Reconnaissance de dette de F.S. Fitzgerald et America

Reconnaissance de dette est une nouvelle inédite de Francis Scott Fitzgerald qu’il est possible de lire dans le n° 1 d’America (pages 120 à 133) avec une traduction de Marc Amfreville.

Francis Scott Fitzgerald (1896-1940) est l’écrivain chef de file de la « Génération perdue » (courant littéraire américain de l’entre-deux guerre).

Le narrateur est éditeur et tant pis s’il ne découvre pas de grands auteurs, ce qu’il veut c’est gagner de l’argent : « Vous penseriez comme moi si vous étiez éditeur. » (p. 122). Six mois auparavant, il a publié L’Aristocratie du monde des esprits du Dr Harden, un témoignage dans lequel le célèbre scientifique explique comment il est entré en contact avec Cosgrove Harden, son neveu mort à la guerre. Trois cent mille exemplaires à deux dollars cinquante pièce, faites le calcul ! Mais il s’avère que ce livre est une supercherie, le jeune homme étant en fait bien vivant… « C’est de la fiction ! Il remplit tous les critères d’une œuvre de fiction : ce n’est qu’un long mensonge à l’eau de rose. (p. 125) dénonce Cosgrove Harden. « Qu’avez-vous fait ? Vous avez fait de lui la risée de tous ! Vous l’avez ramené à la vie sous les traits d’une créature surnaturelle qui envoie des messages idiots sur les fleurs, les oiseaux et le nombre de plombages de George Washington. » (p. 128) reproche Miss Thalia, la fiancée éplorée et en colère. Avec un humour jubilatoire et une sacrée ingéniosité dans le style et la narration, Francis Scott Fitzgerald raconte dans Reconnaissance de dette comment tout faire foirer pour 3 dollars et quatre-vingt cents… C’est aussi une réflexion sur le métier de l’éditeur et sur la notion de fiction : « Qu’est-ce qu’un témoignage ? Qu’est-ce qu’une fiction ? Francis Scott Fitzgerald n’a que 24 ans lorsqu’il écrit cette nouvelle, et son talent éclate déjà. » nous dit America (p. 121).

Une belle surprise pour La bonne nouvelle du lundi organisée par Martine et deux autres bonnes nouvelles en bonus (décidément il y avait déjà plusieurs bonnes nouvelles lundi dernier !) :

Reconnaissance de dette est dans Je me tuerais pour vous et autres nouvelles inédites de Francis Scott Fitzgerald, un recueil à paraître le 29 mars 2017 en coédition entre Fayard et Grasset (480 pages, 23 €) : une très bonne nouvelle effectivement et je ne manquerai pas de lire les autres nouvelles de l’auteur de L’étrange histoire de Benjamin Button (1921) et Gatsby le magnifique (1925).

America est une nouvelle revue littéraire sous forme de mook (contraction de magazine et de book) sous-titrée « L’Amérique comme vous ne l’avez jamais lue » dont le premier numéro vient de paraître. Créée par François Busnel (La Grande Librairie) et Éric Fottorino (Le 1), cette revue parlera de la littérature américaine pendant 4 ans (les 4 ans du mandat de Donald Trump) et, à raison de 4 numéros trimestriels par an, il y aura en tout 16 numéros (lorsque les 16 numéros seront alignés, leurs tranches formeront la carte des États-Unis). Elle est un peu chère : 19 € pour 196 pages mais elle vaut vraiment le coup. C’est bien simple, la Maison de la presse dans laquelle je me fournis en avait reçu 25 exemplaires mercredi matin et lorsque j’ai acheté mon exemplaire samedi soir en sortant du travail, c’était le dernier ! Preuve que la littérature américaine et qu’une nouvelle revue littéraire intéressent au plus haut point les lecteurs. Bon, je n’ai pas encore tout lu car America est vraiment dense mais ce que j’ai lu et vu (portfolio Un regard sur l’Amérique de Vincent Mercier par exemple) est… top ! Avec Francis Scott Fitzgerald donc, mais aussi Toni Morrison (marraine de la revue), Colum McCann, Louise Erdrich, Jay McInerney, Douglas Kennedy, Philip Roth, Russell Banks, John Irving, Alain Mabanckou, etc., et même Barack Obama (qui se reconvertirait dans l’écriture ?) : America est faite par des écrivains pour les lecteurs soucieux de littérature et de connaissance des classiques (ici Moby Dick) et du monde contemporain. À découvrir de toute urgence! Plus d’infos sur http://www.america-mag.com/.

