Bartleby de Herman Melville

Bartleby de Herman Melville.

Mille et une nuits, n° 39, juillet 1997, 80 pages, 3 €, ISBN 978-2-91023-344-0. Bartleby, the Scrivener. A Story of Wall-Street (1853) est traduit de l’américain par Bernard Hœpffner.

Genres : littérature états-uniennes, nouvelle, classique.

Herman Melville naît le 1er août 1819 à Pearl Street (Manhattan, NY, États-Unis) dans une famille d’origine néerlandaise (côté maternel) et écossaise (côté paternel). Ne pouvant poursuivre ses études à la mort de son père, il travaille et voyage ce qui inspire plus tard ses écrits. Il meurt le 28 septembre 1891 à New York. Il est auteur de romans, nouvelles, poésie et un essai. Je n’ai lu que Moby Dick il y a… bien 40 ans ! et je n’ai pas envie de relire cette horrible histoire…

Première parution dans Putnam’s Monthly Magazine en décembre 1853 et réédition dans le recueil The Piazza Tales (Les contes de la véranda) en 1856.

Bon, eh bien, je connaissais déjà l’histoire puisque, déjà il y a plusieurs adaptations cinématographiques, et en plus j’ai lu le mois dernier la somptueuse bande dessinée espagnole adaptée de Melville, Bartleby le scribe de José-Luis Munuera.

Le narrateur est « un homme assez avancé en âge » (p. 7), un homme de loi de Wall Street, prudent et méthodique, maintenant à la retraite, qui a connu de nombreux « copistes de documents légaux, ou scribes » (p. 7) et qui souhaiterait écrire sur un en particulier, Bartleby, même s’il sait qu’il est incapable d’écrire sa biographie faute d’informations, ce qui est « une perte irréparable pour la littérature » (p. 7).

Ce notaire embauchait Dindon (la soixantaine), Pincettes (dans les vingt-cinq ans) en tant que copistes et Gingembre (« un gamin d’une douzaine d’années », p. 17) comme garçon à tout faire (ménage, ravitaillement). Il y a une belle description de chacun de ces trois personnages et de son étude.

Ayant besoin d’un assistant supplémentaire, le notaire embauche alors le jeune homme qui se présente, Bartleby, qui avec ses qualifications et son air posé aura sûrement « une influence bénéfique » (p. 18-19) sur ses collègues. Mais son assiduité mécanique dérange… Il fait son travail sans joie, « en silence, sans éclat » (p. 20) et refuse de collationner les copies (vérifier si leur contenu est conforme à l’original). « Imaginez ma surprise – non, ma consternation – quand, sans abandonner sa solitude, Bartleby, d’une voix singulièrement douce et ferme, me répondit : ‘J’aimerais mieux pas.’ » (p. 21). Le fameux I would prefer not to.

Et ce comportement dure… Ce Bartleby est tellement déconcertant que le notaire ne pense même pas à le mettre à la porte alors que Dindon et Pincettes n’hésiteraient pas une seconde ! Durant les jours suivants, le notaire observe Bartleby et découvre qu’il travaille à ses copies et ne part jamais de son bureau, qu’il ne se nourrit que de quelques gâteaux au gingembre que Gingembre lui livre le matin à onze heures… Le notaire le prend en fait en pitié, « Pauvre garçon ! pensais-je, ses intentions ne sont pas mauvaises ; il est évident qu’il n’a pas l’intention insolent ; son aspect prouve assez que ses excentricités sont involontaires. » (p. 26-27). Il est bien conciliant, ce patron, devant un employé qui refuse de faire une partie de ce pour quoi il est embauché ! Ou alors son indulgence soulage sa conscience d’employeur qui ne vit pas dans le besoin ?

C’est bizarre, parce que dans la bande dessinée, tout coulait de source, l’influence des images peut-être, alors que dans le récit de Melville, je ne comprends pas le comportement de Bartleby qui refuse de vérifier ses copies (ce qui est la moindre des choses), d’aller à la poste… C’est qu’en fait, avec son travail assidu et sa tranquillité perpétuelle, le désagrément des ‘J’aimerais mieux pas’ ou ‘J’aime mieux pas’, font quand même de lui « une recrue des plus précieuses […] il était toujours là. […] J’avais une extraordinaire confiance en son honnêteté. Je sentais que mes documents les plus précieux étaient en parfaite sécurité entre ses mains. » (p. 31).

