Trois contes coréens

Trois contes coréens découverts en juin grâce à un membre du Hanb(o)ok Club sur FB.

Le tigre et le kaki séché sur KBS World. Un énorme tigre qui vit dans la montagne décide de descendre au village pour manger. Un cochon ou un veau ou même un humain. « Il était tellement féroce que même son ombre faisait trembler de peur toutes les autres créatures. » Mais un kaki séché va tout changer !

Frère Lune et Sœur Soleil sur KBS World. « C’est mon dernier. Je t’ai donné tout ce que j’avais. Maintenant, laisse-moi rentrer chez moi ! ». Une femme pauvre est dévorée par un tigre qui a déjà mangé tous ses gâteaux de riz. Maintenant ses deux enfants, un garçon et une fille, doivent échapper au tigre mais comment ?…

Deux bons frères sur KBS World. Comment deux frères, bien qu’orphelins, vivent heureux car ils s’aiment et s’entraident sans rien demander en échange. « Toi en premier ! » « Non, toi d’abord ! ».

Les illustrations sont ⓒ YEOWON MEDIA HANKOOK GARDNER CO. LTD.

Depuis que j’ai lus ces contes (mi-juin), KBS World en a rajouté d’autres dans sa rubrique Il était une fois, profitez-en !

Pour le Challenge coréen #2, Challenge de l’été #2 (Corée du Sud), Contes et légendes #3, Jeunesse young adult #10 et Les textes courts.

PS : s’il n’y a pas de bande dessinée aujourd’hui, c’est parce que La BD de la semaine est en pause en juillet-août mais je publierai tout de même quelques notes de lectures de bandes dessinées pour garder le rythme.

Challenge coréen #2

Une très bonne nouvelle alors que le Challenge coréen s’est terminé hier : Cristie crée le Challenge coréen #2 qui dure du 21 avril 2021 au 21 avril 2022. Bien sûr, je rempile car j’ai encore beaucoup de littérature coréenne et de manhwas à lire et j’ai très envie de (re)voir des films coréens à défaut de dramas (séries coréennes, beaucoup sont historiques ou dramatiques) malheureusement pas diffusés en France.

Logo, infos et inscription chez Cristie.

Le challenge commence pour tous avec la catégorie Débutant, c’est-à-dire un billet (autre que le billet de présentation) et ensuite les paliers augmentent de 5 en 5 :
Palier 1 = j’ai atteint 5 billets, je deviens Visiteur,
Palier 2 = j’ai atteint 10 billets, je deviens Voyageur,
Palier 3 = j’ai atteint 15 billets, je deviens Explorateur,
Palier 4 = j’ai atteint 20 billets, je deviens Amoureux,
Palier 5 = j’ai atteint 25 billets, je deviens Passionné.

Mes billets pour ce challenge

1. Mémoires du masque (3 tomes) de Kim Jung-Han (Asuka, 2004-2005, Corée du Sud)

2. Avant de partir de Mi-Jin Jung et Ja-Seon Gu (Sarbacane, 2019, Corée du Sud)

3. Trois contes coréens : Le tigre et le kaki séché, Frère Lune et Sœur Soleil, Deux bons frères (KBS World, Corée du Sud)

La remontrance du tigre de Park Ji-won

La remontrance du tigre – Histoires excentriques du Pavillon du Jade de Park Ji-won.

Decrescenzo, collection Microfictions, avril 2017, 192 pages, 16 €, ISBN 978-2-36727-057-9. Banggyeong-gak oejeon (XVIIIe siècle) est traduit du coréen par Cho Eun-ra et Stéphane Blois (Prix Daesan de la traduction 2018).

Genres : littérature coréenne, nouvelles, classique.

Park Ji-won naît le 5 février 1737 (période Joseon). Il est nouvelliste (en fait le terme nouvelle n’est pas utilisé, c’est plutôt le terme histoire qui est mis en avant), poète, philosophe et homme politique. Il se marie à 16 ans et étudie auprès d’un philosophe. Il fait partie du courant de pensée silhak (oserais-je dire que ce sont les Lumières du XVIIIe siècle coréen ?). Son œuvre (à l’époque écrite en chinois) ne plaît pas au roi et aux élites (un genre de Voltaire coréen !), il est donc censuré et sa carrière s’arrête en 1792. Il meurt le 20 octobre 1805. Il est traduit pour la première fois en français.

