Aucune femme au monde de Catherine Lucille Moore

Aucune femme au monde de Catherine Lucille Moore.

Le passager clandestin, collection Dyschroniques, octobre 2021, 144 pages, 9 €, ISBN 978-2-36935-100-9. No Woman Born (1944) est traduit de l’américain par Arlette Rosenblum et revu par Dominique Bellec.

Genres : littérature états-unienne, science-fiction.

Catherine Lucille Moore le 24 janvier 1911 à Indianapolis (Indiana). Elle lit beaucoup, en particulier de la littérature fantastique, dès l’enfance. Quand elle doit quitter l’université (Grande dépression), elle devient secrétaire et commence à faire publier ses premières histoires (science-fiction et fantasy) dans des pulps (années 1940), en particulier dans le magazine Astounding Science Fiction. Elle est une pionnière de la science-fiction féminine et féministe. Elle se marie avec Henry Kuttner (écrivain de science-fiction) en 1940 et ils écrivent à quatre mains. Elle utilise aussi le pseudonyme de Lawrence O’Donnell. Elle écrit 4 romans (entre 1942 et 1957), de nombreuses nouvelles et plusieurs de ses œuvres sont adaptées au cinéma. Elle meurt le 4 avril 1987 à Hollywood (Californie).

Deirdre était la plus belle femme au monde. Danseuse et chanteuse, elle était connue dans le monde entier, même « sous les tentes du désert et dans les huttes polaires » (p. 6). « Et le monde entier l’avait pleurée quand elle était morte dans l’incendie de la salle. » (p. 7) dans laquelle elle se produisait. Son impresario, John Harris, ne s’en est jamais remis.

Mais son cerveau a été conservé et, depuis un an, un savant, Maltzer, travaille sur un robot pour la faire revivre, pas un robot tout mécanique, un humanoïde. « C’est moi, John chéri. C’est réellement moi, tu sais. » (p. 18). C’est troublé que John Harris découvre la nouvelle Deirdre, « en vérité, elle était toujours Deirdre » (p. 25), belle, souple, la même voix, le même rire, les mêmes postures, la même assurance, « c’était bien la femme de chair et d’os, aussi sûrement que s’il l’avait vu se dresser devant lui, intacte, à nouveau, tel le phénix ressuscité de ses cendres. » (p. 27).

Deirdre a un projet. « Je vais remonter sur scène, John […]. Je peux toujours chanter, je peux toujours danser. Je suis toujours moi-même dans tout ce qui compte et je n’imagine pas faire autre chose pendant le restant de mes jours. » (p. 39). Mais « comment des spectateurs régiraient-ils ? » (p. 42). Harris la voit humaine et est d’accord avec elle mais Maltzer la voit machine et veut l’empêcher de se produire devant un public.

Je vous laisse découvrir ça en lisant ce court roman que les anglophones appellent une novella.

Avec son écriture à la fois tranchante et sensuelle, No Woman Born est considérée comme de la SF féministe et, effectivement, qui peut décider de ce que sera la vie (personnelle et professionnelle) de Deirdre si ce n’est elle-même, quelle qu’elle soit ! Maltzer et Harris peuvent lui parler de leurs idées, la conseiller, mais ne peuvent pas la considérer comme handicapée et l’obliger à abandonner une carrière dont elle a besoin. Un court roman à découvrir d’autant plus qu’il a été écrit en 1944, en pleine Seconde guerre mondiale, les femmes prenaient la place des hommes dans presque tous les corps de métiers et commençaient à se libérer et à devenir autonomes. En plus, c’était le début de la robotique, maintenant on parle de corps augmenté, de transhumanisme. Le passager clandestin déniche toujours des ‘petites’ pépites bien agréables à découvrir !

Ils l’ont lu : Anna de ScifiLisons, Georges sur Phénix Web, Lhisbei de RSF blog, Stéphanie de De l’autre côté des livres, d’autres ?

Pour les challenges 2022 en classiques, Littérature de l’imaginaire #10, Mois américain, Petit Bac 2022 (catégorie Famille pour Femme) et S4F3 2022.

Le chat du bibliothécaire 1 – Succès mortel de Miranda James

Le chat du bibliothécaire 1 – Succès mortel de Miranda James.

J’ai lu, novembre 2021, 320 pages, 14,90 €, ISBN 978-2-29035-842-9. Murder Past Due (2010) est traduit de l’américain par Guillaume Le Pennec.

Genres : littérature états-unienne, roman policier, cozy mystery.

Miranda James est en fait Dean James, originaire du Mississippi, ancien bibliothécaire qui utilise aussi les pseudonymes Jimmie Ruth Evans et Honor Hartman pour écrire des fictions. Deux autres tomes de Le chat du bibliothécaire sont pour l’instant traduits en français, Inventaire fatal (novembre 2021) et Théâtre macabre (avril 2022). La série, Cat in the Stacks Mystery, compte 14 tomes aux États-Unis, le 15e est annoncé pour 2023.

Athena, Mississippi. Charlie Harris, bientôt la cinquantaine, vit avec Diesel un maine coon de deux ans qu’il a récupéré chaton sur le parking de la bibliothèque municipale où il travaille. Veuf depuis trois ans, il vit dans une jolie maison héritée de sa tante Dottie et dans l’héritage, il y avait Azalea Berry la gouvernante. Pour rendre service, il prête des chambres à des étudiants mais Justin, en partant ce matin, a laissé la cuisine en pagaille, ce qui n’est pas dans ses habitudes…

Mais l’événement exceptionnel pour la petite ville d’Athena, c’est l’arrivée de Godfrey Priest, enfant du pays, devenu un riche et célèbre auteur de romans policiers (plutôt violents). Julia Peterson, son ancienne petite amie au lycée, devenue Julia Wardlaw après avoir épousé le pasteur Ezra Wardlaw, est la mère de Justin. Mais quand le passé ressurgit… avec en plus un secret…

C’est que Godfrey Priest était un sacré enfoiré et… « Le retour de ce dernier à Athena ravivait beaucoup trop de mauvais souvenirs et j’avais le désagréable pressentiment que de nouveaux événements déplaisants se produiraient tant qu’il resterait dans les parages. » (p. 69).

Mais la soirée avec Priest est annulée… Il est retrouvé le crâne fracassé dans sa chambre d’hôtel avec « le téléphone de Justin gisant juste à côté du corps. » (p. 81). L’enquête est confiée au shérif par intérim Kanesha Berry (la fille d’Azalea Berry), le shérif étant en arrêt maladie, et à l’agent Bates. Évidemment Charlie Harris, Justin et sa mère Julia sont les premiers suspects de Kanesha Berry… Mais Charlie Harris décide d’enquêter aussi de son côté, ce qui est assez facile car tout le monde apprécie Diesel, la libraire, la boulangère… « j’étais ravi et reconnaissant qu’un compagnon à quatre pattes aussi exceptionnel soit apparu dans ma vie. » (p. 184-185).

Évidemment c’est le titre et la couverture qui m’ont d’abord attirée mais j’ai passé un bon moment de lecture avec ce cozy mystery états-unien. J’ai bien aimé le chat, les personnages et les rebondissements (même si ce n’est pas extraordinaire, ça reste classique). Je lirai sûrement les tomes suivants traduits en français.

