Faites-moi plaisir de Mary Gaitskill

Faites-moi plaisir de Mary Gaitskill.

L’Olivier, mars 2020, 104 pages, 13 €, ISBN 978-2-8236-1633-0. This is Pleasure (2019) est traduit de l’américain par Marguerite Capelle.

Genres : littérature états-unienne, court roman (novella).

Mary Gaitskill naît en 1954 ; elle est considérée comme une des plus grandes nouvellistes américaines.

This is Pleasure, paru dans le New York Times en 2019, est un récit à deux voix :

Margot Berland, éditrice, la meilleure amie de Quin, mariée à Todd. « […] un jour quelqu’un, je ne me souviens plus qui, m’a dit : ‘Comment peux-tu avoir envie d’être amie avec un type comme ça ?’ » (p. 26). En tant que meilleure amie, elle n’est pas réellement objective.

Quin (Quinlan M. Saunders), renvoyé de son travail (une maison d’éditions à NY) à cause de comportements inappropriés avec les femmes. Il est marié avec Carolina, une femme plus jeune que lui, et il a une fille surdouée, Lucia. « C’est vrai que j’aime bien fanfaronner et que j’aime bien taquiner. » (p. 40). En tant qu’homme accusé, il n’est pas objectif du tout, il est même à côté de la plaque et croit en son bon droit.

Je n’ai pas bien compris à quoi servait ce livre (mal écrit ou mal traduit ?)… À défendre le genre d’hommes qu’est Quin ou à l’enfoncer ? C’est que tout n’est pas blanc d’un côté et noir de l’autre. Quin est tout de même un homme aisé qui se croit supérieur et qui flirte avec toutes les femmes en pensant qu’elles en éprouvent du plaisir… Jusqu’à ce qu’une puis une autre et une autre et des centaines signent une pétition contre lui. « Elle m’a demandé ce qu’elle devait faire pour être invitée à mes fêtes, et je lui ai dit qu’elle devait flirter davantage avec moi. Je pense que ça l’a vraiment offensée. » (p. 68).

Il y a quelque chose de touchant chez Quin et je comprends que Margot soit son amie et l’apprécie, mais il y a aussi quelque chose de rebutant… En tout cas, beaucoup d’hypocrisie d’un côté comme de l’autre, je parle des femmes et des hommes, chacun tirant profit de l’autre pour son avantage sans trop se poser de questions jusqu’à ce qu’une question soit posée (en l’occurrence une pétition) et que tout le monde se rue et s’acharne.

Un roman bof pour moi – qui surfe sur la vague « metoo » – que je mets dans le Mois américain.

Une cosmologie de monstres de Shaun Hamill

Une cosmologie de monstres de Shaun Hamill.

Albin Michel Imaginaire, octobre 2019, 416 pages, 24 €, ISBN 978-2-22643-904-8. A Cosmology of Monsters (2019) est traduit de l’américain par Benoît Domis.

Genres : littérature états-unienne, premier roman, fantastique, horreur.

Shaun Hamill naît (quand ?) à Arlington au Texas. Il est diplômé d’anglais de l’Université du Texas en 2008 puis il étudie les Arts à l’Iowa Writers Workshop en 2016 et écrit quelques nouvelles. Ses préférences en littérature et en cinéma : le fantastique et l’horreur. Une cosmologie de montres, qui va être adapté en série télévisée, est son premier roman. Plus d’infos sur son site officiel, https://www.shaunhamill.com/.

Noah Turner, le petit dernier de la famille Turner, est le narrateur. Il raconte la malédiction qui poursuit sa famille, depuis sa grand-mère paternelle, Deborah, une veuve diagnostiquée schizophrène paranoïde, en passant par ses parents, Margaret et Harry, dans les années 60 et suivantes, ainsi que ses deux sœurs aînées, Sydney et Eunice, et lui-même. Tout commence avec une « Cité ».

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman, d’une traite !, mais je n’ai pas pris beaucoup de notes… J’ai apprécié l’écriture, le style, et la traduction est, à mon avis, une réussite. Avec la Cité et les monstres, le lecteur comprend vite que ce premier roman est un somptueux hommage à H.P. Lovecraft, maître du fantastique, de l’horreur qui a parfois lorgné vers la science-fiction ou la fantasy. Pour le lecteur néophyte, il y a de nombreuses références à Lovecraft mais il est aisé de comprendre ce qui se dessine. L’angoisse monte crescendo mais je ne sais pas pourquoi, je n’ai pas eu peur ! Tant pis, le roman est très bien écrit, très bien construit et se lit vraiment bien même sans frayeur !

