Le château des animaux, 1 – Miss Bengalore de Delep et Dorison

Le château des animaux, 1 – Miss Bengalore de Delep et Dorison.

Casterman, septembre 2019, 72 pages, 15,95 €, ISBN 978-2-20314-888-8. Il existe une édition de luxe, 80 pages, 39 €, ISBN 978-2-20319-889-0 [lien éditeur].

Genres : bande dessinée française, fantastique.

Xavier Dorison naît le 8 octobre 1972 à Paris. Diplômé d’une école de commerce, il est scénariste (bandes dessinées, cinéma) et enseigne le scénario à l’école Émile Cohl à Lyon.

Félix Delep naît en 1993. Il est diplômé de l’école Émile Cohl et Miss Bengalore est sa première œuvre : magistrale ! Il est dessinateur et coloriste.

Jessica Bodard est coloriste ; elle a fait un travail phénoménal sur cet album.

France, XXe siècle, entre les deux guerres. Dans un château transformé en ferme, les humains ont disparu. Les animaux, enfin libres, se sont réjouis. Mais… La République des Animaux est en fait devenue une dictature sous les ordres du Président Silvio, un immense taureau, et de ses sbires, les chiens de la milice et le coq poteau de justice. Ainsi, la poule Adélaïde, qui a voulu conserver un de ses œufs au lieu de le transmettre, selon la loi, au Grenier central, est condamnée… « Mais… C’était le mien… » (p. 8) dit-elle avant de mourir sous les crocs des chiens… Une chatte, Miss Bengalore, veut se souvenir de ce jour « Comme du dernier jour où nous n’avons rien fait. » (p. 9). Mais Miss B élève seule ses deux chatons depuis que son mari est mort sur un échafaudage, et pire : elle a dû prendre sa place pour un travail qu’il lui est vraiment difficile… Mais l’oie Marguerite, la nounou de ses chatons, se rebelle : « Pourquoi on crèverait de faim quand vous, votre président et toute sa clique, vous vous gavez en permanence !!! » (p. 20) et c’est le carnage… Puis le président Silvio se montre dans toute sa splendeur : « Vous voyez bien par vous-mêmes, la Nature a choisi elle-même qui devait vous défendre ! Elle a rendu les chiens et les taureaux plus forts que les autres pour une seule raison : diriger. » (p. 31). Un soir, un rat saltimbanque, Azélar-Vieux-Gris, arrive à la ferme et raconte une histoire : l’histoire d’un petit homme qui ressemble à Gandhi. « Le roi est un tyran, il doit partir. » (p. 41). Le vieux rat préconise la vérité à la place de l’injustice et de son acceptation !

Dès que j’ai vu la vidéo (ci-dessous), j’ai su que Le château des animaux s’inspirait de La ferme des animaux de George Orwell (ce qui est revendiqué par l’auteur et l’éditeur). Et c’est une grande réussite que ce premier tome, les dessins sont superbes, les animaux très réussis, même les méchants, l’histoire est dense, elle fait réfléchir ; j’ai hâte de lire les trois tomes suivants : Les marguerites de l’hiver, La nuit des justes, Le sang du roi et j’espère qu’ils ne mettront pas trop longtemps à paraître.

Cette bande dessinée exceptionnelle, dans la sélection du Festival d’Angoulême 2020, est parfaite pour La BD de la semaine et le challenge BD 2019-2020, ainsi que pour le challenge Littérature de l’imaginaire #7.

La fameuse invasion de la Sicile par les ours de Dino Buzzati

La fameuse invasion de la Sicile par les ours de Dino Buzzati.

Gallimard, collection Folio Junior n° 490, collection Textes classiques, 1977 – 1982 – 1988 – 1997 – 2009 (précédemment publié chez Stock en 1968), 128 pages, 5,90 €, ISBN 978-2-07062-374-7. Illustrations de l’auteur (en couleur à l’origine). La famosa invasione degli orsi in Sicilia (1945) est traduit de l’italien par Hélène Pasquier.

Genres : littérature italienne, littérature jeunesse, conte.

