Challenge Littératures slaves

Vous y croyez : moi qui aime (pour ne pas dire adore) la littérature russe, j’ai oublié de m’inscrire à ce challenge Littératures slaves organisé par la Barmaid aux lettres depuis fin novembre 2017 !!! Je répare vite cet oubli désastreux puisque le challenge – qui devait durer 6 mois – continue jusqu’à la fin de l’année (ouf, sauvée !). En réfléchissant bien, j’ai peut-être confondu avec Un hiver en Russie avec Emma (janvier) ou le Mois de l’Europe de l’Est avec Eva, Patrice et Goran (mars)…

Toutes les infos et le logo sur le Bar aux lettres plus le bilan de mi-parcours.

Logo créé par la Barmaid aux lettres avec une photo d’Uldus Bakhtiozina

L’objectif est de lire non seulement de la littérature russe mais aussi toutes les littératures slaves. De plus la Barmaid aux lettres encourage les participants « à dépasser la fiction littéraire, à découvrir l’art architectural » ainsi que « à créer également vos parallèles entre théâtre et littérature ».

La liste des pays concernés : Biélorussie, Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, Croatie, Macédoine, Monténégro, Pologne, République Tchèque, Russie, Serbie, Slovaquie, Slovénie, Ukraine.

Mes billets slaves

1. L’Archipel des Solovki de Zakhar Prilepine (832 pages = 8 points + 1 point Contemporain + 1 point pour le billet publié + 3 points pour Pays + 1 point pour Auteur = 14 points)

Un billet à part : coup de cœur pour Dmitry Glukhovsky, un jeune auteur russe de science-fiction ❤

2. Nous d’Evgueni Zamiatine (233 pages = 2 points + 1 point Classique + 1 point pour le billet publié + 1 point pour Auteur = 5 points)

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Nous d’Evgueni Zamiatine

Nous d’Evgueni Zamiatine.

Actes Sud, collection Exofictions, mars 2017, 233 pages, 21 €, ISBN 978-2-330-07672-6. Мы (1920-1952) est traduit du russe par Hélène Henry.

Genres : littérature russe, science-fiction, dystopie, contre-utopie.

Evgueni (Ivanovitch) Zamiatine (Евгений Иванович Замятин) naît le 20 janvier 1884 à Lebedian (oblast de Lipetsk, Russie). Son père est pope orthodoxe et sa mère musicienne. Il fréquente le lycée de Voronej puis étudie la construction navale à l’Institut polytechnique de Saint-Pétersbourg (de 1902 à 1908). Il rejoint les révolutionnaires bolcheviques. Suite à sa déception de la Révolution d’Octobre (1917), il écrit Nous en 1920 mais le roman, publié en France (voir à la fin de mon billet), est interdit en Union soviétique. Zamiatine s’exile alors à Berlin en 1931 puis à Paris en 1932 et il meurt dans la capitale française le 10 mars 1937. Il laisse une œuvre conséquente : romans, nouvelles, théâtre, quelques articles de presse, un opéra (Le nez de Dimitri Chostakovitch en 1930 d’après Nicolas Gogol) et un scénario de film (Bas-fonds pour Jean Renoir en 1936).

Depuis mille ans, un État Unitaire est au pouvoir et veut maintenant apporter le « joug bienfaisant de la raison » au cas où « des êtres inconnus qui habitent d’autres planètes » aient besoin du « bonheur mathématiquement exact » : « notre devoir sera de les obliger à être heureux. Mais avant de recourir aux armes, nous essayons par la parole. » (p. 15).

Le ton est donné ! L’État Unitaire – dirigé par le Bienfaiteur, peuplé par les Numéros dans une cité de cristal entourée d’une Muraille verte et surplombé par un ciel bleu profond, artificiel et sans aucun nuage – veut transporter son Intégrale partout dans l’univers…

D-503, mathématicien de l’État Unitaire, Constructeur de l’Intégrale, est le narrateur de ce récit qu’il veut envoyer avec les poèmes et les autres textes dans l’espace. Mais, alors qu’il fréquente O-90, sa rencontre avec I-330 va bouleverser sa vie : il va ressentir des sensations étranges et se poser des questions sur l’Amour et sur l’âme.

Préparez-vous à vivre dans ce monde avec ses Tables du Temps, ses Heures privatives (de 16 à 17 heures et de 21 à 22 heures), la Norme maternelle, etc. Tout est prévu, aseptisé et bien sûr… contrôlé !

