La jongleuse de Jessica Knossow

La jongleuse de Jessica Knossow.

Denoël, avril 2021, 128 pages, 14 €, ISBN 978-2-20716-100-5.

Genres : littérature française, premier roman.

Jessica Knossow a 35 ans, elle vit à Paris où elle est médecin et La jongleuse est son premier roman.

Ophélie et Vincent forment un jeune couple heureux. Arrive Emma puis trois ans après Manon. « Deux fleurs aux pétales blonds poussent, grandissent comme du lierre sur un mus fissuré. Elles s’entortillent autour du tuteur maternel, modèle parfait qui a déjà atteint le ciel. » (p. 13).

Mais, alors qu’Emma fête ses 6 ans (et donc que Manon en a 3), Ophélie rêve d’un 3e enfant, pire cette idée devient une obsession. « Ophélie vient de fêter ses 35 ans. Les quelques semaines qui ont précédé son anniversaire ont vu germer l’idée d’un 3e enfant. Idée subtile, amusante, passagère. Idée absurde, déraisonnable, extravagante. Idée essentielle, vitale. Idée obsessionnelle. Elle veut un dernier enfant. Elle aura un dernier enfant. Une ultime renaissance. Remonter le temps, encore une fois, jusqu’à l’an zéro de sa dernière vie. » (p. 14).

Au bout de plusieurs mois infructueux, Jules arrive. « Pour Ophélie, l’amour est immédiat, et tellement fort qu’il lui fait mal. » (p. 15).

Au moment où Ophélie reprend le travail, elle prend la parole dans le roman (chapitre en italique).

« Ophélie Mercier reprend ses fonctions de praticien hospitalier dans l’unité de jour de cancérologie de l’hôpital Saint-Louis. » (p. 21). Mais tout a changé dans l’hôpital, des travaux ont été effectués et elle se perd, le professeur va prendre sa retraite et un nouveau collègue, Alexis, risque de récupérer le poste universitaire qu’elle espérait…

Alors que « Vincent vit une paternalité simple, joyeuse. » (p. 27), Ophélie a besoin de repères, de livres, d’avis de professionnels, de concepts, de théories, son obsession étant d’être une bonne mère et de toujours bien faire.

Après Noël (où on apprend des choses sur l’enfance et les parents d’Ophélie), Ophélie demande à sa mère – à la surprise de Vincent : « Maman ? Tu viens habiter chez nous ? Je ne m’en sors pas toute seule. » (p. 43).

Après un prologue, l’histoire se raconte mensuellement, de novembre à mars de l’année suivante, de façon classique (un narrateur extérieur raconte) puis Ophélie prend chaque fois la parole pour donner son ressenti, exprimer l’amour qu’elle ressent pour ses enfants et expliquer les problèmes qu’elle rencontre. C’est qu’il est bien plus compliqué qu’elle ne le pensait de concilier la vie professionnelle en médecine, l’épouse amante et la mère de trois jeunes enfants. « Si elle n’avance pas sur ses projets de recherche, Alexis obtiendra le poste universitaire, et un jour il sera son chef. » (p. 52). Jongler, elle doit jongler mais combien de temps pourra-t-elle tenir le rythme ?

De plus en plus, Ophélie perd pieds, elle ne dort plus, elle ne gère plus. « Jules pleure, je pleure. Manon a faim, j’ai faim. Emma rit, je ris. Mon empathie, condition de leur survie, est absolue. Impossible de la réguler, je ne m’appartient plus. » (p. 87).

La fin est surprenante et, en même temps, tellement évidente ! Pas un coup de cœur mais ce roman m’a bien plu car ce sujet est peu traité en littérature de fiction.

Pour le Challenge lecture 2021 (catégorie 15, un livre féministe, 4e billet).

Le jardin de Hye-young Pyun

Le jardin de Hye-young Pyun.

Rivages, collection Noir, octobre 2019, 160 pages, 21 €, ISBN 978-2-7436-4872-5. The Hole (2017) est traduit du coréen par Yeong-hee Kim et Lucie Modde.

Genres : littérature sud-coréenne, roman noir, thriller.

Hye-young Pyun 편혜영 naît en 1972 à Séoul (Corée du Sud). Elle étudie l’écriture créative et la littérature coréenne à l’université Yedae de Séoul et sa première nouvelle, Essuyer la rosée, est récompensée en 2000. D’autres nouvelles reçoivent également un prix ainsi que Le jardin (Prix Shirley Jackson en 2017). Elle est autrice (nouvelles, novellas, romans). Cendres et rouge (2010) est publié chez Philippe Picquier en 2012.

