Les recettes du Globe-Cooker : Inde de Fred Chesneau

Les recettes du Globe-Cooker : Inde de Fred Chesneau.

Mango, janvier 2014, 50 pages, 4,95 €, ISBN 978-2-31700-806-1.

Avec de très belles photographies de Bernhard Winkelmann.

Genres : livre de recettes, beau livre.

Fred Chesneau naît le 28 février 1968 à Paris. Il étudie la gestion et le marketing puis crée une petite école de cuisine à Paris. Grand voyageur et gastronome, il apparaît dans des émissions culinaires (Les nouveaux explorateurs entre 2007 et 2014) et ouvre son restaurant en Grèce en 2017 (sur l’île de Paros) : Stou Fred (Chez Fred).

Pour le Marathon gourmand de ce week-end, j’ai décidé de lire trois livres des Recettes du Globe-Cooker que je possède depuis mars 2014 et que je n’ai finalement que feuilletés… Le premier que j’ai lu est celui sur l’Inde car j’aime la cuisine indienne (ce que j’en connais) et les épices.

Dans ce petit livre, une introduction « En Inde, on raconte qu’il existe autant de façons de cuisiner qu’il y a d’Indiens. » (p. 3), quelques explications sur la cuisson (marinage, mijotage), le dosage des épices, les calories et l’équipement nécessaire. Les principaux ingrédients pour bien cuisiner indien : curry (garam masala), cardamome, lait de coco, poivre, gingembre, curcuma, clou de girofle, badiane (ou anis étoilé) et ghee (beurre clarifié). Et les recettes : une vingtaine, salade, riz, plats, sauces, desserts.

Accras comme à Goa : avec des crevettes, pas pour moi…

Samosas : ça oui, avec des pommes de terre, des légumes et des épices, parfait !

Caviar d’aubergines du Penjab : ça aussi !

Salade du Malabar : OK pour cette « salade fraîcheur » avec des fruits et des épices mais sans les crevettes.

Parathas : pourquoi pas ? J’ai déjà mangé des naans mais pas des parathas.

Mes petits chutneys : il y en a 4 différents et l’auteur dit qu’on peut tous les faire pour nous éviter de choisir !

Papillotes de cabillaud au poivre vert : il m’arrive de manger du poisson blanc mais tellement rarement… Mais pourquoi pas ? Papillotes, ça fait envie !

Butter chicken : comme pour le cabillaud, c’est devenu rare que je mange du poulet mais la pâte au curry, je suis partante!!

Crumble Lord Mountbatten : miam, il fait envie ce crumble… avec un chutney.

Agneau biryani : euh, non, pas d’agneau pour moi.

Panier du pêcheur : et toujours pas de crevettes, non merci !

Langouste tandoori : et pas de langouste non plus ! Mais la pâte de curry, c’est encore oui !

Mon riz express à l’indienne : pour le riz, oui, oui et oui, le riz basmati étant mon riz préféré.

Glace à la pistache : oh, cette recette, il faut que je l’essaie !

Halva à la carotte : et ce dessert aussi !

Le bonus de Fred, le lassi : je ne connaissais pas ce mot ; pourquoi pas ?

Le visuel d’origine

Vous l’aurez compris, avec des recettes qui semblent faciles à réaliser et des photos superbes, ce petit livre a tout d’un grand. Et les recettes me conviennent à part celles avec crustacés (que je ne mange jamais), poissons et viandes (que je mange mais alors très rarement, genre je fais un petit effort lorsque je suis invitée).

Vous pouvez voir – sur la chaîne YT du Fin gourmet – le film sur les Indiens et la cuisine indienne à Paris parce qu’en fait, le Globe-Cooker (Fred Chesneau) participait à une émission télévisée culinaire (c’est pourquoi il y a Canal+ sur la couverture en face de Mango).

Prochaines lectures pour le Marathon gourmand de ce week-end : le Japon et la Thaïlande mais il existe d’autres titres individuels ou regroupés dans des « valises ». Valise n° 1 : Danemark, Inde, Italie, Japon, Maroc, Thaïlande. Valise n° 2 : Bali, Chine, Espagne, Grèce, Liban, Mexique.

Aussi pour les challenges Des livres et des écrans en cuisine et Les étapes indiennes.

