Throwback Thursday livresque #43

Lorsque j’ai découvert le Throwback Thursday livresque de Bettie Rose, j’étais bien motivée mais j’ai laissé passer 4 thèmes…

Le thème de ce jeudi 10 août est « Continent » (un livre d’un autre continent que le nôtre) alors voici la magnifique couverture – et le magnifique roman – Les mémoires d’un chat de Hiro Arikawa paru chez Actes Sud (juin 2017) et la note de lecture arrive tout bientôt.

Publicités

Le bateau-usine de Gô Fujio et Takiji Kobayashi

Le bateau-usine de Gô Fujio et Takiji Kobayashi.

Akata (annonce de parution, article plus long), septembre 2016, 185 pages, 7,95 €, ISBN 978-2-36974-150-3. Le manga, adapté du roman Kanikôsen (1929) de Takiji Kobayashi est traduit du japonais par Miyako Slocombe.

Genres : manga, gekiga, littérature japonaise.

FUJIO Gô 藤生 ゴオ est scénariste et mangaka (dessinateur de manga). Il est aussi connu sous le nom de HARA Keiichirô 原 恵一郎.

KOBAYASHI Takiji : je vous renvoie à Le bateau-usine.

Port de Hakodate, sud de Hokkaidô (île au nord du Japon). Le Kabuko Maru part en mer pour quatre mois. Bateau-usine ? Parce que tout se fait sur le bateau, pas seulement la pêche mais le nettoyage, la conservation, l’emballage, pas de temps de perdu ! Les pêcheurs, jeunes pour la plupart, sont originaires de plusieurs villages, ils veulent échapper à la vie de paysan ou à la mine. [Pour la mine, je les comprends ; pour la vie de paysan, c’est sûrement difficile mais moins difficile et dangereux que pêcheur sur des presque épaves !]. Tous ont le mal de mer. « Soulevé par une force extraordinaire, le bateau flottait un instant dans les airs, puis s’abaissait aussitôt pour retrouver sa position. » (p. 22). L’intendant Asakawa est extrêmement sévère (méchant ?) : beaucoup de pêcheurs sont maltraités et tombent malades. En plus, le bateau pêche dans le Kamtchatka, en concurrence avec les Russes, ce qui n’est pas très légal mais il faut ramener les plus beaux poissons qui font honneur au Japon : crabes, saumons, truites… Il n’y a que le travail qui compte, au point de ne pas porter secours à un autre bateau avec 425 hommes à bord… « C’est qu’un rafiot, il rapportera plus d’argent en faisant naufrage. » (p. 37). À cause d’une violente tempête, le bateau perd deux chaloupes, ce qui inquiète plus l’intendant que les pertes humaines…

Les hommes sont maltraités, mal nourris, pas soignés, ils sont tous éreintés et mécontents. « Pas question de mourir pour des choses qui ne sont pas à nous ! » (p. 70). Quelques étudiants ouvrent les yeux aux pêcheurs sur leurs conditions immondes. « Toutes les guerres du Japon qu’y a eu [*] jusqu’ici… en vrai quand on gratte un peu… on voit qu’elles ont toujours été décidées par deux ou trois richards qui trouvaient de bons prétextes. Ils trépignent d’excitation à l’idée de s’emparer d’un territoire prometteur… Ces types sont dangereux… » (p. 106). Les hommes se révoltent car ils ne veulent pas mourir en mer, ils font grève mais…

[*] J’ai l’impression qu’il y a une erreur ici : y a eu quoi ? Toutes les guerres. Donc eues, n’est-ce pas ?

