Corée, une guerre sans fin (documentaire)

J’ai regardé ce documentaire en replay sur Arte. Regardez-le aussi avant qu’il ne disparaisse (apparemment il est disponible jusqu’au 17 juillet 2020) ou alors vous aurez accès à la VOD ou au visionnage en DVD.

Corée, une guerre sans fin est un documentaire français réalisé par John Magio en 2017 ; il dure 89 minutes.

La Corée ou Choson, « pays du matin calme », n’a malheureusement pas été si calme au XXe siècle.

Toutes les guerres sont horribles mais la guerre de Corée, pendant la guerre froide, a été vraiment horrible et de nombreux militaires et civils sont morts dont certains exécutés (j’ai pris quelques notes : 36 000 GI et plus de 2 millions de Coréens sont morts…).

En voyant ce documentaire, on comprend mieux la fascination du leader nord-coréen (des trois leaders qui se sont suivis en fait) pour le nucléaire et la haine envers les Américains. Et aussi une menace qui pèse sur le monde depuis des décennies (nucléaire mais pas seulement).

Août 1945 : avec la capitulation du Japon, les Japonais quittent la Corée après 40 ans d’occupation, ça c’est la bonne nouvelle pour les Coréens !

Mais… Truman, président des États-Unis, d’un côté et Staline, leader de l’Union Soviétique de l’autre, se partagent en 30 minutes la Corée : une ligne droite est tracée au 38e Parallèle ! Au nord, Staline (puis Mao) soutient Kim Il-sung et les communistes ; au sud, les États-Unis soutiennent le premier président de Corée du Sud « libre », Rhee Syngman. Tout le monde pense que cette séparation est temporaire et que le pays sera réunifié jusqu’à ce que les soldats nord-coréens passent la « frontière » et s’abattent trois jours après sur Séoul. Truman, toujours président des États-Unis et l’ONU sont d’accord pour lutter contre la propagation de l’idéologie communiste et aider les Sud-Coréens.

Bien sûr, certains vont critiquer l’ingérence américaine sauf que si un pays appelle à l’aide, c’est logique d’y aller, non ? Donc près de 250 000 soldats non seulement américains (dont le célèbre général Douglas MacArthur, héros de guerre, basé au Japon), mais aussi anglais, australiens, français et d’une douzaine d’autres pays sont envoyés par l’ONU en Corée du Sud. Les soldats nord-coréens bien équipés avec les chars soviétiques ont envahi le sud ; il ne reste plus qu’une petite portion dans le sud-est, Pusan (renommée Busan). La guerre dure de 1950 à 1953. En Corée du Nord, il est enseigné que ce sont les Américains qui ont enclenché cette guerre… Il n’y a pas eu de cessez-le-feu, la guerre n’est pas finie…

Je ne vous raconte pas tout, il faut voir ce documentaire exceptionnel, objectif, passionnant, avec des images d’archives inédites et des témoignages émouvants. Plus tard, des journalistes ont enquêté sur les massacres de civils (des soldats Nord-Coréens pouvaient se cacher parmi eux donc personne n’était épargné, c’était les ordres mais c’était un crime de guerre…), en particulier sur le massacre de No Gun Ri dont j’avais déjà entendu parler car j’avais acheté Massacre au pont de NoGunRi de Park Kun-woong paru au premier trimestre 2007 aux éditions Coconino Press – Vertige Graphic qui, je le crains, n’existent plus… Mais si je retrouve ce manwha, je le lirai pour le Challenge coréen.

Douze animaux en coréen

Cliquez sur l’image !

J’avais enregistré cette image sur le site Visit Korea en 2016 et je veux la partager avec vous. Ce site existe en plusieurs langues y compris le français et il est très utile si vous voulez visiter la Corée du Sud ou découvrir sa culture et la langue coréenne.

Ces douze animaux sont ceux qui se sont présentés devant Bouddha et qui font partie de la cosmogonie bouddhiste. L’animal de mon année de naissance est le cheval ; et pour vous ?

Et qui parmi vous étudie le coréen ?

Un billet pour le Challenge coréen bien sûr !

