Le bourgeois gentilhomme de Molière

Le bourgeois gentilhomme de Molière.

Larousse (c’est le seul lien que j’ai trouvé et ça ne correspond pas à l’exemplaire que j’ai lu qui est plus ancien), collection Classiques, mai 1990, 232 pages, 3 €, ISBN 2-03-871303-0.

Genres : littérature française, théâtre.

Comédie-ballet (en 5 actes) commandée par le roi Louis XIV à Molière et Jean-Baptiste Lully, Molière étant un spécialiste des comédies, des farces et Lully de la musique (compositeur baroque). Le bourgeois gentilhomme est un chef-d’œuvre de la comédie-ballet (en prose et en vers), présentée pour la première fois en octobre 1670 au Château de Chambord (devant Louis XIV et la Cour).

Molière par Nicolas Mignard (1658)

Molière [je remets ce que j’avais écrit en avril 2018, lors de la relecture de Dom Juan ou le festin de pierre], pseudonyme de Jean-Baptiste Poquelin, naît en janvier 1622 à Paris. C’est un comédien et un dramaturge très célèbre (je vous laisse chercher plus d’infos sur Internet) et emblématique du théâtre classique. Il épouse Armande Béjart, une jeune comédienne, et le couple aura deux fils et deux filles, tous morts peu après leur naissance. Ainsi ne resteront à la postérité de Molière que ses œuvres écrites dont une trentaine de comédies parmi lesquelles Les précieuses ridicules (1659), L’école des femmes (1662), Dom Juan (1665), Le médecin malgré lui (1666), Le misanthrope (1666), L’avare (1668), Tartuffe ou l’hypocrite (1669), Les fourberies de Scapin (1670), Le bourgeois gentilhomme (1670), Les femmes savantes (1672) et Le malade imaginaire (1673) que j’ai toutes lues, relues et vues (théâtre ou adaptations au cinéma). C’est que j’aime beaucoup Molière et son humour !

Monsieur Jourdain est un riche marchand drapier. Il est marié et le couple a une fille, Lucile, en âge de se marier. Monsieur Jourdain est donc un bourgeois, riche, mais inculte et sans manière alors qu’il rêve de noblesse. Il est la risée des maîtres qu’il a embauchés mais ils aiment son argent ! « C’est un homme, à la vérité, dont les lumières sont petites, qui parle à tort et à travers de toutes choses, et n’applaudit qu’à contre-sens ; mais son argent redresse les jugements de son esprit. Il a du discernement dans sa bourse. Ses louanges sont monnayées ; et ce bourgeois ignorant nous vaut mieux, comme vous voyez, que le grand seigneur éclairé qui nous a introduits ici. » (le maître de musique au maître à danser, p. 29).

Mais, comment devenir « un honnête homme », c’est-à-dire « un homme cultivé et bien élevé » (sens du XVIIe siècle) quand on n’a pas été éduqué comme cela ?

Monsieur Jourdain apparaît, dans la scène 2, « en robe de chambre et bonnet de nuit » (p. 82)… C’est mal barré pour la bonne éducation ! D’autant plus qu’il est tombé amoureux d’une jeune marquise, Dorimène.

Mais les maîtres sont en désaccord, chacun pensant que sa matière est plus importante que celle de l’autre… « Vous êtes plaisantes gens, de vouloir comparer vos sciences à la mienne ! » (le maître d’armes aux maîtres de musique et de danse, p. 50). Monsieur Jourdain est impuissant face à leur querelle et ils en viennent carrément aux mains ! Heureusement arrive le maître de philosophie. « Que voulez-vous apprendre ? […] Tout ce que je pourrai, car j’ai toutes les envies du monde d’être savant, et j’enrage que mon père et ma mère ne m’aient pas fait bien étudier dans toutes les sciences, quand j’étais jeune. » (p. 57). Eh bien, il est motivé, le bourgeois, et semble de bonne volonté mais… Eh oui, il y a un mais ! Il n’entend rien à la logique ; la morale ne lui convient pas (pensez donc, un homme marié, sensé marier sa fille unique, qui tombe amoureux d’une marquise !) et la physique (en fait les sciences), c’est trop compliqué pour lui ! Il finit par dire : « Apprenez-moi l’orthographe » (p. 59) alors qu’il sait lire et écrire ! On est loin du « tout » et le maître de philosophie est bien conciliant car il lui apprend les voyelles et leur façon de se prononcer ou alors il se moque de lui comme les autres maîtres…

Quand arrive le maître tailleur (acte 2 scène 5), avec le le vêtement neuf de Monsieur Jourdain, c’est le pompon et le lecteur a l’assurance que pour le bourgeois, tout n’est qu’apparence ! Il ne sera jamais cultivé, instruit, il ne sera jamais « un honnête homme »… D’ailleurs la façon dont il parle à son épouse et à sa servante, Nicole : « Taisez-vous, ma servante et ma femme ! (p. 78) et « Vous parlez toutes deux comme des bêtes, et j’ai honte de votre ignorance. » (p. 79). Quel pourceau !