Le rythme de ce manga est comme le rythme sur le bateau (prison flottante) : effréné. Le décor : le bateau et la mer, ça tangue, c’est poisseux, c’est horrible, c’est l’enfer ; le thème : l’exploitation, l’oppression d’êtres humains par d’autres plus riches ou aillant plus de pouvoir, la répression… Un récit puissant, intense qui respecte scrupuleusement le roman (d’après ce que je me rappelle de ma lecture), chef-d’œuvre de la littérature japonaise (ouvrière) des années 1920. L’éditeur dit qu’il a fallu deux ans et demi de travail pour proposer ce manga en français, bravo, c’est une totale réussite qui fait réfléchir et qui fait froid dans le dos ! Lisez aussi le roman d’origine Le bateau-usine de Takiji Kobayashi.

Dans la préface, Évelyne Lesigne-Audoly, qui avait traduit Le bateau-usine de Takiji Kobayashi en 2009, conseille de lire Le quartier sans soleil de Sunao Tokunaga, mais il est paru aux éditions Yago en 2011 et malheureusement cette maison d’éditions n’existe plus… Le bateau-usine est réédité aux éditions Allia en février 2015 (la couverture est moins jolie (ci-dessus) mais au moins il est réédité !) mais je n’ai pas trouvé trace de Le quartier sans soleil sur le site de cet éditeur, dommage…

Une lecture pour le challenge BD, Classiques, Raconte-moi l’Asie et Un genre par mois (BD, comics, manga).

Le démon de l’île solitaire d’Edogawa Ranpo

Le démon de l’île solitaire d’Edogawa Ranpo.

10-18, collection Grands détectives, janvier 2017, 358 pages, 8,10 €, ISBN 978-2-264-06902-3. Kotô no oni 孤島の鬼 (1929) est traduit du japonais par Miyako Slocombe.

Genres : littérature japonaise, roman policier.

Edogawa Ranpo 江戸川 乱歩… Edogaw pour Edgar, a ran pour Allan et po pour Poe, eh oui ! De son vrai nom HIRAI Tarô 平井 太郎 est né le 21 octobre 1894 à Mie (Japon). Fondateur du roman policier japonais, il crée pour ses 60 ans le Prix Edogawa Ranpo qui récompense chaque année – depuis 1955 – un roman policier. L’auteur est mort le 28 juillet 1965 mais le prix existe toujours.

Minoura a 25 ans lorsqu’il rencontre, dans l’entreprise où il travaille, la jolie Hatsuyo Kizaki qui devient sa fiancée. Mais Michio Moroto qu’il a connu étudiant, bien qu’homosexuel, la demande en mariage. Aucun des deux jeunes hommes ne l’épousera puisqu’elle est assassinée dans sa chambre fermée de l’intérieur. « Par n’importe quel moyen, je trouverai cet assassin. Et je nous vengerai ! » (p. 56). Minoura demande de l’aide à Kôkichi Miyamagi, un ami détective amateur mais, s’approchant trop près de la vérité, il est assassiné aussi, sans avoir pu « révéler le moindre détail de son raisonnement » (p. 66). Finalement, Minoura va devoir enquêter avec Moroto. « Si j’ai vu juste, il s’agit réellement d’un mystère sans précédent. On pourrait presque dire qu’il relève du surnaturel. » (p. 109).

J’ai acheté ce roman spécialement pour la lecture commune du 25 avril pour le Mois japonais. Mais je n’y allais pas à l’aveugle : je connaissais cet auteur puisque j’ai déjà lu des romans de lui (publiés chez Philippe Picquier) et je les avais beaucoup aimés. Ouvertement inspiré par Edgar Allan Poe principalement mais aussi Gaston Leroux, Maurice Leblanc, G.K. Chesterton et Arthur Conan Doyle – bref des auteurs de romans policiers ou de romans d’aventure – qu’il considère comme ses maîtres, Edogawa Ranpo ajoute à ses histoires sa patte (ses coups de griffe même !), sa réflexion bien sûr différente de celle des Occidentaux et donc l’exotisme de sa pensée japonaise. Mais ses romans ne sont pas qu’exotisme, ils dégagent un fort potentiel psychologique ; les clins d’œil à ses auteurs fétiches, les phrases adressées aux lecteurs, son humour délicat, le côté mystérieux et fantastique voire horreur m’emballent à chaque fois et je vous conseille fortement cet auteur. La vie tokyoïte au début du XXe siècle, l’énigme en chambre close, des détectives amateurs, un voyage sur une île isolée, des mystères, des monstres, un labyrinthe souterrain… Il y en a pour tous les goûts et pour tous les frissons !