« Ogui ouvre lentement les yeux. Tout est blanchâtre autour de lui. Une lumière l’éblouit. Il ferme les yeux et les rouvre. Ça lui coût une peu. Il est rassuré, il sent qu’il est en vie. » (p. 7). En effet, Ogui est à l’hôpital, il se réveille après un long coma et ne sait pas où est son épouse. Pourtant le couple vient d’acheter une maison, il est professeur universitaire, elle est journaliste. « Comment la vie peut-elle changer du tout au tout aussi rapidement ? Comment peut-elle s’effondrer, se briser en mille morceaux et disparaître dans le néant ? » (p. 23).

Sa belle-mère lui rend visite tous les jours mais il ne peut pas communiquer sauf en clignant de l’œil pour dire oui. Après plusieurs mois de rééducation, il se sent déprimé… « Il s’est beaucoup investi dans sa rééducation, mais aucune fonction physique n’est revenue. » (p. 37).

Lorsqu’Ogui retourne dans sa maison, huit mois après, elle est réaménagée, avec un lit spécial, des appareils de rééducation, une infirmière à domicile, un kiné… Sa belle-mère s’occupe de tout et paye tout. C’est un peu bizarre, non ? En tout cas, elle décide de s’occuper du jardin. « Le jardin est sens dessus dessous. Comment a-t-il pu devenir une telle jungle en huit mois ? » (p. 56). Or son épouse avait une obsession pour le jardinage et ça le dérangeait.

De son côté, Ogui qui n’a rien à faire, pense et se souvient, son enfance, sa mère morte, son père plus que distant, ses études, sa rencontre avec son épouse, ses études, son métier de professeur de géographie… mais « Sa femme lui manque. Elle lui manque terriblement. » (p. 73).

Mais revenons au jardin puisque c’est le titre. Sa belle-mère y creuse un trou énorme… Le voisinage s’interroge. Veut-elle planter un arbre ? Elle dit que c’est pour créer un étang… Oqui est inquiet. « Lui qui pensait avoir connu beaucoup d’épreuves, il pressent aujourd’hui que beaucoup d’autres l’attendent. Et que les souffrances passées ne sont rien à côté de celles à venir. » (p. 101). Et il a bien raison !

Ce roman est comparé à Misery de Stephen King. Construit comme un thriller psychologique, il fait effectivement froid dans le dos ! Le suspense s’installe peu à peu jusqu’à la chute. Mais le récit, bien loin du classique états-unien, est très coréen, très troublant, donc totalement différent c’est pourquoi il est à découvrir absolument !

Pour le Challenge coréen #2 et Polar et thriller 2021-2022.

Ils l’ont lu : Alex, Alice, Dasola, Ingannmic, Lune, Richard, entre autres.

Quand nous nous réveillerons d’entre les morts de Henrik Ibsen

Quand nous nous réveillerons d’entre les morts de Henrik Ibsen.

Actes Sud-Papiers, janvier 2005, 80 pages, 13,20 €, ISBN 978-2-7427-5285-0. Når vi døde vågner (1899) est traduit du norvégien par Eloi Recoing.

Genres : théâtre norvégien, classique.

Henrik Ibsen naît le 20 mars 1828 à Skien (Norvège). Ruiné par ses affaires et de mauvaises spéculations, le père Ibsen devient alcoolique et la mère se réfugie dans la religion. Le jeune Henrik est apprenti en pharmacie et fait des études de médecine mais devient finalement dramaturge et directeur artistique du théâtre de Bergen puis du théâtre de Christiana (Oslo). Puis il s’intéresse au socialisme, au syndicalisme et voyage en Europe, Copenhague (Danemark), Rome (Italie), Dresde puis Munich (Allemagne) où il écrit plusieurs pièces. Il est considéré comme un auteur libéral et réaliste. Il meurt le 23 mai 1906 à Christiania (Oslo, Norvège).

Je ne comprends absolument pas le norvégien mais le titre original ouvrirait sur une « équivoque temporelle ouvrant à la fois sur le passé, le présent et le futur. » (note liminaire, p. 5).

L’acte I se déroule dans une station balnéaire avec le maître sculpteur Arnold Rubek, son épouse Maja et l’inspecteur des bains.

