Cox ou la course du temps de Christoph Ransmayr

Cox ou la course du temps de Christoph Ransmayr.

Albin Michel, collection Les grandes traductions, août 2017, 320 pages, 22,50 €, ISBN 978-2-226-39630-3. Cox oder der Lauf der Zeit (2016) est traduit de l’allemand par Bernard Kreiss.

Genres : littérature autrichienne, roman historique.

Christoph Ransmayr naît le 20 mars 1954 à Wels près de Linz en Autriche. Dans les années 70, il étudie la philosophie et l’ethnologie à Vienne puis travaille comme journaliste culturel avant de se consacrer, dans les années 80, à l’écriture (romans et essais pour lesquels il reçoit des prix littéraires).

Chine du XVIIIe siècle. L’empereur Qianlong est passionné par les horloges et les mécanismes qui mesurent le temps et sa course effrénée. Il attend « l’arrivée imminente d’un voilier anglais chargé d’horloges et d’automates précieux » (p. 11). « Alistair Cox, horloger et constructeur d’automates en provenance de Londres, maître de plus de neuf cents micro-mécaniciens, bijoutiers-joailliers, orfèvres et ciseleurs, se tenait au bastingage du trois-mâts Sirius et frissonnait malgré le soleil matinal radieux qui surplombait déjà les collines de Hangzhou et dissipait les derniers brouillards encore présents sur l’eau noire. » (p. 17). Il y a deux ans, lorsque Abigaïl, sa fille chérie, est morte de la coqueluche, Cox a accepté l’invitation de l’empereur-dieu, « être le premier homme du monde occidental à prendre ses quartiers dans une ville interdite et à créer, pour le très haut et passionné amateur et collectionneur d’horloges et d’automates, des œuvres conformes aux plans et aux rêves du Très-Haut. » (p. 20). Cox arrive avec son ami et plus proche collaborateur, Jacob Merlin, et deux assistants exceptionnels, un horloger orfèvre, Aram Lockwood, et un micro-mécanicien, Balder Bradshaw. Mais l’empereur ne veut plus de jouets alors le Sirius continue avec sa cargaison jusqu’à Yokohama et Qianlong demande aux artisans anglais des horloges qui mesurent le temps et la course du temps de façon différente selon la période de la vie car le temps ne passe pas de la même façon pour un enfant que pour un adulte, ou pour des amants que pour un condamné. « Shi jian, dit la voix derrière le paravent. Le temps, traduisit Kiang, le temps, la course du temps, le temps mesurable : Shi jian. » (p. 84). Bien sûr les artisans anglais ne parlent pas chinois, ils ont un traducteur attitré, Joseph Kiang.

Une chose me tracasse : Alistair Cox a 42 ans et, page 38, il est écrit que son épouse, Faye, est « trente ans plus jeune que lui » or leur fille, Abigaïl, est morte vers l’âge de 4 ans il y a un peu plus de 2 ans : il y a sûrement une erreur, peut-être de traduction. D’autant plus qu’on apprend que Faye a épousé Cox lorsqu’elle avait 17 ans (page 44). Si quelqu’un a une explication…

En dehors de cette petite erreur (qui n’est qu’un détail), ce roman est magistral !

L’auteur offre au lecteur un séjour extraordinaire dans la Cité impériale, dite Cité interdite, et si les artisans anglais jouissent d’une très grande liberté et de matériaux en quantité illimitée, ils doivent respecter scrupuleusement de nombreuses règles. Le lecteur en profite pour faire une excursion à la grande Muraille de Chine et une villégiature estivale à Jehol, en Mongolie intérieure. « Les chambres à coucher et les pièces de séjour étaient peintes en bleu, deux pièces de thé en rouge foncé, les ateliers et un bain de vapeur fonctionnant à l’énergie en blanc : les couleurs de l’air, des nuages, du feu et de l’eau constituaient une bénédiction qui ne pouvait que favoriser le travail qui devait être accompli ici. » (p. 208-209).

