La fonte des glaces de Joël Baqué

La fonte des glaces de Joël Baqué.

P.O.L., août 2017, 288 pages, 17 €, ISBN 978-2-8180-1391-5.

Genre : roman français.

Joël Baqué naît le 23 décembre 1963 à Béziers ; il vit à Nice. Poésie (Angle plat aux éditions Hors jeu en 2002, Un rang d’écart aux éditions L’Arbre à Paroles en 2003, Start-up aux éditions Le Quartanier en 2007) et romans chez P.O.L. : Aire du mouton (2011), La salle (2015), La mer c’est rien du tout (2016).

L’auteur nous transporte en Afrique, en France et en Antarctique. Après la mort de son mari, comptable dans une bananeraie en Côte d’Ivoire, la mère retourne avec son fils, Louis, en France, à Carcassonne, et l’élève seule. Louis est un enfant calme, sensible et aimant. Bien que son père ait été écrasé par un éléphant, Louis aime et respecte les animaux. Il devient… boucher-charcutier ! Et rencontre, à Toulon, Lise, la fille de son patron, qu’il épouse mais ils n’ont pas d’enfant et personne à qui léguer la boutique. « Ils eurent ainsi de longues années d’un bonheur paisible jusqu’à ce qu’un petit point sombre repéré sur une radiographie mammaire de Lise fasse tache d’encre et assombrisse leurs vies. » (p. 42). Jeune veuf et jeune retraité, Louis déprime mais se crée « un emploi du temps et de nouvelles habitudes. » (p. 43). Un dimanche matin, après sa visite habituelle à la boulangerie-pâtisserie, Louis achète un oiseau empaillé dans une brocante. « Ce manchot empereur était certes bien conservé mais d’un usage incertain. Qui donc l’aurait acheté et pourquoi ? Difficile de se dire : un manchot empereur, ça sert toujours. Autant de questions que Louis ne se posa pas. Il s’entendit poser une question d’un tout autre ordre, comme s’il se ventriloquait lui-même. […] – Ah ! Attention, hein ! C’est pas un pingouin, c’est un manchot empereur ! Pas pareil, hein ! Pas pareil ! C’est bien mieux, un manchot empereur ! D’abord c’est plus gros et puis bientôt avec la fonte des glaces y en aura plus, vous pouvez voir ça comme un investissement ! » (p. 57-58). Cet oiseau empaillé va bouleverser la vie de Louis : une nouvelle passion, un voyage, des rencontres ! « L’irruption dans sa vie du manchot empereur avait changé les choses. » (p. 93). On retrouve donc Louis sur la banquise avec son guide Inuit, Ivaluardjuk, qui va faire une vidéo hilarante et la poster sur sa page FB.

Hum… Ce roman aurait pu me plaire : le style est relativement agréable et il y a une pointe d’humour – bon parfois c’est du gros cliché bien lourd (par exemple, avec les bibliothécaires : une fois, c’est amusant, trois fois, c’est exagéré) – et les retours en arrière ne m’ont pas dérangée mais… il y a tellement de digressions, de longueurs et de détails inutiles, que je me suis vraiment ennuyée… J’ai fait un effort pour aller au bout, à vrai dire j’ai lu une centaine de pages normalement et les presque deux-cents dernières pages en diagonale : j’ai donc rencontré Alice, visité Terre-Neuve, je suis montée à bord du Nathanaël et j’ai remorqué un iceberg, par contre je n’ai pas mangé de gâteau soviétique au beurre de je ne sais plus quoi donc je n’ai pas été malade, ni d’indigestion ou d’hallucinations ni de la lecture de ce roman, mais je suis déçue, très déçue… Alors, oui, Joël Baqué dénonce l’hystérie des réseaux sociaux et de la mise en célébrité des anonymes, oui, il crie au secours de la fonte des glaces (et du réchauffement climatique) et pour la sauvegarde de la banquise et de ses habitants, mais ça n’a pas été suffisant pour me faire apprécier ce roman trop longuet, trop laborieux. Les journalistes sont dithyrambiques à propos de cet auteur qui fut le plus jeune gendarme de France et qui se consacre désormais à la littérature : « drôle », « loufoque », « excellent », « réjouissant », « impérial » et même « précieux », bof, je ne suis pas convaincue du tout et je ne pense pas lire un autre titre de lui.

Je le mets quand même dans le challenge 1 % rentrée littéraire 2017.

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Les montagnes hallucinées de Lovecraft et Culbard

Les montagnes hallucinées de H.P. Lovecraft et Ian Culbard.

Akiléos, novembre 2010, 128 pages, 978-2-35574-079-4. En fait, depuis qu’une autre bande dessinée, Quatre classiques de l’horreur, [lien Akiléos] adaptés par Ian Culbard est parue en novembre 2016, la bande dessinée seule des Montagnes hallucinées n’est plus au catalogue.

Genres : bande dessinée anglaise, science-fiction, horreur.

H.P. Lovecraft : je vous renvoie au billet du Printemps Lovecraft et à la note de lecture de Les montagnes hallucinées parue fin mai.

