Célestopol 1922 d’Emmanuel Chastellière

Célestopol 1922 d’Emmanuel Chastellière.

L’homme sans nom, mars 2021, 416 pages, 21,90 €, ISBN 978-2-918541-71-4. Sur le site de l’éditeur, il est possible de charger librement la nouvelle Une nuit à l’opéra Romanova (3 parties).

Genres : littérature française, science-fiction, nouvelles.

Emmanuel Chastellière naît en 1981 à Aubenas (en Ardèche) et s’intéresse très jeune aux littératures de l’imaginaire. Il étudie l’Histoire et se lance dans l’aventure Fantasy en 2000 avec Elbakin.net : j’ai l’impression de suivre ce site depuis ses débuts sans connaître les noms de ses créateurs. D’ailleurs je pense avoir découvert Emmanuel Chastellière en tant que traducteur (La chute de la Maison aux Flèches d’Argent d’Aliette de Bodard) avant de le découvrir en tant qu’auteur car c’est cette traduction qui m’a donné envie de le lire. Plus d’infos sur son site et son blog Un mot après l’autre ainsi que sur sa page FB et la page FB de Célestopol.

Vous vous rappelez que j’avais lu et aimé Célestopol (en libretto parce que je ne l’avais pas trouvé aux éditions de l’instant…). Eh bien, voilà, je me lance enfin dans Célestopol 1922 ! Comme pour chaque recueil de nouvelles que je lis, j’aime bien faire un topo et donner un ou deux extraits de chaque nouvelle avant de donner mon avis général sur le livre (le billet est donc un peu long).

Toungouska – Janvier 1922. Ça commence bien puisqu’Arnrún et Wojtek (mes personnages préférés de Célestopol) sont de retour mais… une petite faute page 10 : « Wojtek préféra ne pas rien dire », ne rien dire, c’est mieux (j’espère qu’il n’y aura pas d’autres fautes, vous savez que je n’aime pas ça…). Je rappelle qu’Arnrún est une mercenaire islandaise et Wojtek un ancien soldat dans un corps d’ours qui parle. Ils sont tous deux envoyés en Sibérie (sur Terre donc) par le duc Nikolaï, ‘le prince de la Lune’, car il y a eu un accident en 1908 et une partie de la forêt avait brûlé.

Mon rossignol – On retourne à Célestopol sur la Lune. Alissa une ouvrière qui voudrait faire avancer les droits sociaux et Milan, un député au Parlement, se revoient après huit ans. Mais il n’est pas sûr d’être réélu et de pouvoir faire quelque chose pour elle et ses camarades. D’autant plus que, sur Terre, en Russie, l’impératrice Glorianna a fait passer « par les armes un certain Lénine et ses comparses, après des mois de remous et une prétendue tentative d’assassinat. » (p. 37). Mais la politique n’est pas une tendre amie… Et si Milan la trahissait de la même façon qu’à la fin de leurs études ?

Sur la glace – Pour un gala de patinage au Grand Palais de Céléstopol, le duc Nikolaï invite Victor un grand patineur (et son épouse Colette) mis aux bans de la société par l’impératrice Glorianna. C’est Ajax le majordome automate de Nikolaï qui accompagne partout Victor et, en l’observant s’entraîner sur un étang gelé loin des yeux, il comprend ce qu’a vécu le patineur. Quand le sport et la politique ne font pas bon ménage…

Memento mori – Une famille juive de Bessarabie s’est exilée à Célestopol mais la mère est morte et le père, Joseph Ackerman, médecin très occupé quoique mal payé, n’arrive pas à gérer ses deux filles, Judith 16 ans et Azra 10 ans. La seule chose qui compte pour lui, le memento mori, le petit mausolée consacré à sa défunte épouse. La seule chose qui compte pour les filles, sortir, voir du monde mais elles n’en ont pas le droit. Un cruel drame familial.

