Les bons gros bâtards de la littérature d’Aurélien Fernandez et PoPésie

Les bons gros bâtards de la littérature d’Aurélien Fernandez et PoPésie.

Lapin, juin 2020, 128 pages, 13 €, ISBN 978-2-37754-091-4.

Genres : bande dessinée française, humour.

Aurélien Fernandez naît le 28 février 1991 (quelque part en France). De 2009 à 2014, il étudie à l’école Rubika (créations numériques, jeux vidéo, animation) à Valenciennes puis il travaille dans l’animation à Paris (animateur et réalisateur). Il est aussi auteur, scénariste et dessinateur. « Ayant déjà lu une fois, il est très qualifié pour faire un livre sur la littérature. » (rabat 3e de couv’). Plus d’infos sur son blog, La bête est méchante (pas de mise à jour depuis mai 2019), sur sa page FB et sur son Instagram.

PoPésie est le surnom de Guillaume Plassans, professeur de lettres, passionné de poésie (en particulier de Victor Hugo) et auteur. Plus d’infos sur PoPésie sur Twitter.

C’est Noctenbule qui m’avait offert cette bande dessinée, encore merci ! J’ai mis deux ans avant de la lire, vous voyez comme j’ai une (des) PàL (piles à lire) à n’en plus finir !

Préface. « Hugo, Sand, Molière, Voltaire, Colette, Rimbaud… l’Histoire de la littérature compte de nombreuses « grandes femmes » et de nombreux « grands hommes » dont les noms résonnent aujourd’hui encore dans les salles de classe, dans les rues et dans les mémoires. Des géants de l’art, des génies de la plume, des artistes incroyables… mais aussi, parfois, des bons gros bâtards. Et ça, on l’ignore souvent. » (p. 5).

Avertissement. « Ce livre présente une centaine d’anecdotes, d’histoires ou de citations datant souvent de plusieurs siècles. En ce sens, certains des épisodes évoqués dans ces pages ne peuvent être parfaitement sourcés. Il peut parfois s’agir de scènes ou de propos rapportés (par des biographes, des intimes, des adversaires) ou de simples rumeurs transformées par les médisances et le passage du temps. Il ne s’agit pas ici de lancer l’anathème sur des autrices et des auteurs dont nous aimons passionnément l’œuvre, mais de porter un regard nouveau, décalé, surpris ou amusé sur des épisodes (banals ou essentiels) de leurs vies ou sur leurs personnalités souvent méconnues. » (p. 5).

Voilà, après avoir recopié préface et avertissement pour que vous compreniez de quoi parle cette bande dessinée couleur (en fait c’est du noir, bleu et blanc), je peux commencer ma lecture et je peux vous dire que je m’amuse bien. Les auteurs utilisent des mots modernes, par exemple pour le « premier gros bâtard de la littérature française » (p. 7), François Villon, célèbre poète du Moyen-Âge, on peut voir les mots « thug life » (p. 9) et « le côté poétique de la street » (p. 12), ce qui donne un côté amusant et moderne à la vie chaotique de ce délinquant récidiviste ! Il y a plus loin d’autres mots modernes utilisés avec humour (loto, potes, gossip girl, agrafeuse, clasheur, zbeul, entre autres).

Il y a aussi des anachronismes (par exemple dans la mythologie grecque, une automobile ou une Game Boy de Nintendo avec Tetris et plus loin, nous sommes chez Sega mais devinez qui a tué Sonic the Hedgehog !) car les auteurs remontent encore plus loin avec les bâtards dans la mythologie et dans l’Antiquité.

Certains dessins ont un petit côté chibi (ceux qui connaissent le manga comprendront ce que je veux dire mais, pour les autres, je précise que ce sont des petits personnages mignons) mais les thèmes abordés sont sérieux, la jalousie, la vengeance, la misogynie, l’abus sexuel, le meurtre, le plagiat, ou tout simplement parfois la stupidité.

Je ne peux m’empêcher de vous mettre un extrait (disponible sur le site de l’éditeur) avec Alfred Jarry au cas où vous auriez envie d’un petit conseil de séduction (il y en a un autre avec Pierre Corneille, p. 48). En tout cas, si vous avez conclu et que vous invitez la dame – remise de ses émotions – au restaurant, attention aux homards, crabes et crustacés (ça tombe bien, je me tiens très éloignée de ces bestioles).

Franchement, j’ai bien ri, j’ai beaucoup aimé Voltaire vs Rousseau : « Mais vous n’aurez pas ma liberté de penser ! » (Voltaire, p. 59, et si je mettais la vidéo de la chanson ?) et aussi la citation « La vie est trop courte, et Proust est trop long. » (Anatole France sur Marcel Proust, p. 83) et les points-virgules (p. 95). Euh, et je me dis que sûrement aucun Belge n’aime et ne lit Baudelaire… (p. 114).

Je vous conseille cette bande dessinée : vous avez ici un livre drôle, décalé, parfois irrévérencieux, vraiment diversifié et au ton juste. Si je savais certaines choses (des citations que j’avais déjà lues, les prête-plumes de Dumas, la haine raciale de Lovecraft…), j’ai aussi appris pas mal de choses (qui me seront peut-être utiles un jour dans la conversation ou dans un billet du blog… si je m’en souviens !).

Ils l’ont lu : Alexandra de Chromopixel, Caroline de Un dernier livre avant la fin du monde, La Chouette aventureuse, Noctenbule de 22h05 rue des dames, d’autres ?

Pour La BD de la semaine (plus de BD de la semaine chez…) et les challenges BD 2022, Jeunesse young adult #11 et Petit Bac 2022 (catégorie Gros mot pour Gros Bâtards).

Entre les lignes de Baptiste Beaulieu et Dominique Mermoux

Entre les lignes de Baptiste Beaulieu et Dominique Mermoux.

Rue de Sèvres, mai 2021, 168 pages, 20 €, ISBN 978-2-81020-250-8. Vous pouvez feuilleter 8 pages sur le site de l’éditeur.

Genres : bande dessinée française, drame familial, Histoire.

Baptiste Beaulieu naît le 2 août 1985. Il est médecin et auteur. D’abord un blog Alors voilà (pas de mise à jour depuis juin 2021) et un livre où il raconte son quotidien professionnel (Alors voilà : Les 1001 vies des urgences en 2013) puis des romans, des nouvelles, de la poésie et de la bande dessinée (Les mille et une vies des urgences en 2017 et Entre les lignes, adaptée du roman Toutes les histoires d’amour du monde, en 2021).

Dominique Mermoux naît en 1980 en Haute-Savoie. Il étudie à l’École des arts décoratifs à Strasbourg, il obtient un BTS en communication visuelle et un diplôme en illustration. Il travaille comme dessinateur pour la presse et pour des scénaristes de bandes dessinées. Plus d’infos sur son site officiel (j’ai déjà lu L’appel de Galandon et Mermoux et j’avais même rencontré les auteurs !).

Moïse, le grand-père, est mort, « âpre, renfermé, taciturne » (p. 14). Dans ses affaires, son fils, Denis, trouve trois carnets avec des dizaines de lettres et une photo d’une Anne-Lise Schmidt que personne ne connaît. Il veut partir sur les traces de Moïse, pour découvrir son enfance, son passé, pour découvrir ce qu’il n’a jamais dit, ni à son épouse, ni à lui mais il en est empêché par des problèmes cardiaques.

Alors qu’il est hospitalisé, il se confie à Baptiste, son fils qui, étonné, demande : « Il y a quoi dans ces lettres ? – La plus belle histoire d’amour que j’aie jamais lue. » (p. 13). « Les billets de train et l’hôtel sont déjà réservés… » (p. 15) alors le fils se décide : « Je vais y aller, moi. Je partirai à ta place. Sur les traces de Moïse, comme tu dis, avec les carnets. Et quand j’aurai fini, je t’aiderai à trouver cette Anne-Lise. » (p. 16).

Baptiste lit alors les lettres que Moïse écrivait à Anne-Lise et il apprend tout ce qu’il ne savait pas sur son grand-père, Moïse, né le 10 juillet 1910 à Fourmies dans le Nord, son enfance, son meilleur ami, et puis en août 1914 la mobilisation des hommes donc de son père qui ne reviendra pas… À 5 ans, Moïse ne comprend pas vraiment que son père est mort…

Toutes les lettres sont datées du 3 avril de 1960 à 2007, toute une vie ! « Pourquoi écrivait-il une fois par an, toujours à la même date ? » (p. 22).

Dans le Nord de la France, Baptiste rencontre quelques descendants de ceux qui ont connu Moïse mais ils n’ont pas grand-chose à lui raconter… alors il invente des choses à raconter à son père et s’en ouvre à Anna-Lisa, sa sœur aînée qui a été adoptée.

« Sans doute est-ce une émotion effroyable pour les morts qu’on a chéris que d’assister, impuissants, à l’œuvre du temps sur nos douleurs. Tout s’estompe, hélas ou tant mieux ! Même les plus gros chagrins s’émoussent. Mais les regrets, oh, les regrets… Ils enflent avec les années, ils vous dévorent le soir, ils teintent de tristesse le plus joyeux des rires et tournent à l’amer le plus sucré des mets. » (extrait de la lettre du 3 avril 1973, p. 48).

Trente ans après que son père soit parti se battre contre les Allemands, Moïse est mobilisé… « De ma première bataille, je n’ai gardé que l’image d’un immense chaos, et celle de l’arme, vieille et usée, qu’on me colla dans les mains. C’était à R… quelque chose, je ne me souviens plus du nom (Rothel ? Rethel ?), mais je sais que les Allemands étaient les plus forts, c’est cent mètres par cent mètres que nous reculions. Avais-je peur ? Évidemment que oui, ma petite souris. Avais-je le choix ? Évidemment que non. » (extrait de la lettre du 3 avril 1981, p. 69).