L’histoire des maquignons de chevaux (12 pages) – « On suspend toujours un rideau au-dessus des marionnettes lors d’une représentation afin de dissimuler les fils utilisés pour leur manipulation. » (p. 16). L’auteur est surnommé le « Maître des Traits d’humour ».

L’histoire de Sieur Yedeok « Vertu de l’ordure » (10 pages) – Le Vieil Eom, surnommé Sieur Yedeok par Maître Seongyul est vidangeur, il procède à « la collecte et le transport de toutes les matières fécales produites dans le voisinage. » (p. 26). Serait-il impur alors qu’il fait un excellent travail et œuvre pour le bien de tous avec de l’engrais ?

L’histoire de Min l’Ancien (18 pages) – « Un ami me parla d’un personnage remarquable nommé Min l’Ancien. […] chanteur accompli […] il excellait aussi en l’art de rapporter des récits. » (p. 38-39) et pourtant « Les récits de Min l’Ancien paraissaient déroutants et incohérents. Néanmoins, tout ce qu’il disait était sensé et chargé d’ironie. » (p. 46).

L’histoire de Gwang-mun le mendiant (8 pages + 6 pages) – Ce mendiant est lui aussi un homme pauvre mais intelligent et vertueux. « […] puisque je suis si laid, je ne dois pas supposer qu’une femme puisse être attirée par moi. » (p. 58). Cette histoire est double car il y a une suite en postface.

L’histoire du yangban lettré (10 pages) – Un yangban est un noble lettré mais celui-ci est très pauvre et, ne pouvant remboursé ses dettes, est emprisonné… Le riche homme du village, ravi, veut lui racheter son titre. « Lors de nos rencontres, je me retrouve à m’incliner et à faire mes révérences, tout pétri de respect, comme je le ferais devant un haut-dignitaire. […] Ces occasions ont été nombreuses et profondément humiliantes. » (p. 69). Mais le statut de yangban n’est pas du tout ce qu’il pensait… Une de mes trois histoires préférées.

L’histoire de Kim l’Immortel taoïste (10 pages) – Après avoir donné un fils à son épouse, le jeune Kim Hong-gi part en pèlerinage. Il devient Kim l’Immortel taoïste. Le narrateur qui souffre « d’accès fréquents de mélancolie » (p. 79) charge ses serviteurs d’une mission mais Kim l’Immortel est introuvable…

L’histoire du poète U-sang (20 pages) – U-sang est poète et « traducteur en écriture chinoise » (p. 90). Il fait partie de la délégation coréenne qui va saluer le nouveau Shogun au Japon. Les échanges se faisaient en écriture chinoise (les prononciations coréenne et japonaise étant différentes) et en poésie. Mais lorsqu’il tombe malade, encore jeune, il brûle pratiquement tous ses écrits (son épouse a pu en sauver quelques-uns). « Qui à l’avenir pourrait comprendre ces écrits ? » (p. 99). Les Coréens voyaient les Japonais laids et barbares, je pense que les Japonais voyaient les Coréens de la même façon… Une de mes trois histoires préférées.

La remontrance du tigre (20 pages) – L’auteur dit qu’il a trouvé cette histoire en Chine et qu’il l’a complétée pour qu’elle soit compréhensible. Le tigre a faim et ses chang (fantômes de ses précédentes proies) le conseillent pour son prochain repas, un docteur, une chamane, un lettré confucéen mais rien ne lui fait envie… « Une telle nourriture sera coriace et étrange. Elle ne passera pas en douceur et sera cause d’indigestion ou de nausée. » (p. 112). Y aurait-il « plus de sagesse dans la nature du tigre que dans celle des humains ? » (p. 116). Une de mes trois histoires préférées avec mon passage préféré. « Et pourtant, ces armes ne sont pas même les plus cruelles. L’homme arrache de soyeux poils et les colle ensemble au bout d’une ante pour en faire un objet en pointe. […] On trempe son extrémité dans le fluide noir du calamar et il se meut aussi bien horizontalement que verticalement. Il a la souplesse d’une javeline mais peut être aussi acéré qu’un couteau, aussi tranchant qu’un rasoir. Son bout peut être fendu comme une lance à double pointe, ou aussi droit qu’une flèche. Il peut également tendu comme un arc. S’il fait usage de cette arme, des hordes de fantômes geindront dans la nuit. Oh ! la cruauté de ces hommes qui s’entre-dévorent. Aucun autre animal n’en vient à de pareilles extrémités. » (p. 121). Voici donc la sagesse du tigre, la pire arme est celle que les humains utilisent pour écrire et ça me plaît que le titre ait été choisi pour ce recueil parce que ça met en valeur le travail d’écriture de l’auteur et les messages qu’il veut porter auprès des lecteurs.

