Le tour du monde en 72 jours de Nellie Bly

Le tour du monde en 72 jours de Nellie Bly.

Points, juin 2017, 208 pages, 6,70 €, ISBN 978-2-7578-5980-3. Around the World in Seventy-Two Days (1890) est traduit de l’américain par Hélène Cohen.

Genres : récit de voyage, littérature américaine.

Nellie Bly (1864-1922) : je vous ai présenté cette journaliste d’investigation (une pionnière !) américaine ici et je remercie encore Noctenbule pour ce livre.

Après avoir écrit 10 jours dans un asile (Ten Days in a Mad-House, 1887), Nellie Bly a envie d’une autre aventure et, pourquoi pas, de vacances ! Elle décide de faire le tour du monde en 75 jours pour battre le record de Phileas Fogg, héros anglais littéraire de Jules Verne. Le New York World, journal pour lequel elle travaille, accepte la mission. « Pour tirer le meilleur de nos semblables ou accomplir soi-même un exploit, il faut toujours croire en la réussite de son entreprise. » (p. 16). Une seule robe (celle qu’elle porte mais elle est neuve et solide), un seul bagage (le sac qu’elle transporte avec ce qui lui est nécessaire), deux-cents livres (la monnaie en cours dans les pays gouvernés par la couronne britannique), quelques dollars (ils ne sont pas encore acceptés partout) et la voici partie pour l’aventure ! Avec bien sûr son passeport, n° 247 (peu de gens voyageaient à l’époque !), signé du secrétaire d’État. Elle embarque à bord de l’Augusta Victoria – qui la fera traverser l’Atlantique – le 14 novembre 1889 à 9 h 40. C’est pourquoi je publie cette note de lecture le 14 novembre à la même heure. 😉

C’est son premier voyage en bateau et elle a le mal de mer mais elle va, lors de son périple, s’habituer et même apprécier la vie à bord et sur le pont (sauf en cas de tempête bien sûr). « Pas une seule fois je ne doutais de succès de mon entreprise. » (p. 26). « Nous passions principalement nos journées à nous prélasser dans nos fauteuils sur le pont. Personne ne savourait le confort plus que moi. » (p. 88).

J’ai noté le voyage pour ne pas l’oublier. New York, traversée de l’océan Atlantique, Southampton et Londres (Angleterre), traversée de la Manche, Boulogne sur Mer, Amiens et Calais (France), Brindisi (Italie), Port Saïd et le Canal de Suez (Égypte), Aden (Yémen), Colombo (Ceylan devenu Sri Lanka), Penang (Malaisie), Singapour, Hong Kong (à l’époque britannique) et Canton (Chine), Yokohama, Kamakura et Tokyo (Japon), traversée de l’océan Pacifique, San Francisco, traversée en train des États-Unis d’est en ouest pour un retour à New York. Le tout en 72 jours, elle a fait mieux que prévu !

À Amiens, elle rencontre Jules Verne et son épouse qui l’ont invitée ! « Leur accueil chaleureux me fit oublier mon allure négligée. » (p. 45).

Lorsqu’elle est au Proche et Moyen Orient, j’avais l’impression d’être dans un roman d’Agatha Christie même s’il n’y avait pas de crimes ! Les descriptions des populations et des paysages sûrement.