J’ai noté trois extraits.

« Elle tambourina de ses doigts sur le livre. ‘Et toi, alors ! Tu ne crois pas que tu as passé l’âge des histoires de fantômes et de montres. – Je ne m’en suis jamais caché. – Je suppose que je n’y avais pas réfléchi jusqu’à présent. Tu ne te sens pas un peu ridicule ? Pourquoi ne pas lire de la littérature pour adultes ? – Je pense que le fantastique est le genre littéraire le plus important du monde. (Margaret à Harry, p. 38).

« Un grand mal, jadis enchaîné, hante à nouveau ces couloirs en liberté. Il se joue des murs et des portes. […] Qu’ai-je libéré, se demande Eunice. » (extrait d’un texte d’Eunice, p. 183).

« La Cité a vu Noah. Elle est sur sa piste. » (extrait d’un texte d’Eunice, p. 312).

Pour le Mois américain et le challenge Littérature de l’imaginaire #8.

Gentlemind 1 de Díaz Canales, Valero et Lapone

Gentlemind 1 de Díaz Canales, Valero et Lapone.

Dargaud, août 2020, 88 pages, 18 €, ISBN 978-2-20507-637-0.

Genre : bande dessinée espagnole.

Juan Díaz Canales est le scénariste. Il naît en 1972 à Madrid (Espagne). Après avoir étudié l’animation, il devient scénariste et dessinateur de bandes dessinées. Du même auteur : Blacksad et Corto Maltese entre autres.

Teresa Valero est la co-scénariste. Elle naît le 23 juillet 1969 à Madrid (Espagne). Elle travaille pour le dessin d’animation (Corto Maltese, Nanook parmi les séries animées et Astérix et les Vikings, Bécassine parmi les films d’animation) puis se tourne vers le scénario de bandes dessinées. Du même auteur : Sorcelleries (3 tomes).

Antonio Lapone est le dessinateur et le coloriste. Il naît le 24 octobre 1970 à Turin (Italie). Après avoir été dessinateur pour une agence de publicité, il se lance dans la bande dessinée. Il vit en Belgique. Plus d’infos sur son blog, Lapone Art.

Je remercie NetGalley et l’éditeur car j’ai pu lire ce tome 1 de Gentlemind en pdf. Par contre, je ne l’ai pas lu sur ma liseuse, je l’ai lu sur le PC car je voulais la couleur !

Brooklyn, 1939. Arch Parker, dessinateur, est avec son amie, Navit, qui lui sert de modèle mais Arch n’arrive pas à vivre de son dessin. Un jour, il découvre un nouveau magazine, Gentlemind, lancé par le milliardaire H. W. Powell. « Vous savez, celui d’Oklahoma qui savait que l’acier serait le futur. » (p. 8). Le milliardaire exige de rencontrer Navit avant d’embaucher Arch.

New York, 1940. « Perdomo contre la Canasta Sugar Company Corporation. Audience présidée par l’honorable juge Jefferson. » (p. 11). Oswaldo (Waldo) Trigo gagne le procès pour l’entreprise puis accueille sa sœur Gabriela qui arrive de Porto Rico.

New York, 1942. Navit est devenue la danseuse vedette de Powell Follies, et la maîtresse du milliardaire. Et la Canasta Sugar Company continue de faire des procès pour agrandir son territoire et s’enrichir. « Regardez cet homme que vous êtes sur le point de sacrifier à la voracité de la Canasta et demandez-vous si ce que vous allez faire de lui a quelque chose à voir avec la justice. » (p. 21).

New York, été 1942. Arch s’est enrôlé et il est parti pour l’Europe ; Navit a épousé Horace Powell et est devenue madame Gina Powell.

Sur fond de guerre et, à travers l’histoire d’Arch, de Navit (Gina), de Powell et de Waldo, c’est en fait l’histoire de la revue Gentlemind qui est racontée et c’est passionnant. « Beaucoup de choses doivent changer si nous voulons que Gentlemind continue à paraître. » (p. 47). « Ensemble, nous pouvons hisser Gentlemind au sommet du paysage éditorial. » (p. 48). Gentlemind va devenir une grande revue pour les hommes et va même créer un prix, le « Gentlemind Short Fction Contest… le prix littéraire le plus important du pays pour les jeunes écrivains ! » (p. 56). En juin 1944, le premier numéro de la nouvelle édition de Gentlemind coûte 10 cents ! « Quelqu’un a un Gentlemind ? Il n’en reste pas un dans toute la ville. » (p. 66).

