Quand l’oncle de Khokholov mourra de Martin Kukučín

Œuvre du sculpteur Ivan Meštovič, photo de Peter Zelizňák (domaine public)

Quand l’oncle de Khokholov mourra… de Martin Kukučín.

La Bibliothèque russe et slave, février 2017, 63 pages. Keď báčik z Chochoľova umrie… (1890) est traduit du slovaque par Janka Cádra pour une parution dans la Semaine littéraire (vol. 30) en 1922.

Genre : littérature slovaque, nouvelle.

Martin Kukučín – pseudonyme de Matej Bencúr – naît le 17 mai 1860 à Jasenová en Slovaquie. Il étudie à Bratislava, Innsbruck et Vienne et travaille comme instituteur, puis il étudie la médecine à Prague et devient médecin d’abord en Dalmatie (Croatie) puis en Amérique du Sud. Il est auteur (entre 1883 et 1928) de nombreuses nouvelles, d’un roman : Dom v stráni (1911-1912, La maison sur la colline, ou sur la pente selon la traduction) et de trois drames : Komasácia (1907), Bacuchovie Dvor (1922) et Obeta (1924). Il meurt le 21 mai 1928 à Pakrac en Croatie.

André Trava, fermier à Kameniany, ne voulant plus travailler aux champs, laisse la ferme à son fils et se lance dans le commerce : il achète et revend en faisant une belle plus-value. « Et André courait les foires et s’enrichissait. » (p. 5). Un jour, il rencontre Adouche Domanitzky, un fermier de Domanitzé. Son oncle est le doyen de Khokholov : « Un richard… un formidable richard… cousu d’argent… C’est le propre frère de ma mère… » (p. 11). Comme l’homme a bien bu, Trava lui achète de l’orge et de l’avoine pour une somme minime mais… « J’ai su tout de suite, rien qu’à la façon dont vous m’en avez parlé, que vous vous étiez laissé prendre… Vous n’êtes pas le premier… Il touche des arrhes de qui il peut… Il vend même ce qu’il n’a pas. Peu lui importe, à celui-là ! Pourvu qu’il ait de l’argent dans la main, le moyen de le rendre ne le tourmente pas. » (p. 28). Adouche Domanitzky serait-il un fieffé menteur, un coquin qui attend avec impatience la mort de l’oncle de Khokholov pour hériter ? « André s’attendait à ce que M. Adouche fût abattu, embarrassé, ou bien qu’il niât tout. Au contraire, il était gai, allègre, poli, sans laisser percer aucun souci de la visite d’André. Cela fit bonne impression sur ce dernier, dont les craintes s’apaisèrent un peu. Il se reprit à espérer que tout n’était pas vrai de ce qu’il avait entendu dire. » (p. 38). Mais l’homme n’a ni orge ni avoine et refuse de rembourser les arrhes versées par Trava. « André n’avait jamais été aussi furieux. Il savait qu’il était dupé et ne pouvait se venger. » (p. 55).

L’auteur slovaque ne verse pas dans le romantisme germanique et écrit des nouvelles réalistes dans lesquelles il raconte – de même que les écrivains russes – le petit peuple, travailleur ou fainéant, honnête ou fourbe, en tout cas corvéable, avec ses qualités et ses défauts, le tout sans sentimentalisme et avec beaucoup de psychologie. Il est d’ailleurs considéré comme un des fondateurs de la littérature réaliste slovaque. Il n’y a pas de morale mais on peut dire qu’être malhonnête ne rend pas heureux et n’enrichit pas donc mieux vaut être honnête !

Une lecture intéressante pour le challenge Classiques et pour La bonne nouvelle du lundi.

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