La Mémoire de riz et Journal de David d’Ashby de Jean-Marie Blas de Roblès

La Mémoire de riz et Journal de David d’Ashby de Jean-Marie Blas de Roblès.

In La Mémoire de riz, Zulma, octobre 2011, 336 pages, 18,80 €, ISBN 978-2-84304-568-4. Parution en poche : J’ai lu, août 2014, 288 pages, 7,60 €, ISBN 978-2-29005-658-5.

Genres : littérature française, nouvelles.

Jean-Marie Blas de Roblès naît en 1954 à Sidi Bel Abbès (alors département d’Algérie française) mais sa famille s’installe dans le Var. Il étudie la philosophie (Sorbonne) et l’histoire (Collège de France) et part enseigner au Brésil puis en Chine. Là où les tigres sont chez eux (2008, Prix Médicis, Prix du jury Jean-Giono et Prix du roman Fnac) n’est pas son premier roman puisque sont d’abord parus L’impudeur des choses (1987) et Rituel des dunes (1989). Il est auteur de romans, nouvelles, poésie, essais et traducteur. Plus d’infos sur son site officiel.

La Mémoire de riz (5 pages). Le narrateur a pu « consulter certains papiers personnels du regretté Landolfo Grimaldi qui fut durant vingt ans (1884-1904) l’irréprochable conservateur de la bibliothèque royale de Turin. » (p. 69). À la fin du XIIIe siècle, Édouard 1er roi d’Angleterre envoie David d’Ashby en Chine. Mais en plus de ses récits de voyage (similaires finalement à ceux de Marco Polo ou d’autres voyageurs), il y a un journal intime. « Délivrée des nécessités de forme et d’effacement que demandait la rédaction de ses souvenirs de voyage, la personnalité de David d’Ashby s’y dévoile ici tout entière. » (p. 71).

Journal de David d’Ashby (15 pages). « Florence, le 17 février de l’an 1320. » (p. 72). David d’Ashby a 35 ans et il est rentré de son voyage depuis plusieurs mois. Il raconter comment son professeur de chinois et ami, maître Shang, lui a légué « la Mémoire de riz » (p. 74). Il se repose à Florence où il rencontre dame Beppa et sa fille Giovanna, et il découvre que les cinq mille grains de riz dans le sac ne sont pas de simples grains de riz. « […] une absolue certitude s’emparait de moi, un sentiment de liberté, de puissance, un éblouissement de l’être qui mettait toute chose, y compris le divin, à sa juste place dans le théâtre du Cosmos. » (p. 81-82). Que va faire David d’Ashby de toute cette sagesse ?

Très envie de relire cet auteur car les deux nouvelles sont excellentes, très bien écrites, ciselées, mots soigneusement choisis, côté mystérieux, envoûtant, presque poétique, j’ai vraiment eu l’impression d’y être et j’ai savouré mon plaisir de lecture. Ce recueil a reçu le Prix de la nouvelle de l’Académie française.

Pour le Mois des nouvelles et le Projet Ombre 2021.

Une histoire des abeilles de Maja Lunde

Une histoire des abeilles de Maja Lunde.

Presses de la Cité, août 2017, 400 pages, 22,50 €, ISBN 978-2-25813-508-6. Bienes Historie (2015) est traduit du norvégien par Loup-Maëlle Besançon. Je l’ai lu en poche : Pocket, août 2018, 448 pages, 8,20 €, ISBN 978-2-26628-435-6. Je préfère la couverture du poche qui en plus a comme des alvéoles.

Genres : littérature norvégienne, roman, science-fiction.

Maja Lunde naît le 30 juin 1975 à Bislett (un quartier d’Oslo) en Norvège. Elle étudie à l’université d’Oslo et publie son premier roman, Over Grensen soit À travers la frontière, en 2012, un roman jeunesse ; suivront Barnas Supershow (2012) et Battle (2014) avant ce premier roman pour adultes, Une histoire des abeilles, qui reçoit le Fabelprisen en 2016. Ensuite Snill, snillere, snillest (2016, roman jeunesse) et Blaa soit Bleue (2017) paru aux Presses de la Cité (2019). Ne sont donc traduits en français que ses deux romans pour adultes.

2198, Sichuan, Chine. Tao pollinise manuellement les arbres fruitiers. Elle est mariée à Kuan et le couple a un fils de 3 ans, Wei-Wen. « Les abeilles avaient disparu dès les années 1980, bien avant l’Effondrement, tuées par les insecticides. » (p. 10). Dans cette Chine du futur, les enfants travaillent dès l’âge de 8 ans car il faut que tous participent à l’effort collectif.

