La messe de l’athée d’Honoré de Balzac

La messe de l’athée d’Honoré de Balzac.

Pour la LC (lecture commune) du 20 février avec ClaudiaLucia, Maggie, Miriam et Rachel. Lecture en numérique in Œuvres complètes d’Honoré de Balzac, La Comédie humaine, dixième volume, première partie Études de mœurs, troisième livre, 1855, pages 74-89. Sur Wikisource (30 pages, illustré).

Genres : littérature française, nouvelle, classique.

Honoré de Balzac naît le 20 mai 1799 à Tours (Touraine). Romancier, dramaturge, journaliste, critique littéraire, imprimeur, cofondateur de la Société des gens de lettres (en 1837), il est plus spécialement connu pour sa Comédie humaine (près de 100 romans et nouvelles) dans laquelle il analyse ses contemporains (bourgeoisie, commerçants, ouvriers, petites gens…) et la montée du capitalisme, plutôt dans le genre réaliste mais en abordant aussi parfois les côtés philosophique, poétique et même fantastique. Il inspire entre autres Gustave Flaubert (parallèles entre L’éducation sentimentale et Le lys dans la vallée ou entre Madame Bovary et Une femme de trente ans), Marcel Proust et Émile Zola. Il dévore les livres depuis l’enfance et étudie le Droit puis se consacre à la littérature. Il y a tant d’autres choses à dire sur Balzac mais je vous laisse les découvrir dans la biographie Honoré de Balzac, le roman de sa vie de Stefan Zweig ou ailleurs. Il meurt le 18 août 1850 à Paris. Je (re)lis Balzac de temps en temps. En février 2010, j’avais publié une note de lecture de La maison du Chat-qui-pelote (pour un autre challenge concernant les classiques), en octobre 2020, une note de lecture de Gobseck (Pour Les classiques c’est fantastique, Balzac vs Flaubert) et tout récemment Le cabinet des antiques et La peau de chagrin (pour les lectures communes avec Maggie).

La messe de l’athée est une nouvelle parue en 1836 dans La Chronique de Paris. Fondée par Balzac en 1835, cette revue littéraire (et politique) avait aux commandes non seulement Balzac mais aussi le critique littéraire Gustave Planche (1808-1857), le jeune Théophile Gautier (1811-1872) et les grands illustrateurs Honoré Victorien Daumier (1808-1879), Jean-Jacques Grandville (1803-1847) et Henri Monnier (1799-1877). Le premier numéro paraît le 1er janvier 1836 avec des textes de Victor Hugo (1802-1885), d’Alphone Karr (1808-1890) et ce ceux cités ci-dessus. La nouvelle est publiée en 1837 dans le tome XII des Études philosophiques (Delloy et Lecou) puis en 1844 dans le tome X des Scènes de la vie parisienne (édition Furne de La comédie humaine).

Mais un peu de place pour La messe de l’athée et ses principaux personnages, trois beaux personnages d’hommes, Desplein, Bianchon, Bourgeat.

Alors que la médecine s’enseigne et se transmet, un grand chirurgien, Desplein, est mort emportant avec lui ses secrets et son savoir-faire, « une méthode intransmissible » (p. 2) parce que, audacieuse comparaison de Balzac, les chirurgiens sont comme les acteurs, ils « n’existent que de leur vivant et [leur] talent n’est plus appréciable dès qu’ils ont disparu. » (p. 2-3).

Desplein était un athée « pur et franc » (p. 6), un athée comme les gens d’église ne le supporte pas… C’est que Desplein doutait, étudiait et qu’il découvrit « deux âmes dans l’homme » (p. 6). C’est pourquoi il est mort « dans l’impénitence finale » (p. 6) comme « beaucoup de beaux génies, à qui dieu puisse-t-il pardonner. » (p. 6). Pourtant l’homme pouvait être « prodigieusement spirituel » (p. 8).

C’est pourquoi Balzac choisit une énigme, une anecdote, pour honorer le chirurgien en chef, en la personne d’un des élèves auxquels il s’était attaché à l’hôpital : Horace Bianchon, interne à l’Hôtel-Dieu. Un jeune provincial, pauvre mais brave, droit, joyeux, sobre et travailleur (à l’époque, on disait vertueux).

Un jour Bianchon voit Desplein entrer dans l’église Saint-Sulpice « vers neuf heures du matin » (p. 11), ce qui est surprenant car « l’interne qui connaissait les opinions de son maître, et qui était Cabaniste en dyable par un y grec (ce qui semble dans Rabelais une supériorité de diablerie) » (p. 11-12) et il le trouva « humblement agenouillé, et où ?… à la chapelle de la Vierge devant laquelle il écouta une messe, donna pour les frais du culte, donna pour les pauvres, en restant sérieux comme s’il se fût agi d’une opération. » (p. 12). Imaginez l’étonnement de Bianchon !

Le soir, enfin, durant le repas au restaurant, après d’infimes précautions et « d’habiles préparations » (p. 12), Bianchon donne son opinion sur « la messe, en la qualifiant de momerie et de farce » (p. 12). Desplein « prit plaisir à se livrer à toute sa verve d’athée » (p. 13) avec des « plaisanteries voltairiennes » (p. 13). Bianchon, surpris, pense qu’il a rêvé le matin. Mais trois mois après cet épisode, un médecin de l’Hôtel-Dieu met les pieds dans le plat : « Qu’alliez-vous donc faire à Saint-Sulpice, mon cher maître ? » (p. 13). Alors l’année suivante, même jour, même heure que la première fois, Bianchon espionne Desplein qui se rend à Saint-Sulpice !

Je ne vous en dit pas plus. Il faudra lire cette jolie nouvelle de Balzac pour découvrir le mystère du « bocal aux grands hommes » (p. 16) dans la rue des Quatre-Vents (quartier de l’Odéon, 6e arrondissement de Paris).

Le lecteur découvre ici un Balzac plus cérébral, plus scientifique mais qui laisse toujours sa place à la belle écriture, la belle littérature et à une spiritualité qui ne doit rien à l’Église (le dilemme entre science et religion) mais à la sensibilité, l’empathie et les pensées vertueuses que l’on porte en soi, ceci même si l’on vit dans « les marécages de la Misère » (p. 17).

Le lecteur découvre aussi le travail acharné, obstiné, que doit fournir un étudiant (très) pauvre pour « accaparer des connaissances positives afin d’avoir une immense valeur personnelle, pour mériter la place à laquelle j’arriverais le jour où je serais sorti de mon néant. » (p. 18). C’est finalement une histoire touchante et émouvante, pas seulement celle de Desplein, celle de Bianchon mais aussi (et surtout) celle du pauvre et bon Bourgeat avec son « caniche mort depuis peu de temps » (p. 23), le seul être qui était dans sa vie, quelle tristesse… Combien d’humains avec une vie si pauvre, si seule, si triste et pourtant si pleine de bonté ?

