Throwback Thursday livresque 2018-8

Pour ce jeudi 22 février, le thème du Throwback Thursday livresque 2018 est « addiction » et je pensais ne rien avoir mais… Si ! Je vous propose l’excellent premier roman Le renversement des pôles de Nathalie Côte paru en août 2015 chez Flammarion. Accro au chocolat ou au Pepito, accro à l’aquabike ou aux plaisirs d’Internet (a bourse en ligne, entre autres), voici deux couples que tout sépare sauf leurs obsessions et leurs addictions ! À propos de l’addiction, je voudrais aussi vous partager cet extrait que j’avais apprécié dans Feed de Mira Grant paru en octobre 2012 chez Bragelonne : « Nous sommes une nation habituée à vivre dans la peur, la voilà la vérité. Si je veux être honnête avec vous, mais aussi avec moi-même, ça ne concerne pas uniquement notre nation, et il ne s’agit pas réellement d’une habitude. Ça concerne le monde entier, et c’est une addiction. Les gens sont accros à la peur. La peur justifie tout. La peur nous fournit une excuse toute trouvée pour renoncer à nos libertés, l’une après l’autre, au point de trouver normal qu’on nous suive à la trace et que le moindre de nos mouvements soit enregistré dans une dizaine de bases de données auxquelles monsieur tout-le-monde n’aura jamais accès. La peur crée, définit et façonne notre univers, et sans elle, la plupart d’entre nous se sentiraient perdus. Nos ancêtres rêvaient d’un monde sans frontières, alors que nous passons notre temps à en imaginer de nouvelles, autour de nos maisons, de nos enfants, et de nous-mêmes. Nous limitons notre potentiel, jour après jour, au nom d’un idéal de sécurité que nous n’atteignons jamais. Nous avons pris un monde riche de possibilités et l’avons appauvri. Et maintenant, vous vous sentez en sécurité ? Extrait d’Âmes sensibles s’abstenir, blog de Georgia Mason, le 6 avril 2040. » (p. 336).

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Les herbes du chemin de Sôseki

herbescheminsosekiLes herbes du chemin de Sôseki.

Picquier poche, n° 14, septembre 1994, 247 pages, 8,50 €, ISBN 87730-194-X. Michikusa 道草 (1915) est traduit du japonais par Élisabeth Suetsugu.

Genres : littérature japonaise, roman autobiographique.

Natsume Sôseki 夏目 漱石 : biographie et bibliographie.

Lorsqu’il était étudiant, Kenzô avait quitté Tôkyô pour l’Angleterre puis était revenu au Japon. Maintenant, à 36 ans, il est marié à O-Sumi et le couple vit dans une maison à Komagome. Il y a deux fillettes et O-Sumi attend leur troisième enfant. Kenzô est professeur à l’université et écrivain mais la famille peine à joindre les deux bouts, d’autant plus que Kenzô aide sa sœur aînée, pourtant mariée. Un jour, Kenzô croise un homme dans la rue et le reconnaît : c’est Shimada. « je me demande si c’est par hasard ou parce qu’il cherchait où j’habite qu’il est passé justement par là. » (p. 21). Les deux hommes ne se sont pas vus depuis plus de vingt ans mais les souvenirs remontent à la surface car cet homme et son épouse l’ont élevé pendant quelques années, lorsqu’il avait entre 3 et 8 ans. « Il était impossible à Kenzô d’oublier que ce vieillard s’était occupé de lui autrefois. En même temps, il ne pouvait réprimer l’aversion qu’il éprouvait à son égard. Partagé entre ces deux sentiments, il resta muet. » (p. 34). Lorsque le passé ressurgit, on est toujours mal à l’aise… « Kenzô ne parvenait pas à oublier qu’il avait derrière lui, si proche, un tel univers. Cet univers appartenait à un lointain passé. Pourtant, il possédait la propriété de se transformer brusquement en présent. » (p. 70). « Plus j’y pense, plus j’ai l’impression qu’il s’agit de quelqu’un d’autre. Je n’arrive pas à l’idée que c’était moi. » (p. 106). De plus, les relations avec son épouse ne sont pas faciles, il y a une gêne, un manque de communication, on ne montre pas ses sentiments, avec les enfants il en est de même. Shimada, âgé, pauvre et un poil malhonnête, va venir à l’improviste, régulièrement, et réclamer de l’argent, et son ex-femme, O-Tsune, aussi… Heureusement le père de Kenzô avait gardé tous les papiers de paiements de pension mensuelle et d’annulation de l’adoption pour le retour de Kenzô dans sa famille ! Kenzô n’a normalement aucun compte à rendre à Shimada mais il continue de le recevoir, par la force des choses, par obligation personnelle, entre nostalgie et mépris, ce qui le rend encore plus malheureux dans son couple. « Le vieillard qui apparut à Kenzô était vraiment un fantôme du passé. Mais il était aussi un être du présent, en même temps qu’une ombre diffuse de l’avenir. » (p. 110).