Je mets aussi Reconnaissance de dette dans le challenge Classiques du Pr Platypus.

Printemps Lovecraft

« Lovecraft est parti rejoindre les Grands Anciens il y a déjà 80 ans, en temps terrestre. Pour obtenir Leur bonnes grâces et avoir une chance de survivre quand Ils reviendront, j’ai eu l’idée d’un Printemps Lovecraft appelant le maximum d’humains à se pencher sur l’Œuvre du maître de Providence. Appel auquel Lee Rony a répondu immédiatement.

Ce printemps ira du 15 mars au 21 juin, soit 99 jours où chacun sera invité à poser sur son blog, ou Facebook (Bouc… si bien nommé !) », des articles et autres interventions (lectures de Lovecraft, livres sur Lovecraft, adaptations en bande dessinée ou au cinéma…). Tous les billets sur Lovecraft et les événements liés à cette date anniversaire sont les bienvenus !

Selon leurs participations les impétrants recevront les grades suivants :

Nyarlatotep : au moins un billet (hors billet de présentation),

Hastur : de 2 à 5 billets,

Cthulhu : de 6 à 10 billets,

Azatoth : de 11 à 15 billets. « Il n’est pas recommandé de dépasser ce nombre sous peine de sentir son esprit préférer la démence à une trop grande connaissance de secrets qu’il serait incapable de dominer. »

Infos, inscription et logos ici ou chez Lee Rony. Groupe FB à venir. Pour info, les logos 1 et 2 sont de PatiVore, les logos 3 et 4 sont de Lee Rony, utilisez celui que vous préférez.

Je précise que si l’idée vient de moi au départ, c’est Lee Rony qui a pondu le texte ci-dessus (entre guillemets) ainsi que les noms des grades car il connaît Lovecraft bien mieux que moi !

Source : Les montagnes hallucinées sur https://asadpictureofaredsky.wordpress.com/2015/05/31/1218/

Par contre, voici une petite bio et des liens utiles :

Howard Phillips Lovecraft naît le 20 août 1890 à Providence (Rhode Island, le plus petit État des États-Unis). Cet écrivain américain est romancier, nouvelliste, poète et ses œuvres sont classées en littérature de l’imaginaire (fantastique, horreur et science-fiction). Il écrit aussi avec les pseudonymes de Lewis Theobald Jr et Ward Phillips. Il crée un mouvement philosophique, le Cosmicisme, empreint de pessimisme et d’indifférentisme, qui se rattache à la Weird fiction (fiction de l’étrange) et que je vous laisse découvrir à travers ses livres. Enfant unique, surdoué, souvent malade, souffrant de terreurs nocturnes, né de parents mariés sur le tard, Lovecraft voit son père sombrer dans la démence alors qu’il n’a que trois puis enfermé pour le restant de sa vie lorsqu’il a huit ans… Vous imaginez bien l’influence sur son imaginaire ! Il souhaite devenir astronome mais il n’est pas bon en maths et fait une dépression nerveuse qui l’empêche de recevoir son diplôme. Il se consacre donc à l’écriture et vit comme un ermite, n’ayant de contact qu’avec sa mère. Hyperactif (je pense), il adhère et participe à la United Amateur Press Association (UAPA), il crée un fanzine (The Conservative), un club de correspondance et écrit plusieurs nouvelles. Après la mort de sa mère, il est dévasté et épouse Sonia Greene (propriétaire d’une chapellerie) et le couple emménage à New York mais Lovecraft déteste cette ville et, après la séparation du couple, il retourne vivre à Providence. Malheureux, malade, n’arrivant pas à connaître la célébrité malgré le succès des ses nouvelles, de ses romans, de nombreuses publications dans les pulp magazines, et ses idées et personnages repris à son grand plaisir par ses amis épistolaires du Lovecraft Circle, il meurt le 15 mars 1937 à Providence (qu’il n’aura finalement quittée que pendant deux ans). Il écrit à Elizabeth Toldridge le 8 mars 1929 : « J’ai eu ma période Poe, ma période Lord Dunsany, mais, hélas, à quand ma période Lovecraft ? ». Ces périodes, plusieurs spécialistes lovecraftiens les appellent : 1. les histoires macabres (≈1905-1920), 2. le cycle onirique (≈1920-1927) et 3. le Mythe de Cthulhu (≈1927-1935). Lovecraft influence de nombreux écrivains et inspire le monde artistique (musique, cinéma, bande dessinée, illustrations, dessins animés et même jeux vidéo).

