Le cœur battant du monde de Sébastien Spitzer

Le cœur battant du monde de Sébastien Spitzer.

Albin Michel, août 2019, 448 pages, 21,90 €, ISBN 978-2-22644-162-1.

Genres : littérature française, roman historique, roman social.

Sébastien Spitzer naît le 9 mars 1970 à Paris. Il étudie à l’Institut d’études politiques de Paris et devient journaliste puis écrivain (documents et romans). Son premier roman, Ces rêves qu’on piétine, paraît aux éditions de l’Observatoire en 2017. Puis Le cœur battant du monde et La fièvre chez Albin Michel, respectivement en 2019 et en 2020.

Londres, 1851. Pendant que les gens aisés paient pour visiter le Palais de Cristal (construit pour l’Exposition universelle), les gens pauvres comme Charlotte (qui a fui la famine en Irlande) vivent dans la misère (une profonde misère). Pourtant cette jeune femme sait coudre et ravauder, elle « sait ranger aussi, plier, laver, écrire, compter, se tenir, se taire et danser quand c’est l’heure de faire la fête au son de la flûte et du violon. Charlotte est une bonne fille d’Irlande. » (p. 17). Elle est enceinte mais son mari, Evans, et parti chercher de l’or en Amérique. Elle veut se présenter à un emploi et se rend à la gare mais elle est agressée et miraculeusement sauvée par le docteur Markus Malte.

Au même moment, Engels arrive par le train de Manchester où il y a des grèves. Il connaît Markus Malte et son regard croise celui de la jeune femme mais il a rendez-vous avec un ami surnommé le Maure, c’est-à-dire Karl Marx. Recherché par plusieurs polices d’Europe, ce dernier est réfugié dans un taudis de Soho avec son épouse, Johanna von Westphalen, une baronne prussienne déchue par sa famille, et leurs enfants.

Le lecteur suit ces trois personnages, Charlotte Evans, Markus Malte, Friedrich Engels et avec lui, Karl Marx et sa famille. Leurs chemins vont se croiser et s’éloigner mais leurs destins seront liés.

Les idées d’Engels (qui est directeur dans une entreprise industrielle que son père possède en partie, Ermen & Engels) et de Marx sont bonnes en théorie mais… (j’expliquerai plus loin). « Des mères et leurs enfants soumis quinze heures de rang à la violence des machines, aux éclaboussures d’huile, à la vapeur brûlante et à toute l’eau qu’il faut pour assouplir les fils de coton et éviter qu’ils cassent. » (p. 88-89). De par son statut, Engels fréquente des aristocrates, des banquiers… mais il ne supporte pas que l’usine impose « ses règles et sa violence » (p. 136).

Durant l’agression, Charlotte a perdu son bébé… Le docteur Markus Malte l’a recueillie chez lui et soignée. Lorsqu’elle va mieux, il lui propose d’adopter Freddy, qui vient de naître prématuré à seulement 7 mois de grossesse. Freddy est l’enfant caché de Karl Marx et de l’employée de maison, Nim Demuth. Il ne faut surtout pas que quiconque apprenne son existence.

1863. Charlotte et Freddy fuient Londres pour Manchester. Freddy a 12 ans et il devient apprenti chez le teinturier Saltz. « Il est attentif. Il apprend vite. Il est le premier sur place et le dernier parti. » (p. 161).

Mais la guerre de Sécession dure depuis plus deux ans et le coton n’arrive plus en Angleterre, ni pour les artisans comme Saltz ni pour les entreprises comme celle d’Engels. « L’article inventorie les dernières victoires du général Sherman […]. Il compare le chef yankee à un barbare détruisant tout sur son passage, non seulement ses ennemis, mais aussi les routes, les voies ferrées, les propriétés privées et surtout les champs de coton, les entrepôts et les stocks. » (p. 167).

Je ne vais pas vous résumer plus pour que vous puissiez découvrir par vous-même l’Histoire et les histoires que raconte ce très beau roman, bien écrit, bien construit, avec un suspense qui va crescendo.

Je voudrais simplement donner mon avis sur le comportement abject de Karl Marx. « Toi, Engels. Tu finances ! Débrouille-toi pour trouver de l’argent. Il faudra plus d’argent. Beaucoup plus. » (p. 175) alors qu’il vient de lire un extrait du Capital qu’il est en train d’écrire et dans lequel il vilipende l’argent et les riches mais, lui qui n’a jamais travaillé et gagné d’argent, est bien content qu’Engels paie tout (logement, nourriture…) pour lui et sa famille, le matériel dont il a besoin pour écrire, et qu’il traduise ses textes en anglais après les avoir relus et corrigés pour les envoyer à des journaux aux États-Unis. Les idées de Marx étaient peut-être remarquables mais son comportement était loin de l’être…

Et je ne suis pas la seule à penser ça. Lydia, la compagne d’Engels, aussi. « Lydia se demande toujours comment Engels peut admirer ce couple. Ils se disent près du peuple. C’est presque leur fonds de commerce. Pourtant ils le méprisent, tous les deux. Elle par son rang et lui par ses inclinations. » (p. 351-352).

Ce roman montre les gens, les pauvres (la population des quartiers mal famés, les exilés irlandais…) et les riches (les bourgeois comme Engels et Marx, et quelques aristocrates). Et aussi l’industrie anglaise et ses accointances commerciales avec l’Inde et les États-Unis, et le lecteur comprend les prémices de révolutions à venir (irlandaise, communiste…) et les exactions de la Guerre de Sécession. Rien n’est pur dans ce cœur battant du monde qu’est Londres dans l’Angleterre victorienne du XIXe siècle. Mais Sébastien Spitzer insuffle du romanesque, du beau (les enfants, la musique…) et livre un roman foisonnant et passionnant. J’ai maintenant très envie de lire Ces rêves qu’on piétine qui parle de Magda Goebbels (ce livre avait échappé à mon attention à sa parution).

Je mets cette lecture dans A year in England et dans Challenge lecture 2021 (catégorie 30, un livre dont l’histoire se déroule dans un pays européen, 2e billet).

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Projet 52-2021 #9

Neuvième semaine pour le Projet 52-2021 de Ma avec le thème un petit peu de… En fait, après le café de la semaine dernière, vous allez bien prendre un petit peu de thé ? Mais alors, vraiment un tout petit peu parce que ce service anglais qui vient en fait du Japon est minuscule (il ne mesure que 5 cm !). Je ne veux pas généraliser en disant « tous les Japonais » mais beaucoup de Japonais aiment la monarchie anglaise (goodies en tout genre) et beaucoup de Japonais aiment les choses petites, mignonnes, kawaii comme ils disent. Je vous souhaite un bon week-end printanier et, si vous voulez participer, allez voir Ma !

