La tour fantôme (tomes 1 à 3) de Tarô Nogizaka

La tour fantôme (tomes 1 à 3) de Tarô Nogizaka.

Glénat, 2014, 7,60, 224 pages chaque tome. Yûreito 幽麗塔 (2011) est traduit du japonais par Victoria Tomoko Okada.

Genres : manga, seinen, thriller.

Tarô Nogizaka 乃木坂太郎 naît en 1968 à Nanao (Ishikawa, Japon). Il est dessinateur et scénariste. Du même auteur : Team Medical Dragon (2002), Le 3e Gédéon (2015) et Pour le pire (2019, série en cours).

Tome 1. Glénat, mars 2014, 224 pages, 7,60 €, ISBN 978-2-72349-352-9.

23 juin 1952, l’horloge de la tour ne fonctionne plus depuis plus d’un siècle mais ce jour-là, les aiguilles bougèrent et « Tatsu Fujimiya, 60 ans, fut sauvagement assassinée par sa fille adoptive, Reiko, 23 ans. ».

Kobe, 1954, Taïchi Amano n’a pas payé le loyer de sa chambre depuis des mois… Il saisit l’opportunité d’être le nouveau gardien de la tour considérée comme hantée. « C’est pour ça que tous les gardiens quittent ce lieu très rapidement. ». Mais, lorsqu’il se retrouve attaché aux aiguilles de l’horloge, Tetsuo Sawamura, le jeune homme étrange qui lui a proposé le poste, vient le sauver. Tetsuo ne veut pas que la police intervienne, il pense que la tour est « un gigantesque coffre-fort… maquillé en tour d’horloge. » et qu’il « garde jalousement… un trésor, peut-être de plusieurs milliards… ». Tetsuo propose à Taïchi de devenir son partenaire. « Ne veux-tu pas… devenir milliardaire avec moi ? ». Mais qui est réellement Tetsuo ? Pourquoi la maison où logeait Taïchi a-t-elle été incendiée ?

Les chapitres sont numérotés 1er tableau, 2e tableau, etc., ça donne un ton un peu artistique et mystérieux. Les dessins sont très beaux et l’histoire est judicieusement  intrigante.

Tome 2. Glénat, mai 2014, 224 pages, 7,60 €, ISBN 978-2-72349-353-6.

La journaliste Megumi, une ancienne copine de classe dont Taïchi était amoureux, a été retrouvée nue sur l’horloge de la tour… « Pour découvrir pourquoi Megumi a été tuée… je dois travailler sur l’assassinat de la vieille dame il y a deux ans. ». Reiko Fujiyima serait-elle encore en vie ?

Taïchi et Tetsuo se rendent sur Kure une petite île au large de Hiroshima à la recherche de Shiro Honjo qui était le fiancé de Reiko mais un typhon les empêche de partir, Taïchi est enlevé par des tueurs et Tetsuo rencontre Yamashina un policier de Kobe qui les a suivis, « Les habitants de l’île ont toujours réglé leurs problèmes entre eux ! », et qui leur apprend des choses sur le procureur Marube (il n’est pas net).

Le duo, Tetsuo-Taïchi, devient un trio avec Yamashina mais ils sont pris au piège par un savant fou. Un tome trépidant, intense, plein de dangers et de zones d’ombre avec toujours de très beaux dessins.

Tome 3. Glénat, juillet 2014, 224 pages, 7,60 €, ISBN 978-2-72349-938-5.

Tetsuo, Taïchi et Yamashina sont toujours confrontés au savant Tesla et à l’infirmière Q. « Taïchi, j’ai découvert que toi… Tu n’étais pas un meurtrier. C’est tout à fait personnel, ce que je dis, mais… je suis convaincu que tu n’as pas tué la journaliste. » (Yamashina). Tetsuo, Taïchi et Yamashina sont encore plus en danger ! Des rebondissements, de la densité, des dessins toujours beaux et soignés, des ambiguïtés et des révélations…

Au Japon, Yûreito paraît entre mai 2011 et octobre 2014 dans Big Comic Superior (Shôgakukan). En France, la série est complète en 9 tomes publiés chez Glénat entre mars 2014 et novembre 2015.

C’est un manga pour adultes (seinen) dans les genres thriller, fantastique voire horreur (avec de temps en temps une pointe d’érotisme). Tarô Nogizaka adapte en fait le roman Yûrei-tô d’Edogawa Ranpo (1894-1965) qui s’était inspiré du roman Une femme dans le gris (A Woman in Grey, 1898) d’Alice Muriel Williamson (1858-1933). Comme je l’ai déjà dit, c’est une lecture intense et j’ai hâte de lire les 6 tomes suivants (ouf, c’est une série courte mais ma bibliothèque ne les a pas alors je devrai les emprunter ailleurs).

Pour La BD de la semaine (cependant toujours en pause estivale) et les challenges BD, Challenge lecture 2021 (catégorie 12, un livre d’un auteur japonais, 4e billet), Des histoires et des bulles (catégorie 6, un seinen), Littérature de l’imaginaire #9, Petit Bac 2021 (catégorie Lieu pour Tour) et Polar et thriller 2021-2022.

Trinity, Trinity, Trinity d’Erika Kobayashi

Trinity, Trinity, Trinity d’Erika Kobayashi.

Dalva, mai 2021, 220 pages, 20 €, ISBN 978-2-492596-05-6. ィ、トリニティ、トリニティ (Shûeisha, 2019) est traduit du japonais par Mathilde Tamae-Bouhon.

Genres : littérature japonaise, roman, science-fiction.

Erika Kobayashi naît le 24 janvier 1978 à Tôkyô (Japon). Son premier roman, Madame Curie to chôshoku o (Petit-déjeuner avec Madame Curie, non traduit en français), paraît en 2014 (Shûeisha). Trinity, Trinity, Trinity reçoit le 7e Tekken Heterotopia Literary Prize en 2020. Elle est aussi mangaka et artiste plasticienne et a déjà exposé. Ses thèmes de prédilection sont Thomas Edison, Marie Curie et le nucléaire. Plus d’infos sur son site officiel.

Cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Tôkyô 2020. Une vieille dame est hospitalisée, sa fille et sa petite-fille (13 ans) sont à son chevet, mais elle ne les voit pas vraiment, ne les reconnaît pas, ne sait pas où elle est. Pendant ce temps-là, « […] le relais de la flamme olympique. […] Les spectateurs filment avec leurs smartphones et agitent de petits drapeaux nippons tandis qu’on leur rappelle de prendre garde au coup de chaleur et de bien s’hydrater. » (p. 20-21). Coup de chaleur ? Bien s’hydrater ? Ah, personne ne pouvait savoir en 2019 (date de parution du roman) donc pas de coronavirus ici et les Jeux de Tôkyô ont bien lieu en 2020 et pas en 2021 (ce qui donne une saveur particulière au récit).

La narratrice, la fille de la vielle dame, est inscrite sur Trinity, une plateforme un peu spéciale dont le slogan est « l’essentiel est invisible pour les yeux » (p. 33), une phrase essentielle à la lecture de ce roman. Mais alors qu’elle prend la ligne Saikyô, la narratrice voit un vieil homme qui « serre entre ses doigts une pierre noire et luisante. […] Il ne va quand même pas asperger le wagon de matière radioactive ? » (p. 38). Cela fait neuf ans que des seniors sont apparus avec la ‘pierre d’infortune’, « C’était l’année du grand séisme, du tsunami et de l’accident nucléaire de Fukushima » (p. 41). L’autrice développe une analyse des catastrophes et de leurs conséquences sur le moyen et long terme.

