Ça n’arrivera pas de Nicolas Beuglet

Ça n’arrivera pas de Nicolas Beuglet.

XO, novembre 2020, 33 pages, uniquement en numérique.

Genres : science-fiction, nouvelle.

J’ai découvert Nicolas Beuglet à l’automne 2019 avec la première enquête de Sarah Geringën, une inspectrice d’Oslo en Norvège. J’ai lu les trois tomes à la suite : Le cri, Complot, L’île du Diable. Je les ai beaucoup aimés et je souhaiterais lire son premier roman, Le premier crâne, malheureusement introuvable… Son nouveau roman, Le dernier message, avec une nouvelle enquêtrice écossaise, Grace Campbell, est paru en septembre 2020 et je l’emprunterai à la bibliothèque. En attendant, l’auteur propose une nouvelle (merci à l’auteur et à l’éditeur pour cette nouvelle disponible librement dans plusieurs formats).

Et voici ce qu’en dit l’éditeur : « Et si on se projetait en 2022 ? Qu’en sera-t-il de la pandémie, du vaccin, des restrictions de liberté ? Dans cette fiction, Nicolas Beuglet déroule le scénario qu’il redoute. Histoire, dit-il, d’éveiller les esprits… Glaçant. »

Vendredi 20 mai 2022. Jean Cassini, écrivain, va au supermarché et sa fille Maïa, adolescente, lui pose cette question, déchirante : « Tu crois qu’un jour, tout redeviendra comme avant ? » (p. 6). C’est que, en 2020, Jean avait dit à sa fille « Ça n’arrivera pas. » (p. 6) mais… Maïa n’est pas vaccinée donc elle n’a pas le droit d’aller au lycée, elle doit rester chez elle, et ses amis vaccinés ne veulent pas venir la voir parce que « le vaccin n’est pas efficace à cent pour cent, alors on ne sait jamais… » (p. 7).

Le vaccin, Covax, n’étant efficace qu’à 70 % en moyenne, la population, y compris les vaccinés, est obligée de porter un masque et de respecter la distanciation sociale. De plus, le taux de contamination est passé au-dessus de 25 % ! Alors à quoi sert le vaccin ?

L’Union européenne doit mettre en place sur l’intégralité des résidents un « système d’identification électronique plus communément appelé (e-ID) » (p. 11). Cette identification électronique est mondiale et l’Europe a du retard… On y vient à ça, peut-être pas en 2022 mais c’est sûr qu’avec les nouvelles technologies, on y vient ! En tout cas, dans la nouvelle, la population est constamment surveillée y compris les vaccinés (caméras, téléphones, alertes, restrictions de sortie…).

Mais pour ceux qui ne sont pas vaccinés (542 000 personnes en Europe sur 443 millions d’habitants), comment ignorer « les regards de reproche ou parfois même de pitié de ses concitoyens » (p. 15) ?

Et à ceux qui se posent des questions pour le futur, il y a toujours quelqu’un qui rétorque « Tu sais bien que ça n’arrivera pas. » (p. 20). En Chine oui (avec le crédit social). « Mais en France dans le pays des droits de l’homme […]. » (p. 21). En sommes-nous si sûrs ? Allons-nous devoir renoncer à une partie de nos libertés ? Allons-nous nous habituer pour notre sécurité, pour l’économie ?

Voilà le monde que l’auteur imagine, pire qu’il craint de voir arriver. Parce que ce coronavirus, les masques, les contrôles, ce n’est pas de la fiction, nous sommes en plein dedans ! Le problème est : jusqu’où cela ira-t-il ? Cela peut aller très loin vu les sources (reconnaissance faciale, identité numérique…) que l’auteur cite à la fin (p. 33) et cette anticipation peut très bien ne pas être fictive du tout ! Avec cette question (que nous n’aurons peut-être plus le droit de poser un jour) : faut-il – à cause du principe de précaution dont nous entendons beaucoup parler – préférer la sécurité à la liberté ? Et, si nous réfléchissons bien : cette histoire se déroule sur une journée, une seule journée durant laquelle tout peut basculer.

Durant le premier confinement, j’avais lu Contagions de Paolo Giodano, disponible en ligne, un des premiers livres parus sur le coronavirus et qui permettait de comprendre mieux ce qui arrivait dans le monde. Avec cette nouvelle, le lecteur est projeté dans un futur (proche) fort possible et fort effrayant. Quant à la couverture, elle est toute simple mais vraiment bien pensée.

Tout le monde peut lire cette nouvelle qui fait froid dans le dos (en cliquant sur XO).

Je mets cette lecture dans le Challenge du confinement (case Nouvelle), Littérature de l’imaginaire #8 et Maki Project.

Alors que je termine ma note de lecture – samedi soir 20 h 45 – le journal sur Arte commence et j’apprends une info : 400 000 morts en Europe (au moment où vous lisez, le nombre est bien sûr supérieur) et moins de 10 minutes après, une autre info : le laboratoire états-uniens Gilead a vendu à l’Europe son vaccin (remdesivir) pour des millions d’euros mais il n’est pas efficace ! Vous ne trouvez pas que Gilead ressemble à Galead de The Handmaid’s Tale ?

