Une histoire pour l’Europe de Will Self

Une histoire pour l’Europe de Will Self.

Mille et une nuits, La Petite Collection n° 200, mars 1998, 48 pages, 1 €, ISBN 2-84205-315-X. A Story for Europe (1996) est traduit de l’anglais par Francis Kerline. Illustrations par Serge Kantorowicz. Postface d’Olivier Cohen.

Genres : littérature anglaise, nouvelle, science-fiction.

Will Self naît le 26 septembre 1961 à Hammersmith (Londres, Angleterre). Il est écrivain (romans, nouvelles) et journaliste. Plus d’infos sur son site officiel.

Londres, chez la famille Green. Humphrey, surnommé Humpy, deux ans et demi, se met subitement à parler l’allemand. « Wir müssen expandieren ! […] Masse ! […] Massenfertigung ! » (p. 9-10). Sa mère, Miriam, journaliste, est fort mécontente, elle pense que son fils est agressif. Daniel rentre du travail le soir, « Darlehen, hartes Darlehen. » (p. 11) ricane Humpy. Miriam décide de lui faire voir un psychologue pour enfants, Philip Weston.

Francfort, au « Département de recherche-développement en capital-risque de la Deutsche Bank » (p. 18), le docteur Martin Zweijärig, 61 ans, n’arrive pas à se concentrer, sue, parle tout seul, un genre de charabia… « Qu’est-ce qui m’arrive ? Serais-je en train de perdre la bille ? » (p. 34).

Tout comme Maudit soit l’Éternel ! et Dieu n’a pas que ça à foutre de Thierry Marignac, je n’avais jamais entendu parler de cet auteur et j’ai voulu lire ce petit livre avant qu’il parte au pilon. Eh bien… L’idée de départ était originale mais je trouve qu’elle n’est pas développée (il n’y a pas de fin, pas de lien entre le bébé et le vieil homme, donc l’interchangeabilité n’aboutit à rien…). Voilà, cette histoire aussi se lit vite mais ne me laissera pas un souvenir impérissable… Et vous, vous connaissiez ?

Pour Littérature de l’imaginaire #9, S4F3 #7 et Les textes courts.

Le Murder Club du jeudi de Richard Osman

Le Murder Club du jeudi de Richard Osman.

JC Lattès, collection Grands formats, avril 2021, 432 pages, 22,90 €, ISBN 978-2-70244-941-7. The Thursday Murder Club (2020) est traduit de l’anglais par Sophie Alibert.

Genres : littérature anglaise, premier roman, roman policier.

Richard (Thomas) Osman naît le 28 novembre 1970 à Billericay dans l’Essex (Angleterre). De 1989 à 1992, il étudie les sciences politiques et la sociologie au Trinity College de Cambridge. Il est surtout célèbre en tant que professionnel de la télévision anglaise en particulier la BBC et ITV (animateur, producteur, réalisateur). Une petite info qui n’a rien à voir avec la littérature, c’est un géant, il mesure 2,01 m. Une autre info, musicale celle-ci, son frère aîné, Mat Osman est le bassiste du groupe Suede. The Thursday Murder Club est son premier roman. Plus d’infos sur sa page FB et son compte Twitter.

Coopers Chase est un village de luxe pour les retraités. Joyce Meadowcroft, ancienne infirmière, vient de rencontrer Elizabeth qui « occupe l’un des appartements de trois chambres à Larkin Court » (p. 13) avec son mari Stephen et qui lui a posé des questions sur l’avenir possible d’une fille poignardée. Elizabeth a créé avec Penny Gray (une enquêtrice de police retraitée) le Murder Club du jeudi pour étudier de vieilles affaires classées, les fameuses cold case (et elles trouvent parfois quelque chose) mais Penny est en soins intensifs…

Les membres du Murder Club du jeudi sont Elizabeth (76 ans, je suis pratiquement sûre qu’elle était espionne !), Joyce (la nouvelle recrue, presque 80 ans), Ibrahim Arif (un psychiatre retraité de 80 ans) et Ron Ritchie (célèbre leader syndicaliste de 76 ans).

Donna de Freitas, 26 ans, agente de police au poste de Fairhaven, fait la connaissance des quatre membres du Murder Club du jeudi lors d’une conférence à Coopers Chase.

Il y a deux narrations, Joyce qui écrit son journal et l’auteur qui va de l’un à l’autre des protagonistes. Beaucoup de digressions, d’humour so British et… des meurtres ! « Nous avons tous une histoire triste dans nos cartons, mais nous ne partons pas tous tuer des gens. » (p. 32).

Parmi les protagonistes, autres que les membres du Murder Club du jeudi. Ian Ventham, qui dirige Coopers Chase, est un gros connard (ce n’est pas dans le roman, c’est moi qui le dis) qui ne pense qu’à agrandir pour gagner plus d’argent quitte à abattre des arbres et à déplacer un cimetière (le site était un couvent pendant des siècles). Tony Curran, l’associé que Ventham vient de virer, est assassiné dans sa cuisine, « traumatisme contondant à la tête » (p. 58), bon vous verrez, ce n’est pas une grosse perte. Bogdan Jankowski, un Polonais, ouvrier doué quoique parfois peu regardant sur la qualité, est l’homme à tout faire de Ventham. Jason Ritchie, ancien boxeur, est le fils de Ron le syndicaliste et il a trempé dans des affaires louches par le passé.

En tout cas, exit les vieux dossiers d’affaires classées ! « Une véritable affaire, un véritable cadavre et, là, quelque part dans la nature, un véritable assassin. » (p. 59). Elizabeth, Joyce, Ibrahim et Ron sont ravis mais comment entrer dans l’enquête menée par Chris Hudson ? « Elizabeth s’est aperçue qu’elle aimait beaucoup Donna et Chris. Le Murder Club du jeudi avait eu de la chance de tomber sur ces deux-là. » (p. 338). C’est que Donna a pu, grâce à un subterfuge d’Elizabeth, rejoindre l’équipe des enquêteurs et elle est « l’ombre » de Chris, une ombre bien utile et perspicace.