Et personne ne sait ce qu’il y a derrière la Muraille verte. Imaginez, « le plus grand des monuments de littérature ancienne qui [leur] soit parvenu [est] l’Indicateur des chemins de fer » (p. 25) ! Il faut dire qu’après « la grande guerre de Deux Cents Ans, entre la ville et les campagnes », il n’est resté « que deux dixièmes des habitants de la planète » soit dix millions… « Et ces deux dixièmes ont connu la félicité dans les demeures de l’État Unitaire. » (p. 34).

Alors, il vous fait envie ce monde futuriste ? En tout cas, George Orwell (1903-1950) s’en est inspiré pour 1984 (Nineteen Eighty-Four) ! Ainsi qu’Aldous Huxley (1894-1963) pour Le meilleur des mondes (Brave New World), Ayn Rand (1905-1982) pour Hymne (Anthem) et Ira Levin (1929-2007) pour Un bonheur insoutenable (This Perfect Day).

Zamiatine dénonce un État totalitaire, inhumain, qui veut tout régir, tout contrôler, tout réguler y compris l’amour et la sexualité. Mais ce qui fait l’humanité, n’est-ce pas finalement la liberté, la pensée, le hasard, le bonheur même si on ne comprend pas toujours bien ses notions (c’est pour ça qu’elles font peur à certains gouvernements !) ?

« […] le Dieu des anciens a conçu l’homme ancien – un homme capable d’erreurs – et, par conséquent, lui-même était dans l’erreur. » (p. 76).

« je ne sais plus : où est le rêve – où est la réalité. » (p. 108).

À noter qu’il est fait référence aux Soviétiques, sous le terme de « Nous Autres », dans la série de bandes dessinées La brigade chimérique de Fabrice Colin et Serge Lehman que j’ai lue l’été dernier.

Je tiens à préciser que je n’ai pas lu Nous autres (l’ancien titre de Мы) paru en 1929 dans une traduction de B. Cauvet-Duhamel donc je ne peux pas comparer les deux versions.

Une excellente lecture pour Cette année, je (re)lis des classiques, Challenge de l’été 2018, le Challenge Chaud Cacao (dernier jour pour la première session !), Littérature de l’imaginaire, S4F3 #4, Voisins voisines 2018.

Mes coups de… /7-2018

Un billet « Mes coups de… », ça faisait longtemps !

Coup de cœur

Mercredi soir, 20 heures, je n’avais pas envie d’allumer la télévision mais je jette quand même un coup d’œil au 28’ d’Élisabeth Quint sur Arte. Bien m’en a pris ! Je tombe sur l’invité du jour : Dmitry Glukhovsky ❤ un auteur russe de science-fiction (pour moi, qui vient de terminer le mooc SF !). Et surprise : il parle français ! (j’adore sa façon de dire « tu » quand il explique quelque chose). Quoi, je ne vous ai jamais parlé de Metro 2033 et Metro 2034 (bon, j’avoue que je n’ai pas encore lu Metro 2035) ? Ne vous inquiétez pas, ça ne saurait tarder ! En attendant, voici le replay de l’émission :

L’Archipel des Solovki de Zakhar Prilepine

L’Archipel des Solovki de Zakhar Prilepine.

Actes Sud, collection Lettre russes, septembre 2017, 832 pages, 26 €, ISBN 978-2-330-08188-1. Obitel (2014) est traduit du russe par Joëlle Dublanchet.

Genres : littérature russe, roman historique.

Zakhar Prilepine Захар Прилепин naît le 7 juillet 1975 dans le village d’Ilinka (oblast de Riazan). Il étudie la linguistique à l’Université d’État de Nijni Novgorod et publie ses premiers textes en 2003 : des nouvelles dans des journaux et des magazines. Linguiste, journaliste, écrivain mais aussi activiste bolchevik depuis 1996 : il est arrêté plusieurs fois mais reçoit de nombreux prix littéraires et serait l’écrivain préféré des Russes en ce début de XXIe siècle. Du même auteur chez Actes Sud (très envie de lire d’autres titres) : San’kia (2009), Des chaussures pleines de vodka chaude (2011), Le singe noir (2012) et Une fille nommée Aglaé (2015). Si vous comprenez le russe, son site officiel, sinon une page en français 😉

L’arrière-grand-père de l’auteur, Zakhar Petrovitch, a été prisonnier au camp de Solovki. « Ce camp fut créé en 1923 dans les îles de l’archipel des Solovki par le pouvoir soviétique. Il était implanté dans un haut lieu monastique existant depuis le XVe siècle. Situé au milieu de la mer Blanche, à 500 kilomètres de Saint-Pétersbourg et à 160 kilomètres du Pôle Nord, c’est là que « l’archipel du goulag commença son existence maligne, et bientôt il aurait des métastases dans tout le corps du pays », écrira plus tard Soljénitsyne. » (note 1, p. 10).

