Elle voulait juste marcher tout droit de Sarah Barukh

Elle voulait juste marcher tout droit de Sarah Barukh.

Albin Michel, février 2017, 427 pages, 21,50 €, ISBN 978-2-226-32976-9.

Genre : premier roman.

Sarah Barukh… Rien trouvé pour sa biographie… Donc voici ce qu’en dit l’éditeur : « Depuis l’enfance, Sarah Barukh a toujours aimé les histoires, celles qu’on lui contait ou celles qu’elle s’inventait. Elle a longtemps travaillé dans la communication, la production audiovisuelle et éditoriale. Elle voulait juste marcher tout droit est son premier roman. ».

« J’espère qu’ils nous oublieront. – Pourquoi ? – Parce que c’est la guerre. » (p. 18). Alice a 5 ans, bientôt 6, et elle vit à la campagne. Un jour, Alice voit une chatte mettre bas et adopte le chaton abandonné, un roux qu’elle appelle Crème. À la rentrée, elle entre à l’école. Une vie de fillette normale ? Non, car on est en 1943 et Alice a été placée chez une nourrice, Jeanne, qui se fait passer pour sa grand-mère et qui est inquiète car Alice a parlé à deux soldats allemands… Juillet 1946. La guerre est finie mais Alice est triste : pourquoi sa maman ne revient pas ? Le jour où elle revient, Alice ne comprend pas, elle paraît vieille, elle est maigre et Alice doit tout abandonner (Crème, ses amis, Jeanne…) pour suivre Diane à Paris. « Plus ses amies se réjouissaient pour elle, plus elle était triste. » (p. 91). À Paris, sa joie est de devenir amie avec Joseph, le seul enfant de l’immeuble, qui veut devenir médecin et qui lui fait tout découvrir. Mais sa mère est gravement malade et Alice est envoyée par les services sociaux à New York chez son père, Paul d’Arny, marié à une riche héritière américaine, Ellen Hartfield. Elle doit de nouveau tout abandonner…

Comment se construire quand on a aucun repère, quand on ne nous explique rien, c’est dangereux, « c’est la guerre », quand on perd ceux que l’on aime, quand on doit tout abandonner (trois fois !). « Tout ce qu’elle voulait, c’était marcher tout droit, que les choses cessent d’être si compliquées… » (p. 48-49).

« La métamorphose de son oncle ne cessait de la surprendre. Depuis qu’elle l’avait défié dans la chambre, il était devenu civilisé, même sympathique. » (p. 267) : son oncle Vadim, demi-frère de Paul, était un célèbre photographe de guerre mais il a perdu la vue lors du Débarquement…

« Ne dis jamais que tu as compris si ce n’est pas le cas. Les idiots comprennent tout, les génies questionnent ! » (p. 335).

Déjà le deuxième roman sur la Deuxième guerre mondiale dans cette sélection des 68 premières fois 2017… Je me disais que ça faisait un peu beaucoup, d’autant plus que celui-ci est assez épais. Mais, de la même façon que j’ai aimé Nous, les passeurs de Marie Barraud, j’ai aimé ce roman : pour sa sincérité, sa tendresse, et l’émotion qui s’en dégage. Et puis, malgré le fait que j’ai déjà lu pas mal de livres sur cette guerre, les camps, la Shoah, etc., il y a toujours dans une nouvelle lecture, un petit quelque chose de différent, qui m’interpelle, qui m’émeut, qui m’apprend quelque chose. C’est encore le cas dans ce beau roman triste qui se lit vraiment bien !

Je remercie Sylvie de me l’avoir envoyé et je le mets dans le Défi Premier roman 2017 et Rentrée littéraire janvier 2017.

Nous, les passeurs de Marie Barraud

Nous, les passeurs de Marie Barraud.

Robert Laffont, janvier 2017, 190 pages, 17 €, ISBN 978-2-221-19790-5.

Genres : premier roman, roman autobiographique.

Marie Barraud, comédienne, signe un premier roman magistral !

Le Docteur Albert Barraud travaillait à l’hôpital Saint-André à Bordeaux et était un responsable de la Résistance (l’OCM, l’organisation civile et militaire) ; il a été arrêté en avril 1944 à l’âge de 37 ans par les hommes du commissaire Poinsot et déporté le mois suivant dans le camp de Neuengamme en Allemagne. Son épouse et leurs deux enfants ne l’ont jamais revu et n’ont même jamais su ce qu’il lui était vraiment arrivé.