Mais il aime les cajoleries et les flatteries, c’est pourquoi il prête de grosses sommes d’argent à Doriante qui se dit comte et en relation avec le roi… La somme globale est tout de même de 18000 francs, ce qui est énorme et ce qui dérange énormément Madame Jourdain qui pense à marier leur fille, Lucile, et Cléonte, qui lui fait la cour, semble un beau parti. Quant à Nicole, la servante, elle aimerait épouser Covielle, le valet de Cléonte. « C’est un homme qui me revient, et je veux aider sa recherche, et lui donner Lucile, si je puis. – En vérité, madame, je suis la plus ravie du monde de vous voir dans ces sentiments : car, si le maître vous revient, le valet ne me revient pas moins, et je souhaiterais que se pût faire à l’ombre du leur. » (p. 97). Mais monsieur Jourdain refuse… « Tout ce que j’ai à vous dire, moi, c’est que je veux avoir un gendre gentilhomme. » (p. 112).

C’est alors que Covielle a une idée lumineuse ! Mais je vous laisse la surprise. Sachez simplement que, à la demande du roi, Louis XIV donc, Molière s’est inspiré de la fascinante visite d’un ambassadeur turc, Soliman Aga, en 1669 pour écrire sa « turquerie ».

En relisant ce bourgeois gentilhomme, une comédie-ballet en 5 actes, dont le dernier est complètement burlesque, j’ai bien ri et j’ai pensé aux nouveaux riches qui font la même chose que monsieur Jourdain : leur argent achetant tout mais leur inculture et leur grossièreté ne les lâchant pas, ils ont plutôt l’air de gros lourdauds (pour rester polie). En fin de volume, il y a une documentation thématique conséquente (pour les étudiants).

Une (re)lecture bien agréable et divertissante pour Les classiques, c’est fantastique ! (théâtre en juin) que je mets bien sûr également dans Cette année, je (re)lis des classiques. Lisez ou relisez Molière, c’est vraiment très bien !

Dom Juan ou le festin de pierre de Molière

Dom Juan ou le festin de pierre de Molière.

Théâtre classique, 2015, 82 pages.

Genre : théâtre.

Comédie « représentée pour la première fois le 15 février 1665 sur le Théâtre de la salle du Palais-Royal par la Troupe de Monsieur, frère unique du Roi » et publiée en 1682.

Molière, pseudonyme de Jean-Baptiste Poquelin, naît en janvier 1622 à Paris. C’est un comédien et un dramaturge très célèbre (je vous laisse chercher plus d’infos sur Internet) et emblématique du théâtre classique. Il épouse Armande Béjart, une jeune comédienne, et le couple aura deux fils et deux filles, tous morts peu après leur naissance. Ainsi ne resteront à la postérité de Molière que ses œuvres écrites dont une trentaine de comédies parmi lesquelles Les précieuses ridicules (1659), L’école des femmes (1662), Dom Juan (1665), Le médecin malgré lui (1666), Le misanthrope (1666), L’avare (1668), Tartuffe ou l’hypocrite (1669), Les fourberies de Scapin (1670), Le bourgeois gentilhomme (1670), Les femmes savantes (1672) et Le malade imaginaire (1673) que j’ai toutes lues, relues et vues (théâtre ou adaptations au cinéma). C’est que j’aime beaucoup Molière et son humour !

La scène se déroule en Sicile. Il y a beaucoup de personnages : une vingtaine.

Le serviteur (Sganarelle) et d’autres personnes de Dom Juan ne comprennent pas que celui-ci, marié à Done Elvire, commette des infidélités. Serait-il trop jeune pour comprendre ce qu’est la fidélité ? Pourquoi « Un homme de sa qualité ferait une action si lâche ? » (p. 6). Quel homme est-il pour manquer à sa parole « après tant d’amour et tant d’impatience témoignée, tant d’hommages pressants, de vœux, de soupirs et de larmes, tant de lettres passionnées, de protestations ardentes et de serments réitérés, tant de transports enfin et tant d’emportements qu’il a fait paraître, jusqu’à forcer, dans sa passion, l’obstacle sacré d’un couvent, pour mettre Done Elvire en sa puissance » (p. 6) ?