Pour le Mois américain, Petit Bac 2022 (catégorie Animal pour Chat), Polar et thriller 2022-2023.

Mois américain – Septembre 2022

Depuis des années, Titine – du blog Plaisirs à cultiver – organisait le Mois américain en septembre (9 éditions) mais il y a eu des problèmes sur Insta en 2020… et elle ne l’a pas organisé en 2021, elle a donc ratée la 10e édition de son challenge, c’est un comble (et arrêter de bloguer par la même occasion)… En 2021, Belette Cannibal Lecteur a créé quelques logos pour le faire de son côté et je me suis jointe à elle, eh bien elle fait de même cette année [son billet de présentation avec les logos] et je participe avec elle. Vous pouvez aussi participer de votre côté et partager vos liens sur le groupe FB (ah, il a été mis en veille par Titine depuis août 2021…) alors sur le nouveau groupe FB créé par Marjorie (merci Marjorie !).

PS : je tiens à préciser que c’est Belette qui porte ce Mois américain, et pas seulement pour la création des logos, je me suis simplement greffée mais c’est vrai que je me suis investie, au vu des commentaires déposés ci-dessous, pour expliquer la situation, répondre aux questions et « attirer » de nouveaux participants (d’ailleurs, bienvenue à eux, eh oui, il y a un gars pour la première fois) et bon Mois américain à tous 🙂

Mes billets pour ce challenge (en pensant à Titine)

1. Le chat du bibliothécaire 1 – Succès mortel de Miranda James (J’ai lu, 2021, États-Unis)

2. Aucune femme au monde de Catherine Lucille Moore (Le passager clandestin, 2021, États-Unis)

L’Évangile des Assassins d’Adam Blake

L’Évangile des Assassins d’Adam Blake.

Ma éditions (apparemment le livre n’est plus au catalogue, il n’y a plus de fictions), novembre 2011, 480 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-822-40053-4. The Dead Sea Deception (2011) est traduit de l’anglais par Véronique Gourdon.

Genres : littérature anglaise, roman policier, thriller.

Adam Blake (pseudonyme de Mike Carey, scénariste de comics DC et Marvel) naît en 1959 à Liverpool en Angleterre. Il a été professeur avant de se consacrer à l’écriture. Sa bibliographie sur son site officiel.

L’Évangile des Assassins est le premier tome de la série Leo Tillman & Heather Kennedy. Le deuxième est The Demon Code (Le Code du Démon) paru en 2012.

Peason, Arizona, États-Unis. Le shérif Webster Gayle est appelé pour le crash d’un avion. En s’écrasant, l’avion s’est coupé en deux et « La route N40 qui traversait Basset’s Farm était parsemée de corps : hommes, femmes et enfants, tous étendus sur la terre ravagée, tandis que les vêtements se déversaient de leurs valises éventrées, tordues […]. » (p. 9).

Londres, Angleterre. Heather Kennedy doit enquêter sur « un homme mort étendu au pied d’un escalier » (p. 13) datant d’il y a trois semaines mais dont la sœur n’est pas d’accord sur le fait que ça soit un accident. Elle devra « former un nouveau coéquipier, un jeune inspecteur enthousiaste qui vient juste d’entrer dans le service […] Chris Harper. » (p. 15) qui a 28 ans. Le mort était le professeur Stuart Barlow du département Histoire de l’université du Prince Régent, il avait 57 ans, était spécialisé en paléographie et dans les manuscrits de Nag Hammadi. E l’autopsie révèle que, effectivement, la mort est suspecte. En plus il avait déclaré être suivi.

Magas, Ingushetia (république d’Ingouchie, entre l’Ossétie du Nord et la Tchétchénie). Leo Tillman a perdu son épouse (Déborah) et leurs enfants (Jud, Seth et Grace). Il interroge Yanush (Kiril) Kartoyev, un trafiquant russe sur Michael Brand qu’il poursuit depuis 13 ans mais il n’obtient qu’une info importante, la dernière destination de Brand était Londres.

Lorsque Heather Kennedy va interroger Rosalind Barlow, la sœur du professeur assassiné, elle apprend que Stuart Barlow faisait voulait réécrire le codex Rotgut, « une traduction médiévale d’une version égarée de l’Évangile selon saint Jean. » (p. 74) et qu’il faisait partie des Ravellers, « une communauté sur Internet de paléographes – les gens qui travaillent sur les manuscrits anciens et les incunables. » (p. 73) et le seul nom dont elle ait entendu parler est Michael Brand qui devait rencontrer son frère à l’hôtel Pride Court à Londres. Michael Brand, oui, vous avez bien lu, Michael Brand, le point commun entre Leo Tillman et Heather Kennedy ! Et pendant ce temps, Chris Harper a découvert que deux autres scientifiques ayant assisté à la même conférence ont été également tués, Catherine Hurt et Samir Devani.

Deux jours après l’accident d’avion, à Peason, des fantômes des victimes sont apparus. Par exemple, un homme était dans son salon devant la télévision avec un verre de whisky et sa veuve a même senti son parfum, un employé des travaux publics s’est présenté à son bureau et a surfé sur Internet, une femme a sorti sa voiture du garage pour aller au supermarché et faire des achats avec de l’argent qu’elle venait de retirer du distributeur, une autre femme a appelé son frère « exactement soixante et une heures après que l’avion s’était écrasé au sol. » (p. 79). La boîte noire n’a toujours pas été retrouvée alors qu’elle émet bien un signal et, en la cherchant, le shérif Webster Gayle se retrouve lui-même nez à nez avec deux fantômes, si ressemblant qu’ils sont sûrement frère et sœur.

Montmartre, Paris, France. Solomon Kuutma suit Leo Tillman à la trace et envoie ses Messagers. Parfois ils perdent sa trace mais il faut absolument que Tillman ne retrouve ni sa femme ni ses enfants. Pour quelle(s) raison(s) ?

Bon, vous imaginez bien que Leo Tillman et Heather Kennedy, tous les deux cherchant Michael Brand, vont se rencontrer ! « Kennedy était perplexe. Il n’y avait pas grand-chose dans son discours qui lui avait semblé très sensé, même si Tillman l’avait prononcé d’une voix calme et mesurée. » (p. 206). « À propos de là où nous en sommes. Vous devez comprendre que ça fait longtemps maintenant que je recherche Michael Brand. Peut-être même depuis plus longtemps que vous n’êtes inspectrice. Et pendant tout ce temps, je ne me suis jamais senti aussi près de le trouver que maintenant. Nous nous sommes rencontrés au bon moment. Ce que vous savez et ce que je sais, tout cela se complète presque à la perfection. Nous sommes en bonne position. » (p. 251).

L’Évangile des Assassins est un thriller passionnant et explosif, plutôt ésotérique mais compréhensible même par les lecteurs qui n’y connaissent rien en religion chrétienne, groupes du début du christianisme, codex et manuscrits apocryphes. Je pense qu’il y a une part de ‘vérité’ et d’historique et une part de fiction (ou alors c’est que nous ne sommes pas au courant de tout et il vaut mieux pour nos vies !). Cependant, l’évangile de Judas est maintenant connu et beaucoup d’historiens et de scientifiques expliquent qu’il n’est pas le traître que l’on croit et qu’il aurait agi sur ordre de Jésus en toute connaissance de cause (est-ce que ce sont de simples hypothèses ou ont-il des preuves pour étayer tout ça, je ne sais pas). En tout cas, tout s’accélère dans les derniers chapitres. « Tillman la regarda inanimée, et il eut un rare sursaut de conscience. Avait-il entraîné Kennedy dans sa propre folie, ou s’étaient-ils rencontrés où elle était devenue assez dingue pour qu’ils soient sur la même longueur d’onde ? » (p. 434).

