Journal de L. de Christophe Tison

Journal de L. (1947-1952) de Christophe Tison.

Goutte d’Or, août 2019, 280 pages, ISBN 979-1-09690-616-1.

Genres : littérature française, journal.

Christophe Tison naît en 1961 à Amiens. Il étudie la philosophie à la Sorbonne puis devient journaliste et écrivain (depuis 2004).

Ce roman est inspiré de Lolita de Vladimir Nabokov (publié en 1955) qui est la confession de Humbert Humbert, un Anglais, en prison, mais Journal de L. donne la parole à l’adolescente : Dolores Haze, plus connue sous le surnom de Lolita. En août 1947, elle a 12 ans et son beau-père, Humbert Humbert, lui annonce que sa mère est morte fauchée en pleine rue et la kidnappe. Ils vont rouler dans la voiture de la défunte et traverser une partie des États-Unis. « Oh ! Maman. C’est un rêve, non ? Un de ces rêves qui tournent au cauchemar. » (p. 20). L’horrible bonhomme va abuser d’elle dès la première nuit. « Il est le diable et m’emmène avec lui. » (p. 21). Lorsque Humbert décide de s’arrêter à Beardsley en septembre 1948, il la fait entrer au collège mais Lolita, brisée, cassée, peine à se faire des amis. « Oh, je voudrais tellement qu’ils m’aiment ! » (p. 102). Elle tombe amoureuse de Stan mais… « Premier amour, premier chagrin. Comme ça a été vite ! » (p. 142). Elle va réussir à s’enfuir : descente aux enfers, alcool, drogue, films pornographiques… « Mais le plus important pour moi est de rester en vie. » (p. 227). Elle restera en vie jusqu’en 1952…

Pauvre gamine ! Dans cette Amérique puritaine d’après-guerre, il y a un homme qui voyage seule avec une gamine de 12 ans. Son père ? Son beau-père ? Un oncle ? Personne ne voit rien, personne ne remarque rien, personne ne se pose de questions… Pourtant partout où ils s’arrêtent, l’homme ne prend qu’une seule chambre. Humbert Humbert en a fait une adolescente sulfureuse, c’était son idée à lui, son idée de prédateur, de pédophile et de violeur. Cette histoire est sordide et je n’avais déjà pas pu lire Lolita de Nabokov. J’ai lu ce « journal » sans déplaisir mais aussi sans plaisir bien que le style soit agréable (et fluide comme on dit). Bien sûr Christophe Tison a mis de lui, de son expérience, dans ce Journal de L mais je n’ai pas réussi à apprécier parce que c’est cru, c’est glaçant, c’est dérangeant et traumatisant… Ces hommes-là, il faut simplement leur couper les c…….

Je découvre quand même les éditions Goutte d’Or et je regarderai si d’autres titres m’intéressent chez cet éditeur qui existe apparemment depuis 3 ans.

Un roman pour le 1 % Rentrée littéraire 2019.

Terminus de Tom Sweterlitsch

Terminus de Tom Sweterlitsch.

Albin Michel Imaginaire, mai 2019, 448 pages, 24,90 €, ISBN 978-2-226-43993-2. The Gone World (2018) est traduit de l’américain par Michel Pagel.

Genres : littérature états-unienne, roman policier, science-fiction.

Tom Sweterlitsch étudie la littérature et la théorie culturelle à l’Université Carnegie-Mellon à Pittsburgh (Pennsylvanie) où il vit avec sa famille. Il travaille comme bibliothécaire puis écrit un premier roman, Tomorrow and Tomorrow qui devrait être porté à l’écran par Matt Ross. Terminus est son deuxième roman et sera lui aussi porté à l’écran mais par Neill Blomkamp (très bonne idée, j’ai beaucoup aimé District 9 et Elysium !). Une interview de l’auteur est disponible sur le site de l’éditeur [lien].