Sa bibliographie étant… conséquente, je vous laisse la consulter en français sur H.P. Lovecraft, l’écrivain, son œuvre, son influence (un forum wiki) et Wikipédia, et en anglais sur ISFBD (Internet Speculative Fiction DataBase) et The H.P. Lovecraft Archive.

Découvrons ou redécouvrons ensemble ses écrits, ses histoires et son univers ! Alors, qui est partant ?

La liste des participants sur le blog dédié, https://printempslovecraft.wordpress.com/les-participants/.

Feed de Mira Grant

FeedFeed de Mira Grant.

Bragelonne, octobre 2012, 450 pages, 24 €, ISBN 978-2-35294-605-2. Feed (2010) est traduit de l’américain par Benoît Domis.

Genres : littérature américaine, science-fiction, horreur.

Mira Grant – de son vrai nom Seanan McGuire – est née le 5 janvier 1978 à Martinez en Californie (États-Unis). Elle est auteur de romans, de nouvelles et de plusieurs séries (soit fantasy soit horreur) : October Daye, InCryptid, Velveteen, Parasitology et Newflesh dont Feed est le premier tome. Plus d’infos sur ses sites officiels, Seanan McGuire et Mira Grant.

« Quand les premiers infectés sont apparus (précédés par des cris annonçant le retour des morts et l’avènement du Jugement dernier), ils se sont comportés exactement comme les films d’horreur nous l’avaient montré pendant des décennies. Sauf que, cette fois, ça arrivait pour de bon. » (p. 13). Le Jour des Morts a eu lieu à l’été 2014. Le vaccin, sensé guérir le rhume et le cancer, est devenu un virus et a été appelé la maladie de Kellis-Amberlee. Il touche les humains et les animaux de plus de vingt kilos. L’histoire se déroule vingt-six ans après. « Oui, les morts se relèvent, ont dit les blogueurs ; oui, ils attaquent la population ; oui, il s’agit bien d’un virus ; et oui, le risque de perdre la bataille est bien réel, parce que le temps qu’on comprenne ce qui nous arrive, le monde entier était infecté. » (p. 47). Georgia et Shaun Mason ont été adoptés. Ils sont journalistes et tiennent chacun un blog : « Âmes sensibles s’abstenir » pour Georgia et « Vive le roi » pour Shaun ». Ils travaillent avec Georgette Messonier, dite Buffy, technicienne surdouée. Lorsque l’équipe est sélectionnée pour suivre la campagne présidentielle du sénateur Peter Ryman, un outsider devenu un des favoris, c’est l’euphorie – malgré le danger – et le site « Après la fin des temps » est créé. Mais le camp, pourtant bien protégé, est attaqué par des zombies, puis le ranch du sénateur aussi et sa fille aînée, Rebecca, est tuée ainsi que les parents d’Emily, l’épouse du sénateur, et des membres du personnel. « Comme par hasard, le premier cas identifié de réplication spontanée chevaline se produit dans l’écurie du sénateur Ryman, le jour où le Parti républicain confirme sa nomination de candidat à la présidence des États-Unis ? » (p. 221). Georgia et Shaun veulent absolument découvrir la vérité, c’est le cœur de leur métier !