L’attaque du Calcutta-Darjeeling d’Abir Mukherjee

L’attaque du Calcutta-Darjeeling d’Abir Mukherjee.

Liana Levi, collection Policiers, octobre 2019, 400 pages, 21 €, ISBN 979-1-03490-190-6. A Rising Man (2017) est traduit de l’anglais par Fanchita Gonzalez Batlle.

Genres : littérature anglo-indienne, roman policier, premier roman.

Abir Mukherjee naît en 1974 à Londres dans une famille indienne mais il grandit en Écosse. Diplômé de la London School of Economics, il travaille dans le monde de la finance puis se lance dans l’écriture de romans historiques policiers. L’attaque du Calcutta-Darjeeling est le premier tome de la série avec le capitaine Sam Wyndham et le sergent Surendranath Banerjee (*). Ce premier roman est lauréat du Historical Dagger Award 2017 et du Prix du polar européen 2020. Les autres romans de la série sont A Necessary Evil (2017) soit en français Les princes de Sambalpur (Liana Levi, 2020), Smoke and Ashes (2018), Death in the East (2019) et un roman indépendant de la série, Sin is the New Love (2018). Plus d’infos sur le site d’Abir Mukherjee.

(*) Un Surendranath Banerjee a réellement existé (1848-1925), c’était un homme politique indien qui a créé la Indian National Association (une organisation nationaliste) avec Ananda Mohan Bose en 1876 (à noter qu’il y a une madame Bose dans le roman mais, bon, elle a une autre fonction…). Comme les Britanniques n’arrivent pas (ou ne font pas l’effort ?) à prononcer correctement les (pré)noms indiens, le sergent Surendranath Banerjee est surnommé en anglais Surrender-Not ce qui signifie « abandonner-non » (en français Satyendra, devient simplement Sat). Quant au nom de l’auteur, Mukherjee donc, il y a dans le roman un chef d’organisation « nommé Jatindranath Mukherjee, que les indigènes appelaient « Bagha Jatin », le Tigre. » (p. 171) et ce penseur révolutionnaire a réellement existé (1879-1915), un ancêtre de l’auteur ?

Quartier de Black Town, Calcutta., avril 1919. Un sahib (un Britannique) a été retrouvé égorgé dans une ruelle nauséabonde près d’un bordel. Le capitaine Samuel (Sam) Wyndham, un ancien de Scotland Yard arrivé en Inde depuis une semaine, son second l’inspecteur adjoint Digby, et le sergent Satyendra (Sat) Banerjee mènent l’enquête. « Inhabituel de trouver un cadavre de sahib dans cette partie de la ville. » (p. 13). Le mort est Alexander MacAuley, un haut-fonctionnaire proche des nantis et du gouverneur…

Ce poste de capitaine au Bengale, Wyndham l’a eu grâce à Lord Charles Taggart, le chef de la police mais Digby est mécontent car la promotion qu’il espérait lui est passée sous le nez.

J’ai aimé l’honnêteté de Banerjee. « Banerjee réfléchit un instant. ‘Je crois qu’un jour nous pourrons effectivement obtenir notre indépendance. Ou bien les Britanniques pourraient partir définitivement. Dans un cas comme dans l’autre je suis certain qu’un tel événement ne sera pas le signal de la paix universelle et de la bonne volonté parmi mes concitoyens, quoi que puisse en penser M. Gandhi. Il y aura encore des meurtres en Inde. Si vous partez, monsieur, nous aurons besoin de compétences pour occuper les postes que vous laisserez vacants. C’est aussi valable pour faire respecter la loi que pour le reste. » (p. 28).

J’ai aimé aussi en apprendre un peu plus sur le passé de Wyndham, son enfance, orphelin de mère, père remarié, internat, entrée dans la police grâce à un oncle, puis la brigade criminelle, le mariage avec Sarah, l’incorporation dans l’armée en janvier 1915, sa montée en grades, cette première guerre mondiale dans laquelle il a tout perdu (son père, son demi-frère, ses compagnons d’armes, tous morts, et même Sarah de la grippe espagnole…), lui-même ayant été gravement blessé dans une tranchée française sous les bombes allemandes. Tout ça fait l’homme, le policier, qu’il est devenu et explique son départ pour l’Inde puisqu’il n’avait plus personne en Angleterre.

« Le Bengale : terre verdoyante, d’abondance et d’ignorance. Il m’est apparu comme un pays de jungle fumante et de mangrove détrempée, plus d’eau que de terre. Son climat était hostile, tantôt desséché par un soleil brûlant, tantôt trempé par les pluies de la mousson, comme si Dieu lui-même, dans un mouvement d’humeur, avait choisi dans la nature tout ce qui était abominable pour un Anglais et l’avait installé dans cet endroit maudit. Il allait donc de soi que c’était ici, à quatre-vingt miles à l’intérieur des terres, dans un marais à malaria sur la rive occidentale du Hoogly boueux, que nous devions juger souhaitable de construire Calcutta, notre capitale indienne. Je suppose que nous aimons les défis. » (p. 38-39). Je ne savais pas que Calcutta était une ville (commerciale) construite de toute pièce par les Britanniques ! Dans le style « néo-classique colonial – tout en colonnes, corniches et fenêtres garnies de volets –, elle était peinte en bordeaux. Si le Raj, l’Empire britannique d’ici, a une couleur, c’est le bordeaux. » (p. 40).

Dans ce premier roman, j’ai trouvé vraiment intéressant qu’un Anglo-Indien donne la parole à un Anglais (Wyndham) et à un Indien (Banerjee) et que les deux puissent confronter leurs avis, pas toujours divergents. Et puis il y a aussi de bonnes idées pour les femmes. « C’est étonnant qu’un homme aussi haut placé que MacAuley ait eu une femme comme secrétaire. Mais les temps changent. En Angleterre aussi on dirait qu’il y a beaucoup plus de femmes qui exercent le métier d’hommes envoyés dans les tranchées. Maintenant que la guerre est finie elles n’ont pas l’air pressées de retourner à la cuisine. Je trouve cela très bien. Tout homme qui a passé du temps dans un hôpital de campagne soigné par des infirmières est prêt à vous dire que davantage de femmes au travail est une chose à encourager chaudement. » (p. 50). D’ailleurs la secrétaire de MacAuley s’appelle Annie Grant et elle va devenir amie avec Wyndham, de plus c’est non seulement une femme mais en plus une métis anglo-indienne. Elle fait partie des « Européens domiciliés. » (explications édifiantes p. 126-127).