En fait, ce roman m’avait été envoyé par Lystig [sa note de lecture sur L’oiseau-Lire] au printemps 2012 (je pense, en tout cas après qu’elle l’ait lu puisqu’elle proposait de l’envoyer à la fin de son billet) et, peu de temps après l’avoir commencé, je me suis rappelée que je l’avais déjà lu, ou en tout cas commencé, car je me suis souvenu de certaines choses et j’ai retrouvé un papier dans le livre avec quelques notes. Comme le disait Lystig, il y a deux héros blessés par la vie, sympathiques et attachants, de l’action, du mystère (de l’ésotérisme) avec les descendants de Judas (et même de Caïn en fait) et le lecteur voyage surtout en Angleterre et aux États-Unis avec une incursion en Russie, en France et au Mexique. Un bon thriller avec une pointe de fantastique qui se laisse bien lire mais aurais-je l’occasion de lire le tome 2 (qui se déroule trois ans après) ?

J’ai repéré deux fautes… Page 45, Start au lieu de Stuart. Page 61, « En pour ce qui était des plaisanteries ».

Pour Bingo littéraire d’Hylyirio (n° 8, un livre dans ma Pàl depuis plus de 5 ans, depuis environ 10 ans même, 3e billet), British Mysteries 2022, Challenge lecture 2022 (catégorie 49, le livre de votre Pàl dont la date d’édition est la plus ancienne, il y a sûrement plus ancien mais celui-ci est dans ma Pàl depuis 10 ans), Polar et thriller 2022-2023, Shiny Summer Challenge 2022 (menu 1 – Été ensoleillé, sous menu 1 – Mort sur le Nil = policier et thriller, 4e billet), Un genre par mois (en juillet, c’est policier), Voisins Voisines 2022 (Angleterre).

To Repel Boarders (À l’abordage) de Jack London

To Repel Boarders (À l’abordage) de Jack London.

En numérique, anglais (1902) et français, une dizaine de pages.

Genres : littérature états-unienne, nouvelle, classique.

Comme j’ai eu du mal ces derniers jours pour lire et rédiger une note de lecture, j’ai choisi de lire une nouvelle. Je l’ai lue en anglais et en français.

Cette nouvelle de Jack London est parue aux États-Unis dans le St. Nicholas Magazine en juillet 1902 puis dans le mensuel McClure, Phillips & Co (1922) et dans le recueil Dutch Courage and Other Stories (The Macmillan Co, 1922).

Elle a été traduite en français par Louis Postif et publiée sous le titre À l’abordage dans Les pirates de San Francisco et autres histoires de la mer (10/18, recueil, 1973) puis dans Le mouchoir jaune et autres histoires de pirates (Folio, recueil, 1981) puis dans L’évasion de la goélette (Gallimard, recueil, 2008).

Jack London, de son vrai nom John Griffith Chaney (quoique William Chaney nie être le père et que, suite au séisme de 1906, les registres sont détruits), naît le 12 janvier 1876 à San Francisco en Californie (États-Unis). Avec sa mère, remariée à John London (qui a plusieurs enfants de son premier mariage), la famille déménage souvent mais reste en Californie (baie de San Francisco, Oakland, Alameda, San Mateo…). John/Jack vit au milieu des animaux, aime lire dès l’enfance, fréquente l’école, la bibliothèque et est embauché pour des petits boulots mais ce qu’il aime, c’est la mer et la liberté. Il devient le « prince des pilleurs d’huîtres », boit beaucoup mais gagne bien sa vie jusqu’à ce qu’il perde son bateau. Ensuite, il s’engage sur un bateau, profite d’une vie vagabonde, puis travaille pour reprendre ses études. Il devient journaliste, nouvelliste, romancier, poète, dramaturge, militant aussi, il part au Klondike où il trouve matière à écrire (à défaut d’or), il se marie avec une amie et le couple a deux filles. Il écrit sur l’East End (un quartier pauvre de Londres), il est correspondant pour la guerre russo-japonaise, pour la guerre de Corée, se passionne pour la révolution russe puis voyage dans le Pacifique et en Océanie. Il va aussi au Mexique, à Hawaii, bref il a une vie bien remplie et de quoi écrire articles et fictions (il est d’ailleurs l’écrivain le mieux payé du XXe siècle) d’autant plus qu’il s’inspire d’auteurs français et britanniques qu’il apprécie. Il meurt le 22 novembre 1916 à Glen Ellen en Californie et certains de ses titres sont publiés posthumes. Nombres de ses œuvres sont adaptées (séries, cinéma, bandes dessinées, chansons même).

La nouvelle To Repel Boarders (À l’abordage) est un dialogue entre Paul Fairfax et Bob Kellogg. Paul est persuadé de ne pas être à sa place, de ne pas être né au bon moment, il aurait aimé vivre durant « the days of the sea-kings », c’est-à-dire à l’époque des rois de la mer. « No, honest, now, Bob, I’m sure I was born too late. The twentieth century’s no place for me. If I’d had my way… ».

Paul et Bob, nés à Bay Farm Island à San Francisco, sont amis d’enfance. Leur rêve ? La mer ! Là, ils sont sur The Mist / La Brume, il est passé minuit et c’est la première fois qu’ils naviguent de nuit. « The Mist, being broad of beam, was comfortable and roomy. ». « La Brume, étant large de poutre, était confortable et spacieuse. ».

Paul déplore qu’au XXe siècle, il n’y a plus de romance et d’aventure comme avant… Trop de civilisation… Paul vit dans une nostalgie qu’il n’a pas connue… « Why, in the old times the sea was one constant glorious adventure, he continued. A boy left school and became a midshipman, and in a few weeks was cruising after Spanish galleons or locking yard-arms with a French privateer, or — doing lots of things. ». « Pourquoi, dans les temps anciens, la mer était une aventure glorieuse constante, poursuivit-il. Un garçon quittait l’école, devenait aspirant et, en quelques semaines, il naviguait après des galions espagnols ou verrouillait les bras de cour avec un corsaire français, ou faisait beaucoup de choses. ».

C’est que Paul lit beaucoup, a beaucoup d’imagination et rêve d’aventure ! Mais l’aventure n’est pas encore au rendez-vous… Tout à coup, leur bateau entre en collision avec le filet d’un autre bateau… « You break-a my net-a! You break-a my net-a! », pas contents les pêcheurs pirates qui ont abordé avec des couteaux The Mist et attaquer les deux jeunes hommes qui ne s’en sont sortis que grâce au vent. « Now that you’ve had your adventure, do you feel any better? ». « Maintenant que tu as vécu ton aventure, tu te sens mieux ? ».

Souvenir d’enfance ? Souvenir d’une lecture ? Véritable petite aventure ? L’auteur aime la mer, la navigation, le danger et ça se ressent dans cette courte nouvelle. Je me rappelle avoir lu quelques titres à l’adolescence, L’appel de la forêt, Croc Blanc, des titres qui m’avaient marquée et il faudrait que je relise plus sérieusement cet auteur précurseur du Nature Writing.