L’histoire de Heo Saeng (24 pages) – Heo Saeng souhaite réussir un concours de fonctionnaire mais sur les 10 ans d’études, il lui en reste 3 et son épouse est mécontente de leur pauvre budget. « Tu ne peux être artisan ni marchand, alors pourquoi ne pas te faire brigand ? » (p. 129). Il quitte son épouse, emprunte dix mille nyang à monsieur Byeong, l’homme le plus riche du quartier, qu’il ne connaît même pas et monte une affaire. L’histoire est surprenante puisqu’il crée, de façon tout à fait honnête, une île utopique avec d’anciens brigands à qui il a demandé de se ranger. Il démontre que des hommes de valeur mais pauvres ne réussissent jamais le concours et ne peuvent servir leur pays alors qu’ils ont des capacités.

L’histoire d’une femme vertueuse de Hamyang, née Pak (10 pages) – Une femme doit fidélité à son mari même en cas de veuvage. Il y a donc de nombreux cas de suicide ce qui est très bien considéré par les familles. « Voilà une fidélité hautement vertueuse, mais ne peut-on pas la considérer quelque peu excessive ? » (p. 153). En fait, la vie de la femme n’est que sacrifice, même si on appelle ça la vertu et je pense qu’il est rare qu’un homme s’intéresse à la condition des femmes veuves surtout au XVIIIe siècle.

Après le Mooc XVIIIe siècle, le combat des Lumières (février-mars), j’étais ravie de lire ce livre d’un auteur coréen du XVIIIe siècle ! Et je remercie Cristie, l’organisatrice du Challenge coréen, et Decrescenzo éditeurs car j’ai reçu ce livre dans le cadre du challenge. Je l’ai choisi librement sur le site de l’éditeur, j’avoue que c’est la couverture qui m’a d’abord attirée et ensuite le genre (nouvelles) et le fait que ce soit un classique.

10 histoires (jeon) donc, 10 nouvelles qui racontent la vie d’hommes pauvres mais méritants, 10 nouvelles écrites au XVIIIe siècle en Corée par un grand écrivain qui était aussi philosophe, homme politique et artiste (calligraphie, peinture). « Le jeon désignait un récit relativement court en prose dépourvu de descriptions sinon sommaires, écrit dans l’intention de transmettre, sous certaines restrictions idéologiques, de manière plutôt linéaire et à travers quelques anecdotes seulement, jugées significatives, l’histoire de la vie d’un individu considéré exemplaire à quelque titre, et ce dans une optique didactique sinon édifiante. » explique la présentation (p. 8). J’avais déjà remarqué, dans Le rire de 17 personnes, anthologie de nouvelles contemporaines nord-coréennes, que les nouvelles étaient construites différemment en Corée qu’en Europe (où le texte me semble plus incisif et où il y a une chute) mais ces histoires peuvent être édifiantes, enrichissantes voire surprenantes pour les lecteurs occidentaux. J’ai bien aimé un certain humour, les extraits de poésie et le fait que l’auteur s’adresse parfois aux lecteurs mais je pense n’avoir pas percuté à toutes les références historiques et culturelles. Il y a heureusement dans ce recueil de nombreuses explications – à mon avis indispensables – présentation et note liminaire (au début de livre), notes (en bas de pages), répertoire, carte du Joseon (nom ancien de la Corée), notice biographique et bibliographie (en fin de volume). Je vous ai donné mes trois histoires préférées mais ne pensez pas que les autres sont moindres.

Une belle lecture que je ne peux que vous conseiller – si vous vous intéressez à l’histoire, à la culture et à la littérature coréennes – et que je mets bien sûr dans le Challenge coréen mais aussi dans 2021, cette année sera classique, Challenge lecture 2021 (catégorie 19, un recueil de nouvelles), Petit Bac 2021 (catégorie Animal), Projet Ombre 2021 et Les textes courts.