ChallengeClassiquesPereGoriotLes herbes du chemin, rédigé entre juin et septembre 1915 est le dernier roman achevé de Natsume Sôseki. En effet, Clair obscur, rédigé de mai à octobre 2016, reste inachevé suite à la mort de l’auteur. Les herbes du chemin est aussi le seul roman autobiographique, largement inspiré de son enfance, adolescence, vie d’étudiant et voyage en Angleterre, vie d’adulte de retour au Japon, vie de famille et surtout les problèmes rencontrés avec son père et sa mère « adoptifs ». Ne pas confondre Les herbes du chemin avec Oreiller d’herbes qui est un roman poétique (sur la montagne et l’art). Les herbes du chemin est finalement un roman difficile mais important sur le quotidien à l’époque Meiji (jusqu’en 1912) voire début de l’ère Taishô, un quotidien triste, maussade et empli de souffrances (Kenzô n’est pas particulièrement en bonne santé), en un mot désespérant…

RaconteMoiAsie2Et que sont les herbes du chemin, des brins d’herbe qu’on ignore en cheminant dans notre vie, que parfois on écrase, involontairement, mais principalement qu’on ignore, et Kenzô pense sûrement qu’il faut faire de même avec la majorité des humains, les ignorer, ne pas être dans leur vie, continuer à avancer sur son chemin, mutique, et peu importe le nombre de brins d’herbe qu’on laisse derrière soi. Un peu insouciant, voire négligent, Kenzô peut apparaître comme un homme têtu et égoïste (comme tous les hommes à cette époque au vu de l’éducation qu’ils avaient reçue et des difficultés de la vie ?). O-Sumi, plus pragmatique, est plus dans le renoncement mais elle n’hésite pas à chercher les chamailleries. Combien de couples comme Kenzô et O-Sumi navigant dans les ombres du passé, dans l’incompréhension du présent et dans l’inconnu du futur ?

un-mois-un-editeurUn roman qui entre dans les challenges Classiques, Raconte-moi l’AsieUn mois, un éditeur avec quelques jours d’avance (éditeur de mars) mais je dois publier en février pour le Mois Natsume Sôseki.

De ce pas de Caroline Broué

DeCePas-BroueDe ce pas de Caroline Broué.

Sabine Wespieser, janvier 2016, 172 pages, 17 €, ISBN 978-2-84805-199-4.

Genre : premier roman.

Caroline Broué naît le 27 mai 1992. Elle étudie les sciences politiques (à Bordeaux) puis les lettres modernes (à Paris) et commence à travailler à France Culture en 1998. Elle est journaliste et productrice de radio. De ce pas est son premier roman.

Bon sang, encore un roman qui parle de danse… Après la déception avec En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut, je suis un peu refroidie… Et puis, je viens de lire Brillante de Stéphanie Dupays que j’ai beaucoup aimé… Alors à quelle moulinette va passer De ce pas ? Je vous rassure tout de suite : j’ai adoré ce roman ! À tel point que je ne sais pas trop par où commencer et comment en parler…

« Pensez à la descente, ne figez pas le cou, cherchez avec le bout de la pointe, ma jambe descend, ma tête monte, allongez-vous, étirez-vous. Rappelez-vous : pour danser, il faut bouger son squelette. Qu’est-ce qui fait bouger le squelette ? Les muscles. Et qu’est-ce qui active les muscles ? La pensée. Vous n’arriverez à rien en danse sans la pensée. » (p. 19).