Feed-illustrationCe roman pourrait être unique en soi : il se termine mal mais il se termine bel et bien alors j’ai été agréablement surprise de voir qu’il y avait un tome 2, Deadline, et un tome 3, Red flag, que j’ai finalement hâte de lire car Feed est bien plus qu’un roman de zombies ! Mira Grant a étudié la virologie et s’est entourée des meilleurs spécialistes pour que tout soit correct au niveau médical, géographique, technologique ou politique. De plus, en mettant en scène ses personnages principaux en tant que journalistes, elle pose des questions aux lecteurs non seulement sur ce métier et sur la vérité (voir mon passage préféré ci-dessous) mais aussi sur le comportement humain (amitié, travail, trahison…) et sur le monde politique (pas seulement américain).

Mon passage préféré

LettreAuteur« Nous sommes une nation habituée à vivre dans la peur, la voilà la vérité. Si je veux être honnête avec vous, mais aussi avec moi-même, ça ne concerne pas uniquement notre nation, et il ne s’agit pas réellement d’une habitude. Ça concerne le monde entier, et c’est une addiction. Les gens sont accros à la peur. La peur justifie tout. La peur nous fournit une excuse toute trouvée pour renoncer à nos libertés, l’une après l’autre, au point de trouver normal qu’on nous suive à la trace et que le moindre de nos mouvements soit enregistré dans une dizaine de bases de données auxquelles monsieur tout-le-monde n’aura jamais accès. La peur crée, définit et façonne notre univers, et sans elle, la plupart d’entre nous se sentiraient perdus. Nos ancêtres rêvaient d’un monde sans frontières, alors que nous passons notre temps à en imaginer de nouvelles, autour de nos maisons, de nos enfants, et de nous-mêmes. Nous limitons notre potentiel, jour après jour, au nom d’un idéal de sécurité que nous n’atteignons jamais. Nous avons pris un monde riche de possibilités et l’avons appauvri. Et maintenant, vous vous sentez en sécurité ? Extrait d’Âmes sensibles s’abstenir, blog de Georgia Mason, le 6 avril 2040. » (p. 336).

LitteratureImaginaire2016Une excellente lecture horrifique pour le challenge Littérature de l’imaginaire et pour Une lettre pour un auteur (lettre G).

Mes coups de… /7-2016

J’aimerais bien chaque semaine publier un billet sur mes coups de… Ce sera coup de cœur, coup de gueule, coup de blues, coup de chapeau, coup de pompe, coup de théâtre ou simplement coup d’œil, histoire de marquer le coup – ou d’être dans le coup – un peu en coup de vent !

Coup de gueule

Le gorille Harambe a été abattu… Paix à son âme… Et honte à l’espèce humaine… Cet être – d’une grande force physique mais sensible et intelligent – n’a pas demandé à être sorti de son milieu naturel, a être enfermé et exploité dans un zoo de Cincinatti et à recevoir une balle en pleine tête en entendant les cris d’humains hystériques parce que des parents n’ont pas bien surveillé leur enfant… Je vous invite à lire le très beau texte de One Voice paru le 3 juin.

Harambe

Coup de cœur

(parce qu’il n’y a pas que des événements horribles dans la vie)

Édit de 18 h 20 : Novak Djokovic gagne enfin son premier Roland Garros malgré une météo catastrophique durant cette quinzaine à Paris.

Petites recettes de bonheur pour les temps difficiles de Suzanne Hayes et Loretta Nyhan

PetitesRecettesBonheurPetites recettes de bonheur pour les temps difficiles de Suzanne Hayes et Loretta Nyhan.

Belfond, collection Littérature étrangère, juin 2014, 396 pages, 21 €, ISBN 978-2-71445-415-7. I’ll be seing you (2013) est traduit de l’américain par Nathalie Peronny.

Genres : littérature américaine, épistolaire, historique.

Suzanne Hayes est déjà l’auteur d’une série, The witch of Little Italy, The witch of Belladonna Bay et The witch of Bourbon Street sous le nom de Suzanne Palmieri. Elle vit à New Haven, dans le Connecticut, avec sa famille.

Loretta Nyhan est journaliste et professeur (Lettres et écriture). Petites recettes de bonheur est son premier roman. Elle vit près de Chicago avec sa famille.

