R.U.R. de Karel Čapek

R.U.R. de Karel Čapek.

Rossumovi univerzální roboti sous-titré en anglais Rossum’s Universal Robots (1920) est traduit du tchécoslovaque par Hanuš Jelínek (1878-1944).

Genres : littérature tchécoslovaque, théâtre, science-fiction.

Karel Čapek naît le 9 janvier 1890 à Malé Svatoňovice en Bohème. Il étudie à Brno puis à Berlin (philosophie) et Paris (Lettres). Il est francophile (il traduit Apollinaire et Molière), amateur de musique ethnique et de photographie. Il meurt le 25 décembre 1938 à Prague. Du même auteur : La mort d’Archimède et L’empreinte.

Le prologue se déroule dans le Bureau central de l’usine Rossum’s Universal Robots, le bureau d’Harry Domin, 38 ans, directeur général. Alors qu’il dicte le courrier à sa secrétaire Sylla, Hélène Glory, 21 ans, fille du président, entre dans son bureau. Elle veut voir la fabrication qui est normalement secrète. Alors Domin raconte. « Ce fut en 1920, que le vieux Rossum, un grand physiologiste, mais à cette époque encore un jeune savant, vint en cette île lointaine pour y étudier la faune maritime. Il essayait d’imiter par la synthèse chimique la substance vivante qu’on appelle le protoplasme et, un beau jour, il découvrit une matière qui avait absolument les qualités de la substance vivante, tout en étant de composition chimique différente. » (p. 7). En fait, le vieux Rossum était fou, il voulait créer des hommes et prendre la place de Dieu. C’est lorsque son jeune neveu, ingénieur, est arrivé que les choses ont évolué. « Ce ne fut que le jeune Rossum, qui eut l’idée d’en faire des machines de travail vivantes et intelligentes. » (p. 9). En créant le Robot, on supprime l’homme qui a besoin de repos et de divertissements, donc qui coûte cher. Mais Hélène est horrifiée lorsqu’elle apprend que Sylla est une Robote ! Elle ne comprend pas que les Robots sont fabriqués comme le sont les automobiles. En fait elle représente la Ligue de l’Humanité qui « compte déjà plus de deux cent mille adhérents » (p. 18) et les membres veulent protéger les Robots. Mais pour 150 $, chaque humain a son robot et même plusieurs !

Les directeurs de l’usine, eux, sont humains : « M. Fabry, ingénieur, directeur technique général de R.U.R., docteur Gall, chef du département des recherches physiologiques, docteur Hallemeier, chef du département de psychologie et d’éducation des Robots, le consul Busman, directeur commercial, et M. Alquist, architecte, chef des constructions de R.U.R. » (p. 19). Tous les autres employés sont des Robots. « Un Robot remplace deux ouvriers et demi. La machine humaine est trop incomplète, mademoiselle. Il fallait la remplacer un jour. » (p. 20). Le mot est lancé, rendement. Mais Hélène fait penser à une ravissante idiote qui n’y connaît rien du tout ! L’objectif de la R.U.R. est de fabriquer tellement de Robots que les humains n’auront plus de travail mais pourront profiter largement de tout car il n’y aura plus de misère non plus. « Le travail sera supprimé. L’homme ne fera que ce qu’il aimera faire. Il sera débarrassé des soucis et de l’humiliation du travail. Il ne vivra que pour se perfectionner. » (p. 24). Est-ce une belle idée ou le début de la fin ?

Le premier acte se déroule dans le salon d’Hélène dix ans après. Il s’en est passé des choses, en dix ans… Les Robots ont été améliorés mais il y a eu des émeutes, des Robots armées, des guerres… Harry Domin, devenu le mari d’Hélène, n’est pas inquiet. « Tout cela était prévu, Hélène. Ce n’était qu’une transition vers le nouvel état des choses, tu comprends. » (p. 37). Pourtant Hélène est terriblement angoissée, elle se doute que son mari ne lui révèle pas tout, et ce n’est pas sa Nounou qui va arranger les choses en lui lisant les guerres et les massacres publiés dans le journal… Tout va mal et le Robot Radius qu’Hélène avait placé à la bibliothèque est devenu fou, il ne veut plus de maître, il ne veut plus recevoir d’ordres, il veut devenir le maître des humains ! En plus, dans l’humanité, il se passe une chose que certains universitaires avaient prédit : les humaines ne font plus d’enfants et personne ne peut expliquer pourquoi à part en disant que des nouveaux-nés ne serviraient à rien puisque les humains ne travaillent plus. Les Robots lancent leur révolution, bref la guerre. « À tous les Robots du monde ! Nous, la première organisation de la race de Rossum’s Universal Robots, nous déclarons l’homme ennemi et proscrit dans l’univers… […] Robots du monde, nous vous ordonnons de massacrer l’humanité. Pas de quartier pour les hommes. Pas de quartier pour les femmes ! Ménagez les usines, les chemins de fer, les machines, les mines et les matières premières. Détruisez le reste. Ensuite, rentrez au travail. Le travail ne doit pas être arrêté. » (p. 60). N’est-il pas trop tard pour l’humanité ? Vous le saurez en lisant les deuxième et troisième actes !

Les bonnes intentions, ah… les bonnes intentions, ne dit-on pas que l’enfer est pavé de bonnes intentions… Les robots s’en prennent aux humains en littérature comme en image : Metropolis de Fritz Lang (1927), 2001 l’odyssée de l’espace de Stanley Kubrick (1968), Galactica de Glen A. Larson (série, 1978), Blade Runner de Ridley Scott (1982), Terminator de James Cameron (1984), Matrix de Larry et Andy Machowski (1999), I Robot d’Alex Proyas (2004), Battlestar Galactica de Ronald D. Moore (série, 2004), Real Humans de Lars Lundström (série, 2012), entre autres.

C’est la première fois que le mot robot est utilisé. C’est le frère de Karel, Josef, qui l’a inventé à partir du mot tchèque robota qui signifie travail ou corvée et du mot russe rabotat qui signifie travailler. Mais, dans une pièce écrite en 1947, Opilec, l’auteur avait utilisé le terme automaton. Robot est resté dans l’histoire.

