Les pêcheurs de Chigozie Obioma

Les pêcheurs de Chigozie Obioma.

L’Olivier, collection Littérature étrangère, avril 2016, 298 pages, 21,50 €, ISBN 978-2-8236-0536-5. The Fishermen (2015) est traduit de l’anglais (Nigéria) par Serge Chauvin.

Genres : littérature nigériane, premier roman.

Chigozie Obioma, né en 1986, est un jeune auteur nigérian. Il étudie à Chypre puis aux États-Unis où il vit. Il est professeur de littérature africaine à l’université et signe ici son premier roman.

1996, Akure, petite ville du Nigéria. Le père, employé de banque, est muté à Yola à 1 000 km de la maison. Il laisse son épouse et leurs enfants, donne des nouvelles par téléphone et envoie de l’argent. Le narrateur, Benjamin a alors 9 ans et ses frères Ikenna, 15 ans, Boja, 14 ans, et Obembe, 11 ans. David, 3 ans, et Nkem, 1 an, restent à la maison avec leur mère et ne participent pas aux jeux des plus grands. « Qu’est-ce que ce travail qui exile un homme et l’empêche d’élever ses jeunes fils ? Même si j’avais sept mains, comment je pourrais m’occuper de ces enfants toute seule ? » (p. 12), se lamente la mère. Le père ne peut pas les emmener à Yola car ils sont de l’ethnie Igbo, chrétienne, et Yola est peuplée de Yorubas qui commettent des massacres. Délaissés, les enfants décident de devenir pêcheurs et vont au bord du Omi-Ala, le fleuve interdit. Un jour, ils rencontrent Abulu le fou qui leur lance une malédiction.

Une véritable tragédie : les superstitions prennent le dessus sur la foi religieuse, la folie s’empare d’abord de l’aîné. « Les efforts de notre mère pour guérir son fils Ikenna se heurtèrent à un mur. Car la prophétie, telle une bête furieuse, était incontrôlable et détruisait son âme avec toute la férocité de la folie, décrochant les tableaux, cassant les murs, vidant les placards, renversant les tables jusqu’à ce que tout ce qu’il connaissait, tout ce qui était lui, tout ce qu’il était devenu ne soit plus qu’un chaos. » (p. 109). La malédiction est une machine implacable, inéluctable… « L’espoir était un tétard. Cette créature qu’on capturait et qu’on rapportait dans une boîte de conserve, mais qui, même dans l’eau appropriée, ne tardait pas à mourir. » (p. 241).

Le narrateur raconte l’histoire de sa famille, près de vingt ans après les faits et le lecteur se dit que ce n’est pas possible, que ça va s’arrêter, comment tout cela est-il possible ? D’une grande richesse, avec plusieurs langages, le langage imagé de la mère dans la langue des Igbos, l’anglais qui est la langue officielle, et le parler propre aux enfants, il y a plusieurs niveaux de lecture, une densité et une profondeur incroyables. Les pêcheurs est un roman difficile (à lire en prenant son temps) mais quel tour de force et quelle réussite pour un premier roman !

Je mets cette lecture dans les challenges À la découverte de l’Afrique et Défi Premier roman 2017.

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