Marjorie, danseuse étoile surdouée, a eu un accident et ne peut plus danser. Elle passe son temps entre Paris et une maison à Montaren-et-Saint-Médiers dans le Gard. Elle est mariée à Paul, un photographe voyageur, et leur fille, Elena, est née en septembre 2005. Que peut faire Marjorie ? Écouter sa meilleure amie, Coralie, sympa mais fantasque et dépressive… S’occuper de sa voisine dans le Gard, Justine, une vieille dame de 75 ans qui a vécu l’horreur enfant… Marjorie qui ne s’écoute pas elle-même, qui renie son passé, qui refuse même d’en parler. Paul qui fait de même avec ses origines ardéchoises et huguenotes et qui ne se livre jamais à ses amis, Lucien et Jérôme. « On ne change pas impunément d’identité sans que le passé vous rappelle à lui, affirma Paul. Et, en la prononçant, il sentit cette phrase résonner fortement en lui. » (p. 88).

1975. Cambodge. Marjorie est en fait Tin ; elle a changé son prénom en France. « Les souvenirs ne sont pas prophètes. Ils disent l’époque révolue, celle qui s’est pour toujours éteinte, et qu’une mélodie ou la sérénité d’un feu de cheminée ravivent un bref instant. La lueur verte du papier d’Arménie que j’ai fait brûler sur ma table de chevet a ranimé un souvenir heureux qui m’a salué du haut de son éternité. Une éternité idéale, inavouable, solidaire de mes rêves… » (p. 57). Un flashback émouvant, intense, déchirant même qui rend Tin/Marjorie tellement plus attachante encore ! Et Coralie de confirmer : « […] c’est incompatible […] Quoi Être heureux et vivre sans passé. » (p. 73).

68premièresfois2016De ce pas est un roman qui parle du couple mais aussi du souvenir, du passé, de la mémoire. « Paul et Marjorie n’arrivent plus à se parler. Les mots restent bloqués dans leur gorge. Marjorie est aussi impuissante que Paul est désarmé. Ils sont deux êtres seuls, isolés, retranchés dans leur tour. » (p. 122). Et de tant d’autres « petites » choses, la musique, la danse, la peinture, l’histoire, l’Ardèche, le protestantisme, l’Afrique du Sud et les requins (passage passionnant !). Comment ne plus fuir son passé, comment le repasser, le dépasser et le construire pour vivre avec et pas contre lui ? Voici le thème de ce roman qui est pour moi une très belle révélation, qui m’a profondément remuée (mon amour de l’Asie – plus que de la danse – y est pour quelque chose, c’est sûr), qui m’a rendue à la fois joyeuse et triste, enjouée et nostalgique, qui m’a laissée vide et sans voix une fois terminé, à tel point que – comme je le disais au début de ce billet – j’ai du mal à rédiger ma note de lecture plus d’une semaine après la lecture… Une petite merveille envoûtante tout en délicatesse et subtilité !

Challenge-Rentree-litteraire-janvier-2016Sur la danse (il y a d’autres passages sur la danse mais celui-ci me fait appréhender véritablement ce qu’est la danse pour une néophyte comme moi !) : « Physique et abstraite, terrienne et aérienne, fruit d’un double mouvement, Éros et Phobos, le désir et la peur, l’appétit et la retenue, le geste qui va vers et le geste qui recule, fuit. La danse comme espace et temps. En elle, le mouvement naît, meurt, puis renaît, chute et va de l’avant, tombe et se relève. La danse comme tour et retour. Un déclin prélude au rebond. Une potentialité de vie. La danse enfin comme livre d’images pour la pensée, une métaphore du mouvement même de la pensée. Une pirouette des idées. Un rond de jambe de l’esprit. Une révoltade des émotions. » (p. 81).

