Rivages de Gauthier Guillemin

Rivages de Gauthier Guillemin.

Albin Michel Imaginaire, octobre 2019, 256 pages, 18,90 €, ISBN 978-2-22644-237-6.

Genres : littérature française, fantasy, premier roman.

Gauthier Guillemin est directeur adjoint dans un collège. Il aime lire et voyager. Rivages est son premier roman, et quel roman !

« Un homme au départ. » (p. 17). Cet homme, le Voyageur, quitte la Cité post-apocalyptique, bruyante et polluée, dans laquelle il a toujours vécu. Il s’aventure dans la forêt inconnue et dangereuse, appelée le Dômaine. Il y observe des arbres, des animaux et parfois même d’autres humains dont certains ont des branchies. Rapidement, il se découvre un don : voyager d’arbre en arbre ! Au bout d’un an de voyage, il s’arrête dans le village des Ondins car Sylve, une jeune femme l’attire. Ce peuple, les Thuata dé Dana, est un peuple de la mer « maintenant exilé dans l’immensité verte » (p. 37). Le village, c’est Sráidbhaile ciorclaign le Crann Mór Ard, ce qui signifie « le village entouré d’un grand arbre » (p. 48), un figuier banian qui sert de palissade. « […] il écoutait avidement les contes des temps anciens, l’histoire de ceux qui l’avaient accueilli. » (p. 70).

Quel roman magnifique ! La dualité entre les humains et la Nature est racontée avec une telle poésie ! « Maintenant l’homme est seul, dépossédé de la création, incapable de nommer tout ce qui vit sur la surface de la Terre. La nature s’est recréée sans lui, sans qu’il puisse la contrôler, tout occupé qu’il était de lui-même. Il s’est mis au ban de la création et nul Dieu ne vient l’aider, car l’homme ne le veut pas, il enrage, il est seul, il a peur, il ne compte plus pour rien. » (p. 75). C’est que ce roman de fantasy écologique est post-apocalyptique, proche ou lointain dans le futur mais la civilisation des êtres vivants (humains, ondins, nains, etc.) n’est plus du tout la même que celle que nous connaissons et il y a partout beaucoup de verdure.

Mais, revenons au village des Ondins. Le Voyageur, humain, étranger, va-t-il être accepté par le Conseil des Anciens et les villageois ? D’autant plus qu’il y a du danger : les Fomoires (un peuple violent) rôdent… Krûll, le vieux nain, (je l’aime bien, ce personnage) est le père de Dinnâ Trich Krûll Nyssach, surnommée Sente car elle arpente la forêt ; elle est moitié naine (Krûll) moitié Ondine (Nyssach) : c’est avec elle que va travailler le Voyageur pour faire ses preuves.

Le roman aurait pu être titré Le Voyageur ou Le Dômaine ou La quête de… mais « Je veux revenir aux rivages qui ont vu naître nos ancêtres. » (Quentil, p. 156). Quels sont-ils ces rivages ? Où sont-ils ? La mer existe-t-elle toujours ? Une nouvelle quête pour le Voyageur ? Quentil, lui, veut partir en quête des origines de son peuple, les Ondins. « Un poète a dit que l’homme en voyageant mesurait son infini sur le fini des mers. Au temps où les terres étaient toutes recensées, seul les désirs de l’homme restaient sans limites. Je me demande si cela a changé. – Je comprends ce que tu veux dire, acquiesça Quentil, nous voulons toujours aller plus loin, toujours voir de nouvelles choses et peut-être que je pourrais perdre de vue le sens même de mon voyage. » (p. 157).

Ce roman de fantasy, post-apocalyptique, est un conte, une quête avec une grande importance du merveilleux : j’ai beaucoup aimé ce mélange des genres ; ce roman est incroyablement beau, agréablement rythmé et ambitieux (au niveau littéraire). Le tome 2, La fin des étiages, était annoncé pour le 25 mars 2020. Je ne pensais pas qu’il y aurait un deuxième tome mais comme j’ai hâte de le lire !

Pour les légendes et les contes des Thuata dé Dana, je vais mettre ce roman dans le challenge Contes et légendes. D’ailleurs, ce roman interroge le lecteur : les contes, les légendes, les mythes sont-ils utiles, indispensables aux humains ? Je le mets aussi dans les challenges Littérature de l’imaginaire #8 et Printemps de l’imaginaire francophone 2020 (je suis un peu à la bourre, le challenge se termine le 1er juin… J’ai lu 3 ou 4 autres romans qui entrent dans ce challenge mais je ne sais pas si je pourrai publier les notes de lectures avant cette date… En tout cas, si je dois publier une seule note de lecture, c’est bien Rivages !).