Une nuit à l’opéra Romanova – Arnrún et Wojtek ont été embauchés pour protéger les objets à vendre à l’hôtel des ventes, je dis objets mais en fait, la salle est remplie de magiciens et prestidigitateurs qui achètent des tours. Le plus important est le dernier, le n° 50, le Miroir du monde, créé par Buatier de Kolta qui est mort récemment sur scène et l’enchère démarre à deux mille roubles. Sélim le Magnifique l’obtient pour cinq mille roubles et incite tout le monde de venir à sa nouvelle représentation à l’opéra Romanova. « Et je la conclurai… par ce tour ! » (p. 120). Après avoir livré sa malle à l’Ottoman, celui-ci les embauche pour sa propre protection jusqu’au spectacle. Une deuxième faute page 150 : « Je suis désolée, poursuivit Sélim, je n’en aurais toutefois pas pour tout le monde », c’est je n’en aurai (futur pas conditionnel). Incident diplomatique à Célestopol sur fond de magie et d’art !

Le correcteur de fortune – « Pollux […] le cheval de course le plus célèbre au monde » (p. 163) qui gagne toutes ses courses vient d’arriver quatrième au grand prix de l’hippodrome de Célestopol ! Est-ce que Vassili qui vient d’arriver sur la Lune et le ducat d’argent qui ne le quitte jamais y sont pour quelque chose ? Ensuite, il est pour la première fois au Grand Palais pour assister à une compétition d’échecs entre Boris Illivitski, le champion en titre, et un automate, « Ce n’était qu’un torse, avec des mains lui permettant de manipuler les pièces. Mais Vassili n’était pas dupe : cette apparence ne signifiait aucunement qu’il n’était pas capable de jouer, et même de bien jouer. » (p. 174). La chance va-t-elle encore lui sourire ? Une troisième faute page 180 : « Vassili […] fit aussitôt fit volte-face ».

Katarzyna – Après avoir trop bu dans un bar, Kasia, dernière cliente, est abusée par le jeune serveur. « La jeune femme s’enfonça dans les rues, étonnamment déserte cette nuit. » (p. 193). Mais, alors qu’elle est loin des quais, la brume de sélénium est étonnamment haute aussi… Pendant cinq ans, Kasia état pilote pour l’Aéropostale mais elle a arrêté de travailler il y a huit mois… Et elle boit trop, depuis que Piotr, son mari, pilote lui aussi, a disparu… « Son appareil s’était volatilisé quelques heures après le décollage. » (p. 195). Mais lorsqu’elle rentre, un message l’attend avec des coordonnées pour retrouver Piotr !

Le revers de la médaille – Bo-yeong, Coréenne, conçoit des décors en particulier pour le théâtre et vend des livres d’occasion dans sa roulotte ; son mari, Előd est restaurateur de tableaux mais il aimerait vivre de sa peinture. Elle aurait voulu être à l’inauguration de l’amphithéâtre Pierre Curie la veille au soir mais Előd l’avait invitée au théâtre et la pièce lui a déplu… Elle aime lire et tient même un salon de lecture mais… « Dans l’esprit de tout un chacun, lire, entre autres choses, demeurait un loisir frivole. Qui pouvait se permettre de se laisser aller à l’oisiveté quand la crise menaçait ? » (p. 222). Un jour, elle rencontre par hasard une dame et l’invite chez elle à son salon de lecture mais elle ne sait pas que c’est Tuppence Abberline, la maîtresse du duc Nokolaï, qui ensuite lui fera une étrange proposition.

Un visage dans la cendre – Kokorin est un voleur mais il respecte le code d’honneur des Vorovskoy Mir (le monde des voleurs). Or des Cheyennes sont arrivés à Célestopol et ils ne respectent rien… Rien à voir avec les Indiens d’Amérique, ils sont comme les Apaches, les voyous de Paris. «un code que  ces ‘terreurs’ d’un genre nouveau considéraient avec un cynisme et une arrogance extraordinaires. Leurs méthodes, leur manque de discrétion… […] Ils lui étaient tombés dessus à six […] » (p. 238-239). Mais des gamins ont remarqué qu’en une nuit, les chats ont tous disparu alors que, parmi eux, un plus petit, Frigg, était leur mascotte… Kokorin va-t-il retrouver les chats ? Une quatrième faute page 244, « À parti du moment ».