« Lorsque je pense à tout cela aujourd’hui, je comprends combien est court le chemin qui mène à l’Histoire, mais en fait, elle est tout à côté. J’avais côtoyé mon arrière-grand-père, lui avait vu en face les saints et les démons. […] De sa voix rauque et ample mon arrière-grand-père brossait, en deux, trois phrases, un tableau du passé parfaitement clair et évocateur. L’expression qu’il avait alors, ses rides, sa barbe, le duvet sur sa tête, son petit rire qui évoquait le bruit d’une cuiller en fer raclant le fond d’une poêle, tout cela avait bien plus de sens que son discours lui-même. » (p. 11).

Vous avez déjà lu beaucoup de livres sur la Russie du XXe siècle, sur l’Union Soviétique, vous avez lu tout Soljénitsyne et d’autres écrivains et poètes dissidents, vous pensez tout savoir sur cette période mais vous n’avez pas encore lu L’Archipel des Solovki de Zakhar Prilepine ? Il vous le faut absolument ! L’auteur a confronté les récits, les comptes-rendus, les rapports, les notes, les archives. « Mais après tout, qu’est-ce que la vérité, sinon ce dont on se souvient ? » (p. 13). Et il a abordé le sujet de façon lyrique, romanesque et ça c’est novateur !

On suit donc Vassili Petrovitch, le jeune Artiom affectueusement surnommé Tioma (il en a pris pour 3 ans), Afanassiev un poète, d’autres gars pas très recommandables et quelques popes dépossédés de leur monastère mais qui habitent toujours sur l’île. Les conditions de vie sont abominables… Les hommes se tuent à la tache, sont mal nourris, mal soignés… Mais Artiom va rencontrer Gallia, une prisonnière (les femmes étaient détenues dans un autre lieu).

Le responsable du camp, Alexandre Nogtev : « […] un reptile comme on en rencontre rarement, même parmi les tchékistes. Il accueillait lui-même chaque convoi et tuait un homme de sa propre main à l’entrée du monastère, d’un coup de revolver – pan ! – et il riait. » (p. 44).

Le contremaître Sorokine : « Artiom ne regarda même pas ce qui se passait, il entendit seulement qu’on frappait quelqu’un de vivant et sans défense et que ça faisait un bruit effroyable. Et à l’âge qu’il avait – vingt-sept ans –, il n’était toujours pas habitué. » (p. 87).

« Aux Solovki, Artiom commença brusquement à comprendre que ce qui survivait, ce n’était vraisemblablement que les sentiments innés, ceux qui avaient grandi en même temps que les os, les veines, la chair, tandis que les idées étaient les premières à se désagréger. » (p. 126).

Bon sang, je pourrais écrire encore plein d’extraits !!! Je note simplement ma phrase préférée ; elle sonne comme un terrible coup de tonnerre… « C’est vraiment pour ça que nous avons fait la révolution ? » (p. 155).

Un pavé, plus de 830 pages, que j’ai eu du mal à lire à cause de son poids mais que je voulais absolument lire, et plus qu’un coup de cœur, je dirais CHEF-D’ŒUVRE ! La littérature russe a offert depuis quatre siècles (XVIIe et XVIIIe mais surtout XIXe et XXe) des chefs-d’œuvres magnifiques, romanesques ou pas, poétiques, historiques, il y a même eu des précurseurs dans la science-fiction par exemple, et je suis sûre que le XXIe siècle sera encore un grand siècle littéraire pour cet immense pays !

C’est le premier roman que je lis pour le Défi littéraire 2018 de Madame lit puisque janvier concerne la littérature russe et le dernier pour 1 % rentrée littéraire 2017. Je le mets aussi dans le Petit Bac 2018 pour la catégorie Lieu et bien sûr dans Un hiver en Russie et dans Voisins Voisines (pour la Russie).

PS : un mot que je ne connaissais pas : ondatra (p. 63), c’est un rat musqué qui peut faire 30 à 40 cm de long, ouah, c’est du costaud cette bestiole !

Un hiver en Russie avec Emma

Dommage que j’ai raté le début de ce challenge, Un hiver en Russie, organisé par Emma de Vague culturelle, et qui court du 1er décembre 2017 au 1er mars 2018. Emma dit que ce n’est pas vraiment un challenge car « il n’y a pas de nombre de livres à lire ou d’autres règles, et pas d’inscription non plus ». Il suffit donc de lui laisser un commentaire avec le lien correspondant et c’est bon.