Dino Buzzati naît le 16 octobre 1906 à San Pellegrino di Belluno dans la région de Vénétie. Il étudie le Droit à l’Université de Milan mais il est embauché comme journaliste par le Corriere della Sera. Il est aussi peintre, écrivain et critique littéraire. Il meurt d’un cancer le 28 janvier 1972 à Milan. De lui, j’ai déjà lu Le Désert des Tartares (son plus célèbre roman, paru en 1940) et Le K (un recueil de nouvelles, paru en 1966) et j’ai apprécié le côté fantastique. Avec La fameuse invasion de la Sicile par les ours, je lis un de ses contes, mais il a aussi écrit de la poésie et du théâtre donc il me reste des choses à lire !

Le roman commence par une présentation des personnages et des décors, ça fait un peu théâtral, ça m’a bien plu et puis c’est présenté avec humour.

L’ourson Tonin, fils de Léonce Roi des ours, a été enlevé par deux chasseurs. Deux ans après, les ours font face au froid et à la faim alors ils décident de descendre pour la première fois dans la plaine, là où vivent les humains. « Et les montagnes d’où nous sommes partis. Les reverrons-nous jamais, nos vieilles montagnes ? » (p. 18). Les ours ne sont pas les bienvenus et ils doivent se battre contre l’armée du Grand-Duc, un tyran. « Mais que peuvent les ours, armés de lances, de flèches, de harpons / contre des fusils, des mousquets, des couleuvrines, des canons ? » (p. 24). J’ai oublié de vous dire qu’une partie du roman est racontée sous forme de poésie ! Le Grand-Duc et le magicien De Ambrosiis se réfugient au château de Cormoran mais les ours, valeureux, emmenés par le courageux ours Babbon défient l’armée humaine. Au début, c’est un « Désastre complet » (p. 56) mais un autre ours, plutôt bricoleur, Frangipane, va faire gagner les ours. Pendant que la bataille fait rage, il y a un spectacle au Grand Théâtre Excelsior et, parmi les artistes, un ourson acrobate, rebaptisé Goliath. Oui, oui, vous avez deviné et il va s’en passer des choses ! D’ailleurs, pendant plus de dix ans, les ours vont vivre avec les humains mais leur comportement va changer ce qui déplaît au Roi Léonce.

Ce conte, joliment illustré (par l’auteur lui-même !) s’est déroulé il y a très longtemps car il n’y a plus de montagnes en Sicile, il n’y a plus d’ours non plus… Mais la magie et l’humour de Dino Buzzati font vivre cette histoire pour les petits et les grands lecteurs ! Avec la sortie du film d’animation réalisé par Lorenzo Mattotti et présenté au Festival de Cannes en mai 2019, le livre paraît à nouveau en mai 2019 (couverture ci-contre).

Une lecture plaisante que je mets dans les challenges Cette année, je (re)lis des classiques, Contes et légendes pour la piste « Des animaux à la fête », Jeunesse & Young Adult #9 et Littérature de l’imaginaire #7.

La saga d’Atlas et Axis, intégrale de Pau

La saga d’Atlas et Axis, intégrale de Pau.

Ankama, collection Étincelle, novembre 2017, 272 pages, 19,90 €, ISBN 979-1-03350-478-8. Cette série est traduite (et adaptée) de l’espagnol par Pau, Domhnall Campbell et Élise Storme.

Genres : bande dessinée espagnole, fantastique.

Pau, de son vrai nom Rodríguez Jiménez-Bravo, naît le 1er janvier 1972 à Palma de Majorque en Espagne. Plus d’infos sur son ancien blog, http://escapulanews.blogspot.com/ (en espagnol) et sur son nouveau site, https://www.escapula.com/ (octobre 2019, toujours en espagnol). Pour ceux qui ne parlent pas espagnol (comme moi !), une interview de Pau sur ActuaBD.

