L’ours d’Andrew Krivak

L’ours d’Andrew Krivak.

Globe, septembre 2021, 160 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-38361-001-4. The Bear (2020) est traduit de l’américain par Heloïse Esquié.

Genres : littérature états-unienne, roman, nature writing, post-apocalyptique.

Andrew Krivak naît en 1963 à Wilkes-Barre (Pennsylvanie) dans une famille slovaque exilée aux États-Unis. Il étudie au St. John’s College d’Annapolis (Maryland), à l’université de Columbia (New York City) et à l’université Rutgers (New Jersey). Après un séjour chez les Jésuites, il rédige un mémoire, In Search of a Religious Life (2008) puis deux romans (encore non traduits en français) : The Sojourn (2011) et The Signal Flame (2017) avant The Bear (2020) qui a reçu le Banff Mountain Book Prize. Plus d’infos sur son site officiel.

Un homme et une femme jeunes se sont installés dans cette montagne. Ils ont construit une maison en bois et en pierre. Ils ont eu un enfant, une fille, mais la femme est morte très peu de temps après. L’homme élève donc seul sa fille. En ce jour le plus long de l’année, elle a maintenant cinq ans et il répond à ses questions parce que c’est difficile pour elle de ne pas avoir connu sa mère. Il y a des animaux mais ils sont les seuls humains au monde. « Tu es une fille intelligente. Mais il y a encore tant de choses que tu ne peux pas comprendre. Tant de choses que tu ne devrais pas être obligée de comprendre. Pas encore. » (p. 13).

Le lendemain, père et fille grimpent au sommet de la montagne, là où la mère est enterrée. Il lui raconte tout et, à partir de ce moment, lui enseigne tout ce qu’il sait. Le terrain, le lac, « où plonger pour ramasser les moules […] confectionner un collet à lapin […] toutes les étapes de la fabrication d’un harpon de pêche […] repérer les essaims d’abeilles sauvages […] et récolter le miel […] comment estimer l’heure […]. » (p. 21). Et même, lorsqu’elle fut plus grande, « il lui apprit à lire et à écrire » (p. 22).

C’est à l’automne de ses 7 ans que « la fille et son père virent surgir un ours surgir des bois et se diriger vers le lac, puis patauger dans l’eau jusqu’à ce qu’il ait un poisson dans la gueule, avant de repartir dans la forêt, en direction des hauteurs. » (p. 24). Et la vie continue, au fil des saisons, des histoires que lit la fille ou que raconte le père et des cadeaux qu’elle reçoit chaque année à son anniversaire (peigne, boussole, couteau, silex…).

Mais, alors qu’ils se rendent pour la première fois au nord et à l’est, vers l’océan, l’homme se fait mordre dans l’eau par un animal qu’il n’a pas le temps de voir, « la main de l’homme était enflée et bleue » (p. 52).

« Elle était seule dans le canoë, pagayant vers la rive […]. L’ours retourna la fille du bout de son museau et lécha la croûte de sommeil et de sel dans ses yeux […]. La fille se secoua, tenta de se lever d’un coup, et s’effondra. L’ours recula et ils se regardèrent à travers la distance qui les séparaient. Tu peux faire un autre feu ? demanda l’ours. La fille ne répondit pas. Elle envisagea de s’enfuir […]. » (p. 71, je note qu’ici il y a une faute, la distance les séparait au singulier pas au pluriel).

Cela peut paraître surprenant mais c’est avec l’ours que la fille fait le trajet de retour, et l’ours sait tout, les endroits qu’il faut éviter, les arbres à miel, les baies et les fruits… « Ils ne parlaient guère tandis qu’ils marchaient vers les hautes montagnes jour après jour. Leur langage était la régularité de leur pas et la cueillette de nourriture. » (p. 79). De même cela peut paraître surprenant que l’ours parle et que la fille le comprenne mais l’ours « expliqua qu’autrefois tous les animaux savaient produire les sons que la fille et son père utilisaient entre eux. Mais les autres comme elle avaient cessé d’écouter, et cette aptitude s’était perdue. […] mais tous les êtres vivants parlaient, et peut-être que la vraie question était comment il se faisait qu’elle puisse le comprendre. » (p. 84).

Malheureusement, durant le retour, l’ours et la fille sont obligés de rester de l’autre côté de la rivière parce que l’hiver arrive plus tôt et, le lecteur s’en doute, l’ours doit hiberner. « Si tu ne te réveilles pas, cette grotte sera ta tombe, et l’ours portera avec lui dans ses errances le souvenir d’un automne où il aura voyagé un temps avec un être porteur de chagrin. Mais si tu te réveilles et fais le voyage jusqu’à chez toi, l’ours et une lignée d’ours après lui porteront l’histoire du retour de la dernière à la montagne isolée. Ils la porteront pour que la forêt s’en souvienne aussi longtemps qu’il y aura de la forêt sous le soleil. » (le puma, p. 111-112).

La fille va-t-elle survivre à cet hiver ?

Comme je n’avais pas aimé Dans la forêt de Jean Hegland (le comportement des deux sœurs m’avait énervée…), j’espérais beaucoup de ce roman ‘similaire’, c’est-à-dire un roman de nature writing avec quelques survivants (ici, seulement deux) dans un monde post-apocalyptique (c’est la couverture qui m’a d’abord attirée). Eh bien, je n’ai pas été déçue, au contraire. Ce roman a tout ce que l’autre n’avait pas ! Je l’ai trouvé passionnant, plein de poésie et d’amour pour la Nature, pour les animaux (même si les passages de chasse restent difficile pour moi à lire). J’ai lu que l’auteur s’est inspiré du mont Monadnock (New Hampshire) près duquel il vit avec son épouse et leurs enfants, une montagne qui me semble très belle quoique peu accueillante en hiver (mais, comme toutes les montagnes, non ?).

Les lecteurs ne sauront rien de ce qui est arrivé aux humains. Les parents de la femme et de l’homme (pas de prénoms) ont cherché des survivants mais le jeune couple ne les a jamais revus. Les seuls ‘visiteurs’ sont les animaux qui vivent plus ou moins près de leur maison dans la montagne. Ils ont appris à survivre avec ce que la Nature leur donnait et quelques bricoles qu’ils ont gardé du monde humain (comme un peigne pour elle et une boussole pour lui). Rien de science-fiction dans ce roman pourtant post-apocalyptique, mais il est d’une beauté époustouflante, toute en contemplation et enseignements (je n’ai pas lu les auteurs que cite la 4e de couv, Emerson et Thoreau). L’homme veut que sa fille vive tout en aimant et respectant la faune et la flore qui l’entourent parce que, sans cette harmonie, elle ne pourra pas vivre. Mais dans ce livre, ce ne sont pas les humains qui sont importants, ce sont les animaux, le vent, les odeurs, l’eau, en un mot la Nature.

Une belle leçon de vie et d’humilité que je mets dans Bingo littéraire d’Hylyirio (n° 1, la couverture rappelle le printemps), Challenge lecture 2022 (catégorie 40, un livre choisi pour sa couverture), Littérature de l’imaginaire #10 et Petit Bac 2022 (catégorie Animal pour Ours).