Il est possible de les suivre sur Twitter : Suzy & Loretta, Suzanne Palmieri et Loretta Nyhan, sur Pinterest, sur Facebook : Suzanne Palmieri Hayes et Loretta Nyhan, sur le site officiel de Suzanne Palmieri et le site officiel de Loretta Nyhan. On y apprend qu’il y a une suite à I’ll be seing you : Empire girls.

DefiPremierRoman2016Janvier 1943, de nombreux hommes américains sont partis au combat, laissant les femmes seules. À travers le pays, le Club des femmes propose aux femmes « dans la même situation » de s’écrire pour se soutenir, s’encourager. Ainsi Gloria (Glory) Whitehall, 23 ans, maman d’un garçon de 2 ans et enceinte de 7 mois, habitante de Rockport dans le Massachusetts, envoie sa première lettre à une inconnue surnommée « Sorcière aux mains vertes ». Son mari, Robert Whitehall, est premier sergent dans la 2e division d’infanterie. Deux semaines plus tard, Marguerite (Rita) Vincenzo, 41 ans, habitante d’Iowa City dans l’Iowa lui répond. Son mari, Salvatore (Sal) Vincenzo, professeur de biologie, s’est engagé malgré son âge, et Toby, leur fils unique de 18 ans est dans un centre d’entraînement de la marine dans le Maryland, laissant une petite amie, Roylene Dawson. « Parfois, quand je repense à cette guerre, je me demande ce que sont devenus tous les beaux endroits, les gens que j’ai connus… et ça me fait peur. À quoi ressemblera le monde, une fois cette violence terminée ? » (p. 14).

FeelGood1Quelques extraits

« C’est drôle. Il pleut des bombes tous les jours, la violence et le chaos ravagent le monde, mais nous avons surtout peur des mines cachées au fond de nos cœurs… Celles que nous espérons ne jamais voir exploser. » (p. 111).

« Il y a trois ans, j’étais une jeune mariée dans un monde en paix. Aujourd’hui, me voilà mère de deux enfants et épouse de soldat. Quant au reste du monde, il s’apprête à basculer dans le chaos et la tyrannie. » (p. 139).

« Le monde entier a été transformé par la guerre. Nous ne serons jamais plus tout à fait les mêmes. » (p. 273).

Les lettres que les deux femmes vont échanger – puisque c’est un roman épistolaire – entre janvier 1943 et juillet 1946 seront une force, un réconfort et une source de courage et d’enrichissement pour l’une comme pour l’autre, dans le respect de leur vie et de leurs erreurs. Il y aura même quelques échanges avec Toby et avec Roylene. « C’est incroyable, l’effet que peuvent vous faire quelques lignes manuscrites ! Cela n’a pas entièrement suffi à m’apaiser mais, pour reprendre une expression du jargon militaire, mes angoisses sont en net repli face à l’ennemi… » (p. 39). Pourtant, pour ces deux femmes, épouses et mères, « L’absence est un vide lancinant qui refuse de vous lâcher. » (p. 60-61). Leurs lettres sont pleines de vie, elles échangent non seulement sur leur quotidien et leurs enfants mais aussi sur ce qu’elles savent de la guerre, leurs espoirs, leurs craintes, leurs souvenirs, leur solitude et elles se donnent des conseils, des encouragements et même des recettes de cuisine ! « Certains pensent que tout arrive par hasard, et d’autres que tout est tracé d’avance depuis le commencement. À mon avis, c’est un mélange des deux. » (p. 101). Bref, leurs lettres sont des petits bonheurs en ces temps difficiles.

UnGenreParMoisCe roman épistolaire en temps de guerre – comparé par l’éditeur à l’excellent Cercle des amateurs d’épluchures de patates – est un beau témoignage d’amitié, de solidarité et d’amour aussi. Il permet de découvrir un autre côté de la guerre, un autre côté des États-Unis, plus intime.

Je le mets dans le Défi premier roman (pour Loretta Nyhan) et les challenges Feel good et Un genre par mois (historique).

Oh la vache ! de David Duchovny

OhLaVacheDuchovnyComme hier, je parlais de taureau, voici aujourd’hui une lecture plus… vache !

