La langue et le couteau de KWON Jeong-hyun

La langue et le couteau de KWON Jeong-hyun.

Philippe Picquier, septembre 2019, 304 pages, 20 €, ISBN 978-2-8097-1437-1. Kalgwa hyeo (2017) est traduit du coréen par LIM Yeong-hee avec la collaboration de Lucie Modde.

Genres : littérature sud-coréenne, roman historique, roman culinaire.

KWON Jeong-hyun… Très peu d’infos sur ce jeune auteur coréen. Il naît en 1970 à Cheongju (sud-est de Séoul). La langue et le couteau est son premier roman traduit en français mais est-ce son premier roman ? Il a en tout cas reçu le Prix Honbul en 2017 (prix créé en 2011 pour récompenser les jeunes auteurs talentueux qui deviendront les grands auteurs de demain).

Yamada Otozô, originaire de Kumamoto (Japon), est le commandant de l’armée du Guandong. « Avant d’être enrôlé de force dans l’armée, j’étais un homme ordinaire qui enseignait la poésie et la littérature. » (p. 21). Le couteau le symbolise.

Wang Chen, Yi du Guangzi (Chine) est cuisinier ; il a hérité ce don de son père, né et mort dans des circonstances tragiques. « Mon père était le meilleur second de cuisine de l’hôtel de la Rivière des Perles à Canton. J’ai appris à cuisiner avec lui. Je vous en prie, épargnez-moi. » (p. 32). La langue le symbolise.

Il y a un troisième personnage narrateur puisque les personnages parlent à tour de rôle. C’est Kilsun, une jeune Coréenne de 22 ans qui a quitté Chongjin (Corée donc, avant la séparation) pour rejoindre son frère malgré ce qu’il lui a fait subir… Elle est l’épouse de Chen.

La langue et le couteau est donc un roman choral, genre que je n’apprécie pas spécialement mais trois personnages, ça me convient, c’est très bien. Il y a aussi Puyi (le dernier empereur de Chine) et sa suite qui sont assignés à résidence dans un palais. Puisque nous sommes au Mandchoukouo en 1945, la Mandchourie sous occupation japonaise.

Soupçonné d’activités complotistes, Chen est arrêté et, s’il veut échapper à une exécution, il doit relever le défi d’Otozô : un couteau, un ingrédient, une minute ! « Je regarde mon champignon les yeux dans les yeux. Tout aliment, qu’il soit vivant ou mort, légume ou produit de la mer, a des yeux. Mon père disait souvent que pour bien cuisiner, il fallait maîtriser les yeux du produit. Dominer le produit est le seul moyen de lui donner goût et parfum. C’est uniquement quand il s’abandonne entièrement au couteau qui le hache qu’il peut accepter le feu, l’huile, les sauces et les mains du cuisinier, puis renaître sous une nouvelle forme. » (p. 54). Otozô à Chen : « Ta vie ne dépend pas de moi mais uniquement de ta cuisine. » (p. 74).

Vous l’avez compris, La langue et le couteau est un roman historique mettant principalement en confrontation deux hommes, un Japonais et un Chinois, dans une région qui leur est finalement inconnue à tous deux (la Mandchourie), mais c’est aussi – et surtout – un roman culinaire avec la confrontation entre deux cuisines, la japonaise et la chinoise (qui ne sont pas semblables, contrairement à ce que certaines personnes pourraient penser). Je ne me suis pas vraiment régaler au niveau gastronomique malgré le raffinement de la cuisine de Chen (trop de poissons, de viandes…), par contre je me suis régalée au niveau littéraire et historique ! En Mandchourie, vivent des Chinois, des Japonais et des Coréens et les trois populations sont représentées dans ce roman à travers, en particulier, Chen, Otozô et Kilsun. Mais il y a aussi des bruits d’une autre guerre : les Russes se seraient déployés à Vladivostok et à Khabarovsk et « L’armée soviétique compterait un million cinq cent mille… » (p. 187) alors que « L’armée du Guandong compte à peine un million de soldats inexpérimentés. » (p. 187).

D’ailleurs, les enjeux de cette année 1945 sont aussi politiques car la Fête de Banjin va avoir lieu (mi-août !) et les Japonais veulent asseoir leur autorité (même si la majorité se doutent que la guerre va bientôt finir et qu’ils devront fuir, s’il est possible pour des soldats japonais de fuir !) : « Le banquet doit durer deux jours. On a beau parler de l’union des cinq ethnies, les Mandchous qui sont les acteurs principaux de cette fête, semblent complètement laissés de côté. L’événement se déroule à l’initiative du gouvernement mandchou mais est sous le contrôle de l’armée du Guandong. Du temps où les Qing étaient étaient encore puissants, toutes sortes de manifestations culturelles traditionnelles avaient lieu : course de chevaux, tir à l’arc, lutte, etc. Pour cette édition, rien de tel ne semble avoir été programmé. La fête est simplement le moyen de s’attirer les faveurs des représentants étrangers et des officiers japonais […]. » (p. 142). Et si Chen profitait de ce banquet pour empoisonner les hauts-gradés de la table d’honneur ?

