Les attracteurs de Rose Street de Lucius Shepard

Les attracteurs de Rose Street de Lucius Shepard.

Le Bélial, collection Une heure lumière n° 15, août 2018, 136 pages, 9,90 €, ISBN 978-2-84344-937-6. Rose Street Attractors (2011) est traduit de l’américain par Jean-Daniel Brèque.

Genres : littérature états-unienne, science-fiction, fantastique.

Lucius Shepard naît le 21 août 1943 à Lynchburg en Virginie (États-Unis). Dès l’âge de 15 ans, il bourlingue (Europe, Afrique, Asie) faisant de petits boulots pour vivre et continuer son voyage pendant des années. De retour aux États-Unis, il étudie à l’université, devient architecte et repart voyager (Asie du Sud-Est, Amérique centrale). Mais dès 1984, il est connu pour ses nouvelles et ses romans de science-fiction et reçoit plusieurs prix littéraires (Astounding, Hugo, Locus, Nebula…). Il meurt le 18 mars 2014 à Portland dans l’Oregon. Du même auteur : Abimagique qui ne m’a pas convaincue…

Londres, fin du XIXe siècle, ville envahie par la pollution. Le narrateur est Samuel Prothero, 26 ans ; il a étudié la médecine et il est aliéniste à Saint Nichol. Il est ravi car il vient d’être admis au Club des Inventeurs où il rencontre Jeffrey Richmond, un inventeur de génie mais méprisé par les autres. Il découvre des choses surprenantes sur Richmond et sa sœur, Christine.

Richmond souhaite purifier l’air de Londres avec des « attracteurs » pour « réduire les cas de maladies respiratoires » (p. 21). Une belle idée mais Prothero, à son contact, va être confronté à des fantômes, des spectres… dont celui de Christine ?

« Vous êtes terrifié, mais vous voulez que nous restions, dis-je. Et vous avez un tel mépris pour notre sort que vous attendez de nous que nous partagions votre folle entreprise. Comme c’est noble ! » (p. 108).

Contrairement à Abimagique, Lucius Shepard réussit à me convaincre avec Les attracteurs de Rose Street, en mêlant histoire (Londres à la fin du XIXe siècle), aliénation mentale, science-fiction (les attracteurs) et fantastique voire horreur (les fantômes et les spectres). Une réussite donc qui me donne plutôt envie de relire cet auteur américain (si vous avez un titre à me conseiller !?).

Une lecture pour les challenges Littérature de l’imaginaire #8, Maki Project, S4F3 #6 et Petit Bac 2020 (dans la catégorie Lieu pour Rose Street, une rue à Londres).

L’ambre du Diable de Mark Gatiss

L’ambre du Diable (Une aventure de Lucifer Box, 2) de Mark Gatiss.

Bragelonne, collection Steampunk, février 2016, 312 pages, 25 €, ISBN 978-2-35294-927-5. Je l’ai lu en Bragelonne poche, septembre 2018, 300 pages, 9,90 €, ISBN 979-10-281-0380-4. The Devil in Amber (2006) est traduit de l’anglais par Laurence Boishot.

Genres : littérature anglaise, science-fiction, steampunk, espionnage.

Mark Gatiss naît le 17 octobre 1966 à Sedgefield dans le comté de Durham (au nord-est de l’Angleterre). Ses parents travaillaient tous les deux à l’hôpital psychiatrique Edwardian situé en face de chez eux et (je suis sûre que c’est lié !), il s’est intéressé dès l’enfance aux aventures de Sherlock Holmes, du Doctor Who, aux films d’épouvante. Résultat ? Il est acteur (cinéma, télévision, humour, policier, espionnage), scénariste (en particulier pour la série Doctor Who), producteur (il est cocréateur et coproducteur de la série Sherlock dans laquelle il joue le rôle de Mycroft Holmes) et auteur ! Du même auteur, dans les aventures de Lucifer Box : Le club Vesuvius (Bragelonne, 2015, traduit de The Vesuvius Club, 2004) et Black Butterfly (2008, pas encore paru en français).

L’ambre du Diable est le tome 2 des aventures de Lucifer Box, peintre diplômé de la Royal Academy of Arts, et agent secret. « Pour ceux d’entre vous qui ne sont pas au courant (mais où étiez-vous, enfin ?), je m’appelle Lucifer Box, artiste peintre, auteur occasionnel de mémoires croustillants et agent (très secret) au service de Sa Majesté. » (p. 7).

Un extrait de ce que j’avais dit pour le tome 1 : Lucifer Box est un personnage incroyable, artiste impertinent, dandy, aussi sûr de lui que Sherlock Holmes ! Et, s’il habite au 9 Downing Street, une adresse mythique, c’est parce qu’il a hérité la maison de ses ancêtres (qui possédaient tout le quartier auparavant).

Une vingtaine d’années après Le club Vesuvius, voici Lucifer Box dans les années 1920 à Manhattan pour dézinguer Marrod, un trafiquant de cocaïne. « J’allais de continent en continent, coupant, taillant, tuant et tirant. » (p. 18). Mais Lucifer Box a été blessé à la guerre (1914-1918) et il vieillit… « Ce cher vieux Box n’était peut-être plus au sommet de sa forme. » (p. 19). Il est cependant chargé par le nouveau Joshua Reynolds d’enquêter sur F.A.U.S.T. (Facist Anglo United States Tribune) et sur l’homme à la tête des « chemises d’ambre », Desmond Olympe. Or, la sœur de Box, Pandora est la secrétaire du parti !

J’ai noté moins d’extraits que pour le premier tome mais c’est un très bon opus, avec toujours cet humour anglais si particulier, les côtés à la fois historique, espionnage, science-fiction (steampunk), le fait que l’auteur / Lucifer Box s’adressent aux lecteurs, les jeux de mots, tout ça.

Tout comme le premier tome, une excellente lecture que je mets dans les challenges British Mysteries #5, Littérature de l’imaginaire #8, Polar et thriller 2020-2021, S4F3 #6, Vapeur et feuilles de thé et Voisins Voisines 2020 (Angleterre).

Sherlock Holmes et les monstruosités du Miskatonic de James Lovegrove

Sherlock Holmes et les monstruosités du Miskatonic : les Dossiers Cthulhu, 2 de James Lovegrove.

Bragelonne, collection Steampunk, février 2019, 360 pages, 25 €, ISBN 979-10-281-0283-8. The Chtulhu Casebooks : Sherlock Holmes and the Miskatonic Monstrosities (2017) est traduit de l’anglais par Arnaud Demaegd.

Genres : littérature anglaise, roman policier, fantastique.