Matin d’été dans le nord de la Norvège, vue sur le fjord. Le couple Rubek a pris son petit-déjeuner et boit du Champagne (lui) et de l’eau de Seltz (elle) en lisant chacun son journal mais quel silence… et quel ennui ! Car, depuis que Rubek a fini son chef-d’œuvre, Le Jour de la Résurrection, il tourne comme un lion en cage, ne trouve « aucun repos nulle part » (p. 13) et est « devenu proprement un sauvage pour finir » (p. 13). Mais le hoberau Ulfheim, chasseur d’ours, leur propose de l’accompagner à la montagne plutôt que de faire du cabotage. « Non, venez plutôt avec moi dans la montagne. Là-haut, pas de présence humaine, pas de souillure humaine. » (p. 24). Rubek a un échange avec une cliente de l’hôtel qu’il a connue par le passé, Irène, qui l’appelle Arnold.

Les actes II et III se déroulent près d’un sanatorium en montagne avec les mêmes (sauf l’inspecteur des bains).

Le couple Rubek est au bord d’un lac de montagne. Maja va partir à la chasse avec le hobereau Ulfheim, son serviteur Lars (le valet de chasse) et les deux chiens. Mais, avant, elle a une discussion avec son époux. « […] tu es laid, Rubek. » (p. 38), « Peu à peu t’es venue cette méchanceté dans le regard. » (p. 39). En fait Maja fait une crise de jalousie à cause d’Irène. « Tu es bien difficile à satisfaire, Maja ! Bien difficile ! » (p. 44). Quant à Rubek, il est prêt à la séparation d’avec Maja puisqu’il a retrouvé Irène et il n’y a qu’elle qui peut lui redonner l’inspiration, du moins le pense-t-il. « Tu as la clef ! Tu es la seule à l’avoir ! (Suppliant). Aide-moi – à revenir à la vie ! » (p. 59).

Vous le voyez le tiret dans l’extrait ci-dessus ? Henrik Ibsen en utilise de nombreux pour marquer l’hésitation ou l’interruption. D’autant plus qu’Irène n’est pas sur la même longueur d’ondes que Rubek. « (impassible, comme avant). Rêves creux – inutiles – rêves morts. Notre vie commune ne connaîtra pas de résurrection. » (p. 59). Mais aussi bien Maja que Rubek devraient prendre garde à leur petit jeu car « au début, rien n’est dangereux. Mais, tout à coup, on arrive à un étranglement et alors, impossible d’avancer ou de reculer. » (p. 70).

Sous-titré : un épilogue dramatique en trois actes, Quand nous nous réveillerons d’entre les morts est la dernière pièce d’Ibsen. Rédigée en 1899, elle est publiée en 1900 et jouée au Hoftheater à Stuttgart (Allemagne) le 26 janvier 1900.

Rubek est un grand artiste reconnu dans le monde entier mais il a perdu de sa superbe depuis qu’il ne crée plus rien et Maja, sûrement plus jeune, s’ennuie avec lui… Chacun va se laisser tenter de son côté, Maja par l’aventure bien plus excitante que la prison dorée dans laquelle elle a l’impression de vivre, Rubek par le passé qui le rattrape mais lui échappe. L’auteur se reconnaît-il en Rubek ? Je ne sais pas. Je ne connais que trop peu l’œuvre de Henrik Ibsen pour l’affirmer ou l’infirmer. J’ai bien aimé (même si je n’ai pas grand-chose de plus à dire) et je lirai d’autres de ses pièces dans le futur (si vous avez un titre incontournable à me conseiller !).

Pour 2021, cette année sera classique, Challenge de l’été #2 (voyage en Norvège, dans une station balnéaire puis au bord d’un lac de fjord et en montagne), Challenge lecture 2021 (catégorie 25, une pièce de théâtre, 2e billet), Challenge nordique et Les textes courts.

Quand viendra la vague d’Alice Zeniter

Quand viendra la vague d’Alice Zeniter.

L’Arche, collection Scène ouverte, août 2019, 80 pages, 13 €, ISBN 978-2-85181-964-2.

Genres : littérature française, théâtre, science-fiction.

Alice Zeniter naît le 7 septembre 1986 à Clamart (Hauts de Seine). Elle publie son premier roman à l’âge de 16 ans, Deux moins un égal zéro (2010). Elle étudie à l’École normale supérieure. Elle enseigne le français en Hongrie puis à l’université Sorbonne Nouvelle. Elle est connue comme romancière mais elle est aussi dramaturge, scénariste et traductrice. Parmi ses titres : Jusque dans nos bras (Albin Michel, 2010), Sombre dimanche (Albin Michel, 2013), Juste avant l’oubli (Flammarion, 2015), L’art de perdre (Flammarion, 2017, plusieurs prix dont le Goncourt des lycéens), Je suis une fille sans histoire (L’Arche, 2021, essai).

