Les questions dangereuses de Lionel Davoust

Les questions dangereuses de Lionel Davoust.

Hélios (ActuSF), janvier 2019, 128 pages, 4,90 €, ISBN 978-2-36629-979-3.

Genres : littérature française, science-fiction, nouvelle.

Lionel Davoust naît le 10 novembre 1978 à Rennes. Il est romancier et nouvelliste dans les genres science-fiction et fantasy. Il est aussi traducteur (Jim C. Hines, Sean Russel, certains titres de Terry Pratchett, entre autres) pour L’Atalante. Je vous laisse consulter ses titres sur son site officiel, https://lioneldavoust.com/. J’ai déjà lu les deux premiers tomes de la trilogie Léviathan : La chute (Don Quichotte, 2011) et La nuit (Don Quichotte, 2012) et je (re)publie ici ces deux archives mais pourquoi n’ai-je jamais lu le troisième et dernier tome, Le pouvoir (Don Quichotte, 2013) ?

Novembre 1637. Une journée froide et pluvieuse au château de Déversailles pour l’enterrement de l’érudit Sigismond Frédéric en présence de la Reine, Léonie Lebensfreude de Légatine-Labarre. Mais, durant la cérémonie, le Dr Jean Lacanne, qui a étudié avec Sigismond Frédéric, est assassiné !

Le mancequetaire Thésard de la Maulière, ami du comte Batz d’Arctangente, mène l’enquête. « Pourquoi assassiner de la sorte un proche de la reine d’aussi mineure importance ? » (p. 17).

Dans cette histoire de France, différente de celle de notre passé, les mousquetaires sont des mancequetaires et les combats se font, non pas avec des épées, mais à coup de Questions auxquelles il vaut mieux Répondre juste et rapidement sinon forte douleur dans le lobe frontal !

Cette nouvelle (ou novella) classée en science-fiction aborde l’Histoire et le surnaturel de façon surprenante en mêlant action et aventure à la façon d’Alexandre Dumas et en ajoutant une pointe d’humour.

Les questions dangereuses fut d’abord publiée en 2011 dans une anthologie intitulée Dimension de capes et d’esprit dans laquelle Éric Boissau compilait des nouvelles mettant en scène des récits à la façon des romans de capes et d’épée.

En fin de volume, un entretien de Lionel Davoust mené par Nicolas Barret où le lecteur apprend beaucoup de choses sur l’auteur, son œuvre, ses goûts, son imagination et la création de ces Questions dangereuses qui font bien sûr penser au film Les liaisons dangereuses sauf qu’ici, ce ne sont pas les liaisons qui sont dangereuses mais les Questions.

Une curiosité à découvrir !

Pour les challenges Lire en thème février 2020 (auteur français), Littérature de l’imaginaire #8, Maki Project et Petit Bac 2020 (pour la catégorie Mot au pluriel avec Questions).

La voix des vagues de Jackie Copleton

La voix des vagues de Jackie Copleton.

Escales, collection Domaine étranger, octobre 2016, 368 pages (erreur de l’éditeur qui dit 304), 21,90 €, ISBN 978-2-36569-165-9. A Dictionary of Mutual Understanding (2015) est traduit de l’anglais par Freddy Michalski.

Genre : littérature anglaise.

Jackie Copleton naît en Angleterre ; elle enseigne l’anglais au Japon (Nagasaki et Sapporo), elle voyage et vit maintenant à Newcastle (Angleterre) avec son époux. La voix des vagues est son premier roman, une belle réussite ! Plus d’infos sur sa page FB (son blog WP n’étant apparemment plus en ligne).

« La voix des vagues / Qui se dressent devant moi / N’est pas aussi forte / Que mes sanglots, / D’avoir été abandonné. Poème japonais vieux de mille ans. » (en exergue, p. 9).

Une ville, Nagasaki, et l’horreur du 9 août 1945 à 11 heures, des familles, les Takahashi (Amaterasu, Kenzo et leur fille Yuko), les Sato (Jomei, médecin, et son épouse Natsu), les Watanabe (Yuko, Shige et leur fils Hideo), les secrets, les souffrances, les remords, les souvenirs douloureux mais indispensables pour que le lecteur comprenne le fil de leur vie et le fin mot de l’histoire.

Pennsylvanie, hiver 1983-1984. Amaterasu Takahashi (la narratrice) ouvre sa porte et voit un homme défiguré qui dit s’appeler Hideo Watanabe et être son petit-fils. La dernière fois qu’elle a vu Hideo, il avait 7 ans et elle l’a déposé à l’école : c’était il y a plus de 38 ans !

Nagasaki, 9 août 1945. Le quartier d’Urakami et une partie du centre-ville sont envahis par les flammes. Yuko et Hideo ont disparu… Amaterasu et Kenzo Takahashi ont longtemps chercher leur fille unique et leur petit-fils, puis ils les ont longtemps pleurés. « Hideo est mort. Vous ne pouvez pas être lui. Je suis désolée. » (p. 13).

