Watertown de Jean-Claude Götting

Watertown de Jean-Claude Götting.

Casterman, janvier 2016, 96 pages, 18 €, ISBN 978-2-20309-660-8.

Genres : bande dessinée française, policier.

Après avoir lu et apprécié, en janvier, La malle Sanderson de Jean-Claude Götting (Delcourt, 2004), j’ai repéré Watertown à la médiathèque et j’ai attendu que cette BD soit disponible pour moi.

Je disais précédemment que « Jean-Claude Götting naît le 21 avril 1963 à Paris. Après des études aux Arts Appliqués Duperré à Paris, il devient auteur et dessinateur de bande dessinée ; il est aussi peintre, illustrateur et a même réalisé un court-métrage d’animation (Tapas nocturnes, en 2017). Plus d’infos sur son site officiel, https://www.gotting.fr/ ».

« La dernière fois que je vis Maggie Laeger, c’était un lundi matin. Je passais comme à mon habitude dans la pâtisserie de M. Clarke pour y acheter un muffin que je mangerais sur le chemin du bureau. Lorsqu’en payant je lançai « À demain, Maggie », elle répondit : « Non. » Demain, je ne serai plus là. » (p. 5).

Voici comment commence cette histoire. Et, effectivement, le lendemain, le Clarke Bake Shop ne fut pas ouvert : M. Clarke était mort, écrasé accidentellement par une étagère, dans sa cuisine, et Maggie avait disparu de Watertown.

Mais, deux ans plus tard, dans la ville de Stockbridge (Massachussetts), Philip Whiting, le narrateur, en visite chez son frère pour une partie de pêche, voit Marie Hotkins qui tient une petite boutique d’antiquités et elle ressemble comme deux gouttes d’eau à Maggie Laeger : « C’était le même petit bout de femme, même visage, même silhouette, même âge, j’en étais persuadé. » (p. 7). Cependant la jeune femme ne fait pas mine de le reconnaître…

Il décide alors d’enquêter, surtout après que le journaliste, Dennis H. Palowan, qu’il avait envoyé à Stockbridge soit mort dans un accident de voiture.

« De modeste employé subalterne, je m’étais promu détective, tentant de confondre une meurtrière à laquelle personne ne semblait s’intéresser. » (p. 43).

Watertown est une bande dessinée intrigante, au dessin « charbonneux » (je le mets entre guillemets car il n’est pas de moi, ça doit être un journaliste qui l’a utilisé). Avec un détail, une histoire de rien du tout, Jean-Claude Götting balade son personnage et ses lecteurs avec une habilité désarmante et une chute digne d’une grande nouvelle. C’est que tout le monde ne peut pas s’improviser détective ! Je lirai d’autres titres de Götting, c’est sûr ; apparemment il me reste à découvrir Pigalle 62.27 (2012) et Black Dog (2016), tous deux dans le genre policier, avec Loustal et chez Casterman (en espérant que la médiathèque les aura en rayon). Quelqu’un les a lus ?

Une très belle lecture pour La BD de la semaine ainsi que pour les challenges BD, Lire en thème février 2020 (auteur français), Mois du polar dans Polar et thriller 2019-2020 et Petit Bac 2020 (dans la catégorie Lieu pour la ville de Watertown).

Plus de BD de la semaine chez Moka.

African American History Month Challenge #3 en 2020

Suite à la parution de ma note de lecture de Luminary, 1 – Canicule de Luc Brunschwig et Stéphane Perger mercredi, Enna me dit que « Si ça se passe aux États-Unis et que le racisme touche des Afro-Américains, ça entre dans le challenge », ce qui est le cas.

En 2020, c’est la 3e édition de l’African Americain History Month Challenge.

Bien sûr, j’avais repéré ce challenge, j’en avais parlé ici (en 2018, donc à la première édition) mais je n’osais pas m’inscrire de crainte de ne pas l’honorer… Pourtant, si je peux partager cette lecture, voire un ou deux autres billets, pourquoi pas ? Mais le challenge est déjà commencé depuis deux semaines… Et ne dure que jusqu’au 29 février.

Plus d’infos, inscription et logo chez Enna ici et ici + le groupe FB que j’ai demandé à rejoindre.

Mon billet pour ce challenge

Luminary, 1 – Canicule de Luc Brunschwig et Stéphane Perger (bande dessinée, Glénat, mai 2019)

Rendez-vous l’année prochaine !