1851, Hertfordshire, Angleterre. William est naturaliste et tient un petit magasin de semences. Il est marié à Thilda et le couple à un fils, Edmund, 16 ans, et 7 filles entre 7 et 14 ans. Elles chantent un chant de Noël mais leur père est très malade. « Il n’y aurait pas de miracle aujourd’hui. » (p. 25).

2007, Ohio, États-Unis. George est fermier et apiculteur. Il est marié avec Emma et leur fils, Tom, étudiant, revient à la maison pour une semaine de vacances. Mais père et fils n’arrivent pas à communiquer et William ne comprend pas que Tom soit devenu végétarien. « Si j’avais su que tu deviendrais comme ça, je ne t’aurais jamais envoyé à la fac. » (p. 33). En plus, Tom veut devenir journaliste.

L’Effondrement, c’est « la chute des démocraties et la guerre mondiale qui avait suivi, quand la nourriture devint une denrée réservée à une infime minorité. » (p. 40).

Ce roman en triptyque est constitué de chapitres qui se suivent, toujours dans le même ordre : 2198, 1851, 2007. À travers le temps et l’espace, cette histoire des abeilles montre que tout est lié sur cette Terre et que l’humanité court à sa perte si elle continue sur le chemin qu’elle a pris.

En 2007, beaucoup d’apiculteurs dans le sud des États-Unis perdent leurs abeilles à cause de l’apiculture et de l’agriculture intensives. « Elle devait être l’œuvre de l’homme, car lui seul est capable d’inverser l’ordre de la nature et de la placer sous son contrôle, plutôt que le contraire. » (William à propos d’une nouvelle ruche qu’il veut fabriquer, p. 160). C’est donc en 2007 que l’expression Colony Collapse Disorder est créée, c’est « le syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles. » (p. 310). Dans les années qui suivent, ce phénomène touche le monde entier…

Qu’est-ce qui relie ces hommes, ces familles ? Tout d’abord, les abeilles mais pas que… Les liens familiaux, la transmission aux générations suivantes, l’écologie… Mais, reprenons dans l’ordre chronologique. 1851 donc, en Angleterre, William va fabriquer les premières ruches qui vont emprisonner les abeilles et créer l’apiculture humaine. On sait maintenant que les abeilles sauvages ont pratiquement disparu… 2007, les ancêtres (une en fait) de William ont apporté aux États-Unis les plans de ces ruches et George va essayer de les reproduire voire de les améliorer. On sait maintenant que ça a aggravé les choses et que les abeilles ont disparu de plus en plus et dans le monde entier. 2198, il n’y a plus d’abeilles depuis plus de deux siècles et la pollinisation doit se faire manuellement (c’est qu’il faut nourrir toute la population). Mais, lors d’un pique-nique, il arrive quelque chose à Wei-Wen et il est retiré à ses parents : Kuan se résigne mais Tao va tout faire pour retrouver son fils.

Voilà, le reste, je vous laisse le découvrir dans ce précieux roman visionnaire qui met en parallèle passé, présent et futur de façon admirable. L’écriture de Maja Lunde doit être géniale et, en tout cas, le roman est très bien traduit. J’ai passé un merveilleux moment de lecture, sur les trois continents à trois périodes différentes (comme trois romans différents en fait) mais bien choisies car elles sont les trois novatrices, en pensant bien faire, et conduisent à la catastrophe…

Coup de cœur pour moi, ce premier roman traduit en français d’une Norvégienne, tiens Décembre nordique, ça tombe bien ! Bon, je sais, je l’ai lu avant mais j’ai tellement de retard dans mes notes de lecture… Et puis, j’ai mis ce livre dans Mon avent littéraire 2020 en jour n° 5 (aujourd’hui…) pour « Le livre dont l’écriture m’a éblouie » donc il faut bien que je la publie cette note de lecture ! Et j’ai un message pour vous, tous, lisez ce roman !

J’honore aussi les challenges Animaux du monde #3 (abeilles), Littérature de l’imaginaire #8, Petit Bac 2020 (catégorie Animal pour Abeilles) et Voisins Voisines 2020 (Norvège).

Ils l’ont lu : Le chien critique, Lutin82 (Albédo), Yogo (Les lectures du Maki).

Et n’oubliez pas de visiter Mon avent littéraire 2020, ce roman est dans le jour n° 5.

Wily Fox mène l’enquête, 2 d’Adam Frost

Wily Fox mène l’enquête, 2 – Un parfum de mystère d’Adam Frost.