Marathon gourmand – août 2020

Un Marathon gourmand organisé le week-end du vendredi 21 au dimanche 23 août par Bidib et par Fondant Grignotte. Dans le cadre du challenge Des livres (et des écrans) en cuisine 2020 que je n’ai honoré qu’une fois depuis le début de l’année…

J’ai pris une photo des trois livres de cuisine que je vais lire, un par jour. Oui, je vais les compulser et je vous dirai la (ou les deux ou trois) recette(s) que je veux vraiment réaliser. Parce que les livres de cuisine, une fois feuilletés, se retrouvent souvent sur les étagères et ne servent pas réellement. J’ai ces livres depuis 6 ans (mars 2014) et je ne les ai jamais que feuilletés, il est temps que je les lise !

Mes lectures pour ce marathon gourmand

1. Les recettes du Globe-Cooker : Inde de Fred Chesneau (Mango, 50 pages) -> lu vendredi, billet en ligne samedi midi.

2. Les recettes du Globe-Cooker : Japon de Fred Chesneau (Mango, 50 pages) -> lu samedi, billet en ligne samedi soir.

3. Les recettes du Globe-Cooker : Thaïlande de Fred Chesneau (Mango, 50 pages) -> lu dimanche billet en ligne dimanche en début de soirée.

Bilan : 3 « petits » livres mais beaux, agréables, utiles et 150 pages en tout.

Le livre de M de Peng Shepherd

Le livre de M de Peng Shepherd.

Albin Michel Imaginaire, juin 2020, 592 pages, 24,90 €, ISBN 978-2-22644-293-2. The Book of M (2018) est traduit de l’américain par Anne-Sylvie Homassel.

Genres : littérature états-unienne, science-fiction, premier roman.

Peng Shepherd naît à Phoenix en Arizona où elle vit mais elle a aussi vécu à Beijing, Kuala Lumpur, Londres, Los Angeles, Washington DC et New York (source : son site). Elle est diplômée du NYU MFA (écriture créative et arts). Le livre de M est son premier roman et a reçu le Prix Neukom en 2019 (bien mérité !). Son deuxième roman, The Cartographers, va paraître. Plus d’infos sur son site officiel, http://pengshepherd.com/.

Depuis deux ans, les humains perdent leur ombre puis, plus ou moins vite, perdent aussi leurs souvenirs, leur être intérieur. Beaucoup se suicident ou deviennent dangereux. Ce phénomène est appelé l’Oubli. Mais tout le monde n’est pas touché ; il y a donc des survivants avec leur ombre et des survivants sans ombre. « Pourquoi avait-il fallu que les ombres soient ce lieu du corps où gisent les souvenirs ? Pourquoi l’Oubli épargnait-il certaines personnes ? Et lorsqu’on en était affecté, pourquoi la disparition des souvenirs se produisait-elle à des délais aussi variables ? Et quand cet effacement s’accomplissait, pourquoi la terre elle-même semblait oublier, de même que les hommes ? » (Ory, p. 12).

Dans ce roman de science-fiction, pas d’explosions nucléaire ou bactériologique rendant la Terre inhabitable, pas de zombies ou d’extraterrestres envahisseurs ou de robots détruisant l’humanité. C’est un des points forts du Livre de M : un monde post-apocalyptique totalement différent des autres déjà vus (lus) auparavant. Quoique j’ai pensé, durant ma lecture, à L’aveuglement de José Saramago (écrivain portugais) qui raconte la fin du monde à cause d’une cécité fulgurante (roman paru en 1995 et adapté en un excellent film, Blindness, réalisé par Fernando Meirelles en 2008).

Un autre point fort du Livre de M, ce sont les personnages qui sont vraiment très bien créés et suivis par Peng Shepherd (j’ai vraiment eu l’impression qu’elle aimait chacun d’entre eux) : je ne suis pas restée sur ma fin au sujet des personnages, de leur passé et leur histoire alors que la majorité d’entre eux perdaient la mémoire !

D’ailleurs, revenons au résumé et aux personnages. Le lecteur suit donc quelques personnages principaux, très bien choisis et représentatifs de l’humanité : un Indien – d’Inde, pas d’Amérique – (Hemu Joshi) avec lequel tout commence et sa doctoresse indienne (Avanthikar), un Américain d’origine chinoise (Ory), une Américaine noire (Max), un couple d’homosexuels (Paul et Imanuel), un groupe d’Américains classiques (Ursula et sa bande dans leur van), une Iranienne (Naz) principalement, les chapitres alternant avec l’un ou l’autre.