Histoires fantastiques du temps jadis (Japon)

Histoires fantastiques du temps jadis.

今昔物語集 Konjaku monogatari shû est traduit du japonais et présenté par Dominique Lavigne-Kurihara.

Philippe Picquier, ça c’est la version poche ; je l’ai lu en édition brochée : juin 2002, 234 pages, 19,50 € (le prix est également en francs ! 127,91 F, il me semble qu’à l’époque, le double affichage était obligatoire), ISBN 978-2-87730-604-1.

Genres : littérature japonaise, contes, fantastique.

Ces « Histoires qui sont maintenant du passé » ont été compilées (comme l’ont été les contes de Grimm ou d’Andersen) et achevées vers 1120. En tout, il y a 1059 histoires réparties dans 31 volumes ; elles sont classées par pays : Inde, Chine et Japon. Dominique Lavigne-Kurihara en a choisi 42 classées comme suit : démons = 12, fantômes et spectres = 7, tengus = 4, renardes, renards et sangliers = 6, serpents et serpentes = 8, dieux et esprits = 5. En début de volume, il y a une instructive introduction et, en fin de volume, un répertoire de 20 pages avec tous les termes japonais expliqués et une carte pour repérer les villes où se situent les histoires.

Toutes ces créatures existaient et existent peut-être encore : on les retrouve dans les films, les séries, les mangas, la littérature, les jeux vidéo. Les Japonais sont champions pour faire entrer le fantastique dans le quotidien parce que ça fait partie de leur vie depuis toujours (lire par exemple les romans et les nouvelles de Haruki Murakami, entre autres). Les ouvertures (portes comme la célèbre Rashômon), les passages (ponts) et les embranchements (carrefours, nouvelles routes) sont très importants.

« L’origine de cette littérature est à rechercher dans les fudoki, ces monographies compilées sur ordre impérial au début des années 700, qui décrivent de façon très exhaustive une province, rapportant les vieilles légendes attachées à chacune de ses montagnes, de ses collines ou de ses rivières. » (p. 24). Puis est arrivé le Nihon Riyôiki (soit « Histoires saintes et étranges du Japon » compilé par le célèbre moine Kyôkai vers 822.

Les personnages de ces histoires sont pour beaucoup des femmes mais aussi des démons, des esprits, des animaux, quelques hommes exilés ou morts en disgrâce : tous veulent se venger. « […] les femmes seront des démons ou des fantômes terrifiants. Et qu’elles sont nombreuses à hanter ces pages ! Délaissées par un mari volage, mortes dans le plus grand dénuement ou plus banalement en couches, restées sans sépulture, elles ont connu bien plus souvent que les hommes le malheur. Alors, faut-il s’étonner qu’elles reviennent se venger, d’une vengeance qu’elles auront désirée terrible ? » (p. 20). C’est pourquoi je mets cette lecture dans Un mois au Japon durant cette semaine qui mets les femmes japonaises à l’honneur.

Les histoires commencent par « C’est maintenant du passé » : l’équivalent de notre « Il était une fois ». C’est que ces histoires doivent frapper l’imagination des auditeurs (elles étaient racontées) mais pas les terroriser.

Je ne peux pas résumer les 42 récits de ce recueil donc pour chaque catégorie, j’en ai choisi un dont je vous donne un extrait.

Dans démons – Comment le luth appelé Genjô fut dérobé par un démon (XXIV, 24). « Ce luth, c’est comme un véritable être vivant ! Si l’on en pince banalement les cordes, sans égard pour sa merveilleuse qualité, il se met en colère et garde le silence. De la même façon, quand la poussière s’est posée sur lui et qu’on ne l’a pas épousseté avec déférence, il se refuse, tout aussi furieux. Rien de plus facile que de comprendre son humeur du moment ! » (p. 61). Il faut dire que le luth Genjô est le luth impérial.

Dans fantômes et spectres – Comment le bœuf du Révérend moine Kôchi fut emprunté par une âme (XXVII, 27). « Le sixième jour après son rêve, vers l’heure du Serpent, le bœuf tout à coup rentra d’un pas paisible, venant d’on ne sait où. Il semblait s’en retourner après avoir accompli une affaire particulièrement importante. » (p. 99-100).

