L’empire de sable de Kayla Olson

L’empire de sable de Kayla Olson.

Robert Laffont, septembre 2017, 486 pages, 17,90 €, ISBN 978-2-22119-622-9. The Sandcastle Empire (2017) est traduit de l’américain par Frédérique Le Boucher.

Genres : littérature états-unienne, premier roman, science-fiction.

Kayla Olson… Eh bien, rien sur elle de plus que ce qu’en dit l’éditeur… Elle « habite au Texas avec sa famille. Elle adore la plage, mais détesterait échouer sur une île déserte. Si cela devait toutefois lui arriver, ses essentiels pour la survie comporteraient une cafetière à piston (et le café qui va avec), le chocolat le plus noir possible, et une flopée de surligneurs. » En français, L’empire de sable n’est pas dans une collection Jeunesse mais l’éditeur américain est HarperTeen (pour les ados). Du même auteur : This Splintered Silence (HarperTeen, 2018). Plus d’infos sur son blog, sa page FB et son Instagram.

« Un jour, quand la guerre sera finie, je remangerai des glaces. Je courrai pieds nus sur la plage sans avoir peur de sauter sur une mine. J’entrerai dans une librairie, ou un café, ou n’importe lequel des centaines d’autres endroits occupés par les Loups, et j’y resterai assise pendant des heures, juste parce que je le peux. Je ferai tous ces trucs, et bien plus encore. Si je suis toujours vivante. » (p. 10).

La narratrice, c’est Eden. Depuis deux ans, elle est seule, enfermée sur une île avec d’autres jeunes de son âge. Deux ans qu’elle a passé à observer la mer… Suite à des dérèglements climatiques dans le monde entier (inondations, montée des eaux, terres submergées, effondrements de bâtiments et de ponts, eau contaminée, épidémies…), environ après 2050, le « puissant groupe armé » des Loups a organisé une révolution, pris le pouvoir et envoyé la majorité des gens dans des goulags.

Eden, elle, est dans le camp de travail de New Port Isabel au large du Texas. Une nuit, après le carnage (mines qui explosent sur la plage et gardes qui tirent sur tout ce qui bouge), Eden réussit à s’enfuir à bord d’un bateau avec trois autres filles, Hope, Alexa et Finnley. Direction l’île Sanctuary avec le carnet « Survivre – guide pratique » que son père lui a laissé en héritage. « Peu importe ce qui nous attend sur cette île, s’il y a la plus infime chance qui nous trouvions cette liberté dont mon père parle dans ses notes, ce sera toujours mieux que ces cages et ces ailes rognées que nous avons laissé derrière nous. » (p. 51).

Son père travaillait pour Envirotech qui voulait sauver le monde, mais… pas tout le monde… seulement les riches, les privilégiés… mais il a disparu durant la révolution et ce que les Loups ont appelé leur Jour Zéro.

Mais les filles découvrent qu’Alexa était avec les Loups et qu’elle a trahi son petit ami. « Survivre, c’est autant une question de peur qu’une question de bravoure. » (p. 78). Et arrivées à Sanctuary, si c’est bien Sanctuary, elles se rendent comptent que ce n’est pas si accueillant et paradisiaque qu’Eden l’espérait… « […] il faut regarder les choses en face : sur cette île, rien ne se passe comme prévu. » (p. 157).

Eden et ces compagnons de voyage (des garçons sont également arrivés sur l’île et se sont joints aux filles) ne sont pas au bout de leur surprise. « Survivre, ce n’est pas seulement s’échapper à temps. Survivre, c’est une lutte quotidienne pour s’extraire des ruines et avancer vers l’inconnu, quoi qu’il advienne. Nous possédons tous en nous la force nécessaire… il suffit juste d’y croire. » (p. 253).

The Sandcastle Empire va être adapté au cinéma par Leonardo DiCaprio (en 2026 si j’ai bien vu, on a encore le temps), ce qui ne m’étonne pas car il est un fervent défenseur de la cause animale et de la protection de la planète. Bien que l’histoire soit différente, j’ai un peu pensé à Labyrinthe de James Dashner, peut-être parce que les personnages sont des jeunes.

Dystopie, anticipation, post-apocalyptique, si vous n’aimez pas la science-fiction, passez votre chemin ! Mais si vous aimez la SF ou si vous êtes tout simplement curieux, L’empire de sable est un premier roman vraiment réussi, innovant, bien rythmé et palpitant. Peu à peu, le lecteur en apprend plus sur Eden, Hope, Alexa, Finnley, Cass, Phoenix, Lonan et leur passé. Bon, le thème écologique n’est pas très développé dans le roman en fait, c’est plutôt le côté humain qui est traité (à mon avis) mais ce qui arrive aux humains découle des dérèglements climatiques dont c’est une base de départ (et peut-être que visuellement, on verra mieux le côté écologique dans le film).

Pour les challenges Jeunesse Young Adult #10, Lecture 2021 de Mademoiselle Farfalle (catégorie 48), Littérature de l’imaginaire #9 et Petit Bac 2021 (catégorie Couleur pour sable).

James Day de Patrick Cialf

James Day de Patrick Cialf.

Ymaginères, septembre 2011, 11 pages, nouveau lien sur Nouveau Monde, téléchargement gratuit.

Genres : littérature française, nouvelle, fantastique.