James Lovegrove naît le 24 décembre 1965 à Lewes (Angleterre). Diplômé d’Oxford, il est critique littéraire et son premier roman paraît en 1990. Il est auteur de littérature de l’imaginaire (science-fiction, fantasy, horreur) et de littérature jeunesse. Peu de ses romans sont traduits en français. Plus d’infos sur son site officiel, https://www.jameslovegrove.com/.

Printemps 1895. Après avoir réglé une petite affaire (trois affreux ghasts dans le Métropolitain) avec l’aide de Gregson de Scotland Yard, Sherlock Holmes et Watson rendent visite à un nouvel arrivant à Bedlam. Le jeune homme, la vingtaine, est sûrement « Bostonien, bien né, cultivé, scientifique » (p. 43) mais il lui manque la main gauche, il est défiguré et, dans sa cellule, il écrit en r’lyehen, la Langue des Dieux Aînés.

Après Sherlock Holmes et les ombres de Shadwell : les Dossiers Cthulhu, 1, j’ai embrayé avec ce deuxième tome qui est encore mieux ! Dans le premier tome, Sherlock Holmes et Watson découvraient l’univers de Lovecraft, dans ce deuxième tome, ils sont encore plus impliqués.

« Holmes haussa les épaules. Il semblait vraiment ne plus se préoccuper de ce qui lui arrivait. La guerre qu’il menait le dévorait. La victoire était tout, quel qu’en soit le prix. » (p. 100).

« Des monstres qui étaient des dieux. Des dieux qui étaient des monstres. De toutes formes, chacun d’eux une horreur vivante qui paradait avec suffisance, car ils étaient les maîtres de tout ce sur quoi ils posaient les yeux. Jadis, on les avait vénérés, on leur avait adressé des sacrifices, et ils s’en étaient contentés. […] Ils étaient différents, désormais, ces Dieux Extérieurs qui, dans ces contrées, étaient connus sous le nom d’Autres Dieux. Ils avaient changé. » (p. 172-173).

La deuxième partie est le journal de Zachariah Conroy, son arrivée à l’université Miskatonic d’Arkham et sa rencontre avec Nathaniel Whateley.

Encore un excellent hommage à la fois à Sherlock Holmes d’Arthur Conan Doyle avec le côté policier et logique, et à la fois aux créatures de H.P. Lovecraft avec le côté fantastique et même angoissant et horrifique.

D’ailleurs, ces aventures inédites offrent des éclairages incroyables sur les romans et les nouvelles dont Sherlock Holmes et John Watson sont les héros.

Dommage, je n’avais pas le tome 3 pour continuer mais je vais le lire dès que possible !

Un excellente lecture pour les challenges British Mysteries #5, Littérature de l’imaginaire #8, Polar et thriller 2020-2021 et Voisins Voisines 2020 (Angleterre).

L’affaire est close de Patricia Wentworth

L’affaire est close : une enquête de Miss Maud Silver de Patricia Wentworth.

10/18, collection Grands détectives, n° 3378, février 2002, réédition novembre 2016, 320 pages, 7,50 €, ISBN 978-2-26403-275-1. The Case is Closed (1937) est traduit de l’anglais par Bernard Cucchi.

Genres : littérature anglaise, roman policier.

Patricia Wentworth – de son vrai nom Dora Amy Elles – naît le 10 novembre 1878 à Mussoorie (Uttarakhand, Inde) où son père est général de l’armée. Elle étudie en Angleterre puis retourne en Inde où elle se marie au lieutenant-colonel Georges Dillon et écrit dans des journaux. Après le décès de son mari, elle retourne en Angleterre avec ses enfants puis se lance dans l’écriture de romans et épouse George Turnbull, lieutenant-colonel lui aussi mais qui deviendra son assistant. Elle meurt en 1961 à Camberley (Surrey, Angleterre), laissant une œuvre conséquente avec les séries Benbow Smith (1929-1937), Inspecteur Lamb (1939-1942), Frank Garrett (1936-1940), d’autres romans policiers indépendants, d’autres romans historiques ou sentimentaux (1910-1915, ses premiers romans en fait), trois recueils de poésie (1910-1945-1953) et surtout la série la plus importante, Miss Silver (1928-1961).

L’affaire, c’est l’affaire Everton. Et, elle est close parce que Geoffrey Grey, 28 ans, est en prison depuis un an. Il aurait tué son oncle James. Marion, son épouse, a perdu leur bébé, né trop tôt… Son amie et cousine, Hilary Carew, est persuadée que le jeune homme est innocent. Mais que faire ? Hilary a rompu ses fiançailles avec Henry Cunningham et s’est trompée de train ! Elle y rencontre une vieille dame inquiète qui tient un discours bizarre sur Marion et Geoffrey. « J’ai vécu une aventure, dans le mauvais train. D’abord, j’ai cru me retrouver enfermée avec une vraie cinglée et puis il s’est avéré que c’était une de tes amies. » (p. 19). La vieille femme est en fait Mrs Mercer, lui apprend Marion, « la gouvernante de la maison de James. » (p. 25) et elle a témoigné contre Geoffrey au procès.

Suite à la discussion qu’elle a eu avec Mrs Mercer, Hilary décide de reprendre l’enquête depuis le début et de prouver l’innocence de Geoffrey. Ce soir-là, Geoffrey a reçu un appel de James, qui était dans tous ses états, alors il est vite allé à Putney mais il l’a retrouvé mort à son bureau. Malheureusement, il a ramassé le pistolet par terre et a ouvert la porte du bureau aux domestiques, Mr et Mrs Mercer : il fait le coupable idéal même s’il clame son innocence ! « […] il était absurde de croire que Geoff avait tué son oncle. » (p. 36). D’autant plus que c’est Bertie (Bertram), un neveu qu’oncle James détestait qui hérite, même au détriment de son frère Frank (Francis), un vagabond alcoolique pour qui l’oncle James n’avait que peu de considération. Or Bertie et Frank ont tous deux des alibis en béton, trop peut-être ! Ou alors « Alfred Mercer avait abattu James Everton et Mrs Mercer avait menti pour le couvrir. » (p. 57) ?