Ces seniors sont atteints de TRINITY. « Le nom de cette maladie était une longue locution anglaise. Laquelle avait pour acronyme TRINITY. Trinity. Ce n’est qu’une fois baptisée que la maladie avait enfin révélé sa vraie nature. » (p. 69). De plus en plus de personnes âgées sont touchées, certaines sont même filmées. « Qu’ainsi débute la révolte des invisibles. » (p. 106). Mais les ‘séniors Trinity’ ne sont-ils pas des terroristes et « Leur prochain objectif était-il le relais de la flamme olympique ? Ou la cérémonie d’ouverture ? Les rumeurs faisaient rage. » (p. 113). Or, alors qu’elle ne peut plus marcher depuis sa chute… « Maman a disparu. » (p. 137) !

La vallée de Saint-Joachim en Bavière, les travaux de Marie Curie, le radium… c’était au début des années 1920, il y a 100 ans… « Si on avait fait des choix différents à cette époque, le présent serait-il différent de sa version actuelle ? » (p. 165-166). On ne le saura jamais… à moins qu’il existe un (des) monde(s) parallèle(s) dans le(s)quel(s) les choix étaient différents.

Je ne sais pas si j’ai tout compris dans ce roman très particulier mais il donne à réfléchir et je retiens que tout est lié, le passé, le présent, le futur et qu’une question reste lancinante tout du long : et si ce que l’on pense être une bénédiction pour l’humanité serait en fait mauvais. Comme le radium dont on a pensé qu’il guérissait. Quant aux Jeux olympiques, ils réunissent des sportifs du monde entier (presque) mais à Berlin en 1936, le nazisme fut mis en avant, à Munich en 1972, il y a eu un attentat terroriste et des morts, on peut donc à juste titre se questionner. Les personnes âgées déboussolées de 2020 étaient jeunes lors des premiers Jeux olympiques de Tôkyô en 1964 (en prévision desquels de nombreux lieux ont été détruits).

De plus les Japonais sont traumatisés par les bombes larguées en 1945 sur Hiroshima et Nagasaki mais le radium et même le plutonium 235 avaient été très bien accueillis par le passé (on apprend d’ailleurs quelque chose de surprenant à la fin de ce roman). Quant aux personnes âgées, elles sont très nombreuses alors qu’arriverait-il si quelque chose (maladie, folie…) s’emparait d’elles ? Trinity, Trinity, Trinity est un roman vraiment atypique qui surprend et qui envoûte. Et puis, il y a aussi un thème très présent, celui de la femme, de la féminité, ce n’est pas pour rien si les personnages principaux (et pratiquement les seuls du roman) sont trois générations de femmes, grand-mère, mère, fille et leurs difficultés à se comprendre, à communiquer. Les liens, comme les radiations, seraient-ils invisibles ?

J’espère que, comme moi, vous prendrez plaisir à lire cet OLNI (Objet littéraire non identifié) même s’il n’est pas facile à aborder. En plus, j’ai découvert cette maison d’éditions toute récente (mai 2021) qui veut « [mettre] à l’honneur des autrices contemporaines. À travers leurs textes, elles nous disent leur vie de femme, leur relation à la nature ou à notre société. Elles écrivent pour changer le monde, pour le comprendre, pour nous faire rêver. » Très belle idée.

Pour le Challenge de l’été #2 (Japon, 2e billet), Challenge lecture 2021 (catégorie 9, un livre dont l’action se passe durant les vacances d’été, 2e billet mais il entre aussi dans les catégories 12, 15, 39), Littérature de l’imaginaire #9 et S4F3 #7.

Le mystère des pingouins de Tomihiko Morimi

Le mystère des pingouins de Tomihiko Morimi.

Ynnis, juin 2020, 464 pages, 14,95 €, ISBN 978-2-37697-101-6. Penguin Highway ペンギン・ハイウェイ (2010) est traduit du japonais par Yacine Youhat.

Genres : littérature japonaise, roman jeunesse, science-fiction.

Tomihiko Morimi 森見登美彦 naît le 6 janvier 1979 à Ikoma dans la Préfecture de Nara au Japon. Il fait des études agricoles à l’université de Kyôto. Ses titres précédents sont Taiyô no Tô soit La tour du soleil (2003, grand prix du roman fantasy japonais), Yojôhan Shinwa Taikei soit La Galaxie Tatami (2004, adaptation en anime par le studio Madhouse en 2010) et Yoru wa mijikashi arukeyo otome soit La nuit est courte. Marche, jeune fille (2017, prix Yamamoto Shûgorô). Penguin Highway remporte le Grand prix du roman de science-fiction japonais en 2021 (Grand prix Nihon SF 日本大賞 Nihon esu efu taishô).

Le narrateur, Aoyama, est un garçon de 9 ans en quatrième année d’école élémentaire. Il vit avec ses parents et sa jeune sœur dans une petite maison. « Certes, je suis un génie. Mais cela ne m’empêche pas d’étoffer sans cesse mes connaissances. […] Je le dois à toutes les notes que je prends sans faute tous les jours, ainsi qu’à mes nombreuses lectures. Il y a beaucoup de choses que je veux savoir. Je suis intéressé par l’espace, les organismes vivants, la mer ou encore les robots. […] Je n’ai encore jamais vu la mer mais j’ai pour projet d’y aller prochainement. Il est important de voir les choses en vrai. Observer le monde de ses propres yeux est une méthode inégalable. Être inférieur à autrui n’est pas honteux, mais être surpassé par la personne que l’on était hier l’est. Jour après jour, j’en apprends davantage sur le monde et m’élève au-dessus de celui que j’étais le jour précédent. » (p. 9-10), voici pour vous familiariser avec l’étonnant Aoyama, éveillé, curieux, intelligent (son seul défaut, ben oui, il en a un, il est un peu obsédé par les seins). Son père lui a offert un cahier et lui a dit : « Note tous les jours ce que tu découvres. » (p. 13).

Aoyama vit dans une petite ville avec pas grand-chose, une école, une ligne de bus, un parc Ornithorynque, une clinique dentaire, un centre commercial, une église (une vraie église avec une croix au sommet), un bar Au bord de mer, un canal et une forêt. Un matin de mai, les enfants vont à l’école et aperçoivent une colonie de manchots d’Adélie ! « On aurait dit des êtres vivants à peine débarqués d’une lointaine planète et totalement inadaptés à notre monde. » (p. 17). Que font ces manchots de l’Antarctique dans cette ville de banlieue qui n’est même pas en bord de mer ? Mais le soir, ils ont disparu… avant de réapparaître tout aussi subitement !

Aoyama a un meilleur ami, Uchida, avec qui il élabore le projet Amazone : remonter le long du canal pour trouver sa source et explorer les environs pour créer une carte. Uchida élève un bébé manchot trouvé sur le parking de son immeuble. « Peux-tu garder secrète la présence de ce manchot ici ? – Je te le promets. Je suis un garçon capable de garder un secret. » (p. 105). Il se lie avec une jeune femme qui travaille à la clinique dentaire (on ne saura pas son nom). Ensemble, ils vont étudier les manchots et attirer l’attention d’une copine de classe qui joue aux échecs, Hamamoto, qui fait des recherches sur une boule bizarre en suspension dans l’air qu’elle appelle la Mer. « Elle était sacrément étonnante. » (p. 156).

Pour Aoyama, Uchida et Hamamoto, c’est tout un été de mystères… « Il y en a de curieuses histoires depuis l’apparition des manchots, souffla ma mère. » (p. 331).