Le village de Kanina a été attaqué alors que les habitants préparaient la fête des chiots. Atlas et Axis étaient en forêt. Canuto, mourant, leur apprend que « Un bateau est arrivé, ils nous ont attaqué par surprise… […] Vers le nord. Ils étaient tout blancs et fort poilus. Il y avait des chiens, des loups… […] Le bateau était noir et la voile rouge… Argh ! Leurs capes… retenues par des fibules comme celle-ci… » (p. 12) avant de rendre l’âme. Erika et Raposa ne sont pas parmi les cadavres : « Ils les ont sûrement emportés. » (p. 13). Erika est la sœur d’Atlas et Axis est amoureux d’elle. Les deux chiens sont inexpérimentés mais ils se mettent vaillamment en route ! Séparé d’Axis, Atlas continue seul et rencontre Mika, une chienne dont le village a aussi été massacré par les Vikiens. Puis, après avoir retrouvé par hasard Axis, ils repartent ensemble et rencontrent Miel, une charmante ourse qui tient un bar et qui les aide à aller au nord. Plus tard, Atlas entend parler de Khimera et il réagit que c’est la légende sur laquelle Canuto menait des recherches : la légende de l’os Khimera et de la gamelle d’abondance. « On dit que celui qui la trouvera n’aura plus à se soucier de chercher de la nourriture. » (p. 80). Atlas et Axis repartent à l’aventure avec un riche savant qui veut ramener un Tarse du Sabakistan. Avec leur nouvel ami, Tuman, un chien de traîneau, ils apprennent que « Il ne faut pas abuser des animaux. » (p. 109). Lui et sa meute sont les descendants de Chienghis Khan !

Dans le monde de Pangea, il n’y a que des animaux et les personnages principaux de cette histoire sont des chiens mais le lecteur rencontre brebis, chèvres, ourse, gloutons, loups, un vieux chat sage… Et même un survivant mammouth laineux et un féroce dinosaure ! Il y a de belles couleurs et une belle ambiance, avec des rencontres et des amitiés (j’aime bien Miel, la vieille ourse).

En fin de volume, un cahier spécial avec des images et des planches exclusives car Pau a commencé ses ébauches en 1995, a arrêté son projet devant le manque d’enthousiasme des éditeurs, a travaillé comme animateur dans un hôtel à Minorque (île espagnole dans les Baléares) puis a repris son idée de projet avec les chiens pendant des années jusqu’à ce qu’il trouve un éditeur, Ankama. Cette intégrale réunit 4 tomes : tome 1, 84 pages, novembre 2011, tome 2, 84 pages, février 2013, tome 3, 64 pages, novembre 2015 et tome 4, 64 pages, septembre 2016, soit un travail colossal durant des années ! Ci-dessous, les 4 visuels pour que vous ayez une idée des personnages, des aventures et de l’ambiance.

Cette bande dessinée qui mêle légendes et histoire (destruction de la Pangea en plusieurs continents qui se séparent et apparition des humains) est une belle réussite, idéale pour les jeunes lecteurs, je veux dire les ados. Mon personnage préféré est Tundra, le mammouth laineux (qui, comme ses ancêtres disparus, a bien du mal à supporté la chaleur). Il y a des pointes d’humour (humour cabot !) et l’auteur raconte avec subtilité pourquoi la haine, la guerre et la souffrance des animaux, c’est mal.

Pour La BD de la semaine et les challenges BD 2019-2020, Contes et légendes 2019 (pour la catégorie Épiques aventures), Jeunesse Young Adult #9 et Littérature de l’imaginaire #7.

Plus de BD de la semaine chez … (lien à venir).

Eltonsbrody d’Edgar Mittelholzer

Eltonsbrody d’Edgar Mittelholzer.

Les éditions du Typhon, février 2019, 230 pages, 20 €, ISBN 978-2-490501-02-1. Eltonsbrody (1960) est traduit de l’anglais (Guyana) par Benjamin Kuntzer.

Genres : littérature guyanienne, fantastique.

Edgar Mittelholzer naît le 16 décembre 1909 à New Amsterdam en Guyane britannique (devenue Guyana). Son premier roman, Corentyne Thunder, signe le début de la littérature de Guyana en 1938. Après un séjour à Trinidad où il se marie (en 1942), il s’exile en Angleterre (en 1947) où il rencontre Leonard et Virginia Woolf qui deviennent ses éditeurs ; il est ainsi le premier auteur caribéen à trouver le succès en Europe. Mais, dépressif, à cause de la couleur de sa peau, il se suicide le 5 mai 1965.

Une maison d’éditions inconnue de moi ! Un auteur de Guyane britannique, devenue Guyana, inconnu de moi ! Un roman fantastique, à la limite du gothique, dont l’éditeur dit : « Dans la lignée des chefs-d’œuvre d’Edgar Allan Poe, de H.P. Lovecraft et de John Carpenter, Eltonsbrody captive en faisant imploser le réel. Intriguant et obsédant, le roman happe le lecteur en le confrontant à l’empire des pulsions. ». À noter que ce titre inaugure la collection Les hallucinés « dédiée à une littérature étrange, inclassable, venue du monde entier ». Ni une ni deux, Eltonsbrody a atterri chez moi ! Et participera au challenge Cette année, je (re)lis des classiques #2 (puisqu’il est paru originalement avant 1970), un classique de Guyana, dingue !