« Une horloge pour l’éternité. L’horloge des horloges. Perpetuum mobile. «  (p. 229).

Le sobriquet Clox (p. 257) a-t-il donné le mot anglais clock ?

L’auteur s’est inspiré de James Cox, horloger et constructeur d’automates (exposés dans le monde y compris en Chine) mais qui n’a jamais été en Chine ! Et de son collaborateur, Joseph Merlin. Ils ont été les constructeurs de la Perpetual Motion atmosphérique (barométrique). Tout le reste est fiction mais l’auteur a une connaissance sidérale de la Chine et des mécanismes de l’horlogerie !

Ce qui m’a attirée dans ce roman ? La couverture, la Chine et le thème : j’aime les romans fictionnalisant le temps et les mécanismes d’horlogerie (même si je n’y connais… rien !).

Une lecture germanique (littérature autrichienne en langue allemande) pour le Défi littéraire de Madame lit mais je lirai dans le mois de la littérature allemande. Aussi pour le Challenge de l’été 2018, Petit Bac 2018 (catégorie Passage du temps), Raconte-moi l’Asie #3 (l’action se déroule en Chine) et Voisins Voisines 2018 (Autriche).

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Le Novelliste #1 – les nouvelles anglaises

Une année de génie de George Griffith (1857-1906)

De son nom complet, George Chetwynd Griffith-Jones est un auteur anglais de science-fiction plus connu pour ses longs romans. A Genius for a Year (juin 1896) est une nouvelle publiée sous le pseudonyme de Levin Carnac dans le Pearson’s Magazine (1896-1939). Elle est traduite pour la première fois en français par Leo Dhayer et illustrée d’origine par Arthur Kemp Tebby (1865-1935). Depuis cinq ans, Sydney March travaille sur une toile les représentant lui et sa sœur, Sylvia, mais il n’est jamais satisfait… « Les personnages sont morphologiquement parfaitement corrects, mais ils ne sont pas vivants. Aucune lumière n’habite leur regard, aucun mouvement n’est susceptible d’animer leur membre. » (p. 40). De son côté, John Sturman, ami d’enfance de March, amoureux de Sylvia, aimerait être un grand écrivain pour ravir sa bien-aimée à Marcus Algar, l’auteur à la mode. Que manque-t-il à un artiste inspiré et talentueux pour être un génie ?

Visite au Black Museum (auteur anonyme)

Dynamite and Dynamiters (février 1894) est une nouvelle publiée dans The Strand Magazine n° 38 de février 1894. Elle est traduite de l’anglais par Roland Vilére et est illustrée par Jacques Camoreyt (1855-1930). Après une série d’attentats en Angleterre, New Scotland Yard a ouvert un musée dans lequel les visiteurs peuvent voir les armes et les engins avec lesquels les Dynamiteurs commettent leurs actes répréhensibles. « Dans son bureau du Home Office, les bâtons de dynamite voisinent avec les détonateurs et toutes sortes d’engins infernaux. » (p. 106). Un récit enlevé sous forme d’article de propagande dans un journal.

Plus noir que l’enfer d’Edith Nesbit (1858-1924)

The Power of Darkness (avril 1905) est une nouvelle fantastique publiée dans The Strand Magazine n° 172 d’avril 1905. Elle est traduite de l’anglais par Nellie d’Arvor et illustrée par Arthur Watts (1883-1935). Rose quitte Paris en train pour rendre visite à sa famille. Tous ses proches et ses admirateurs sont sur le quai pour lui dire au revoir. Parmi eux Edward et Vincent. « Ne sommes-nous pas tous – sans le moindre espoir – amoureux d’elle ? » (p. 120). Après le départ de Rose pour Cannes, Vincent invite son ami Edward au musée Grévin. « On se laisserait facilement aller à avoir peur en jouant à envisager l’impossible… » (p. 129). Une réflexion efficace sur la peur.