Il y a d’abord Orlando Li Zhang (Ory) et son épouse Maxine Webber (Max) de Washington : ils sont dans un hôtel en forêt dans le Great Falls National Park, au-dessus d’Arlington (Virginie), pour célébrer le mariage de leurs amis (Paul et Imanuel). Ils apprennent ce qui se déroule à Boston puis dans plusieurs États et, peu à peu, les convives partent. Deux ans après, il ne reste plus qu’Ory et Max mais celle-ci a perdu son ombre depuis 7 jours et il n’y a plus rien à manger… C’est en allant à Arlington qu’Ory rencontre un groupe de 12 personnes dont 4 ont encore leur ombre, conduit par Ursula : ils veulent aller à la Nouvelle-Orléans rejoindre Celui qui Rassemble (il a d’autres surnoms). Mais, lorsqu’il rentre à l’Elk Cliffs Resort, Max a disparu avec son petit magnétophone à cassettes sur lequel elle va s’enregistrer pour garder sa mémoire.

Premier flashback. Mahnaz (Naz) Ahmadi est une Iranienne championne de tir à l’arc. Elle a quitté Téhéran pour Boston où elle s’entraîne pour les Jeux Olympiques. Elle est avec son entraîneur et ses coéquipières lorsque les infos montrent le premier homme sans ombre : Hemu Joshi a perdu son ombre au marché aux épices de Pune en Inde. Or, Boston sera la première ville touchée aux États-Unis.

« Ce qu’on a oublié, ça ne manque pas, non ? » (Max, p. 136). Eh bien, essayez de vivre sans votre mémoire, sans le souvenir qu’il faut manger, dormir ou respirer tout simplement !

Je vais mettre ce roman dans le challenge Les étapes indiennes. Bien sûr Peng Shepherd n’est pas une autrice indienne mais une partie du roman se déroule en Inde où tout commence – ce qui apporte et peu d’exotisme – et se rapporte régulièrement à des légendes indiennes (voir ci-dessous avec Hemu et ARI). C’est que, en Inde, le « Jour sans Ombre » existe vraiment à cause de l’angle de la Terre ; c’est un jour célébré mi-mai, lorsque le soleil est au zénith mais, normalement, l’ombre revient ! « Tous les ans, juste avant midi, d’immenses foules se rendaient sur les parvis des marchés pour attendre le moment où le soleil passait si exactement au-dessus d’eux que leur ombre disparaissait pendant quelques stupéfiantes secondes. » (p. 50). Pas de magie dans cet événement : « Une explication parfaitement scientifique. » (p. 50) sauf si les ombres ne reviennent pas ! J’ai remarqué une petite erreur : un des deux frères de Hemu s’appelle Vinay et quelques lignes plus bas, Vijay… (p. 52).

Deuxième flashback. Peu avant l’Oubli, un Américain de la Nouvelle-Orléans a également perdu la mémoire mais dans un grave accident de voiture. Il est surnommé ARI pour « Amnésie Rétroactive Intégrale ». ARI et le docteur Zadeh se rendent en Inde pour rencontrer Hemu Joshi et la doctoresse Avanthikar. Peut-être pourront-il comprendre ce qu’est l’Oubli et y remédier ? Mais « Il n’y a dans aucun champ de la connaissance humaine quelque chose qui puisse l’expliquer. Psychiatrie, neurologie, physique, biologie… » (docteur Zadeh, p. 214). Hemu, bien qu’amoindri par son état, raconte pourtant à ARI des légendes indiennes (d’où le challenge Contes et légendes #2). D’abord le Rigveda, en particulier la légende de Sanjna qui est tellement aveuglée par son époux bien-aimé, Surya, le Soleil, qu’elle crée une ombre identique à elle, Chaaya, pour la remplacer !

Ensuite (c’est ma préférée), celle de Gajarajan, un éléphanteau sauvé du massacre, et de sa jeune sœur (qu’il n’a pas connue), Manikan qui peint et qui est en liaison avec Gajarajan (d’où le challenge Animaux du monde) : cela prouverait-il que la mémoire peut se transmettre d’un être à un autre même à distance mais… comment ?

En tout cas, de bête curieuse qui attire les journalistes du monde entier, Hemu devient bien malgré lui, cobaye scientifique avant de totalement perdre pieds… Typique de notre société.

Vous êtes bien plongé dans cet incroyable roman ? Alors, en route pour la Nouvelle-Orléans ! Malgré les dangers et même si vous avez oublié pourquoi vous y alliez ! « On le saura bien assez tôt. On y arrivera. » (p. 240).