Les billes du Pachinko d’Elisa Shua Dusapin

Les billes du Pachinko d’Elisa Shua Dusapin.

Zoé, août 2018, 144 pages, 15,50 €, ISBN 978-2-88927-579-3.

Genre : littérature coréenne (franco-suisse).

Elisa Shua Dusapin naît en Corrèze en 1992 de mère sud-coréenne et de père français, ainsi elle grandit entre la Corée du Sud, la France et la Suisse où elle vit actuellement. Elle étudie les Lettres à l’université de Lausanne et les Arts à l’institut de Berne. Elle est comédienne et romancière. Elle coécrit un spectacle musical, M’sieur Boniface, et j’ai déjà lu son premier roman, Hiver à Sokcho.

Claire, 30 ans, a quitté Genève et son compagnon pour Tôkyô : elle a répondu à une annonce pour être répétitrice de français pendant l’été pour Mieko, une fillette de 10 ans à Tôkyô. « J’allais justement y passer le mois d’août auprès de mes grands-parents, en vu du voyage en Corée que nous avions prévu d’effectuer début septembre […]. » (p. 13). La grand-mère n’a plus toute sa tête mais le grand-père, 80 ans, tient encore le Pachinko Shiny dans le quartier de Nippori, un petit pachinko qu’il gère depuis plus de 50 ans, depuis leur arrivée au Japon, en 1952. Claire a prévu de voyager avec ses grands-parents en Corée pour qu’ils revoient enfin le pays de leur jeunesse mais… « Je les regarde, dépassée. Ils vivent cloîtrés dans le périmètre du Pachinko. Leur vie sociale se borne à l’échange de billes contre des babioles […]. Ils ne se mêlent pas à la communauté des Coréens du Japon, les Zaïnichis, déportés sous l’occupation japonaise ou exilés comme eux pour fuir la guerre de Corée. » (p. 35).

Que de souvenirs me sont apparus à la lecture de ce roman ! Nippori, la Yamanote line, Ueno avec son parc et son zoo, les Family Mart (magasins ouverts 7/7 jours et même pour certains 24/24 heures), les lutteurs de sumo, Miyajima… Mais je ne connais pas Shin-Okubo, le quartier coréen de Tôkyô, dommage.

Dans ce roman dépouillé, j’ai senti beaucoup de nostalgie et de tristesse… « À la séparation, le gouvernement japonais nous a autorisés à conserver l’identité coréenne, mais il fallait choisir entre le Nord et le Sud. […] On ne savait rien des raisons politiques, la guerre froide, la Russie, les États-Unis. Pour les Coréens du Japon, il n’y a jamais eu de Nord ni de Sud. Nous sommes tous des gens de Choson. Des gens d’un pays qui n’existe plus. » (p. 132). Mais « Il s’arrête. Puis il dit : – Il nous reste une langue. » (p. 132).

Un beau roman avec un message assez cruel pour les exilés… Notre pays, c’est le pays dans lequel on vit, quels que soient ses défauts et ses différences en particulier linguistiques et gastronomiques, quels que soient notre état d’esprit et notre chagrin, il faut s’y adapter, adopter sa langue, ses coutumes, le respecter et l’accepter, et finalement il n’est pas nécessaire de retourner dans le pays d’origine surtout si – comme ici la Corée du Sud qui est pourtant tout près – il a subi des transformations inimaginables depuis plus de 50 ans. C’est comme ça qu’ont vécu les grands-parents mais que transmettre aux enfants et aux petits-enfants quand le pays d’origine est occulté ?

Un beau roman donc, tout en finesse et en ambiance subtile et feutrée (même si je trouve qu’Elisa Shua Dusapin a un problème avec sa façon de décrire la nourriture !) mais, comme pour Hiver à Sokcho, j’ai cette impression d’inachevé et ça me dérange… Est-ce dû à un problème d’appartenance, de racines, à l’imagination sur les origines et le pays d’origine peu ou pas connu créant un fantasme somme toute loin de la réalité de ce pays… ? L’auteur, originaire de Corée, en vacances chez ses grands-parents au Japon lorsqu’elle était jeune, ayant reçu une éducation européenne en France et en Suisse, se pose des questions et c’est tout à fait normal mais, tout en aimant ses grands-parents, elle ne les connaît pas, ne les comprend pas, elle est dépassée et noue en fait une relation plus proche avec Mieko, petite japonaise de 10 ans qui apprend le français car sa mère, la quarantaine, est professeur de français.