Patrick Cialf est un auteur français de l’imaginaire. D’autres de ses nouvelles sont disponibles en pdf comme La dernière damathair ou La folie bleue.

Le général Leifsen, d’origine suédoise, est un soldat confédéré, un Sudiste donc. Miss Nightingale, une guérisseuse anglaise, est sa prisonnière. « Les soldats en gris se levaient de leur tranchée pour crier : « Vive le général Leifsen ! – Ils sont bien maigres, général, dit l’Anglaise. Et la plupart ont un teint maladif. Vous ne le voyez pas ? – Peu importe, Miss. Ils sont une nation de héros, les fils des soldats de Gustave-Adolphe et de Charles XII. Ils se battront, qu’ils soient bien portants ou malades ou même… Enfin, vous verrez. Les Yankees vont avoir une surprise. » (p. 4).

Dans cette nouvelle, Patrick Cialf revisite la guerre de Sécession avec des dragons-squelettes d’un côté et des morts-vivants de l’autre. Il y a aussi des Trolls et des Gobelins qui sont en fait des esclaves et vont se battre pour leur liberté. « Vous êtes fou ! Cette guerre est monstrueuse ! Comment pouvez-vous recourir à la magie de la Mort ? – Et eux, est-ce qu’ils se gênent pour bombarder nos villes et nous affamer par le blocus ? Ils n’ont que ce qu’ils méritent ! – Qui vous a donné ces sortilèges ? L’Europe avait ordonné un embargo sur toutes les techniques de nécromancie. » (p. 6).

Horreur, puanteur et mort, voilà ce que fut la guerre de Sécession avec ou sans magie, avec ou sans créatures bizarres… « Les stocks de jusquiame et de belladone s’épuisaient, et d’ici quelques heures, les souffrances des blessés deviendraient atroces. » (p. 8). Vous allez voir la capitulation du 26 avril 1865 d’un autre œil !

La nouvelle James Day est lauréate des Joutes de l’Imaginaire 2011 et du Prix Zone Franche 2012. C’est une nouvelle agréable à lire qui mêle le fantastique horrifique à un brin de science-fiction.

Si vous aimez la littérature de l’imaginaire, Ymaginères « le webzine venu d’ailleurs » (et, je dirais, qui vous emmène ailleurs) est fait pour vous !

Pour le Mois des nouvelles, le challenge Littérature de l’imaginaire #9 et le Projet Ombre 2021.

La bibliothèque de Mount Char de Scott Hawkins

La bibliothèque de Mount Char de Scott Hawkins.

Denoël, collection Lunes d’encre, août 2017, 480 pages, 22,90 €, ISBN 978-2-20713-552-5. The Library at Mount Char (2015) est traduit de l’américain par Jean-Daniel Brèque. Je l’ai lu en poche : Folio SF, n° 633, mai 2019, 576 pages, 9,10 €, ISBN 978-2-07284-464-5.

Genres : littérature états-unienne, roman, fantasy.

Scott Hawkins naît en 1969 aux États-Unis. Il est informaticien spécialisé dans les systèmes Unix et Linux. La bibliothèque de Mount Char est son premier roman.

Carolyn, ensanglantée et pieds nus, marche sur la Highway 78, elle retourne chez elle à Garrison Oaks. À la première page, il y a cette phrase que je note telle quelle : « Le poignard d’obsidiennetours dans la ce avec lequel elle avait tué le détective Miner était niché au creux de ses reins, secret et affûté. » (p. 13). Hum, soit il y a des mots en trop soit il manque des mots mais j’espère qu’il n’y a pas d’autres erreurs de ce genre… (en fait il n’y en a pas).

Carolyn avait 8 ans lorsque ses parents sont morts assassinés. Avec quelques autres enfants américains, elle a été recueillie par Père. « Vous êtes maintenant des Pelapi, dit Père. C’est un mot très ancien. Il signifie quelque chose comme « bibliothécaire » et quelque chose comme « élève ». Je vous emmènerai dans ma maison. Je vous élèverai à l’ancienne, comme j’ai moi-même été élevé. Je vous enseignerai les choses que j’ai apprises. » (p. 17). Voici comment Carolyn est devenue « bibliothécaire ».

Les (12) enfants : Carolyn, Margaret, David, Michael, Emily, Jennifer, Alicia, Rachel, Peter et Richard (des jumeaux), Lisa, Jacob (dans l’ordre où leurs prénoms apparaissent). Ils ont été éduqués à la dure avec chacun une matière (un catalogue). Pour Carolyn, ce fut les langues, toutes les langues du monde entier et même les oubliées. Ils n’ont absolument pas le droit de partager les uns avec les autres ce qu’ils étudient.

Un quart de siècle après, Père a disparu et les enfants maintenant adultes le cherchent, chacun selon les capacités acquises mais… « Il n’est dans aucun avenir et il n’est pas mort. Comment est-ce possible ? » (p. 37). La Bibliothèque leur est devenue inaccessible… Même le fidèle Nobununga n’a pas pu y entrer. Et si David avait tué Père ? « Uzan-iya, disait-on dans les steppes de l’Himalaya il y avait six mille ans de cela. Uzan-iya – l’instant où le cœur pour la première fois a des envies de meurtre. » (p. 134).

En parallèle, Erwin Leffington « Ancien de la 82e division aéroportée, aujourd’hui enquêteur spécial pour la Sécurité intérieure » (p. 253) enquête sur Carolyn et ses frères et sœurs, ainsi que sur Steve Hogdson suspecté d’avoir tué Miner.