East Asia Digital Library Collection

East Asia Digital Library (EADL), c’est la Bibliothèque Numérique d’Asie de l’Est. En effet, la National Diet Library (Japon) et la National Library of Korea (Corée) ont créé conjointement ce portail culturel unique et libre de droits.

Un beau rapprochement entre les deux pays, pour partager à la consultation des documents et archives (par ordre chronologique ou par sujet) en japonais, en coréen, en chinois (les deux pays utilisant par le passé le chinois) et… en anglais. Histoire, faune et flore, médecine, bouddhisme, correspondances, Arts (dessins, peintures, calligraphies), romans, etc., de précieux documents qui datent d’entre 500 et 2000.

Allez vite consulter les collections coréenne et japonaise sur l’EADL !

Conférence sur la cuisine coréenne

Une conférence du 2 novembre 2020 par Jean-Yves Ruaux, journaliste et professeur à Busan (en Corée du Sud) et à Rennes (en France) offerte par le Centre culturel coréen de Paris et visible sur YouTube.

Vous voulez tout savoir sur le kimchi, le bibimpap, les nouilles, les fêtes coréennes, etc. ? Cette conférence d’environ 35 minutes – présentée avec humour – est faite pour vous ! Mais attention, elle donne faim !!! En tout cas, elle m’a donné faim, sauf pour les viandes et poissons crus… Mais le soir, chez moi, c’est soupe… Cependant soupe avec du chou donc c’est presque kimchi 😛

J’ai aimé :

– les références légendaires (Tangun, ail), historiques (avec la Chine, le Japon, l’Inde, l’Asie centrale), littéraires (Kim Ae-Ran), artistiques (estampes) et même érotiques : il conseille Aubergines magiques, contes érotiques de Corée de Li Jin-Mieung et Maurice Coyaud (couverture ci-contre) ;

– les comparaisons avec les cuisines chinoise et japonaise, au niveau des aliments (échanges, influences, différences) mais aussi de la vaisselle (par exemple bols de riz différents, baguettes différentes en métal et pas en bois) ;

– les objectifs de la cuisine coréenne : être bon, faire du bien et mettre en harmonie avec l’univers, la nature et les saisons, avec les aliments indispensables : le chou (kimchi), le riz, l’ail, le piment.

Je précise que j’ai déjà mangé coréen : trois (ou quatre) fois dans un restaurant coréen tenu par des Coréens (qui a malheureusement fermé) et une fois dans un restaurant coréen au Japon, et c’était très très bon, excellent même.

Jean-Yves Ruaux m’a fait rire lorsqu’il a dit que la Corée, c’est la Bretagne de l’Extrême-Orient.

Un billet que je mets dans le Challenge coréen et Des livres (et des écrans) en cuisine 2020.

Corée, une guerre sans fin (documentaire)

J’ai regardé ce documentaire en replay sur Arte. Regardez-le aussi avant qu’il ne disparaisse (apparemment il est disponible jusqu’au 17 juillet 2020) ou alors vous aurez accès à la VOD ou au visionnage en DVD.

Corée, une guerre sans fin est un documentaire français réalisé par John Magio en 2017 ; il dure 89 minutes.

La Corée ou Choson, « pays du matin calme », n’a malheureusement pas été si calme au XXe siècle.

Toutes les guerres sont horribles mais la guerre de Corée, pendant la guerre froide, a été vraiment horrible et de nombreux militaires et civils sont morts dont certains exécutés (j’ai pris quelques notes : 36 000 GI et plus de 2 millions de Coréens sont morts…).

En voyant ce documentaire, on comprend mieux la fascination du leader nord-coréen (des trois leaders qui se sont suivis en fait) pour le nucléaire et la haine envers les Américains. Et aussi une menace qui pèse sur le monde depuis des décennies (nucléaire mais pas seulement).

Août 1945 : avec la capitulation du Japon, les Japonais quittent la Corée après 40 ans d’occupation, ça c’est la bonne nouvelle pour les Coréens !