L’homme, venu pour une série de conférences, repart au Japon dans quelques jours alors Amaterasu accepte de prendre sa carte de visite et une lettre. Plus tard, gêné, il revient avec un paquet qu’il doit lui remettre.

Après la guerre, Amaterasu et Kenzo Takahashi ont émigré aux États-Unis, d’abord en Californie puis en Pennsylvanie. Maintenant veuve, seule, Amaterasu va devoir replonger dans son douloureux passé. « Pour dire la vérité, je n’étais pas sûre de même vouloir un petit-fils revenu d’entre les morts. Il me restait si peu de temps. Toutes ces années perdues au cours desquelles une vraie relation humaine aurait pu s’établir étaient passées depuis longtemps. » (p. 84-85).

Mais est-il vraiment trop tard ? Amaterasu va-t-elle accepter ce petit-fils ou va-t-elle le rejeter ? Va-t-elle (enfin) lire les journaux de Yuko qu’elle a récupérés après la bombe ? « Les lettres du docteur me tiraient vers le passé, m’obligeant à déterrer tout ce que j’avais voulu garder caché, mais je ne parvenais pas à m’arracher à sa version du temps enfui que nous avions en partage. » (p. 181).

La question qui tue : quel est le son de l’explosion que les survivants ont appelé Pikadon ? Mieux vaut ne pas le savoir ! Il est préférable d’entendre le son des vagues (virées à Iwo Jima incluses) que le son de la bombe !

A Dictionary of Mutual Understanding est le livre que Kenzo offre à son épouse peu après leur arrivée aux États-Unis pour qu’elle progresse en anglais. À chaque nouveau chapitre du roman, il y a un mot japonais (yasegaman, ninjo, en, kodakara, konjo, etc.) avec son explication afin de comprendre la culture japonaise et le comportement des Japonais.

Jackie Copleton connaît bien le Japon et les Japonais : elle a enseigné à Nagasaki pendant des années ; elle délivre un premier roman magistral, d’une grande beauté, tout en douceur, en finesse et en émotion, mais qui dégage aussi beaucoup de tristesse et parfois même de la rancœur. Sera-t-il possible d’aller au-delà de l’horreur, au-delà de la haine, au-delà de la souffrance ? Ce roman m’a bouleversée bien que je n’aie pas visité Nagasaki (après avoir visité Hiroshima, je ne pouvais pas visiter Nagasaki…). En tout cas, quelle surprise que la vie d’Amaterasu !

Ce roman, magnifique, à garder précieusement dans son cœur, entre dans les challenges Petit Bac 2020 (pour la catégorie Son avec « voix ») et Voisins Voisines (Angleterre).

La langue et le couteau de KWON Jeong-hyun

La langue et le couteau de KWON Jeong-hyun.

Philippe Picquier, septembre 2019, 304 pages, 20 €, ISBN 978-2-8097-1437-1. Kalgwa hyeo (2017) est traduit du coréen par LIM Yeong-hee avec la collaboration de Lucie Modde.

Genres : littérature sud-coréenne, roman historique, roman culinaire.

KWON Jeong-hyun… Très peu d’infos sur ce jeune auteur coréen. Il naît en 1970 à Cheongju (sud-est de Séoul). La langue et le couteau est son premier roman traduit en français mais est-ce son premier roman ? Il a en tout cas reçu le Prix Honbul en 2017 (prix créé en 2011 pour récompenser les jeunes auteurs talentueux qui deviendront les grands auteurs de demain).

Yamada Otozô, originaire de Kumamoto (Japon), est le commandant de l’armée du Guandong. « Avant d’être enrôlé de force dans l’armée, j’étais un homme ordinaire qui enseignait la poésie et la littérature. » (p. 21). Le couteau le symbolise.

Wang Chen, Yi du Guangzi (Chine) est cuisinier ; il a hérité ce don de son père, né et mort dans des circonstances tragiques. « Mon père était le meilleur second de cuisine de l’hôtel de la Rivière des Perles à Canton. J’ai appris à cuisiner avec lui. Je vous en prie, épargnez-moi. » (p. 32). La langue le symbolise.

Il y a un troisième personnage narrateur puisque les personnages parlent à tour de rôle. C’est Kilsun, une jeune Coréenne de 22 ans qui a quitté Chongjin (Corée donc, avant la séparation) pour rejoindre son frère malgré ce qu’il lui a fait subir… Elle est l’épouse de Chen.

La langue et le couteau est donc un roman choral, genre que je n’apprécie pas spécialement mais trois personnages, ça me convient, c’est très bien. Il y a aussi Puyi (le dernier empereur de Chine) et sa suite qui sont assignés à résidence dans un palais. Puisque nous sommes au Mandchoukouo en 1945, la Mandchourie sous occupation japonaise.