Ce résumé et cette présentation peuvent vous paraître un peu long mais je voulais vraiment vous parler des personnages principaux et aussi de la complexité et de la richesse de ce roman de science-fiction atypique. Ory aime Max, Imanuel aime Paul, Naz aime sa sœur Rojan, ARI aime l’humanité, mais pourront-il sauver ceux qu’ils aiment ? Amour et violence se côtoient tout au long du roman avant un final ahurissant mais plausible. Et j’avais réellement l’impression d’y être ! Un premier roman innovant, rythmé, exceptionnel !

Je tiens à remercier les éditions Albin Michel Imaginaire car j’ai reçu ce livre avant sa parution [mon billet ici] et, je voudrais dire que faire paraître ce roman après le confinement et une pandémie mondiale, c’est assurément gonflé mais n’hésitez pas à investir dans Le livre de M car c’est une excellente lecture ! Science-fiction mais pas que : vous découvrirez pourquoi lors de la lecture.

En plus des challenges cités dans le billet, je mets bien sûr cette lecture dans Littérature de l’imaginaire #8.

Aucune terre n’est la sienne de Prajwal Parajuly

Aucune terre n’est la sienne de Prajwal Parajuly.

Jentayu n° 4 : Cartes et territoires. Nouvelle traduite de l’anglais (Inde) par Benoîte Dauvergne.

Genres : littérature indienne, nouvelle.

Prajwal Parajuly naît le 24 octobre 1984 à Gangtok au Sikkim (Inde). Son père est Indien et sa mère Népalaise. Son premier recueil de nouvelles, The Gurkha’s Daughter (Quercus, 2012), fut nominé pour le Prix Dylan Thomas. Son premier roman, Land where I flee (2013), considéré à sa sortie comme « le roman d’Asie du Sud le plus intelligent et le plus divertissant des dix dernières années », est traduit en français par Benoîte Dauvergne et publié sous le titre Fuir et revenir aux éditions Emmanuelle Collas début mars 2020 (l’Inde devait être l’invitée de Livre Paris, annulé…). Il a également écrit pour le New York Times et pour les journaux anglais, The Guardian et New Statesman ainsi que pour la BBC.

La nouvelle est lisible en ligne sur Jentayu ; merci !

Depuis une douzaine d’années, Anamika Chettri vit pauvrement avec ses filles (Diki, 12 ans, et Shambhavi, 10 ans) et son père malade (« probablement la tuberculose ») dans un camp de réfugiés. Le camp de Khudunabari, j’ai cherché, est situé à Sanischare (district de Koshi au Népal). Après avoir ramassé du bois, elle est prise à partie par des étudiants népalais. « Retourne dans ton foutu pays. »… « Laissez-moi tranquille, espèces de chiens galeux. »

« Anamika se sentait chez elle au camp de réfugiés de Khudunabari. Elle n’était pas du genre à regarder dans le vague et soupirer avec nostalgie en pensant au Bhoutan. Sa théorie était simple : puisque son pays (elle appelait encore le Bhoutan ainsi, même après toutes ces années) ne voulait pas d’elle, elle n’avait aucune envie d’y retourner. » C’est que les gens ont dû passer un test de citoyenneté qu’Anamika a raté et donc elle a été renvoyée dans le pays dont elle avait « des origines » alors que son père était en règle…

Le Bhoutan n’est donc plus son pays et le Népal ne veut pas d’elle non plus… Cependant, il y aurait un espoir : l’Amérique parlerait d’accepter des réfugiés.

Mais le problème d’Anamika est plus profond que tout ça… Prajwal Parajuly parle des relations entre les hommes et les femmes, du mariage, de la brutalité, du « malheur » de n’avoir que des filles. « J’ai déjà quatre filles inutiles à nourrir et habiller parce que cette randi est maudite, et maintenant, tu veux que je fasse venir la fille d’un autre dans cette maison ? Je t’ai donné un toit au moment où tu en avais le plus besoin. Je t’ai épousée alors que tout le monde critiquait ton caractère, et c’est comme ça que tu me remercies ? »… Ravi, le deuxième mari d’Anamika, est un sacré abruti, brutal, hypocrite, profiteur, une honte ambulante…

Je trouve ça super que Prajwal Parajuly, en tant qu’homme parle du malheur des femmes et des filles, de la violence qu’elles subissent, même si elles sont instruites. Bravo, monsieur Prajwal Parajuly ! J’espère lire votre roman !

Une nouvelle pour Les étapes indiennes, Lire en thème 2020 (le titre fait plus de trois mots) et La bonne nouvelle du lundi.