Au bout d’un moment, Baptiste se pose la même question que je me pose : « […] à quoi bon rédiger des lettres sans les envoyer ensuite ? Cela n’avait aucun sens. » (p. 73).

Une très belle phrase de Moïse : « […] je ne me fais aucune illusion : c’est si banal, la guerre. La paix, c’est ça qui est rare. Ça qui est extraordinaire […]. » (p. 157).

Quelle bande dessinée magnifique, émouvante, bouleversante même, pourquoi n’ai-je pas repéré le roman paru chez Fayard/Mazarine en octobre 2018 ? C’est tout le XXe siècle qui défile avec les dessins délicats de Dominique Mermoux et le texte profond de Baptiste Beaulieu. Une histoire vraie ! Une histoire d’amour, de guerres, de famille (et de secrets de famille), de paternité, de transmission avec un brin d’humour de temps en temps (heureusement).

Beaucoup de personnes ayant vécu la guerre (ou les deux guerres mais il n’y en a plus il me semble) et les camps n’ont jamais voulu parler mais c’est important pour leurs enfants, petits-enfants et arrières-petits-enfants. Si vous êtes encore là, parlez, racontez, délivrez-vous ! Je n’ai jamais su ce que mes grands-parents ont vécu enfants pendant la Première guerre mondiale et ce qu’ils ont vécu jeunes adultes pendant la Seconde guerre mondiale…

Ils l’ont lue : Mylène (je savais bien que je l’avais déjà vue quelque part) et aussi Alain Paul sur Cases d’Histoire (abondamment illustré), Caroline, Coco, Hélène et Mumu (qui a aimé les illustrations mais pas l’histoire ni dans le roman ni dans la BD), d’autres ?

Pour La BD de la semaine (plus de BD de la semaine chez Stéphie) et les challenges Adaptations littéraires (cette BD est l’adaptation du roman de l’auteur), BD 2022, Challenge lecture 2022 (catégorie 53, un livre dont le personnage principal est une personne âgée, il y a Denis et Baptiste bien sûr mais c’est bien Moïse, père de Denis et grand-père de Baptiste, le personnage principal, on le suit de son enfance jusqu’à sa mort et ce sont les lettres qu’il a écrites pendant près de 50 ans que nous lisons).

Ci-dessous, la vidéo présentant le roman et le travail de Baptiste Beaulieu :

Au service secret de Marie Antoinette 2 – Pas de répit pour la reine de Frédéric Lenormand

Au service secret de Marie Antoinette 2 – Pas de répit pour la reine de Frédéric Lenormand.

La Martinière, octobre 2019, 336 pages, 14,90 €, ISBN 978-2-73249-188-2.

Genres : littérature française, roman policier historique.

Frédéric Lenormand naît le 5 septembre 1964 à Paris. Il grandit au milieu de la culture grâce à sa famille (père professeur, mère directrice d’un centre de documentation, grand-père collectionneur d’art japonais). Il est diplômé en langues (anglais, italien et russe) et étudie à l’Institut d’études politiques de Paris puis à la Sorbonne. À 24 ans, il écrit ses cinq premiers romans puis enchaîne avec les séries policières historiques comme Les nouvelles enquêtes du Juge Ti (27 tomes entre 2004-2021), Les mystères de Venise (5 tomes entre 2008-2012, sous le pseudonyme de Loredan), Voltaire mène l’enquête (13 tomes entre 2011-2020), Arsène Lupin (4 tomes entre 2018-2022), Au service secret de Marie Antoinette (7 tomes entre 2019-2022), entre autres, plus des romans, des essais, du théâtre et de la littérature jeunesse. J’ai rencontré Frédéric Lenormand aux Quais du polar (Lyon) le 30 mars 2013 et il m’a dédicacé une des Nouvelles enquêtes du Juge Ti (je ne sais plus quel titre, il faudrait que je le retrouve, il est sûrement encore dans un carton) ; je l’ai trouvé très sérieux mais ce fut agréable de discuter avec lui (photo ci-dessous). Plus d’infos sur sa page FB.

Cliquez !

Après avoir vu cette série chez Sharon, j’ai été tentée et j’ai réservé les deux premiers tomes qui étaient disponibles dans les bibliothèques, malheureusement je n’ai reçu que le tome 2, donc je lirai L’enquête du Barry, le premier tome, plus tard, tant pis…

Avril 1775, Paris. Rose Bertin est couturière, habilleuse attitrée de la reine. Léonard Autier est coiffeur et perruquier, il tient un salon avec ses deux jeunes frères, Jean-François et Pierre, il est coiffeur attitré de la reine.

Les deux ne s’entendent pas (insultes savoureuses à découvrir) mais, après avoir habillé et coiffé la maréchale de Rochambeau, ils achètent ensemble un billet de loterie pour les bonnes œuvres (la farine a augmenté, personne ne sait pourquoi, et le pain est hors de prix). À leur grande surprise, leur billet à dix sous, le n° 326, gagne « Une splendide œuvre d’art traditionnel des Amériques rapportée par nos valeureux navigateurs ! […] Elle représentait un bonhomme grimaçant, au nez crochu, coiffé d’une couronne de plumes. […] pas très haute […] très massive, compacte, et même pesante. » (p. 22-23). Bizarrement plusieurs personnes veulent leur acheter cette statuette noire, allant même jusqu’à proposer quinze livres ! Rose et Léonard s’enfuient et, lorsque Léonard fait tomber la statuette, Rose comprend : le noir n’est que de la peinture, la statuette est en or massif !

Alors qu’ils retournent chacun à leur boutique, Léonard est alpagué par des messieurs de la guilde des perruquiers-barbiers-chirurgiens de Paris (qu’est-ce que les trois métiers ont à voir entre eux ?). S’il veut conserver la mention « Maître Perruquier » sur son enseigne, il doit avoir l’approbation de la guilde et donc savoir couper un membre, recoudre une plaie, saigner un patient… « Votre ignorance est un outrage à la tradition millénaire de notre corporation ! Sans diplôme de chirurgie, point d’agrément ! » (p. 29). Gloups… Dès le lendemain, Léonard se rend au collège Saint-Côme pour suivre les cours de « Timoléon Rainssard, l’éminent spécialiste du squelette et des organes internes » (p. 31) et il va apprendre des choses bien utiles pour mener des enquêtes, « établir la cause d’un décès grâce à l’examen d’ossements, même très anciens. […] identifier les maladies, les épidémies, les maux divers […] et percer à jour, a posteriori, les manigances des assassins – notamment celles des empoisonneurs, qui sont les plus pervers. […] Voilà qui pouvait aider la police, se dit Léonard. Partant, cela pouvait manifestement aussi aider les coiffeurs aux ordres de la reine. » (p. 32).

C’est grâce à un orfèvre, collectionneur d’origine espagnole, Rubino de Bazazia, que Rose et Léonard apprennent l’histoire de la statuette en or et du fabuleux trésor perdu du pirate Henry Morgan qui reçut cinq malédictions. Comme la statuette est maudite, il refuse de l’acheter et les renvoie chez eux.

Quelques jours après, à Versailles. Ayant raconté une partie de l’histoire de Morgan à Marie-Antoinette, la reine charge Rose et Léonard de retrouver le reste du trésor ainsi elle pourra offrir du pain au peuple. On est loin du « S’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche ! », phrase que Jean-Jacques Rousseau dit être celle d’une « grande princesse » (sans la citer) dans ses Confessions (écrites en 1765 et publiées en 1782) et attribuée faussement à Marie-Antoinette. Comment les deux larrons vont-ils trouver un trésor perdu au large « de l’île de Saint-Gonâve, dans la grande baie du côté français de Saint-Domingue. » (p. 59) ? Je vous laisse le découvrir en lisant ce roman à la fois historique et divertissant, genre cozy mystery à la française. Car, de la même façon que la reine d’Angleterre ne peut quitter son palais pour enquêter, elle envoie sa secrétaire particulière, Rozie Oshodi (je parle de Sa Majesté mène l’enquête 1 – Bal tragique à Windsor de S.J. Bennett qui m’avait aussi enchantée mais il y a aussi la série Son espionne royale de Rhys Bowen ou la reine anglaise précédente envoie Georgina enquêter), ici Marie-Antoinette prisonnière du palais de Versailles et espionner par tous, a trouvé deux bons enquêteurs qui peuvent aller partout vu leurs métiers, Rose et Léonard.

C’est aussi un roman social qui se déroule entre avril et mai 1875 et qui parle de la guerre des farines, des augmentations exagérées du prix du pain, du peuple en colère qui se révolte, de Turgot qui avec son libéralisme à l’anglaise embobine le roi Louis XVI (plus préoccupé par ses serrures et ses mécanismes d’horlogerie que par le fait de gouverner mais qui aime son peuple et refuse que les soldats tirent), Turgot donc qui reste sur ses décisions au détriment des avis des autres ministres, mais la reine Marie-Antoinette œuvre en secret (avec Rose et Léonard) pour nourrir le peuple ! D’ailleurs, je pense que plusieurs lecteurs ont eu, comme moi, envie de déguster les macarons qui apparaissent sur la couverture, eh bien le roman est comme ces impertinents macarons (en période de disette), coloré et délicieux !