Dans ce roman vraiment étrange (et super violent), il y a un taureau dans lequel on fait des barbecues, des chiens dangereux, un lion et sa fille (mes personnages préférés), des « bibliothécaires » troublants… L’auteur, pour un premier roman, a une imagination débordante et va très loin dans l’horreur donc à ne pas mettre entre toutes les mains. Le lecteur peut être un peu perdu au début de la lecture mais il faut persévérer car ce roman foisonnant se mérite ! Il est classé en fantasy et a reçu un prix fantasy (Elbakin 2018) mais il y a un côté science-fiction indéniable et résolument un côté terrifiant : en littérature comme en musique, il existe la fusion des genres et ça vaut le coup de tester. Je dirais donc que La bibliothèque de Mount Char est un OLNI (Objet Littéraire Non Identifié) qui ne plaira pas à tout le monde mais laissez-lui sa chance !

Je mets cette lecture dans les challenges Animaux du monde #3 (pour le lion et la lionne, je ne donne pas leurs noms humains car ils ne les aiment pas), Challenge du confinement (case Fantasy), Littérature de l’imaginaire #8.

Cet été là de Lee Martin

Cet été là de Lee Martin.

Sonatine, février 2017, 320 pages, 21 €, ISBN 978-2-35584-558-1. The Bright Forever (2005) est traduit de l’américain par Fabrice Pointeau. Le roman est paru en poche, chez 10/18, en février 2018.

Genres : littérature états-unienne, roman policier.

Lee Martin naît en 1955 à Little Egypt dans l’Illinois (États-Unis). Il étudie la littérature (licence à l’université d’Illinois-Est, master à l’université d’Arkansas et thèse à l’université de Nebraska-Lincoln). Il enseigne la littérature romanesque et il est écrivain (depuis 1989). Parmi ses romans et ses nouvelles, j’ai l’impression que Cet été-là est le seul traduit en français pour l’instant. Ce roman a été finaliste pour le Prix Pulitzer 2006. Plus d’infos sur son site officiel.

Une petite ville de l’Indiana. La chaleur étouffante de l’été. Katie Mackey, 9 ans, part à vélo pour rendre des livres à la bibliothèque et disparaît.

Trente ans après, quelques personnes se rappellent et témoignent à nouveau. Son frère aîné, Gilley, qui avait 17 ans à l’époque. Son professeur, Henry Dees, un peu voyeur parce que seul. Raymond R. qui était soupçonné. Et même une vieille dame de 82 ans, Clare, dont le deuxième mari, Raymond R., dit en préambule : « Je ne dis pas que je ne l’ai pas fait. Je ne sais pas. » (p. 11).

Il fait beau, c’est l’été, les vacances, l’histoire est presque douce, poétique, « Vous devez savoir combien l’été peut être merveilleux dans cette partie de l’Indiana. » (Clare, p. 76) si ce n’est qu’une fillette a disparu et tout cela met le lecteur mal à l’aise. Peut-on se fier aux témoignages de l’époque et à ceux de trente ans après ? Qui dit la vérité, qui ment ou omet des choses ? « Mais les faits ne racontent pas toute l’histoire. Ils ne le font jamais. Pour ça, je crains que vous ayez besoin de moi. Je suis tout ce que vous avez. » (M. Dees, p. 189). L’histoire va se démêler peu à peu comme une pelote de laine et c’est terrifiant ! « On peut faire comme si la vie continuait quand en réalité on est constamment piégé dans un moment qu’on ne pourra jamais changer. » (Gilley, p. 273).

Une lecture prenante (je l’ai lu en mars et je m’en rappelle encore très bien, oui je sais je rattrape le retard dans quelques notes de lectures) que je mets dans Polar et thriller 2020-2021.

Une histoire des abeilles de Maja Lunde

Une histoire des abeilles de Maja Lunde.

Presses de la Cité, août 2017, 400 pages, 22,50 €, ISBN 978-2-25813-508-6. Bienes Historie (2015) est traduit du norvégien par Loup-Maëlle Besançon. Je l’ai lu en poche : Pocket, août 2018, 448 pages, 8,20 €, ISBN 978-2-26628-435-6. Je préfère la couverture du poche qui en plus a comme des alvéoles.

Genres : littérature norvégienne, roman, science-fiction.

Maja Lunde naît le 30 juin 1975 à Bislett (un quartier d’Oslo) en Norvège. Elle étudie à l’université d’Oslo et publie son premier roman, Over Grensen soit À travers la frontière, en 2012, un roman jeunesse ; suivront Barnas Supershow (2012) et Battle (2014) avant ce premier roman pour adultes, Une histoire des abeilles, qui reçoit le Fabelprisen en 2016. Ensuite Snill, snillere, snillest (2016, roman jeunesse) et Blaa soit Bleue (2017) paru aux Presses de la Cité (2019). Ne sont donc traduits en français que ses deux romans pour adultes.

2198, Sichuan, Chine. Tao pollinise manuellement les arbres fruitiers. Elle est mariée à Kuan et le couple a un fils de 3 ans, Wei-Wen. « Les abeilles avaient disparu dès les années 1980, bien avant l’Effondrement, tuées par les insecticides. » (p. 10). Dans cette Chine du futur, les enfants travaillent dès l’âge de 8 ans car il faut que tous participent à l’effort collectif.