Une histoire dans laquelle il faut se prémunir des riches, des jaloux, des égoïstes, des calomnieux, des méchants, ce qui n’a pas changé à notre époque !

Quelques mots sur Desplein. Médecin et chirurgien inspiré de l’anatomiste et chirurgien Guillaume Dupuytren (1777-1835), il apparaît entre autres dans Ferragus (1833) et dans L’interdiction (1836).

Quelques mots sur Horace Bianchon. Il naît en 1797 à Sancerre et apparaît dans La comédie humaine en 1837 dans César Birotteau (il est le cousin d’Anselme Popinot, employé de César Birotteau et assiste à un bal). Il apparaît ensuite régulièrement, encore étudiant (Le père Goriot en 1834, Illusions perdues en 1837-1843…) ou en tant que médecin (Étude de femme en 1830, La peau de chagrin en 1831, Splendeurs et misères des courtisanes en 1838-1847, La cousine Bette en 1846-1847 et Le cousin Pons en 1847…) et devient un grand médecin parisien. J’ai toujours trouvé incroyable les entrelacements et entrecroisements de personnages que Balzac a créés, c’est énorme !

Une très belle lecture, courte mais émouvante, que je mets dans 2022 en classiques, Bingo littéraire d’Hylyirio (n° 8, un livre dans ma PàL depuis plus de 5 ans, depuis 35 ans même ! comme tous les titres de Balzac que je n’ai pas encore lus, 2e billet), Challenge lecture 2022 (catégorie 8, un classique de la littérature française) et Les textes courts.

Canardo – Premières enquêtes de Sokal

Canardo – Premières enquêtes de Sokal.

Casterman, collection Ligne rouge, novembre 2002, 48 pages, 11,50 €, ISBN 978-2-20333-554-7. Couleurs Pascal Regnauld (également dessinateur de certains tomes).

Genres : bande dessinée belge, enquêtes policières.

Benoît Sokal naît le 28 juin 1954 à Schaerbeek (Bruxelles, Belgique). Il étudie à l’Institut Saint-Luc de Bruxelles. Il est scénariste et dessinateur de bande dessinée. Il créée Canardo pour le magazine (À Suivre) avant que la série soient publiée chez Casterman. Il est aussi créateur de (très beaux) jeux vidéo (L’Amerzone, Syberia). Il meurt le 28 mai 2021 (ce qui m’a rendue très triste) à Witry lès Reims (France).

La mort d’Hortense – Hortense, la poule, a succombé à ses blessures. « Double fracture du crâne, distorsion des vertèbres cervicales, écrasement de la cage thoracique […] perforation du poumon droit, le gauche ayant éclaté […] » (p. 3), j’en passe… Et aucun témoin… Comment l’inspecteur Canardo va-t-il résoudre ce… meurtre ? D’autant plus qu’il reçoit un message de menace, que personne ne veut parler et qu’il est agressé par trois poulets qui n’aiment pas les poulets. « Canardo… Tu vas l’apprendre à tes dépens !!! » (p. 6).

Canardo, attribué à l’école belge – L’affreux professeur X a créé Frankardo, un genre de Frankenstein Canardo. Il s’attaque aux œufs des poules et c’est Canardo qui est accusé. « J’ignore ce qui a pu produire cette brusque montée de haine à mon égard. Mais quoi qu’il en soit, une retraite stratégique s’impose… » (p. 9). Mais… après Canardo contre Docteur X et Docteur X connection il y a 10 ans, Canardo était persuadé que X était mort ! Comment le détective va-t-il se tirer d’affaire ?

Du persil dans les oreilles – Canardo enquête avec Clebson (un chien) sur la mort du patron des cochons. « J’vous préviens : il n’est pas beau à voir. (p. 11). Canardo trouve du persil sur le cadavre et soupçonne Ulrich, le lièvre qui vient d’arriver au potager. Une reconstitution est organisée mais Ulrich clame son innocence.

Le flic qui m’aimait… – Canardo picole à la taverne mais Freddo le fout dehors. Alors qu’il se croit fini, Clara l’embauche. « Il n’y a que vous qui puissiez m’aider ! » (p. 16). Fritz, du syndic des chats, veut sa peau. Mais Canardo tombe dans un piège…

La vengeance de Canardo – Canardo est embauché par un médecin pour enquêter sur un certain Minus, pensionnaire de l’institut. Il écrit des lettres d’amour subversives et le contenu s’il « parvient à passer à l’étranger […] serait susceptible d’ébranler le régime ! » (p. 21). L’objectif est de coincer celui qui fait passer les textes.

Columbia – Canardo est embauché pour « assurer la sécurité de monsieur Haig lors de sa promenade quotidienne ; vous serez accompagné par mademoiselle Columbia, son infirmière. » (p. 25). Il a une sacrée surprise !

Histoire pour pleurer dans les chaumières – Canardo serait-il impliqué dans le braquage d’une banque ?

Le tribunal du blanc – Canardo est arrêté… Survivra-t-il à son procès ?

La nuit du n° 065724 – Grâce à une manœuvre politique sur la peine de mort, le matricule n° 065724, Canardo donc, est mis en cellule avec Jo la Brute, un singe. « Lequel des deux sera exécuté ? Canardo ou Jo la Brute. Les paris sont ouverts. Ce sera toi ou moi… Demain matin nous serons fixés… La nuit va être plutôt pénible… » (p. 39).

La secte des poubelles – Canardo erre dans une « région inhospitalière » (p. 41). Il est surpris par des rats dans des ordures et il a de nouveau une sacrée surprise (certains personnages sont increvables !).

On achève bien les héros – Canardo est vieux, il vit avec son épouse Martha, qui reçoit une amie. « Aaah… être encore une fois, une dernière fois, le célèbre inspecteur Canardo ! » (p. 46).

Ces onze histoires sont très courtes, seulement quelques pages et se suivent chronologiquement puisqu’elles sont liées entre elles. L’univers, peuplé d’animaux, est très noir et Canardo est un détective blasé et dépressif dès le début de sa carrière (il a un look spécial avec un imperméable qui fait penser à l’inspecteur Columbo !) mais il y a de l’humour (cynique). « C’est tellement mal dessiné […] », ce n’est pas moi qui le dit, c’est Canardo (p. 21), c’est vrai que les dessins peuvent sembler un peu brouillons mais j’ai vraiment aimé et je garde un bon souvenir de mes précédentes lectures de la série Canardo (malheureusement restée chez mon ancien compagnon).