La pièce fut jouée le 25 janvier 1921 au Théâtre national à Prague puis en 1922 à New York et ensuite en mars 1924 à la Comédie des Champs-Élysées à Paris. Du théâtre et de la science-fiction (l’histoire se déroule dans le futur), c’est assez rare et c’est pourquoi je voulais lire cette œuvre de Karel Čapek depuis longtemps !

En France, différentes éditions sont parues (mais ce n’est pas facile de les trouver). R.U.R. Rezon’s Universal Robots traduit par Hanuš Jelínek aux éditions Jacques Hébertot en 1924. R.U.R. traduit par Hanuš Jelínek aux éditions Hachette en 1961. R.U.R. Reson’s Universal Robots traduit par Jan Rubeš aux éditions de l’Aube en 1997. R.U.R. Les Robots Universels de Rossum dans l’anthologie Robot Erectus en 2012. R.U.R. Rossum‘s Universal Robots traduit par Jan Rubeš aux éditions de la Différence en 2019.

Cette pièce d’anticipation, parfaitement écrite dans une logique implacable mais dans un style simple, est empreinte de philosophie et d’humanisme. C’est que l’auteur était un réaliste qui savait rester optimiste. Si j’en ai encore l’occasion, je relirai cet auteur talentueux et passionnant.

Lu pour Les classiques c’est fantastique, R.U.R. entre aussi dans les challenges 2021, cette année sera classique, Challenge lecture 2021 (catégorie 25, une pièce de théâtre mais il aurait pu être dans les catégories 30, 39, 42, 48) et Littérature de l’imaginaire #9.

L’empire de sable de Kayla Olson

L’empire de sable de Kayla Olson.

Robert Laffont, septembre 2017, 486 pages, 17,90 €, ISBN 978-2-22119-622-9. The Sandcastle Empire (2017) est traduit de l’américain par Frédérique Le Boucher.

Genres : littérature états-unienne, premier roman, science-fiction.

Kayla Olson… Eh bien, rien sur elle de plus que ce qu’en dit l’éditeur… Elle « habite au Texas avec sa famille. Elle adore la plage, mais détesterait échouer sur une île déserte. Si cela devait toutefois lui arriver, ses essentiels pour la survie comporteraient une cafetière à piston (et le café qui va avec), le chocolat le plus noir possible, et une flopée de surligneurs. » En français, L’empire de sable n’est pas dans une collection Jeunesse mais l’éditeur américain est HarperTeen (pour les ados). Du même auteur : This Splintered Silence (HarperTeen, 2018). Plus d’infos sur son blog, sa page FB et son Instagram.

« Un jour, quand la guerre sera finie, je remangerai des glaces. Je courrai pieds nus sur la plage sans avoir peur de sauter sur une mine. J’entrerai dans une librairie, ou un café, ou n’importe lequel des centaines d’autres endroits occupés par les Loups, et j’y resterai assise pendant des heures, juste parce que je le peux. Je ferai tous ces trucs, et bien plus encore. Si je suis toujours vivante. » (p. 10).

La narratrice, c’est Eden. Depuis deux ans, elle est seule, enfermée sur une île avec d’autres jeunes de son âge. Deux ans qu’elle a passé à observer la mer… Suite à des dérèglements climatiques dans le monde entier (inondations, montée des eaux, terres submergées, effondrements de bâtiments et de ponts, eau contaminée, épidémies…), environ après 2050, le « puissant groupe armé » des Loups a organisé une révolution, pris le pouvoir et envoyé la majorité des gens dans des goulags.

Eden, elle, est dans le camp de travail de New Port Isabel au large du Texas. Une nuit, après le carnage (mines qui explosent sur la plage et gardes qui tirent sur tout ce qui bouge), Eden réussit à s’enfuir à bord d’un bateau avec trois autres filles, Hope, Alexa et Finnley. Direction l’île Sanctuary avec le carnet « Survivre – guide pratique » que son père lui a laissé en héritage. « Peu importe ce qui nous attend sur cette île, s’il y a la plus infime chance qui nous trouvions cette liberté dont mon père parle dans ses notes, ce sera toujours mieux que ces cages et ces ailes rognées que nous avons laissé derrière nous. » (p. 51).

Son père travaillait pour Envirotech qui voulait sauver le monde, mais… pas tout le monde… seulement les riches, les privilégiés… mais il a disparu durant la révolution et ce que les Loups ont appelé leur Jour Zéro.

Mais les filles découvrent qu’Alexa était avec les Loups et qu’elle a trahi son petit ami. « Survivre, c’est autant une question de peur qu’une question de bravoure. » (p. 78). Et arrivées à Sanctuary, si c’est bien Sanctuary, elles se rendent comptent que ce n’est pas si accueillant et paradisiaque qu’Eden l’espérait… « […] il faut regarder les choses en face : sur cette île, rien ne se passe comme prévu. » (p. 157).

Eden et ces compagnons de voyage (des garçons sont également arrivés sur l’île et se sont joints aux filles) ne sont pas au bout de leur surprise. « Survivre, ce n’est pas seulement s’échapper à temps. Survivre, c’est une lutte quotidienne pour s’extraire des ruines et avancer vers l’inconnu, quoi qu’il advienne. Nous possédons tous en nous la force nécessaire… il suffit juste d’y croire. » (p. 253).

The Sandcastle Empire va être adapté au cinéma par Leonardo DiCaprio (en 2026 si j’ai bien vu, on a encore le temps), ce qui ne m’étonne pas car il est un fervent défenseur de la cause animale et de la protection de la planète. Bien que l’histoire soit différente, j’ai un peu pensé à Labyrinthe de James Dashner, peut-être parce que les personnages sont des jeunes.

Dystopie, anticipation, post-apocalyptique, si vous n’aimez pas la science-fiction, passez votre chemin ! Mais si vous aimez la SF ou si vous êtes tout simplement curieux, L’empire de sable est un premier roman vraiment réussi, innovant, bien rythmé et palpitant. Peu à peu, le lecteur en apprend plus sur Eden, Hope, Alexa, Finnley, Cass, Phoenix, Lonan et leur passé. Bon, le thème écologique n’est pas très développé dans le roman en fait, c’est plutôt le côté humain qui est traité (à mon avis) mais ce qui arrive aux humains découle des dérèglements climatiques dont c’est une base de départ (et peut-être que visuellement, on verra mieux le côté écologique dans le film).