Quelques extraits

« Minoura, allons-y ensemble. Joignons nos forces et trouvons le secret de cette île ! » (p. 212).

« C’est le fantasme du diable. L’utopie du démon. » (p. 322).

« Que dois-je faire ? M’attrister ? Mais le chagrin est trop grand pour que je m’attriste. Me mettre en colère ? Mais la haine est trop profonde pour que je me mette en colère… » (p. 323).

Une excellente lecture pour les challenges Classiques, Littérature de l’imaginaire, Polars et thrillers, Raconte-moi l’Asie, Un genre par mois (en avril, policier), Rentrée littéraire janvier 2017 de MicMélo, et donc la lecture commune de ce 25 avril pour le Mois japonais organisé par Hilde et Lou (j’aurais voulu participer plus mais…).

Les herbes du chemin de Sôseki

herbescheminsosekiLes herbes du chemin de Sôseki.

Picquier poche, n° 14, septembre 1994, 247 pages, 8,50 €, ISBN 87730-194-X. Michikusa 道草 (1915) est traduit du japonais par Élisabeth Suetsugu.

Genres : littérature japonaise, roman autobiographique.

Natsume Sôseki 夏目 漱石 : biographie et bibliographie.

Lorsqu’il était étudiant, Kenzô avait quitté Tôkyô pour l’Angleterre puis était revenu au Japon. Maintenant, à 36 ans, il est marié à O-Sumi et le couple vit dans une maison à Komagome. Il y a deux fillettes et O-Sumi attend leur troisième enfant. Kenzô est professeur à l’université et écrivain mais la famille peine à joindre les deux bouts, d’autant plus que Kenzô aide sa sœur aînée, pourtant mariée. Un jour, Kenzô croise un homme dans la rue et le reconnaît : c’est Shimada. « je me demande si c’est par hasard ou parce qu’il cherchait où j’habite qu’il est passé justement par là. » (p. 21). Les deux hommes ne se sont pas vus depuis plus de vingt ans mais les souvenirs remontent à la surface car cet homme et son épouse l’ont élevé pendant quelques années, lorsqu’il avait entre 3 et 8 ans. « Il était impossible à Kenzô d’oublier que ce vieillard s’était occupé de lui autrefois. En même temps, il ne pouvait réprimer l’aversion qu’il éprouvait à son égard. Partagé entre ces deux sentiments, il resta muet. » (p. 34). Lorsque le passé ressurgit, on est toujours mal à l’aise… « Kenzô ne parvenait pas à oublier qu’il avait derrière lui, si proche, un tel univers. Cet univers appartenait à un lointain passé. Pourtant, il possédait la propriété de se transformer brusquement en présent. » (p. 70). « Plus j’y pense, plus j’ai l’impression qu’il s’agit de quelqu’un d’autre. Je n’arrive pas à l’idée que c’était moi. » (p. 106). De plus, les relations avec son épouse ne sont pas faciles, il y a une gêne, un manque de communication, on ne montre pas ses sentiments, avec les enfants il en est de même. Shimada, âgé, pauvre et un poil malhonnête, va venir à l’improviste, régulièrement, et réclamer de l’argent, et son ex-femme, O-Tsune, aussi… Heureusement le père de Kenzô avait gardé tous les papiers de paiements de pension mensuelle et d’annulation de l’adoption pour le retour de Kenzô dans sa famille ! Kenzô n’a normalement aucun compte à rendre à Shimada mais il continue de le recevoir, par la force des choses, par obligation personnelle, entre nostalgie et mépris, ce qui le rend encore plus malheureux dans son couple. « Le vieillard qui apparut à Kenzô était vraiment un fantôme du passé. Mais il était aussi un être du présent, en même temps qu’une ombre diffuse de l’avenir. » (p. 110).

