Prendre refuge de Zeina Abirached et Mathias Énard

Prendre refuge de Zeina Abirached et Mathias Énard.

Casterman, septembre 2018, 344 pages, 24 €, ISBN 978-2-20314-861-1.

Genre : bande dessinée.

Zeina Abirached naît le 18 janvier 1981 à Beyrouth (Liban). Elle étudie le graphisme à l’Académie libanaise des Beaux-Arts (ALBA) puis l’animation à l’École nationale supérieure des arts décoratifs à Paris. Elle travaille d’abord comme graphiste indépendante et se lance dans la bande dessinée. [Beyrouth] Catharsis et 38 rue Youssef Semaani en 2006, Mourir, partir, revenir – Le jeu des hirondelles en 2007, Je me souviens – Beyrouth en 2008, Mouton en 2012, Beyrouth partita en 2014 et Le piano oriental en 2015.

Mathias Énard naît le 11 janvier 1972 à Niort (Deux-Sèvres, Aquitaine). Il étudie l’arabe, le persan et voyage au Moyen-Orient. Parmi les titres de ses romans : Zone en 2008, Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants en 2010 et Boussole en 2015.

« On ne se convertit pas au bouddhisme. On y prend refuge. On prend refuge dans le bouddha. Dans la sagesse. Dans la compagnie des amis. » (premières pages).

Berlin, une soirée entre amis. Elke prête un livre à Karsten. Le livre c’est Prendre refuge : Afghanistan, Bamiyan, 1939, une exploratrice veut aller au Kafiristan, « le pays des infidèles », en Ford, et elle est accueillie par un archéologue et son épouse dans leur campement mais les bruits de guerre sont arrivés en Asie. Berlin, un jour de septembre, à la kermesse du quartier, Karsten rencontre Neyla, une Syrienne d’Alep qui a « cherché refuge » en Allemagne depuis deux mois et qui n’arrive pas à obtenir des papiers en règle. Son allemand est… arbitraire mais ils se revoient.

Prendre refuge, c’est deux histoires d’amour… Impossible ? Deux histoires à deux époques différentes, dans deux lieux différents, placées sous le signe du déracinement et de la constellation d’Orion. Mais peut-on réellement trouver refuge dans un autre pays, dans une autre langue, dans un cœur aimant ? « Je crains que tout ne soit qu’une illusion. » (p. 218).

Parfois les pages ne sont rythmées que par des bruitages qui représentent la vie : « tchac » pour couper les légumes (extrait ci-contre), « ha ha ha » pour des rires entre amis, « clic » pour le bruit d’un briquet, « scrtch » pour des pas dans l’herbe, « cloc » pour une horloge, etc. Et, ce que j’aime toujours chez Zeina Abirached, c’est son noir et blanc somptueux et lumineux ! Qui donne une bande dessinée (on peut aussi appeler cette œuvre un roman graphique) à la fois minimaliste et d’une grande richesse.

Dernier mercredi de l’année alors je mets cette bande dessinée dans La BD de la semaine même si je suis en décalage puisque les coups de cœur 2018, c’était mercredi dernier… D’ailleurs, vous pouvez les consulter chez Moka Milla.

Je mets aussi cette bande dessinée dans les challenges BD et Un max de BD en 2018.

Les larmes du seigneur afghan de Campi, Zabus et Bourgaux

Les larmes du seigneur afghan de Campi, Zabus et Bourgaux.

Dupuis – Aire Libre, mai 2014, 80 pages, 16,50 €, ISBN 978-2-8001-58-46-4.

Genre : bande dessinée documentaire.

Thomas Campi, né le 8 décembre 1975, est un dessinateur italien qui a commencé par la pub. Il a vécu pendant 6 ans en Chine et vit maintenant à Sydney en Australie. Plus d’infos sur http://thomascampi.com/.

Vincent Zabus, né le 8 mai 1971 à Namur, est un scénariste belge. Du même auteur : Agathe Saugrenu, Macaroni !, Le monde selon François.