Mais… Truman, président des États-Unis, d’un côté et Staline, leader de l’Union Soviétique de l’autre, se partagent en 30 minutes la Corée : une ligne droite est tracée au 38e Parallèle ! Au nord, Staline (puis Mao) soutient Kim Il-sung et les communistes ; au sud, les États-Unis soutiennent le premier président de Corée du Sud « libre », Rhee Syngman. Tout le monde pense que cette séparation est temporaire et que le pays sera réunifié jusqu’à ce que les soldats nord-coréens passent la « frontière » et s’abattent trois jours après sur Séoul. Truman, toujours président des États-Unis et l’ONU sont d’accord pour lutter contre la propagation de l’idéologie communiste et aider les Sud-Coréens.

Bien sûr, certains vont critiquer l’ingérence américaine sauf que si un pays appelle à l’aide, c’est logique d’y aller, non ? Donc près de 250 000 soldats non seulement américains (dont le célèbre général Douglas MacArthur, héros de guerre, basé au Japon), mais aussi anglais, australiens, français et d’une douzaine d’autres pays sont envoyés par l’ONU en Corée du Sud. Les soldats nord-coréens bien équipés avec les chars soviétiques ont envahi le sud ; il ne reste plus qu’une petite portion dans le sud-est, Pusan (renommée Busan). La guerre dure de 1950 à 1953. En Corée du Nord, il est enseigné que ce sont les Américains qui ont enclenché cette guerre… Il n’y a pas eu de cessez-le-feu, la guerre n’est pas finie…

Je ne vous raconte pas tout, il faut voir ce documentaire exceptionnel, objectif, passionnant, avec des images d’archives inédites et des témoignages émouvants. Plus tard, des journalistes ont enquêté sur les massacres de civils (des soldats Nord-Coréens pouvaient se cacher parmi eux donc personne n’était épargné, c’était les ordres mais c’était un crime de guerre…), en particulier sur le massacre de No Gun Ri dont j’avais déjà entendu parler car j’avais acheté Massacre au pont de NoGunRi de Park Kun-woong paru au premier trimestre 2007 aux éditions Coconino Press – Vertige Graphic qui, je le crains, n’existent plus… Mais si je retrouve ce manwha, je le lirai pour le Challenge coréen.

Douze animaux en coréen

Cliquez sur l’image !

J’avais enregistré cette image sur le site Visit Korea en 2016 et je veux la partager avec vous. Ce site existe en plusieurs langues y compris le français et il est très utile si vous voulez visiter la Corée du Sud ou découvrir sa culture et la langue coréenne.

Ces douze animaux sont ceux qui se sont présentés devant Bouddha et qui font partie de la cosmogonie bouddhiste. L’animal de mon année de naissance est le cheval ; et pour vous ?

Et qui parmi vous étudie le coréen ?

Un billet pour le Challenge coréen bien sûr !

Les billes du Pachinko d’Elisa Shua Dusapin

Les billes du Pachinko d’Elisa Shua Dusapin.

Zoé, août 2018, 144 pages, 15,50 €, ISBN 978-2-88927-579-3.

Genre : littérature coréenne (franco-suisse).

Elisa Shua Dusapin naît en Corrèze en 1992 de mère sud-coréenne et de père français, ainsi elle grandit entre la Corée du Sud, la France et la Suisse où elle vit actuellement. Elle étudie les Lettres à l’université de Lausanne et les Arts à l’institut de Berne. Elle est comédienne et romancière. Elle coécrit un spectacle musical, M’sieur Boniface, et j’ai déjà lu son premier roman, Hiver à Sokcho.

Claire, 30 ans, a quitté Genève et son compagnon pour Tôkyô : elle a répondu à une annonce pour être répétitrice de français pendant l’été pour Mieko, une fillette de 10 ans à Tôkyô. « J’allais justement y passer le mois d’août auprès de mes grands-parents, en vu du voyage en Corée que nous avions prévu d’effectuer début septembre […]. » (p. 13). La grand-mère n’a plus toute sa tête mais le grand-père, 80 ans, tient encore le Pachinko Shiny dans le quartier de Nippori, un petit pachinko qu’il gère depuis plus de 50 ans, depuis leur arrivée au Japon, en 1952. Claire a prévu de voyager avec ses grands-parents en Corée pour qu’ils revoient enfin le pays de leur jeunesse mais… « Je les regarde, dépassée. Ils vivent cloîtrés dans le périmètre du Pachinko. Leur vie sociale se borne à l’échange de billes contre des babioles […]. Ils ne se mêlent pas à la communauté des Coréens du Japon, les Zaïnichis, déportés sous l’occupation japonaise ou exilés comme eux pour fuir la guerre de Corée. » (p. 35).