Canardo est d’abord paru en 1979 chez Pepperland (maison d’éditions belge, 1979-1989) puis est réédité en tant que Canardo 0 – Premières enquêtes chez Casterman qui publie la série Canardo (25 tomes entre 1981 et 2018).

J’ai lu cette bande dessinée exprès pour le challenge Des histoires et des bulles (catégorie 10, une histoire policière) et elle entre aussi dans Littérature de l’imaginaire #10, Mois du polar, Petit Bac 2022 (catégorie Animal pour Canardo), Polar et thriller 2021-2022 et Les textes courts.

L’ex-magicien de la taverne du Minho et autres nouvelles de Murilo Rubião

L’ex-magicien de la taverne du Minho et autres nouvelles de Murilo Rubião.

L’arbre vengeur, octobre 2021, 150 pages, 15 €, ISBN 978-2-37941-131-1. Obra completa (2010) est traduit du portugais (Brésil) par Dominique Nédellec.

Genres : littérature brésilienne, nouvelles, fantastique.

Murilo Rubião naît le 1er juin 1916 à Carmo de Minas (région de Minas Gerais) au Brésil. Il étudie les sciences humaines puis le droit. Il se lance dans la politique, travaille pour un gouverneur puis comme attaché culturel du Brésil en Espagne puis devient chef du bureau de la propagande et de l’expansion commerciale, le tout en écrivant, en étant journaliste et en éditant un journal littéraire. Il écrit ses nouvelles dès les années 40. Il meurt le 16 septembre 1991 à Belo Horizonte au Brésil. Un site officiel tenu par sa famille est disponible en portugais.

L’ex-magicien de la taverne du Minho – Un employé de la fonction publique, désenchanté, raconte ses années de magicien, d’abord à la taverne Minho puis au cirque andalou. « J’étais de plus en plus populaire, ma vie devint insupportable. » (p. 17).

Barbara – Le narrateur et Barbara se connaissent depuis l’enfance. Ils deviennent mari et femme. Mais… « Barbara n’aimait rien tant que demander. Elle demandait et grossissait ; » (p. 25). Barbara a des demandes de plus en plus fantaisistes, de plus en plus difficiles à assouvir et elle devient énorme voire difforme.

La ville – Son train étant à l’arrêt, Cariba descend dans cette ville inconnue mais les habitants sont méfiants et Cariba est arrêté pour vagabondage. « Tout cela est absurde. Vous ne pouvez pas me jeter en prison sur la base de ce que je viens d’entendre. Je suis ici depuis quelques heures seulement, et les témoins affirment m’avoir vu, pour la première fois, la semaine dernière ! » (p. 41).

Les dragons – Lorsque les dragons sont arrivés en ville, ils ont été enfermés car considérés comme dangereux. Mais ils pourraient en fait être utiles et le prêtre a une idée mais le narrateur s’insurge : « Ce sont des dragons ! Ils n’ont besoin ni de prénoms ni du baptême ! » (p. 47). Donc les dragons lui sont confiés pour leur éducation, mais seuls deux survivent, Odorico et João, qui deviennent alcooliques.

Teleco, le petit lapin – Alors qu’il regarde la mer, perdu dans ses pensées, le narrateur est dérangé par un lapin gris qui lui demande une cigarette. Le lapin a « des yeux doux et tristes » (p. 54) et l’homme l’invite. « J’ai une grande maison et je vis seul. » (p. 54). Mais Teleco peut se transformer en d’autres animaux.

La construction – « La construction du plus grand gratte-ciel dont on n’ait jamais entendu parler. » (p. 66). Un premier projet idéal pour le jeune ingénieur en chef mais « Dans ce projet, il n’y a pas de place pour les prétentieux. N’allez pas imaginer que vous verrez la construction achevée, João Gaspar. Vous mourrez bien avant. » (p. 67).

La file d’attente – Pererico veut rencontrer le directeur pour « une affaire concernant des tiers » (p. 78) mais il y a une sacrée file d’attente ! « Vu le numéro, lui dit-il [le gardien] avec un sourire malicieux, votre entretien avec le directeur n’est pas pour tout de suite. » (p. 78). Effectivement… « Il y a presque six mois que je me trouve dans cette ville pour une mission confidentielle et pas moyen de parler à ce foutu directeur ! » (p. 88).

Alfredo – « des hurlements étranges et indistincts » (p. 97) parviennent de la montagne aux habitants d’un village dans une vallée. Joaquina, l’épouse du narrateur, pense que c’est un loup-garou : « un loup-garou ?! Il ne manquait plus que ça […] je tentai de lui expliquer que le surnaturel était une vue de l’esprit. » (p. 97). Mais Joaquim Boaventura voit dans l’animal, au sommet de la montagne, un genre de dromadaire, qui serait son frère, Alfredo, qu’il avait abandonné.

Les trois prénoms de Godofredo – Depuis quinze ans, le narrateur mange seul à cette table de restaurant. Mais une jeune femme, silencieuse et discrète, s’installe un jour, et les jours suivants, à la même table. « J’étais ennuyé, il me semblait cavalier de changer de place quand la jeune femme aurait pu le faire elle-même. Pour quelles raisons était-elle venue s’installer précisément en face de moi ? » (p. 104). L’inconnue lui dit être sa seconde femme !

Le piège – Alexandre Saldanha Ribeiro monte les dix étages avec une lourde valise. Il n’arrive pas à rentrer chez lui et doit forcer la porte… Il se retrouve alors face à un vieil homme qui pointe un revolver sur lui ! « Je vous attendais, dit ce dernier d’une voix douce. » (p. 116). Pourquoi l’attend-il depuis deux ans ?

Elisa – Le narrateur vit avec sa sœur, Cordélia, et une inconnue vient s’installer dans leur maison. Mais elle part, une nuit, et ne revient qu’un an après. « Sa vie parmi nous reprit son cours. Mais je n’étais pas serein. Cordélia me jetait des regards peinés, elle me laissait entendre que je ne devais plus cacher mon amour. » (p. 123). Mais il n’ose pas et Elisa s’en va une nouvelle fois.

Le bon ami Batista – João Batista est le meilleur ami de José mais tout le monde lui dit d’éviter sa compagnie car il profiterait de lui : « il mange ton goûter, il copie sur toi […]. » (p. 125). José ne les croit pas malgré le fait que le bon ami Batista lui ait piqué sa première petite amie. Mais plut tard, il fait pire !

Aglaia – Colebra est un pauvre type « sans diplôme ni formation lui permettant d’aspirer à des fonctions rémunératrices, détestant travailler » (p. 140-141). Alcoolique, il épouse une riche héritière, Aglaia, mais celle-ci ayant oublié de prendre sa pilule, elle se retrouve enceinte… alors que Colebra ne veut pas d’enfants.