Le voyage est raconté par Nellie Bly, comme un journal de voyage, et il est enrichi par des articles que le New York World publie pour donner des nouvelles à ses lecteurs. C’est passionnant de voir comment les Occidentaux considéraient les autres populations en cette fin de XIXe siècle et aussi de voir comment vivaient ces populations, pour la plupart colonisées par les Britanniques. Malheureusement, pressée par le temps, elle ne reste pas très longtemps dans chaque escale et ne peut parfois pas se rendre compte de la vie réelle. En plus, contrairement à ce qui est annoncé (faire le tour du monde « seule »), elle est rarement seule, à part dans sa cabine de bateau ou dans sa chambre d’hôtel, je veux dire qu’elle a toujours un guide ou un ami qu’elle s’est fait sur le bateau ou un diplomate qui lui fait visiter et lui sert d’interprète (mais sinon elle voyage seule dans le sens de sans chaperon et sans accompagnateur mais elle est Américaine et pas Anglaise). Son récit m’a encore plus intéressée lorsqu’elle arrive en Extrême-Orient ! À Colombo, elle découvre les catamarans. Elle passe Noël (1889) à Canton (Chine) et le réveillon du Nouvel An (1890) à bord de l’Oceanic en route pour Yokohama (Japon). Ah, le Japon… Elle visite la ville portuaire de Yokohama, une ville que j’ai beaucoup aimée (j’y suis allée deux fois), la ville de Kamakura et la statue géante de Bouddha (que j’ai visitées aussi, plus d’un siècle après elle) et Tokyo : « La capitale dispose d’une ligne de tramway, la seule de tout l’Orient […]. » (p. 183). J’ai pris la dernière ligne de tramway à Tokyo, la Toden Arakawa, elle est pittoresque et n’est plus utilisée que par les habitants du quartier, par ailleurs très agréable, et quelques touristes (des amis japonais un peu plus âgés que moi m’ont dit qu’ils prenaient cette ligne dans les années 70’ pour aller à l’université Waseda). Le Japon est le seul pays que Nellie Bly dit quitter à regret, je la comprends. Mais son seul regret durant ce voyage, c’est de ne pas avoir eu un Kodak pour prendre des photos. Ce qui n’était pas mon cas, j’avais mes appareils photos, donc voici une de mes photos du Bouddha Géant de Kamakura. 🙂

Trois phrases que je veux garder en mémoire :

« Je réponds toujours à ceux qui critiquent mon menton, mon nez ou ma bouche, qu’on ne peut échapper aux attributs que la vie vous donne, pas plus qu’on ne peut échapper à la mort. » (p. 157).

« La littérature permet l’accès aux cieux. » (p. 168) : inscription dans la salles des Bonnes Étoiles où sont corrigées les copies des étudiants de la salle des Examens à Canton.

« Plantez deux allumettes au bout d’une pomme de terre, un champignon à l’autre extrémité, et vous obtiendrez un Japonais ! » (p. 178). Ah ah ah, c’est à cause des « jambes maigrelettes » et du « chapeau en forme de bassine » !!!

Un petit truc qui m’a dérangée : « Mongoliens » (p. 159 et 166)… Si les anglophones disent effectivement « Mongolians » (ou aussi Mongols), la traduction française n’est pas Mongoliens mais bien Mongols ! Alors, une petite erreur de traduction ?

Je mets cette belle lecture dans les challenges Classiques et Raconte-moi l’Asie (car elle passe beaucoup de temps en Asie).

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Le journal des chats de Junji Itô

Le journal des chats de Junji Itô.

Delcourt, collection Seinen de Delcourt/Tonkam, octobre 2015, 116 pages, 15,50 €, ISBN 978-2-7560-7344-6. Ito Junji no neko nikki Yon & 伊藤潤二の猫日記よん&むー (2015) est traduit du japonais par Jacques Lalloz.

Genres : manga, horreur.

Junji ITÔ naît le 13 juillet 1963 à Gifu (Japon). Il dessine dès l’enfance et, dans les années 80, alors qu’il travaille comme dentiste, il publie son premier manga Tomie 富江 (1987) que j’ai lu en 1999. D’autres histoires d’horreur suivront : Spirale, Gyo, Le mystère de la chair, La femme limace, etc. parues en français chez Tonkam entre 2002 et 2014 (j’en ai lu plusieurs).

Juju a acheté une petite maison neuve il y a un an. Sa fiancée, A, vient de le rejoindre et elle veut ramener son chat Yon, un matou blanc avec des taches noires et une queue tigrée. Pour tenir compagnie à Yon, A décide de prendre en plus un chaton norvégien, Mû. Juju n’ose rien dire mais il trouve que Yon a « une tête maléfique » (p. 6) et puis il préfère les chiens… En tout cas, avoir deux chats à la maison, ce n’est pas facile pour Juju, d’autant plus qu’en tant que mangaka, il travaille souvent toute la la nuit et il a parfois des hallucinations. Mais est-ce vraiment des hallucinations ?

Il y a un genre qui s’appelle le « ero guro » (pour l’érotique gore), eh bien je dirais que ce manga (autobiographique) est du « neko guro » ! Un récit horrifique exagéré avec des chats qui sont très bien dessinés (mais attention, on est loin de Chi, Plum et autres chats de manga pour la jeunesse !). Par contre les personnages ont des visages blafards ou horrifiés et, en ce qui concerne A, elle a pratiquement toujours les yeux blancs ce qui lui donne un air… inquiétant ! Les différentes histoires sont entrecoupées par des questions à Maître Ito, sur sa vie, son travail ; et il y a des photos de Yon et de Mû puisque les deux chats existent vraiment. Quand un des maîtres de l’horreur veut fait rire ses lecteurs, voici ce que ça donne : un manga mi-horreur mi-comique, et donc insolite et totalement réussi !