La scène : une île envahie par l’eau. Sur un rocher. Les personnages : Mateo et Letizia en couple, une femme, un homme, un mouflon sur deux jambes.

Mateo. L’optimisme. « Je suis debout parce que, debout, j’aurai pied plus longtemps. » (p. 13).

Letizia. Le pessimisme. « J’ai froid j’ai faim j’ai mal au dos je ne veux pas faire l’effort de penser. » (p. 15).

Plus l’eau montera, plus l’espace sera restreint sur cette île de six hectares avec un petit bois et une bergerie qui ont appartenu au père de Mateo.

Y aura-t-il assez de place sur ce sommet pour accueillir les humains et les animaux de l’île ? Mateo et Letizia ne sont pas d’accord sur l’attitude à adopter.

Arrive une femme, elle a perdu son mari, ses enfants, sa maison, tout, mais serait-elle dérangée, elle pense que les poissons sont responsables de la montée des eaux (expansion de territoire). C’est, à mon avis, une façon de nier la responsabilité des humains.

Arrive un homme, un promoteur qui voulait acheter l’île à Mateo après la mort de son père, un sale type qui pense s’en tirer avec des proverbes… Mais Mateo n’est pas aussi compatissant que Letizia.

Mateo. « Pourquoi quarante mille vaches qui font meuuuuuuuuh seraient-elles inférieures à un homme en train de se plaindre ? » (p. 39).

Au bout de quelque temps, Letizia et Mateo ont de l’eau jusqu’aux genoux…

Letizia veut toujours sauver les gens, elle voudrait qu’on dise d’elle qu’elle est « quelqu’un de profondément bon » (p. 48).

Mais Mateo. « Et maintenant que l’eau monte par leur faute, il faudrait encore les sauver ? Il faudrait que toi et moi, on fasse preuve d’une belle morale universelle et qu’on laisse un salaud comme ça venir vivre avec nous ? » (p. 50).

Arrive un mouflon sur deux jambes, sûrement sur ses pattes arrières, il a pu s’adapter même s’il a eu du mal à se redresser…

L’eau monte de plus en plus, elle est vraiment sale, et « le silence est massif » (p. 67).

Dans la postface intitulée « Vous faites aussi du théâtre ? », question souvent posée à Alice Zeniter, elle explique comment elle est entrée dans le monde du théâtre et sa relation avec le théâtre.

Cette fable écologique et dystopique est une comédie dramatique dans laquelle Mateo et Letizia sont confrontés à la montée des eaux bien sûr mais aussi à l’effondrement de l’humanité et à leurs valeurs, leurs idéaux, leur pouvoir. En fait, quand viendra la vague, il sera trop tard, c’est maintenant qu’il faut réfléchir, changer, s’adapter à la planète et pas l’inverse. Le petit pouvoir qu’ont Mateo et Letizia, au sommet de leur île recouverte par les eaux, est bien futile et inutile… Une pièce à lire de toute urgence !

Pour les challenges Littérature de l’imaginaire #9, S4F3 #7 et Les textes courts.

Patte de velours, œil de lynx de Maria Ernestam

Patte de velours, œil de lynx de Maria Ernestam.

Gaïa, collection Kayak, octobre 2015, 120 pages, 9 €, ISBN 978-2-84720-649-4. Poche : Babel, n° 1619, mai 2019, 112 pages, 5,70 €, 978-2-330-10331-6. Öga för öga, tass för tass (2014) est traduit du suédois par Esther Sermage.

Genres : littérature suédoise, roman.

Maria Ernestam naît le 29 novembre 1959 à Uppsala en Suède (au nord de Stockholm). Elle étudie le journalisme à l’université d’Uppsala puis la littérature anglaise et les mathématiques à l’université de Göteborg (Suède) puis les sciences politiques et les relations internationales à l’université du Kansas (États-Unis). Elle vit ensuite plus de 10 ans à Francfort-sur-le-Main (Allemagne) avant de regagner la Suède. Son premier roman, Caipirinha med Döden (non traduit en français) paraît en 2005. J’ai rencontré Maria Ernestam en novembre 2013 dans le cadre du Prix La Passerelle 2013 (photos ci-dessous), elle a parlé quelques mots en français.

