur la mer d’un côté et sur la montagne avec un château médiéval de l’autre côté. « Onomichi est surtout connue pour ses rues escarpées, ses temples et ses chats. » C’est vrai qu’il y a des chats disséminés dans ce manga, en particulier au Salon de discussion.

La série est terminée en 4 tomes, c’est bien, ce n’est pas trop long, ça me donne envie de lire les trois tomes suivants.

Pour La BD de la semaine et le challenge BD, Jeunesse et Young Adult #9 et bien sûr Un mois au Japon. Et j’oubliais Animaux du monde alors que j’ai signalé les chats…

Plus de BD de la semaine chez Stéphie.

Tony Takitani de Haruki Murakami

Tony Takitani de Haruki Murakami.

Belfond, décembre 2005, 56 pages, ISBN 2-7144-4238-2. トニー滝谷 Tony Takitani (1996) est traduit du japonais par Corinne Atlan.

Genres : littérature japonaise, nouvelle.

Haruki Murakami 村上 春樹 naît le 12 janvier 1949 à Kyôto. Romancier, nouvelliste, essayiste, entre autres, il reçoit de nombreux prix littéraires. Je ne cite pas toutes ses œuvres, ce serait trop long, mais vous pouvez les trouver sur Internet. Ce que j’aime chez lui, ce sont les descriptions, l’étrange, l’irruption du fantastique dans le quotidien.

Ayant quitté Tôkyô pour Shanghai, Shozaburo Takitani n’a pas participé à la guerre, il joue du jazz au trombone mais arrêté par la police chinoise, il doit retourner au Japon en 1946. Peu importe que ses parents soient morts et que son frère soit porté disparu en Birmanie, tout ce qu’il sait faire, c’est jouer du jazz. « Comme il ne savait rien faire d’autre que jouer de la musique, il reprit contact avec quelques amis d’autrefois et ils partirent en tournée dans les bases américaines. » (p. 10). En 1947, il se marie avec une cousine éloignée et en 1948, Tony vient au monde et se retrouve orphelin de mère. Solitaire (son père est souvent en tournée) et passionné par le dessin, il étudie naturellement aux Beaux-Arts et devient illustrateur. « Des couvertures de magazines automobiles aux dessins publicitaires, il acceptait toutes les commandes tant qu’il s’agissait de reproduire des mécanismes. » (p. 18-19). Sa vie change le jour où il fait la connaissance d’une jeune femme, qu’il épouse, et tout irait parfaitement bien si elle ne dépensait pas trop d’argent à s’acheter des vêtements ! « Elle perdait presque le contrôle d’elle-même à la vue de la moindre nouveauté. » (p. 30).

Cette nouvelle touchante sur la solitude est parue dans le recueil Phantom of Lexington en 1996. Ce petit livre est un livre promotionnel paru pour l’adaptation au cinéma par Jun Ichikawa (bande annonce ci-dessous).

Pour Un mois au Japon et, ça faisait longtemps, pour La bonne nouvelle du lundi.

PS : par le passé, Haruki Murakami… Articles archivés : L’éléphant s’évapore de Haruki MURAKAMI (2008), Audiolib 1Q84 – Livre 1 avril-juin de Haruki Murakami (2013) et Challenge Haruki Murakami avec Aude (2014).

Histoires fantastiques du temps jadis (Japon)

Histoires fantastiques du temps jadis.

今昔物語集 Konjaku monogatari shû est traduit du japonais et présenté par Dominique Lavigne-Kurihara.

Philippe Picquier, ça c’est la version poche ; je l’ai lu en édition brochée : juin 2002, 234 pages, 19,50 € (le prix est également en francs ! 127,91 F, il me semble qu’à l’époque, le double affichage était obligatoire), ISBN 978-2-87730-604-1.

Genres : littérature japonaise, contes, fantastique.