ChallengeClassiquesPereGoriotLes herbes du chemin, rédigé entre juin et septembre 1915 est le dernier roman achevé de Natsume Sôseki. En effet, Clair obscur, rédigé de mai à octobre 2016, reste inachevé suite à la mort de l’auteur. Les herbes du chemin est aussi le seul roman autobiographique, largement inspiré de son enfance, adolescence, vie d’étudiant et voyage en Angleterre, vie d’adulte de retour au Japon, vie de famille et surtout les problèmes rencontrés avec son père et sa mère « adoptifs ». Ne pas confondre Les herbes du chemin avec Oreiller d’herbes qui est un roman poétique (sur la montagne et l’art). Les herbes du chemin est finalement un roman difficile mais important sur le quotidien à l’époque Meiji (jusqu’en 1912) voire début de l’ère Taishô, un quotidien triste, maussade et empli de souffrances (Kenzô n’est pas particulièrement en bonne santé), en un mot désespérant…

RaconteMoiAsie2Et que sont les herbes du chemin, des brins d’herbe qu’on ignore en cheminant dans notre vie, que parfois on écrase, involontairement, mais principalement qu’on ignore, et Kenzô pense sûrement qu’il faut faire de même avec la majorité des humains, les ignorer, ne pas être dans leur vie, continuer à avancer sur son chemin, mutique, et peu importe le nombre de brins d’herbe qu’on laisse derrière soi. Un peu insouciant, voire négligent, Kenzô peut apparaître comme un homme têtu et égoïste (comme tous les hommes à cette époque au vu de l’éducation qu’ils avaient reçue et des difficultés de la vie ?). O-Sumi, plus pragmatique, est plus dans le renoncement mais elle n’hésite pas à chercher les chamailleries. Combien de couples comme Kenzô et O-Sumi navigant dans les ombres du passé, dans l’incompréhension du présent et dans l’inconnu du futur ?

un-mois-un-editeurUn roman qui entre dans les challenges Classiques, Raconte-moi l’Asie, Un mois, un éditeur avec quelques jours d’avance (éditeur de mars) mais je dois publier en février pour le Mois Natsume Sôseki.

Natsume Sôseki

sosekinatsumeDans un mois, le 9 février 2017, ce sera les 150 ans de la naissance de Natsume Sôseki (et le 9 décembre 2017, ce sera les 101 ans de sa mort).

Natsume Sôseki 夏目 漱石 est un écrivain japonais né le 9 février 1867 à Edo (ancien nom de Tôkyô). Il vit durant l’ère Meiji (1868-1912) et connaît le début de l’ère Taishô (1912-1926). Il étudie la littérature chinoise, puis l’architecture, l’anglais et la littérature anglaise. Il écrit des haïkus (poèmes), des articles de journaux et, en 1888, il prend comme nom de plume Sôseki (qui est en fait son prénom). Il enseigne, écrit (des romans, des nouvelles) et voyage (en Angleterre puis en Mandchourie et en Corée). Malheureusement il est très malade et meurt le 9 décembre 1916 à Tôkyô. Mais son œuvre reste et je vous propose, en son honneur, de faire du mois de février le Mois Natsume Sôseki.

tempsbotchantaniguchiIl suffira de lire un seul livre de Natsume Sôseki pour honorer le challenge ; mais plus de lectures sont les bienvenues ! Ci-dessous, vous trouverez les titres de Natsume Sôseki (source : Wikipédia) et vous pouvez aussi lire (un ou plusieurs tomes de) la série de manga Au temps de Botchan 坊っちゃんの時代 (Botchan no jidai) de Jirô Taniguchi 谷口 ジロー qui raconte la vie de Natsume Sôseki et l’ère Meiji.