De son côté Henry Cunningham voudrait quitter l’armée et « reprendre le commerce d’antiquités que lui avait légué, à sa grande surprise, son parrain Mr. Henry Eustatius […]. » (p. 73). Contre toute attente (n’oublions pas qu’elle a rompu les fiançailles), Hilary consulte Henry qui demande conseil à un ami qui lui propose de contacter Miss Silver. Le nom de Miss Silver n’apparaît qu’à la page 140 et Maud Silver apparaît physiquement à la page 144 : faut pas être pressé mais l’enquête ne traîne pas en longueur ! Miss Silver écoute, en tricotant, et elle est très utile à l’enquête de Hilary et Henry, elle apporte un regard extérieur. « Comprenons-nous bien, capitaine Cunningham, dit-elle de sa voix posée. Si vous m’engagez, vous m’engagez pour que je découvre des faits. Si je découvre quoi que ce soit sur ces personnes, je vous le communiquerai. Peut-être cela correspondra-t-il à ce que vous attendiez, peut-être pas. Les gens ne sont pas toujours heureux d’apprendre la vérité. Vous n’avez pas idée du nombre de fois où cela se produit. Très rares sont les gens qui cherchent à connaître la vérité. Ils veulent être confirmés dans leurs opinions, ce qui est une chose toute différente… très différente, oh oui. Je ne saurais vous promettre que ce que je découvrirai ira dans le sens de ce que vous pensez pour l’instant. » (p. 147).

Mais Marion va-t-elle accepter que Hilary enquête et enfin dire ce qu’elle sait ? « Ne refuse pas, je t’en supplie… ne refuse pas, ne refuse pas, ne dis pas non ! Tu ne risques rien. Cela ne fera aucun mal à Geoff. Marion, accepte ! […] Geoff est innocent. Derrière tout ça, il y a un sacré manipulateur qui a tout organisé pour que les apparences soient contre lui, mais il est innocent… je sais qu’il est innocent. » (p. 225).

L’affaire est close est la deuxième enquête de Miss Silver, parue en 1937 (la première étant Grey Mask parue en 1928). Il y a du suspense, des dangers, des rebondissements, des personnages bien intéressants (en particulier Hilary et Henry), j’ai passé un bon moment de lecture et je lirai d’autres enquêtes de Miss Silver à l’occasion. Lorsque L’affaire est close est paru aux éditions 10/18 en 2002, ce roman était inédit en français !

Dans la catégorie « détective en fauteuil » (armchair detective), la Miss Marple d’Agatha Christie « naît » en 1930 ; Miss Silver est donc son aînée puisqu’elle « naît » en 1928. Mais, il ne faut pas croire que Miss Silver reste chez elle à écouter Henry et à tricoter, elle va sur le terrain, d’abord pour se renseigner sur le couple Mercer, et ensuite pour se rendre en Écosse sur les traces de Bertie et Frank (je me doutais bien qu’ils étaient louches, les deux frères, trop d’alibis à eux deux, un seul chacun leur suffisait, eh bien ils en avaient plusieurs, c’était louche !).

Une agréable lecture pour le Mois anglais (qui est terminé mais j’ai bien lu ce roman en juin durant le challenge) et pour les challenges British Mysteries #5, Cette année, je (re)lis des classiques #3, Petit Bac 2020 (pour la catégorie Crimes et justice avec affaire) et Polar et thriller 2019-2020.

Opium de Maxence Fermine

Opium de Maxence Fermine.

Albin Michel, février 2002, 175 pages, 13,90 €, ISBN 2-226-13124-8.

Genres : littérature française, Histoire.

J’ai déjà parlé de Maxence Fermine avec les chroniques de Le tombeau d’étoiles, Tango Massaï, La petite marchande de rêves et Zen.

Ce roman commence comme cela : La vie de Charles Stowe, aventurier du thé…

1938 : Charles Stowe, fils unique de Robert Stowe, commerçant de thé et épices depuis 1816 à Londres, décide de partir pour la Chine à la découverte du thé qu’il aime depuis son enfance. Il y découvrira Chine, Thé et Opium.

1940 : Charles Stowe rentre en Angleterre où l’attend son père, il emporte avec lui son plant de thé blanc. Sur le chemin du retour, il rencontre Robert Fortune, connu comme le premier Britannique à avoir rapporté du thé de Chine et auteur de La route du thé et des fleurs.

Voici donc Opium ou l’histoire d’un illustre inconnu ! C’est un très beau roman qui se lit d’une traite, mais court, trop court !

Cette note de lecture est la refonte d’un billet déjà publié sur un autre blog en 2008, ceci pour le Mois anglais. En effet, ce roman raconte comment le thé chinois est arrivé en Angleterre : c’est super important, isn’t it ?

Une étude en soie d’Emma Jane Holloway

Une étude en soie : Baskerville d’Emma Jane Holloway.

Bragelonne, février 2015, 528 pages, 28 €, ISBN 978-2-35294-827-8. A Study in Silks (2013) est traduit de l’anglais (Canada) par Guillaume Le Pennec.

Mais je l’ai lu en édition poche. Bragelonne poche, collection Steampunk, février 2019, 356 pages, 9,90 €, ISBN 979-10-281-0620-1 pour le tome 1. Bragelonne poche, collection Steampunk, février 2019, 358 pages, 9,90 €, ISBN 978-2-35294-874-2 pour le tome 2.

Genres : littérature canadienne, steampunk, Angleterre victorienne.

Emma Jane Holloway… Peu d’infos sur elle ! Diplômée de littérature anglaise, elle est romancière (romance, fantastique, steampunk). Elle vit avec son chat.

Avril 1888. Londres. Evelina Cooper, 19 ans, nièce de Sherlock Holmes, étudiante à l’Académie pour jeunes filles de Wollaston dans le Devonshire, est invitée par sa meilleure amie, Imogen Roth, à Hilliard House chez Lord Bancroft (Emerson Roth et son épouse Adele, les parents de Tobias, Imogen et Poppy) pour leur première saison londonienne. Orpheline, Evelina a « une grand-mère à la tête d’un domaine rural et l’autre disant la bonne aventure au sein du Cirque suprême de Ploughman » (p. 10). C’est que sa mère, de bonne famille, a épousé un saltimbanque ! « Elle se retrouvait prise entre les deux, mi-bourgeoise mi-vagabonde, deux moitiés qui semblaient ne jamais pouvoir s’accoler vraiment. » (p. 37). Une nuit, Nick, son meilleur ami d’enfance, au cirque, qu’elle n’a plus revu depuis des années, lui rend visite, et cette même nuit, Grace Child, une des domestiques, est assassinée. Devinez qui enquête ! L’inspecteur Lestrade. L’enquête sera pourtant longue et difficile car les barons de la vapeur tirent les ficelles. « Jusqu’à quel point comprends-tu le fonctionnement du Conseil de la vapeur ? […] les barons de la vapeur, ces magnats industriels qui possédaient les entreprises énergétiques. […] Charbon, machines à vapeur, chemins de fer, compagnies de gaz, usines, égrena son père sur un ton mordant. Bientôt ils voudront contrôler le pain que nous mangeons et la bière que nous buvons. » (p. 120). Mais un autre danger survient en la personne du Docteur Symeon Magnus… Qui est-il réellement et que manigance-t-il ?