L’invité – José Alferes reçoit une invitation mais « Elle ne mentionnait ni la date ni le lieu de la fête et omettait jusqu’au nom des personnes qui l’organisaient. » (p. 147). Qui peut bien l’inviter ? Il est étranger et ne connaît que les employés de l’hôtel… Va-t-il tomber dans un piège ?

Les commensaux – À chaque repas, Jadon est en fait avec des personnes qui ne bougent pas, ne mangent pas et ne disent rien. « Ils attendaient certainement son départ pour se jeter avidement sur les spécialités de la maison. » (p. 164). Ou alors ce sont des fantômes…

Dans la préface : « Murilo Rubião : frère des dragons, compagnon des autruches » a déclaré « La vie et le fantastique sont indissociables pour moi qui ai toujours perçu comme réelles des choses qui relèvent de l’absurde aux yeux des autres personnes. » (p. 7). Tout en écrivant, il était haut-fonctionnaire et avait les pieds sur terre, ce qui ne l’a pas empêché d’écrire « de brèves histoires placées sous le signe de la fantaisie et du rêve – ou du cauchemar. » (p. 8). Dans la préface, Dominique Médellec évoque Cervantès, la Bible en particulier l’Ancien Testament, von Chamisso (voir ci-dessous), Lewis Carroll et surtout Kafka : « le premier à avoir fait le rapprochement fut sans doute Marió de Andrate (1893-1945), une des figures tutélaires du modernisme brésilien. » (p. 10). J’ai bien sûr pensé moi aussi à Kafka pour certaines des nouvelles mais surtout à Lovecraft pour le côté rêve et cauchemar.

Des 33 nouvelles parues (à titre posthume) dans Obra completa en 2010 au Brésil, 15 ont été choisies pour ce recueil. Murilo Rubião est « considéré comme le précurseur et le maître de la littérature fantastique brésilienne. » (p. 9). Dès l’enfance, il aime les contes de fées, Don Quichotte et « les grands récits bibliques [ont façonné] également son imaginaire » (p. 9). Comme beaucoup d’auteurs d’Amérique du Sud du XXe siècle (de langue espagnole), il est dans le réalisme magique, le surnaturel et le fantastique même si parfois le côté fantastique n’apparaît qu’avec la chute de la nouvelle.

J’ai noté L’étrange histoire de Peter Schlemihl ou l’homme qui a vendu son ombre d’Adelbert von Chamisso (1814) pour le lire un jour.

Je suis embêtée car je me suis inscrite au Mois des nouvelles #2 et, contrairement à l’année dernière, je n’ai pas encore honoré ce challenge donc, avant la fin du mois de janvier, je fais vite pour publier la note de lecture de ce recueil qui est le deuxième livre lu en tout début d’année. Je mets aussi ce livre dans 2022 en classiques, Bingo littéraire d’Hylyirio (n° 33, un livre écrit par une personnalité publique, alors pas en France mais au Brésil oui puisque Murilo Rubião fut homme politique, assistant d’un gouverneur, journaliste, éditeur…), Challenge lecture 2022 (catégorie 16, un livre dont l’auteur est une personnalité politique, idem), Littérature de l’imaginaire #10, Les textes courts (les nouvelles font en moyenne 10 pages), Tour du monde en 80 livres (Brésil) et Winter Short Stories of SFFF #1.

Mois des nouvelles 2022 avec Usva

Vous rappelez-vous du Mois des nouvelles 2021 ? Usva avait eu une super idée ! Eh bien, bonne nouvelle, elle récidive avec une deuxième édition, le Mois des nouvelles 2022 qui se déroule du 1er au 31 janvier 2022. En plus le nouveau logo est très joli, positif, vitaminé !

Infos, logo et inscription chez Usva.

Les nouvelles pour ce challenge

1. L’ex-magicien de la taverne du Minho et autres nouvelles de Murilo Rubião (L’arbre vengeur, 2021, Brésil)

J’ai moins assuré que pour le Mois des nouvelles 2021, avec 13 billets donc 13 nouvelles, mais finalement dans cette seule note de lecture, il y a 15 nouvelles 😉

L’aventure de la bande mouchetée d’Arthur Conan Doyle

L’aventure de la bande mouchetée d’Arthur Conan Doyle.

In Les aventures de Sherlock Holmes (p. 233-268), Archipoche, collection Classique, mars 2019, 393 pages, ISBN 978-2-37735-265-4. Nouvelles traduites de l’anglais par Jeanne de Polignac et Gaston Simoes de Fonseca. Préface et textes du cahier central illustré de Bernard Oudin.

Genres : littérature anglo-écossaise, littérature policière, nouvelle.

Arthur Conan Doyle naît Arthur Ignatius Conan Doyle le 22 mai 1859 à Édimbourg (Grande-Bretagne). Son père écossais catholique est peintre et sa mère, d’origine irlandaise, est mère au foyer (10 enfants). Il étudie chez les Jésuites mais devient agnostique. Il étudie ensuite la médecine et exerce tout en écrivant (romans, nouvelles, théâtre, entre autres). Il est anobli en 1902 par le roi Édouard VII (Chevalier de l’ordre du Très vénérable ordre de Saint-Jean) et meurt le 7 juillet 1930 à Crowborough (Sussex). Son œuvre est trop abondante pour que je la cite ici mais il est très connu pour Sherlock Holmes, le professeur Challenger et pour ses nouvelles et ses contes.

Cette enquête est une des premières de Sherlock Holmes et John Watson mais elle n’avait pas été relatée plus tôt parce que Watson était tenu au secret. Il explique bien sûr pourquoi il a été relevé de ce secret et lance immédiatement l’aventure de très bon matin.

Avril 1883. Une jeune cliente s’est présentée à l’aube à Baker Street et « Mme Hudson a donné le branle et, ayant été brusquement tirée de son lit, elle s’est vengée sur moi, et moi sur vous. » (p. 234).

La jeune femme, dans la trentaine, semble vieillie prématurément et a assurément très peur. « Je m’appelle Hélène Stoner, et je vis chez mon beau-père, le dernier rejeton d’une des plus vieilles familles saxonnes d’Angleterre, les Roylott, de Stoke Moran, famille fixée sur les confins ouest du Surrey. » (p. 237).

Après avoir perdu sa mère il y a huit ans, Hélène Stoner a perdu sa sœur jumelle il y a deux ans, dans des circonstances étranges et non élucidées. « Oh ! Dieu, Hélène ! C’était la bande ! La bande mouchetée » (p. 243) furent ses dernières paroles avant de rendre l’âme malgré les soins de leur beau-père, médecin. Ces bruits qu’elle entendait la nuit avaient-il un lien avec les bohémiens installés dans le parc du domaine ?