Je l’ai déjà dit, j’aime l’irruption du fantastique dans le quotidien dans la littérature japonaise (bon, il y a aussi d’autres genres que j’apprécie dans la littérature japonaise comme l’intime ou le polar, entre autres) mais le fantastique dans le quotidien, c’est quelque chose de récurent (y compris dans le polar ou autres genres littéraires japonais), Haruki Murakami est un des maîtres pour cela. Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à nos manchots, ou à nos pingouins, ce n’est pas grave. En tout cas, vous pouvez vous joindre à Aoyama et à sa petite équipe pour enquêter, découvrir, comprendre, bon, peut-être pas tout, ça reste des enfants et les événements sont plutôt incompréhensibles ! Le mystère des pingouins, c’est l’intelligence et la fraîcheur dans cette chaleur estivale (je parle de l’été dans le roman mais c’est finalement l’été ici aussi), vous mangerez bien quelques glaces, ferez quelques balades en voiture avec le père, fuirez devant les tortionnaires de l’école (une bande de grands, bêtes et méchants), ah et, désolée, mais vous passerez chez le dentiste aussi. Action, aventure, fantastique, humour (japonais, ça change de l’humour anglais ou de l’humour belge, je vous préviens), amitié et mystère sont au rendez-vous de ce roman très bien écrit et surtout très bien traduit. Si vous n’aimez pas les enfants intelligents, extravertis, différents, Aoyama peut vous énerver mais ce serait vraiment dommage car, comme le dit l’éditeur, c’est une « œuvre poétique, intime et écologique […] qui a inspiré le film d’animation de Hiroyasu ISHIDA, lauréat du prix Satoshi Kon. » (et qui a aussi inspiré un manga de Keito Yano) alors ne vous privez pas et émerveillez-vous !

Le fait d’avoir vu la bande annonce (ci-dessous) me donne très envie de voir le film d’animation (en VO bien sûr).

En attendant, je mets cette lecture dans Challenge lecture 2021 (catégorie 12, un livre d’un auteur japonais, 3e billet), Jeunesse young adult #10, Littérature de l’imaginaire #9 et Petit Bac 2021 (catégorie Animal pour Pingouins).

L’été de la sorcière de Nashiki Kaho

L’été de la sorcière de Nashiki Kaho.

Philippe Picquier, mars 2021, 168 pages, 18 €, ISBN 978-2-8097-1522-4. 西の魔女が死んだ Nishi no majo ga shinda (2017) est traduit du japonais par Déborah Pierret-Watanabe.

Genres : littérature japonaise, premier roman.

NASHIKI Kaho naît en 1959 à Kagoshima (île de Kyûshû, Japon). Elle commence à écrire L’été de la sorcière en 1994, c’est son premier roman (immense succès, trois prix littéraires et une adaptation cinématographique en 2008). Son deuxième roman, Les mensonges de la mer, est paru en 2017 chez Philippe Picquier.

Mai est au collège depuis un mois mais elle a des crises d’asthme et dit à sa mère « Je n’irai plus à l’école. Là-bas, ce n’est rien qu’un lieu de souffrances pour moi. » (p. 8). Phobie scolaire ? Sa mère (moitié Japonaise moitié Anglaise) décide d’envoyer Mai à la campagne chez sa grand-mère (une Anglaise ayant épousé un Japonais). « Je suis très heureuse de l’accueillir. J’ai toujours été extrêmement reconnaissante d’avoir une petite-fille comme elle. » (p. 14).

C’est durant cet été que Mai découvre que sa grand-mère est une sorcière, la Sorcière de l’Ouest, que sa grand-mère avant elle aussi et qu’elle a sauvé son fiancé à distance. « Ça veut dire que… dans notre famille… ? – Très bonne déduction […]. Mais arrêtons-nous là pour ce soir. Il doit être tard. » (p. 38).

Au fil des jours, Mai va se métamorphoser, apprendre les animaux, les plantes, prendre confiance en elle. Mais sa grand-mère la met en garde. « Voir ou entendre quelque chose quand tu ne le souhaites pas, c’est dangereux et très désagréable, et c’est indigne d’une sorcière accomplie. » (p. 64).

« Écoute-moi bien. Voici une des leçons les plus importantes de ton apprentissage. Une sorcière doit accorder de l’importance à son intuition. Cependant, elle ne doit en aucun cas lui laisser prendre le dessus. Sinon, celle-ci risque de devenir une illusion puissante, une chimère, qui finira par prendre le contrôle et la dominer. Enferme cette intuition quelque part dans ton esprit. Viendra le moment où tu découvriras si cette intuition était vraie. Ce sera l’expérience qui t’apprendra à reconnaître si ce que tu ressens est une véritable intuition ou non. » (p. 91).

J’ai été émue par ce délicat roman en particulier par la belle relation entre Mai et sa grand-mère et par l’histoire du chien Blacky. Si la grand-mère est vraiment sorcière, c’est une sorcière bienfaisante, pleine d’amour et de sagesse. J’ai eu l’impression d’être chez cette grand-mère, de sentir les odeurs de son jardin, de m’imprégner de son bon sens et de sa bienveillance. Finalement les deux mois que Mai passe chez sa grand-mère sont sûrement les plus importants de sa vie. Que pensez-vous de la couverture ? Je la trouve superbe !

Une très belle lecture, apaisante, magnifique, que je mets dans Challenge Cottagecore (catégorie 3, jardin, secret de famille, campagne), Challenge de l’été #2 (Japon), Challenge lecture 2021 (catégorie 50, un livre qui met en scène une sorcière) et Petit Bac 2021 (catégorie météo pour été).

La librairie de tous les possibles de Shinsuke Yoshitake

La librairie de tous les possibles de Shinsuke Yoshitake.

Milan, septembre 2018, 104 pages, 13,90 €, ISBN 978-2-4080-0625-9. Arukashira Shoten (2017) est traduit du japonais par Myriam Dartois-Ako.

Genres : littérature japonaise, bande dessinée, album illustré.

Shinsuke Yoshitake ヨシタケシンスケ naît en 1973 à Chigasaki (préfecture de Kanagawa) au Japon. Il étudie les arts plastiques à l’Université de Tsukuba. Il est auteur et illustrateur mais aussi graphiste et sculpteur. Plus d’infos sur son site officiel (pour l’instant en pause).

La librairie de tous les possibles a dans ses rayons tous les livres que les clients demandent. Des livres rares, des livres sur les livres, des livres multiples, etc. J’aimerais fréquenter une telle librairie !

Découvrez l’arbre des écrivains, les albums surprises ! Et puis vous apprendrez des choses intéressantes sur les métiers liés aux livres : libraires, bibliothécaires, éleveurs de chiens bouquinistes ou simplement sur les livres et les lecteurs.

Mon passage préféré. « Les livres rangés sur les étagères d’une maison ont un seul propriétaire, mais ceux des bibliothèques débordent d’espoir. ‘Je pourrais être utile à quelqu’un.’ ‘Je vais peut-être amuser un lecteur, ou l’encourager, le consoler.’ ‘Je pourrais faire découvrir des choses aux gens, les rapprocher.’ »

Shinsuke Yoshitake aime les livres et les librairies et offre aux jeunes lecteurs (et aux plus grands) des petites histoires drôles, sensibles et originales avec de très beaux dessins tendres et poétiques.

Pour certains ce livre est un album illustré, pour d’autres une bande dessinée mais la bibliothèque où je l’ai emprunté l’a classé en roman, et en fait, il est un peu tout ça en même temps, un OLNI (Objet littéraire non identifié), et il correspond bien finalement à cette librairie de tous les possibles. En lisant ce livre, le jeune lecteur comprend qu’il lui est possible de tout lire, de tout découvrir et ça c’est merveilleux.

