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Projet 52-2022 #3

Troisième semaine pour le Projet 52-2022 de Ma avec le thème tradition. Je veux vous parler du shôgi, ou « jeu des généraux », un jeu traditionnel japonais semblable au jeu d’échecs. Les plus anciennes traces au Japon remontent au XIe siècle mais ce jeu est évoqué dès le VIe siècle en Inde et en Chine. Au Japon, la ville de Tendô (dans la préfecture de Yamagata) est dédiée au shôgi et à la production des pièces et du plateau (le shôgiban, plat ou monté sur pieds et qui contient deux tiroirs pour ranger les pièces), le tout en bois traditionnel ou précieux. C’est là que ma photo a été prise. J’ai appris à jouer mais ça fait longtemps que je n’ai pas joué… Je vous souhaite un bon week-end et, si vous voulez participer, allez voir Ma !

Terrarium 1 de Yûna Hirasawa

Terrarium 1 de Yûna Hirasawa.

Glénat, collection Seinen, juin 2021, 176 pages, 7,60 €, ISBN 978-2-344-04471-1. Kagitsuki Terrarium 1 鍵つきテラリウム (Flex Comix, 2019) est traduit du japonais par Yohan Leclerc.

Genres : manga, seinen, science-fiction.

Yûna Hirasawa 平沢ゆうな naît le 6 septembre 1985 et débute sa carrière en 2015. La mangaka dit qu’elle pense depuis 20 ans à cette histoire et que ça fait un an et demi que le premier chapitre a été publié sur Comic Meteor. Plus d’infos sur son tumblr, son pixiv fanbox, son compte twitter et sa chaîne youtube.

Après la Grande guerre et l’avènement de l’Arcologie, Chico (fille avec un exosquelette), technologue d’investigation, et Pino (robot) sont en mission.

Ils découvrent la Colony58, « par contre, il n’y a pas de Colonie 58 dans la base de données centrale… Sommes-nous les bienvenus ici ? » (p. 18). Ils ne rencontrent que « Naver, robot soignant modèle n-511 » (p. 35) qui continue de s’occuper des malades… déjà réduits en état de cadavres.

En fait, Chico et Pino recherchent leur mère, la technologue Pethie, disparue lors d’une expédition, mais ils veulent surtout sauver l’Arcologie et l’humanité.

Plus loin, ils rencontrent un robot facteur, JPK-35, un petit robot teigneux prêt à en découdre avec ceux qui voudraient voler le courrier ! « Faites gaffe, je le défendrai jusqu’au bout, parole d’honneur !!! » (p. 116) mais il n’y a plus aucun habitant pour recevoir du courrier.

Les dessins post-apocalyptiques sont vraiment beaux, l’histoire est amusante surtout avec Chico qui a toujours faim et le lecteur s’interroge sur cette Grande guerre, sur ce qu’est l’Arcologie, etc. Vivement la suite ! Les tomes 2 et 3 sont parus (respectivement en septembre et novembre 2021) et le tome 4 (le dernier tome de la série) est annoncé pour février 2022.

Bien sûr, ce manga m’a fait penser à Tsugumi Project 1 d’Ippatu, un manga post-apocalyptique intrigant également, mais l’histoire, les dessins, les personnages sont totalement différents, Terrarium étant plus drôle et plus poétique (les deux séries sont à suivre donc !).

Une série courte (4 tomes) à lire absolument si vous aimez la science-fiction, le post-apocalyptique, les robots et l’humour. À noter que la mangaka est née garçon qui a subi une opération chirurgicale de réattribution sexuelle, épreuve racontée dans 僕が私になるために (2016) qui peut être traduit par Pour que je sois moi.

Pour La BD de la semaine et Des histoires et des bulles (catégorie 42, une BD que l’on m’a conseillée, merci Élodie !) et Jeunesse young adult #11. Plus de BD de la semaine chez Moka (lien à venir).