Soupçonné d’activités complotistes, Chen est arrêté et, s’il veut échapper à une exécution, il doit relever le défi d’Otozô : un couteau, un ingrédient, une minute ! « Je regarde mon champignon les yeux dans les yeux. Tout aliment, qu’il soit vivant ou mort, légume ou produit de la mer, a des yeux. Mon père disait souvent que pour bien cuisiner, il fallait maîtriser les yeux du produit. Dominer le produit est le seul moyen de lui donner goût et parfum. C’est uniquement quand il s’abandonne entièrement au couteau qui le hache qu’il peut accepter le feu, l’huile, les sauces et les mains du cuisinier, puis renaître sous une nouvelle forme. » (p. 54). Otozô à Chen : « Ta vie ne dépend pas de moi mais uniquement de ta cuisine. » (p. 74).

Vous l’avez compris, La langue et le couteau est un roman historique mettant principalement en confrontation deux hommes, un Japonais et un Chinois, dans une région qui leur est finalement inconnue à tous deux (la Mandchourie), mais c’est aussi – et surtout – un roman culinaire avec la confrontation entre deux cuisines, la japonaise et la chinoise (qui ne sont pas semblables, contrairement à ce que certaines personnes pourraient penser). Je ne me suis pas vraiment régaler au niveau gastronomique malgré le raffinement de la cuisine de Chen (trop de poissons, de viandes…), par contre je me suis régalée au niveau littéraire et historique ! En Mandchourie, vivent des Chinois, des Japonais et des Coréens et les trois populations sont représentées dans ce roman à travers, en particulier, Chen, Otozô et Kilsun. Mais il y a aussi des bruits d’une autre guerre : les Russes se seraient déployés à Vladivostok et à Khabarovsk et « L’armée soviétique compterait un million cinq cent mille… » (p. 187) alors que « L’armée du Guandong compte à peine un million de soldats inexpérimentés. » (p. 187).

D’ailleurs, les enjeux de cette année 1945 sont aussi politiques car la Fête de Banjin va avoir lieu (mi-août !) et les Japonais veulent asseoir leur autorité (même si la majorité se doutent que la guerre va bientôt finir et qu’ils devront fuir, s’il est possible pour des soldats japonais de fuir !) : « Le banquet doit durer deux jours. On a beau parler de l’union des cinq ethnies, les Mandchous qui sont les acteurs principaux de cette fête, semblent complètement laissés de côté. L’événement se déroule à l’initiative du gouvernement mandchou mais est sous le contrôle de l’armée du Guandong. Du temps où les Qing étaient étaient encore puissants, toutes sortes de manifestations culturelles traditionnelles avaient lieu : course de chevaux, tir à l’arc, lutte, etc. Pour cette édition, rien de tel ne semble avoir été programmé. La fête est simplement le moyen de s’attirer les faveurs des représentants étrangers et des officiers japonais […]. » (p. 142). Et si Chen profitait de ce banquet pour empoisonner les hauts-gradés de la table d’honneur ?

Trois extraits que je veux garder

« La Mandchourie ne montre pas son vrai visage aux étrangers. Elle s’enfonce dans ses blessures et y reste blottie très profondément. De l’extérieur, ses plaies semblent cicatriser et devenir supportables ; parfois elles sont sacrifiées au nom de l’espoir. » (Kilsun, p. 82).

« Manger est pour moi le meilleur moyen d’oublier, pour quelques instants, cette guerre et la charge qui est la mienne. Je ne manque pas de discuter avec Shigeo des plats qu’il m’apporte. La cuisine nous sauvera peut-être. » (Otozô, p. 111).

« Certes, je suis sous le joug d’Otozô qui me commande des plats précis, mais le goût ne sert jamais qu’à flatter le palais ; il ne peut servir à dominer quoi que ce soit d’autre. S’il lui permet d’oublier sa peur, il ne changera pas l’Histoire. Ces maudits Japonais auraient dû se contenter de manger et de se faire plaisir plutôt que de critiquer la cuisine chinoise. Ils en paieront le prix, et leurs langues les premières. Leur fin est proche. » (Chen, p. 216).

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce beau roman dramatique car l’auteur a un style imagé et j’ai appris pas mal de choses. J’ai aimé l’acharnement à vivre de Chen et le fin gourmet qu’est Otozô (Kilsun est un peu moins présente mais elle est en lien avec la lutte anti-japonaise et les communistes à travers son frère en particulier). Le fait que les prénoms des personnages soient utilisés, Chen, Otozô, Kilsun, plutôt que leurs nom de famille (ce qui est plus habituel en Asie), fait que le lecteur se sent plus proche d’eux et les comprend mieux même si leur univers lui est inconnu.

C’est la première lecture que je vais déposer dans le Hanbo(o)k Club, groupe FB consacré à la littérature coréenne (et, par extension, à la littérature asiatique).

Je le mets aussi dans les challenges 1 % Rentrée littéraire 2019, Des livres (et des écrans) en cuisine 2020 et Petit Bac 2020 (pour la catégorie « Objet » avec couteau).