Je mets cette ravissante lecture dans BD, Challenge lecture 2021 (catégorie 2, un livre dont l’action se passe dans une bibliothèque ou une librairie, 2e billet) et Jeunesse young adult #10.

Fantômes et samouraïs d’OKAMOTO Kidô

Fantômes et samouraïs – Hanshichi mène l’enquête à Edo d’OKAMOTO Kidô.

Philippe Picquier, avril 2004, 416 pages, 21 €, ISBN 978-2-87730-715-4. Hanshichi Torimonochô 半七捕物帳 (1917-1937) est traduit du japonais par Karine Chesneau. Je l’ai lu en poche : Picquier poche, n° 298, collection L’Asie en noir, septembre 2007, 464 pages, 9,50 €, ISBN 978-2-87730-964-6.

Genres : littérature japonaise, nouvelles policières.

OKAMOTO Kidô (岡本 綺堂) est le nom de plume d’Okamoto Keiji (岡本 敬二), né le 15 octobre 1872 à Tôkyô. Son père, samouraï, travaille avec la légation britannique. Ses parents et sa sœur aînée se passionnent pour le kabuki (théâtre japonais traditionnel) et Okamoto les suit lorsqu’il est plus âgé. Entre le kabuki, les histoires de fantômes britanniques, la découverte de la poésie chinoise mais aussi de Shakespeare et de Sherlock Holmes et le voici paré pour devenir dramaturge et romancier ! Mais il rédige aussi, dès 1890, des comptes-rendus de représentations théâtrales pour le Tôkyô Nichi Nichi Shimbun et le Mainichi Shimbun (deux journaux quotidiens japonais) et devient reporter pour le Chûô Shimbun. Ses deux pièces les plus connues sont Histoire du fabricant de masques (Shuzenji monogatari 修善寺物語) et Histoire d’un plat brisé à Banchô (Banchô Sarayashiki 番町皿屋敷) et ses nouvelles policières, regroupées sous le titre L’étrange affaire de l’inspecteur Hanshichi (Hanshichi Torimonochô 半七捕物帳), sont publiées en feuilleton entre 1917 et 1937. Il meurt le 1er mars 1939 à Meguro (Tôkyô).

Le thème de mai pour Les classiques c’est fantastique #2 est voyage alors je vous emmène à Edo (ancien nom de Tôkyô) à deux périodes différentes, Edo et Meiji (explications plus bas), à savoir qu’à cette époque Edo était plutôt constituée de plusieurs villages qui sont devenus les quartiers de Tôkyô. J’espère que vous prendrez plaisir à cette visite d’Edo et de ses villages à travers ces nouvelles policières dont certaines ont plus d’un siècle. Kidô Okamoto est un des précurseurs de la littérature policière japonaise et il développe un genre spécifique, le torimonochô, littérature policière historique avec traditionnel japonais (fantômes…) et modernité (influence occidentale).

L’esprit d’Ofumi – Le narrateur entend parler de l’affaire d’Ofumi lorsqu’il a 12 ans mais ni son père ni son oncle ne veulent lui en parler parce qu’un samouraï donc « un guerrier se doit de ne pas croire aux êtres surnaturels » (p. 7). Ce n’est que deux ans plus tard qu’oncle K. (un autre oncle) lui en parle. « Ce genre de soirée convient parfaitement pour une histoire de fantômes. Tu n’es pas froussard, toi ? Je l’étais. Mais fasciné par tout ce qui fait peur, j’adorais écouter, oreilles grandes ouvertes et muscles tendus, toutes sortes de récits fantastique. » (p. 10). Toutes les nuits Omichi et sa fille de 3 ans, Oharu, voient une femme mouillée et blafarde en rêve, Ofumi, mais le mari, Obata, samouraï, refuse d’y croire. Le frère d’Omichi, Matsumura, décide d’enquêter. Oncle K., voisin des Obata, cadet oisif, 20 ans, propose son aide et c’est comme ça qu’il rencontre l’enquêteur Hanshichi. « Hanshichi était un personnage influent dans la corporation des enquêteurs. Mais pour quelqu’un exerçant ce genre de métier, il surprenait par son caractère d’un natif d’Edo, simple, ouvert et d’une rare intégrité ; jamais on n’avait entendu médire de lui ou laissé entendre qu’il se servait de son autorité d’agent du gouvernement pour se montrer dur envers les faibles. En un mot, il faisait preuve de compréhension envers tous. » (p. 26-27). « Beaucoup d’enquêtes allaient encore exciter mon imagination, car ces énigmes n’étaient qu’un jeu d’enfant pour Hanshichi qui les résolvait avec une grande facilité. Il était un peu le Sherlock Holmes de l’époque Edo. ». Cette histoire se déroule vers 1885, c’est-à-dire durant l’ère Meiji (1868-1912) qui fait entrer le Japon dans la modernité mais Hanshichi a commencé sa carrière à la fin de l’ère d’Edo (l’ère précédente, 1600-1868). Dix ans après (1895 donc, parce qu’il dit que la guerre sino-japonaise se termine), l’oncle K est mort et le narrateur, jeune journaliste, devient proche de Hanshichi à la retraite (il a plus de 70 ans). Les histoires qui suivent sont les enquêtes que Hanshichi raconte.

J’ai été un peu longue pour cette première enquête, histoire de présenter les personnages et la période mais je vais faire plus court pour les enquêtes suivantes.

La lanterne en pierre – Hanshichi raconte comment il est entré parmi les agents du gouvernement en devenant, à 19 ans (en 1842), le subordonné de l’enquêteur Kichigorô. Après avoir été prié au temple de Kannon, Okiku, 18 ans, a disparu et Seijirô, un des commis de la boutique, s’inquiète. « […] tous ne faisaient que soupirer, le visage décomposé et lugubre, incapables d’apporter à Hanshichi la moindre suggestion concernant la cachette de la jeune fille. » (p. 49). Et le lendemain, la mère d’Okiku est tuée… Cette énigme est la première enquête de Hanshichi qui est rapidement devenu chef enquêteur.

La mort de Kanpei – En décembre 1859, une « affaire a fait beaucoup de bruit à l’époque. Et elle m’a un peu cassé la tête. » (p. 78). C’est Okume, la sœur de Hanshichi, qui lui demande d’aider sa collègue, Moji Kiyo. Lors d’un spectacle de kabuki, Kakutarô, un jeune acteur qui jouait le rôle du samouraï Hayano Kanpei, faisant seppuku, est vraiment mort. Ce qui est amusant, c’est que Hanshichi fait semblant d’être ivre pour mener cette enquête.

À l’étage de la maison de bains – « Comme jusqu’à présent je ne t’ai conté que des réussites, aujourd’hui je vais te narrer l’une des erreurs que j’ai faites. Quand j’y repense, l’histoire était franchement ridicule. » (p. 112). Printemps 1863. Kumazô, un indic de Hanshichi tient une maison de bains et il trouve bizarre que, depuis près de deux mois, deux samouraïs viennent tous les jours après avoir déposé leurs sabres à l’étage (comme le veut le règlement). Seraient-ils de faux samouraïs ?

Le professeur-monstre – Juillet 1855. Mizuki Kameju, une professeur de danse, est morte. Elle était surnommée le professeur-monstre. « Mizuki Kameju était une femme sophistiquée dans le style des citadines, qui ne faisait pas son âge malgré ses quarante-huit ans. » (p. 148). Sa fille adoptive, Kameyo, qui devait prendre la relève avait la santé fragile et elle est morte d’épuisement à l’âge de 18 ans il y a un an. Les deux morts seraient-elles liées ?