Or, s’étant installée tout récemment dans la chambre de sa sœur à cause de travaux dans la sienne, Hélène a entendu les même bruits et sifflements dont sa sœur lui avait parlé avant sa mort. Imaginez son angoisse !

Holmes et Watson étant d’accord pour s’occuper de cette « affaire bien obscure et sinistre » (p. 247), ils vont se rendre à Stoke Moran le jour même. Mais avant de partir, ils sont carrément menacés par « le docteur Grimesby Roylott, de Stoke Moran » (p. 248) qui a suivi sa belle-fille ! « Ça m’a l’air d’un homme fort aimable. […] Cet incident donne un charme de plus à notre enquête […] » (p. 249) ironise Holmes.

Lorsque je lis une histoire de Sherlock Holmes, je suis toujours épatée de la concision de John Watson (d’Arthur Conan Doyle donc) mais, le tout, en citant plein de détails, minutieusement, et en utilisant parfois l’humour. Il est bon ici de préciser que, n’ayant pas tous les détails importants, Héléna ne les connaissant pas non plus, Holmes a dû « raisonner sur des données insuffisantes » (p. 265) et « [ses] premières conclusions [étant] tout à fait erronées » (p. 265), il s’est d’abord lancé sur une fausse piste, ce qu’il reconnaît honnêtement devant Watson. De mon côté, je n’avais rien deviné (alors que j’avais déjà lu ce titre il y a des années !!!). Et vous ?

Pour le challenge Les classiques c’est fantastique #2, le thème de décembre est « Élémentaire mon cher Watson ! », j’en déduis donc – à la manière de Sherlock Holmes 😛 – qu’il faut lire un ou des titres de Sherlock Holmes d’Arthur Conan Doyle. J’ai choisi L’aventure de la bande mouchetée parce que j’ai lu que c’était le titre préféré de l’auteur (et parmi les titres préférés des fans de Sherlock Holmes) mais je me suis rendu compte en rapatriant d’anciens billets sur le blog (hier) que je l’avais déjà lu en 2010, ce que j’avais complètement oublié !

Cette lecture entre aussi dans 2021 cette année sera classique, A year in England, British Mysteries #6, Challenge lecture de mademoiselle Farfalle (catégorie 17, un classique de la littérature anglaise – j’avais lu le tome 2 de La Source au bout du monde de William Morris mais je n’ai pas encore ouvert le carton dans lequel il y a le cahier avec la note de lecture au brouillon…), Les textes courts et Le signe des trois – Sherlock Holmes (un « vieux » challenge, créé en 2010, mais qui est toujours valide puisqu’il est illimité et pour lequel j’ai republié d’anciens billets).

La valise de Sergueï Dovlatov

La valise de Sergueï Dovlatov.

La Baconnière, avril 2021, 176 pages, 14 €, ISBN 978-2-88960-045-8. Chemodan Чемодан (1986) est traduit du russe par Jacques Michaut-Paternò et la traduction a été révisée par Annick Morard.

Genres : littérature russe (soviétique), nouvelles, humour.

Sergueï Donatovitch Dovlatov (Сергей Донатович Довлатов) naît le 3 septembre 1941 à Oufa en Bachkirie (Union soviétique) d’une mère arménienne et d’un père russe aux origines juives. Déplacée pendant la guerre en Bachkirie, la famille retourne à Léningrad (Saint-Pétersbourg) après 1945. Dovlatov étudie le finnois à l’université, fait son service militaire (une nouvelle du recueil La valise en parle) puis devient journaliste. Il est aussi romancier et nouvelliste. Il quitte l’Union soviétique en 1979 et passe par l’Italie avant de rejoindre son épouse et leur fille à New York (une nouvelle du recueil La valise en parle) où il meurt le 24 août 1990. Parmi ses titres, Le livre invisible. Le journal invisible (1977), Le compromis (1981), La Zone. Souvenirs d’un gardien de camp (1982), Le domaine Pouchkine (1983), Le colonel dit que je t’aime (1983), L’étrangère (1986), La filiale (1990).

Alors que je lisais pas mal de littérature russe dans les années 80 et 90, je ne connais pas cet auteur mais je me rends compte qu’il est traduit en français depuis quelques années seulement (années 2000 aux éditions du Rocher et années 2010 à La Baconnière).

Le narrateur a 36 ans et il quitte la Russie, enfin l’Union soviétique. « Chaque partant a droit à trois valises. » (p. 7). Seulement ? Mais finalement une seule valise lui suffit. Après avoir vendu, donné, jeté, sa vie tient dans une valise ! Heureusement ses manuscrits étaient « depuis longtemps envoyés clandestinement à l’Ouest » (p. 8). La valise ficelée voyage donc à Rome en Italie où elle est glissée sous le lit pendant trois mois puis à New York aux États-Unis où elle finit, toujours non ouverte, au fond d’un placard. C’est quatre ans plus tard que le narrateur l’ouvre. « J’examinais la valise vide. Karl Marx au fond. Brodsky sur le couvercle. Et entre les deux, une vie foutue, inestimable, unique… » (p. 9). Remarquez que, même s’il considère sa vie comme foutue, elle lui est toutefois inestimable et unique. « C’est alors que les souvenirs, comme on dit, refirent surface. » (p. 10), ces souvenirs étant liés aux huit objets sortis de la valise.

Les chaussettes finlandaises en crêpe – Lorsqu’il était étudiant à Leningrad, Assia (une étudiante étrangère) est tombée amoureuse de lui et lui a présenté des amis. Parmi eux, Fred Kolesnikov qui fait des trafics. Et voici notre narrateur embarqué embarqué dans une histoire avec deux Finlandaises et leurs chaussettes à « soixante kopecks la paire » (p. 20).

Les chaussures du maire – Voici ce que répondait l’historien Karamzine lorsqu’on lui demandait « En deux mots, que se passe-t-il en Russie : On vole. » (p. 27). Eh bien, les « solides chaussures soviétiques destinées à l’exportation » (p. 28), le narrateur les a volées au maire. Il explique dans quelles circonstances et, au passage, vous apprendrez tout sur la confection d’une sculpture monumentale en marbre. Vous en préféreriez une de Lénine ou de Lomonossov ?

Un costume croisé tout à fait convenable – Lorsqu’il était journaliste, le narrateur devait assister à des obsèques et rédiger des articles « de portée sociale » (p. 44) mais, comme il est toujours mal habillé, son directeur lui reproche de compromettre l’intégrité du journal. « La rédaction n’a qu’à m’acheter une veste. Mieux encore, un costume. Pour ce qui est de la cravate, c’est d’accord, je l’achèterai moi-même. » (p. 44). Il fallait oser, n’est-ce pas ? Et il obtient son « complet croisé, sobre, de marque est-allemande » (p. 54).