Thomas Jeunesse, octobre 2017, 128 pages, 6,90 €, ISBN 978-2-35481-435-9. Investigates Fox A Whiff of Mystery (2015) est traduit de l’anglais par Paolia Appelius. Illustré par Emily Fox.

Genres : littérature anglaise, roman jeunesse, roman policier.

Adam Frost naît le 21 août 1972 à Epping (Angleterre). Il est auteur pour la jeunesse depuis 2005. Plus d’infos sur son site officiel.

Emily Fox, diplômée de l’Université Falmouth, est illustratrice. Plus d’infos sur son site officiel.

Après la lecture de Wily Fox mène l’enquête, 1 – Une ombre au tableau d’Adam Frost, j’ai embrayé avec le tome 2.

Wily Fox est invité à la soirée de lancement du nouveau parfum, Odorissimo, d’Adolfo Aroma, le célèbre parfumeur, un lapin italien. « Ce parfum séduira dans les terriers tous les goupils qui ont du style et les belettes qui en jettent par son attaque de sous-bois mouillé sur un cœur de marron éclaté. » (p. 4). Le détective londonien est donc à Pise. Mais Fabio furet, le chef de la sécurité d’Adolfo, n’est pas content qu’un renard vienne mettre le museau dans son travail. Mais la soirée ne se passe pas comme prévu et la formule d’un parfum unique, Utopia, créé par le père d’Adolfo, est volée…

Dans la liste d’une centaine d’invités, Albert l’assistant de Wily Fox à Londres, repère trois suspects : Bianca Blaireau, reporter à Pise, Joey La Fouine, ancien gangster reconverti dans le monde de la mode, et Wanda Rouquine, une panda rousse, propriétaire d’une chaîne de magasins mode et parfums en Chine.

Wily Fox se rend à Venise car la Princesse de Parmesan est la seule à posséder un flacon d’Utopia. « C’est « une vieille antilope de quatre-vingt-deux ans » (p. 28).

Mais Marius Molosse et Érica Écureuil de la MOTUS (Milice des Officiers de Terrain Ultra Secrète) lui mettent à nouveau des bâtons dans les roues… La MOTUS enquête sur « Trois gibiers de potence connus sous le nom de Gang des Pattes Noires » (p. 49) qui ont tenté de cambrioler des banques. Non, ils ne sont pas sur la même enquête.

Wily Fox peut partir en Chine sur les trace du « hon sêng zha » (p. 49). Direction Chengdu !

Je ne veux pas répéter ce que j’ai déjà dit pour le premier tome mais encore une belle histoire et une belle enquête pour Wily Fox ! Et des gadgets que n’aurait pas renier James Bond ! Idéal pour démarrer le roman policier pour les enfants à partir de 8 ans mais les grands y trouvent leur compte aussi.

Une lecture idéale pour Animaux du monde #3, British Mysteries #5, Challenge du confinement (case Jeunesse), Jeunesse Young Adult #10, Petit Bac 2020 (catégorie crimes et justice avec mystère), Polar et thriller 2020-2021 et Voisins Voisines 2020 (Angleterre).

Le jeudi, c’est musée/expo #25

Une petite visite à Wuhan, ça vous dit ? Mais comment y aller et aussi comment ne pas attraper le virus ? En faisant une visite virtuelle ! Le Musée Provincial du Hubei ouvert en mars 1953 est en ligne [lien] et propose des centaines de pièces en particulier celles du Marquis Yi Zeng et du Prince Zhuang Liang. C’est en anglais mais c’est largement compréhensible.

Des bronzes magnifiques (statues, ornements, vaisselles, armes…), des bijoux et accessoires (en or et pierres précieuses), des objets laqués, des instruments de musique, des objets de cérémonie ; il est aussi possible d’explorer l’extérieur et l’intérieur du musée ; un panorama complet pour le plaisir des yeux et de l’intellect.

Avez-vous d’autres musées/expos en ligne à proposer ?

Porc braisé d’An Yu

Porc braisé d’An Yu.

Delcourt, collection Littérature (attention le nom et le lien ont changé, c’est maintenant, fin décembre 2020, la croisée), septembre 2020, 208 pages, 20 €, ISBN 978-2-413-03821-4. Braised Pork (2020) est traduit de l’anglais (Chine) par Carine Chichereau.

Genres : littérature chinoise, premier roman.

An Yu naît à Beijing (Chine) mais, à l’âge de 18 ans, elle part étudier à New York (États-Unis) puis s’installe à Paris (France). De retour à Beijing, elle écrit ce premier roman, Porc braisé, en anglais.