Ces « Histoires qui sont maintenant du passé » ont été compilées (comme l’ont été les contes de Grimm ou d’Andersen) et achevées vers 1120. En tout, il y a 1059 histoires réparties dans 31 volumes ; elles sont classées par pays : Inde, Chine et Japon. Dominique Lavigne-Kurihara en a choisi 42 classées comme suit : démons = 12, fantômes et spectres = 7, tengus = 4, renardes, renards et sangliers = 6, serpents et serpentes = 8, dieux et esprits = 5. En début de volume, il y a une instructive introduction et, en fin de volume, un répertoire de 20 pages avec tous les termes japonais expliqués et une carte pour repérer les villes où se situent les histoires.

Toutes ces créatures existaient et existent peut-être encore : on les retrouve dans les films, les séries, les mangas, la littérature, les jeux vidéo. Les Japonais sont champions pour faire entrer le fantastique dans le quotidien parce que ça fait partie de leur vie depuis toujours (lire par exemple les romans et les nouvelles de Haruki Murakami, entre autres). Les ouvertures (portes comme la célèbre Rashômon), les passages (ponts) et les embranchements (carrefours, nouvelles routes) sont très importants.

« L’origine de cette littérature est à rechercher dans les fudoki, ces monographies compilées sur ordre impérial au début des années 700, qui décrivent de façon très exhaustive une province, rapportant les vieilles légendes attachées à chacune de ses montagnes, de ses collines ou de ses rivières. » (p. 24). Puis est arrivé le Nihon Riyôiki (soit « Histoires saintes et étranges du Japon » compilé par le célèbre moine Kyôkai vers 822.

Les personnages de ces histoires sont pour beaucoup des femmes mais aussi des démons, des esprits, des animaux, quelques hommes exilés ou morts en disgrâce : tous veulent se venger. « […] les femmes seront des démons ou des fantômes terrifiants. Et qu’elles sont nombreuses à hanter ces pages ! Délaissées par un mari volage, mortes dans le plus grand dénuement ou plus banalement en couches, restées sans sépulture, elles ont connu bien plus souvent que les hommes le malheur. Alors, faut-il s’étonner qu’elles reviennent se venger, d’une vengeance qu’elles auront désirée terrible ? » (p. 20). C’est pourquoi je mets cette lecture dans Un mois au Japon durant cette semaine qui mets les femmes japonaises à l’honneur.

Les histoires commencent par « C’est maintenant du passé » : l’équivalent de notre « Il était une fois ». C’est que ces histoires doivent frapper l’imagination des auditeurs (elles étaient racontées) mais pas les terroriser.

Je ne peux pas résumer les 42 récits de ce recueil donc pour chaque catégorie, j’en ai choisi un dont je vous donne un extrait.

Dans démons – Comment le luth appelé Genjô fut dérobé par un démon (XXIV, 24). « Ce luth, c’est comme un véritable être vivant ! Si l’on en pince banalement les cordes, sans égard pour sa merveilleuse qualité, il se met en colère et garde le silence. De la même façon, quand la poussière s’est posée sur lui et qu’on ne l’a pas épousseté avec déférence, il se refuse, tout aussi furieux. Rien de plus facile que de comprendre son humeur du moment ! » (p. 61). Il faut dire que le luth Genjô est le luth impérial.

Dans fantômes et spectres – Comment le bœuf du Révérend moine Kôchi fut emprunté par une âme (XXVII, 27). « Le sixième jour après son rêve, vers l’heure du Serpent, le bœuf tout à coup rentra d’un pas paisible, venant d’on ne sait où. Il semblait s’en retourner après avoir accompli une affaire particulièrement importante. » (p. 99-100).

Dans tengus – Comment le Roi-Dragon fut capturé par un tengu (XX, 11). « En nous aidant mutuellement, nous sauverons chacun notre vie ! S’il y a encore une goutte d’eau, je vous le promets, je vous ramènerai à votre ancienne demeure. » (le Roi-Dragon au moine, p. 123).

Dans renardes, renards et sangliers – Comment, à Inamino en la province de Harima, fut tué un sanglier (XXVII, 36). « Si l’on y songe, ce sanglier qui avait vu l’homme entrer dans la cabane, n’était-ce pas dans le dessein de l’attaquer qu’il lui avait joué ce tour ? » (p. 148).