Comment écrire une nouvelle de Robert Barr (1849-1912)

How to Write a Short Story est un article publié en mars 1897 dans The Bookman. Il est traduit de l’anglais par Jean-Daniel Brèque et illustré par James Abbott McNeill Whistler (1834-1903). « Je pense qu’une nouvelle correctement construite doit permettre à l’imagination du lecteur d’assister l’auteur dans son travail. » (p. 188) et « Il me semble que le lecteur devrait user de son intelligence lorsqu’il lit une nouvelle, tout comme l’auteur est sensé le faire en l’écrivant. » (p. 189). Vaste débat, j’ai l’impression aussi qu’une nouvelle est moins facile à lire – ou du moins à appréhender – qu’un roman. Et vous, qu’en pensez-vous ?

Dans Why read at all ? de Lewis Baumer (paru dans Punch of the London Charivari, décembre 1909-février-mars 1910) – traduit en À quoi bon les lire ? par Leo Dhayer, on découvre des auteurs britanniques peu connus qui seront dans les prochains numéros de Le Novelliste : (Thomas Henry) Hall Caine, Robert Smythe Hichens, William Tufnell Le Queux ; j’ai hâte !

Je recommande à nouveau Le Novelliste (dont j’ai déjà parlé ici et ici), un très beau recueil de nouvelles, ouvrage soigné, illustré et différent des publications actuelles. Que je mets dans La bonne nouvelle du lundi et dans les challenges British Mysteries 2018, Cette année, je (re)lis des classiques, Littérature de l’imaginaire.

En ce qui concerne le Challenge de l’été et S4F3 #4, j’ai « fractionné » la lecture – ou plutôt les billets – car certaines choses entrent dans des challenges et pas d’autres (par exemple ces nouvelles britanniques entrent dans British Mysteries et dans les classiques mais pas De cuivre et d’ambre de Dominique Warfa publié précédemment), j’espère que vous ne m’en tiendrez pas rigueur (les deux billets étant tout de même conséquents).

La malédiction de la Maison Foskett de M.R.C. Kasasian

La malédiction de la Maison Foskett (Les enquêtes de Middleton & Grice, 2) de M.R.C. Kasasian.

City éditions, mars 2017, 448 pages, 18,95 €, ISBN 978-2-8246-0930-0. Existe en City poche, mars 2018, 512 pages, 8,40 €, ISBN 978-2-8246-1181-5. Je l’ai lu chez Piment noir, février 2018, 606 pages, 9,99 €, ISBN 978-2-298-14036-1. The Curse of the House of Foskett (2015) est traduit de l’anglais par Martine Desoille et Francine Tolron.

Genres : littérature anglaise, roman policier.

M.R.C. Kasasian (M, c’est pour Martin d’après ce que j’ai vu mais impossible de savoir pour R et C) a grandi dans le Lancashire (au nord-ouest de l’Angleterre) ; il a exercé plusieurs métiers (ouvrier à l’usine, sommelier, assistant vétérinaire, dentiste…) avant de se consacrer à l’écriture de romans ; il vit entre le comté du Suffolk (Angleterre) et Malte (l’hiver). Du même auteur : Petits meurtres à Mangle Street, en fait le premier tome de Les enquêtes de Middleton & Grice qu’il faudra que je lise.

Sydney Grice, selon les journaux et l’opinion publique, aurait envoyé un innocent à la potence, qui plus est son client… Après la mort de ses parents, la jeune March Middleton est allée vivre chez Sydney Grice, ce parrain et tuteur qu’elle ne connaissait pas. En attendant, il se morfond dans ses appartements. « Il me faut une grosse affaire, déclara-t-il soudainement, si je ne veux pas que mon cerveau devienne aussi inerte que le vôtre. » (p. 16). Charmant…

Et, un matin de septembre, durant le petit-déjeuner, une visite : c’est Horatio Green, « un homme corpulent, entre deux âges, manteau bleu marine et pantalon anthracite » (p. 21) qui demande à Grice d’enquêter sur le décès d’un des sept membres d’une société de legs mutualisé, le Club du dernier survivant. Mais il s’effondre sur le tapis dans le bureau après avoir bu son thé : décidément les clients de Grice meurent les uns après les autres ! « Bon sang de bonsoir ! […] Je viens encore de perdre un client. » (p. 38). Grice et March rendent alors visite à la baronne Lady Foskett que Grice a connu enfant mais qu’il n’a pas vue depuis 30 ans, depuis ce qu’elle appelle « l’époque des grands deuils » (p. 115) et qui est la dernière descendante d’une famille frappée par une malédiction au début du XVe siècle.