Quelques consignes d’Emma

« Que lire ? On va prendre le thème au sens large : […] des livres sur la Russie mais aussi sur l’URSS (vous comprenez que « hiver soviétique », c’était moins facile à adopter comme nom). […] des auteurs russes, des auteurs de pays membres de l’ex-URSS, mais aussi des auteurs d’autres nationalités. […] des auteurs russes dont les livres ne se déroulent pas en Russie. De la fiction, des récits de voyage, mais aussi des essais/documents. Des classiques, des moins classiques, des livres des siècles passés et des contemporains. Je parle de livres, mais vous pouvez aussi écrire sur des films, des séries, sur vos voyages si vous en avez faits, et sur tout ce qui concerne le pays. Exemple : je vais peut-être profiter de l’élection présidentielle russe pour parler de sujets politiques. »

Quelques idées données par Emma (liste non exhaustive)

« Dostoïevksi, Tolstoï, Pouchkine, Gogol, Boulgakov, Nabokov, Soljenitsyne… Pour les essais : Hélène Carrère d’Encausse, Svetlana Alexievitch, Jean des Cars, Vladimir Fédorovsky (par contre je vous déconseille sa biographie de Poutine, un peu trop orientée), Michel Eltchaninoff… De nombreux livres ont été publiés à l’occasion des révolutions russes, un petit tour dans les rayons « Histoire » des librairies devrait vous inspirer ! Les livres de Sylvain Tesson, Seule sur le Transsibérien de Géraldine Dunbar, et d’autres récits de voyage. Michel Strogoff de Jules Verne, Les Justes d’Albert Camus. »

Emma donne encore quelques liens et renvoie, entre autres, vers Livre Paris puisque c’est la Russie qui est invitée (mars 2018) et Le Libriosaure qui a eu la même idée d’hiver russe ! Je ne dirais pas que j’ai eu la même idée aussi car je ne voulais pas créer de challenge mais j’ai décidé de lire L’archipel des Solovki de Zakhar Prilepine (Actes Sud, septembre 2017) pendant mes vacances de Noël et, vu que c’est un pavé de plus de 800 pages, de continuer de le lire en janvier.

Mes billets pour cet Hiver russe

1. L’Archipel des Solovki de Zakhar Prilepine.

L’alchimie de la pierre d’Ekaterina Sedia

L’alchimie de la pierre d’Ekaterina Sedia.

Le Belial, février 2017, 272 pages, 20 €, ISBN 978-2-84344-913-0. The Alchemy of Stone (2008) est traduit de l’américain par Pierre-Paul Durastanti.

Genres : littérature russo-américaine, science-fiction.

Ekaterina Sedia naît Ekaterina Holland le 9 juillet 1970 à Moscou en Russie. Elle est non seulement écrivain (romans, nouvelles) mais aussi professeur de botanique et d’écologie dans le New Jersey car elle vit aux États-Unis depuis le début des années 90. Plus d’infos sur http://www.ekaterinasedia.com/ (site et blog).

Mattie est une Automate émancipée, devenue une Alchimiste, créée par Loharri, un Mécanicien. Elle vit à Ayona, « une ville immense, sombre et secrète ». Les Gargouilles, un peuple minéral très secret, lui demandent de l’aide. « Elles trouvent leur espérance de vie trop brève et leur destin trop cruel. » (p. 16). Mattie est également embauchée par Iolanda pour des potions mais hésite à trahir son créateur. Elle va rencontrer le Fûmeur d’âmes que tout le monde craint et Sébastien, un révolutionnaire activement recherché.

Sous couvert de science-fiction, mi steampunk mi urban fantasy, ce roman aborde de nombreux thèmes importants : mécanisation, technologie et progrès, immigration, condition des femmes, rôle de chacun dans la société, mémoire du passé, mouvement révolutionnaire, terrorisme… ! Voici quelques extraits qui en témoignent :

« Tu es devenu mécanicien parce qu’élevé par une mère alchimiste. Je suis devenue alchimiste parce que créée par un mécanicien. » (p. 89).

« Ça me déplaît autant qu’à toi, Mattie, mais c’est une affaire de politique. Les gens ont peur. Ils ont besoin de victimes expiatoires. » (p. 153).

« Les femmes ressemblaient aux gargouilles : respectées en théorie, mais dissimulées à ceux qui dirigeaient la ville, elles vivaient dans l’obscurité, dans les interstices de l’existence. » (p. 158).