Mais, lorsque le principal suspect est lui aussi assassiné… « Nous avons donc tous été témoins d’un meurtre, fait Elizabeth. Ce qui, cela va sans dire, est fantastique. » (p. 213), tous deviennent des suspects potentiels…

J’ai vraiment aimé les relations entre les différents personnages, déjà les personnes âgées entre elles (en particulier avec Bernard, un veuf inconsolable), et ensuite les mêmes personnes âgées avec les policiers et les quelques autres personnages. Quant au style de l’auteur, il est excellent, soigné, fluide et ce roman, très bien construit, est à mon avis, un mélange de cozy mystery et de polar. Au gré des pérégrinations d’Elizabeth et Joyce, l’auteur balade ses lecteurs dans les petites villes de la campagne anglaise et envoie même Chris enquêter à Chypre (il en profite pour rappeler en toute discrétion qu’un pays européen est séparé en deux car envahi au nord par les Turcs). La fin est surprenante et n’amène pas à un tome suivant mais j’aimerais bien quand même !

D’autres l’ont lu et apprécié ou pas… comme Cannibal Lecteur en lecture commune avec Bianca, ou Maeve, et La Papivore l’a même lu in English.

Une lecture que je mets dans A year in England, British Mysteries #6, Challenge de l’été #2 (l’auteur est Anglais et nous fait voyager à Chypre, pas pendant tout le roman mais c’est assez important dans l’intrigue), Polar et thriller 2021-2022 et Voisins Voisines 2021 (Angleterre).

Le Ladies Football Club de Stefano Massini

Le Ladies Football Club de Stefano Massini.

Globe, février 2021, 192 pages, 20 €, ISBN 978-2-211-30765-9. Ladies Football Club (2019) est traduit de l’italien par Nathalie Bauer.

Genres : littérature italienne, roman, Histoire.

Stefano Massini naît le 22 septembre 1975 à Florence (Toscane, Italie). Il étudie la littérature ancienne à l’Université de Florence et s’intéresse au théâtre. Il est romancier mais aussi dramaturge, metteur en scène et consultant artistique. J’ai très envie de lire Les frères Lehman (Globe, 2018).

Voici commence le roman : « Le 6 avril 1917 la radio du front annonçait de nouveaux morts. Le 6 avril 1917 les États-Unis entraient en guerre. Le 6 avril 1917 Lénine préparait la révolution russe. Mais, surtout, le 6 avril 1917 durant la pause-déjeuner onze ouvrières de Doyle & Walker Munitions se mirent à courir derrière un ballon. » (p. 11).

Je n’aime pas le football mais je veux absolument lire ce roman qui se déroule à Sheffield en Angleterre.

Les ouvrières ont trouvé un ballon dans la cour de l’usine, Rosalyn Taylor invita ses collègues à jouer, Violet Chapman tapa la première dans le ballon et les autres suivirent. Mais le ballon n’est pas vraiment un ballon…

Le roman est conçu de telle façon que les phrases ressemblent à de la poésie (avec un retour à la ligne systématique avant la fin de la ligne, un genre de poésie libre). C’est inventif, c’est drôle et surtout c’est basé sur une histoire vraie et il y a un petit côté réaliste et engagé fort plaisant.

Chaque joueuse est présentée avec chacune une particularité qui a – ou qui n’a pas – de lien avec le football. D’ailleurs, je vais citer les 11 joueuses par respect pour elles. « Maillot n° 1 – Rosalyn Taylor. Maillot n° 2 – Olivia Lloyd. Maillot n° 3 – Justine Wright. Maillot n° 4 – Penelope Anderson. Maillot n° 5 – Abigail Clarke. Maillot n° 6 – Haylie Owen. Maillot n° 7 – Melanie Murray. Maillot n° 8 – Violet Chapman. Maillot n° 9 – Brianna Griffith. Maillot n° 10 – Sherill Bryan. Maillot n° 11 – Berenice MacDougall. » (p. 9). Malheureusement pour Rosalyn Taylor, elle se retrouva gardienne de but et elle n’aima pas ça, elle voulait frapper dans le ballon et marquer des buts mais elle était la plus grande des onze, « Grande, robuste : une armoire à glace. » (p. 32).

« Franchement, le football, c’était génial. » (p. 60). Cependant, pour ces jeunes ouvrières, qui sont des filles, des épouses pour la majorité, des mères pour certaines, c’est plus qu’une histoire de sport, c’est une liberté, c’est un symbole de lutte sociale et politique ! Mais leur patron (Hubert Walker) veut les humilier (quoi, des femmes qui se mêlent de football !) et propose un match contre une équipe d’hommes (de toute façon il n’y a pas d’autres équipes de femmes). « On va les massacrer. » (p. 84) mais, avant, il faut un nom à leur équipe et sur le logo (jaune) du tissu (noir) il y a écrit LFC (pour Long Fort Cemetery…), ce sera donc Ladies Football Club.

Le match a lieu, sur un terrain miteux derrière l’église St. Martha, devant quelques curieux et trente-six infirmières de la Croix Rouge. Contre les Hercules (des blessés de guerre, pas très valides, mais bon des hommes tout de même). Le score ? 10-1 et encore, c’est parce qu’Olivia Lloyd, qui a écrasé ces lunettes en tombant, a marqué le premier but contre son camp… « Triomphe. Masculin singulier. Ou plutôt non : victoire, explosive, je vous en donnerai des bombes de Walker. » (p. 104). Mieux que Saint-Georges terrassant le dragon ! D’ailleurs « M. Walker se présenta tout content – les joues cramoisies – en disant : ‘À l’automne, nous disputerons un autre match, et maintenant tout le monde vous veut : cette fois vous défierez les Dragons.’ Après quoi il se frotta les mains et s’en alla en chantonnant. Il était heureux. » (p. 112). Non, mais, comme s’il avait fait quelque chose !