La malédiction du pharaon – Le Caire, septembre 1922. Howard Carter peint pour survivre. Par manque de subventions, les fouilles archéologiques sont arrêtées depuis deux ans : « l’Empire russe de la cruelle tsarine Glorianna et la Nouvelle-France du téméraire Napoléon IV avaient broyé l’Angleterre, littéralement ou presque. » (p. 266). Un soir, il est contacté par un inconnu, Ajax (qui n’est pas un inconnu pour le lecteur), qui lui propose un chantier… sur la Lune ! « En toute discrétion, cela va de soi. » (p. 270). Une semaine plus tard, Carter secondé par des automates découvre un chantier incroyable et des inscriptions avec un alphabet bien plus qu’antique !

Paint Pastel PrincessChez Hécate, un bordel de luxe à Célestopol, enfin « un établissement de standing » (p. 298). Léon, le gardien, a dû mettre dehors, Igor, le chauffagiste qui essayait de violer Hilda, le nouvel automate féminin. Pélagie, une Berlinoise venue s’installer sur la Lune, est une spécialiste des masques « pour les blessés de guerre, les défigurés. […] Des dizaines de masques, bien plus élaborés, bien plus réalistes que la moyenne, qui lui avaient valu la reconnaissance de ces braves jeunes gens et l’intérêt de la maison close. » (p. 301). Léon est un vétéran de la guerre de Crimée mais il n’est pas une gueule cassée, il a perdu une main et porte une prothèse (il ne quitte jamais son gant) ; il est hanté par la colline sur laquelle sont morts presque tous ses camarades. « […] il était là, avec eux. Chaque nuit. Avec les morts, ces éclopés incapables de se faire à leur nouvelle existence, si loin de cette vie qu’ils avaient espéré retrouver. » (p. 306). Une cinquième faute page 329, « Je viendrais vous voir prochainement avec le reste. », de nouveau c’est le futur pas le conditionnel donc je viendrai.

La fille de l’hiver – Décembre 1922. Célestopol prépare Noël et « Les lumières du marché de Noël de Célestopol scintillaient gaiement sous le dôme de verre de la cité lunaire. » (p. 331). Mais les miséreux n’en profitent pas, rares sont ceux qui peuvent s’offrir un vin chaud ou un sachet de marrons… Pourtant une jeune femme en haillons s’aventure sur le marché (illustration de couverture) sous les regards stupéfaits puis méprisants des ‘honnêtes’ gens. Un policier s’approche d’elle mais elle tremble et ses propos sont inintelligibles, à part « Kocht… » et « Ni… Nikolaï » (p. 335) puis elle se met à hurler, « Un cri sauvage, vibrant de souffrance. » (p. 335) à tel point que tout le monde doit se mettre les mains sur les oreilles et à tel point que la statue gigantesque de Nikolaï se fissure et se casse ! Qui est cette fille de l’hiver qui a disparu ? Une sixième faute page 384, « Je ne me serai souvenu de rien », ce n’est pas le futur mais je ne me serais, une septième page 393, « je ne pourrais jamais rentrer chez moi. », ici c’est l’inverse, c’est je ne pourrai, et une huitième page 397, « Anastasia, dès je t’ai aperçue », il manque le que, décidément…

Danser avec le chaos – Janvier 2023, désert de Lirania. Trois jeunes femmes, Elzebeth, Aranaï et Taledine, ont volé un des grimoires sacrés des sorcières de Thran pour l’apporter au Prophète qui est annoncé. « Les Parchemins du Chaos. Tchernobog. Le Dieu Noir. Le Dieu de la Lune. » (p. 404). Mais les jeunes femmes se réveillent dans les ténèbres… « Vous avez dérobé ce qui ne vous appartenait pas […]. Vous vous êtes moquées des ouvrages sacrés de mes disciples. La nuit et l’obscurité règnent ici. Il est temps pour vous de payer le prix de votre audace. » (p. 410). Alors que le duc Nikolaï ne pense qu’à la science, il y a peut-être bien un peu de magie sur la Lune !