Oh la vache ! de David Duchovny.

Grasset, janvier 2016, 210 pages, 16,90 €, ISBN 978-2-246-85743-3. Holy Cow (2015) est traduit de l’américain par Claro.

Genres : littérature américaine, conte animalier.

David Duchovny est né le 7 août 1960 à New York (États-Unis). Il a étudié la littérature anglaise à Princeton puis à Yale et l’art dramatique. Il est non seulement acteur (quelques publicités à ses débuts puis films et séries) mais aussi réalisateur, scénariste, producteur et même compositeur et chanteur ! Je me suis dit qu’à défaut d’aimer les célèbres séries X-Files et Californication, j’aimerais pourquoi pas son premier roman, Oh la vache !

Elsie est une vache, « née dans une petite ferme au nord de l’État de New York » (p. 13). Pendant trois ans, elle a vécu sa vie de génisse, avec sa copine Mallory, heureuse même si sa mère a disparu. Mais une nuit, en se rapprochant de la maison des humains, elle voit à la télévision – qu’elle appelle le Dieu de la Boîte – d’horribles images d’abattoirs… « Les humains doivent mériter le droit d’être traités de nouveau d’animaux. » (p. 61). Plus tard, elle voit des images de l’Inde et apprend que les vaches y sont sacrées. Et voici l’opération Inde ! Jerry, le cochon rebaptisé Shalom, veut partir avec elle pour Israël, là où on ne mange pas les porcs, et Tom le dindon en Turquie puisque ce pays porte le même nom que lui. « Partir n’est jamais facile. Même si ça craignait ici. En général, partir où que ce soit, n’est jamais facile. » (p. 101). En route pour Istanbul, Tel Aviv et Bombay ! Mais l’herbe est-elle plus verte ailleurs ?

Non seulement Elsie pense et raconte son histoire mais en plus elle fait de l’humour. « Tous les animaux se parlent entre eux dans une sorte d’espéranto bestial et universel – grognement, sifflement, aboiement, couinement, le lion à l’agneau, l’oiseau au chien, l’élan au chat – sauf que, hein, bon, qui voudrait s’entretenir avec un chat ? Ces bestioles-là, plus narcissiques, tu meurs. » (p. 12). Donc Elsie n’est pas tendre ni avec les chats ni avec les humains. Ni avec son voyage finalement.

DavidDuchovnyIl y a de nombreux clins d’œil au monde de l’édition (Elsie exprime plusieurs fois des interventions de son éditrice : penser aux jeunes lecteurs, penser au cinéma, etc.), à la littérature, à la culture populaire (références musicales, cinématographiques) et bien sûr aux religions, tout ça restant très américain. « Moi ? Je veux que l’Amérique sache tout de mon périple. Je veux que vous les enfants, les adultes, la faune et la volaille, vous appreniez ce que j’ai appris – qu’il n’est pas bien d’être honni, ni bien d’être adoré. Nous ne sommes ni des dieux ni des déesses, mais nous ne sommes pas non plus des démons et des bêtes. » (p. 199).

L’auteur – végétarien – a été très inspiré par La ferme des animaux de George Orwell mais son message est ici plus social et religieux que politique et son humour un peu plus bourrin – hum, je veux dire un peu moins subtil que l’humour britannique – mais ça marche et j’ai quand même rigolé même si certaines ficelles sont bien grosses (ça sent le film d’animation à plein nez !). Un roman à lire cet été pour passer un bon moment sans se prendre la tête !

Une lecture pour Défi Premier roman 2016, Feel good, Littérature de l’imaginaire et Un genre par mois (fantasy ou aventure).

Challengesbis

Harry Kemelman et son rabbin David Small

HarryKemelman1

Source de la photo : cliquez sur l’image.