Je reviens sur Calcutta, la ville étant un des personnages centraux de ce roman qui fait vraiment voyager (même si chaleur torride, humidité et moustiques ne font pas très envie…). « Rien, sauf peut-être la guerre, ne vous prépare pour Calcutta. » (p. 67). Selon le baron Robert Clive (1725-1774, apparemment, c’était quelqu’un de célèbre, ah oui, major-général, pair d’Irlande et gouverneur du Bengale), Calcutta est « l’endroit le plus cruel de l’Univers » (p. 67), gloups ! Et sur sa population : une des particularités des Bengalis – contrairement aux Pendjabis, aux Sikhs et aux Pathans, c’est de ne pas aimer se battre et de préférer les mots, c’est pourquoi les Britanniques craignent que les Bengalis manigancent et complotent. Mais Wyndham « aime beaucoup l’idée qu’un peuple préfère parler plutôt que se battre. » (p. 68). Vous voyez, ce roman est bien plus qu’un simple roman policier !

D’ailleurs revenons à l’enquête. Wyndham habite dans une pension (où la bouffe est dégueulasse) et il embauche Salman, un jeune conducteur (tireur en fait) de rickshaw pour pouvoir être conduit n’importe quand, de jour comme de nuit, n’importe où. En plus du meurtre de MacAuley, Wyndham et son équipe sont appelés sur l’attaque d’un train de nuit en provenance de la gare de Sealdah (Calcutta) à destination de Darjeeling (d’où le titre), attaque durant laquelle des indigènes ont tué le jeune Hiren Pal. Au mauvais moment au mauvais endroit ou les deux affaires sont liées ? « Une bande de dacoits attaque un train, tue un surveillant et s’en va sans rien voler ? C’est ridicule. […] tous les sacs de courrier sont toujours là, et comme je l’ai déjà dit, ils n’ont pas dépouillé les voyageurs. » (p. 91) mais « si leur objectif était le vol, pourquoi n’ont-ils rien emporté ? » (p. 96).

Les deux enquêtes se déroulent du mercredi 9 avril 1919 (pour MacAuley) / jeudi 10 avril 2019 (pour l’attaque du train) au mardi 15 avril 1919, ce sont donc des enquêtes courtes mais il s’en passe des choses, il y a des trahisons, des rebondissements et la fin est vraiment surprenante ce qui me donne très envie de lire la suite des aventures de Wyndham et Banerjee.

D’autant plus que j’ai aimé l’humour de l’auteur, un humour à la fois so british et à la fois indien. Voici trois extraits représentatifs. « Mieux vaut parfois ne pas se réveiller. Mais à Calcutta c’est impossible. Le soleil se lève à cinq heures en déclenchant une cacophonie de chiens, de corbeaux et de coqs, et au moment où les animaux se fatiguent, les muezzins démarrent, de chaque minaret de la ville. Avec tout ce bruit, les seuls Européens à ne pas être déjà éveillés sont ceux qui sont ensevelis au cimetière de Park Street. » (p. 81). « […] j’ai appris que la meilleure chose à faire dans une telle situation est de l’ignorer et d’aller déjeuner. L’ennui c’est que je ne sais pas où. Je ne suis pas à Londres. Ici, sous les tropiques, où un Anglais peut attraper la dysenterie rien qu’en regardant un sandwich comme il en faut pas, le choix d’un endroit où se restaurer est potentiellement une question de vie ou de mort. » (p. 119). « La pluie torrentielle a engorgé les égouts et transformé les rues en canaux, faisant de Black Town une Venise du pauvre, quoiqu’avec moins de gondoles et plus de rats noyés. » (p. 300).

Ce roman est vraiment complet, des personnages fouillés, des descriptions incroyables et un peu de géographie, deux enquêtes prenantes, de la politique (les lois Rowlatt contre le terrorisme viennent d’être votées), de l’Histoire (le Raj peut-il tenir face à la détermination des peuples ?), de l’humour (extraits ci-dessus) et une sérieuse analyse de la situation : « Je me sens gêné. Je lui dois la vie, et pourtant j’ai du mal à lui dire merci. C’est l’effet de l’Inde, difficile pour un Anglais de remercier un Indien. Bien sûr, c’est assez facile quand il s’agit de menus services tels qu’aller vous chercher à boire ou cirer vos bottes, mais quand on en vient à des questions plus importantes, comme dans notre cas, c’est différent. Cette idée me laisse un goût amer dans la bouche. » (p. 224).

Ma note de lecture est longue pourtant j’ai l’impression de ne pas vous avoir dit grand-chose ! Excellente lecture addictive pour Les étapes indiennes #2 que je mets aussi dans A year in England 2021 et British Mysteries #6 et Voisins Voisines 2021 (je rappelle qu’Abir Mukherjee est né à Londres) ainsi que dans le Challenge lecture 2021 (catégorie 7, un roman avec une couverture rouge), Petit Bac 2021 (catégorie Voyage, pour le train Calcutta-Darjeeling, bon ce n’est pas l’Orient-Express mais quand même !) et bien sûr dans Polar et thriller 2020-2021 et même dans le Mois du polar (car si je publie cette note de lecture maintenant, j’ai lu ce roman durant le week-end du 27-28 février, donc durant le Mois du polar).

Le bureau du mariage idéal d’Allison Montclair + réflexion sur le cozy mystery

Une enquête de Sparks & Bainbridge – Le bureau du mariage idéal d’Allison Montclair.

10/18, collection Grands détectives, octobre 2020, 384 pages, 8,10 €, ISBN 978-2-26407-683-0. The Right Sort of Man: A Sparks & Bainbridge Mystery (2019) est traduit de l’anglais par Anne-Marie Carrière.

Genres : littérature anglaise, roman policier.

Allison Montclair… Peu d’infos sur elle. Ce serait un pseudonyme d’une autrice anglaise ayant déjà écrit de la fantasy et de la science-fiction mais GoodReads dit que The Right Sort of Man: A Sparks & Bainbridge Mystery (2019) est son premier roman. Elle grandit avec les livres d’Agatha Christie et les films de James Bond d’où sa passion pour les intrigues criminelles et l’espionnage. Du même auteur : Cozy Case Files, A Cozy Mystery Sampler (tomes 6 en 2019 et 9 en 2020), ainsi que A Royal Affair: A Sparks & Bainbridge Mystery (juillet 2020) et A Rogue’s Company: A Sparks & Bainbridge Mystery (annoncé pour juin 2021).