4 novembre 2017. « En pleine révolution russe. » (p. 122), le Ladies Football Club joue contre une équipe de 11 enfants de moins de quinze ans, avec les mères en furies dans les tribunes… « face à ces marmots sur le terrain qui avait le courage d’attaquer ? » (p. 122). Le score ? 1-1 mais le but de Sherill Bryan est injustement invalidé… Eh bien, elles ont la hargne ! « Ce n’était plus onze folles qui couraient après le ballon, c’était onze victimes du système. Et diable, en temps de guerre, les victimes ont droit à un traitement particulier. » (p. 134). Elles deviennent célèbres, elles sont réclamées, leur patron est fier, il se met à aimer le football féminin et…

9 novembre 1918. Le Ladies Football Club joue contre des « ouvriers » d’une usine de textile appartenant à un Allemand à Chesterfield. « Anglais contre Allemands. En pleine guerre mondiale. Aigles noires contre Baron rouge » (p. 141), « au Hillsborough Stadium, bourré à craquer jusqu’au dernier rang » (p. 145). Vous verrez, c’est épique !

Plus de cent ans après, le football féminin existe toujours, c’est que « la révolution […], une fois allumée, ne s’éteint pas […]. » (p 160) et j’aime bien cette phrase qui revient à chaque match : « Ils en ont fait une saleté commerciale. », c’est sûr qu’il n’y a pas plus commercial que le foot 😛 Mais ce roman est une belle réussite !

Lu durant le Mois anglais, je mets cette excellente lecture dans A year in England, Challenge de l’été #2 (l’auteur, Italien, nous emmène en Angleterre, 2e billet), Challenge lecture 2021 (catégorie 15, un livre féministe, 3e billet) et Voisins Voisines 2021 (Italie).

Toto Ninja Chat et l’évasion du cobra royal de Dermot O’Leary

Toto Ninja Chat et l’évasion du cobra royal de Dermot O’Leary.

Gallimard jeunesse, collection Grand format littérature, juin 2019, 208 pages, 12,90 €, ISBN 978-2-07512-155-2. Toto the Ninja Cat and the Great Snake Escape (2017) est traduit de l’anglais par Karine Chaunac.

Genres : littérature anglaise, fantastique, jeunesse.

Dermot O’Leary naît le 24 mai 1973 à Colchester dans l’Essex (Angleterre). Il est Anglo-Irlandais. Animateur (radio et télévision) depuis 1998, il s’inspire de ses deux chats (Toto et Silver) pour se lancer dans l’écriture de cette série destinée à la jeunesse, Toto Ninja Chat (4 tomes pour l’instant). Toto Ninja Chat et le grand braquage du fromage (tome 2, 2019), Toto Ninja Chat et le concert de l’enfer (tome 3, 2020) et Toto the Ninja Cat and the Mystery Jewel Thief (encore non traduit en français, 2021).

Nick East, né le 28 février 1968 dans le Yorkshire, est un illustrateur jeunesse anglais.

Toto, une minette noire, et Silver, son frère gris, vivent avec un couple à Londres depuis trois semaines. Ils dorment mais Toto entend dehors un « vacarme infernal » (p. 9.) Toto est pratiquement aveugle mais elle a suivi une formation de ninja en Italie (les deux chats arrivent des Pouilles). L’intrus qui se nourrit dans la poubelle de Papa et Mamma est Alexandre Rattinoff XXXIII, surnommé Facedechat. Il dit être un chat mais j’ai plutôt l’impression que c’est un rat… !

Facedechat propose à Toto et Silver de leur faire visiter le quartier, Camden, et leur fait prendre le « métro des animaux » (p. 42). C’est le même que celui des humains mais les animaux voyagent sur le toit. Ce que découvrent Toto et Silver est magnifique, la cathédrale Saint-Paul, la tour de Londres, le palais de Buckingham, le Shard (le plus haut building de Londres). Les deux chats se font, en une nuit, de nouveaux amis, des chauves-souris, des corbeaux, des goélands, … et même les chiens de la Reine ! Et, au 10 Downing Street, Facedechat leur présente Larry le chat (qui bizarrement ressemble lui aussi à un rat).

Mais, alors que Facedechat raccompagne Toto et Silver chez eux, les trois amis se rendent compte que Camden est « en plein chaos animalier » (p. 62). Brian, « le célèbre cobra royal du zoo de Londres, un des plus dangereux reptiles au monde » (p. 67), s’est échappé ! Au zoo, après une rencontre avec le couple de tigres, Melati et Jae Jae, fort sympthiques (si, si !), les trois amis doivent s’enfoncer dans un égout où Brian s’est rendu pour manger des rats, un égout « sale, malodorant et humide » (p. 103).

Ah, j’avais bien deviné pour Facedechat ! Mais c’est vrai qu’il ressemble quand même un peu à un chat, du moins aux yeux de son père, « Henrich Rattinoff, 835e du nom, roi de Camden, Regent’s Park, Primrose Hill et des quartiers alentours » (p. 124) qui l’a banni de Ratville…

Rats et chats s’enfoncent dans le tunnel où Brian a été repéré : « […] un serpent gigantesque. Il avait l’air féroce. Il avait l’air terrifiant. Il avait l’air… endormi. » (p. 131).

Vous voulez savoir pourquoi Brian s’est enfui du zoo et lire une belle histoire d’amitié (d’amour même) ? Lisez ce premier tome de Toto Ninja Chat ! L’aventure et le suspense sont au rendez-vous et surtout c’est drôle et très bien illustré. Je l’ai acheté pour le Mois anglais, non seulement je ne regrette pas mais en plus j’ai hâte de lire les tomes suivants ! Sharon l’a également lu et apprécié.

Je mets aussi cette excellente lecture dans A year in England, Challenge de l’été #2 (Angleterre), Jeunesse young adult #10, Littérature de l’imaginaire #9, Petit Bac 2021 (catégorie Animal pour Cobra royal) et Voisins Voisines 2021 (Angleterre).

Sa Majesté mène l’enquête 1 – Bal tragique à Windsor de S.J. Bennett

Sa Majesté mène l’enquête 1 – Bal tragique à Windsor de S.J. Bennett.

Presses de la Cité, mai 2021, 352 pages (l’éditeur annonce 280 pages mais mon livre contient bien 352 pages), 14,90 €, ISBN 978-2-25819-473-1. The Windsor Knot (2020) est traduit de l’anglais par Mickey Gaboriaud.

Genres : littérature anglaise, roman policier, espionnage.

S.J. Bennett, née en 1966, est en fait Sophia Bennett, autrice de romance et de romans jeunesse. Plus d’infos sur son site officiel, son blog et sa page FB (in English, of course). Bal tragique à Windsor est le premier tome d’une série de cozy mystery mettant en scène la reine Elizabeth II.