Les tons sont dans les bleus, les jaunes ; les dessins sont fins ; c’est très agréable à lire. J’ai particulièrement aimé les pages 28, 29 et 34 avec les couvertures des magazines et des comics de l’époque. Pas besoin de lire entre les lignes pour voir le racisme ambiant et le machisme mais, contre toute attente, Navit va réussir son projet ! J’ai hâte de lire la suite mais, à mon avis, il faudra attendre août prochain…

Une très belle bande dessinée de la rentrée pour La BD de la semaine, le challenge BD et le Mois américain. Plus de BD de la semaine chez Moka.

Brume de Stephen King

Brume de Stephen King.

Albin Michel, collection Wiz, octobre 2019, 288 pages, ISBN 978-2-22644-535-3. The Mist (1985) est traduit de l’américain par Serge Quadruppani.

Genres : littérature états-unienne, nouvelle, young adult, fantastique.

Stephen King naît le 21 septembre 1947 à Portland dans le Maine (États-Unis). Dois-je réellement le présenter ? Maître de l’horreur dans les genres fantastiques, science-fiction et policier, il est l’auteur de plus de 60 romans dont quelques-uns sous le pseudonyme de Richard Bachman et plus de 200 nouvelles !

Bridgton, Maine occidental. Grosse vague de chaleur en ce mois de juillet puis, dans la nuit du 19, « épouvantables orages » (p. 7). David et Stephanie Drayton vivent dans une maison à côté du Long Lake avec Billy, leur fils de 5 ans. Ils se réfugient à la cave mais les dégâts sont importants… « La porte de verre coulissante avait tenu bon mais à la place de la baie vitrée il y avait un trou aux bords déchiquetés, garni du feuillage d’un bouleau. C’était la cime du vieil arbre qui flanquait l’accès extérieur du sous-sol d’aussi loin que je me souvienne. […] J’aimais cet arbre. Vétéran endurci de bien des hivers, il était le seul arbre, du côté où la maison donne sur le lac, que ma propre tronçonneuse eut épargné. » (p. 18). Après le cyclone qui a détruit arbres, maisons et pontons, une étrange brume blanche, épaisse, s’installe peu à peu. Lorsque la route est dégagée, Dave se rend au supermarché avec Billy et leur voisin, Breton Norton, un avocat avec lequel il ne s’entend pas très bien, mais en cas de catastrophe, c’est mieux de s’entraider. Alors que la brume arrive au centre-ville, ils sont coincés dans le supermarché (à partir de ce moment, ça devient un huis-clos) avec d’autres clients soit incrédules soit affolés. « Si on attendait encore un peu que le brouillard se dissipe et qu’on puisse voir… » (p. 87). Mais l’angoisse s’installe au fur et à mesure que la brume s’épaissit avec les cris qui en parviennent et les disparitions. « Mesdames et messieurs, il apparaît que nous sommes confrontés à un problème d’une certaine ampleur. » (p. 140).

Je n’en dis pas plus, vous voyez sur la couverture les tentacules et les ventouses mais s’il n’y avait que ça ! Les créatures immondes ont-elles été crées par le projet militaire Pointe-de-Flèche ou arrivent-elles tout droit de l’enfer ? Erreur humaine ou catastrophe naturelle ?

Comme ça faisait longtemps (peut-être une trentaine d’années !) que je n’avais pas lu du Stephen King, j’avais oublié toutes ses descriptions pour présenter les lieux et les personnages mais ça plante l’atmosphère et ça leur donne une épaisseur (sans jeu de mot avec la brume !). Dans cette nouvelle, il traite plutôt des relations parents-enfant (père-fils), des thèmes écologiques et du comportement des gens (par exemple la malveillance et le fanatisme religieux de madame Carmody qui, en plus, fait des adeptes !) en cas de danger imminent.

En fin de volume, dans Notes, l’auteur explique qu’il a écrit Brume à l’été 1976 « pour une anthologie de nouveaux récits » (p. 279) ; le titre original était The Mist et le recueil paru en 1985, Skeleton Crew, remporte le prix Locus du meilleur recueil de nouvelles. La nouvelle Brume dans ce recueil fait 150 pages et elle est plus longue que les autres.

Parfait pour le Mois américain et les challenges Jeunesse Young Adult #9, Littérature de l’imaginaire #8, Maki Project (bien que considérée comme un peu longue, Brume est bien une nouvelle) et S4F3 #6.