Pascale Bourgaux est une journaliste française, elle a couvert le Kosovo, l’Irak, l’Afghanistan, le Moyen-Orient, elle travaille pour les médias français et belges, et donne aussi des cours à Sciences Po.

Depuis dix ans, Pascale va régulièrement en Afghanistan. Elle réalise des reportages sur Mamour Hasan, « un seigneur de guerre ouzbek du nord du pays » (p. 8) et les gens de sa maison. Mars 2010, son employeur préférerait qu’elle ne parte pas car le pays devient de plus en plus dangereux. Pascale est cette fois accompagnée de Gary, le caméraman, c’est sa première fois, et comme d’habitude d’un fixeur qui les guidera et leur servira d’interprète. C’est vrai que la situation s’est dégradée en dix ans : Pascale voit la corruption, les bavures et la pauvreté. « Si l’argent de la communauté internationale était dépensé correctement… Aujourd’hui en Afghanistan, il n’y aurait ni pauvreté, ni talibans. » (p. 26). Beaucoup d’Afghans ne croient plus en la démocratie et sont prêts à inviter les talibans contre lesquels ils ont combattu. « Dix ans de soutien militaire et d’aide humanitaire internationale pour en arriver là… T’imagines ? » (p. 32).

Comme le livre date un peu (2014), on n’apprend pas de choses récentes sur l’Afghanistan mais le constat n’a pas changé : les talibans sont toujours là, la corruption et la pauvreté aussi, une partie de la population se radicalise de nouveau et le pays peut basculer dans le fondamentalisme. C’est triste pour les Afghans… Mais la bande dessinée est tout de même intéressante à lire car, en plus des dessins très réussis, c’est une belle tranche de vie, le beau témoignage d’une journaliste européenne qui aime ce pays et qui risque sa vie à chaque voyage pour rencontrer les gens dans les villages, les filmer, leur donner la parole et qui espère que la vie s’arrangera pour eux. Je me demande si elle y est retournée depuis ? J’aurais aimé savoir plus de choses sur la vie quotidienne, en particulier pour les femmes et les enfants, peut-être qu’il faudrait que je vois le film documentaire réalisé en 2011.

Une lecture pour La BD de la semaine que je mets dans les challenges BD, Défi 52 semaines (A comme Afghanistan), Raconte-moi l’Asie et Un max de BD en 2018.

Kaboul disco, 2 de Nicolas Wild

[Article archivé]

Après avoir chroniqué le tome 1, Comment je ne me suis pas fait enlevé en Afghanistan, j’avais hâte de lire le tome 2 de Kaboul disco de Nicolas Wild sous-titré Comment je ne suis pas devenu opiomane en Afghanistan. Nicolas, merci d’avoir prévenu de la sortie de ce tome 2 !

Il est paru avec un peu de retard, en octobre 2008, à La boîte à bulles dans la collection Contre-Cœur (ISBN 2-84953-054-2) mais comme il a plus de pages que le premier (175) et qu’il coûte moins cher (16 €), on ne râle pas trop, d’accord ?

Après une page de « résumé incompréhensible du tome 1 » où « si vous n’avez rien compris, achetez et lisez le tome 1 », le lecteur retrouve Nicolas Wild à l’été 2005 en vacances à Strasbourg dans son Alsace natale puis de retour en Afghanistan.

Avec beaucoup d’humour et de nombreux gags disséminés ici et là, Nicolas Wild continue de raconter le quotidien pas toujours facile dans un pays occupé par une force militaire étrangère et où le danger intégriste rôde, ses problèmes existentiels (un peu à la Delisle, Trondheim ou Larcenet) et ses rêves surréalistes (comme la baleine ou le barrage). Il y a aussi plus de détails sur l’histoire de l’Afghanistan (comme si l’auteur était moins tourné sur lui-même et son travail mais s’intéressait plus au pays dans lequel il vit) avec la constitution afghane ou l’émouvant témoignage de Haroun.