Pour les challenges Jeunesse Young Adult #10, Lecture 2021 de Mademoiselle Farfalle (catégorie 48), Littérature de l’imaginaire #9 et Petit Bac 2021 (catégorie Couleur pour sable).

Ça n’arrivera pas de Nicolas Beuglet

Ça n’arrivera pas de Nicolas Beuglet.

XO, novembre 2020, 33 pages, uniquement en numérique.

Genres : science-fiction, nouvelle.

J’ai découvert Nicolas Beuglet à l’automne 2019 avec la première enquête de Sarah Geringën, une inspectrice d’Oslo en Norvège. J’ai lu les trois tomes à la suite : Le cri, Complot, L’île du Diable. Je les ai beaucoup aimés et je souhaiterais lire son premier roman, Le premier crâne, malheureusement introuvable… Son nouveau roman, Le dernier message, avec une nouvelle enquêtrice écossaise, Grace Campbell, est paru en septembre 2020 et je l’emprunterai à la bibliothèque. En attendant, l’auteur propose une nouvelle (merci à l’auteur et à l’éditeur pour cette nouvelle disponible librement dans plusieurs formats).

Et voici ce qu’en dit l’éditeur : « Et si on se projetait en 2022 ? Qu’en sera-t-il de la pandémie, du vaccin, des restrictions de liberté ? Dans cette fiction, Nicolas Beuglet déroule le scénario qu’il redoute. Histoire, dit-il, d’éveiller les esprits… Glaçant. »

Vendredi 20 mai 2022. Jean Cassini, écrivain, va au supermarché et sa fille Maïa, adolescente, lui pose cette question, déchirante : « Tu crois qu’un jour, tout redeviendra comme avant ? » (p. 6). C’est que, en 2020, Jean avait dit à sa fille « Ça n’arrivera pas. » (p. 6) mais… Maïa n’est pas vaccinée donc elle n’a pas le droit d’aller au lycée, elle doit rester chez elle, et ses amis vaccinés ne veulent pas venir la voir parce que « le vaccin n’est pas efficace à cent pour cent, alors on ne sait jamais… » (p. 7).

Le vaccin, Covax, n’étant efficace qu’à 70 % en moyenne, la population, y compris les vaccinés, est obligée de porter un masque et de respecter la distanciation sociale. De plus, le taux de contamination est passé au-dessus de 25 % ! Alors à quoi sert le vaccin ?

L’Union européenne doit mettre en place sur l’intégralité des résidents un « système d’identification électronique plus communément appelé (e-ID) » (p. 11). Cette identification électronique est mondiale et l’Europe a du retard… On y vient à ça, peut-être pas en 2022 mais c’est sûr qu’avec les nouvelles technologies, on y vient ! En tout cas, dans la nouvelle, la population est constamment surveillée y compris les vaccinés (caméras, téléphones, alertes, restrictions de sortie…).

Mais pour ceux qui ne sont pas vaccinés (542 000 personnes en Europe sur 443 millions d’habitants), comment ignorer « les regards de reproche ou parfois même de pitié de ses concitoyens » (p. 15) ?

Et à ceux qui se posent des questions pour le futur, il y a toujours quelqu’un qui rétorque « Tu sais bien que ça n’arrivera pas. » (p. 20). En Chine oui (avec le crédit social). « Mais en France dans le pays des droits de l’homme […]. » (p. 21). En sommes-nous si sûrs ? Allons-nous devoir renoncer à une partie de nos libertés ? Allons-nous nous habituer pour notre sécurité, pour l’économie ?

Voilà le monde que l’auteur imagine, pire qu’il craint de voir arriver. Parce que ce coronavirus, les masques, les contrôles, ce n’est pas de la fiction, nous sommes en plein dedans ! Le problème est : jusqu’où cela ira-t-il ? Cela peut aller très loin vu les sources (reconnaissance faciale, identité numérique…) que l’auteur cite à la fin (p. 33) et cette anticipation peut très bien ne pas être fictive du tout ! Avec cette question (que nous n’aurons peut-être plus le droit de poser un jour) : faut-il – à cause du principe de précaution dont nous entendons beaucoup parler – préférer la sécurité à la liberté ? Et, si nous réfléchissons bien : cette histoire se déroule sur une journée, une seule journée durant laquelle tout peut basculer.

Durant le premier confinement, j’avais lu Contagions de Paolo Giodano, disponible en ligne, un des premiers livres parus sur le coronavirus et qui permettait de comprendre mieux ce qui arrivait dans le monde. Avec cette nouvelle, le lecteur est projeté dans un futur (proche) fort possible et fort effrayant. Quant à la couverture, elle est toute simple mais vraiment bien pensée.

Tout le monde peut lire cette nouvelle qui fait froid dans le dos (en cliquant sur XO).

Je mets cette lecture dans le Challenge du confinement (case Nouvelle), Littérature de l’imaginaire #8 et Maki Project.

Alors que je termine ma note de lecture – samedi soir 20 h 45 – le journal sur Arte commence et j’apprends une info : 400 000 morts en Europe (au moment où vous lisez, le nombre est bien sûr supérieur) et moins de 10 minutes après, une autre info : le laboratoire états-uniens Gilead a vendu à l’Europe son vaccin (remdesivir) pour des millions d’euros mais il n’est pas efficace ! Vous ne trouvez pas que Gilead ressemble à Galead de The Handmaid’s Tale ?

Sa majesté des chats de Bernard Werber

Sa majesté des chats de Bernard Werber.

Albin Michel, septembre 2019, 464 pages, 21,90 €, ISBN 978-2-226-44483-7.

Genres : littérature française, science-fiction.

Bernard Werber naît le 18 septembre 1961 à Toulouse. Il mêle conte, philosophie, science-fiction ou genre policier dans ses romans et ses nouvelles. Plus d’infos sur son site officiel et sa page FB.

Après avoir dévoré le premier tome, Demain les chats, j’ai voulu lire la suite mais j’ai dû attendre mon tour (roman très demandé et réservé à la bibliothèque).