Mr Woodsley, le narrateur, est un jeune peintre en visite à la Barbade. Mais, en ce week-end de Pâques 1958, les deux hôtels et la pension de famille de l’île sont complets… Il s’installe donc à Eltonsbrody (bâti en 1887) chez Mrs Dahlia Scaife, veuve du Dr Scaife. Une particularité : Mrs Scaife est Anglaise alors que le Dr Scaife était un Noir de la Barbade (à l’époque, ça faisait jaser mais les gens respectaient tout de même cette union car Scaife était docteur donc utile à la communauté). « Mr Woodsley, avez-vous déjà été submergé par l’horreur et la joie en même temps ? » (p. 36). Malgré l’atmosphère bizarre et le vent, les premiers jours sont agréables mais la situation se dégrade après le décès de Grégory, le petit-fils de Mrs Scaife… « J’ai l’impression que vous avez une imagination extraordinairement morbide, Mrs Scaife. J’irais même jusqu’à dire malade. » (p. 58).

Peu à peu, la tension monte… « […] ces deux jours m’ont convaincu qu’elle était plus qu’une excentrique. Cette femme est folle. Un silence s’ensuivit. Nous contemplâmes la nuit par la vitre. La fenêtre devant laquelle nous nous trouvions se mit subitement à trembler frénétiquement, comme si une main puissante l’avait agrippée et cherchait à la réduire en morceaux. Le vent sifflait à travers les fissures avec une frustration furieuse, et des courants d’air nous entourèrent de leurs tentacules glacials. La maison tout entière semblait vibrer sous la pression du vent. » (p. 128). Avec cet extrait, vous pouvez apprécier le choix des mots et voir qu’il y a toute une ambiance avec le vent, plus loin ce sera avec la mer et les escarpements dangereux et aussi avec les odeurs et les couleurs.

Bon, je n’ai pas été terrifiée (peut-être parce que j’ai lu ce roman dans la journée et pas durant la nuit) mais j’ai été saisie par le style de l’auteur (je me demande bien s’il n’est pas ici traduit en français pour la première fois !) et l’ambiance qui s’alourdit peu à peu dans cette maison, avec des questionnements, des craintes, non seulement au sujet de la vieille Mrs Scaife mais aussi des événements étranges et même des morts ! Une belle découverte donc avec un éditeur à suivre et un auteur qui sera peut-être à nouveau traduit en français. Par contre, est-ce que l’auteur met de son mal-être d’être métis, d’être « de couleur », dans ses écrits, je ne saurais le dire, je ne peux faire confiance qu’en ce qu’en dit l’éditeur.

Ce roman paru en février 2019 est à la fois un roman de la Rentrée littéraire de janvier 2019 et un classique puisqu’il est originellement paru en 1960 : comme je l’ai dit plus haut, je le mets donc dans Cette année, je (re)lis des classiques #2 (parution originale avant 1970) et, en plus, un classique de Guyana, c’est rare ! Il entre aussi dans Littérature de l’imaginaire #7.

Rat-a-week de l’épouvante – octobre 2019

Marjorie du blog Chroniques littéraires organise le Rat-a-week de l’épouvante (comme chaque année ?) du dimanche 13 octobre (minuit) au dimanche 20 octobre (minuit). Je vais tenter de participer mais je n’ai pas grand-chose d’horrifique dans ma PàL… Infos, logo, inscription et défis chez Marjorie.

Deux billets pour ce marathon

Le voyageur de Koren Shadmi (Ici même, 2017, États-Unis)

L’île du Diable de Nicolas Beuglet (XO, 2019, France)

La route de Tibilissi de Chauvel, Kosakowski et Lou

La route de Tibilissi de Chauvel, Kosakowski et Lou.

Delcourt, collection Terres de légendes, avril 2018, 176 pages, 22,95 €, ISBN 978-2-7560-6231-0.

Genres : bande dessinée, fantastique (mais pas que).

