Le jeudi, c’est musée/expo #26

Suite à la lecture des deux bandes dessinées, Général Leonardo 1 – Au service du Vatican et Général Leonardo 2 – Croisade vers la Terre Sainte d’Erik Svane et Dan Greenberg, j’ai pensé à voir (en ligne) l’exposition Léonard de Vinci (1452-1519) réalisée du 24 octobre 2019 au 24 février 2020 au Louvre pour l’anniversaire (500 ans) de sa mort.

Léonard est né le 15 avril 1452 à Vinci près de Florence. Ce que j’aime chez lui ? Sa curiosité, son amour de la Nature, son génie ! Sa chance ? Vivre dans l’Europe de la Renaissance ! Florence était une ville riche en pleine expansion et humaniste. Par rapport aux bandes dessinées (citées ci-dessus) dans lesquelles Leonardo se veut contre la guerre et partisan de la paix, il faisait en réalité connaître ses talents d’ingénieur militaire et dessinait des machines de guerre (ce qui peut-être ne l’empêchait pas d’être pour la paix).

Il s’est intéressé à presque tout ! La Nature, les sciences (mathématiques, anatomie, astronomie, géologie, physique…), les Arts (dessin, peinture, il a inventé la perspective !, architecture…), etc. et a écrit de nombreux codex (dont beaucoup ont malheureusement disparu…). Mais il est possible de consulter en ligne le Codex Atlanticus (en italien et en anglais). Un de ses plus grands fans était sûrement François 1er, roi de France, qui a déclaré : « Il n’y a jamais eu un autre homme né au monde qui en savait autant que Léonard. ».

Deux citations magnifiques de Léonard de Vinci. « J’ai l’intention de laisser un souvenir impérissable dans la mémoire des mortels. » (c’est fait !). « Les détails font la perfection, et la perfection n’est pas un détail. » (c’est parfait !).

Pour tout savoir sur Léonard de Vinci, son œuvre, sa mort en France (c’est pourquoi la Joconde, héritée par François 1er, est en France), visitez Beaux-Arts Léonard de Vinci (le cahier hors-série sur l’exposition est aussi visible sur Calaméo) et Le Louvre.

Général Leonardo 2 d’Erik Svane et Dan Greenberg

Général Leonardo 2Croisade vers la Terre Sainte d’Erik Svane et Dan Greenberg.

Paquet, septembre 2007, 48 pages, 14,99 €, 978-2-88890-228-7.

Genres : bande dessinée danoise, Histoire.

Erik Svane naît au Danemark (il a la double nationalité, danoise et américaine). Il a vécu dans plusieurs pays en Europe et sur le continent américain. Il est journaliste (magazines BD européens et américains) et auteur : 2 tomes de Général Leonardo et La bannière étalée (essai, 2005).

Dan Greenberg naît en France. Il étudie le cinéma section animation. Il est dessinateur.

Fred Vigneau et Vanessa Jesné de Makma sont les coloristes.

En exergue : « La guerre est la plus grande folie de l’homme, et pourtant son passe-temps favori semble être torturer, violer, et tuer. Leonardo Da Vinci. » (p. 2).

Au bout de maintes expériences, le prototype de Leonardo vole enfin et Leonardo est devenu ami avec le jeune Salaï. Un Hospitalier, « un chevalier de l’ordre de l’hôpital de Saint-Jean de Jérusalem » (p. 6), veut des machines volantes pour libérer Rhodes assiégée par les mahométans.

Mais l’Inquisition commence « pour débusquer les parjures et les hérétiques » (p. 7). En attendant à Rhodes, la bataille fait rage, dans les airs avec les « aigles » de Leonardo mais aussi sur mer et sur terre.

Quelle sera la prochaine étape, Jérusalem, Constantinople, les Balkans ? « Combattre et perdre ; chacun sait le faire ; mais combattre et gagner est une science qui n’est pas donnée à tous. » (p. 28). De son côté, Leonardo aimerait la paix.

Un très bon tome 2 qui donne à réfléchir sur la paix, la neutralité et la guerre, peut-être un peu moins amusant que le premier tome. Mais, mais, il y a un tome 3 !!!

Je remercie Lydia.

Pour La BD de la semaine, les challenges BD, Jeunesse Young Adult #10 et Petit Bac 2021 (catégorie Prénom pour Leonardo). Et je rajoute le Challenge lecture 2021 puisqu’on peut lire autre chose que des romans (catégorie 36 pour le livre basé sur des faits réels). Plus de BD de la semaine chez Noukette.

Cannibale de Didier Daeninckx

Cannibale de Didier Daeninckx.

Verdier, collection Jaune, septembre 1998, 96 pages, 8,10 €, ISBN 978-2-86432-297-9.

Genres : littérature française, roman historique.

Didier Daeninckx naît le 27 avril 1949 à Saint-Denis. Il est écrivain (romans, romans policiers, nouvelles, essais) et scénariste. Engagé à gauche, il décrit le social et la réalité historiques pour que les erreurs du passé ne soient pas répétées.