Quelques jeux de mots amusants avec les ossements de Blanquette de Limoux (p. 33) ou l’alcool la prunelle de Meyzieu (p. 100) et des clins d’œils aux événements qui ont secoué la France avant la pandémie (manifestations, gilets jaunes…).

Sharon qui a lu Le coiffeur frise toujours deux fois (tome 6) et L’enquête du Barry (tome 1) a bien raison, cette série est « très plaisante » et j’ai hâte de lire les autres tomes même si je dois les lire dans le désordre !

Ils l’ont lu : Bianca de Des livres, des livres, Catherine de Ballade au fil de l’eau, Froggy, Sharon (citée plus haut), d’autres ?

Pour Polar et thriller 2022-2023 et Vendredi Lecture avec le thème de septembre, polar historique (je n’ai pas compris si on devait publier le(s) billet(s) en septembre et avant le 4 octobre, date sur le logo ou uniquement le 4 octobre, tant pis…).

Epsil∞n n° 10 (avril 2022)

Les précédents numéros : Epsil∞n n° 1 (juillet 2021), Epsil∞n n° 2 (août 2021), Epsil∞n n° 3 (septembre 2021), Epsil∞n n° 4 (octobre 2021), Epsil∞n n° 5 (novembre 2021), Epsil∞n n° 6 (décembre 2021), Epsil∞n n° 7 (janvier 2022), Epsil∞n n° 8 (février 2022) et Epsil∞n n° 9 (mars 2022).

Epsil∞n « décrypte le monde » avec « des infos fiables », « des points de vue singuliers » et « des rubriques décalées ». Plein d’actus illustrées avec les nouvelles technologies, les nouvelles découvertes, les nouvelles avancées de la science, dans les rubriques au début de la revue, « Fil d’actus » et « En images » avec des infos et des photos surprenantes. Les deux gros articles (l’enquête et le dossier) et de nombreux articles et photographies concernant presque tous les domaines scientifiques, puis le cahier Pop’Sciences toujours scientifiques mais plus divertissant.

Je mets toujours du temps pour lire et rédiger mes billets alors j’ai décidé de faire plus court puisque chaque numéro est construit de la même façon (voir ci-dessus).

Epsil∞n n° 10 (avril 2022).

Epsil∞n, édité par Unique Héritage Média (UHM), 100 pages, avril 2022, 4,90 €.

Un numéro toujours richement illustré avec 111 scientifiques du monde entier interrogés mais un numéro différent car il n’y a pas d’enquête mais un gros dossier spécial (p. 34-57). « […] la science peut éclairer le nouvel ordre, ou plutôt le nouveau désordre du monde. » (extrait de l’édito, p. 3).

Au sommaire donc, comme d’habitude, les rubriques Fil d’actus (plusieurs sujets différents), En images (très belle image inédite de la Voie Lactée p. 14-15), Analyse (sur les mathématiques), Atlas (sur la flore mondiale), Contre-pied (sur la peur des serpents), Labyrinthe (sur le béton), C’est dans l’air (sur les objets écrasés sur la Lune), Big data (sur les neurones chez les animaux).

Puis le gros dossier spécial de 23 pages (les thèmes sont sur la couverture), un numéro plus sombre (et pas seulement avec sa couverture noire alors que les précédentes couvertures étaient si colorées) mais toujours très instructif et même passionnant (et pas trop alarmiste quoique certaines armes cyber ou laser font un peu peur), « Le monde se prépare à une cyber-guerre. D’autant plus activement qu’on se demande si elle n’a pas déjà commencé. » (p. 41).

Puis des rubriques Cosmos (planètes orphelines ou « flottantes », éjectées ?), Parthénogenèse (un bébé toute seule), Hunga Tunga (éruption du volcan sous-marin), Virus (Epstein-Barr), Radiofréquences (fin de polémique).

Et à la fin le cahier Pop’Sciences qui apporte un peu d’humour et d’aération de l’esprit : une planète ovale, des vaches qui produisent plus de lait grâce à des casques de réalité virtuelle !, les baleines ne s’étouffent jamais (ouf !), des espèces d’arbres encore inconnues, des pailles antiques, des escape games, des projets incroyables (pour Mars inventé par des architectes ukrainiens, île nénuphar, boîte mémoire), des produits geek, des chats psychopathes, entre autres.

Encore un très bon numéro ; un magazine sérieux, abordable pour tous les lecteurs même les moins fondus de sciences. Je vais lire le n° 11 dans la foulée (pour continuer de rattraper mon retard) parce que je n’arrive pas à lire de livres depuis le début du mois… Vous aimez les sciences ou vous êtes curieux de découvrir les sciences de façon agréable et à petit prix ? Lisez Epsil∞n ! Vous pouvez toujours consulter les sources sur epsiloon.com/sources.

Il me reste les numéros 11, 12, 13 et 14 (acheté tout récemment) à lire (plus les 3 hors-séries) mais, en juillet, Epsil∞n a fêté sa première année alors je vous remets la vidéo :

Avant que le monde ne se ferme d’Alain Mascaro

Avant que le monde ne se ferme d’Alain Mascaro.

Autrement, collection Littératures, août 2021, 256 pages, 17,90 €, ISBN 978-2-74676-089-9.

Genres : littérature française, premier roman, Histoire.

Alain Mascaro naît le 23 avril 1964 à Clermont-Ferrand en Auvergne. Professeur de lettres (à Vichy dit l’éditeur), il se met en disponibilité pour voyager avec sa compagne en Asie centrale (Kirghizstan, Ouzbékistan, Turkménistan, Iran partiellement) et en Asie (Népal, Inde, Birmanie, Cambodge, Thaïlande). Le couple étant bloqué en Thaïlande durant la pandémie, l’auteur déjà récompensé pour ses nouvelles en profite pour écrire son premier roman (2020), Avant que le monde ne se ferme, qu’il retravaille en Patagonie chilienne (2021). Avant que le monde ne se ferme est le lauréat du Festival du premier roman de Chambéry en mai 2022. Plus d’infos sur son site officiel et sur son site de voyage.

Steppe de Kirghizie. Le jour où son père Johann meurt, Svetan apprend qu’il va devenir père. « C’était si étrange de connaître la douleur, la tristesse et la joie en même temps ! » (p. 11). Son épouse, Smirna, met au monde leur premier fils, Anton Torvath. Smirna « était simplement belle. Elle ouvrait les bras et son fils Anton venait s’y blottir, et plus tard ses frères avec lui, et les enfants des autres, et Svetan évidemment, et en rêve tous ceux qui auraient bien aimé […]. Les bras de Smirna étaient un havre, une citadelle, on y oubliait les chagrins et le reste du monde. » (p. 16).

Les Torvath, des nomades d’Asie centrale, sont « une toute petite kumpania, un tout petit cirque, mais ils étaient renommés. » (p. 17) ainsi ils vadrouillent des plus petits villages aux plus grandes villes et sont considérés comme « L’aristocratie tzigane » (p. 17) mais le cirque est en déclin…

Quatre ans après la mort de Johann, la kumpania est à Voronej en Russie devenue Union soviétique et Svetan comprend que le monde a changé… « il ne comprenait pas en quoi exactement. Il y avait davantage d’uniformes, la police était plus brutale et méfiante, on croisait beaucoup de militaires et parfois de longues files de civils aux yeux éteints […]. » (p. 22).

Lorsqu’il a sept ans, Anton a un accident de trapèze… Il reste trois jours et trois nuits inconscients et, à son réveil, il est surpris d’être un enfant. Il va devenir Moriny Akh (un nom secret donné par une fillette mongole inconnue), surtout il va devenir dresseur de chevaux (comme l’avait prédit son père) et il va être très doué pour les langues des gadgé. « […] le russe, l’allemand, le polonais et le hongrois. Il avait aussi appris à lire en plusieurs langues on ne savait comment : il déchiffrait les caractères cyrilliques aussi bien que les romains. (p. 29-30).

Découvrez Svetan et Smirna, Anton, Tchavo et Lyuba, Boti et Keš, Gugu et Mala, Gabor et Nina, leurs enfants, et Simza, la mère de Svetan trop âgée pour travailler, tous Torvath ou Kalderash, et surtout Jag, « un Wajs errant loin des siens » (p. 34) et aussi Katia, une orpheline polonaise adoptée par Smirna qui a eu trois fils et qui voulait une fille. Voyagez avec eux et vivez les bouleversements en traversant une première moitié de XXe siècle de fureur (sans jeu de mot !, j’aurais pu mettre de terreur). Mais écoutez aussi les contes tziganes venus de loin (d’Inde et de tant d’autres pays) et les histoires que Devel (Dieu) a donné aux Fils du vent (les tziganes).

Jag est très important dans la vie d’Anton, il lui enseigne la musique, lui raconte des histoires, il le considère comme « le fils qu’il n’avait jamais eu, et surtout quelqu’un à qui parler. Il lui ouvrit les portes de sa bibliothèque, lui apprit les rudiments de médecine, notamment à diagnostiquer et soigner les maladies les plus courantes, lui enseigna les mathématiques, l’herboristerie, l’art de poser des collets, et surtout celui de connaître et reconnaître les hommes. » (p. 35-36). Vous l’aurez compris, Anton aura un destin exceptionnel ! Une nuit où la troupe est à Vienne en Autriche, Jag annonce qu’en Allemagne, depuis deux ans, « les mariages avec les gadgé sont interdits et on enferme les Sinté et les Roms dans des camps. […]. » (p. 45) alors, il laisse sa roulotte et ses livres à Anton et quitte la kumpania avec son baluchon et son précieux violon. « Le lendemain, Adolf Hitler entrait triomphalement dans Vienne. » (p. 46). Cela va devenir de plus en plus difficile pour la troupe (et pour tous les tziganes) et, une nuit où Anton était parti nourrir Cimarrón, sa jument qu’il a cachée dans les bois pour que les soldats ne la volent pas, il va se retrouver seul… et perdre aussi sa jument réquisitionnée par un Allemand. « Il hurla à la face de l’arc-en-ciel apparu à la faveur du soleil naissant, lui jeta des pierres, pleura recroquevillé dans un buisson, finit par s’endormir en grelottant. Au réveil, il était midi et la terre avait bu toutes ses larmes. Il n’en avait plus, rien qu’une immense tristesse longue comme une traîne. » (p. 59).