C’est lors d’un partenariat entre les éditions Delcourt et le groupe FB Hanbo(o)k Club que j’ai gagné ce livre en juillet ; j’étais super contente et je les remercie ; je l’ai reçu le 11 août et je l’ai dévoré dans la journée ! Porc braisé est paru hier donc voici ma note de lecture et je peux d’ors et déjà vous dire que c’est un coup de cœur pour moi.

Jia Jia et Chen Hang sont mariés depuis 4 ans. Au déjeuner, Chen Hang annonce à son épouse « que peut-être ce serait une bonne idée de refaire le voyage à Sanya cette année » (p. 8) puis il va prendre un bain. Jia Jia le retrouve mort dans la baignoire… Il a fait un étrange dessin. « Mon mari m’a laissé un dessin. Qui représente un homme-poisson. Une tête d’homme avec un corps semblable à celui d’un poisson. » (p. 51).

Un mois après, Jia Jia a pris ses habitudes dans le bar de Leo, de l’autre côté de sa rue, un bar de luxe. Mais elle voudrait vendre l’appartement (trop grand et trop cher à entretenir pour elle seule). Elle aimerait aussi reprendre la peinture et vendre ses toiles. Elle commence à fréquenter Leo et profite de sa liberté. Même si elle sait qu’elle boit trop (de Champagne) et se sent un peu coupable, « […] elle voulait essayer, se libérer de Chen Hang, vivre une autre vie. » (p. 59).

Jia Jia n’a plus que sa grand-mère et sa tante qui l’ont élevée après la mort de sa mère ; elle voit très peu son père qui les avait abandonnées lorsqu’elle était enfant pour vivre avec une autre femme, Xiao Fang.

Lorsque son appartement est enfin loué, Jia Jia a un revenu mensuel et décide de voyager au Tibet sur les traces de l’homme-poisson. Elle y rencontre Ren Qi, un écrivain qui recherche son épouse disparue. « Aujourd’hui, les artistes sont formatés pour rester de bons petits robots. Pas seulement les artistes peintres, les écrivains, les musiciens aussi. Les athlètes même ! Ils peignent, écrivent, jouent la même chose encore et encore. Les mêmes oiseaux et montagnes, les mêmes histoires, les mêmes personnages. » (p. 126).

Une erreur : quand l’aquarium de la tante prend feu, il est écrit « les poisons et le corail » (p. 109) au lieu de « les poissons ».

Porc braisé est le roman d’une jeune femme malheureuse. Malheureuse depuis l’enfance (père parti, mère décédée). Malheureuse en mariage (ce n’était pas le grand amour avec Chen Hang. Malheureuse dans sa vie (elle a arrêté de travailler et de peindre et restait chez elle mais elle n’a pas eu d’enfant avec Chen Hang). Ce n’est cependant pas une histoire triste parce que Jia Jia reste optimiste (elle fait preuve de résilience et veut reconstruire sa vie) ; elle va de l’avant quoi qu’il arrive. Et lorsqu’elle part au Tibet, il y a un côté un peu… Je dirais plutôt magique que fantastique (avec le monde de l’eau). D’ailleurs, j’ai beaucoup aimé que cette romancière chinoise emmène son personnage féminin au Tibet, à la découverte des populations locales et de leurs traditions, ce qui va bouleverser sa vie. Un très beau roman de cette rentrée littéraire à découvrir avec une belle couverture bleue et une nouvelle autrice à suivre !

Je mets cette lecture de la rentrée 2020 en bonus dans le Challenge de l’été (Chine).

Le chat zen de Kwong Kuen Shan

Le chat zen de Kwong Kuen Shan.

Pocket, novembre 2011, 96 pages, 6,95 €, ISBN 978-2-26622-196-2. The Cat and the Tao (2002) est traduit de l’anglais par Alain Sainte-Marie.

Genres : littérature hongkongaise, poésie, peintures.

KWONG Kuen Shan est une Chinoise née à Hong Kong. Elle étudie l’anglais, la littérature chinoise et la peinture. Elle est peintre et calligraphe. Autres titres parus aux éditions L’Archipel : Le chat philosophe (2008) que je dois avoir quelque part dans un carton, Le chat à l’orchidée (2015), Le chat qui m’aimait (2017), Les quatre saisons du chat (2018) et Les 8 bonheurs du chat (2019). Ne sont pas parus en français : Portraits of Wales – A Chinese View (2015) et The Tao of Dogs (2016). Plus d’infos sur http://kwongkuenshan.net/.