Dans tengus – Comment le Roi-Dragon fut capturé par un tengu (XX, 11). « En nous aidant mutuellement, nous sauverons chacun notre vie ! S’il y a encore une goutte d’eau, je vous le promets, je vous ramènerai à votre ancienne demeure. » (le Roi-Dragon au moine, p. 123).

Dans renardes, renards et sangliers – Comment, à Inamino en la province de Harima, fut tué un sanglier (XXVII, 36). « Si l’on y songe, ce sanglier qui avait vu l’homme entrer dans la cabane, n’était-ce pas dans le dessein de l’attaquer qu’il lui avait joué ce tour ? » (p. 148).

Dans serpents et serpentes – Comment, grâce au secours de Kannon, un homme de la province de Mutsu, qui prenait des faucons au nid, conserva la vie (XVI, 6). « Depuis longtemps, j’attrape les jeunes faucons qui sont faits pour voler au ciel. Je leur passe la cordelette à la patte, leur ôtant la liberté. Ces oiseaux, je les ai retenus captifs ! Et en raison de ce crime, je reçois ma rétribution dès ce monde ; ici et à l’instant, je vais mourir. » (p. 172).

Dans dieux et esprits – Comment l’âme de l’eau du Palais de l’Empereur Reizei, ayant pris une forme humaine, fut capturée (XXVII, 5). « Je suis l’âme de l’eau, dit-il, et ploc, il plongea dedans. On ne le revit plus. » (p. 201).

Une excellente lecture pour Un mois au Japon et les challenges Animaux du monde (renard, serpent, aigle, tengu…), Cette année, je (re)lis des classiques (an 1120, ça c’est du classique !) et bien sûr Contes et légendes #2 et Littérature de l’imaginaire #8. Je mets aussi ce recueil dans le Maki Project puisque ces 42 histoires sont des récits courts (contes, légendes, folklore).

Challenge Contes et légendes 2020 avec Bidib

Ravie d’avoir participé à la première édition du challenge Contes et légendes en 2019 même si je n’ai pas rempli la piste n° 7 (sur 10 pistes) pour l’adaptation grands et petits écrans… (alors que j’ai sûrement vu quelque chose !).

Voici ce que nous dit Bidib : « Les contes et les légendes on aime les écouter, les raconter, les lire, les regarder… Pour ce challenge tout est permis : albums, romans, bandes dessinées bien sûr, mais aussi spectacles, films, musiques, peintures… Tous les supports seront au rendez-vous. Un seul mot d’ordre : explorer le monde enchanté des contes et des légendes (traditionnels ou modernes). »

Je rempile pour la nouvelle session, Contes et légendes 2020, qui court du 1er janvier au 31 décembre 2020.

Infos, logos et inscription chez Bidib + le groupe FB + la page Instagram (nouveau) + le formulaire pour donner ses liens.

Les 10 pistes n’existent plus cette année mais il y a 4 paliers :
– au coin du feu : de 1 à 5 chroniques,
– arbre à palabre : de 6 à 10 chroniques,
– troubadour : de 11 à 20 chroniques,
– grand conteur : plus de 20 chroniques.
Pour l’instant, je vais choisir le premier palier et j’augmenterai si je peux 😉

Et des rendez-vous thématiques (libres, aucune obligation) comme déjà :

29 janvier : hiver (froid, glace, neige, Grand Nord…).

Septembre : mois spécial (jeux, marathon de lecture…).

Mes billets pour le palier « au coin du feu »

1. Tout ce qui est sur Terre doit périr (La dernière licorne) de Michel Bussi (Presses de la Cité, 2019, France) 🙂 – légendes du déluge sur plusieurs continents et sur les licornes.

2. Le dernier quartier de lune de CHI Zijian (Philippe Picquier, 2016, Chine) 🙂 – légendes du peuple évenk (et chamanisme).

3. Watership Down de Richard Adams (Monsieur Toussaint Louverture, 2016, Angleterre) ❤ – légendes des ancêtres des lapins, Shraavilshâ et Primsault.

4. Histoires fantastiques du temps jadis (Philippe Picquier, 2002, Japon, 1120 !) 🙂 – légendes japonaises.

5. Rivages de Gauthier Guillemin (Albin Michel Imaginaire, 2019, France) ❤ – légendes et contes des Thuata dé Dana (Ondins).

Palier Au coin du feu honoré 🙂

6. Le livre de M de Peng Shepherd (Albin Michel Imaginaire, 2020, États-Unis) 🙂 – légendes indiennes (hindoues).

+ ?

La fameuse invasion de la Sicile par les ours de Dino Buzzati

La fameuse invasion de la Sicile par les ours de Dino Buzzati.