C’est que Dom Juan est le plus grand des coureurs de jupons ! Un séducteur, un homme à femmes comme on dit. Et il les lui faut toutes ! Du moment qu’il les trouve belles. Il utilise le polyamour évidemment pour son propre plaisir personnel ! Il fait fi de la fidélité et de l’honneur. « La belle chose de vouloir se piquer d’un faux honneur d’être fidèle, de s’ensevelir pour toujours dans une passion, et d’être mort dès sa jeunesse à toutes les autres beautés qui nous peuvent frapper les yeux ! Non, non : la constance n’est bonne que pour des ridicules ; toutes les belles ont droit de nous charmer, et l’avantage d’être rencontrée la première ne doit point dérober aux autres les justes prétentions qu’elles ont toutes sur nos cours. Pour moi, la beauté me ravit partout où je la trouve, et je cède facilement à cette douce violence Domt elle nous entraîne. J’ai beau être engagé, l’amour que j’ai pour une belle n’engage point mon âme à faire injustice aux autres ; je conserve des yeux pour voir le mérite de toutes, et rends à chacune les hommages et les tributs où la nature nous oblige. Quoi qu’il en soit, je ne puis refuser mon cœur à tout ce que je vois d’aimable ; et dès qu’un beau visage me le demande, si j’en avais dix mille, je les donnerais tous. » (p. 9).

Et quel beau parleur, quel blablateur ! Qui finalement confond aimer et baiser… « Quoi ? Une personne comme vous serait la femme d’un simple paysan ! Non, non : c’est profaner tant de beautés, et vous n’êtes pas née pour demeurer dans un village. Vous méritez sans doute une meilleure fortune, et le Ciel, qui le connaît bien, m’a conduit ici tout exprès pour empêcher ce mariage, et rendre justice à vos charmes ; car enfin, belle Charlotte, je vous aime de tout mon cœur, et il ne tiendra qu’à vous que je vous arrache de ce misérable lieu, et ne vous mette dans l’état où vous méritez d’être. Cet amour est bien prompt sans doute ; mais quoi ? C’est un effet, Charlotte, de votre grande beauté, et l’on vous aime autant en un quart d’heure qu’on ferait une autre en six mois. » (p. 25-26).

Les frères d’Elvire, Dom Alonse et Dom Carlos, sont à la recherche de Dom Juan pour venger l’honneur de leur famille mais Dom Juan sauve la vie de Dom Carlos en prise avec des voleurs, sans savoir qui il est. Et puis, un soir, la statue du Commandeur qu’il a tué récemment vient s’asseoir à sa table : Dom Juan va-t-il changer ?

« Il n’y a plus de honte maintenant à cela : l’hypocrisie est un vice à la mode, et tous les vices à la mode passent pour vertus. Le personnage d’homme de bien est le meilleur de tous les personnages qu’on puisse jouer aujourd’hui, et la profession d’hypocrite a de merveilleux avantages. C’est un art de qui l’imposture est toujours respectée ; et quoiqu’on la découvre, on n’ose rien dire contre elle. Tous les autres vices des hommes sont exposés à la censure, et chacun a la liberté de les attaquer hautement ; mais l’hypocrisie est un vice privilégié, qui, de sa main, ferme la bouche à tout le monde, et jouit en repos d’une impunité souveraine. On lie, à force de grimaces ; une société étroite avec tous les gens du parti. Qui en choque un, se les jette tous sur les bras ; et ceux que l’on sait même agir de bonne foi là-dessus, et que chacun connaît pour être véritablement touchés ; ceux-là, dis-je, sont toujours les dupes des autres ; ils donnent hautement dans le panneau des grimaciers et appuient aveuglément les singes de leurs actions. » (p. 74).

Un passage que j’aime bien : lorsque Sganarelle, le serviteur de Dom Juan, déguisé en médecin, se fait saluer par tous. « Mais savez-vous, Monsieur, que cet habit me met déjà en considération, que je suis salué des gens que je rencontre, et que l’on me vient consulter ainsi qu’un habile homme ? » (p. 38). L’habit fait donc bien le moine !

Dom Juan est une farce tragi-comique en 5 actes qui réjouit le public depuis plus de 5 siècles même si elle a été délaissée au début du XIXe siècle (avec le retour de la tragédie pure). Cet aristocrate libertin et athée qui fait honte à son père (Dom Louis) et à son valet (Sganarelle), qui n’a ni Dieu ni honneur ni âme et ne pense qu’à son propre plaisir, sera puni par voie divine. Peut-on se révolter (ne pas se soumettre) à Dieu ? Peut-on rire du châtiment divin ? Peut-on défendre le libertinage ? Telles sont les questions que pose Molière à travers cette œuvre pour laquelle, comme souvent, il attire la polémique à la Cour du Roi et parmi le peuple.

Une lecture effectuée dans le cadre du Mooc À la découverte du théâtre classique français (j’essaie de rattraper mon retard) que je mets dans le challenge Cette année, je (re)lis des classiques.