« Je n’avais aucune connaissance des chats et je n’en avais jamais peint auparavant. » (p. 7). C’est qu’elle est allergique… Mais un jour, elle recueille Healey, le chat de voisins qui ont déménagé et qui revient plusieurs fois. Depuis, elle a eu d’autres chats et observent aussi les chats dans la rue, dans les jardins. « J’étais sous le charme absolu de leur élégance, de leur agilité, de leur endurance et, par-dessous tout, de leur indépendance et de leur force de caractère. » (p. 8).

Chaque œuvre de Kwong Kuen Shan – 40 peintures « avec un mélange de technique méticuleuse et de technique libre » (p. 8) – est associée à un texte classique de la littérature chinoise. « Les textes présentés dans ce livre sont un choix d’anciens proverbes chinois, de poèmes et de maximes des grands maîtres : Confucius, Lao Tzeu, Zhuangzi et Sun Zi. » (p. 10). Je rajoute Feng Menglong, Zuo Quining, Mencius, Gao Bogong, Bai Juyi, Zi Gong, Lu Xuoxun et Liu Xiyang pour être exhaustive. Et il y a aussi plusieurs sceaux différents qui sont répertoriés et expliqués en fin de volume.

Quel très beau livre, même en format poche ! Il est dépaysant, reposant et les peintures de Kwong Kuen Shan sont toutes superbes. Parmi mes préférées, allez 5 sur 40, c’est raisonnable : L’inexprimé qui est sur la couverture (p. 13), Une branche de magnolia (p. 29), Les deux frères (p. 47), Lotus (p. 65) et La cour (p. 81).

La peinture la plus drôle : La mangeoire à oiseaux (p. 49), devinez qui est dans la mangeoire à oiseaux !

Mon texte préféré : Grandir (anonyme, p. 72) : « L’avantage d’être tout petit : / Comme un brin d’herbe / qui lève les yeux vers les arbres, / Comme un torrent qui regarde vers l’océan, Comme une lanterne dans la chaumière / qui regarde les étoiles du ciel, / C’est que, étant tout petit, / Je peux voir ce qui est grand. »

Une belle lecture pour les challenges Animaux du monde #3, Cette année, je (re)lis des classiques #3 (textes classiques chinois) et Challenge de l’été (Hong Kong).

Opium de Maxence Fermine

Opium de Maxence Fermine.

Albin Michel, février 2002, 175 pages, 13,90 €, ISBN 2-226-13124-8.

Genres : littérature française, Histoire.

J’ai déjà parlé de Maxence Fermine avec les chroniques de Le tombeau d’étoiles, Tango Massaï, La petite marchande de rêves et Zen.

Ce roman commence comme cela : La vie de Charles Stowe, aventurier du thé…

1938 : Charles Stowe, fils unique de Robert Stowe, commerçant de thé et épices depuis 1816 à Londres, décide de partir pour la Chine à la découverte du thé qu’il aime depuis son enfance. Il y découvrira Chine, Thé et Opium.

1940 : Charles Stowe rentre en Angleterre où l’attend son père, il emporte avec lui son plant de thé blanc. Sur le chemin du retour, il rencontre Robert Fortune, connu comme le premier Britannique à avoir rapporté du thé de Chine et auteur de La route du thé et des fleurs.

Voici donc Opium ou l’histoire d’un illustre inconnu ! C’est un très beau roman qui se lit d’une traite, mais court, trop court !

Cette note de lecture est la refonte d’un billet déjà publié sur un autre blog en 2008, ceci pour le Mois anglais. En effet, ce roman raconte comment le thé chinois est arrivé en Angleterre : c’est super important, isn’t it ?

Le dernier quartier de lune de CHI Zijian

Le dernier quartier de lune de CHI Zijian.

Philippe Picquier, septembre 2016, 368 pages, 22 €, ISBN 978-2-8097-1194-3. Erguna he you an (2010) est traduit du chinois par Yvonne André et Stéphane Lévêque.

Genres : littérature chinoise, Histoire, ethnographie.

CHI Zijian (迟子建) naît le 27 février 1964 à Mohe (province de Heilongjiang, Chine). Elle est nouvelliste et romancière. Le dernier quartier de lune (额尔古纳河右岸 qui signifie la rive droite de l’Argoun) reçoit le prix littéraire Mao-Dun en 2008. Du même auteur : aux éditions Bleu de Chine (malheureusement disparues), La danseuse de Yangge (1997), Le bracelet de jade (2002) et La fabrique d’encens (2004) et aux éditions Philippe Picquier, Toutes les nuits du monde (世界上所有的夜晚, 2005, 2013) ; Bonsoir, la rose (晚安玫瑰, 2013, 2018) et La cime des montagnes (群山之巅, 2015, 2019).