J’apprends qu’un film réalisé par Frank Darabont est sorti en 2007. L’avez-vous vu ?

L’expédition H.G. Wells de Polly Shulman

L’expédition H.G. Wells de Polly Shulman.

Bayard, février 2015, 384 pages, 16,90 €, ISBN 978-2-7470-5439-3). The Wells Request (2013) est traduit de l’américain par Karine Suhard-Guié.

Genres : littérature états-unienne, littérature jeunesse, science-fiction.

Polly Shulman est la fille d’Alix Kates Shulman, romancière et féministe de Cleveland. Elle est diplômée en mathématiques de l’Université de Yale et vit à New York. Elle écrit pour des journaux et a travaillé à la bibliothèque de New York (département des documents rares). Plus d’infos sur son site officiel.

Leo Novikov est moins doué en science que ses parents ou son frère et sa sœur ; il « fréquente le lycée technique pour les nuls, où les élèves sont extrêmement créatifs » (p. 6). Un mercredi, pendant qu’il joue à un jeu vidéo dans sa chambre, au lieu de travailler pour la fête de la science, un minuscule vaisseau apparaît avec à son bord Jaya Rao et lui-même. Ils lui disent venir du futur et lui demandent de lire La machine à remonter le temps de H.G. Wells et de faire attention à Simon… « Il faut que tu dises à Simon de ne pas… » (P. 10). Grâce au professeur Kang, Leo découvre le Dépôt d’Objets Empruntables de la Ville de New York et se fait embaucher comme magasinier. « […] j’allai parler à Mme Kang dans sa petite pièce. – Comme vous étiez bibliothécaire avant, puis-je vous demander un conseil ? Commençai-je. – Qui a été bibliothécaire le restera toute sa vie ! me répondit-elle, en tirant ses manches. » (p. 107).

Un roman qui parle de philosophie, de fiction et de réel, de science-fiction et de science. « Vous plaisantez ?! Et comment savoir ce qui est de la fiction et ce qui n’en est pas ? » (p. 134). Hé hé, that is the question !

« Je ne comprends toujours pas comment des objets de science-fiction sortent de leurs mondes fictifs et entrent dans le monde réel, avouai-je. » (p. 219).

Les lecteurs croisent Lewis Latimer, Nikola Tesla, Mark Twain et l’actrice Lillie Langtry en 1895 et entendent parler de Rossum’s Universal Robots (RUR) de Karel Čapek (1920) où le mot « robot » est employé pour la première fois.

L’expédition H.G. Wells est le deuxième tome de la série The Grimm Legacy et se déroule quelques années (5 à 10 ans) après La malédiction Grimm. Je veux emprunter à la bibliothèque le tome 3, Le cauchemar d’Edgar Poe.

Un chouette moment de lecture que je mets dans le Mois américain (le 4 septembre, c’est « Ladies first ») et dans Jeunesse Young Adult #9, Littérature de l’imaginaire #8 et Petit Bac 2020 (dans la catégorie Personne célèbre pour H.G. Wells).

Mois américain – septembre 2020

Septembre marque le retour du Mois américain avec Titine du blog Plaisirs à cultiver. Infos, logo (il n’a pas changé mais The Cannibal Lecteur en a fait plusieurs tous plus réussis les uns que les autres, très cow-boys et western) et inscription chez Titine + le groupe FB. Le billet récapitulatif.

Programme (facultatif)

4 septembre : ladies first (auteure américaine, livre féministe, héroïne marquante) – > voir billet n° 1

8 septembre : figure du cow-boy

10 septembre : séries TV

12 septembre : romans du 19e siècle ou se déroulant au 19e siècle

15 septembre : désir

17 septembre : polar / roman noir / thriller

19 septembre : roman jeunesse / young adult – > voir billet n° 3

22 septembre : black lives matter

24 septembre : guerre

26 septembre : famille

Mes billets américains

1. L’expédition H.G. Wells de Polly Shulman (Bayard, 2015) 🙂

2. Gentlemind 1 de Díaz Canales, Valero et Lapone (Dargaud, 2020) 🙂

3. Le Wonderling de Mira Bartók (Robert Laffont, 2018) 🙂

4. Une cosmologie de monstres de Shaun Hamill (Albin Michel Imaginaire, 2019) ❤

5. Faites-moi plaisir de Mary Gaitskill (L’Olivier, 2020) 😦

Le cambrioleur en maraude de Lawrence Block

Le cambrioleur en maraude de Lawrence Block.

