Au pays des mollahs de H.R. Vassaf

Au pays des mollahs de H.R. Vassaf.

Même pas mal, octobre 2011, 128 pages, 16 €, ISBN 978-2-918645-08-5.

Genres : bande dessinée, roman graphique historique.

Hamid-Reza Vassaf est né le 9 juin 1970 à Téhéran en Iran. Il fut professeur en communication visuelle graphique à la faculté d’art et d’architecture de Téhéran. Plusieurs romans graphiques ont été publiés en Iran mais ils sont maintenant interdits car jugés subversifs. Exilé en France depuis décembre 2006, il est auteur, dessinateur et dirige un atelier graphique à Lyon. Au pays des mollahs est son premier livre paru en français. Plus d’infos sur son site.

Janvier 2008, dans le Golfe persique, dans le Détroit d’Ormuz. Des bateaux rapides iraniens foncent sur un porte-avions américain et menacent de le faire exploser. Le Falkland commandé par le capitaine Douglas est pourtant dans les eaux internationales. Mais la zone est minée (par les Iraniens) et un bateau iranien explose ; Hadji se retrouve seul à l’eau et réussit à nager jusqu’à une plage ; il est recueilli et soigné par Sohaile, journaliste et écrivain qui vit seul sur cette île abandonnée dans la maison de son défunt grand-père.

À travers les souvenirs de Sardar Hadji, chef de la milice islamique bassidji, considéré comme mort en martyr par les dirigeants du pays, c’est plus de trente ans de l’histoire de l’Iran que nous délivre Hamid-Reza Vassaf. De l’école dans les années 60 dont Hadji garde un mauvais souvenir car il avait de mauvaises notes, à son merveilleux mariage avec Effat à l’époque du Shah, en passant par la prison et l’intégrisme religieux.

Avec Sohaile, l’auteur raconte simplement la révolution de 1979, la prise de pouvoir par l’ayatollah Khomeini, la répression, la censure, les relations des religieux avec la littérature, le cinéma, la musique, l’art. « Tous les artistes de l’époque Pahlavi doivent être éliminés ». La musique, l’art sont mauvais et méritent d’être interdits car ils éloignent de l’islam ; par contre le cinéma ou certains arts peuvent être utilisés comme arme et servir à la propagande du régime… Jusqu’à l’été 2009, été durant lequel les nouvelles générations sont descendues dans la rue pour réclamer un passage du « monde mythique » au « monde rationnel ».

En fin de volume, un chapitre intitulé Le trône vide raconte l’histoire perse et les mythologies de Mithra « le sauveur du monde, « dieu du soleil et de la lumière, et l’ennemi des ténèbres et des Dives (démons) » au 6e siècle avant J.C. et de Saoshyant « sauveur du monde » à la « fin des temps ». Ce sont les anciennes mythologies mazdéenne et zoroastrienne (j’ai l’impression que ce sont les équivalents du Dieu des juifs et des chrétiens avec son fils Jésus) avant que les musulmans arabes n’arrivent (637-751) et ne remplacent Mithra ou Saoshyant par leur Mahdi ou imam du temps (zaman).

Un noir et blanc extraordinaire, à la fois sombre et lumineux, presque surréaliste et pourtant tout est si réel ; il est devenu si difficile de vivre dans ce pays à la culture multi-millénaire si belle et si riche.

H.R. Vassaf utilise des personnages de fiction pour des personnes ayant réellement existé : Sardar Hadji pour Hadji Zabihollah Bakhshi, Sohaile le journaliste écrivain pour Masoud Behnoud, Mohsen Chérik le cinéaste pour Mohsen Makhmalbaf (exilé en France) par exemple.

Une bande dessinée – plutôt roman graphique – vraiment réussie, pour comprendre comment s’est déroulée la révolution islamique et comment fonctionne le système politique en Iran.

Je mets cette lecture enrichissante dans les challenges BD, Raconte-moi l’Asie (Iran) et La BD de la semaine.