Un deuxième roman pour les lecteurs curieux et pour ceux qui ont aimé Hiver à Sokcho.

J’ai lu ce roman il y a déjà un moment mais, comme je n’avais toujours pas publié ma note de lecture, j’en profite pour la mettre maintenant dans le Challenge coréen mais aussi dans Un mois au Japon puisque le roman s’y déroule.

Comme il y a un problème d’intégration de vidéos depuis quelques semaines…, voici le lien sur lequel vous pourrez écouter Elisa Shua Dusapin. https://youtu.be/Vck4861UdHk

Challenge coréen 2020-2021

Suite au semi-fiasco de mon Challenge coréen (pour des problèmes de santé, de séparation et de déménagement, en 2016, ça faisait beaucoup à gérer !), je suis ravie de voir que Cristie – du blog Depuis le cadre de ma fenêtre – crée un nouveau Challenge coréen, qui durera du 21 avril 2020 au 21 avril 2021.

Ce challenge est consacré à la culture coréenne du sud et du nord et Cristie nous dit : « Ainsi, l’idée est de répertorier une liste d’articles qui peuvent parler de tradition, de littérature, de bande dessinée (les manwhas), de cinéma, de séries coréennes (des dramas), de film d’animation ou court métrage, de musique, de vie quotidienne, de gastronomie, de lieux… ».

Infos, logo et inscription chez Cristie.

Cristie a créé 4 catégories :
Visiteur = de 1 à 5 articles,
Voyageur = de 6 à 12 articles,
Explorateur = de 13 à 20 articles,
Amoureux(se) = plus de 20 articles.

Mes billets pour ce challenge

1. Trois jours en automne de Pak Wan-seo (Atelier des cahiers, 2016)

2. Les billes du Pachinko d’Elisa Shua Dusapin (Zoé, 2018)

3. ABC… K – Seoul de A à Z de Seutépanie Lapointe (Seusolo, 2015)

4. Douze animaux en coréen (billet culture)

5. Cette nuit-là de Kim Sum (Jentayu, nouvelle)

Catégorie Visiteur honorée 🙂

6. Corée, une guerre sans fin, documentaire réalisé par John Magio (Arte, 2017)

7. Le rire de 17 personnes, anthologie de nouvelles contemporaines nord-coréennes de collectif (Actes Sud, 2016, Corée du Nord)

La langue et le couteau de KWON Jeong-hyun

La langue et le couteau de KWON Jeong-hyun.

Philippe Picquier, septembre 2019, 304 pages, 20 €, ISBN 978-2-8097-1437-1. Kalgwa hyeo (2017) est traduit du coréen par LIM Yeong-hee avec la collaboration de Lucie Modde.

Genres : littérature sud-coréenne, roman historique, roman culinaire.

KWON Jeong-hyun… Très peu d’infos sur ce jeune auteur coréen. Il naît en 1970 à Cheongju (sud-est de Séoul). La langue et le couteau est son premier roman traduit en français mais est-ce son premier roman ? Il a en tout cas reçu le Prix Honbul en 2017 (prix créé en 2011 pour récompenser les jeunes auteurs talentueux qui deviendront les grands auteurs de demain).

Yamada Otozô, originaire de Kumamoto (Japon), est le commandant de l’armée du Guandong. « Avant d’être enrôlé de force dans l’armée, j’étais un homme ordinaire qui enseignait la poésie et la littérature. » (p. 21). Le couteau le symbolise.

Wang Chen, Yi du Guangzi (Chine) est cuisinier ; il a hérité ce don de son père, né et mort dans des circonstances tragiques. « Mon père était le meilleur second de cuisine de l’hôtel de la Rivière des Perles à Canton. J’ai appris à cuisiner avec lui. Je vous en prie, épargnez-moi. » (p. 32). La langue le symbolise.