Londres, 1946. Miss Iris Sparks (célibataire de 28 ans) et Mrs Gwendolyn Bainbridge (jeune veuve de guerre) ont créé une agence matrimoniale, le Bureau du mariage idéal il y a trois mois. Et ça fonctionne bien, elles ont déjà une centaine de clientes, presque une centaine de clients et elles sont douées. Mais leur nouvelle cliente, Matilda (Tillie) La Salle, est poignardée et les policiers de Scotland Yard pensent que le tueur est l’homme avec qui elle avait rendez-vous, Richard (Dickie) Trower. « – Vous croyez sincèrement à l’innocence de Dickie Trower ?– Plus que jamais. Que Dieu lui vienne en aide, car la police, elle, n’y croit pas. – Dans ce cas, nous devons lui prêter main forte, affirma Gwen. En clair, nous devons démasquer le véritable assassin. » (p. 70).

Non seulement Iris et Gwen pensent que Dickie est innocent mais elles doivent renflouer la respectabilité de leur agence ! Pendant que Gwen rend visite à Dickie à la prison de Brixton, Iris doit mettre dehors Gareth Pontefract, un journaliste mufle qui va les harceler… « Ce crapaud visqueux du Daily Mirror ? » (p. 122).

Au fur et à mesure de la lecture, le passé et le caractère d’Iris et de Gwen se mettent en place (par bribes, il y a encore beaucoup de choses à apprendre, ou pas selon ce que l’autrice dévoilera dans les prochains tomes) mais mon personnage préféré est l’ami d’Iris, Sally Danielli, médaillé militaire qui rêve de devenir dramaturge et qui les aide régulièrement.

Le lecteur découvre des personnages attachants et la ville de Londres en partie détruite après le Blitz avec le rationnement, les trafics, le marché noir et l’envie de revivre normalement. Mais Iris et Gwen vont se mettre en danger… « Je faisais un rapport à ma hiérarchie. Et non, vous ne pourrez pas le vérifier, parce que vous n’aurez pas leurs noms. Et vous avez intérêt à me croire sur parole, parce que vous ne saurez rien d’autres. D’ailleurs, vous en savez déjà trop. » p. 257).

Qu’est-ce que le cozy mystery ? Mot à mot, ça signifie « mystère douillet » (enfin « douillet mystère » puisque l’adjectif se met avant le nom en anglais), ce qui donne déjà une petite idée mais je vais un peu développer. Deux séries fondatrices et incontournables, la pionnière Miss Maud Silver (1928-1961) de Patricia Wentworth (1878-1961) [L’affaire est close] et la précurseur(e) Miss (Jane) Marple (1930-1976) d’Agatha Christie (1890-1976). Les points communs ? Les deux autrices sont Anglaises et elles ont chacune créé une héroïne qui résout les enquêtes en restant douillettement chez elle (même s’il y a tout de même quelques excursions à l’extérieur). Les Anglais les avaient surnommées les armchair detectives (c’est-à-dire les détectives en fauteuil).

Il y a recrudescence de publications ces dernières années avec les séries les plus connues comme Agatha Raisin ou Hamish Macbeth de M.C. Beaton [Agatha Raisin enquête – La quiche fatale, Hamish Macbeth 1 – Qui prend la mouche, Hamish Macbeth 2 – Qui va à la chasse], Les détectives du Yorkshire de Julia Chapman [Rendez-vous avec le crime], ma préférée, Son espionne royale de Rhys Bowen [Son espionne royale mène l’enquête, Son espionne royale et le mystère bavarois, Son espionne royale et la partie de chasse] et d’autres que je n’ai pas (encore) lues. Les autrices majoritairement sont Anglaises, leurs héroïnes des jeunes femmes qui ne sont pas officiellement policières (amateurs mais efficaces ! Elles ont parfois un contact dans la police) et elles ne sont plus détectives en fauteuil (plutôt âgées) mais jeunes, jolies, intelligentes et actives.

Alors est-ce toujours du cozy mystery ? Oui, parce que l’histoire n’est pas très violente (pas de serial killer mais des meurtriers classiques), pas vulgaire (les jeunes enquêtrices amateurs sont bien éduquées et ont même parfois un travail) mais les énigmes ne se résolvent pas toutes seules et les enquêtrices peuvent être en danger, toutefois cela reste toujours confortable et pour elles et pour les lecteurs. Attention, il y a aussi des auteurs masculins de cozy mystery comme M.R.C. Kasasian [Les enquêtes de Middleton & Grice – Petits meurtres à Mangle Street et La malédiction de la Maison Foskett]. Alors, avez-vous déjà lu du cozy mystery ?

Une excellente lecture (je veux la suite !) que je mets dans les challenges A year in England, British Mysteries #6, Challenge lecture 2021 (catégorie 34, un livre qui se passe au Royaume-Uni), Mois du polar, Petit Bac 2021 (catégorie Lieu pour bureau qui n’est pas ici un meuble mais un lieu loué dans un immeuble), Polar et thriller 2020-2021 et Voisins Voisines (Angleterre).

A year in England 2021 et Mois anglais – 10 ans !

Mon petit historique Mois anglais. Cryssilda, Lou et Titine (leurs billets d’archives !) ont créé le Mois anglais le 5 novembre 2011 pour un challenge du 15 décembre 2011 au 15 janvier 2012. Durant cette première édition, j’ai publié 4 billets (sur un ancien blog). En juin 2013, 2e édition et 8 billets puis en juin 2014, 3e édition et 1 seul billet (pareil, sur un ancien blog). Depuis 2015, le Mois anglais est sur ce blog (eh oui, créé en mai 2015) et je n’ai pas manqué une édition : 2015 (12 billets + bilan), 2016 (2 billets), 2017 (5 billets), 2018 (6 billets), 2019 (4 billets), 2020 (7 billets + 1 lecture dont je n’ai pas encore publié la chronique…). En général, mes billet sont des notes de lectures mais il y a aussi des billets sur la musique ou les séries anglaises. Lien vers le groupe FB. En 2021 le Mois anglais aura donc 10 ans !

Mon petit historique A year in England. En 2015, nous sommes plusieurs à penser qu’un Mois, c’est trop court, et puis nous lisons de la littérature anglaise toute l’année alors Titine crée A year in England en juillet et un groupe FB. J’ai participé (en plus des Mois anglais) aux trois éditions de 2015-2016 (8 billets), 2016-2017 (4 billets), 2017-2018 (3 billets). Ensuite, il n’y a pas eu de nouvelles éditions (je veux dire en 2018-2019 et 2019-2020) mais le challenge a continué sur le groupe FB.