La narratrice est March Middleton, peu conventionnelle, elle fume, elle aime bien boire de l’alcool fort, elle dit ce qu’elle a à dire et elle écrit tout dans son journal intime ; elle alterne entre la vie avec Grice (le quotidien, la découverte de cet homme spécial, les enquêtes qu’elle mène avec lui car il a décidé de la former) et les souvenirs en Inde avec ses parents (enfance, adolescence, premier amour). Ce double récit donne une belle ampleur au roman et, pendant toute ma lecture, j’ai toujours eu envie d’en savoir plus alors je lirai le premier tome, Petits meurtres à Mangle Street, dans lequel je découvrirai sûrement l’arrivée de March chez son tuteur et leur première enquête qui s’est si mal terminée pour leur client. J’ai jeté un coup d’œil aux avis sur Babelio, il n’y en que a trois, et les personnes sont déçues car elles se sont ennuyées et ont préféré le tome 1, que je n’ai pas lu donc je ne peux pas comparer mais, de mon côté, je ne me suis pas ennuyée avec ce tome 2 et je n’ai pas trouvé le roman trop long donc…

Grice est imbu de lui-même (autant que Sherlock Holmes, clin d’œil au célèbre détective, peut-être même qu’ils sont contemporains puisque l’action se déroule dans l’Angleterre victorienne !), misogyne, impoli… « N’essayez pas de deviner ou d’interpréter les complexités de mon intellect. » (p. 185) mais il est très attachant et ce roman tout britannique se lit vraiment très bien et avec grand plaisir. Mais, attention : « Je suis un détective personnel. Il n’y a absolument rien de privé dans mon travail. » (p. 305). Eh oui, quand on y réfléchit, il a raison, d’autant plus que les journalistes rôdent pour tout écrire dans les journaux de l’époque !

Une lecture pour les challenges British Mysteries, Mois anglais, Polar et thriller, Rentrée littéraire janvier 2018 (pour l’édition poche dans laquelle j’ai lu ce roman) et Voisins Voisines 2018.

13 Devil Street 1888 de Benoît Vieillard

13 Devil Street 1888 de Benoît Vieillard.

Filidalo, novembre 2016, 324 pages, 35 €, ISBN 978-2-37508-004-7.

Genres : bande dessinée, mystery.

Benoît Vieillard, surnommé Boz, est un dessinateur et graphiste français. 13 Devil Street 1888 est sa première bande dessinée. Aucune indication sur son lieu ou son année de naissance mais il vivrait dans une petite commune de la Loire. Plus d’infos sur https://www.benoitvieillard.fr/.

13 Devil Street, c’est l’adresse d’un immeuble londonien dans l’Angleterre de 1888. On y croise le Dr Freaks qui reçoit Mr Merrick (surnommé Elephant Man), une excellente cuisinière pakistanaise « Haaa tes épices ! Elles redresseraient ma cornemuse ! » (p. 52), une jeune fiancée un peu hystérique, un enfant qui ressent des choses surnaturelles et… mais oui, des fantômes et peut-être même Jack l’Éventreur ! On entend parler de psychanalyse, on boit le thé, on vit quoi mais… il se passe des événements étranges, noyade, chute dans les escaliers, pendaison, des voleurs que personne ne voit… Et qui est ce mystérieux corbeau qui signe Colonel Corax des messages désobligeants ?