Go West Young Man de Tiburce Oger

Go West Young Man de Tiburce Oger avec la collaboration de Hervé Richez.

Grand Angle, novembre 2021, 112 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-8189-8320-1.

Genre : bande dessinée française, western, Histoire.

Tiburce Oger naît le 21 avril 1967 à La Garenne Colombes (Hauts de Seine, Île de France). Il étudie les Beaux Arts à Angoulême puis travaille pour des séries animées. Il devient scénariste et dessinateur de bandes dessinées. Son premier titre est Gorn (Vents d’Ouest, 11 tomes entre 1992 et 2008). D’autres bandes dessinées suivent chez Vents d’Ouest, les Humanoïdes associés, Delcourt, Casterman, Daniel Maghen ou Rue de Sèvres. Il existe un tirage luxe noir et blanc de Go West Young Man.

XVIIIe et XIXe siècles, le rêve américain, la Conquête de l’Ouest. Le fil directeur de chaque histoire ou flashback est la montre à gousset de Sanchez.

Golden Watch, Nouveau-Mexique, 1938. Dessins et couleurs de Paul Gastine. Sanchez, un éleveur, s’apprête à vendre son ranch et ses chevaux.

Deux paroles, Pennsylvanie, 1763. Dessins et couleurs de Patrick Prugne. Les Indiens emmenés par « le grand chef Pontiac, ami des Français » (p. 5) veulent récupérer les terres que les Britanniques ne leur ont pas restituées mais ils sont décimés par la variole.

Malheur River, Yellowstone River, 1825. Dessins et couleurs d’Olivier Taduc. James Clyman, un Mountain Man de l’American Fur Company va épouser Nattes sur les joues, « une sauvageonne païenne » (p. 13).

Conestoga, Missouri, 1842. Dessins de Benjamin Blasco-Martinez et couleurs de Serial Color. Kathryn, une femme blanche, et Jonathan, un homme noir, fuient la Louisiane et l’esclavage. Mais Jonathan est tué et le convoi conduit par John Golder est attaqué par des Indiens.

Pyramid Lake War, Utah, 1860. Dessins et couleurs de Ralph Meyer. William Golder a 11 ans et il a récupéré le cheval et les courriers du Pony Express, il veut tout livrer pour devenir un héros mais c’est son dernier voyage…

Ne meurs pas, Fairfax, 1863. Dessins et couleurs de Félix Meynet. L’enfer de la guerre de Sécession.

Les sœurs Austin, Texas, 1875. Dessins et couleurs de Dominique Bertail. Les deux nièces de miss Taffin ont été enlevées par des Cheyennes. Deux hommes courageux tentent de les délivrer.

J’ai connu Wild Bill, territoire indien, 1879. Dessins de Hugues Labiano et couleurs de Jérôme Maffre. Au Texas, une diligence est attaquée par des soudards. À bord, une femme et un enfant, tous deux tués. « On tue jamais par plaisir, je crois… On tue par peur… » (p. 59). Le marshall qui a connu Wild Bill Hickok, emmène le criminel, Douglas Mac Gerthy, à Fort Smith pour qu’il soit pendu. « Voilà, Douglas… On peut tuer pour une montre. Tu l’as fait, Hickok l’a fait… » (p. 63).

L’ours, Montana, 1881. Dessins de François Boucq et couleurs de Jack Manini. Miles City est sous les eaux car la Tongue River a débordé. Un trappeur boit un coup au saloon, il porte un beau manteau en peau d’ours.

The girls and the doc, Kansas, 1882. Couleurs et dessins d’Éric Hérenguel. Au Murray Inn, Gregorwsky tue une prostituée, Mary. Le doc Bernstein qui s’occupe de la santé des prostituées veut faire la peau à cet homme violent.

La lettre. Dessins de Michel Blanc-Dumont & Steve Cuzor et couleurs de Tom Cuzor. « Colorado, septembre 1883. Meredith, ma chère petite, je saisis la plume ce matin avant de reprendre la route. […]. » (p. 81). Meredith est entrée au sanatorium de Saint-Joseph et l’homme espère trouver en Californie, un médecin capable de la soigner mais les Indiens sont à l’affût…

La montagne qui parle, Arizona, 1885. Dessins et couleurs de Christian Rossi. À Chiricahua Mountain, le sergent Lewis en poste à Fort Bowie est menacé par un crotale. Il raconte comment il en est arrivé là.

Cattle Kate, Wyoming, 1894. Dessins de Michel Rouge et couleurs de Corentin Rouge. Nate Lewis court pour sauver son épouse et leur fils, James.

Viva Villa, région de Chihuahua, 1916. Dessins et couleurs de Ronan Toulhoat. Rodrigo donne l’alerte, une vingtaine de cavaliers gringos (ou americanos) arrivent au village de San Miguel (Mexique). Il faut protéger Pancho Villa !

Golden Watch, Nouveau Mexique, 1938. Dessins et couleurs de Paul Gastine. On retrouve Sanchez, actuel propriétaire d’une montre en or à gousset qui vend son ranch et ses chevaux.

Quinze histoires, un même scénariste mais quatorze dessinateurs différents (même dessinateur pour Golden Watch du début et de la fin). Pas d’inquiétude, il y a une belle diversité mais aussi une belle unité dans cet incroyable projet historique et artistique. Quinze histoires qui vont de 1763 à 1938 soit 175 ans d’occupation du territoire américain, d’est en ouest, de dangers, de guerres contre les Indiens, d’exactions, de tueries, de massacres, de bons moments aussi, parfois.

Ce n’est pas le rêve américain dans toute sa splendeur ! C’est sombre, c’est brutal, ça tue des Indiens, mais aussi des femmes, des enfants… C’est sûrement très proche de la réalité. Et c’est surtout une grande réussite ! Comme je le disais en début de billet, la montre est le fil directeur de ces (petites) histoires, de cette (grande) Histoire, une montre anglaise en or de belle valeur, donnée, reçue, volée, qui aura connu de nombreux propriétaires. Cette bande dessinée n’est pas réservée qu’aux amateurs de western !

La petite histoire de Go West, Young Man. Go West, Young Man, Go West est une expression de John Babsone Lane Soule (1815–1891) datant de 1851 (Dictionary of American History). Elle fut reprise par Horace Greeley (éditeur du New York Tribune) dans un éditorial de 1865 pour encourager la conquête de l’Ouest. Trois films (réalisés en 1918, 1936 et 1980) portent le titre Go West, Young Man.

Pour La BD de la semaine (mais j’ai pris du retard et je n’ai pas donné mon lien…), le challenge BD 2022 (il est de retour !), Bingo littéraire d’Hylyirio (n° 32, un livre d’un auteur de la même nationalité que moi), Book trip mexicain (pour l’histoire Viva Villa, avec Pancho Villa), Challenge lecture 2022 (catégorie 23, un livre avec plusieurs points de vue, je le choisis parce qu’il y a plusieurs points de vue au niveau historique mais surtout au niveau artistique, chaque dessinateur ayant son propre style), Des histoires et des bulles (catégorie 30, une BD western), Petit Bac 2022 (catégorie Verbe pour Go, verbe anglais) et Un genre par mois (en mars, c’est le genre historique). Plus de BD de la semaine chez Stéphie.