30 janvier 2021, c’est le retour de A year in England pour les 10 ans du Mois anglais (qui aura lieu en juin) chez Cryssilda, Lou et Titine ! (cliquez sur ces liens pour infos, inscription et logos). Vous pensez bien que je n’allais pas manquer cet événement, moi qui participe depuis le début, qui lit régulièrement de la littérature anglaise, qui aime particulièrement les séries anglaises et la musique pop-rock anglaise ! « Encore un challenge » va dire Noctenbule 😉 mais celui-ci, il est IN-CON-TOUR-NA-BLE, unmissable my dears ! Les nouveaux logos, 5 en tout, sont magnifiques (mais je les ai réduits ici car ils étaient énormes), et en plus il y a un logo pour chaque mois avec une thématique (je les ajouterai dans mes billets en temps voulu mais je note les thématiques ci-dessous) et un logo spécial pour les 10 ans du Mois anglais (je ferai un billet spécial pour juin).

Les thématiques (facultatives, participations libres toute l’année)

Février : époque victorienne, théma honorée avec le billet n° 3

Mars : roman policier, théma honorée avec le billet n° 4

Avril : Jonathan Coe

Mai : anti-Brexit

Juin : 10 ans du Mois anglais

Juillet : voyages en Angleterre

Août : à la mer

Septembre : roman jeunesse

Octobre : plumes féminines

Novembre : du roman à l’écran

Décembre : un Noël anglais

Cryssilda, Lou et Titine ont « ouvert [leur] cottage qui sentira bientôt bon la glycine et les scones [et nous] attendent pour le thé. », quelle année ça va être, les amis !!!

Mes billets pour ce challenge so British

1. Poissons, écrevisses et crabes […] illustré par Samuel Fallours (Louis Renard, 1719)

2. Le bureau du mariage idéal d’Allison Montclair + réflexion sur le cozy mystery (10/18, 2020)

3. Le Liseron illustré par Walter Crane et Edmund Evans (Hachette, 1874), théma de février honorée

4. L’attaque du Calcutta-Darjeeling d’Abir Mukherjee (Liana Levi, 2019, l’auteur est un Anglo-Indien né à Londres

5. Le cœur battant du monde de Sébastien Spitzer (Albin Michel, 2019, France), l’auteur est Français mais le roman se déroule dans l’Angleterre de la 2e moitié du XIXe siècle

Challenge British Mystery #6 – 2021

Oui, le challenge British Mystery #6 est bien là en 2021 ! Du 1er janvier au 31 décembre, le challenge proprement dit, et du 1er au 31 mars, le British Mystery Month. Les pays concernés sont toujours Angleterre, Écosse, Pays de Galles et Irlande (nord et sud). Sont autorisés la littérature y compris jeunesse (romans, BD, essais…), les films, séries, documentaires, les reportages photos et récits de voyage…

Voici ce que nous disent les organisatrices : « Des crimes, de l’arsenic, des rues anglaises inquiétantes ? C’est surtout pour nous un challenge doudou, car il nous fait passer des moments délicieux avec, souvent, des polars pleins de dentelle, de vieilles demoiselles, de théières, de villages et de salons anglais. Qui plus est cette année, sans la perspective imminente d’un voyage en Angleterre pour cause de covid-19. […] Amoureux de l’Angleterre, amateurs de detective stories et/ou de mystères (sur)naturels, ce challenge est le vôtre ! »

Infos, logos (l’ancien ci-contre est toujours valable mais il y a deux beaux nouveaux logos ci-dessus) et inscription chez Hilde et chez Lou.

Les catégories

Esprit es-tu là ? Manifestations sporadiques et inattendues, effet garanti = entre 1 et 5 participations.
Résidant de Baker Street = entre 6 et 10 participations.
Gardien de Highgate Cemetery = 11 participations et plus.
Je choisis pour l’instant Esprit es-tu là mais j’espère faire mieux.

Mes billets pour ce challenge

1. Le bureau du mariage idéal d’Allison Montclair + réflexion sur le cozy mystery (10/18, 2020)

2. L’attaque du Calcutta-Darjeeling d’Abir Mukherjee (Liana Levi, 2019), et si les ruelles nauséabondes et malfamées de Black Town (Calcutta) ressemblaient à celles de Whitechapel (Londres) ? L’auteur est un Anglo-Indien né à Londres, c’est pourquoi je le mets dans ce challenge.

La cuillère de Dany Héricourt

La cuillère de Dany Héricourt.

Liana Levi, août 2020, 240 pages, 19 €, ISBN 979-1-03490-314-6.

Genres : littérature franco-anglaise, premier roman.

Dany Héricourt… Je n’ai rien trouvé de plus que ce qu’en dit l’éditeur : « De mère britannique et de père français, Dany Héricourt a grandi au Ghana et au Royaume-Uni, avant de s’installer en France. Après des études de théâtre, elle s’engage dans l’humanitaire. Aujourd’hui, elle travaille dans l’industrie du cinéma en tant que coach de jeu et de dialogue, elle a notamment collaboré avec Éric Rochant, Thomas Vinterberg et Ralph Fiennes, et adapté la série The Eddy pour Netflix. Elle est l’auteure de trois livres dans les domaines érotique, pratique et jeunesse. La cuillère (août 2020) est son premier roman. »

Voici le préambule que j’aime beaucoup. « Mon grand-père, qui est anglais, aime dire que la Grande Histoire engendre toutes les petites histoires de notre existence. Ma grand-mère, qui est galloise, réplique que c’est l’inverse, c’est la somme de toutes nos petites histoires qui fabrique l’Histoire avec un grand H. Alors, où naissent les petites histoires ? grogne mon grand-père. Dnas les draps, les perles et l’argenterie chez les fortunés. Dans la boue, les choux et les cailloux chez les gens comme nous, répond-elle. » (p. 11). Alors vous êtes plutôt du côté du grand-père ou de la grand-mère ? Moi, du côté grand-mère.

Hôtel des Craves, Pays de Galles. 1985. Dans la famille de Seren : le père (Peter), la mère (Kate), les grands-parents maternels (Pompom et Nanou), les deux frères (Dai et Al pour Aled) et le Labrador.

Seren (Madeleine Lewis-Jones) n’a pas encore 18 ans lorsque son père meurt. À côté de la tasse de thé que son père a bue, elle voit une cuillère qu’elle n’avait jamais vue auparavant. « Elle vient d’où cette cuillère ? » (p. 17).

Grâce à Pompom, Seren apprend que la cuillère est assortie à une coupelle, « un taste-vin bourguignon » (p. 21).