Gallimard, collection Folio Junior n° 490, collection Textes classiques, 1977 – 1982 – 1988 – 1997 – 2009 (précédemment publié chez Stock en 1968), 128 pages, 5,90 €, ISBN 978-2-07062-374-7. Illustrations de l’auteur (en couleur à l’origine). La famosa invasione degli orsi in Sicilia (1945) est traduit de l’italien par Hélène Pasquier.

Genres : littérature italienne, littérature jeunesse, conte.

Dino Buzzati naît le 16 octobre 1906 à San Pellegrino di Belluno dans la région de Vénétie. Il étudie le Droit à l’Université de Milan mais il est embauché comme journaliste par le Corriere della Sera. Il est aussi peintre, écrivain et critique littéraire. Il meurt d’un cancer le 28 janvier 1972 à Milan. De lui, j’ai déjà lu Le Désert des Tartares (son plus célèbre roman, paru en 1940) et Le K (un recueil de nouvelles, paru en 1966) et j’ai apprécié le côté fantastique. Avec La fameuse invasion de la Sicile par les ours, je lis un de ses contes, mais il a aussi écrit de la poésie et du théâtre donc il me reste des choses à lire !

Le roman commence par une présentation des personnages et des décors, ça fait un peu théâtral, ça m’a bien plu et puis c’est présenté avec humour.

L’ourson Tonin, fils de Léonce Roi des ours, a été enlevé par deux chasseurs. Deux ans après, les ours font face au froid et à la faim alors ils décident de descendre pour la première fois dans la plaine, là où vivent les humains. « Et les montagnes d’où nous sommes partis. Les reverrons-nous jamais, nos vieilles montagnes ? » (p. 18). Les ours ne sont pas les bienvenus et ils doivent se battre contre l’armée du Grand-Duc, un tyran. « Mais que peuvent les ours, armés de lances, de flèches, de harpons / contre des fusils, des mousquets, des couleuvrines, des canons ? » (p. 24). J’ai oublié de vous dire qu’une partie du roman est racontée sous forme de poésie ! Le Grand-Duc et le magicien De Ambrosiis se réfugient au château de Cormoran mais les ours, valeureux, emmenés par le courageux ours Babbon défient l’armée humaine. Au début, c’est un « Désastre complet » (p. 56) mais un autre ours, plutôt bricoleur, Frangipane, va faire gagner les ours. Pendant que la bataille fait rage, il y a un spectacle au Grand Théâtre Excelsior et, parmi les artistes, un ourson acrobate, rebaptisé Goliath. Oui, oui, vous avez deviné et il va s’en passer des choses ! D’ailleurs, pendant plus de dix ans, les ours vont vivre avec les humains mais leur comportement va changer ce qui déplaît au Roi Léonce.

Ce conte, joliment illustré (par l’auteur lui-même !) s’est déroulé il y a très longtemps car il n’y a plus de montagnes en Sicile, il n’y a plus d’ours non plus… Mais la magie et l’humour de Dino Buzzati font vivre cette histoire pour les petits et les grands lecteurs ! Avec la sortie du film d’animation réalisé par Lorenzo Mattotti et présenté au Festival de Cannes en mai 2019, le livre paraît à nouveau en mai 2019 (couverture ci-contre).

Une lecture plaisante que je mets dans les challenges Cette année, je (re)lis des classiques, Contes et légendes pour la piste « Des animaux à la fête », Jeunesse & Young Adult #9 et Littérature de l’imaginaire #7.

Buck, la nuit des trolls d’Adrien Demont

Buck, la nuit des trolls d’Adrien Demont.

Soleil, collection Métamorphose, mai 2016, 80 pages, 17,95 €, ISBN 978-2-302-05060-0.

Genres : bande dessinée, conte, fantastique.

Adrien Demont naît le 1er janvier 1986 à Villeneuve sur Lot. Il étudie les Beaux-Arts à Angoulême. Il est dessinateur et auteur. Plus d’infos sur son blog.

Norvège. « L’hiver est rude… Il n’y a que la neige et le vent, le vent et la neige… » (p. 12). Poussés par les flots marins, Buck et sa niche arrivent dans un lieu inconnu. Un malheureux couple d’humains a trouvé un troll dans le berceau de leur fille. Buck est chargé de ramener le bébé mais il est peureux et il fait nuit ! Il rencontre Snorri, un lièvre boiteux qui l’invite au vieux moulin abandonné. Mais « Le temps presse, si la petite humaine finit son sevrage aux mamelles d’une troll, elle deviendra des leurs. » (p. 50).

