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Lundi Soleil 2021 #10 (3)

Nous sommes toujours dans le dixième thème de Lundi Soleil 2021, celui d’octobre qui est statue. La statue peut représenter figure humaine ou animale alors, cette fois, je vous emmène au Japon, dans le quartier chinois de Yokohama, ville que vous avez déjà vue sur ce blog ici et ici entre autres. Cette statue représente Guan-Yu, le lion gardien de Yokohama Chûkagai, dans le temple Kantei-byo. Je vous souhaite une bonne semaine.

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Projet 52-2021 #39

Trente-neuvième semaine pour le Projet 52-2021 de Ma avec le thème métallique. Pas mal de choses peuvent être métallique mais j’aime les œuvres d’art en métal donc je vous emmène au Japon. Cette œuvre se situe dans le quartier de Shinjuku à Tôkyô. Je vous souhaite un bon week-end et, si vous voulez participer, allez voir Ma !

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Projet 52-2021 #34

Trente-quatrième semaine pour le Projet 52-2021 de Ma avec le thème panneau indicateur. J’ai réfléchi et les panneaux indicateurs ne sont pas que des panneaux d’indication routière : il existe d’autres panneaux qui indiquent d’autres informations mais je reste dans les transports avec la sécurité et le confort de tous. Donc, après le bus italien la semaine dernière, voici un panneau (amusant) dans un train japonais (eh oui, vous avez pris l’habitude avec moi d’alterner entre Italie et Japon !). Je vous souhaite un bon week-end et, si vous voulez participer, allez voir Ma !

La tour fantôme (tomes 1 à 3) de Tarô Nogizaka

La tour fantôme (tomes 1 à 3) de Tarô Nogizaka.

Glénat, 2014, 7,60, 224 pages chaque tome. Yûreito 幽麗塔 (2011) est traduit du japonais par Victoria Tomoko Okada.

Genres : manga, seinen, thriller.

Tarô Nogizaka 乃木坂太郎 naît en 1968 à Nanao (Ishikawa, Japon). Il est dessinateur et scénariste. Du même auteur : Team Medical Dragon (2002), Le 3e Gédéon (2015) et Pour le pire (2019, série en cours).

Tome 1. Glénat, mars 2014, 224 pages, 7,60 €, ISBN 978-2-72349-352-9.

23 juin 1952, l’horloge de la tour ne fonctionne plus depuis plus d’un siècle mais ce jour-là, les aiguilles bougèrent et « Tatsu Fujimiya, 60 ans, fut sauvagement assassinée par sa fille adoptive, Reiko, 23 ans. ».

Kobe, 1954, Taïchi Amano n’a pas payé le loyer de sa chambre depuis des mois… Il saisit l’opportunité d’être le nouveau gardien de la tour considérée comme hantée. « C’est pour ça que tous les gardiens quittent ce lieu très rapidement. ». Mais, lorsqu’il se retrouve attaché aux aiguilles de l’horloge, Tetsuo Sawamura, le jeune homme étrange qui lui a proposé le poste, vient le sauver. Tetsuo ne veut pas que la police intervienne, il pense que la tour est « un gigantesque coffre-fort… maquillé en tour d’horloge. » et qu’il « garde jalousement… un trésor, peut-être de plusieurs milliards… ». Tetsuo propose à Taïchi de devenir son partenaire. « Ne veux-tu pas… devenir milliardaire avec moi ? ». Mais qui est réellement Tetsuo ? Pourquoi la maison où logeait Taïchi a-t-elle été incendiée ?

Les chapitres sont numérotés 1er tableau, 2e tableau, etc., ça donne un ton un peu artistique et mystérieux. Les dessins sont très beaux et l’histoire est judicieusement  intrigante.

Tome 2. Glénat, mai 2014, 224 pages, 7,60 €, ISBN 978-2-72349-353-6.

La journaliste Megumi, une ancienne copine de classe dont Taïchi était amoureux, a été retrouvée nue sur l’horloge de la tour… « Pour découvrir pourquoi Megumi a été tuée… je dois travailler sur l’assassinat de la vieille dame il y a deux ans. ». Reiko Fujiyima serait-elle encore en vie ?

Taïchi et Tetsuo se rendent sur Kure une petite île au large de Hiroshima à la recherche de Shiro Honjo qui était le fiancé de Reiko mais un typhon les empêche de partir, Taïchi est enlevé par des tueurs et Tetsuo rencontre Yamashina un policier de Kobe qui les a suivis, « Les habitants de l’île ont toujours réglé leurs problèmes entre eux ! », et qui leur apprend des choses sur le procureur Marube (il n’est pas net).