1899 : Copeaux de bois, extraits de Bokusetsu-roku, œuvre en kanbun (chinois classique littéraire).

sosekichat1905 : Je suis un chat (Wagahai wa neko de aru – 吾輩は猫である), traduit par Jean Cholley, Paris, Gallimard, 1978.

1906 : Botchan (坊っちゃん) ou Le jeune homme, traduit par Hélène Morita, Paris, Le Serpent à plumes, 1993.

1906 : Oreiller d’herbes (Kusamakura – 草枕), traduit par René de Ceccatty et Ryôji Nakamura, Paris, Rivages, 1987.

1906 : Le 210e jour (二百十日) traduit par René de Ceccatty et Ryôji Nakamura, Paris, Rivages, 1990.

sosekibotchan1907 : Le mineur (Kôfu – 坑夫), traduit par Hélène Morita avec Shizuko Bugnard, Paris, Le Serpent à plumes, 2000.

1907 : Rafales d’automne (Nowaki – 野分), traduit par Élisabeth Suetsugu, Paris, Philippe Picquier, 2015.

1908 : Dix rêves (夢十夜), traduit par Alain Rocher, in Anthologie de nouvelles japonaises contemporaines, Paris, Gallimard, 1986.

1909 : Petits contes de printemps (Eijitsu shôhin – 永日小品), traduit par Élisabeth Suetsugu, Arles, Philippe Picquier, 1999.

sosekisanshiro1909 : Sanshirô (三四郎), traduit par Jean-Pierre Liogier, Paris, Philippe Picquier, 1990.

1909 : Et puis (Sorekara – それから), traduit par Hélène Morita avec la collaboration de Yôko Miyamoto, Paris, Le Serpent à plumes, 2004.

1910 : La porte (Mon – 門), traduit par Raymond Martinie (Paris, Éditions Rieder, 1928, prix Langlois 1928 de l’Académie française), traduction plus récente par Corinne Atlan, Arles, Philippe Picquier, 1992.

1910-1911 : Choses dont je me souviens (Omoidasukoto nado – 思い出す事など), traduit par Élisabeth Suetsugu, Arles, Philippe Picquier, 2000.

1911 : La civilisation japonaise moderne (Gendai Nihon no Kaika – 現代日本の開化), dans Cent ans de pensée au Japon – Tome 1.

1911 : Haltes en Mandchourie et en Corée, précédé de Textes londoniens, traduit par Olivier Jamet et Élisabeth Suetsugu, Paris, La Quinzaine littéraire-Louis Vuitton, 1997.

sosekiautomne1907-1912 : Une journée de début d’automne, traduit par Élisabeth Suetsugu, Arles, Philippe Picquier, 2012.

1912 : À l’équinoxe et au-delà (Higansugi made 彼岸過迄), traduit par Hélène Morita, Paris, Le Serpent à plumes, 1995.

1913 : Le voyageur (Kôjin – 行人) ou L’homme qui va, traduit par René de Ceccatty et Ryôji Nakamura, Paris, Rivages, 1991.

1907-1914 : Conférences sur le Japon de l’ère Meiji, traduit par Olivier Jamet, Paris, Hermann, 2013.

sosekipauvrecoeur1914 : Le pauvre cœur des hommes (Kokoro – こころ), traduit par Horiguchi Daigaku et Georges Bonneau, Paris, Institut international de coopération intellectuelle, 1939.

1914 : Mon individualisme (Watashi no kojinshugi – 私の個人主義), suivi de Quelques lettres aux amis, traduit par René de Ceccatty et Ryôji Nakamura, Paris, Rivages, 2003.

1915 : À travers la vitre (Garasudo no naka – 硝子戸の中), Paris, Rivages, 1993.