Âme brisée d’Akira Mizubayashi

Âme brisée d’Akira Mizubayashi.

Gallimard, collection blanche, août 2019, 256 pages, 19 €, ISBN 978-2-07284-048-7.

Genres : littérature japonaise, littérature francophone.

Akira Mizubayashi naît le 5 août 1951 à Sakata (dans la préfecture de Yamagata, au nord-ouest de Sendai). Il étudie les langues et les civilisations étrangères à l’université de Tôkyô et vient se perfectionner en français à Montpellier puis à l’École normale supérieure de Paris. Depuis 1989, il enseigne le français à l’université Sophia de Tôkyô. Il est aussi écrivain, un très grand écrivain ! Du même auteur : Une langue venue d’ailleurs (Gallimard, 2011), Mélodie : chronique d’une passion (Gallimard, 2013), Petit éloge de l’errance (Gallimard, 2014), Un amour de mille ans (Gallimard, 2017) et Dans les eaux profondes – Le bain japonais (Arléa, 2018) qui sont des essais (écrits en japonais et traduits en français).

Tokyo, quartier de Shibuya. Yu Mizusawa, Japonais, veuf, professeur d’anglais et violoniste amateur, répète avec trois étudiants chinois : Yanfen Lin, la seule femme, est altiste, Kang Song est le deuxième violon et Cheng Wang est violoncelliste. Ensemble, ces amis forment un quatuor de musique classique occidentale. « Le quatuor sino-japonais, fraîchement constitué, n’avait pas de nom. Il était fondé sur le seul principe du plaisir musical partagé, au-delà de toute autre considération, oubliant tout ce qui était en dehors de la musique schubertienne, à l’écart du reste du monde, à l’écoute de lui-même et des autres. » (p. 32). Mais ce jour-là, le dimanche 6 novembre 1938, lors de la troisième répétition de Rosamunde, des soldats font brutalement irruption dans le Centre culturel : ils embarquent les quatre adultes et un des soldats écrase méchamment le violon de Yu.

Rei, 11 ans, le fils de Yu, qui lisait Dites-moi comment vous allez vivre [voir la note en bas du billet], s’est caché dans une armoire et, bien que découvert par le lieutenant Kurokami (son prénom est Kengo, on le connaîtra plus tard), celui-ci ne le dénonce pas et lui remet même le violon à l’âme brisée. Mais Yu ne reverra jamais son père… Le Japon et la Chine sont en guerre depuis un an et Yu, qui fréquente des étrangers (ce qui est pourtant normal en tant que professeur universitaire… !), est considéré comme un hikokumin, un traître de la nation.

Après que les soldats soient tous partis, Rei sort de sa cachette avec son livre, le violon détruit de son père et se dirige vers chez lui mais il n’a pas la clé pour rentrer dans la maison. Il croise un chien qui le suit. « Rei garda longtemps dans la main la patte blanche du shiba. On voyait leurs deux ombres confondues et superposées sur la surface irrégulière de la ruelle en terre battue. » (p. 74). Heureusement, Philippe Maillard, le meilleur ami de Yu, un journaliste français, devait leur rendre visite le soir même avant d’être rapatrié en France avec son épouse, Isabelle.

Des années plus tard, Jacques Maillard est maître luthier à Mirecourt (dans les Vosges). Il rencontre Hélène, archetière, et lui raconte son histoire. « Je me suis retrouvé orphelin à Tokyo et j’ai été adopté par M. et Mme Maillard qui m’ont élevé comme si j’étais leur fils… » (p. 109-110). En 2003, Rei/Jacques va rencontrer une jeune violoniste japonaise, Midori Yamazaki, une prodige récompensée par un prix international, mais je ne vous en dis pas plus pour ne pas en dévoiler trop sur ce roman magnifique… à part cet extrait. « Le violon de mon père était extrêmement abîmé. […] c’était la seule chose qui me restait de mon père… Il était vraiment dans un piteux état. Un militaire barbare l’avait piétiné de tout son poids. Il était brisé… en miettes… jusqu’à l’âme. – Mon Dieu ! s’écria la violoniste. Même l’âme était brisée ! » (p. 153).

Âme brisée est un roman envoûtant et précieux car il montre non seulement les relations entre les humains et ce que l’on transmet (Yu a transmis à son unique fils le goût de la lecture, de la musique, des relations saines) mais aussi le pouvoir de la musique. Car la musique est un langage universel qui permet d’aller au-delà des relations sociales (en particulier sur les notions de supériorité et d’infériorité, par rapport à l’utilisation spécifique de la langue japonaise qui est parfois transcrite dans le roman) et elle fait partie du patrimoine de l’humanité. Écrit en français, il est également d’une grande finesse, tout en élégance, en poésie musicale (comme une mélodie, un des titres de l’auteur), et je dois dire qu’il m’a arraché des larmes tant l’histoire est émouvante, plus même bouleversante. Ce roman paru le jour de mon anniversaire (le 29 août 2019) est sûrement mon dernier coup de cœur de l’année ! J’ai très envie de lire d’autres titres de Mizubayashi, si vous en avez un à me conseiller parmi ses essais parus avant Âme brisée ?

