Le renard sans le corbeau de Pascale Petit et Gérard DuBois

Le renard sans le corbeau de Pascale Petit et Gérard DuBois.

Notari, collection L’oiseau sur le rhino, octobre 2018, 36 pages, 15 €, ISBN 978-2-940617-27-2.

Genres : recueil de fables.

Pascale Petit naît en 1969 en France, elle vit dans les Yvelines, elle est poétesse et autrice pour la jeunesse.

Gérard DuBois naît le 13 janvier 1968 en France et il étudie les arts graphiques à l’École Estienne à Paris. Il est peintre et illustrateur. Il vit à Montréal au Québec. Plus d’infos sur son site officiel.

Je remercie les éditions Notari pour ce bel album illustré 🙂

Le corbeau échaudé par la fable du fromage avec le renard s’est fait la malle et le renard rencontre d’autres animaux. Le renard, qui rappelons-le est un beau parleur, a beau se montrer diplomate, ça se retourne toujours contre lui ! Une vache pimbêche. Un éléphant perché sur la branche à la place du corbeau. « Écoutez, dit le renard calmement : c’est un truc de ouf, vous êtes trop chelou, zarbi et disons-le : carrément relou ! » (p. 9-10). Une vieille tortue acariâtre. Une fourmi et une cigale qui ont changé le monde. « Je crois, se dit-il, que j’ai déconné. (p. 17). Un opossum perché. Un kakurlacko… Comment ça, vous ne savez pas ce qu’est un kakurlacko ? Mais lisez vite cet album ! Vous rencontrerez aussi des dodos pas si disparus que ça et un zhozhomme.

Depuis Jean de La Fontaine (1621-1695), la vie a évolué et donc les fables et les contes ont changé, pour le plus grand bonheur des lecteurs (petits et grands) mais au grand désespoir du renard. Je suis sûre que La Fontaine, homme brillant et facétieux, aurait apprécié ces nouvelles fables. Les illustrations sont à l’ancienne mais en lisant les extraits ci-dessus, vous avez dû remarquer que le langage est bien actuel, ce qui rend les rencontres de renard vraiment amusantes.

Mais finalement le renard s’ennuie sans le corbeau… (les classiques, c’est bien quand même !).

Une belle lecture pour les challenges Contes et Légendes 2019Jeunesse Young Adult #8 et Littérature de l’imaginaire #7.

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Fable d’amour d’Antonio Moresco

FableAmourFable d’amour d’Antonio Moresco.

Verdier [lien], collection Terra d’altri, août 2015, 125 pages, 14 €, ISBN 978-2-86432-807-0. Fabia d’amore (2014) est traduit de l’italien par Laurent Lombard.

Genres : fable, littérature italienne.

Antonio Moresco naît le 30 octobre 1947 (bon anniversaire, monsieur Moresco !) à Mantoue (Lombardie, Italie). Cet ancien séminariste devenu activiste exerce plusieurs métiers avant de se consacrer à l’écriture (romans, nouvelles, essais, théâtre). L’Italie le considère comme un « écrivain patrimoine » (cf. Roberto Saviano). Du même auteur : La petite lumière (Verdier, 2014).

« Il était une fois un vieil homme qui s’était éperdument pris d’amour pour une fille merveilleuse. Ce n’était pas seulement un vieil homme, c’était aussi un clochard, un de ceux qui dorment dans la rue sur des cartons, un homme perdu, un déchet humain. » (p. 7, premières phrases du roman). « Personne ne savait d’où il venait. […] Lui non plus ne savait pas qui il avait été. Il se souvenait juste que tout l’avait déçu […] » (p. 8). « Le vieil homme ne parlait avec personne et il ne parlait même pas tout seul, comme beaucoup de clochards le font. » (p. 10). Le vieil homme s’appelle Antonio mais les autres clochards l’appellent « le vieux fou ». Son compagnon est un jeune pigeon blessé par un chasseur. « […] le pigeon l’avait élu son seul ami au monde. Et il en avait été de même pour le vieil homme. » (p. 12).

« Il ne voyait pas les autres et les autres ne le voyaient pas » (p. 15) mais une fille merveilleuse (Rosa) se met à le regarder lorsqu’elle passe, elle l’observe, elle le regarde intensément, elle sourit même. Et puis, un jour, elle l’emmène chez elle, elle s’occupe de lui, elle l’aime. « Et, d’un coup, à cause de la fatigue infinie, de l’énorme émotion, le vieil homme ferma les yeux et s’endormit. » (p. 28). Mais… « Tout est décevant… les gens ne sont pas ce qu’ils disent être. Ils te disent qu’ils sont une chose alors qu’ils en sont une autre… les gens te trompent, te blessent, te font du mal… Comment peut-on vivre dans un monde pareil ? » (p. 37). Et le vieil homme s’interroge. « Est-ce que ça m’est vraiment arrivé tout ça, ou est-ce que je l’ai rêvé ? » (p. 62).

Le Grand Canal à Venise (Eimelle)

Le Grand Canal à Venise (Eimelle)

Attention, chef-d’œuvre !

C’est une histoire d’amour différente et mystérieuse avec un amour impossible, un amour fou, de la passion, de la souffrance, de la tristesse. Un magnifique roman, merveilleusement bien écrit (et traduit) tout en finesse, imprégné de poésie et fort en émotion. Une fable qui parle des hommes, des femmes, des animaux aussi, de la vie et de la mort. Une fable qui tente de cerner ce qu’est l’amour, comment peut-on trouver sa place dans ce monde (ou dans l’autre monde !), pourquoi les humains sont-ils si inconstants et cruels envers les autres et même envers eux-mêmes ?

RentreeLitteraire2015Il y a aussi une belle histoire entre le vieil homme et le pigeon, ami attentif et fidèle. « Que c’est dur, cette vie… se disait le pigeon […]. Que c’est dur toute cette douleur des vivants et aussi des morts, tous ces gens qui se cherchent et ne se trouvent pas. Que c’est dur tout cet amour impossible… […] Comme ils sont seuls les hommes ! Comme elles sont seules les femmes ! […] » (p. 81).

Tout comme l’amour, le véritable amour, ce roman est à trésor, un trésor qu’il faut à la fois garder pour soi et à la fois partager ! Impossible, n’est-ce pas ? (Im)Possible comme le véritable amour !

FeelGood1Antonio Moresco a rédigé une note pour l’édition française et je veux partager avec vous cet extrait : « […] la fable peut être révolutionnaire. Car elle continue à nous rappeler – […] – que l’impossible et l’inattendu peuvent encore faire irruption dans le possible et dans la vie. Car elle nous dit que la réalité n’est pas le simple reflet en miroir du monde, mais la traversée de ce miroir, qu’elle ouvre grand, et qui nous permet de passer de l’autre côté. » (p. 124-125).

Une merveilleuse lecture pour le Mois italien que je mets dans les challenges 1 % de la rentrée littéraire 2015 et Feel good car ce roman fait vraiment du bien, tant au niveau littéraire qu’au niveau humain.