Luminary, 1 – Canicule de Brunschwig et Perger

Luminary, 1 – Canicule de Luc Brunschwig et Stéphane Perger.

Glénat, Hors Collection, mai 2019, 144 pages, ISBN 978-2-344-02554-3.

Genres : bande dessinée française, science-fiction.

Luc Brunschwig est scénariste. Il naît le 3 septembre 1967 à Belfort mais vit à Obernai (Alsace) puis à Tours (Touraine). J’ai déjà lu Le pouvoir des innocents (années 90) mais d’autres titres sont parus. LA BD Luminary est sélectionnée à Angoulême 2019.

Stéphane Perger est dessinateur et coloriste. Il naît le 10 novembre 1975 à Saint Étienne où il étudie, puis à Nevers puis à l’École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg. Il remporte l’Alph Art Jeune Talent à Angoulême en 1999. Il publie dans la revue Jade et Sir Arthur Benton paraît chez 6 pieds sous terre en 2005. Plus d’infos sur son blog, http://pergerbd.blogspot.com/.

Pittsboro, dans le sud des États-Unis, juillet 1977. « Aujourd’hui, ce sera l’jour le plus chaud d’ces trente dernières années… P’t-être même le plus chaud du siècle… C’est ce qu’y z’ont dit ce matin à la radio. » (p. 7). Au Rivera Circus, les animaux ont chaud et se tiennent tranquilles mais Manasa, la tigresse est en train de mettre bas avec deux semaines d’avance : « Elle sent qu’son bébé peut plus respirer, placé comme il est. Et qu’il bloque les autres. » (p. 8). Ici, c’est Billy Swan le narrateur, un garçon noir, nouvellement arrivé au cirque et qui n’hésite pas à entrer dans la cage pour aider Manasa et ses petits à naître. Posséderait-il un don ?

Au même moment, à New York. « Le pic de chaleur a été atteint à 13 heures 09 précises… C’est le record absolu enregistré à Manhattan depuis qu’on y relève des températures, soit 43,6 degrés Celsius sous abri, avec des pointes à 50 degrés en plein soleil… » (p. 10). Mais une énorme explosion détruit (brûle) tout le quartier, immeubles, pierres, métal et habitants. Deux survivants, Darby McKinley, un être mal-formé depuis la naissance, et monsieur Henkel, le marchand de glaces, fuient avant l’arrivée des soldats. Le gouvernement est mécontent : il y a eu un dysfonctionnement dans le projet shamash (p. 29) et il fait accuser par voie de presse les terroristes de la Black Liberation Army.

En fin de volume, un carnet de 11 pages avec interviews des auteurs, dessins, croquis et postface. J’apprends que Luminary est un hommage à Photonik créé en 1980 par Ciro Tota (je ne connais pas même si, en regardant les couvertures sur Internet, j’ai l’impression d’en avoir déjà vu à la presse dans les années 80) : « Un jeune adulte bossu qui se transforme en homme-lumière. Un adolescent qui parle aux animaux. Un vieux professeur venu d’Allemagne… » (postface, p. 142). Luminary ressemble à un comics et il se déroule aux States mais les auteurs et l’éditeur sont bien Français, un comics à la française donc !

Avec Billy Swan, ce sont les thèmes du racisme et de la haine qui sont abordés ; les relations avec les animaux aussi. Avec Darby McKinley et Henkel, se sont aussi les thèmes du racisme (membres de la Black Liberation Army accusés à tort) mais surtout de la technologie (mal utilisée, militaire, guerre), des catastrophes qui en découlent et des mensonges du gouvernement. Dans les deux cas, il s’agit de social et de politique et le fantastique (Billy a sûrement un pouvoir spécial) et la science-fiction (du côté de McKinley et de Henkel) sont parfaits pour « dénoncer » les méfaits des uns et des autres, incluant les politiciens et les militaires. J’attends avec impatience la suite pour savoir si les deux histoires sont liées.

Cette bande dessinée a un côté lumineux, et pas seulement à cause de la transformation de McKinley ! Les couleurs principales, jaune et orange, donnent une parfaite profondeur pour une ambiance (caniculaire !) qui happe le lecteur (bravo à Stéphane Perger !).