Dans le ghetto juif de Łódź en Pologne, un quartier a été assigné aux tziganes et Anton retrouve les siens mais tous meurent du typhus ou abattus… « Il était le dernier. Fils, nous allons être engloutis. Sauve-toi et tu nous sauveras tous ! » (p. 73). Il tient le coup car il se lie avec un médecin juif, Simon Wertheimer, qui prend un peu le relai de Jag auprès du jeune homme, il lui prête des livres de médecine, de chirurgie, de religion, de mythes et de contes antiques, des romans, de la poésie et fait tout pour qu’Anton reste en vie, et Anton restera en vie car il est avant tout libre et dresseur de chevaux.

Il y a de très belles phrases comme « Alors on contemplait le monde, tantôt en silence, tantôt en discourant, on s’arrêtait pour ramasser des champignons, des herbes ou des fruits, on inventait des histoires, on riait. » (p. 36). « Oui, mon garçon, voilà bien tout le drame des hommes : ils sont exactement comme les moutons. On leur fait croire à l’existence de loups et ceux qui sont censés les protéger sont en fait ceux qui les tondent et les tuent. » (p. 38, phrase prophétique à l’époque et encore d’actualité). « Jag aimait les mots. Il aimait leur histoire, il aimait leurs histoires. Il disait que les mots, comme les mots et les arbres, avaient des racines. » (p. 39, je pense qu’il ne connaissait pas l’étymologie mais il avait bien raison). « Ce sont tous des hommes, disait-il. Ils sont juste pris dans une effroyable machine à défaire la vie… » (Katok, prisonnier grec, p. 109). « […] il faut profaner le malheur. Le malheur ne mérite pas qu’on le respecte, souviens-t’en… » (Jag, p. 208).

Comme vous le voyez, ce roman est un voyage (Asie centrale, Europe, États-Unis, Inde, mais pas que géographique, aussi un voyage initiatique), une grande aventure, autant humaine que poétique et philosophique, qui m’a beaucoup émue. Et, lorsque tout est réuni, la beauté de l’écriture, l’histoire, les personnages, l’émotion qui jaillit du récit, c’est un coup de cœur assuré. Bien sûr, il y a l’horreur aussi, les déportations, les meurtres de sang froid, les camps, et j’en ai déjà lu des livres et des témoignages depuis l’adolescence, et j’ai vu aussi des photos, des films, mais c’est toujours aussi éprouvant et l’auteur s’est bien documenté sur les camps, les ghettos, les usines, les exactions, c’est poignant.

« L’onde de choc de la Seconde Guerre mondiale n’en finissait pas d’agiter la planète : on redistribuait les cartes, certains trichaient ; on dessinait ou redessinait des États, et là encore certains trichaient ; des peuples aspiraient à l’autonomie, d’autres étaient malgré eux tombés sous le joug d’un ogre plus fort qu’eux. Un nouveau monde était en train de naître, et l’on ne savait s’il apporterait enfin bonheur et liberté ou de nouvelles formes de malheurs et de sujétions encore plus sournoises. » (p. 153). Nous savons maintenant et, plus de 75 ans après, nous subissons encore les conséquences de ces ‘redistributions’.

Une erreur : « Ordres, contre-ordres, c’était l’affolement. Les SS finirent par abonner le camp à la garde de pompiers et de policiers autrichiens. » (p. 135), je pense que l’auteur voulait écrire abandonner le camp.

Ils l’ont lu : Audrey de Lire & vous, Cannetille, Eva de Tu vas t’abîmer les yeux, Guy Donikian sur La cause littéraire, Joëlle, Julie de la librairie Le pavé dans la marge, Kimamori, Kitty la Mouette, Luocine, Marie de En faits, La page qui marque, et… Dalie Farah (elle aussi prof et autrice que j’avais rencontrée avec grand plaisir).

Pour Bingo littéraire d’Hylyirio (n° 36, un livre coup de cœur, 3e billet), Challenge de l’été – Tour du monde (Kirghizie), Challenge lecture 2022 (catégorie 52, un livre qui a gagné un prix littéraire, et bien mérité !), L’été lisons l’Asie (une partie du roman se passe en Asie centrale, en Kirghizie plus particulièrement) en honorant deux menus (Menu Fil rouge = tour de l’Asie – on va en Mongolie et en Inde – et Menu d’août = imaginons l’Asie avec ici les traditions des nomades tziganes, l’art du cirque et du dressage des chevaux, Petit Bac 2022 (catégorie Verbe avec Ferme, 4e billet), Shiny Summer Challenge 2022 (menu 1 – Été ensoleillé, sous menu 2 – Un carré jaune sur un océan bleu = couverture ensoleillée prédominance de jaune ou bleu).

Les nouvelles aventures d’Arsène Lupin 1 – Les héritiers de Benoît Abtey et Pierre Deschodt

Les nouvelles aventures d’Arsène Lupin 1 – Les héritiers de Benoît Abtey et Pierre Deschodt.

XO, mars 2016, 352 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-84563-657-6.

Genres : littérature française, roman policier historique.

Benoît Abtey naît le 18 octobre 1974 en France. Il étudie à l’École nationale supérieure des arts décoratifs (ENSAD) à Paris puis suit des cours de théâtre à l’école de Jean-Laurent Cochet à Romainville (en Seine Saint Denis). Son premier roman est Don Juan de Tolède, mousquetaire du Roi (Flammarion, 2011). Puis une série de trois bandes dessinées, Arsène Lupin, avec Pierre Deschodt (Rue de Sèvres, 2014, 2015, 2016) suivie de ce premier tome, Les héritiers. Malheureusement, il n’y a pas d’autres romans depuis 6 ans, Benoît Abtey s’étant lancé avec Jean-Baptiste Dusséaux dans une série de trois bandes dessinées, Kamarades, sur la révolution russe (Rue de Sèvres, 2015, 2016, 2017).

Pierre Deschodt naît en 1971, il est journaliste et auteur. Peintre aussi et mort ? (lire cet article), est-ce la raison pour laquelle il n’y a toujours pas de suite plus de deux ans après ?

Le jeune député des Basses-Pyrénées, Bérenger de La Motte, fait un discours énergique à la Chambre des députés contre les anarchistes – et en particulier contre Arsène Lupin – à cause de l’accident aux chantiers navals Martin-Laroche. Le lendemain, Georges Clemenceau publie un article édifiant dans L’Écho de Paris, rétablissant la vérité sur la vétusté des chantiers navals et la vilenie de Martin-Laroche coupable de la mort de quarante-trois ouvriers et de plusieurs blessés qui ne pourront plus travailler alors qu’un philanthrope anonyme a aidé les familles des victimes (on devine qui est ce bienfaiteur).

Athéna del Sarto fut la fiancée d’Arsène de La Marche qui fut accusé (à tort) de la mort de son père adoptif et tué lors de son évasion. Bérenger de La Motte a demandé Athéna en mariage mais elle ne l’aime pas, d’autant plus qu’elle a récemment compris que le baron Augustin Lapérière qui a acheté le domaine des de La Marche et accueille des orphelins (à qui elle fait école) est Arsène de La Marche (et Arsène Lupin) et elle veut s’enfuir avec lui. Malheureusement elle s’en ouvre à sa meilleure amie, Virginie, qui couche avec… Bérenger de La Motte.

Juin 1897, Gabriel de Saint-Mérande, grand spécialiste de l’Égypte ancienne, fait une conférence à la Sorbonne et Virginie y assiste. Elle sait qu’il est le mentor de Bérenger de La Motte et souhaite éviter une catastrophe entre Bérenger (son amant), Athéna (sa meilleure amie qu’elle a trahie) et Augustin Lapérière (soupçonné d’être Arsène Lupin).

4 mai 1897, l’industriel Martin-Laroche, Athéna et des centaines d’autres femmes meurent dans l’incendie du Bazar de la Charité et Bérenger de La Motte y est pour quelque chose…

Il y a une erreur de date ici, entre juin 1897 (p. 76) et mai 1897 (et ce n’est pas un flashback)… Virginie n’a pas pu demander de l’aide à Saint-Mérande en juin pour qu’il fasse avorter les événements de mai… Cependant le roman me plaît alors je vais continuer la lecture.

Dix ans après, donc en 1907, l’Angleterre et la France ont bénéficié des accords d’Algésiras au grand dam de l’Allemagne qui occupe tout de même – avec la Belgique – une partie de l’Afrique. Les conquêtes se sont faites grâce aux nouvelles dynasties bourgeoises enrichies et aux riches industriels – qui n’ont pas les mêmes valeurs que l’aristocratie et pour qui seuls le commerce et l’argent comptent… Ont été créées des compagnies et des sociétés pour leurs seuls profits (chemins de fer, minières et forestières…).