Ian Culbard (aucune information sur sa date de naissance) est un dessinateur de bande dessinée né à Greenwich à Londres dans une famille d’origine polonaise. Il a déjà illustré plusieurs œuvres d’Arthur Conan Doyle (Sherlock Holmes) et de H.P. Lovecraft. Il a même un peu vécu en Ardèche (c’est le département d’à côté !… pour moi s’entend !). Il a aussi travaillé dans les mondes de l’animation et de la publicité. Pour la bande dessinée des Montagnes hallucinées, il a reçu, en 2011, le Prix British Fantasy du Meilleur comics ou roman graphique.

Cette bande dessinée est une fidèle adaptation du récit de Lovecraft. Le narrateur est le Pr William Dyer ; son expédition est partie de Boston le 2 septembre 1930 avec deux bateaux : le Miskatonic (nom de l’université en fait) et l’Arkham, et cinq avions à monter sur place. Les scientifiques émérites sont le Pr Lake (biologiste), le Pr Pabodie (ingénieur), le Pr Atwood (physicien et météorologiste) et le Pr Dyer (géologue), plus seize assistants (des étudiants diplômés) et neuf mécaniciens qualifiés. Notez qu’il n’y a aucune femme… mais je ne crie pas à la misogynie, c’est l’époque qui voulait ça… Le 8 novembre, les bateaux arrivent au Détroit de McMurdo avec au loin le Mont Erebus, et le 9 novembre, tout le monde s’installe sur l’île de Ross pour le campement provisoire. Ces endroits sont déjà nommés car il y a eu une expédition de reconnaissance auparavant, l’expédition Scott et Shackleton. Ensuite, c’est l’inconnu pour eux et, comme je le disais dans ma note de lecture, l’auteur a laissé son imagination s’enflammer (qui ira vérifier ses dires ?) et, pour le plus grand bonheur des lecteurs, les illustrations de Culbard sont fantastiques ! Forages, expédition à l’intérieur de la terre gelée, découverte de « trois curieux fragments d’ardoise » avec des inscriptions. Le 22 janvier, le Pr Lake et une équipe réduite partent à l’ouest, découvrent d’autres fragments d’ardoise, « une chaîne de montagnes plus grande qu’aucune autre qu’il n’ait jamais vue », une caverne avec treize êtres au corps étrange et carrément une immense cité dans la glace. Mais comme plus personne ne donne de nouvelles, Dyer et le jeune Danforth partent en avion à la recherche de leurs collègues et des chiens disparus. Eux aussi découvrent la gigantesque cité dans la glace et… l’horreur ! Comme je le disais dans ma note de lecture, grosses références au Nécronomicon, aux Anciens, etc., un récit horrifique très imaginatif et imagé que la bande dessinée exprime parfaitement bien.

J’ai passé un très bon moment avec cette bande dessinée ! À vrai dire, je l’ai lue avant le texte de Lovecraft – histoire de me mettre dans le bain – mais pour le Printemps Lovecraft, je voulais quand même publier ma note de lecture du « véritable » texte avant la note de lecture de l’adaptation en bande dessinée.

J’ai remarqué quelques fautes : « nos craintes nos craintes », « quatre heures et et demie » et « deux semaines arpès » qui ont été corrigées dans Quatre classiques de l’horreur dont j’ai parlé plus haut.

Si H.P. Lovecraft était Américain, Ian Culbard est Anglais donc je mets cette bande dessinée dans le Mois anglais (le 6 juin, le thème retenu est BD). Je la mets aussi dans les challenges BD, Littérature de l’imaginaire et Un genre par mois (en juin, le genre est la bande dessinée).

Les montagnes hallucinées de H.P. Lovecraft

Les montagnes hallucinées de H.P. Lovecraft.

J’ai lu, collection Science-fiction, octobre 1996, réédition juin 2016, 256 pages, 5 €, ISBN 978-2-29031-905-5. At the Fountains of Madness (1932) est traduit de l’américain par Simone Lamblin.

Genres : littérature américaine, science-fiction, horreur.

H.P. Lovecraft : voir sa biographie et sa bibliographie dans le billet du Printemps Lovecraft.