En septembre, Seren intégrera la Welsh Academy of Arts mais, durant l’été, elle décide d’aller en France.

« L’apparition de la cuillère est la seule chose intéressante qui soit arrivée depuis des semaines. Conclusion : quitte à me perdre, autant le faire en traquant ses origines. » (p. 54). Dans la vieille Volvo de son père, direction Paris et la Bourgogne. « Visite les caves, montre ta cuillère et ramène au moins une caisse de rouge, s’il te plaît. » (Pompom, p. 70).

Seren va faire le tour des châteaux, particulièrement ceux en B puisque les armoiries sur la cuillère sont B&B. Après que la Volvo soit tombée en panne, elle est accueillie par Colette et Pierre Courtois au château de Ballerey. « – C’est un château assez rustique. Tu en as visité combien pour l’instant ? – Ballerey est le cinquième. – Espérons que ce soit le bon ! » (p. 144).

Un très joli premier roman. Les chapitres sont courts, la lecture est légère et divertissante ; certains moments sont drôles comme par exemple au cinéma ou avec les Allemands naturistes.

Il y a un truc de bien dans ce roman, c’est que, comme il se déroule en 1985, pas de téléphone portable, pas d’Internet, Seren fait ses recherches dans des encyclopédies et des atlas.

Un roman sans prétention mais une lecture vraiment agréable que je mets dans les challenges 1 % rentrée littéraire 2020, Petit Bac 2020 (catégorie Objet pour cuillère) et Voisins Voisines 2020 (Angleterre).

La Source au bout du monde (tome 1) de William Morris

La Source au bout du monde (tome 1) de William Morris.

Aux Forges de Vulcain, novembre 2016, 400 pages, 28 €, ISBN 978-2-37305-016-5. The Well at the World’s End (1896) est traduit de l’anglais par Maxime Shelledy et Souad Degachi. Je l’ai lu en poche : Libretto, octobre 2017, 464 pages, 11,30 €, ISBN 978-2-36914-378-9.

Genres : littérature anglaise, fantasy, classique.

William Morris naît le 24 mars 1834 à Walthamstow dans l’Essex (Angleterre). Dès l’enfance, il aime les merveilles, la forêt, les histoires de chevaliers, les Waverley Novels de Walter Scott et même Les mille et une nuits. Il étudie la théologie à Oxford puis l’architecture et la peinture. Il épouse Jane Burden (je le signale car Jane et William sont parmi les personnages d’Arcadia de Fabrice Colin) et le couple a deux filles, Alice (Jenny) et Mary (May). Fabricant et designer textile, imprimeur et éditeur avec Kelmscott Press (sa maison d’éditions fondée en 1891) qui a édité les œuvres de Geoffrey Chaucer dont la plus célèbre est Les Contes de Canterbury (XIVe siècle), architecte, peintre et dessinateur, romancier, poète, traducteur (de textes anciens de l’Antiquité et du Moyen-Âge), essayiste (essais sur l’Art et sur le socialisme) et conférencier, ce touche à tout membre de la Confrérie préraphaélite est un socialiste utopiste et libertaire. Du même auteur : News from Nowhere soit Nouvelles de nulle part, une utopie (1890). Il est considéré comme le père de la Fantasy et La Source du bout du monde a inspiré, entre autres, C.S. Lewis (Les chroniques de Narnia) et J.R.R. Tolkien (Bilbo le Hobbit, Le seigneur des anneaux…). Retrouvez William Morris sur The William Morris Society (Angleterre) et The William Morris Society (États-Unis) et ses œuvres en ligne sur Wikisource.

« Il y avait jadis une petite contrée sur laquelle régnait un petit souverain, un roitelet que l’on appelait le roi Pierre même si son royaume n’était pas bien grand. Il avait quatre fils nommés Blaise, Hugues, Grégoire et Rodolphe. Ce dernier était le benjamin, âgé de vingt et un hivers, et Blaise, qui en avait vécu trente, était l’aîné. » (p. 11). Voici comment débute ce roman et j’aime beaucoup le ton.

Le domaine s’appelle les Haults-Prés – en anglais Upmeads – (champs, bois, ruisseaux et petites collines) mais il est petit et les fils rêvent de voyages et d’aventures. Rodolphe (en anglais Ralph) – alors que ses frères sont partis, l’un au nord, l’un à l’est, l’un à l’ouest, chacun sur son cheval et accompagné d’un écuyer – a dû rentrer au château avec son père… Tôt le lendemain matin, il s’enfuit avec « son armure, sa lance et son épée [et] son destrier, un beau et robuste cheval gris pommelé nommé Faucon. » (p. 21). Il va à « Bourg-la-Leyne, au-delà de laquelle s’étendait, vers le sud, un monde dont Rodolphe ignorait presque tout, et qui lui semblait un endroit fabuleux, regorgeant de merveilles et d’aventures extraordinaires. » (p. 22). C’est là qu’il entend parler de la Source au bout du monde, une eau magique aux propriétés miraculeuses.

Dans ce monde imaginaire, inspiré du Moyen-Âge, Rodolphe devient un chevalier errant. Tout le monde lui parle de dangers mais pour l’instant les rencontres sont plutôt agréables voire charmantes et bienveillantes. Y aurait-il anguille sous roche ? C’est alors qu’il croise des hommes en armes et certains sont manifestement hostiles. En tout cas, partout où Rodolphe va, il observe, il questionne, il en voit et en entend des vertes et des pas mûres (guerres, bûchers, esclaves…). « Il lui sembla que le monde était pire que ce à quoi il s’attendait. » (p. 110). Mais lorsqu’il entend parler de la dame d’Abondance, il en tombe amoureux sans l’avoir jamais vue et ne pense qu’à une chose, qu’elle vienne vers lui. « Elle me racontera tout lorsque je la verrai. Je n’ai pour l’heure à réfléchir qu’à la façon dont je la retrouverai et ferai en sorte qu’elle m’aime. Elle m’indiquera ensuite le chemin menant à la Source au bout du monde, dont je boirai l’eau afin de ne jamais vieillir et d’obtenir, comme elle, la jeunesse éternelle. Nous pourrons alors nous aimer pour toujours et à jamais. » (p. 159). Quel jeune homme rêveur ! Et peut-être même naïf ? « […] le regard amoureux de Rodolphe, qui la bénit et manqua verser des larmes de bonheur. » (p. 203).

