L’affaire est close de Patricia Wentworth

L’affaire est close : une enquête de Miss Maud Silver de Patricia Wentworth.

10/18, collection Grands détectives, n° 3378, février 2002, réédition novembre 2016, 320 pages, 7,50 €, ISBN 978-2-26403-275-1. The Case is Closed (1937) est traduit de l’anglais par Bernard Cucchi.

Genres : littérature anglaise, roman policier.

Patricia Wentworth – de son vrai nom Dora Amy Elles – naît le 10 novembre 1878 à Mussoorie (Uttarakhand, Inde) où son père est général de l’armée. Elle étudie en Angleterre puis retourne en Inde où elle se marie au lieutenant-colonel Georges Dillon et écrit dans des journaux. Après le décès de son mari, elle retourne en Angleterre avec ses enfants puis se lance dans l’écriture de romans et épouse George Turnbull, lieutenant-colonel lui aussi mais qui deviendra son assistant. Elle meurt en 1961 à Camberley (Surrey, Angleterre), laissant une œuvre conséquente avec les séries Benbow Smith (1929-1937), Inspecteur Lamb (1939-1942), Frank Garrett (1936-1940), d’autres romans policiers indépendants, d’autres romans historiques ou sentimentaux (1910-1915, ses premiers romans en fait), trois recueils de poésie (1910-1945-1953) et surtout la série la plus importante, Miss Silver (1928-1961).

L’affaire, c’est l’affaire Everton. Et, elle est close parce que Geoffrey Grey, 28 ans, est en prison depuis un an. Il aurait tué son oncle James. Marion, son épouse, a perdu leur bébé, né trop tôt… Son amie et cousine, Hilary Carew, est persuadée que le jeune homme est innocent. Mais que faire ? Hilary a rompu ses fiançailles avec Henry Cunningham et s’est trompée de train ! Elle y rencontre une vieille dame inquiète qui tient un discours bizarre sur Marion et Geoffrey. « J’ai vécu une aventure, dans le mauvais train. D’abord, j’ai cru me retrouver enfermée avec une vraie cinglée et puis il s’est avéré que c’était une de tes amies. » (p. 19). La vieille femme est en fait Mrs Mercer, lui apprend Marion, « la gouvernante de la maison de James. » (p. 25) et elle a témoigné contre Geoffrey au procès.

Suite à la discussion qu’elle a eu avec Mrs Mercer, Hilary décide de reprendre l’enquête depuis le début et de prouver l’innocence de Geoffrey. Ce soir-là, Geoffrey a reçu un appel de James, qui était dans tous ses états, alors il est vite allé à Putney mais il l’a retrouvé mort à son bureau. Malheureusement, il a ramassé le pistolet par terre et a ouvert la porte du bureau aux domestiques, Mr et Mrs Mercer : il fait le coupable idéal même s’il clame son innocence ! « […] il était absurde de croire que Geoff avait tué son oncle. » (p. 36). D’autant plus que c’est Bertie (Bertram), un neveu qu’oncle James détestait qui hérite, même au détriment de son frère Frank (Francis), un vagabond alcoolique pour qui l’oncle James n’avait que peu de considération. Or Bertie et Frank ont tous deux des alibis en béton, trop peut-être ! Ou alors « Alfred Mercer avait abattu James Everton et Mrs Mercer avait menti pour le couvrir. » (p. 57) ?

De son côté Henry Cunningham voudrait quitter l’armée et « reprendre le commerce d’antiquités que lui avait légué, à sa grande surprise, son parrain Mr. Henry Eustatius […]. » (p. 73). Contre toute attente (n’oublions pas qu’elle a rompu les fiançailles), Hilary consulte Henry qui demande conseil à un ami qui lui propose de contacter Miss Silver. Le nom de Miss Silver n’apparaît qu’à la page 140 et Maud Silver apparaît physiquement à la page 144 : faut pas être pressé mais l’enquête ne traîne pas en longueur ! Miss Silver écoute, en tricotant, et elle est très utile à l’enquête de Hilary et Henry, elle apporte un regard extérieur. « Comprenons-nous bien, capitaine Cunningham, dit-elle de sa voix posée. Si vous m’engagez, vous m’engagez pour que je découvre des faits. Si je découvre quoi que ce soit sur ces personnes, je vous le communiquerai. Peut-être cela correspondra-t-il à ce que vous attendiez, peut-être pas. Les gens ne sont pas toujours heureux d’apprendre la vérité. Vous n’avez pas idée du nombre de fois où cela se produit. Très rares sont les gens qui cherchent à connaître la vérité. Ils veulent être confirmés dans leurs opinions, ce qui est une chose toute différente… très différente, oh oui. Je ne saurais vous promettre que ce que je découvrirai ira dans le sens de ce que vous pensez pour l’instant. » (p. 147).

Mais Marion va-t-elle accepter que Hilary enquête et enfin dire ce qu’elle sait ? « Ne refuse pas, je t’en supplie… ne refuse pas, ne refuse pas, ne dis pas non ! Tu ne risques rien. Cela ne fera aucun mal à Geoff. Marion, accepte ! […] Geoff est innocent. Derrière tout ça, il y a un sacré manipulateur qui a tout organisé pour que les apparences soient contre lui, mais il est innocent… je sais qu’il est innocent. » (p. 225).

L’affaire est close est la deuxième enquête de Miss Silver, parue en 1937 (la première étant Grey Mask parue en 1928). Il y a du suspense, des dangers, des rebondissements, des personnages bien intéressants (en particulier Hilary et Henry), j’ai passé un bon moment de lecture et je lirai d’autres enquêtes de Miss Silver à l’occasion. Lorsque L’affaire est close est paru aux éditions 10/18 en 2002, ce roman était inédit en français !

Dans la catégorie « détective en fauteuil » (armchair detective), la Miss Marple d’Agatha Christie « naît » en 1930 ; Miss Silver est donc son aînée puisqu’elle « naît » en 1928. Mais, il ne faut pas croire que Miss Silver reste chez elle à écouter Henry et à tricoter, elle va sur le terrain, d’abord pour se renseigner sur le couple Mercer, et ensuite pour se rendre en Écosse sur les traces de Bertie et Frank (je me doutais bien qu’ils étaient louches, les deux frères, trop d’alibis à eux deux, un seul chacun leur suffisait, eh bien ils en avaient plusieurs, c’était louche !).

Une agréable lecture pour le Mois anglais (qui est terminé mais j’ai bien lu ce roman en juin durant le challenge) et pour les challenges British Mysteries #5, Cette année, je (re)lis des classiques #3, Petit Bac 2020 (pour la catégorie Crimes et justice avec affaire) et Polar et thriller 2019-2020.

Opium de Maxence Fermine

Opium de Maxence Fermine.

Albin Michel, février 2002, 175 pages, 13,90 €, ISBN 2-226-13124-8.

Genres : littérature française, Histoire.

J’ai déjà parlé de Maxence Fermine avec les chroniques de Le tombeau d’étoiles, Tango Massaï, La petite marchande de rêves et Zen.