Début du printemps. Dans la campagne de Scanie. Sara et Björn, des citadins, emménagent avec leur chatte Michka dans une maison isolée qu’ils veulent retaper et il y a un jardin idéal pour Sara, paysagiste. Leurs seuls voisins, Agneta et Lars, semblent très sympathiques et ont également un chat, un Norvégien gris tigré, Alexander. « Une maison sans chat, ce n’est pas une vraie maison, dit Agneta. » (p. 27).

Les relations sont de plus en plus cordiales. « Entre voisins, ils allaient sûrement pouvoir se rendre service sans exiger en retour autre chose qu’un petit moment de sociabilité de temps en temps. » (p. 30) et « Tout allait donc au mieux. Sauf entre Michka et Alexander, le chat de Lars et Agneta. » (p. 33).

Mais… Il y a toujours un « mais », n’est-ce pas ? Agneta se montre jalouse, agressive, et aussi tyrannique qu’Alexander ! « Sara s’était endormie […]. Il y eut un bruit. […] Il y avait quelqu’un en bas. Un individu s’était introduit chez elle […]. » (p. 82).

Deux extraits sur Alexander, le matou terrible !

« Il n’était pas plus grand que ses adversaires, non, mais il avait le combat dans le sang. Ses gènes portaient les traces de générations de chats sauvages qui, ayant échappé au fléau du dorlotage, s’étaient battus pour leur survie et leur nourriture. » (p. 10). « Il ne connaissait pas la peur. » (p. 11).

Petite relecture puisque j’avais déjà lu ce roman en janvier 2016 mais je n’avais pas publié de note de lecture…. Vous l’aurez compris, tout n’est pas idyllique dans la campagne suédoise et ce roman est construit comme un thriller, la tension s’installant peu à peu et grandissant rapidement, mais il y a de l’humour et parfois j’ai (sou)ri, simplement ce roman est un peu trop court, il aurait mérité quelques pages de plus ! Heureusement, il est très bien écrit donc j’ai passé un bon moment de lecture. Un cadre bucolique mais…

Je mets cette lecture dans le Challenge Cottagecore (catégorie 3, propriétés et jardins dissimulés, pour la vie à la campagne et le jardin de Sara), Challenge lecture 2021 (catégorie 30, un livre dont l’histoire se déroule dans un pays européen, 4e billet), Challenge nordique (Suède) et Voisins Voisines (Suède).

Sita Sings the Blues de Nina Paley

Sita Sings the Blues est un film d’animation de 82 minutes réalisé par Nina Paley et sorti en salles en 2008. Il reçoit le premier prix (le Cristal) au Festival international du film d’animation d’Annecy en 2008. J’ai trouvé deux affiches différentes.

Nina Paley naît le 3 mai 1968 à Urbana (Illinois, États-Unis). Elle étudie l’art (elle est dessinatrice) puis voyage, Santa Cruz, San Francisco… Elle crée Nina’s Adventures (un premier comic strip) en 1988 puis Fluff (un comic strip avec un chat) en 1995. Ensuite, elle se lance dans le cinéma d’animation en 1998 et réalise Pandorama en 1999 et Fetch en 2001. En 2002, elle part à Thiruvananthapuram (ou Trivandrum) dans le Kerala (Inde) et réalise Sita Sings the Blues. Elle milite pour l’art libre et la culture libre. Plus d’infos sur son site officiel (le bandeau animé est génial) et sur le site du film.

Sita, déesse indienne et épouse dévouée, est répudiée par son mari, Rama. Nina Paley est quittée par son mari, Dave. Elle fait un parallèle entre leurs deux histoires. Le couple vit à San Francisco avec un chat, Lexi, mais Dave part travailler en Inde, seulement pour six mois mais son contrat est renouvelé un an.

En Inde, justement, il y a fort longtemps mais les sources ne sont pas sûres, au XIVe siècle, ou au XIe siècle, euh avant J.-C., ça c’est sûr, à Ayodhia, c’était sûrement au nord, les trois narrateurs (en ombres chinoises) ne sont pas toujours d’accord (c’est qu’il existe plusieurs versions selon les époques et les régions). Rama est un gentil roi musicien et il est heureux avec son épouse, Sita. Mais le roi du Lanka (au sud) enlève Sita parce que sa sœur lui a dit qu’elle était la plus belle femme au monde. Rama fait tout pour la retrouver mais il n’a plus confiance en elle et il veut que son peuple le respecte alors il doit prendre une décision cruelle…

Bref, c’est toute la mythologie indienne qui défile (cette histoire étant inspirée du Râmâyana de Valmiki) mais il y a aussi des chansons jazz d’Annette Hanshaw (une chanteuse américaine des années 20). C’est très psychédélique, la musique et les images, c’est impressionnant ! C’est en tout cas une histoire (deux histoires !) sur l’amour, la féminité et le respect (que l’on se doit à soi-même). Nina Paley est très inspirée et douée, je regarderai d’autres films d’animation qu’elle a réalisés puisqu’ils sont disponibles librement.