Deux notes

Dites-moi comment vous allez vivre (君たちはどう生きるか Kimi-tachi wa dô ikiru ka) est un roman d’aventures de Genzaburô Yoshino (吉野源三郎 1899-1981) paru en 1937. « C’est un livre magnifique. En pleine période de folie fasciste et d’engouement militariste et ultranationaliste, Yoshino a eu l’audace d’écrire, à l’intention des jeunes Japonais, un livre qui prônait l’usage critique de la raison et défendait la supériorité éthique de l’amitié des égaux par rapport à la soumission rampante et aveugle à l’égard des aînés et des dominants. Je crois que mon père voulait faire de moi un jeune homme capable de garder sa lucidité en toute situation, de ne pas succomber à la folie collective et de s’insurger contre les aberration… » (p. 191). Et vous savez quoi ? Le studio Ghibli travaille sur son adaptation animée depuis 2016 et la sortie dans les salles est prévue pour 2020-2021 !

Page 188, il est question du Bateau-usine de Takiji Kobayashi, un roman « ouvrier » paru en 1929 et je vous rappelle que j’ai lu ce roman il y a 10 ans ainsi que son adaptation très réussie en manga (parue en 2016).

Un roman que je mets dans le challenge 1 % Rentrée littéraire 2019 et que je vous conseille chaleureusement !

Haïkus de Sibérie de Jurga Vilé et Lina Itagaki

Haïkus de Sibérie de Jurga Vilé et Lina Itagaki.

Sarbacane, mars 2019, 240 pages, 22 €, ISBN 978-2-37731-205-4. Sibiro Haiku (2017) est traduit du lituanien par Mariette Vitureau.

Genres : bande dessinée lituanienne, Histoire.

Jurga Vilé naît en 1977 en Lituanie. En 1990, lorsque la Lituanie proclame son indépendance, elle a 13 ans. Elle chante dans une chorale et découvre la culture française. Elle étudie la philologie française à l’Université de Vilnius puis le cinéma et l’audiovisuel à la Sorbonne Nouvelle (Paris III) avant de partir à New York. Elle vit pendant 10 ans en Andalousie (Espagne) où elle est traductrice et c’est là qu’elle écrit Haïkus de Sibérie, sa première œuvre. De retour à Vilnius, en 2018, avec ses deux enfants, elle travaille au Musée d’Art moderne, elle est traductrice pour le cinéma et elle écrit.

Lina Itagaki est une artiste lituanienne qui a étudié à Tôkyô (elle y a vécu durant 6 ans). En 2003, elle est diplômée en commerce international de l’Université Chrétienne Internationale de Mitaka (Japon) puis en 2014, elle sort diplômée en art graphique (illustration et designer) de l’Académie des Arts de Vilnius (Lituanie). Haïkus de Sibérie est son premier roman graphique. Plus d’infos sur son site officiel (en anglais) ainsi que sur sa page FB et son compte Instagram.

Pendant la seconde guerre mondiale, les Allemands ont envahi la Pologne et les Russes la Lituanie : beaucoup de familles considérées comme des traîtres sont déportées « dans les coins les plus reculés et les plus rudes de Russie, en lointaine Sibérie. » (comme les pages ne sont pas numérotées, je ne mettrai pas de numéro de page aux extraits). Bien sûr, beaucoup sont morts là-bas mais des enfants ont été rapatriés dans le « train des orphelins » et, dans ce train, Algis, le père de Jurga Vilé.

Ursula Miélis est muette depuis que sa petite Adèle est morte. Le 14 juin 1941, elle est déportée avec son mari, apiculteur, et leurs deux enfants : Dalia et Algis qui voyage avec son jar, Martynas. Mais la famille n’a pas pu prendre ni le chien ni le cochon, et leur cheval, Trèfle, est réquisitionné par les soldats russes (fort peu aimables). Tante Pétronelle, la sœur du père, Romas Miélis, monte dans la charrette avec un livre, un recueil de haïkus : c’est qu’elle est folle du Japon. Elle n’aurait pas dû partir mais elle est avec eux et, durant le voyage et en Sibérie, ils vont découvrir les haïkus ! À la gare, les hommes valides sont séparés des femmes et des enfants : ils vont dans des camps de travail. « Prends soin des pommes, Algis. Les pommes, c’est la Lituanie. » Le trajet est long et difficile… « Quand on est enfin arrivés, de dehors, quelqu’un a crié : Barnaul ! Terminus ! Barnaul ! ». Mais le voyage n’est pas terminé, il faut marcher, traverser l’Ob et encore marcher… « Cette dernière portion du trajet fut une torture. Il fallait porter les enfants et les vieux sur le dos. On était tous épuisés, et on pataugeait dans une boue de plus en plus profonde. Quelqu’un est tombé dedans de tout son long et n’a pas pu se relever. » Ceux que les soldats russes appellent svolochi (parasites) comprennent deux mots de russe qui reviennent tout le temps : davaï (allez) et spat (dormir). Quand ils arrivent aux baraques qui leur sont assignées, elles sont pleines de punaises, de moustiques, de lézards et de couleuvres… Et comme il n’y a rien, ils dorment à même le sol poussiéreux.