Le mystère de la cloche d’incendie – « Il va sans dire que sonner la cloche d’incendie sans motif et perturber la ville du shôgunat et de sa cour était considéré comme un crime grave. » (p. 181). Mais, en plus de la cloche qui sonne toute seule, l’agression d’une femme, un kimono d’enfant qui marche seul, les gens prennent peur, « on en vint à penser que ce n’était probablement par l’œuvre d’un humain. » (p. 187).

La dame de compagnie – Août 1863. Ochô qui sert à la boutique de thé avec sa mère a disparu mais elle n’a pas d’amoureux. Okame, sa mère, et Hanshichi craignent un enlèvement. Dix jours après, Ochô est de retour mais elle est de nouveau enlevée. « Et cette fois, elle n’est pas rentrée ? Non, répondit Okame dont le visage s’assombrit. » (p. 226).

L’étang de la Ceinture-voleuse – Cet étang n’existe plus mais « C’est à une mystérieuse légende que l’étang de la Ceinture-voleuse doit son nom. » (p. 243). Mars 1859, « une ceinture de femme a été aperçue à la surface de l’eau, ce fut la panique générale. » (p. 244). Or la ceinture appartenait à Omiyo, 18 ans, qui est morte étranglée. En même temps, Senjirô, un jeune commerçant de 24 ans a disparu… Les deux affaires seraient-elles liées ?

La fonte des neiges au printemps – Janvier 1865. Alors qu’il neige, Hanshichi croise Tokuju, un masseur aveugle, mais celui-ci n’aime pas travailler au pavillon du Tatsuise car, bien que non-voyant, il trouve cette maison lugubre. « Comment dire, je ne peux pas vous expliquer, murmura Tokuju en se renfrognant. » (p. 280). Une terrible histoire d’amour…

Hiroshige et la loutre – Janvier 1858. Le corps d’une fillette inconnue de 3 ou 4 ans gît sur le toit de la maison d’une riche famille à Asakusa… « Quand une affaire de cette importance se produisait dans la demeure d’un grand samouraï, elle pouvait être réglée dans la plus grande discrétion sans être rendue publique. » (p. 309). La fillette n’a sûrement pas été enlevée par un tengu qui l’aurait laissée tomber ! Hanshichi raconte une deuxième histoire, septembre 1947, une histoire de loutre.

La demeure Belles-de-jour – Novembre 1956. Chaque année, les « fils des vassaux directs du shôgun » (p. 342) qui ont 12 ou 13 ans participent à un « examen de lecture à haute voix des classiques chinois à l’académie confucianiste Gakumonjo d’Ochanomizu » (p. 342) mais le jeune Sugino Daizaburô, 13 ans, fils unique, a disparu. Aurait-il été « enlevé par les esprits divins » (p. 350) ou par un renard ?

Chats en rébellion – Un jour, l’auteur arrive chez Hanshichi et il y a un chaton. Hanshichi se rappelle d’une histoire de chats en septembre 1862. Omaki, une veille femme de 70 ans a une « passion dévorante pour les chats » (p. 376), elle en avait une vingtaine, adultes et chatons, et, même si elles les nourrissaient très bien, ils volaient dans les cuisines des voisins… Les voisins sont très en colère et se débarrassent des chats.

La fille de la déesse Benten – Mars 1854. Alors qu’il adécidé de se rendre à la fête Sanja au sanctuaire shintô d’Asakusa, Rihei, un prêteur sur gages, vient consulter Hanshichi parce que Tokujirô, 16 ans, un des apprentis de son patron est subitement mort accusant Okono, une jeune femme du quartier, de l’avoir tué. Cette Okono, bientôt 30 ans, est toujours célibataire et surnommé « Benten Musume, la fille de la déesse du Bonheur » (p. 407). Dans cette histoire, on croise Osen, l’épouse de Hanshichi.

La nuit de la fête de la montagne – Mai 1862, Hanshichi se rend à Hakone (ah que j’ai aimé ce beau site !) avec un jeune collègue, Takichi, mais un double meurtre a lieu à l’auberge. « Takichi expliqua que les deux marchands de Sunpu qui logeaient ensemble au premier étage, à l’arrière de l’auberge, avaient été assassinés et qu’on leur avait dérobé leur argent. » (p. 443). Le serviteur d’un jeune samouraï serait impliqué.

Les enquêtes sont délivrées dans le désordre, au fur et à mesure des rencontres – prévues ou fortuites – entre Hanshichi et l’auteur, et des souvenirs de Hanshichi. Hanshichi est entré dans la police lorsqu’il avait 19 ans, en 1842 (c’était l’ère d’Edo). La plus ancienne enquête qu’il raconte dans ce recueil date de 1842 et la plus récente de 1865. Mais Hanshichi et l’auteur se sont rencontrés une première fois en 1885 puis en 1895 et ensuite régulièrement soit chez le vieil homme soit à l’extérieur (durant l’ère Meiji donc). Le lecteur a ainsi un large panorama de la fin de l’ère d’Edo (1600-1868) et du début de l’ère Meiji (1868-1912), entre 1842 et 1865. Idéal pour le challenge Les classiques c’est fantastique #2, le thème de mai étant voyage.

Chaque fois qu’on pense qu’il y a du surnaturel dans une histoire, Hanshichi prouve le contraire par la logique car il a une façon de pensée similaire à celle de Sherlock Holmes. En moins poussée mais on voit bien que l’auteur a été inspiré par le personnage anglais. En tout cas, le narrateur présente souvent les histoires comme du théâtre kabuki en particulier pour les décors et les détails.

Un bon point : les notes sont en bas de page (je préfère ça que être obligée d’aller à chaque fois en fin de volume).

Un deuxième tome, Fantômes et kimonos – Hanshichi mène l’enquête à Edo, est paru chez Philippe Picquier en mai 2006 et… je l’ai aussi en poche sur mes étagères, une future lecture donc !

En plus de Les classiques c’est fantastique #2 cité plus haut, je mets cette chouette lecture dans 2021, cette année sera classique, Challenge lecture 2021 (catégorie 12, un livre d’un auteur japonais, 2e billet), Hanami Book Challenge (menu 1 Au temps des traditions, sous-menu 1 Pour la gloire de l’empereur), Polar et thriller 2020-2021, Projet Ombre 2021 et Les textes courts (recueil de 14 nouvelles) et bien sûr Un mois au Japon (qui a continué en mai).

La légende de Songoku (4 tomes) d’Osamu Tezuka

La légende de Songoku (4 tomes) d’Osamu Tezuka.

Delcourt, collection Akata seinen, 8,99 € chaque tome. Boku no Songoku (1952) est traduit du japonais par Tetsuya Yano et adapté par Patrick Honoré.

Genres : manga, seinen, Histoire, fantastique.

TEZUKA Osamu (手塚 治虫) naît le 3 novembre 1928 à Toyonaka (préfecture d’Ôsaka, Japon). Il étudie la médecine à l’université d’Ôsaka mais il découvre les dessins animés en particulier ceux de Walt Disney et devient mangaka, scénariste et réalisateur. Il connaît le succès avec La nouvelle île au trésor (1947). Suivront Le roi Léo (1950), Astro Boy (1952), Princesse Saphir ((1953), Phénix l’oiseau de feu (1956) et tant d’autres titres (dont la majorité sont adaptés en animation). Je ne peux pas tous les citer mais l’œuvre est colossale (de 1947 à 1988), touche à tous les genres et reçoit de nombreux prix y compris posthumes. Il meurt le 9 février 1989 à Tôkyô.

Tome 1, Delcourt, février 2007, 320 pages, ISBN 978-2-75600-730-4.

