Le Cabinet des antiques d’Honoré de Balzac

Le Cabinet des antiques d’Honoré de Balzac.

France Loisirs, intégrale Balzac, 1986, tome X, 177 pages + préface 10 pages. Parution d’origine en 1838. Vous pouvez le lire librement sur WikiSource et il existe des éditions poche comme celles de Folio Gallimard (couverture ci-contre), de Flammarion (avec La vieille fille) ou de Garnier (Classiques jaunes).

Genres : littérature française, roman, classique.

Honoré de Balzac naît le 20 mai 1799 à Tours (Touraine). Romancier, dramaturge, journaliste, critique littéraire, imprimeur, cofondateur de la Société des gens de lettres (en 1837), il est plus spécialement connu pour sa Comédie humaine (près de 100 romans et nouvelles) dans laquelle il analyse ses contemporains (bourgeoisie, commerçants, ouvriers, petites gens…) et la montée du capitalisme, plutôt dans le genre réaliste mais en abordant aussi parfois les côtés philosophique, poétique et même fantastique. Il inspire entre autres Gustave Flaubert (parallèles entre L’éducation sentimentale et Le lys dans la vallée ou entre Madame Bovary et Une femme de trente ans), Marcel Proust et Émile Zola. Il dévore les livres depuis l’enfance et étudie le Droit puis se consacre à la littérature. Il y a tant d’autres choses à dire sur Balzac mais je vous laisse les découvrir dans la biographie Honoré de Balzac, le roman de sa vie de Stefan Zweig ou ailleurs. Il meurt le 18 août 1850 à Paris. En février 2010, j’avais publié une note de lecture de La maison du Chat-qui-pelote (pour un autre challenge concernant les classiques) et en octobre 2020, une note de lecture de Gobseck (Pour Les classiques c’est fantastique, Balzac vs Flaubert).

Victurnien n’a pas connu sa mère, morte en couches. Il est élevé par sa tante, Armande, la sœur de son père. Son père, le Marquis d’Esgrignon a été expulsé de ses terres, de son domaine qui a été vendu, écartelé… Mais il ne se résout pas à cette révolution française qui dénigre la noblesse et devient pour certains comme le garant de la Royauté et des valeurs ancestrales (féodales). « Cette admirable ruine avait toute la majesté des grandes choses détruites. » (p. 192-193).

Mais le sieur du Croisier a demandé la main d’Armande d’Esgrignon et le Marquis a refusé (elle est comme une mère pour Victurnien). Du Croisier a alors pris toute la famille d’Esgrignon et leurs amis aristocrates ruinés en grippe et fera tout pour se venger du camouflet. Il surnomme tous ces vieillards le Cabinet des antiques.

Malheureusement, en 1822, le Marquis ne profita pas de la Restauration, sous Louis XVIII. Il n’y a eu aucune restitution de ses biens et aucune indemnisation… Sa famille est comme tant d’autres familles « ruinées sans aucun espoir de retour. » (p. 197). Il est pourtant pratique pour les bourgeois enrichis d’épouser un(e) noble, même ruiné(e), pour le prestige, le nom, la particule. Mais la jalousie, la haine, la vanité et la rivalité n’engendrent rien de bon et « En province surtout les deux partis se prêtèrent réciproquement des horreurs et se calomnièrent honteusement. On commit alors en politique les actions les plus noires pour attirer à soi l’opinion publique […]. » (p. 199).

Ainsi tous les espoirs de « reprendre un nouveau degré de splendeur en la personne de Victurnien, au moment où les nobles spoliés rentreraient dans leurs biens, et même quand ce bel héritier pourrait apparaître à la Cour pour entrer au service du Roi, par suite épouser, comme jadis faisaient les d’Esgrignon […]. » (p. 204). Heureusement le vieux notaire Chesnel, ancien intendant du domaine, est resté fidèle à la famille d’Esgrignon. Il sera bien mal récompensé, le malheureux, parce que, idolâtré par son père et sa tante (mère de substitution), Victurnien est un enfant gâté et capricieux, et bien que beau et bien éduqué, il devient égoïste, impertinent et vaniteux (dommage que les Lumières ne soient pas passées par son éducation…). Bref, Victurnien est un sacré « petit con » et le vieux Chesnel dilapide sa fortune – dûment acquise par un travail rigoureux – pour effacer les frasques et les dettes du jeune homme… « Mais il n’y a jamais rien de bon à attendre des jeunes gens qui avouent leurs fautes, s’en repentent et les recommencent. Les hommes à grands caractères n’avouent leurs fautes qu’à eux-mêmes, ils s’en punissent eux-mêmes. Quant aux faibles ils retombent dans l’ornière, en trouvant le bord trop difficile à côtoyer. » (p. 216). C’est mon passage préféré mais ensuite je me suis ennuyée…

Le Marquis d’Esgrignon envoie Victurnien à Paris pour qu’il s’engage auprès du Roi. Évidemment il faut de l’argent et bien sûr le bon Chesnel est là. « Quand Victurnien fut à quelques lieues de sa ville natale, il n’éprouva pas le moindre regret, il ne pensa plus à son vieux père, qui le chérissait comme dix générations, ni à sa tante dont le dévouement était presque insensé. Il aspirait à Paris avec une violence fatale, il s’y était toujours transporté par la pensée comme dans le monde de la féerie et y avait mis la scène de ses plus beaux rêves. » (p. 236). Il va bien sûr rencontrer de mauvaises personnes qui vont abuser de lui (le pousser au jeu, le pousser à dépenser), de sa naïveté, de sa vanité… Oisif, joueur, dandy, dépensant beaucoup, beaucoup plus que ce qu’il n’a (d’ailleurs, sans Chesnel, il n’a rien), il va devenir l’amant de Diane de Maufrigneuse, une femme mariée et croqueuse de fortune.

Balzac prévient qu’il s’inspire d’un fait réel mais qu’il brouille les pistes en changeant tous les noms et en ne donnant pas le nom de la ville où habite la famille d’Esgrignon (ce qui est rare dans ses récits). « Dans une des moins importantes Préfectures de France, au centre de la ville, au coin d’une rue, est une maison ; mais les noms de cette rue et de cette ville doivent être cachés ici. » (p. 181). Cependant il se trahit quand il parle des ancêtres de l’épouse de du Croisier. « Voulez-vous racheter vos torts en réjouissant vos ancêtres, les intendants des ducs d’Alençon […]. » (p. 302). Une petite ville normande donc. De plus, il change l’histoire pour qu’elle se termine bien ce qui n’est pas le cas pour le jeune homme et la famille qui lui servent de base. Franchement, Victurnien ne mérite pas le subterfuge créé par le vieux Chesnel pour le sortir du merdier dans lequel il s’est fourré et ce happy end… que je ne trouve pas digne de Balzac.

