Le talisman de Vaikom Muhammad Basheer

Le talisman de Vaikom Muhammad Basheer.

In Le talisman, Zulma, mars 2012, 192 pages, 18 €, ISBN 978-2-84304-577-6. Nouvelles traduites du malayalam (Inde) par Dominique Vitalyos (Grand Prix de traduction de la ville d’Arles).

Genres : littérature indienne, nouvelle.

Vaikom Muhammad Basheer naît le 21 janvier 1908 à Thalayolaparambu dans le district du Kottayam (Kerala, sud-ouest de l’Inde). Militant pour l’indépendance de l’Inde, il s’engage à l’âge de 16 ans et devient journaliste mais il vit dans la clandestinité puis il est arrêté. Il commence à écrire des nouvelles puis des romans dont peu sont traduits en français et reçoit la Padma Shri (un ordre honorifique civil) en 1982. Il meurt le 5 juillet 1994 à Beypore (Kerala).

Abdul Aziz est sous le manguier lorsqu’il reçoit une mangue sur la tête. Khan est « un beau chien blanc à grandes taches brunes » (p. 9) qui raffole des mangues et qui est tombé amoureux de la chienne des voisins. « Khan et Malou, c’était une histoire d’amour hindou-musulmane. Malou-aime-Khan-Khan-aime-Malou. » (p. 9). Mais six molosses hindous s’en sont pris à Khan et lui ont mis une dérouillée, le laissant presque sur le carreau. Khan en a gardé une haine de la gente féminine, canine et humaine !

En racontant l’histoire d’un chien mâle dans une famille musulmane et d’une femelle dans une famille hindou, l’auteur met en évidence les relations amoureuses contrariées à cause de l’ordre social et de la religion. Il m’a un peu fait penser à La Fontaine qui donne la parole à des animaux en place des humains.

Mais ce jour-là où la mangue tombe sur la tête d’Abdul Aziz, Khan n’a pas le cœur à la manger et le facteur arrive avec une lettre « de Shankara Ayyer, un vieux camarade de collège » (p. 11). Les deux amis, Abdul Aziz et Shankara Ayyer sont chauves et aspirent « ardemment à se voir repousser, de leur vivant, des cheveux sur le crâne. » (p. 11). Pourtant ils ont beau utiliser tous les produits miracles, « aucun résultat, pas l’ombre d’un duvet. » (p. 11). Puis arrive Sainul Abidin et son jeune assistant, il aurait un talisman pour empêcher Khan de mordre. « Quatre roupies quatre-vingt-quinze paisa. » (p. 15). Et miracle, il a aussi un talisman pour faire pousser les cheveux ! Mais quelle belle arnaque ! « En dépit des talismans, Khan avait mordu des femmes et ses propres cheveux ne repoussaient pas. Pourquoi ? » (p. 22). C’est avec l’humour malicieux d’un vieux sage que Vaikom Muhammad Basheer parle de la crédulité des humains.

Je continue ma découverte des auteurs indiens (ou sri-lankais) grâce à Zulma (bon plan de la part de l’éditeur d’avoir proposé des nouvelles librement pour donner envie aux lecteurs de lire le recueil complet). Ici, je me suis vraiment cru chez Abdul Aziz et son épouse Ummusalma, presque je cueillais une mangue sur l’arbre pour la manger !

Le talisman (Visappu) est une nouvelle de 24 pages parue en Inde en 1954, elle est donc un classique et entre dans le challenge 2021, cette année sera classique ainsi que dans Animaux du monde #3 (pour les chiens Khan et Malou), Les étapes indiennes #2, Mois des nouvelles et Projet Ombre 2021.

Musher de Marcus Malte

Musher de Marcus Malte.

In Intérieur nord, Zulma, octobre 2008, 144 pages, 15,30 €, ISBN 978-2-84304-458-8. Nouvelle lue dans l’édition poche, Zulma, février 2020, 144 pages, 8,95 €, ISBN 978-2-84304-934-7.

Genres : littérature française, nouvelle.

Marcus Malte naît (Marc Martiniani) le 30 décembre 1967 à La Seyne sur Mer dans le Var. Il étudie le cinéma et joue du jazz (piano). Il est auteur depuis 1996 (romans en particulier romans policiers, nouvelles, littérature jeunesse). Plus d’infos sur son site officiel.