En exergue : « De quel droit mettez-vous des oiseaux en cage ? De quel droit ôtez-vous ces chanteurs aux bocages ? Aux sources, à l’aurore, à la nuée, aux vents ? De quel droit volez-vous la vie à ces vivants ? (p. 7). Tout à fait d’accord avec Victor Hugo, un auteur que j’aime beaucoup et, comme lui, je ne supporte pas les animaux en cage !

Nouvelle-Calédonie, entre Poindimié et Tendo, des pins colonnaires, des banians, des cocotiers, « la terre rouge, le vert sombre du feuillage » (p. 9), « la barrière de corail, et au large le sable trop blanc […] autour des îlots » (p. 10). Caroz (le Blanc) et Gocéné (le Kanak), tous deux 75 ans, sont arrêtés par un barrage de rebelles de la Kanaky. Caroz doit repartir et laisser son ami continuer seul mais Gocéné va rester et raconter à ces jeunes Kanaks rebelles son histoire. En janvier 1931, il était jeune et a été emmené avec une centaine d’autres jeunes, garçons et filles ; il a été embarqué sur un bateau et débarqué à Marseille trois mois plus tard. « Je ne connaissais que la brousse de la Grande-Terre, et d’un coup je traversais l’une des plus vastes villes de France… Les lumières, les voitures, les tramways, les boutiques, les fontaines, les affiches, les halls des cinémas, des théâtres… […] le bruit, les fumées, les râles de vapeur et les sifflements des locomotives […] un peu de neige » (p. 16-17). Mais, à Paris, le groupe est pris en charge par les responsables de l’Exposition universelle et les jeunes sont enfermés « dans un village kanak reconstitué au milieu du zoo de Vincennes, entre la fosse aux lions et le marigot des crocodiles » (p. 17). Pire, ils sont dressés comme des animaux sauvages… Les jeunes qui écoutent Gocéné rigolent : « Ce n’est pas une histoire vraie, grand-père… » (p. 23). Et pourtant, si !

Gaston Doumergue, président de la République française, inaugure l’Exposition coloniale le 2 mai 1931. Entre les lions et les crocodiles (fraîchement arrivés d’Allemagne car les crocodiles du zoo parisien sont morts subitement), il y a effectivement ce village kanak et on fait croire à la population que ces humains sont des sauvages et qu’ils sont cannibales. Honte aux politiques et scientifiques de cette époque ! J’ai particulièrement aimé le discours de la jeune activiste : « Vous tous qui dites « hommes de couleur », seriez-vous donc des hommes sans couleur ? […] Il n’est pas de semaine où l’on ne tue pas, aux Colonies ! Cette foire, ce Luna-Park exotique, a été organisée pour étouffer l’écho des fusillades lointaines… Ici on rit, on s’amuse, on chante La Cabane bambou… Au Maroc, au Liban, en Afrique Centrale, on assassine. En bleu, en blanc, en rouge… » (p. 79).

Didier Daeninckx prête sa plume au vieux Gocéné pour raconter, à travers son parcours (quelque peu rocambolesque pour retrouver sa bien-aimée, Minoé), l’histoire de la Nouvelle-Calédonie, de la Kanakie et de sa population afin que les lecteurs prennent conscience de ce qu’ont vécu les Kanaks, comprennent leurs revendications (près de soixante-dix ans après l’Exposition coloniale au moment où le livre est écrit), leur volonté d’indépendance et réagissent contre l’esclavage, la discrimination et le racisme. En effet, les Kanaks sont tout à fait civilisés, propres, respectueux, enjoués, pas du tout sauvages et encore moins cannibales mais les dirigeants du zoo les obligent à pousser des gémissements, des cris, à vivre nus, et ne leur donnent rien à manger… Pourtant, un Français, un Blanc, François Caroz, va prendre la défense de Gocéné (les deux hommes deviendront amis, à la vie à la mort), et, à Paris, un autre Français, un Noir du Sénégal, Fofana, va aider les hommes en fuite, sans poser de questions, par charité et amour du prochain, simplement.

Cannibale est un livre primordial qui apporte et qui importe. Je lirai sûrement la suite, Le retour d’Ataï (Verdier, 2002), qui explique les revendications du peuple kanak.

Je mets cette lecture dans le Challenge lecture 2021 dans la catégorie 56 parce que vu le nombre de pages, il se lit en un jour (ce que j’ai fait).

Général Leonardo 1 d’Erik Svane et Dan Greenberg

Général Leonardo 1 – Au service du Vatican d’Erik Svane et Dan Greenberg.

Paquet, mai 2006, 48 pages, 14,99 €, ISBN 978-2-88890-100-5.

Genres : bande dessinée danoise, Histoire.

Erik Svane naît au Danemark (il a la double nationalité, danoise et américaine). Il a vécu dans plusieurs pays en Europe et sur le continent américain. Il est journaliste (magazines BD européens et américains) et auteur : 2 tomes de Général Leonardo et La bannière étalée (essai, 2005).

Dan Greenberg naît en France. Il étudie le cinéma section animation. Il est dessinateur.

Fred Vigneau et Pascal Agunaou de Makma sont les coloristes.