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Lundi Soleil 2021 #10 (4)

Nous sommes toujours dans le dixième thème de Lundi Soleil 2021, celui d’octobre qui est statue. Et j’ai eu envie de rester au Japon ! Voici donc une statue de samouraï sur son cheval (cette statue est tout proche de la gare de Kyôto). Ce daimyô est Naomasa Ii 井伊 直政 (1561-1602), général de Tokugawa Ieyasu (daimyo puis shogun), à l’époque Sengoku Jidai (du milieu du XVe siècle à la fin du XVIe siècle). Il était aussi un des quatre gardiens des Tokugawa (avec Sakakibara Yasumasa, Honda Tadakatsu et Sakai Tadatsugu). Vous pouvez cliquer sur la photo. Je vous souhaite une bonne semaine.

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Lundi Soleil 2021 #10 (3)

Nous sommes toujours dans le dixième thème de Lundi Soleil 2021, celui d’octobre qui est statue. La statue peut représenter figure humaine ou animale alors, cette fois, je vous emmène au Japon, dans le quartier chinois de Yokohama, ville que vous avez déjà vue sur ce blog ici et ici entre autres. Cette statue représente Guan-Yu, le lion gardien de Yokohama Chûkagai, dans le temple Kantei-byo. Je vous souhaite une bonne semaine.

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Projet 52-2021 #39

Trente-neuvième semaine pour le Projet 52-2021 de Ma avec le thème métallique. Pas mal de choses peuvent être métallique mais j’aime les œuvres d’art en métal donc je vous emmène au Japon. Cette œuvre se situe dans le quartier de Shinjuku à Tôkyô. Je vous souhaite un bon week-end et, si vous voulez participer, allez voir Ma !

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Projet 52-2021 #34

Trente-quatrième semaine pour le Projet 52-2021 de Ma avec le thème panneau indicateur. J’ai réfléchi et les panneaux indicateurs ne sont pas que des panneaux d’indication routière : il existe d’autres panneaux qui indiquent d’autres informations mais je reste dans les transports avec la sécurité et le confort de tous. Donc, après le bus italien la semaine dernière, voici un panneau (amusant) dans un train japonais (eh oui, vous avez pris l’habitude avec moi d’alterner entre Italie et Japon !). Je vous souhaite un bon week-end et, si vous voulez participer, allez voir Ma !

La tour fantôme (tomes 1 à 3) de Tarô Nogizaka

La tour fantôme (tomes 1 à 3) de Tarô Nogizaka.

Glénat, 2014, 7,60, 224 pages chaque tome. Yûreito 幽麗塔 (2011) est traduit du japonais par Victoria Tomoko Okada.

Genres : manga, seinen, thriller.

Tarô Nogizaka 乃木坂太郎 naît en 1968 à Nanao (Ishikawa, Japon). Il est dessinateur et scénariste. Du même auteur : Team Medical Dragon (2002), Le 3e Gédéon (2015) et Pour le pire (2019, série en cours).

Tome 1. Glénat, mars 2014, 224 pages, 7,60 €, ISBN 978-2-72349-352-9.

23 juin 1952, l’horloge de la tour ne fonctionne plus depuis plus d’un siècle mais ce jour-là, les aiguilles bougèrent et « Tatsu Fujimiya, 60 ans, fut sauvagement assassinée par sa fille adoptive, Reiko, 23 ans. ».

Kobe, 1954, Taïchi Amano n’a pas payé le loyer de sa chambre depuis des mois… Il saisit l’opportunité d’être le nouveau gardien de la tour considérée comme hantée. « C’est pour ça que tous les gardiens quittent ce lieu très rapidement. ». Mais, lorsqu’il se retrouve attaché aux aiguilles de l’horloge, Tetsuo Sawamura, le jeune homme étrange qui lui a proposé le poste, vient le sauver. Tetsuo ne veut pas que la police intervienne, il pense que la tour est « un gigantesque coffre-fort… maquillé en tour d’horloge. » et qu’il « garde jalousement… un trésor, peut-être de plusieurs milliards… ». Tetsuo propose à Taïchi de devenir son partenaire. « Ne veux-tu pas… devenir milliardaire avec moi ? ». Mais qui est réellement Tetsuo ? Pourquoi la maison où logeait Taïchi a-t-elle été incendiée ?