1915 : Les herbes du chemin (Michikusa – 道草), traduit par Élisabeth Suetsugu, Paris, Philippe Picquier, 1992.

1916 : Clair-obscur, inachevé (Meian – 明暗), traduit par René de Ceccatty et Ryôji Nakamura, Paris, Rivages, 1989.

Alors qui en est ?

1. PatiVore avec Les herbes du chemin (je voulais lire aussi Je suis un chat mais ce roman est maudit avec moi : deux fois je l’ai commencé et n’ai pas pu le continuer et maintenant, je ne l’ai pas retrouvé car il est soit dans un carton soit dans une pile de livres pas rangés…). Et l’hommage à Jirô Taniguchi.

2. Sharon de Des livres et Sharon avec …

3. Cat de Chroniques aiguës avec Le goût en héritage et La porte.

4. Martine de Les lectures de Martine avec …

5. Antoine de Corboland78 et Le bouquineur avec Je suis un chat, Une journée de début d’automne (articles publiés en 2012) et Et puis.

6. Ingrid de Book’ing, les lectures d’Ingannmic avec Oreiller d’herbes.

7. Karine de Mon coin lecture avec Botchan.

8. Marjorie de Chroniques littéraires avec Rafales d’automne.

9. Nounours36 de BookManiac avec Botchan.

10. Bidib de Ma petite médiathèque avec Je suis un chat de Tirol Cobato (manga adapté du roman de Sôseki).

11. Lee Rony de Lire au nid avec Je suis un chat (article publié en 2013), Oreiller d’herbesBotchan et Le voyageur.

Merci aux 10 membres qui ont rejoint le groupe FB sur Natsume Sôseki et aux blogueurs qui ont lu au moins un livre (ou plus !) de Sôseki (leurs liens sont ci-dessus). La palme revient à Lee Rony, dernier inscrit, qui a publié trois notes de lecture en février 2017 (plus une recyclée) : bravo !

La photographe – 1 de Kenichi Kiriki

Photographe1La photographe, tome 1 de Kenichi Kiriki.

Komikku, collection Horizon, novembre 2015, 192 pages, 16 €, ISBN 979-10-91610-75-9. Tokyo shutter girl 東京シャッターガール (2012) et traduit du japonais par Patrick Honnoré et Yukari Maeda.

Genre : manga.

Kenichi Kiriki 桐木憲一 naît le 8 mars 1976 à Yamaguchi. Il est mangaka depuis la fin des années 90. Plus d’infos sur son blog et son compte Twitter. Plusieurs photos et illustrations sur Tokyo shutter girl.

Ayumi Yumeji est inscrite depuis trois mois au club photographie de son lycée. Passionnée, elle parcours la ville avec son appareil argentique pour photographier sur le thème de Tokyo intime. Car, avec son appareil, elle découvre des lieux par hasard ou remarque des choses qu’elle n’aurait pas vues auparavant.

Ce manga est un peu cher (16 €) mais c’est un grand format, de belle qualité, et il sert parfaitement de guide touristique pour découvrir différemment les quartiers de Tokyo. Une préface rédigée par les traducteurs, une postface rédigée par Rumiko Tezuka (la fille d’Osamu Tezuka), une carte de Tokyo pour repérer les quartiers, des notes pour chaque quartier avec plan et lieux de prise des photographies (je crois que l’appareil est un RolleiCord), et plus encore (comme promenade dans Kandâ et Jinbôchô sur les traces de Sôseki Natsume ou dans Kikuzaka sur les traces d’autres écrivains de l’ère Meiji ou dans Ikebukuro qui abrite la maison d’Edogawa Ranpo). Ainsi amateurs du Japon et amateurs de littérature sont tous les deux comblés ! Un seinen (manga pour adultes) à découvrir de toute urgence et à déguster sans modération, mais petit à petit, quartier par quartier. Défilent alors avec des dessins réalistes et sensibles des rues, des monuments, connus ou discrets, des événements spécifiques de chaque quartier, l’unique tramway encore en circulation, les fleurs de pruniers et de cerisiers, des rencontres, le développement des photos en chambre noire, etc., et puis la construction de la SkyTree puisque la tour grandit à chaque visite. Le bonheur : revoir des lieux connus (j’ai pu sentir, ressentir, me souvenir avec plaisir et une pointe de tristesse de ne plus y être) et se dire qu’il y a encore des lieux à découvrir, toujours, car Tokyo est en perpétuel changement tout en gardant sa tradition dans la modernité. Tokyo shutter girl a été adapté en série animée, en film et il existe une expo des photos. J’ai hâte de lire le tome 2 paru fin février (au Japon : 3 tomes en cours) mais les autres œuvres de Kiriki ne sont pas encore traduites en français.