Il y a un troisième personnage narrateur puisque les personnages parlent à tour de rôle. C’est Kilsun, une jeune Coréenne de 22 ans qui a quitté Chongjin (Corée donc, avant la séparation) pour rejoindre son frère malgré ce qu’il lui a fait subir… Elle est l’épouse de Chen.

La langue et le couteau est donc un roman choral, genre que je n’apprécie pas spécialement mais trois personnages, ça me convient, c’est très bien. Il y a aussi Puyi (le dernier empereur de Chine) et sa suite qui sont assignés à résidence dans un palais. Puisque nous sommes au Mandchoukouo en 1945, la Mandchourie sous occupation japonaise.

Soupçonné d’activités complotistes, Chen est arrêté et, s’il veut échapper à une exécution, il doit relever le défi d’Otozô : un couteau, un ingrédient, une minute ! « Je regarde mon champignon les yeux dans les yeux. Tout aliment, qu’il soit vivant ou mort, légume ou produit de la mer, a des yeux. Mon père disait souvent que pour bien cuisiner, il fallait maîtriser les yeux du produit. Dominer le produit est le seul moyen de lui donner goût et parfum. C’est uniquement quand il s’abandonne entièrement au couteau qui le hache qu’il peut accepter le feu, l’huile, les sauces et les mains du cuisinier, puis renaître sous une nouvelle forme. » (p. 54). Otozô à Chen : « Ta vie ne dépend pas de moi mais uniquement de ta cuisine. » (p. 74).

Vous l’avez compris, La langue et le couteau est un roman historique mettant principalement en confrontation deux hommes, un Japonais et un Chinois, dans une région qui leur est finalement inconnue à tous deux (la Mandchourie), mais c’est aussi – et surtout – un roman culinaire avec la confrontation entre deux cuisines, la japonaise et la chinoise (qui ne sont pas semblables, contrairement à ce que certaines personnes pourraient penser). Je ne me suis pas vraiment régaler au niveau gastronomique malgré le raffinement de la cuisine de Chen (trop de poissons, de viandes…), par contre je me suis régalée au niveau littéraire et historique ! En Mandchourie, vivent des Chinois, des Japonais et des Coréens et les trois populations sont représentées dans ce roman à travers, en particulier, Chen, Otozô et Kilsun. Mais il y a aussi des bruits d’une autre guerre : les Russes se seraient déployés à Vladivostok et à Khabarovsk et « L’armée soviétique compterait un million cinq cent mille… » (p. 187) alors que « L’armée du Guandong compte à peine un million de soldats inexpérimentés. » (p. 187).

D’ailleurs, les enjeux de cette année 1945 sont aussi politiques car la Fête de Banjin va avoir lieu (mi-août !) et les Japonais veulent asseoir leur autorité (même si la majorité se doutent que la guerre va bientôt finir et qu’ils devront fuir, s’il est possible pour des soldats japonais de fuir !) : « Le banquet doit durer deux jours. On a beau parler de l’union des cinq ethnies, les Mandchous qui sont les acteurs principaux de cette fête, semblent complètement laissés de côté. L’événement se déroule à l’initiative du gouvernement mandchou mais est sous le contrôle de l’armée du Guandong. Du temps où les Qing étaient étaient encore puissants, toutes sortes de manifestations culturelles traditionnelles avaient lieu : course de chevaux, tir à l’arc, lutte, etc. Pour cette édition, rien de tel ne semble avoir été programmé. La fête est simplement le moyen de s’attirer les faveurs des représentants étrangers et des officiers japonais […]. » (p. 142). Et si Chen profitait de ce banquet pour empoisonner les hauts-gradés de la table d’honneur ?

Trois extraits que je veux garder

« La Mandchourie ne montre pas son vrai visage aux étrangers. Elle s’enfonce dans ses blessures et y reste blottie très profondément. De l’extérieur, ses plaies semblent cicatriser et devenir supportables ; parfois elles sont sacrifiées au nom de l’espoir. » (Kilsun, p. 82).