Que de souvenirs me sont apparus à la lecture de ce roman ! Nippori, la Yamanote line, Ueno avec son parc et son zoo, les Family Mart (magasins ouverts 7/7 jours et même pour certains 24/24 heures), les lutteurs de sumo, Miyajima… Mais je ne connais pas Shin-Okubo, le quartier coréen de Tôkyô, dommage.

Dans ce roman dépouillé, j’ai senti beaucoup de nostalgie et de tristesse… « À la séparation, le gouvernement japonais nous a autorisés à conserver l’identité coréenne, mais il fallait choisir entre le Nord et le Sud. […] On ne savait rien des raisons politiques, la guerre froide, la Russie, les États-Unis. Pour les Coréens du Japon, il n’y a jamais eu de Nord ni de Sud. Nous sommes tous des gens de Choson. Des gens d’un pays qui n’existe plus. » (p. 132). Mais « Il s’arrête. Puis il dit : – Il nous reste une langue. » (p. 132).

Un beau roman avec un message assez cruel pour les exilés… Notre pays, c’est le pays dans lequel on vit, quels que soient ses défauts et ses différences en particulier linguistiques et gastronomiques, quels que soient notre état d’esprit et notre chagrin, il faut s’y adapter, adopter sa langue, ses coutumes, le respecter et l’accepter, et finalement il n’est pas nécessaire de retourner dans le pays d’origine surtout si – comme ici la Corée du Sud qui est pourtant tout près – il a subi des transformations inimaginables depuis plus de 50 ans. C’est comme ça qu’ont vécu les grands-parents mais que transmettre aux enfants et aux petits-enfants quand le pays d’origine est occulté ?

Un beau roman donc, tout en finesse et en ambiance subtile et feutrée (même si je trouve qu’Elisa Shua Dusapin a un problème avec sa façon de décrire la nourriture !) mais, comme pour Hiver à Sokcho, j’ai cette impression d’inachevé et ça me dérange… Est-ce dû à un problème d’appartenance, de racines, à l’imagination sur les origines et le pays d’origine peu ou pas connu créant un fantasme somme toute loin de la réalité de ce pays… ? L’auteur, originaire de Corée, en vacances chez ses grands-parents au Japon lorsqu’elle était jeune, ayant reçu une éducation européenne en France et en Suisse, se pose des questions et c’est tout à fait normal mais, tout en aimant ses grands-parents, elle ne les connaît pas, ne les comprend pas, elle est dépassée et noue en fait une relation plus proche avec Mieko, petite japonaise de 10 ans qui apprend le français car sa mère, la quarantaine, est professeur de français.

Un deuxième roman pour les lecteurs curieux et pour ceux qui ont aimé Hiver à Sokcho.

J’ai lu ce roman il y a déjà un moment mais, comme je n’avais toujours pas publié ma note de lecture, j’en profite pour la mettre maintenant dans le Challenge coréen mais aussi dans Un mois au Japon puisque le roman s’y déroule.

Comme il y a un problème d’intégration de vidéos depuis quelques semaines…, voici le lien sur lequel vous pourrez écouter Elisa Shua Dusapin. https://youtu.be/Vck4861UdHk

Challenge coréen 2020-2021

Suite au semi-fiasco de mon Challenge coréen (pour des problèmes de santé, de séparation et de déménagement, en 2016, ça faisait beaucoup à gérer !), je suis ravie de voir que Cristie – du blog Depuis le cadre de ma fenêtre – crée un nouveau Challenge coréen, qui durera du 21 avril 2020 au 21 avril 2021.

Ce challenge est consacré à la culture coréenne du sud et du nord et Cristie nous dit : « Ainsi, l’idée est de répertorier une liste d’articles qui peuvent parler de tradition, de littérature, de bande dessinée (les manwhas), de cinéma, de séries coréennes (des dramas), de film d’animation ou court métrage, de musique, de vie quotidienne, de gastronomie, de lieux… ».

Infos, logo et inscription chez Cristie.

Cristie a créé 4 catégories :
Visiteur = de 1 à 5 articles,
Voyageur = de 6 à 12 articles,
Explorateur = de 13 à 20 articles,
Amoureux(se) = plus de 20 articles.