Si la première partie raconte le voyage, la deuxième partie raconte la vie au camp (tante Pétronelle a même la surprise de trouver des soldats japonais prisonniers plus loin !). Le travail, la faim, la maladie, la mort pour certains, la création d’une chorale « Les pépins de pommes » et puis les haïkus et même des origamis, voilà le quotidien. Heureusement à Vilnius (capitale de la Lituanie), des hommes, dont l’oncle Alfonsas, avocat, le frère de madame Miélis, font leur possible pour rapatrier de Sibérie les ressortissants lituaniens enlevés et déportés arbitrairement. Il faut se hâter car beaucoup y meurent… « La Sibérie est comme ça, tuante et vivifiante à la fois. »

Il y a dans ce texte et ces images parfois une pointe d’humour ou de poésie, mais Haïkus de Sibérie reste un témoignage « dur », cruel et éprouvant à lire. « Les pépins meurent en Sibérie ! Pas de pommes en Sibérie ! ». Les dessins, à mon avis, ne sont pas particulièrement beaux (quoique les personnages soient réussis et que j’aime bien la pleine page avec la scène de banquet avorté pour Noël) mais ils participent à l’ambiance de cette bande dessinée, à son charme, à son côté naïf parfois (le narrateur est un enfant de 13 ans qui ne comprend pas tout).

Haïkus de Sibérie a été lu et apprécié par Antigone, par Usva, par Art et culture de Lituanie (le blog des Cahiers lituaniens) et sûrement par d’autres !

Quant à moi, je mets Haïkus de Sibérie dans La BD de la semaine et dans le challenge BD 2019-2020. Plus de BD de la semaine chez Moka.

PS : j’ai oublié de dire que Haïkus de Sibérie est dans la sélection du Festival d’Angoulême 2020 (sélection Jeunes Adultes 2020).

Civilizations de Laurent Binet

Civilizations de Laurent Binet.

Grasset, août 2019, 384 pages, 22 €, ISBN 978-2-24681-309-5.

Genres : littérature française, science-fiction, uchronie.

Laurent Binet naît le 19 juillet 1972 à Paris. Agrégé de Lettres modernes, il fut professeur pendant dix ans avant de se lancer dans l’écriture au début des années 2000. Il a aussi été le chanteur du groupe rock Stalingrad. C’est la première fois que je lis cet auteur et j’ai très envie de lire son premier roman, HHhH paru en 2010 chez Grasset.

Freydis Eriksdottir, la fille d’Érik le Rouge, quitte la Norvège pour l’Islande puis continue à l’Ouest avec quelques hommes et du bétail à bord d’un knörr qui arrive au Groenland puis qui fait cap toujours plus au sud. « Freydis était enceinte et avait un mauvais caractère. » (p. 13). Les Vikings accostent au Pays de l’Aurore puis à Cuba : ils ne savent pas qu’ils vont changer le monde ! À chaque fois, ils rencontrent les peuples qu’ils appellent les Skraelings, il échangent (le maïs pour les uns, le fer pour les autres, entre autres) mais les populations locales tombent malades et le knörr repart encore plus au sud. Jusqu’à Chichen Itza où Freydis perd son mari, Thorvard. Puis jusqu’au Panama. « Puis il arriva qu’un Skraeling frappé de fièvre survécut et se rétablit. Il fut suivi d’un autre et peu à peu le mal apporté par les étrangers perdit de sa force. Alors les Groenlandais surent qu’ils étaient arrivés au terme de leur voyage. » (p. 31).

Suivent des fragments du journal de Christophe Colomb qui, à cause du passé modifié des Skraelings, ne vit pas ce qu’il aurait dû vivre ! « De retour à la nef, je fus reçu par un Indien que les autres appelaient cacique et que je tiens pour le gouverneur de cette province […]. Le cacique m’invita à prendre place sous le château de poupe pour dîner. […] On me servit des mets de leur confection, comme si j’étais leur invité sur mon propre vaisseau. » (p. 49-50).