Florence, XIVe siècle. Leonardo se livre à d’étranges expériences sur la crucifixion qui horrifie l’archevêque mais quoi de mieux que de rétablir la vérité ? « Vous pensez que les Romains n’ont jamais crucifié leurs victimes par les paumes ? – Sûrement que si, au début ! Mais ! Comme celles-ci n’ont pas dû tenir, ils ont dû améliorer le concept exactement de la même manière que je l’ai faite. » (p. 4). « Mais vous êtes complètement malade !?! Votre maison et jardin remplis de cadavres crucifiés ! » (p. 5). Comprenez bien la différence entre la crucifixion en croix et les crucifixions en masse ? Macabre, vous avez dit macabre ! Trois semaines après, Leonardo est convoqué au Saint-Siège.

Mais ce sont d’autres inventions que son linceul ou sa camera obscura « qui ont retenu l’attention des plus hautes instances de l’Église. » (p. 16). Mais Leonardo n’est pas d’accord. « Non, je ne veux rien avoir à faire avec votre croisade, et quand je dis non, c’est non ! » (p. 19). La riposte du Saint-Siège ne se fait pas attendre…

Histoire, religion et humour sont au rendez-vous dans cette agréable bande dessinée bien documentée. Mais de belles idées comme « unir la chrétienté » ou « l’avenir de nos enfants » aboutissent malheureusement à des conflits…

Un bon moment de lecture et je vous présenterai le tome 2 un prochain mercredi. Et je remercie Lydia.

Pour La BD de la semaine, les challenges BD, Jeunesse Young Adult #10 et Petit Bac 2021 (catégorie Prénom pour Leonardo). Et je rajoute le Challenge lecture 2021 puisqu’on peut lire autre chose que des romans (catégorie 36 pour le livre basé sur des faits réels). Plus de BD de la semaine chez Moka.

Angor de Franck Thilliez

Angor de Franck Thilliez.

Fleuve, collection Fleuve noir, octobre 2017, 624 pages, 21,90 €, ISBN 978-2-26509-869-5.

Genres : littérature française, roman policier, thriller.

Franck Thilliez naît le 15 octobre 1973 à Annecy (Haute-Savoie). Il étudie à l’ISEN Lille pour devenir ingénieur en nouvelles technologies. Puis devient romancier (romans policiers, thrillers, une vingtaine depuis 2002), nouvelliste et scénariste (téléfilms et séries policières). Angor est le 8e roman de la série Sharko & Henneblle. Plus d’infos sur son site officiel.

Camille Thibaut, 32 ans, est gendarme à la cellule d’investigation criminelle (CIC) de Villeneuve d’Ascq dans le Nord. Elle a reçu une greffe du cœur et fait des cauchemars… C’est pourquoi, depuis un an, sous l’œil attentif de son chat, Brindille, elle épluche les faits divers d’accidents mortels de France, Belgique et Suisse qui ont eu lieu les trois jours avant la greffe. « Cette femme dans mon rêve, elle s’adresse à moi. Elle veut que je lui vienne en aide. […] On dirait qu’elle a été kidnappée, retenue quelque part. Elle est terrorisée. Le plus étonnant, c’est cette clarté du rêve, ces petits détails dont je me souviens. Ça ressemble à de vrais souvenirs. Quelque chose que… je ne sais pas, que j’aurais vu, ou vécu. C’est improbable.  » (p. 13). Mais, sur le terrain, avec le lieutenant Boris Levak, elle s’effondre, crise cardiaque.

« Quatre jours plus tard, à cent-cinquante kilomètres de là » (p. 22), Jules et Armand, deux employés de l’Office national des forêts (ONF) constatent les dégâts de la tempête dans la forêt de Laigue dans l’Oise. Un énorme chêne déraciné est tombé sur d’autres arbres qui ont toutefois tenu le coup. « Va falloir le traiter en priorité. C’est dangereux. S’il s’effondre vraiment, il emporte tout avec lui. […] Il n’y avait presque plus de vent, le ciel avait retrouvé sa teinte cobalt, mais le bois continuait à craquer. La forêt était vivante, elle souffrait, gémissait, pansait ses plaies. » (p. 24). Mais lorsque Jules regarde dans le trou des racines, « une main […] lui agrippa les cheveux et tira de toutes ses forces. Englouti dans l’obscurité, Jules hurla. » (p. 26).

Au même moment, un autre Jules hurle ! Lucie Hennebelle, dix ans après ses jumelles, a mis au monde deux jumeaux, Jules et Adrien. Ils ont deux mois et le papa n’est autre que Franck Sharko. « Certes, ils ne remplaceraient jamais les jumelles de Lucie, Clara et Juliette, ni Éloïse, la fille de Franck, mais ces bébés portaient en eux tout ce que leurs parents avaient perdu. Ils grandiraient avec les yeux de ces enfants qui n’étaient plus là. Leurs trois demi-sœurs défuntes… » (p. 30). C’est pendant qu’il donne le biberon à Jules que le téléphone de Sharko sonne. Il doit aller dans la forêt où une femme a été retrouvée aveugle dans le trou du chêne.