Avant de commencer ma chronique de lecture, je voudrais dire une chose. Le mot « cosy » existe en français, c’est un anglicisme qui signifie agréable, confortable. Mais le terme anglais consacré pour le genre littéraire qui nous concerne ici est cozy mystery ou cozies (au pluriel) et non « cosy mystery » comme je le vois un peu partout (ce qui m’énerve prodigieusement parce que, nous, Français, sommes pour la majorité incapables de respecter les mots ou les noms étrangers sans les déformer ou les franciser…). En tout cas, j’en disais plus sur le cozy mystery ici.

Avril 2016. Le lendemain d’une soirée dine-and-sleep et d’un bal à Windsor, un pianiste russe est « retrouvé mort dans son lit » (p. 14). La reine « avait rencontré ce jeune homme. Elle avait même dansé avec lui, en fait. » (p. 14). Mais, alors que le cadavre est emporté à la morgue, la reine apprend de son secrétaire particulier, sir Simon Holcroft, que le jeune artiste, Maksim Brodski (24 ans), était nu et pendu avec une ceinture de peignoir mauve dans la penderie… Shocking ? Même pas, la reine en a vu et entendu d’autres durant toutes ces années ! Cependant la reine doit accueillir le couple Obama donc « Ils revinrent aux affaires courantes. Tout cela était néanmoins très déstabilisant. » (p. 24) parce que ce n’est ni un suicide ni un accident mais un meurtre ! « Il y avait un assassin en liberté au château de Windsor. En tout cas, il y en avait eu un la veille au soir. » (p. 48).

C’est vraiment amusant de savoir que la reine Elizabeth II fait des recherches Google sur son iPad à 90 ans. J’ai aimé la tendresse et l’humour entre la reine et son époux, Philip (il lui ramène des caramels écossais dont elle raffole). Il y a des événements surprenants comme la balade surréaliste de la reine avec ses chiens (corgis et dorgis) et les policiers responsables de l’enquête, sous la pluie. So British, me direz-vous.

En tout cas, Humphreys, le directeur du MI5, est persuadé que ce meurtre a été commis par un agent dormant russe présent à Windsor depuis peut-être très longtemps… En grand secret, la reine et sa nouvelle secrétaire particulière adjointe, Rozie Oshodi, une jeune femme surdouée originaire du Nigeria, mènent l’enquête. C’est que « La reine résout des énigmes criminelles. Je crois qu’elle a démêlé sa première affaire dès l’âge de 12 ou 13 ans. Toute seule. Elle voit des choses que les autres ne voient pas – souvent parce qu’ils ont tous le regard rivé sur elle. Ses connaissances couvrent aussi énormément de domaines. Elle a un œil de lynx, du flair pour déceler les mensonges et une mémoire fabuleuse. » (p. 103-104).

Allez, venez admirer les tenues colorées de la reine, boire le thé en mangeant des scones, faire une balade royale à cheval ou à poney, découvrir ses souvenirs d’enfance ou de guerre… Et puis, essayez de respecter le protocole et de ne pas mettre les pieds dans le plat comme le président Obama : « – Je crois savoir que vous avez eu un petit problème ici. Avec un jeune Russe. Si nous pouvons aider d’une manière ou d’une autre… La reine se tourna vers lui avec une expression grave, puis sourit brièvement pour dédramatiser. – Merci. Nos services de renseignement semblent maîtriser la situation. Je crois qu’ils pensent que c’est le majordome qui a fait le coup. – Ce serait conforme à la tradition. – J’espère que ce n’est pas lui. Je suis plutôt attachée à mes domestiques. » (p. 208).

Quant à la reine, elle est bien au courant de l’évolution du progrès technologique et des mentalités. « Aujourd’hui, tout pouvait avoir des conséquences importantes. Personne ne savait plus garder un secret. » (p. 250). Mais elle enquête avec une si grande discrétion que pratiquement personne n’est au courant (sauf le lecteur mis dans la confidence bien sûr). D’ailleurs, le roman est très bien documenté même s’il y a un petit côté qui ne se prend pas au sérieux ; c’est léger, c’est frais (je veux dire pluvieux) et je prendrai grand plaisir à retrouver Rozie et la reine dans les tomes suivants.

Une jolie lecture pour le Mois anglais que je mets également dans A year in England, British Mysteries #6, Petit Bac 2021 (catégorie Lieu pour Windsor), Polar et thriller 2020-2021 et Voisins Voisines 2021 (Angleterre).

Mois anglais #10 – juin 2021

Comme je le disais en début d’année dans A year in England 2021, j’ai participé aux précédentes éditions du Mois anglais. Sur un ancien blog, 1ère édition en 2011-2012 (4 billets), 2e édition en 2013 (8 billets), 3e édition en 2014 (1 billet). Sur ce blog, 4e édition en 2015 (12 billets + bilan), 5e édition en 2016 (2 billets), 6e édition en 2017 (5 billets), 7e édition en 2018 (6 billets), 8e édition en 2019 (4 billets) et 9e édition en 2020 (7 billets).

En ce mois de juin, voici donc le Mois anglais 10e édition, c’est énorme ! Infos, programme (je pense plutôt publier en « billets libres »), superbes logos et inscription chez Lou et chez Titine + groupe FB. Bon Mois anglais à tous les participants, bonnes lectures et belles découvertes !

Mes billets pour ce Mois anglais

1. Sa Majesté mène l’enquête 1 – Bal tragique à Windsor de S.J. Bennett (Presses de la Cité, 2021, 352 pages).

2. Toto Ninja Chat et l’évasion du cobra royal de Dermot O’Leary (Gallimard, 2019, 208 pages).

Un petit Mois anglais (c’était à prévoir avec la reprise du travail en présentiel) mais je suis contente car j’ai lu et aimé les deux romans que j’avais achetés exprès.

Breaking news : j’ai lu Le Ladies Football Club de Stefano Massini (Globe, 2021, 192 pages) le 30 juin avant minuit (avant 23 heures même et en rédigeant ma chronique au fur et à mesure de la lecture, elle sera en ligne vendredi matin), l’auteur est Italien mais l’histoire se déroule à Sheffield en Angleterre de 1917 à 1918.