Une petite vidéo pour avoir l’impression d’y être !

Petits oiseaux de Yôko Ogawa

[Article archivé]

Petits oiseaux de Yôko Ogawa.

Actes Sud, septembre 2014, 269 pages, 21,80 €, ISBN 978-2-330-03438-2. Kotori (2012) est traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle.

Genre : littérature japonaise.

Je remercie Oliver et Price Minister puisque j’ai reçu ce très beau roman dans le cadre de l’opération Les matchs de la rentrée littéraire 2014.

Je ne présente plus Yôko Ogawa car j’ai déjà lu La grossesse et L’annulaire.

Le monsieur aux petits oiseaux est mort… « Il vivait seul et son corps avait été découvert plusieurs jours après le décès. » (p. 9). Personne ne le connaissait vraiment… Qui contacter ? Il y a longtemps, il s’occupait du poulailler et de la volière de l’école maternelle qui était auparavant un orphelinat. Il avait découvert les oiseaux à l’âge de six ans grâce à son frère aîné. Un frère aîné qui parlait dans une langue qu’il avait inventée, le pawpaw, et que personne ne comprenait à part les oiseaux et le petit frère. « Quand ils avaient perdu leurs parents, son frère aîné avait vingt-neuf ans, lui vingt-deux. Depuis, ils avaient vécu seuls tous les deux. » (p. 45). Et pendant vingt-trois ans, les deux frères sont partis en voyage imaginaire, s’occupaient des oiseaux ou passaient leurs soirées en écoutant la radio. « Tous les chants d’oiseaux sont des chants d’amour. » (p. 65).

Le monsieur aux petits oiseaux est mort et, avec lui, c’est tout un monde qui disparaît. Une vie simple. Une époque de calme et de bonheur. Avec des choses immuables comme les sucettes de l’Aozora. Il y a beaucoup de douceur dans ce roman (l’auteur soigne ses personnages malgré la solitude qu’elle leur impose) mais aussi de la tristesse. Pourtant quel bonheur de lire ce beau roman poétique et de pouvoir s’approcher un peu de ces petits oiseaux ! « Les gens qui lisent des livres ne posent pas de questions superflues, ils sont paisibles… dit-elle sans lever les yeux. » (p. 141). Car dans Petits oiseaux, Yôko Ogawa écrit par petites touches, sensibles, délicates, et il n’y a pas le côté dérangeant de ses autres livres : je me suis laissée bercée par la vie de ses deux hommes qui ne laisseront qu’une petite trace comme deux petits oiseaux. « […] tout le monde oubliant aussitôt son existence. » (p. 215). Un très beau roman assurément, et pour l’instant le plus beau que j’aie lu de Yôko Ogawa !

Une lecture pour les challenges 1 % de la rentrée littéraire 2014, ABC critiques 2014-2015 (lettre O), Animaux du monde, Écrivains japonais d’hier et aujourd’hui, Petit Bac 2014 (catégorie Animal) et Tour du monde en 8 ans (Japon).