Troisième partie, « La guerre contre l’opium n’aura pas lieu », dans laquelle Nicolas explique avec son humour et ses doutes habituels les projets que Zendagui Média met en place pour lutter  (avec peu d’efficacité, à vrai dire) contre l’opium. Mais il y a les nouveaux collègues (c’est une équipe vraiment cosmopolite), le départ de Tristan Bougon et la concurrence de Baïkal Consulting…

Quatrième partie, « Kaboul brûle-t-il ? », mai 2006, l’affaire des caricatures (Nicolas ne porte pas de jugement), le soulèvement d’une partie de la population (qui détruit et vole tout ce qui est possible), le regain d’activité des talibans. Malgré le drame (attaque, évacuation, casse), Nicolas garde son humour et en fait un événement rocambolesque, genre course poursuite de film américain, qui heureusement pour tout le monde se termine bien. Et il n’oublie pas de rendre hommage aux voisins Afghans qui ont risqué leur vie pour les aider.

Le lecteur quitte Nicolas en juin 2006 à son pot d’adieu, à suivre donc…

À la fin de l’album, 11 pages de bonus avec les visuels de communication pour la lutte contre l’opium et les photos personnelles de l’auteur ou de l’équipe.

Un deuxième album toujours aussi drôle mais plus dense et plus intéressant au niveau historique, politique et social (femmes, enfants, handicapés) pour le lecteur qui voudra comprendre mieux l’Afghanistan.

Nicolas travaille sur un livre sur l’Iran et sur la suite de « Kaboul disco », plus d’informations sur son blog From Kabul with blog.

Kaboul disco de Nicolas Wild

[Article archivé]

Suite à l’article Les bandes dessinées sur l’Afghanistan, voici la chronique du tome 1 de Kaboul disco de Nicolas Wild sous-titré Comment je ne me suis pas fait enlever en Afghanistan. Il est paru à La Boîte à Bulles, dans la collection Contre-Cœur, en octobre 2007 (159 pages, 17,00 €, ISBN 2-84953-053-5).

Nicolas Wild est parti à Kaboul, en Aghanistan en 2005. Son travail : dessiner pour une agence de communication. Son témoignage est du même genre que ceux de Guy Delisle (Pyongyang, Shenzen, Birmanie) mais Nicolas Wild développe son propre style graphique et narratif pour faire partager au lecteur son quotidien à Kaboul et ses anecdotes au sujet du pays, des compatriotes, des militaires, de l’actualité, etc.

Intro, Paris-Ménilmontant, janvier 2005, deux pages suffisent à l’auteur pour expliquer avec humour pourquoi il est parti !

Première partie, « un hiver à Kaboul », après être resté bloqué une semaine à Bakou en Azerbaijan, son arrivée à Kaboul, l’accueil des patrons et des collègues de Zendagui Média, la découverte de la ville, des Afghans et des étrangers qui y vivent, de son nouveau lieu de travail, la constitution afghane, le froid, la nourriture, le voyage touristique dans la vallée de Bamiyan, etc. Toutes ces petites choses parfois anodines racontées avec humour et que le lecteur découvre avec délice et un amusement croissant.

Deuxième partie, « pas de printemps pour Kaboul », une boutade puisqu’un proverbe afghan dit : « Ils peuvent tuer toutes les hirondelles, ils n’empêcheront pas la venue du printemps ». Avril 2005, renouvellement du contrat de Nicolas Wild pour 3 mois grâce à deux nouveaux projets (militaires), la lettre au Président (j’ai adoré ce passage !), le restaurant La Joie de Vivre (ils servent du Pouilly-Fuissé !), le pakol (couvre-chef de Massoud), l’arrivée de Laury White, le voyage à Hérat (est de l’Afghanistan), sans oublier les attentats, les enlèvements (on a beaucoup entendu parler de celui de l’italienne, Clémentina), anecdotes et événements toujours racontés avec humour et même tendresse.