Le duo, Tetsuo-Taïchi, devient un trio avec Yamashina mais ils sont pris au piège par un savant fou. Un tome trépidant, intense, plein de dangers et de zones d’ombre avec toujours de très beaux dessins.

Tome 3. Glénat, juillet 2014, 224 pages, 7,60 €, ISBN 978-2-72349-938-5.

Tetsuo, Taïchi et Yamashina sont toujours confrontés au savant Tesla et à l’infirmière Q. « Taïchi, j’ai découvert que toi… Tu n’étais pas un meurtrier. C’est tout à fait personnel, ce que je dis, mais… je suis convaincu que tu n’as pas tué la journaliste. » (Yamashina). Tetsuo, Taïchi et Yamashina sont encore plus en danger ! Des rebondissements, de la densité, des dessins toujours beaux et soignés, des ambiguïtés et des révélations…

Au Japon, Yûreito paraît entre mai 2011 et octobre 2014 dans Big Comic Superior (Shôgakukan). En France, la série est complète en 9 tomes publiés chez Glénat entre mars 2014 et novembre 2015.

C’est un manga pour adultes (seinen) dans les genres thriller, fantastique voire horreur (avec de temps en temps une pointe d’érotisme). Tarô Nogizaka adapte en fait le roman Yûrei-tô d’Edogawa Ranpo (1894-1965) qui s’était inspiré du roman Une femme dans le gris (A Woman in Grey, 1898) d’Alice Muriel Williamson (1858-1933). Comme je l’ai déjà dit, c’est une lecture intense et j’ai hâte de lire les 6 tomes suivants (ouf, c’est une série courte mais ma bibliothèque ne les a pas alors je devrai les emprunter ailleurs).

Pour La BD de la semaine (cependant toujours en pause estivale) et les challenges BD, Challenge lecture 2021 (catégorie 12, un livre d’un auteur japonais, 4e billet), Des histoires et des bulles (catégorie 6, un seinen), Littérature de l’imaginaire #9, Petit Bac 2021 (catégorie Lieu pour Tour) et Polar et thriller 2021-2022.

Trinity, Trinity, Trinity d’Erika Kobayashi

Trinity, Trinity, Trinity d’Erika Kobayashi.

Dalva, mai 2021, 220 pages, 20 €, ISBN 978-2-492596-05-6. ィ、トリニティ、トリニティ (Shûeisha, 2019) est traduit du japonais par Mathilde Tamae-Bouhon.

Genres : littérature japonaise, roman, science-fiction.

Erika Kobayashi naît le 24 janvier 1978 à Tôkyô (Japon). Son premier roman, Madame Curie to chôshoku o (Petit-déjeuner avec Madame Curie, non traduit en français), paraît en 2014 (Shûeisha). Trinity, Trinity, Trinity reçoit le 7e Tekken Heterotopia Literary Prize en 2020. Elle est aussi mangaka et artiste plasticienne et a déjà exposé. Ses thèmes de prédilection sont Thomas Edison, Marie Curie et le nucléaire. Plus d’infos sur son site officiel.

Cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Tôkyô 2020. Une vieille dame est hospitalisée, sa fille et sa petite-fille (13 ans) sont à son chevet, mais elle ne les voit pas vraiment, ne les reconnaît pas, ne sait pas où elle est. Pendant ce temps-là, « […] le relais de la flamme olympique. […] Les spectateurs filment avec leurs smartphones et agitent de petits drapeaux nippons tandis qu’on leur rappelle de prendre garde au coup de chaleur et de bien s’hydrater. » (p. 20-21). Coup de chaleur ? Bien s’hydrater ? Ah, personne ne pouvait savoir en 2019 (date de parution du roman) donc pas de coronavirus ici et les Jeux de Tôkyô ont bien lieu en 2020 et pas en 2021 (ce qui donne une saveur particulière au récit).