Dimanche, Sharon a publié une chouette note de lecture : Mardi le rabbin a vu rouge de Harry Kemelman ; elle avait auparavant déjà parlé de cet auteur et de son rabbin David Small avec On soupçonne le rabbin (en 2012) et Le jour où le rabbin a quitté la ville (en 2014). Je me suis rappelée que j’avais lu (et adoré !) deux romans de cette série policière pleine d’esprit et d’humour qui se déroule à Barnard’s Crossing (une petite ville fictive du Massachusetts). J’ai même pensé créer un challenge pour lire l’intégralité des douze tomes (un par mois sur une année) et rendre ainsi hommage à cet auteur peu connu. Malheureusement, les romans sont pratiquement introuvables (il m’en manque deux) et un tome (le 8e) semble ne pas être traduit en français… Mais, si vous en avez l’occasion, il faut vraiment découvrir Harry Kemelman et le rabbin David Small !

HarryKemelman2Harry Kemelman est un professeur et romancier américain du Massachusetts. Il naît le 24 novembre 1908 à Boston. Il étudie la littérature anglaise à Boston puis la philologie à Harvard (Cambridge). Il enseigne les Lettres dans plusieurs établissements. Pendant la guerre, il travaille dans l’administration militaire pour le transport des troupes. Après guerre, il devient auteur de romans policiers et reprend quand même sa carrière de professeur à l’Institut de Technologie Benjamin Franklin de Boston. Dans les années 60, il est aussi assistant à l’Université de Boston. Sa première série, The Nicky Welt Stories, comporte 8 histoires parues entre 1947 et 1967 dans le Ellery Queen’s Mystery Magazine [lien] et regroupées dans une intégrale en 1967 (voir les titres ci-dessous). Sa deuxième série, The Rabbi Small Novels, est constituée de 12 romans parus entre 1964 et 1996 (voir les titres ci-dessous). En 1970, il écrit un essai, Common Sense in Education. Il meurt le 15 décembre 1996 à Marblehead dans le Massachusetts (qu’il n’a apparemment jamais quitté).

The Nicky Welt Stories

1. The Nine Mile Walk – 1947

2. The Straw Man – 1950

3. The Ten O’Clock Scholar – 1952

4. End Play – 1950

5. Time and Time Again (The Man with Two Watches) – 1962

6. The Whistling Tea Kettle (The Adelphi Bowl) – 1963

7. The Bread and Butter Case (A Winter’s Tale) – 1962

8. The Man on the Ladder – 1967

Intégrale : The Nine Mile Walk – 1967

The Rabbi Small Novels

1. Friday the Rabbi Slept Late – 1964 -> On soupçonne le rabbin – 1983 (10/18, Grands Détectives)

2. Saturday the Rabbi Went Hungry – 1966 -> Samedi le rabbin se met à table – 1983 (10/18, Grands Détectives)

3. Sunday, the Rabbi Stayed Home – 1969 -> Dimanche le rabbin est resté à la maison – 1985 (10/18, Grands Détectives)

4. Monday The Rabbi Took Off – 1972 -> Lundi le rabbin s’est envolé pour Israël – 1986 (10/18, Grands Détectives)

RabbinSmal-Integrale5. Tuesday the Rabbi Saw Red – 1973 -> Mardi le rabbin a vu rouge – 1987 (10/18, Grands Détectives)

6. Wednesday the Rabbi Got Wet – 1976 -> Mercredi le rabbin a plongé – 1989 (10/18, Grands Détectives)

7. Thursday the Rabbi Walked Out – 1978 -> Jeudi le rabbin est sorti – 1989 (10/18, Grands Détectives)

8. Conversations with Rabbi Small – 1981 -> pas traduit en français (?)

9. Someday the Rabbi Will Leave – 1985 -> Un jour, le rabbin s’en ira – 1990 (10/18, Grands Détectives)

10. One Fine Day the Rabbi Bought a Cross – 1987 -> Un beau jour le rabbin a acheté une croix – 1991 (10/18, Grands Détectives)

11. The Day the Rabbi Resigned – 1992 -> Le jour où le rabbin a démissionné – 1993 (10/18, Grands Détectives)

12. That Day the Rabbi Left Town – 1996 -> Ce jour où le rabbin a quitté la ville – 1997 (10/18, Grands Détectives)

Une intégrale est parue en novembre 2006 aux éditions La Découverte [lien vers le coffret contenant les deux tomes] mais malheureusement, cette édition est – comme les romans parus aux éditions 10/18 [lien] – épuisée…