Pour le challenge BD et La BD de la semaine (après Madame, l’année du chat de Nancy Peña mercredi dernier, on reste dans les chats, ah ah ah !).

Les mémoires d’un chat de Hiro Arikawa

Les mémoires d’un chat de Hiro Arikawa.

Actes Sud, juin 2017, 336 pages, 22 €, ISBN 978-2-330-07823-2. 旅猫リポート Tabineko ripôto (2015) est traduit du japonais par Jean-Louis de La Couronne.

Genres : littérature japonaise, littérature animalière.

ARIKAWA Hiro 有川 浩 naît le 9 juin 1972 à Kôchi (île de Shikoku). Habituellement elle consacre plutôt ses romans aux forces d’auto-défense japonaises avec des descriptions militaires et de la romance. Les mémoires d’un chat, totalement différent !, est son premier roman traduit en français.

Tokyo. Un chat errant d’un an, né au printemps. Un jeune homme, Satoru Miyawaki, célibataire, laisse le chat dormir sur le capot de son monospace et lui donne même à manger en échange de quelques caresses. Une nuit, ébloui par les lumières des phares, le chat est renversé par une voiture et gravement blessé à une patte arrière. Satoru l’emmène à la clinique vétérinaire puis l’installe chez lui. « […] j’avais pas encore de nom. D’ailleurs, même si j’en avais eu un, comment j’aurais pu lui dire ? Il ne comprend pas ma langue. Les humains, c’est vraiment des nuls, à part leur langue à eux, ils n’entravent rien. Pour ça, nous les animaux, on est totalement polyglotte, vous saviez ça ? » (p. 17). Le chat errant devient Nana car sa queue cassée ressemble au chiffre sept (nana signifie 7 en japonais). Mais, au bout de cinq ans de vie commune et de bonheur partagé, Satoru, pour un problème indépendant de sa volonté, ne peut plus garder Nana… Il va prendre la route avec Nana pour rendre visite à ses anciens amis (qui habitent loin de Tokyo, à Kyoto, ou même à la campagne, sur l’île de Hokkaido même) pour savoir qui peut prendre Nana.

Vous l’avez compris, avec l’extrait ci-dessus, c’est Nana qui parle, mais en fait il y a deux sortes de chapitres. Il y a ceux où Nana est le narrateur effectivement et c’est vraiment drôle : les chats ont un sacré humour et… peu de modestie ! « Quand même, tu peux te vanter d’avoir un chat exceptionnellement intelligent, tu ne trouves pas ? » (p. 80). Et il y a ceux où la narration est partagée par Satoru (la rencontre et la cohabitation, puis le voyage puisque le roman se transforme en road movie) et par les amis qu’il retrouve avec leurs souvenirs (enfance, adolescence, etc.) et là, le ton est beaucoup plus grave puisque Nana – et le lecteur par la même occasion – va découvrir la vie, le passé (pas joyeux joyeux…) de Satoru et peu à peu comprendre pourquoi il ne peut plus garder Nana. « J’ai un peu de mal à me séparer de Nana, je ne le nie pas. » (p. 140).

Quelques mots sur les amis de Satoru. Il y a l’ami de l’école primaire, Kôsuke Sawada, l’ami d’enfance donc, qui habite à Kyôto. Il y a l’ami du collège, Daigo Yoshimine, l’ami d’adolescence, qui habite à la campagne, dans une ferme, donc avec des animaux. Il y a ensuite les amis du lycée, Shûsuke Sugi et son épouse, Chikako, amis conservés à la fac, qui tiennent une auberge autorisée aux animaux au pied du Mont Fuji. Et on se rend compte de toute l’importance de la scolarité au Japon avant d’entrer dans le monde du travail !