La narratrice est toujours Bastet ; elle a 3 ans. Elle doit raconter parce que « Tout ce qui n’est pas raconté est oublié. Et tout ce qui est oublié, c’est comme si cela n’avait jamais existé. Raconter une histoire revient à la rendre immortelle » (p. 14). Pour « les récentes aventures qui m’ont transformée de simple chatte d’appartement en conquérante visionnaire » (p. 19), voir le premier tome de la trilogie et pour le projet de « faire communiquer entre elles toutes les espèces » (p. 19), vous en saurez plus en lisant ce deuxième tome.

Bastet fait un petit résumé de l’Effondrement (attentats terroristes, guerre civile, épidémie de peste) et raconte que, depuis la bataille contre les rats, 6 mois auparavant, chats et humains (survivants) vivent « tranquilles sur l’île aux Cygnes » (p. 28). Mais les rats risquent de revenir… toujours plus nombreux, comme l’expliquent deux chats blessés. Les différentes hordes de rats se sont alliées et s’en prennent à tous les êtres vivants (humains, chats, chiens, oiseaux, bétail…). Sur les conseils de Pythagore, tous partent sur l’île de la Cité (le quartier de Notre-Dame).

Mais des dizaines de milliers de rats, conduits par Tamerlan (qui a, comme Pythagore, un troisième œil) font état de siège et le groupe des humains et des chats doit trouver rapidement une solution : ce sera par les airs et il faudra trouver des alliés par-delà les lignes de rats.

« Ce n’est pas que j’apprécie particulièrement la guerre, je ne suis pas comme mon fils qui prône la violence comme distraction, mais je sais que l’une des lois de la nature est aussi la confrontation des espèces ; les chats mangent les souris. Il arrive même que les plantes s’y mettent et que du lierre fasse la guerre à des oliviers en les étouffant avec ses longues tiges. Et puis, parfois, les chats sont en rivalités avec des chiens ou des rats. Alors, ce n’est pas de gaieté de cœur, mais il faut bien se défendre, tuer pour ne pas mourir. […] C’est Pythagore qui m’a fait prendre conscience de cette logique et je lui en suit reconnaissante. » (Bastet, p. 138-139).

C’est un plaisir de retrouver Bastet et son fils Angelo, Pythagore, le lion Hannibal, Nathalie, etc. De nouveaux personnages apparaissent au fil du roman, un taureau exceptionnel, des cochons et leur roi Arthur, Roman Wells un humain de l’université d’Orsay, Champollion un perroquet spécialiste des langues et des sons… Mais attention au carnage… Beaucoup n’y survivront pas… Par contre, il y a des moments drôles ; par exemple, connaissez-vous le « chat-kwando » et le « cri qui fige » ?

Comme dans le premier tome, l’auteur distille pas mal d’informations historiques ou scientifiques au fur et à mesure que Bastet apprend avec Pythagore et l’ESRA (l’Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu). Nathalie lui dit que, pour créer une civilisation, elle doit comprendre l’humour, l’amour et l’art. « Franchement, si on vous propose de pratiquer sur vous une expérience qui vous rendra plus intelligent, n’hésitez pas, acceptez, cela vaut le coup. Pour ma part je ne regrette vraiment pas. » (Bastet, p. 241). Elle est prête à tout, Bastet : «  C’est à moi qu’incombe la mission de sauver le monde et à personne d’autre, car je suis une ancienne déesse. » (p. 333).

J’ai trouvé ce deuxième tome un peu plus profond que le premier (pas seulement au niveau humain et écologique), un peu plus violent aussi (je ne sais pas si c’est lié !). Je le redis, ce n’est pas de la grande littérature mais c’est enjoué, maîtrisé, agréable à lire alors j’attends maintenant le troisième et dernier tome.

Pour les challenges Animaux du monde #3, Littérature de l’imaginaire #8 et Petit Bac 2020 (catégorie Animal avec chats).

Clara et la Pénombre de José Carlos Somoza

Clara et la Pénombre de José Carlos Somoza.

Actes Sud, collection Lettres hispaniques, septembre 2003, 646 pages, 23,40 €, ISBN 978-2-7427-4452-7. Clara y la Penumbra (2001) est traduit de l’espagnol par Marianne Millon. Je l’ai lu en poche : Babel noir, mars 2019, 656 pages, 9,90 €, ISBN 978-2-330-11875-4.

Genres : littérature espagnole, roman policier, science-fiction.

José Carlos Somoza naît le 13 novembre 1959 à La Havane mais il ne passe que quelques mois à Cuba car sa famille s’exile (pour des raisons politiques) en Espagne en 1960. Il est donc Espagnol et vit à Madrid. Il étudie la médecine et la psychiatrie ; il est diplômé de psychiatrie et de psychanalyse (je comprends mieux l’étendue du roman !) ; il exerce quelques années puis se consacre à l’écriture. Du même auteur : La caverne des idées (2000-2002), Daphné disparue (2000-2008), La dame n° 13 (2003-2005), La théorie des cordes (2006-2007), La clé de l’abîme (2007-2009), L’appât (2010-2011), Tétraméron. Les contes de Soledad (2012-2015) et Le mystère Croatoan (2015-2018), tous chez Actes Sud. Son dernier roman, L’origine du mal (2018) n’est pas encore paru en français. Plus d’infos sur http://josecarlossomoza.com/ (en espagnol).

L’histoire se déroule en 2006. Lorsque le roman est paru (en 2001 en Espagne et en 2003 en France), le roman parlait donc du futur, un futur proche, et ce roman est, même encore maintenant, de la science-fiction.

2006, Vienne (Autriche). Anneck Hollek, 14 ans, est une des vingt jeunes femmes qui sont des œuvres d’art peintes pour une exposition. « Elle était Défloration, l’une des pièces maîtresses de Bruno Van Tysch, depuis deux ans […]. » (p. 17) Défloration est l’une des vingt « fleurs » de l’expo Blumen mais Annek est retrouvée morte dans la forêt, le corps peint en rouge. Le Hollandais Lothar Bosch et l’Anglaise April Wood de la sécurité de la Fondation Van Tysch vont enquêter avec leur équipe. L’auteur et le lecteur ne suivent pas l’enquête de « Félix Braun, détective de la section des homicides du département des recherches criminelles de la police autrichienne » (p. 51). C’est que l’enquête de Braun se porte sur le côté humain alors que l’enquête de l’équipe de sécurité se porte sur l’œuvre ! « C’était une jeune fille de quatorze ans, mon Dieu. On l’a découpée avec… avec une sorte de scie électrique… et elle était vivante… – Ce n’était pas une jeune fille de quatorze ans, Lothar, précisa Benoît. C’était un tableau dont la valeur était estimée à plus de cinquante millions de dollars comme prix initial. » (p. 88).