La narratrice, la fille de la vielle dame, est inscrite sur Trinity, une plateforme un peu spéciale dont le slogan est « l’essentiel est invisible pour les yeux » (p. 33), une phrase essentielle à la lecture de ce roman. Mais alors qu’elle prend la ligne Saikyô, la narratrice voit un vieil homme qui « serre entre ses doigts une pierre noire et luisante. […] Il ne va quand même pas asperger le wagon de matière radioactive ? » (p. 38). Cela fait neuf ans que des seniors sont apparus avec la ‘pierre d’infortune’, « C’était l’année du grand séisme, du tsunami et de l’accident nucléaire de Fukushima » (p. 41). L’autrice développe une analyse des catastrophes et de leurs conséquences sur le moyen et long terme.

Ces seniors sont atteints de TRINITY. « Le nom de cette maladie était une longue locution anglaise. Laquelle avait pour acronyme TRINITY. Trinity. Ce n’est qu’une fois baptisée que la maladie avait enfin révélé sa vraie nature. » (p. 69). De plus en plus de personnes âgées sont touchées, certaines sont même filmées. « Qu’ainsi débute la révolte des invisibles. » (p. 106). Mais les ‘séniors Trinity’ ne sont-ils pas des terroristes et « Leur prochain objectif était-il le relais de la flamme olympique ? Ou la cérémonie d’ouverture ? Les rumeurs faisaient rage. » (p. 113). Or, alors qu’elle ne peut plus marcher depuis sa chute… « Maman a disparu. » (p. 137) !

La vallée de Saint-Joachim en Bavière, les travaux de Marie Curie, le radium… c’était au début des années 1920, il y a 100 ans… « Si on avait fait des choix différents à cette époque, le présent serait-il différent de sa version actuelle ? » (p. 165-166). On ne le saura jamais… à moins qu’il existe un (des) monde(s) parallèle(s) dans le(s)quel(s) les choix étaient différents.

Je ne sais pas si j’ai tout compris dans ce roman très particulier mais il donne à réfléchir et je retiens que tout est lié, le passé, le présent, le futur et qu’une question reste lancinante tout du long : et si ce que l’on pense être une bénédiction pour l’humanité serait en fait mauvais. Comme le radium dont on a pensé qu’il guérissait. Quant aux Jeux olympiques, ils réunissent des sportifs du monde entier (presque) mais à Berlin en 1936, le nazisme fut mis en avant, à Munich en 1972, il y a eu un attentat terroriste et des morts, on peut donc à juste titre se questionner. Les personnes âgées déboussolées de 2020 étaient jeunes lors des premiers Jeux olympiques de Tôkyô en 1964 (en prévision desquels de nombreux lieux ont été détruits).

De plus les Japonais sont traumatisés par les bombes larguées en 1945 sur Hiroshima et Nagasaki mais le radium et même le plutonium 235 avaient été très bien accueillis par le passé (on apprend d’ailleurs quelque chose de surprenant à la fin de ce roman). Quant aux personnes âgées, elles sont très nombreuses alors qu’arriverait-il si quelque chose (maladie, folie…) s’emparait d’elles ? Trinity, Trinity, Trinity est un roman vraiment atypique qui surprend et qui envoûte. Et puis, il y a aussi un thème très présent, celui de la femme, de la féminité, ce n’est pas pour rien si les personnages principaux (et pratiquement les seuls du roman) sont trois générations de femmes, grand-mère, mère, fille et leurs difficultés à se comprendre, à communiquer. Les liens, comme les radiations, seraient-ils invisibles ?

J’espère que, comme moi, vous prendrez plaisir à lire cet OLNI (Objet littéraire non identifié) même s’il n’est pas facile à aborder. En plus, j’ai découvert cette maison d’éditions toute récente (mai 2021) qui veut « [mettre] à l’honneur des autrices contemporaines. À travers leurs textes, elles nous disent leur vie de femme, leur relation à la nature ou à notre société. Elles écrivent pour changer le monde, pour le comprendre, pour nous faire rêver. » Très belle idée.

Pour le Challenge de l’été #2 (Japon, 2e billet), Challenge lecture 2021 (catégorie 9, un livre dont l’action se passe durant les vacances d’été, 2e billet mais il entre aussi dans les catégories 12, 15, 39), Littérature de l’imaginaire #9 et S4F3 #7.

Le mystère des pingouins de Tomihiko Morimi

Le mystère des pingouins de Tomihiko Morimi.

Ynnis, juin 2020, 464 pages, 14,95 €, ISBN 978-2-37697-101-6. Penguin Highway ペンギン・ハイウェイ (2010) est traduit du japonais par Yacine Youhat.

Genres : littérature japonaise, roman jeunesse, science-fiction.