Trois extraits que je veux garder

« La Mandchourie ne montre pas son vrai visage aux étrangers. Elle s’enfonce dans ses blessures et y reste blottie très profondément. De l’extérieur, ses plaies semblent cicatriser et devenir supportables ; parfois elles sont sacrifiées au nom de l’espoir. » (Kilsun, p. 82).

« Manger est pour moi le meilleur moyen d’oublier, pour quelques instants, cette guerre et la charge qui est la mienne. Je ne manque pas de discuter avec Shigeo des plats qu’il m’apporte. La cuisine nous sauvera peut-être. » (Otozô, p. 111).

« Certes, je suis sous le joug d’Otozô qui me commande des plats précis, mais le goût ne sert jamais qu’à flatter le palais ; il ne peut servir à dominer quoi que ce soit d’autre. S’il lui permet d’oublier sa peur, il ne changera pas l’Histoire. Ces maudits Japonais auraient dû se contenter de manger et de se faire plaisir plutôt que de critiquer la cuisine chinoise. Ils en paieront le prix, et leurs langues les premières. Leur fin est proche. » (Chen, p. 216).

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce beau roman dramatique car l’auteur a un style imagé et j’ai appris pas mal de choses. J’ai aimé l’acharnement à vivre de Chen et le fin gourmet qu’est Otozô (Kilsun est un peu moins présente mais elle est en lien avec la lutte anti-japonaise et les communistes à travers son frère en particulier). Le fait que les prénoms des personnages soient utilisés, Chen, Otozô, Kilsun, plutôt que leurs nom de famille (ce qui est plus habituel en Asie), fait que le lecteur se sent plus proche d’eux et les comprend mieux même si leur univers lui est inconnu.

C’est la première lecture que je vais déposer dans le Hanbo(o)k Club, groupe FB consacré à la littérature coréenne (et, par extension, à la littérature asiatique).

Je le mets aussi dans les challenges 1 % Rentrée littéraire 2019, Des livres (et des écrans) en cuisine 2020 et Petit Bac 2020 (pour la catégorie « Objet » avec couteau).

Challenge Des livres (et des écrans) en cuisine 2020

Que de tentations sur les blogs et FB !!! Voici un challenge que j’avais laissé passer l’année dernière et qui m’a fait de l’œil (ou plutôt qui m’a mis l’eau à la bouche) cette année ! C’est « Des livres en cuisine » devenu Des livres (et des écrans) en cuisine 2020. Parce qu’on peut parler de livres mais aussi de films (et plus, voir ci-dessous) ce que je trouve très intéressant. Le challenge dure du 1er janvier au 31 décembre 2020 (il est commencé depuis 12 jours mais ce n’est pas grave !).

Infos, logos et inscription chez Bidib et chez Fondant Grignotte qui proposent plein de suggestions. Liens à déposer dans le récap chez Bidib et dans le récap chez Fondant Grignotte + le groupe FB.

Pour les livres : les romans, les BD et les mangas, les albums illustrés, la poésie, le théâtre, tous les genres sont autorisés à condition que ces livres aient du goût, qu’ils donnent une place importante à la nourriture, bref des livres gourmands et gourmets ; et aussi les livres de recettes (c’est vrai qu’il y en a de très beaux).

Pour le visuel : les films, les documentaires, les séries, l’animation, avec les mêmes consignes que pour les livres.

Le défi culinaire : il est possible ensuite de présenter une recette vue dans un livre, un film, etc.

Les trois rendez-vous à ne pas manquer : 1- en mai, un marathon de lecture, 2- en juin, le bilan intermédiaire, 3- en décembre, le bilan de l’année. Ce challenge peut se conjuguer avec d’autres challenges (les gourmandises de Syl, etc.) et avec les mois thématiques (anglais, italien, etc.).

Mes billets pour ce challenges

1. La langue et le couteau de KWON Jeong-hyun (Philippe Picquier, 2019, Corée du Sud)

Le visuel d’origine

Image

Projet 52-2019 #2

Deuxième semaine pour le Projet 52-2019 de Ma avec le thème pause sucrée. Avec les chocolats, les galettes et j’en passe, il y a le choix ! Voici des produits locaux (Drôme Ardèche) : des macarons (noisette, tiramisu, citron, mandarine…) et des caramels beurre salé (nature, café, chocolat). Ça fait envie, n’est-ce pas ? Je vous souhaite un bon week-end et, si vous voulez participer à ce projet photographique, allez voir Ma !