Le cœur battant du monde de Sébastien Spitzer

Le cœur battant du monde de Sébastien Spitzer.

Albin Michel, août 2019, 448 pages, 21,90 €, ISBN 978-2-22644-162-1.

Genres : littérature française, roman historique, roman social.

Sébastien Spitzer naît le 9 mars 1970 à Paris. Il étudie à l’Institut d’études politiques de Paris et devient journaliste puis écrivain (documents et romans). Son premier roman, Ces rêves qu’on piétine, paraît aux éditions de l’Observatoire en 2017. Puis Le cœur battant du monde et La fièvre chez Albin Michel, respectivement en 2019 et en 2020.

Londres, 1851. Pendant que les gens aisés paient pour visiter le Palais de Cristal (construit pour l’Exposition universelle), les gens pauvres comme Charlotte (qui a fui la famine en Irlande) vivent dans la misère (une profonde misère). Pourtant cette jeune femme sait coudre et ravauder, elle « sait ranger aussi, plier, laver, écrire, compter, se tenir, se taire et danser quand c’est l’heure de faire la fête au son de la flûte et du violon. Charlotte est une bonne fille d’Irlande. » (p. 17). Elle est enceinte mais son mari, Evans, et parti chercher de l’or en Amérique. Elle veut se présenter à un emploi et se rend à la gare mais elle est agressée et miraculeusement sauvée par le docteur Markus Malte.

Au même moment, Engels arrive par le train de Manchester où il y a des grèves. Il connaît Markus Malte et son regard croise celui de la jeune femme mais il a rendez-vous avec un ami surnommé le Maure, c’est-à-dire Karl Marx. Recherché par plusieurs polices d’Europe, ce dernier est réfugié dans un taudis de Soho avec son épouse, Johanna von Westphalen, une baronne prussienne déchue par sa famille, et leurs enfants.

Le lecteur suit ces trois personnages, Charlotte Evans, Markus Malte, Friedrich Engels et avec lui, Karl Marx et sa famille. Leurs chemins vont se croiser et s’éloigner mais leurs destins seront liés.

Les idées d’Engels (qui est directeur dans une entreprise industrielle que son père possède en partie, Ermen & Engels) et de Marx sont bonnes en théorie mais… (j’expliquerai plus loin). « Des mères et leurs enfants soumis quinze heures de rang à la violence des machines, aux éclaboussures d’huile, à la vapeur brûlante et à toute l’eau qu’il faut pour assouplir les fils de coton et éviter qu’ils cassent. » (p. 88-89). De par son statut, Engels fréquente des aristocrates, des banquiers… mais il ne supporte pas que l’usine impose « ses règles et sa violence » (p. 136).

Durant l’agression, Charlotte a perdu son bébé… Le docteur Markus Malte l’a recueillie chez lui et soignée. Lorsqu’elle va mieux, il lui propose d’adopter Freddy, qui vient de naître prématuré à seulement 7 mois de grossesse. Freddy est l’enfant caché de Karl Marx et de l’employée de maison, Nim Demuth. Il ne faut surtout pas que quiconque apprenne son existence.

1863. Charlotte et Freddy fuient Londres pour Manchester. Freddy a 12 ans et il devient apprenti chez le teinturier Saltz. « Il est attentif. Il apprend vite. Il est le premier sur place et le dernier parti. » (p. 161).

Mais la guerre de Sécession dure depuis plus deux ans et le coton n’arrive plus en Angleterre, ni pour les artisans comme Saltz ni pour les entreprises comme celle d’Engels. « L’article inventorie les dernières victoires du général Sherman […]. Il compare le chef yankee à un barbare détruisant tout sur son passage, non seulement ses ennemis, mais aussi les routes, les voies ferrées, les propriétés privées et surtout les champs de coton, les entrepôts et les stocks. » (p. 167).

Je ne vais pas vous résumer plus pour que vous puissiez découvrir par vous-même l’Histoire et les histoires que raconte ce très beau roman, bien écrit, bien construit, avec un suspense qui va crescendo.

Je voudrais simplement donner mon avis sur le comportement abject de Karl Marx. « Toi, Engels. Tu finances ! Débrouille-toi pour trouver de l’argent. Il faudra plus d’argent. Beaucoup plus. » (p. 175) alors qu’il vient de lire un extrait du Capital qu’il est en train d’écrire et dans lequel il vilipende l’argent et les riches mais, lui qui n’a jamais travaillé et gagné d’argent, est bien content qu’Engels paie tout (logement, nourriture…) pour lui et sa famille, le matériel dont il a besoin pour écrire, et qu’il traduise ses textes en anglais après les avoir relus et corrigés pour les envoyer à des journaux aux États-Unis. Les idées de Marx étaient peut-être remarquables mais son comportement était loin de l’être…

Et je ne suis pas la seule à penser ça. Lydia, la compagne d’Engels, aussi. « Lydia se demande toujours comment Engels peut admirer ce couple. Ils se disent près du peuple. C’est presque leur fonds de commerce. Pourtant ils le méprisent, tous les deux. Elle par son rang et lui par ses inclinations. » (p. 351-352).

Ce roman montre les gens, les pauvres (la population des quartiers mal famés, les exilés irlandais…) et les riches (les bourgeois comme Engels et Marx, et quelques aristocrates). Et aussi l’industrie anglaise et ses accointances commerciales avec l’Inde et les États-Unis, et le lecteur comprend les prémices de révolutions à venir (irlandaise, communiste…) et les exactions de la Guerre de Sécession. Rien n’est pur dans ce cœur battant du monde qu’est Londres dans l’Angleterre victorienne du XIXe siècle. Mais Sébastien Spitzer insuffle du romanesque, du beau (les enfants, la musique…) et livre un roman foisonnant et passionnant. J’ai maintenant très envie de lire Ces rêves qu’on piétine qui parle de Magda Goebbels (ce livre avait échappé à mon attention à sa parution).

Je mets cette lecture dans A year in England et dans Challenge lecture 2021 (catégorie 30, un livre dont l’histoire se déroule dans un pays européen, 2e billet).