Auteur repéré depuis longtemps mais encore jamais lu, j’ai profité de l’occasion pour lire cette nouvelle en libre accès grâce à Zulma.

Ah oui, je réagis en lisant le début avec la neige et les chiens que musher, c’est l’humain qui dirige le traîneau (j’ai appris ça en lisant Sauvage de Jamey Bradbury, comme quoi on apprend des choses même dans un livre qu’on n’a pas apprécié).

Mais revenons à la nouvelle (43 pages). Mars. Jacques n’arrive pas à s’occuper des chiens, ni de lui d’ailleurs, il pense à autre chose. « C’est idiot. Elle ne reviendra pas. Jamais. Je le sais. Elle me l’a dit. Elle n’est pas du genre à parler en l’air. Faut bien que je me rentre ça dans le crâne. Tu ne reviendras pas. » (p. 15).

Anthony Cole est venu à la montagne avec Lauren les deux premières semaines de janvier. Des Anglais, des clients pas comme les autres. Jacques qui vit seul depuis toujours a comme été hypnotisé par Lauren. « Maintenant j’ai l’impression d’avoir laissé passer ma chance, si on peut appeler ça une chance. C’était elle ou personne. Je suis sûr de ça. Alors ce sera personne. » (p. 26).

C’est bizarre la façon dont l’auteur passe du « elle » au « tu » (vous voyez ça dans le premier extrait ci-dessus), ça m’a dérangée au début… Mais, au fur et à mesure de la lecture, le lecteur sent qu’il s’est passé quelque chose, c’est fugace au début, puis de plus en plus lancinant, en un mot cette histoire est très bien menée, bravo à l’auteur que je relirai c’est sûr.

Une lecture parfaite pour le Mois des nouvelles et le Projet Ombre 2021 que je mets aussi dans Animaux du monde pour les chiens de traîneau (très importants tout du long).

Le journal de Gurty : Parée pour l’hiver de Bertrand Santini

Le journal de Gurty : Parée pour l’hiver de Bertrand Santini.

Sarbacane, collection Pépix, novembre 2016, 176 pages, 9,90 €, ISBN 978-2-84865-873-5.

Genre : littérature jeunesse.

Bertrand Santini naît à Aix en Provence et travaille d’abord comme graphiste (affiches de cinéma) puis comme scénariste (séries animées) avant de devenir auteur : plusieurs albums illustrés pour la jeunesse et des romans, Le Yark (2011), Jonas le requin mécanique (2014) et Hugo de la nuit (2016) qui ont reçu des prix littéraires.

Après avoir lu – et énormément apprécié – le premier tome de Miss Pook et les enfants de la lune, j’ai voulu lire d’autres romans de Bertrand Santini. Je me suis donc lancée dans la série Le journal de Gurty et j’ai vraiment bien ri avec le premier tome, Vacances en Provence. J’ai enfin lu le deuxième tome, Parée pour l’hiver et je lirai dès que possible les tomes suivants, Marrons à gogo (2017) et Printemps de chien (2018).

C’est l’hiver et la narratrice, Gurty, une petite chienne, est heureuse ! C’est que Gurty, comme tous les chiens, aime être heureuse ! Elle « adore être en vie, comme ça on peut se balader, faire des bises et manger des plats. Dans la vie, le plus génial, ce sont les vacances, car on peut tout le temps se balader, faire des bises et manger des plats. » (p. 7). Ça tombe bien, son humain, Gaspard est en vacances. C’est parti, Paris – Aix en Provence en train (comme pour les vacances d’été) ! Le lecteur suit donc Gurty et Gaspard entre le 4 et le 25 décembre. Gurty retrouve la maison de Provence qui sent bon, la maison de Pépé Narbier avec sa chienne, Fleur, et aussi « le pire chat du monde, Tête de Fesses, mon ennemi préféré » (p. 39) et le vilain écureuil qui fait hi hi.

J’ai bien ri avec les noms de clubs des chats (p. 77) et j’ai aussi beaucoup ri avec les œufs (p. 79) et l’omelette (p. 102-103).