En coup de vent…/ 75

Cliquez sur la photo !

Bonsoir les amis, j’espère que vous allez bien. Un petit billet en coup de vent pour vous montrer quelques photos et vous donner quelques nouvelles. Mais ne vous inquiétez pas, des notes de lecture vont arriver sur le blog ! En attendant, voici deux Avant… Après, bien colorés, n’est-ce pas ? Et mon nouveau téléphone : le Nokia Lumia que j’avais acheté en février… 2012 (ah ah ah !) m’a lâchée… Bon après plus de 6 ans et demi de bons et loyaux services quand même, surtout pour les sms, les photos et les vidéos car je téléphone peu en fait. Depuis octobre, je n’avais plus de connexion wifi (ou alors de façon aléatoire) et, en regardant dans les paramètres, j’ai vu qu’il n’y avait plus de mise à jour depuis… hum hum… juillet 2017 ! Donc, effectivement, plus de synchronisation et plus de wifi. De plus, ces deux-trois dernières semaines, il se déchargeait tous les jours et je devais le brancher chaque nuit pour qu’il se recharge et qu’il me réveille le matin… Jeudi dernier, il n’avait pas rechargé et avait du mal à se rallumer… Heureusement, depuis fin octobre, j’avais prospecté en prévision de l’achat d’un nouveau téléphone, j’avais consulté les modèles existants, les descriptions, les tests, etc. Et j’ai acheté un joli Huawei P20 Lite ; fabrication chinoise, je sais, c’est le mal, métaux et minerais… Mais j’avais besoin d’un nouveau téléphone et le Fairphone, éthique et éco-responsable, coûte plus de 500 € pour une technologie qui date de 3 ans, ça ne me convenait pas… Le Huawei P20 Lite me plaît beaucoup, il est fin, élégant, léger et facile d’utilisation, il était vendu avec son chargeur (usb et électrique), sa coque de protection, une paire d’écouteurs classiques et une paire d’écouteurs Bluetooth (le tout pour 269 €) et surtout il est équipé d’appareils photo Leica, prestigieux appareil photos (et pas daltonien comme le Nokia Lumia qui aimait beaucoup le jaune !). La photo du nouveau téléphone (ci-contre) est la dernière que j’ai prise avec l’ancien téléphone avant qu’il s’éteigne pour de bon et que je le donne au recyclage. Je vous souhaite une bonne fin de semaine et vous dit à bientôt.

Tarte fondante au Reblochon

Une tarte fondante au Reblochon ? Bah, ce n’est peut-être pas la saison idéale mais la recette de Noctenbule sur son nouveau blog, Cœur Cuisine, m’a fait envie ! Je ne vous recopie pas les ingrédients et la recette : cliquez sur le lien ci-dessus. Alors, dimanche soir, j’ai fait comme Noctenbule mais à ma sauce… J’ai utilisé une pâte feuilletée plutôt que brisée, je n’ai mis que deux œufs au lieu de trois et j’ai mis thermostat 6 au lieu de 7 (parce que je fais toujours les tartes à thermostat 6) ; ça ne fait que trois changements. Par contre, elle était très chaude alors j’ai eu un peu de mal à la démouler, c’est pour ça qu’elle est un peu de travers sur le plat… mais elle était délicieuse, et réellement fondante, merci Noctenbule 🙂 Et allez voir son nouveau blog, Cœur Cuisine, il commence à se remplir 😉

Salade de lupins

Le soir, c’est repas léger, de l’eau, quelques fruits secs, une salade et un dessert. Je veux vous montrer ma salade de lupins, mais qu’est-ce que le lupin ? C’est une plante (Lupinus) légumineuse (de la famille des Fabaceae comme les fèves) et sa graine se mange. En Europe, c’est le lupin blanc qu’on trouve. Attention, c’est un allergène alors n’en mangez pas si vous êtes allergiques aux arachides ! Le lupin se cuisine comme les fèves, froid en salade ou chaud en légume. Voici donc ma salade de lupins : avec des lupins, des tomates, de la mozzarella, et comme je n’avais plus de basilic et que je voulais un peu de vert, j’ai rajouté des olives, plus de l’huile de noisette. Vous pouvez composer cette salade comme vous voulez en fait !