Dans le tome 2, Imogen et Evelina vont être présentées à la Reine. « Sa mère lui avait parlé de la Cour. Cela faisait office d’histoire du soir pour Evelina : jolies robes et bonnes manières, aristocrates et palais somptueux, l’assurance d’avoir de la chaleur, de la lumière et de quoi manger à sa faim. » (p. 167). Mais l’enquête que mène en parallèle de celle de l’inspecteur Lestrade, Evelina, parfois avec Imogen, devient de plus en plus dangereuse et Lord Bancroft se doute que la jeune fille est impliquée ou du moins sait quelque chose de néfaste pour lui et sa famille.

Ma phrase préférée. « Ceux qui affirmaient que les animaux ne pouvaient pas parler n’écoutaient simplement pas. » (tome 1, p. 220). C’est qu’Evelina découvre la présence de devas, des créatures magiques, invisibles aux yeux de ceux qui ne pratiquent pas la magie.

Une étude en soie est une riche série steampunk, un genre de science-fiction uchronique se déroulant au XIXe siècle avec vapeur, automates, voire magie mais « Avec l’essor de l’industrie, la magie – impossible à mesurer, à réguler ou à gouverner – avait été bannie par l’Église comme par l’État, et en particulier par les barons de la vapeur qui contrôlaient tant de choses grâce à leur immense fortune. » (p. 31). Mais avez-vous remarqué une chose ? La série est sous-titrée Baskerville>, qui n’est que la première partie ! Alors la suite ! Il faut absolument la suite !

Alors l’autrice est Canadienne mais le roman se déroule à Londres, fin XIXe, en pleine époque victorienne, avec la nièce de Sherlock Holmes donc vous pensez bien que je mets ce billet dans le Mois anglais ! Et dans Littérature de l’imaginaire #8.

Son espionne royale et la partie de chasse de Rhys Bowen

Son espionne royale et la partie de chasse de Rhys Bowen.

Robert Laffont, collection La bête noire, janvier 2020, 360 pages, 14,90 €, ISBN 978-2-22124-261-2. Royal Flush (2009) est traduit de l’anglais par Blandine Longre.

Genres : littérature anglaise, roman policier.

Rhys Bowen est le pseudonyme de Janet Quin-Harkin, née le 24 septembre 1941 à Bath dans le Somerset. Autrice de romances, elle utilise Rhys Bowen pour ses romans policiers : les séries Constable Evan Evans (1997-2006), Molly Murphy (2001-2017) et Royal Spyness (2007-2019).

Londres, août 1932. Peu après l’affaire Mauxville (voir Son espionne royale mène l’enquête) et l’affaire bavaroise (voir Son espionne royale et le mystère bavarois), Georgie, toujours désargentée, est seule à Londres car, avec la chaleur, presque tous ses amis sont partis en vacances.

Après avoir rendu service à son amie Belinda occupée avec Paolo, un bel Italien, en dînant à sa place avec un riche Américain, Georgie pense qu’elle peut continuer de passer ses soirées comme ça et passe une annonce mais elle tombe sur un rustaud qui pense à bien autre chose ! Heureusement Darcy O’Mara est là pour la tirer des griffes de ce malotrus. Mais elle est convoquée par le préfet adjoint de police et envoyée en Écosse… Dans le Flying Scotsman, Georgie doit déjeuner à la même table que Godfrey Beverley, un journaliste « cancans & potins » qui lui pose plein de questions… Il ne faudrait pas qu’il apprenne sa mésaventure… Puis fait irruption dans le compartiment Sir Jeremy Daville du Ministère de l’Intérieur. « Nous avons envisagé cette possibilité, répondit Sit Jeremy d’un air grave. Une puissance étrangère qui tenterait de déstabiliser le royaume. Toutefois, les circonstances et la nature de ces accidents nous amènent à une conclusion stupéfiante : il semblerait que nous ayons affaire à un ennemi intérieur. » (p. 81-82).

Mais, en Écosse, dans ce château ouvert à tous les vents, Georgie se sent bien seule, entourée de tous les invités de son frère blessé, tous des pique-assiettes alors qu’il y a très peu d’argent… « Qu’étais-je censée faire au juste ? Et pour quelle raison devrais-je intervenir afin de secourir d’autres gens alors que personne ne paraissait me porter le moindre intérêt ? » (p. 141).

Cette partie de chasse est le troisième tome de Son espionne royale et j’aime vraiment cette série qui s’épaissit à chaque tome. La mission de Georgie est toujours de protéger la famille royale mais son cousin s’obstine avec cette Américaine, mariée en plus. Peu importe, les femmes sont fortes et le font savoir, et Georgie nous fait découvrir les traditions écossaises. Ce tome est à la fois so British et so Scottish !

Une agréable lecture que je mets dans le Mois anglais et les challenges British Mysteries #5, Polar et thriller 2019-2020 et Voisins Voisines 2020 (Angleterre).

Mois anglais – juin 2020


Je suis toujours ravie que le Mois anglais revienne. J’ai participé tous les ans, avec ce blog : 2015 (+bilan), 2016, 2017, 2018 et 2019.

Infos, plein de supers beaux nouveaux logos de Lou et de The Cannibal Lecteur (je ne peux pas tous les mettre mais cliquez sur les vignettes) et inscription chez Titine + billet récapitulatif et chez Lou + groupe FB.

Billets libres ou selon le programme, au choix !

3 juin : un roman policier d’Agatha… Christie ou Raisin (avec le challenge British Mysteries)

6 juin : Londres, en littérature mais pas que !

9 juin : romancière anglaise au choix

11 juin : époque victorienne (roman victorien, néo-victorien, essai…)

13 juin : lecture jeunesse

15 juin : vintage novel (Cluny Brown, Angela Thirkell, romans Persephone…)

18 juin : essai ou biographie

21 juin : Tessa Hadley

23 juin : cosy mystery (avec le challenge British Mysteries)

26 juin : une bande-dessinée

29 juin : Barbara Pym

Mes billets pour ce challenge

1. La clairvoyance du Père Brown de Gilbert Keith Chesterton (Omnibus, 2008, recueil de 12 nouvelles parues entre 1910 et 1911), billet paru avec un jour d’avance à cause du challenge Les classiques c’est fantastique

2. Son espionne royale et la partie de chasse de Rhys Bowen (Robert Laffont, 2020)

3. Une étude en soie : Baskerville d’Emma Jane Holloway (Bragelonne poche, 2 tomes, 2019), l’autrice est Canadienne mais le roman se déroule dans l’Angleterre victorienne avec la nièce de Sherlock Holmes