Pour 2022 en classiques, Les classiques c’est fantastique (en juillet, le thème est bord de mer ou grand large) et Les textes courts.

Les tambours du dieu noir et L’affaire étrange du djinn du Caire de P. Djèlí Clark

Les tambours du dieu noir suivi de L’affaire étrange du djinn du Caire de P. Djèlí Clark.

L’Atalante, collection La dentelle du cygne, avril 2021, 144 pages, 12,90 €, ISBN 979-10-3600-074-4. The Black God’s Drums (2018) et A Dead Djinn in Cairo (2016) sont traduits de l’anglais par Mathilde Montier.

Phenderson Djèlí Clark, de son vrai nom Dexter Gabriel, naît le 11 juin 1971 à New York (États-Unis) mais il grandit chez ses grands-parents à Trinité et Tobago. À l’âge de 8 ans, il retourne aux États-Unis. Il étudie l’Histoire. Il est historien, professeur chercheur (esclavage et émancipation dans le monde atlantique) et auteur (romancier et nouvelliste dans les genres fantasy et science-fiction). Plus d’infos sur son site officiel.

Voici ce que nous dit l’éditeur (site et 4e de couv). « Bienvenue dans la première publication française d’un nouveau maître de l’uchronie et du surnaturel. Bienvenue dans les mondes mirifiques criants de réalisme, foisonnants de couleurs, de sons et de parfums, de Phenderson Djèlí Clark. »

Les tambours du dieu noir est un roman indépendant.

Genres : littérature états-unienne, science-fiction (uchronie, steampunk).

La Nouvelle-Orléans, années 1880, bientôt ‘Maddi grá’. Une Nouvelle-Orléans indépendante et territoire neutre, avec des guildes, des dirigeables, des Écrivisses métalliques qui patrouillent dans les rues, des tempêtes noires, des Grands Murs construits par les Hollandais pour en protéger la ville et une guerre de Sécession presque avortée sur la fin.

Jacqueline (surnommée LaVrille) est la narratrice. « C’est pendant un de ces gros orages que je suis née, il y a à peu près treize ans, en 1871. » (p. 11). Son coin préféré ? Une alcôve sur un mur dans laquelle elle peut observer – sans être vue – les dirigeables et les gens qui en sortent « farandole de couleurs de peau, de vêtements, de langues » (p. 12). Son rêve ? « Je quitterai cette ville, je fendrai les nuages pour aller découvrir tout ce qu’y a à découvrir et voir tous les gens qu’y a à voir. » (p. 12). Ah, j’oubliais, Jacqueline est pickpocket ! « Comme de bien entendu, de mon alcôve, je peux aussi repérer les voyageurs qui surveillent pas d’assez près leurs portemonnaies, leurs valises et tout ce qui dépasse. Parce qu’à La Nouvelle-Orléans, les rêves, ça nourrit pas son homme. » (p. 12).

Mais soudain, tout ralentit et « une lune monstrueuse monte dans le ciel. Non, pas une lune, […] un crâne ! Un gigantesque crâne blanc emplit de nuit. » (p. 13). Jacqueline pense que c’est une vision que lui envoie la déesse Oya. Mais elle doit se cacher tout au fond de l’alcôve car des hommes arrivent (bizarre, personne ne vient jamais par ici), des Sudistes, et elle surprend leur conversation au sujet d’un scientifique haïtien, « […] les Tambours du dieu noir… T’êt’ bien que vous autres allez la gagner, c’te guerre, à la fin du compte. » (p. 16).

Jacqueline sait à qui elle va vendre l’information, à La Capitaine du dirigeable, le Détrousseur de Minuit, qui a connu sa mère, Rose, morte il y a trois ans. Si Jacqueline a en elle depuis toujours la déesse Oya (ce n’est pas comme une possession), idem pour La Capitaine (de son vrai nom Ann-Marie St. Augustine) avec la déesse Oshun et ces deux déesses sont sœurs donc La Capitaine et Jacqueline sont liées qu’elles le veuillent ou non. « Je comprends mieux pourquoi qu’elle a tant la bougeotte. À chaque tempête, à chaque épisode de vents violents, Oya est souveraine. Je l’entends rugir, en moi comme tout autour. Au milieu de toute cette eau, Oshun doit être pareille et, à force de lui résister la capitaine doit avoir l’impression de lutter contre un raz-de-marée. Dans ma tête, Oya rit. On peut fuir tant qu’on veut ses déesses afrikaines ancestrales, elles nous retrouvent toujours quand elles l’ont décidé. » (p. 64).

J’ai bien aimé (mais je l’ai trouvé un peu trop court, bon j’en aurais voulu plus !), il y a de l’action, de l’inventivité et les deux personnages principales sont attachantes. Je le conseille surtout à ceux qui aiment le steampunk (par certains côtés, ça m’a fait penser à la trilogie Le siècle mécanique de Chérie Priest). Il a été nommé à plusieurs prix : Nebula du meilleur roman court 2018, Hugo du meilleur roman court 2019, Locus du meilleur roman court 2019 et World Fantasy du meilleur roman court 2019.

La chose un peu difficile : lire les phrases en créole (enfin, il me semble que c’est du créole)… Un exemple, « Mwen avé bien plis que dizneuf ans quonça mwen embaqué sus un dirijabl ! Ma granmanman m’auré dékalbichée si mwen avait songé à ton laj. Touça à qui tu dévré rêvé, lé gason qui sont pètèt amoureux di toi et le mayaj. » (la capitaine à Jacqueline, p. 32). Vous voyez, c’est compréhensible quand même (bravo à la traductrice !) et je vous rassure, ce n’est pas tout le temps comme ça, c’est seulement pour quelques dialogues.

Pour Challenge lecture 2022 (catégorie 15, un livre avec une couleur dans le titre), Littérature de l’imaginaire #10, Petit Bac 2022 (catégorie Couleur pour Noir), Shiny Summer Challenge 2022 (menu 4 – Chaud et ardent, sous menu 2 – Faire feu de tout bois = guerre, bataille, enjeu politique, on est en pleine guerre de Sécession mais… différente), Les textes courts (cette première histoire compte 90 pages) et surtout S4F3 2022 et Vapeur et feuilles de thé (steampunk).

L’affaire étrange du djinn du Caire est la première histoire de la série Ministère égyptien de l’Alchimie, des Enchantements et des Entités surnaturelles. La 2e étant Le mystère du tramway hanté (2019, L’Atalante, 2021) et la 3e Maître des djinns (2021, L’Atalante, 2022).

Genres : littérature états-unienne, fantasy, fantastique, science-fiction, roman policier.

Azbakiyya, quartier cossu du Caire, Égypte, 1912. « Fatma El-Sha’arawi, agente spéciale du ministère égyptien de l’Alchimie, des Enchantements et des Entités surnaturelles, examinait le cadavre vautré sur le gigantesque divan à travers des lunettes spectrales. Un djinn. Un Ancien, qui plus est – musculeux, deux fois plus grand qu’un homme, avec des doigts prolongés par des serres recourbées aussi longues que des couteaux. » (début du roman, p. 93).

Vous avez déjà vu un djinn, vous ? Moi, non… mais je ne possède pas de lunettes spectrales !