J’ai appris un mot : hypercyphotique (p. 19), un terme médical pour la cyphose thoracique, ici aggravée avec hyper ; c’est en fait une bosse dans le haut du dos (sous les cervicales mais au-dessus des lombaires).

Une très chouette lecture pour La BD de la semaine que je mets dans les challenges BD, Lire en thème (en février, auteur français) et Littérature de l’imaginaire #8.

Plus de BD de la semaine chez Noukette (lien à venir).

La servante écarlate de Margaret Atwood

La servante écarlate de Margaret Atwood.

Robert Laffont, Pavillons Poche, juin 2017, 544 pages, 11,50 €, ISBN 978-2-22120-332-3. The Handmaid’s Tale (1985) est traduit de l’anglais (Canada) par Sylviane Rué.

Genres : littérature canadienne, science-fiction, dystopie.

Margaret Atwood naît le 18 novembre 1939 à Ottawa (Ontario, Canada). Son père est zoologue et sa mère nutritionniste. Elle étudie l’art, la philosophie et le français à l’Université de Toronto puis à l’Université de Harvard. Elle enseigne et commence à écrire (poésie, romans).

Defred, 33 ans, est dans la maison du commandant depuis cinq semaines. Elle est une servante écarlate et doit enfanter à la place de l’épouse. « Je suis pour elle un reproche et une nécessité. » (p. 29). Dans la République de Gilead, les servantes écarlates, tout habillées de rouge, sont sensées enfanter à la place des épouses comme la servante Bilha à la place de Rachel, l’épouse de Jacob, dans la Genèse. C’est que, dans la République de Gilead, qui remplace une partie des États-Unis d’Amérique, certains passages de la Bible sont utilisés par les intégristes religieux au pouvoir pour arriver à leurs fins. Defred (de son vrai prénom June) tient le coup en pensant à son mari, Luke (est-il toujours en vie ?) et à leur fillette enlevée depuis trois ans (où est-elle ?).

Tout est réglementé : les épouses des commandants, femmes respectables quoique stériles (ou alors est-ce leurs époux ?), sont habillées en bleu (dans la série télévisée en vert), les servantes en rouge, les Martha (femmes de ménage, cuisinières) en vert terne, les épouses des hommes pauvres, surnommées les Éconofemmes, sont en rayures rouges, bleues et vertes car « Elles doivent tout faire ; si elles le peuvent . » (p. 48), les Tantes (qui enseignent aux servantes) en robes longues vert kaki et les veuves en noir mais elles sont de plus en plus rares (elles sont envoyées aux Colonies ?). Les femmes ont perdu tous leurs droits, elles n’ont plus le droit de travailler, d’avoir de l’argent, elles n’ont plus aucune indépendance et aucun pouvoir.

« J’aimerais croire que ceci est une histoire que je raconte. J’ai besoin de le croire. Il faut que je le croie. Celles qui peuvent croire que pareilles histoires ne sont que des histoires ont de meilleures chances. » (p. 73).

« N’importe quelle nouvelle, aujourd’hui, vaut mieux que pas de nouvelles du tout. » (p. 141).

L’objectif à tout cela ? « Les femmes vivront ensemble en harmonie, elles formeront une seule famille : vous serez comme leurs filles, et quand le niveau de la population sera rééquilibré, nous n’aurons plus à vous transférer d’une maison à l’autre parce que tout le monde pourra être servi. […] Vos filles jouiront d’une plus grande liberté. » Cool, toutes les femmes seront des servantes, écarlates ou non, elles seront les servantes les unes des autres et elles seront les servantes des hommes !

Il paraît que le mieux est l’ennemi du bien… « Nous pensions que nous pouvions faire mieux. Je répète : Mieux ? d’une petite voix. Comment peut-il penser que ceci est mieux ? Mieux ne veut jamais dire mieux pour tout le monde, dit-il. Cela veut toujours dire pire, pour certains. » (p. 352-353).

Que dire de plus que ce qui a été dit sur ce roman choc depuis près de 35 ans ? J’ai adoré et j’ai angoissé à l’idée que tout ça puisse réellement arriver dans des jours proches… Le régime de Gilead est totalitaire, patriarcal ; très peu d’enfants viennent au monde sains et la majorité naissent de servantes (pour les riches) ou d’Éconofemmes (pour les pauvres) ; en fait, les femmes ont bon dos, c’est surtout les hommes qui sont devenus stériles mais il ne faut pas oser leur dire. Ne parlons pas des fameuses Colonies où tout est pollué et toxique et où sont envoyées, bien sûr, les femmes… J’ai très envie de lire Les testaments, la suite qui est parue chez Robert Laffont en octobre 2019.

