Ainsi parlait ma mère de Rachid Benzine

Ainsi parlait ma mère de Rachid Benzine.

Seuil, janvier 2020, 96 pages, 13 €, ISBN 978-2-02143-509-2.

Genres : roman franco-marocain, premier roman.

Rachid Benzine naît le 5 janvier 1971 à Kénitra au Maroc. Il arrive en France à l’âge de 7 ans. Il étudie les sciences humaines et l’économie. Il est professeur, auteur et prône le dialogue entre islam et christianisme (Nous avons tant de choses à nous dire avec le père Christian Delorme en 1998).

Après Dans les yeux du ciel qui ne m’avait pas convaincue, j’ai quand même voulu lire Ainsi parlait ma mère parce que j’avais entendu l’auteur à 28’ (Arte) et il m’a paru sympathique.

Le narrateur, 54 ans, professeur de lettres à l’Université catholique de Louvain en Belgique, fait la lecture à sa mère, âgée (93 ans) et malade. « Ma mère ne sait pas lire. » (p. 7). Ce livre dont elle « demande la lecture à chaque moment de la journée où elle se sent disponible, où elle a besoin d’être apaisée, où elle a envie tout simplement de profiter un peu de la vie. Et de son fils. » (p. 7-8), c’est La peau de chagrin d’ Honoré de Balzac.

Quand ses parents sont arrivés à Schaerbeek, en Belgique, au milieu des années 50, la mère est restée au foyer pour élever les cinq garçons (le narrateur est le plus jeune) et le père « travaillait au pilon, près de Bruxelles. » (p. 13) alors il ramenait chaque soir des magazines et des livres. « Autant qu’il pouvait en porter. » (p. 13).

J’aime la tendresse que raconte ces phrases ; le père qui apprend à lire en même temps que son jeune fils et qui « affectionnait particulièrement le magazine Modes et travaux dont le public cible était pourtant clairement affiché : la femme au foyer, chic et parisienne. » (p. 15). La mère qui, dans les années 70, le samedi soir, « chantait à l’unisson, des vedettes du moment […] C’était le seul moment où on la sentait vraiment heureuse, transfigurée. » (p. 28). Ah, les émissions de Maritie et Gilbert Carpentier !

J’ai aimé la relation mère-fils, tout en tendresse, et en découvertes surprenantes pour le fils. « La maman d’un grand con suffisant, oui ! » (p. 58).

Un livre savoureux sur l’amour qu’une mère porte à ses enfants et qu’un fils porte à sa mère même en fin de vie. Un joli livre de souvenirs aussi. Et dans une moindre mesure, une petite analyse de La peau de chagrin de Balzac avec quelques moments amusants. « Nous avons bataillé ainsi durant des années sur des tas d’interprétations possibles de l’œuvre, des personnages, des thèmes abordés, des enjeux, des conflits. » (p. 75).

Pour le Challenge du confinement (case Contemporain). Et n’oubliez pas de visiter Mon avent littéraire 2020 pour le jour n° 17.

Dans les yeux du ciel de Rachid Benzine

Dans les yeux du ciel de Rachid Benzine.

Seuil, août 2020, 176 pages, 17 €, ISBN 978-2-02143-327-2.

Genre : roman franco-marocain.

Rachid Benzine naît le 5 janvier 1971 à Kénitra au Maroc. Il arrive en France à l’âge de 7 ans. Il étudie les sciences humaines et l’économie. Il est professeur, auteur et prône le dialogue entre islam et christianisme (Nous avons tant de choses à nous dire avec le père Christian Delorme en 1998). Du même auteur : Ainsi parlait ma mère (2020).

« […] j’aime tant mon pays. Ses gens. Grandiloquents, perdus dans leur certitude, ignorants mais généreux jusqu’à l’oubli de leurs propres désirs. Un pays, ses gens. Meurtris. Meurtris mais vivants. Et d’autant plus vivants que c’est la révolution. La nôtre. Celle de tous les espoirs. » (p. 9).

Nour est prostituée comme l’était sa mère. Sa vie n’a pas été facile… Entre les avortements de sa mère qu’elle doit pratiquer dès l’âge de 8 ans, la mort de sa mère, les viols qu’elle a subis à l’âge de 12 ans… Et puis, immédiatement après, la prostitution. « Chaque soir, l’alcool. Les coups, les gifles, les insultes, les ordres. » (p. 18). Au moment où elle raconte, elle a 40 ans et a un ami homo prostitué qui s’appelle Slimane. Et une fille de 13 ans. « Je me dégoûte chaque jour un peu plus. Et j’ai de plus en plus de mal à embrasser ma fille. Comme si je la souillais. Comme si je ne la méritais plus. » (p. 27). Sa fille, Selma a au moins la chance d’aller dans une bonne école. Nour veut une autre vie pour elle. Leur seul ami, c’est Omar, l’épicier en face de chez elles, 70 ans, que Selma considère comme un grand-père et qui lui raconte des histoires d’avant. « Je n’ai pas pu donner une histoire familiale à ma fille. J’aurais aimé. Mais je suis comme une branche coupée, d’où elle a surgi comme un bourgeon. Omar, qui lui raconte plein d’histoires d’autrefois, est devenu son ouverture sur un passé que moi j’ai condamné, comme on condamne une porte. » (p. 41). Mais Nour arrive à un triste constat : « Je n’ai ni la phobie ni le dégoût des hommes. Nous ne vivons simplement pas dans le même monde. Rien de plus. » (p. 57).

Arrive ce que les journalistes occidentaux ont appelé le « printemps arabe » et la vie change pour Nour, ses clients, Slimane et Selma. Un journaliste américain dit « là où la religion passe, la liberté trépasse. » (p. 98).

Les phrases sont courtes, percutantes et ce roman – qui ne dit pas dans quel pays il se déroule exactement mais on peut penser à un mix des pays du Maghreb – raconte des choses horribles…

Je ne vais pas m’appesantir sur cette lecture pour deux raisons :

1. J’avais très envie de lire ce livre malgré la couverture hideuse (qui fait plus penser à Nour la Schtroumpfette qu’à Nour la prostituée arabe…).

2. Ça ne me dérange pas que ce roman raconte des atrocités (elles ont eu lieu de toute façon) mais la narratrice est une femme de 40 ans et, malheureusement, ce roman manque de subtilité féminine (on sent trop que l’écriture est masculine).

Donc à lire si vous êtes curieux ou si vous voulez en savoir plus sur le « printemps arabe » même si ce livre arrive un peu tard : ça fait dix ans que cette révolution a commencé et très peu de choses ont bougé…

Ça ne m’empêchera pas de lire Ainsi parlait ma mère, son premier roman paru également en 2020 mais en janvier.

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  Et n’oubliez pas de visiter Mon avent littéraire 2020 pour le jour n° 16.