Mais, revenons à Camille qui s’est réveillée à l’hôpital de Lille où le Dr Calmette s’occupe d’elle. « La bonne nouvelle, c’est que vous avez ressenti l’angor. Cela arrive chez deux ou trois pour cent des personnes greffées du cœur. » (p. 52). « Il s’agit d’une douleur vive dans la poitrine que le receveur, normalement, ne peut pas ressentir. Lorsqu’on prélève le cœur chez un donneur, on sectionne évidemment toutes les terminaisons nerveuses. Ces dernières ne sont jamais rétablies chez le receveur. Durant l’opération de greffe, on reconnecte les veines, les artères, pas les nerfs. Et donc, dans la plupart des cas, le greffon est insensible à toute douleur. On pourrait vous planter une aiguille dans le cœur, vous ne sentiriez rien. […] Dans de très rares cas, qu’on n’arrive pas encore à expliquer, les terminaisons nerveuses du greffon se reconnectent d’elles-mêmes avec le système nerveux de l’hôte, comme si le cœur étranger cherchait à conquérir son nouveau territoire. À s’intégrer complètement à son porteur, y compris jusque dans ses ramifications les plus complexes… » (p. 54).

Les enquêtes de Camille et de Sharko, qui ne se connaissent pas, vont se rejoindre, ainsi que l’enquête menée par Nicolas Bellanger, commissaire de police au 36 quai des Orfèvres. Et, en plus, Lucie, qui est encore en congés pour deux semaines, va elle aussi enquêter en parallèle en secret. « L’horreur. Juste là, sur l’écran de sa tablette reliée à Internet. » (p. 169). Bizarrement, là où Sharko et son équipe enquêtent, une jeune gendarme qui dit s’appeler Cathy Lambres est déjà passée… « C’est ça le Mal, tu comprends ? Il se répand dans les esprits, dans chaque individualité, comme un virus qu’on ne peut arrêter. » (p. 250-251).

J’aime les personnages que Thilliez crée et je trouve agréable de les suivre dans les différents romans (même si je ne les ai pas encore tous lus, et pas lus dans l’ordre chronologique…) ; j’aime aussi la construction de ses romans sacrément musclés et le fait que tout soit bien documenté au niveau scientifique (greffes, corps conservés) et historique (crime organisé au niveau international, Histoire espagnole et argentine). En tout cas, leurs enquêtes vont loin dans la violence, dans la brutalité, dans la folie humaine. « Le sexe, le pouvoir, l’argent. Réunis tout ça dans un seul homme, et tu en fais un prédateur redoutable. C’est peut-être à ce genre d’individus qu’on est confrontés en ce moment. » (p. 378). Les thèmes abordés dans Angor sont larges, les greffes et leurs complications, le culte fanatique des criminels, des enfants volés en Espagne (durant le franquisme) et en Argentine, le trafic d’organes avec l’Europe de l’Est. Un excellent thriller implacable ! Je ne peux pas comparer avec les autres titres parce que, pour l’instant, je n’ai lu que Gataca (je publierai ma note de lecture) mais je peux dire que c’est toujours violent, sombre, et je vais lire la suite, Pandemia, ainsi que d’autres titres.

Pour le Challenge du confinement (case Thriller) et Polar et thriller 2020-2021. Et n’oubliez pas de visiter Mon avent littéraire 2020 pour le jour n° 18.

Dans les yeux du ciel de Rachid Benzine

Dans les yeux du ciel de Rachid Benzine.

Seuil, août 2020, 176 pages, 17 €, ISBN 978-2-02143-327-2.

Genre : roman franco-marocain.

Rachid Benzine naît le 5 janvier 1971 à Kénitra au Maroc. Il arrive en France à l’âge de 7 ans. Il étudie les sciences humaines et l’économie. Il est professeur, auteur et prône le dialogue entre islam et christianisme (Nous avons tant de choses à nous dire avec le père Christian Delorme en 1998). Du même auteur : Ainsi parlait ma mère (2020).

« […] j’aime tant mon pays. Ses gens. Grandiloquents, perdus dans leur certitude, ignorants mais généreux jusqu’à l’oubli de leurs propres désirs. Un pays, ses gens. Meurtris. Meurtris mais vivants. Et d’autant plus vivants que c’est la révolution. La nôtre. Celle de tous les espoirs. » (p. 9).