Seuil, collection Policiers, mai 2005, 322 pages, 20,30 €, ISBN 978-2-02066-390-8. The Burglar on the Prowl (2004) est traduit de l’américain par Étienne Menanteau. Parution en poche chez Points en juin 2006.

Genres : littérature états-unienne, roman policier.

Lawrence Block naît le 24 juin 1938 à Buffalo (New York, États-Unis). Il est auteur de romans policiers et de romans d’espionnage sous son nom et sous plusieurs pseudonymes. Du même auteur : série Evan Tanner (8 tomes entre 1966 et 1998), série Chip Harrison (2 tomes entre 1974 et 1975), série Matt Scudder (18 romans entre 1976 et 2011), série Bernie Rhodenbarr (11 romans entre 1977 et 2013), série Keller (5 tomes entre 1998 et 2013 ainsi que des nouvelles) et plusieurs autres romans dont certains adaptés au cinéma. Plus d’infos sur son site officiel, http://lawrenceblock.com/.

Bernie Rhodenbarr est propriétaire d’une librairie avec son chat Raffles, près de Broadway et il est également cambrioleur. « Dans le cambriolage, tu sais… Il n’y a pas de ponction fiscale et très peu de paperasserie… » (p. 21). Ah ah ah, dès le début du roman, j’aime le personnage et le ton !

Son meilleur ami, Marty Gilmartin, lui demande de cambrioler l’appartement du riche Crandall Rountree Mapes qui lui a volé sa petite amie, Marisol, une actrice de théâtre. Bernie s’en ouvre à sa meilleure amie, Carolyn Kaiser, lesbienne, qui propose de l’aider. J’aime la galerie de personnages et le chat !

En attendant le soir prévu du cambriolage, Bernie part en repérage. « En maraude. Voilà qui sonne bien, hein ? Ça vous a tout à la fois un côté menaçant et excitant, délicieusement attirant dans le genre malsain. » (p. 54). Sauf qu’il rentre dans l’appartement de Barbara Creeley qui rentre chez elle ivre et droguée avec un inconnu qui va la violer… Bernie se glisse sous le lit et le lendemain, il est arrêté car il a été vu sur les caméras de surveillance dans le quartier où il y a eu un cambriolage et un triple meurtre… Alors, cambrioleur, oui, mais assassin, non !

Bernie va devoir s’associer avec le policier, Ray Kirschmann, après avoir été cambriolé chez lui et qu’un client ait été abattu en sortant de sa librairie.

Dès les premières pages, les personnages, le ton, l’humour, les descriptions du quartier de Manhattan, j’adore ! J’ai l’impression que je n’avais jamais lu Lawrence Block, grave lacune ! C’est que Le cambrioleur en maraude est le 10e tome (sur 11) de la série Bernie Rhodenbarr. C’est le renouveau du rocambolesque ! Et je veux lire d’autres titres !!!

Une chouette lecture pour les challenges Animaux du monde pour le chat Raffles, le Challenge de l’été (États-Unis) et Polar et thriller 2020-2021.

Sherlock Holmes et les monstruosités du Miskatonic de James Lovegrove

Sherlock Holmes et les monstruosités du Miskatonic : les Dossiers Cthulhu, 2 de James Lovegrove.

Bragelonne, collection Steampunk, février 2019, 360 pages, 25 €, ISBN 979-10-281-0283-8. The Chtulhu Casebooks : Sherlock Holmes and the Miskatonic Monstrosities (2017) est traduit de l’anglais par Arnaud Demaegd.

Genres : littérature anglaise, roman policier, fantastique.

James Lovegrove naît le 24 décembre 1965 à Lewes (Angleterre). Diplômé d’Oxford, il est critique littéraire et son premier roman paraît en 1990. Il est auteur de littérature de l’imaginaire (science-fiction, fantasy, horreur) et de littérature jeunesse. Peu de ses romans sont traduits en français. Plus d’infos sur son site officiel, https://www.jameslovegrove.com/.

Printemps 1895. Après avoir réglé une petite affaire (trois affreux ghasts dans le Métropolitain) avec l’aide de Gregson de Scotland Yard, Sherlock Holmes et Watson rendent visite à un nouvel arrivant à Bedlam. Le jeune homme, la vingtaine, est sûrement « Bostonien, bien né, cultivé, scientifique » (p. 43) mais il lui manque la main gauche, il est défiguré et, dans sa cellule, il écrit en r’lyehen, la Langue des Dieux Aînés.