4. Tag spécial Mois anglais d’Enna (Angleterre, gastronomie, films, séries, musique…)

5. Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley (Pocket, 2017)

6. Opium de Maxence Fermine (Albin Michel, 2002), l’auteur est Français mais raconte l’histoire d’un Anglais parti en Chine pour ramener du thé en Angleterre

Je les ai lus en juin, durant le Mois anglais, mais j’ai dû publier les notes de lectures début juillet :

7. L’affaire est close de Patricia Wentworth (10/18, 320 pages) lu le 27 juin

8. L’équation du chat de Christine Adamo (Points, 432 pages) lu le 28 juin, l’autrice est Française mais le roman se déroule à Cambridge dans le milieu universitaire

J’ai participé à trois concours organisés par Lou et Titine et j’ai gagné deux livres : La seule histoire de Julian Barnes (Folio) et Les hauts de Hurle-Vent d’Emily Brontë (Robert Laffont), vous pensez bien que je suis super contente 🙂

La clairvoyance du Père Brown de Gilbert Keith Chesterton

La clairvoyance du Père Brown de Gilbert Keith Chesterton.

Omnibus, mai 2008, 1216 pages, 28 €, ISBN 978-2-258-07608-2. The Innocence of Father Brown (1911) est traduit de l’anglais par Émile Cammaerts révisé par Anne Guillaume.

Genres : littérature anglaise, nouvelles, policier.

Gilbert Keith (G.K.) Chesterton naît le 29 mai 1874 à Londres. il étudie pour devenir illustrateur. Il est finalement journaliste (au Daily News dès 1902 et à l’Illustrated London News dès 1905), poète, biographe et nouvelliste. Le défaut qui lui est reproché par certains critiques et lecteurs est de faire l’apologie du christianisme (bah, je pense qu’à cette époque, beaucoup de gens étaient encore très croyants et, franchement, après avoir lu ces nouvelles, ça ne m’a pas choquée). Il est en outre un penseur politique reconnu. Lorsque Winston Churchill dépose un amendement à la loi de 1913 sur les handicapés mentaux (pour un programme de stérilisations contraintes), Chesterton mène campagne contre et gagne. Imaginez le bonhomme : 1,93 m et plus de 100 kilos. Il meurt le 14 juin 1936 à Beaconsfield. Il est connu pour ses romans et surtout ses nouvelles policières avec le Père Brown. Il existe un blog de L’association des amis de G.K. Chesterton mais il n’est plus mis à jour depuis mars 2019.

J’ai donc l’intégrale des Enquêtes du Père Brown en Omnibus mais je ne vais pas tout lire d’un coup ! Pour l’instant, je vais lire le premier recueil de nouvelles intitulé La clairvoyance du Père Brown pour le challenge Les classiques c’est fantastique (classiques anglais en mai). Mais je veux quand même vous donner le contenu de cette intégrale (que je lirai au fur et à mesure).

The Innocence of Father Brown (1911) = La clairvoyance du Père Brown paru en français en 1919 (Perrin) avec rééditions en 1983 (10/18) et en 2008 (Omnibus).

The Wisdom of Father Brown (1914) = La sagesse du Père Brown paru en français en 1936 (Gallimard) avec rééditions en 1954 (Gallimard), en 1985 (Folio) et en 2008 (Omnibus).

The Incredulity of Father Brown (1926) = L’incrédulité du Père Brown paru en français en 1932 (Gallimard) avec réédition en 2008 (Omnibus).

The Secret of Father Brown (1927) = Le secret du Père Brown paru en français en 1929 (Gallimard) avec réédition en 2008 (Omnibus).

The Scandal of Father Brown (1935) = Le scandale du Père Brown paru en français en 1982 (L’âge d’homme) avec réédition en 1990 (10/18) et en 2008 (Omnibus).

Soit 51 nouvelles en tout et 2 textes d’encadrement, un qui ouvre et un qui clôt le recueil Le secret du Père Brown.

Voici les 12 nouvelles qui sont dans ce premier recueil, La clairvoyance du Père Brown.

1. The Blue Cross (The Story-Teller, septembre 1910) = La croix bleue – Londres se prépare au Congrès eucharistique. Aristide Valentin, « le chef de la police parisienne et le plus célèbre détective du globe » (p. 9) espère arrêter Flambeau, un Gascon, escroc et voleur recherché en Europe depuis des années. Sur le bateau, il voyage avec un prêtre chargé comme un baudet. Mais aucune trace de Flambeau… « Le criminel est un artiste créateur ; le détective n’est qu’un critique. » (p. 14). S’engage une poursuite dans Londres, deux prêtre, un petit et un très grand (Chesterton se rêvait-il en criminel ? Flambeau fait 1,90 m comme l’auteur !). « Jusqu’ici, tout s’enchaînait assez logiquement. Valentin avait appris, le matin même, qu’un certain Père Brown avait apporté d’Essex une croix d’argent ornée de saphirs, une relique de grande valeur, pour la montrer à certains prêtres étrangers qui assistaient au Congrès. » (p. 23). C’est donc cette croix bleue que Flambeau veut voler mais le Père Brown est un prêtre expérimenté ! Une nouvelle amusante avec une course-poursuite dans Londres.

2. The Secret Garden (The Story-Teller, octobre 1910) = Le jardin secret – Dans sa maison sur les bords de Seine, Aristide Valentin a invité entre autres Lord Galloway, l’ambassadeur anglais, avec son épouse et sa fille Margaret, le Père Brown venu de Cobhole en Essex et un multimillionnaire américain décrié, Julius K. Brayne. Mais le commandant Neil O’Brien, un Irlandais de la Légion étrangère, ne va-t-il pas profiter de cette soirée pour se rapprocher de Margaret ? C’est en les cherchant que Galloway se retrouve dans le jardin derrière la maison mais… « Un cadavre dans l’herbe – un cadavre sanglant ! » (p. 35). Comment le cadavre d’un inconnu, « la tête séparée du tronc » (p. 39) peut-il être dans le jardin inaccessible par l’extérieur ? C’est le Père Brown qui va comprendre cette étrange huis-clos.

3. The Queer Feet (The Story-Teller, novembre 1910) = Les pas étranges – Dîner annuel du club des « Douze Vrais Pêcheurs » au sélect Hôtel Vernon à Belgravia. Le Père Brown est également dans cet hôtel, dans un petit bureau isolé, en train d’écrire, lorsqu’il entend des pas devant la porte. « À aucun moment, le bruit de ces pas ne différait de ceux qu’on entend d’ordinaire dans un hôtel ; et pourtant, considéré dans son ensemble, il présentait un caractère particulièrement étrange. » (p. 58). Mais si un des quinze domestiques est mort (c’est ce pour quoi le Père Brown a été appelé), qui est le quinzième domestique qui a débarrassé les précieux couverts en argent des Douze Pêcheurs ? Encore un huis-clos pour le retour de Flambeau qui a sûrement dû s’échapper depuis La croix bleue.