1851, Hertfordshire, Angleterre. William est naturaliste et tient un petit magasin de semences. Il est marié à Thilda et le couple à un fils, Edmund, 16 ans, et 7 filles entre 7 et 14 ans. Elles chantent un chant de Noël mais leur père est très malade. « Il n’y aurait pas de miracle aujourd’hui. » (p. 25).

2007, Ohio, États-Unis. George est fermier et apiculteur. Il est marié avec Emma et leur fils, Tom, étudiant, revient à la maison pour une semaine de vacances. Mais père et fils n’arrivent pas à communiquer et William ne comprend pas que Tom soit devenu végétarien. « Si j’avais su que tu deviendrais comme ça, je ne t’aurais jamais envoyé à la fac. » (p. 33). En plus, Tom veut devenir journaliste.

L’Effondrement, c’est « la chute des démocraties et la guerre mondiale qui avait suivi, quand la nourriture devint une denrée réservée à une infime minorité. » (p. 40).

Ce roman en triptyque est constitué de chapitres qui se suivent, toujours dans le même ordre : 2198, 1851, 2007. À travers le temps et l’espace, cette histoire des abeilles montre que tout est lié sur cette Terre et que l’humanité court à sa perte si elle continue sur le chemin qu’elle a pris.

En 2007, beaucoup d’apiculteurs dans le sud des États-Unis perdent leurs abeilles à cause de l’apiculture et de l’agriculture intensives. « Elle devait être l’œuvre de l’homme, car lui seul est capable d’inverser l’ordre de la nature et de la placer sous son contrôle, plutôt que le contraire. » (William à propos d’une nouvelle ruche qu’il veut fabriquer, p. 160). C’est donc en 2007 que l’expression Colony Collapse Disorder est créée, c’est « le syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles. » (p. 310). Dans les années qui suivent, ce phénomène touche le monde entier…

Qu’est-ce qui relie ces hommes, ces familles ? Tout d’abord, les abeilles mais pas que… Les liens familiaux, la transmission aux générations suivantes, l’écologie… Mais, reprenons dans l’ordre chronologique. 1851 donc, en Angleterre, William va fabriquer les premières ruches qui vont emprisonner les abeilles et créer l’apiculture humaine. On sait maintenant que les abeilles sauvages ont pratiquement disparu… 2007, les ancêtres (une en fait) de William ont apporté aux États-Unis les plans de ces ruches et George va essayer de les reproduire voire de les améliorer. On sait maintenant que ça a aggravé les choses et que les abeilles ont disparu de plus en plus et dans le monde entier. 2198, il n’y a plus d’abeilles depuis plus de deux siècles et la pollinisation doit se faire manuellement (c’est qu’il faut nourrir toute la population). Mais, lors d’un pique-nique, il arrive quelque chose à Wei-Wen et il est retiré à ses parents : Kuan se résigne mais Tao va tout faire pour retrouver son fils.

Voilà, le reste, je vous laisse le découvrir dans ce précieux roman visionnaire qui met en parallèle passé, présent et futur de façon admirable. L’écriture de Maja Lunde doit être géniale et, en tout cas, le roman est très bien traduit. J’ai passé un merveilleux moment de lecture, sur les trois continents à trois périodes différentes (comme trois romans différents en fait) mais bien choisies car elles sont les trois novatrices, en pensant bien faire, et conduisent à la catastrophe…

Coup de cœur pour moi, ce premier roman traduit en français d’une Norvégienne, tiens Décembre nordique, ça tombe bien ! Bon, je sais, je l’ai lu avant mais j’ai tellement de retard dans mes notes de lecture… Et puis, j’ai mis ce livre dans Mon avent littéraire 2020 en jour n° 5 (aujourd’hui…) pour « Le livre dont l’écriture m’a éblouie » donc il faut bien que je la publie cette note de lecture ! Et j’ai un message pour vous, tous, lisez ce roman !

J’honore aussi les challenges Animaux du monde #3 (abeilles), Littérature de l’imaginaire #8, Petit Bac 2020 (catégorie Animal pour Abeilles) et Voisins Voisines 2020 (Norvège).

Ils l’ont lu : Le chien critique, Lutin82 (Albédo), Yogo (Les lectures du Maki).

Et n’oubliez pas de visiter Mon avent littéraire 2020, ce roman est dans le jour n° 5.

Un Logique nommé Joe de Murray Leinster

Un Logique nommé Joe de Murray Leinster.

Le passager clandestin, collection Dyschroniques, octobre 2019, 48 pages, 5 €, ISBN 978-2-36935-228-0. A Logic Named Joe (1946) est traduit de l’américain par Monique Lebailly.

Genres : littérature états-unienne, nouvelle, science-fiction.

Murray Leinster est le pseudonyme de William Fitzgerald Jenkins. Il naît le 16 juin 1896 à Norfolk en Virginie (États-Unis). Jeune auteur, un journal le publie déjà lorsqu’il a 13 ans. Pendant la Première guerre mondiale, il travaille au Committee on Public Information (qui convainc l’opinion publique américaine de soutenir l’effort de guerre). Il devient ensuite écrivain (plus de 1500 nouvelles, une quinzaine de scénarios pour le cinéma et des centaines pour la radio et la télévision) et travaille à l’Office of War Information durant la Seconde guerre mondiale. Il est considéré comme l’inventeur des mondes parallèles (sa nouvelle, Sidewise in Time, paraît en 1934) et un Prix Sidewise, créé en son honneur, récompense chaque année la meilleure uchronie (roman et nouvelle) depuis 1995. Il est aussi un des premiers à parler d’ordinateur et d’Internet avec A Logic Named Joe. Il meurt le 8 juin 1975 à Gloucester Courthouse en Virginie.