Tomihiko Morimi 森見登美彦 naît le 6 janvier 1979 à Ikoma dans la Préfecture de Nara au Japon. Il fait des études agricoles à l’université de Kyôto. Ses titres précédents sont Taiyô no Tô soit La tour du soleil (2003, grand prix du roman fantasy japonais), Yojôhan Shinwa Taikei soit La Galaxie Tatami (2004, adaptation en anime par le studio Madhouse en 2010) et Yoru wa mijikashi arukeyo otome soit La nuit est courte. Marche, jeune fille (2017, prix Yamamoto Shûgorô). Penguin Highway remporte le Grand prix du roman de science-fiction japonais en 2021 (Grand prix Nihon SF 日本大賞 Nihon esu efu taishô).

Le narrateur, Aoyama, est un garçon de 9 ans en quatrième année d’école élémentaire. Il vit avec ses parents et sa jeune sœur dans une petite maison. « Certes, je suis un génie. Mais cela ne m’empêche pas d’étoffer sans cesse mes connaissances. […] Je le dois à toutes les notes que je prends sans faute tous les jours, ainsi qu’à mes nombreuses lectures. Il y a beaucoup de choses que je veux savoir. Je suis intéressé par l’espace, les organismes vivants, la mer ou encore les robots. […] Je n’ai encore jamais vu la mer mais j’ai pour projet d’y aller prochainement. Il est important de voir les choses en vrai. Observer le monde de ses propres yeux est une méthode inégalable. Être inférieur à autrui n’est pas honteux, mais être surpassé par la personne que l’on était hier l’est. Jour après jour, j’en apprends davantage sur le monde et m’élève au-dessus de celui que j’étais le jour précédent. » (p. 9-10), voici pour vous familiariser avec l’étonnant Aoyama, éveillé, curieux, intelligent (son seul défaut, ben oui, il en a un, il est un peu obsédé par les seins). Son père lui a offert un cahier et lui a dit : « Note tous les jours ce que tu découvres. » (p. 13).

Aoyama vit dans une petite ville avec pas grand-chose, une école, une ligne de bus, un parc Ornithorynque, une clinique dentaire, un centre commercial, une église (une vraie église avec une croix au sommet), un bar Au bord de mer, un canal et une forêt. Un matin de mai, les enfants vont à l’école et aperçoivent une colonie de manchots d’Adélie ! « On aurait dit des êtres vivants à peine débarqués d’une lointaine planète et totalement inadaptés à notre monde. » (p. 17). Que font ces manchots de l’Antarctique dans cette ville de banlieue qui n’est même pas en bord de mer ? Mais le soir, ils ont disparu… avant de réapparaître tout aussi subitement !

Aoyama a un meilleur ami, Uchida, avec qui il élabore le projet Amazone : remonter le long du canal pour trouver sa source et explorer les environs pour créer une carte. Uchida élève un bébé manchot trouvé sur le parking de son immeuble. « Peux-tu garder secrète la présence de ce manchot ici ? – Je te le promets. Je suis un garçon capable de garder un secret. » (p. 105). Il se lie avec une jeune femme qui travaille à la clinique dentaire (on ne saura pas son nom). Ensemble, ils vont étudier les manchots et attirer l’attention d’une copine de classe qui joue aux échecs, Hamamoto, qui fait des recherches sur une boule bizarre en suspension dans l’air qu’elle appelle la Mer. « Elle était sacrément étonnante. » (p. 156).

Pour Aoyama, Uchida et Hamamoto, c’est tout un été de mystères… « Il y en a de curieuses histoires depuis l’apparition des manchots, souffla ma mère. » (p. 331).