2006, Madrid (Espagne). Clara Reyes, 24 ans, est aussi une œuvre d’art, peinte par Alex Bassan, elle est La jeune fille à son miroir, exposée dans une galerie madrilène. Elle rêve de travailler pour Bruno Van Tysch et va, pour sa plus grande joie, être conviée à Amsterdam pour être Suzanne au bain, une des treize œuvres de la nouvelle exposition de Van Tysch qui aura lieu en juillet pour le 400e anniversaire de la naissance de Rembrandt (15 juillet 1606), peintre de la lumière et de l’obscurité, maître du clair-obscur et des contrastes. Cette exposition perdra-t-elle aussi une ou des « œuvres » ? « Attaquera ? N’attaquera pas ? » (p. 476).

Ces corps humains, enfants, adolescents, jeunes adultes, nus, peints de partout y compris tous les orifices sont de l’Art hyperdramatique ou Art HD. Et ces corps ne sont plus considérés comme des humains mais comme du « matériel artistique ». Les professionnels de l’Art hyperdramatique ne parlent donc pas de personnes torturées et tuées mais d’œuvres d’art détruites… Évidemment c’est choquant – surtout lorsqu’il s’agit d’enfants et d’adolescents – et l’auteur montre bien les dérives et déviances possibles du monde de l’art.

« L’art est une priorité absolue. Vous m’excuserez si je ne sais pas mieux m’exprimer, mais je suis convaincu que l’art est prioritaire pour l’Europe. » (p. 321).

« Rien de ce qui nous entoure, rien de tout ce que nous savons ou ignorons, n’est complètement inconnu ni complètement connu.Les extrêmes sont des inventions faciles. C’est comme pour la lumière. L’obscurité totale n’existe pas, pas même pour un aveugle, vous ne saviez pas ? L’obscurité est peuplée de choses : formes, odeurs, pensées… Et observez la lumière de cet après-midi d’été. Diriez-vous qu’elle est pure ? Regardez-la bien. Je ne parle pas que des ombres. Regardez entre les fentes de la lumière. Vous voyez les petits grumeaux de ténèbres ? La lumière est brodée sur une toile très obscure mais c’est difficile à voir. Il faut mûrir. Quand nous mûrissons, nous comprenons enfin que la vérité est un point intermédiaire. C’est comme si nos yeux s’accoutumaient à la vie. Nous comprenons que le jour et la nuit, et peut-être la vie et la mort, ne sont que des degrés d’un même clair-obscur. Nous découvrons que la vérité, la seule qui mérite ce nom, est la pénombre. » (Van Tysch à Clara, p. 421-422).

Ce roman est… terrible ! Qui sait si ce genre d’art insoutenable ne sera pas réalisé un jour ? Après tout, pour faire de l’art et pour gagner de la notoriété et de l’argent aussi, certains sont prêts à tout ! Le personnage de Clara est intéressant, elle pense bien faire, elle croit qu’en tant qu’œuvre elle sera immortelle… Mais il y a une différence entre être modèle pour un peintre (sur toile) et être une œuvre peinte et immobile pendant dix heures par jour. En plus, je n’ai pas l’impression que ces œuvres de corps peints soient belles (elles sont même plutôt monstrueuses), car tout ça n’est que gloire et argent, non ? Je suis d’accord pour dire que les génies ont un petit grain de folie et que c’est bien mais là, c’est plus qu’un petit grain… En tout cas, la lecture de ce roman à la fois SF et policier, est difficile, éprouvante, mais passionnante !

Pour le Challenge de l’été (Espagne), Littérature de l’imaginaire #8 (pour le côté SF, anticipation), Petit Bac 2020 (pour la catégorie Prénom avec Clara), Polar et thriller 2020-2021 et Voisins Voisines 2020 (Espagne).

Le guide SF à l’usage des lecteurs, 2 : l’anticipation

En novembre l’année dernière, j’avais lu avec intérêt Le guide SF à l’usage des lecteurs, 1 : le space opera. Eh bien, voici Le guide SF à l’usage des lecteurs, 2 : l’anticipation.

Soleil, février 2020.

L’anticipation est un sous-genre de la science-fiction, et même précurseur de la science-fiction (avec Jules Verne par exemple). Les romans ou nouvelles d’anticipation se déroulent dans le futur (proche ou plus lointain) et ce peut être des dystopies (ex. 1984 de George Orwell) ou des utopies (ex. L’île d’Aldous Huxley) avec soit un pouvoir totalitaire soit un monde qui paraît irréalisable.

Le livret (de 8 pages) donne quelques références littéraires et cinématographiques puis présente des bandes dessinées d’anticipation parues chez Soleil et chez Delcourt. Il est consultable librement sur Calaméo.

Pour La BD de la semaine. Plus de BD de la semaine chez Stéphie.

Demain les chats de Bernard Werber

Demain les chats de Bernard Werber.

Albin Michel, octobre 2016, 320 pages, 20,90 €, ISBN 978-2-22639-205-3. Je l’ai lu en poche : Le livre de poche, janvier 2018, 352 pages, 7,30 €, ISBN 978-2-25307-370-3.

Genres : littérature française, science-fiction, anticipation.

Bernard Werber naît le 18 septembre 1961 à Toulouse. Il mêle conte, philosophie, science-fiction ou genre policier dans ses romans et ses nouvelles. Plus d’infos sur son site officiel et sa page FB.

Paris. La narratrice est Bastet, une jeune chatte de 3 ans qui désespère de communiquer avec son humaine, Nathalie… Exit la petite souris à la queue rose, exit Poséidon le poisson rouge… Peut-être que son humaine (sa servante) sera un peu plus réceptive, c’est que Bastet est persuadée que les chats sont supérieurs aux humains ! Mais il va se passer deux choses dans la vie de Bastet.