Les cases représentent, pour chaque étage (il y en a 4), les pièces de la maison et à chaque étage vit une famille, plus les domestiques en bas ; certaines cases sont sombres (quand il n’y a personne ou que les habitants dorment et que la lumière est éteinte) ou sont éclairées pour que le lecteur voit les gens vivre ; c’est une organisation intéressante mais j’ai eu un peu de mal à entrer dans cette lecture…

Tout d’abord, la bande dessinée est énorme, 324 pages, et lourde ! Elle est chère, 35 €, heureusement que je l’ai empruntée à la bibliothèque ! Et puis le déroulement de l’histoire est un peu répétitif… J’ai mis longtemps à la lire… Peut-être que je n’ai pas vu tout ce qu’il fallait voir ?

Cependant, je découvre cette petite maison d’éditions avec cette bande dessinée et j’y reviendrai même s’il y a peu de titres pour l’instant : Gant blanc (2016) et Gant noir (2017) m’intriguent et puis, un deuxième tome de Benoît Vieillard, 13 Devil Street 1940, est paru en octobre 2017 alors j’y jetterai tout de même un coup d’œil, soit à la bibliothèque soit en librairie.

Est-ce quelqu’un connaît cet éditeur ? Et a lu cette bande dessinée ? Et la suivante qui se déroule en 1940 ?

Une lecture pour les challenges BD, La BD de la semaine (ça faisait longtemps !), British Mysteries, Mois anglais, Petit Bac 2018 (pour la catégorie Lieu) et Un max de BD en 2018.

Les autres BD de la semaine sont chez Moka.

Le Club Vesuvius de Mark Gatiss

Le Club Vesuvius (Une aventure de Lucifer Box, 1) de Mark Gatiss.

Bragelonne, collection Le mois du cuivre, février 2015, 264 pages, 25 €, ISBN 978-2-35294-824-7. Je l’ai lu en Bragelonne poche, février 2018, 300 pages, 9,90 €, ISBN 979-1-02810-439-9. The Vesuvius Club (2004) est traduit de l’anglais par Laurence Boishot.

Genres : littérature anglaise, science-fiction, steampunk, espionnage.

Mark Gatiss naît le 17 octobre 1966 à Sedgefield dans le comté de Durham (au nord-est de l’Angleterre). Ses parents travaillaient tous les deux à l’hôpital psychiatrique Edwardian situé en face de chez eux et (je suis sûre que c’est lié !), il s’est intéressé dès l’enfance aux aventures de Sherlock Holmes, du Doctor Who, aux films d’épouvante. Résultat ? Il est acteur (cinéma, télévision, humour, policier, espionnage), scénariste (en particulier pour la série Doctor Who), producteur (il est cocréateur et coproducteur de la série Sherlock dans laquelle il joue le rôle de Mycroft Holmes) et auteur ! Du même auteur, dans les aventures de Lucifer Box : L’ambre du diable (Bragelonne, 2016, traduit de The Devil in Amber, 2006) et Black Butterfly (2008, pas encore paru en français).

Lucifer Box, peintre diplômé de la Royal Academy of Arts, est aussi agent secret. « Vous savez comment ça fonctionne, ici : on aime les mystères et les secrets, les passages dérobés et la poudre aux yeux. C’est ce qui nous motive, ha ha ! (p. 22). Il est sous les ordres de Joshua Reynolds, un avocat de toute petite taille mais « un haut personnage dans le gouvernement de Sa Majesté – dans les ombres et le plus grand secret, évidemment. » (p. 23). Deux géologues sont morts et l’agent Crott a disparu à Naples, il va falloir enquêter : direction le sud de l’Italie avec Naples et le Vésuve.