Challenge Les étapes indiennes 2020

Ah la la, je suis décidément incorrigible ! Vu chez Blandine – Vivrelire, j’ai immédiatement craqué pour le challenge Les étapes indiennes 2020 créé par Hilde – du Livroblog. Il y a dix ans, en 2010, je m’inscrivais (avec mon ancien blog) au challenge « Bienvenue en Inde » organisé par la même Hilde et Soukee !

Infos, logos et inscription chez Hilde + le récap + le groupe FB pour un challenge du 5 janvier 2020 au 5 janvier 2021.

Hilde propose des étapes thématiques (facultatives) : 1- épices et saveurs des cuisines indiennes, 2- enquêtes indiennes, 3- la famille, c’est sacré !, 4- la place de la femme dans la société indienne, 5- édités en 2019, 6- pauvreté, corruption et inégalités, 7- jeunesse indienne, 8- cinéma et séries, 9- mythologie et contes de l’Inde, 10- récits d’expatriés, de migrants, 11- mariages arrangés, 12- saga historique, 13- protection de la nature, des animaux, 14- récits de voyages, 15- un match de cricket, 16- princes, princesses, rajah, 17- pour Halloween (fantômes…), 18- pour Noël, 19- pour les fans de Sherlock Holmes, 20- pour rire, 21- pour les amatrices et amateurs de SF. Je ne sais pas si je les honorerai toutes mais elles semblent très intéressantes.

Mes billets pour ce challenge

1. Aucune terre n’est la sienne de Prajwal Parajuly (Inde, nouvelle)

2. Le livre de M de Peng Shepherd (Albin Michel Imaginaire, 2020, roman états-unien mais l’histoire se déroule en partie en Inde et se base sur des légendes indiennes)

3. Les recettes du Globe-Cooker : Inde de Fred Chesneau (Mango, 2014)

Le Club des veuves qui aimaient la littérature érotique de Balli Kaur Jaswal

Le Club des veuves qui aimaient la littérature érotique de Balli Kaur Jaswal.

Belfond, collection Le Cercle, mai 2018, 352 pages, 21 €, ISBN 978-2-7144-7575-6. Erotic Stories for Punjabi Widows (2017) est traduit de l’anglais (Singapour) par Guillaume-Jean Milan.

Genres : littérature singapourienne, littérature indienne.

Balli Kaur Jaswal naît à Singapour et grandit « entre le Japon, la Russie, les États-Unis et l’Europe ». Elle étudie l’écriture créative ; ses deux premiers romans, Inheritance (2013) et Sugarbread (2016), ne sont pas traduits en français. Plus d’infos sur https://ballijaswal.com/.

Jeune Indienne Pendjabie moderne et libre vivant à Londres, Nikki est horrifiée de voir sa sœur, Mindi, se proposer pour un mariage arrangé. Mais, alors que Mindi est optimiste pour son avenir, la vie de Nikki n’est pas au mieux, elle travaille dans un bar, elle vit seule… « Quel avenir y avait-il pour une jeune femme de vingt-deux ans avec la moitié d’une licence en droit ? Dans la situation économique actuelle (et sans doute n’importe quelle autre) : aucun. » (p. 13). La pression familiale et même des voisins est forte… « […] la sensation d’être coupée en deux. À la fois britannique et indienne. » (p. 19).

En allant déposer la petite annonce pour Mindi à Southall sur le panneau d’affichage du temple, Nikki lit une autre annonce : « Cours d’écriture : inscrivez-vous maintenant ! ». Kulwinder Kaur, seule femme au conseil de la communauté, embauche Nikki pour donner les cours aux femmes inscrites, pour la plupart des veuves. Lors du premier cours, Nikki se rend compte que les femmes ne savent pas écrire mais sont friandes de récits érotiques ! « Elle avait été engagée pour enseigner l’anglais, certes, mais n’avait-elle pas aussi signé pour aider ces femmes à gagner en indépendance ? Si les veuves voulaient raconter des histoires érotiques, de quel droit les censurer ? » (p. 83). Un soir, Nikki fume une cigarette et fait la connaissance de Jason Singh Bhamra. « Américain. Et Pendjabi. Et Sikh évidemment. » (p. 84). L’atelier d’écriture devient de plus en plus populaire mais qui dit plus de participantes dit plus de papotages à l’extérieur et plus de danger d’être découvertes par les Frères et les bien-pensants de la communauté.