Shannon Moss, 27 ans, est une agent spéciale du NCIS (Naval Criminal Investigation Service). Elle est dans un programme ultra-secret créé au début des années 1980 : des agents temporels explorent des futurs potentiels et ont vu que la fin de toute vie sur Terre serait au XXVIIe siècle. Mais, après une mission qui l’envoie en 2199, Shannon se voit pendue la tête en bas… Elle est récupérée par une équipe mais elle souffre d’hypothermie, de graves brûlures, d’amnésie et elle perd une jambe. Elle est de plus contaminée par des NET, des particules : « – Qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que c’est que ces NET ? Qu’est-ce qu’il y a en moi ? […] – On ne sait pas d’où elles viennent ni ce qu’elles veulent, répondit son instructeur. Elles ne veulent peut-être rien du tout. On les appelle nanoparticules à effet tunnel, et on les pense extra-dimensionnelles – jaillies du Trou Blanc, le deuxième soleil que vous avez vu. À un point de notre futur, elles provoquent l’événement que nous appelons le Terminus. » (p. 18). Mais, à chaque visite dans un futur potentiel, les agents racontent que la date du Terminus avance et ce de plus en plus rapidement.

1997. Shannon est appelée en pleine nuit car Patrick Mursult, 48 ans, un Navy Seal, a massacré sa famille (son épouse, leur fils, leur fille) à Cricketwood Court à Canonsbourg. Or, c’est là que Shannon a grandi et la maison était celle de la famille de son amie d’enfance, Courtney Gimm, assassinée à l’âge de 16 ans. Marian, 17 ans, la fille aînée de Mursult, a disparu. Shannon est envoyée dans le futur (en 2015-2016) à bord du Colombe Grise pour découvrir des informations et essayer de sauver Shannon. C’est que Mursult a été agent temporel pour les missions du Zodiaque mais le vaisseau sur lequel il servait, l’USS Balance a disparu dans les Eaux Profondes, comme huit vaisseaux sur les douze envoyés. Comment Mursult a-t-il pu revenir sur Terre et fonder une famille ? Et est-il raisonnable de ramener de la technologie du futur pour l’utiliser dans le présent ?

Ce roman, à la fois enquête policière et à la fois science-fiction, avec le thème du voyage dans le temps, est parfaitement construit. Il y a des mots comme multivers, quantique, Vardogger… mais rien de compliqué à comprendre, c’est avant tout un genre de thriller avec le FBI et le NCIS. Il y a de plus des passages poétiques qui atténuent l’horreur de la situation (ou plutôt des situations, puisque futurs potentiels !). « Moss savait que des montagnes se dressaient autour d’elle mais ne les voyait pas – sinon comme des poches d’obscurité gigantesques qui éteignaient les étoiles. » (p. 81).

Ma phrase préférée. « Rien ne disparaît, rien ne s’achève. Tout existe. Tout existe à jamais. La vie n’est qu’un rêve, Shannon. Le moi est l’unique illusion. » (docteur Wally Njoku, p. 116).

Une fois n’est pas coutume, je ne sais pas si ce roman passionnant et vraiment original fait l’unanimité mais voici les avis d’Albédo, d’Apophis, de Dionysos, de Lorkhan, de Xapur qui ont été scotchés et il y en a d’autres.

Une excellente lecture pour Littérature de l’imaginaire #7 et Polar et thriller 2019-2020.

Le voyageur de Koren Shadmi

Le voyageur de Koren Shadmi.

Ici même, août 2017, 176 pages, 25 €, ISBN 978-2-36912-037-7. Highwayman (2017) est traduit de l’américain par Bérengère Orieux.

Genres : bande dessinée états-unienne, science-fiction.

Koren Shadmi est illustrateur de bandes dessinées et de romans graphiques. Cet Américano-Israélien commence sa carrière à l’âge de 17 ans avec Profile 107 en collaboration avec Uri Fink. En 2002, il part étudier à New York. Il est aussi illustrateur pour des journaux comme le New York Times, le New Yorker et le Wall Street Journal entre autres. Plus d’infos sur son site officiel, http://www.korenshadmi.com/.