Défi du 20 mars 2022

Après une première année de l’atelier d’écriture Le défi du 20 en 2021, je continue avec les nouvelles consignes et le nouveau joli logo coloré (créé par Soène) chez Passiflore, où vous pouvez consulter toutes les infos.

En janvier c’était 1 peintre, en février c’était 2 poètes. En mars c’est 3 chanteurs. Je ne sais pas si j’ai pensé à Un bon chanteur mort de Dominique A mais j’ai décidé de vous parler de 3 chanteurs morts. Ils sont tous les trois états-uniens et leur genre musical est le rock, j’espère que vous découvrirez (si vous ne connaissiez pas déjà) et aimerez.

Kurt Cobain naît le 20 février 1967 à Aberdeen (État de Washington). Son père est mécanicien, sa mère est serveuse, il a une jeune sœur (Kimberly). Depuis l’enfance, il aime chanter et se lance dans la musique rock en tant qu’auteur, compositeur et interprète. Il meurt en pleine gloire le 5 avril 1994 à Seattle (État de Washington), il n’a que 27 ans, suicide, meurtre, je ne sais pas mais c’est de musique dont je veux vous parler. Après quelques galères, Kurt Cobain forme le groupe Nirvana en 1987. Il y est chanteur et guitariste aux côtés de Krist Novoselic, bassiste, puis, en 1990, de Dave Grohl, batteur (après que le groupe ait essayé cinq autres batteurs). En 3 albums extraordinaires, la musique grunge déferle sur le monde : Bleach (1989), Nevermind (1991) et In Utero (1993). Il y a aussi 5 albums live dont le fabuleux MTV Unplugged in New York (1994) et 4 compilations. Parmi mes chansons préférées, Smells Like Teen Spirit (1991), Come as You Are (1991), Something in the Way (1991) et Pennyroyal Tea (1994). Vous pouvez écouter Kurt Cobain et Nirvana sur leur chaîne YouTube.

Jim Morrisson naît le 8 décembre 1943 à Melbourne (Floride). Son père est officier de l’US Navy et sa mère est femme au foyer. Il est l’aîné, il a une sœur (Anne) et un frère (Andy). La famille déménage souvent et Jim est considéré comme instable mais il aime dessiner et écrire des poèmes. Il étudie non seulement la littérature et la poésie mais aussi la philosophie, la psychologie et la méditation. Il commence à écrire des chansons et rencontre Ray Manzarek (diplômé de cinéma et clmaviériste) avec qui il fonde en 1965 The Doors (ils seront des portes entre le connu et l’inconnu). Robby Krieger (guitare électrique, basse, chœurs) et John Densmore (batterie, percussions, chœurs) rejoignent le groupe. Jim Morrisson, consommateur de drogues, meurt le 3 juillet 1971 à Paris (France), il n’a que 28 ans… 8 albums studios (entre 1967 et 1972) plus An Americain Prayer (en 1978), 13 albums live (sortis entre 1970 et 2008) et 14 best of ou compilations (sortis entre 1970 et 2008). Parmi mes chansons préférées Alabama Song et The End sur le premier album, The Doors (sorti en 1967 mais dont l’enregistrement a commencé le 29 août 1966, le jour de ma naissance, et a duré jusqu’au 23 septembre 1966) et aussi People Are Strange (album Strange Days, 1967), Spanish Caravan (album Waiting for the Sun, 1968), Shaman’s Blues (album The Soft Parade, 1969) et Waiting for the Sun (album Morrison Hotel, 1970). Vous pouvez écouter Jim Morrisson et The Doors sur leur chaîne YouTube.

Chris Cornell naît le 20 juillet 1964 à Seattle (État de Washington). Auteur-compositeur-interprète, il meurt (suicide) le 18 mai 2017 à Détroit (Michigan), il n’a que 53 ans… Son père est pharmacien et sa mère est comptable. Il a deux grands frères (Peter et Patrick) et trois jeunes sœurs (Katy, Suzy et Maggie). Ses parents divorcent et il souffre de dépression mais il aime nager, jouer au football et chanter. Il apprend la guitare et le piano dès l’enfance puis la batterie à l’adolescence. Il fonde Soundgarden en 1984 avec Kim Thayil et Hiro Yamamoto (vous vous souvenez de Black Hole Sun ?). Après la séparation du groupe en 1991, il chante en solo (1998-1999) mais c’est surtout de son deuxième groupe, Audioslave, dont je veux vous parler. Audioslave, formé en 2001 par Chris Cornell, Tom Morello, Tim Commerford et Brad Wilk (anciens membres du groupe Rage Against the Machine), enregistre 3 albums, Audioslave (2002), Out of Exile (2005) et Revelations (2006). Parmi mes chansons préférées, Cochise (2002), Dandelion (2005) et Moth (2006). Vous pouvez écouter Chris Cornell et Audioslave sur leur chaîne YouTube.

Vous l’avez compris, j’aime le rock, le rock alternatif, le grunge, le métal et ces trois merveilleux artistes me manquent. Ils étaient apparemment tous les trois instables psychologiquement mais la musique leur a permis de tenir le coup, un certain temps… Bien sûr, je peux toujours écouter leurs albums mais je sais qu’il n’y aura pas de nouveaux titres… Je vous les ai présentés dans l’ordre où ils me sont venus à l’esprit, je n’ai pas ‘choisi’ cet ordre qui n’est pas chronologique, il est venu tout seul, et je me suis rendu compte après coup que c’était du plus jeune au moment de la mort au plus âgé (27, 28 et 53 ans).

Vous trouverez les billets des autres participant(e)s chez Passiflore et je vous donne rendez-vous le 20 avril avec le thème 4 titres de livres (ci-dessous, le tableau des thèmes pour l’année).

Un assassin à New York de Jinpachi Môri et Jirô Taniguchi

Un assassin à New York de Jinpachi Môri et Jirô Taniguchi.

Pika, collection Pika Graphic, octobre 2021, 224 pages, 16 €, ISBN 978-2-81166-285-1. Benkei in New York (N.Y.の弁慶, Shôgakukan, 1996) est traduit du japonais par Thibaud Desbief.

Genres : manga, seinen, ‘roman’ policier.

Jinpachi Môri 毛利甚八 naît en 1958. Il est mangaka mais aussi écrivain, scénariste et photographe. Il meurt le 21 novembre 2015.

Jirô Taniguchi 谷口 ジロー (14 août 1947-11 février 2017). Vous pouvez lire mon billet qui lui est consacré (biographie et bibliographie).

Benkei, un Japonais exilé à New York tient « un petit bar sans prétention, en sous-sol, à Greenwich Village » (p. 11). Il choisit lui-même ses clients en les abordant, en discutant avec eux et en leur offrant une lampée d’un excellent whisky.