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Le moine et le singe-roi d’Olivier Barde-Cabuçon

Le moine et le singe-roi d’Olivier Barde-Cabuçon.

Actes Sud, collection Actes noirs, mars 2017, 336 pages, 22,50 €, ISBN 978-2-330-07538-5.

Genre : roman policier historique.

Olivier Barde-Cabuçon… Pas de date de naissance. Auteur français, vivant à Lyon, il a étudié le Droit et les ressources humaines, et a travaillé comme juriste avant de se lancer dans l’écriture, en 2006. Il y a déjà six tomes dans sa série du Commissaire aux morts étranges, ainsi que d’autres romans.

Jardins et labyrinthe de Versailles. La nuit. Une jeune femme est sauvagement éventrée près de la statue du cygne et de la grue. Seul témoin : une chauve-souris ! « – Le commissaire aux morts étranges, murmura quelqu’un. C’est lui ! Le chevalier de Volnay ! […] – Et son assistant, le moine hérétique, souffla un autre. […] – Pas son assistant, souffla-t-il au passage de l’impertinent qui venait de parler, son collaborateur ! » (p. 14). La victime, Flore Vologne de Bénier, était une jeune fille de bonne famille, provinciale, envoyée à Paris. Elle posait pour le peintre de la cour, Waldenberg. Sartine envoie au duo d’enquêteurs, Hélène, agent secret de l’ordre royal, mais elle a eu une relation avec le moine auparavant (je n’ai pas lu les précédents tomes…). « Je ne puis cacher ce que je suis, admit le moine, triste quand mon humeur est morose et rieur quand je suis gai. Ainsi va la vie et la mienne, de la comédie à la tragédie ! » (p. 33).

C’est effectivement le chevalier de Volnay, commissaire au Châtelet, et le moine qui l’accompagne (on apprend ce qui les lie dans le roman) qui vont enquêter car ils sont les meilleurs agents du lieutenant général de police Sartine (ah bon, et Nicolas Le Floch alors ?!). « Oh, ils ont à trouver le coupable pour mon compte. Cela va leur prendre quelque temps mais ils y arriveront. Ce sont mes meilleurs hommes. » (p. 157).

Dans ce roman policier historique de bonne facture, le lecteur croise Sartine, la Marquise de Pompadour, Germain Pichault de La Martinière, médecin et chirurgien du roi, et bien sûr le Roi Louis XV en personne (surnommé le « singe-roi »), et une jeune libraire surnommée L’Écureuil. Mais les courtisans sont finalement une « ménagerie humaine » (p. 123) au même titre que les domestiques, bien domestiqués, et « Vous êtes à Versailles, royaume des courants d’air et des commérages. » (p. 94). Cette série est l’occasion pour l’auteur de montrer les côtés sombres de ce XVIIe siècle tant fantasmé. Quand j’étais enfant, j’étais fascinée par cette Cour (ce que j’en voyais dans les films, les robes, la musique, etc.) mais en fait, après avoir appris comment vivait réellement la Cour, je ne dirais plus du tout que je rêverais de vivre à cette époque ! « Volnay soupira intérieurement. Cinq à six mille personnes travaillaient au Château de Versailles et on entrait dans celui-ci comme dans un moulin. Si l’assassin n’était pas un homme en relation avec Mlle Vologne de Bénier, cela pouvait être n’importe qui… Sans compter les courtisans… » (p. 132).

Apparemment les enquêtes précédentes se déroulent à Paris puis à Venise et en Savoie avec un petit passage par Lyon. Une belle visite de Paris et de ses ruelles, du Château de Versailles avec ses jardins et son labyrinthe, ainsi que de l’Orangerie.