David Chauvel est au scénario. Il naît le 18 décembre 1969 à Rennes. Il étudie le commerce international mais, devant le chômage, il se lance dans la bande dessinée au début des années 90 : Rails, Black Mary, Les enragés, Nuit noire, Lunatiks, Ring circus, entre autres.

Alex Kosakowski est au dessin. Il vit en Californie, il est artiste dans le jeu vidéo. La route de Tibilissi est la première bande dessinée pour laquelle il collabore au dessin. Son œuvre sur https://alexkosakowski.com/.

Lou est à la couleur. C’est rare que le nom du (ou de la) coloriste soit mentionné sur une couverture (il l’est habituellement sur la page de titre à l’intérieur). Son vrai nom est Simon Canthelou : autodidacte (mais fils de Christian Darasse, auteur de BD), il est graphiste, dessinateur, coloriste et scénariste.

Une famille, à pieds dans la neige, fuit devant des hommes à cheval. La mère puis le père sont touchés par des flèches. Jake reçoit la hache du père mourant qui leur conjure de se rendre à Tibilissi. Les deux frères, Jake l’adolescent et Oto le plus jeune, se sauvent dans la forêt et dans la neige ; ils ont peur, ils ont faim, ils ont froid et la tempête faire rage. Le lendemain, comme ils ne sont pas équipés pour survivre, l’aîné décide de retourner dans leur village de Tchintaïchi pour prendre des vêtements et de la nourriture. Tout est détruit et brûlé mais ils retrouvent Doubi, une bestiole à fourrure (mais de quelle espèce ?) et Trois-Trois, un robot rafistolé. « Par les temps qui courent… Quand le frère ne reconnaît plus le frère… Quand le voisin assassine le voisin… On ne sait plus ni à quoi ni à qui se fier. » (p. 65). Jake et Oto rencontrent une vieille femme puis des voyageurs, hommes, femmes, enfants, qui, eux aussi, fuient la guerre. Mais peut-on faire confiance à des inconnus ? « Il n’y a pas de paix. Il n’y a plus de sécurité nulle part. Nous avons réussi à leur échapper, mais c’est avant tout parce que nous avons eu de la chance. » (p. 107).

La route de Tibilissi est une bande dessinée choc sur l’enfance bousillée dans un pays en guerre : lequel et à quelle époque exactement, on ne sait pas trop, on pense à l’Europe de l’Est (influencé sûrement par Tbilissi mais ici c’est Tibilissi donc ailleurs), mais ce qui arrive peut arriver dans tous les pays et à toutes les périodes. Les deux créatures ne collent pas à cette époque qu’on pense plutôt médiévale mais elles correspondent à la fantasy (pour Doubi) et à la science-fiction (pour Trois-Trois). On a donc ici une bande dessinée fusion et j’aime le mystère et la créativité ! D’ailleurs Alex Kosakowski a un style particulier, pas vraiment américain (comics) mais pas européen non plus, c’est un mélange de plusieurs influences ce qui est une belle réussite ; les couleurs, les personnages et les paysages sont beaux malgré l’horreur de la guerre et de la fuite en étant poursuivis par des ennemis. Le lecteur est en cavale avec Jake et Oto, il a froid, il est sur le qui-vive, en perpétuel danger et il ne sait pas trop où il va : quelqu’un sait où est Tibilissi ? De plus, Oto ne se sépare jamais de son livre et il y a de nombreux clins d’œil aux contes comme la vieille femme qui ressemble à une Baba Yaga. Et surtout la fin est étonnante !

Après plusieurs semaines chaotiques (sans lecture de bandes dessinées), voici enfin une bande dessinée pour La BD de la semaine ! Que je mets aussi dans les challenges BD, le tout nouveau Jeunesse Young Adult #9 et bien sûr Littérature de l’imaginaire #7. J’aimerais bien aussi dans Contes et légendes mais cette BD entre-t-elle dans la piste « Contes de montagnes » : je pense que oui car elle se déroule quand même en forêt enneigée montagneuse (on voit des montagnes, des vallées et des précipices).

Plus de BD de la semaine chez Moka.

Le testament d’Erich Zann, suivi de La fille de Valdemar de Brian Stableford

Le testament d’Erich Zann, suivi de La fille de Valdemar : deux enquêtes d’Auguste Dupin, investigateur de l’Étrange de Brian Stableford.