Mais Benkei, en plus d’être un truand (il revend des œuvres d’art volées) et un barman un peu spécial (son bar, extrêmement bien achalandé est en sous-sol et n’a pas d’enseigne), est « un entremetteur de vengeance… En japonais, on appelle ça un ada’uchi. » (p. 30).

Découvrez 7 vengeances surprenantes, implacables et raffinées, intitulées Haggis, Hook, Throw Back, The Cry, Sword Fish, Neck Lace, A Basement. Elles ont pour thème la guerre du Vietnam, la prostitution, le pouvoir et les exactions des militaires, la mafia (trafics d’œuvres d’art et de drogues), entre autres.

Même si Jinpachi Môri dit dans sa postface qu’il n’est « pas sûr d’avoir réussi à décrire correctement les tourments de Benkei » (p. 222), c’est vif, rythmé, les regards et les coups sont incisifs, le noir et blanc est ample, profond. On reconnaît le dessin de Taniguchi mais c’est plus noir. « Dis-moi, Benkei… Il paraît que tu n’utilises jamais d’armes à feu ? – Avec elles, il y a toujours plus de morts que prévu. » (p. 124).

Une grosse faute : « c’est le signe que le dialogue est exclue » (p. 71), aïe, ça fait mal aux yeux ! Mais il ne faut pas se priver de lire ce manga grand format que l’on peut qualifier de roman noir même si chaque histoire est indépendante, les personnages qui subissent la vengeance de Benkei ne se connaissant pas d’une histoire à l’autre (sauf pour la mafia italienne qui fait d’ailleurs voyager les lecteurs en Sicile) mais Benkei, lui, est le lien entre ces 7 histoires.

Pour La BD de la semaine, Bingo littéraire d’Hylyirio (n° 27, un recueil de nouvelles ou une nouvelle, ces 7 histoires sont indépendantes mais ont un fil directeur), Challenge lecture 2022 (catégorie 17, un livre publié après le décès de l’auteur), Des histoires et des bulles (catégorie 1, une BD de Jirô Taniguchi, 2e billet), Petit Bac 2022 (catégorie Lieu pour New York) et Polar et thriller 2021-2022. Plus de Bd de la semaine chez Noukette.

Le cahier des livres n° 2 (hiver 2021)

Après la belle découverte de Le cahier des livres n° 1 (automne 2021), j’attendais avec impatience Le cahier des livres n° 2 (hiver 2021). Toujours 52 pages et 7,50 €, paru en novembre 2021 selon l’éditeur mais la librairie vient seulement de le recevoir… Lien éditeur.

Dans son édito, Face au mur, Lucie Servin (rédactrice en chef) annonce les principaux auteurs de ce numéro sous le prisme du rire et de l’imaginaire. Suivent deux annonces (une expo vente d’illustrations et un festival littéraire) et le sommaire puis le lecteur plonge dans la littérature sous toutes ses formes (romans, essais, jeunesse, bande dessinée, poésie…).

Très beau portrait-interview de Fabcaro que j’ai encore lu récemment et il me reste plusieurs de ses titres à lire, ce qui est tant mieux ! « Je raisonne dans l’art comme dans la vie, pour moi les choses ne se divisent qu’en deux catégories : ce qui me touche et ce qui ne me touche pas. » (p. 9). « Il ne faut rien s’interdire en matière d’humour. Oui, on peut rire de tout, et il faut rire de tout, surtout du pire, c’est absolument nécessaire. Parce qu’on est dans une société qui surveille tout, qui ne laisse plus de place à la légèreté, au moindre dérapage, à la moindre fantaisie. Assez égoïstement, quand je me mets à table le matin, mon objectif c’est de me faire marrer moi. Mais je n’aime ni la moquerie ni l’acharnement. Je suis parfois cinglant, noir, cynique même, mais il y a toujours une forme de tendresse. Je ne ris pas contre, je ris avec. […]. » (p. 11). Vous aimez l’humour, le non-sens, la musique, le cinéma, les œuvres de Fabcaro sont pour vous ! Sinon, essayez quand même !

Au programme. Comme je n’écoute pratiquement pas la radio, je ne connais pas Marie Richeux (France Culture) que je découvre donc (des histoires de filles, de femmes, de mères, de générations, de transmission, pourquoi pas). Sélection littéraire (je note Hors gel d’Emmanuelle Salasc et Carnet de mémoires coloniales d’Isabela Figueiredo). Rencontre avec Nicolas Richard, traducteur (« Passeur. C’est finalement le meilleur mot pour un traducteur. », p. 17). Les titres jeunesse et les confidences de Rébecca Dautremer (extraordinaire illustratrice). Encore de la BD avec Nicolas de Crécy (que j’ai peu lu, beaucoup de titres à découvrir donc) suivi d’une sélection BD (Simone et moi de Simone F. Baumann, une Suissesse que je ne connais pas, me fait très envie). L’imaginaire avec le thème de la beauté (Adieu Blanche Neige de Béatrice Alemagna qui m’intrigue et que je feuilletterai) et le thème des contes (7 titres qui font très envie aussi). Une sélection BD par une libraire de Toulouse (je note Avant l’oubli de Lisa Blumen qui signe sa première BD). Penser ‘la représentation’ (l’image) avec l’anthropologue Philippe Descola suivi d’une sélection d’essais. Une visite dans une imprimerie (mais pas n’importe laquelle, celle qui imprime Le cahier des livres). Fabriquer un carnet accordéon (DIY) ou des instruments de musique faits maison (sélection de livres). Et des coups de cœur partagés par deux lectrices.

Et deux gros dossiers classiques, sur deux écrivains états-uniens pas choisis au hasard.

Le premier sur Charles Bukowski suivi d’une sélection poésie. Charles Bukowski (1920-1994), écrivain que je n’ai jamais lu mais je ne sais pas si son œuvre m’intéresse… En même temps, je ne peux pas savoir si je n’essaie pas ! Et puis j’ai lu récemment de la poésie de la Beat Generation avec Howl d’Allen Ginsberg alors pourquoi ne pas tenter. Même si Bukowski conchiait la Beat Generation car il se considérait comme l’underground. Mais Bukowski aimait beaucoup d’auteurs que j’aime aussi « Fedor Dostoïevski (‘le plus génial d’entre tous les écrivains’) […] ou les Chinois Du Fu et Li Po » (p. 20) et il a fait redécouvrir John Fante (merci beaucoup !). Avez-vous un titre abordable à me conseiller ? Son premier roman, Le postier (1971), peut-être ? Ou le recueil de nouvelles, Au sud de nulle part (1973) ? Ou (le titre me plaît bien) Le capitaine est parti déjeuner et les marins se sont emparés du bateau (1991-1993) illustré par l’excellent Robert Crumb ?

Le deuxième sur John Fante suivi d’une sélection roman noir. John Fante (1909-1983), écrivain que j’aime beaucoup, surtout Mon chien Stupide que j’ai bien envie de relire. Et de découvrir d’autres titres, si vous en avez ou un deux à me conseiller. Je note aussi la bande dessinée Fante Bukowski de Noah Van Sciver (trilogie rééditée en intégrale), quelqu’un l’a lue ? Quant à la sélection roman noir, je vous conseille Fup, l’oiseau canadèche de Jim Dodge (gros coup de cœur que bizarrement je ne trouve pas sur mon blog).