« Manger est pour moi le meilleur moyen d’oublier, pour quelques instants, cette guerre et la charge qui est la mienne. Je ne manque pas de discuter avec Shigeo des plats qu’il m’apporte. La cuisine nous sauvera peut-être. » (Otozô, p. 111).

« Certes, je suis sous le joug d’Otozô qui me commande des plats précis, mais le goût ne sert jamais qu’à flatter le palais ; il ne peut servir à dominer quoi que ce soit d’autre. S’il lui permet d’oublier sa peur, il ne changera pas l’Histoire. Ces maudits Japonais auraient dû se contenter de manger et de se faire plaisir plutôt que de critiquer la cuisine chinoise. Ils en paieront le prix, et leurs langues les premières. Leur fin est proche. » (Chen, p. 216).

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce beau roman dramatique car l’auteur a un style imagé et j’ai appris pas mal de choses. J’ai aimé l’acharnement à vivre de Chen et le fin gourmet qu’est Otozô (Kilsun est un peu moins présente mais elle est en lien avec la lutte anti-japonaise et les communistes à travers son frère en particulier). Le fait que les prénoms des personnages soient utilisés, Chen, Otozô, Kilsun, plutôt que leurs nom de famille (ce qui est plus habituel en Asie), fait que le lecteur se sent plus proche d’eux et les comprend mieux même si leur univers lui est inconnu.

C’est la première lecture que je vais déposer dans le Hanbo(o)k Club, groupe FB consacré à la littérature coréenne (et, par extension, à la littérature asiatique).

Je le mets aussi dans les challenges 1 % Rentrée littéraire 2019, Des livres (et des écrans) en cuisine 2020 et Petit Bac 2020 (pour la catégorie « Objet » avec couteau).

Séoul zone interdite de JUNG Myeong-seop

Séoul zone interdite de JUNG Myeong-seop.

Decrescenzo, janvier 2018, 218 pages, 18 €, ISBN 978-2-36727-049-4. Pyeswaeguyeok Seoul (2012) est traduit du coréen par HWANG Jihae et Julien Paolucci.

Genres : littérature coréenne, science-fiction, post-apocalyptique.

JUNG Myeong-seop… Je n’ai rien trouvé de précis donc voici ce qu’en dit l’éditeur : « est un jeune auteur coréen qui cultive un goût pour la littérature policière et de science-fiction. À travers la description de Séoul détruite et envahie par les zombies, l’auteur nous propose une vision sombre de la société future. ». Séoul zone interdite est son premier roman traduit en français et, pour découvrir son univers, vous pouvez lire une interview sur Keulmadang (excellent site consacré à la littérature coréenne).

Mars 2022. En Corée du Nord, la population a faim mais les émeutes sont violemment réprimées par le président Kim Jong-un qui ne veut pas perdre le pouvoir et qui appelle à l’aide la Chine. Mais « une faction de l’armée nord-coréenne s’insurge contre la présence de troupes étrangères sur son sol » (p. 8). Avril 2022. Un missile nucléaire nord-coréen explose sur Séoul (en Corée du Sud) : il y a des millions de morts et de blessés. « Mais l’horreur ne faisait que commencer. Quelques heures après le bombardement, les mort ont rouvert les yeux, et se sont jetés sur les survivants avec une agressivité extrême. On a d’abord parlé d’« infectés » puis de « zombies ». L’armée fut rapidement submergée par leur nombre. […]. » (p. 9). Séoul devient « Zone interdite » ! Dix ans après, des mercenaires, surnommés les « chasseurs de trésors » entrent illégalement dans la zone malgré le « haut rempart de béton bardé de barbelés électrifiés et de dispositifs anti-intrusion pour récupérer les objets personnels que les rescapés avaient laissés dans leur fuite. » (p. 9). Hyunjun est un de ces chasseurs de trésors lourdement armés. Lors d’une mission, il voit une fillette de dix ans et il en a la preuve puisqu’il l’a filmée avec la caméra de son casque ! Y aurait-il encore des survivants dans la zone ?