Nour est prostituée comme l’était sa mère. Sa vie n’a pas été facile… Entre les avortements de sa mère qu’elle doit pratiquer dès l’âge de 8 ans, la mort de sa mère, les viols qu’elle a subis à l’âge de 12 ans… Et puis, immédiatement après, la prostitution. « Chaque soir, l’alcool. Les coups, les gifles, les insultes, les ordres. » (p. 18). Au moment où elle raconte, elle a 40 ans et a un ami homo prostitué qui s’appelle Slimane. Et une fille de 13 ans. « Je me dégoûte chaque jour un peu plus. Et j’ai de plus en plus de mal à embrasser ma fille. Comme si je la souillais. Comme si je ne la méritais plus. » (p. 27). Sa fille, Selma a au moins la chance d’aller dans une bonne école. Nour veut une autre vie pour elle. Leur seul ami, c’est Omar, l’épicier en face de chez elles, 70 ans, que Selma considère comme un grand-père et qui lui raconte des histoires d’avant. « Je n’ai pas pu donner une histoire familiale à ma fille. J’aurais aimé. Mais je suis comme une branche coupée, d’où elle a surgi comme un bourgeon. Omar, qui lui raconte plein d’histoires d’autrefois, est devenu son ouverture sur un passé que moi j’ai condamné, comme on condamne une porte. » (p. 41). Mais Nour arrive à un triste constat : « Je n’ai ni la phobie ni le dégoût des hommes. Nous ne vivons simplement pas dans le même monde. Rien de plus. » (p. 57).

Arrive ce que les journalistes occidentaux ont appelé le « printemps arabe » et la vie change pour Nour, ses clients, Slimane et Selma. Un journaliste américain dit « là où la religion passe, la liberté trépasse. » (p. 98).

Les phrases sont courtes, percutantes et ce roman – qui ne dit pas dans quel pays il se déroule exactement mais on peut penser à un mix des pays du Maghreb – raconte des choses horribles…

Je ne vais pas m’appesantir sur cette lecture pour deux raisons :

1. J’avais très envie de lire ce livre malgré la couverture hideuse (qui fait plus penser à Nour la Schtroumpfette qu’à Nour la prostituée arabe…).

2. Ça ne me dérange pas que ce roman raconte des atrocités (elles ont eu lieu de toute façon) mais la narratrice est une femme de 40 ans et, malheureusement, ce roman manque de subtilité féminine (on sent trop que l’écriture est masculine).

Donc à lire si vous êtes curieux ou si vous voulez en savoir plus sur le « printemps arabe » même si ce livre arrive un peu tard : ça fait dix ans que cette révolution a commencé et très peu de choses ont bougé…

Ça ne m’empêchera pas de lire Ainsi parlait ma mère, son premier roman paru également en 2020 mais en janvier.

Pour les challenges 1 % rentrée littéraire 2020 et À la découverte de l’Afrique.

  Et n’oubliez pas de visiter Mon avent littéraire 2020 pour le jour n° 16.

Pacifique de Stéphanie Hochet

Pacifique de Stéphanie Hochet.

Rivages, mars 2020, 112 pages, 17 €, ISBN 978-2-7436-4992-0.

Genres : littérature française, roman.

Stéphanie Hochet naît en mars 1975 à Paris. Elle étudie le théâtre élisabéthain puis enseigne en Grande-Bretagne. Autrice depuis 2001, elle tient des chroniques (Magazine des livres, BSC News, Muze qui n’existe plus mais que j’aimais beaucoup, Libération, Lire…) et anime des ateliers d’écriture. Du même auteur : Éloge du chat (2014), Un roman anglais (2015), Éloge voluptueux du chat (2018) entre autres. Plus d’infos sur son blog.

« Je noue le hachimaki aux couleurs de notre Japon éternel autour de mon casque. J’effectue ce geste avec lenteur et solennité, sans pensées, sans émotions. Le froid dans mes veines, le temps s’est arrêté, je suis une fleur de cerisier poussée par le vent. » (p. 11). Voici le début de ce très beau roman ou comment parler de la guerre de façon imagée et poétique ! 27 avril 1945. Le soldat Kaneda Isao, 21 ans, a concrétisé son rêve de « piloter au sein de l’armée du Japon » (p. 18).

Isao a été élevé par sa grand-mère maternelle, Yumiko, issue d’une famille de samouraïs. Grâce à l’enseignement qu’il a reçu, vous allez tout comprendre sur l’esprit et l’honneur japonais : yamato, bushido, seppuku, kenjutsu (art martial noble)… Avec le professeur Mizu, 20 ans, l’enfant Isao étudie le latin, le grec, le japonais, l’anglais, les mathématiques et découvre Shakespeare en même temps que le théâtre nô. Il va pratiquer le kendô. Isao sort très peu et n’a pas d’amis alors sa grand-mère lui offre un lapin, ce qui apporte un peu d’amour dans la vie assez martiale d’Isao.

J’aimerais m’attarder sur le lapin, Usagi (ce qui signifie tout simplement lapin en japonais) avec trois extraits que je trouve magnifiques. « Ébahissement devant l’animal blanc et brun, ramassé en une boule d’où émergent deux oreilles élégantes comme de fines feuilles de bananier. Je caresse durant des heures son pelage d’une infinie douceur, et cette joie éveille chez moi un amour jamais éprouvé. Enfouissant mon visage dans la fourrure de l’être frêle, je m’enivre de son odeur de foin, de sa chaleur de mammifère. Sous mes baisers, l’animal grince des dents de bonheur et cette tendresse partagée devient une source de réconfort inespéré. J’aime ce corps vibrant sous mes mains, accessible, chérissable, intensément présent. » (p. 39-40). « Usagi court autour de mes jambes, sa fourrure soyeuse frôle ma peau. Je caresse le rectangle de poils entre les yeux. Il s’immobilise, attentif à mon geste, grince des dents de plaisir […]. Si son corps trapu rend sa démarche pataude, il est capable d’accélérations phénoménales. Il m’évoque une créature mi-céleste, mi-terrienne, méconnue des hommes. » (p. 45). « Grand-mère me voit caresser le crâne d’Usagi, me pencher sur son museau, l’embrasser pendant des heures. » (p. 55).