La narratrice est une femme âgée de 90 ans ; elle est restée seule dans son tipi, le shirangju, avec Antsor, un de ses petits-fils. Les autres sont partis à Busu. On ne saura pas son nom : c’est dangereux de donner son nom avec les communistes soviétiques et chinois, il vaut mieux rester anonyme, d’ailleurs elle donne des prénoms mais aucun nom. Elle est Évenk, « la femme du dernier chef de clan du peuple évenk » (p. 14). Les Évenks sont également connus sous le nom de Yakoutes, selon qu’ils vivent sur la rive gauche du fleuve Argoun, côté soviétique, ou sur la rive droite, côté chinois.

La vieille femme va raconter toute sa vie en trois chapitres, Aube, Midi, Crépuscule et un épilogue, Dernier Quartier, qui représentent toute une vie : l’aube, c’est l’enfance et l’apprentissage ; le midi, c’est l’âge adulte, la vie de femme et de mère ; le crépuscule, c’est la vie de femme mûre, le veuvage, le deuxième mariage ; et le dernier quartier, c’est les derniers jours d’une vie. Une vie peuplée de chamanisme, de légendes évenks, d’amour et de pertes douloureuses mais qu’il faut surmonter, toujours.

Un jour, les habitants de leur village apprennent par un anda, un marchand à cheval (beaucoup sont Russes), que les Japonais ont envahi le territoire et ont créé le Mandchoukouo. Les Évenks aux yeux bleus, donc d’origine russe, feraient mieux de fuir de l’autre côté de l’Argoun !

Avez-vous déjà bien observé les rennes ? « Ils ont une tête de cheval, des bois de cerf, un corps d’âne et des sabots de bœuf. Ils tiennent de ces quatre animaux sans être vraiment aucun d’eux. Pour cette raison, les Chinois Han les appellent si bu xiang, les ‘quatre-pas-pareils’. » (p. 32).

Il y a dans ce roman de belles descriptions, comme celle du bouleau blanc. « Dans la forêt, le bouleau blanc est l’arbre qui possède la livrée la plus brillante. Il porte une robe de velours laiteux parsemée de motifs noirs. Il suffit de faire une légère incision sur une racine, d’y insérer une paille, de disposer en dessous un seau en écorce de bouleau, et la sève coule comme d’une source le long de la paille jusque dans le seau. Cette sève pure et transparente, sucrée, parfume la bouche quand on en boit une gorgée. » (p. 57-58).

J’aime bien le naturel, la sensibilité et la sincérité de cette population évenk. « Alors j’ai fini par comprendre. Ce que tu aimes, tu le perds tôt ou tard. Mais ce que tu n’aimes pas reste toujours à tes côtés. » (p. 184). « J’ai raconté trop, beaucoup trop d’histoires de mort, mais je n’y peux rien, car chaque être humain doit mourir un jour. Cependant, si nous naissons presque tous de la même façon, chacun a une mort différente. » (p. 318).

Le vieille femme n’a pas fait d’études mais elle a appris tellement de choses dans sa vie qu’elle sait que moins d’arbres égale plus de vent et moins de lichen et de mousse pour les rennes.

CHI Zijian, après avoir vécu et étudié en milieu urbain, est repartie vivre dans sa région natale au milieu des Évenks. Dans ce roman, il y a ce que je n’ai pas trouvé dans De pierre et d’os de Bérengère Cournut, la chaleur des humains et des animaux malgré le froid, la poésie, le lyrisme et la grandeur de ce peuple, des paysages et même des rennes indispensables à la vie.

Une très belle lecture pour le challenge Contes et légendes 2020 (avec le chamanisme et les légendes évenks).

La langue et le couteau de KWON Jeong-hyun

La langue et le couteau de KWON Jeong-hyun.

Philippe Picquier, septembre 2019, 304 pages, 20 €, ISBN 978-2-8097-1437-1. Kalgwa hyeo (2017) est traduit du coréen par LIM Yeong-hee avec la collaboration de Lucie Modde.

Genres : littérature sud-coréenne, roman historique, roman culinaire.

KWON Jeong-hyun… Très peu d’infos sur ce jeune auteur coréen. Il naît en 1970 à Cheongju (sud-est de Séoul). La langue et le couteau est son premier roman traduit en français mais est-ce son premier roman ? Il a en tout cas reçu le Prix Honbul en 2017 (prix créé en 2011 pour récompenser les jeunes auteurs talentueux qui deviendront les grands auteurs de demain).