Encore un beau numéro, soigné, riche, avec beaucoup de bande dessinée (c’est super !), vivement le n° 3 ! Plus sur le site, Le cahier des livres, et sur la page FB. Avez-vous lu ce n° 2 ?

Ours de Ben Queen et Joe Todd-Stanton

Ours de Ben Queen et Joe Todd-Stanton.

Kinaye, collection Graphic Kids, mai 2021, 160 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-35799-093-7. Bear (2020) est traduit de l’américain par Romain Galand.

Genres : bande dessinée états-unienne, littérature jeunesse.

Ben Queen, Américain, est le scénariste. Il a écrit les scénarios des films d’animation Cars 2 (2011), Cars 3 (2017) et Addam’s Family 2 (2021).

Joe Tood-Stanton, Anglais, est le dessinateur. Il est auteur et illustrateur de bandes dessinées parues chez Sarbacane, entre autres.

Ours a deux ans et huit mois. Ces parents, labrador chocolat (chien intelligent) et golden-retriever (chien loyal) sont tous deux des chiens policiers mais Ours est devenu « chien guide d’aveugle » (p. 10).

Patrick a vingt-huit ans. Bien que devenu « totalement et définitivement aveugle » (p. 11) suite à un accident, il est un grand lecteur, sportif et gagne sa vie en réparant et entretenant les distributeurs automatiques.

Ours et Patrick sont chacun narrateurs de leur histoire. Ils se rencontrent au centre des chiens guides de Greenville et ça fonctionne tout de suite entre eux. « On était fait pour être ensemble. » (p. 15). C’est qu’Ours est un chien exceptionnel !

Mais au bout de trois mois, c’est la catastrophe : Ours est devenu aveugle, il craint de perdre son travail et d’être remplacé par un autre chien… Or, dans la maison de Patrick vivent des ratons laveurs qui conduisent Ours en forêt et… l’y abandonnent. Pendant ce temps, Patrick et Meg (l’employé du centre des chiens guides) cherchent Ours. « D’accord. Pas de panique. Ours. Tu vas y arriver. Tu n’es pas n’importe quel chien d’aveugle, tu te rappelles ? » (p. 48).

D’ailleurs Ours rencontre un ours qui s’appelle Pierre et qui va l’aider parce que, contrairement aux autres créatures humaines et animales, il n’a pas eu peur de lui. Ours va découvrir qu’il est possible de voir autrement qu’avec les yeux grâce à Pierre et grâce à Andromeda Billingsly DeWitt la chauve-souris.

Ours et Patrick se retrouveront-ils ?

Ours est une très belle histoire d’amitié, une incroyable aventure que tous les lecteurs, petits et grands, apprécieront pour sa finesse et sa tendresse. Bien sûr, cette histoire parle du handicap mais elle raconte aussi comment le surmonter, comment être heureux malgré le handicap, comment aller au-delà de soi et de ce qu’on voit, ou ce qu’on ne voit pas ou ce qu’on imagine voir. Un résultat splendide, coloré, parfois drôle, et surtout optimiste. Je découvrais Kinaye avec cette œuvre et je lirai d’autres titres de cette maison d’éditions, la première à publier en français des bandes dessinées américaines pour les enfants. Plus d’infos sur le site officiel, le blog, la page FB et le compte Twitter.

Pour les challenges BD : La BD de la semaine, Des histoires et des bulles (catégorie 14, une BD jeunesse, 2e billet), Bingo littéraire d’Hylyirio (n° 11, une bande dessinée ou un roman graphique, 2e billet). Plus de BD de la semaine chez Stéphie.

Pour les autres challenges : Challenge lecture 2022 (catégorie 2, un livre dont le personnage principal est porteur d’un handicap, les deux personnages principaux sont aveugles, Patrick l’est et Ours le devient), Jeunesse young adult #11 et Petit bac 2022 (catégorie Animal pour Ours qui est en fait un chien mais il y a aussi deux ours, et d’autres animaux, dans cette BD).

Howl d’Allen Ginsberg

Je ne savais pas du tout quoi lire pour Les classiques c’est fantastique avec le thème de janvier « chroniques des gros(ses) dégueulasses », déjà je ne percutais pas bien le thème, je pensais à de la littérature pornographique mais je n’en avais pas envie… Je remercie Fanny qui m’a donné quelques idées (samedi soir, j’ai dû faire vite). J’en ai sorti ce poème : Howl d’Allen Ginsberg que j’ai dû lire en anglais parce qu’en français je n’ai trouvé que le début et des extraits (c’est qu’il n’est pas encore tombé dans le domaine public).

Howl ou Howl for Carl Solomon est un long poème en prose écrit en 1954-1955, lu durant la Six Gallery Reading (le 7 octobre 1955) à San Francisco, et publié en 1956 par le poète et activiste Lawrence Ferlinghetti cofondateur de City Lights Books (édition et librairie qui existent toujours). Howl contient trois parties et il est disponible en anglais sur SprayBerry et sur Poetry Foundation mais aussi sur Wikipedia avec des explications (toujours en anglais). Il est édité en France par Christian Bourgois (96 pages).

Voici ce que dit Wikipédia d’Allen Ginsberg : « Irwin Allen Ginsberg, né le 3 juin 1926 à Newark et mort le 5 avril 1997 à New York, est un poète américain, membre fondateur de la Beat Generation, du mouvement hippie et de la contre-culture américaine. Ses prises de position homosexuelles, pacifistes et bouddhistes lui valurent de fréquents démêlés avec la justice. Son œuvre, scandaleuse dans les années 1960, fut récompensée à partir des années 1970. »

Scandale littéraire, censure, interdiction, condamnation pour obscénité, arrestation de l’auteur… C’est que Howl est écrit dans un langage cru et parle non seulement de sexe mais aussi d’homosexualité, d’alcool, de drogue (marijuana, LSD, amphétamines, opium), etc. Il critique la politique, la religion, le comportement du gouvernement et les agissements du corps médical en particulier en hôpital psychiatrique (ce qu’a subi Carl Solomon au Rockland Psychiatric Center).

De plus Ginsberg milite contre la guerre du Viêtnam, son père est Juif et sa mère est militante communiste, il préfère être bouddhiste et hindouiste (imaginez dans l’Amérique des années 50 !).

Cofondateur de la Beat Generation (expression créée par Jack Kerouak en 1948) avec Jack Kerouac, William S. Burroughs rejoints par Gregory Corso, Ginsberg – et Burroughs avec Le festin nu – ont dû faire face à des procès en obscénité mais c’est ce qui permit finalement la reconnaissance de ce mouvement artistique et littéraire voire politique dans cette Amérique puritaine qui refuse la libération sexuelle, l’homosexualité et les pensées libertaires.