Ce roman est d’abord paru en 1838 sous le titre Les rivalités en province dans le journal politique Le Constitutionnel puis aux éditions Hippolyte Souverain en 1839 dans les Scènes de la vie de province dans le sous-groupe Rivalités qui réunit également La vieille fille (1836) et Illusions perdues (1836-1843).

J’ai bien aimé le premier tiers mais ensuite, comme je le disais plus haut, je me suis ennuyée… Les frasques de Victurnien, son indélicatesse, ses dépenses inconsidérées, son orgueil m’ont réellement lassée… Autant je m’étais attachée à Alexis Alexandrovitch dans Le joueur de Fiodor Dostoïevski, autant ce Victurnien, qui n’a aucune qualité à part d’être beau, m’a énervée… D’habitude, j’aime bien Honoré de Balzac avec ses personnages et ses descriptions de lieux, mais ici je n’y ai pas trouvé mon compte… Quant à lire des histoires de noblesse, autant qu’elles soient nobles ! N’est-il pas ? Je relirai Balzac mais pas tout de suite.

C’est Rachel – du blog Rachel 17, le tricot du bout du monde – qui m’a proposé cette lecture commune pour le 24 février avec 1001 classiques. Je me suis dit pourquoi pas puisque j’aime Balzac et que ça entre dans le challenge 2021, cette année sera classique et dans la thématique de Les classiques c’est fantastique. Aussi pour le Challenge lecture 2021 (catégorie 29, un livre choisi par un ami) et le Petit Bac 2021 (catégorie Être humain puisque Antiques est utilisé pour les vieillards de la vieille noblesse française ruinée et oubliée).

Les autres participantes à cette LC : Rachel a lu Le Cabinet des antiques, Maggie, Miriam et Claudia Lucia ont lu La maison du Chat-qui-pelote.

Harpo de Fabio Viscogliosi

Harpo de Fabio Viscogliosi.

Actes Sud, collection Un endroit où aller, janvier 2020, 176 pages, 18 €, ISBN 978-2-330-13065-7.

Genres : littérature française, roman.

Fabio Viscogliosi naît en 1965 à Oullins près de Lyon (ses parents sont Italiens). Il est non seulement musicien et artiste mais aussi auteur et dessinateur (romans, bandes dessinées).

« Le 12 décembre 1933, en fin de journée, le grand comédien Harpo Marx est au volant d’une Citroën 5CV carrossée en Torpédo de couleur bleu pâle. » (p. 9). Voici comment débute ce court roman. Harpo a 45 ans et est « le premier artiste américain à se produire en Russie. » (p. 12). Et il a fait un triomphe « À Moscou, donc, puis Leningrad, et quelques autres villes – Novgorod, Vyshni Volochek, Kalinin, et Moscou à nouveau. » (p. 13).

Mais, au retour, au lieu de monter dans le paquebot prévu au Havre, « Pour une raison inconnue, il en a décidé autrement. » (p. 15). Direction Paris, achat de la Torpédo et Nationale 7 : « rendez-vous amoureux » ou « désir de rouler vers le Sud de la France, par fantaisie […]. » (p. 16) ? Nul ne sait.

C’est dans les vallons de l’Ardèche, sur la départementale 104, que survient l’accident… Heureusement Harpo est éjecté de l’automobile avant qu’elle ne termine sa course dans le ravin sous les yeux des choucas. Un homme attiré par les oiseaux trouve Harpo inconscient et le conduit à l’hôpital de Privas.

Les chapitres sont courts et, malgré le drame, le ton est vif, optimiste, drôle même. Harpo est un miraculé et il se rétablit mais « Pour tout dire, s’il ignore où il est, il ignore également qui il est. Harpo n’est plus Harpo. Harpo n’est plus personne. » (p. 25). Pourtant, dès qu’il a assez de forces, il s’enfuit de l’hôpital mais c’est l’hiver… Pendant ce temps-là, « À New York, on s’interroge. » (p. 41).

Pour quelqu’un qui habite la Drôme, les noms Ardèche, Privas, Valence, Grenoble, Vercors, Cheylard sonnent comme bien connus ! Et même les noms dans la voisine Haute-Loire, Estables, Velay, Mézenc… À partir ce ce moment, les chapitres alternent entre Harpo en France et ses amis et ses frères à New York. Un détective de la « Pinkerton’s National Detective Agency » (p. 56) est engagé.

J’ai particulièrement aimé la vie de Harpo chez Deshormes, la façon dont ils communiquent : « ils ont mis au point une langue intermédiaire, faite de mots anglais et français, auxquels se mêlent le mime et tout un jeu d’expressions, de mouvements des mains, e petits croquis, si nécessaire. » (p. 71-72). L’homme bourru et l’homme amnésique vont s’apporter beaucoup de choses l’un à l’autre et une belle amitié. « Si la mémoire lui fait toujours défaut, il se sent pourtant incroyablement vivant, en temps réel, comme si chacun des éléments qui l’enveloppent se chargeait d’une vérité supplémentaire. C’est probablement la nuit de Noël la plus simple et étrange qu’il ait jamais vécu. » (p. 75).

De son côté, le détective Dufresne, envoyé par l’agence Pinkerton, mène son enquête au Havre puis à Paris et en profite pour flâner et faire du tourisme mais après « un premier rapport plutôt optimiste […]. Le chief, à qui on ne la fait pas, a répondu que Dufresne ferait bien de se bouger les fesses, qu’il n’est pas en villégiature aux frais de la princesse, et que les clients attendent des réponses autrement substantielles. » (p. 115-116).

Dufresne va-t-il retrouver Harpo ? Harpo va-t-il retourner à New York et revoir ses proches ? Lisez ce « petit » roman, je dis petit dans le sens que le format est petit (10 x 19 cm) et qu’il a peu de pages mais c’est un grand roman ! Bien construit, original, enjoué, rythmé, pas un mot de trop, juste ce qu’il faut pour tenir le lecteur en haleine et lui faire lire ce roman d’une traite pour découvrir la France rurale des années 30.