Tout commence avec la création du monde, selon le bouddhisme, c’est-à-dire quatre continents (un à chaque point cardinal), une montagne avec le rocher « du mont des fruits et des fleurs » qui se transforme en œuf et la naissance d’un singe doré. Il mène une vie triste et solitaire jusqu’à ce qu’il devienne (à l’insu de son plein gré) le Roi des singes. « Ah, bonne vie et bonne demeure ! Que je vive longtemps et que ce bonheur dure toujours… » (p. 22). Mais trompé par son valet jaloux qui voulait devenir roi et sous l’emprise d’un sortilège, il se retrouve dans le monde éthéré des mages au Mont des esprits où il devient, Songoku, un disciple studieux. Le plus assidu même, c’est pourquoi, au bout de sept ans, il reçoit les Arcanettes du chaton (on est loin des Arcanes du tigre !). « Tu n’es pas encore prêt pour les Grandes Arcanes. Mais tu pourras déjà maîtriser soixante-douze techniques du Ciel et de la Terre ainsi que du Yin et du Yang mais retiens bien ceci, disciple : l’art du mage ne doit pas te servir à frimer. Si tu t’en sers dans un but mesquin, il te manquera toujours trois poils sur le caillou ! » (p. 39). Mais Songoku est un singe facétieux et bagarreur alors Sakyamuni « le Bouddha qui habite au paradis occidental » (p. 67) l’enferme pour cinq cents ans sous une montagne. Un jour, un bonze en route pour l’Inde passe par le Mont des cinq éléments, c’est « Sanzô Hôshi, archibonze de l’empire Tang » (p. 79) qu’attendait impatiemment Songoku et le voici libéré et en route pour d’étonnantes aventures avec une jeune dragonne qui servira de monture au bonze, un cochon gourmand (euh, goinfre serait plus approprié) et un kappa (bonze des sables). Le talent et l’humour de Tezuka (il y a des anachronismes amusants par rapport au roman dont le manga est adapté et des clins d’œil aux lecteurs) font de cette série un des chefs-d’œuvre du maître qui apparaît d’ailleurs page 109. Ma phrase préférée est « Abandonne tes désirs ! Plus tu en as et moins ce que tu désires se réalisera. » (p. 169). En fin de volume, une postface avec des informations précieuses et des clés de compréhension.

Tome 2, Delcourt, mai 2007, 320 pages, ISBN 978-2-75600-731-1.

Songoku, Sanzô le bonze, Dragonette, Cho Hakkai le cochon et Sagojô le kappa continuent leur long voyage pour recevoir les soûtras sacrés en Inde. Mais un bateau pris par erreur (ou par la force du destin) les conduit au Japon où ils sont confrontés à un chat maléfique. « Je ne te lâcherai plus maintenant. Tu devrais savoir que le chat est un animal très obstiné ! Miaaou! » (p. 81). Ils rencontrent aussi de vilains oni (un genre de yôkai du folklore japonais) et Momotarô, clin d’œil à un enfant héros du folklore japonais. Lorsqu’ils arrivent en Chine, c’est la sécheresse et tous les bonzes sont arrêtés pour travailler. Sanzô n’y échappe pas. « Songoku, apprends que la vraie victoire, c’est de savoir pardonner à son ennemi ! » (maître Kannon-le-tout-puissant, p. 169). Et d’autres aventures trépidantes. En fin de volume, des clés de compréhension (c’est vrai que je ne connaissais pas certaines légendes).

Tome 3, Delcourt, septembre 2007, 288 pages, ISBN 978-2-75600-732-8.

« Chers lecteurs, cela fait déjà trois ans que Sanzô, l’éminent bonze de l’empire Tang, est parti pour les Indes afin d’y recevoir les soûtras sacrés du grand Bouddha… En chemin, il a sauvé Songoku, cloué sous le mont des cinq éléments, puis a accueilli Cho Hakkai, Sagojô et Dragonette comme nouveaux disciples. Grâce à leurs précieux services, il a pu ainsi se tirer sain et sauf de multiples traquenards et continuer son voyage. Mais nos amis ne sont pas au bout de leurs peines, et Bouddha seul sait les fabuleuses aventures qui les attendent encore avant d’arriver à destination… » (p. 6-7). Il faut dire que Sanzô est habitué aux arrestations et aux enlèvements ! Quant à Cho Hakkai, il risque d’être mangé à plusieurs reprises durant cette périlleuse aventure… Heureusement l’équipe arrive au complet aux portes de l’Inde. Il y a même une histoire (un rêve ?) avec Tezuka (p. 165 et suivantes). Et, en fin de volume, toujours des clés de compréhension.

Tome 4, Delcourt, janvier 2008, 288 pages, ISBN 978-2-75600-733-5.

L’Inde ! Mais nos amis doivent traverser l’Himalaya, enneigé et dangereux. Puis le fleuve Brahmapoutre. Je ne peux en dire trop, je ne veux pas divulgâcher… Mais il y a des clins d’œil à Tezuka (fleurs, cases noires…) et l’auteur profite bien de cette série pour raconter des légendes indiennes, chinoises et japonaises, ce qui réunit parfaitement ces trois grands pays touchés par le bouddhisme. Et toujours des clés de compréhension en fin de volume. À noter la Légende du Serpent blanc, issue du folklore chinois, et que j’ai évoquée récemment [ici].

Suivez les aventures du bonze Sanzô, inspirées de Pérégrination vers l’Ouest (ou Voyage vers l’Occident selon les traductions) du Chinois Wu Cheng’En (XVIe siècle) et bourrées de références. C’est dépaysant, c’est drôle, c’est effrayant, c’est enrichissant ! Tezuka s’approprie parfaitement la légende de Songoku (le titre japonais Boku no Songoku signifie en fait Mon Songoku), le Roi-Singe, et délivre une série courte (4 tomes) qui plaira assurément aussi bien aux jeunes qu’aux adultes curieux. Parce qu’à travers ces personnages que tout oppose, Tezuka aborde les valeurs humanistes que l’on aime, l’entraide, la solidarité, l’amitié avec de l’aventure, de l’action et de l’humour, du pur Tezuka en fait !

Une belle relecture (série déjà lue il y a 12-13 ans) pour Un mois au Japon (qui continue en mai) La BD de la semaine et les challenges BD, Des histoires et des bulles (catégorie 11, une adaptation littéraire, voir le paragraphe ci-dessus) mais aussi 2021, cette année sera classique (série parue au Japon en 1952 et inspirée d’un récit du XVIe siècle), Contes et légendes #3, Jeunesse Young Adult #10, Littérature de l’imaginaire #9 et bien sûr Les étapes indiennes #2. De plus, le tome 4 dont la couverture est rouge entre dans Lire en thème de mai (et pour le 1er thème secondaire, il y a des monstres, démons, sorcières). Plus de BD de la semaine chez Noukette.

Magus of the Library (tomes 1 à 4) de Mitsu Izumi

Magus of the Library de Mitsu Izumi.

Ki-oon, collection Kizuna, 7,90 € chaque tome. 圕の大魔術師 (Toshokan no Daimajutsushi) est traduit du japonais par Géraldine Oudin.

Genres : manga, seinen, fantastique, fantasy.

Mitsu Izumi naît le 7 février 1989 à Kanagawa au Japon. Elle est mangaka depuis 2011 et travaille principalement pour Kôdansha et Shûeisha. Ses autres titres sont Ano Hana et 7th Garden. Plus d’infos sur son Twitter.

Tome 1 = Ki-oon, mars 2019, 242 pages, ISBN 979-10-327-0467-7.