Une visite au temple, une petite annonce, des rencontres et la vie de Nikki est bouleversée ! Un roman délicieusement érotique, avec des femmes incroyables (dans une société traditionnelle toujours patriarcale), des veuves qui vont tout faire voltiger autour d’elles et de leurs histoires, réelles ou fantasmées ! Un « club » un peu comme l’Inde, coloré, enlevé, épicé même, vraiment drôle et j’ai lu qu’il va être adapté au cinéma. Ce roman, c’est un peu de girl power (il parle de féminisme, d’émancipation, de liberté et aussi de crimes d’honneur) et de love power (les histoires des veuves sont en italique) mais jamais vulgaire et jamais mièvre. Un succès mérité car le lecteur passe un super moment de lecture, apprend beaucoup de choses, s’interroge et… a très envie de manger indien (mais attention, vous ne regarderez plus certains légumes, carottes, courgettes, concombres… de la même façon !) 😉

Je note que, lors de leur arrivée dans un autre pays « pour vivre mieux », ici l’Angleterre, certains Indiens veulent vivre au milieu des Anglais, comme les Anglais, mais, avec l’éducation des enfants, la nostalgie du pays d’origine ou d’autres raisons plus prosaïques comme pouvoir acheter facilement des ingrédients pour cuisiner, beaucoup vont vivre dans un quartier indien, ici Southall, pour se sentir entourés, rassurés, ce qui crée du communautarisme et donne malheureusement une certaine autorité aux intégristes de la pensée, de la morale et du comportement…

Un passage que je veux retenir. « Je déteste ça. Le regret littéraire. On tombe sur un livre et puis on se dit, je le prendrai plus tard. Ensuite on regrette et impossible de le trouver nulle part. Ça devient une obsession. » (p. 136).

Une excellente lecture pour le Challenge de l’été, Raconte-moi l’Asie (l’auteur est une Indienne de Singapour) et Feel good (même si ce roman est plus que ça).

Scents of Orient de Marianne Stern

Scents of Orient de Marianne Stern.

Récits du Monde Mécanique 2/3

Chat noir, collection Black Steam, février 2017, 392 pages, 19,90 €, ISBN 9978-2-37568-027-8.

Genres : science-fiction, steampunk.

Marianne Stern était physicienne mais, mais passionnée par les machines volantes (un peu comme Hayao Miyazaki), elle se consacre maintenant à l’écriture (science-fiction, fantastique) et un peu à la musique. Voir le tome 1, Smog of Germania.

1916. Inde, région de Golkonda. L’empire allemand, avec à sa tête le Kaiser Joachim, a écrasé les Belges et les Français. Mais nous quittons l’Europe puisque le zeppelin Jungfrau est parti vers l’est avec à son bord Maxwell, L’Orfèvre, et Jeremiah, L’Exécuteur. Mais les deux frères sont tout aussi mystérieux en Inde qu’en Europe ! « Les informations, au sein de la haute société, se révélaient aussi précieuses, voire plus, que les richesses – surtout lorsque comme la duchesse, l’on était le meilleur agent de la Couronne britannique infiltré au cœur du Raj. » (p. 10). Les soldats anglais ont arraisonné le Jungfrau et pris possession de la caverne où Maxwell cachait ses trésors mais lui a disparu.