Lucifer Box est un personnage incroyable, artiste impertinent, dandy, aussi sûr de lui que Sherlock Holmes ! Et, s’il habite au 9 Downing Street, une adresse mythique, c’est parce qu’il a hérité la maison de ses ancêtres (qui possédaient tout le quartier auparavant). « Vous allez sans doute me traiter de crâneur, mais après tout, il faut bien que quelqu’un y habite. » (p. 26). Il est loyal envers son pays et « ne recule devant nul sacrifice quand il s’agit de rendre service au roi et à la Couronne. » (p. 163) [C’est peut-être le roi Édouard VII (règne de 1901-1910) ou le roi George V (règne de 1910-1936) : je pense que l’histoire se situe au début des années 1900, sûrement avant la Première guerre mondiale, puisqu’il est dit dans le roman « Après tout, on n’était plus au XIXe siècle. » (p. 91)] et il est très coquin : « Ne vous méprenez pas, chers lecteurs, je sais apprécier une petite pipe de temps en temps, mais comme l’a dit Gengis Khan, c’est un plaisir à consommer avec modération. » (p. 225). Non mais, de quoi pensiez-vous qu’il parlait ? D’une pipe d’opium ! J’aime beaucoup lorsqu’il s’adresse aux lecteurs, j’ai bien ri.

Un humour tout britannique donc, rien qu’avec les noms des personnages : bon Lucifer Box ce n’est déjà pas banal, mais il y a Jocelyn Crott, Everard Supple, Eli Verdegris, Frederick Scallop, Christopher Miracle, Bizarre Beagle, Charles Jackpot, Bella Bok, Crétacé Nonhomme… qui permettent des jeux de mots amusants.

La première partie du roman se déroule à Londres, elle est plutôt mystery, historique et espionnage, la deuxième partie se déroule à Naples et là, on est plus dans le côté science-fiction, steampunk. « Ce procédé, M. Box, c’est l’avenir ! Un monde nouveau, fait de machines et d’automates ! Nous contrôlerons les flots de magma de toute la planète. Une fois que le monde aura assisté à la destruction de Naples, les chefs d’État se bousculeront pour nous donner tout ce que nous voulons ! » (p. 255). Vaste et dangereux programme ! Et une très chouette lecture, je me suis laissée emporter, j’ai voyagé (Naples, Pompéi), j’ai eu chaud (Vésuve), j’ai frissonné, je n’ai pas pu lâcher le livre alors je l’ai lu en une journée (bon, j’ai pris un petit goûter quand même !) et j’ai hâte de lire la suite !

Un mot que je ne connaissais pas : sidérodromophobie (p. 99), c’est un terme médical pour la peur irraisonnée de prendre le train. Je ne suis pas touchée, j’aime beaucoup prendre le train, par contre je n’aime pas les retards qui font rater une correspondance mais ça ce n’est pas une phobie…

Une lecture que je mets dans les challenges British Mysteries, Littérature de l’imaginaire, Mois anglais, Polar et thriller, Rentrée littéraire janvier 2018 (pour l’édition en poche que j’ai lue), S4F3 #4, Vapeur et feuilles de thé et Voisins Voisines 2018. Je la mets aussi dans le Défi 52 semaines 2018 pour le thème « chaleur » (#26) : à la lecture de ce roman, faites attention de ne pas revivre ce qu’ont vécu les habitants de Pompéi !

Je ne recopie jamais la 4e de couverture sauf s’il y a une très belle phrase ou une citation. Là, ce sont deux belles phrases / citations qui donnent vraiment envie de lire le roman : « Imaginez Oscar Wilde installé dans une chaise longue avec, dans une main, une cigarette hors de prix, et dans l’autre, Le Club Vesuvius, plié de rire à la lecture de ce petit chef-d’œuvre. Tout est dit. » The Times Literary Supplement. « Impossible d’imaginer un début littéraire plus délicieux, plus décadent, plus macabre, plus inventif et plus hilarant que celui-ci. J’en redemande ! » Stephen Fry.

La dernière expérience d’Annelie Wendeberg

La dernière expérience (Une enquête d’Anna Kronberg et Sherlock Holmes, 2) d’Annelie Wendeberg.

Presses de la Cité, collection Sang d’encre, mai 2017, 304 pages, 19 €, ISBN 978-2-25813-696-0.

Genres : littérature allemande, roman policier.