J’ai vu la série aussi et elle est vraiment réussie : pour l’instant, j’ai vu les deux premières saisons, celles de 2017 et 2018, en DVD et, dès que possible, je verrai la saison 3, de 2019 ; la saison 4 étant annoncée pour 2020.

Une excellente lecture pour les challenges Littérature de l’imaginaire, Petit Bac 2020 (catégorie « Couleur » avec écarlate) et pour Lire en thème (en janvier, un livre dont le nom de l’auteur commence par A).

Un océan de rouille de C. Robert Cargill

Un océan de rouille de C. Robert Cargill.

Albin Michel Imaginaire, janvier 2020, 320 pages, 21,90 €, ISBN 978-2-22644-219-2. Sea of Rust (2017) est traduit de l’américain par Florence Dolisi.

Genres : littérature états-unienne, science-fiction, post-apocalyptique.

C. Robert Cargill – connu aussi sous les peudonymes de Massawyrm et de Carlyle – naît le 8 septembre 1975 à San Antonio (Texas, États-Unis). Il est scénariste, critique cinéma et auteur.

Sur Terre, il n’y a plus d’humains : le dernier, un vieux fou qui s’était terré pendant vingt ans dans les égouts de New York en est sorti et a été abattu par un agent de police robotisé. La Terre n’est plus habitée que par des machines, des robots. La narratrice, Fragile numéro d’usine HS8795-73 (surnommée Frage) est une Aidante, modèle Simulacrum. Elle regarde la magie dans les couchers de soleil mais « La magie n’existe pas. Il n’y a aucune magie dans le monde. » (p. 26). Elle vit dans l’océan de rouille, « une zone désertique de trois cent vingt kilomètres de long située dans ce qui était autrefois le Michigan et l’Ohio, et plus particulièrement la section de la Rust Belt qui traversait ces deux États. Aujourd’hui, c’est devenu un cimetière où vont mourir les machines. » (p. 11). Frage récupère des pièces et les garde pour elle ou les revend pour vivre.

Après la guerre contre les humains, les UMI (Unification Mondiale des Intelligences) se sont attaquées les unes les autres pour obtenir le monopole de la mémoire informatique mais aujourd’hui il ne reste plus que deux Intelligences Monde : CISSUS et VIRGIL. « Ce qu’elles voulaient, c’était nos esprits. Nous sommes la somme de nos souvenirs et de nos expériences. » (p. 34). Elles traquent tous les robots ; mais Frage est aussi traquée par des braconniers dirigés par Mercer, un Aidant comme elle mais au masculin, et qui a besoin de pièces (celles de Frage) pour survivre.

J’ai bien aimé le chapitre sur les IA (intelligence artificielle) et l’histoire d’Isaac, prônant tel Martin Luther King la liberté et l’émancipation : il fut le premier robot citoyen des États-Unis (un phénomène unique au monde) et, évidemment, il fut assassiné. J’ai bien aimé également ce dialogue entre Frage et Mercer : « – Tu aurais bien aimé être un humain, pas vrai ? Ma question l’a occupé un moment. – Non. Mais je n’ai pas peur de dire qu’ils me manquent. – Pourquoi ? – Quand ils ne comprenaient pas la raison de leur existence, ils s’en inventaient une. Nous avons pris le pouvoir et il ne nous a fallu qu’une trentaine d’années pour dévaster cette planète. Il ne nous reste que deux choix possibles, Frage : nous fondre dans le puissant et grandiose Unique, ou le néant. Ce n’est pas un choix. Ce n’est pas une vie. (p. 208-209). De quoi réfléchir… Sans se poser trop de questions !