Le ceinturon d’officier – « Durant l’été 1963, dans le sud de la République des Komis » (p. 61), le narrateur fait son service militaire en tant que surveillant de camp. Il doit accompagner (à pieds) un zek (un prisonnier) du baraquement 14 « qui est devenu fou » (p. 62) à l’asile de Iosser. Mais, avec Tchouriline, son collègue, ils s’arrêtent pour boire et il y a… un incident. « On entendit un bruit sourd, un craquement de bois mort… le pistolet tomba à terre. » (p. 68). En tout cas, le narrateur est blessé à la tête, au bras et il récupère ce ceinturon orné d’une boucle en laiton.

La veste de Fernand Léger – Nikolaï et Nina Tcherkassov, connus dans le monde du théâtre sont amis avec les parents du narrateur (les parents de l’auteur travaillent tous deux au théâtre en tant que metteur en scène et actrice). Leur fils Andreï naît en mars 1941 et le narrateur en septembre 1941. C’est l’histoire « d’un prince et d’un miséreux » (p. 79). Andreï (Andriouchka) et le narrateur grandissent ensemble et deviennent amis. « Nous courions dans le jardin, mangions des groseilles, jouions au ping-pong, attrapions des scarabées. […] nous allions à la plage […] jouions avec la pâte à modeler sous la véranda. » (p. 82). Lorsqu’il est adulte, Nina Tcherkassov lui offre une vieille veste ayant appartenu au peintre Fernand Léger.

La chemise en popeline – L’auteur se souvient de la rencontre avec Elena Borissovna, une « des agitateurs politiques qui passaient de maison en maison, histoire de persuader les gens d’aller voter le plus tôt possible » (p. 96) mais lui ne se presse pas et même parfois ne va pas voter. Finalement, ce jour-là, aucun des deux jeunes gens n’a voté ! « Nous avons derrière nous vingt ans de mariage. Vingt ans d’isolement réciproque et d’indifférence à l’égard de la vie. » (p. 102) et une fille, Katia. Ici, j’ai remarqué une faute : « nous attaquâme » (p. 99).

La chapka – Un jour que le narrateur arrive à la rédaction du journal qui l’emploie, ses collègues lui apprennent que Raïssa, leur dactylo, s’est empoisonnée. « Non mais Raïssa, quoi ! Une fille jeune, en pleine santé ! » (p. 113). Ensuite son cousin l’emmène à l’hôtel Sovietskaïa pour rejoindre Sofa, Rita et Galina Pavlovna qui réalisent un film documentaire mais après une chute – « le sol était-il glissant ? Ou mon centre de gravité trop haut ? » (p. 117) – le narrateur se retrouve aux urgences de la rue Gogol et il repart avec la chapka qui était à son cousin Boria, enfin pas tout à fait !

Les gants d’automobiliste – Alors que le narrateur représente le journal Le Constructeur de turbines, il est abordé par Ioura Schlippenbach qui décide que sa carrure et son 1m94 conviennent pour le rôle principal de son film amateur de dix minutes. Voici le journaliste embarqué dans un rôle d’acteur, déguisé et maquillé ! « Qu’est-ce que je dois dire ? – Ce qui te vient à l’esprit. Les mots n’ont pas d’importance. L’important c’est la mimique, les gestes… » (p. 139). Il lui restera ces gants d’automobiliste.

Dans ces huit nouvelles, le narrateur est bien sûr un alter ego de l’auteur mais il y mélange réalité et fiction. J’ai aimé les souvenirs de l’auteur, sa façon de les raconter (avec des éléments fictifs tout à fait plausibles), ses digressions et surtout son humour (les auteurs russes (soviétiques) n’étant pas particulièrement réputés pour leur humour ! À part quelques-uns comme Dovlatov ou Bokov). Il y a 8 pages d’illustrations en noir et blanc, ma préférée est celle page 78 (Le ceinturon d’officier).

Les romans et les nouvelles de Sergueï Dovlatov n’ont pas été publiés en Union soviétique (que ses articles journalistiques). C’est seulement en 1989 (moins d’un an avant sa mort) que le magazine littéraire, Zvezda, publie un de ses textes grâce à un de ses amis, Andreï Arev (1940-…) qui est présent dans le recueil La valise. Zvezda (Звезда́ signifie étoile) est un magazine littéraire fondé en janvier 1924 à Saint-Pétersbourg et qui existe toujours, d’ailleurs si vous lisez le russe voici le lien vers le site officiel.

Dovlatov (Довлатов), un film biographique réalisé par Alexeï Alexeïevitch Guerman (1976-…) est récompensé à Berlin (Ours d’argent de la meilleure contribution artistique pour les costumes et les décors, à la Berlinale de février 2018) et à Moscou (Aigle d’or de la meilleure actrice dans un second rôle pour Svetlana Khodtchenkova, 17e cérémonie des Aigles d’or en janvier 2019) et il est présenté à Paris (16e Semaine du nouveau cinéma russe en novembre 2018). J’aimerais le voir un jour.

Une exceptionnelle lecture que je mets dans Challenge de l’été #2 (Russie), Petit Bac 2021 (catégorie Objet pour Valise), Les textes courts (le livre compte 176 pages mais chaque nouvelle contient dans les 20 pages en moyenne) et Voisins Voisines 2021 (Russie).

Je mets aussi La valise dans le Mois américain. Pourquoi ? Parce que Sergueï Dovlatov a émigré à New York et c’est en y ouvrant sa valise que les souvenirs de ces huit nouvelles lui sont revenus, nouvelles écrites donc à New York, qui n’auraient pas été publiées en Union soviétique mais qui ont été publiées sans problème aux États-Unis, parce que les exilés d’Europe de l’Est (Russes ou autres), c’est ça aussi l’Amérique.

Une histoire pour l’Europe de Will Self

Une histoire pour l’Europe de Will Self.

Mille et une nuits, La Petite Collection n° 200, mars 1998, 48 pages, 1 €, ISBN 2-84205-315-X. A Story for Europe (1996) est traduit de l’anglais par Francis Kerline. Illustrations par Serge Kantorowicz. Postface d’Olivier Cohen.

Genres : littérature anglaise, nouvelle, science-fiction.

Will Self naît le 26 septembre 1961 à Hammersmith (Londres, Angleterre). Il est écrivain (romans, nouvelles) et journaliste. Plus d’infos sur son site officiel.