« Je suis obligé d’intervenir parce que les hommes de science ont refusé de suivre mes avis sans en connaître les motifs. C’est tout à fait contre mon gré que j’expose mes raisons de combattre le projet d’invasion de l’Antarctique […] » (p. 7). Voici comment débute le récit du Pr William Dyer ; il souhaite en effet, pour le bien de l’humanité, empêcher l’expédition Starkweather-Moore. « Ce continent antarctique avait été tempéré et même tropical, avec une végétation luxuriante et une vie animale dont les lichens, la faune marine, les arachnides et les manchots de la côte nord sont, comme chacun sait, les seuls survivants et nous espérions élargir cette information en diversité, précision et détail […]. » (p. 9-10). L’expédition du Pr Dyer était prévue « en un seul été antarctique » (p. 15) mais il y avait une possibilité d’hivernage pour les vingt hommes et les cinquante-cinq chiens de traîneaux d’Alaska. Le voyage s’est bien passé et l’expédition commence bien : forages, vols d’observation, mirages, spécimens collectés, fragments, « espoirs fous de révolutionner les sciences en biologie et en géologie » (p. 20). Alors que l’expédition proprement dite est prévue à l’est, le Pr Lake qui a trouvé d’étranges fragments d’ardoise souhaite partir à l’ouest. L’équipe se scinde donc en deux : Lake et son équipage vont à l’ouest et le reste l’attend. Lake découvre d’immenses sommets et une caverne avec des vertébrés fossiles (quatorze êtres mi animaux mi végétaux avec des ailes membranes, dont huit en parfait état) puis un souterrain secret. « Charrié depuis les jungles inconnues de fougères arborescentes et de champignons du mésozoïque, les forêts de cycas, de palmiers-éventails et d’angiospermes primitifs du tertiaire, ce pot-pourri osseux contenait plus de spécimens du crétacé, de l’éocène, et de diverses espèces animales que le plus éminent paléontologue n’en pourrait dénombrer ou classer en un an. Mollusques, carapaces de crustacés, poissons, batraciens, reptiles, oiseaux et premiers mammifères – grands et petits, connus et inconnus. » (p. 28). Mais le lendemain, il est impossible de joindre l’expédition du Pr Lake… Tempête ? Phénomènes électriques ? Le surlendemain, le Pr Dyer et le jeune Danforth partent en avion en mission de reconnaissance et si possible en opération de secours mais ils découvrent l’horreur ! « On eut dit une cité cyclopéenne d’une architecture inconnue de l’homme et de l’imagination humaine, aux gigantesques accumulations de maçonnerie noire comme la nuit, selon de monstrueuses perversions des lois géométriques et jusqu’aux outrances les plus grotesques d’une sinistre bizarrerie. […]. » (p. 47).

Une des questions que se posent les scientifiques est : « la Terre aurait-elle déjà connu « un cycle entier ou plusieurs cycles de vie organique ? » (p. 30). Comme vous le voyez avec les extraits ci-dessus, Lovecraft s’en donne à cœur joie, l’Antarctique étant un continent encore inconnu, il laisse aller son imagination, s’inspire sûrement de ce que ces contemporains connaissent de l’Arctique, tout semble plausible, mais de toute façon, en ce début du XXe siècle, qui ira vérifier ? Et dans ces « montagnes les plus hautes du monde », ces êtres organiques qui avaient une vie à la fois marine, terrestre et aérienne seraient-ils les Anciens dont parle le Nécronomicon ? Ce serait une découverte sensationnelle ! « le clou de l’expédition », « scientifiquement, c’est la gloire » (p. 36). Ces êtres non humains composés de « pas du sang mais un liquide épais, vert foncé », « dégageant une odeur forte et repoussante » (p. 38) ont-ils servi de modèle aux petits-hommes verts de fiction ? « Les mythes primitifs des Grands Anciens , qui descendirent des étoiles pour inventer la vie sur Terre par plaisanterie ou par erreur, et les contes extravagants des être cosmiques des collines d’Ailleurs que racontait un collègue folkloriste du département anglais de Miskatonic. » (p. 40).

On peut en tout cas noter les erreurs commises par les scientifiques : explosions, stalactites abattues pour améliorer les fouilles… Malgré ces petites erreurs, il y a chez Lovecraft de grandes connaissances scientifiques et architecturales, une rigueur technique, ainsi le lecteur pense que cette expédition a vraiment eu lieu ! Il y a non seulement de nombreuses références à l’univers que Lovecraft a créé (les Anciens, le Nécronomicon, les Shoggoths, tout ce qui est mystérieux, surnaturel, décadent même) mais aussi des clins d’œil à Jules Verne (monde souterrain et ses créatures), à Edgar Allan Poe (horreur) et même à la Bible avec « le regard en arrière » (comme celui de l’épouse de Loth) : instinct ? curiosité ?

L’auteur raconte « contre son gré » mais prend un grand plaisir finalement à donner tous ces détails à ses lecteurs (avides et curieux !) tout en les mettant encore en garde (à titre individuel même, c’est plus marquant) : « Les mots qui parviendront au lecteur ne pourront jamais suggérer seulement l’horreur du spectacle. Il paralysa si totalement notre conscience que je m’étonne qu’il nous soit resté assez de bon sens […]. L’instinct seul a dû nous guider, mieux peut-être que ne l’eut fait la raison […]. De raison, nous n’en avions plus guère. » (p. 147).

Alors, une petite balade en Antarctique pour voir ces montagnes gelées, cette incroyable cité immense et ces êtres cauchemardesques ?

L’histoire Les montagnes hallucinées compte 150 pages (je vous présenterai le récit suivant, Dans l’abîme du temps, une centaine de pages, une prochaine fois) alors court roman ou longue nouvelle ? Elle fut la première fois publiée comme nouvelle dans la revue Weird Tales en 1933. Elle est considérée aux États-Unis comme une novella (plus longue qu’une nouvelle classique mais plus courte qu’un roman). Alors je mets bien cette lecture dans La bonne nouvelle du lundi, Classiques, Littérature de l’imaginaire, Printemps Lovecraft et Un genre par mois (classique ou théâtre).