Ce roman possède une construction classique entre le moment présent (la survie de Fragile) et les souvenirs du passé avec les humains surnommés PopHum (pour population humaine). « Les humains n’étaient pas idiots, ils n’avaient simplement pas réfléchi aux conséquences à long terme de la création des IA, voilà tout. » (p. 136). La guerre entre les robots et les humains m’a fait penser à Galactica donc l’histoire n’est pas nouvelle mais je l’ai appréciée. Les chapitres utilisent le code binaire : 1, 10, 11, 100, etc. Au début, j’ai été surprise de voir le chapitre 1 passer au chapitre 10 (j’ai pensé qu’il manquait des chapitres !) et puis j’ai compris. Un océan de rouille est un bon roman de science-fiction post-apocalyptique, un peu hallucinant comme les dangereuses Terres Hallucinées que doivent traverser les robots dans leur fuite. « Comme partout ailleurs dans l’Océan, cette zone était stérile, fracassée, éventrée. Mais elle avait deux caractéristiques qui en faisait un endroit à part : primo, on n’y voyait jamais aucune carcasse. Absolument jamais. Les habitants récupéraient les composants des robots décédés ici, puis on faisait fondre ce qui restait des carcasses. Secundo, l’endroit grouillait de bandes nomades d’erreurs 404. Celles qui avaient survécu. Celles qui guérissaient de leur panne et en sortaient changées. » (p. 259).

Ce roman, ma foi philosophique aussi, parle de l’âme et de la conscience (existent-t-elles pour les robots ?) et de la fin du monde (c’est qu’il y a de l’action non seulement entre les robots mais aussi avec les Intelligences Monde et leurs petits soldats, les facettes). « Ces facettes formaient l’une des armées les mieux entraînées et les plus fines tacticiennes de l’histoire. Leur seule faiblesse, c’était le chaos. Or, j’adorais ça, le chaos. J’en avais déjà usé au cours de quelques mésaventures, mais là, je vivais le point culminant de ma carrière. Et mon chant du cygne, certainement. » (p. 344-345).

Je remercie vivement Albin Michel Imaginaire de m’avoir envoyé ce roman (photo ici, 3e photo).

Je mets Un océan de rouille dans les challenges Rentrée littéraire janvier 2020 (Joëlle annonce son billet pour bientôt), Littérature de l’imaginaire #8 et Petit Bac 2020 (dans la catégorie « Couleur » pour rouille).

L’incivilité des fantômes de Rivers Solomon

L’incivilité des fantômes de Rivers Solomon.

Aux Forges de Vulcain, septembre 2019, 400 pages, 20 €, ISBN 978-2-373-05056-1. An Unkindness of Ghosts (2017) est traduit de l’américain par Francis Guévremont.

Genres : littérature états-unienne, science-fiction, premier roman.

Rivers Solomon naît en 1989 en Californie ; elle étudie à l’université de Stanford. Elle vit en Grande-Bretagne. Elle se considère comme non-binaire (en anglais, elle utilise le pronom « they » qui peut signifier « iels », à la fois masculin et féminin, ou neutre). Son deuxième roman, The Deep, est paru aux États-Unis en 2019 ; il traite de l’afrofuturisme, genre de prédilection de l’autrice. Plus d’infos sur son site officiel, https://www.riverssolomon.com/ .

À bord du Matilda, Aster soigne les passagers du mieux qu’elle peut mais elle fait partie d’un pont inférieur sur lequel il n’y a plus de chauffage et peu d’électricité. Sur ces ponts inférieurs, vivent ceux qui sont surnommés les Bas-Pontiens ou les Goudrons, c’est-à-dire les personnes noires.

« On s’en fout de ce qu’on désire, parce que sur ce putain de vaisseau, rien de marche, rien ne fonctionne. […] Ça fait trois cents ans, depuis le jour où notre vieille planète est devenue invivable, ça fait trois cents ans que ça ne sert à rien de former des souhaits. Quand on traverse l’espace entre les étoiles, il ne faut s’attendre à rien de bon. » (p. 14).

Le Matilda est gouverné de façon totalitaire par le Souverain Nicolaée mais Aster, électron libre, avec l’aide de son amie Giselle et du médecin général Théo qui l’autorise à accéder à certains ponts supérieurs, part sur les traces de sa mère disparue : elle était mécanicienne principale et avait découvert quelque chose mais pourquoi n’a-t-elle pas été plus explicite dans les carnets qu’elle a laissés ?