4. The Flying Stars (The Cassell’s Magazine, juin 1911) = Les étoiles filantes – Comme chaque année, Sir Leopold Fisher, un « vénérable financier » (p. 79), arrive le lendemain de Noël chez le colonel Adams pour offrir un cadeau à sa filleule, Ruby. Cette année, c’est un trio de diamants africains, les étoiles filantes. Le Père Brown, en tant qu’ami de la famille, est invité. Et John Crook, un journaliste attiré par Ruby, s’est invité. Ainsi que le beau-frère du colonel Adams, James Blount, un gentleman-farmer canadien, qui propose une arlequinade et fait venir Florian, un acrobate et comique français, pour qu’il apporte des costumes. « Comment un tel banquet de folies fut jamais prêt à temps, c’est une énigme que nous ne tenterons pas de résoudre. » (p. 84). Mais un Blount Arlequin et un Florian policier, plus les diamants qui disparaissent, c’est louche, non ? Mais c’est de nouveau le Père Brown qui résout l’affaire grâce à sa lucidité. Dans cette nouvelle, un clin d’œil à Charles Dickens.

5. The Invisible Man (The Cassell’s Magazine, février 1911) = L’homme invisible – À Camden Town, un magasin de gâteaux et confiseries attire les enfants. « Les gamins avaient l’habitude de venir s’écraser le nez contre la vitre chatoyante. » (p. 92). Mais c’est un jeune homme de vingt-quatre ans qui entre ; il s’appelle John Turnbull Angus, il est dessinateur et il demande en mariage l’employée, Laure Hope mais… « Mr Angus, dit-elle avec fermeté, avant que vous continuiez vos folies, je dois vous dire, le plus brièvement possible, une chose qui me concerne. » (p. 94). Elle a déjà deux prétendants de son village natal, qu’elle a éconduits mais ils sont de retour et elle a peur. Angus propose d’avertir son ami Flambeau, devenu détective privé, et surprise, chez Flambeau, il y a son ami le Père Brown qui avec sa perspicacité habituelle va comprendre comment un homme peut être invisible.

6. The Strange Justice ou The Honour of Israel Gow (The Cassell’s Magazine, avril 1911) = L’honneur d’Israël Gow – Flambeau, devenu détective, et un de ses amis, l’inspecteur Craven de Scotland Yard, enquêtent sur la mort du comte de Glengyle en Écosse. Le Père Brown, étant à Glasgow pour affaires, les rejoint au château de Glengyle. « Israël Gow était le seul domestique de ce domaine désert. » (p. 112). Mais les deux enquêteurs n’ont pas découvert grand-chose… « […] nous n’avons découvert qu’une seule chose concernant Lord Glengyle : c’est qu’il était fou. » (p. 114). Le Père Brown, soupçonnant de la magie noire, exige d’examiner le cercueil. Le corps est bien là, squelettique, mais sans tête ! « Nous avons trouvé la vérité ; et la vérité est absurde. » (p. 122). Dans cette nouvelle, un clin d’œil à Wilkie Collins.

7. The Wrong Shape (The Story-Teller, janvier 1911) = La mauvaise forme – Clapham, au nord de Londres. Flambeau et le Père Brown sortent d’une étrange maison blanche et verte en forme de T, une mauvaise forme. C’est la maison du poète et romancier Leonard Quinton, spécialiste de l’Orient. Un génie mais opiomane… Or Quinton et son épouse accueillent dans leur maison un pacifiste hindou. Dans le jardin, le Père Brown trouve « un curieux couteau oriental recourbé, dont le manche était orné d’exquises incrustations de pierres et de métal. […] Il est très beau, remarqua le prêtre d’une voix basse et rêveuse ; les couleurs en sont très belles, mais il a une mauvaise forme. » (p. 132). C’est alors qu’avec le Dr James Erskine Harris, ils découvrent Quinton mort et ce message : « Je me suis frappé moi-même, et pourtant je meurs assassiné ! » (p. 139). Le message est rédigé sur une feuille dont un coin a été coupé, c’est aussi une mauvaise forme. Cette fois, ce n’est pas le Père Brown qui résout ce meurtre.

8. The Sins of Prince Saradine (The Cassell’s Magazine, février 1911) = Les péchés du Prince Saradine – Flambeau ferme son cabinet de détective pour un mois de vacances et part remonter les rivières du Norfolk dans un petit bateau à voile avec le Père Brown. Mais il a une idée derrière la tête : rencontrer un homme qui lui avait envoyé une carte lorsqu’il était un grand voleur. « Si vous prenez jamais votre retraite pour devenir respectable, venez me voir. Je désire faire votre connaissance, car j’ai fait celle de tous les grands hommes de mon temps. […] Prince Saradine, maison des Roseaux, île des Roseaux, Norfolk. » (p. 150). Ce Prince Saradine est célèbre, riche, brillant et il a beaucoup voyagé, ce peut être intéressant effectivement de le rencontrer. Mais il n’est pas l’homme qu’il paraît être… Le Père Brown est optimiste… « […] il est souvent possible de faire le bien lorsqu’on est quelqu’un de bon, même au mauvais endroit. » (p. 154). Mais est-ce bien toujours vrai ?

9. The Hammer of God (Story-Teller, décembre 1910) = Le marteau de Dieu – Village de Bohun Beacon. Norman et Wilfred Bohun sont deux frères d’une lignée aristocratique, Norman est un pêcheur invétéré (alcools, femmes…) et Wilfred est vicaire. Une nuit, il rend visite à la très belle femme du forgeron et le lendemain matin, le village le retrouve mort, la tête écrasée. Le forgeron, Simeon Barnes, est bien entendu le premier suspect mais il rentre tranquillement de Greenford avec deux hommes et, alors qu’il a un gros marteau, celui avec lequel a été tué Norman est tout petit. « Ce ne peut être qu’une personne incapable d’en soulever un plus lourd. » (le médecin, p. 180). Dans cette nouvelle, le Père Brown (eh oui, il est partout !) montre qu’il s’y connaît aussi en sciences physiques.