Beatniks, hippies, jazz, pop music, liberté individuelle, culture underground, mouvement gay… des courants reconnus maintenant mais décriés fin des années 50 et dans les années 60. Et vous vous doutez que Ginsberg et ses copains étaient fortement surveillés par le FBI puisque considérés comme dégénérés et dangereux.

J’avoue que c’est un tantinet nébuleux pour moi (il y a de nombreuses références que je ne connais pas…) mais c’est intéressant à découvrir parce que cette Beat Generation a enrichi la culture américaine (voire mondiale, occidentale en tout cas) surtout au niveau littéraire et musical.

Voilà, je n’aurais pas mis ça de moi-même dans le thème « gros dégueulasses » (qui me faisait plutôt penser à Sade et confrères) mais je suis contente de participer à ce premier thème de l’année pour Les classiques c’est fantastique, même de façon succincte (c’est que je n’ai pas lu le recueil de poèmes en entier, pas disponible légalement sur le Web, simplement Howl). Les billets de Moka, Mag, Natiora, Lolo Coste, Lili, Mumu, Margot, Fanny, Madame lit, Alice, Katell, L’ourse bibliophile et Fanny (pages versicolores).

Il existe un film, Howl, réalisé par Rob Epstein et Jeffrey Friedman, sorti en salles en 2010 aux États-Unis et en 2012 en France. C’est un film dramatique et biographique sur Allen Ginsberg joué par James Franco. Le film raconte l’enfance de Ginsberg, le poème Howl (en animation), le procès contre Howl et son auteur et un entretien avec Ginsberg après le procès.

Spell, une chanson de Patti Smith, est inspirée de Howl (vidéo sous la bande annonce du film).

Je mets ce billet dans 2022 en classiques, Les adaptations littéraires et Les textes courts.

L’accident de chasse de David L. Carlson et Landis Blair

L’accident de chasse de David L. Carlson et Landis Blair.

Sonatine, août 2020, 472 pages, 29 €, ISBN 978-2-35584-781-3. The Hunting Accident (2015-2017) est traduit de l’américain par Julie Sibony.

Genres : bande dessinée états-unienne, roman graphique.

David L. Carlson est réalisateur, musicien et auteur (c’est son premier livre) et cofondateur de Opera-Matic, une compagnie d’opéra de rue à Chicago.

Landis Blair naît le 4 septembre 1983 à Waukegan (Illinois, États-Unis). Il est auteur et illustrateur sur The Envious Siblings: and Other Morbid Nursery Rhymes ou simplement illustrateur sur Caitlin Doughty, From Here to Eternity: Travelling the World to Find the Good Death et sur The Hunting Accident qui lui a demandé trois ans de travail. Plus d’infos sur son site officiel.

Hiver 1959. Après la mort de sa mère, Charlie Rizzo (il a dans les 10-12 ans) doit quitter la Californie pour rejoindre son père – qu’il n’a pas vu depuis longtemps – à Chicago. Il veut savoir pourquoi son père est aveugle et son père lui raconte… une histoire.

Automne 1925. Pour impressionner ses copains de Little Italy, Matt Rizzo a pris le fusil de son père en cachette et il est devenu aveugle suite à un accident de chasse.

Été 1961. Après des débuts difficiles, Charlie s’est habitué à son père (qui vend des assurances et qui consacre une partie de son temps à écrire) et à la vie à Chicago (sauf l’hiver). Avec Captain, le chien de son père, il découvre Little Italy et il est apprécié des voisins. Il s’est lié avec Steve Garza, un plus grand, qui est plutôt intéressé par l’assurance de sa mère que Charlie recevra à ses 18 ans… Il aime aussi beaucoup son cousin Bob, qui l’emmène aux montagnes russes ou à la pêche et il pratique des activités qu’il peut partager (grâce au son) avec son père, les claquettes, le violoncelle.

Mais, au contact de Steve et de Dominic, Charlie change et s’éloigne de son père même s’il l’aime. « Je serai toujours ton fils. Je ne vais pas partir. […] j’ai toujours pu compter sur toi. Je n’ai confiance en personne autant que toi. Je n’échangerais ça pour rien au monde. » C’était des paroles sincères mais Charlie, en grandissant, va s’éloigner encore plus, rejoindre le gang des Juniors JP’s, traîner au parc et s’acheter « une Buick Riviera 1968 flambant neuve » avec l’assurance touchée à ses 18 ans. Lorsque la police vient arrêter Charlie, son père lui dit la vérité, il n’y a pas eu d’accident de chasse…

« Chicago, 1935. »… Il raconte aussi Richard Loeb et Nathan Leopold, deux fils de riches qui ont kidnappé et tué pour le plaisir un jeune de 14 ans dans les années 20…, ses années de vagabondage, ses années de prison dans la même cellule que Leopold. C’est grâce à lui qu’il est resté en vie, qu’il a découvert le braille, qu’il a pu lire de la poésie et apprécier « la vérité de l’imagination de John Keats, et surtout lire Dante), « Mes plus belles années ».

L’accident de chasse n’est pas une bande dessinée de 48 pages qui se lit en moins d’une demie-heure, c’est une véritable œuvre littéraire et artistique. Et historique aussi puisque Rizzo (père et fils), Loeb, Leopold ont vraiment existé.

Des illustrations en noir et blanc sublimes, tellement riches en détails. De nombreux thèmes abordés, deuil, relations père-fils, mensonge, secret de famille, handicap (braille), délinquance, banditisme même, Histoire, littérature et poésie (avec de nombreuses citations et plusieurs extraits).

En un mot, L’accident de chasse – mi policier mi historique – est un chef-d’œuvre et mérite bien le Prix Ouest-France-Quai des Bulles 2020 et le Fauve d’or au Festival d’Angoulême 2021. Si vous ne l’avez pas lu, courez l’acheter !!!

Ma première note de lecture BD de l’année pour La BD de la semaine et Des challenges et des bulles (catégorie 20, une BD récompensée, 2e billet) et aussi pour Polar et thriller 2021-2022 et le nouveau challenge Le tour du monde en 80 livres (États-Unis). Plus de BD de la semaine chez Moka.

Blanc autour de Wilfrid Lupano et Stéphane Fert

Blanc autour de Wilfrid Lupano et Stéphane Fert.

Dargaud, Hors collection, janvier 2021, 144 pages, 19,99 €, ISBN 978-2-50508-246-0.

Genres : bande dessinée française, Histoire.

Wilfrid Lupano naît le 26 septembre 1971 à Nantes (Loire Atlantique). Il étudie la littérature, la philosophie, l’anglais et se lance dans le scénario de bandes dessinées. Il reçoit plusieurs prix. Parmi ses titres : Little Big Joe (2001-2002), Alim le tanneur (2004), Le singe de Hartlepool (2012), Un océan d’amour (2014), Les vieux fourneaux (2014-2020, série en cours), entre autres. Plus d’infos sur The Ink Link, qu’il a cofondé avec un médecin, une experte santé autrice et une dessinatrice.

Stéphane Fert est passé par les jeux de rôle, les Beaux-Arts, l’animation avant de devenir dessinateur de bandes dessinées. Ses autres titres : Morgane (2016), Quand le cirque est venu (2017), Peau de mille bêtes (2019). Plus d’infos sur son Instagram.