« C’est le 3 août que Joe est sorti de la chaîne de fabrication » (p. 5). Voici comment débute ce texte. Le narrateur travaille à la maintenance de la Logics Company : il répare les « Logiques ». Le logique n’est pas un robot mais un ordinateur connecté à un réseau mondial : je rappelle qu’on est en 1946 !

« […] un grand bâtiment plein des événements en cours et de toutes les émissions jamais enregistrées – il est branché sur les réservoirs de tous les autres pays – et vous n’avez qu’à pianoter pour obtenir tout ce que vous voulez savoir, voir ou entendre. » (p. 7). Incroyable, n’est-ce pas ?

Bref, Joe est sorti de la chaîne de montage, il a subi les contrôles habituels et il a été installé dans une famille, les Korlanovitch. « Jusque là, tout baigne dans l’huile. » (p. 8).

Sauf que Joe, plus intelligent et ambitieux que les autres Logiques, ou ayant un infime défaut, allez savoir, déjoue la censure (qui évite de répondre à n’importe quelle question), modifie ses paramètres et donne, à travers ses semblables interconnectés, des idées dangereuses aux humains, adultes et enfants, qui posent des questions genre comment se débarrasser de quelqu’un sans être pris, comment s’enrichir vite, etc.

En plus, arrive en ville, Laurine, une ex du narrateur, maintenant marié mais Laurine, qui est une femme dangereuse, va tout faire pour retrouver l’homme qu’elle dit aimer.

Comment sauver sa famille ? Fuir ? Appeler la Technique et déconnecter les Logiques ? Le narrateur comprend que ce n’est pas possible… C’est comme se séparer du feu à la Préhistoire, de la vapeur au XIXe siècle ou de l’électricité au XXe, impossible ! « Mais voilà : les choses allaient péter parce qu’il y avait beaucoup trop de réponses données à beaucoup trop de questions. » (p. 27).

Toute ressemblance avec les ordinateurs actuels connectés à Internet…

A Logic Named Joe paraît dans Astounding Science Fiction (un pulp) n° 184 en mars 1946. Elle paraît en France en 1974 dans Histoires de machines, le 6e volume de La grande anthologie de la science-fiction (36 volumes entre 1966 et 2005) puis en 1996 dans l’anthologie Demain les puces chez Présence du futur.

C’est incroyable que Leinster/Jenkins ait inventé ce Logique en 1946 quand on sait que l’Arpanet (Advanced Research Projects Agency NETwork, l’ancêtre d’Internet) n’est mis en place qu’en septembre 1969 ! Un visionnaire bien inspiré puisqu’il avait prédit l’avènement d’Internet pour tous ainsi que les éventuelles dérives et les dangers de l’interconnection mondiale.

Un texte à découvrir donc, comme tous ceux de la collection Dyschroniques publiés chez Le passager clandestin, collection idéale pour le Maki Project. Que je mets aussi dans Cette année, je (re)lis des classiques #3, Les classiques c’est fantastique (en novembre, le thème est histoires de famille) et Littérature de l’imaginaire #8.

L’examen de Richard Matheson

L’examen de Richard Matheson.

Le passager clandestin, collection Dyschroniques, novembre 2019, 48 pages, 5 €, ISBN 978-2-36935-235-8. The Test (1954) est traduit de l’américain par Roger Durand (1957), traduction revue par Jacques Chambon.

Genres : littérature états-unienne, nouvelle, science-fiction.

Richard Matheson naît le 20 février 1926 à Allendale dans le New Jersey (États-Unis). Il y a tant de choses à dire sur ce fils d’émigrés norvégiens, élevé par sa mère à Brooklyn (New York), qui écrit sa première nouvelle à l’âge de 8 ans (le journal The Brooklyn Eagle la publie) et engagé dans l’armée américaine en Europe durant la Seconde guerre mondiale. Romancier, nouvelliste et scénariste, il est spécialement connu pour Je suis une légende (1950), L’homme qui rétrécit (1956), La maison des damnés (1971) et les scénarios de La quatrième dimension et Star Trek, entre autres. Suspense, thriller, fantastique, horreur, science-fiction, fantasy, western pour plus de cent nouvelles, une trentaine de romans et une quarantaine de scénarios pour le cinéma et la télévision. Il reçoit le Prix Bram Stoker en tant que Grand Maître pour son œuvre en 1990. Il meurt le 23 juin 2013 à Calabasas en Californie.

New York, janvier 2003. Tom Parker a 80 ans ; il habite avec son fils, Leslie (Les), sa belle-fille, Terry, et ses deux petits-fils, Jim et Tommy. Une famille américaine comme tant d’autres.

Mais cette famille vit dans une société qui régule le nombre de personnes âgées et, alors que les enfants dorment et que Terry coud, Les prépare son père à son quatrième examen. « Les répéta les nombres et, tout en écoutant son père trébucher sur eux, jeta un coup d’œil dans le salon. » (p. 8). Tom, angoissé, s’énerve et Les, énervé, s’impatiente… « L’examen avait lieu le lendemain. » (p. 17).