Tiens, ci-dessous, une autre salade de lupins avec des lupins, des tomates, des olives vertes, des échalotes et du maïs en grain, plus de l’huile de pistache, mais comme je le disais ci-dessus vous pouvez faire une salade composée avec plein d’autres ingrédients comme du thon, des haricots verts, etc. pour faire de la couleur 😉

Dîner avec Edward d’Isabel Vincent

Dîner avec Edward : histoire d’une amitié inattendue d’Isabel Vincent.

Presses de la Cité, mars 2018, 192 pages, 17 €, ISBN 978-2-258-14507-8. Dinner with Edward, a Story of an Unespected Friendship (2016) est traduit de l’anglais (Canada) par Anouk Neuhoff.

Genres : littérature canadienne, récit, mémoires.

Isabel Vincent naît en 1965 à Toronto (Canada). Elle est journaliste à New York. Dîner avec Edward est en partie autobiographique, elle le dédie d’ailleurs à sa fille Hannah.

Isabel et Valerie, la quarantaine, sont amies de longue date. Mais Valerie va retourner au Canada et laisser son père, Edward, 93 ans, seul depuis la mort de son épouse bien-aimée, Paula (la deuxième fille d’Edward et Paula vit en Grèce). Elle demande alors à Isabel d’aller dîner avec lui. « J’ignore si la perspective d’un bon repas suffit à me tenter, ou si je me sentais tellement seule que même la compagnie d’un nonagénaire déprimé me semblait séduisante. » (p. 13). Isabel n’est pourtant pas seule : elle a quitté Toronto avec son mari, photographe, et leur fille, Hannah, 8 ans, pour Manhattan, car elle a trouvé « un poste de reporter d’investigation au New York Post » (p. 22) mais son mari ne se plaît pas dans cette grande ville impersonnelle et son couple bat de l’aile… depuis longtemps déjà.

Contre toute attente, le dîner se passe délicieusement bien ; Isabel et Edward vont se revoir pour beaucoup d’autres dîners ; ces soirées deviennent indispensables à l’équilibre d’Isabel qui va peu à peu se confier au vieil homme. Je ne dirais pas qu’Edward est toujours de bon conseil, il est parfois (souvent ?) vieux jeu, mais j’ai bien aimé l’amitié qui se crée entre ces deux personnes que cinquante ans séparent, ils m’ont touchée. Par contre, les dîners sont un peu trop copieux pour moi et composés de trop d’aliments que je ne mange pas (bœuf, flet, calamars, huîtres, crevettes, côtelettes d’agneau et pieds de cochon dans le même repas !, crabe…), je veux bien faire un petit effort pour le poulet ou pour la moruette (cabillaud) mais je me serais vraiment sentie mal à l’aise durant ces dîners ! Heureusement, les plats n’étaient pas là durant ma lecture, qui fut agréable.

Quelques remarques

« Nous vivons à la communication, or personne ne sait plus communiquer, m’avait-il dit un jour. […] Les gens ne se confrontent plus à la réalité. C’est dommage. » (p. 52). Je ne suis pas tout à fait d’accord avec Edward, la communication existe depuis toujours et elle continuera d’exister, de façon différente, et les gens sont confrontés chaque jour à la réalité, tout ce qui est progrès, technologie, virtuel, c’est la réalité, bon il y a bien sûr des gens déconnectés mais c’est principalement par choix.

« Edward était un homme à qui rien n’était impossible. » (p. 111). Il y a des gens comme ça, rares, est-ce leur force de caractère, leur charisme, rien ni personne ne leur résiste. Tant mieux pour Edward, qui était un homme bien, et pour Paula, elle fut peut-être une des rares épouses heureuses avec son mari pendant de si longues années !

« Pour Edward, être digne signifiait rechercher toujours la vérité et demeurer intègre. » (p. 128). Edward était un homme d’un autre temps mais j’apprécie son état d’esprit, d’autant plus qu’il se rapproche du mien.

Pages 77-78, il y a un clin d’œil à Nellie Bly car Isabel habite dans le quartier où Nellie Bly, journaliste elle aussi, s’était fait internée en 1887 pour écrire un livre, 10 jours dans un asile, livre que je lirai car Noctenbule me l’avait envoyé fin 2017 (mais j’ai déjà lu Le tour du monde en 72 jours de Nelly Bly) et c’est encore Noctenbule qui m’a envoyé ce Dîner avec Edward 😉

Eh bien, je remercie encore Noctenbule (sa note de lecture) pour cette charmante lecture qui m’a ouvert l’appétit (malgré les plats proposés que je ne mange pas) et pour cette paire improbable qui m’a séduite par leur spontanéité, leur sincérité et les balades dans New York. Dîner avec Edward peut sûrement devenir un livre doudou pour de nombreux lecteurs !

Une lecture que je mets dans le Challenge de l’été, Feel good et Rentrée littéraire janvier 2018.