Contagions de Paolo Giordano

Contagions de Paolo Giordano.

Seuil, collection Littérature étrangère, mai 2020, 64 pages, 9,50 €, ISBN 978-2-02146-576-1. Nel contagio (2020) est traduit de l’italien par Nathalie Bauer. À noter que ce livre est, pour le moment, en ligne, sur le site du Seuil, mais sa parution est annoncée pour le 28 mai 2020.

Genres : littérature italienne, essai.

Paolo Giordano naît le 19 décembre 1982 à Turin (Italie). Il est docteur en physique théorique ; il est aussi romancier : La solitude des nombres premiers (2008) et Le corps humain (2013).

Vous l’avez compris, ce livre parle de la pandémie de coronavirus (CoV-2) que nous vivons actuellement et je remercie Martine d’en avoir parlé sur FB ce qui m’a permis d’aller sur le site du Seuil et de le lire en ligne.

« Ce que nous traversons possède un caractère supra-identitaire et supra-culturel. La contagion est à la mesure du monde d’aujourd’hui, global, interconnecté, inextricable. » (p. 7).

Rendez-vous annulés ou repoussés, pratiquement tout fermé… « J’ai échoué dans un espace vide inattendu. » (p. 7) et « J’ai décidé d’employer ce vide à écrire. » (p. 8).

L’auteur fait appel aux mathématiques (simplement, je vous rassure) et, en courts chapitres, ordonne ses pensées pour ne pas oublier cette période de réactions en chaîne de la contagion de la maladie appelée Covid19.

« Pour le virus, l’humanité entière se partage en trois groupes : les Susceptibles, c’est-à-dire tout ceux qu’il pourrait encore contaminer ; les Infectés, c’est-à-dire ceux qu’il a déjà contaminés ; et les Rejetés, ceux qu’il ne peut plus contaminer. Susceptibles, Infectés, Rejetés : SIR. » (p. 11-12).

Sacrifices, patience, prudence, solitude… qui peuvent entraîner souffrances et rébellion, mais pourquoi pas aussi la réflexion et la sagesse.

« Dans la contagion, nous sommes tous libres et assignés à résidence. » (p. 25).

Un des passages importants est, à mon avis, celui où il explique pourquoi comment toute l’humanité est concernée, « la totalité des êtres humains » (p. 32), et qu’il y a des Ultra-susceptibles partout dans le monde.

Mais, à propos de ces nouveaux coronavirus, et si les coupables, c’était nous ? Urbanisme, déforestation, extinction d’espèces… L’auteur évoque l’hypothèse que des micro-organismes aient besoin de se réfugier ailleurs, de s’installer chez nous, les humains, qui sommes si nombreux, si réceptifs et si vulnérables !

« On en a le vertige. Un enchaînement meurtrier de causes et d’effets. » (p. 45).

L’auteur pense que ce genre de pandémies reviendra et surtout reviendra de plus en plus souvent. Je n’ai pas les connaissances scientifiques adéquates mais c’est ce que je pense aussi.

« Parmi les maladies qui pourraient bénéficier du climate change figurent, en dehors d’Ebola, la malaria, la dengue, le choléra, la maladie de Lyme, le virus du Nil occidental et même la diarrhée […]. Le monde s’apprête à se conchier. » (p. 48).

Mon avis : une chose est sûre, c’est que nous, les citoyens qui respectons le confinement, qui ne sortons pas ou très peu pour des choses indispensables, nous avons perdu le contrôle de nos vies… Mais ce qu’il y a de bien, c’est que nous avons repris le contrôle, chez nous, avec des activités que nous avions oubliées ou que nous n’avions pas le temps de pratiquer (cuisiner, lire, faire du rangement, regarder des films, des séries, écouter de la musique, faire des puzzles, tricoter, broder, coudre, dessiner, étudier, méditer, etc.) bref, utiliser notre temps intelligemment (bon, peut-être pas pour tout le monde, mais en majorité, j’espère).

« Cette crise est en étroite relation avec le temps. Avec notre façon d’organiser, de tordre, de subir le temps. Nous sommes à la merci d’une force microscopique qui a l’arrogance de prendre des décisions à notre place. » (p. 60-61).

Dans cet essai, rédigé entre mi-février et mi-mars 2020, l’auteur met les mots sur certaines choses, c’est ça qui est primordial (j’emprunte le mot de Martine qui a écrit que cette lecture est « essentielle »), et sans être moralisateur, il nous demande de réfléchir à cette situation et de penser différemment. Une lecture intéressante que je n’aurais pas eu sans le post de Martine (merci pour l’info !).

C’est le dernier livre lu en avril 2020 et je posterai ma note de lecture pour le Mois italien en mai.