Ce roman commence comme cela : La vie de Charles Stowe, aventurier du thé…

1938 : Charles Stowe, fils unique de Robert Stowe, commerçant de thé et épices depuis 1816 à Londres, décide de partir pour la Chine à la découverte du thé qu’il aime depuis son enfance. Il y découvrira Chine, Thé et Opium.

1940 : Charles Stowe rentre en Angleterre où l’attend son père, il emporte avec lui son plant de thé blanc. Sur le chemin du retour, il rencontre Robert Fortune, connu comme le premier Britannique à avoir rapporté du thé de Chine et auteur de La route du thé et des fleurs.

Voici donc Opium ou l’histoire d’un illustre inconnu ! C’est un très beau roman qui se lit d’une traite, mais court, trop court !

Cette note de lecture est la refonte d’un billet déjà publié sur un autre blog en 2008, ceci pour le Mois anglais. En effet, ce roman raconte comment le thé chinois est arrivé en Angleterre : c’est super important, isn’t it ?

Une étude en soie d’Emma Jane Holloway

Une étude en soie : Baskerville d’Emma Jane Holloway.

Bragelonne, février 2015, 528 pages, 28 €, ISBN 978-2-35294-827-8. A Study in Silks (2013) est traduit de l’anglais (Canada) par Guillaume Le Pennec.

Mais je l’ai lu en édition poche. Bragelonne poche, collection Steampunk, février 2019, 356 pages, 9,90 €, ISBN 979-10-281-0620-1 pour le tome 1. Bragelonne poche, collection Steampunk, février 2019, 358 pages, 9,90 €, ISBN 978-2-35294-874-2 pour le tome 2.

Genres : littérature canadienne, steampunk, Angleterre victorienne.

Emma Jane Holloway… Peu d’infos sur elle ! Diplômée de littérature anglaise, elle est romancière (romance, fantastique, steampunk). Elle vit avec son chat.

Avril 1888. Londres. Evelina Cooper, 19 ans, nièce de Sherlock Holmes, étudiante à l’Académie pour jeunes filles de Wollaston dans le Devonshire, est invitée par sa meilleure amie, Imogen Roth, à Hilliard House chez Lord Bancroft (Emerson Roth et son épouse Adele, les parents de Tobias, Imogen et Poppy) pour leur première saison londonienne. Orpheline, Evelina a « une grand-mère à la tête d’un domaine rural et l’autre disant la bonne aventure au sein du Cirque suprême de Ploughman » (p. 10). C’est que sa mère, de bonne famille, a épousé un saltimbanque ! « Elle se retrouvait prise entre les deux, mi-bourgeoise mi-vagabonde, deux moitiés qui semblaient ne jamais pouvoir s’accoler vraiment. » (p. 37). Une nuit, Nick, son meilleur ami d’enfance, au cirque, qu’elle n’a plus revu depuis des années, lui rend visite, et cette même nuit, Grace Child, une des domestiques, est assassinée. Devinez qui enquête ! L’inspecteur Lestrade. L’enquête sera pourtant longue et difficile car les barons de la vapeur tirent les ficelles. « Jusqu’à quel point comprends-tu le fonctionnement du Conseil de la vapeur ? […] les barons de la vapeur, ces magnats industriels qui possédaient les entreprises énergétiques. […] Charbon, machines à vapeur, chemins de fer, compagnies de gaz, usines, égrena son père sur un ton mordant. Bientôt ils voudront contrôler le pain que nous mangeons et la bière que nous buvons. » (p. 120). Mais un autre danger survient en la personne du Docteur Symeon Magnus… Qui est-il réellement et que manigance-t-il ?

Dans le tome 2, Imogen et Evelina vont être présentées à la Reine. « Sa mère lui avait parlé de la Cour. Cela faisait office d’histoire du soir pour Evelina : jolies robes et bonnes manières, aristocrates et palais somptueux, l’assurance d’avoir de la chaleur, de la lumière et de quoi manger à sa faim. » (p. 167). Mais l’enquête que mène en parallèle de celle de l’inspecteur Lestrade, Evelina, parfois avec Imogen, devient de plus en plus dangereuse et Lord Bancroft se doute que la jeune fille est impliquée ou du moins sait quelque chose de néfaste pour lui et sa famille.

Ma phrase préférée. « Ceux qui affirmaient que les animaux ne pouvaient pas parler n’écoutaient simplement pas. » (tome 1, p. 220). C’est qu’Evelina découvre la présence de devas, des créatures magiques, invisibles aux yeux de ceux qui ne pratiquent pas la magie.

Une étude en soie est une riche série steampunk, un genre de science-fiction uchronique se déroulant au XIXe siècle avec vapeur, automates, voire magie mais « Avec l’essor de l’industrie, la magie – impossible à mesurer, à réguler ou à gouverner – avait été bannie par l’Église comme par l’État, et en particulier par les barons de la vapeur qui contrôlaient tant de choses grâce à leur immense fortune. » (p. 31). Mais avez-vous remarqué une chose ? La série est sous-titrée Baskerville>, qui n’est que la première partie ! Alors la suite ! Il faut absolument la suite !

Alors l’autrice est Canadienne mais le roman se déroule à Londres, fin XIXe, en pleine époque victorienne, avec la nièce de Sherlock Holmes donc vous pensez bien que je mets ce billet dans le Mois anglais ! Et dans Littérature de l’imaginaire #8.

Son espionne royale et la partie de chasse de Rhys Bowen

Son espionne royale et la partie de chasse de Rhys Bowen.

Robert Laffont, collection La bête noire, janvier 2020, 360 pages, 14,90 €, ISBN 978-2-22124-261-2. Royal Flush (2009) est traduit de l’anglais par Blandine Longre.

Genres : littérature anglaise, roman policier.

Rhys Bowen est le pseudonyme de Janet Quin-Harkin, née le 24 septembre 1941 à Bath dans le Somerset. Autrice de romances, elle utilise Rhys Bowen pour ses romans policiers : les séries Constable Evan Evans (1997-2006), Molly Murphy (2001-2017) et Royal Spyness (2007-2019).

Londres, août 1932. Peu après l’affaire Mauxville (voir Son espionne royale mène l’enquête) et l’affaire bavaroise (voir Son espionne royale et le mystère bavarois), Georgie, toujours désargentée, est seule à Londres car, avec la chaleur, presque tous ses amis sont partis en vacances.

Après avoir rendu service à son amie Belinda occupée avec Paolo, un bel Italien, en dînant à sa place avec un riche Américain, Georgie pense qu’elle peut continuer de passer ses soirées comme ça et passe une annonce mais elle tombe sur un rustaud qui pense à bien autre chose ! Heureusement Darcy O’Mara est là pour la tirer des griffes de ce malotrus. Mais elle est convoquée par le préfet adjoint de police et envoyée en Écosse… Dans le Flying Scotsman, Georgie doit déjeuner à la même table que Godfrey Beverley, un journaliste « cancans & potins » qui lui pose plein de questions… Il ne faudrait pas qu’il apprenne sa mésaventure… Puis fait irruption dans le compartiment Sir Jeremy Daville du Ministère de l’Intérieur. « Nous avons envisagé cette possibilité, répondit Sit Jeremy d’un air grave. Une puissance étrangère qui tenterait de déstabiliser le royaume. Toutefois, les circonstances et la nature de ces accidents nous amènent à une conclusion stupéfiante : il semblerait que nous ayons affaire à un ennemi intérieur. » (p. 81-82).