« Depuis un an et la conférence d’Algésiras, durant laquelle nous avons agi avec une particulière efficacité, la situation au Maroc n’a fait qu’empirer, répondant ainsi à nos attentes. Comme vous ne l’ignorez sans doute pas, il est parfois nécessaire d’accentuer le désordre afin d’obtenir un ordre véritable, du moins le nôtre. L’ordre de l’Ordre […]. Ce que nous souhaitions s’est donc produit dans les délais voulus […]. » (p. 117). C’est un Anglais qui parle au nom de l’Ordre de l’Araignée (je vous laisse découvrir dans le roman le combat entre la confrérie du Phénix, non pas dans Harry Potter, et la confrérie de l’Araignée, de mon côté étant plutôt du genre arachnophobe, je vote pour le Phénix qui renaît toujours de ses cendres).

Puis les auteurs envoient leurs lecteurs au Maroc (sable chaud et oasis) avant de les faire revenir en France dans un domaine viticole. Mais je vous laisse découvrir tout ça ! Vous allez croiser Ariane Mac Aleister (jeune artiste formée par Gustave Moreau), Arsène Lupin et son meilleur ami Archembault, Georges Clemenceau (journaliste puis président du Conseil), le général Lyautey, la traîtresse Madeleine Levasseur qui vendrait des secrets militaires aux Allemands et qui assure être la complice d’Arsène Lupin (disparu depuis dix ans), etc.

Complots, coups bas, fanatisme des uns et des autres, ce roman, qui mélange faits historiques et fiction, est bourré d’action et de rebondissements.

En plus de l’erreur de date dont j’ai parlé plut haut, il y a une erreur ‘amusante’ page 165. « Au moral comme au physique, l’ambassadeur d’Allemagne était tout le traire de Clemenceau. », il manque ‘con’, c’est con !

Pour les challenges Les adaptations littéraires (une adaptation moderne d’Arsène Lupin de Maurice Leblanc, plus séries télévisées et films en France, séries animées, films d’animation et plus récemment manga au Japon, théâtre…), Bingo littéraire d’Hylyirio (n° 25, le titre comporte un prénom, Arsène), Challenge lecture 2022 (catégorie 31, un roman dont l’action a lieu dans une capitale européenne, 2e billet), Petit Bac 2022 (catégorie Prénom), Polar et thriller 2022-2023, Shiny Summer Challenge 2022 (menu 1 – Été ensoleillé, sous menu 1 – Mort sur le Nil = policier et thriller, 2e billet), Un genre par mois (en juillet, c’est policier, thriller, polar) et… le Challenge Arsène Lupin (je rajoute les adaptations).

Les tambours du dieu noir et L’affaire étrange du djinn du Caire de P. Djèlí Clark

Les tambours du dieu noir suivi de L’affaire étrange du djinn du Caire de P. Djèlí Clark.

L’Atalante, collection La dentelle du cygne, avril 2021, 144 pages, 12,90 €, ISBN 979-10-3600-074-4. The Black God’s Drums (2018) et A Dead Djinn in Cairo (2016) sont traduits de l’anglais par Mathilde Montier.

Phenderson Djèlí Clark, de son vrai nom Dexter Gabriel, naît le 11 juin 1971 à New York (États-Unis) mais il grandit chez ses grands-parents à Trinité et Tobago. À l’âge de 8 ans, il retourne aux États-Unis. Il étudie l’Histoire. Il est historien, professeur chercheur (esclavage et émancipation dans le monde atlantique) et auteur (romancier et nouvelliste dans les genres fantasy et science-fiction). Plus d’infos sur son site officiel.

Voici ce que nous dit l’éditeur (site et 4e de couv). « Bienvenue dans la première publication française d’un nouveau maître de l’uchronie et du surnaturel. Bienvenue dans les mondes mirifiques criants de réalisme, foisonnants de couleurs, de sons et de parfums, de Phenderson Djèlí Clark. »

Les tambours du dieu noir est un roman indépendant.

Genres : littérature états-unienne, science-fiction (uchronie, steampunk).

La Nouvelle-Orléans, années 1880, bientôt ‘Maddi grá’. Une Nouvelle-Orléans indépendante et territoire neutre, avec des guildes, des dirigeables, des Écrivisses métalliques qui patrouillent dans les rues, des tempêtes noires, des Grands Murs construits par les Hollandais pour en protéger la ville et une guerre de Sécession presque avortée sur la fin.

Jacqueline (surnommée LaVrille) est la narratrice. « C’est pendant un de ces gros orages que je suis née, il y a à peu près treize ans, en 1871. » (p. 11). Son coin préféré ? Une alcôve sur un mur dans laquelle elle peut observer – sans être vue – les dirigeables et les gens qui en sortent « farandole de couleurs de peau, de vêtements, de langues » (p. 12). Son rêve ? « Je quitterai cette ville, je fendrai les nuages pour aller découvrir tout ce qu’y a à découvrir et voir tous les gens qu’y a à voir. » (p. 12). Ah, j’oubliais, Jacqueline est pickpocket ! « Comme de bien entendu, de mon alcôve, je peux aussi repérer les voyageurs qui surveillent pas d’assez près leurs portemonnaies, leurs valises et tout ce qui dépasse. Parce qu’à La Nouvelle-Orléans, les rêves, ça nourrit pas son homme. » (p. 12).

Mais soudain, tout ralentit et « une lune monstrueuse monte dans le ciel. Non, pas une lune, […] un crâne ! Un gigantesque crâne blanc emplit de nuit. » (p. 13). Jacqueline pense que c’est une vision que lui envoie la déesse Oya. Mais elle doit se cacher tout au fond de l’alcôve car des hommes arrivent (bizarre, personne ne vient jamais par ici), des Sudistes, et elle surprend leur conversation au sujet d’un scientifique haïtien, « […] les Tambours du dieu noir… T’êt’ bien que vous autres allez la gagner, c’te guerre, à la fin du compte. » (p. 16).

Jacqueline sait à qui elle va vendre l’information, à La Capitaine du dirigeable, le Détrousseur de Minuit, qui a connu sa mère, Rose, morte il y a trois ans. Si Jacqueline a en elle depuis toujours la déesse Oya (ce n’est pas comme une possession), idem pour La Capitaine (de son vrai nom Ann-Marie St. Augustine) avec la déesse Oshun et ces deux déesses sont sœurs donc La Capitaine et Jacqueline sont liées qu’elles le veuillent ou non. « Je comprends mieux pourquoi qu’elle a tant la bougeotte. À chaque tempête, à chaque épisode de vents violents, Oya est souveraine. Je l’entends rugir, en moi comme tout autour. Au milieu de toute cette eau, Oshun doit être pareille et, à force de lui résister la capitaine doit avoir l’impression de lutter contre un raz-de-marée. Dans ma tête, Oya rit. On peut fuir tant qu’on veut ses déesses afrikaines ancestrales, elles nous retrouvent toujours quand elles l’ont décidé. » (p. 64).

J’ai bien aimé (mais je l’ai trouvé un peu trop court, bon j’en aurais voulu plus !), il y a de l’action, de l’inventivité et les deux personnages principales sont attachantes. Je le conseille surtout à ceux qui aiment le steampunk (par certains côtés, ça m’a fait penser à la trilogie Le siècle mécanique de Chérie Priest). Il a été nommé à plusieurs prix : Nebula du meilleur roman court 2018, Hugo du meilleur roman court 2019, Locus du meilleur roman court 2019 et World Fantasy du meilleur roman court 2019.

La chose un peu difficile : lire les phrases en créole (enfin, il me semble que c’est du créole)… Un exemple, « Mwen avé bien plis que dizneuf ans quonça mwen embaqué sus un dirijabl ! Ma granmanman m’auré dékalbichée si mwen avait songé à ton laj. Touça à qui tu dévré rêvé, lé gason qui sont pètèt amoureux di toi et le mayaj. » (la capitaine à Jacqueline, p. 32). Vous voyez, c’est compréhensible quand même (bravo à la traductrice !) et je vous rassure, ce n’est pas tout le temps comme ça, c’est seulement pour quelques dialogues.

Pour Challenge lecture 2022 (catégorie 15, un livre avec une couleur dans le titre), Littérature de l’imaginaire #10, Petit Bac 2022 (catégorie Couleur pour Noir), Shiny Summer Challenge 2022 (menu 4 – Chaud et ardent, sous menu 2 – Faire feu de tout bois = guerre, bataille, enjeu politique, on est en pleine guerre de Sécession mais… différente), Les textes courts (cette première histoire compte 90 pages) et surtout S4F3 2022 et Vapeur et feuilles de thé (steampunk).

L’affaire étrange du djinn du Caire est la première histoire de la série Ministère égyptien de l’Alchimie, des Enchantements et des Entités surnaturelles. La 2e étant Le mystère du tramway hanté (2019, L’Atalante, 2021) et la 3e Maître des djinns (2021, L’Atalante, 2022).

Genres : littérature états-unienne, fantasy, fantastique, science-fiction, roman policier.

Azbakiyya, quartier cossu du Caire, Égypte, 1912. « Fatma El-Sha’arawi, agente spéciale du ministère égyptien de l’Alchimie, des Enchantements et des Entités surnaturelles, examinait le cadavre vautré sur le gigantesque divan à travers des lunettes spectrales. Un djinn. Un Ancien, qui plus est – musculeux, deux fois plus grand qu’un homme, avec des doigts prolongés par des serres recourbées aussi longues que des couteaux. » (début du roman, p. 93).

Vous avez déjà vu un djinn, vous ? Moi, non… mais je ne possède pas de lunettes spectrales !