Yamada Otozô, originaire de Kumamoto (Japon), est le commandant de l’armée du Guandong. « Avant d’être enrôlé de force dans l’armée, j’étais un homme ordinaire qui enseignait la poésie et la littérature. » (p. 21). Le couteau le symbolise.

Wang Chen, Yi du Guangzi (Chine) est cuisinier ; il a hérité ce don de son père, né et mort dans des circonstances tragiques. « Mon père était le meilleur second de cuisine de l’hôtel de la Rivière des Perles à Canton. J’ai appris à cuisiner avec lui. Je vous en prie, épargnez-moi. » (p. 32). La langue le symbolise.

Il y a un troisième personnage narrateur puisque les personnages parlent à tour de rôle. C’est Kilsun, une jeune Coréenne de 22 ans qui a quitté Chongjin (Corée donc, avant la séparation) pour rejoindre son frère malgré ce qu’il lui a fait subir… Elle est l’épouse de Chen.

La langue et le couteau est donc un roman choral, genre que je n’apprécie pas spécialement mais trois personnages, ça me convient, c’est très bien. Il y a aussi Puyi (le dernier empereur de Chine) et sa suite qui sont assignés à résidence dans un palais. Puisque nous sommes au Mandchoukouo en 1945, la Mandchourie sous occupation japonaise.

Soupçonné d’activités complotistes, Chen est arrêté et, s’il veut échapper à une exécution, il doit relever le défi d’Otozô : un couteau, un ingrédient, une minute ! « Je regarde mon champignon les yeux dans les yeux. Tout aliment, qu’il soit vivant ou mort, légume ou produit de la mer, a des yeux. Mon père disait souvent que pour bien cuisiner, il fallait maîtriser les yeux du produit. Dominer le produit est le seul moyen de lui donner goût et parfum. C’est uniquement quand il s’abandonne entièrement au couteau qui le hache qu’il peut accepter le feu, l’huile, les sauces et les mains du cuisinier, puis renaître sous une nouvelle forme. » (p. 54). Otozô à Chen : « Ta vie ne dépend pas de moi mais uniquement de ta cuisine. » (p. 74).

Vous l’avez compris, La langue et le couteau est un roman historique mettant principalement en confrontation deux hommes, un Japonais et un Chinois, dans une région qui leur est finalement inconnue à tous deux (la Mandchourie), mais c’est aussi – et surtout – un roman culinaire avec la confrontation entre deux cuisines, la japonaise et la chinoise (qui ne sont pas semblables, contrairement à ce que certaines personnes pourraient penser). Je ne me suis pas vraiment régaler au niveau gastronomique malgré le raffinement de la cuisine de Chen (trop de poissons, de viandes…), par contre je me suis régalée au niveau littéraire et historique ! En Mandchourie, vivent des Chinois, des Japonais et des Coréens et les trois populations sont représentées dans ce roman à travers, en particulier, Chen, Otozô et Kilsun. Mais il y a aussi des bruits d’une autre guerre : les Russes se seraient déployés à Vladivostok et à Khabarovsk et « L’armée soviétique compterait un million cinq cent mille… » (p. 187) alors que « L’armée du Guandong compte à peine un million de soldats inexpérimentés. » (p. 187).

D’ailleurs, les enjeux de cette année 1945 sont aussi politiques car la Fête de Banjin va avoir lieu (mi-août !) et les Japonais veulent asseoir leur autorité (même si la majorité se doutent que la guerre va bientôt finir et qu’ils devront fuir, s’il est possible pour des soldats japonais de fuir !) : « Le banquet doit durer deux jours. On a beau parler de l’union des cinq ethnies, les Mandchous qui sont les acteurs principaux de cette fête, semblent complètement laissés de côté. L’événement se déroule à l’initiative du gouvernement mandchou mais est sous le contrôle de l’armée du Guandong. Du temps où les Qing étaient étaient encore puissants, toutes sortes de manifestations culturelles traditionnelles avaient lieu : course de chevaux, tir à l’arc, lutte, etc. Pour cette édition, rien de tel ne semble avoir été programmé. La fête est simplement le moyen de s’attirer les faveurs des représentants étrangers et des officiers japonais […]. » (p. 142). Et si Chen profitait de ce banquet pour empoisonner les hauts-gradés de la table d’honneur ?

Trois extraits que je veux garder

« La Mandchourie ne montre pas son vrai visage aux étrangers. Elle s’enfonce dans ses blessures et y reste blottie très profondément. De l’extérieur, ses plaies semblent cicatriser et devenir supportables ; parfois elles sont sacrifiées au nom de l’espoir. » (Kilsun, p. 82).