Je connais un peu les frères Marx et leurs films comiques (XXe siècle) mais le premier prénom qui me vient à l’esprit est Groucho et je n’aurais pas pu citer les autres de mémoire. Alors, il y avait Chico (1887-1961), Harpo (1888-1964), Groucho (1890-1977), Gummo (1892-1977) et Zeppo (1901-1979) et ce chouette roman m’a donné envie de revoir quelques-uns de leurs films alors il faudra que je vois ce qu’il y a de disponible en DVD.

Eh bien, il est encore temps pour cette lecture du Challenge du confinement (case Contemporain) et Petit Bac 2020 (catégorie Personne célèbre).

Wily Fox mène l’enquête, 1 d’Adam Frost

Wily Fox mène l’enquête, 1 – Une ombre au tableau d’Adam Frost.

Thomas Jeunesse, octobre 2017, 126 pages, 6,90 €, ISBN 978-2-35481-404-5. Investigates Fox A Brush with Danger (2015) est traduit de l’anglais par Paolia Appelius. Illustré par Emily Fox.

Genres : littérature anglaise, roman jeunesse, roman policier.

Adam Frost naît le 21 août 1972 à Epping (Angleterre). Il est auteur pour la jeunesse depuis 2005. Plus d’infos sur son site officiel.

Emily Fox, diplômée de l’Université Falmouth, est illustratrice. Plus d’infos sur son site officiel.

À Londres. Wily Fox, un renard, a son agence de détective privé ; sa secrétaire est madame Mangouste ; son assistante, Albert, est une taupe qui vit en sous-sol ; ses clients sont des animaux. « Il y avait déjà une longue file d’attente à la réception : des moutons, des souris, des chouettes, des ocelots, des autruches et des tas d’autres animaux. » (p. 5). La première cliente est Nini Le Chic, une caniche française, qui possède une galerie d’art à Paris : Dimitri Vatrovitch, un ours brun galeriste en Sibérie, veut absolument récupérer un tableau qu’elle a récemment acheté ; elle a reçu des menaces. « Je veux garder le tableau, mais je veux aussi savoir pourquoi ce Dimitri tient tant à le récupérer. Il y a quelque chose de louche là-dessous. » (p. 11).

À Paris. Le tableau concerné est de petite taille et son titre est « Cloporte nerveux sous le regard d’un campagnol » (p. 16), un tableau de Khandhusky (joli clin d’œil à Khan – husky et à Kandinsky). Alors qu’Érica Écureuil, Brigadière junior de la MOTUS (Milice des Officiers de Terrain Ultra Secrète) et son supérieur, le bouledogue français, Marius Molosse, sont sur place, deux loups avec « un accent russe très prononcé » (p. 22) font irruption dans la galerie d’art et le Khandhusky disparaît !

Wily Fox se déplace avec une Vespa spéciale : elle roule bien sûr mais elle peut voler et servir de sous-marin ce qui sauvera la vie du détective. Le lecteur lit d’ailleurs un vrai thriller puisque, après Paris, Wily Fox se rend (en Vespa aérienne) à Moscou. Et il résout les affaires plus vite que la lumière !

Si le personnage principal d’Adam Frost est un renard, c’est parce que son livre préféré durant l’enfance était Fantastique Maître Renard de Roal Dahl. Wily Fox mène l’enquête, c’est de jolies illustrations, de l’humour, de l’action, du suspense, des gadgets dignes de James Bond et un peu de charme !

Les enfants vont adorer et les grands y prendront plaisir aussi.

Lien vers le tome 2, Wily Fox mène l’enquête, 2 – Un parfum de mystère.

Une lecture idéale pour Animaux du monde #3, British Mysteries #5, Challenge du confinement (case Jeunesse), Jeunesse Young Adult #10, Petit Bac 2020 (catégorie objet pour tableau), Polar et thriller 2020-2021 et Voisins Voisines 2020 (Angleterre).

Louis XIV, un enfant roi dans la tourmente de Béatrice Égémar

Louis XIV, un enfant roi dans la tourmente de Béatrice Égémar.

Scrineo, octobre 2018, 128 pages, 11,90 €, ISBN 978-2-36740-638-1. llustré par Adèle Silly.

Genres : littérature française, jeunesse, Histoire.

Béatrice Égémar naît en 1961 dans le Gard mais vit en Touraine. Elle étudie le Droit et travaille comme juriste avant de se lancer, en 2013, dans l’écriture de romans historiques en particulier pour la jeunesse (une trentaine) et deux romans historiques pour les adultes : Le printemps des enfants perdus et Le fard et le poison (Presses de la Cité).

Nuit glaciale. 6 janvier 1649. « Le roi de France a dix ans, et à cette heure, il dort. » (p. 7). Louis est devenu roi, à la mort de son père, il n’avait même pas cinq ans ! En attendant qu’il soit majeur (dans trois ans), sa mère, Anne d’Autriche, est régente. Mais, pour l’instant, le maréchal de Villeroy le réveille en pleine nuit… C’est qu’Anne a décidé de quitter Paris – où la colère gronde – pour le château de Saint-Germain, avec ses deux enfants, Louis donc, dix ans, et Philippe, huit ans. Louis ne doit pas avoir peur : « Il serait un grand roi, un roi courageux ! » (p. 20).

Ce roman est plein de noms connus, Mazarin, Condé, Conti, d’Orléans, Vincent de Paul… Mais les relations ne sont pas simples et les Parisiens n’aiment ni le cardinal Mazarin (Italien) qui est ministre ni Anne d’Autriche (Espagnole mais venant de la famille des Habsbourg). La révolte est appelée la Fronde ; les frondeurs sont des bourgeois qui attisent la colère du peuple et qui, au passage, en profitent pour s’enrichir.

Louis « aimerait oublier un temps toutes ces luttes, ces complots et ces palabres, et vivre avec plus de légèreté. Mais ce n’est pas son destin. » (p. 111).

Mon passage préféré : le cardinal Mazarin, parrain de Louis, demande à ce que le roi vienne pour échanger avec lui. « L’instruction est une belle chose, je ne dirai pas le contraire, mais pour un roi, ce n’est pas le plus important. […] Non, Sire ! Le plus important pour un roi, ce n’est pas d’avoir la tête farcie de… comment dit-on en français ? Théorie ! Le plus important, c’est la pratique, l’expérience ! […] Observez les gens, poursuit le cardinal, voyez ce qui les motive, ce qui les pousse ! Pourquoi ils se battent, se fâchent… Étudiez-les, découvrez quels sont leurs points faibles, leurs passions. » (p. 79).