L’inspecteur Aasim Sharif de la maréchaussée locale sert d’officier de liaison avec le ministère. « Il n’avait pas mauvais fond. Il était simplement vulgaire. » (p. 93), vu son discours, tout le monde s’en sera rendu compte, et en plus il n’est pas très efficace… Bref, ce que je veux dire, c’est que, comme dans Les tambours du dieu noir avec Jacqueline et La Capitaine, l’auteur privilégie encore ici une héroïne, même si les hommes du Caire sont bien gênés devant « une Saïdi basanée sortie de sa cambrousse » (p. 94), jeune en plus (24 ans), érudite (elle a étudié à Louxor), habillée à l’occidentale (plutôt mode masculine, extravagante, costume anglais, cravate, chapeau melon noir, chaussures à bout golf, canne à pommeau d’argent et montre à gousset offerte par son père horloger) et même deux héroïnes puisque le lecteur fera la connaissance de Siti, une Nubienne, un peu plus tard.

Phenderson Djèlí Clark est un maître dans la fusion des genres ! Nous avons ici une enquête policière avec une pointe de science-fiction (créatures mécaniques et automates, steampunk donc), de la fantasy (magie et créatures d’un autre monde) et du fantastique (horreur, avec un petit côté lovecraftien). C’est que, plus de quarante ans auparavant, al-Jahiz « au moyen de pratiques mystiques et de machines, avait ouvert un passage vers le Kaf, l’outre-royaume des djinns. La raison de son geste – curiosité, malveillance ou malice – restait un mystère. Il avait disparu peu après en emportant ses incroyables inventions. » (p. 101), ouvrant la porte aux djinns, goules, sorciers, magiciennes…

« La fin des mondes est proche, intervint la femme-Jann d’une voix qui résonna comme un écho. L’heure tourne. […] Vous en avez vu beaucoup cette nuit, reprit la prêtresse. […] une paire de cornes torsadées, une faucille, une hache surmontée d’un crochet et une demi-lune entourée de lierre entortillé. » (p. 122). Une vieille prophétie djinn se réalise… « […] selon laquelle trois seront nécessaires, trois qui devront se livrer sans contrainte. » (p. 124-125). Le Bélier (le djinn) est déjà mort, le Moissonneur (l’ange) aussi, mais qui est le Bâtisseur ? Serait-ce la fin du monde ?

Avec cette histoire, l’auteur revisite le mythe de l’horloge, maîtresse du temps et de l’espace, malédiction pour les humains, « toutes les peurs, tous les cauchemars inimaginables » (p. 135). De l’action, des rebondissements, pas de fioritures, le tout dans un format court mais une totale réussite, j’ai encore mieux aimé que Les tambours du dieu noir et j’ai hâte de lire la suite, Le mystère du tramway hanté (2e tome, que j’ai) et Maître des djinns (3e tome, que malheureusement je n’ai pas mais que je vais me procurer puisqu’il est paru en février 2022).

Ils l’ont lu : Amalia, Apophis, CélineDanaë, Elwyn, Lutin d’Albédo, Ours inculte, Yuyine, d’autres ?

Pour Challenge lecture 2022 (catégorie 39, un roman fantasy), Contes et légendes (créatures surnaturelles), Littérature de l’imaginaire #10, Petit Bac 2022 (catégorie Lieu pour Caire), Shiny Summer Challenge 2022 (menu 4 – Chaud et ardent, sous menu 2 – Faire feu de tout bois = guerre, bataille, enjeu politique, ici une guerre magique, 2e lecture), Les textes courts (cette deuxième histoire compte 54 pages), Un genre par mois (en juillet, c’est policier) et surtout S4F3 2022 et Vapeur et feuilles de thé (steampunk).

Sky Hawk de Jirô Taniguchi

Sky Hawk de Jirô Taniguchi.

Casterman, collection Sakka, octobre 2009, 288 pages, 12,95 €, ISBN 978-2-23-02617-9. Ten no taka (Sky Hawk) (2002) est traduit du japonais par Corinne Quentin.

Genres : manga, western.

Jirô Taniguchi… Consulter mon billet avec sa biographie et sa bibliographie.

Après la défaite de leur Daimyo (seigneur) du fief Aizu, Hikosaburô Soma (32 ans) et Manzô Shiotsu (29 ans), deux samouraïs, se sont exilés aux États-Unis (après la restauration de Meiji en 1868). Manzô étant blessé à la jambe suite à une attaque de grizzli, Hikosaburô chasse seul en ce jour de mars 1871 et il sauve une femme indienne qui vient d’accoucher d’une petite fille (qui se prénommera Sakura).

À son réveil, elle raconte qu’elle s’appelle Running Deer, qu’elle appartient à la tribu Sioux des Sans-Arcs et que six mois plus tôt elle a été achetée par un homme blanc lorsque son village a été incendié. Évidemment des hommes blancs armés viennent la récupérer mais Hikosaburô utilise le jujitsu pour les vaincre sans problème. Plus loin des Sioux du clan Oglagla observent la scène. « Face à un homme armé, tu as été le plus rapide. Comment fais-tu ? » (Crazy Horse, chef des guerriers Oglagla). C’est décidé, les deux samouraïs partent avec les guerriers Oglagla pour vivre dans leur tribu sur leur terre sacrée, les Black Hills (Wyoming), et leur enseigner le jujitsu ! Ou quand la tradition japonaise rejoint la tradition amérindienne (et il y a des similitudes, entre le bushidô et le code de l’honneur indien entre autres).

La jambe de Manzô est guérie, les cours de jujitsu commencent et les Indiens sont vraiment surpris de la rapidité et de l’efficacité de cet art martial. Mais lorsqu’ils vont à la chasse aux bisons avec les deux Japonais, c’est l’horreur, des centaines de bisons ont été tués par des chasseurs et des militaires blancs. Pour le plaisir mais aussi « pour forcer les Indiens des plaines à renoncer à leur mode de vie basé sur la chasse, et à se résigner à vivre dans les réserves gérées par le gouvernement. » et aussi parce que les Blancs prévoient de faire passer le Cheval de Fer (le train) à travers les plaines d’est en ouest.

Après de dangereux combats (contre les Blancs, contre les Crows alliés aux envahisseurs) dans lesquels ils font leurs preuves, Hikosaburô devient Sky Hawk (Faucon Céleste) et Manzô devient Winds Wolf (Loup des Vents) et sont accueillis à part entière dans le clan Oglagla.

Mais les traités comme celui de 1865 qui stipule que « Sur l’ensemble de ce territoire, les Blancs n’auront le droit ni de s’établir ni de posséder des terres. Sans autorisation des Indiens, ils n’auront pas le droit non plus de traverser ces zones. » sont systématiquement bafoués. Non seulement les Blancs traversent sans autorisation des Indiens mais en plus ils s’installent (villes, mines), ils pillent, ils brûlent, ils tuent des milliers de bisons (indispensables aux Indiens) et avancent avec le Cheval de Fer jusqu’aux plaines des Oglagla… « On a beau chasser les Blancs sans cesse, il en revient toujours. Comme des armées de sauterelles. ».