Les est persuadé que, cette fois, son père ne réussira pas l’examen mais Terry n’en est pas sûre (il a réussi les trois fois précédentes malgré ses problèmes de santé)… Elle s’interroge sur leur couple et leurs enfants : « Les, s’il réussit cet examen, ça signifie cinq ans de plus. Cinq ans de plus, Les. As-tu songé à ce que ça signifie ? » (p. 19).

Voilà, c’est lancé ! L’espérance de vie est plus longue et c’est bien, mais il y a un mais… La vieillesse et la dépendance des vieux mettent à mal non seulement la famille mais aussi l’économie ; les familles ne veulent plus cohabiter comme avant, et de toute façon, cette cohabitation s’arrête au bout d’un moment (interminablement long pour certaines familles) puisque la loi a été votée par l’État.

Un peu d’histoire. Pendant la Grande Dépression, en 1935, le président Franklin Roosevelt met en place le Social Security Act pour protéger les plus fragiles (enfants, handicapés, personnes âgées…) puis, en 1950, une conférence nationale se tient à Washington pour « promouvoir la dignité, la santé et la sécurité économique des Étatsuniens les plus âgés » (p. 43), amélioré ensuite en 1965 par une nouvelle réforme, l’Older American Act (OAA).

Mais Richard Matheson imagine un gouvernement qui aurait fait l’inverse et tout ceci est fort plausible et il joue sur les peurs de l’humanité.

L’examen traite ainsi plus largement de l’euthanasie voire de l’eugénisme (appelé euthanasie involontaire), afin d’éliminer « les personnes défectueuses indésirables de la société. » (p. 44-45) : on est très proche de ce qu’ont fait les nazis dans les années 40…

Ainsi, cette nouvelle (novella pour les Anglo-Saxons) fait froid dans le dos. Et interroge le lecteur (qui veut encore vivre avec trois voire quatre générations à la maison ?) sur ce que lui ferait. Pour certains, la famille est sacrée et pas question d’abandonner parents, grands-parents et arrière-grands-parents s’ils sont encore en vie, mais pour d’autres la famille est une chape de plomb et pas question de vivre ensemble !

The Test est paru deux fois dans The Magazine of Fantasy and Science Fiction (en 1954 puis en 1957). Traduite en français, elle apparaît dans Fiction n° 48 de novembre 1957.

Une lecture édifiante pour le Challenge du confinement (case Classique) que je mets aussi dans Cette année, je (re)lis des classiques #3, Les classiques c’est fantastique (en novembre, le thème est histoires de famille), Littérature de l’imaginaire #8 et Maki Project.

Audience captive d’Ann Warren Griffith

Audience captive d’Ann Warren Griffith.

Le passager clandestin, collection Dyschroniques, février 2016, 50 pages, 5 €, ISBN 978-2-36935-049-1. Captive Audience (1953) est traduit de l’américain par Anonyme.

Genres : littérature états-unienne, nouvelle, science-fiction.

Ann Warren Griffith naît le 31 juillet 1911 (ou 1918, les sources diffèrent) à Newton (Massachusetts, États-Unis). Elle étudie au Barnard College à New York (une des Seven Sisters, les universités féminines d’exception aux États-Unis). Elle entre dans le Women Airforce Service Pilots – WASP, une organisation para-militaire pionnière composées de femmes pilotes civiles mais employées par l’Armée de l’air des États-Unis lors de la Seconde Guerre mondiale. Ensuite elle devient journaliste pour des journaux comme The New Yorker ou Pegasus, un magazine spécialisé dans l’aviation. Elle n’écrit que deux nouvelles de science-fiction : Zeritsky’s Law (Galaxy Science Fiction, 1951) et Captive Audience (The Magazine of Fantasy and Science Fiction, 1953). Et un roman, Who is Hiding in My Hide-a-Bed? (1958). Elle meurt le 11 mai 1983.

Fred et Mavis Bascom prennent le petit-déjeuner avec leurs enfants, Billy et Kitty. Mavis est femme au foyer ; depuis 15 ans, Fred travaille à la VU, la société de Ventriloquie Universelle des États-Unis et il est « considéré par ses chefs comme un homme que l’on pouvait donner en exemple. » (p. 11). Une famille parfaite !

Le problème, c’est la grand-mère de Mavis : elle est contre la VU et, alors qu’elle sort de 5 ans de prison (pour avoir mis des bouchons dans ses oreilles pour ne plus entendre les slogans publicitaires continuels), elle débarque chez eux… Bon, « Toutes les familles ont un squelette dans leur placard. » (p. 15) mais tout va mal si le squelette sort du placard, du moins ça serait catastrophique pour Fred si son entreprise était au courant…

Oh la la, je suis d’accord avec la grand-mère, VU c’est l’enfer ! Tous les produits disent des slogans à tout va ! Au magasin, à la maison… Et ces slogans ne sont pas toujours très fins… Audience captive est un texte satirique injustement méconnu, une dénonciation de la publicité omniprésente, et même pire du « ciblage publicitaire comportemental ».

Une lecture pour le Challenge du confinement (case SF) que je mets aussi dans Cette année, je (re)lis des classiques #3, Les classiques c’est fantastique (en novembre, le thème est histoires de famille), Littérature de l’imaginaire #8 et Maki Project.