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Projet 52-2021 #9

Neuvième semaine pour le Projet 52-2021 de Ma avec le thème un petit peu de… En fait, après le café de la semaine dernière, vous allez bien prendre un petit peu de thé ? Mais alors, vraiment un tout petit peu parce que ce service anglais qui vient en fait du Japon est minuscule (il ne mesure que 5 cm !). Je ne veux pas généraliser en disant « tous les Japonais » mais beaucoup de Japonais aiment la monarchie anglaise (goodies en tout genre) et beaucoup de Japonais aiment les choses petites, mignonnes, kawaii comme ils disent. Je vous souhaite un bon week-end printanier et, si vous voulez participer, allez voir Ma !

L’attaque du Calcutta-Darjeeling d’Abir Mukherjee

L’attaque du Calcutta-Darjeeling d’Abir Mukherjee.

Liana Levi, collection Policiers, octobre 2019, 400 pages, 21 €, ISBN 979-1-03490-190-6. A Rising Man (2017) est traduit de l’anglais par Fanchita Gonzalez Batlle.

Genres : littérature anglo-indienne, roman policier, premier roman.

Abir Mukherjee naît en 1974 à Londres dans une famille indienne mais il grandit en Écosse. Diplômé de la London School of Economics, il travaille dans le monde de la finance puis se lance dans l’écriture de romans historiques policiers. L’attaque du Calcutta-Darjeeling est le premier tome de la série avec le capitaine Sam Wyndham et le sergent Surendranath Banerjee (*). Ce premier roman est lauréat du Historical Dagger Award 2017 et du Prix du polar européen 2020. Les autres romans de la série sont A Necessary Evil (2017) soit en français Les princes de Sambalpur (Liana Levi, 2020), Smoke and Ashes (2018), Death in the East (2019) et un roman indépendant de la série, Sin is the New Love (2018). Plus d’infos sur le site d’Abir Mukherjee.

(*) Un Surendranath Banerjee a réellement existé (1848-1925), c’était un homme politique indien qui a créé la Indian National Association (une organisation nationaliste) avec Ananda Mohan Bose en 1876 (à noter qu’il y a une madame Bose dans le roman mais, bon, elle a une autre fonction…). Comme les Britanniques n’arrivent pas (ou ne font pas l’effort ?) à prononcer correctement les (pré)noms indiens, le sergent Surendranath Banerjee est surnommé en anglais Surrender-Not ce qui signifie « abandonner-non » (en français Satyendra, devient simplement Sat). Quant au nom de l’auteur, Mukherjee donc, il y a dans le roman un chef d’organisation « nommé Jatindranath Mukherjee, que les indigènes appelaient « Bagha Jatin », le Tigre. » (p. 171) et ce penseur révolutionnaire a réellement existé (1879-1915), un ancêtre de l’auteur ?

Quartier de Black Town, Calcutta., avril 1919. Un sahib (un Britannique) a été retrouvé égorgé dans une ruelle nauséabonde près d’un bordel. Le capitaine Samuel (Sam) Wyndham, un ancien de Scotland Yard arrivé en Inde depuis une semaine, son second l’inspecteur adjoint Digby, et le sergent Satyendra (Sat) Banerjee mènent l’enquête. « Inhabituel de trouver un cadavre de sahib dans cette partie de la ville. » (p. 13). Le mort est Alexander MacAuley, un haut-fonctionnaire proche des nantis et du gouverneur…

Ce poste de capitaine au Bengale, Wyndham l’a eu grâce à Lord Charles Taggart, le chef de la police mais Digby est mécontent car la promotion qu’il espérait lui est passée sous le nez.

J’ai aimé l’honnêteté de Banerjee. « Banerjee réfléchit un instant. ‘Je crois qu’un jour nous pourrons effectivement obtenir notre indépendance. Ou bien les Britanniques pourraient partir définitivement. Dans un cas comme dans l’autre je suis certain qu’un tel événement ne sera pas le signal de la paix universelle et de la bonne volonté parmi mes concitoyens, quoi que puisse en penser M. Gandhi. Il y aura encore des meurtres en Inde. Si vous partez, monsieur, nous aurons besoin de compétences pour occuper les postes que vous laisserez vacants. C’est aussi valable pour faire respecter la loi que pour le reste. » (p. 28).

J’ai aimé aussi en apprendre un peu plus sur le passé de Wyndham, son enfance, orphelin de mère, père remarié, internat, entrée dans la police grâce à un oncle, puis la brigade criminelle, le mariage avec Sarah, l’incorporation dans l’armée en janvier 1915, sa montée en grades, cette première guerre mondiale dans laquelle il a tout perdu (son père, son demi-frère, ses compagnons d’armes, tous morts, et même Sarah de la grippe espagnole…), lui-même ayant été gravement blessé dans une tranchée française sous les bombes allemandes. Tout ça fait l’homme, le policier, qu’il est devenu et explique son départ pour l’Inde puisqu’il n’avait plus personne en Angleterre.

« Le Bengale : terre verdoyante, d’abondance et d’ignorance. Il m’est apparu comme un pays de jungle fumante et de mangrove détrempée, plus d’eau que de terre. Son climat était hostile, tantôt desséché par un soleil brûlant, tantôt trempé par les pluies de la mousson, comme si Dieu lui-même, dans un mouvement d’humeur, avait choisi dans la nature tout ce qui était abominable pour un Anglais et l’avait installé dans cet endroit maudit. Il allait donc de soi que c’était ici, à quatre-vingt miles à l’intérieur des terres, dans un marais à malaria sur la rive occidentale du Hoogly boueux, que nous devions juger souhaitable de construire Calcutta, notre capitale indienne. Je suppose que nous aimons les défis. » (p. 38-39). Je ne savais pas que Calcutta était une ville (commerciale) construite de toute pièce par les Britanniques ! Dans le style « néo-classique colonial – tout en colonnes, corniches et fenêtres garnies de volets –, elle était peinte en bordeaux. Si le Raj, l’Empire britannique d’ici, a une couleur, c’est le bordeaux. » (p. 40).