10. The Eye of Apollo (The Cassell’s Magazine, février 1911) = L’œil d’Apollon – Retour à Londres, à Westminster, où Hercule Flambeau (c’est la première fois qu’on lit son prénom) est propriétaire de son nouveau bureau de détective au 4e étage d’un immeuble tout neuf. « L’édifice avait un aspect américain. C’était un gratte-ciel d’une altitude respectable, muni de tout un attirail bien astiqué de téléphones et d’ascenseurs. » (p. 190). Au-dessus du bureau de Flambeau, un immense œil en or placé par Kalon, le gourou d’une nouvelle secte, improvisé « nouveau prêtre d’Apollon » (p. 191), adorateur du soleil. Au-dessous, deux sœurs issues de la noblesse, Pauline et Joan Stacey, ont installé un bureau de dactylographie. C’est surtout l’aînée, Pauline, qui attire Flambeau. C’est la première fois que les conditions des femmes sont traitées, celles-ci travaillent même si elles ont une fortune. Ce midi, alors que Kalon est sur le balcon en train d’adorer le soleil, le Père Brown (*) vient visiter le nouveau bureau lorsqu’un choc se produit, comme une explosion, c’est Pauline Stacey qui est morte… Défaillance de l’ascenseur ? « Était-ce un meurtre ? Mais qui aurait pu commettre le crime dans ces appartements déserts ? » (p. 197). (*) On apprend que son prénom commence par J. Peut-être John puisque le Père Brown est inspiré du père John O’Connor (1870-1952), un curé de Bradford (Yorkshire) « qui joua un rôle important dans la conversion de Chesterton au catholicisme en 1922 » (source Wikipédia).

11. The Sign of the Broken Sword (The Story-Teller, février 1911) = L’épée brisée – Pourquoi le Père Brown traîne-t-il son ami Flambeau pour voir les six monuments érigés en l’honneur du général Arthur Saint-Clare ? « Je commence à en avoir assez de ce grand homme, d’autant plus que j’ignore absolument qui il était. » (Flambeau, p. 211). En effet, le général, héros anglais en Afrique et en Inde, a été retrouvé pendu, son épée brisée attachée autour du cou, mais le président brésilien Olivier était un homme sage qui libérait les prisonniers faits par son armée, parfois même « comblés de présents » (p. 212). Le Père Brown veut résoudre ce mystère car il a eu accès à trois témoignages qui l’ont interrogé. Dans cette nouvelle, Chesterton dénonce ce que les hommes font au nom ou pour la gloire du Seigneur. « C’est la pire critique que l’on puisse faire du crime. » (p. 223) et rétablit une vérité historique.

12. The Three Tools of Death (The Cassell’s Magazine, juillet 1911) = Les trois instruments de la mort – Un matin le Père Brown est réveillé par un agent de police. Sir Aaron Armstrong a été assassiné ! « L’idée qu’un personnage aussi divertissant, aussi populaire, avait été victime d’une secrète violence était absurde, presque grotesque. » (p. 229). « Pour autant que je sache, avouait Merton, il est impossible d’y voir clair. On ne peut soupçonner personne. Magnus [c’est le domestique] est un vieil imbécile solennel, bien trop sot pour être un assassin. Royce [c’est le secrétaire] a été le meilleur ami du baronnet depuis des années ; et il est évident que la jeune fille adorait son père. Et puis, toute cette affaire est trop absurde. Qui songerait à tuer un joyeux vieux bonhomme tel que Armstrong ? » (p. 231). Trois personnes (Magnus, Patrick Royce et Alice), trois armes : « Dites donc, fit-il avec bonne humeur, toute cette histoire ne tient pas debout. D’abord vous me dites que vous ne trouvez aucune arme. Mais maintenant, nous en trouvons trop. Voilà, vous dit-on, le couteau qui poignarda la victime, et la corde qui l’étrangla, et le revolver qui la cribla de balles. Et, en réalité, Sir Armstrong s’est rompu le cou en tombant par la fenêtre ! Cela ne va pas. Ce n’est pas économique. » (p. 240). Sacré Père Brown !

Des nouvelles toutes différentes et réussies. Comme c’est du format court, Chesterton ne dit que ce qu’il faut, en particulier dans les descriptions des lieux et des personnages mais il n’est pas avare de mots et sait donner des détails. Son Père Brown est intelligent, logique et parfois taquin (Flambeau aussi) donc il y a un certain humour britannique. Je lirai les autres nouvelles avec plaisir mais plus tard (parce que là, j’ai fait une cure de nouvelles de Chesterton ce week-end !).

En plus de Les classiques c’est fantastique cité plus haut, pour les challenges British Mysteries #5, Cette année, je (re)lis des classiques #3, Lire en thème 2020 (en mai, un titre qui fait plus de trois mots) et Polar et thriller 2019-2020.

Sherlock, Lupin & moi (tomes 1 à 3) d’Irene Adler

La série de littérature italienne Sherlock, Lupin e io met en scène Sherlock Holmes, Arsène Lupin et Irene Adler alors qu’ils ont entre 12 et 14 ans.

Irene Adler est le pseudonyme utilisé par deux auteurs italiens en littérature jeunesse, Alessandro Gatti (né en 1975 à Alessandria) et Pierdomenico Baccalario (né en 1974 à Acqui Terme).

Il y a, pour l’instant, 22 tomes parus en Italie (entre 2011 et 2019). Mais je vais vous présenter les trois premiers pour le Mois italien.

Sherlock, Lupin & moi, 1 – Le mystère de la dame en noir d’Irene Adler.

Albin Michel, janvier 2017, 288 pages, 12,50 €, ISBN 978-2-22632-837-3. Sherlock, Lupin & io – Il trio della dama nera (2011) est traduit de l’italien par Béatrice Didiot.

Genres : littérature italienne, jeunesse, roman policier.

Irene Adler est un personnage fictif qui apparaît dans la nouvelle Un scandale en Bohême (1891) Sir Arthur Conan Doyle. Née en 1958 dans le New Jersey (États-Unis), elle a bien 12 ans en 1870, époque où débute ses souvenirs relatés dans une série de romans.

Iacopo Bruno naît en 1964 à La Spezia (Italie). Il est illustrateur.

Juillet 1870. Irene Adler, 12 ans, est en vacances avec sa mère à Saint-Malo : « ce fameux été changea toute, mais toute ma vie. » (p. 10). Elle rencontre William Sherlock Holmes (environ 13 ans) qui lui présente son ami, Arsène Lupin, 14 ans. Ils trouvent un cadavre dans une crique mais un homme encapuchonné les observe depuis le haut de la falaise. « Nous avons trouvé un cadavre sur la plage. Qui dit cadavre dit assassin, non ? » (Irene, p. 92) alors « Je propose que nous menions notre propre enquête. » (Lupin, p. 94).