Ce que raconte la jeune femme surnommée la dame d’Abondance à Rodolphe ressemble à un conte. Cependant, au lieu d’une princesse ou d’une bergère, le lecteur a ici un jeune fils de roi, instruit comme l’était les jeunes hommes de son époque mais immature, en quête d’aventure et d’amour (je dirais même en quête d’absolu). « M’est avis, messire, répondit Richard, que cette femme qui mourut assassinée ne descendait pas seulement de la race d’Adam, mais qu’il y avait en son sang quelque brassage avec celui des fées. Qu’en dites-vous ? » (p. 308-309).

J’en dis que ce roman n’est pas facile à lire car la police de caractère est toute petite ! Toutefois, il est vraiment agréable de se plonger dans sa lecture et dans ses merveilles et j’ai hâte de lire le deuxième tome pour la suite des aventures de Rodolphe !

La Source au bout du monde est ici traduit intégralement pour la première fois en français. Une traduction partielle avait été effectuée par Maxime Shelledy et Le Puits au bout du monde était paru Aux Forges de Vulcain en deux tomes, La Route vers l’amour en 2012 et La Route des dangers en 2013 (c’est-à-dire les deux premières parties sur quatre). Ensuite La Source au bout du monde a été traduit à nouveau par Maxime Shelledy et Souad Degachi et est paru Aux Forges de Vulcain en 2016 avec des illustrations et des lettrines (il y a aussi de petites lettrines dans l’édition Libretto que j’ai lue).

Je mets cette lecture dans les challenges Animaux du monde #3 (il y a beaucoup de chevaux, que serait un chevalier sans son cheval ?), Cette année, je (re)lis des classiques #3, Challenge du confinement (case Fantasy), Les classiques c’est fantastique (en décembre, des contes pour les fêtes), Contes et légendes #2 et Littérature de l’imaginaire #8.

 Et n’oubliez pas de visiter Mon avent littéraire 2020 pour le jour n° 21.

Smoke de Dan Vyleta

Smoke de Dan Vyleta.

Robert Laffont, janvier 2018, 572 pages, 22 €, ISBN 978-2-22119-354-9. Smoke (2016) est traduit de l’anglais par Isabelle D. Philippe. Je l’ai lu en poche : Le livre de poche, janvier 2019, 769 pages, 9,70 €, ISBN 978-2-25382-008-6.

Genres : littérature allemande, science-fiction.

Dan Vyleta naît le 15 juillet 1974 à Gelsenkirchen en Rhénanie-du-Nord-Westphalie (Allemagne) (*) de parents tchèques. Il est Allemand et naturalisé Canadien. Il vit à Birmingham en Angleterre (où il enseigne l’écriture créative). Du même auteur : Pavel & I (2008), The Quiet Twin (2011), The Crooked Maid (2013) et son nouveau roman, Soot (2020) qui est une suite de Smoke (super !). Plus d’infos sur son site officiel.

(*) Zut, j’ai lu ce roman en mai et j’ai traîné pour rédiger la note de lecture mais, si j’avais su que l’auteur était Allemand (je pensais qu’il était Anglais !), j’aurais publier cette chronique le mois dernier pour le challenge Les feuilles allemandes

Oxfordshire, Angleterre, fin du XIXe siècle mais une époque différente de la réalité historique. Un pensionnat d’élite pour les garçons futurs dirigeants. Thomas Argyle y est arrivé fin octobre et a manqué les cinq premières semaines de cours ce qui attise la curiosité. Pourquoi ses parents, nobles désargentés du nord, l’ont-ils caché jusqu’à ses 16 ans alors qu’il aurait dû être scolarisé à l’âge de 11 ans ?

Julius Spencer, 18 ans, préfet, est un véritable tyran… Il terrorise et humilie les plus jeunes devant leurs camarades pour faire sortir d’eux de la fumée ou de la suie (tiens, j’ai lu récemment Shadows House 1 de Sômatô, les mangakas auraient-ils lu ce roman et s’en seraient-ils inspirés ?) ainsi ils reçoivent une punition. Mais la nuit durant laquelle Julius s’en prend à Thomas, ça ne se passe pas comme d’habitude !

Heureusement Thomas a un ami, Charlie. « Et tandis qu’ils dévalent l’escalier en tapant des pieds, chacun luttant pour ne pas se laisser distancer par l’autre, Thomas en oublie presque qu’il est un garçon malade, un fléau ambulant, le fils d’un homme qui a tué. » (p. 56).

En décembre, pour la première fois depuis des décennies, les élèves les plus âgés ont droit à une sortie à Londres. « Certains d’entre vous la sentent déjà, commente Renfrew. La Fumée. Elle vous donne le sentiment d’être… anormal. Effrayé. Agressif. Frivole. Superficiel. Vos pensées commencent à s’obscurcir, vous vous appesantissez sur les choses. Au lieu d’être séparé de vous, le monde extérieur commence à s’insinuer dans votre être. Vous vous sentez petit, insignifiant, malléable, tout en étant prêt à combattre quiconque oserait le dire ; votre petite réserve de sagesse est comme rongée par des rats. La tentation s’impose à vous… de voler, tricher, fuir. Tout ce que nous vous avons enseigné – tout – est mis sous pression. […] Et encore, nous ne sommes qu’ici, dans une voiture de train fermée, à deux kilomètres de la gare ! Dehors, dans le centre-ville, parmi les Londoniens, ce sera cent fois plus intense. » (p. 67). En gros, la Fumée, la Suie, c’est le mal, et ne pas lutter pour qu’elle ne sorte pas de soi, c’est le mal aussi.

Londres est une ville sale et bruyante, peuplée de gueux, d’ivrognes, de mendiants et de gens déguenillés, tous remplis de Suie ce qui démontre leur infériorité sociale et leur noirceur d’âme… Mais Charlie voit un homme pur, donc immunisé contre la Fumée. Aurait-il rêvé ? « […] la vie après la sortie à Londres présente d’autres aspects troublants. Malgré toute la noirceur qu’ils avaient rapporté avec eux, un nouvel esprit s’était emparé des grandes classes, une forme de fierté. » (p. 101). Thomas et Charlie veulent retourner à Londres. Mais, pendant les vacances de Noël, ils vont au manoir du baron Naylor, l’oncle de Thomas. Ils y rencontrent l’épouse et la fille, adolescente, Livia. Et une aventure, dangereuse, s’ouvre à eux.

L’éditeur dit qu’il y a un petit côté Dickens (sûrement pour la noirceur) et un petit côté Harry Potter (peut-être pour le pensionnat) mais ce roman situé dans l’Angleterre victorienne est finalement lui-même et vit avec sa propre histoire et ses propres personnages. J’ai mis trois jours pour lire ce roman qui m’a passionnée et je suis ravie de voir qu’une suite vient de paraître, Soot, mais pas encore traduite en français.