Je l’ai déjà dit, j’aime l’irruption du fantastique dans le quotidien dans la littérature japonaise (bon, il y a aussi d’autres genres que j’apprécie dans la littérature japonaise comme l’intime ou le polar, entre autres) mais le fantastique dans le quotidien, c’est quelque chose de récurent (y compris dans le polar ou autres genres littéraires japonais), Haruki Murakami est un des maîtres pour cela. Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à nos manchots, ou à nos pingouins, ce n’est pas grave. En tout cas, vous pouvez vous joindre à Aoyama et à sa petite équipe pour enquêter, découvrir, comprendre, bon, peut-être pas tout, ça reste des enfants et les événements sont plutôt incompréhensibles ! Le mystère des pingouins, c’est l’intelligence et la fraîcheur dans cette chaleur estivale (je parle de l’été dans le roman mais c’est finalement l’été ici aussi), vous mangerez bien quelques glaces, ferez quelques balades en voiture avec le père, fuirez devant les tortionnaires de l’école (une bande de grands, bêtes et méchants), ah et, désolée, mais vous passerez chez le dentiste aussi. Action, aventure, fantastique, humour (japonais, ça change de l’humour anglais ou de l’humour belge, je vous préviens), amitié et mystère sont au rendez-vous de ce roman très bien écrit et surtout très bien traduit. Si vous n’aimez pas les enfants intelligents, extravertis, différents, Aoyama peut vous énerver mais ce serait vraiment dommage car, comme le dit l’éditeur, c’est une « œuvre poétique, intime et écologique […] qui a inspiré le film d’animation de Hiroyasu ISHIDA, lauréat du prix Satoshi Kon. » (et qui a aussi inspiré un manga de Keito Yano) alors ne vous privez pas et émerveillez-vous !

Le fait d’avoir vu la bande annonce (ci-dessous) me donne très envie de voir le film d’animation (en VO bien sûr).

En attendant, je mets cette lecture dans Challenge lecture 2021 (catégorie 12, un livre d’un auteur japonais, 3e billet), Jeunesse young adult #10, Littérature de l’imaginaire #9 et Petit Bac 2021 (catégorie Animal pour Pingouins).

L’été de la sorcière de Nashiki Kaho

L’été de la sorcière de Nashiki Kaho.

Philippe Picquier, mars 2021, 168 pages, 18 €, ISBN 978-2-8097-1522-4. 西の魔女が死んだ Nishi no majo ga shinda (2017) est traduit du japonais par Déborah Pierret-Watanabe.

Genres : littérature japonaise, premier roman.

NASHIKI Kaho naît en 1959 à Kagoshima (île de Kyûshû, Japon). Elle commence à écrire L’été de la sorcière en 1994, c’est son premier roman (immense succès, trois prix littéraires et une adaptation cinématographique en 2008). Son deuxième roman, Les mensonges de la mer, est paru en 2017 chez Philippe Picquier.

Mai est au collège depuis un mois mais elle a des crises d’asthme et dit à sa mère « Je n’irai plus à l’école. Là-bas, ce n’est rien qu’un lieu de souffrances pour moi. » (p. 8). Phobie scolaire ? Sa mère (moitié Japonaise moitié Anglaise) décide d’envoyer Mai à la campagne chez sa grand-mère (une Anglaise ayant épousé un Japonais). « Je suis très heureuse de l’accueillir. J’ai toujours été extrêmement reconnaissante d’avoir une petite-fille comme elle. » (p. 14).

C’est durant cet été que Mai découvre que sa grand-mère est une sorcière, la Sorcière de l’Ouest, que sa grand-mère avant elle aussi et qu’elle a sauvé son fiancé à distance. « Ça veut dire que… dans notre famille… ? – Très bonne déduction […]. Mais arrêtons-nous là pour ce soir. Il doit être tard. » (p. 38).

Au fil des jours, Mai va se métamorphoser, apprendre les animaux, les plantes, prendre confiance en elle. Mais sa grand-mère la met en garde. « Voir ou entendre quelque chose quand tu ne le souhaites pas, c’est dangereux et très désagréable, et c’est indigne d’une sorcière accomplie. » (p. 64).

« Écoute-moi bien. Voici une des leçons les plus importantes de ton apprentissage. Une sorcière doit accorder de l’importance à son intuition. Cependant, elle ne doit en aucun cas lui laisser prendre le dessus. Sinon, celle-ci risque de devenir une illusion puissante, une chimère, qui finira par prendre le contrôle et la dominer. Enferme cette intuition quelque part dans ton esprit. Viendra le moment où tu découvriras si cette intuition était vraie. Ce sera l’expérience qui t’apprendra à reconnaître si ce que tu ressens est une véritable intuition ou non. » (p. 91).

J’ai été émue par ce délicat roman en particulier par la belle relation entre Mai et sa grand-mère et par l’histoire du chien Blacky. Si la grand-mère est vraiment sorcière, c’est une sorcière bienfaisante, pleine d’amour et de sagesse. J’ai eu l’impression d’être chez cette grand-mère, de sentir les odeurs de son jardin, de m’imprégner de son bon sens et de sa bienveillance. Finalement les deux mois que Mai passe chez sa grand-mère sont sûrement les plus importants de sa vie. Que pensez-vous de la couverture ? Je la trouve superbe !