DefiPremierRoman2016Je remercie Véronique (Plume nacrée) qui m’a envoyé De ce pas et les trois géniales organisatrices des 68 premières fois 2016. Je mets ce coup de cœur dans les challenges Défi premier roman 2016 et Rentrée littéraire janvier 2016.

Brillante de Stéphanie Dupays

Brillante-DupaysBrillante de Stéphanie Dupays.

Mercure de France, mars 2016, 187 pages, 17 €, ISBN 978-2-7152-4276-0.

Genre : premier roman.

Stéphanie Dupays naît le 15 avril 1978 en Gironde. Elle étudie à l’École normale supérieure et travaille comme haut-fonctionnaire aux Affaires sociales. Elle est passionnée de littérature et de cuisine : elle a publié Le goût de la cuisine, une anthologie de textes littéraires sur la gastronomie (Mercure de France, 2015) et Brillante est son premier roman.

Claire Vermont et Antonin Desmarais sont beaux, jeunes et amoureux. « Ils forment un couple assorti et complémentaire. » (p. 14). Ils gagnent bien leur vie : elle est une brillante chef de produit développement Nutrisanté chez Nutribel, une multinationale d’agro-alimentaire qui cible bien-être et santé ; lui est trader de métaux et voyage dans le monde entier. Mais, aussi bien dans leur travail que dans leur couple, il faut « Toujours tout contrôler. » (p. 11). Alors que Claire est largement félicitée pour un projet prometteur, sa chef, Corinne, lui en confie un autre (un peu casse-gueule) : Energetis pour le développement des boissons énergétiques. Claire va se retrouver piégée, évincée par une nouvelle recrue, Mathilde Beaumel, pire, placardisée et seule. Elle va se tourner vers sa sœur, Juliette, une artiste qui mène joyeusement une vie de bohème.

68premièresfois2016Lorsque j’ai reçu ce livre, en dehors du plaisir de le recevoir, j’ai craint que l’histoire de Claire et Antonin ne me plaise pas : je vis tellement loin du monde dans lequel ils gravitent ! « […] les femmes, impeccablement maquillées et manucurées, juchées sur des talons démesurés, jupe crayon, pantalon 7/8e, veste de blazer laissant apparaître une blouse de mousseline ou un chemisier en soie. » (p. 19), « Chic et sobre. » (p. 41). Et puis j’ai découvert l’écriture – brillante ! – de Stéphanie Dupays et les deux personnages auxquels je me suis attachée, surtout Claire puisque c’est elle que le lecteur suit. Claire et Antonin gèrent leur couple comme une entreprise et franchement, je les plains ! Mais l’auteur, tout en développant leur couple, en profite pour décrire de manière réaliste le terrible monde du travail, la pauvreté d’un côté et la richesse de l’autre, le management, la sociologie, le burn-out. Lorsque Claire tombe en disgrâce, qu’elle est mise en quarantaine, considérée comme une pestiférée, il est vraiment intéressant de voir comment elle réagit aussi bien dans l’entreprise qu’avec ses proches, comment elle fait face (ou pas) à tout ça. À un moment, les heures désertes et l’ennui qu’elle ressent m’ont fait penser aux Heures souterraines de Delphine de Vigan. Brillante est vraiment brillant, un coup de maître pour un premier roman et un coup de cœur pour moi !

Challenge-Rentree-litteraire-janvier-2016Mon passage préféré, à méditer sur le monde du travail… : « Chez Nutribel, le management a réussi ce tour de force : le salarié va de son plein gré au-delà de la relation contractuelle avec le groupe, le surmoi a remplacé le contremaître, la passion pour l’entreprise le pousse à s’investir avec une intensité infiniment supérieure à ce qu’il aurait fait sous la contrainte. Le salarié donne tout à l’entreprise car il s’identifie totalement à elle, se fond en elle. Il n’est pas contre l’entreprise, il est l’entreprise. » (p. 56). Car il ne faut pas oublier que le travail, c’est « De l’argent contre du temps, quel marché de dupes, le monde du travail. » (p. 92).