« Protéger les livres… c’est tout simplement… protéger le monde ! ». Shio est différent des autres habitants du village d’Amun. Il a les yeux verts, des cheveux aux reflets dorés, des oreilles longues et pointues ce qui lui vaut le surnom Oreilles pointues. Il vit dans la montagne avec sa sœur aînée, Tifa, qui se tue à la tâche mais ils sont très pauvres. Le garçon adore lire mais le bibliothécaire le considère comme un potentiel voleur et le met dehors à chaque fois qu’il le voit… Ses rêves, rencontrer un héros qui l’emmènerait dans ses aventures comme Shagrazat le pirate ou vivre à Afshak la capitale des livres où officient les kahunas, les « spécialistes du savoir ». J’aime beaucoup son meilleur ami, Kukuo, un genre de mini lion licorne.

Ce premier tome est la promesse d’une belle aventure mais surtout une ode aux livres et à la lecture. « Un nouveau livre, c’est une porte sur l’inconnu. » et « Les récits ont parfois un grand impact sur la vie de leurs lecteurs… c’est un pouvoir extraordinaire ! ».

Tome 2 = Ki-oon, juin 2019, 256 pages, ISBN 979-10-327-0468-4.

On en apprend un peu plus sur Shio Fumis, c’est un sang mêlé, il parle parfaitement le lakota et le huron… « Quand un nouveau monde s’ouvre à toi… Ce serait dommage de s’en éloigner par ignorance. » En aidant Chaku, il emmène la fillette vers la lecture et la tolérance. Ce deuxième tome est le voyage de Shio entre Amun et Afshak. C’est un grand plaisir de voir les files d’attente devant les librairies d’Itsamunah. « Les enfants qui lisent beaucoup n’ont pas peur de la différence. » D’ailleurs, sang mêlé se prononce comme fraternité pour les kahunas.

Après ce long périple parsemé d’embûches, c’est le moment de l’examen pour devenir apprenti à la bibliothèque d’Afshak. « Les candidats doivent démontrer leur maîtrise du vocabulaire spécifique à chaque domaine. Et, dans cette première épreuve, leur capacité à traiter un volume record d’informations en un temps très limité. Pour réussir, ils doivent rester concentrés pendant trois jours. C’est à eux de choisir une stratégie pour y parvenir. »

Tome 3 = Ki-oon, octobre 2019, 304 pages, ISBN 979-10-327-0493-6.

Sur le continent Atolatonan, une guerre ethnique a eu lieu il y a moins de cent ans et les problèmes sont encore visibles entre les différents peuples. De son côté Shio continue le concours. « Rien n’est encore joué !! Renoncer maintenant… ce serait trahir toutes les personnes qui m’ont soutenu jusqu’à présent !! La solution à un problème est toujours à portée de main… ».

J’ai bien aimé la vieille toute marrante, mais c’est un tome plus épais, sombre et intense. Un huis-clos dans la bibliothèque d’Afshak, Shio et les autres candidats étant sous une forte pression. C’est que, chaque année, plus de huit cents candidats se présentent et seulement les meilleurs deviennent apprentis.

Tome 4 = Ki-oon, novembre 2020, 232 pages, ISBN 979-10-327-0660-2.

Apprenti ! « La bibliothèque centrale d’Afshak est le quartier général des livres… Un millier de kahunas et près de quatre cents kohkuas (assistants des kahunas) s’y affairent. Pendant un an, les lauréats du concours vont apprendre leur futur métier avant de devenir kahunas à part entière. « Nous n’avons qu’une seule et unique mission… Non pas en tant que dirigeants mais en temps que protecteurs… C’est de veiller sur les livres… et rien d’autre ! »

Quelle belle série ! Les dessins sont grandioses et l’histoire superbe. Je vais attendre la suite avec impatience ! Grâce à son amour de la lecture et à son travail acharné pour l’examen, Shio va pouvoir accéder à son rêve de toujours et il va découvrir l’humour, l’amitié, la solidarité et des peuples différents mais aussi un ennemi…

Au Japon, la série est pré-publiée dans le mensuel Good! Afternoon (dès novembre 2017) puis éditée en volume par Kôdansha (dès avril 2018). Le 4e tome est paru en juin 2020 et, depuis, les fans sont dans l’attente de la suite. J’avais oublié de dire que j’ai repéré cette série chez Karine qui m’a donné très envie de la lire 😉

Lu durant le Read-a-thon du challenge Un mois au Japon, je mets cette lecture également dans La BD de la semaine et les challenges BD et Des histoires et des bulles (catégorie 26, une série) mais aussi dans Challenge lecture 2021 (catégorie 2, un livre dont l’action se passe dans une bibliothèque ou une librairie), Jeunesse Young Adult #10 et Littérature de l’imaginaire #9. Plus de BD de la semaine chez Moka.

L’homme qui marche de Jirô Taniguchi

L’homme qui marche de Jirô Taniguchi.

Casterman, collection Manga, septembre 1995, 144 pages, ISBN 2-203-37202-8. 歩くひと (Aruku hito, 1992) est traduit du japonais par Takako Hasegawa.

C’est une ancienne édition que j’ai (la première édition en fait), pour une édition récente, cliquez ci-dessus sur Casterman.

Genres : bande dessinée japonaise, manga, seinen.

Jirô Taniguchi… 谷口 ジロー (14 août 1947-11 février 2017). Vous pouvez lire mon billet qui lui est consacré (biographie et bibliographie). Les histoires de Aruku hito ont été écrites et dessinées en 1990-1991 et publiées en 1992. Aruku c’est le verbe marcher, hito c’est pour homme mais il signifie en fait une personne (donc homme ou femme).

J’ai déjà lu beaucoup de titres de Jirô Taniguchi, un de mes mangakas préférés, même s’il m’en reste quelques-uns à lire (parmi les derniers parus). Pour le challenge Des histoires et des bulles, il faut lire une BD de Jirô Taniguchi (c’est même la première catégorie) alors voici L’homme qui marche. J’ai choisi ce titre parce que c’est le premier de l’auteur traduit en français (et donc paru en France).

Si vous n’avez pas connu cet événement, vous ne pouvez pas imaginer ce qu’il fut pour les amoureux du Japon et de la culture japonaise (et aussi pour les curieux de bande dessinée), mais vous pouvez toujours lire ce titre ou un autre titre de ce merveilleux auteur et dessinateur qui me manque (comme sûrement à tous ses fans). Pour moi en tout cas, c’est une énième relecture et c’est toujours un pur bonheur, je ne m’en lasse pas.

« C’est beau ! – Oui, quelle vue ! – Je sors faire un tour ! – Bon… d’accord ! – Ça me fait beaucoup de bien. » (p. 6). Voici comment commence ce manga. Il y a très peu de texte. L’homme dit à son épouse qu’il sort, prendre l’air, observer le quartier, les oiseaux… Comme ça fait du bien ! Et les promenades, l’homme va en faire d’autres, d’autant plus qu’un chien abandonné par son ancien « propriétaire » s’est invité chez eux (comme les premiers flocons de neige tombent, le couple l’appelle Neige). Au gré des rencontres et de la météo, avec ou sans Neige, parfois avec son épouse, cet homme (l’auteur) se balade, observe, fait parfois des rencontres ou se perd dans des ruelles.

C’est tout simple tant au niveau du dessin tout en délicatesse que des histoires, des anecdotes plutôt, et pourtant c’est grandiose ! Et je vais tout simplement vous laisser découvrir par vous-même ce magnifique manga intimiste et contemplatif. À noter que l’auteur aimait la culture française, il loue la cassette vidéo de La petite voleuse (p. 95).

Pour ceux qui n’aiment pas lire les mangas à cause du sens de lecture japonais, rassurez-vous car les mangas de Jirô Taniguchi sont dans le sens européen, alors plus d’excuse, lancez-vous !