Avec des titres de chapitres comme « Orage et tasse de thé » ou « Le show excentrique de Lord Archibald Nelson », les lecteurs comprennent vite qu’il ont quitté l’empire germanique de Smog of Germania pour l’empire britannique de l’Inde. Évidemment de nouveaux personnages apparaissent comme Lord Archibald Nelson, gouverneur à Surat (centre de l’Inde) depuis 5 ans, le capitaine Oliver Clive, la duchesse Elzebeth de Wigton, riche veuve de 32 ans qui travaille pour le British Intelligence Service depuis 10 ans, Charles de Bellecourt, un Français au service de la duchesse et des services secrets anglais, et Anshu Kapoor, maître marchand ami de Lord Nelson et de Maxwell, pour les principaux. « Maxwell n’avait pas changé d’une once, il était toujours le même que dans ses souvenirs. Ces traits fins, cette longue chevelure ébène, ce regard noir et luisant, ce minuscule sourire rivé au coin des lèvres… Et le corbeau, perché sur son épaule, ses yeux de diamants rouges luisant dans la pénombre. » (p. 58). Vous l’avez compris le corbeau est un des mécanismes créés par Maxwell. Et la couverture qui les représente est vraiment belle, plus lumineuse que celle du tome 1. En quittant l’empire germanique, les lecteurs n’ont par contre pas quitté les complots, les espions et le danger ! « Nelson avait toujours détesté la politique et ses jeux vicieux ; chacun voulait le pouvoir pour lui seul, en finalité, et par conséquent, tous les coups étaient permis ! Ce soir encore, les divers acteurs impliqués dans l’histoire s’inclinaient devant le roi George en public, pour mieux le poignarder entre les omoplates un peu plus tard ! Ce pouvait-il que lui, Lord Archibald Nelson, soit l’unique loyal fidèle serviteur de la Couronne à Surat ? » (p. 101-102). En qui est-il possible d’avoir confiance, qui est sincère, qui trahit ? « En moins d’une heure, l’Allemand avait changé de statut à ses yeux, et il lui vouait désormais respect et admiration. Le personnage était charismatique, gentleman et salopard à la fois, pourvu du grain de folie à même de le différencier de n’importe quel individu lambda. » (p. 303). Tout comme pour le premier tome, je redis ce que j’avais écrit : Marianne Stern plonge ses lecteurs dans un récit steampunk époustouflant et haletant (les lecteurs sont réellement en immersion, en Inde cette fois et dans le monde britannique). Les explications scientifiques et mécaniques sont les bienvenues et participent au bon déroulement de la lecture et de la compréhension des événements. Les mécanismes de Maxwell sont des « babioles » extraordinaires ! Parfois dangereuses… Tout comme le premier tome avec l’Allemagne de 1900, ce deuxième tome montre une Inde mi-réelle mi-fictive, avec de belles descriptions, une Inde plus exotique que Germania sous son brouillard pollué et j’ai pris grand plaisir à suivre Maxwell (mon personnage préféré ici) parmi les nouvelles personnes qui l’entourent, chacune ayant sa personnalité, son rôle et ses manquements (soif de pouvoir, de richesse, traîtrise…). Après l’Allemagne, l’auteur a emmené ses lecteurs 16 ans après en Inde, et j’ai hâte d’avoir le tome 3 pour savoir où il se déroulera (il a été question de la Russie deux ou trois fois dans ce tome mais bon, rien n’est sûr !).

Encore une excellente lecture pour les challenges Littérature de l’imaginaire, Un genre par mois (le dernier genre de l’année est science-fiction) et Vapeur et feuilles de thé.

La colère de Kurathi Amman de Meena Kandasamy

La colère de Kurathi Amman de Meena Kandasamy.

Plon, collection Feux croisés, 272 pages, août 2017, 20,90 €, ISBN 978-2-25925-966-8. The Gypsy Goddess (2014) est traduit de l’anglais (Inde) par Carine Chichereau.

Genres : littérature indienne, littérature tamoule.

Meena Kandasamy naît Ilavenil Kandasamy en 1984 à Chennai (État de Tamil Nadu dans le sud de l’Inde). Elle a un doctorat de philosophie et socio-linguistique. Elle est romancière, poétesse (Touch en 2006 et Ms. Militancy en 2010), traductrice et militante (droits des femmes, action contre la violence faite aux femmes, anti-castes, anti-corruption…). Elle a même été actrice dans un film, Oraalppokkam, réalisé en langue malayalam par Sanalkumar Sasidharan en 2014. Plus d’infos sur http://www.meenakandasamy.com/.

District de Tanjore le long du Golfe du Bengale. 1er mai 1968, mémorandum de Gopalakrishna Naidu, président de l’Association des producteurs de riz, au Ministre en chef de Madras. Depuis dix ans, « des chefs communistes autoproclamés » (naxalites) incitent les coolies à se mettre en grève, à exiger des augmentations, ils moissonnent illégalement et s’approprient les récoltes mettant à mal les exploitations et leurs propriétaires (mirasdars). Ces « meneurs douteux » s’enrichissent sur le dos des coolies et des propriétaires, utilisant même des supercheries criminelles et « vivent dans le confort ». Les producteurs de riz sont non-violents et réclament justice.

Je remercie NetGalley et les éditions Plon car j’ai reçu ce livre en epub. Sur la couverture, très belle, un bandeau dit : « Éblouissant et souvent très drôle… The Times » ; le thème et le pays (l’Inde) ont suffit à me convaincre de lire ce roman.