Après Sherlock Holmes et les ombres de Shadwell : les Dossiers Cthulhu, 1, j’ai embrayé avec ce deuxième tome qui est encore mieux ! Dans le premier tome, Sherlock Holmes et Watson découvraient l’univers de Lovecraft, dans ce deuxième tome, ils sont encore plus impliqués.

« Holmes haussa les épaules. Il semblait vraiment ne plus se préoccuper de ce qui lui arrivait. La guerre qu’il menait le dévorait. La victoire était tout, quel qu’en soit le prix. » (p. 100).

« Des monstres qui étaient des dieux. Des dieux qui étaient des monstres. De toutes formes, chacun d’eux une horreur vivante qui paradait avec suffisance, car ils étaient les maîtres de tout ce sur quoi ils posaient les yeux. Jadis, on les avait vénérés, on leur avait adressé des sacrifices, et ils s’en étaient contentés. […] Ils étaient différents, désormais, ces Dieux Extérieurs qui, dans ces contrées, étaient connus sous le nom d’Autres Dieux. Ils avaient changé. » (p. 172-173).

La deuxième partie est le journal de Zachariah Conroy, son arrivée à l’université Miskatonic d’Arkham et sa rencontre avec Nathaniel Whateley.

Encore un excellent hommage à la fois à Sherlock Holmes d’Arthur Conan Doyle avec le côté policier et logique, et à la fois aux créatures de H.P. Lovecraft avec le côté fantastique et même angoissant et horrifique.

D’ailleurs, ces aventures inédites offrent des éclairages incroyables sur les romans et les nouvelles dont Sherlock Holmes et John Watson sont les héros.

Dommage, je n’avais pas le tome 3 pour continuer mais je vais le lire dès que possible !

Un excellente lecture pour les challenges British Mysteries #5, Littérature de l’imaginaire #8, Polar et thriller 2020-2021 et Voisins Voisines 2020 (Angleterre).

Le livre de M de Peng Shepherd

Le livre de M de Peng Shepherd.

Albin Michel Imaginaire, juin 2020, 592 pages, 24,90 €, ISBN 978-2-22644-293-2. The Book of M (2018) est traduit de l’américain par Anne-Sylvie Homassel.

Genres : littérature états-unienne, science-fiction, premier roman.

Peng Shepherd naît à Phoenix en Arizona où elle vit mais elle a aussi vécu à Beijing, Kuala Lumpur, Londres, Los Angeles, Washington DC et New York (source : son site). Elle est diplômée du NYU MFA (écriture créative et arts). Le livre de M est son premier roman et a reçu le Prix Neukom en 2019 (bien mérité !). Son deuxième roman, The Cartographers, va paraître. Plus d’infos sur son site officiel, http://pengshepherd.com/.

Depuis deux ans, les humains perdent leur ombre puis, plus ou moins vite, perdent aussi leurs souvenirs, leur être intérieur. Beaucoup se suicident ou deviennent dangereux. Ce phénomène est appelé l’Oubli. Mais tout le monde n’est pas touché ; il y a donc des survivants avec leur ombre et des survivants sans ombre. « Pourquoi avait-il fallu que les ombres soient ce lieu du corps où gisent les souvenirs ? Pourquoi l’Oubli épargnait-il certaines personnes ? Et lorsqu’on en était affecté, pourquoi la disparition des souvenirs se produisait-elle à des délais aussi variables ? Et quand cet effacement s’accomplissait, pourquoi la terre elle-même semblait oublier, de même que les hommes ? » (Ory, p. 12).

Dans ce roman de science-fiction, pas d’explosions nucléaire ou bactériologique rendant la Terre inhabitable, pas de zombies ou d’extraterrestres envahisseurs ou de robots détruisant l’humanité. C’est un des points forts du Livre de M : un monde post-apocalyptique totalement différent des autres déjà vus (lus) auparavant. Quoique j’ai pensé, durant ma lecture, à L’aveuglement de José Saramago (écrivain portugais) qui raconte la fin du monde à cause d’une cécité fulgurante (roman paru en 1995 et adapté en un excellent film, Blindness, réalisé par Fernando Meirelles en 2008).

Un autre point fort du Livre de M, ce sont les personnages qui sont vraiment très bien créés et suivis par Peng Shepherd (j’ai vraiment eu l’impression qu’elle aimait chacun d’entre eux) : je ne suis pas restée sur ma fin au sujet des personnages, de leur passé et leur histoire alors que la majorité d’entre eux perdaient la mémoire !