Londres, chez la famille Green. Humphrey, surnommé Humpy, deux ans et demi, se met subitement à parler l’allemand. « Wir müssen expandieren ! […] Masse ! […] Massenfertigung ! » (p. 9-10). Sa mère, Miriam, journaliste, est fort mécontente, elle pense que son fils est agressif. Daniel rentre du travail le soir, « Darlehen, hartes Darlehen. » (p. 11) ricane Humpy. Miriam décide de lui faire voir un psychologue pour enfants, Philip Weston.

Francfort, au « Département de recherche-développement en capital-risque de la Deutsche Bank » (p. 18), le docteur Martin Zweijärig, 61 ans, n’arrive pas à se concentrer, sue, parle tout seul, un genre de charabia… « Qu’est-ce qui m’arrive ? Serais-je en train de perdre la bille ? » (p. 34).

Tout comme Maudit soit l’Éternel ! et Dieu n’a pas que ça à foutre de Thierry Marignac, je n’avais jamais entendu parler de cet auteur et j’ai voulu lire ce petit livre avant qu’il parte au pilon. Eh bien… L’idée de départ était originale mais je trouve qu’elle n’est pas développée (il n’y a pas de fin, pas de lien entre le bébé et le vieil homme, donc l’interchangeabilité n’aboutit à rien…). Voilà, cette histoire aussi se lit vite mais ne me laissera pas un souvenir impérissable… Et vous, vous connaissiez ?

Pour Littérature de l’imaginaire #9, S4F3 #7 et Les textes courts.

Le fantôme de Franck Thilliez

Le fantôme de Franck Thilliez.

Vue chez Lydia, cette nouvelle de 7 pages est parue dans Libé en novembre 2007 ; elle est disponible en ligne donc autant en profiter !

Genres : littérature française, nouvelle.

Franck Thilliez naît le 15 octobre 1973 à Annecy (Haute-Savoie). Il étudie à l’ISEN Lille pour devenir ingénieur en nouvelles technologies. Puis devient romancier (romans policiers, thrillers, une vingtaine depuis 2002), nouvelliste et scénariste (téléfilms et séries policières). J’ai récemment lu Angor, le 8e roman de la série Sharko & Henneblle. Plus d’infos sur son site officiel.

Annecy, l’hiver. Un vieil homme, Léonard, marche le long des berges, un fantôme… ? « J’aurais tant aimé mourir, tellement de fois, mais ma carcasse persiste. ». Surnommé « la bête d’Annecy », il est devenu une attraction pour les jeunes qui le poursuivent avec leur téléphone portable, rigolards pour les garçons, horrifiées pour les filles. Quelles bandes de cons ! « Avoir traversé deux guerres pour finir ainsi. »

Une bien triste histoire… inspirée du roman La mémoire fantôme de Franck Thilliez paru en juillet 2007 (Le Passage).

Une nouvelle noire et émouvante pour La bonne nouvelle du lundi et Les textes courts.

Livret de famille de Magyd Cherfi

Livret de famille de Magyd Cherfi.

Actes Sud, mars 2004, 72 pages, 9,50 €, ISBN 978-2-7427-4806-8.

Genres : littérature française, récits, poésie.

Magyd Cherfi naît le 4 novembre 1962 à Toulouse en Haute-Garonne (France). Dès l’enfance, il aime la littérature et la poésie. Avec le groupe Zebda, fondé en 1985, il écrit les textes et chante. Puis, lorsque Zebda fait une pause (en 2003), il sort un album solo, Cité des étoiles, et écrit son premier livre, Livret de famille (en 2004). Suivent La trempe (2007), Ma part de Gaulois (2016), Ma part de Sarrasin (2020), chez Actes Sud, et il écrit de nombreuses chansons pour plusieurs artistes. Plus d’infos sur son site officiel.

Écrire – Prologue de ce recueil de récits et de poésie. « Je m’élance dans un grand élan dans le vide […] j’écris comme on se jette. Je me jette et j’attends… La liberté, l’égalité, que sais-je ? » (p. 8).

Conte des noms d’oiseaux – Il n’est pas tendre avec la cité, qu’il compare à un zoo. « Nés pour perdre, être moqués, s’en faire une arme et haïr le monde entier. La honte nous avait courbés, et ces maudits noms de famille qui le faisaient pas… » (p. 10). Alors d’autres noms, comme des noms d’oiseaux ou d’autres animaux. Humour, références littéraires et poésie. « C’était tout qui n’allait pas dans nos cervelles de moineaux / Le nom, la famille, les yeux, la couleur de la peau / La vilenie nous allait comme un gant / On a fini brigands. » (p. 15-16).

Western africain – « J’ai fait un sacré voyage, là-bas où Dieu n’existe plus. » (p. 19), un texte très court (2 pages) plutôt pessimiste mais très beau.

À cheval – Souvenirs d’enfance. Un Indien, une Amazone, un cow-boy, Zorro… « Tous mes héros étaient à cheval. » (p. 21).

Lettres afghanes – Un très court texte (2 pages) sur les fous de Dieu, « ces têtes barbelées » (p. 23-24).

Le foot à droite – Réflexion sur les riches footballeurs. « Ces joueurs-là, la France métisse, ils s’en battent les couilles, comment leur en vouloir. On leur demande rien d’autre que de taquiner le cuir, c’est ce qu’ils font. » (p. 26). Et dénonciation d’une « équipe de France […] hermétique, individualiste et profiteuse » (p. 29). Je n’aime pas le foot mais je suis d’accord avec l’avis qu’il développe.

Ma ville – Amusante réflexion sur sa ville, ses prostituées et sa culture… avec une parabole.

Allez ouste ! – Une poésie pour un politique beau parleur. « Ma parole tu nous as pris pour des langoustes / Allez ouste ! » (p. 33).

La rançon – L’usine AZF et son explosion… « Cette cheminée qui vomissait toute la laideur de l’humanité a explosé. » (p. 37).

Adieu Toulouse !!! – Français ? Tout est question d’accent ! « J’suis lucide, il faut que je m’intègre. » (p. 40).

Autobus impérial – Les 17 ans passés à la cité des Bleuets. « On étouffait dehors, on étouffait dedans et les préfabriqués ne nous supportaient plus. » (p. 44). Puis le déménagement dans une maison construite de leurs mains, le père et les sept enfants, et 45 minutes de bus pour aller au collège avec, oh joie… des filles françaises ! Ce récit est précédemment paru dans Traversée de la France (Serpent à plumes, 2001).

La honte – Hommage à sa mère. « On aimait pas nos mères, elles étaient laides, incultes et méchantes. » (p. 56). Des paroles difficiles, liées à la honte, mais de la tendresse pour sa mère.

Vercingétorix – Ah, nos ancêtres les Gaulois ! Ah, les philosophes des Lumières ! « – Ne renie pas ta race, maugréa Mémède. – Mais je renie rien du tout, j’assume, j’affirme ! » (p. 62).