Annelie Wendeberg naît en Allemagne de l’Est, avant la chute du Mur (en 1989, elle va casser sa petite pierre avec un marteau). Elle étudie la biologie marine, travaille comme microbiologiste sur les questions environnementales aux États-Unis et se consacre maintenant à l’écriture. Plus d’infos (en anglais) sur http://www.anneliewendeberg.com/.

Il vaut mieux avoir lu le premier tome de la série, Le diable de la Tamise, pour suivre ce qui arrive dans cette deuxième enquête mais il peut se lire quand même indépendamment.

Octobre 1890. Depuis six mois qu’Anna Kronberg s’est enfuie de Londres, elle mène une existence paisible dans sa maison du Sussex, dans les Downs. Mais, ce jour-là, elle se réveille avec une arme sur la tempe et elle est enlevée par James Moriarty, l’ennemi juré de Sherlock Holmes. Elle ne peut pas se défendre car il détient déjà son père, Anton, en Allemagne, et elle se retrouve enfermée dans une chambre d’une grande maison dans un lieu inconnu. « La seule chose qui m’appartenait vraiment en ces lieux, c’était moi. On m’avait même privée de mes effets personnels. J’étais convaincue que c’était délibéré. » (p. 23). Moriarty veut qu’Anna travaille sur les bacilles de la peste pour une arme biologique : autant être équipé en vue de la prochaine guerre, n’est-ce pas ? « Une guerre voit le jour quand la balance se met à pencher d’un côté. Et ce déséquilibre se produit au moment précis où l’événement de trop atteint le plateau. Cela peut correspondre au premier coup de feu. » (Moriarty, p. 61). Anna va devoir survivre, manipuler et jouer à un jeu dangereux… Et comment va-t-elle contacter la seule personne qui peut l’aider, c’est-à-dire Sherlock Holmes ?

Une enquête tout aussi intéressante que la première mais cette fois-ci, Anna n’a pas besoin de se déguiser en homme (les mentalités changeraient-elles peu à peu ?). Dans la première enquête, c’est le choléra qui était traité, ici c’est la peste, mais c’est tout aussi dangereux pour Anna – et la population – même si, au bout d’un certain temps, Moriarty fait pour que la jeune femme se sente moins prisonnière, ce qui n’est qu’une impression… « Verrou et geôlier faisaient partie du décor. Sans eux, la prison continuait à exister. » (p. 147). Vous vous doutez bien que Sherlock Holmes va retrouver Anna ! Et que Moriarty ne va pas être content ! « Moriarty était de plus en plus obsédé par Holmes. Ma tension croissait avec la sienne, mais pour une raison bien différente. » (p. 251). Mmm ? Vous découvrirez tout en lisant ce très bon tome 2 des enquêtes d’Anna Kronberg et Sherlock Holmes ! Enquêtes gardées secrètes par John Watson à la demande exprès de la jeune femme. Mais laissez-vous entraîner dans les dangers de l’Angleterre de la fin du XIXe siècle et dans les tréfonds de l’âme des grands méchants de l’époque ! De mon côté, il faut absolument que je lise le tome 3, L’héritier de Moriarty (Presses de la Cité, avril 2018).

L’auteur est Allemande et a étudié aux États-Unis, comme son héroïne, mais l’action du roman se déroule à Londres en 1890 avec Sherlock Holmes donc je l’ai lu pour le Mois anglais. Je mets aussi cette lecture dans British Mysteries #3, Polar et thriller et Voisins Voisines 2018 (Allemagne).

Le diable de la Tamise d’Annelie Wendeberg

Le diable de la Tamise (Une enquête d’Anna Kronberg et Sherlock Holmes, 1) d’Annelie Wendeberg.

Presses de la Cité, collection Sang d’encre, mai 2016, 256 pages, 19 €, ISBN 978-2-25811-689-4.

Genres : littérature allemande, roman policier.

Annelie Wendeberg naît en Allemagne de l’Est, avant la chute du Mur (en 1989, elle va casser sa petite pierre avec un marteau). Elle étudie la biologie marine, travaille comme microbiologiste sur les questions environnementales aux États-Unis et se consacre maintenant à l’écriture. Plus d’infos (en anglais) sur http://www.anneliewendeberg.com/.