Dans le futur, il n’y a pratiquement plus d’humains et la planète est désertique, presque invivable mais, aux États-Unis, du moins ce qu’il en reste, un homme marche (ou alors il est pris en auto-stop) : il est immortel et peut voir ce qui va arriver mais il cherche en vain la Source. Un jour, dans un train, il rencontre Madeline qui est comme lui. « Comment vous faites ? – Faire quoi ? – Pour tenir le coup. J’en ai rencontré d’autres comme nous. Tous brisés, dévastés. – Je continue d’avancer et j’essaie de ne pas trop réfléchir. » (p. 69). Plus tard, il recueille un bébé : il l’appelle Zébulon et l’élève comme son fils. Le voyageur, c’est Lucas : il est mort il y a près de 300 ans mais il est revenu à la vie et, depuis, il ne peut plus mourir.

Dans ce road trip intrigant, Koren Shadmi parvient à montrer la fin de la planète et donc de l’humanité de façon poétique malgré l’horreur des situations. Le voyageur est le témoin impuissant de la fin du monde, de la fin de tout mais il continue d’avancer et de chercher une réponse à sa vie. Je découvre cet artiste avec cette bande dessinée et je veux absolument lire ses autres titres, en particulier Bionique qui vient de paraître aux éditions Ici-même.

Une très belle bande dessinée pour La BD de la semaine et les challenges BD, Littérature de l’imaginaire #7 et Rat-a-week de l’épouvante.

Plus de BD de la semaine chez Noukette (lien à venir).

Destruction d’Ezechiel Boone

Destruction d’Ezechiel Boone.

Actes Sud, collection Exofictions, mars 2019, 368 pages, 22,80 €, ISBN 978-2-330-11871-6. Zero Day (2018) est traduit de l’américain par Jérôme Orsoni.

Genres : littérature américaine, thriller, science-fiction, horreur.

Ezekiel Boone – de son vrai nom Alexi Zentner – naît en 1950 à Kitchener (Ontario, Canada). Il étudie à l’Université Cornell à Ithaca dans l’État de New York (États-Unis). Ithaca où il vit avec son épouse et leurs deux filles. Il est romancier et nouvelliste. Voir mes notes de lectures d’Éclosion (tome 1) et d’Infestation (tome 2). Plus d’infos sur son site officiel, http://www.alexizentner.com/.

Le commandant Brian Reynard et son équipe viennent de passer près de trois ans dans l’espace pour la mission Mars Conquest mais leur navette ne peut pas atterrir à cause de la deuxième vague d’araignées et ils sont en orbite, « faisant le tour de la Terre en deux heures environ » (p. 14) lorsqu’ils voient « de grands éclats de lumière » : les explosions nucléaires pour détruire les araignées et tenter de sauver quelques humains. Lorsque leur navette atterrit au Kennedy Space Center, en Floride, « […] tout était si calme. Personne pour les accueillir. Pas de défilé. » (p. 15). Mais, une chance : « pour l’instant, la Floride semblait avoir été épargnée par les araignées. » (p. 19).

C’est avec plaisir que le lecteur retrouve les survivants des tomes 1 et 2, la vice-caporale Kim Bock, la première classe Sue Chirp et les Marines, les civils Gordo, Shotgun, Teddie la journaliste de CNN Washington. Ils décident d’aller en Virginie pour être plus proches d’une évacuation en hélicoptère direction le porte-avions USS Elsie Down où sont déjà la présidente, Stéphanie Pilgrim, et son mari, George Hitches, son assistant Manny Walchuck (chef de cabinet de la Maison Blanche), Melanie Guyer la scientifique et sa petite équipe.

