Le courage des autres de Hugo Boris

Le courage des autres de Hugo Boris.

Grasset, janvier 2020, 180 pages, 17 €, ISBN 978-2-246-82059-8.

Genres : littérature française, témoignage.

Hugo Boris naît le 18 novembre 1979 à Paris. Il fréquente l’Institut d’études politiques de Bordeaux et l’École nationale supérieure Louis-Lumière à Paris. Il est auteur et réalisateur (courts métrages et documentaires). Il publie en 2003 sa première nouvelle, N’oublie pas de montrer ma tête au peuple (Mercure de France, Prix du jeune écrivain) et en 2005 son premier roman, Le baiser dans la nuque (Belfond). Le courage des autres était en lice (avec 4 autres romans parus en janvier 2020) pour le premier Prix littéraire Europe 1 – GMF mais n’est pas le lauréat. Du même auteur, entre autres : Police (2016) adapté au cinéma par Anne Fontaine (sortie en salles en 2020).

Pour une fois, je mets le début de la 4e de couverture : « Hugo Boris vient de passer sa ceinture noire de karaté lorsqu’il fait face à une altercation dans le RER. Sidéré, incapable d’intervenir, il se contente de tirer la sonnette d’alarme. L’épisode révèle une peur profonde, mélange d’impuissance et de timidité au quotidien. Trait de caractère personnel ou difficulté universelle à affronter l’autre en société ? Ce manque de courage l’obsède. Sa femme lui suggère de « se faire casser la gueule une bonne fois pour toutes » pour l’exorciser. »

Pendant 15 ans, l’auteur a observé dans le métro, pris des notes et il pense qu’il est « attentif mais veule […] un lâche, un spectateur qui n’intervient presque jamais chaque fois qu’il le devrait » (p. 10). « […] je suis une merde, une lavette, un faible, un infirme. Je suis malade de la peur. J’ai une maladie de la peur. Je suis devenu la proie de ce mot. » (p. 69).

À 27 ans, le narrateur – qui pratique le karaté depuis 10 ans – vient d’obtenir sa ceinture noire. J’imagine qu’il sait se défendre, se battre. Le lendemain, il est dans le RER et il est témoin d’une violente altercation. Il tire le signal d’alarme ce qui, à mon avis, est déjà pas mal ! Pas la peine de se faire tabasser ou de prendre un coup de couteau ! Mais pour lui, ce n’est pas suffisant, il se sent coupable. « […] je me dis que des années de karaté ne m’ont rendu capable que de cela, tirer une sonnette. » (p. 22). C’est qu’il y a une différence entre « les combats en kimono, sur le tatami, […] souples, polis et courtois » (p. 23) et se battre contre un inconnu violent.

Je pense que c’est la première fois que je lis ce genre de livres et il m’a beaucoup plu. D’un côté, l’auteur emmène son lecteur dans le quotidien, le collectif, la violence mais d’un autre côté, il cite Julian Barnes, Maupassant, Saint-Exupéry… Bien sûr ce témoignage autobiographique (il n’est écrit roman ni sur la couverture ni sur la page de titre) peut paraître répétitif mais ça ne m’a pas dérangée. Mes chapitres préférés racontent le métro de Moscou (p. 88-91), la vieille dame de 80 ans qui a un tatouage sur le bras (p. 93-94) et le « quai 9 3/4 » (p. 99-102)

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Les chapitres sont cours, voire très courts, répartis en 3 parties : Sidération, Admiration et Affirmation comme une évolution de l’auteur. En tout cas, ce petit livre qui se lit rapidement permet au lecteur de s’interroger sur ce qu’il ferait, sur comment il réagirait en cas d’agression (verbale ou physique) dans le métro (ou ailleurs). De mon côté, je ne sais pas, je ne suis pas ceinture noire de karaté 😛 mais… je suis bien contente de ne pas habiter Paris et de ne pas prendre le métro (même si c’est sûrement source d’observation et de rencontres).

Un premier billet pour le Challenge du confinement pour la case (auto)biographie.

Entre hier et demain de Mary Higgins Clark

EntreHierEtDemainEntre hier et demain de Mary Higgins Clark.