Ce roman historique prévu pour les jeunes à partir de 12 ans est bien raconté, avec des détails importants, mais sans fioritures, et, en fin de volume, il y a un dossier pour comprendre le rôle du Parlement (différent du Parlement actuel) et d’autres faits historiques marquants d’après la Fronde.

Une lecture historique pour Jeunesse Young Adult #10 et Petit Bac 2020 (catégorie Personne célèbre avec Louis XIV).

La Californie de Bruno Masi

La Californie de Bruno Masi.

JC Lattès, février 2019, 187 pages, 17 €, ISBN 978-2-7096-6184-3.

Genres : littérature française, roman.

Bruno Masi naît en 1975 à Toulon. Il est journaliste, auteur et responsable pédagogique à l’INA.

4 juillet, Marcus Miope a 13 ans. Il rêve d’aller en Californie (d’où le titre). Il ne supporte pas son frère aîné, Dimitri, (qui est plutôt dégueulasse, fainéant et violent). Annie, sa mère, est fantasque, parfois elle a un copain, souvent elle picole ; elle va… disparaître ! « Aujourd’hui, je sais qu’elle me fixait pour ne pas m’oublier. » (p. 14). Annie est partie depuis plusieurs jours. « Les jours passaient, sa présence s’était diluée, il ne restait que certains gestes ou images que je maintenais gravés dans mon cerveau en fermant les yeux très fort. » (p. 30). En plus, l’été, les vacances, pour Marcus, c’est la solitude et l’ennui, même si Marcus rencontre Penelope, une adolescente norvégienne avec laquelle il vit ses premiers émois. « Juillet et août, c’est deux pansements que l’on tire et qui retiennent nos côtes pour nous empêcher de respirer. » (p. 58). Sinon, il fait des balades à vélo avec son copain, Virgile, ou ils vont voir les voitures passer sur l’autoroute. Marcus est désabusé… « Construire, c’est ça : accumuler les briques factices de notre bonheur. » (p. 111). « Annie était partie. Elle ne reviendrait pas ce soir, ni demain, ni jamais. » (p. 121-122). « Je croyais que le monde était écrit pour moi. Mais je n’étais au final qu’un figurant. » (p. 146).

Je pense que l’histoire se déroule dans la deuxième moitié des années 80 : Marcus écoute au début du roman La fièvre dans le sang d’Alain Chamfort (titre sorti en 1986) et on sait que Laurent Fabius est premier ministre (p. 49) : j’ai vérifié, il l’a été de janvier 1984 à mars 1986. Alors petit problème, si l’histoire se déroule en juillet 1986, Fabius n’est plus premier ministre… Et il y a d’autres anachronismes comme Sex Machine de Crawling Chaos (p. 33) : album sorti en 2003 et « Un énorme soleil rouge […] semblable à un ciel de manga. » (p. 42) : pas sûre que les mangas étaient autant démocratisés dans les années 80 (peut-être l’auteur pense-t-il aux dessins animés ?) et « […] un portefeuille vide (ni carte, ni argent) » (p. 57) : les cartes bancaires existaient déjà, oui, mais elles n’étaient pas courantes (seulement quatre grosses banques les proposaient, je doute que Dimitri en ait possédé une…) et leur utilisation s’est démocratisée dans les années 90 avec l’installation de terminaux de paiement chez les commerçants et le code à quatre chiffres. Un collègue me dit aussi qu’il y a un problème de date avec le fait que Marcus possédait des figurines Star Wars alors qu’il avait 6 ans.

Avec tout ça, j’ai été suspicieuse pendant toute la lecture et j’ai vérifié pas mal de dates ! Ce qui, bien sûr, a gâché mon plaisir de lecture ! Dommage, ce roman avait du potentiel… Il a obtenu le Prix Marcel Pagnol.

Une petite question : y avait-il des MP (militaires américains) (p. 94) en France dans les années 80 ? En Allemagne, oui, mais en France, je n’en ai aucun souvenir…

La faute de grammaire qui tue : « Faîtes ce que vous avez à faire […]. » (p. 65) : mais pourquoi les gens confondent le faîte (sommet) de l’arbre avec le verbe faire ?

Pas sûre que je lise son premier roman Nobody (même s’il se déroule à Tchernobyl) ou son nouveau roman, 8 kilomètres, paru en janvier 2020…

Pour le Petit Bac 2020 (catégorie lieu pour Californie).

Le chevalier mécanique, 3 de Mor et Mainil

Le chevalier mécanique, 3Œil pour œil de Mor et Mainil.

Sandawe.com, février 2014, 66 pages, 12,99 €, ISBN 978-2-930623-21-4.

Genres : bande dessinée française, Histoire.

Mor, de son vrai nom Marcel Morote, naît le 21 août 1951. Il est dessinateur. Languedocien, il est un spécialiste des Albigeois, des Cathares, bref de l’Histoire. Il meurt le 14 août 2017.

Cédric Mainil travaillait auparavant dans la publicité. Le premier tome du Chevalier mécanique était son premier scénario de BD.

Silvio Speca, le coloriste, naît le 15 mars 1970 en Italie.

Les liens vers les précédents tomes : Le chevalier mécanique, 1 – La table d’émeraude de Mor et Mainil et Le chevalier mécanique, 2 – Ombres et démons de Mor et Mainil.

Fin janvier 1662. La confrérie conspirationniste pense avoir tué Louis XIV lors d’un attentat. « Sitôt la confirmation de la mort du roi officialisée, nous sortirons de l’ombre et nous nous emparerons des leviers du pouvoir. » (p. 9). Mais il y a des retournements de situation !

Une fin trépidante pour la série du Chevalier mécanique dans ce dernier tome de la trilogie. Et beaucoup de morts !

Je crains que le décès du dessinateur signe la fin de cette série…

Pour La BD de la semaine (même si ce sont les vacances) et le challenge BD.

Sherlock, Lupin & moi (tomes 1 à 3) d’Irene Adler

La série de littérature italienne Sherlock, Lupin e io met en scène Sherlock Holmes, Arsène Lupin et Irene Adler alors qu’ils ont entre 12 et 14 ans.

Irene Adler est le pseudonyme utilisé par deux auteurs italiens en littérature jeunesse, Alessandro Gatti (né en 1975 à Alessandria) et Pierdomenico Baccalario (né en 1974 à Acqui Terme).

Il y a, pour l’instant, 22 tomes parus en Italie (entre 2011 et 2019). Mais je vais vous présenter les trois premiers pour le Mois italien.