Comme c’est un thriller, le lecteur fait des excursions dans d’autres États des States (par exemple avec Mike Rich et Leshaun DeMilo, les deux agents fédéraux, dans le Minnesota) et à l’étranger : au Japon, en Norvège, en Allemagne, en Pologne, en Nouvelle-Zélande, en Inde, au Pérou, aux Hébrides… où il (le lecteur) retrouve soit des scientifiques soit des gens « normaux » qui ont échappé jusque-là aux araignées. Celles-ci sont plus grosses, plus nombreuses, plus dangereuses, c’est sûrement la fin du monde, du moins la fin des humains, la destruction soit par les araignées tueuses (surnommées les Araignées de l’Enfer) soit par les armes nucléaires… Mais il y a un Prophète, Bobby Higgs et ses cinq mille survivants qui avancent dans le désert !

« Ils avaient tous peur – Melanie, Julie, Laura, Will et Mike Haaf –, mais ils étaient aussi concentrés pour résoudre l’énigme. Parfois, Melanie oubliait pourquoi elle menait ces recherches et elle se sentait grisée par la pure curiosité intellectuelle. Comment les araignées se reproduisaient-elles si vite ? Comment s’y prenaient-elles pour coordonner apparemment leurs cycles d’éclosion ? Pourquoi certaines personnes étaient-elles rongées jusqu’à l’os par les nuées d’araignées tandis que d’autres étaient indemnes ? Comment se faisait-il qu’une araignée puisse se frayer un chemin dans le corps d’une personne pour y pondre des œufs et que la blessure se referme presque instantanément derrière elle ? Et, par-dessus tout le reste, comment les humains étaient-ils censés riposter ? » (p. 64).

Après Éclosion et Infestation, j’ai dévoré le troisième et dernier tome de cette trilogie, Destruction, avec cette question en tête : qui est détruit à la fin, les araignées ou les humains ? Donc, malgré mon aversion (pour les araignées), je n’ai pas lâché ce roman en espérant que cette histoire n’arriverait jamais en vrai ! La série d’Ezechiel Boone est une fiction (ouf !) qui tient bien la route et Destruction conclut parfaitement cette trilogie horrifique, mi thriller mi science-fiction. Je verrais bien cette histoire en série ou film.

J’ai lu ce roman de la Rentrée littéraire janvier 2019 pour le Mois américain mais parfois (souvent !) les notes de lectures arrivent plus tard…

Cependant cette lecture entre dans les challenges Littérature de l’imaginaire #7 et Polar et thriller 2019-2020.

Sauvage de Jamey Bradbury

Sauvage de Jamey Bradbury.

Gallmeister, collection Americana, mars 2019, 320 pages, 22,60 €, ISBN 978-2-35178-172-2. The Wild Inside (2018) est traduit de l’américain par Jacques Mailhos.

Genres : littérature américaine, nature writing.

Jamey Bradbury naît en 1979 dans le Midwest ; elle vit en Alaska depuis 15 ans. Elle a connu plusieurs métiers (« réceptionniste, actrice, secouriste et bénévole à la Croix Rouge » nous dit l’éditeur) et se consacre maintenant à l’écriture et à l’aide aux peuples natifs d’Alaska. Sauvage est son premier roman.

Tracy Sue, surnommée Trace par son père, 17 ans, et son frère Scott vivent avec leurs parents en Alaska. Ils sont isolés mais ils ont des chiens, des traîneaux, tout ce qu’il faut pour vivre et les enfants sont scolarisés à la ville voisine. Cependant la Nature est rude et ne fait pas de cadeaux ! Tracy aime la lecture et est passionnée par le livre de survie, Je suis fichu de Peter Kleinhaus. « Il y a des livres dans le monde qui vous font vous demander, quand vous les lisez, comment un parfait inconnu peut faire pour savoir aussi précisément ce que vous avez en tête. » (p. 14). La mère est en fait morte sur la route lorsque Tracy avait 16 ans et, après une énième dispute avec son père (elle a été virée du lycée après une bagarre avec une autre fille), l’adolescente s’enfuit dans la forêt, son havre de paix depuis sa plus tendre enfance. Mais elle se fait agressée par un homme, sûrement un vagabond. « Je n’arrêtais pas de me dire que j’aurais dû entendre l’inconnu se rapprocher de moi, mais l’écureuil que j’avais attrapé m’avait réchauffée et avait monopolisé toute ma pensée, et la partie de moi qui aurait dû être en alerte était préoccupée par la dispute que je venais d’avoir avec Papa. » (p. 26). Il faut dire qu’il lui a annoncé qu’il manquait d’argent et qu’elle ne pourrait pas participer à la course Iditarod, une célèbre course de traîneaux pour laquelle elle s’entraîne depuis toujours (elle participe en junior mais cette année, elle va avoir 18 ans et elle devrait participer à la course adulte pour la première fois). Bref, elle perd connaissance durant l’agression et se réveille, le couteau ensanglanté : a-t-elle tué l’homme ? « J’ai compris que je ne trouverais d’apaisement que lorsque je saurais que cet homme n’était plus une menace. » (p. 28). Elle ne dit rien à son père et continue d’aller en forêt. « Plus je passais de temps dehors, plus il m’était difficile de rentrer. » (p. 46).