Mais, en Écosse, dans ce château ouvert à tous les vents, Georgie se sent bien seule, entourée de tous les invités de son frère blessé, tous des pique-assiettes alors qu’il y a très peu d’argent… « Qu’étais-je censée faire au juste ? Et pour quelle raison devrais-je intervenir afin de secourir d’autres gens alors que personne ne paraissait me porter le moindre intérêt ? » (p. 141).

Cette partie de chasse est le troisième tome de Son espionne royale et j’aime vraiment cette série qui s’épaissit à chaque tome. La mission de Georgie est toujours de protéger la famille royale mais son cousin s’obstine avec cette Américaine, mariée en plus. Peu importe, les femmes sont fortes et le font savoir, et Georgie nous fait découvrir les traditions écossaises. Ce tome est à la fois so British et so Scottish !

Une agréable lecture que je mets dans le Mois anglais et les challenges British Mysteries #5, Polar et thriller 2019-2020 et Voisins Voisines 2020 (Angleterre).

Mois anglais – juin 2020


Je suis toujours ravie que le Mois anglais revienne. J’ai participé tous les ans, avec ce blog : 2015 (+bilan), 2016, 2017, 2018 et 2019.

Infos, plein de supers beaux nouveaux logos de Lou et de The Cannibal Lecteur (je ne peux pas tous les mettre mais cliquez sur les vignettes) et inscription chez Titine + billet récapitulatif et chez Lou + groupe FB.

Billets libres ou selon le programme, au choix !

3 juin : un roman policier d’Agatha… Christie ou Raisin (avec le challenge British Mysteries)

6 juin : Londres, en littérature mais pas que !

9 juin : romancière anglaise au choix

11 juin : époque victorienne (roman victorien, néo-victorien, essai…)

13 juin : lecture jeunesse

15 juin : vintage novel (Cluny Brown, Angela Thirkell, romans Persephone…)

18 juin : essai ou biographie

21 juin : Tessa Hadley

23 juin : cosy mystery (avec le challenge British Mysteries)

26 juin : une bande-dessinée

29 juin : Barbara Pym

Mes billets pour ce challenge

1. La clairvoyance du Père Brown de Gilbert Keith Chesterton (Omnibus, 2008, recueil de 12 nouvelles parues entre 1910 et 1911), billet paru avec un jour d’avance à cause du challenge Les classiques c’est fantastique

2. Son espionne royale et la partie de chasse de Rhys Bowen (Robert Laffont, 2020)

3. Une étude en soie : Baskerville d’Emma Jane Holloway (Bragelonne poche, 2 tomes, 2019), l’autrice est Canadienne mais le roman se déroule dans l’Angleterre victorienne avec la nièce de Sherlock Holmes

4. Tag spécial Mois anglais d’Enna (Angleterre, gastronomie, films, séries, musique…)

5. Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley (Pocket, 2017)

6. Opium de Maxence Fermine (Albin Michel, 2002), l’auteur est Français mais raconte l’histoire d’un Anglais parti en Chine pour ramener du thé en Angleterre

Je les ai lus en juin, durant le Mois anglais, mais j’ai dû publier les notes de lectures début juillet :

7. L’affaire est close de Patricia Wentworth (10/18, 320 pages) lu le 27 juin

8. L’équation du chat de Christine Adamo (Points, 432 pages) lu le 28 juin, l’autrice est Française mais le roman se déroule à Cambridge dans le milieu universitaire

J’ai participé à trois concours organisés par Lou et Titine et j’ai gagné deux livres : La seule histoire de Julian Barnes (Folio) et Les hauts de Hurle-Vent d’Emily Brontë (Robert Laffont), vous pensez bien que je suis super contente 🙂

La clairvoyance du Père Brown de Gilbert Keith Chesterton

La clairvoyance du Père Brown de Gilbert Keith Chesterton.

Omnibus, mai 2008, 1216 pages, 28 €, ISBN 978-2-258-07608-2. The Innocence of Father Brown (1911) est traduit de l’anglais par Émile Cammaerts révisé par Anne Guillaume.

Genres : littérature anglaise, nouvelles, policier.

Gilbert Keith (G.K.) Chesterton naît le 29 mai 1874 à Londres. il étudie pour devenir illustrateur. Il est finalement journaliste (au Daily News dès 1902 et à l’Illustrated London News dès 1905), poète, biographe et nouvelliste. Le défaut qui lui est reproché par certains critiques et lecteurs est de faire l’apologie du christianisme (bah, je pense qu’à cette époque, beaucoup de gens étaient encore très croyants et, franchement, après avoir lu ces nouvelles, ça ne m’a pas choquée). Il est en outre un penseur politique reconnu. Lorsque Winston Churchill dépose un amendement à la loi de 1913 sur les handicapés mentaux (pour un programme de stérilisations contraintes), Chesterton mène campagne contre et gagne. Imaginez le bonhomme : 1,93 m et plus de 100 kilos. Il meurt le 14 juin 1936 à Beaconsfield. Il est connu pour ses romans et surtout ses nouvelles policières avec le Père Brown. Il existe un blog de L’association des amis de G.K. Chesterton mais il n’est plus mis à jour depuis mars 2019.

J’ai donc l’intégrale des Enquêtes du Père Brown en Omnibus mais je ne vais pas tout lire d’un coup ! Pour l’instant, je vais lire le premier recueil de nouvelles intitulé La clairvoyance du Père Brown pour le challenge Les classiques c’est fantastique (classiques anglais en mai). Mais je veux quand même vous donner le contenu de cette intégrale (que je lirai au fur et à mesure).

The Innocence of Father Brown (1911) = La clairvoyance du Père Brown paru en français en 1919 (Perrin) avec rééditions en 1983 (10/18) et en 2008 (Omnibus).

The Wisdom of Father Brown (1914) = La sagesse du Père Brown paru en français en 1936 (Gallimard) avec rééditions en 1954 (Gallimard), en 1985 (Folio) et en 2008 (Omnibus).

The Incredulity of Father Brown (1926) = L’incrédulité du Père Brown paru en français en 1932 (Gallimard) avec réédition en 2008 (Omnibus).

The Secret of Father Brown (1927) = Le secret du Père Brown paru en français en 1929 (Gallimard) avec réédition en 2008 (Omnibus).

The Scandal of Father Brown (1935) = Le scandale du Père Brown paru en français en 1982 (L’âge d’homme) avec réédition en 1990 (10/18) et en 2008 (Omnibus).

Soit 51 nouvelles en tout et 2 textes d’encadrement, un qui ouvre et un qui clôt le recueil Le secret du Père Brown.

Voici les 12 nouvelles qui sont dans ce premier recueil, La clairvoyance du Père Brown.