Below Zero de C.J. Box

Below Zero de C.J. Box.

Calmann Lévy, janvier 2012, 360 pages, 25,10 €, ISBN 978-2-70214-274-5. Below Zero (2009) est traduit de l’américain par Aline Weill.

Genres : littérature états-unienne, roman policier, Nature writing.

C.J. Box – pour Charles James Box – naît le 9 novembre 1958 à Cheyenne (Wyoming, États-Unis) où il vit avec son épouse. Il étudie la communication à l’Université de Denver (Colorado) et exerce différents métiers avant de devenir journaliste puis écrivain : son garde-chasse, Joe Pickett, enquête dans 20 romans (entre 2001 et 2020) dont les 13 premiers sont à ce jour traduits en français (depuis 2003, d’abord au Seuil puis chez Calmann Lévy) mais c’est la première fois que je lis cet auteur. Il y a aussi quelques autres romans (au Seuil) et des recueils de nouvelles (non traduits en français). Plus d’infos sur son site officiel.

Marshall et Sylvia Hotle font du camping à Keystone dans le Dakota du sud. « On a troqué une vie de fermiers contre une existence dans ce Module. Et maintenant, on fait la tournée. » (p. 15). « C’est notre tournée à nous, expliqua Marshall. On va rendre visite à nos enfants dans six États différents : on part avant la neige, on se cale sur les grands marchés aux puces de Quartzsite, on va aux rassemblements de Fleetwood pour voir les tout derniers modèles et causer avec les autres propriétaires de Modules. On est un peu comme un club, les fidèles du Fleetwood. » (p. 16).

Une vie proche de la Nature me direz-vous. Pas du tout ! Leur Module est même très polluant : « Vingt-quatre à vingt-neuf litres au cent […]. » (p. 16). C’est ce qui leur coûtera la vie car Dave Stenson alias Stenko prône le Below Zero. Stenko voyage avec son fils, Robert, un écolo convaincu (voire extrémiste), et une ado de 14 ans qu’il a sauvée de la prostitution et considère comme sa fille. Cet ancien bandit de Chicago fait tout pour que l’environnement soit respecté.

Cinq jours plus tard, à Saddlestring, dans le Wyoming, les deux sœurs Pickett, Sheridan (17 ans) et Lucy (12 ans) font du cheval lorsque Jason Kiner leur apprend qu’une certaine April a appelé mais… C’est impossible, April était leur sœur (elle avait été recueillie par la famille Pickett) et a été tuée il y a six ans ; leur père était présent !

De son côté, le père en question, Joe Pickett, garde-chasse réputé, est à Baggs où il poursuit l’Archer fou, un cinglé qui tue et torture des animaux… « Les hommes qui n’ont aucun scrupule à tuer ou à martyriser les animaux pour le plaisir sont capables de tout. Ce type était comme ça ; Joe le sentait. » (p. 149).

Un passage que j’aime bien. « Alors, si tu es aussi intelligent avec tes ordinateurs, tes iPhones et toute ta technique, pourquoi ne règles-tu pas les problèmes dont tu te plains ? Tu n’as qu’une envie : rejeter la faute sur les autres – sur moi – et passer ton temps à râler. C’est ton tour maintenant, alors pourquoi ne les résous-du pas, tous ces problèmes ? » (p. 314, Stenko à Robert).

Mais c’est quoi le Below Zero ? C’est un terme utilisé par les écologistes pour calculer la compensation carbone afin que chacun ait un impact minimum sur l’environnement. Robert a en fait créé un logiciel qui calcule l’empreinte carbone de tout et de tout un chacun. Vous consommez trop, vous êtes tués, voici la vie de Stenko et Robert, qui traînent avec eux, à l’insu de son plein gré, une ado déboussolée qui… pourrait-elle être April ?

L’auteur nous emmène dans les Rocheuses et c’est magnifique, magique, mais parfois dangereux surtout quand il y a des tueurs dans le coin. Below Zero (paru en juin 2009 aux States) est le 9e tome des aventures et enquêtes de Joe Pickett mais c’est le premier que je lis. J’ai très envie de lire d’autres titres et tant pis pour la chronologie ! La Nature (et ses aléas, ses dangers), les animaux (parfois dangereux) et les personnages tiennent une grande place dans ce roman à l’intrigue sauvage, violente mais très agréable à lire et je pense que c’est aussi le cas dans les autres titres mettant en scène le garde-chasse Joe Pickett, son épouse Marybeth et leurs filles. J’ai aimé l’amitié entre Joe Pickett et Nate Romanowski, un marginal recherché par la police mais qui aime la Nature et les animaux (il vit avec un faucon). En tout cas, j’ai apprécié les thèmes abordés ici (l’écologie mais aussi la famille, l’amitié, le respect de la Nature et des animaux) et j’espère retrouver tout ce « petit » monde dans les autres romans (si vous en avez un en particulier à me conseiller ?).

Une excellente lecture pour Animaux du monde #3 (faucon et animaux des Rocheuses) et Polar et thriller 2020-2021.

Rosa Parks, elle a dit non au racisme de Florence Lamy

Rosa Parks, elle a dit non au racisme de Florence Lamy.

Scrineo, août 2018, 128 pages, 10,90 €, ISBN 978-2-36740-626-8.

Genres : littérature française, jeunesse, Histoire.