Alors, petit problème, j’ai lu deux chapitres (jusqu’à la page 51) et je n’ai pas très envie de continuer ce roman… Ce n’est pas parce que Tracy a blessé avec son couteau un inconnu qui l’agressait (je vous rassure, il ne l’a pas violée) mais, depuis l’âge de 5 ans, elle tord le cou des animaux qu’elle attrape, faons, lièvres, martes, sans compter le chat de la maison, elle mord même les humains y compris son petit frère, pour les goûter, pour boire le sang chaud, pour se réchauffer (elle utilise ce mot, réchauffer, plus haut, lire l’extrait avec l’écureuil). Quelle est cette envie irrépressible de sang ? Ce n’est pourtant pas un roman de vampires… Et sa mère lui a pourtant appris quelques règles auxquelles il ne faut pas déroger dont la plus importante : ne jamais faire couler le sang de quelqu’un (pour moi, un animal est quelqu’un).

Cependant, j’ai continué la lecture de ce roman, ne me demandez pas pourquoi, je ne sais pas, j’avais le temps, et puis ce roman est tout de même bien écrit et je voulais savoir le pourquoi du comment… « La plupart des animaux que je trouvais dans mes pièges étaient morts depuis des heures, peut-être des jours. Quand vous avez en main un animal qui se meurt plutôt qu’un animal qu’est mort depuis longtemps, c’est chaud, vous sentez sa chaleur se répandre en vous, et ce que vous apprenez de lui a la clarté parfaite des choses que vous voyez avec vos propres yeux. Goûter vous donne toujours accès au moins à un instant. Mais quand vous buvez une bestiole qui lâche son dernier souffle, vous recevez toute une histoire. Tout ce qu’elle a fait, tout ce qu’elle a ressenti se livre à vous comme si ça se produisait au moment même où vous l’apprenez. Vous absorbez une vie entière, quand vous buvez et tuer en même temps. » (p. 101). « Ce n’était pas de nourriture dont j’avais besoin, c’était de sang. » (p. 182). Voilà, pour vous faire une idée plus consistante et c’est comme ça pratiquement tout le long… Je suis confortée dans l’idée que le plus Sauvage n’est absolument pas la Nature mais l’Humain ! « On ne peut pas fuir la sauvagerie qu’on a en soi. » (p. 256), ça promet…

Comme je l’ai finalement lu en entier, ce roman brutal (plutôt que violent), si si, et pas en diagonale, je vous donne encore une info qui peut attiser votre curiosité. Un jour, un jeune homme de 17 ans, Jesse Godwin (qui, petite erreur, se transforme au moins une fois dans le roman en Goodwin…), arrive pour louer le cabanon et travailler mais il n’est pas celui qu’il prétend. Point bénéfique : j’ai appris pas mal de choses sur l’Alaska, sur les chiens et leurs traîneaux : le (ou la) musher fait du mushing, prononce Gee pour que les chiens aillent à droite et Haw pour à gauche, c’est sûrement tout ce qu’il me restera de cette lecture éprouvante, et encore… L’éditeur annonçait de l’initiatique et du fantastique : je n’en veux pas de l’initiatique comme ça, tuer des animaux, pour le plaisir, pour boire leur sang chaud… Et je n’ai vu aucune pointe de fantastique pourtant j’ai pensé au chamanisme qui lui viendrait du côté de sa mère mais, même pas… Ce genre de romans n’est peut-être pas pour moi, déjà que je n’avais pas aimé Dans la forêt de Jean Hegland (mais pour d’autres raisons…), cependant j’ai apprécié Manuel de survie à l’usage des jeunes filles de Mick Kitson, plus sensible.