L’inspecteur Aasim Sharif de la maréchaussée locale sert d’officier de liaison avec le ministère. « Il n’avait pas mauvais fond. Il était simplement vulgaire. » (p. 93), vu son discours, tout le monde s’en sera rendu compte, et en plus il n’est pas très efficace… Bref, ce que je veux dire, c’est que, comme dans Les tambours du dieu noir avec Jacqueline et La Capitaine, l’auteur privilégie encore ici une héroïne, même si les hommes du Caire sont bien gênés devant « une Saïdi basanée sortie de sa cambrousse » (p. 94), jeune en plus (24 ans), érudite (elle a étudié à Louxor), habillée à l’occidentale (plutôt mode masculine, extravagante, costume anglais, cravate, chapeau melon noir, chaussures à bout golf, canne à pommeau d’argent et montre à gousset offerte par son père horloger) et même deux héroïnes puisque le lecteur fera la connaissance de Siti, une Nubienne, un peu plus tard.

Phenderson Djèlí Clark est un maître dans la fusion des genres ! Nous avons ici une enquête policière avec une pointe de science-fiction (créatures mécaniques et automates, steampunk donc), de la fantasy (magie et créatures d’un autre monde) et du fantastique (horreur, avec un petit côté lovecraftien). C’est que, plus de quarante ans auparavant, al-Jahiz « au moyen de pratiques mystiques et de machines, avait ouvert un passage vers le Kaf, l’outre-royaume des djinns. La raison de son geste – curiosité, malveillance ou malice – restait un mystère. Il avait disparu peu après en emportant ses incroyables inventions. » (p. 101), ouvrant la porte aux djinns, goules, sorciers, magiciennes…

« La fin des mondes est proche, intervint la femme-Jann d’une voix qui résonna comme un écho. L’heure tourne. […] Vous en avez vu beaucoup cette nuit, reprit la prêtresse. […] une paire de cornes torsadées, une faucille, une hache surmontée d’un crochet et une demi-lune entourée de lierre entortillé. » (p. 122). Une vieille prophétie djinn se réalise… « […] selon laquelle trois seront nécessaires, trois qui devront se livrer sans contrainte. » (p. 124-125). Le Bélier (le djinn) est déjà mort, le Moissonneur (l’ange) aussi, mais qui est le Bâtisseur ? Serait-ce la fin du monde ?

Avec cette histoire, l’auteur revisite le mythe de l’horloge, maîtresse du temps et de l’espace, malédiction pour les humains, « toutes les peurs, tous les cauchemars inimaginables » (p. 135). De l’action, des rebondissements, pas de fioritures, le tout dans un format court mais une totale réussite, j’ai encore mieux aimé que Les tambours du dieu noir et j’ai hâte de lire la suite, Le mystère du tramway hanté (2e tome, que j’ai) et Maître des djinns (3e tome, que malheureusement je n’ai pas mais que je vais me procurer puisqu’il est paru en février 2022).

Ils l’ont lu : Amalia, Apophis, CélineDanaë, Elwyn, Lutin d’Albédo, Ours inculte, Yuyine, d’autres ?

Pour Challenge lecture 2022 (catégorie 39, un roman fantasy), Contes et légendes (créatures surnaturelles), Littérature de l’imaginaire #10, Petit Bac 2022 (catégorie Lieu pour Caire), Shiny Summer Challenge 2022 (menu 4 – Chaud et ardent, sous menu 2 – Faire feu de tout bois = guerre, bataille, enjeu politique, ici une guerre magique, 2e lecture), Les textes courts (cette deuxième histoire compte 54 pages), Un genre par mois (en juillet, c’est policier) et surtout S4F3 2022 et Vapeur et feuilles de thé (steampunk).

Les nuages de Juan José Saer

Les nuages de Juan José Saer.

Le Tripode, octobre 2020, 224 pages, 19 €, ISBN 978-2-37055-226-6. Las nubes (1997) est traduit de l’espagnol (Argentine) par Philippe Bataillon.

Genres : littérature argentine, roman.

Juan José Saer naît le 28 juin 1937 à Serodino dans la province de Santa Fe en Argentine (sa famille est Syrienne, originaire de Damas). Il étudie à l’Université national du Littoral et devient écrivain dès 1960 puis il s’installe à Paris en 1968 et devient professeur (à l’université de Rennes, entre autres). Il laisse à la postérité plus de 30 œuvres (recueils de nouvelles, romans, essais) dont, pour l’instant, moins de 20 sont traduites en français (Seuil, Le Tripode, Flammarion, Verdier). Il meurt le 11 juin 2005 à Paris en France. Autres titres de l’auteur publiés par Le Tripode : L’ancêtre (2014), Glose (2015), Le fleuve sans rives (2018) et L’enquête (2019).

Résumé de l’éditeur (site et 4e de couv) : « Argentine, 1804 : le docteur Weiss, adepte de la nouvelle psychiatrie parisienne, fonde une maison de santé pour malades mentaux. Les « aliénés » y sont traités avec humanité et l’établissement acquiert une réputation aux quatre coins de la Vice-Royauté du Río de la Plata. Son disciple, Real, reçoit une mission déraisonnable : convoyer de Santa Fe à Buenos Aires une caravane de fous. Il y a un jeune homme mélancolique, une nonne nymphomane, un dandy maniaque et deux frères qui souffrent de délire linguistique. À cet hôpital ambulant se joignent un guide, deux soldats, trois prostituées. Mais la pampa est immense, désespérément vide, et la civilisation lointaine. Au cours de la traversée du désert, la frontière entre folie et normalité devient plus que trouble… ». Comme je m’intéresse à l’histoire de l’aliénisme (psychiatrie), vous comprendrez aisément que ce roman ne pouvait que m’intriguer mais je suis vraiment déçue de ne pas avoir pu le lire pour le Mois espagnol et sud-américain

Paris vidée de ses habitants, été, chaleur excessive. Pigeon Garay reçoit de son ami Tomatis (qui vit en Argentine), un manuscrit (enfin ‘un disket’) intitulé Les nuages.

Le mémoire est rédigé par le docteur Real, un Argentin, qui a étudié à Madrid chez les Franciscains puis à Paris à la Salpêtrière avec le docteur Weiss avant de retourner dans son pays. En août 1804, il convoie, avec trois cavaliers dont un guide, Osuna, un groupe d’aliénés de Santa Fe à Buenos Aires soit (j’ai cherché sur internet près de 800 km (moins de 10 heures en voiture à notre époque mais imaginez il y a plus de 2 siècles avec des ‘fous’ et des chariots en bois !). « […] je suis le docteur Real, spécialiste des maladies qui affligent non pas le corps mais l’âme. » (p. 20).

Le docteur Weiss était un Hollandais et « Dès que je fus arrivé, l’idée devint pour moi une évidence passionnée, et le docteur Weiss mon ami, mon maître et mon mentor. » (p. 21). Ce docteur Weiss avait prévu de s’installer en Argentine avant de rencontrer Real et ce dernier est devenu son assistant à la Maison de Santé Les Trois Acacias fondée en avril 1802 au nord de Buenos Aires, « un hôpital idéal » (p. 23) « refusant les chaînes, la prison, les cachots » (p. 23). Cette Maison, « ce fut peut-être la première de cette espèce sur tout le territoire américain » (p. 24) et durant les 14 ans de vie de la Maison, « Nous vivions en communauté avec nos fous. » (p. 33) et « les tâches domestiques [étaient] accomplies en commun » (p. 37) sur le principe du volontariat, potager et jardinage, peinture et réparations, entretien, cuisine…

Le récit est un peu difficile à lire parce qu’il n’y a pas de chapitres (donc nul endroit propice pour s’arrêter) et que la police de caractère est vraiment petite… Mais, évidemment le récit est passionnant. Ça raconte les conditions de vie du début du XIXe siècle en Argentine dans les petites villes et les villages isolés, conditions spartiates, le dangereux fleuve Paraná, les relations entre les autochtones, les Blancs et les religieux, les esclaves et le mauvais alcool qui circule…

« Il vaut la peine de faire remarquer que les malades mentaux, quand ils sont une certaine éducation, ont presque toujours un penchant irrésistible à s’exprimer par écrit, tentant de canaliser leurs divagations dans le moule d’un traité philosophique ou d’une composition littéraire. Ce serait une erreur de les prendre à la légère car ces écrits peuvent être une source inestimable de renseignements significatifs pour l’homme de science qui, dans les mots écrits, a sous la main, protégées de la fugacité du délire oral et des actions fugitives, quantité de pensées mises à l’abri, semblables aux insectes immobilisés par une épingle ou à la flore séchée d’un herbier sur lesquels le naturaliste concentre son attention. » (p. 111-112).

Et puis, il y a le fleuve dont les eaux (les crues) sont comme la folie et l’inondation « insidieuse, brutale, démesurée » (p. 118) « retardait les malades que nous attendions, en provenance de Córdoba et du Paraguay, et en même temps nous confinait dans la ville. » (p. 119).

Certains habitants sont cultivés comme monsieur Parra, dont le fils, Prudencio, en état de prostration, fera partie du voyage jusqu’à la capitale. Il y aura aussi Teresita, une nonne qui a perdu la raison après avoir subi des viols par le jardinier du couvent… (jardinier qui n’a pas la même version que la mère supérieure du couvent). Monsieur Troncoso, homme riche et autoritaire qui arrive de Córdoba, et qui passe de l’excitation à la mélancolie. Et les deux malades qui arrivent du Paraguay, Juan Verde soit silencieux soit véhément (il répète toujours « le matin, le soir, la nuit » (p. 139) avec des intonations différentes) et son jeune demi-frère surnommé Verdecito (cas de démence héréditaire ?). Real raconte la rencontre et le problème de chacun de ces cinq patients et, durant le voyage de retour, il lit l’intégrale de Virgile, offerte par l’agréable monsieur Parra (l’auteur s’inspire pas mal de Virgile, Cicéron et Zénon, philosophes antiques).