Auparavant frappé par la foudre, Buck ne quitte plus sa niche, il est un peu un chien-tortue. À la fois drôle et onirique, cette bande dessinée est inspirée d’un conte scandinave. Les dessins sont superbes, sombres, et il y a peu de textes, ce qui laisse place à l’observation des détails et à l’imagination.

J’ai très envie de lire Buck, le chien perdu paru en mai 2019 et qui raconte en fait l’histoire de Buck avant la nuit des trolls.

Buck, la nuit des trolls est dédicacé à Theodor Kittelsen. Je ne connais pas… C’est un peintre et illustrateur norvégien (1857-1914) distingué Chevalier de l’ordre de Saint-Olaf ; il est connu pour ses illustrations de trolls dont s’est inspiré Adrien Demont.

C’est la rentrée de La BD de la semaine ! Je ne sais pas si le challenge BD de Marjorie continue après juillet 2019… (oui, il continue). Je mets cette très belle bande dessinée dans les challenges Contes et légendes, Jeunesse Young Adult #8 (qui cette année, accepte les bandes dessinées) et Littératures de l’imaginaire.

Plus de BD de la semaine chez Moka.

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Projet 52-2019 #34

Trente-quatrième semaine pour le Projet 52-2019 de Ma avec le thème rire(s). Pas facile de prendre une photo de quelqu’un en train de rire (et puis avec le respect du droit à l’image…). J’ai donc pensé publier une photo, non pas de quelqu’un qui rit, mais de quelqu’un qui fait rire ! Voici Vincent Brusel à la mandoline et Sandrine Gniady (très scénique) au récit pour ses Contes du commencement (dans le cadre de Portes en fête, à Portes lès Valence le 23 juillet), quatre contes étiologiques avec lesquels nous avons passé un très bon moment avant d’aller boire un coup pour profiter de la fraîcheur du soir. Je vous souhaite une bonne continuation de l’été, de bonnes vacances à ceux qui sont en congés et, si vous voulez participer à ce projet photographique, allez voir Ma !

Vincent Brusel (mandoline) et Sandrine Gniady (récit) : Contes du commencement (Portes lès Valence, juillet 2019)

Edgar Allan Poe et nouvelle traduction de ses nouvelles

Voici un article un peu particulier pour La bonne nouvelle du lundi, Cette année, je (re)lis des classiques #2, Contes et légendes (pour les contes) et Littérature de l’imaginaire #7.

Je voudrais vous parler d’Edgar Allan Poe, célèbre auteur de nouvelles, poèmes et contes, et vous présenter le premier tome des Nouvelles intégrales d’Edgar Allan Poe ; ce tome 1 correspond aux premières nouvelles écrites et publiées entre 1831 et 1839 ; elles sont moins connues du lecteur français.

Edgar Allan Poe (1900, Bettmann Archive)

Edgar Allan Poe naît le 19 janvier 1809 à Boston (Massachusetts, États-Unis) dans la famille Poe, une famille de comédiens (mère anglaise, père américain). Mais, lorsque ses parents meurent, il est recueilli par les Allan (d’origine écossaise) à Richmond (Virginie), d’où le double nom Allan Poe. Il étudie à la nouvelle Université de Virginie (fondée par Thomas Jefferson, troisième Président des États-Unis). Il fait un voyage en Angleterre et en Écosse puis s’installe à Baltimore (Maryland) et commence à écrire dans un journal. Il part ensuite pour Philadelphie (Pennsylvanie) où la majorité de ses œuvres sont publiées et enfin à New York où il devient propriétaire du Broadway Journal.

Il est tout à la fois romancier, nouvelliste, poète, critique littéraire, dramaturge et même éditeur. Il fait partie du mouvement romantique et écrit plutôt dans les genres policier, fantastique voire macabre, et parfois de la satire. Il est considéré comme l’inventeur américain du genre policier et compte dans les précurseurs de la science-fiction et du fantastique. Il est en tout cas reconnu comme un des plus grands auteurs américains du XIXe siècle.