En tout cas, je ne veux pas dévoiler trop de choses, je pense vous en avoir dit assez. C’est un très bon roman, à la fois historique et science-fiction, plutôt steampunk (mais avec de la fumée différente de la vapeur), avec de l’aventure, du mystère, des rebondissements, bref c’est un roman dense et complexe avec une atmosphère spécifique mais très agréable à lire.

Je publie (vite) ma note de lecture car j’ai mis ce roman dans Mon avent littéraire 2020 pour le jour n° 9 c’est-à-dire hier…

Je mets cette lecture dans British Mysteries #5, Littérature de l’imaginaire #8, Vapeur et feuilles de thé et Voisins Voisines (Allemagne).

Une histoire des abeilles de Maja Lunde

Une histoire des abeilles de Maja Lunde.

Presses de la Cité, août 2017, 400 pages, 22,50 €, ISBN 978-2-25813-508-6. Bienes Historie (2015) est traduit du norvégien par Loup-Maëlle Besançon. Je l’ai lu en poche : Pocket, août 2018, 448 pages, 8,20 €, ISBN 978-2-26628-435-6. Je préfère la couverture du poche qui en plus a comme des alvéoles.

Genres : littérature norvégienne, roman, science-fiction.

Maja Lunde naît le 30 juin 1975 à Bislett (un quartier d’Oslo) en Norvège. Elle étudie à l’université d’Oslo et publie son premier roman, Over Grensen soit À travers la frontière, en 2012, un roman jeunesse ; suivront Barnas Supershow (2012) et Battle (2014) avant ce premier roman pour adultes, Une histoire des abeilles, qui reçoit le Fabelprisen en 2016. Ensuite Snill, snillere, snillest (2016, roman jeunesse) et Blaa soit Bleue (2017) paru aux Presses de la Cité (2019). Ne sont donc traduits en français que ses deux romans pour adultes.

2198, Sichuan, Chine. Tao pollinise manuellement les arbres fruitiers. Elle est mariée à Kuan et le couple a un fils de 3 ans, Wei-Wen. « Les abeilles avaient disparu dès les années 1980, bien avant l’Effondrement, tuées par les insecticides. » (p. 10). Dans cette Chine du futur, les enfants travaillent dès l’âge de 8 ans car il faut que tous participent à l’effort collectif.

1851, Hertfordshire, Angleterre. William est naturaliste et tient un petit magasin de semences. Il est marié à Thilda et le couple à un fils, Edmund, 16 ans, et 7 filles entre 7 et 14 ans. Elles chantent un chant de Noël mais leur père est très malade. « Il n’y aurait pas de miracle aujourd’hui. » (p. 25).

2007, Ohio, États-Unis. George est fermier et apiculteur. Il est marié avec Emma et leur fils, Tom, étudiant, revient à la maison pour une semaine de vacances. Mais père et fils n’arrivent pas à communiquer et William ne comprend pas que Tom soit devenu végétarien. « Si j’avais su que tu deviendrais comme ça, je ne t’aurais jamais envoyé à la fac. » (p. 33). En plus, Tom veut devenir journaliste.

L’Effondrement, c’est « la chute des démocraties et la guerre mondiale qui avait suivi, quand la nourriture devint une denrée réservée à une infime minorité. » (p. 40).

Ce roman en triptyque est constitué de chapitres qui se suivent, toujours dans le même ordre : 2198, 1851, 2007. À travers le temps et l’espace, cette histoire des abeilles montre que tout est lié sur cette Terre et que l’humanité court à sa perte si elle continue sur le chemin qu’elle a pris.

En 2007, beaucoup d’apiculteurs dans le sud des États-Unis perdent leurs abeilles à cause de l’apiculture et de l’agriculture intensives. « Elle devait être l’œuvre de l’homme, car lui seul est capable d’inverser l’ordre de la nature et de la placer sous son contrôle, plutôt que le contraire. » (William à propos d’une nouvelle ruche qu’il veut fabriquer, p. 160). C’est donc en 2007 que l’expression Colony Collapse Disorder est créée, c’est « le syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles. » (p. 310). Dans les années qui suivent, ce phénomène touche le monde entier…

Qu’est-ce qui relie ces hommes, ces familles ? Tout d’abord, les abeilles mais pas que… Les liens familiaux, la transmission aux générations suivantes, l’écologie… Mais, reprenons dans l’ordre chronologique. 1851 donc, en Angleterre, William va fabriquer les premières ruches qui vont emprisonner les abeilles et créer l’apiculture humaine. On sait maintenant que les abeilles sauvages ont pratiquement disparu… 2007, les ancêtres (une en fait) de William ont apporté aux États-Unis les plans de ces ruches et George va essayer de les reproduire voire de les améliorer. On sait maintenant que ça a aggravé les choses et que les abeilles ont disparu de plus en plus et dans le monde entier. 2198, il n’y a plus d’abeilles depuis plus de deux siècles et la pollinisation doit se faire manuellement (c’est qu’il faut nourrir toute la population). Mais, lors d’un pique-nique, il arrive quelque chose à Wei-Wen et il est retiré à ses parents : Kuan se résigne mais Tao va tout faire pour retrouver son fils.

Voilà, le reste, je vous laisse le découvrir dans ce précieux roman visionnaire qui met en parallèle passé, présent et futur de façon admirable. L’écriture de Maja Lunde doit être géniale et, en tout cas, le roman est très bien traduit. J’ai passé un merveilleux moment de lecture, sur les trois continents à trois périodes différentes (comme trois romans différents en fait) mais bien choisies car elles sont les trois novatrices, en pensant bien faire, et conduisent à la catastrophe…

Coup de cœur pour moi, ce premier roman traduit en français d’une Norvégienne, tiens Décembre nordique, ça tombe bien ! Bon, je sais, je l’ai lu avant mais j’ai tellement de retard dans mes notes de lecture… Et puis, j’ai mis ce livre dans Mon avent littéraire 2020 en jour n° 5 (aujourd’hui…) pour « Le livre dont l’écriture m’a éblouie » donc il faut bien que je la publie cette note de lecture ! Et j’ai un message pour vous, tous, lisez ce roman !

J’honore aussi les challenges Animaux du monde #3 (abeilles), Littérature de l’imaginaire #8, Petit Bac 2020 (catégorie Animal pour Abeilles) et Voisins Voisines 2020 (Norvège).

Ils l’ont lu : Le chien critique, Lutin82 (Albédo), Yogo (Les lectures du Maki).

Et n’oubliez pas de visiter Mon avent littéraire 2020, ce roman est dans le jour n° 5.