Des nouveaux voisins s’installent dans la maison d’à côté et elle fait la connaissance de Pythagore, un Siamois… connecté ! Il a un Troisième Œil sur le front et peut y brancher une clé USB. Il est très instruit.

Et son humaine ramène à la maison Félix, un Angora blanc… « Toi, tu ne me plais pas. Fiche le camp. » (p. 42).

Puisque son humaine n’y comprend rien à rien, Bastet préfère passer ses nuits avec Pythagore qui peu à peu lui apprend ce qu’il sait. « Être instruite me semble le plus grand des privilèges et je plains ceux qui vivent dans l’ignorance. » (p. 68).

Ainsi Bastet et Pythagore observent le monde des humains et Bastet, ayant été témoin d’un attentat, comprend ce qu’est le terrorisme, les agressions et la guerre…

Sûrement mon passage préféré : « […] j’ai découvert l’histoire des humains. J’ai choisi mon nom en référence à l’un d’entre eux, qui me semblait le plus intéressant et le plus sage. Pythagore. […] Pythagore était un humain d’une grande clairvoyance qui a vécu il y a deux mille cinq cents ans. Alors que la société était en crise, plongée dans la violence, la bêtise et la peur, il a changé la mentalité de ses congénères. Il les a informés de leur propre ignorance. Il leur a fait découvrir un monde au-delà de la simple perfection directe de leur sens. […] Pythagore a guidé l’humanité vers la paix et la sagesse, alors j’ai choisi son nom pour guider de la même manière mes congénères les chats. » (p. 221-222).

Après, c’est le chaos… Les humains et les chats survivants, Hannibal le lion, et peut-être d’autres espèces, pourront-ils se comprendre et s’allier pour se battre contre les rats ? « L’épidémie de peste finira forcément par s’arrêter. C’est sur la culture que va se jouer notre avenir commun. Il est venu le temps où les derniers humains sages doivent offrir leurs connaissances les plus avancées aux autres espèces animales. » (p. 336).

J’ai un mot (ou deux) à dire à Thomas… « Thomas, tu un gros connard ! » (vous comprendrez en lisant le roman), voilà, ça soulage !

Le titre, Demain les chats, un clin d’œil à Demain les chiens, un recueil de nouvelles de Clifford D. Simak (1904-1988) paru en 1952 ?

Par le passé, j’avais lu le premier tome de la trilogie Les Fourmis (son premier roman, mars 1991) et ça ne m’avait pas emballée alors je n’avais pas relu cet auteur. Mais, ici, avec les chats, l’histoire m’a attirée et il y a de beaux moments comme la rencontre avec Pythagore, la naissance des chatons de Bastet et Félix (eh oui !), l’arrivée du lion échappé du cirque… Mais ce n’est pas de la « grande littérature » et la réflexion sur le monde des humains est basique. Cependant, j’ai passé un bon moment de lecture et je veux lire la suite : le tome 2, Sa majesté des chats, est paru en septembre 2019 et je l’emprunterai à la médiathèque. Et si vous avez un excellent titre de cet auteur à me proposer, Le père de nos pères, L’arbre des possibles ?

Bon, Bernard Werber est un écrivain très connu et il n’a pas besoin de pub mais comme j’ai lu ce roman durant le Printemps de l’imaginaire francophone 2020, autant publier ma note de lecture avant le 1er juin. Cette lecture entre aussi dans les challenges Animaux du monde, Littérature de l’imaginaire #8 et Petit Bac 2020 (catégorie Animal avec chats).

Des milliards de miroirs de Robin Cousin

Des milliards de miroirs de Robin Cousin.

FLBLB, mars 2019, 256 pages, 23 €, ISBN 978-2-35761-169-6.

Genres : bande dessinée française, science-fiction, anticipation.

Robin Cousin naît le 3 mai 1984 dans les Pyrénées. Il étudie le design d’espace à l’École Boulle de Paris puis rejoint l’École des Beaux-Arts d’Angoulême. Du même auteur : La jeunesse de Billy-Bob Johnson, 1ère partie – Le G.L.O.B.E. (Les Machines, 2011), Le chercheur fantôme (FLBLB, 2013) et Le profil de Jean Melville (FLBLB, 2017). Plus d’infos sur son blog.

La Terre se meurt, les derniers animaux vivent dans des musées, l’eau est rationnée, les humains mangent des plats à base d’insectes. Il y a 5 ans, l’Agence Spatiale Européenne a envoyé dans l’espace un nouveau genre de télescope d’un million de petits miroirs « piégés par faisceaux laser pour se disposer en une gigantesque sphère de 100 000 km de diamètre […] qui peut voir dans toutes les directions à la fois. » (p. 8). Maintenant, Cécilia Bressler de cette même agence spatiale a découvert la planète Gamma Cephei Bb sur laquelle il y aurait de la vie ! Et ceci à (seulement) 45 années-lumières de la Terre. Serait-ce la planète sur laquelle « des Céphéens et des Éthiopiens Longue-vie » (p. 41) sont partis vivre il y a 19 000 ans selon le gourou Antimaadmi ? Qui dit être en contact avec eux par ondes cérébrales.

Une réunion de crise est organisée, avec des politiques, des scientifiques et les médias. « Au moins, on est d’accord qu’il faut à tout prix éviter de les contacter ou de les rencontrer ! – Justement, non ! Je pense que le principe de précaution est d’éviter à tout prix la disparition de notre espèce. Et les contacter est sûrement moins dangereux que de rester muets. » (p. 129).

Dans sa bêtise crasse, l’humanité va-t-elle disparaître, comme les derniers animaux, ou va-t-elle garder espoir ? Les avis sont partagés et les comportements sont tous différents. Mais que représente l’espoir lorsque les humains, incapables de protéger leur planète (la seule qu’ils aient !), ses ressources (pas illimitées…), leurs enfants, les animaux et le vivant, sont tentés de se retourner vers un espoir extérieur et aléatoire (ici les extra-terrestres) ? L’histoire de ces humains, toutes petites créatures insignifiantes, la mort des 500 derniers mammifères et oiseaux, et les dessins, réalistes, font froid dans le dos mais n’est-ce pas finalement une anticipation de la fin du monde (ou du moins une des fins du monde) qui nous attend ?