Dans serpents et serpentes – Comment, grâce au secours de Kannon, un homme de la province de Mutsu, qui prenait des faucons au nid, conserva la vie (XVI, 6). « Depuis longtemps, j’attrape les jeunes faucons qui sont faits pour voler au ciel. Je leur passe la cordelette à la patte, leur ôtant la liberté. Ces oiseaux, je les ai retenus captifs ! Et en raison de ce crime, je reçois ma rétribution dès ce monde ; ici et à l’instant, je vais mourir. » (p. 172).

Dans dieux et esprits – Comment l’âme de l’eau du Palais de l’Empereur Reizei, ayant pris une forme humaine, fut capturée (XXVII, 5). « Je suis l’âme de l’eau, dit-il, et ploc, il plongea dedans. On ne le revit plus. » (p. 201).

Une excellente lecture pour Un mois au Japon et les challenges Animaux du monde (renard, serpent, aigle, tengu…), Cette année, je (re)lis des classiques (an 1120, ça c’est du classique !) et bien sûr Contes et légendes #2 et Littérature de l’imaginaire #8. Je mets aussi ce recueil dans le Maki Project puisque ces 42 histoires sont des récits courts (contes, légendes, folklore).

Tsugumi Project, 1 d’Ippatu

Tsugumi Project, 1 d’Ippatu.

Ki-oon, collection Seinen, juillet 2019, 192 pages, 7,90 €, ISBN 979-10-327-0472-1.

Genres : manga, science-fiction, post-apocalyptique.

Ippatu… japonais, mangaka… Son Twitter.

Il y a 260 ans, les militaires européens ont découvert que le Japon préparait une dangereuse arme biologique : Tora Tsugumi (Projet Tsugumi). Des bombes nucléaires ont alors été lancées sur le Japon pour empêcher le développement de cette arme. Or, d’anciens détenus européens peuvent racheter leur droit civique en acceptant une mission : aller récupérer cette arme dans un Tôkyô détruit et contaminé. Il est prévu qu’une équipe vienne les chercher dans un an. « Que les choses soient claires, notre pays ne peut en aucun cas se permettre de voir cette arme tomber entre des mains étrangères. Vous devez à tout prix être les premiers à la retrouver ! » (p. 17). Mais leur avion s’écrase et Léon survit au crash mais il doit survivre dans ce Japon post-apocalyptique, menotté, avec une combinaison incomplète, sans rien à boire et à manger… Attaqué par des bêtes bizarres, Léon est sauvé par une adolescente, 13 ans, humaine mais avec des pattes d’oiseaux à la place des jambes, et qui donne des ordres à Tora, 12 ans, un animal gigantesque mi-tigre mi-lion.

Les dessins des ruines sont grandioses et il y a une très belle galerie de personnages, ou plutôt de créatures ! Si Léon accepte cette mission, c’est parce qu’il a été piégé, soldat accusé injustement d’espionnage et qu’il veut retrouver son épouse, Maria, et leur enfant. Il y a donc toute une intrigue vraiment prenante dans cet univers post-apocalyptique extraordinaire.

Vous l’avez vu ci-dessus, très peu de choses sur Ippatu mais en fin de volume, un dossier Tsugumi avec une interview du mangaka. Étudiant, il était fasciné par l’invention collective de Magritte. Il ne lisait pas de mangas avant de postuler comme assistant et a découvert tout Osamu Tezuka. Puis il est devenu l’assistant de Jirô Taniguchi et a découvert, à 31 ans, la BD franco-belge. Il a d’abord écrit une histoire, Kanata no monogatori avant de dessiner Tsugumi Project qui est donc son premier manga et c’est un coup de maître ! En cours ; 3 tomes pour l’instant.

Pour les challenges BD, La BD de la semaine, Littérature de l’imaginaire #8 et Petit Bac 2020 (catégorie prénom pour Tsugumi).