Les chapitres sont numérotés 1er tableau, 2e tableau, etc., ça donne un ton un peu artistique et mystérieux. Les dessins sont très beaux et l’histoire est judicieusement  intrigante.

Tome 2. Glénat, mai 2014, 224 pages, 7,60 €, ISBN 978-2-72349-353-6.

La journaliste Megumi, une ancienne copine de classe dont Taïchi était amoureux, a été retrouvée nue sur l’horloge de la tour… « Pour découvrir pourquoi Megumi a été tuée… je dois travailler sur l’assassinat de la vieille dame il y a deux ans. ». Reiko Fujiyima serait-elle encore en vie ?

Taïchi et Tetsuo se rendent sur Kure une petite île au large de Hiroshima à la recherche de Shiro Honjo qui était le fiancé de Reiko mais un typhon les empêche de partir, Taïchi est enlevé par des tueurs et Tetsuo rencontre Yamashina un policier de Kobe qui les a suivis, « Les habitants de l’île ont toujours réglé leurs problèmes entre eux ! », et qui leur apprend des choses sur le procureur Marube (il n’est pas net).

Le duo, Tetsuo-Taïchi, devient un trio avec Yamashina mais ils sont pris au piège par un savant fou. Un tome trépidant, intense, plein de dangers et de zones d’ombre avec toujours de très beaux dessins.

Tome 3. Glénat, juillet 2014, 224 pages, 7,60 €, ISBN 978-2-72349-938-5.

Tetsuo, Taïchi et Yamashina sont toujours confrontés au savant Tesla et à l’infirmière Q. « Taïchi, j’ai découvert que toi… Tu n’étais pas un meurtrier. C’est tout à fait personnel, ce que je dis, mais… je suis convaincu que tu n’as pas tué la journaliste. » (Yamashina). Tetsuo, Taïchi et Yamashina sont encore plus en danger ! Des rebondissements, de la densité, des dessins toujours beaux et soignés, des ambiguïtés et des révélations…

Au Japon, Yûreito paraît entre mai 2011 et octobre 2014 dans Big Comic Superior (Shôgakukan). En France, la série est complète en 9 tomes publiés chez Glénat entre mars 2014 et novembre 2015.

C’est un manga pour adultes (seinen) dans les genres thriller, fantastique voire horreur (avec de temps en temps une pointe d’érotisme). Tarô Nogizaka adapte en fait le roman Yûrei-tô d’Edogawa Ranpo (1894-1965) qui s’était inspiré du roman Une femme dans le gris (A Woman in Grey, 1898) d’Alice Muriel Williamson (1858-1933). Comme je l’ai déjà dit, c’est une lecture intense et j’ai hâte de lire les 6 tomes suivants (ouf, c’est une série courte mais ma bibliothèque ne les a pas alors je devrai les emprunter ailleurs).

Pour La BD de la semaine (cependant toujours en pause estivale) et les challenges BD, Challenge lecture 2021 (catégorie 12, un livre d’un auteur japonais, 4e billet), Des histoires et des bulles (catégorie 6, un seinen), Littérature de l’imaginaire #9, Petit Bac 2021 (catégorie Lieu pour Tour) et Polar et thriller 2021-2022.

Trinity, Trinity, Trinity d’Erika Kobayashi

Trinity, Trinity, Trinity d’Erika Kobayashi.

Dalva, mai 2021, 220 pages, 20 €, ISBN 978-2-492596-05-6. ィ、トリニティ、トリニティ (Shûeisha, 2019) est traduit du japonais par Mathilde Tamae-Bouhon.