Printemps 1876, menacés par le gouvernement américain et par les militaires toujours mieux armés (carabines, fusils à répétition, canons, mitrailleuses…), les Cheyennes survivants se joignent aux Oglagla près de la rivière Rosebud puis « les diverses tribus Sioux, Brûlés, Sans-Arcs et Pieds-Noirs se rejoignent » ainsi que les Cheyennes Hunkpapas conduits par Sitting Bull et de jeunes guerriers qui ont quitté les réserves dans lesquelles ils étaient parqués, mais tous ont perdu de nombreux villages et de valeureux guerriers…

Dans la préface Jean Giraud alias Moebius dit que le western est un genre passé de mode à Hollywood (comme le péplum et le cinéma de cape et d’épée) mais qu’il survit grâce à la « ‘Bande Dessinée’, non, ça, c’est seulement le prénom, le patronyme entier est : ‘Bande Dessinée Francophone’. C’est là que les cow-boys se sont réfugiés, avec arme et bagages, et tout le reste […]. », bande dessinée francophone que Jirô Taniguchi découvre et apprécie c’est pourquoi il se lance dans la création de ce magnifique western.

Je voudrais ajouter qu’un autre manga de western existe pourtant, c’est Shumari d’Osamu Tezuka, un seinen paru entre juin 1974 et avril 1976 dans le magazine Big Comic puis en 4 tomes chez Shôgakukan (Japon) en avril 1976 et chez Tonkam (France) entre novembre 2007 et septembre 2008. Plus récemment, Billy the Kid 21 de Noburu Rokuda, inspiré bien sûr de l’histoire de Billy the Kid mort à 21 ans, seinen en 3 tomes est paru chez Green Arrow Shuppansha (Japon) en 2008 et chez Black Box (France) en 2018. Peut-être y en a-t-il quelques autres mais je ne veux pas faire ici une recension de tous les mangas westerns !

Dans la postface, Jirô Taniguchi dit que, ce western, il avait « envie de [le] dessiner depuis une bonne vingtaine d’années. » Comme beaucoup d’entre nous, il a vu enfant les westerns hollywoodiens et les ‘westerns spaghettis’ (italiens) et il a découvert la bande dessinée européenne. Il s’est basé sur l’histoire des premiers migrants japonais aux États-Unis, « en 1869, une quarantaine de Japonais du clan Aizu, ayant perdu la guerre de Boshin, avaient emprunté le bateau à vapeur China, partant de Yokohama pour se rendre à San Francisco. » Ainsi cette ‘petite’ histoire dans la Grande Histoire est bien réelle (Sakura a d’ailleurs été photographiée par un photographe japonais) et l’auteur a fait des recherches pour être au plus près de la réalité (concernant les lieux, les batailles, le mode de vie, tout ça) même s’il y met un peu de fiction.

De mon côté, j’ai été émue au plus haut point (au point que les Indiens auraient pu m’appeler Rivière de Larmes !). Les six premières planches sont en couleurs, ensuite c’est en noir et blanc (beaucoup de manga de Taniguchi se lisent dans le sens occidental, celui-ci se lit dans le sens japonais). Les dessins sont magnifiques, à la fois sobres et à la fois détaillés, et il y a de très beaux paysages, Taniguchi s’est surpassé. Fans de Taniguchi, fans de western, curieux ? C’est pour vous !

Pour La BD de la semaine (cependant en pause durant la période estivale) et BD 2022, Bingo littéraire d’Hylyirio (n° 19, un roman de mon auteur préféré, je peux dire qu’en manga, Taniguchi est un de mes auteurs préférés), Challenge de l’été – Tour du monde 2022 (auteur japonais mais l’action se déroule aux États-Unis, l’organisatrice a demandé que si on présente un manga, on parle d’au moins 3 tomes sauf qu’ici, ce n’est pas une série, c’est un one-shot de près de 300 pages, pour moi c’est l’équivalent d’un roman, si ça pose problème, ce n’est pas grave, j’ai d’autres lectures américaines mais j’aime bien sortir des sentiers battus !), Challenge lecture 2022 (catégorie 48, un manga, 2e billet), L’été lisons l’Asie (menu Fil rouge = Japon, menu de juillet = nature, récit initiatique, roman d’apprentissage, c’est l’histoire de deux Japonais exilés fin XIXe siècle aux États-Unis, recueillis par une tribu indienne et donc qui vivent en pleine nature et avec la nature) et Shiny Summer Challenge 2022 (menu 1 – Été ensoleillé, sous menu 3 – Au pays du soleil levant = culture japonaise, ou comment la culture japonaise se lie à la culture amérindienne).

Nero & Marlowe, les chats mènent l’enquête 1 – Un cadavre dans les pattes de Leighann Dobbs

Nero & Marlowe, les chats mènent l’enquête 1 – Un cadavre dans les pattes de Leighann Dobbs.

Harper Collins, collection Noir, novembre 2021, 286 pages, 14,90 €, ISBN 979-10-3391-142-2. A Twist in the Tail (2019) est traduit de l’américain par Santiago Artozqui.

Genres : littérature états-unienne, roman policier, cozy mystery.

Leighann Dobbs ou Lee Ann Dobbins est une romancière états-unienne qui vit dans le New Hampshire. Elles est connue pour ses romances historiques, cozy mysteries et thrillers. Dans la même série : Nero & Marlowe, les chats mènent l’enquête 2 – Meurtre & moustaches paru en avril 2022. Plus d’infos sur son site officiel, sa page FB (avec ses chats) et son compte twitter.

Après le départ à la retraite de Millie Sullivan, Josie Waters, 46 ans, divorcée, est devenue à la fois propriétaire de l’Oyster Cove Guesthouse dans le Maine, une vieille maison de trois siècles avec vue sur l’océan Atlantique et des chats que Barbara Littlefield, l’inspectrice en bâtiment de la municipalité, n’apprécie guère au vu de l’hygiène. D’ailleurs, des miaulement attirent les deux femmes dans l’aile ouest fermée pour travaux et elles découvrent le corps de Charles Prescott, un des cinq clients de la maison d’hôtes. Les enquêteurs déjà sur place sont « Nero, le gros chat à la robe noir et blanc, […] ses yeux d’un vert intense, [et] Marlowe, au pelage écaille de tortue » (p. 12).

Les chats « reniflaient partout dans la pièce comme des inspecteurs à fourrure en quête d’indices. Nero portait une grande attention au poteau de rampe surmonté d’un globe qui avait roulé dans un coin. Marlowe, assise à côté de lui, l’observait. » (p. 17-18). Entre le cadavre, les clients curieux, Seth Chamberlain le vieux shérif, Millie Sullivan et la mère de Josie qui débarquent, c’en est fini du calme de la maison d’hôtes… « Qu’est-ce qui serait le mieux pour mon commerce ? Que quelqu’un l’ai tué, ou qu’il soit tombé dans un escalier dangereux ? » (p. 23).

Nero et Marlowe ont évidemment repéré des indices que les humains n’ont pas encore vus, et ne parlons pas du shérif, vraiment incompétent… De plus, ils ont à l’extérieur des chats qui peuvent les aider (un peu comme les gamins des rues rendent des services à Sherlock Holmes), Poe, grand, gris et costaud, Stubbs, roux à rayures avec un petit bout de queue, Boots, noir avec des pattes blanches et de longues et épaisses moustaches, Harry, gros maine coon à la fourrure épaisse, et Juliette, grise au poil soyeux avec un losange blanc sur la tête (p. 54).