Les Moutons électriques, Les saisons de l’étrange #2, mars 2019, 240 pages, 16 €, ISBN 978-2-36183-550-7. The Legacy of Erich Zann (2011) et Valdemar’s Daughter (2010) sont traduits de l’anglais par Catherine Rabier.

Genres : littérature anglaise, roman policier, fantastique.

Brian Stableford naît le 25 juillet 1948 à Shipley (Yorkshire, Angleterre). Sociologue de la science-fiction et professeur de sociologie, il se consacre à l’écriture : romans et nouvelles plutôt de science-fiction mais aussi de fantasy et de fantastique.

Voici ce que dit l’éditeur sur Le testament d’Erich Zann : « Quinze ans après la célèbre nouvelle de Lovecraft, le violon et les compositions maudites d’Erich Zann font l’objet de toutes les convoitises. Le grand détective Charles Auguste Dupin est le seul à savoir pourquoi, et à pouvoir s’y opposer. »

Paris, faubourg Saint-Germain, XIXe siècle. Charles Auguste Dupin, Chevalier et détective (un genre de Sherlock Holmes français) rend visite à son ami américain (journaliste, alter ego d’Edgar Allan Poe à qui il envoie des histoires) lorsqu’il apprend que Bernard Clamart, célèbre notaire, a été assassiné à son cabinet, et qu’une tombe non enregistrée (bon, on devine que c’est celle d’Erich Zann) a été profanée au Père-Lachaise. Pendant ce temps, Nicolo Paganini recherche les partitions pour violon disparues de Zann mais « […] tout ce qui a un rapport avec la mémoire de Zann peut devenir redoutablement dangereux, et si nous pouvons avoir une longueur d’avance, nous devons la prendre. » (p. 22-23). Où il est question de Stradivarius perdu et d’une « oreille exceptionnelle pour la musique » (p. 37) mais sera-t-il possible de contrer le violon « dressé, ensorcelé, envoûté, possédé » (p. 122) ?

Voici ce que dit l’éditeur sur La fille de Valdemar : « Rendu fameux sous la plume d’Edgar Allan Poe, Dupin enquête également de nouveau sur Ernest Valdemar, dont le corps a disparu : le comte de Saint-Germain est-il impliqué ? Et pourquoi Balzac, à l’article de la mort, s’y intéresse-t-il ? »

Paris, faubourg Saint-Germain, XIXe siècle. Alors que Dupin se réchauffe devant la cheminée de son ami américain, madame Ewelina Hanska (la maîtresse d’Honoré de Balzac) arrive en pleine nuit pour récupérer un colis en provenance de New York. Mais le colis n’est pas là et le docteur Robert Collyer, un Anglais qui devait le déposer, a disparu. Madame Hanska craint que la Société de l’Harmonie n’ait subtilisé le colis et que son amie – et compatriote – Jana Valdemar n’ait des ennuis. Une machination machiavélique sur les thèmes du mesmérisme, du spiritualisme et d’éventuels progrès de la médecine (sommeil magnétique). « Nous vivons en des temps de trouble, Monsieur Dupin. Il y a de la révolution dans l’air, aussi bien sur le plan politique que scientifique. Mais je crains que dans les deux cas, elle ne débouche sur une catastrophe plutôt que sur une réforme rationnelle. » (p. 180).

Deux récits policiers historiques dans une belle ambiance « dix-neuviémiste » fantastique avec des références littéraires et musicales pour Erich Zann et des références littéraires et médicales (ou spirituelles) pour Valdemar. Et, dans les deux cas, nous avons « Une fiction bien ficelée et tellement plus puissante que la vérité, simplement parce qu’elle est spécialement et habilement conçue pour faire appel à l’imagination. » (p. 212). C’est que « L’esprit peut jouer d’étranges tours, si on le sollicite de la bonne façon. » (p. 229). Alors serons-nous des lecteurs curieux et ouverts d’esprit mais crédules ? Ou doués de logique et de discernement ?

Un livre de la Rentrée littéraire de janvier 2019 pour les challenges Littérature de l’imaginaire #7, Polar et thriller 2019-2020, Summer Short Stories of SFFF – S4F3 #5 pour le fantastique et Voisins Voisines 2019 (Angleterre).