La maison familiale, c’est un « élégant domaine du XVIIIe siècle » (p. 13), le château des Arts à Talence. Une maison célèbre : François Mauriac s’y est marié dans les années 10 et elle est la résidence du Docteur Albert Barraud et de sa famille. Mais cette famille a traversé un drame. « […] une donnée est indispensable : la confiance en soi. Et c’est précisément ce qui me manque. Et ce depuis… depuis… eh bien depuis toujours. » (p. 22). L’auteur veut découvrir ce qu’a traversé sa famille paternelle : qu’est-il arrivé à son grand-père, comment son père et son oncle Max (l’aîné) ont-ils pu grandir sans leur père, pourquoi tous ces silences et cette colère en eux ? Moi qui ai lu, depuis l’adolescence, de nombreux livres sur la Seconde guerre mondiale, les camps, le procès de Nuremberg, des essais, des témoignages, des romans, des bandes dessinées aussi, j’ai encore appris des choses grâce à ce roman (la « brigade des matraqueurs » du commissaire Poinsot ou les bateaux bombardés par les Britanniques par exemple), mais est-ce vraiment un roman ? C’est un récit intime, un récit de la mémoire, une recherche de la vérité. Grâce aux témoignages de rares survivants, en particulier celui de Roger Joly qui avait 22 ans au moment de la déportation, Marie va apprendre le destin d’Albert Barraud, ce grand-père absent mais en fait tellement présent. Ah, l’importance des témoignages… Écrits le plus souvent, comme pour se libérer. C’est vrai que les personnes de ma famille qui avaient vécu la guerre (elles sont maintenant décédées) n’en parlaient pas et éludaient le peu de questions qui étaient posées ou répondaient avec une phrase anodine qui écourtait la conversation. « Mon grand-père vivait depuis toujours dans la mémoire de ceux qui étaient revenus de ces enfers et je ne le découvrais qu’aujourd’hui. » (p. 74). À propos de Roger Joly : « Il semblait s’être promis de ne jamais oublier. Rien. Pas le moindre détail. Au nom de tous ceux restés là-bas. » (p. 87). Là-bas, c’est le camp de Neuengamme près de Hambourg et la baie de Lübeck au bord de la mer Baltique. « Je découvrais l’origine du mal qui rongeait le cœur de notre famille. » (p. 149). L’auteur décide d’aller là-bas et son frère, Benjamin, l’accompagne. « Je pense que sans nous le dire, nous savions, mon frère et moi, que nous étions sur le point de vivre une expérience unique et absolument inattendue. » (p. 151). Nous, les passeurs, les passeurs de mots, les passeurs d’Histoire, est un roman émouvant (et le mot est faible), vibrant, un hommage non seulement au Docteur Barraud qui fut un héros pour tous ceux qu’il a soignés et sauvés mais aussi à tous les déportés, toutes les victimes de cette guerre, de ce carnage dont les plaies, plus de 70 ans après, ne sont pas refermées. Beaucoup de tendresse dans l’écriture de Marie Barraud, pour son grand-père, pour son père, pour son oncle, pour Roger Joly, pour ceux qui ont souffert, ceux qui ont dû grandir de façon bancale et qui ont dû taire leurs souffrances car d’autres avaient vécu pire. Dans les années 90, j’ai été plusieurs fois à Bordeaux, une belle ville, et je suis peut-être passée dans la rue du Docteur Albert Barraud, en tout cas je ne connaissais pas son histoire et je l’ai trouvée éprouvante mais passionnante. Âmes sensibles, ne vous abstenez pas, mais préparez la boîte de mouchoirs à portée de main.

Un magnifique roman lu dans le cadre des 68 premières fois 2017 – je remercie Catherine A. de me l’avoir envoyé – que je mets dans les challenges Défi du Premier roman 2017 et Rentrée littéraire janvier 2017 de MicMélo.

Avec Galleane, c’est lundi, que lisez-vous ? [237]

C’est la première fois que je participe à cet événement hebdomadaire (qui en est apparemment à sa 237e semaine [lien]) et je ne sais pas si je participerai tous les lundis mais je veux absolument vous montrer le beau logo de Galleane !

C-est-lundi-que-lisez-vous-galleane

« C’est lundi, que lisez-vous ? » est tout simple : il suffit de dire ce que l’on a lu, ce qu’on est en train de lire et ce qu’on va lire. Il est organisé par Galleane du Blog de Galleane qui a pris la relève de Mallou (qui s’était inspirée de « It’s Monday, what are you reading ? » de Book Journey).

Alors…

Ce que j’ai lu : Petites recettes de bonheur pour les temps difficiles de Suzanne Hayes et Loretta Nyhan (Belfond, 2014).

Ce que je lis : La quête de Mary Bennet de Pamela Mingle (J’ai lu, 2015).

Ce que je vais lire : La bibliothèque des cœurs cabossés de Katarina Bivald (Denoël, 2015).

Je suis dans une veine féminine en ce moment !

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