DefiPremierRoman2016Je remercie Natacha qui m’a envoyé ce roman et Claire qui a fait circuler son exemplaire personnel dans le cadre des 68 premières fois 2016. Une excellente lecture que je mets dans les challenges Défi premier roman 2016 et Rentrée littéraire janvier 2016.

En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut

BojanglesEn attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut.

Finitude, janvier 2016, 159 pages, 15,50 €, ISBN 978-2-36339-063-9.

Genre : premier roman.

Olivier Bourdeaut naît en 1982 à Nantes (Loire-Atlantique). Lorsqu’il perd son emploi d’agent immobilier, il décide de se consacrer à l’écriture. En attendant Bojangles, rédigé en Espagne, est en fait le deuxième roman qu’il écrit mais le premier à trouver éditeur.

« Ceci est mon histoire vraie, avec des mensonges à l’endroit, à l’envers, parce que la vie c’est souvent comme ça. » (p. 6). Cette phrase, en exergue au tout début du roman, m’a embrouillée, c’est sûr…

68premièresfois2016Le narrateur est l’enfant. Son récit est entrecoupé par des extraits du journal de son père qu’il a trouvé plus tard. « Je ne comprenais pas souvent mon père. Je le compris un peu plus au fil des ans, mais pas totalement. Et c’était bien ainsi. » (p. 9). Après un choc fiscal, la mère met le feu à leur appartement et se retrouve internée.

« Lorsque je racontais ce qui se passait à la maison, la maîtresse ne me croyait pas et les autres élèves non plus, alors je mentais à l’envers. Il valait mieux faire comme ça pour l’intérêt général, et surtout pour le mien. » (p. 37). On le comprend !

DefiPremierRoman2016L’enfant, tour à tour émerveillé ou inquiet, observe le comportement de ses parents car leur amour est unique, fusionnel, excentrique, jusqu’à ce que la mère sombre dans la folie. Le seul compagnon de l’enfant est un oiseau appelé Mademoiselle, une demoiselle de Numidie.

« Après l’incendie, je ne pouvais plus jouer la comédie, le feu, la fumée, les pompiers, le plastique brûlé sur les épaules de ma bien-aimée, toute cette tristesse cachée derrière son euphorie ne pouvaient plus être le fruit d’une plaisanterie. » (p. 120, extrait du carnet secret du père).

Challenge-Rentree-litteraire-janvier-2016Ce roman a reçu plusieurs prix littéraires : Grand Prix RTL-Lire, Le Roman des étudiants France Culture-Télérama, Prix roman France Télévisions, Prix Emmanuel Roblès et Prix de l’Académie de Bretagne. Et pourtant… « C’est bien écrit, drôle, mais ça n’a ni queue, ni tête. » (p. 12) : réponse des éditeurs au père qui leur envoie ses manuscrits et je pourrais presque dire la même chose de ce roman : bien écrit… plus ou moins… drôle… non, je n’ai pas ri, ni même souri… ça n’a ni queue ni tête… ça a un début et une fin et une histoire mais… bof… je suis déçue… je ne me suis pas retrouvée dans les personnages, je n’ai pas trouvé le style extraordinaire et je n’en reviens pas qu’il ait reçu tous ces prix ! Mais, justement, d’autres ont aimé et ils vous disent pourquoi : allez lire Jérôme Garcin dans BibliObs, Pierre Assouline dans La république des livres et tous les blogueurs qui en ont parlé. « Mes parents dansaient tout le temps, partout. Avec leurs amis la nuit, tous les deux le matin et l’après-midi. » (p. 15). Oui, et alors ? Je n’ai pas swingué donc, mais je vous laisse avec Mister Bojangles interprété par Nina Simone (ci-dessous).

Un livre lu dans le cadre des 68 premières fois – 2016 que je mets dans les challenges Défi Premier roman et Rentrée littéraire janvier 2016.

Une famille normale de Garance Meillon

UneFamilleNormaleUne famille normale de Garance Meillon.