Lu durant le marathon Week-end à 1 000 – août 2019, j’ai pu rédiger ma note de lecture rapidement mais je décale sa parution pour le Mois américain (septembre 2019), j’espère que vous ne m’en voudrez pas ; une lecture de la Rentrée littéraire janvier 2019.

West de Carys Davies

West de Carys Davies.

Seuil, janvier 2019, 190 pages, 19 €, ISBN 978-2-02-138142-9. West (2018) est traduit de l’anglais par David Fauquemberg.

Genres : littérature anglaise, aventure, premier roman.

Carys Davies naît au Pays de Galles et grandit dans les Midlands (centre de l’Angleterre). Elle passe dix ans aux States et vit maintenant à Édimbourg. Elle publie deux recueils de nouvelles avant West qui est son premier roman.

« Regarde bien la silhouette de ton père qui s’en va, Bess, regarde-la tant que tu peux, lança sa tante Julie depuis le porche, d’une voix forte, comme une proclamation. Regarde-le bien, Bess, cette personne, mon imbécile de frère John Cyrus Bellman, car jamais tes yeux ne se poseront sur un plus grand idiot que celui-là. À partir d’aujourd’hui, je le compte parmi les fous et les égarés. Ne t’attends pas à le revoir, et n’agite pas la main, ça ne ferait que l’encourager et lui donner à croire qu’il mérite ta bénédiction. Rentre dans la maison, ma fille, ferme la porte et oublie-le. » (p. 10-11).

XIXe siècle. Pennsylvanie. John Cyrus Bellman, veuf inconsolable (sa bien-aimée, Elsie, est morte depuis 8 ans), a 35 ans et le travail à la ferme n’arrive pas complètement à occuper son esprit (il élève des chevaux et des ânes et les fait s’accoupler pour vendre les mules et les bardots, pratiquement tous stériles mais plus costauds pour le travail). Après avoir lu un article dans le journal sur des os d’animaux gigantesques découverts dans l’Ouest, dans le Kentucky, il n’a qu’une idée en tête : aller dans l’Ouest, le plus loin possible s’il le faut et voir ces animaux ! Il laisse donc sa fille unique, Bess, 10 ans, avec sa tante Julie, une vieille fille religieuse et revêche… Bien sûr, avant de partir, Bellman a consulté d’anciennes cartes à la bibliothèque payante de Lewistown (Pennsylvanie) « mais toutes les deux sont pleines de blancs, d’espaces vides et de points d’interrogation. » (p. 16-17).

Bien sûr il y a une espèce de naïveté chez Bellman mais c’est un aventurier dans l’âme, inexpérimenté soit, mais il a tout prévu, tout préparé pendant des semaines, peut-être même des mois. « Julie pinça les lèvres, […] et dit qu’elle ne comprenait pas ce qui pouvait pousser qui que ce soit à parcourir cinq mille kilomètres en tournant le dos à sa propre maison, son église et sa fille qui n’avait déjà plus de mère. […] Bellman soupira. Il y avait dans son attitude comme une impuissance. Il faut que j’y aille. Il faut que j’aille voir. C’est tout ce que je peux te dire. Il le faut. Je ne sais pas quoi dire d’autre. » (p. 21).