Une guerre éclate entre les deux fils de Huayna Capac : Huascar (roi de Cuzco) et son demi-frère Atahualpa (roi de Quito). « D’autres, se remémorant les vieilles histoires concernant la Reine rouge, fille du Tonnerre, envoyée du Soleil, levèrent les bras respectueusement. » (p. 85). Atahualpa décide de fuir… à l’est ! Que trouvera-t-il ? Il ne le sait pas mais c’est le début d’un périple dangereux à Cuba, Haïti, la Jamaïque jusqu’à Lisbonne ! Higuénamota qui a connu Christophe Colomb lorsqu’elle était enfant embarque sur un des trois bateaux et devient la maîtresse d’Atahualpa. Ils arrivent dans ce qui est pour eux le Nouveau Monde ! « Ils débarquèrent » (p. 98). Mais Lisbonne vient d’être détruite par un tremblement de terre puis un raz-de-marée et la peste fait rage…

Je réduis ma note de lecture sinon il y aura une page supplémentaire ! Je note simplement quelques infos : la religion du « dieu cloué », le « breuvage noir teinté de rouge » (p. 119). « Ce fut […] l’un des premiers échanges culturels entre Quiténiens et habitants du Nouveau Monde. Au reste, le breuvage noir de Tolède n’était pas moins savoureux que celui de Lisbonne. » (p. 119).

Civilazations est une remarquable fresque dans laquelle le destin de l’Amérique du Sud et de l’Europe est totalement changé, voire inversé. En effet, l’éditeur nous dit que « Il a manqué trois choses aux Indiens pour résister aux Conquistadors. Donnez-leur le cheval, le fer, les anticorps, et toute l’histoire du monde est à refaire » ! Freydis Eriksdottir et ses hommes aux cheveux rouges ont apporté ces trois choses et toute l’histoire du monde est modifiée ! Du Portugal à l’Empire germanique en passant par l’Espagne, l’Italie, la France, l’Europe sera tout autre pour le plus grand plaisir des lecteurs ! « Atahualpa découvrait, fasciné, l’histoire enchevêtrée des rois locaux. » (p. 136). L’Europe va-t-elle abandonner le culte du « dieu cloué » pour l’adoration du Soleil et devenir le Cinquième Quartier ? (il y a quatre Quartiers dans le monde d’Atahualpa et Huascar). C’est que les hommes (et femmes) qui accompagnent Atahualpa ne sont que 200 mais ils vont trouver de l’aide parmi les rejetés et les persécutés, les Juifs, les Morisques (mahométans), les Luthériens… « Votre monde ne sera plus jamais le même. » (p. 176).

Civilizations est un roman abouti, vraiment complet : il y a de l’aventure avec un grand A, un journal (celui de Christophe Colomb), de l’épistolaire (entre Thomas More à Chelsea et Érasme de Rotterdam à Fribourg) ; plus surprenant, il y a même des listes ! Comme celle avec les 95 thèses du Soleil (p. 263-272) dont la 89 : « L’Inca incarne la Loi nouvelle et l’Esprit nouveau. » (p. 272). De plus, le vin y a une grande importance, peut-être parce qu’il symbolise le sang et donc la vie, ou tout simplement parce que Atahualpa a aimé ce breuvage qui le changeait du cacao !

Bien que publié en littérature générale (ou « littérature blanche »), Civilizations est pourtant bien un roman de science-fiction, une incroyable uchronie, intelligente et inventive, qui a reçu le Grand Prix de l’Académie française et c’est mérité ! Je vous le conseille vivement, même si vous n’aimez pas la science-fiction, lisez-le comme un roman historique différent car les détails sont réels et les personnages aussi (Pizzaro, Michelangelo, Machiavel, le roi Charles d’Espagne, Charles Quint, etc.). Laurent Binet apporte une analyse différente de l’Histoire européenne, de la religion, du pouvoir de l’Église et des rois. Et c’est réjouissant. À noter que le titre du roman est inspiré du jeu vidéo de stratégie Civilization créé au début des années 90.

Une excellente lecture que je mets dans les challenges 1 % Rentrée littéraire 2019 et Littérature de l’imaginaire #7.

Oublier Klara d’Isabelle Autissier

Oublier Klara d’Isabelle Autissier.

Stock, collection La Bleue, mai 2019, 320 pages, 20 €, ISBN 978-2-23408-313-4.

Genres : littérature française, plutôt roman historique, mais pas que.

Isabelle Autissier naît le 18 octobre 1956 à Paris. Dans les années 70, elle étudie l’agronomie et devient ingénieur agronome spécialisée en exploitation des ressources vivantes aquatiques (halieutique). Mais elle découvre la voile et se lance dans les courses en solitaire. Célèbre navigatrice, elle est la première femme à avoir fait le tour du monde à la voile en solitaire (en 1991). Elle est autrice (essais, contes, romans). Elle est aussi présidente du WWF France depuis 2009.

États-Unis d’Amérique, automne 2017. Iouri, 46 ans, n’a pas mis les pieds en Russie depuis 23 ans ; il vit à Ithaca dans l’État de New York où il est ornithologue et professeur universitaire. Mais il reçoit un mail et apprend que Rubin Bondarev, son père qui a 72 ans, est hospitalisé et au bord de la mort : « cancer du foie, visiblement en phase terminale » (p. 10-11). Iouri s’envole donc pour Mourmansk (nord-ouest de la Russie, cercle polaire). « Il avait laissé l’URSS en noir et blanc, la Russie était passée à la couleur. » (p. 16). Il rend visite à son père à l’hôpital et celui-ci commence à raconter ce qu’il sait.