Je vous présente ce film dans 2021, cette année sera classique (pour l’adaptation du classique Râmâyana), dans Contes et légendes #3 (pour les légendes et la mythologie indiennes) et bien sûr dans Les étapes indiennes #2.

La girafe de Thomas Gunzig

La girafe de Thomas Gunzig.

In Le plus petit zoo du monde, Au Diable Vauvert, mars 2003, 196 pages, 17 €, 978-2-84626-048-0. En poche : Gallimard Folio, n° 4239, juin 2005, 192 pages, 7,50 €, ISBN 978-2-07031-096-8.

Genres : littérature belge, nouvelle.

Thomas Gunzig naît le 7 septembre 1970 à Bruxelles (Belgique). Libraire (librairie Tropismes à Bruxelles), professeur de littérature, chroniqueur radio et auteur (romans, nouvelles, poésie, théâtre, scénario, littérature jeunesse).

Cathy et Bob se disputent, comme d’habitude « remarque puis discussion puis dispute puis insultes puis départ de Bob puis retour de Bob puis tirage de tête plus ou moins long puis subtils mouvements d’approche puis réconciliation » (p. 15). Mais, cette fois, au retour de Bob, son épouse est… partie ! Et elle a eu bien raison parce que se faire traiter de « grosse conne »… Mais le lendemain matin, Bob découvre une girafe morte dans le jardin ! La police, « les pompiers, la Croix Bleue, le service « catastrophes naturelles » de la Protection civile » (p. 18), tout le monde s’en fiche et l’envoie bouler. Mais, c’est qu’elle pue la girafe morte et que les voisins se plaignent de l’odeur !

La girafe est une nouvelle de 14 pages, je dirais surréaliste et je pense que les autres nouvelles de ce recueil sont du même tonneau (enfin, ici, plutôt du même zoo). On est dans de l’humour (belge ?) noir, dans l’absurde, dans le grinçant. J’aimerais lire d’autres titres de Thomas Gunzig, un particulièrement à me conseiller ?

Vous voulez découvrir l’univers de Thomas Gunzig ? Des nouvelles sur la revue littéraire en ligne Bon à tirer sont disponibles librement : La petite championne (n° 1, février 2001), Turbo diesel (n° 2, mai 2001), La nuit transfigurée (n° 3, novembre 2001) et des poèmes : Top chrono et autres poèmes (n° 4, février 2002) que je lirai à l’occasion.

Pour le Mois des nouvelles et le Projet Ombre 2021, ah et Animaux du monde #3 aussi.

(Toujours) jeune, (toujours) jolie, maman (mais pas seulement) de Stéphanie Pélerin

(Toujours) jeune, (toujours) jolie, maman (mais pas seulement) ou Ivana, 2 de Stéphanie Pélerin.

Leduc, collection Diva Romance, mai 2018, 224 pages, 14,90 €, ISBN 978-2-36812-305-8. Je l’ai lu en poche : Piment, avril 2019, 220 pages, 9,99 €, ISBN 978-2-298-15069-8.

Genres : littérature française, romance.

Stéphanie Pélerin est prof de français. Elle est aussi autrice et blogueuse et je la suis depuis des années, je suis sûre depuis au moins 2012, son blog était Mille et une pages sur CanalBlog (créé le 28 décembre 2008) et j’avais participé au challenge Un classique par mois en 2013 et en 2014 sur son nouveau blog (mais je ne peux pas dire depuis quelle date exactement je la suis). La suivre sur son blog, Mille et une frasques (romans et bandes dessinées mais pas que).

Ce roman est en fait la suite de (Presque) jeune, (presque) jolie, (de nouveau) célibataire (ou Ivana, 1) paru en juin 2016 (Mazarine) – et ma note de lecture doit traîner quelque part… – mais il peut se lire de façon indépendante.