Sherlock, Lupin & moi, 1 – Le mystère de la dame en noir d’Irene Adler.

Albin Michel, janvier 2017, 288 pages, 12,50 €, ISBN 978-2-22632-837-3. Sherlock, Lupin & io – Il trio della dama nera (2011) est traduit de l’italien par Béatrice Didiot.

Genres : littérature italienne, jeunesse, roman policier.

Irene Adler est un personnage fictif qui apparaît dans la nouvelle Un scandale en Bohême (1891) Sir Arthur Conan Doyle. Née en 1958 dans le New Jersey (États-Unis), elle a bien 12 ans en 1870, époque où débute ses souvenirs relatés dans une série de romans.

Iacopo Bruno naît en 1964 à La Spezia (Italie). Il est illustrateur.

Juillet 1870. Irene Adler, 12 ans, est en vacances avec sa mère à Saint-Malo : « ce fameux été changea toute, mais toute ma vie. » (p. 10). Elle rencontre William Sherlock Holmes (environ 13 ans) qui lui présente son ami, Arsène Lupin, 14 ans. Ils trouvent un cadavre dans une crique mais un homme encapuchonné les observe depuis le haut de la falaise. « Nous avons trouvé un cadavre sur la plage. Qui dit cadavre dit assassin, non ? » (Irene, p. 92) alors « Je propose que nous menions notre propre enquête. » (Lupin, p. 94).

Et voici donc la première enquête de Sherlock, Lupin (il n’aime pas qu’on l’appelle Arsène) et Irene ! Mais, comme ça devient trop dangereux, les deux ados veulent éloigner Irene… « Nous avons commencé cette aventure ensemble. Nous trois : Sherlock, Lupin et Irene ! Et le soir où nous avons trouvé le cadavre sur la plage, nous avons conclu un pacte. Nous avons décidé de découvrir ensemble ce qui s’était passé. C’est dangereux, nous le savions, et c’est peut-être cela qui nous plaisait. » (Irene, p. 176-177).

Si l’on ne pense pas au fait qu’Irene Adler n’apparaît que dans une nouvelle de Sir Arthur Conan Doyle et qu’il y a fort peu de chance qu’elle ait connu Sherlock Holmes et Arsène Lupin à l’adolescence, et qu’eux-mêmes se soient connus également, eh bien le reste tient la route ! L’écriture est soignée, fluide, l’aventure et le danger sont au rendez-vous pour le trio de détectives en herbe, c’est donc un premier tome bien accrocheur pour donner envie de lire les tomes suivants !

Sherlock, Lupin & moi, 2 – Dernier acte à l’opéra d’Irene Adler.

Albin Michel, mai 2017, 304 pages, 12,50 €, ISBN 978-2-22632-838-0. Sherlock, Lupin & io – Ultimo atto al teatro dell’opera (2012) est traduit de l’italien par Béatrice Didiot.

Genres : littérature italienne, jeunesse, roman policier.

Irene Adler et Iacopo Bruno : voir ci-dessus.

Septembre 1870. Sherlock est rentré en Angleterre, Arsène vadrouille avec le cirque de son père et Irene est de retour avec sa mère à Paris. « Je trouvais absolument incroyable d’être obligée de m’ennuyer à mourir dans notre salon, autrement dit de perdre mon temps, alors que toute une armée marchait sur la capitale. » (Irene, p. 22-23). C’est alors que le père Adler fait irruption : « Fais tes valises ! me dit Papa. Et toi aussi, ma chère ! La semaine prochaine, Ophelia Merridew montera sur scène pour la dernière fois, dans le nouvel opéra du grand Giuseppe Barzini, donné à Covent Garden ! » (p. 24). Effectivement, le spectacle est magnifique malgré la tristesse de l’histoire. Et, voici Irene à Londres où, bien sûr, elle peut revoir Sherlock ! « Comme j’étais heureuse de retrouver mon ami à l’esprit si singulier. Mais Lupin, pourquoi n’était-il pas là ? – Il va arriver, m’assura Sherlock. La vie du cirque ne permet pas toujours d’être ponctuel. » (p. 77). Mais Alfredo Santi, le secrétaire personnel de Barzini est assassiné et c’est Theophraste Lupin, le père d’Arsène, qui est accusé !

Arsène avoue à ses amis : « Mon père est un voleur, amateur de bijoux. C’est dit, confessé. Maintenant, à vous de décider, en toute liberté, si vous préférez rester ou quitter cette pièce. Je ne vous blâmerai pas si vous ne voulez plus fréquenter le fils d’un cambrioleur. Cela étant… jamais au grand jamais mon père n’assassinerait quelqu’un. C’est impensable ! » (p. 114).

Cette fois, leur enquête est bien plus personnelle (et dangereuse ?) que l’enquête estivale. Mais, alors qu’ils essaient de trouver le véritable assassin pour faire libérer le père Lupin, ils apprennent que la cantatrice, Ophelia Merridew, a disparu !

À noter : une rencontre avec Wilkie Collins.

Un deuxième tome un peu plus violent, guerre, assassinat, disparition. Et les trois jeunes sont inséparables et un peu inconscients mais prêts à tout pour découvrir la vérité.

Sherlock, Lupin & moi, 3 – L’énigme de la rose écarlate d’Irene Adler.

Albin Michel, septembre 2017, 272 pages, 12,50 €, ISBN 978-2-22632-839-7. Sherlock, Lupin & io – Il mistero della rosa scarlatta (2012) est traduit de l’italien par Béatrice Didiot.

Genres : littérature italienne, jeunesse, roman policier.

Irene Adler et Iacopo Bruno : voir ci-dessus.

Décembre 1870. Toujours à Londres. Première neige. Installée à Londres avec ses parents pour échapper à la guerre entre la France et la Prusse, Irene voit Sherlock régulièrement. Quant à Arsène, « il explorait le vaste monde avec le cirque où travaillait son père » (p. 10) et envoie de temps en temps des cartes postales. Lorsqu’Irene rejoint Sherlock au Shackleton Coffee House à Carnaby Street, elle le trouve contrarié à cause d’une énigme parue dans le Times. « Problème d’échecs. Elle tenait en trois lignes composées de lettres et de chiffres telles V2 – P19 – D2, suivies de la phrase Échec et mat en trois coups. Le tout signé : Le Frère Noir. » (p. 20-21). Mais Sherlock en est persuadé, cette notation ne correspond pas du tout au jeu d’échecs !