Albin Michel [lien], 2003, 280 pages, 20,20 €, ISBN 978-2-22614-962-6.

Kitchen privileges (2002) est traduit de l’américain par Anne Damour.

Genre : mémoires.

Mary Higgins Clark est une des Reines du crime américaine. Elle naît le 24 décembre 1927 à New York dans une famille d’origine irlandaise. Je vous en dis plus dans le résumé du livre ci-dessous. Plus d’infos sur son site officiel francophone, http://www.m-higgins-clark.com/.

Mary a grandi dans le quartier de Pelham Parkway dans le Bronx (New York). Ses parents, qui ont convolé à la quarantaine, ont déjà un fils, Joseph (Joe) et, après Mary, viendra encore Johnny. Son père a un pub irlandais et sa mère est au foyer. La famille n’est pas riche mais possède une maison, une voiture neuve (une Nash) et s’en sort bien, du moins jusqu’à La Crise. « Je ne peux parler au nom des autres écrivains. Chacun de nous est une île, dépositaire de sa mémoire et de son expérience, de son caractère et de tout ce qu’il a acquis. Mais je sais que le succès que j’ai pu connaître en tant qu’auteur est directement lié, comme le cerf-volant à son fil et à la main qui le guide, au fait que mes gènes et ma personnalité, mon esprit et mon intellect ont été formés et déterminés par ma lointaine appartenance à l’île d’Émeraude. » (p. 11). « Le présent est là, mais les souvenirs sont toujours aussi vifs. Tous. Depuis le début. Puis-je les partager avec vous ? » (p. 12).

Mary raconte ses lectures (elle préfère les romans policiers, les romans à suspense), son premier poème à l’âge de 6 ans, son journal de bord dès l’âge de 7 ans, ses petits sketches qu’elle fait réciter à ses frères, ses inspirations (telle femme connue dans son enfance lui inspire tel personnage de ses romans). Tout ce que les femmes racontent, sa mère, ses tantes, leurs amies, leurs voisines, elle le note dans un gros agenda ! « Mary est vraiment douée, proclamait-elle. Elle sera un écrivain célèbre quand elle sera grande. » (p. 20). Elle raconte aussi ses frères, ses copines, les crèmes glacées, le cinéma, l’église, la mort de son père (jeune, 54 ans), la location des chambres et du garage, le collège chez les sœurs, la guerre (même si elle ne s’attarde pas), ses premiers emplois (standardiste au Shelton, secrétaire de direction chez Remington Rand, hôtesse de l’air pour la Pan Am), ses voyages « L’Europe, l’Afrique, l’Asie. » (p. 101) qui lui inspireront des nouvelles avec une héroïne : l’hôtesse de l’air, Carol (prénom qu’elle donnera à une de ses filles, également romancière) avant d’écrire des romans, son amour pour Warren Clark dès l’adolescence, leur mariage, leur appartement à Manhattan, leur vie de famille, leurs cinq enfants, ses cours d’écriture à l’université de New York : « Parlez de ce que vous connaissez, conseillait-il à la classe. » (p. 118) et « Posez-vous deux questions : « Supposons… » puis « Que se passerait-il ? » et transformez l’événement en fiction. » (p. 119). Et tant d’autres souvenirs encore.

Ce livre est captivant ! Je l’ai dévoré en une nuit ! Ce n’est pas qu’une autobiographie, c’est tout le XXe siècle qui défile depuis l’arrivée d’immigrants irlandais au début du siècle jusqu’au remariage de l’auteur fin des années 90. Évidement c’est une belle histoire à l’américaine mais il ne faut pas croire que tout est rose et que la réussite est au rendez-vous sans rien faire ! Le père a dû travailler, se battre contre les impayés dûs à la crise (fin des années 20, début des années 30) pour tenir son pub le plus longtemps possible avant de mourir d’épuisement. La mère a tenu à ce que ses trois enfants soit bien éduqués et s’est battue pour gagner de l’argent pour leurs études. Il y a eu la deuxième guerre mondiale, la guerre du Vietnam et des morts. Mary a étudié, s’est acharnée pour travailler, tout en élevant ses cinq enfants, elle a galéré pour être publiée, il y a eu des périodes de vaches maigres, elle est restée veuve des années (comme son père, son mari Warren est mort jeune), elle s’est accrochée en écrivant des séries courtes et des feuilletons pour la radio : « J’ignorais alors que je m’entraînais à devenir un auteur de romans à suspense, un genre où chaque mot doit servir à faire progresser l’action. » (p. 206), avant d’être récompensée par la parution de ses romans et le succès (en 1975).