Mes billets pour ce challenge

1. Trois jours en automne de Pak Wan-seo (Atelier des cahiers, 2016)

2. Les billes du Pachinko d’Elisa Shua Dusapin (Zoé, 2018)

3. ABC… K – Seoul de A à Z de Seutépanie Lapointe (Seusolo, 2015)

4. Douze animaux en coréen (billet culturel)

5. Cette nuit-là de Kim Sum (Jentayu, nouvelle)

Catégorie Visiteur honorée 🙂

6. Corée, une guerre sans fin, documentaire réalisé par John Magio (Arte, 2017)

7. Le rire de 17 personnes, anthologie de nouvelles contemporaines nord-coréennes de collectif (Actes Sud, 2016, Corée du Nord)

8. Kim Jiyoung, née en 1982 de Cho Nam-joo (NiL, 2020)

9. Conférence sur la cuisine coréenne par Jean-Yves Ruaux

10. Festival Corée d’ici 2020 (festival franco-coréen)

11. La douce main du temps de Kim Kwang-kyu (L’Amandier, 2013, poésie)

12. East Asia Digital Library Collection (EADL), Bibliothèque Numérique d’Asie de l’Est (Corée et Japon)

Catégorie Voyageur honorée 🙂

13. La remontrance du tigre – Histoires excentriques du Pavillon du Jade de Park Ji-won (Decrescenzo, 2017, nouvelles du XVIIIe siècle)

La langue et le couteau de KWON Jeong-hyun

La langue et le couteau de KWON Jeong-hyun.

Philippe Picquier, septembre 2019, 304 pages, 20 €, ISBN 978-2-8097-1437-1. Kalgwa hyeo (2017) est traduit du coréen par LIM Yeong-hee avec la collaboration de Lucie Modde.

Genres : littérature sud-coréenne, roman historique, roman culinaire.

KWON Jeong-hyun… Très peu d’infos sur ce jeune auteur coréen. Il naît en 1970 à Cheongju (sud-est de Séoul). La langue et le couteau est son premier roman traduit en français mais est-ce son premier roman ? Il a en tout cas reçu le Prix Honbul en 2017 (prix créé en 2011 pour récompenser les jeunes auteurs talentueux qui deviendront les grands auteurs de demain).

Yamada Otozô, originaire de Kumamoto (Japon), est le commandant de l’armée du Guandong. « Avant d’être enrôlé de force dans l’armée, j’étais un homme ordinaire qui enseignait la poésie et la littérature. » (p. 21). Le couteau le symbolise.

Wang Chen, Yi du Guangzi (Chine) est cuisinier ; il a hérité ce don de son père, né et mort dans des circonstances tragiques. « Mon père était le meilleur second de cuisine de l’hôtel de la Rivière des Perles à Canton. J’ai appris à cuisiner avec lui. Je vous en prie, épargnez-moi. » (p. 32). La langue le symbolise.

Il y a un troisième personnage narrateur puisque les personnages parlent à tour de rôle. C’est Kilsun, une jeune Coréenne de 22 ans qui a quitté Chongjin (Corée donc, avant la séparation) pour rejoindre son frère malgré ce qu’il lui a fait subir… Elle est l’épouse de Chen.

La langue et le couteau est donc un roman choral, genre que je n’apprécie pas spécialement mais trois personnages, ça me convient, c’est très bien. Il y a aussi Puyi (le dernier empereur de Chine) et sa suite qui sont assignés à résidence dans un palais. Puisque nous sommes au Mandchoukouo en 1945, la Mandchourie sous occupation japonaise.

Soupçonné d’activités complotistes, Chen est arrêté et, s’il veut échapper à une exécution, il doit relever le défi d’Otozô : un couteau, un ingrédient, une minute ! « Je regarde mon champignon les yeux dans les yeux. Tout aliment, qu’il soit vivant ou mort, légume ou produit de la mer, a des yeux. Mon père disait souvent que pour bien cuisiner, il fallait maîtriser les yeux du produit. Dominer le produit est le seul moyen de lui donner goût et parfum. C’est uniquement quand il s’abandonne entièrement au couteau qui le hache qu’il peut accepter le feu, l’huile, les sauces et les mains du cuisinier, puis renaître sous une nouvelle forme. » (p. 54). Otozô à Chen : « Ta vie ne dépend pas de moi mais uniquement de ta cuisine. » (p. 74).