Cette bande dessinée a été sélectionnée pour la Sélection officielle du 47e Festival d’Angoulême et pour le Prix Utopiales BD.

Une excellente lecture, écologiste, humaniste, édifiante, pour La BD de la semaine et les challenges BD, Littérature de l’imaginaire #8 et Petit Bac 2020 (pour la catégorie Objet avec miroirs).

Plus de BD de la semaine chez Noukette.

Soumission de Michel Houellebecq

Soumission-MHSoumission de Michel Houellebecq.

Flammarion [lien], janvier 2015, 300 pages, 21 €, ISBN 978-2-0813-5480-7.

Genre : anticipation.

Michel Houellebecq (Michel Thomas), né en février 1956 (ou 1958) à Saint-Pierre à La Réunion, est un écrivain (romans, nouvelles, poésie, essais) et un réalisateur français. Il a grandi en partie sur l’île de La Réunion, en partie en Algérie chez ses grands-parents maternels et en partie en France chez sa grand-mère paternelle dont il a pris le nom de jeune fille (Houellebecq). Ses romans parlent plutôt de l’économie (travail, libéralisme, mercantilisme…), de l’homme animal (sociabilité, sexualité, domination, cruauté…) et de la religion : Houellebecq dit qu’il ne croit pas en Dieu – il rejette la religion transcendante, le monothéisme – mais il pense qu’une spiritualité est indispensable pour éviter le vide de l’existence. Plus d’infos sur http://www.houellebecq.info/.

« Autant que la littérature, la musique peut déterminer un bouleversement, un renversement émotif, une tristesse ou une extase absolues ; autant que la littérature, la peinture peut générer un émerveillement, un regard neuf porté sur le monde. Mais seule la littérature peut vous donner cette sensation de contact avec un autre esprit humain, avec l’intégralité de cet esprit, ses faiblesses et ses grandeurs, ses limitations, ses petitesses, ses idées fixes, ses croyances ; avec tout ce qui l’émeut, l’intéresse, l’excite ou lui répugne. […]. » (p. 13).

Après une thèse de doctorat de huit cents pages sur Joris-Karl Huysmans en 2007, François (le narrateur) devient professeur universitaire à la Sorbonne à Paris. Des années après, il s’est rendu compte que non seulement il n’a pas la vocation mais que solitaire, il a très peu de vie sociale, plus vraiment de vie amoureuse (sexuelle) et il en a marre de son métier et des doctorants. On est au printemps 2022 et François va s’intéresser à l’élection présidentielle sur fond d’affrontements inter-ethniques, d’antisémitisme et de lassitude profonde mais comment savoir réellement puisqu’il y a un black-out des médias sur les violences urbaines par peur du résultat des élections… Et surprise : le parti qui gagne n’est ni la gauche, ni le centre, ni la droite, ni l’extrême gauche, ni l’extrême droite mais le nouveau parti musulman ! (1). Le paysage français va totalement changer (2).

Ce roman, qui parle de délinquance, d’idéologie multiculturaliste, de possibilité de guerre civile ou de conflit ethnique (pas seulement en France mais en Europe), du vivre ensemble laïc, de mouvance identitaire, pointe finalement du doigt ce qui fait mal, les partis politiques, gauche, droite, centre, extrême (3), les Cathos, les athées, l’arrivisme, la lâcheté, les arrangements, la laïcité bafouée… « Je me rendais bien compte pourtant, et depuis des années, que l’écart croissant, devenu abyssal, entre la population et ceux qui parlaient en son nom, politiciens et journalistes, devait nécessairement conduire à quelque chose de chaotique, de violent et d’imprévisible. » (p. 116). Et, à travers son personnage principal, François, c’est la France qu’il montre, une France perdue, dépressive, sans vie réelle, superficielle, nauséabonde même et sur le point d’exploser de l’intérieur.

Quelques réflexions

(1) Comment dans une république laïque, où la religion est de l’ordre spirituel et privé, est-il possible de créer un parti politique basé sur une religion ?

(2) Le nouveau parti en place, pour lutter contre la décadence occidentale, interdit l’avortement, l’homosexualité, le travail des femmes entre autres parce que ce sont des choses choquantes mais installe les mariages arrangés, la polygamie, la pédophilie (mariages d’adolescentes)…

(3) La vraie démocratie est dans les pays scandinaves où le gouvernement doit faire avec tous les partis au prorata de leurs résultats aux élections (voir l’excellente série danoise Borgen par exemple).

Mais revenons au roman, un roman de fiction politique satirique qu’on peut classer en anticipation (il se déroule dans un futur proche et Houellebecq propose une hypothèse de ce que pourra être l’élection présidentielle en 2022). « Il fallait se rendre à l’évidence : parvenue à un degré de décomposition répugnant, l’Europe occidentale n’était plus en état de se sauver elle-même – pas davantage que ne l’avait été la Rome antique du Ve siècle de notre ère. » (p. 276). Alors, Soumission, un roman visionnaire ? Nous le saurons en 2017 ou en 2022 !

Soumission est mon premier Houellebecq ! Eh oui, je n’avais rien lu de lui à part un ou deux extraits dans le magazine Lire [lien] lors de précédentes rentrées littéraires et je n’avais pas été convaincue, par le style, par les thèmes abordés, je ne sais pas trop. Par contre, j’avais vu La possibilité d’une île, film de 85 minutes réalisé par Michel Houellebecq, sorti en 2008, adapté du roman éponyme paru en 2005, et il m’avait bien plu mais je n’avais pas eu l’envie de lire ce roman ou d’autres textes de l’auteur. Et puis mon mari a lu Soumission peu après sa parution (c’était son premier Houellebecq aussi) et il voulait que je le lise pour que nous puissions en parler ensemble ; j’ai repoussé la lecture aux vacances d’été… : chose promise chose due, je l’ai lu durant ma deuxième semaine de vacances, je peux même dire que je l’ai dévoré ! Les trois premières parties en une première fois et les deux dernières parties en une deuxième fois. J’ai adoré ! Houellebecq est un auteur génial ! Pourquoi n’ai-je pas tenté sa lecture plus tôt ? Je n’étais peut-être pas prête… Je lirai ses précédents romans, c’est sûr, en espérant ne pas être déçue. Et en me gardant bien de me mêler aux autres lecteurs de Houellebecq parce que j’ai remarqué qu’il y a des pro-Houellebecq (fans irréductibles), des anti-Houellebecq (détracteurs de tous bords), ceux qui tirent d’un côté ou de l’autre selon le sens du vent (je ne vous explique pas le regard méprisant de la vendeuse en librairie le jour de l’achat de ce roman…) et puis il y a ceux qui s’en foutent, des polémiques autour de l’homme et de ses romans, mais ils ratent un grand moment de lecture !