« Nous avons tous notre rôle à jouer. Sinon, la société ne pourrait pas fonctionner. » (p. 184).

« […] parfois, mieux valait ne rien voir, ne rien savoir. » (p. 222).

L’alchimie de la pierre est le premier roman d’Ekaterina Sedia traduit en français (merci aux éditions Le Bélial !) mais en fait le troisième roman de l’auteur. À noter, qu’en plus de la très belle illustration couleur de couverture, il y a quelques illustrations noir et blanc de Nicolas Fructus. J’ai pris beaucoup de plaisir à lire L’alchimie de la pierre (qui a reçu le Prix James Tiptree Jr. en 2009). Ce roman – à la fois poétique et apocalyptique avec de très belles descriptions – montre bien tous les rouages d’une société et se révèle être d’une grande intelligence et maîtrise. Car, dans cette ville de pierre et de métal, il faut se battre pour vivre. Je veux lire d’autres titres d’Ekaterina Sedia (en plus, elle aime les chats !).

Une excellente lecture que je mets dans les challenges Littérature de l’imaginaire et Rentrée littéraire janvier 2017.

Soupe de cheval de Vladimir Sorokine

SoupeChevalSoupe de cheval de Vladimir Sorokine.

L’Olivier, octobre 2015, 109 pages, 13,50 €, ISBN 978-2-8236-0272-2. Лошадиный Суп (Loshadinyj sup) est traduit du russe par Bernard Kreise.

Genres : littérature russe, nouvelle.

Vladimir Gueorguievitch Sorokine (Влади́мир Гео́ргиевич Соро́кин) naît le 7 août 1955 à Moscou. Romancier, dramaturge et scénariste, il est classé en postmoderne et est un auteur controversé.

Juillet 1980, Olia, Volodia et Vitka sont dans le train Simféropol-Moscou ; ils rentrent de vacances. Un homme chauve s’installe près d’eux dans le wagon restaurant. L’inconnu est Boris Ilytch Bourmistrov, il sort de prison et il a un comportement étrange. « Sept ans, les enfants. Sept ans ! Et tout ça pour un sac d’acide citrique. » (p. 16) ; « Olia, je ne suis pas cinglé, croyez-moi ! répliqua Bourmistrov qui secoua les mains. Je suis un citoyen soviétique parfaitement normal. » (p. 25). En fait, l’homme a repéré Olia en train de manger dans un restaurant de Crimée et il l’a suivie pour la voir manger encore… À Moscou, Olia étudie le violon et une fois par mois, elle rencontre Bourmistrov : il la regarde manger et lui verse 100 roubles. Elle le croit fou et le surnomme Soupe de Cheval car c’est ce qu’il mangeait en prison mais l’argent est le bienvenu et elle tombe sous la coupe de cet homme étrange.

La phrase qui tue ! « C’est parfois solitaire de dégobiller. Ça lisse les rides. » (p. 73).

LettreAuteurSoupe de cheval est une nouvelle parue en Russie dans le recueil Pir (Festin) aux éditions Ad Marginem en 2001 et rééditée aux éditions Zakharov en 2007 dans une édition illustrée.

J’ai été un peu déboussolée car il y a un petit problème avec le prénom parfois orthographié Olia et parfois Olga : j’ai, au début, cru qu’il y avait deux filles différentes (comme il y avait deux garçons) mais non, c’est une erreur… ou peut-être un surnom.

RentreeLitteraire2015Soupe de cheval est une histoire dérangeante qui dénonce non seulement le totalitarisme du XXe siècle en Union soviétique mais aussi l’asservissement aux nouveaux riches arrivés dans les années 80-90 : d’un côté la perversité mue par le pouvoir de l’argent et de l’autre côté la dépendance due à l’appât du gain, à l’argent « facile ». Une lecture qui se veut malsaine mais pour obliger le lecteur à réfléchir et à découvrir à travers cette noirceur les hommages aux grands noms de la littérature russe. Un livre (un auteur) qui ne plaira pas à tous mais qui m’a remuée (dérangée, interloquée) donc je lirai d’autres titres.

VoisinsVoisines2016Je présente cet auteur dans Une lettre pour un auteur #33 (lettre S) mais j’ai une semaine de retard… (je n’ai rien pu publier la semaine dernière…) alors j’espère que Cookie prendra bien cette lecture en compte. Ça rentre aussi dans 1 % rentrée littéraire 2015 et Voisins Voisines 2016 (Russie).