Anna Kronberg a 27 ans, elle est docteur spécialisée dans les maladies infectieuses et travaille à l’hôpital Guy à Londres. Le problème est qu’elle est une femme, elle s’est déguisée en homme pendant toutes ses études, chez elle en Allemagne puis à Boston aux États-Unis, et doit continuer à se déguiser en homme ici en Angleterre ; elle se fait appeler Anton qui est en fait le prénom de son père, menuisier en Allemagne. « Une des premières choses que j’ai apprises en tant qu’adulte, c’est que, pour les gens qui ont toujours vécu dans la peur et les préjugés, la connaissance et les faits n’ont strictement aucune importance. » (p. 12). Été 1889, l’inspecteur Gibson de Scotland Yard fait appeler le Docteur Kronberg pour un possible cas de choléra. « J’étais spécialiste en bactériologie et épidémiologie, le meilleur expert de toute l’Angleterre. » (p. 13). C’est à l’usine de traitement des eaux où le cadavre a été trouvé qu’elle fait la connaissance de Sherlock Holmes. « Cet homme avait découvert mon secret le mieux gardé en quelques minutes alors que les autres n’y voyaient que du feu depuis des années. » (p. 23). Elle craint d’être dénoncée… « Je perdrais mon travail, mon diplôme et mon permis de séjour, et je passerais quelques années en prison. » (p. 23). Chaque fois qu’Anna quitte le rôle d’homme médecin pour redevenir femme, sa vie change… « […] dès que je regagnais la rue, j’avais l’impression de me retrouver sur le marché de la reproduction sexuelle. Certains des hommes que je croisais se penchaient vers moi ou tendaient la main pour me toucher l’épaule ou la taille de façon presque machinale. En tant que femme, je rencontrais plus d’obstacles sur ma route qu’en tant qu’homme. » (p. 80).

À travers ce roman, le lecteur se rend bien compte de la condition des femmes au XIXe siècle, même pour les plus brillantes. Ce roman dénonce aussi le comportement abominable de certains médecins et aliénistes dans les différents hôpitaux. « De toute évidence, le respect et la compassion avaient déserté cet endroit depuis longtemps. Pourquoi des gens normaux se transformaient-ils délibérément en tortionnaires ? Cela leur donne du pouvoir, me dis-je […]. » (p. 229).

Mais, en dehors de l’asexualité et du déguisement d’Anna/Anton, qui concerne finalement Sherlock Holmes aussi (on sait qu’il aimait se grimer), cette fiction est la formidable rencontre – gardée secrète par Watson – entre le fameux détective et Anna Kronberg : elle est observatrice et a l’esprit affûté alors Sherlock Holmes la respecte (peut-être même un peu plus). Je dis « fiction » mais j’ai toujours eu l’impression que Sherlock Holmes a vraiment existé et que toutes ses enquêtes sont vraies ! Ainsi, le journal d’Anna retrouvé plus d’un siècle plus tard semble véridique aussi, c’est une lecture réellement surprenante ! Dans laquelle on apprend plein de choses sur la médecine à la fin du XIXe siècle, sur le choléra, ses causes et ses effets. Je me suis laissée entraînée dans cette lecture avec grand plaisir, enfin avec un peu d’effroi pour la pollution de la Tamise et des bas-fonds de Londres très bien retranscrits.

J’ai également lu le 2e tome, La dernière expérience (mai 2017) que j’ai autant apprécié et j’ai hâte de lire le 3e tome de ces enquêtes d’Anna Kronberg et Sherlock Holmes : L’héritier de Moriarty (avril 2018).

Bien que l’auteur soit Allemande et ait étudié aux États-Unis, comme son héroïne, l’action du roman se déroule à Londres en 1889 avec Sherlock Holmes donc je l’ai lu pour le Mois anglais. Je mets aussi cette lecture dans British Mysteries #3, Polar et thriller et Voisins Voisines 2018 (Allemagne).