Retour à Buenos Aires qui évidemment est fort compliqué (retards, intempéries, inondations, mauvais état des chemins, détours, crainte d’une attaque des Indiens conduits par le violent cacique Josesito, feu de forêt en pleine pampa…), « une laborieuse caravane, trop lente et trop longue, ralentie par de continuelles indécisions » (p. 147) avec les malades mais aussi un marchand ambulant, des soldats et des prostituées « Et enfin, dix ou douze chiens vagabonds nous suivaient avec une obstination, une indigence et une avidité semblable à celles des mouettes qui suivent le sillage des bateaux en quête de nourriture. » (p. 152), sûrement ma phrase préférée, mais j’ai aussi beaucoup apprécié le moment que Real passe seul au bord d’un étang, enfin seul avec son cheval, observant l’horizon et les animaux refoulés par la montée des eaux (p. 164-170).

Quelques réflexions complémentaires. Je ne dirais pas que l’auteur est anticlérical mais il (Real en tout cas) a sa propre vision de la théologie qui diffère de la vision scientifique et médicale, ce qui est logique (sans parler de la vision théologique de Teresita rédigée dans son Manuel d’amours, hi hi hi). Quant au roman en lui-même, c’est un roman atypique, à la fois historique (l’Argentine du XIXe siècle), à la fois aventure avec ce voyage incroyable, à la fois médical avec la folie représentée sous toutes ces formes (Prudencio représenterait la philosophie, Tronsoco la richesse et le pouvoir, Teresita la religion ou plutôt le mysticisme, Juan Verde et Verdecito la famille et ses problèmes de communication), et utopique parce que c’était folie d’accomplir un tel voyage à cette époque et aussi de vouloir soigner différemment (sûrement une grande innovation en ce début de XIXe siècle). Chaque malade, chaque accompagnateur est un nuage différent à lui seul (avec ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas, ce qu’on sait – ou qu’on devine – et ce qu’on ne sait pas) et puis il y a les nuages, les vrais, c’est-à-dire les météorologiques, sur lesquels l’humain est impuissant.

Alors, ce n’est pas un roman estival parce qu’il est dense et qu’il faut vraiment se concentrer… J’aurais dû le lire plus tôt, mais je suis ravie d’avoir découvert cet auteur considéré comme un des plus grands écrivains argentins du XXe siècle, considéré autant que Jose Luis Borges (c’est dire !) et je veux lire d’autres de ses titres, peut-être L’enquête, son seul roman policier qu’il a rédigé à Paris. Et vous, connaissiez-vous cet auteur ?

Pour Challenge de l’été – Tour du monde 2022 (Argentine), Challenge lecture 2022 (catégorie 25, un roman historique), Shiny Summer Challenge 2022 (menu 3 – Sable chaud, sous menu 2 – Une oasis dans le désert = le voyage d’une vie, 2e billet) et Tour du monde en 80 livres (Argentine). Par le passé, il y a eu un Challenge Amérique du sud et Amérique latine mais je ne l’ai pas retrouvé…

Sky Hawk de Jirô Taniguchi

Sky Hawk de Jirô Taniguchi.

Casterman, collection Sakka, octobre 2009, 288 pages, 12,95 €, ISBN 978-2-23-02617-9. Ten no taka (Sky Hawk) (2002) est traduit du japonais par Corinne Quentin.

Genres : manga, western.

Jirô Taniguchi… Consulter mon billet avec sa biographie et sa bibliographie.

Après la défaite de leur Daimyo (seigneur) du fief Aizu, Hikosaburô Soma (32 ans) et Manzô Shiotsu (29 ans), deux samouraïs, se sont exilés aux États-Unis (après la restauration de Meiji en 1868). Manzô étant blessé à la jambe suite à une attaque de grizzli, Hikosaburô chasse seul en ce jour de mars 1871 et il sauve une femme indienne qui vient d’accoucher d’une petite fille (qui se prénommera Sakura).

À son réveil, elle raconte qu’elle s’appelle Running Deer, qu’elle appartient à la tribu Sioux des Sans-Arcs et que six mois plus tôt elle a été achetée par un homme blanc lorsque son village a été incendié. Évidemment des hommes blancs armés viennent la récupérer mais Hikosaburô utilise le jujitsu pour les vaincre sans problème. Plus loin des Sioux du clan Oglagla observent la scène. « Face à un homme armé, tu as été le plus rapide. Comment fais-tu ? » (Crazy Horse, chef des guerriers Oglagla). C’est décidé, les deux samouraïs partent avec les guerriers Oglagla pour vivre dans leur tribu sur leur terre sacrée, les Black Hills (Wyoming), et leur enseigner le jujitsu ! Ou quand la tradition japonaise rejoint la tradition amérindienne (et il y a des similitudes, entre le bushidô et le code de l’honneur indien entre autres).

La jambe de Manzô est guérie, les cours de jujitsu commencent et les Indiens sont vraiment surpris de la rapidité et de l’efficacité de cet art martial. Mais lorsqu’ils vont à la chasse aux bisons avec les deux Japonais, c’est l’horreur, des centaines de bisons ont été tués par des chasseurs et des militaires blancs. Pour le plaisir mais aussi « pour forcer les Indiens des plaines à renoncer à leur mode de vie basé sur la chasse, et à se résigner à vivre dans les réserves gérées par le gouvernement. » et aussi parce que les Blancs prévoient de faire passer le Cheval de Fer (le train) à travers les plaines d’est en ouest.

Après de dangereux combats (contre les Blancs, contre les Crows alliés aux envahisseurs) dans lesquels ils font leurs preuves, Hikosaburô devient Sky Hawk (Faucon Céleste) et Manzô devient Winds Wolf (Loup des Vents) et sont accueillis à part entière dans le clan Oglagla.

Mais les traités comme celui de 1865 qui stipule que « Sur l’ensemble de ce territoire, les Blancs n’auront le droit ni de s’établir ni de posséder des terres. Sans autorisation des Indiens, ils n’auront pas le droit non plus de traverser ces zones. » sont systématiquement bafoués. Non seulement les Blancs traversent sans autorisation des Indiens mais en plus ils s’installent (villes, mines), ils pillent, ils brûlent, ils tuent des milliers de bisons (indispensables aux Indiens) et avancent avec le Cheval de Fer jusqu’aux plaines des Oglagla… « On a beau chasser les Blancs sans cesse, il en revient toujours. Comme des armées de sauterelles. ».

Printemps 1876, menacés par le gouvernement américain et par les militaires toujours mieux armés (carabines, fusils à répétition, canons, mitrailleuses…), les Cheyennes survivants se joignent aux Oglagla près de la rivière Rosebud puis « les diverses tribus Sioux, Brûlés, Sans-Arcs et Pieds-Noirs se rejoignent » ainsi que les Cheyennes Hunkpapas conduits par Sitting Bull et de jeunes guerriers qui ont quitté les réserves dans lesquelles ils étaient parqués, mais tous ont perdu de nombreux villages et de valeureux guerriers…

Dans la préface Jean Giraud alias Moebius dit que le western est un genre passé de mode à Hollywood (comme le péplum et le cinéma de cape et d’épée) mais qu’il survit grâce à la « ‘Bande Dessinée’, non, ça, c’est seulement le prénom, le patronyme entier est : ‘Bande Dessinée Francophone’. C’est là que les cow-boys se sont réfugiés, avec arme et bagages, et tout le reste […]. », bande dessinée francophone que Jirô Taniguchi découvre et apprécie c’est pourquoi il se lance dans la création de ce magnifique western.

Je voudrais ajouter qu’un autre manga de western existe pourtant, c’est Shumari d’Osamu Tezuka, un seinen paru entre juin 1974 et avril 1976 dans le magazine Big Comic puis en 4 tomes chez Shôgakukan (Japon) en avril 1976 et chez Tonkam (France) entre novembre 2007 et septembre 2008. Plus récemment, Billy the Kid 21 de Noburu Rokuda, inspiré bien sûr de l’histoire de Billy the Kid mort à 21 ans, seinen en 3 tomes est paru chez Green Arrow Shuppansha (Japon) en 2008 et chez Black Box (France) en 2018. Peut-être y en a-t-il quelques autres mais je ne veux pas faire ici une recension de tous les mangas westerns !

Dans la postface, Jirô Taniguchi dit que, ce western, il avait « envie de [le] dessiner depuis une bonne vingtaine d’années. » Comme beaucoup d’entre nous, il a vu enfant les westerns hollywoodiens et les ‘westerns spaghettis’ (italiens) et il a découvert la bande dessinée européenne. Il s’est basé sur l’histoire des premiers migrants japonais aux États-Unis, « en 1869, une quarantaine de Japonais du clan Aizu, ayant perdu la guerre de Boshin, avaient emprunté le bateau à vapeur China, partant de Yokohama pour se rendre à San Francisco. » Ainsi cette ‘petite’ histoire dans la Grande Histoire est bien réelle (Sakura a d’ailleurs été photographiée par un photographe japonais) et l’auteur a fait des recherches pour être au plus près de la réalité (concernant les lieux, les batailles, le mode de vie, tout ça) même s’il y met un peu de fiction.