« Manger est pour moi le meilleur moyen d’oublier, pour quelques instants, cette guerre et la charge qui est la mienne. Je ne manque pas de discuter avec Shigeo des plats qu’il m’apporte. La cuisine nous sauvera peut-être. » (Otozô, p. 111).

« Certes, je suis sous le joug d’Otozô qui me commande des plats précis, mais le goût ne sert jamais qu’à flatter le palais ; il ne peut servir à dominer quoi que ce soit d’autre. S’il lui permet d’oublier sa peur, il ne changera pas l’Histoire. Ces maudits Japonais auraient dû se contenter de manger et de se faire plaisir plutôt que de critiquer la cuisine chinoise. Ils en paieront le prix, et leurs langues les premières. Leur fin est proche. » (Chen, p. 216).

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce beau roman dramatique car l’auteur a un style imagé et j’ai appris pas mal de choses. J’ai aimé l’acharnement à vivre de Chen et le fin gourmet qu’est Otozô (Kilsun est un peu moins présente mais elle est en lien avec la lutte anti-japonaise et les communistes à travers son frère en particulier). Le fait que les prénoms des personnages soient utilisés, Chen, Otozô, Kilsun, plutôt que leurs nom de famille (ce qui est plus habituel en Asie), fait que le lecteur se sent plus proche d’eux et les comprend mieux même si leur univers lui est inconnu.

C’est la première lecture que je vais déposer dans le Hanbo(o)k Club, groupe FB consacré à la littérature coréenne (et, par extension, à la littérature asiatique).

Je le mets aussi dans les challenges 1 % Rentrée littéraire 2019, Des livres (et des écrans) en cuisine 2020 et Petit Bac 2020 (pour la catégorie « Objet » avec couteau).

Une rencontre à Pékin de Jean François Billeter

Une rencontre à Pékin de Jean François Billeter.

Allia, août 2017, 152 pages, 8,50 €, ISBN 979-1-03040-685-6.

Genres : littérature suisse, récit autobiographique.

Jean François Billeter naît le 7 juin 1939 à Bâle (mais ses parents sont de Neuchâtel). Il est sinologue et écrivain (essais). Il a enseigné le chinois à l’Université de Genève.

Après des études de Lettres à Genève, terminées en 1961, l’auteur découvre la langue et l’écriture chinoises. À la rentrée de 1962, il étudie alors le chinois à Langues Orientales à Paris avec Jacques Pimpaneau. Il écrit à Gilbert Étienne pour en savoir plus et pour rassurer ses parents : « cela rimait-il à quelque chose de faire du chinois, cela menait-il quelque part ? » (p. 8) et Gilbert Étienne lui conseille d’aller en Chine. Jean François Billeter a 24 ans. Visa et bourse en poche, il part à Pékin où il étudie pendant trois ans.

C’était une aventure parce que le pays était communiste, il était fermé aux étrangers et « personne ne savait ce qui s’y passait » (p. 9). Dans le Transsibérien, il aperçoit la Grande Muraille, voit « de la verdure partout » (p. 10) et entre dans les murs de Pékin en septembre 1963. Il étudie le chinois avec d’autres étudiants étrangers, en particulier Africains et Sud-Américains, découvre la ville mais ignore les événements qui secoue le pays et entre à la faculté de Lettres l’année suivante. Grâce à sa bicyclette, il peut sortir et rencontrer des Chinois mais les relations ne sont pas évidentes car les Chinois n’ont pas le droit d’avoir de contact avec les étrangers sauf dans les relations réglementées comme celles de l’université par exemple.

Jean François Billeter est le premier Suisse à étudier en Chine. Jean-François Olivier, qui est devenu un ami, est le deuxième car il est arrivé… le lendemain ! La Chine, sa langue, sa culture, tout ça le subjugue ! D’autant plus qu’il va rencontrer Xiuwen, surnommée Wen, médecin dans une usine, et qu’il veut l’épouser, mais ils doivent être discrets car ils sont constamment surveillés…

« En dépit des signes qui annonçaient une tempête, la vie suivait son cours. » (p. 79).

Une rencontre à Pékin est un précieux témoignage, sans fioritures, simple, sincère et pudique. C’est aussi un beau voyage dans la Chine des années 60 et dans son évolution jusqu’à la fin des années 70. Et bien sûr, c’est une belle histoire d’amour. « Notre histoire n’est presque rien au regard des événements qui ont secoué la Chine au cours de ce demi-siècle, mais c’est celle que je pouvais raconter. » (p. 140).

Pour le Challenge de l’été, Petit Bac 2018 (catégorie Lieu), Raconte-moi l’Asie et Voisins Voisines 2018 (Suisse).