Genres : littérature japonaise, roman, science-fiction.

Erika Kobayashi naît le 24 janvier 1978 à Tôkyô (Japon). Son premier roman, Madame Curie to chôshoku o (Petit-déjeuner avec Madame Curie, non traduit en français), paraît en 2014 (Shûeisha). Trinity, Trinity, Trinity reçoit le 7e Tekken Heterotopia Literary Prize en 2020. Elle est aussi mangaka et artiste plasticienne et a déjà exposé. Ses thèmes de prédilection sont Thomas Edison, Marie Curie et le nucléaire. Plus d’infos sur son site officiel.

Cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Tôkyô 2020. Une vieille dame est hospitalisée, sa fille et sa petite-fille (13 ans) sont à son chevet, mais elle ne les voit pas vraiment, ne les reconnaît pas, ne sait pas où elle est. Pendant ce temps-là, « […] le relais de la flamme olympique. […] Les spectateurs filment avec leurs smartphones et agitent de petits drapeaux nippons tandis qu’on leur rappelle de prendre garde au coup de chaleur et de bien s’hydrater. » (p. 20-21). Coup de chaleur ? Bien s’hydrater ? Ah, personne ne pouvait savoir en 2019 (date de parution du roman) donc pas de coronavirus ici et les Jeux de Tôkyô ont bien lieu en 2020 et pas en 2021 (ce qui donne une saveur particulière au récit).

La narratrice, la fille de la vielle dame, est inscrite sur Trinity, une plateforme un peu spéciale dont le slogan est « l’essentiel est invisible pour les yeux » (p. 33), une phrase essentielle à la lecture de ce roman. Mais alors qu’elle prend la ligne Saikyô, la narratrice voit un vieil homme qui « serre entre ses doigts une pierre noire et luisante. […] Il ne va quand même pas asperger le wagon de matière radioactive ? » (p. 38). Cela fait neuf ans que des seniors sont apparus avec la ‘pierre d’infortune’, « C’était l’année du grand séisme, du tsunami et de l’accident nucléaire de Fukushima » (p. 41). L’autrice développe une analyse des catastrophes et de leurs conséquences sur le moyen et long terme.

Ces seniors sont atteints de TRINITY. « Le nom de cette maladie était une longue locution anglaise. Laquelle avait pour acronyme TRINITY. Trinity. Ce n’est qu’une fois baptisée que la maladie avait enfin révélé sa vraie nature. » (p. 69). De plus en plus de personnes âgées sont touchées, certaines sont même filmées. « Qu’ainsi débute la révolte des invisibles. » (p. 106). Mais les ‘séniors Trinity’ ne sont-ils pas des terroristes et « Leur prochain objectif était-il le relais de la flamme olympique ? Ou la cérémonie d’ouverture ? Les rumeurs faisaient rage. » (p. 113). Or, alors qu’elle ne peut plus marcher depuis sa chute… « Maman a disparu. » (p. 137) !

La vallée de Saint-Joachim en Bavière, les travaux de Marie Curie, le radium… c’était au début des années 1920, il y a 100 ans… « Si on avait fait des choix différents à cette époque, le présent serait-il différent de sa version actuelle ? » (p. 165-166). On ne le saura jamais… à moins qu’il existe un (des) monde(s) parallèle(s) dans le(s)quel(s) les choix étaient différents.

Je ne sais pas si j’ai tout compris dans ce roman très particulier mais il donne à réfléchir et je retiens que tout est lié, le passé, le présent, le futur et qu’une question reste lancinante tout du long : et si ce que l’on pense être une bénédiction pour l’humanité serait en fait mauvais. Comme le radium dont on a pensé qu’il guérissait. Quant aux Jeux olympiques, ils réunissent des sportifs du monde entier (presque) mais à Berlin en 1936, le nazisme fut mis en avant, à Munich en 1972, il y a eu un attentat terroriste et des morts, on peut donc à juste titre se questionner. Les personnes âgées déboussolées de 2020 étaient jeunes lors des premiers Jeux olympiques de Tôkyô en 1964 (en prévision desquels de nombreux lieux ont été détruits).