Fayard, janvier 2016, 240 pages, 17 €, ISBN 978-2-213-68746-9.

Genre : premier roman.

Garance Meillon naît à Paris en 1989. Elle étudie la réalisation à l’Université Chapman en Californie (États-Unis) pendant quatre ans. Elle vit à Paris où elle est réalisatrice, scénariste (et journaliste pour la rubrique culture de Ulyces en 2014). Une famille normale est son premier roman. Plus d’infos sur son site, http://www.garancemeillon.fr/.

Une famille normale est le premier roman que je reçois dans le cadre des nouvelles 68 premières fois. Ça fait toujours plaisir de recevoir un livre mais quand je l’ai commencé, je me suis dit que je n’allais pas me passionner pour la vie et le quotidien de Cassiopée… Et puis je me suis rendue compte que chaque chapitre a un narrateur différent :

Cassiopée, fille unique ayant perdu son père enfant, mariée à Damien, mère de deux adolescents ; elle ne supporte pas son prénom. « Je n’aime pas les grands moments dans la vie, je n’aime que les petits, les tout petits. » (p. 85).

Damien, mari fidèle et aimant de Cassiopée, père des deux adolescents, résolument optimiste. « Nous traversons de mauvaises passes, mais c’est la vie, et la vie est vraiment merveilleuse. » (p. 29).

Lucie, 16 ans, s’envoie en l’air avec Maxime au lieu d’aller à son cours de danse. « Ça arrange tout le monde la danse finalement. Je crois que ma mère n’en a rien à foutre, en fait, que j’aille à la danse ou pas. » (p. 39).

Benjamin, 13 ans, passionné par l’astronomie, surnommé Pluton. « On en était là dans cette famille, à faire semblant de manger. […] Et mon père a fait semblant de ne se rendre compte de rien. » (p. 53).

68premièresfois2016Leur vie de famille est bien réglée mais tout va basculer après la mort de Sophie, la mère de Cassiopée. « Pour quelque chose de nouveau » (p. 158) espérons-le ! Finalement, Une famille normale est un roman ironique vraiment intéressant à découvrir (qu’est-ce qu’une famille normale ?) et Garance Meillon une nouvelle romancière à suivre !

Un petit extrait sur les livres et la lecture : « J’ai frôlé les livres du couloir avant de pousser la porte de sa chambre. Maman aimait beaucoup lire. Elle accumulait les livres, et elle en possédait tellement à la fin de sa vie qu’elle avait renoncé à les ranger correctement. Ils étaient empilés dans tous les sens, et ils avaient tous été lus. Ce n’était pas la bibliothèque proprette d’une érudite mais celle d’une passionnée, d’une folle, d’une femme qui n’avait pas voulu s’arrêter. Certains livres avaient été lus plusieurs fois, ils avaient été aimés jusqu’à ce que leurs pages se cornent et jusqu’à ce que leur couverture s’effrite. […]
Quand je suis passée devant, la bibliothèque elle-même semblait recueillie dans un deuil mêlé d’incompréhension. DefiPremierRoman2016Ma mère en mourant avait aussi déserté ces livres. Et maintenant, où étaient ces mots qui étaient entrés en elle ? ». (p. 58-59).

Alors, du côté des challenges… Défi premier roman 2016 et comme dit plus haut 68 premières fois – 2016.

Fable d’amour d’Antonio Moresco

FableAmourFable d’amour d’Antonio Moresco.

Verdier [lien], collection Terra d’altri, août 2015, 125 pages, 14 €, ISBN 978-2-86432-807-0. Fabia d’amore (2014) est traduit de l’italien par Laurent Lombard.

Genres : fable, littérature italienne.

Antonio Moresco naît le 30 octobre 1947 (bon anniversaire, monsieur Moresco !) à Mantoue (Lombardie, Italie). Cet ancien séminariste devenu activiste exerce plusieurs métiers avant de se consacrer à l’écriture (romans, nouvelles, essais, théâtre). L’Italie le considère comme un « écrivain patrimoine » (cf. Roberto Saviano). Du même auteur : La petite lumière (Verdier, 2014).