« Nicolaée était mort, Lieutenant prendrait sa place sur le trône […] ! » (p. 138). Un dictateur en remplace un autre…

« Détruire une personne, passe encore, mais détruire tout ce que cette personne avait fait au cours de sa vie, cela était un sacrilège. Après sa mort, il ne restait plus rien d’une personne, sinon ces papiers, ces traces écrites qu’elle nous a laissées, dans les annales, dans les almanachs. Il ne restait plus rien que ces objets physiques qu’elle a produits. Détruire tout cela, c’était détruire son histoire, son présent, son futur. » (p. 367).

L’incivilité des fantômes n’est pas un roman facile. « Un premier roman qui prend pour prétexte la science-fiction pour inventer un microcosme de l’Amérique, et de tous les maux qui la hantent, tels des fantômes. » nous dit l’éditeur et c’est peut-être ça qui m’a dérangée : j’aurais voulu un vrai roman de science-fiction, pas un prétexte pour dénoncer les fantômes de l’Amérique… (les problèmes entre les Noirs et les Blancs). J’ai l’impression que je l’ai lu sans déplaisir mais sans réel plaisir non plus, quoique la chute est étonnante. Je trouve que les Hauts-Pontiens (Blancs, riches et instruits) et les Bas-Pontiens (Noirs, pauvres et survivant grâce à des contes et des légendes de l’ancienne Terre abandonnée) sont clichés comme pas possible ! Mais peut-être suis-je passée à côté d’un grand roman ?…

Pour les challenges 1 % Rentrée littéraire 2019 et Littérature de l’imaginaire #7.

Journal de L. de Christophe Tison

Journal de L. (1947-1952) de Christophe Tison.

Goutte d’Or, août 2019, 280 pages, ISBN 979-1-09690-616-1.

Genres : littérature française, journal.

Christophe Tison naît en 1961 à Amiens. Il étudie la philosophie à la Sorbonne puis devient journaliste et écrivain (depuis 2004).

Ce roman est inspiré de Lolita de Vladimir Nabokov (publié en 1955) qui est la confession de Humbert Humbert, un Anglais, en prison, mais Journal de L. donne la parole à l’adolescente : Dolores Haze, plus connue sous le surnom de Lolita. En août 1947, elle a 12 ans et son beau-père, Humbert Humbert, lui annonce que sa mère est morte fauchée en pleine rue et la kidnappe. Ils vont rouler dans la voiture de la défunte et traverser une partie des États-Unis. « Oh ! Maman. C’est un rêve, non ? Un de ces rêves qui tournent au cauchemar. » (p. 20). L’horrible bonhomme va abuser d’elle dès la première nuit. « Il est le diable et m’emmène avec lui. » (p. 21). Lorsque Humbert décide de s’arrêter à Beardsley en septembre 1948, il la fait entrer au collège mais Lolita, brisée, cassée, peine à se faire des amis. « Oh, je voudrais tellement qu’ils m’aiment ! » (p. 102). Elle tombe amoureuse de Stan mais… « Premier amour, premier chagrin. Comme ça a été vite ! » (p. 142). Elle va réussir à s’enfuir : descente aux enfers, alcool, drogue, films pornographiques… « Mais le plus important pour moi est de rester en vie. » (p. 227). Elle restera en vie jusqu’en 1952…

Pauvre gamine ! Dans cette Amérique puritaine d’après-guerre, il y a un homme qui voyage seule avec une gamine de 12 ans. Son père ? Son beau-père ? Un oncle ? Personne ne voit rien, personne ne remarque rien, personne ne se pose de questions… Pourtant partout où ils s’arrêtent, l’homme ne prend qu’une seule chambre. Humbert Humbert en a fait une adolescente sulfureuse, c’était son idée à lui, son idée de prédateur, de pédophile et de violeur. Cette histoire est sordide et je n’avais déjà pas pu lire Lolita de Nabokov. J’ai lu ce « journal » sans déplaisir mais aussi sans plaisir bien que le style soit agréable (et fluide comme on dit). Bien sûr Christophe Tison a mis de lui, de son expérience, dans ce Journal de L mais je n’ai pas réussi à apprécier parce que c’est cru, c’est glaçant, c’est dérangeant et traumatisant… Ces hommes-là, il faut simplement leur couper les c…….

Je découvre quand même les éditions Goutte d’Or et je regarderai si d’autres titres m’intéressent chez cet éditeur qui existe apparemment depuis 3 ans.

Un roman pour le 1 % Rentrée littéraire 2019.