D’ailleurs, revenons au résumé et aux personnages. Le lecteur suit donc quelques personnages principaux, très bien choisis et représentatifs de l’humanité : un Indien – d’Inde, pas d’Amérique – (Hemu Joshi) avec lequel tout commence et sa doctoresse indienne (Avanthikar), un Américain d’origine chinoise (Ory), une Américaine noire (Max), un couple d’homosexuels (Paul et Imanuel), un groupe d’Américains classiques (Ursula et sa bande dans leur van), une Iranienne (Naz) principalement, les chapitres alternant avec l’un ou l’autre.

Il y a d’abord Orlando Li Zhang (Ory) et son épouse Maxine Webber (Max) de Washington : ils sont dans un hôtel en forêt dans le Great Falls National Park, au-dessus d’Arlington (Virginie), pour célébrer le mariage de leurs amis (Paul et Imanuel). Ils apprennent ce qui se déroule à Boston puis dans plusieurs États et, peu à peu, les convives partent. Deux ans après, il ne reste plus qu’Ory et Max mais celle-ci a perdu son ombre depuis 7 jours et il n’y a plus rien à manger… C’est en allant à Arlington qu’Ory rencontre un groupe de 12 personnes dont 4 ont encore leur ombre, conduit par Ursula : ils veulent aller à la Nouvelle-Orléans rejoindre Celui qui Rassemble (il a d’autres surnoms). Mais, lorsqu’il rentre à l’Elk Cliffs Resort, Max a disparu avec son petit magnétophone à cassettes sur lequel elle va s’enregistrer pour garder sa mémoire.

Premier flashback. Mahnaz (Naz) Ahmadi est une Iranienne championne de tir à l’arc. Elle a quitté Téhéran pour Boston où elle s’entraîne pour les Jeux Olympiques. Elle est avec son entraîneur et ses coéquipières lorsque les infos montrent le premier homme sans ombre : Hemu Joshi a perdu son ombre au marché aux épices de Pune en Inde. Or, Boston sera la première ville touchée aux États-Unis.

« Ce qu’on a oublié, ça ne manque pas, non ? » (Max, p. 136). Eh bien, essayez de vivre sans votre mémoire, sans le souvenir qu’il faut manger, dormir ou respirer tout simplement !

Je vais mettre ce roman dans le challenge Les étapes indiennes. Bien sûr Peng Shepherd n’est pas une autrice indienne mais une partie du roman se déroule en Inde où tout commence – ce qui apporte et peu d’exotisme – et se rapporte régulièrement à des légendes indiennes (voir ci-dessous avec Hemu et ARI). C’est que, en Inde, le « Jour sans Ombre » existe vraiment à cause de l’angle de la Terre ; c’est un jour célébré mi-mai, lorsque le soleil est au zénith mais, normalement, l’ombre revient ! « Tous les ans, juste avant midi, d’immenses foules se rendaient sur les parvis des marchés pour attendre le moment où le soleil passait si exactement au-dessus d’eux que leur ombre disparaissait pendant quelques stupéfiantes secondes. » (p. 50). Pas de magie dans cet événement : « Une explication parfaitement scientifique. » (p. 50) sauf si les ombres ne reviennent pas ! J’ai remarqué une petite erreur : un des deux frères de Hemu s’appelle Vinay et quelques lignes plus bas, Vijay… (p. 52).

Deuxième flashback. Peu avant l’Oubli, un Américain de la Nouvelle-Orléans a également perdu la mémoire mais dans un grave accident de voiture. Il est surnommé ARI pour « Amnésie Rétroactive Intégrale ». ARI et le docteur Zadeh se rendent en Inde pour rencontrer Hemu Joshi et la doctoresse Avanthikar. Peut-être pourront-il comprendre ce qu’est l’Oubli et y remédier ? Mais « Il n’y a dans aucun champ de la connaissance humaine quelque chose qui puisse l’expliquer. Psychiatrie, neurologie, physique, biologie… » (docteur Zadeh, p. 214). Hemu, bien qu’amoindri par son état, raconte pourtant à ARI des légendes indiennes (d’où le challenge Contes et légendes #2). D’abord le Rigveda, en particulier la légende de Sanjna qui est tellement aveuglée par son époux bien-aimé, Surya, le Soleil, qu’elle crée une ombre identique à elle, Chaaya, pour la remplacer !