Dans ce roman, qui décrit finement la société française du XXIe siècle, j’ai appris des choses sur le XIXe siècle, sur Huysmans (que je n’ai jamais lu) et sur le monde universitaire… pas très sain. « Avec les distinctions honorifiques et les évolutions de carrière, les indiscrétions sexuelles étaient à peu près notre seul sujet de conversation entre collègues […]. » (p. 62).

« […] alors que l’économie française continuait à s’effondrer par pans entiers l’édition se portait bien, dégageait des bénéfices croissants, c’en était étonnant même, à croire que dans leur désespoir tout ce qui restait aux gens c’était la lecture. » (p. 43). Cela ne m’étonne pas ! D’ailleurs, comme le personnage du roman, les gens qui ne peuvent (ou ne veulent) fuir, se réfugient dans la nourriture (bonne bouffe, bons vins) et dans la lecture, selon leurs moyens intellectuels et financiers, soit l’un soit l’autre soit les deux !

Je me suis demandée si le Journal des dix-neuvièmistes existait (Houellebecq met un accent grave). En fait, il n’existe pas en tant que tel mais la Société des études romantiques et dix-neuviémistes [lien] a été fondée en 1970 et elle étudie le XIXe siècle « à travers la littérature, les arts, les sciences, l’histoire culturelle et l’histoire de la langue […]. » (source : Wikipédia). Cette Société édite la revue Romantisme [lien1 et lien2] depuis 1971 ainsi que le bulletin Dix-neuvième siècle, remplacé en novembre 2011 par Le magasin du XIXe siècle [lien].

RaysDay2015Je dois avouer que roman polémique pour roman polémique, je me suis lancée dans la lecture de Le camp des saints de Jean Raspail (roman paru en 1973 et réédité en 2011), eh bien, j’en suis à la page 142 (plus d’un tiers du roman) et j’ai beaucoup de mal, le style est dense, rude, presque malsain, et Jean Raspail n’a pas l’humour de Michel Houellebecq…

Une note de lecture publiée dans le cadre du Ray’s Day.

1984 de George Orwell

[Article archivé]

1984 est un roman d’anticipation que George Orwell a écrit durant les dernières années de sa vie et qui est paru en 1949 en Angleterre et en 1950 en France.

Folio, n° 822, juin 2008, 408 pages, ISBN 978-2-07-036822-8.

Genres : littérature anglaise, science-fiction.

George Orwell est le pseudonyme d’Eric Arthur Blair, né le 25 juin 1903 au nord-est de l’Inde (à Motihari dans l’État du Bihar) dans une famille anglaise. Il a d’ailleurs étudié en Angleterre (pensionnaire à Saint-Cyprien puis à Eton où Aldous Huxley a été son professeur de français !). Journaliste, critique et écrivain, il a vécu en Inde, en Birmanie (sergent dans la Police Impériale), en Angleterre, en France (dans la pauvreté et où il contracte une pneumonie…), en Espagne (guerre d’Espagne) et a exercé divers métiers. Il a dénoncé les totalitarismes, celui de l’Empire Britannique d’abord, puis le nazisme et le communisme soviétique ensuite. La tuberculose l’a vaincu le 21 janvier 1950 à Londres.

Winston Smith, 39 ans, est employé au Commissariat aux Archives, au Ministère de la Vérité. Il vit à Londres au septième étage d’un immeuble, le bloc de la Victoire, construit dans les années 30. Dans cette Angleterre, renommée l’Océania, tout est dirigé par un Parti et les deux autres nations, l’Eurasia et l’Estasia sont tantôt l’ennemi tantôt l’allié. Les trois slogans du Parti « La Guerre c’est la Paix. La Liberté c’est l’Esclavage. L’Ignorance c’est la Force » (p. 28) font froid dans le dos. Grâce à un conditionnement appelé Les Deux Minutes de la Haine, la population est appelée à détester l’Ennemi du Peuple, en la personne d’Emmanuel Goldstein, « un renégat, un traître, un profanateur du Parti » qui « dénonçait la dictature du Parti, exigeait l’immédiate conclusion de la paix avec l’Eurasia, défendait la liberté de parler, la liberté de la presse, la liberté de réunion, la liberté de pensée » (p. 24). Un matin, pendant Les Deux Minutes de la Haine, les yeux de Winston croisent ceux d’O’Brien et il pense que son collègue ressent les mêmes choses que lui. Après cet événement, Winston décide d’acheter un cahier, une plume, de l’encre (ce qui est inhabituel) et de tenir son journal, il date son premier texte du 4 avril 1984. Peu de temps après, il rencontre Julia qui travaille au Ministère des Romans et dont il va tomber amoureux. Mais dans cet état totalitaire où « Big Brother vous regarde », dans lequel le Novlangue et la Police de la Pensée règnent, avec des télécrans qui espionnent et diffusent continuellement du son et des slogans, il est dangereux de penser, d’éprouver des sentiments et de faire des choses interdites. À moins d’être parmi les Prolétaires qui, parce qu’ils sont considérés par le Parti comme Inférieurs, ont un peu plus de libertés (loisirs, sexualité) quoique…

Une appendice d’une quinzaine de pages annonce les principes du Novlangue, langue officielle de l’Océania.

Mon avis

Un chef-d’œuvre ! Pourquoi ai-je attendu si longtemps avant de lire ce roman ?

Broyés, vous serez broyés par le Parti ! Et n’oubliez jamais que Big Brother vous regarde !

PS : j’ai oublié de dire qu’au départ, j’avais lu ce roman dans le cadre du défi Blog-o-trésors (deuxième livre après Le treizième conte de Diane Setterfield).