Eh bien, j’espère que les Nord-Coréens n’enverront pas de bombes nucléaires car je ne sais pas ce qu’ils mettraient dedans mais le résultat ne sera pas beau à voir ! L’objectif de l’auteur, dans ce roman post-apocalyptique (et pas dystopique comme je l’ai lu quelque part), était de déposséder les Sud-Coréens de leur capitale bien-aimée, Séoul (un quart des Sud-Coréens vit à Séoul). Ainsi, les zombies n’ont pas envahi le pays, pourchassant les survivants pour les dévorer, ces derniers se repliant – comme on le voit généralement – dans des enclaves où ils sont plus ou moins en sécurité ; au contraire, ce sont les zombies qui « vivent » enfermés dans Séoul, devenue une zone dangereuse subissant les effets de l’explosion nucléaire (quoique l’auteur ne s’attarde pas sur les retombées nucléaires dix ans après), et les Coréens sont protégés par un immense mur électrifié qui entoure la capitale contaminée. La vie a repris son cours, après l’horreur, différemment au niveau social et économique (il y a même des Nord-Coréens qui vivent au Sud, on les reconnaît à leur façon de parler) mais il faut bien continuer à vivre, travailler et pourquoi pas fonder une famille. La résilience, la bravoure, le travail, les missions à accomplir sont mis à l’honneur : ces notions ne sont pas exclusivement coréennes mais elles sont traitées de façon coréenne ce qui fait en partie l’originalité du roman.

En fait, avant d’avoir lu l’interview (citée et linkée plus haut), j’avais bien remarqué que l’auteur était fortement influencé par la culture populaire occidentale, en particulier tout ce qui est aventures action (les différentes missions dans la zone interdite et le « bouquet final ») et par les films américains de zombies. Et je me visualisais très bien cette histoire très violente au cinéma d’autant plus que j’ai déjà vu Dernier train pour Busan ! (부산행 Boo-san-haeng, un film d’horreur de Yeon Sang-ho sorti en 2016.). Mais Jung Myeong-seop n’écrit pas comme un Américain ou un Européen, il écrit et pense comme un Coréen et son roman est un des premiers romans de science-fiction coréens traduit en français, une curiosité donc ! Et puis, malgré la destruction de Séoul, le lecteur « vadrouille » dans les hauts lieux touristiques de la capitale et aimerait finalement les visiter en vrai avant leur éventuelle destruction…

J’ai repéré quelques fautes comme « Nous avons eu beau le supplié à genoux » page 65 (supplier) ou « Je retire la tête de la fenêtre et me fait tout petit » page 132 (fais) ou encore « Il a regrdé la fenêtre brisée » page 172 (regardé) : des détails me direz-vous (quoique les deux fautes de grammaire…) mais moi, s’il y a une faute, je ne peux pas m’en empêcher, je la vois !!!

Mais Decrescenzo est – et restera – un éditeur que j’aime : cette « petite » maison d’éditions publie uniquement de la littérature coréenne, c’est un pari osé en France où ce pays et cette littérature sont peu connus (moins que la Chine et le Japon en tout cas) mais c’est justement un bel objectif littéraire et culturel et, au vu de toutes les parutions depuis sa création en 2012, le pari est réussi !

Alors, c’est sûr que si vous n’aimez pas du tout la violence et les zombies, ce roman n’est peut-être pas fait pour vous… Mais pourquoi pas, pour découvrir une autre culture, pour comprendre les dessous d’une guerre – même si elle est éclair (euh, sans jeu de mot) – et les dessous de la politique et de la corruption (le roman touche à l’actualité récente du pays en fait). Ou bien, vous pouvez piocher dans les autres titres du catalogue 😉

Une lecture originale pour les Challenge de l’épouvante, Challenge de l’été, Challenge Chaud Cacao, Littérature de l’imaginaire, Petit Bac 2018 (catégorie Lieu), Raconte-moi l’Asie #3, Rentrée littéraire janvier 2018, S3F4 #4 et Lire sous la contrainte (« tout au féminin »).

Hiver à Sokcho d’Elisa Shua Dusapin

CoreeLogo2Avant la fin de l’année, je voudrais parler de deux ou trois trucs coréens avant que le Challenge coréen ne se termine (le 31 décembre).