Et, qui arrive, par surprise ? Arsène Lupin. Voici dans les trois amis réunis à nouveau pour une troisième enquête !

Sherlock et Lupin découvrent que ces codes correspondent en fait à trois zones de Londres et, dans l’une d’elle, un crime vient d’être commis : « Samuel Peccary, riche négociant en peaux, poignardé dans sa luxueuse villa au bord de la Tamise, dans le quartier de Twickenham. » (p. 46). Y aura-t-il deux autres meurtres dans les deux autres zones ? Ce qu’ils ont appris est trop important, il leur faut prévenir Scotland Yard mais les policiers se moquent d’eux… « Je ne crois pas me tromper en affirmant que notre mésaventure marqua profondément mon ami Sherlock Holmes. À dater de ce jour-là, son attitude à l’égard de Scotland Yard devint – et pour ce que je puis en juger, demeure – empreinte d’une vive méfiance et d’un mépris à peine dissimulé. » (Irene, p. 65).

Mais, s’ils pouvaient s’associer avec Charles Frederick Field, un grand policier de Scotland Yard à la retraite, devenu détective privé ?

Cette enquête monte d’un cran ; elle est encore plus périlleuse que les deux précédentes et les trois ados vont même mettre leur vie en danger !

Sherlock, Lupin & moi est une très bonne série jeunesse mais, vu le nombre total de tomes, je ne suis pas sûre de lire la suite ! Ou alors un de temps en temps si je tombe dessus à la bibliothèque.

Pour les challenges (en plus du Mois italien cité au début du billet) Jeunesse Young Adult #9, Lire en thème 2020 (livre dont le titre fait plus de trois mots), Petit Bac 2020 (catégorie Crimes et justice pour Sherlock et Lupin), Polar et thriller 2019-2020 et Voisins Voisines 2020 (Italie).

Les Gaulois, sacrés ancêtres !

Les Gaulois, sacrés ancêtres ! Le fil de l’Histoire raconté par Ariane & Nino.

Dupuis, collection Jeunesse, février 2018, 45 pages, 5,90 €, ISBN 978-2-39034-002-7.

Genres : bande dessinée française, littérature jeunesse, Histoire.

La collection Le fil de l’Histoire, c’est déjà 20 volumes avec au scénario Fabrice Erre et au dessin Savoia. Le site officiel : https://www.arianeetnino.com/.

Ariane et Nino voient, chez leur grand-mère un vieux portrait et s’interrogent : c’est le grand-père de mamie donc leur arrière-arrière-grand-père. « Mais alors, c’est un Gaulois ? » (Nino, p. 3). Nino apprend qu’en fait les Gaulois vivaient il y a 2000 ans et qu’ils étaient en fait des Celtes. Gaulois est le nom que leur ont donné les Romains (comme Galates, nom donné par les Grecs pour les Celtes de Turquie).

C’est parce que les Gaulois avancent vers le sud et s’emparent du Capitole à Rome que les Romains les repoussent et occupent peu à peu leur territoire ! C’est la guerre des Gaules, menée par Jules César.

« Mais un village résiste toujours ! » (Ariane, p. 8). Eh non, ce n’est pas celui d’Astérix ! C’est celui d’Ambiorix, en 54 avant J.-C., en Belgique !

Puis il y a Vercingétorix, le roi des Arvergnes (Auvergne) mais il doit se réfugier dans l’oppidum d’Alésia (ville fortifiée). Mais les Gaulois deviennent des Gallo-Romains et sont intégrés dans l’empire romain.

Jusqu’à ce qu’il s’effondre et qu’arrivent les Germains, dont une tribu appelée les Francs.

« Au Moyen-Âge, plus personne ne se dit Gaulois. » (Ariane, p. 13). « Mais alors, qu’est-ce qui reste des Gaulois en nous ? » (Nino, p. 13).

Bref, je ne vous raconte pas tout, lisez cette BD ! Bien sûr elle est dédiée à la jeunesse mais elle est bien dessinée et bien racontée. Idéale pour comprendre quel héritage ont laissé ces fameux Gaulois : agriculture, élevage, outils agricoles comme la création de la première moissonneuse-batteuse !, artisanat (laine, bois, fer, poteries…), etc. Les Gaulois avaient leurs qualités et… leurs défauts (sacrifices humains, par exemple, interdits par les Romains).

Vous savez quoi : j’ai appris des choses ! Les Gaulois ont inventé la cotte de mailles, le canif à lame rétractable, le savon, le tonneau cerclé (plus solide que l’amphore), etc.

Ce qui est intéressant, c’est de voir Ariane et Nino qui, après avoir remonté le fil de l’Histoire, sont à l’époque des Gaulois.

Et en fin de volume, il y a un instructif cahier illustré « Pour en savoir plus… ».

PS : dans le fil de l’Histoire, je vois un clin d’œil au fil d’Ariane !

Pour La BD de la semaine et les challenges BD et Jeunesse Young Adult #9.

Plus de BD de la semaine chez Moka.

Le petit terroriste d’Omar Youssef Souleimane

Le petit terroriste d’Omar Youssef Souleimane.

Flammarion, janvier 2018, 224 pages, 17 €, ISBN 978-2-0814-1242-2.

Genres : littérature franco-syrienne, roman autobiographique, récit.

Omar Youssef SOULEIMANE naît en 1987 près de Damas en Syrie. Il passe une partie de son enfance à Riyad en Arabie Saoudite où son père travaille. De retour en Syrie, il étudie, devient journaliste et poète (six recueils en arabe d’abord puis, après son exil, en français ou en bilingue pour lesquels il reçoit plusieurs prix) mais, ayant manifesté contre le gouvernement, il fuit en Jordanie et en France où il reçoit l’asile politique. Le petit terroriste est le premier livre qu’il publie hors poésie.