Et voici donc la première enquête de Sherlock, Lupin (il n’aime pas qu’on l’appelle Arsène) et Irene ! Mais, comme ça devient trop dangereux, les deux ados veulent éloigner Irene… « Nous avons commencé cette aventure ensemble. Nous trois : Sherlock, Lupin et Irene ! Et le soir où nous avons trouvé le cadavre sur la plage, nous avons conclu un pacte. Nous avons décidé de découvrir ensemble ce qui s’était passé. C’est dangereux, nous le savions, et c’est peut-être cela qui nous plaisait. » (Irene, p. 176-177).

Si l’on ne pense pas au fait qu’Irene Adler n’apparaît que dans une nouvelle de Sir Arthur Conan Doyle et qu’il y a fort peu de chance qu’elle ait connu Sherlock Holmes et Arsène Lupin à l’adolescence, et qu’eux-mêmes se soient connus également, eh bien le reste tient la route ! L’écriture est soignée, fluide, l’aventure et le danger sont au rendez-vous pour le trio de détectives en herbe, c’est donc un premier tome bien accrocheur pour donner envie de lire les tomes suivants !

Sherlock, Lupin & moi, 2 – Dernier acte à l’opéra d’Irene Adler.

Albin Michel, mai 2017, 304 pages, 12,50 €, ISBN 978-2-22632-838-0. Sherlock, Lupin & io – Ultimo atto al teatro dell’opera (2012) est traduit de l’italien par Béatrice Didiot.

Genres : littérature italienne, jeunesse, roman policier.

Irene Adler et Iacopo Bruno : voir ci-dessus.

Septembre 1870. Sherlock est rentré en Angleterre, Arsène vadrouille avec le cirque de son père et Irene est de retour avec sa mère à Paris. « Je trouvais absolument incroyable d’être obligée de m’ennuyer à mourir dans notre salon, autrement dit de perdre mon temps, alors que toute une armée marchait sur la capitale. » (Irene, p. 22-23). C’est alors que le père Adler fait irruption : « Fais tes valises ! me dit Papa. Et toi aussi, ma chère ! La semaine prochaine, Ophelia Merridew montera sur scène pour la dernière fois, dans le nouvel opéra du grand Giuseppe Barzini, donné à Covent Garden ! » (p. 24). Effectivement, le spectacle est magnifique malgré la tristesse de l’histoire. Et, voici Irene à Londres où, bien sûr, elle peut revoir Sherlock ! « Comme j’étais heureuse de retrouver mon ami à l’esprit si singulier. Mais Lupin, pourquoi n’était-il pas là ? – Il va arriver, m’assura Sherlock. La vie du cirque ne permet pas toujours d’être ponctuel. » (p. 77). Mais Alfredo Santi, le secrétaire personnel de Barzini est assassiné et c’est Theophraste Lupin, le père d’Arsène, qui est accusé !

Arsène avoue à ses amis : « Mon père est un voleur, amateur de bijoux. C’est dit, confessé. Maintenant, à vous de décider, en toute liberté, si vous préférez rester ou quitter cette pièce. Je ne vous blâmerai pas si vous ne voulez plus fréquenter le fils d’un cambrioleur. Cela étant… jamais au grand jamais mon père n’assassinerait quelqu’un. C’est impensable ! » (p. 114).

Cette fois, leur enquête est bien plus personnelle (et dangereuse ?) que l’enquête estivale. Mais, alors qu’ils essaient de trouver le véritable assassin pour faire libérer le père Lupin, ils apprennent que la cantatrice, Ophelia Merridew, a disparu !

À noter : une rencontre avec Wilkie Collins.

Un deuxième tome un peu plus violent, guerre, assassinat, disparition. Et les trois jeunes sont inséparables et un peu inconscients mais prêts à tout pour découvrir la vérité.

Sherlock, Lupin & moi, 3 – L’énigme de la rose écarlate d’Irene Adler.

Albin Michel, septembre 2017, 272 pages, 12,50 €, ISBN 978-2-22632-839-7. Sherlock, Lupin & io – Il mistero della rosa scarlatta (2012) est traduit de l’italien par Béatrice Didiot.

Genres : littérature italienne, jeunesse, roman policier.

Irene Adler et Iacopo Bruno : voir ci-dessus.

Décembre 1870. Toujours à Londres. Première neige. Installée à Londres avec ses parents pour échapper à la guerre entre la France et la Prusse, Irene voit Sherlock régulièrement. Quant à Arsène, « il explorait le vaste monde avec le cirque où travaillait son père » (p. 10) et envoie de temps en temps des cartes postales. Lorsqu’Irene rejoint Sherlock au Shackleton Coffee House à Carnaby Street, elle le trouve contrarié à cause d’une énigme parue dans le Times. « Problème d’échecs. Elle tenait en trois lignes composées de lettres et de chiffres telles V2 – P19 – D2, suivies de la phrase Échec et mat en trois coups. Le tout signé : Le Frère Noir. » (p. 20-21). Mais Sherlock en est persuadé, cette notation ne correspond pas du tout au jeu d’échecs !

Et, qui arrive, par surprise ? Arsène Lupin. Voici dans les trois amis réunis à nouveau pour une troisième enquête !

Sherlock et Lupin découvrent que ces codes correspondent en fait à trois zones de Londres et, dans l’une d’elle, un crime vient d’être commis : « Samuel Peccary, riche négociant en peaux, poignardé dans sa luxueuse villa au bord de la Tamise, dans le quartier de Twickenham. » (p. 46). Y aura-t-il deux autres meurtres dans les deux autres zones ? Ce qu’ils ont appris est trop important, il leur faut prévenir Scotland Yard mais les policiers se moquent d’eux… « Je ne crois pas me tromper en affirmant que notre mésaventure marqua profondément mon ami Sherlock Holmes. À dater de ce jour-là, son attitude à l’égard de Scotland Yard devint – et pour ce que je puis en juger, demeure – empreinte d’une vive méfiance et d’un mépris à peine dissimulé. » (Irene, p. 65).

Mais, s’ils pouvaient s’associer avec Charles Frederick Field, un grand policier de Scotland Yard à la retraite, devenu détective privé ?

Cette enquête monte d’un cran ; elle est encore plus périlleuse que les deux précédentes et les trois ados vont même mettre leur vie en danger !

Sherlock, Lupin & moi est une très bonne série jeunesse mais, vu le nombre total de tomes, je ne suis pas sûre de lire la suite ! Ou alors un de temps en temps si je tombe dessus à la bibliothèque.

Pour les challenges (en plus du Mois italien cité au début du billet) Jeunesse Young Adult #9, Lire en thème 2020 (livre dont le titre fait plus de trois mots), Petit Bac 2020 (catégorie Crimes et justice pour Sherlock et Lupin), Polar et thriller 2019-2020 et Voisins Voisines 2020 (Italie).