Nana bien sûr est triste que son humain ne puisse plus le garder, mais c’est un animal doué d’une grande sensibilité alors il sait, et plus il en apprend sur Satoru plus il veut rester avec lui. « Un chat reste fidèle à ses convictions en toutes circonstances. » (p. 193). Mais quel bonheur pour lui, il voyage en voiture, il est avec Satoru, il rencontre des gens et d’autres animaux (fous rires assurés !), il va découvrir avec curiosité et ravissement la campagne, la mer, la montagne, la neige, vous imaginez comme c’est extraordinaire dans une vie de chat ! « En voyage, j’ai vu des tas de choses que je n’avais jamais vues avant. » (p. 232). Et pour Satoru, c’est l’occasion de se remémorer des souvenirs, heureux ou malheureux, de faire le point sur sa vie, de visiter le Japon, d’est en ouest, et du sud au nord, de parler des relations entre les parents et les enfants, entre amis, entre humains et animaux, et de revoir sa tante qui l’a élevé.

J’ai terminé ce très beau roman, ce merveilleux roman, en larmes mais ne vous inquiétez pas, ce n’est pas à cause du chat : sans rien dévoiler de trop, je préfère vous le dire car je sais que, sinon, vous serez nombreux à ne pas vouloir (pouvoir) lire ce roman alors qu’il ne faut pas passer à côté !

Tabineko ripôto est d’abord paru en feuilleton dans la revue hebdomadaire Shûkan Bunshun 週刊文春, entre octobre 2011 et avril 2012. Il a été joué au théâtre en 2013, et il a reçu 4 prix littéraires. Un album illustré par MURAKAMI Tsutomu 村上 勉est paru en 2014 et un film est prévu en 2018 avec l’acteur FUKUSHI Sôta 福士 蒼汰.

Une lecture pour les challenges Feel good et Raconte-moi l’Asie (Japon).

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En coup de vent… /39

Bonjour, profitez bien de la dernière semaine de l’été. Ma journée du patrimoine, hier, c’était… patrimoine japonais avec Mangalaxy ! L’année dernière, j’avais disséminé quelques photos ici, ici et ici. Cette année, deuxième édition de Mangalaxy et voici un patchwork de photos 🙂

Throwback Thursday livresque #43

Lorsque j’ai découvert le Throwback Thursday livresque de Bettie Rose, j’étais bien motivée mais j’ai laissé passer 4 thèmes…

Le thème de ce jeudi 10 août est « Continent » (un livre d’un autre continent que le nôtre) alors voici la magnifique couverture – et le magnifique roman – Les mémoires d’un chat de Hiro Arikawa paru chez Actes Sud (juin 2017) et la note de lecture arrive tout bientôt.

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Projet 52-2017 #29

Voici ma vingt-neuvième participation pour le Projet 52-2017 de Ma et cette semaine, le thème choisi par Ma est château.

Je vous emmène voir deux châteaux :

Le premier est tout près de chez moi : le château de Crussol (château médiéval du XIIe siècle) ; il est en Ardèche mais, depuis Valence, on a plusieurs vues sur la colline et le château.

Le deuxième est à l’autre bout du monde, au Japon, dans la province de Shiga : le château de Hikone 彦根城 (construction de 1603 à 1622, avec un donjon et un jardin).

Je vous souhaite un bon weekend et, si vous voulez aussi participer à ce projet photographique sur l’année, allez vite voir Ma !

Château de Crussol (Ardèche, XIIe siècle)

Château de Hikone 彦根城 Hikone-jô (Hikone, province de Shiga, Japon, 1603-1622)

Mois o-bon de Purple Velvet

Découvert chez Bidib, bien que je sois abonnée au blog Murasaki no sekai (mais peut-être que les billets de Blogspot tombent moins bien dans le reader de WordPress ?) : le Mois o-bon organisé pour la 3e fois par Purple Velvet, une passionnée du Japon.

O-bon お盆 est une fête japonaise qui dure trois jours pour honorer la mémoire des ancêtres ; elle existe depuis plus de 500 ans et elle est inspirée de la fête chinoise des fantômes. Le Mois o-bon concerne le fantastique japonais – voire horreur – avec monstres, démons, yôkais, fantômes… Romans, nouvelles, mangas, légendes, films, animés seront donc à l’honneur du 15 juillet au 15 août 2017 (selon mes disponibilités car je travaille).

Infos, logo et inscription chez Purple Velvet.

Je vous conseille Le démon de l’île solitaire d’Edogawa Ranpo, un très bon roman fantastique et horrifique que j’ai lu au printemps pour la lecture commune du Mois japonais.

Malheureusement je travaillais et j’ai laissé passé ce Mois o-bon… Ce sera pour une prochaine fois. Et au moins j’en aurai parlé pour vous informer si vous vouliez participer.