Dans ce premier roman, j’ai trouvé vraiment intéressant qu’un Anglo-Indien donne la parole à un Anglais (Wyndham) et à un Indien (Banerjee) et que les deux puissent confronter leurs avis, pas toujours divergents. Et puis il y a aussi de bonnes idées pour les femmes. « C’est étonnant qu’un homme aussi haut placé que MacAuley ait eu une femme comme secrétaire. Mais les temps changent. En Angleterre aussi on dirait qu’il y a beaucoup plus de femmes qui exercent le métier d’hommes envoyés dans les tranchées. Maintenant que la guerre est finie elles n’ont pas l’air pressées de retourner à la cuisine. Je trouve cela très bien. Tout homme qui a passé du temps dans un hôpital de campagne soigné par des infirmières est prêt à vous dire que davantage de femmes au travail est une chose à encourager chaudement. » (p. 50). D’ailleurs la secrétaire de MacAuley s’appelle Annie Grant et elle va devenir amie avec Wyndham, de plus c’est non seulement une femme mais en plus une métis anglo-indienne. Elle fait partie des « Européens domiciliés. » (explications édifiantes p. 126-127).

Je reviens sur Calcutta, la ville étant un des personnages centraux de ce roman qui fait vraiment voyager (même si chaleur torride, humidité et moustiques ne font pas très envie…). « Rien, sauf peut-être la guerre, ne vous prépare pour Calcutta. » (p. 67). Selon le baron Robert Clive (1725-1774, apparemment, c’était quelqu’un de célèbre, ah oui, major-général, pair d’Irlande et gouverneur du Bengale), Calcutta est « l’endroit le plus cruel de l’Univers » (p. 67), gloups ! Et sur sa population : une des particularités des Bengalis – contrairement aux Pendjabis, aux Sikhs et aux Pathans, c’est de ne pas aimer se battre et de préférer les mots, c’est pourquoi les Britanniques craignent que les Bengalis manigancent et complotent. Mais Wyndham « aime beaucoup l’idée qu’un peuple préfère parler plutôt que se battre. » (p. 68). Vous voyez, ce roman est bien plus qu’un simple roman policier !

D’ailleurs revenons à l’enquête. Wyndham habite dans une pension (où la bouffe est dégueulasse) et il embauche Salman, un jeune conducteur (tireur en fait) de rickshaw pour pouvoir être conduit n’importe quand, de jour comme de nuit, n’importe où. En plus du meurtre de MacAuley, Wyndham et son équipe sont appelés sur l’attaque d’un train de nuit en provenance de la gare de Sealdah (Calcutta) à destination de Darjeeling (d’où le titre), attaque durant laquelle des indigènes ont tué le jeune Hiren Pal. Au mauvais moment au mauvais endroit ou les deux affaires sont liées ? « Une bande de dacoits attaque un train, tue un surveillant et s’en va sans rien voler ? C’est ridicule. […] tous les sacs de courrier sont toujours là, et comme je l’ai déjà dit, ils n’ont pas dépouillé les voyageurs. » (p. 91) mais « si leur objectif était le vol, pourquoi n’ont-ils rien emporté ? » (p. 96).

Les deux enquêtes se déroulent du mercredi 9 avril 1919 (pour MacAuley) / jeudi 10 avril 2019 (pour l’attaque du train) au mardi 15 avril 1919, ce sont donc des enquêtes courtes mais il s’en passe des choses, il y a des trahisons, des rebondissements et la fin est vraiment surprenante ce qui me donne très envie de lire la suite des aventures de Wyndham et Banerjee.

D’autant plus que j’ai aimé l’humour de l’auteur, un humour à la fois so british et à la fois indien. Voici trois extraits représentatifs. « Mieux vaut parfois ne pas se réveiller. Mais à Calcutta c’est impossible. Le soleil se lève à cinq heures en déclenchant une cacophonie de chiens, de corbeaux et de coqs, et au moment où les animaux se fatiguent, les muezzins démarrent, de chaque minaret de la ville. Avec tout ce bruit, les seuls Européens à ne pas être déjà éveillés sont ceux qui sont ensevelis au cimetière de Park Street. » (p. 81). « […] j’ai appris que la meilleure chose à faire dans une telle situation est de l’ignorer et d’aller déjeuner. L’ennui c’est que je ne sais pas où. Je ne suis pas à Londres. Ici, sous les tropiques, où un Anglais peut attraper la dysenterie rien qu’en regardant un sandwich comme il en faut pas, le choix d’un endroit où se restaurer est potentiellement une question de vie ou de mort. » (p. 119). « La pluie torrentielle a engorgé les égouts et transformé les rues en canaux, faisant de Black Town une Venise du pauvre, quoiqu’avec moins de gondoles et plus de rats noyés. » (p. 300).

Ce roman est vraiment complet, des personnages fouillés, des descriptions incroyables et un peu de géographie, deux enquêtes prenantes, de la politique (les lois Rowlatt contre le terrorisme viennent d’être votées), de l’Histoire (le Raj peut-il tenir face à la détermination des peuples ?), de l’humour (extraits ci-dessus) et une sérieuse analyse de la situation : « Je me sens gêné. Je lui dois la vie, et pourtant j’ai du mal à lui dire merci. C’est l’effet de l’Inde, difficile pour un Anglais de remercier un Indien. Bien sûr, c’est assez facile quand il s’agit de menus services tels qu’aller vous chercher à boire ou cirer vos bottes, mais quand on en vient à des questions plus importantes, comme dans notre cas, c’est différent. Cette idée me laisse un goût amer dans la bouche. » (p. 224).

Ma note de lecture est longue pourtant j’ai l’impression de ne pas vous avoir dit grand-chose ! Excellente lecture addictive pour Les étapes indiennes #2 que je mets aussi dans A year in England 2021 et British Mysteries #6 et Voisins Voisines 2021 (je rappelle qu’Abir Mukherjee est né à Londres) ainsi que dans le Challenge lecture 2021 (catégorie 7, un roman avec une couverture rouge), Petit Bac 2021 (catégorie Voyage, pour le train Calcutta-Darjeeling, bon ce n’est pas l’Orient-Express mais quand même !) et bien sûr dans Polar et thriller 2020-2021 et même dans le Mois du polar (car si je publie cette note de lecture maintenant, j’ai lu ce roman durant le week-end du 27-28 février, donc durant le Mois du polar).