De plus les Japonais sont traumatisés par les bombes larguées en 1945 sur Hiroshima et Nagasaki mais le radium et même le plutonium 235 avaient été très bien accueillis par le passé (on apprend d’ailleurs quelque chose de surprenant à la fin de ce roman). Quant aux personnes âgées, elles sont très nombreuses alors qu’arriverait-il si quelque chose (maladie, folie…) s’emparait d’elles ? Trinity, Trinity, Trinity est un roman vraiment atypique qui surprend et qui envoûte. Et puis, il y a aussi un thème très présent, celui de la femme, de la féminité, ce n’est pas pour rien si les personnages principaux (et pratiquement les seuls du roman) sont trois générations de femmes, grand-mère, mère, fille et leurs difficultés à se comprendre, à communiquer. Les liens, comme les radiations, seraient-ils invisibles ?

J’espère que, comme moi, vous prendrez plaisir à lire cet OLNI (Objet littéraire non identifié) même s’il n’est pas facile à aborder. En plus, j’ai découvert cette maison d’éditions toute récente (mai 2021) qui veut « [mettre] à l’honneur des autrices contemporaines. À travers leurs textes, elles nous disent leur vie de femme, leur relation à la nature ou à notre société. Elles écrivent pour changer le monde, pour le comprendre, pour nous faire rêver. » Très belle idée.

Pour le Challenge de l’été #2 (Japon, 2e billet), Challenge lecture 2021 (catégorie 9, un livre dont l’action se passe durant les vacances d’été, 2e billet mais il entre aussi dans les catégories 12, 15, 39), Littérature de l’imaginaire #9 et S4F3 #7.

Le mystère des pingouins de Tomihiko Morimi

Le mystère des pingouins de Tomihiko Morimi.

Ynnis, juin 2020, 464 pages, 14,95 €, ISBN 978-2-37697-101-6. Penguin Highway ペンギン・ハイウェイ (2010) est traduit du japonais par Yacine Youhat.

Genres : littérature japonaise, roman jeunesse, science-fiction.

Tomihiko Morimi 森見登美彦 naît le 6 janvier 1979 à Ikoma dans la Préfecture de Nara au Japon. Il fait des études agricoles à l’université de Kyôto. Ses titres précédents sont Taiyô no Tô soit La tour du soleil (2003, grand prix du roman fantasy japonais), Yojôhan Shinwa Taikei soit La Galaxie Tatami (2004, adaptation en anime par le studio Madhouse en 2010) et Yoru wa mijikashi arukeyo otome soit La nuit est courte. Marche, jeune fille (2017, prix Yamamoto Shûgorô). Penguin Highway remporte le Grand prix du roman de science-fiction japonais en 2021 (Grand prix Nihon SF 日本大賞 Nihon esu efu taishô).

Le narrateur, Aoyama, est un garçon de 9 ans en quatrième année d’école élémentaire. Il vit avec ses parents et sa jeune sœur dans une petite maison. « Certes, je suis un génie. Mais cela ne m’empêche pas d’étoffer sans cesse mes connaissances. […] Je le dois à toutes les notes que je prends sans faute tous les jours, ainsi qu’à mes nombreuses lectures. Il y a beaucoup de choses que je veux savoir. Je suis intéressé par l’espace, les organismes vivants, la mer ou encore les robots. […] Je n’ai encore jamais vu la mer mais j’ai pour projet d’y aller prochainement. Il est important de voir les choses en vrai. Observer le monde de ses propres yeux est une méthode inégalable. Être inférieur à autrui n’est pas honteux, mais être surpassé par la personne que l’on était hier l’est. Jour après jour, j’en apprends davantage sur le monde et m’élève au-dessus de celui que j’étais le jour précédent. » (p. 9-10), voici pour vous familiariser avec l’étonnant Aoyama, éveillé, curieux, intelligent (son seul défaut, ben oui, il en a un, il est un peu obsédé par les seins). Son père lui a offert un cahier et lui a dit : « Note tous les jours ce que tu découvres. » (p. 13).