1. The Blue Cross (The Story-Teller, septembre 1910) = La croix bleue – Londres se prépare au Congrès eucharistique. Aristide Valentin, « le chef de la police parisienne et le plus célèbre détective du globe » (p. 9) espère arrêter Flambeau, un Gascon, escroc et voleur recherché en Europe depuis des années. Sur le bateau, il voyage avec un prêtre chargé comme un baudet. Mais aucune trace de Flambeau… « Le criminel est un artiste créateur ; le détective n’est qu’un critique. » (p. 14). S’engage une poursuite dans Londres, deux prêtre, un petit et un très grand (Chesterton se rêvait-il en criminel ? Flambeau fait 1,90 m comme l’auteur !). « Jusqu’ici, tout s’enchaînait assez logiquement. Valentin avait appris, le matin même, qu’un certain Père Brown avait apporté d’Essex une croix d’argent ornée de saphirs, une relique de grande valeur, pour la montrer à certains prêtres étrangers qui assistaient au Congrès. » (p. 23). C’est donc cette croix bleue que Flambeau veut voler mais le Père Brown est un prêtre expérimenté ! Une nouvelle amusante avec une course-poursuite dans Londres.

2. The Secret Garden (The Story-Teller, octobre 1910) = Le jardin secret – Dans sa maison sur les bords de Seine, Aristide Valentin a invité entre autres Lord Galloway, l’ambassadeur anglais, avec son épouse et sa fille Margaret, le Père Brown venu de Cobhole en Essex et un multimillionnaire américain décrié, Julius K. Brayne. Mais le commandant Neil O’Brien, un Irlandais de la Légion étrangère, ne va-t-il pas profiter de cette soirée pour se rapprocher de Margaret ? C’est en les cherchant que Galloway se retrouve dans le jardin derrière la maison mais… « Un cadavre dans l’herbe – un cadavre sanglant ! » (p. 35). Comment le cadavre d’un inconnu, « la tête séparée du tronc » (p. 39) peut-il être dans le jardin inaccessible par l’extérieur ? C’est le Père Brown qui va comprendre cette étrange huis-clos.

3. The Queer Feet (The Story-Teller, novembre 1910) = Les pas étranges – Dîner annuel du club des « Douze Vrais Pêcheurs » au sélect Hôtel Vernon à Belgravia. Le Père Brown est également dans cet hôtel, dans un petit bureau isolé, en train d’écrire, lorsqu’il entend des pas devant la porte. « À aucun moment, le bruit de ces pas ne différait de ceux qu’on entend d’ordinaire dans un hôtel ; et pourtant, considéré dans son ensemble, il présentait un caractère particulièrement étrange. » (p. 58). Mais si un des quinze domestiques est mort (c’est ce pour quoi le Père Brown a été appelé), qui est le quinzième domestique qui a débarrassé les précieux couverts en argent des Douze Pêcheurs ? Encore un huis-clos pour le retour de Flambeau qui a sûrement dû s’échapper depuis La croix bleue.

4. The Flying Stars (The Cassell’s Magazine, juin 1911) = Les étoiles filantes – Comme chaque année, Sir Leopold Fisher, un « vénérable financier » (p. 79), arrive le lendemain de Noël chez le colonel Adams pour offrir un cadeau à sa filleule, Ruby. Cette année, c’est un trio de diamants africains, les étoiles filantes. Le Père Brown, en tant qu’ami de la famille, est invité. Et John Crook, un journaliste attiré par Ruby, s’est invité. Ainsi que le beau-frère du colonel Adams, James Blount, un gentleman-farmer canadien, qui propose une arlequinade et fait venir Florian, un acrobate et comique français, pour qu’il apporte des costumes. « Comment un tel banquet de folies fut jamais prêt à temps, c’est une énigme que nous ne tenterons pas de résoudre. » (p. 84). Mais un Blount Arlequin et un Florian policier, plus les diamants qui disparaissent, c’est louche, non ? Mais c’est de nouveau le Père Brown qui résout l’affaire grâce à sa lucidité. Dans cette nouvelle, un clin d’œil à Charles Dickens.

5. The Invisible Man (The Cassell’s Magazine, février 1911) = L’homme invisible – À Camden Town, un magasin de gâteaux et confiseries attire les enfants. « Les gamins avaient l’habitude de venir s’écraser le nez contre la vitre chatoyante. » (p. 92). Mais c’est un jeune homme de vingt-quatre ans qui entre ; il s’appelle John Turnbull Angus, il est dessinateur et il demande en mariage l’employée, Laure Hope mais… « Mr Angus, dit-elle avec fermeté, avant que vous continuiez vos folies, je dois vous dire, le plus brièvement possible, une chose qui me concerne. » (p. 94). Elle a déjà deux prétendants de son village natal, qu’elle a éconduits mais ils sont de retour et elle a peur. Angus propose d’avertir son ami Flambeau, devenu détective privé, et surprise, chez Flambeau, il y a son ami le Père Brown qui avec sa perspicacité habituelle va comprendre comment un homme peut être invisible.

6. The Strange Justice ou The Honour of Israel Gow (The Cassell’s Magazine, avril 1911) = L’honneur d’Israël Gow – Flambeau, devenu détective, et un de ses amis, l’inspecteur Craven de Scotland Yard, enquêtent sur la mort du comte de Glengyle en Écosse. Le Père Brown, étant à Glasgow pour affaires, les rejoint au château de Glengyle. « Israël Gow était le seul domestique de ce domaine désert. » (p. 112). Mais les deux enquêteurs n’ont pas découvert grand-chose… « […] nous n’avons découvert qu’une seule chose concernant Lord Glengyle : c’est qu’il était fou. » (p. 114). Le Père Brown, soupçonnant de la magie noire, exige d’examiner le cercueil. Le corps est bien là, squelettique, mais sans tête ! « Nous avons trouvé la vérité ; et la vérité est absurde. » (p. 122). Dans cette nouvelle, un clin d’œil à Wilkie Collins.

7. The Wrong Shape (The Story-Teller, janvier 1911) = La mauvaise forme – Clapham, au nord de Londres. Flambeau et le Père Brown sortent d’une étrange maison blanche et verte en forme de T, une mauvaise forme. C’est la maison du poète et romancier Leonard Quinton, spécialiste de l’Orient. Un génie mais opiomane… Or Quinton et son épouse accueillent dans leur maison un pacifiste hindou. Dans le jardin, le Père Brown trouve « un curieux couteau oriental recourbé, dont le manche était orné d’exquises incrustations de pierres et de métal. […] Il est très beau, remarqua le prêtre d’une voix basse et rêveuse ; les couleurs en sont très belles, mais il a une mauvaise forme. » (p. 132). C’est alors qu’avec le Dr James Erskine Harris, ils découvrent Quinton mort et ce message : « Je me suis frappé moi-même, et pourtant je meurs assassiné ! » (p. 139). Le message est rédigé sur une feuille dont un coin a été coupé, c’est aussi une mauvaise forme. Cette fois, ce n’est pas le Père Brown qui résout ce meurtre.