Voici déjà une lecture :

hiversokchoHiver à Sokcho d’Elisa Shua Dusapin.

Zoé, août 2016, 140 pages, 15,50 €, ISBN 978-2-88927-341-6. Prix Robert Walser 2016.

Genres : premier roman, littérature coréenne (franco-suisse).

Elisa Shua Dusapin naît en 1992 de mère sud-coréenne et de père français, ainsi elle grandit entre la Corée du Sud, la France et la Suisse où elle vit actuellement. Elle est comédienne et étudiante en Lettres à l’université de Lausanne. Elle a coécrit un spectacle musical, M’sieur Boniface, et Hiver à Sokcho est son premier roman.

rentreelitteraire2016Une jeune Coréenne travaille dans l’hôtel du vieux Park depuis un mois : elle accueille les clients et fait les repas pour la pension. Arrive un Français, Yan Kerrand. Elle, qui vit seule avec sa mère, sait qu’elle a un père français qu’elle n’a jamais connu, elle a étudié la littérature coréenne et française mais elle est trop intimidée pour parler le français. « Il est arrivé dans un manteau de laine. Sa valise à mes pieds, il a retiré son bonnet. Visage occidental. Yeux sombres. Cheveux peignés sur le côté. Son regard m’a traversée sans me voir. » (p. 5, premières phrases du roman). Sokcho, une petite ville à 60 km de la Corée du Nord, est une station balnéaire et en janvier, il n’y a pas grand monde. Il vient de Normandie, elle a lu Maupassant ; il est dessinateur de bandes dessinées et a besoin de calme. « L’ultime et dixième tome de sa série la plus connue sortirait dans le courant de l’année suivante. À travers les commentaires des lecteurs et des critiques, j’ai compris qu’il s’agissait de l’histoire d’un archéologue qui parcourait le monde. Chaque album, un autre endroit, un voyage dans un lavis d’encre sans couleurs. Peu de mots, pas de dialogues. Un homme solitaire. » (p. 39). Mais arriveront-ils à communiquer ? Au même moment, Jun-Oh, le petit ami de la jeune Coréenne, part pour la capitale, il veut devenir mannequin.

DefiPremierRoman2016Les phrases sont souvent courtes, parfois juste un groupe de mots, sans verbe, ce n’est pas le genre de littérature que je préfère mais ce style correspond parfaitement à l’ambiance que l’auteur a voulu donner à son roman, froid, glacial même (j’avais froid rien que de lire les mots !). « Suintant l’hiver et le poisson, Sokcho attendait. Sokcho ne faisait qu’attendre. Les touristes, les bateaux, les hommes, le retour du printemps. » (p. 76). La ville attend mais la jeune Coréenne qu’attend-elle, que va-t-elle faire de sa vie ? Il y a aussi de belles virées dans le centre ville, dans le no man’s land entre le Sud et le Nord, dans la réserve naturelle de Seoraksan. L’auteur s’attache au travail d’imagination et de création, les décors, les détails, le personnage et la femme que Yan cherche, ce que cherche un auteur, « Une histoire qui ne se terminerait jamais. Qui raconterait tout. Elle serait comprise de tous. Une fable. Une fable absolue. » (p. 104). Et c’est bien là le problème : pudeur, froideur même, incompréhension entre deux mondes tellement différents… Hiver à Sokcho est un joli premier joli roman, agréable à lire, je dirais même maîtrisé au niveau du style et du choix des mots, mais les personnages s’effacent devant la ville, l’ambiance, la nourriture, les odeurs, et j’ai comme une sensation d’inachevé…RaconteMoiAsie2

Une lecture que je mets dans les challenges 1 % rentrée littéraire 2016, Défi Premier roman 2016 et Raconte-moi l’Asie.

Des livres en cuisine – spécial Corée

CoreeLogo2Bon, je reviendrai sur le Challenge coréen qui a bien démarré (tout le monde est motivé au début) et dont je n’ai malheureusement pas bien pu m’occuper à cause de différents problèmes personnels depuis le début de l’année… (dont j’ai déjà un peu parlé ici, ici et ici).