Aoyama vit dans une petite ville avec pas grand-chose, une école, une ligne de bus, un parc Ornithorynque, une clinique dentaire, un centre commercial, une église (une vraie église avec une croix au sommet), un bar Au bord de mer, un canal et une forêt. Un matin de mai, les enfants vont à l’école et aperçoivent une colonie de manchots d’Adélie ! « On aurait dit des êtres vivants à peine débarqués d’une lointaine planète et totalement inadaptés à notre monde. » (p. 17). Que font ces manchots de l’Antarctique dans cette ville de banlieue qui n’est même pas en bord de mer ? Mais le soir, ils ont disparu… avant de réapparaître tout aussi subitement !

Aoyama a un meilleur ami, Uchida, avec qui il élabore le projet Amazone : remonter le long du canal pour trouver sa source et explorer les environs pour créer une carte. Uchida élève un bébé manchot trouvé sur le parking de son immeuble. « Peux-tu garder secrète la présence de ce manchot ici ? – Je te le promets. Je suis un garçon capable de garder un secret. » (p. 105). Il se lie avec une jeune femme qui travaille à la clinique dentaire (on ne saura pas son nom). Ensemble, ils vont étudier les manchots et attirer l’attention d’une copine de classe qui joue aux échecs, Hamamoto, qui fait des recherches sur une boule bizarre en suspension dans l’air qu’elle appelle la Mer. « Elle était sacrément étonnante. » (p. 156).

Pour Aoyama, Uchida et Hamamoto, c’est tout un été de mystères… « Il y en a de curieuses histoires depuis l’apparition des manchots, souffla ma mère. » (p. 331).

Je l’ai déjà dit, j’aime l’irruption du fantastique dans le quotidien dans la littérature japonaise (bon, il y a aussi d’autres genres que j’apprécie dans la littérature japonaise comme l’intime ou le polar, entre autres) mais le fantastique dans le quotidien, c’est quelque chose de récurent (y compris dans le polar ou autres genres littéraires japonais), Haruki Murakami est un des maîtres pour cela. Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à nos manchots, ou à nos pingouins, ce n’est pas grave. En tout cas, vous pouvez vous joindre à Aoyama et à sa petite équipe pour enquêter, découvrir, comprendre, bon, peut-être pas tout, ça reste des enfants et les événements sont plutôt incompréhensibles ! Le mystère des pingouins, c’est l’intelligence et la fraîcheur dans cette chaleur estivale (je parle de l’été dans le roman mais c’est finalement l’été ici aussi), vous mangerez bien quelques glaces, ferez quelques balades en voiture avec le père, fuirez devant les tortionnaires de l’école (une bande de grands, bêtes et méchants), ah et, désolée, mais vous passerez chez le dentiste aussi. Action, aventure, fantastique, humour (japonais, ça change de l’humour anglais ou de l’humour belge, je vous préviens), amitié et mystère sont au rendez-vous de ce roman très bien écrit et surtout très bien traduit. Si vous n’aimez pas les enfants intelligents, extravertis, différents, Aoyama peut vous énerver mais ce serait vraiment dommage car, comme le dit l’éditeur, c’est une « œuvre poétique, intime et écologique […] qui a inspiré le film d’animation de Hiroyasu ISHIDA, lauréat du prix Satoshi Kon. » (et qui a aussi inspiré un manga de Keito Yano) alors ne vous privez pas et émerveillez-vous !