Lorsqu’il a 16 ans, « Isao-san, je suis fière de toi. Tu accompliras de grandes choses. Je t’ai donné l’éducation que j’aurais aimé transmettre à un fils. Pense à moi et deviens un homme valeureux. » (la grand-mère, p. 60-61). Il y a une fierté devant l’endoctrinement patriotique depuis le plus jeune âge. Et Isao retourne chez ses parents pour intégrer le lycée puis l’école militaire de pilotage Yokaren (hikô yokâ renshûsei) : il a 17 ans et il est plus triste de quitter Usagi que sa famille. « Après avoir serré dans mes bras mes parents et mon frère, j’embrasse une dernière fois Usagi que je dois laisser derrière moi. C’est la séparation la plus difficile, la plus intime, la plus silencieuse. Le lapin pourra-t-il vivre sans moi ? La question me tourmente. » (p. 71).

Mais ne vous fiez pas à toute cette tendresse, ce roman est un roman sur la guerre dans le Pacifique, sur les kamikaze (de kami, dieux, et kaze, vent) et sur l’abnégation militaire. « Nous sommes appelés des « fleurs de cerisier ». […] Nous deviendrons des végétaux délicats, des corolles époustouflantes […]. Nous deviendrons l’image même de la fragilité qui vit le temps d’un soupir et meurt avec légèreté. » (p. 81).

Que dire devant une telle beauté ? Mais le soldat Kaneda va être pris de questionnement, de doute, d’angoisse…

Contrairement à Le ballet des retardataires de Maïa Aboueleze (note de lecture publiée hier) qui ne m’avait pas convaincue, Pacifique m’a énormément plu et m’a transportée au Japon dans le Pacifique en temps de guerre. Je fais le parallèle entre les deux parce que ce sont deux livres sur le Japon écrit par deux Françaises.

Pour les challenges Animaux du monde #3 (pour Usagi le lapin) et Petit Bac 2020 (catégorie Lieu pour l’océan Pacifique).

 Et n’oubliez pas de visiter Mon avent littéraire 2020 pour le jour n° 15.

Le cœur perdu des automates de Daniel H. Wilson

Le cœur perdu des automates de Daniel H. Wilson.

Fleuve, collection Outre Fleuve, septembre 2018, 416 pages, 21,90 €, ISBN 978-2-26511-724-2. The Clockwork Dynasty (2017) est traduit de l’américain par Patrick Imbert.

Genres : littérature états-unienne, science-fiction.

Daniel H. Wilson naît le 6 mars 1978 à Tulsa en Oklahoma (États-Unis). Il étudie la robotique et l’intelligence artificielle à l’Université Carnegie-Mellon de Pittsburgh en Pennsylvanie. Il travaille comme ingénieur chez Microsoft et Intel puis se lance dans l’écriture. Il vit à Portland en Oregon. Du même auteur : Robocalypse (2012) et sa suite, Robogenesis (2017) que je lirai un de ces jours (l’auteur est passionné par les robots) et le petit dernier : La menace Andromède (2020), suite de La variété Andromède de Michael Chrichton (1969) que j’ai très envie de lire. Plus d’infos sur son site officiel.

« Les gens curieux en apprennent plus que les autres. » (p. 10). Je plussois !

Le grand-père de June, Vasily Stefanov, un Russe de l’Oural, exilé aux États-Unis a transmis à sa petite-fille (June Stefanov donc) des histoires, sa passion pour les automates, une relique de la guerre de Stalingrad : « […] la relique que l’ange de la vengeance a laissée derrière lui. » (p. 15) et une clé en laiton d’automate : « […] les derniers exemplaires existants sont d’une rareté quasi légendaire, et ne se trouvent que dans des collections privées, presque impossible à atteindre et encore moins à examiner. » (p. 21). June a étudié la linguistique, l’histoire, l’ingénierie et a fait une spécialisation en automates médiévaux.

Moscou, 1709. Un fils de laiton voit le jour. Son père est Giacomo Giuseppe Favorini. « D’une certaine façon, je suis. Et je dois l’avouer, c’est une étrange chose que d’être. » (p. 27). Favorini est « le dernier artisan mécanique du tsar Piotr Alexeïevitch » (p. 29). Ce fils de laiton a une sœur, mécanique elle aussi, Helena Petrovna, elle représente la logicka (la pureté de la raison). C’est le tsar qui donne son nom au fils de laiton (Piotr, ou Pierre) et il représente la Pravda (la vérité et la justice).