Entre hier et demain, c’est une vie mais c’est aussi la vie américaine, des années 20 à fin 90, l’évolution des mœurs, des vies, avec des moments drôles, des moments tristes, des moments émouvants, et c’est toujours passionnant et positif. J’ai découvert une femme joyeuse malgré l’adversité, une femme intelligente, volontaire, motivée et indépendante. De quoi me donner envie de relire cette Reine du crime que je n’avais pas lue depuis longtemps !

Auteur du mois 08-2015Une note de lecture pour le nouveau challenge L’auteur du mois avec Merry dont la première session (août 2015) est consacrée à Mary Higgins Clark.

PS : ce livre était dans ma bibliothèque depuis presque 12 ans ! Bien qu’il m’ait passionnée, je sais que je ne le relirai pas donc je peux le faire voyager si vous voulez (si possible à quelqu’un qui suit mon blog).

20 ans avec mon chat d’INABA Mayumi

[Article archivé]

20 ans avec mon chat d’INABA Mayumi.

Philippe Picquier, mars 2014, 198 pages, 17,50 €, ISBN 978-2-8097-0989-6. ミーのいない朝 Mii no inai asa (1999) est traduit du japonais par Élisabeth Suetsugu.

Genres : littérature japonaise, roman autobiographique.

Inaba Mayumi (稲葉真弓) est née le 8 mars 1950 dans la préfecture d’Aichi. En faisant des recherches sur elle, j’ai découvert qu’elle est décédée le 30 août 2014 d’un cancer du pancréas (paix à son âme, elle est partie rejoindre Mî). Poète, romancière et nouvelliste, elle a reçu plusieurs prix dont le premier en 1966 pour un concours de poésie puis en 1973 pour son premier récit. Elle a utilisé le pseudonyme de KURATA Yuko fin des années 80-début des années 90 pour écrire de la Fantasy. Elle a aussi travaillé pour le cinéma dans les années 90-2000. Pour l’instant, son site officiel, http://inabamayumi.web.fc2.com/, est encore en ligne.

« Année 1977, dans l’été finissant. […] J’ai fait la rencontre d’un chat, ou plutôt d’une boule de poils, toute vaporeuse, comme une pelote de laine. C’était un chaton, un tout petit bébé chat. » (p. 7). La narratrice, originaire de Nagoya, travaille dans un bureau de décoration à Shinjuku à Tôkyô. Un soir, en rentrant du travail, elle entend, malgré le vent, de petits miaulements et découvre sur la grille d’un collège, près de la Tamagawa (c’est une rivière), un chaton blanc, noir et marron, une femelle. Son seul souvenir de chat lui vient de l’enfance : Shiro, le chat blanc de sa tante Tsune, mais elle prend le chaton avec elle et l’appelle Mî car ses miaulements font « mii mii ». C’est le début d’un grand changement dans sa vie ! Le lait, les sardines et la bonite, le choix du nom, les premiers jeux, les balades dans le jardin de la maison de Fuchû, le déménagement dans la maison de Kokubunji, les matous qui séduisent Mî, le départ de son mari à Ôsaka pour son travail… Mais la vie continue, avec bonheur, car Mî est là. « Comme elle semblait heureuse, parfaitement détendue ! Moi, je passais un chiffon sur les traces de pas qu’elle avait laissées dans le couloir et je regardais sans me lasser le chat endormi, roulé en boule, comme si la queue et la tête étaient nouées. » (p. 46). La jeune femme – qui n’avait jamais pris de photos – achète un appareil. « Les jours de congé, je passais mon temps à prendre des photos de Mî. Dans son sommeil, l’oreille dressée, immobile sur le mur, dégringolant d’une branche de pêcher qu’elle venait à peine de réussir à escalader, sautant doucement sur ma table et me regardant, la joue pressée sur l’abat-jour tiède… Mon appareil photo était devenu un instrument à découper le temps de ma vie qui s’écoulait, le seul instrument au monde. Les heures sereines passées avec Mî. » (p. 70). Plus tard, l’auteur déménagera avec Mî dans un immeuble de Shinagawa, près de la rivière Meguro, dans un petit appartement au 4e étage (qu’elle achètera pour pouvoir garder la chatte avec elle) mais la vie ne sera plus pareille car il n’y aura plus de véranda, plus de jardin, plus d’arbres… « En montant dans le camion qui attendait dans la cour du sanctuaire, je n’ai pu m’empêcher de jeter un coup d’œil dans le jardin. Ce grand jardin que Mî aimait tant, où elle avait joué, où nous avions pris ensemble des bains de soleil, ce jardin où fleurissait un pêcher. » (p. 100).