Une relation professionnelle et humaine plutôt malsaine finalement… D’autant plus que le notaire découvre consterné, un dimanche matin, que Bartleby vit carrément dans l’étude notariale et que deux jours après, il décide « de ne plus faire d’écritures » (p. 42) ! Le notaire lui donne son congé mais, au bout de plusieurs jours, Bartleby refuse de partir et ne travaille toujours pas. Évidemment tout ça va mal se finir…

J’ai en moi une petite question que je n’avais pas après la lecture de la BD : les spécialistes parlent de « résistance passive » par rapport au travail, faut pas se plaindre non plus, le travail de Bartleby n’était pas la mine, et que penser du fait qu’il était payé alors qu’il ne travaillait plus et passait son temps debout à regarder par la fenêtre ? Pour moi, ce n’est pas de la résistance, ce n’est même pas de la désobéissance, c’est de la folie ! Cette lecture est vraiment étrange, elle questionne en tout cas mais le lecteur n’a pas plus de réponses que le notaire, Bartleby reste une énigme malgré la postface de Benjamin Orteski.

Lecture commune avec Noctenbule (qui m’a envoyé le livre, merci beaucoup !) que je mets dans 2021, cette année sera classique, La bonne nouvelle du lundi, Challenge lecture 2021 (catégorie 52, une lecture commune), Projet Ombre 2021 et Les textes courts.

Madame Diogène d’Aurélien Delsaux

Madame Diogène d’Aurélien Delsaux.

Albin Michel, août 2014, 138 pages, 13,50 €, ISBN 978-2-226-25827-4.

Genres : littérature française, premier roman.

Aurélien Delsaux naît en 1981 à Lyon et grandit en Isère. Il est auteur (roman, poésie, jeunesse), comédien et metteur en scène (théâtre) et peintre. Du même auteur : Sangliers (2017), Le grand ménage de madame Cavacava (2018) et Pour Lucky (2020). Plus d’infos sur son site officiel et sur le site de la compagnie L’arbre.

Madame Diogène est une vieille femme qui ne sort plus de son appartement au 6e étage d’un immeuble. Appartement qu’elle a transformé avec tout ce qui lui tombait sous la main… « Elle a établi son terrier au centre de l’ancien séjour, à quoi plusieurs galeries mènent. Il est creusé dans la glaise des choses, et fait comme un petit hémicycle, une frêle arche de couvertures, de tissus, de vieux vêtements (ses manteaux, robes, jupes, chemisiers, culottes, bas), de boîtes à chaussures, de cartons, de cagettes, de sacs en plastique bourrés de papiers et d’emballages. » (page 13). Par un coin de fenêtre, elle observe les éboueurs pendant qu’un voisin, le Gros, tape à sa porte en la menaçant. C’est que la puanteur a atteint les appartements voisins… Les seules – très rares – visites sont celles de l’Assistante qui vient voir si elle va bien et de sa nièce qui veut la placer aux Trois-Roses. Elles n’entrent que dans le couloir de l’entrée qui est resté normal et propre. « Elle n’attend plus personne. Elle n’attend plus rien maintenant. » (page 43). L’appartement est envahi d’insectes, de vers, de souris… et des fantômes de sa vie. La vieille cherche son chat. « Elle l’a encore vu hier, elle en est sûre. » (page 64). Et par la fenêtre, elle observe encore, les grèves et les manifestations. « […] ils s’agitent encore, marchent, courent, se bousculent, se piétinent. » (page 129).

Aurélien Delsaux réussit, pour son premier roman, un coup de maître ! Très bien écrit, très bien dosé, Madame Diogène est un court roman, intense, dérangeant et parfaitement maîtrisé qui enferme le lecteur dans la solitude et la folie, avec un humour discret mais bien présent. Un prix littéraire amplement mérité : la Plume d’Or du Chapiteau du Livre 2015 (Hérault), et finaliste du Prix du premier roman et du Prix de la Fondation Prince Pierre de Monaco.

Pour le Challenge lecture 2021 (catégorie 46, jeu de mots, madame Diogène s’appelle comme ça parce que Diogène vivait dans un tonneau et elle vit enfermée dans son appartement) et Petit Bac 2021 (catégorie Être humain pour madame).

En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut

BojanglesEn attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut.

Finitude, janvier 2016, 159 pages, 15,50 €, ISBN 978-2-36339-063-9.

Genre : premier roman.

Olivier Bourdeaut naît en 1982 à Nantes (Loire-Atlantique). Lorsqu’il perd son emploi d’agent immobilier, il décide de se consacrer à l’écriture. En attendant Bojangles, rédigé en Espagne, est en fait le deuxième roman qu’il écrit mais le premier à trouver éditeur.

« Ceci est mon histoire vraie, avec des mensonges à l’endroit, à l’envers, parce que la vie c’est souvent comme ça. » (p. 6). Cette phrase, en exergue au tout début du roman, m’a embrouillée, c’est sûr…

68premièresfois2016Le narrateur est l’enfant. Son récit est entrecoupé par des extraits du journal de son père qu’il a trouvé plus tard. « Je ne comprenais pas souvent mon père. Je le compris un peu plus au fil des ans, mais pas totalement. Et c’était bien ainsi. » (p. 9). Après un choc fiscal, la mère met le feu à leur appartement et se retrouve internée.