En 1827, il publie son premier recueil, Tamerlan et autres poèmes. En 1838, paraît son premier roman, Les aventures d’Arthur Gordon Pym (The Narrative of Arthur Gordon Pym of Nantucket), mais c’est un échec… Suivent des articles de journaux, des critiques littéraires, des poèmes, des contes, des nouvelles, des autobiographies pastiches, etc. Un premier prix littéraire en octobre 1833 lui apporte la notoriété. En 1839, il publie son premer recueil d’histoires sous le titre Contes du Grotesque et de l’Arabesque. C’est surtout ses contes, ses nouvelles et ses poèmes qui sont connus et appréciés mais il laisse aussi deux romans : Les aventures d’Arthur Gordon Pym (The Narrative of Arthur Gordon Pym of Nantucket, 1837-1838) et Le journal de Julius Rodman (The Journal of Julius Rodman, 1840, inachevé malheureusement) ainsi que plusieurs essais et une pièce de théâtre : Politian (1835-1836, inachevée également).

Il meurt le 7 octobre 1849 à Baltimore et la cause de sa mort n’est pas exactement déterminée (tuberculose héritée de son père, maladie cardiaque, problème cérébral… ?). Il est enterré au cimetière presbytérien de Baltimore et, en 1913, une pierre tombale est rajoutée avec une épitaphe tirée du poème Le corbeau (The Raven, 1845) : « Quoth the Raven, « Nevermore. » » (ce qui signifie Le corbeau dit : « Jamais plus ! »).

Poe influence de nombreux auteurs américains comme William Faulkner, H.P. Lovecraft, Herman Melville, James Russell Lowell, Flannery O’Connor, Nathanael West, Walt Whitman. Il est aussi apprécié par des auteurs français comme Jules Barbey d’Aurevilly, Charles Baudelaire (qui traduit ses nouvelles), Stéphane Mallarmé (qui traduit ses poèmes) et Jules Verne (qui lui consacre un article élogieux sur les Histoires extraordinaires). Il est aussi reconnu en Grande-Bretagne (Oscar Wilde, par exemple, s’en inspire pour son roman Le Portrait de Dorian Gray et ses contes), en Russie (Vladimir Nabokov fait plusieurs références à Poe dans son célèbre Lolita ; quant à Fiodor Dostoïevski, il encense ses histoires policières) et dans le monde hispanique (Jorge Luis Borges et Julio Cortázar, deux écrivains argentins, traduisent ses œuvres en espagnol). L’auteur japonais Edogawa Ranpo (1894-1965) s’est carrément inspiré du nom d’Edgar Allan Poe pour créer son pseudonyme littéraire (prononciation syllabique japonaise !).

Il n’y a aucune raison de ne pas lire Edgar Allan Poe ! Et vous avez peut-être déjà lu une ou des nouvelles de Poe traduites en français par Charles Baudelaire (1821-1867) et publiées dans La Pléiade (1932) ou une autre édition plus récente (Gallimard, Bouquins, Pochothèque…). Vous pouvez en tout cas lire ses œuvres en ligne, en français, sur Wikisource entre autres et sur en.Wikisource pour les versions originales. Ou alors vous emparer de la nouvelle traduction dont je vous parlais ci-dessus avec :

Edgar Allan Poe – Nouvelles intégrales, tome 1 (1831-1839), nouvelle traduction de Christian Garcin & Thierry Gillybœuf, intégrale parue chez Phébus en octobre 2018 (432 pages, 27 €, ISBN 978-2-7529-1100-1) avec les œuvres présentées de façon chronologique (idéale pour comprendre l’évolution de l’auteur !) augmentée d’une préface et de notes des traducteurs, ainsi que d’illustrations originales de Sophie Potié, jeune illustratrice et graveuse (née en 1991) que vous pouvez suivre sur tumblr.

Attendez-vous à entendre parler de ces nouvelles durant l’année pour les challenges cités plus haut : La bonne nouvelle du lundi, Cette année, je (re)lis des classiques #2, Contes et légendes et Littérature de l’imaginaire #7.

Le premier amour de Grand Corbeau de Muriel Bloch

Le premier amour de Grand Corbeau de Muriel Bloch.

Didier Jeunesse, collection Il était une (mini) fois, janvier 2014, 32 pages, 3 €, ISBN 978-2-27807-076-3.

Genres : littérature jeunesse, conte.

Muriel Bloch naît en 1954. Elle passe un DEA de Lettres modernes sur Le flou au cinéma, incertitudes narratives et perceptives dans le cinéma expérimental des années 20 aux années 60. Elle travaille avec les enfants dans le monde de la culture et de l’art. Plus de quarante livres au compteur, la plupart des contes. Plus d’infos sur son site officiel.

Cette histoire est un conte inuit du Groenland d’après Raven and the Whale (2001) de Laura Simms.