Une très belle lecture, apaisante, magnifique, que je mets dans Challenge Cottagecore (catégorie 3, jardin, secret de famille, campagne), Challenge de l’été #2 (Japon), Challenge lecture 2021 (catégorie 50, un livre qui met en scène une sorcière) et Petit Bac 2021 (catégorie météo pour été).

La librairie de tous les possibles de Shinsuke Yoshitake

La librairie de tous les possibles de Shinsuke Yoshitake.

Milan, septembre 2018, 104 pages, 13,90 €, ISBN 978-2-4080-0625-9. Arukashira Shoten (2017) est traduit du japonais par Myriam Dartois-Ako.

Genres : littérature japonaise, bande dessinée, album illustré.

Shinsuke Yoshitake ヨシタケシンスケ naît en 1973 à Chigasaki (préfecture de Kanagawa) au Japon. Il étudie les arts plastiques à l’Université de Tsukuba. Il est auteur et illustrateur mais aussi graphiste et sculpteur. Plus d’infos sur son site officiel (pour l’instant en pause).

La librairie de tous les possibles a dans ses rayons tous les livres que les clients demandent. Des livres rares, des livres sur les livres, des livres multiples, etc. J’aimerais fréquenter une telle librairie !

Découvrez l’arbre des écrivains, les albums surprises ! Et puis vous apprendrez des choses intéressantes sur les métiers liés aux livres : libraires, bibliothécaires, éleveurs de chiens bouquinistes ou simplement sur les livres et les lecteurs.

Mon passage préféré. « Les livres rangés sur les étagères d’une maison ont un seul propriétaire, mais ceux des bibliothèques débordent d’espoir. ‘Je pourrais être utile à quelqu’un.’ ‘Je vais peut-être amuser un lecteur, ou l’encourager, le consoler.’ ‘Je pourrais faire découvrir des choses aux gens, les rapprocher.’ »

Shinsuke Yoshitake aime les livres et les librairies et offre aux jeunes lecteurs (et aux plus grands) des petites histoires drôles, sensibles et originales avec de très beaux dessins tendres et poétiques.

Pour certains ce livre est un album illustré, pour d’autres une bande dessinée mais la bibliothèque où je l’ai emprunté l’a classé en roman, et en fait, il est un peu tout ça en même temps, un OLNI (Objet littéraire non identifié), et il correspond bien finalement à cette librairie de tous les possibles. En lisant ce livre, le jeune lecteur comprend qu’il lui est possible de tout lire, de tout découvrir et ça c’est merveilleux.

Je mets cette ravissante lecture dans BD, Challenge lecture 2021 (catégorie 2, un livre dont l’action se passe dans une bibliothèque ou une librairie, 2e billet) et Jeunesse young adult #10.

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Projet 52-2021 #24

Vingt-quatrième semaine pour le Projet 52-2021 de Ma avec le thème avion(s). Vous auriez peut-être aimé un avion dans un manège ou une maquette d’avion mais je ne peux m’empêcher de vous montrer un avion de la JAL (Japan Air Lines), souvenirs souvenirs… Je vous souhaite un bon week-end et, si vous voulez participer, allez voir Ma !

Robogenesis de Daniel H. Wilson

Robogenesis de Daniel H. Wilson.

Fleuve, collection OutreFleuve, juin 2017, 496 pages, 21,90 €, ISBN 978-2-265-11614-6. Robogenesis (2014) est traduit de l’américain par Patrick Imbert. C’est cette édition que j’ai lue mais le roman n’est plus qu’en poche : Pocket, octobre 2018, 528 pages, 8,70 €, ISBN 978-2-26628-584-1.

Genres : littérature états-unienne, science-fiction, post-apocalyptique.

Daniel H. Wilson naît le 6 mars 1978 à Tulsa dans l’Oklahoma (il est Cherokee). Ancien ingénieur à Microsoft et Intel, il est spécialiste de la robotique et de l’intelligence artificielle. Il est auteur d’essais scientifiques parfois humoristiques, d’articles parus dans le New York Times et le magazine Wired, de romans de science-fiction et de nouvelles. Du même auteur : Le cœur perdu des automates et Robopocalypse. Plus d’infos sur son site officiel.