Le bureau du mariage idéal d’Allison Montclair + réflexion sur le cozy mystery

Une enquête de Sparks & Bainbridge – Le bureau du mariage idéal d’Allison Montclair.

10/18, collection Grands détectives, octobre 2020, 384 pages, 8,10 €, ISBN 978-2-26407-683-0. The Right Sort of Man: A Sparks & Bainbridge Mystery (2019) est traduit de l’anglais par Anne-Marie Carrière.

Genres : littérature anglaise, roman policier.

Allison Montclair… Peu d’infos sur elle. Ce serait un pseudonyme d’une autrice anglaise ayant déjà écrit de la fantasy et de la science-fiction mais GoodReads dit que The Right Sort of Man: A Sparks & Bainbridge Mystery (2019) est son premier roman. Elle grandit avec les livres d’Agatha Christie et les films de James Bond d’où sa passion pour les intrigues criminelles et l’espionnage. Du même auteur : Cozy Case Files, A Cozy Mystery Sampler (tomes 6 en 2019 et 9 en 2020), ainsi que A Royal Affair: A Sparks & Bainbridge Mystery (juillet 2020) et A Rogue’s Company: A Sparks & Bainbridge Mystery (annoncé pour juin 2021).

Londres, 1946. Miss Iris Sparks (célibataire de 28 ans) et Mrs Gwendolyn Bainbridge (jeune veuve de guerre) ont créé une agence matrimoniale, le Bureau du mariage idéal il y a trois mois. Et ça fonctionne bien, elles ont déjà une centaine de clientes, presque une centaine de clients et elles sont douées. Mais leur nouvelle cliente, Matilda (Tillie) La Salle, est poignardée et les policiers de Scotland Yard pensent que le tueur est l’homme avec qui elle avait rendez-vous, Richard (Dickie) Trower. « – Vous croyez sincèrement à l’innocence de Dickie Trower ?– Plus que jamais. Que Dieu lui vienne en aide, car la police, elle, n’y croit pas. – Dans ce cas, nous devons lui prêter main forte, affirma Gwen. En clair, nous devons démasquer le véritable assassin. » (p. 70).

Non seulement Iris et Gwen pensent que Dickie est innocent mais elles doivent renflouer la respectabilité de leur agence ! Pendant que Gwen rend visite à Dickie à la prison de Brixton, Iris doit mettre dehors Gareth Pontefract, un journaliste mufle qui va les harceler… « Ce crapaud visqueux du Daily Mirror ? » (p. 122).

Au fur et à mesure de la lecture, le passé et le caractère d’Iris et de Gwen se mettent en place (par bribes, il y a encore beaucoup de choses à apprendre, ou pas selon ce que l’autrice dévoilera dans les prochains tomes) mais mon personnage préféré est l’ami d’Iris, Sally Danielli, médaillé militaire qui rêve de devenir dramaturge et qui les aide régulièrement.

Le lecteur découvre des personnages attachants et la ville de Londres en partie détruite après le Blitz avec le rationnement, les trafics, le marché noir et l’envie de revivre normalement. Mais Iris et Gwen vont se mettre en danger… « Je faisais un rapport à ma hiérarchie. Et non, vous ne pourrez pas le vérifier, parce que vous n’aurez pas leurs noms. Et vous avez intérêt à me croire sur parole, parce que vous ne saurez rien d’autres. D’ailleurs, vous en savez déjà trop. » p. 257).

Qu’est-ce que le cozy mystery ? Mot à mot, ça signifie « mystère douillet » (enfin « douillet mystère » puisque l’adjectif se met avant le nom en anglais), ce qui donne déjà une petite idée mais je vais un peu développer. Deux séries fondatrices et incontournables, la pionnière Miss Maud Silver (1928-1961) de Patricia Wentworth (1878-1961) [L’affaire est close] et la précurseur(e) Miss (Jane) Marple (1930-1976) d’Agatha Christie (1890-1976). Les points communs ? Les deux autrices sont Anglaises et elles ont chacune créé une héroïne qui résout les enquêtes en restant douillettement chez elle (même s’il y a tout de même quelques excursions à l’extérieur). Les Anglais les avaient surnommées les armchair detectives (c’est-à-dire les détectives en fauteuil).

Il y a recrudescence de publications ces dernières années avec les séries les plus connues comme Agatha Raisin ou Hamish Macbeth de M.C. Beaton [Agatha Raisin enquête – La quiche fatale, Hamish Macbeth 1 – Qui prend la mouche, Hamish Macbeth 2 – Qui va à la chasse], Les détectives du Yorkshire de Julia Chapman [Rendez-vous avec le crime], ma préférée, Son espionne royale de Rhys Bowen [Son espionne royale mène l’enquête, Son espionne royale et le mystère bavarois, Son espionne royale et la partie de chasse] et d’autres que je n’ai pas (encore) lues. Les autrices majoritairement sont Anglaises, leurs héroïnes des jeunes femmes qui ne sont pas officiellement policières (amateurs mais efficaces ! Elles ont parfois un contact dans la police) et elles ne sont plus détectives en fauteuil (plutôt âgées) mais jeunes, jolies, intelligentes et actives.

Alors est-ce toujours du cozy mystery ? Oui, parce que l’histoire n’est pas très violente (pas de serial killer mais des meurtriers classiques), pas vulgaire (les jeunes enquêtrices amateurs sont bien éduquées et ont même parfois un travail) mais les énigmes ne se résolvent pas toutes seules et les enquêtrices peuvent être en danger, toutefois cela reste toujours confortable et pour elles et pour les lecteurs. Attention, il y a aussi des auteurs masculins de cozy mystery comme M.R.C. Kasasian [Les enquêtes de Middleton & Grice – Petits meurtres à Mangle Street et La malédiction de la Maison Foskett]. Alors, avez-vous déjà lu du cozy mystery ?

Une excellente lecture (je veux la suite !) que je mets dans les challenges A year in England, British Mysteries #6, Challenge lecture 2021 (catégorie 34, un livre qui se passe au Royaume-Uni), Mois du polar, Petit Bac 2021 (catégorie Lieu pour bureau qui n’est pas ici un meuble mais un lieu loué dans un immeuble), Polar et thriller 2020-2021 et Voisins Voisines (Angleterre).