1832, Canterbury dans le Connecticut, « trente ans avant l’abolition de l’esclavage » (p. 3). Dans le nord des États-Unis, les Noirs sont libres (l’esclavage a été aboli) mais n’ont pas de droits citoyens.

Après l’affaire Nat Turner, un Noir qui savait lire et écrire et qui a fomenté une rébellion au Sud, rébellion qui a coûté la vie à une soixantaine de Blancs (hommes, femmes, enfants, vieillards), des mesures contre les Noirs sont prises et le racisme bat son plein alors que de l’autre côté les abolitionnistes veulent faire bouger les choses.

Lorsque Sarah, une adolescente noire, entre dans la classe de mademoiselle Crandall, à l’école pour jeunes filles de Canterbury, les jeunes filles blanches sont curieuses ou inquiètes ou affolées. Quant à leurs parents, c’est pire, il n’est pas question qu’on éduque les négresses, elles se croiraient égales aux filles blanches et deviendraient orgueilleuses. Pas question de laisser des jeunes filles blanches dans cette école .

Eh bien, pas de problème pour « Prudence Crandall, directrice de l’école pour filles de Canterbury » (p. 23), après les vacances de printemps, elle « n’accueillera que des jeunes filles de couleur » (p. 29), ah ah bien joué !

Vu les protestations de partout et les articles dans les journaux, il n’y a au début que deux élèves, Sarah qui habite Canterbury et Eliza qui arrive de Griswold. Puis Jeruska de Rhode Island. Mais la colère gronde parmi la population… « Vous voyez ? Il va nous en arriver de partout… » (p. 47). Avec Maggie et sa grande sœur, ça fait encore deux de plus, puis Dorothy, etc.

La presse et les blogs ont beaucoup parlé de cette bande dessinée depuis le début de l’année et j’avais très envie de la lire dès sa parution mais je n’ai pas été retenue sur NetGalley (on ne peut pas être retenu à chaque fois, il faut laisser de la lecture aux autres) et il a fallu que j’attende mon tour dans les réservations de la bibliothèque (ça peut prendre du temps).

Blanc autour est inspiré d’une histoire vraie, une histoire de femmes, de femmes noires, une histoire bouleversante, une émancipation, parfaitement resituée avec le texte humaniste et documenté de Wilfrid Lupano et surtout les dessins tout en douceur et couleurs de Stéphane Fert, le tout pas dénué d’humour. Ça parle d’un pan de l’histoire des États-Unis, de la condition des Noirs en Amérique, des femmes en particulier, de l’esclavage, de la ségrégation, de l’abolitionnisme, c’est à lire absolument.

J’aime bien la servante, Maria, elle ne veut pas étudier car elle ne s’en sent pas capable intellectuellement mais c’est une travailleuse, elle coupe du bois aussi bien que Hezekiah Crandall, le père de Prudence, et elle n’a pas sa langue dans la poche !

À la fin, une postface avec le contexte historique. Sarah Harris fut la première jeune fille noire à intégrer la Canterbury Female Boarding School. Beaucoup de ces jeunes filles continuèrent leurs études et certaines devinrent professeurs. Le mouvement abolitionniste était lancé et ceux qui voulaient y nuire galvanisaient en fait le mouvement. Malheureusement, près de 200 ans après ces événements, encore beaucoup d’enfants n’ont pas accès à l’école et à l’instruction.

D’autres avis sur Les blablas de Tachan, Le blog de Galléane, Dans la bibliothèque de Noukette, Délivrer des livres, Depuis le cadre de ma fenêtre, Des livres, des livres !, Doucettement, D’une berge à l’autre, Enna lit, Le jardin de Natiora, Mademoiselle lit, Ma petite médiathèque, Mes pages versicolores, Tours et culture, Un dernier livre avant la fin du monde, et j’en ai oublié c’est sûr (vous pouvez vous signaler en commentaire). 31st floor.

Je fais mon retour dans La BD de la semaine après trois semaines sans avoir pu participer et je mets cette BD dans le challenge Des histoires et des bulles (catégorie 21, une BD sur un thème autour de la femme) ainsi que dans le Petit Bac 2021 (catégorie Couleur).

La valise de Sergueï Dovlatov

La valise de Sergueï Dovlatov.

La Baconnière, avril 2021, 176 pages, 14 €, ISBN 978-2-88960-045-8. Chemodan Чемодан (1986) est traduit du russe par Jacques Michaut-Paternò et la traduction a été révisée par Annick Morard.

Genres : littérature russe (soviétique), nouvelles, humour.

Sergueï Donatovitch Dovlatov (Сергей Донатович Довлатов) naît le 3 septembre 1941 à Oufa en Bachkirie (Union soviétique) d’une mère arménienne et d’un père russe aux origines juives. Déplacée pendant la guerre en Bachkirie, la famille retourne à Léningrad (Saint-Pétersbourg) après 1945. Dovlatov étudie le finnois à l’université, fait son service militaire (une nouvelle du recueil La valise en parle) puis devient journaliste. Il est aussi romancier et nouvelliste. Il quitte l’Union soviétique en 1979 et passe par l’Italie avant de rejoindre son épouse et leur fille à New York (une nouvelle du recueil La valise en parle) où il meurt le 24 août 1990. Parmi ses titres, Le livre invisible. Le journal invisible (1977), Le compromis (1981), La Zone. Souvenirs d’un gardien de camp (1982), Le domaine Pouchkine (1983), Le colonel dit que je t’aime (1983), L’étrangère (1986), La filiale (1990).

Alors que je lisais pas mal de littérature russe dans les années 80 et 90, je ne connais pas cet auteur mais je me rends compte qu’il est traduit en français depuis quelques années seulement (années 2000 aux éditions du Rocher et années 2010 à La Baconnière).

Le narrateur a 36 ans et il quitte la Russie, enfin l’Union soviétique. « Chaque partant a droit à trois valises. » (p. 7). Seulement ? Mais finalement une seule valise lui suffit. Après avoir vendu, donné, jeté, sa vie tient dans une valise ! Heureusement ses manuscrits étaient « depuis longtemps envoyés clandestinement à l’Ouest » (p. 8). La valise ficelée voyage donc à Rome en Italie où elle est glissée sous le lit pendant trois mois puis à New York aux États-Unis où elle finit, toujours non ouverte, au fond d’un placard. C’est quatre ans plus tard que le narrateur l’ouvre. « J’examinais la valise vide. Karl Marx au fond. Brodsky sur le couvercle. Et entre les deux, une vie foutue, inestimable, unique… » (p. 9). Remarquez que, même s’il considère sa vie comme foutue, elle lui est toutefois inestimable et unique. « C’est alors que les souvenirs, comme on dit, refirent surface. » (p. 10), ces souvenirs étant liés aux huit objets sortis de la valise.