« Il était une fois un vieil homme qui s’était éperdument pris d’amour pour une fille merveilleuse. Ce n’était pas seulement un vieil homme, c’était aussi un clochard, un de ceux qui dorment dans la rue sur des cartons, un homme perdu, un déchet humain. » (p. 7, premières phrases du roman). « Personne ne savait d’où il venait. […] Lui non plus ne savait pas qui il avait été. Il se souvenait juste que tout l’avait déçu […] » (p. 8). « Le vieil homme ne parlait avec personne et il ne parlait même pas tout seul, comme beaucoup de clochards le font. » (p. 10). Le vieil homme s’appelle Antonio mais les autres clochards l’appellent « le vieux fou ». Son compagnon est un jeune pigeon blessé par un chasseur. « […] le pigeon l’avait élu son seul ami au monde. Et il en avait été de même pour le vieil homme. » (p. 12).

« Il ne voyait pas les autres et les autres ne le voyaient pas » (p. 15) mais une fille merveilleuse (Rosa) se met à le regarder lorsqu’elle passe, elle l’observe, elle le regarde intensément, elle sourit même. Et puis, un jour, elle l’emmène chez elle, elle s’occupe de lui, elle l’aime. « Et, d’un coup, à cause de la fatigue infinie, de l’énorme émotion, le vieil homme ferma les yeux et s’endormit. » (p. 28). Mais… « Tout est décevant… les gens ne sont pas ce qu’ils disent être. Ils te disent qu’ils sont une chose alors qu’ils en sont une autre… les gens te trompent, te blessent, te font du mal… Comment peut-on vivre dans un monde pareil ? » (p. 37). Et le vieil homme s’interroge. « Est-ce que ça m’est vraiment arrivé tout ça, ou est-ce que je l’ai rêvé ? » (p. 62).

Le Grand Canal à Venise (Eimelle)

Le Grand Canal à Venise (Eimelle)

Attention, chef-d’œuvre !

C’est une histoire d’amour différente et mystérieuse avec un amour impossible, un amour fou, de la passion, de la souffrance, de la tristesse. Un magnifique roman, merveilleusement bien écrit (et traduit) tout en finesse, imprégné de poésie et fort en émotion. Une fable qui parle des hommes, des femmes, des animaux aussi, de la vie et de la mort. Une fable qui tente de cerner ce qu’est l’amour, comment peut-on trouver sa place dans ce monde (ou dans l’autre monde !), pourquoi les humains sont-ils si inconstants et cruels envers les autres et même envers eux-mêmes ?

RentreeLitteraire2015Il y a aussi une belle histoire entre le vieil homme et le pigeon, ami attentif et fidèle. « Que c’est dur, cette vie… se disait le pigeon […]. Que c’est dur toute cette douleur des vivants et aussi des morts, tous ces gens qui se cherchent et ne se trouvent pas. Que c’est dur tout cet amour impossible… […] Comme ils sont seuls les hommes ! Comme elles sont seules les femmes ! […] » (p. 81).

Tout comme l’amour, le véritable amour, ce roman est à trésor, un trésor qu’il faut à la fois garder pour soi et à la fois partager ! Impossible, n’est-ce pas ? (Im)Possible comme le véritable amour !

FeelGood1Antonio Moresco a rédigé une note pour l’édition française et je veux partager avec vous cet extrait : « […] la fable peut être révolutionnaire. Car elle continue à nous rappeler – […] – que l’impossible et l’inattendu peuvent encore faire irruption dans le possible et dans la vie. Car elle nous dit que la réalité n’est pas le simple reflet en miroir du monde, mais la traversée de ce miroir, qu’elle ouvre grand, et qui nous permet de passer de l’autre côté. » (p. 124-125).

Une merveilleuse lecture pour le Mois italien que je mets dans les challenges 1 % de la rentrée littéraire 2015 et Feel good car ce roman fait vraiment du bien, tant au niveau littéraire qu’au niveau humain.