Bref, on s’amuse encore beaucoup dans ce deuxième tome et tout serait parfait si ce n’est les horribles fiancées de Gaspard… Enfin surtout une, une certaine Myrtille… Gurty est alors « rayée de la carte, zappée, biffée, niée, jetée aux oubliettes, dans le trou des toilettes, remisée au placard, tirez la chasse, merci et bonsoir. » (p. 111). Vous l’aurez compris, Gurty est une chienne très intelligente qui, en plus d’écrire son journal chaque jour, a de l’humour, aime les listes et connaît pas mal de vocabulaire !

Vous avez envie d’être heureux, comme Gurty et Fleur, ce qui inclut de manger, jouer, courir, une vie de chien, quoi ! Alors lisez le Journal de Gurty ! Vous passerez un super moment. Et, en fin de volume, il y a un cahier de jeux de 14 pages !

Une lecture pour les challenges Jeunesse Young Adult #8 et Littérature de l’imaginaire 2018.

Le château des chiens perdus de Gudule

En hommage à Gudule (1945-2015) [mon coup de blues].

ChateauChiensPerdusLe château des chiens perdus de Gudule.

Le Livre de Poche Jeunesse [lien], collection Fantastique, octobre 2003, 92 pages, entre 1,24 € (occasion) et 4,49 € (numérique), ISBN 978-2-01322-208-2. Originellement paru aux éditions Hachette Jeunesse en 1996, ce roman a été également réédité en septembre 2010.

Genres : littérature jeunesse, fantastique.

Gudule, comme je le disais hier, est une auteur belge née le 1er août 1945, à Ixelles (commune de Bruxelles). D’abord journaliste, elle devient romancière et nouvelliste. Elle écrit, pour la jeunesse et pour les adultes, des histoires plutôt fantastiques, étranges, et traitant de nombreux thèmes (enfance, traumatismes, misère, racisme, maladie, folie…).

Comme j’ai déjà lu quelques titres de Gudule et que je voulais, pour cet hommage, en lire un autre qui soit rapide (court), j’ai choisi Le château des chiens perdus.

Mickette est mécontente : son père a une copine, Laurence. Et elle s’ennuie : pas de vacances à la mer cet été car Laurence les a invités pour un mois dans sa maison à la campagne. Un trou perdu… Mais, au petit musée du village, Mickette voit le tableau de la comtesse de Paniépiano – un monstre ? un fantôme ? – entourée de ses molosses. Le lendemain, elle se rend au château alors que le gardien du musée lui a dit de ne jamais s’en approcher. « L’endroit est si lugubre qu’en dressant l’oreille elle croirait presque entendre les chiens de la légende aboyer dans le lointain. » (p. 30). Elle rencontre un garçon dont le chien, Fripouille, a disparu… comme tous les chiens du village ! Est-ce le fantôme de la comtesse qui enlève les chiens qu’on entend aboyer la nuit ?

J’imagine très bien les jeunes lecteurs frissonner durant leur lecture ! Le récit est linéaire mais bien amené, l’histoire est simple mais intrigante avec un suspense grandissant et le lecteur a lui aussi l’envie d’entrer dans ce château hanté pour y découvrir ce qu’il s’y passe. Au-delà de cette aventure fantastique, Gudule aborde plusieurs thèmes qui pourront toucher les petits comme les grands : la relation d’une fillette qui vit seule avec son père, l’irruption d’une autre femme dans la vie d’un père célibataire (ou divorcé ou veuf), le problème des vacances loin de ses copains et de ses habitudes, la découverte de la vie à la campagne, la croyance en un monde surnaturel (ici, fantômes), la volonté de protéger les plus faibles/fragiles (ici, le petit garçon qui pleure son chien), le courage d’y aller et de faire une belle action, l’amitié/l’affection entre un enfant (ou un adulte) et son animal (ici, le chien). Gudule réussit ainsi à écrire une histoire fantastique, sociale et profondément humaine, le tout avec humour.

Il est possible de retrouver Mickette dans d’autres aventures : Aie peur et tais-toi !, La boutique maléfique, Danger camping maudit, Dans les griffes du Papagarou, L’école qui n’existait pas, Les tags attaquent ! (réédités pour la plupart en janvier 2006).

Voilà, c’était mon hommage à Gudule ; paix à son âme et une pensée pour ses proches.