20 ans avec mon chat, c’est une vie de chat bien remplie mais aussi une vie de femme, de couple (pour un certain temps), d’écrivain et de Tokyoïtes ! Car ce n’est pas facile de trouver dans la capitale japonaise un appartement – et encore moins une maison – dont le propriétaire accepte un animal mais l’auteur refusera toujours de se séparer de Mî : elle est pour elle un trésor, un alter-ego, l’amour de sa vie ! « Je ressentais bien plus que par le passé une intimité avec cette chatte que ma main connaissait si bien à présent, elle qui s’abandonnait contre moi, moi qui m’abandonnais contre elle, j’avais l’impression qu’un courant passait entre nous comme un échange mystérieux. » (p. 158). Mayumi Inaba deviendra écrivain, un peu sans s’en rendre compte, un peu grâce à Mî. « Écrire… C’était pour moi le moment le plus précieux. » (p. 43) et « Sans que je m’en aperçoive, j’avais fini par devenir écrivain. » (p. 161). « […] après que mon mari s’était endormi, j’allumais la lampe de mon bureau et je restais des heures devant le papier. Alors, un autre monde naissait, ailleurs que celui de la vie de tous les jours, et il me semblait que les mots détenaient un pouvoir illimité. » (p. 44).

Oui, les mots détiennent un pouvoir illimité et ce récit autobiographique tellement beau le prouve ! Il est plein de douceur, de joies, de jeux, de balades et de tendresse. Il permet de découvrir Tôkyô et la vie tokyoïte sur plusieurs décennies. Il est aussi, vers la fin (chapitres 4 et 5), plein de douleurs et de tristesse et, même si je savais ce qui devait arriver au bout des vingt ans, j’ai terminé ce livre en larmes ! Est-ce que l’auteur a eu un autre chat après la mort de Mî (été 1997) ? Elle ne le dit pas… Ou peut-être dans un autre livre ? Je vais en tout cas suivre les parutions concernant Mayumi Inaba car c’est son premier livre traduit en français mais elle en a écrit de nombreux autres et a reçu plusieurs prix (Kawabata Yasunari, Tanizaki, MEXT Award for Arts…). Vous aimez le Japon ? Ce livre est pour vous ! Vous aimez les chats ? Ce livre est pour vous ! Vous aimez les récits de vie vraiment bien écrits ? Ce livre est pour vous ! Et pour finir, je veux remercier mon chéri qui m’a offert ce livre, il sait ce que j’aime.

Il est possible de lire les 58 premières pages sur le site de l’éditeur en pdf.

Une lecture pour les challenges Animaux du monde, Arche de Noé et Totem pour le chat ; 1 mois, 1 plume (découverte d’un auteur), Écrivains japonais d’hier et d’aujourd’hui, Le mélange des genres (autobiographie et témoignage), Petit Bac 2014 (j’aurais pu le mettre dans la catégorie Animal mais je vais le mettre dans la catégorie Moment / temps qu’il est plus difficile d’honorer), Rentrée littéraire d’hiver 2014 (parution le 6 mars) et Tour du monde en 8 ans (Japon).