Depuis le temps que j’avais envie de lire cet auteur ! Avec des textes courts voire très courts (de 2 à 5 pages chacun), il raconte sa famille, son enfance, sa ville, ses origines et sa religion d’origine, sa découverte d’autres idées, d’autres horizons, etc. le tout avec poésie et humour (parfois carrément cynique), c’est tout simplement grandiose et je lirai d’autres titres, c’est sûr !

Je mets cette lecture dans Lire en thème car c’est vraiment drôle, tendre et très agréable à lire (le thème d’août est un livre feel-good, qui détend, fait rire, ou se fait se sentir bien) et dans Les textes courts.

Et, comme c’est l’été et qu’il fait très chaud, je vous mets une petite chanson !

Maître Zacharius ou l’horloger qui avait perdu son âme de Jules Verne

Maître Zacharius ou l’horloger qui avait perdu son âme de Jules Verne.

In Contes et nouvelles de Jules Verne, Ouest France, mars 2000, 392 pages, 28 €, ISBN 978-2-73732-654-7, épuisé. Disponible librement sur Wikisource.

Genres : littérature française, fantastique, nouvelle, conte.

Jules Verne : consulter ce que j’ai écrit pour ma note de lecture de Le Chancellor : journal du passager J.-R. Kazallon. D’ailleurs, après avoir lu ce titre, je me suis dit que je pouvais encore lire une nouvelle (eh oui, Jules Verne était aussi nouvelliste) pour Les classiques c’est fantastique #2 et La bonne nouvelle du lundi.

Attention, je n’ai pas lu ce livre entièrement ! J’ai lu l’introduction et le premier texte soit 70 pages.

Dans l’introduction, Volker Dehs explique que les nouvelles de Jules Verne sont peu nombreuses (une vingtaine) et peu connues, « une première moitié se constitue de textes de jeunesse […] ; la seconde moitié, écrite après 1863, doit sa genèse bien plus à l’opiniâtreté de quelques directeurs de revues qu’à l’impulsion personnelle de l’écrivain […]. » (p. 9).

Maître Zacharius ou l’horloger qui avait perdu son âme fait partie des œuvres de jeunesse (rédaction en 1853 et publication en 1854), œuvre probablement inspirée par les Contes fantastiques d’Ernst Theodor Amadeus (1776-1822) et par Edgar Allan Poe que Jules Verne admirait, et Volker Dehs pense qu’elle « constitue probablement le coup de maître du jeune auteur. » (p. 11).

Cette nouvelle est un conte fantastique paru en deux fois dans Musée des familles en avril et mai 1854 (avant d’être remaniée et publiée par Hetzel en 1874). Jules Verne emmène ses lecteurs chez un horloger à Genève en Suisse, sûrement au XVe siècle.

Dans une maison traditionnelle genevoise vivent le vieil horloger Zacharius, sa fille de 18 ans Gérande, son apprenti Aubert Thün et sa servante Scholastique. Impossible de donner l’âge de maître Zacharius, « Cet homme ne vivait pas ; il oscillait à la façon du balancier de ses horloges ; sa figure, sèche et cadavérique, affectait des teintes sombres […]. » (p. 32). Maître Zacharius est respecté en Suisse, connu en France et en Allemagne, il est habile (il a fabriqué de nombreux instruments d’horlogerie) et inventeur (il a inventé l’échappement).

Mais depuis quelques jours, « les montres [qu’il] a faites et vendues s’arrêtent subitement. On lui en a rapporté un grand nombre ; il les a démontées avec soin ; les ressorts étaient en bon état et les rouages parfaitement établis ; il les a remontées avec plus de soin encore ; mais, en dépit de son habileté, elles sont demeurées sans mouvement. » (p. 35). Or Zacharius pense être l’âme de ces montres car il a mis un peu de son âme dans chacune d’elles. « Chaque fois que s’arrête une de ces horloges maudites, je sens mon cœur qui cesse de battre, car je les ai réglées sur ses pulsations !… Fatalité ! Malheur et tourment !… » (p. 37). Ces arrêts seraient-ils surnaturels ?

C’est que l’horlogerie a suivi le progrès des sciences mais « elle fut toujours arrêtée par une insurmontable difficulté : la mesure régulière et continue du temps. » (p. 42) or l’invention du vieil horloger, l’échappement « lui permettait d’obtenir une régularité mathématique, en soumettant le mouvement à une force constante. » (p. 42), il a transformé le temps en Temps.

Lorsque Maître Zacharius tombe malade, son cœur s’arrête parfois de battre, comme ses montres, et aucun médecin ne peut rien y faire… Les habitants jasent, tout cela est surnaturel pour sûr ! Ses concurrents le plaignent mais ils se réjouissent aussi de leur fortune. Et un jour, il reçoit la visite d’un bizarre petit vieillard qui lui parle des montres. « Eh bien, elles mourront avec vous, puisque vous êtes si empêché de redonner l’élasticité à vos ressorts. » (p. 51). Ce n’est pas possible, maître Zacharius ne peut pas mourir, « maître Zacharius a créé le temps, si Dieu a créé l’éternité. » (p. 51). Orgueil ? Folie ? Il se rappelle subitement qu’une vieille horloge de fer, vendue à un certain Pittonaccio, ne lui a pas été rapportée, « elle existe encore, elle marche encore, elle vit toujours !… Ah, je la veux ! » (p. 59). Lui faudra-t-il faire des sacrifices, se damner pour récupérer cette horloge ?

Les lecteurs connaissent plus Jules Verne pour ses romans d’aventures mêlés de sciences et de science-fiction mais l’auteur a aussi écrit dans le genre fantastique, on l’a vu avec Le Chancellor : journal du passager J.-R. Kazallon (fantastique plutôt horreur) et on le voit encore avec Maître Zacharius (fantastique plutôt gothique, genre mythe de Faust revisité). Il y a 4 personnages principaux, Zacharius, Gérande, Aubert, Scholastique, qui vivent ensemble, qui sont unis par des liens d’amitié ou d’amour, de respect en tout cas, et un personnage étrange, presque diabolique, Pittonaccio. C’est presque un huis-clos dans la maison et l’atelier de Zacharius, si ce n’est la « balade » en montagne. Je confirme que c’est un coup de maître, à découvrir.

Cette lecture entre aussi dans 2021 cette année sera classique, Challenge de l’été #2 (Suisse), Contes et légendes #3, Littérature de l’imaginaire #9, Projet Ombre 2021, Les textes courts et S4F3 #7.

Pour Les classiques c’est fantastique, d’autres titres de Jules Verne chez Moka, FannyLolo, Natiora, Cristie, George, Alice, MumuHéliena, L’Ourse bibliophile, Céline, ManonMadame Lit, Lili.