Et Bellman est parti ! « Il était plein d’espoir et d’entrain […] » (p. 31), avançant sur son cheval avec son matériel, troquant avec les Indiens (il n’en avait jamais vu dans l’Est), mangeant à sa faim (il chasse et pêche selon ses besoins), écrivant à sa fille, mais aucune trace d’animaux gigantesques au bout de 2 000 km… et surtout l’hiver arrive (non, ce n’est pas une blague !). Lorsque Bellman rencontre Devereux, un négociant en fourrures, celui-ci lui conseille d’engager un jeune shawnee de 17 ans, Vielle Femme de Loin (il a reçu ce nom car il a un physique très disgracieux). Vielle Femme de Loin est impressionné par Bellman, grand gaillard aux cheveux rouges (roux) et accepte de lui servir de guide pour la deuxième partie du voyage.

Au cours de son périple, Bellman découvre des plantes et des animaux inconnus de lui, qu’il dessine. « Ces créatures inconnues et bizarres le confortaient dans sa foi, et il pressait le pas. » (p. 79). Mais toujours aucune trace de ce qu’il cherche… « Il commençait à se dire qu’il avait peut-être brisé sa vie en se lançant dans ce périple, qu’il aurait dû rester chez lui avec le petit et le familier, plutôt que de s’aventurer ici dans le grand et l’inconnu. » (p. 128). Vieille Femme de Loin ne dit rien (de toute façon, il ne parle pas la langue de Bellman) mais « C’était la vérité […] : non il n’avait jamais rien vu de semblable aux créatures que l’homme [Bellman] avait esquissées sur le sol. Mais il en avait entendu parler. D’aussi loin qu’il s’en souvenait, il avait toujours entendu des histoires de gigantesques créatures mangeuses d’hommes […]. » (p. 167). Alors, cette aventure ne serait pas pure folie ? Ces créatures existent ? Bellman va-t-il les voir ?

Affligeant : un jour Bess demande à sa tante Julie de l’emmener à la bibliothèque à Lewistown mais la réponse est cinglante… « Parce que tu crois peut-être, mon enfant, interrogea la sœur de Bellman, que j’ai le temps d’aller m’asseoir dans une bibliothèque ? » (p. 36)… Les mentalités ont changé, heureusement !

West, un premier roman…, mais quelle lecture ; gros coup de cœur ! Maîtrise, traduction sûrement parfaite, sobriété dans le choix des mots, mais puissance du récit, de l’aventure (ambiance western), relations entre les gens (ils parlent peu mais la narration est magnifique). West, c’est le roman d’un rêve, d’une volonté, d’une folie, mais il en faut des aventuriers comme Bellman, des défricheurs, des découvreurs, des originaux. Les chapitres s’alternant, le lecteur suit aussi Bess : la fillette grandit, supporte tant bien que mal sa tante, s’occupe surtout des animaux qu’elle aime vraiment, pense au voyage que fait son père, attend avec impatience les lettres qu’il lui a promises ; ces passages sont à la fois beaux et tristes. J’ai frémi, rêvé et réellement voyagé avec ce très beau roman que je vous conseille ab-so-lu-ment !

Un roman de la Rentrée littéraire janvier 2019 (oui, je sais, la nouvelle rentrée littéraire a commencé mais…) que je mets dans les challenges Voisins Voisines 2019 (Pays de Galles) et aussi Contes et Légendes (pour les légendes sur ces animaux gigantesques aux États-Unis et d’autres légendes amérindiennes qu’on entrevoit dans ce roman). Et bien sûr dans le Mois américain 2019.

 

Mois américain (septembre 2019)

Huitième édition pour le Mois américain organisé par Titine du blog Plaisirs à cultiver. Infos, inscription et logo chez Titine + le billet récapitulatif + le groupe FB.

Mes billets pour ce challenge

1. 11 séries américaines sur Séries 2019 – 1 (sur 24 traitées)

2. West de Carys Davies (Seuil, janvier 2019) ❤

3. Sauvage de Jamey Bradbury (Gallmeister, mars 2019) 😦

Note de lecture publiée après la fin du challenge mais roman lu dans les temps : Destruction d’Ezechiel Boone (Actes Sud, 2019, États-Unis) 🙂