June travaille pour la fondation Kunlun. « Au cours de l’histoire, certains avtomat ont été découverts. C’est inévitable. Si le capturé n’est pas condamné au bûcher pour sorcellerie, les autres s’assurent qu’il disparaisse à jamais. Les comptes rendus écrits, les photographies, les témoins : nous nettoyons toujours derrière nous. Nous sommes encore quelques dizaines, tous vieux et solitaires. Certains remontent à l’Antiquité. Mais nous veillons tous à protéger le secret de notre existence… c’est une question de vie ou de mort. » (p. 160-161).

Une petite erreur : « À quatre pattes, je fais de mon vieux […]. » (p. 403). Ah ah ah, moi aussi, j’ai fait de mon vieux pour ne pas rire !

À part cette petite erreur, j’ai eu une lecture très agréable de ce roman à la fois historique et science-fiction. June vit de sa passion et toutes ces histoires d’automates, c’est fascinant (j’aime tout ce qui est mécanisme d’horlogerie, d’automates, etc.). Les descriptions sont extraordinaires. De plus, vous l’avez compris, le passé et le présent sont liés, dans un récit mi steampunk mi uchronie, mais je ne vous en dis pas plus, ce sera à vous de découvrir le comment du pourquoi !

Pour Jeunesse Young Adult #10, Littérature de l’imaginaire #8 et Vapeur et feuilles de thé. Et je rajoute Petit Bac 2020 (catégorie Objet pour automates).

Un travail comme un autre d’Alex W. Inker

Un travail comme un autre d’Alex W. Inker.

Sarbacane, mai 2020, 184 pages, 28 €, ISBN 978-2-37731-402-7.

Genre : bande dessinée française.

Alex W. Inker est le pseudonyme d’Alexandre Widendaële, né le 16 janvier 1986 à Maubeuge dans le Nord (Hauts de France). Il étudie à Institut Saint-Luc de Bruxelles (Arts et culture, cinéma) puis à l’Université Charles-de-Gaulle – lille 3 (Esthétique, pratique et théorie des arts contemporains). Il s’intéresse aux relations entre bande dessinée et cinéma. Il est illustrateur de romans jeunesse, scénariste et dessinateur de bande dessinée et a reçu plusieurs prix pour Apache (2016), Panama Al Brown. L’énigme de la force (2017) et Servir le peuple (2018) adapté du roman du Chinois Yan Lianke. Un travail comme un autre est l’adaptation de Work Like Any Other, un roman états-unien de Virginia Reeves paru chez Stock en 2016 ; cette BD est nommée pour le Prix des libraires 2021.

Alabama, années 20-30, durant la Grande Dépression. Roscoe T. Martin est marié à Mary, a un jeune fils, Gerald, et vit dans une ferme (la ferme du père de Mary qui est mort) mais il refuse d’être fermier et ne travaille pas au grand désarroi de son épouse. Toutefois il est électricien et les lignes électriques que l’Alabama Power installe lui donne une idée : raccorder sa ferme aux lignes ! Il demande de l’aide à son voisin, un Noir, Wilson. « Oh ! J’ai pour idée que ça va pas plaire aux femmes, votre idée, m’sieur Roscoe ! Oh non ! – Alors pour les femmes, ce sera l’œuvre de la compagnie ! » (p. 26). Tout fonctionne comme prévu jusqu’à ce qu’un employé de la compagnie meurt électrocuté… Wilson et Roscoe sont arrêtés. « Roscoe T. Martin, vous êtes condamné à purger une peine de vingt ans dans un pénitencier d’État. » (p. 56).

Roscoe est conduit à Kilby où il n’est pas trop malheureux : il travaille à la laiterie de la prison (il trait les vaches) et à la bibliothèque (il range les livres), il peut lire et écrire à Mary (qui ne lui répond pas). Son compagnon de cellule, Ed Mason, menuisier et ébéniste construit une chaise en bois. Peut-être que Roscoe pourra l’électrifier…

Lorsqu’il est libéré, Roscoe redevient électricien. « C’est un travail comme un autre. » (p. 169).

Toute la bande dessinée est en noir et blanc et orange comme les uniformes rayés des prisonniers. C’est résolument réaliste, il y a presque un côté blues. L’influence n’est pas tant de la BD franco-belge que des comics américains. Il il y a surtout beaucoup de violence : le milieu carcéral mais aussi la vie quotidienne, le couple, la mine, le racisme… Même l’électricité est dangereuse (d’ailleurs ça m’a fait penser à Les derniers jours de l’émerveillement de Graham Moore que j’ai lu début mai, il faut que je publie ma note de lecture !). Un travail comme un autre est une histoire tragique mais a des côtés émouvants. J’ai bien aimé la chienne de la prison, Maggie, qui a droit à une retraite bien méritée après avoir eu une portée de chiots.

Une très belle BD pour La BD de la semaine que je mets aussi dans Animaux du monde #3 (vaches, chevaux et chiens, en particulier Maggie), BD 2020-2021 et Challenge du confinement (case BD). Plus de BD de la semaine chez Noukette.

Éloquence de la sardine de Bill François

Éloquence de la sardine : incroyables histoires du monde sous-marin de Bill François.

Fayard, octobre 2019, 224 pages, 18 €, ISBN 978-2-21371-294-9.