8. The Sins of Prince Saradine (The Cassell’s Magazine, février 1911) = Les péchés du Prince Saradine – Flambeau ferme son cabinet de détective pour un mois de vacances et part remonter les rivières du Norfolk dans un petit bateau à voile avec le Père Brown. Mais il a une idée derrière la tête : rencontrer un homme qui lui avait envoyé une carte lorsqu’il était un grand voleur. « Si vous prenez jamais votre retraite pour devenir respectable, venez me voir. Je désire faire votre connaissance, car j’ai fait celle de tous les grands hommes de mon temps. […] Prince Saradine, maison des Roseaux, île des Roseaux, Norfolk. » (p. 150). Ce Prince Saradine est célèbre, riche, brillant et il a beaucoup voyagé, ce peut être intéressant effectivement de le rencontrer. Mais il n’est pas l’homme qu’il paraît être… Le Père Brown est optimiste… « […] il est souvent possible de faire le bien lorsqu’on est quelqu’un de bon, même au mauvais endroit. » (p. 154). Mais est-ce bien toujours vrai ?

9. The Hammer of God (Story-Teller, décembre 1910) = Le marteau de Dieu – Village de Bohun Beacon. Norman et Wilfred Bohun sont deux frères d’une lignée aristocratique, Norman est un pêcheur invétéré (alcools, femmes…) et Wilfred est vicaire. Une nuit, il rend visite à la très belle femme du forgeron et le lendemain matin, le village le retrouve mort, la tête écrasée. Le forgeron, Simeon Barnes, est bien entendu le premier suspect mais il rentre tranquillement de Greenford avec deux hommes et, alors qu’il a un gros marteau, celui avec lequel a été tué Norman est tout petit. « Ce ne peut être qu’une personne incapable d’en soulever un plus lourd. » (le médecin, p. 180). Dans cette nouvelle, le Père Brown (eh oui, il est partout !) montre qu’il s’y connaît aussi en sciences physiques.

10. The Eye of Apollo (The Cassell’s Magazine, février 1911) = L’œil d’Apollon – Retour à Londres, à Westminster, où Hercule Flambeau (c’est la première fois qu’on lit son prénom) est propriétaire de son nouveau bureau de détective au 4e étage d’un immeuble tout neuf. « L’édifice avait un aspect américain. C’était un gratte-ciel d’une altitude respectable, muni de tout un attirail bien astiqué de téléphones et d’ascenseurs. » (p. 190). Au-dessus du bureau de Flambeau, un immense œil en or placé par Kalon, le gourou d’une nouvelle secte, improvisé « nouveau prêtre d’Apollon » (p. 191), adorateur du soleil. Au-dessous, deux sœurs issues de la noblesse, Pauline et Joan Stacey, ont installé un bureau de dactylographie. C’est surtout l’aînée, Pauline, qui attire Flambeau. C’est la première fois que les conditions des femmes sont traitées, celles-ci travaillent même si elles ont une fortune. Ce midi, alors que Kalon est sur le balcon en train d’adorer le soleil, le Père Brown (*) vient visiter le nouveau bureau lorsqu’un choc se produit, comme une explosion, c’est Pauline Stacey qui est morte… Défaillance de l’ascenseur ? « Était-ce un meurtre ? Mais qui aurait pu commettre le crime dans ces appartements déserts ? » (p. 197). (*) On apprend que son prénom commence par J. Peut-être John puisque le Père Brown est inspiré du père John O’Connor (1870-1952), un curé de Bradford (Yorkshire) « qui joua un rôle important dans la conversion de Chesterton au catholicisme en 1922 » (source Wikipédia).

11. The Sign of the Broken Sword (The Story-Teller, février 1911) = L’épée brisée – Pourquoi le Père Brown traîne-t-il son ami Flambeau pour voir les six monuments érigés en l’honneur du général Arthur Saint-Clare ? « Je commence à en avoir assez de ce grand homme, d’autant plus que j’ignore absolument qui il était. » (Flambeau, p. 211). En effet, le général, héros anglais en Afrique et en Inde, a été retrouvé pendu, son épée brisée attachée autour du cou, mais le président brésilien Olivier était un homme sage qui libérait les prisonniers faits par son armée, parfois même « comblés de présents » (p. 212). Le Père Brown veut résoudre ce mystère car il a eu accès à trois témoignages qui l’ont interrogé. Dans cette nouvelle, Chesterton dénonce ce que les hommes font au nom ou pour la gloire du Seigneur. « C’est la pire critique que l’on puisse faire du crime. » (p. 223) et rétablit une vérité historique.

12. The Three Tools of Death (The Cassell’s Magazine, juillet 1911) = Les trois instruments de la mort – Un matin le Père Brown est réveillé par un agent de police. Sir Aaron Armstrong a été assassiné ! « L’idée qu’un personnage aussi divertissant, aussi populaire, avait été victime d’une secrète violence était absurde, presque grotesque. » (p. 229). « Pour autant que je sache, avouait Merton, il est impossible d’y voir clair. On ne peut soupçonner personne. Magnus [c’est le domestique] est un vieil imbécile solennel, bien trop sot pour être un assassin. Royce [c’est le secrétaire] a été le meilleur ami du baronnet depuis des années ; et il est évident que la jeune fille adorait son père. Et puis, toute cette affaire est trop absurde. Qui songerait à tuer un joyeux vieux bonhomme tel que Armstrong ? » (p. 231). Trois personnes (Magnus, Patrick Royce et Alice), trois armes : « Dites donc, fit-il avec bonne humeur, toute cette histoire ne tient pas debout. D’abord vous me dites que vous ne trouvez aucune arme. Mais maintenant, nous en trouvons trop. Voilà, vous dit-on, le couteau qui poignarda la victime, et la corde qui l’étrangla, et le revolver qui la cribla de balles. Et, en réalité, Sir Armstrong s’est rompu le cou en tombant par la fenêtre ! Cela ne va pas. Ce n’est pas économique. » (p. 240). Sacré Père Brown !

Des nouvelles toutes différentes et réussies. Comme c’est du format court, Chesterton ne dit que ce qu’il faut, en particulier dans les descriptions des lieux et des personnages mais il n’est pas avare de mots et sait donner des détails. Son Père Brown est intelligent, logique et parfois taquin (Flambeau aussi) donc il y a un certain humour britannique. Je lirai les autres nouvelles avec plaisir mais plus tard (parce que là, j’ai fait une cure de nouvelles de Chesterton ce week-end !).

En plus de Les classiques c’est fantastique cité plus haut, pour les challenges British Mysteries #5, Cette année, je (re)lis des classiques #3, Lire en thème 2020 (en mai, un titre qui fait plus de trois mots) et Polar et thriller 2019-2020.

Sherlock, Lupin & moi (tomes 1 à 3) d’Irene Adler

La série de littérature italienne Sherlock, Lupin e io met en scène Sherlock Holmes, Arsène Lupin et Irene Adler alors qu’ils ont entre 12 et 14 ans.

Irene Adler est le pseudonyme utilisé par deux auteurs italiens en littérature jeunesse, Alessandro Gatti (né en 1975 à Alessandria) et Pierdomenico Baccalario (né en 1974 à Acqui Terme).

Il y a, pour l’instant, 22 tomes parus en Italie (entre 2011 et 2019). Mais je vais vous présenter les trois premiers pour le Mois italien.

Sherlock, Lupin & moi, 1 – Le mystère de la dame en noir d’Irene Adler.