Heureusement, pour relancer la machine, Bidib – du blog Ma petite médiathèque – propose un « partenariat gourmand » avec Des livres en cuisine. Merci Bidib d’avoir pensé à ce partenariat ! C’est « un événement interblog créé l’année dernière » et l’objectif est, pendant le mois de novembre, de parler de gastronomie et de recettes par les livres de cuisine [billet de Bidib].

des-livres-en-cuisine-bidib

Il sera donc question dans ce partenariat gourmand de parler de livres de recettes coréennes mais aussi de BD, manhwa, romans, pièces de théâtre, poésie, etc. dans lesquels apparaissent des recettes coréennes. « Faites-vous plaisir et étonnez-nous ! », nous dit Bidib. 😉

Pour ceux qui sont vraiment très gourmands, il y a deux autres partenariats gourmands : un avec le challenge Il viaggio organisé par Eimelle et donc l’Italie, un avec le challenge Je lis aussi des albums organisé par Sophie Hérisson (lecture d’albums illustrés), et des challenges gloutons (je vous laisse consulter tout ça chez Bidib).

Je peux vous dire que la cuisine coréenne et délicieuse, les thés coréens aussi, alors lancez-vous !

Avec Galleane, c’est lundi, que lisez-vous ? [254]

C’est la quatrième fois que je participe à cet événement hebdomadaire qui en est à sa 254e édition [lien] mais ça fait 6 semaines que je n’ai pas participé… Alors je redonne les instructions ! « C’est lundi, que lisez-vous ? » est tout simple : il suffit de dire ce que l’on a lu, ce qu’on est en train de lire et ce qu’on va lire. Il est organisé par Galleane du Blog de Galleane qui a pris la relève de Mallou (qui s’était inspirée de « It’s Monday, what are you reading ? » de Book Journey).

C-est-lundi-que-lisez-vous-galleane

Ce que j’ai lu : l’excellent recueil de poésie coréenne illustré L’ombre du vide de Park Ynhui pour le Challenge coréen [lien] et le joli premier roman Kuessipan de Naomi Fontaine pour Québec en novembre [lien].

Ce que je lis : je vais terminer La fille aux sept noms de Hyeonseo Lee, un bon roman issu d’une histoire vraie, un témoignage en fait.

Ce que je vais lire : alors là, j’ai le choix, entre les livres reçus pour le Challenge coréen [lien], les premiers romans de la rentrée littéraire 2015 reçus pour 68 premières fois [lien] et tant d’autres… !

J’ai laissé passer plusieurs événements (comme l’hommage à Henning Mankell le 5 novembre par exemple), marathons, journées, etc. parce que j’ai été débordée et que finalement, j’ai peu lu…

Et vous que lisez-vous ? Bonne semaine et à une prochaine fois !

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Challenge coréen, le blog et les logos

Première bonne nouvelle ! Le blog dédié au Challenge coréen est créé ! Allez vite sur https://challengecoreen.wordpress.com/ ! Pour l’instant, j’ai reblogué le billet de présentation paru le 8 août [lien] et j’ai écrit un À propos [lien]. Le groupe FB [lien] commence à se remplir, merci aux membres pour leur motivation, leurs infos (la plus importante étant que la Corée sera l’invitée du Salon du livre de Paris en 2016), leurs interventions, leurs premiers billets, etc.

CoreeBlog

Deuxième bonne nouvelle ! Il y aura des partenariats – merci déjà à Franck des éditions Decrescenzo [lien] –, des livres qui vont circuler, des lectures communes, etc., et toute idée est la bienvenue !

Troisième bonne nouvelle ! Les logos sont prêts ! J’en voulais pour tous les goûts, c’est-à-dire de plusieurs couleurs et de plusieurs thèmes. Par contre, j’ai utilisé la même police pour le texte : Yu Gothic UI. Les images utilisées sont bien sûr libres de droit. Vous pouvez créer d’autres logos si vous le souhaitez mais assurez-vous que les images soient libres ou vous appartiennent.

Voilà, bon challenge et bonne découverte de la Corée !

CoreeLogo1

Source : drapeau coréen