Florence Lamy naît en 1946 à Marseille. Elle étudie les Lettres à l’université d’Aix en Provence et devient professeur de français en collège. Elle se consacre maintenant à l’écriture de romans. Du même auteur : Tourbillon noir (2019).

Montgomery, Alabama, États-Unis. Rosa Parks est mariée avec Raymond. Elle travaille depuis des années au Montgomery Fair Department Store, un « grand magasin de vêtements et d’accessoires de mode où elle est employée comme couturière-retoucheuse » (p. 8). Pourtant elle a étudié, à l’Industrial School for Girls, pour devenir institutrice mais la maladie de sa grand-mère puis de sa mère en ont décidé autrement.

Avec son ami, le juriste Fred Gray, elle se bat pour que les Noirs votent. Pour cela ils doivent non seulement s’inscrire sur les listes électorales mais aussi passer un test de lecture et d’écriture et payer une taxe ! Ce qui n’est pas à la portée de tous. « Eh oui, mais c’est bien contre toutes ces injustices qu’il faut se battre. Le vote est un droit et nous devons le faire appliquer ! » (p. 12).

Jeudi 1er décembre 1955. En sortant du travail, elle voit un attroupement : un homme noir a été tabassé à coup de batte de base-ball car il a bu de l’eau à une fontaine « White only » (Blancs seulement). Malgré l’abolition de l’esclavage le 18 décembre 1865, c’est la ségrégation dans les États du sud où « la discrimination sévit » (p. 19), le « separate but equal » (séparés mais égaux) et aussi le Ku Klux Klan (KKK). Il fait nuit, Rosa a froid, elle est fatiguée, elle a mal au dos, elle se hâte vers l’arrêt de bus mais « Ce soir elle n’a aucune envie de rester debout pendant tout le trajet. Une demi-heure sur la plate-forme arrière, c’est plus qu’elle ne peut endurer. » (p. 26). Ce soir-là, elle s’assoit dans la zone médiane, ce qui est autorisé aux personnes noires mais, après quelques arrêts, elle refuse de laisser la place à un homme blanc qui vient de monter. « Elle ne cédera pas. Allez savoir pourquoi. Rien ne le laissait prévoir. En montant dans ce bus jamais elle n’aurait imaginé pareille confrontation. Elle voulait juste faire le trajet confortablement assise. » (p. 33). L’homme blanc n’a pas besoin de quatre places assises !

Rosa est arrêtée sans ménagement et conduite en détention provisoire puis à North Ripley Street à la prison pour femmes. « Seule, privée d’eau, sans possibilité de prévenir son mari, elle se sent abandonnée. » (p. 47). Heureusement, une femme l’a reconnue dans le bus et a prévenu sa famille. Ses amis de la paroisse et de la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People c’est-à-dire Association nationale pour la promotion des gens de couleur) font le nécessaire le soir-même : il faudra payer la caution de 100 dollars, il est prévu de boycotter les bus le lendemain. « Cette fois il faut frapper fort ! Crois-moi ! Ça va faire mal. On nous suivra, j’en suis sûr. La communauté noire en a plus qu’assez de ces humiliations. » (p. 58). La NAACP voit en elle le case-test tant attendu : « C’est une femme exemplaire […]. La presse blanche ne trouvera rien pour la salir. Bonne chrétienne, travailleuse, honnête et discrète. Exactement ce qu’il nous faut pour amorcer la bombe ! » (p. 59). On parle bien sûr de bombe médiatique !

Le lendemain soir, dans l’église baptiste de Dexter Avenue, un jeune pasteur officie : « Il s’appelle Martin Luther King. Toutes les femmes n’ont d’yeux que pour lui car en plus d’être un bel homme, toujours très élégant, il sait toucher leurs cœurs même si beaucoup pensent quand même qu’il est trop naïf. » (p. 69). C’est ce jour-là que « il prononce le premier grand discours qui va le rendre célèbre » (p. 70).

Rosa sera finalement jugée coupable « pour délit de trouble à l’ordre public et violations des lois locales sur la ségrégation dans les transports publics » (p. 86) mais ces lois locales sont contraires aux lois fédérales depuis plus de cent ans ! Cela va activer la rébellion et un soulèvement national.

Voilà, c’est la « petite » histoire qui fait la « grande » Histoire. Je connaissais l’histoire de Rosa Parks mais cet agréable livre est vraiment bien pour la jeunesse (le lectorat ciblé, à partir de 12 ans) car Rosa Parks – surnommée la rose dans le bus jaune – est devenue une icône : pas une starlette en mal de reconnaissance, mais une véritable icône soutenue par les Noirs mais aussi des Blancs et des Juifs dans tous les États-Unis et même à l’international car elle avait la raison et le Droit constitutionnel de son côté. Toute sa vie, elle aura été un modèle, elle aura lutté contre les préjugés et la haine raciale, elle aura défendu les Droits civiques et ainsi la liberté et la justice. Ceci malgré les injures et les menaces de mort constantes…

Les dernières pages sont des compléments historiques sur Rosa Parks : elle est « considérée aujourd’hui comme l’une des vingt personnes les plus importantes du XXe siècle » (p. 120), sur Martin Luther King et son célèbre discours I Have a Dream… toujours d’actualité.

Pour le Challenge du confinement (case Bonus pour roman historique), Jeunesse Young Adult #10 et Petit Bac 2020 (catégorie personne célèbre).