Quatre heures du matin, Omar débarque à Paris, il pense à sa mère. « Voit-elle la même lune que moi ? » (p. 9). Je trouve cette phrase (cette pensée) très belle, émouvante, je sens que ce roman va me plaire. Une association d’aide aux Syriens lui a trouvé une chambre de bonne rue de Paradis. Joli nom de rue, n’est-ce pas ? Il songe aux « […] raisons qui m’ont fait venir à Paris. Comment j’ai imaginé cette ville. Comment je me retrouve là dans une réalité qui n’est pas la mienne. » (p. 10). Il est originaire d’Al-Qutayfah, une petite ville au nord de Damas, mais quand les services secrets sont venus pour l’arrêter (il est journaliste militant), il était à Homs et il a pu fuir en étant grimé en Occidental en pleine Révolution arabe à Damas. « Nous marchons des heures durant. Je n’éprouve aucun sentiment. Mon corps est derrière moi. Je suis un vide qui marche dans le néant. » (p. 19). Il devient un réfugié et transite par la Jordanie où il est considéré comme un terroriste : de réfugié il devient un étranger et demande l’asile à l’ambassade de France. « De la langue française, je ne connais que six mots. ‘Bonjour’, ‘bonsoir’, ‘au revoir’, ‘merci’, ‘pardon’ et ‘liberté’ » [ce dernier mot c’est parce qu’il connaît le poème de Paul Éluard]. Et par le pouvoir d’un mot / Je recommence ma vie. » (p. 35). C’est magnifique, le pouvoir d’un mot, le pouvoir de la poésie, et voilà comment il est arrivé à Paris ! « Paris n’est pas une ville, mais un monde. Je ne sais pas où elle commence et où elle finit. Moi qui ai vécu la grande partie de ma vie dans une ville de cinquante mille habitants, je suis perdu dans un voyage dans le temps. À Paris, chaque rue est une époque. Des bâtiments, espacés de dix mètres, le sont de dix siècles. » (p. 41). Quelle belle vision de Paris ! Le roman autobiographique – ou récit comme indiqué sur la couverture – alterne entre son arrivée, sa nouvelle vie à Paris et ses souvenirs d’enfance en Syrie et en Arabie Saoudite (dont une visite à la Mecque avec son père et son petit frère). Le jeune Omar rêve d’être poète mais les poètes sont considérés à la fois comme faibles et à la fois comme dangereux et ils sont parmi les gens surveillés par la « Commission de l’obligation du bien et de l’interdiction du mal ».

Ce livre a quelque chose de spécial, indépendamment de lui, c’est le premier que j’ai lu dans mon nouvel appartement la dernière semaine d’avril et il m’a énormément plu donc j’y vois un bon signe pour mes prochaines lectures. Je dois dire que dans l’ancien appartement, je n’avais pas réellement trouvé de place idéale (bien installée, bonne lumière) pour lire… (à part le balcon quand il faisait beau et jour) mais, dans le nouvel appartement, plusieurs bonnes places se profilent déjà alors qu’il y a encore un bordel monstre. Mais c’est du livre dont je veux vous parler ici !

Il a été écrit directement en français et il est agrémenté de jolis poèmes en bilingue (français et arabe). Pourquoi le petit terroriste ? Parce qu’Omar a été éduqué (pendant 4 ans) à Riyad en Arabie Saoudite dans la pure tradition salafiste du djihadisme. « Ma famille m’a toujours appelé le petit Omar […] j’ai décidé d’en changer : je m’appellerais désormais le petit terroriste, en signe de ma découverte de la vraie religion, dans ce monde du Mal. » (p. 124). Mais Omar a lu de la poésie (dont Liberté de Paul Éluard que vous retrouverez ci-dessous) et il a commencé à se poser des questions, à s’interroger, il a voulu lire sans préjugés, il a voulu comprendre, réfléchir par lui-même, je pense que ce n’est pas unique mais c’est quand même rare avec une éducation aussi rigoriste alors bravo Omar, tout mon respect !

L’auteur défend l’idée de pouvoir critiquer la religion, toutes les religions, mais la pensée idéologique n’est pas la même partout et c’est souvent impossible (dangereux) dans certains pays et censuré dans d’autres… « Le Prophète a dit : ‘Celui d’entre vous qui voit un mal qu’il le change par sa main. S’il ne peut pas alors par sa langue et s’il ne peut pas alors avec son cœur et ceci est le niveau le plus faible de la foi. » (p. 132-133). Bon, les mentalités ont changé au fil des siècles mais globalement, le fonctionnement est vraiment différent en Occident (non seulement avec le christianisme mais aussi avec toute la philosophie) et en Asie (avec le taoïsme, le bouddhisme, etc.) : le cœur d’abord (amour, bienveillance, tolérance, etc.), la langue ensuite (dialogue, communication, philosophie, etc.) et malheureusement la main, ça peut arriver aussi, mais combien de violences et de guerres auraient été évitées avec le cœur et la parole ? Quant au terme de terroriste, pourquoi polémiquer ? Puisque les musulmans sont appelés à lutter et à terroriser l’ennemi d’Allah donc la dénomination de terroristes ne les gêne pas, au contraire ! (p. 129) et leur mot d’ordre est de combattre (p. 187-188). Je tire mon chapeau à Omar Youssef Souleimane qui explique avec pudeur et sincérité ces choses déplaisantes qu’à part les spécialistes aguerris personne n’a envie d’entendre… Mais il est d’autres choses dont il parle, avec tout autant de sincérité, et un peu d’humour, ce sont ses premiers désirs, ses premiers plaisirs, ses premiers émois amoureux et sexuels et il se demande « Pourquoi les délices occupent-ils une place si importante ? » (p. 190) alors que c’est l’enfer qui l’attend ! Mais refusant d’être terrorisé par cet hypothétique enfer et libéré des contraintes qui lui ont été inculquées, il comprend qu’il est un hérétique, un infidèle, un apostat. Lire son parcours, sa pensée, c’est, à mon avis, se libérer de certaines craintes, c’est se libérer et s’ouvrir aux autres, ouvrir son cœur, son âme, et franchement quel enfer est pavé de liberté, d’ouverture d’esprit, de cœur aimant et de belles âmes ?

Un très beau roman/récit, bouleversant, profondément intime, parfois drôle, qui m’a beaucoup émue et que je voudrais que tout le monde lise ! Oui, oui, lisez-le, tous ! Bref, un coup de cœur (peut-être le premier depuis le début de l’année). À ceux qui auront la chance d’être à Saint Malo au Festival internationsl Étonnants Voyageurs du 19 au 21 mai, vous pourrez rencontrer Omar Youssef Souleimane et vous faire dédicacer son livre !

Une magnifique lecture que je mets dans les challenges Lire sous la contrainte #38 (son « è »), Petit Bac 2018 (pour la catégorie « gros mot » avec terroriste), Raconte-moi l’Asie #3 (Syrie et Arabie Saoudite) et Rentrée littéraire janvier 2018.