Albin Michel, janvier 2017, 288 pages, 12,50 €, ISBN 978-2-22632-837-3. Sherlock, Lupin & io – Il trio della dama nera (2011) est traduit de l’italien par Béatrice Didiot.

Genres : littérature italienne, jeunesse, roman policier.

Irene Adler est un personnage fictif qui apparaît dans la nouvelle Un scandale en Bohême (1891) Sir Arthur Conan Doyle. Née en 1958 dans le New Jersey (États-Unis), elle a bien 12 ans en 1870, époque où débute ses souvenirs relatés dans une série de romans.

Iacopo Bruno naît en 1964 à La Spezia (Italie). Il est illustrateur.

Juillet 1870. Irene Adler, 12 ans, est en vacances avec sa mère à Saint-Malo : « ce fameux été changea toute, mais toute ma vie. » (p. 10). Elle rencontre William Sherlock Holmes (environ 13 ans) qui lui présente son ami, Arsène Lupin, 14 ans. Ils trouvent un cadavre dans une crique mais un homme encapuchonné les observe depuis le haut de la falaise. « Nous avons trouvé un cadavre sur la plage. Qui dit cadavre dit assassin, non ? » (Irene, p. 92) alors « Je propose que nous menions notre propre enquête. » (Lupin, p. 94).

Et voici donc la première enquête de Sherlock, Lupin (il n’aime pas qu’on l’appelle Arsène) et Irene ! Mais, comme ça devient trop dangereux, les deux ados veulent éloigner Irene… « Nous avons commencé cette aventure ensemble. Nous trois : Sherlock, Lupin et Irene ! Et le soir où nous avons trouvé le cadavre sur la plage, nous avons conclu un pacte. Nous avons décidé de découvrir ensemble ce qui s’était passé. C’est dangereux, nous le savions, et c’est peut-être cela qui nous plaisait. » (Irene, p. 176-177).

Si l’on ne pense pas au fait qu’Irene Adler n’apparaît que dans une nouvelle de Sir Arthur Conan Doyle et qu’il y a fort peu de chance qu’elle ait connu Sherlock Holmes et Arsène Lupin à l’adolescence, et qu’eux-mêmes se soient connus également, eh bien le reste tient la route ! L’écriture est soignée, fluide, l’aventure et le danger sont au rendez-vous pour le trio de détectives en herbe, c’est donc un premier tome bien accrocheur pour donner envie de lire les tomes suivants !

Sherlock, Lupin & moi, 2 – Dernier acte à l’opéra d’Irene Adler.

Albin Michel, mai 2017, 304 pages, 12,50 €, ISBN 978-2-22632-838-0. Sherlock, Lupin & io – Ultimo atto al teatro dell’opera (2012) est traduit de l’italien par Béatrice Didiot.

Genres : littérature italienne, jeunesse, roman policier.

Irene Adler et Iacopo Bruno : voir ci-dessus.

Septembre 1870. Sherlock est rentré en Angleterre, Arsène vadrouille avec le cirque de son père et Irene est de retour avec sa mère à Paris. « Je trouvais absolument incroyable d’être obligée de m’ennuyer à mourir dans notre salon, autrement dit de perdre mon temps, alors que toute une armée marchait sur la capitale. » (Irene, p. 22-23). C’est alors que le père Adler fait irruption : « Fais tes valises ! me dit Papa. Et toi aussi, ma chère ! La semaine prochaine, Ophelia Merridew montera sur scène pour la dernière fois, dans le nouvel opéra du grand Giuseppe Barzini, donné à Covent Garden ! » (p. 24). Effectivement, le spectacle est magnifique malgré la tristesse de l’histoire. Et, voici Irene à Londres où, bien sûr, elle peut revoir Sherlock ! « Comme j’étais heureuse de retrouver mon ami à l’esprit si singulier. Mais Lupin, pourquoi n’était-il pas là ? – Il va arriver, m’assura Sherlock. La vie du cirque ne permet pas toujours d’être ponctuel. » (p. 77). Mais Alfredo Santi, le secrétaire personnel de Barzini est assassiné et c’est Theophraste Lupin, le père d’Arsène, qui est accusé !

Arsène avoue à ses amis : « Mon père est un voleur, amateur de bijoux. C’est dit, confessé. Maintenant, à vous de décider, en toute liberté, si vous préférez rester ou quitter cette pièce. Je ne vous blâmerai pas si vous ne voulez plus fréquenter le fils d’un cambrioleur. Cela étant… jamais au grand jamais mon père n’assassinerait quelqu’un. C’est impensable ! » (p. 114).

Cette fois, leur enquête est bien plus personnelle (et dangereuse ?) que l’enquête estivale. Mais, alors qu’ils essaient de trouver le véritable assassin pour faire libérer le père Lupin, ils apprennent que la cantatrice, Ophelia Merridew, a disparu !

À noter : une rencontre avec Wilkie Collins.

Un deuxième tome un peu plus violent, guerre, assassinat, disparition. Et les trois jeunes sont inséparables et un peu inconscients mais prêts à tout pour découvrir la vérité.

Sherlock, Lupin & moi, 3 – L’énigme de la rose écarlate d’Irene Adler.

Albin Michel, septembre 2017, 272 pages, 12,50 €, ISBN 978-2-22632-839-7. Sherlock, Lupin & io – Il mistero della rosa scarlatta (2012) est traduit de l’italien par Béatrice Didiot.

Genres : littérature italienne, jeunesse, roman policier.

Irene Adler et Iacopo Bruno : voir ci-dessus.

Décembre 1870. Toujours à Londres. Première neige. Installée à Londres avec ses parents pour échapper à la guerre entre la France et la Prusse, Irene voit Sherlock régulièrement. Quant à Arsène, « il explorait le vaste monde avec le cirque où travaillait son père » (p. 10) et envoie de temps en temps des cartes postales. Lorsqu’Irene rejoint Sherlock au Shackleton Coffee House à Carnaby Street, elle le trouve contrarié à cause d’une énigme parue dans le Times. « Problème d’échecs. Elle tenait en trois lignes composées de lettres et de chiffres telles V2 – P19 – D2, suivies de la phrase Échec et mat en trois coups. Le tout signé : Le Frère Noir. » (p. 20-21). Mais Sherlock en est persuadé, cette notation ne correspond pas du tout au jeu d’échecs !

Et, qui arrive, par surprise ? Arsène Lupin. Voici dans les trois amis réunis à nouveau pour une troisième enquête !

Sherlock et Lupin découvrent que ces codes correspondent en fait à trois zones de Londres et, dans l’une d’elle, un crime vient d’être commis : « Samuel Peccary, riche négociant en peaux, poignardé dans sa luxueuse villa au bord de la Tamise, dans le quartier de Twickenham. » (p. 46). Y aura-t-il deux autres meurtres dans les deux autres zones ? Ce qu’ils ont appris est trop important, il leur faut prévenir Scotland Yard mais les policiers se moquent d’eux… « Je ne crois pas me tromper en affirmant que notre mésaventure marqua profondément mon ami Sherlock Holmes. À dater de ce jour-là, son attitude à l’égard de Scotland Yard devint – et pour ce que je puis en juger, demeure – empreinte d’une vive méfiance et d’un mépris à peine dissimulé. » (Irene, p. 65).