Les Inuits pensent que Grand Corbeau, tantôt oiseau, tantôt homme, a créé le monde. Un matin, alors qu’il se promène en barque sur la mer Blanche, il voit une baleine à l’intérieur de laquelle il pénètre. C’est là qu’il rencontre une jeune danseuse et qu’il en tombe amoureux. « Sois le bienvenu. Je t’aurais volontiers suivi mais je ne peux pas m’en aller, je suis l’âme et le cœur de cette baleine. Par contre, toi, tu peux t’asseoir ici et me tenir compagnie, j’en serais ravie. » (p. 14-15). Mais Grand Corbeau va-t-il se contenter de cet amour platonique ?

Un conte dramatique et triste pour comprendre que la vie ne tient qu’à un fil (ou deux !) et qu’il est bon de respecter l’autre pour son bonheur et pour le nôtre sinon le pire peut arriver.

Une lecture émouvante pour les challenges  Contes et Légendes 2019Jeunesse Young Adult #8 et Littérature de l’imaginaire #7.

Challenge Contes et Légendes 2019 avec Bidib

En 2018, Bidib – du blog Ma petite Médiathèque – créait un mois thématique en mars, le Mois des contes et légendes, mais c’était trop lourd pour moi de réussir les « 10 pistes » en un mois donc j’ai zappé. Bidib a remis le couvert en septembre (+ bilan) et en décembre pour un spécial « contes de Noël » mais elle pensait déjà à un challenge annuel ce qui me convient mieux pour remplir les 10 pistes d’exploration (voir ci-dessous).

Infos, logos et inscription chez Bidib. Plus le groupe FB.

Le jeu en 10 pistes – « Pour remporter le titre de Grand Conteur, vous avez 1 an pour remplir les 10 pistes d’exploration. Un article ne peut compter qu’une fois, à vous de préciser pour quelle catégorie vous le soumettez. En revanche vous pouvez soumettre autant d’articles par catégorie que vous voulez. »

1. Des animaux à la fête (conte ou légende ayant comme personnages principaux un ou plusieurs animaux, exemple : le Chat-Botté) avec Le premier amour de Grand Corbeau de Muriel Bloch (un conte inuit du Groenland).

2. Contes de montagnes (l’intrigue doit se passer entièrement ou partiellement en montagne, exemple : la légende du Yéti) avec La route de Tibilissi de Chauvel, Kosakowski et Lou (cette BD franco-américaine se déroule pratiquement tout le temps en montagne, on voit des montagnes, des vallées, des à-pics).

3. Tour de France (un conte régional, exemple : la fée Mélusine dans le Poitou) avec L’homme gribouillé de Serge Lehman et Frederik Peeters (une grosse bande dessinée qui parle du Maugris, un genre de Golem dans le Doubs, Franche-Comté).

4. Les contes en images (peinture, sculpture, illustrations… c’est l’image qui est à l’honneur, exemple : Obsedian, une illustratrice coréenne qui met en scène des contes classiques occidentaux) avec Buck, la nuit des trolls d’Adrien Demont (les illustrations sont inspirées de Theodor Kittelsen, un peintre norvégien du XIXe siècle, connu pour ses illustrations de trolls).

5. Histoires burlesques (des contes ou des légendes particulièrement drôles, exemple : une histoire courte) avec Le renard sans le corbeau de Pascale Petit et Gérard DuBois, un recueil de fables/contes déjantés inspirés par Le corbeau et le renard de La Fontaine (mais j’aurais pu le mettre en piste 1 pour les animaux ou 5 pour les magnifiques illustrations à l’ancienne).

6. Coup de cœur (votre conte préféré de tous les temps, le coup de cœur 2019… à vous de voir) avec Edgar Allan Poe et nouvelle traduction de ses nouvelles (billet spécial).

7. Grands et petits écrans (une adaptation en film, série ou dessin animé, exemple : Blanche-Neige de Walt Disney) avec…

8. Triste fin (un conte à l’issue tragique, exemple : le petit Chaperon rouge dans la version de Perrault) avec West de Carys Davies, un très beau roman qui se déroule au milieu des légendes de l’Ouest américain du XIXe siècle et du monde amérindien.

9. Épiques aventures (un conte ou une légende avec un héros en quête de gloire, exemple : Thésée) avec La saga d’Atlas et Axis, intégrale de Pau, une bande dessinée espagnole parue en 2017 chez Ankama (intégrale, 4 tomes) dans laquelle deux chiens Atlas et Axis raconte l’histoire légendaire d’avant l’humanité.