« Nero laissa dériver son regard dans la nuit noire, et un mauvais pressentiment l’envahit tout entier. – Nous devons être aux aguets, et tout particulièrement ce soir. Mon septième sens me souffle que l’assassin pourrait revenir sur les lieux du crime, et s’il le fait, nous devrons être là pour protéger notre humaine. » (p. 168).

L’enquête sur la mort de Prescott n’est pas extraordinaire mais la relation entre Josie et les chats est intéressante car ceux-ci étaient très proches de Millie et se considèrent comme propriétaires de la demeure et de Josie, qu’il va falloir former car elle est longue à la détente mais se révèle maline avec un peu d’efforts. Et puis, Mike Sullivan, le neveu de Millie qui fait des travaux dans la maison, semble apprécier Josie, non ? Et il y a quand même de la réflexion, de l’action, des rebondissements et quelques recettes !

Franchement, ce n’est pas le meilleur cozy mystery que j’aie lu, c’est tout simple, sans prise de tête, mais j’ai bien aimé les chats et leur humour alors je veux bien lire le deuxième tome, Meurtre et moustaches paru en avril 2022 (dans lequel on en saura peut-être plus sur la relation entre Josie et Mike !).

Pour Bingo littéraire d’Hylyirio (catégorie 20, un roman feel good), Challenge lecture 2022 (catégorie 10, un roman qui contient des recettes de cuisine), Les dames en noir, Petit Bac 2022 (catégorie Verbe pour Mènent) et Polar et thriller 2021-2022. Et le nouveau Shiny Summer Challenge 2022 (menu 1 Été ensoleillé, option 2 Un carré jaune sur un océan bleu = couverture ensoleillée prédominance de jaune ou bleu, il y a les deux).

Gentlemind 2 de Díaz Canales, Valero et Lapone

Gentlemind 2 de Díaz Canales, Valero et Lapone.

Dargaud, février 2022, 72 pages, 18 €, ISBN 978-2-20508-724-6.

Genre : bande dessinée espagnole.

Juan Díaz Canales est le scénariste. Il naît en 1972 à Madrid (Espagne). Après avoir étudié l’animation, il devient scénariste et dessinateur de bandes dessinées. Du même auteur : Blacksad et Corto Maltese entre autres.

Teresa Valero est la co-scénariste. Elle naît le 23 juillet 1969 à Madrid (Espagne). Elle travaille pour le dessin d’animation (Corto Maltese, Nanook parmi les séries animées et Astérix et les Vikings, Bécassine parmi les films d’animation) puis se tourne vers le scénario de bandes dessinées. Du même auteur : Sorcelleries (3 tomes).

Antonio Lapone est le dessinateur et le coloriste. Il naît le 24 octobre 1970 à Turin (Italie). Après avoir été dessinateur pour une agence de publicité, il se lance dans la bande dessinée. Il vit en Belgique. Plus d’infos sur son blog, Lapone Art.

Lorsque j’ai lu Gentlemind 1, je ne pensais pas mettre si longtemps pour lire le tome 2… mais, voilà, c’est chose faite ! Le premier tome se déroulait entre 1939 et 1944 et le lecteur faisait la connaissance principalement d’Arch Parker (dessinateur), Navit (son amie), H.W. Powell (riche industriel, propriétaire du magazine Gentlemind), Waldo Trigo (avocat portoricain) et sa sœur Gabriela (activiste).

Brooklyn, New York, 1945, Navit devenue Gina Powell (dans le 1er tome) a hérité de Gentlemind à la mort de son époux mais ça ne plaît pas à l’équipe de rédaction (que des hommes) et Arch est quelque part en Europe (en train de se battre… ou mort…).

Gina veut absolument moderniser le vieillissant Gentlemind pour en faire un magazine moderne avec de la fiction. Mais elle ne veut pas faire comme la concurrence, Esquire qui mise sur l’érotisme et Amazing Stories qui mise sur l’imaginaire (en particulier la science-fiction et le fantastique).

Juin 1945, John Doe doit écrire une histoire de fiction pour chaque numéro mais Robert Hearn du New York Times dévoile que John Doe est en fait l’avocat Waldo Trigo, or il est Portoricain et des échauffourées ont lieu entre les Portoricains qui manifestent et la police…

Décembre 1945, Gina a réussi son coup avec « Homme de papier, la nouvelle fiction américaine, Capote, Faulkner, Steinbeck, Hemingway, Fitzgerald, Chandler, Salinger, Camus, Bradbury » (p. 12), excusez du peu ! À noter que Camus, Français né en Algérie, est assimilé à cette « nouvelle fiction américaine ».

Juin 1947, le magazine est en plein essor et publie Gus Greene, Joe Clayton, Ira B. Philips, C.C. Fuse, Carson Ravitch, Arthur McVoy, Bruce Enoch, Alexander Foxton, des noms que, je l’avoue, je connais moins que ceux cités plus haut.

Août 1949, Gina est blessée lorsqu’elle voit un numéro spécial d’Esquire proposant « une anthologie des plus belles pin-up d’Arch Parker ». (p. 14). Pendant ce temps-là, les Portoricains continuent de manifester pour leurs droits.

Juin 1950, Gentlemind titre « Vous les hommes êtes tous égaux. » (p. 15). Mais les manifestants portoricains ont été arrêtés par la police et Gabriela, blessée par balle, est à l’hôpital. Robert Hearn rend visite à Waldo Trigo en prison et veut lui faire dire une opinion politique. « Il n’y a pas de patrie, Hearn. Il y a des hommes qui écrasent d’autres hommes et des hommes qui se défendent, c’est tout. J’embrasserai cette cause, mais je ne ferai mienne aucune langue, aucune terre. Et la seule arme que je compte utiliser pour cela, c’est l’écriture. » (p. 19).

D’autres histoires se rajoutent à celle de Gentlemind comme celle de Jo, la nouvelle secrétaire, ou celle de Maggie Kenwood, la photographe, amie du docteur Karl Penrod Wolf, le chirurgien des stars. Et, en mars 1951, Robert Hearn qui a quitté The New York Times et Maggie Kenwood sont en Une, quant à Jo, elle est devenue rédacteur en chef.

Les ventes de Gentlemind ont augmenté de 30 %, les annonceurs publicitaires sont revenus à 60 % mais rien n’est gagné, un nouveau concurrent arrive en 1953. « Votre Esquire, votre Gentlemind… – Non, non, donnez-moi ce Playboy dont tout le monde parle. » (p. 37). Gentlemind survit grâce aux Unes avec Charlie Chaplin ou Elvis et au retour d’Arch Parker mais fin des années 60, début des années 70, d’autres magazines paraissent comme Mad, People, Rolling Stone et plus personne ne veut de Gentlemind, « une revue vieillotte » (p. 53).

Un récit riche en émotion et rebondissements qui, à travers les 30 ans de parution de Gentlemind (jusqu’en 1975), raconte la vie aux États-Unis, la vie des Américains, des ‘presque’ Américains (des réfugiés allemands, parfois d’anciens nazis sur qui retombe leur passé), des ‘pas encore’ Américains (les Portoricains qui ont continué la lutte). Le tout dirigé par une femme qui malheureusement s’endurcira et se perdra… Une très belle suite (et fin) enrichissante et bien menée.