Vous l’avez compris, La langue et le couteau est un roman historique mettant principalement en confrontation deux hommes, un Japonais et un Chinois, dans une région qui leur est finalement inconnue à tous deux (la Mandchourie), mais c’est aussi – et surtout – un roman culinaire avec la confrontation entre deux cuisines, la japonaise et la chinoise (qui ne sont pas semblables, contrairement à ce que certaines personnes pourraient penser). Je ne me suis pas vraiment régaler au niveau gastronomique malgré le raffinement de la cuisine de Chen (trop de poissons, de viandes…), par contre je me suis régalée au niveau littéraire et historique ! En Mandchourie, vivent des Chinois, des Japonais et des Coréens et les trois populations sont représentées dans ce roman à travers, en particulier, Chen, Otozô et Kilsun. Mais il y a aussi des bruits d’une autre guerre : les Russes se seraient déployés à Vladivostok et à Khabarovsk et « L’armée soviétique compterait un million cinq cent mille… » (p. 187) alors que « L’armée du Guandong compte à peine un million de soldats inexpérimentés. » (p. 187).

D’ailleurs, les enjeux de cette année 1945 sont aussi politiques car la Fête de Banjin va avoir lieu (mi-août !) et les Japonais veulent asseoir leur autorité (même si la majorité se doutent que la guerre va bientôt finir et qu’ils devront fuir, s’il est possible pour des soldats japonais de fuir !) : « Le banquet doit durer deux jours. On a beau parler de l’union des cinq ethnies, les Mandchous qui sont les acteurs principaux de cette fête, semblent complètement laissés de côté. L’événement se déroule à l’initiative du gouvernement mandchou mais est sous le contrôle de l’armée du Guandong. Du temps où les Qing étaient étaient encore puissants, toutes sortes de manifestations culturelles traditionnelles avaient lieu : course de chevaux, tir à l’arc, lutte, etc. Pour cette édition, rien de tel ne semble avoir été programmé. La fête est simplement le moyen de s’attirer les faveurs des représentants étrangers et des officiers japonais […]. » (p. 142). Et si Chen profitait de ce banquet pour empoisonner les hauts-gradés de la table d’honneur ?

Trois extraits que je veux garder

« La Mandchourie ne montre pas son vrai visage aux étrangers. Elle s’enfonce dans ses blessures et y reste blottie très profondément. De l’extérieur, ses plaies semblent cicatriser et devenir supportables ; parfois elles sont sacrifiées au nom de l’espoir. » (Kilsun, p. 82).

« Manger est pour moi le meilleur moyen d’oublier, pour quelques instants, cette guerre et la charge qui est la mienne. Je ne manque pas de discuter avec Shigeo des plats qu’il m’apporte. La cuisine nous sauvera peut-être. » (Otozô, p. 111).

« Certes, je suis sous le joug d’Otozô qui me commande des plats précis, mais le goût ne sert jamais qu’à flatter le palais ; il ne peut servir à dominer quoi que ce soit d’autre. S’il lui permet d’oublier sa peur, il ne changera pas l’Histoire. Ces maudits Japonais auraient dû se contenter de manger et de se faire plaisir plutôt que de critiquer la cuisine chinoise. Ils en paieront le prix, et leurs langues les premières. Leur fin est proche. » (Chen, p. 216).

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce beau roman dramatique car l’auteur a un style imagé et j’ai appris pas mal de choses. J’ai aimé l’acharnement à vivre de Chen et le fin gourmet qu’est Otozô (Kilsun est un peu moins présente mais elle est en lien avec la lutte anti-japonaise et les communistes à travers son frère en particulier). Le fait que les prénoms des personnages soient utilisés, Chen, Otozô, Kilsun, plutôt que leurs nom de famille (ce qui est plus habituel en Asie), fait que le lecteur se sent plus proche d’eux et les comprend mieux même si leur univers lui est inconnu.

C’est la première lecture que je vais déposer dans le Hanbo(o)k Club, groupe FB consacré à la littérature coréenne (et, par extension, à la littérature asiatique).

Je le mets aussi dans les challenges 1 % Rentrée littéraire 2019, Des livres (et des écrans) en cuisine 2020 et Petit Bac 2020 (pour la catégorie « Objet » avec couteau).