10. Une histoire venue de loin (de n’importe quelle contrée au-delà des frontières européennes, exemple : les yokaï japonais) avec Qaanaaq : meurtres au Groënland de Mo Malø (c’est un roman policier mais il y a des légendes du Groenland) et De pierre et d’os de Bérengère Cournut (légendes inuits).

Je trouve Bidib particulièrement inspirée avec ce challenge et ces pistes d’exploration ! En septembre, elle proposera un mois spécial Tour du monde des contes et légendes pour explorer les 5 continents. Elle souhaite aussi proposer un marathon, des lectures communes et des rendez-vous comme…

– du lundi 11 mars au dimanche 17 mars (jour de la Saint-Patrick) : Irlande ;

– du 1er octobre au 15 novembre, avec le challenge Halloween de Lou et Hilde : escale au pays des contes fantastiques et des créatures inquiétantes (enfers, fantômes, mort et revenants au rendez-vous) ;

– en décembre : au pays des contes de Noël avec le challenge Christmas Time de MyaRosa ;

– et toute l’année, en cuisine avec les Gourmandises de Syl pour explorer la cuisine de conte de fées.

Exaltant, n’est-ce pas ? Vous comprenez pourquoi je m’inscris !

Viens, mon beau chat de Gaia Guasti

Viens, mon beau chat de Gaia Guasti.

Thierry Magnier, collection En voiture Simone !, mai 2018, 112 pages, 7,40 €, ISBN 979-10-352-0175-3.

Genres : littérature italienne, littérature jeunesse, fantastique.

Gaia Guasti naît en 1974 à Florence (Italie). En 1974, elle arrive à Paris (avec son chat) pour apprendre le français. En 1996, elle entre à l’École supérieure des métiers de l’image et du son et devient scénariste pour le cinéma. Elle est aussi autrice pour la jeunesse. Douze autres romans sont publiés chez Thierry Magnier, plus d’autres romans chez d’autres éditeurs (Milan…). Elle partage son temps entre la France et l’Italie.

« Viens, mon beau chat, viens sur mon cœur amoureux… » (p. 5, première phrase du roman). Le chat, c’est Bouillotte, un magnifique mâle roux qui vit chez les Marilac (Roger, Carmen, Flavie et Marius). Un jour alors que Flavie avait prévu de jouer avec son meilleur ami, Armand Pierlot, la grand-tante Clarisse – qui est par ailleurs propriétaire de l’appartement familial – lui offre « un bracelet ancien, un fil d’argent finement ciselé. […] un objet extrêmement précieux. » (p. 18). Mais Bouillotte s’enfuit par la fenêtre avec le bracelet autour du cou ! Flavie, son petit frère Marius, et Armand vont le poursuivre jusqu’à une maison bien étrange.

S’il n’y a pas de traduction pour Viens, mon beau chat, c’est que Gaia Guasti écrit en français et en italien. Une première version de ce roman, alors titré La dame aux chamélias, est déjà parue aux éditions Thierry Magnier en 2012 dans la collection Le feuilleton des incos.

Viens, mon beau chat est une jolie histoire fantastique qui ressemble à un conte avec plein de chats et une sorcière, en tout cas une vieille dame différente. C’est un hommage au poème Le chat de Charles Beaudelaire (in Les fleurs du mal, 1857) que vous pourrez lire ci-dessous. La couverture est superbe (avez-vous repéré tous les chats ?). L’histoire dans la maison magique de Marguerite fait un tout petit peu peur (pour les enfants, hein !, pas pour les adultes) mais elle est pleine de sagesse et de compassion, de mystère et de fantaisie.

Viens, mon beau chat, sur mon cœur amoureux ;
Retiens les griffes de ta patte,
Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux,
Mêlés de métal et d’agate.
Lorsque mes doigts caressent à loisir
Ta tête et ton dos élastique,
Et que ma main s’enivre du plaisir
De palper ton corps électrique,
Je vois ma femme en esprit. Son regard,
Comme le tien, aimable bête
Profond et froid, coupe et fend comme un dard,
Et, des pieds jusques à la tête,
Un air subtil, un dangereux parfum
                                                                 Nagent autour de son corps brun.

Une jolie lecture pour les challenges de l’épouvante (pour les jeunes lecteurs), de l’été, Jeunesse Young Adult, Littérature de l’imaginaire, Petit Bac 2018 (catégorie Animal), S4F3 #4, Voisins voisines (Italie) et le Défi littéraire de Madame lit (septembre est consacré à la littérature italienne).