Genres : littérature française, essai, document, témoignage.

Bill François est scientifique, spécialiste du monde marin. Il est aussi un grand orateur (vidéos ci-dessous sur le livre) et a gagné le premier concours d’éloquence du Grand Oral de France2.

Lorsqu’il était enfant, en vacances au bord de la mer Méditerranée, Bill François observait « les crabes verts aux perruques d’algues, les crevettes translucides, les bigorneaux cracheurs de bulle, et même les anémones écarlates que je n’osais pas toucher […]. » (p. 10). Un jour, il rencontre une sardine et sa vocation de scientifique naît : l’envie de savoir comment les êtres marins communiquent, comment ils ressentent le monde. Adulte, il étudie donc l’hydrodynamique et la biomécanique.

Ce livre est un monde tellement inconnu (à part les documentaires que j’ai vus) pour moi qu’il m’a passionnée ! Bill François, en plus d’être un excellent orateur, est aussi un excellent conteur qui raconte des histoires vraies et des légendes (parfois les deux sont liées). Il y a une petite sardine qui accompagne le lecteur tout au long de sa lecture ainsi que de jolies illustrations de l’auteur. « L’océan regorge de ces histoires cachées, des ces êtres craintifs, qui ne demandent pourtant qu’à conter leurs récits. » (p. 36).

Je vais vous dire une chose : je suis contente de ne jamais manger ni mollusque ni crustacé, et très peu de poisson mais après ma lecture je n’ai plus envie du tout d’en manger. Par contre j’ai appris beaucoup de choses en peu de temps (une après-midi de lecture, ça se lit comme un roman !) et mon cerveau est rassasié ! Mais trait d’humour : Renaud a raison quand il dit que la mer « les poissons pètent dedans » (épisodes du banc de harengs suédois, p. 48-51).

Quel surprise que ce livre, conseillé par une amie ! J’y ai appris des choses surprenantes sur les êtres marins quels qu’ils soient, sur la communication, l’entraide, le partage ou pas, les poissons nettoyeurs avec des techniques commerciales (et les faux poissons nettoyeurs !), la transmission d’une culture (baleine) ou pas (poulpe) : « passation de savoir acquis, et non inné, véhiculé par la pédagogie et non par l’instinct » (baleines du golfe du Maine, p. 76).

Parfois (souvent ?), la légende rejoint la réalité : les méduses et le corail (p. 54-59), le pêcheur indonésien et son énorme perle d’huître (p. 82-84), le mollusque hillazone et le tekhelet (hébreu) à la fois noir, bleu et vert (p. 86-91), la nacre et la Toison d’or (p. 96-101).

Surprenant, passionnant, ce livre qui est à la fois un document scientifique et un recueil de témoignages, est surtout un très bel essai littéraire digne d’un roman ! Un beau livre à offrir même.

En plus, c’est drôle : saviez-vous que Gérard de Nerval « à la fin de sa vie victime de crises de folie » (p. 95) prit un homard comme animal de compagnie et le promenait en laisse (un ruban bleu) dans Paris ? « J’ai le goût des homards, disait le poète. Ils sont tranquilles, sérieux, savent les secrets de la mer… et n’aboient pas. » (p. 95).

C’est historique (attachez-vous bien !) : les Vikings mangeaient de la morue séchée grâce à Vinlandia (p. 108-113) et ils transmirent leur secret aux pêcheurs basques qui allèrent pêcher le cabillaud à Vinlandia (Terre Neuve et Nouvelle-Écosse plus précisément) dès 1390 ! « Ils avaient découvert un nouveau continent, mais surtout un incroyable coin de pêche à la morue, dont ils gardèrent le secret ; seule une poignée de cartes de l’époque en fait mention. Un bon coin de pêche ne se partage pas. Cent ans plus tard, quand les caravelles de Christophe Colomb prirent le large, leurs cales étaient déjà remplies de morue séchée, pêchée par les Basques en Amérique. » (p. 110) ! Et écologique : malheureusement, la belle histoire s’est transformée en catastrophe à cause de la surpêche et le cabillaud a quasi disparu… « À un rythme de deux millions de tonnes capturées chaque année, la merveilleuse abondance qui avait nourri l’humanité pendant six siècles s’effondra en une décennie. » (p. 112)…

Ce livre n’est donc pas qu’un recueil d’histoires amusantes et de légendes… Il y a aussi des faits réels historiques et des histoires émouvantes (tristes) comme celle de l’anguille Åke à Bantevik, un village suédois (p. 138-140) ou l’amitié entre l’orque Old Tom et George Davidson à Eden, en Nouvelle-Galles du Sud, Australie (p. 184-188).

« La mer nous parle. Pour que le dialogue soit plus complet, pourquoi ne pas lui répondre ? » (p. 177).

Une très belle lecture, enrichissante, différente de mes lectures habituelles, que je mets bien sûr dans Animaux du monde #3 mais aussi dans Challenge du confinement (case Essai), Contes et légendes #2 et Petit Bac 2020 (catégorie Animal).

Deux vidéos (courtes) : remarquez l’humour et le sens de la poésie !