Les chaussettes finlandaises en crêpe – Lorsqu’il était étudiant à Leningrad, Assia (une étudiante étrangère) est tombée amoureuse de lui et lui a présenté des amis. Parmi eux, Fred Kolesnikov qui fait des trafics. Et voici notre narrateur embarqué embarqué dans une histoire avec deux Finlandaises et leurs chaussettes à « soixante kopecks la paire » (p. 20).

Les chaussures du maire – Voici ce que répondait l’historien Karamzine lorsqu’on lui demandait « En deux mots, que se passe-t-il en Russie : On vole. » (p. 27). Eh bien, les « solides chaussures soviétiques destinées à l’exportation » (p. 28), le narrateur les a volées au maire. Il explique dans quelles circonstances et, au passage, vous apprendrez tout sur la confection d’une sculpture monumentale en marbre. Vous en préféreriez une de Lénine ou de Lomonossov ?

Un costume croisé tout à fait convenable – Lorsqu’il était journaliste, le narrateur devait assister à des obsèques et rédiger des articles « de portée sociale » (p. 44) mais, comme il est toujours mal habillé, son directeur lui reproche de compromettre l’intégrité du journal. « La rédaction n’a qu’à m’acheter une veste. Mieux encore, un costume. Pour ce qui est de la cravate, c’est d’accord, je l’achèterai moi-même. » (p. 44). Il fallait oser, n’est-ce pas ? Et il obtient son « complet croisé, sobre, de marque est-allemande » (p. 54).

Le ceinturon d’officier – « Durant l’été 1963, dans le sud de la République des Komis » (p. 61), le narrateur fait son service militaire en tant que surveillant de camp. Il doit accompagner (à pieds) un zek (un prisonnier) du baraquement 14 « qui est devenu fou » (p. 62) à l’asile de Iosser. Mais, avec Tchouriline, son collègue, ils s’arrêtent pour boire et il y a… un incident. « On entendit un bruit sourd, un craquement de bois mort… le pistolet tomba à terre. » (p. 68). En tout cas, le narrateur est blessé à la tête, au bras et il récupère ce ceinturon orné d’une boucle en laiton.

La veste de Fernand Léger – Nikolaï et Nina Tcherkassov, connus dans le monde du théâtre sont amis avec les parents du narrateur (les parents de l’auteur travaillent tous deux au théâtre en tant que metteur en scène et actrice). Leur fils Andreï naît en mars 1941 et le narrateur en septembre 1941. C’est l’histoire « d’un prince et d’un miséreux » (p. 79). Andreï (Andriouchka) et le narrateur grandissent ensemble et deviennent amis. « Nous courions dans le jardin, mangions des groseilles, jouions au ping-pong, attrapions des scarabées. […] nous allions à la plage […] jouions avec la pâte à modeler sous la véranda. » (p. 82). Lorsqu’il est adulte, Nina Tcherkassov lui offre une vieille veste ayant appartenu au peintre Fernand Léger.

La chemise en popeline – L’auteur se souvient de la rencontre avec Elena Borissovna, une « des agitateurs politiques qui passaient de maison en maison, histoire de persuader les gens d’aller voter le plus tôt possible » (p. 96) mais lui ne se presse pas et même parfois ne va pas voter. Finalement, ce jour-là, aucun des deux jeunes gens n’a voté ! « Nous avons derrière nous vingt ans de mariage. Vingt ans d’isolement réciproque et d’indifférence à l’égard de la vie. » (p. 102) et une fille, Katia. Ici, j’ai remarqué une faute : « nous attaquâme » (p. 99).

La chapka – Un jour que le narrateur arrive à la rédaction du journal qui l’emploie, ses collègues lui apprennent que Raïssa, leur dactylo, s’est empoisonnée. « Non mais Raïssa, quoi ! Une fille jeune, en pleine santé ! » (p. 113). Ensuite son cousin l’emmène à l’hôtel Sovietskaïa pour rejoindre Sofa, Rita et Galina Pavlovna qui réalisent un film documentaire mais après une chute – « le sol était-il glissant ? Ou mon centre de gravité trop haut ? » (p. 117) – le narrateur se retrouve aux urgences de la rue Gogol et il repart avec la chapka qui était à son cousin Boria, enfin pas tout à fait !

Les gants d’automobiliste – Alors que le narrateur représente le journal Le Constructeur de turbines, il est abordé par Ioura Schlippenbach qui décide que sa carrure et son 1m94 conviennent pour le rôle principal de son film amateur de dix minutes. Voici le journaliste embarqué dans un rôle d’acteur, déguisé et maquillé ! « Qu’est-ce que je dois dire ? – Ce qui te vient à l’esprit. Les mots n’ont pas d’importance. L’important c’est la mimique, les gestes… » (p. 139). Il lui restera ces gants d’automobiliste.

Dans ces huit nouvelles, le narrateur est bien sûr un alter ego de l’auteur mais il y mélange réalité et fiction. J’ai aimé les souvenirs de l’auteur, sa façon de les raconter (avec des éléments fictifs tout à fait plausibles), ses digressions et surtout son humour (les auteurs russes (soviétiques) n’étant pas particulièrement réputés pour leur humour ! À part quelques-uns comme Dovlatov ou Bokov). Il y a 8 pages d’illustrations en noir et blanc, ma préférée est celle page 78 (Le ceinturon d’officier).

Les romans et les nouvelles de Sergueï Dovlatov n’ont pas été publiés en Union soviétique (que ses articles journalistiques). C’est seulement en 1989 (moins d’un an avant sa mort) que le magazine littéraire, Zvezda, publie un de ses textes grâce à un de ses amis, Andreï Arev (1940-…) qui est présent dans le recueil La valise. Zvezda (Звезда́ signifie étoile) est un magazine littéraire fondé en janvier 1924 à Saint-Pétersbourg et qui existe toujours, d’ailleurs si vous lisez le russe voici le lien vers le site officiel.

Dovlatov (Довлатов), un film biographique réalisé par Alexeï Alexeïevitch Guerman (1976-…) est récompensé à Berlin (Ours d’argent de la meilleure contribution artistique pour les costumes et les décors, à la Berlinale de février 2018) et à Moscou (Aigle d’or de la meilleure actrice dans un second rôle pour Svetlana Khodtchenkova, 17e cérémonie des Aigles d’or en janvier 2019) et il est présenté à Paris (16e Semaine du nouveau cinéma russe en novembre 2018). J’aimerais le voir un jour.

Une exceptionnelle lecture que je mets dans Challenge de l’été #2 (Russie), Petit Bac 2021 (catégorie Objet pour Valise), Les textes courts (le livre compte 176 pages mais chaque nouvelle contient dans les 20 pages en moyenne) et Voisins Voisines 2021 (Russie).

Je mets aussi La valise dans le Mois américain. Pourquoi ? Parce que Sergueï Dovlatov a émigré à New York et c’est en y ouvrant sa valise que les souvenirs de ces huit nouvelles lui sont revenus, nouvelles écrites donc à New York, qui n’auraient pas été publiées en Union soviétique mais qui ont été publiées sans problème aux États-Unis, parce que les exilés d’Europe de l’Est (Russes ou autres), c’est ça aussi l’Amérique.