Ivana et Bruno s’aiment mais pas facile la vie de couple, surtout avec des jumeaux de 5 ans, Raphaël et Émilie. Ivana a écrit un premier roman, Jeune, mignonne, mais carrément solo et elle va être interviewée à la radio par le célèbre Jérôme Steiner. « J’ai écrit l’histoire un peu barrée d’une nana qui se fait plaquer par son mec et qui fait l’expérience des sites de rencontres. Un peu la mienne, en somme. Même si j’ai pris de grandes libertés avec ma propre vie. » (p. 15). C’est Ivana qui parle pas Stéphanie mais on sent bien que l’autrice (Stéphanie donc) a mis beaucoup d’elle dans ce roman et s’est beaucoup amusée à l’écrire ce qui rend la lecture très agréable.

Longtemps prof de lycée, Ivana s’est tournée vers le collège pour avoir plus de temps à consacrer à l’écriture. Mais, un matin, une maman d’élève lui dit que sa fille, Jordane, est martyrisée par les autres élèves ; elle a plein d’hématomes sur les bras. Et ça stresse Ivana encore plus pour l’interview… « Écoute, pas de stress inutile. Tu y participes en tant que romancière qui donne du bon temps à ses lecteurs par le biais de la fiction. Pas comme grande spécialiste des relations amoureuses. Et ça tombe bien, hein, se met à pouffer Suzy. » (p. 36).

Tout pourrait aller super bien mais Bruno annonce qu’il doit accepter une mission à Poitiers pour redresser l’agence dans laquelle il travaille. « On ne maîtrise pas tout dans la vie et certaines choses sont inévitables quoi qu’on en pense. » (p. 110). Le problème, c’est que Bruno est là-bas avec sa boss, pire : chez sa boss !

Je ne suis pas une habituée des romances et, comme j’en lis très peu, je ne peux pas comparer avec d’autres titres mais j’ai aimé le ton juste, léger, enjoué, sincère et moderne. Les personnages sont attachants. C’est un roman de filles : il y a Ivana bien sûr, Suzy, sa meilleure amie qui habite dans le Sud, Sarah son amie qui habite Paris, et Lola, la fille de Bruno, dans les 25 ans.

Alors, cette note de lecture sera la dernière pour le Challenge du confinement et je triche un tout petit peu car j’ai lu ce roman non pas durant le deuxième confinement mais durant le premier mais vous ne m’en tiendrez pas rigueur (sinon il manquerait la case Romance et je ne pourrais pas honorer le quatrième et dernier module !).

Donc, une lecture divertissante, pas seulement durant un confinement mais tout au long de l’année, tiens sur la plage ou sous la couette, c’est comme vous voulez en fait, mais n’hésitez pas à découvrir Ivana car elle vaut le détour.

Vigile de Hyam Zaytoun

Vigile de Hyam Zaytoun.

Le Tripode, janvier 2019, 128 pages, 13 €, ISBN 978-2-37055-185-6.

Genres : littérature française, premier roman.

Hyam Zaytoun est comédienne. Hypokhâgne, khâgne, art du spectacle, art dramatique, créations contemporaines au théâtre, actrice dans des films, des séries télévisées… Vigile est son premier roman. Plus d’infos sur son site, http://www.hyam-zaytoun.com/.

Une nuit d’avril, une jeune femme se réveille et se rend compte que son mari, Antoine, fait un arrêt cardiaque. En attendant les secours, « […] le geste, le geste, le geste qui sauve, répétitif. Il fait passer ma peur, occupe mon énergie, tout entière dans mes mains, dans mon dos qui s’incline, près de toi, en rythme… » (p. 14-15). Antoine et la narratrice sont les jeunes parents de Margot (6 ans) et Victor (3 ans). Après avoir géré le quotidien, la jeune femme rejoint Antoine à l’hôpital. « J’y crois. Tes yeux vont s’ouvrir, ta main se tendre vers moi dans un sourire. » (p. 30). Arrêt cardiaque, infarctus, fonctions vitales, coma, assistance respiratoire, « légume »… Des mots cliniques qui angoissent mais il faut « mettre des mots sur ce qui nous arrive. » (p. 48). La narratrice passe par plusieurs étapes : tristesse, culpabilité, colère, sentiment d’injustice. « Je suis ta vigile, ton garde du corps… » (p. 52). Mais elle va tenir le coup, grâce à la famille, aux amis, au peu d’espoir que le médecin lui a donné, et aux souvenirs (la naissance des enfants, leur rencontre, leur voyage en Inde…).