Il y a des passages simples mais vraiment drôles comme la réceptionniste de l’hôtel à Bakou, la constitution et le chauffage, les photos d’Édouard, une rue de Kaboul à différentes heures, le pakol, les niveaux de sécurité, le prototype du bulletin de vote, le best of de Brassens, les vins du restaurant Mostar, « Intox News Channel », entre autres.

Puis c’est le retour en France, via Dubai (encore un gag mémorable) et Moscou, pour une sieste bien méritée en attendant le tome 2 (que j’ai hâte de lire !). Il s’intitulera Comment je ne suis pas devenu opiomane en Afghanistan et il est annoncé pour septembre 2008.

En fin de volume, 13 pages en couleur qui présentent les 10 couvertures et des extraits de la série Les aventures de Yassin et Kâkâraouf qui explique la constitution afghane en bandes dessinées, surtout à l’usage des enfants et des analphabètes, ainsi qu’une sélection de photos prises durant le séjour de l’auteur.

Plus d’informations sur l’auteur et l’Afghanistan dans « From Kaboul with blog », le blog de Nicolas Wild sur 20six.fr et depuis avril 2008 sur blog.lemonde.fr.

Les bandes dessinées sur l’Afghanistan

[Article archivé]

À défaut de bandes dessinées afghanes (un jour peut-être ?), voici les bandes dessinées sur l’Afghanistan.

303 : Afghanistan (tome 1) de Garth Ennis (scénario) et Jacen Burrows (dessin) chez Bamboo dans la collection Angle Comics en janvier 2006, une bande dessinée américaine de guerre.

Afghanistan d’Attilio Micheluzzi chez Mosquito en décembre 2003, sur l’Afghanistan en 1987.

Afghanistan, images d’une résistance chez Afrane en janvier 1986 (épuisé ?).

L’arbre-cœur de Didier Comès chez Casterman dans la collection Univers d’auteurs en septembre 1988, ou l’histoire d’une journaliste-photographe, qui rentre mutilée d’Afghanistan en 1985 et voit ressurgir les troubles mentaux de son enfance.

Avec Massoud de Serge Saint-Michel (scénario) et Jordan Kada et Philippe Glogowski (dessin) aux éditions du Triomphe en octobre 2002 (épuisé ?).

L’étoile du soldat de Christophe de Ponfilly (scénario) et René Follet (dessin) chez Casterman dans la collection Univers d’auteurs en août 2007.

Kaboul disco : comment je ne me suis pas fait enlever en Afghanistan (tome 1) de Nicolas Wild à La Boîte à Bulles dans la collection Contre-Cœur en octobre 2007 (que je suis en train de lire donc chronique bientôt !). From Kaboul with blog, le blog de Nicolas Wild : sur 20six.fr et depuis avril 2008 sur blog.lemonde.fr. Le tome 2 Comment je ne suis pas devenu opiomane en Afghanistan est annoncé pour septembre 2008.

Passage afghan, un comic de Ted Rall à La Boîte à Bulles en septembre 2004. La route de la soie… en lambeaux est annoncé pour août 2008 (voir ici).

Le photographe, trilogie de Didier Lefèvre (scénario), Emmanuel Guibert (photographe) et Frédéric Lemercier (dessin) chez Dupuis dans la collection Aire Libre en octobre 2003 (primé à Angoulême 2007). Voir aussi le site dédié et Voyages en Afghanistan de Didier Lefèvre aux éditions Ouest-France. Tome 1 prix Canal BD en 2004. / Tome 2 prix France Info 2005. / Tome 3 accompagné d’un DVD de 40 minutes. / Intégrale parue en coffret en novembre 2007 avec un portfolio.

Pour en savoir plus sur l’Afghanistan, vous pouvez consulter entre autres Afghana.org, Afghanistan-libre.org, Association de la culture afghane, Bassirat.net et Chroniques afghanes en français ou Afghanistan online en anglais.