Pour La BD de la semaine (plus de BD de la semaine chez Noukette) et les challenges BD 2022, Mois espagnol et sud-américain et Les textes courts.

L’ours d’Andrew Krivak

L’ours d’Andrew Krivak.

Globe, septembre 2021, 160 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-38361-001-4. The Bear (2020) est traduit de l’américain par Heloïse Esquié.

Genres : littérature états-unienne, roman, nature writing, post-apocalyptique.

Andrew Krivak naît en 1963 à Wilkes-Barre (Pennsylvanie) dans une famille slovaque exilée aux États-Unis. Il étudie au St. John’s College d’Annapolis (Maryland), à l’université de Columbia (New York City) et à l’université Rutgers (New Jersey). Après un séjour chez les Jésuites, il rédige un mémoire, In Search of a Religious Life (2008) puis deux romans (encore non traduits en français) : The Sojourn (2011) et The Signal Flame (2017) avant The Bear (2020) qui a reçu le Banff Mountain Book Prize. Plus d’infos sur son site officiel.

Un homme et une femme jeunes se sont installés dans cette montagne. Ils ont construit une maison en bois et en pierre. Ils ont eu un enfant, une fille, mais la femme est morte très peu de temps après. L’homme élève donc seul sa fille. En ce jour le plus long de l’année, elle a maintenant cinq ans et il répond à ses questions parce que c’est difficile pour elle de ne pas avoir connu sa mère. Il y a des animaux mais ils sont les seuls humains au monde. « Tu es une fille intelligente. Mais il y a encore tant de choses que tu ne peux pas comprendre. Tant de choses que tu ne devrais pas être obligée de comprendre. Pas encore. » (p. 13).

Le lendemain, père et fille grimpent au sommet de la montagne, là où la mère est enterrée. Il lui raconte tout et, à partir de ce moment, lui enseigne tout ce qu’il sait. Le terrain, le lac, « où plonger pour ramasser les moules […] confectionner un collet à lapin […] toutes les étapes de la fabrication d’un harpon de pêche […] repérer les essaims d’abeilles sauvages […] et récolter le miel […] comment estimer l’heure […]. » (p. 21). Et même, lorsqu’elle fut plus grande, « il lui apprit à lire et à écrire » (p. 22).

C’est à l’automne de ses 7 ans que « la fille et son père virent surgir un ours surgir des bois et se diriger vers le lac, puis patauger dans l’eau jusqu’à ce qu’il ait un poisson dans la gueule, avant de repartir dans la forêt, en direction des hauteurs. » (p. 24). Et la vie continue, au fil des saisons, des histoires que lit la fille ou que raconte le père et des cadeaux qu’elle reçoit chaque année à son anniversaire (peigne, boussole, couteau, silex…).

Mais, alors qu’ils se rendent pour la première fois au nord et à l’est, vers l’océan, l’homme se fait mordre dans l’eau par un animal qu’il n’a pas le temps de voir, « la main de l’homme était enflée et bleue » (p. 52).

« Elle était seule dans le canoë, pagayant vers la rive […]. L’ours retourna la fille du bout de son museau et lécha la croûte de sommeil et de sel dans ses yeux […]. La fille se secoua, tenta de se lever d’un coup, et s’effondra. L’ours recula et ils se regardèrent à travers la distance qui les séparaient. Tu peux faire un autre feu ? demanda l’ours. La fille ne répondit pas. Elle envisagea de s’enfuir […]. » (p. 71, je note qu’ici il y a une faute, la distance les séparait au singulier pas au pluriel).

Cela peut paraître surprenant mais c’est avec l’ours que la fille fait le trajet de retour, et l’ours sait tout, les endroits qu’il faut éviter, les arbres à miel, les baies et les fruits… « Ils ne parlaient guère tandis qu’ils marchaient vers les hautes montagnes jour après jour. Leur langage était la régularité de leur pas et la cueillette de nourriture. » (p. 79). De même cela peut paraître surprenant que l’ours parle et que la fille le comprenne mais l’ours « expliqua qu’autrefois tous les animaux savaient produire les sons que la fille et son père utilisaient entre eux. Mais les autres comme elle avaient cessé d’écouter, et cette aptitude s’était perdue. […] mais tous les êtres vivants parlaient, et peut-être que la vraie question était comment il se faisait qu’elle puisse le comprendre. » (p. 84).

Malheureusement, durant le retour, l’ours et la fille sont obligés de rester de l’autre côté de la rivière parce que l’hiver arrive plus tôt et, le lecteur s’en doute, l’ours doit hiberner. « Si tu ne te réveilles pas, cette grotte sera ta tombe, et l’ours portera avec lui dans ses errances le souvenir d’un automne où il aura voyagé un temps avec un être porteur de chagrin. Mais si tu te réveilles et fais le voyage jusqu’à chez toi, l’ours et une lignée d’ours après lui porteront l’histoire du retour de la dernière à la montagne isolée. Ils la porteront pour que la forêt s’en souvienne aussi longtemps qu’il y aura de la forêt sous le soleil. » (le puma, p. 111-112).

La fille va-t-elle survivre à cet hiver ?

Comme je n’avais pas aimé Dans la forêt de Jean Hegland (le comportement des deux sœurs m’avait énervée…), j’espérais beaucoup de ce roman ‘similaire’, c’est-à-dire un roman de nature writing avec quelques survivants (ici, seulement deux) dans un monde post-apocalyptique (c’est la couverture qui m’a d’abord attirée). Eh bien, je n’ai pas été déçue, au contraire. Ce roman a tout ce que l’autre n’avait pas ! Je l’ai trouvé passionnant, plein de poésie et d’amour pour la Nature, pour les animaux (même si les passages de chasse restent difficile pour moi à lire). J’ai lu que l’auteur s’est inspiré du mont Monadnock (New Hampshire) près duquel il vit avec son épouse et leurs enfants, une montagne qui me semble très belle quoique peu accueillante en hiver (mais, comme toutes les montagnes, non ?).

Les lecteurs ne sauront rien de ce qui est arrivé aux humains. Les parents de la femme et de l’homme (pas de prénoms) ont cherché des survivants mais le jeune couple ne les a jamais revus. Les seuls ‘visiteurs’ sont les animaux qui vivent plus ou moins près de leur maison dans la montagne. Ils ont appris à survivre avec ce que la Nature leur donnait et quelques bricoles qu’ils ont gardé du monde humain (comme un peigne pour elle et une boussole pour lui). Rien de science-fiction dans ce roman pourtant post-apocalyptique, mais il est d’une beauté époustouflante, toute en contemplation et enseignements (je n’ai pas lu les auteurs que cite la 4e de couv, Emerson et Thoreau). L’homme veut que sa fille vive tout en aimant et respectant la faune et la flore qui l’entourent parce que, sans cette harmonie, elle ne pourra pas vivre. Mais dans ce livre, ce ne sont pas les humains qui sont importants, ce sont les animaux, le vent, les odeurs, l’eau, en un mot la Nature.

Une belle leçon de vie et d’humilité que je mets dans Bingo littéraire d’Hylyirio (n° 1, la couverture rappelle le printemps), Challenge lecture 2022 (catégorie 40, un livre choisi pour sa couverture), Littérature de l’imaginaire #10 et Petit Bac 2022 (catégorie Animal pour Ours).