Ensuite (c’est ma préférée), celle de Gajarajan, un éléphanteau sauvé du massacre, et de sa jeune sœur (qu’il n’a pas connue), Manikan qui peint et qui est en liaison avec Gajarajan (d’où le challenge Animaux du monde) : cela prouverait-il que la mémoire peut se transmettre d’un être à un autre même à distance mais… comment ?

En tout cas, de bête curieuse qui attire les journalistes du monde entier, Hemu devient bien malgré lui, cobaye scientifique avant de totalement perdre pieds… Typique de notre société.

Vous êtes bien plongé dans cet incroyable roman ? Alors, en route pour la Nouvelle-Orléans ! Malgré les dangers et même si vous avez oublié pourquoi vous y alliez ! « On le saura bien assez tôt. On y arrivera. » (p. 240).

Ce résumé et cette présentation peuvent vous paraître un peu long mais je voulais vraiment vous parler des personnages principaux et aussi de la complexité et de la richesse de ce roman de science-fiction atypique. Ory aime Max, Imanuel aime Paul, Naz aime sa sœur Rojan, ARI aime l’humanité, mais pourront-il sauver ceux qu’ils aiment ? Amour et violence se côtoient tout au long du roman avant un final ahurissant mais plausible. Et j’avais réellement l’impression d’y être ! Un premier roman innovant, rythmé, exceptionnel !

Je tiens à remercier les éditions Albin Michel Imaginaire car j’ai reçu ce livre avant sa parution [mon billet ici] et, je voudrais dire que faire paraître ce roman après le confinement et une pandémie mondiale, c’est assurément gonflé mais n’hésitez pas à investir dans Le livre de M car c’est une excellente lecture ! Science-fiction mais pas que : vous découvrirez pourquoi lors de la lecture.

En plus des challenges cités dans le billet, je mets bien sûr cette lecture dans Littérature de l’imaginaire #8.

Abimagique de Lucius Shepard

Abimagique de Lucius Shepard.

Le Bélial, collection Une heure lumière, août 2019, 112 pages, 8,90 €, ISBN 978-2-84344-955-0. Abimagique (2007) est traduit de l’américain par Jean-Daniel Brèque.

Genres : littérature états-unienne, science-fiction, érotisme.

Lucius Shepard naît le 21 août 1943 à Lynchburg en Virginie (États-Unis). Dès l’âge de 15 ans, il bourlingue (Europe, Afrique, Asie) faisant de petits boulots pour vivre et continuer son voyage pendant des années. De retour aux États-Unis, il étudie à l’université, devient architecte et repart voyager (Asie du Sud-Est, Amérique centrale). Mais dès 1984, il est connu pour ses nouvelles et ses romans de science-fiction et reçoit plusieurs prix littéraires (Astounding, Hugo, Locus, Nebula…). Il meurt le 18 mars 2014 à Portland dans l’Oregon.

« […] tu auras appris qu’elle travaille comme massothérapeute avec des handicapés, qu’elle vit seule dans une maison en bois, dans une rue bordée de sapins du quartier de Fremont, que ses yeux ont la couleur du vert bouteille illuminé de soleil et qu’elle s’appelle Abi, le diminutif d’Abimagique. » (p. 13).

Ce qui est original dans ce court roman (mais en fait pas facile à gérer), c’est que l’auteur utilise « tu » et que le lecteur se demande qui est le narrateur.

Le « tu » donc, a 23 ans, il est étudiant à Seattle et travaille dans un laboratoire de microbiologie.

« Une fois que tu es avec elle, c’est comme une addiction. » (p. 32).

J’avoue que je n’ai pas tout compris entre ses rêves et ce qu’il apprend sur Abi mais qu’il refuse de croire… Elle dit qu’elle a des pouvoirs et que la fin du monde approche… Des anges déchus, des princes grigori, lilith…

Mais il y a surtout beaucoup de sexe et de magie orgique !

Ce court roman est peut-être intéressant au niveau mystique, et j’ai bien aimé le style de l’auteur et l’ambiance, mais, vraiment, je n’ai pas tout compris… Si vous avez un autre titre de Lucius Shepard à me conseiller 😉

Il est rare que j’honore le rendez-vous de Stéphie, Le premier mardi, c’est permis ! Mais dans ce roman, il y a du sexe et de l’érotisme alors rendez-vous honoré.

Je le mets aussi dans les challenges Littérature de l’imaginaire #8, Maki Project (roman court, style novella) et Petit Bac 2020 (dans la catégorie Prénom pour Abimagique).