Le fait d’avoir vu la bande annonce (ci-dessous) me donne très envie de voir le film d’animation (en VO bien sûr).

En attendant, je mets cette lecture dans Challenge lecture 2021 (catégorie 12, un livre d’un auteur japonais, 3e billet), Jeunesse young adult #10, Littérature de l’imaginaire #9 et Petit Bac 2021 (catégorie Animal pour Pingouins).

L’été de la sorcière de Nashiki Kaho

L’été de la sorcière de Nashiki Kaho.

Philippe Picquier, mars 2021, 168 pages, 18 €, ISBN 978-2-8097-1522-4. 西の魔女が死んだ Nishi no majo ga shinda (2017) est traduit du japonais par Déborah Pierret-Watanabe.

Genres : littérature japonaise, premier roman.

NASHIKI Kaho naît en 1959 à Kagoshima (île de Kyûshû, Japon). Elle commence à écrire L’été de la sorcière en 1994, c’est son premier roman (immense succès, trois prix littéraires et une adaptation cinématographique en 2008). Son deuxième roman, Les mensonges de la mer, est paru en 2017 chez Philippe Picquier.

Mai est au collège depuis un mois mais elle a des crises d’asthme et dit à sa mère « Je n’irai plus à l’école. Là-bas, ce n’est rien qu’un lieu de souffrances pour moi. » (p. 8). Phobie scolaire ? Sa mère (moitié Japonaise moitié Anglaise) décide d’envoyer Mai à la campagne chez sa grand-mère (une Anglaise ayant épousé un Japonais). « Je suis très heureuse de l’accueillir. J’ai toujours été extrêmement reconnaissante d’avoir une petite-fille comme elle. » (p. 14).

C’est durant cet été que Mai découvre que sa grand-mère est une sorcière, la Sorcière de l’Ouest, que sa grand-mère avant elle aussi et qu’elle a sauvé son fiancé à distance. « Ça veut dire que… dans notre famille… ? – Très bonne déduction […]. Mais arrêtons-nous là pour ce soir. Il doit être tard. » (p. 38).

Au fil des jours, Mai va se métamorphoser, apprendre les animaux, les plantes, prendre confiance en elle. Mais sa grand-mère la met en garde. « Voir ou entendre quelque chose quand tu ne le souhaites pas, c’est dangereux et très désagréable, et c’est indigne d’une sorcière accomplie. » (p. 64).

« Écoute-moi bien. Voici une des leçons les plus importantes de ton apprentissage. Une sorcière doit accorder de l’importance à son intuition. Cependant, elle ne doit en aucun cas lui laisser prendre le dessus. Sinon, celle-ci risque de devenir une illusion puissante, une chimère, qui finira par prendre le contrôle et la dominer. Enferme cette intuition quelque part dans ton esprit. Viendra le moment où tu découvriras si cette intuition était vraie. Ce sera l’expérience qui t’apprendra à reconnaître si ce que tu ressens est une véritable intuition ou non. » (p. 91).

J’ai été émue par ce délicat roman en particulier par la belle relation entre Mai et sa grand-mère et par l’histoire du chien Blacky. Si la grand-mère est vraiment sorcière, c’est une sorcière bienfaisante, pleine d’amour et de sagesse. J’ai eu l’impression d’être chez cette grand-mère, de sentir les odeurs de son jardin, de m’imprégner de son bon sens et de sa bienveillance. Finalement les deux mois que Mai passe chez sa grand-mère sont sûrement les plus importants de sa vie. Que pensez-vous de la couverture ? Je la trouve superbe !

Une très belle lecture, apaisante, magnifique, que je mets dans Challenge Cottagecore (catégorie 3, jardin, secret de famille, campagne), Challenge de l’été #2 (Japon), Challenge lecture 2021 (catégorie 50, un livre qui met en scène une sorcière) et Petit Bac 2021 (catégorie météo pour été).