URSS, 1950. Klara et Anton, tous deux géologues, furent transférés de Leningrad (redevenue Saint-Pétersbourg) à Mourmansk alors que leur fils unique, Rubin, était encore bébé. Klara était directrice de département et Anton chercheur ; ils étaient donc privilégiés mais, une nuit de juin, quand Anton a entre 4 et 5 ans, des hommes en noir ont embarqué Klara. « J’ai su immédiatement qu’il ne fallait pas parler de ce qui était arrivé, ne plus jamais en parler, grommela Rubin en ouvrant enfin les yeux. Ta grand-mère avait fait quelque chose. Mon père avait raison, elle nous avait mis en danger. Je l’ai haïe, elle nous avait trahis. J’étais bien trop petit pour comprendre ce qui s’était tramé dans les mois précédents. Mais, j’ai tout de suite senti qu’il ne fallait pas chercher à le savoir. » (p. 34-35). Iouri pensait que Klara, sa grand-mère était morte de tuberculose ! « Qu’avait-elle fait ? Qu’était-elle devenue ? Il savait ces questions inutiles, mais ne pouvait s’empêcher de les poser. Était-il le petit-fils d’une résistante visionnaire, d’une simple victime d’une jalousie professionnelle ou d’une idiote qui avait fait une mauvaise plaisanterie ? Devait-il s’honorer d’avoir pour aïeule cette femme qui avait fait basculer le roman familial ? Au nom de quoi cette trace indélébile avait-elle été infligée, bouleversant la vie de son père et la sienne ? » (p. 38). Iouri s’adresse en premier lieu au Mémorial mais beaucoup de dossiers ont été transférés à Leningrad et beaucoup de familles n’ont jamais rien réussi à savoir… Mais Iouri est intrigué, il veut maintenant découvrir ce qu’il est advenu de Klara, pas seulement pour son père mourant, pour lui.

Ce roman est saisissant tant il raconte de choses ! La politique et l’histoire de l’URSS (parmi les points cruciaux, la mort de Staline et l’arrivée au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev après la chute du mur de Berlin), la fatalité, les interrogations qui détruisent les familles, la solitude et la souffrance, le froid et la pauvreté, la violence « ordinaire », le goulag, il parle même aussi d’homosexualité, d’écologie et de pêche intensive sur chalutiers. Iouri a ouvert les yeux, en 1986, après avoir lu Docteur Jivago de Boris Pasternak, roman que « les grands du lycée » (p. 103) considéraient comme une bombe. Il y a un passage dans lequel Iouri est, pendant les deux mois d’été, sur le chalutier de pêche commandé par son père : pêche intensive en mer de Barents jusqu’au Spitzberg (territoire norvégien !) pour respecter les quotas, mauvais temps, maltraitance du personnel… Ce passage, réaliste et violent, m’a fait penser au roman japonais, Le bateau-usine (Kanikôsen) de KOBAYASHI Takiji qui a été adapté en manga, Le bateau-usine de Gô Fujio et Takiji Kobayashi. Le roman s’attarde sur la chute du mur de Berlin, l’arrivée au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev, la déception, les études de biologie à Saint-Pétersbourg (Iouri est ravi de quitter Mourmansk et ses parents) et la bourse pour sa thèse aux États-Unis. « Là-bas s’ouvrit une page blanche : nouvelles habitudes, nouvelle langue, nouvelles relations, nouveau travail. Il s’y plongea à corps perdu. » (p. 150). Oublier Klara, c’est aussi la course au nucléaire soviétique, les peuples autochtones brimés, ici les Nenets sur l’île de Sipaeïevna (surnommée l’île aux rennes) et la Russie moderne dont certains aspects sont incompréhensibles pour Iouri.

Mais ne pensez pas que ce roman est un foutoir ! Tout vient à point, tout est fluide, ordonné, mais pas franchement réjouissant. « La peur, la sale peur, celle qui transforme les braves types en bourreaux déferlait dans les têtes et les cœurs. » (p. 294). Et Isabelle Autissier a réussi son coup (un coup de maître) car elle connaît la mer, la pêche, les oiseaux, et apparemment elle connaît bien aussi l’URSS, les années communistes et la mélancolie russe !

Un de mes passages préférés. « Il se jura à nouveau qu’il n’aurait plus jamais peur. Mais oublier Klara ! C’était totalement impossible. » (p. 176).

J’ai aimé la passion de Iouri pour les oiseaux. « Les oiseaux étaient ce qu’il ne serait jamais : des êtres puissants et libres. » (p. 71).

Je mets ce roman dans Lire en thème 2019 : il faut un livre dont le titre comporte un prénom.