Mais, s’ils pouvaient s’associer avec Charles Frederick Field, un grand policier de Scotland Yard à la retraite, devenu détective privé ?

Cette enquête monte d’un cran ; elle est encore plus périlleuse que les deux précédentes et les trois ados vont même mettre leur vie en danger !

Sherlock, Lupin & moi est une très bonne série jeunesse mais, vu le nombre total de tomes, je ne suis pas sûre de lire la suite ! Ou alors un de temps en temps si je tombe dessus à la bibliothèque.

Pour les challenges (en plus du Mois italien cité au début du billet) Jeunesse Young Adult #9, Lire en thème 2020 (livre dont le titre fait plus de trois mots), Petit Bac 2020 (catégorie Crimes et justice pour Sherlock et Lupin), Polar et thriller 2019-2020 et Voisins Voisines 2020 (Italie).

Rendez-vous avec le crime de Julia Chapman

Rendez-vous avec le crime de Julia Chapman.

Robert Laffont, collection La bête noire, avril 2018, 408 pages, 14,90 €, ISBN 978-2-22121-549-4. Date With Date (2017) est traduit de l’anglais par Dominique Haas.

Genres : littérature anglaise, roman policier.

Julia Chapman – de son vrai nom Julia Stagg – est une autrice anglaise de romans policiers (pas de date de naissance). D’après Wikipédia, elle a voyagé (en tant que professeur d’anglais langue étrangère) puis s’est installée avec son mari en Ariège où ils ont tenu une auberge qui a inspiré la série de 6 romans, The Fogas Chronicles (2011-2015, non traduits en français). De retour en Angleterre (dans les Yorkshire Dales), elle écrit la série Date with… (pour l’instant 5 tomes, 2017-2020) soit Les détectives du Yorkshire. Plus d’infos sur son site officiel, http://www.jstagg.com/.

Après quatorze ans d’absence, Samson O’Brien revient à Bruncliffe dans le Yorkshire avec un sac et une moto rouge. Il a quitté Londres à cause de quelques problèmes à la MET et souhaite ouvrir – provisoirement – une agence de détective privé mais les habitants ne sont pas ravis de son retour.

De son côté, Delilah Metclaffe gère une petite entreprise de création de sites Internet et l’Agence de Rencontres des Vallons, avec son chien, un Braque de Weimar, qui s’appelle… Calimero (quel drôle de nom pour un si grand chien !). Comme elle a besoin d’argent, elle loue le rez-de-chaussée de son bâtiment à Samson. « Eh bien, on dirait que la vie à Bruncliffe est sur le point de devenir intéressante, commenta Edith. Puis un sourire s’épanouit lentement sur son visage. » (p. 16).

Ce même jour, c’est l’enterrement de Richard Hargreaves, professeur d’université, dont la police pense qu’il s’est suicidé. Puis le corps d’un randonneur, Martin Foster, est retrouvé, sûrement un accident. Delilah fait tout de suite le rapprochement. « Deux de ses clients morts en moins d’une semaine. Une coïncidence ? Probablement. Mais ce fut les doigts tremblants qu’elle déchira l’article et le glissa dans sa poche. » (p. 26). Samson enquête car la mère de Richard Hargreaves est persuadée que son fils ne s’est pas suicidé : son épouse est partie il y a plus de trois ans et il s’en était remis. « […] s’il n’y avait pas de mobile à ce meurtre, le suicide ne semblait pas plus justifié. » (p. 116).

Sous-titré Une enquête de Samson et Delilah, les détectives du Yorkshire, les lecteurs suivent donc la première enquête des ARV : l’Agence de Recherche des Vallons accompagnée de l’Agence de Rencontres des Vallons. Je fais l’impasse sur les nombreux personnages, la famille de Delilah, celle de Samson et ses amis d’enfance qui lui en veulent d’être parti précipitamment quatorze ans auparavant et de n’avoir jamais donné de nouvelles, les familles des hommes décédés, les commerçants, toute une belle galerie de personnages et puis, le lecteur s’en doute, dans les prochains tomes il se passera des choses avec Rick Procter (je me suis même demandé si Samson n’était pas là pour enquêter sur lui et sa bande en fait !). Ce premier tome est agréable et cette série est une intéressante alternative à Agatha Raisin de M.C. Beaton mais Julia Chapman a un humour plus terre à terre et la lecture est peut-être moins jubilatoire qu’Agatha Raisin ou – ma série de ce genre préférée – Mma Ramotswe détective d’Alexander McCall Smith. Mais à découvrir !

Pour les challenges Animaux du monde (pour Calimero, il a son importance), British Mysteries #5 et Mois British Mysteries (dernier jour !), Polar et thriller 2019-2020, Voisins Voisines 2020 (Angleterre).

Sherlock Holmes et les ombres de Shadwell de James Lovegrove

Sherlock Holmes et les ombres de Shadwell : les Dossiers Cthulhu, 1 de James Lovegrove.

Bragelonne, collection Steampunk, février 2018, 360 pages, 25 €, ISBN 979-10-281-0749-9. The Chtulhu Casebooks : Sherlock Holmes and the Shadwell Shadows (2016) est traduit de l’anglais par Arnaud Demaegd.

Genres : littérature anglaise, roman policier, fantastique.

James Lovegrove naît le 24 décembre 1965 à Lewes (Angleterre). Diplômé d’Oxford, il est critique littéraire et son premier roman paraît en 1990. Il est auteur de littérature de l’imaginaire (science-fiction, fantasy, horreur) et de littérature jeunesse. Peu de ses romans sont traduits en français. Plus d’infos sur son site officiel, https://www.jameslovegrove.com/.

Printemps 2014. James Lovegrove, Anglais, auteur de littérature de l’imaginaire, reçoit un mail d’un cabinet d’avocats de Providence (Rhode Island, États-Unis). En tant que descendant de la famille allemande von Luftgraf (soit Lovegrove pour les Britanniques et Lovecraft pour les Américains), il est un « cousin au centième degré environ de H.P. Lovecraft » (p. 12). À ce titre, il hérite de Henry Prothero (H.P. !) Lovecraft (auteur lui aussi), de trois tapuscrits qui étaient en sa possession mais signés du Dr John Watson qu’il va recevoir par coursier international. Tout semble correct : le papier, la machine sur laquelle ils ont été tapés, le style de Watson mais les histoires de Sherlock Holmes qui y sont narrées sont si surprenantes que « presque tout ce que nous savons du grand détective – sa vie, son œuvre, ses méthodes, ses exploits – n’est qu’un vaste mensonge, une façade créée pour cacher une vérité profonde plus sombre et plus horrible. » (p. 14).

Novembre 2016. James Lovegrove décide de publier ces trois inédits que le Dr Watson a rédigé en secret à la fin de sa vie, comme pour se soulager d’un trop grand poids.