Humour et autodérision : « tamoul dans son essence, anglais par la langue, libre de toute poésie et de toute prosodie, servi par une prose raffinée » (p. 14), ce roman dramatique, comme pour braver les clichés, commence par « Il était une fois » et la romancière, résolument moderne, se met aussi en scène, jonglant avec les mots, les lieux, l’histoire et les lecteurs (à qui elle s’adresse carrément). C’est que depuis que Ptolémée a rédigé son Lonely Planet, personne n’avait entendu parler du village portuaire de Nagapattinam, n’est-ce pas ? Kali, Bouddha, les Soufis, Saint-Antoine, peu importe du moment que les dieux et les hommes passent « un bon moment » ! Mais Meena Kandasamy, si elle veut nous faire passer un bon moment avec son roman (nous malheureux lecteurs qui n’achetons pas de billet pour aller sur place voir ce qui se passe et manger « avec gourmandise » les spécialités locales), raconte des choses difficiles comme l’esclavage, l’agriculture, l’émigration et les idées importées en particulier le communisme (en plus des castes, il y a donc eu lutte des classes).

Tout ça semble très intéressant, voire pointu, mais je n’ai pas réussi à entrer dans ce roman… J’aurais voulu apprécié mais, après avoir eu un problème de fichier et avoir rechargé l’epub, j’ai eu du mal à continuer ma lecture : c’était trop compliqué, trop foisonnant, trop lourd… J’ai finalement laissé tomber, à la moitié, et je me suis rendue compte avec quelques billets publiés sur la blogosphère que je ne suis pas la seule dans ce cas… C’est une lecture sûrement exigeante, trop pour moi à ce moment-là. Dommage… Tant pis… !

Je mets quand même cette lecture dans les challenges 1 % rentrée littéraire 2017, Défi Premier roman 2017 et Raconte-moi l’Asie #3.

La tresse de Lætitia Colombani

La tresse de Lætitia Colombani.

Grasset, mai 2017, 224 pages, 18 €, ISBN 978-2-24681-388-0.

Genre : premier roman.

Lætitia Colombani naît en 1976 à Bordeaux. Elle travaille dans le monde du cinéma (actrice, réalisatrice) et La tresse est son premier roman.

« Tresse n.f. Assemblage de trois mèches, de trois brins entrelacés. » (p. 9).

Smita vit dans le village de Badlapur dans l’Uttar Pradesh en Inde. Elle ramasse les excréments dans les maisons des Jatts. C’est une Dalit, une Intouchable, mais elle est fière car, aujourd’hui, Lalita, sa fille de 6 ans, va entrer à l’école alors qu’elle n’y a jamais été. « Ma fille saura lire et écrire, se dit-elle, et cette pensée la réjouit. » (p. 20).

Giulia, 20 ans, vit à Palerme en Sicile en Italie. Elle travaille à l’atelier Lanfredi fondé par son arrière-grand-père en 1926, un atelier de cascatura, « cette coutume sicilienne ancestrale qui consiste à garder les cheveux qui tombent ou que l’on coupe, pour en faire des postiches ou des perruques. » (p. 26).

Sarah, 40 ans, vit à Montréal au Canada. Divorcée deux fois, elle élève Hannah, collégienne, Simon et Ethan, des jumeaux ; elle est une avocate réputée de Johnson & Lockwood. « S’il y a une majorité de femmes parmi les collaboratrices, Sarah est la première à avoir été promue associée, dans ce cabinet réputé machiste. » (p. 33).

Malgré l’adversité, Smita, Giulia et Sarah semblent heureuses, mais…

Ces trois femmes, qui vivent sur trois continents différents, ne se connaissent pas, ne se rencontreront jamais, mais un lien les unit, vous l’avez compris : les cheveux ! C’est avec un grand plaisir que j’ai découvert comment Lætitia Colombani tresse ce roman, clair, vif, émouvant, humain, féminin. À ces trois femmes se rajoute une ouvrière de l’atelier de cheveux, puisque ses poèmes sont intercalés entre les groupes de chapitres consacrés à Smita, Giulia et Sarah, une inconnue, une petite main, mais elle est indispensable. « Je ne suis qu’un lien, un trait d’union dérisoire. » (p. 222). Peut-être que nous sommes tous des liens, des traits d’union dérisoires, mais indispensables, aux uns et aux autres, au bon fonctionnement de ce monde, même dans une toute petite sphère. Un petit point négatif dans ce roman : les rapprochements avec les tours jumelles du World Trade Center (p. 55) et le Costa Concordia (p. 124), c’est un peu limite… Mais quand même coup de cœur pour La tresse, un beau roman sur la vie, la soif de liberté, l’adversité et l’espoir.

Je remercie Sophie Merlieux de me l’avoir envoyé dans le cadre des 68 premières fois 2017 et je le mets dans les challenges Défi Premier roman 2017 et Rentrée littéraire janvier 2017.

Une vidéo de « June rencontre Lætitia Colombani autour de son premier roman La tresse » : https://vimeo.com/221588073.