« Lorsque je racontais ce qui se passait à la maison, la maîtresse ne me croyait pas et les autres élèves non plus, alors je mentais à l’envers. Il valait mieux faire comme ça pour l’intérêt général, et surtout pour le mien. » (p. 37). On le comprend !

DefiPremierRoman2016L’enfant, tour à tour émerveillé ou inquiet, observe le comportement de ses parents car leur amour est unique, fusionnel, excentrique, jusqu’à ce que la mère sombre dans la folie. Le seul compagnon de l’enfant est un oiseau appelé Mademoiselle, une demoiselle de Numidie.

« Après l’incendie, je ne pouvais plus jouer la comédie, le feu, la fumée, les pompiers, le plastique brûlé sur les épaules de ma bien-aimée, toute cette tristesse cachée derrière son euphorie ne pouvaient plus être le fruit d’une plaisanterie. » (p. 120, extrait du carnet secret du père).

Challenge-Rentree-litteraire-janvier-2016Ce roman a reçu plusieurs prix littéraires : Grand Prix RTL-Lire, Le Roman des étudiants France Culture-Télérama, Prix roman France Télévisions, Prix Emmanuel Roblès et Prix de l’Académie de Bretagne. Et pourtant… « C’est bien écrit, drôle, mais ça n’a ni queue, ni tête. » (p. 12) : réponse des éditeurs au père qui leur envoie ses manuscrits et je pourrais presque dire la même chose de ce roman : bien écrit… plus ou moins… drôle… non, je n’ai pas ri, ni même souri… ça n’a ni queue ni tête… ça a un début et une fin et une histoire mais… bof… je suis déçue… je ne me suis pas retrouvée dans les personnages, je n’ai pas trouvé le style extraordinaire et je n’en reviens pas qu’il ait reçu tous ces prix ! Mais, justement, d’autres ont aimé et ils vous disent pourquoi : allez lire Jérôme Garcin dans BibliObs, Pierre Assouline dans La république des livres et tous les blogueurs qui en ont parlé. « Mes parents dansaient tout le temps, partout. Avec leurs amis la nuit, tous les deux le matin et l’après-midi. » (p. 15). Oui, et alors ? Je n’ai pas swingué donc, mais je vous laisse avec Mister Bojangles interprété par Nina Simone (ci-dessous).

Un livre lu dans le cadre des 68 premières fois – 2016 que je mets dans les challenges Défi Premier roman et Rentrée littéraire janvier 2016.

La vie rêvée de Rachel Waring de Stephen Benatar

VieRachelWaringLa vie rêvée de Rachel Waring de Stephen Benatar.

Le Tripode [lien], août 2014, 350 pages, 22 €, ISBN 978-2-37055-029-3.

Wish her safe at home (1982) est traduit de l’anglais par Christel Paris.

Genre : roman.

Stephen Benatar naît le 26 mars 1937 à Londres. Après plusieurs refus des éditeurs, The man on the bridge paraît en 1981 ; suivront Wish her safe at home en 1982 puis d’autres titres.

Rachel Waring a 47 ans lorsque la grand-tante Alicia qu’elle n’a pas vu depuis l’enfance meurt et lui lègue une belle maison à Bristol. « […] quand j’avais dix ans, je ne la voyais pas comme une femme qu’on pouvait envier. » (p. 11). Londonienne, employée de bureau, célibataire, en coloc avec Sylvia, une grande fumeuse qu’elle ne supporte plus, Rachel voit une opportunité inouïe de changer de vie et de profiter du bien-être et de l’argent de cette tante éloignée. « Je me délectais par avance des regards stupéfaits, de l’incrédulité, du choc, et des évidences ébranlées. ». Rachel, transformée, épanouie, va enfin vivre une vie rêvée… du moins en apparence.

J’aime bien les éditions Le Tripode et j’avais lu de bonnes choses sur ce roman anglais alors je me réjouissais de le découvrir mais je n’ai pas été emballée du tout ! J’en suis fort marrie… Il démarrait pourtant bien ! J’ai tentée de le continuer, j’ai sauté des pages, j’ai voulu quand même lire la fin mais ce chef-d’œuvre méconnu et réédité restera une déception pour moi…

MoisAnglais2015-5SylvieIl y a une intéressante postface de John Carey, plus qu’enthousiaste au sujet de La vie rêvée de Rachel Waring, mais contrairement à ce qu’il préconise, je n’ai pas été « mal à l’aise » en lisant ce roman, je n’ai pas été touchée par le décalage, par la folie, je me suis simplement ennuyée…

Deuxième déception pour ce Mois anglais avec plus tôt L’observatoire d’Edward Carey

Par contre, la vidéo de présentation est amusante.