Hiver 1880. Le lecteur découvre éberlué la véritable rencontre entre le Dr Watson (qui rentre blessé d’Afghanistan où il était médecin militaire *) et Sherlock Holmes (à peine plus de 20 ans, qui s’est installé depuis peu au 221B Baker Street en tant que premier détective conseil au monde). Immédiatement Holmes et Watson enquêtent sur quatre cadavres découverts dans le quartier de Shadwell. « Ces quatre personnes étaient le genre de gens devant lesquels on passe sans les remarquer… (Il prit l’air rusé.) Et dont le décès pourrait passer inaperçu. » (p. 48-49).

(*) Le lecteur apprendra d’ailleurs ce qu’il s’est exactement passé dans la vallée d’Arghandab en Afghanistan.

Ils vont rencontrer un riche Chinois, maître de l’opium en Angleterre. « La révélation sera universelle. Vous ressortirez de cette expérience avec une appréciation plus large, plus profonde, de l’essence véritable des choses. » (p. 118).

Et le Pr James Moriarty « mathématicien de renom » (p. 231), génie de 21 ans (le théorème binomial, la dynamique des astéroïdes…) : bien avant que le canon officiel le laisse entendre ! « Moriarty n’a pas pu croire qu’il nous découragerait avec quelques belles phrases et un petit tour de passe-passe hypnotique. Il n’a fait que nous laisser une chance. C’était avant tout une démonstration de l’inébranlable confiance qu’il a en lui-même. Il ne nous considère pas dignes d’être ses adversaires. (Son expression se durcit). C’est une erreur, conclut-il sur un ton glacial. Une grosse erreur. Et il la regrettera. » (p. 249).

Et ce n’est pas avec Lestrade que travaille Sherlock mais avec Gregson, plus ouvert sur les choses surnaturelles.

Êtes-vous prêts à cauchemarder tout le restant de votre vie (comme le Dr Watson) et à apprendre la langue r’lyehen ? Ou akto pour quelques personnes, une langue vieille de plus de quinze mille ans. Parce que ce premier tome de la trilogie Les Dossiers Chtulhu est passionnant et j’ai vraiment eu l’impression d’un « croisement » entre l’écriture du Dr Watson (Sir Arthur Conan Doyle) et H.P. Lovecraft, c’est fascinant ! Il y a à la fois une enquête à la Sherlock Holmes avec la réflexion, la logique, tout ce qui fait ce personnage, et le fantastique horrifique de l’univers de Lovecraft. Alors, « crossover » ou « mashup » ou « machine à fric » comme en parle Lovegrove dans sa préface ? À vous de décider ! De mon côté, j’ai trouvé cette histoire tellement plausible et réaliste malgré le surnaturel que j’ai embrayé avec le tome 2, Sherlock Holmes et les monstruosités du Miskatonic, et je sens que je vais regretter de ne pas avoir le tome 3, Sherlock Holmes et les démons marins du Sussex, à ma disposition…

Une lecture stupéfiante que je mets dans le Mois British Mysteries et les challenges British Mysteries #5, Lire en thème mars 2020 (pour la pieuvre sur la couverture), Littérature de l’imaginaire #8, Polar et thriller 2019-2020 et Voisins Voisines 2020 (Angleterre).

Son espionne royale et le mystère bavarois de Rhys Bowen

Son espionne royale et le mystère bavarois de Rhys Bowen.

Robert Laffont, collection La bête noire, juin 2019, 384 pages, 14,90 €, ISBN 978-2-22124-163-9. A Royal Pain (2008) est traduit de l’anglais par Blandine Longre.

Genres : littérature anglaise, roman policier.

Rhys Bowen est le pseudonyme de Janet Quin-Harkin, née le 24 septembre 1941 à Bath dans le Somerset. Autrice de romances, elle utilise Rhys Bowen pour ses romans policiers : les séries Constable Evan Evans (1997-2006), Molly Murphy (2001-2017) et Royal Spyness (2007-2019).

Londres, juin 1932. Un mois après l’affaire Mauxville (voir Son espionne royale mène l’enquête). Georgie ne voit plus Darcy qui lui avait fait la cour. « En me montrant bêtement réticente, j’avais semble-t-il laissé échapper mes chances d’être avec Darcy. Mais voulais-je vraiment de lui ? Il était Irlandais, catholique, fauché, peu fiable et peu recommandable à tous les égards – mis à part qu’il était le fils d’un pair . » (p. 41). Mais Georgie est de nouveau conviée par Sa Majesté la reine pour boire le thé, enfin… pour une mission d’espionnage ! La reine aimerait que son fils, David, prince de Galles, futur roi, oublie enfin cette Américaine mariée, et rencontre « fortuitement » la princesse Hannelore de Bavière, une jeune fille de 18 ans qui vient de sortir du couvent. « Elle continua de me parler, tandis que le sang me battait aux tempes ; comment lui expliquer qu’il m’était impossible de recevoir une jeune lady de sang royal dans une maison où je vivais sans domestiques et me nourrissais de haricots blancs en boîte ? – J’espère que je peux compter sur vous, n’est-ce pas Georgiana ? Pour le bien de l’Angleterre ? J’ouvris la bouche. Et me contentais d’acquiescer : – Bien entendu, madame. » (p. 51). Comment Georgie va-t-elle faire pour accueillir dignement Hannelore et sa suite sans aucun domestique et sans argent pour les repas ? Mais Georgie a de la ressource car « Un Rannoch ne bat jamais en retraite. » (p. 70).

Mais, lors d’une soirée bien arrosée chez Gussie et Lunghi, deux amis de Belinda et de Georgie, Tubby Tewkesbury, un peu ivre, bascule sur la balustrade du balcon qui cède sous son poids et il tombe du sixième étage… L’inspecteur Harry Sugg s’interroge sur le fait que Georgie soit encore impliquée dans un décès, même seulement à titre de témoin. « Deux cadavres en moins d’une semaine. Ça ne peut pas être une simple coïncidence, n’est-ce pas ? » (p. 174). Pire, quelques jours après, Sidney Roberts, qui était aussi à cette soirée, est retrouvé poignardé à l’étage de la librairie Haslett’s dans Wapping où il travaillait. C’est Hannelore (Hanni) qui a trouvé le corps… Qu’est-ce que les deux demoiselles faisaient là ? La librairie Haslett’s est la plus ancienne librairie de Londres mais le quartier de Wapping n’est pas très bien fréquenté… Georgie doit découvrir ce qu’il s’est réellement passé. « Je me mis à réfléchir. Les événements des derniers jours étaient si embrouillés. Il y avait d’abord eu la chute mortelle de Tubby, puis l’horrible épisode dans la librairie, avec le pauvre Sidney gisant là, le sang se répandant à travers sa chemise. Mon grand-père semblait penser qu’il y avait forcément un lien entre ces deux drames. Pour ma part, je ne voyais pas lequel […]. » (p. 227).

J’ai trouvé ce deuxième tome plus dense et plus abouti que Son espionne royale mène l’enquête. Le style est toujours so british, drôle et divertissant mais la dimension politique et les relations entre l’Angleterre et l’Allemagne y sont bien présentes. Une série que je vous recommande !

Une chouette lecture que je mets dans le Mois British Mysteries et les challenges British Mysteries #5, Polar et thriller 2019-2020 et Voisins Voisines 2020 (Angleterre).