De mon côté, j’ai été émue au plus haut point (au point que les Indiens auraient pu m’appeler Rivière de Larmes !). Les six premières planches sont en couleurs, ensuite c’est en noir et blanc (beaucoup de manga de Taniguchi se lisent dans le sens occidental, celui-ci se lit dans le sens japonais). Les dessins sont magnifiques, à la fois sobres et à la fois détaillés, et il y a de très beaux paysages, Taniguchi s’est surpassé. Fans de Taniguchi, fans de western, curieux ? C’est pour vous !

Pour La BD de la semaine (cependant en pause durant la période estivale) et BD 2022, Bingo littéraire d’Hylyirio (n° 19, un roman de mon auteur préféré, je peux dire qu’en manga, Taniguchi est un de mes auteurs préférés), Challenge de l’été – Tour du monde 2022 (auteur japonais mais l’action se déroule aux États-Unis, l’organisatrice a demandé que si on présente un manga, on parle d’au moins 3 tomes sauf qu’ici, ce n’est pas une série, c’est un one-shot de près de 300 pages, pour moi c’est l’équivalent d’un roman, si ça pose problème, ce n’est pas grave, j’ai d’autres lectures américaines mais j’aime bien sortir des sentiers battus !), Challenge lecture 2022 (catégorie 48, un manga, 2e billet), L’été lisons l’Asie (menu Fil rouge = Japon, menu de juillet = nature, récit initiatique, roman d’apprentissage, c’est l’histoire de deux Japonais exilés fin XIXe siècle aux États-Unis, recueillis par une tribu indienne et donc qui vivent en pleine nature et avec la nature) et Shiny Summer Challenge 2022 (menu 1 – Été ensoleillé, sous menu 3 – Au pays du soleil levant = culture japonaise, ou comment la culture japonaise se lie à la culture amérindienne).

Play de Mènis Koumandarèas

Play de Mènis Koumandarèas.

Ginkgo, octobre 2016, 128 pages (l’éditeur dit 140 mais il y en a bien 128), 15 €, ISBN 978-2-84679-264-6. Play Πλανόδιος Σαλπιγκτής (Kédros, 1989) est traduit du grec par Nicole Le Bris.

Genres : littérature grecque, roman.

Mènis Koumandarèas (Μένης Κουμανταρέας) naît le 4 janvier 1931 à Athènes en Grèce. Il étudie la philosophie et le droit à l’université d’Athènes et suit des cours de théâtre. Il est journaliste, écrivain dès 1962 (nouvelles, romans, poésie) et traducteur. Il traduit en grec moderne Lenz de Georg Büchner (1977), Alice’s Adventures in Wonderland de Lewis Carroll (1972), As I Lay Dying de William Faulkner (1970), Demian de Hermann Hesse (1961), The Ballad of the Sad Cafe de Carson McCullers (1969) et Bartleby the Scrivener de Herman Melville (1980). Il meurt assassiné dans son appartement le 6 décembre 2014 à Athènes. Une page lui est consacrée sur le site de son éditeur, Kédros, et une autre sur le site de la Société des écrivains grecs (sites en grec).

« Un jeune journaliste débutant – plus rocker que journaliste – se présente au domicile d’un écrivain célèbre pour une série d’interviews. Se noue entre eux des relations ambivalentes d’intérêt et d’exaspération réciproques. ‘Play’, c’est la touche du magnétoscope (*) qui permet au ‘reporter’ novice de réentendre les entretiens. Ce face à face dans lequel Koumandarèas se figure lui-même relève de la fiction. » (début de la 4e de couv). (*) Ici, il y a une erreur, c’est bien un magnétophone et pas un magnétoscope.

Un jeune journaliste de 28 ans réussit à avoir un premier rendez-vous avec un grand écrivain. « J’ai lu un certain nombre de vos interviews, dis-je, sans qu’aucune m’ait satisfait. » (au téléphone, p. 5). Les rencontres chez l’écrivain (grand fumeur et buveur de thé) sont enregistrées sur une cassette dans un magnétophone et le jeune journaliste écoute ensuite pour taper sur sa machine à écrire (qu’il appelle Maritsa car elle est bulgare).

Souvenirs d’enfance (à partir de 1935), les vacances à la montagne, la découverte de la musique classique sur le gramophone (Wagner, Strauss…), « une sorte d’extase ou d’ivresse lucide » (p. 11), une maison avec jardin dans le quartier de Psychico (que j’ai découvert dans Psychiko de Paul Nirvanas), un grand frère (7 ans de plus), un chien, les contes qu’on lui racontait le soir… Son conte préféré, Le loup et les trois chevreaux blancs, qui l’a inspiré pour écrire, « la séduction dans le récit » (p. 12). Dès qu’il a su un peu lire, il a développé son imagination et son envie d’écrire : tiens, ça me rappelle moi, mais je ne suis pas devenue une autrice célèbre, « C’est peut-être que le talent me fait défaut ? » (p. 14, c’est en fait une phrase du journaliste). C’est que pour écrire, il faut de l’art, l’innocence, l’étonnement de l’impression première et vivre « en permanence entre les deux aspects du monde, le réel et l’imaginaire » (p. 16).

Et puis, la guerre, l’occupation allemande, le frère aîné engagé, les parents en colère, « Mon père criait qu’à cause de lui nous allions tous nous retrouver devant le peloton d’exécution et ma mère fermait les fenêtres de peur que les voisins nous entendent. » (p. 20). L’écriture et la littérature sont entrées dans sa vie ensuite, à l’adolescence ; il aime les auteurs russes (Dostoïevski et Tolstoï) et il découvre le cinéma (américain) et le théâtre. « À présent que nous nous connaissons, viens régulièrement insiste-t-il. » (p. 25).

Après la Seconde guerre mondiale, et pour lui éviter la guerre civile (1946-1949) et les idées communistes, son père l’envoie étudier à Londres puis à Berlin, imaginez la découverte des rues, des monuments, des gens, des spectacles ! Mais… « Le mal du pays est une bête de proie qui te dévore l’âme. Même si ton lieu de naissance est l’endroit le plus laid qui soit, le désir d’y revenir l’emporte sur tout. À plus forte raison quand tu es né Athénien. » (p. 46).

L’auteur revient donc à Athènes, travaille et écrit. Il lit aussi et le journaliste le pousse toujours plus dans ses retranchements, les auteurs grecs et étrangers qu’il a aimés ou qu’il a détestés, et pourquoi. « Aux antipodes du lyrisme espagnol et de l’intellectualisme d’Europe centrale, les Américains écrivaient comme des enfants. C’est avec eux que j’ai découvert le naturel des dialogues ordinaires, l’humour, la clarté de la phrase, la rapidité dans les changements de temps et de lieu. Un montage qui me ramenait à mon ancienne passion, le cinéma. » (p. 97), il parle bien sûr des écrivains de la fin du XIXe siècle et de la première moitié du XXe siècle voire ceux des années 1960 et 1970. « Souvent un écrivain, même de second ordre, me fournit, à l’égal de la vie, des matériaux pour mon propre ouvrage. Je ne prends pas toujours les plus grands pour modèles. » (p 97-98), il parle de Le tonneau magique de Bernard Malamud.

Un pur bonheur ces dialogues entre le journaliste et l’auteur, c’est vif, c’est moderne, presque endiablé, ça ressemble un peu à du théâtre (le lecteur se retrouvant comme spectateur des entrevues entre le journaliste et l’auteur interviewé). J’ai appris des choses sur l’histoire de la Grèce (XXe siècle), sur la musique grecque (j’avais déjà découvert le rébétiko il y a des années), sur la littérature grecque (c’est bien que les notes soient en bas de page et pas en fin de volume) et sur les « plats de cuisine littéraire » (p. 61), « Je ne sais pas ce qu’il entend par avant-garde ni par réalisme. Encore moins par postmodernisme, un terme que les gens sucent comme un bonbon et vous servent à tout bout de champ. » (p. 61). Mais, plus j’avançais dans la lecture, plus je sentais qu’il y avait quelque chose que je ne comprenais pas, pas comme un malaise, mais une chose intrigante, le journaliste est parfois provocateur, « Mais je n’ai pas l’intention de le laisser tranquille ce soir. À toutes ces culpabilités qui l’assiègent, voici le moment d’en ajouter encore une autre. » (p. 100).

Une excellente lecture que je mets dans Bingo littéraire d’Hylyirio (n° 30, un roman qui se passe en huis-clos, 2e billet), Challenge de l’été – Tour du monde 2022 (Grèce), Challenge lecture 2022 (catégorie 29, un livre dont le titre est un verbe à l’infinitif), Petit Bac 2022 (catégorie Verbe pour Play), Shiny Summer Challenge 2022 (menu 4 – Chaud et ardent, sous menu 1 – Brûlant d’amour = l’amour sous toutes ses formes, comme je n’ai pas envie de lire une romance, je propose ce roman qui parle d’admiration – donc une forme d’amour – d’un jeune homme pour un écrivain qu’il interviewe), Tour du monde en 80 livres (Grèce) et Voisins Voisines 2022 (Grèce).

PS : je tiens à dire que, tout comme L’Autre Paris d’Ivar Lo-Johansson, Ginkgo m’avait envoyé ce livre en 2016 mais que je n’avais pas pu le lire pour des raisons personnelles (séparation, déménagement, problème de santé) et pratiques (il était dans un des 10 cartons de livres non déballés à ce moment-là et je ne l’ai retrouvé que récemment). Merci pour cette belle lecture même si elle arrive presque 6 ans après !