L’IA Archos R-14 a été détruite mais elle s’est fragmentée et l’humanité, exsangue, va devoir encore combattre. Le narrateur, Arayt Shah, a « récupéré trois témoignages de premier ordre, issus de trois esprits différents. » (p. 15). Le roman est ainsi composé de trois parties, Lark Iron Cloud, Mathilda Perez et Cormac Wallace, trois héros que nous avons suivi dans le premier tome. Je rappelle qu’il y a des humains modifiées et des robots éveillés, les Freeborn.

Première partie. Les survivants sont « repliés dans la ville de Gray Horse […]. Il n’y aura pas de renforts. Il ne reste plus que du métal, de la neige et du sang. » (p. 18). À Anadyr, en Eurasie, Leonid et Vasily s’occupent de racks de processeurs à 60 mètres sous terre ; l’entité s’appelle Maxim, du projet Novichok, mais les machines encore branchées ont été contaminées par Archos R-14 car les IA sont « légion. Aucune n’est la même, nous ne formons pas une classe homogène. Nous coexistons selon des architectures différentes. On nous a éveillées sur des schémas alternatifs. Certaines savent ce qu’être humain signifie. D’autres chérissent la vie. D’autres encore sont étranges, au-delà de toute compréhension. Et certaines… certaines sont folles. » (p. 89-90). Vasily, qui a pu fuir, annonce à la radio et au monde que la « Vraie Guerre » (p. 136) arrive. Hank Cotton est hypnotisé par un cube noir issu d’Archos. Quant à Lark Iron Cloud, il se retrouve isolé et en danger. « Sans même y réfléchir, je prends ma décision. Je rejoindrai les Freeborn. […] Je sors de l’eau. Je me sens renaître. Un squelette d’onyx, chaque pièce à sa place. Rien de superflu. Je ne suis plus ce que j’étais avant. » (p. 155).

Deuxième partie. Mathilda Perez et son jeune frère, Nolan, sont à New York. Ils récupèrent « les restes de matériel abandonné » (p. 176) par les quads et les pluggers durant la Nouvelle Guerre. Mais, des réfugiés sont revenus dans la ville, La Tribu, sous le commandement de Felix Morales, un ancien narcotrafiquant, un fou furieux… Mathilda et Nolan fuient pour ne pas être tués mais ils sont séparés et Neuf Zéro Deux, un robot Freeborn qui a combattu avec les humains, entre en contact avec la jeune femme ; il ne veut plus être seul. « Ils me manquent. Comme c’est étrange. » (p. 216). C’est que « La limite entre l’homme et la machine est floue. » (p. 314).

Troisième partie. Cormac Wallace n’est pas reparti avec la Gray Horse Army après Ragnorak. Il « est resté à l’arrière pour tenir une sorte de journal de guerre » (p. 321) avec Cherrah qui est devenue sa compagne. Le lecteur retrouve aussi Takeo Nomura et la Freeborn Mikiko au Japon ; ils communiquent avec un shinboku marin dans la Baie de Tôkyô ; ils l’appellent Ryujin, le dieu dragon des océans. « L’ennemi cherche les éveillés. Ils mourront dans leur place forte sous la montagne. En se nourrissant de leur puissance, cet esprit vide se remplira. La chose appelée Arayt exterminera les Freeborn, puis l’humanité. » (p. 381).

De l’action, du danger, de la bravoure, de la folie même parfois, des trahisons, mais aussi des amitiés et de l’amour, tout se met en place pour les humains survivants (modifiés ou non) et les robots qui sont loyaux à l’humanité (les Freeborn). Ce deuxième tome est aussi bien construit que le premier puisque le lecteur suit à nouveau plusieurs protagonistes qui sont éloignés les uns des autres (États-Unis, Russie, Japon…) mais qui vivent plus ou moins la même chose et qui doivent s’unir pour gagner contre les dangereuses IA (Intelligences Artificielles). Mon personnage préféré dans le premier tome était Cormac Wallace surnommé Bright Boy et j’ai été ravie de le retrouver ici. Ce roman est intense, il fait froid dans le dos et questionne sur l’avenir de l’humanité et de la technologie (j’espère que nous n’en arriverons jamais là !). Alors que la couverture de Robopocalypse est rouge, celle de Robogenesis est verte, comme une lueur d’espoir ? Daniel H. Wilson maîtrise son sujet à la perfection, franchement je vous conseille cette série, et je me demande bien s’il y aura un troisième tome.

Une excellente lecture que je mets dans Littérature de l’imaginaire #9.