En plus de Un mois au Japon, La BD de la semaine et Des histoires et des bulles, je mets cette lecture dans Animaux du monde (chats, oiseaux, chiens), BD, 2021 cette année sera classique (oui, pour moi c’est un classique !), Challenge lecture 2021 (catégorie 14, un roman graphique, 2e billet), Hanami Book Challenge pour le menu 3 (le Japon d’aujourd’hui) et le sous-menu 1 (Fly to me Saitama, vie à la campagne) et Petit Bac 2021 (catégorie Être humain pour Homme).

Plus de BD de la semaine chez Moka.

Haïkus des quatre saisons avec des estampes de Hokusai

Haïkus des quatre saisons avec des estampes de Hokusai.

Seuil, octobre 2010, 128 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-02102-293-3. Haïkus traduits du japonais par Roger Munier.

Genres : littérature japonaise, poésie, classique.

Différents auteurs très connus comme Bashô, Buson, Issa, Shiki (plusieurs haïkus de chacun) et moins connus comme Chiyo-ni, Chora, Gonsui, Hashin, Kikaku, Kitô, Koyû-ni, Kubonta, Moritake, Onitsura, Saikaku, Senkaku, Shara, Taigi, Yayû, Yûsui (un ou deux haïkus de chacun).

Que dire sur ce recueil de poésie en dehors du fait que, bien sûr, il est magnifique tant au niveau des haïkus qu’au niveau des estampes. Je vais donc parler un peu du haïku et des haijin, des estampes et de Hokusai puis donner mes quatre haïkus préférés (un par saison). Hier, j’ai publié une photo qui montre un extrait de ce recueil.

Le haïku. Le haïku 俳句 est un poème japonais court se composant obligatoirement de : 1. 17 mores (syllabes pour les Occidentaux) disposées d’une certaine façon (5/7/5), 2. un kigo (un mot de saison) et 3. un kireji (une césure). Le haïku est très codifié et s’il ne comporte pas de saison ou pas de césure, ce n’est pas un haïku, c’est un muki. Ou un senryu qui parle des faiblesses humaines de façon cynique (*). Le mot haïku est créé en 1891 par Masaoka Shiki (qui fait partie des auteurs de ce recueil). Car au XVIe siècle, les Japonais utilisaient haïkaï-renga ou renga (au moins deux strophes). Et le mot hokku désigne la première strophe d’un renga. Shiki a donc contracté haïkaï et hokku pour créer haïku. Pour conclure, le haïku parle de ce qu’a vu ou ressenti son auteur durant une saison (par exemple des cerisiers en fleurs symbolisent le printemps). (*) J’ai rencontré des gens qui disent écrire des haïkus mais qui n’y parlent que de leurs problèmes personnels et existentiels, ils ont bien du mal à comprendre que ce ne sont pas des haïkus… Ces gens regardant uniquement en eux et n’observant pas du tout la Nature et les saisons !

Les haijin. Les auteurs de haïkus sont des haijin 俳人 (ou haïkistes pour les Occidentaux). Les premiers haijin vivaient au XVIe siècle : Sôkan Yamazaki (1465-1553) dit Sôkan n’est pas présent dans ce recueil mais Arakida Moritake (1473-1549) dit Moritake y est. Les haijin les plus connus sont Bashô Matsuo (1644-1694) dit Bashô, Buson Yosa (1716-1783) dit Buson dont j’ai déjà publié 66 haiku, Issa Kobayashi (1763-1828) dit Issa et Masaoka Shiki (1867-1902) dit Shiki qui représentent les XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles apportant chacun des évolutions. Quatre siècles sont donc représentés dans ce recueil. À noter que le célèbre romancier et nouvelliste Natsume Sôseki (1867-1916) dit Sôseki a écrit des haïkus après sa rencontre avec Masaoka Shiki en 1887.

Les estampes japonaises. L’ukiyo-e (浮世絵) signifiant « image du monde flottant » est une technique artistique japonaise de peinture (e) gravée sur bois créée à l’époque d’Edo (1603-1868). Sont représentés des paysages naturels (incluant les animaux) et des lieux célèbres mais aussi des personnes réelles comme des acteurs du théâtre kabuki, des lutteurs de sumô… et des femmes, des femmes belles (bijin), des courtisanes (oiran), parfois dans des scènes érotiques (« maisons vertes », Yoshiwara le quartier des plaisirs…), et aussi des créatures fantastiques comme les yôkai (fantôme, esprit, démon). Les ukiyo-e peuvent aussi être des illustrations de calendrier (egoyomi) et de cartes de vœux privées luxueuses (surimono).

Hokusai. Parmi les artistes d’estampes japonaises les plus célèbres, il y a Kitagawa Utamaro (c. 1753-1806) dit Utamaro, spécialiste des portraits (okubi-e qui signifie « image de grosse tête »), Utagawa Hiroshige (1797-1858) dit Hiroshige, spécialiste des estampes de la ville d’Edo et du Mont Fuji et Katsushika Hokusai (1760-1849) dit Hokusai et surnommé le « Vieux fou de dessin » spécialement connu pour ses vues du Mont Fuji et pour sa Grande vague de Kanagawa. Mais les estampes de ce recueil ne se limitent pas au Fuji et à la vague, elles montrent des paysages (des arbres, des fleurs, des points d’eau, des montagnes…), des animaux, des personnages (à l’intérieur ou à l’extérieur) et même des objets. Né à Edo (l’ancien nom de Tôkyô), Hokusai a vécu pratiquement toute sa vie à Asakusa (quartier que j’aime beaucoup) mais il a voyagé en particulier à Kyôto et a eu une carrière de 70 ans (durant laquelle il a régulièrement changé de nom d’artiste). Ses œuvres sont visibles dans deux musées : le Hokusai-kan à Obuse dans la préfecture de Nagano (depuis 1976) et le Sumida Hokusai Bijutsukan (Musée Sumida Hokusai) à Tôkyô (depuis 2016). À noter que sa fille cadette, Katsushika Ôi (c. 1800–c. 1866), est devenue peintre et est connue grâce à une série de manga Sarusuberi de Hinako Sugiura (3 tomes, 1983-1987) et un très beau film d’animation Sarusuberi Miss Hokusai réalisé par Keiichi Hara (2015).

Voilà, j’espère que ce billet vous a plu, vous a donné envie de lire ces haïkus et, avant de vous donner mes quatre haïkus préférés (un par saison donc, mais ils peuvent changer au gré de mes relectures et de mon humeur), je voulais vous dire que les Japonais sont fiers d’avoir quatre saisons et ont du mal à croire qu’en Europe aussi il y a quatre saisons (peut-être qu’au Japon, les saisons sont plus « marquées » qu’ici).

Printemps : Rien d’autre aujourd’hui / que d’aller dans le printemps / rien de plus (Buson).

Été : Montagnes au loin / où la chaleur du jour / s’en est allée (Onitsura).

Automne : De temps à autre / les nuages accordent une pause / à ceux qui contemplent la lune (Bashô).

Hiver : Les chiens poliment / laissent passage / dans le sentier de neige (Issa).

Pour le Mois au Japon et 2021, cette année sera classique, Challenge lecture 2021 (catégorie 55, un recueil de poèmes), Hanami Book Challenge pour le menu 1, Au temps des traditions, pour le sous-menu 4, fête traditionnelle, nature, écologie (chaque changement de saison est une fête au Japon et aussi bien les haïkus que les estampes font ici honneur à la Nature), Petit Bac 2021 (catégorie Météo, les saisons étant acceptées).