Illustration de Fernand Léger (1881-1955)

Liberté de Paul Éluard (1895-1952)
Sur mes cahiers d’écolier / Sur mon pupitre et les arbres / Sur le sable sur la neige / J’écris ton nom
Sur toutes les pages lues / Sur toutes les pages blanches / Pierre sang papier ou cendre / J’écris ton nom
Sur les images dorées / Sur les armes des guerriers / Sur la couronne des rois / J’écris ton nom
Sur la jungle et le désert / Sur les nids sur les genêts / Sur l’écho de mon enfance / J’écris ton nom
Sur les merveilles des nuits / Sur le pain blanc des journées / Sur les saisons fiancées / J’écris ton nom
Sur tous mes chiffons d’azur / Sur l’étang soleil moisi / Sur le lac lune vivante / J’écris ton nom
Sur les champs sur l’horizon / Sur les ailes des oiseaux / Et sur le moulin des ombres / J’écris ton nom
Sur chaque bouffée d’aurore / Sur la mer sur les bateaux / Sur la montagne démente / J’écris ton nom
Sur la mousse des nuages / Sur les sueurs de l’orage / Sur la pluie épaisse et fade / J’écris ton nom
Sur les formes scintillantes / Sur les cloches des couleurs / Sur la vérité physique / J’écris ton nom
Sur les sentiers éveillés / Sur les routes déployées / Sur les places qui débordent / J’écris ton nom
Sur la lampe qui s’allume / Sur la lampe qui s’éteint / Sur mes maisons réunies / J’écris ton nom
Sur le fruit coupé en deux / Du miroir et de ma chambre / Sur mon lit coquille vide / J’écris ton nom
Sur mon chien gourmand et tendre / Sur ses oreilles dressées / Sur sa patte maladroite / J’écris ton nom
Sur le tremplin de ma porte / Sur les objets familiers / Sur le flot du feu béni / J’écris ton nom
Sur toute chair accordée / Sur le front de mes amis / Sur chaque main qui se tend / J’écris ton nom
Sur la vitre des surprises / Sur les lèvres attentives / Bien au-dessus du silence / J’écris ton nom
Sur mes refuges détruits / Sur mes phares écroulés / Sur les murs de mon ennui / J’écris ton nom
Sur l’absence sans désir / Sur la solitude nue / Sur les marches de la mort / J’écris ton nom
Sur la santé revenue / Sur le risque disparu / Sur l’espoir sans souvenir / J’écris ton nom
Et par le pouvoir d’un mot / Je recommence ma vie / Je suis né pour te connaître / Pour te nommer
Liberté.
In Poésie et vérité (1942, recueil clandestin)
In Au rendez-vous allemand (1945, Éditions de Minuit)

En coup de vent… / 58 – MOOC Science-fiction

J’avais reçu l’info fin février et j’avais hâte de m’inscrire à ce MOOC (Massive Open Online Course) intitulé MOOC Science-fiction : explorer le futur au présent et délivré par l’Université d’Artois avec FUN MOOC et :

Anne Besson, professeur de Littérature générale et comparée à l’Université d’Artois (Arras), « spécialiste des ensembles romanesques et des constructions de mondes alternatifs, particulièrement en science-fiction, fantasy et littérature de jeunesse », auteur d’essais sur la science-fiction et la fantasy, que j’avais déjà eue pour le MOOC Fantasy (en 2015, il y a 3 ans, comme le temps passe !) ;

Simon Bréan, maître de conférences en Littérature française à la Faculté des Lettres de la Sorbonne, auteur de livres sur la science-fiction et membre du comité de rédaction de la revue en ligne ReS Futurae entre autres ;

Irène Langlet, professeur de Littérature contemporaine à l’Université de Limoges, rédactrice en chef de la revue ReS Futurae, auteur de livres et d’articles sur la science-fiction ;

Roland Lehoucq, astrophysicien au CEA Paris-Saclay, enseignant à l’École polytechnique et à l’Institut d’études politiques, auteur de livres « utilisant la science-fiction comme prétexte pour pratiquer les sciences » (comme Faire des sciences avec Star Wars publié chez Le Bélial en 2017, tiens je l’ai en pdf, il faudra que je le lise !) et, depuis 2012, président du festival international annuel de science-fiction Les Utopiales (Nantes) ;

Natacha Vas-Deyres, docteur en Littérature française, agrégée de Lettres modernes, enseignante dans le secondaire et à l’Université Bordeaux-Montaigne, chercheur au sein du laboratoire CLARE (EA 4593), spécialiste de la SF française et de la SF anglo-saxonne contemporaine, auteur de livres sur la science-fiction et fondatrice de la collection SF Incognita aux Presses universitaires de Bordeaux (PUB).

Que du beau monde, des spécialistes reconnus pour 8 semaines de cours entre le 8 mai et le 26 juin 2018 avec 2 parcours (le parcours solaire et le parcours stellaire) et 15 modules : l’histoire de la science-fiction, ses genres, les médias (livres mais aussi cinéma, séries, jeux vidéo…), la SF française, etc. Passionnant !!! Si vous êtes intéressés, vous pouvez encore vous inscrire (jusqu’au 22 juin).

« Que le grand voyage commence, vers ailleurs et demain ! »

J’aime beaucoup les visuels ; ils représentent très bien la science-fiction !

Bilan au 24 juin : d’un côté, je suis ravie car j’ai tout étudié, les deux parcours (solaire et stellaire), c’est-à-dire près de 70 cours, et il y a des bibliographies conséquentes (de quoi piocher pour toute une vie de lectures !) ; j’ai eu un peu plus de mal avec la dernière partie du cours intitulée « Science et science-fiction », partie très intéressante mais je n’ai peut-être pas tout compris les formules et les calculs, cependant j’ai compris ce qu’il y avait à comprendre quant à l’impossibilité technique et énergétique de certaines choses ! D’un autre côté, je suis déçue de ne pas avoir pu rendre la production écrite finale : il fallait choisir une œuvre de SF dans une liste (de romans, films, séries…) et faire une sorte de dissertation avec certains critères à développer, j’avais prévu de prendre la série Doctor Who (pour la diversité des thèmes de SF traités selon les épisodes) mais… la date limite de dépôt du document était le 23 juin et, comme je travaille jusqu’au samedi soir, je voulais rédiger ce document aujourd’hui (dimanche 24) pour l’envoyer ce soir ou demain (j’étais persuadée que la date limite était le 26, mardi et pas le 23, hier…, zut !!!), ma note restera donc à 80/100 (j’ai fait une erreur à la deuxième question du cours « Esthétique et critique de la SF française) et le niveau atteint est Centaurien. Mais peut-être que quelqu’un a une machine à remonter le temps ? 😉