J’ai remarqué quelques erreurs… comme « des suisses » au lieu de « des Suisses » (p. 68) et « Mme de Broteuil d’Ormesson » au lieu « d’Orbesson » (p. 209) mais je lirai à coup sûr les tomes précédents car j’ai beaucoup aimé l’ambiance et les personnages (principaux) : Volnay et surtout le moine qui a plus de caractère et d’humour. « Vous me faites peur… – Pourquoi ? demanda le moine. – Parce que vous n’avez pas peur. » (p. 289). De plus, l’auteur a de très bonnes connaissances historiques voire artistiques.

Une excellente lecture pour le challenge Polar et thriller.

Galerie

Expo Napoléon à Valence

Samedi dernier, en sortant du travail, j’ai filé à l’épicerie italienne (je vous en parlerai un de ces jours) puis à la librairie pour y prendre les photos que je n’avais pas prises la veille au soir [lien] et j’ai été surprise par la pluie, évidemment sans parapluie. Je me suis réfugiée à la Salle des Clercs où était exposé Napoléon à Valence. Ça m’a fait penser à Sharon qui a vu une expo Napoléon à Paris en août [lien] ; je n’ai pas les moyens d’aller à Paris pour le moment et je me suis dit, pas grave, c’est Napoléon qui vient à Valence ! L’expo était intéressante pour moi qui connaît peu de choses sur Napoléon (il y a de ces passionnés quand même !). Les thèmes abordés étaient, en vrac, les papiers officiels, les représentations, les vêtements, les porcelaines, le tabac, la philatélie, les soldats de plomb, etc. que je partage avec vous grâce aux photos ci-dessous. Photos sur lesquelles vous pouvez voir aussi des pierres d’imprimerie, une espèce de sceptre, des écussons, des médailles, une horloge, etc. Bon weekend, ensoleillé, j’espère !

Napoleon1

Napoleon2

Napoleon3

Napoleon4

Séries anglaises à découvrir # 1

Après Séries américaines à découvrir, voici deux séries anglaises – plutôt historiques, magie, fantasy pour la première et comédie policière, espionnage pour la deuxième – sur lesquelles il faudra jeter un œil lorsqu’elles arriveront ici (les vidéos sont en bas de l’article) :

StrangeNorrellBBCJonathan Strange & Mr Norrell

Cette série de sept épisodes de 60 minutes chacun est adaptée du roman éponyme de Susanna Clarke (1959-…) paru en 2004 en Angleterre chez Bloomsbury [lien] et en 2007 en France chez Robert Laffont [lien]… que je n’ai pas lu même si je l’avais repéré. Les épisodes sont écrits par Peter Harness (1976-…) et réalisés par Toby Haynes (qui a réalisé des épisodes de Docteur Who, un de Sherlock et un de Wallander entre autres). L’action se déroule au début du XIXe siècle, durant les guerres napoléoniennes, lorsque Gilbert Norrell (joué par Eddie Marsan né en 1968) entre en scène ; il se considère comme le dernier magicien (la magie a disparu du royaume anglais depuis 300 ans). Mais arrive Jonathan Strange (joué par Bertie Carvel, né en 1977), époux comblé et digne héritier du Roi Corbeau (disparu justement depuis 300 ans). Site officiel de la série [lien].

PartnersCrimeBBCPartners in crime

À l’occasion du 125e anniversaire de la naissance d’Agatha Christie, la BBC a racheté de nouveaux droits d’adaptations et a décidé de faire deux mini-séries. Partners in crime est la première (suivra normalement And then there were none, soit Dix petits nègres). Partners in crime est l’adaptation des aventures de Tommy et Tuppence (Thomas et Prudence en français) Beresford en six épisodes de 55 minutes chacun écrits par Zinnie Harris (1972-…) et réalisés par Edward Hall (1966-…). Les trois premiers épisodes suivent l’intrigue de The secret adversary (Mr. Brown) et les trois suivants l’intrigue de N or M ? (N ou M ?). Regardez la bande annonce, ça fait bizarre de voir David Walliams et Jessica Raine « à la place » d’André Dussolier et Catherine Frot ! Site officiel de la série [lien].