Je continue de rattraper mon retard dans mes notes de lectures. Vigile est un roman fort, tenace (comme la vie !), violent mais sensible (rempli d’amour) : c’est ce qui m’a fait apprécier ce roman « médical ». Je n’ai pas l’habitude d’en lire mais j’ai autant apprécié que Le matin est un tigre de Constance Joly ou Principe de suspension de Vanessa Bamberger et je vous le conseille vivement.

Porc braisé d’An Yu

Porc braisé d’An Yu.

Delcourt, collection Littérature (attention le nom et le lien ont changé, c’est maintenant, fin décembre 2020, la croisée), septembre 2020, 208 pages, 20 €, ISBN 978-2-413-03821-4. Braised Pork (2020) est traduit de l’anglais (Chine) par Carine Chichereau.

Genres : littérature chinoise, premier roman.

An Yu naît à Beijing (Chine) mais, à l’âge de 18 ans, elle part étudier à New York (États-Unis) puis s’installe à Paris (France). De retour à Beijing, elle écrit ce premier roman, Porc braisé, en anglais.

C’est lors d’un partenariat entre les éditions Delcourt et le groupe FB Hanbo(o)k Club que j’ai gagné ce livre en juillet ; j’étais super contente et je les remercie ; je l’ai reçu le 11 août et je l’ai dévoré dans la journée ! Porc braisé est paru hier donc voici ma note de lecture et je peux d’ors et déjà vous dire que c’est un coup de cœur pour moi.

Jia Jia et Chen Hang sont mariés depuis 4 ans. Au déjeuner, Chen Hang annonce à son épouse « que peut-être ce serait une bonne idée de refaire le voyage à Sanya cette année » (p. 8) puis il va prendre un bain. Jia Jia le retrouve mort dans la baignoire… Il a fait un étrange dessin. « Mon mari m’a laissé un dessin. Qui représente un homme-poisson. Une tête d’homme avec un corps semblable à celui d’un poisson. » (p. 51).

Un mois après, Jia Jia a pris ses habitudes dans le bar de Leo, de l’autre côté de sa rue, un bar de luxe. Mais elle voudrait vendre l’appartement (trop grand et trop cher à entretenir pour elle seule). Elle aimerait aussi reprendre la peinture et vendre ses toiles. Elle commence à fréquenter Leo et profite de sa liberté. Même si elle sait qu’elle boit trop (de Champagne) et se sent un peu coupable, « […] elle voulait essayer, se libérer de Chen Hang, vivre une autre vie. » (p. 59).

Jia Jia n’a plus que sa grand-mère et sa tante qui l’ont élevée après la mort de sa mère ; elle voit très peu son père qui les avait abandonnées lorsqu’elle était enfant pour vivre avec une autre femme, Xiao Fang.

Lorsque son appartement est enfin loué, Jia Jia a un revenu mensuel et décide de voyager au Tibet sur les traces de l’homme-poisson. Elle y rencontre Ren Qi, un écrivain qui recherche son épouse disparue. « Aujourd’hui, les artistes sont formatés pour rester de bons petits robots. Pas seulement les artistes peintres, les écrivains, les musiciens aussi. Les athlètes même ! Ils peignent, écrivent, jouent la même chose encore et encore. Les mêmes oiseaux et montagnes, les mêmes histoires, les mêmes personnages. » (p. 126).

Une erreur : quand l’aquarium de la tante prend feu, il est écrit « les poisons et le corail » (p. 109) au lieu de « les poissons ».

Porc braisé est le roman d’une jeune femme malheureuse. Malheureuse depuis l’enfance (père parti, mère décédée). Malheureuse en mariage (ce n’était pas le grand amour avec Chen Hang. Malheureuse dans sa vie (elle a arrêté de travailler et de peindre et restait chez elle mais elle n’a pas eu d’enfant avec Chen Hang). Ce n’est cependant pas une histoire triste parce que Jia Jia reste optimiste (elle fait preuve de résilience et veut reconstruire sa vie) ; elle va de l’avant quoi qu’il arrive. Et lorsqu’elle part au Tibet, il y a un côté un peu… Je dirais plutôt magique que fantastique (avec le monde de l’eau). D’ailleurs, j’ai beaucoup aimé que cette romancière chinoise emmène son personnage féminin au Tibet, à la découverte des populations locales et de leurs traditions, ce qui va bouleverser sa vie. Un très beau roman de cette rentrée littéraire à découvrir avec une belle couverture bleue et une nouvelle autrice à suivre !

Je mets cette lecture de la rentrée 2020 en bonus dans le Challenge de l’été (Chine).