Voilà, j’ai lu les 13 nouvelles de ce deuxième recueil de Célestopol et j’ai pris du plaisir à passer cette année 1922 sur la Lune. C’est ma deuxième incursion sur la Lune et j’ai été enchantée de retrouver Arnrún et Wojtek (qui étaient mes personnages préférés de Célestopol comme je l’ai dit plus haut) et j’ai bien aimé Ajax, le majordome du duc Nikolaï (qui peut-être n’apparaît pas auparavant ou alors il ne m’avait pas autant marquée qu’ici). Je passe sur les huit fautes (de grammaire ou d’inattention, citées ci-dessus) et je dis que l’ouvrage est quand même un livre soigné avec ses jolies entêtes de chapitres (une illustration genre architecture de métal et de verre qui correspond très bien à la cité lunaire). Comme dans le premier recueil, ces nouvelles de science-fiction sont spatiales (sur la Lune, sans être du space opera) et rétro-futuristes (un début de XXe siècle différent du nôtre et plus futuriste au niveau technologique) avec son côté steampunk (où la vapeur est remplacée par du sélénium, l’énergie gazeuse sur la Lune). Les nouvelles sont également plus ou moins liées entre elle, en tout cas, il y a un fil directeur qui les relie (par exemple, dans Un visage dans la cendre, c’est sûrement Joseph, le médecin de Memento mori que Kokorin voit ivre à l’auberge, et dans La fille de l’hiver, le lecteur retrouve Judith, une des deux filles de Joseph, il y a comme un petit côté Comédie humaine avec ces personnages qui (ré)apparaissent). De plus, le style de l’auteur est fluide, maîtrisé, il a toujours le mot juste, il ne s’étale pas, il écrit ce qu’il faut pour que les nouvelles aient la bonne taille et leur chute est souvent terrible. Il y a bien sûr des clins d’œil à Jules Verne, à Lovecraft, entre autres. Les sujets abordés sont souvent douloureux comme la guerre, l’espionnage, la pauvreté et la lutte sociale, l’exil, la politique, des choses que, peut-être le duc Nikolaï aurait voulu laisser sur Terre mais qui malheureusement persistent sur la Lune, mais il y a aussi de l’art, de la magie, du sport, des amitiés et même des chats. Célestopol 1922 a été nominé pour plusieurs prix littéraires en 2021 et 2022.

Ils l’ont lu : Aelinel de La bibliothèque d’Aelinel, Amanda sur Les Fantasy d’Amanda, Apophis de Le culte d’Apophis, Boudicca sur Le Bibliocosme, CélineDanaé de Au pays des CaveTrolls, Le Chien critique, Les chroniques du Chroniqueur, Dup de Bookenstock, La Geekosophe, Gromovar de Quoi de neuf sur ma pile, Karine sur ImaJnère, Lhisbei de RSF blog, Lorhkan, Lune de Un papillon dans la Lune, Maks de Un bouquin sinon rien, Nicolas sur Just a Word, Le nocher des livres, Sometimes a book, Stéphanie sur De l’autre côté des livres, Symphonie de L’imaginaerum de Symphonie, Le syndrome Quickson, Yuyine, Zina sur Les pipelettes en parlent, Zoé prend la plume, d’autres ?

Pour les challenges Littérature de l’imaginaire #10, La bonne nouvelle du lundi, Petit Bac 2022 (catégorie Chiffres pour 1922), Textes courts (nouvelles entre 14 et 60 pages) et Vapeur et feuilles de thé.

Comment se passe ton été ? de KIM Ae-ran

Comment se passe ton été ? de KIM Ae-ran.

Decrescenzo éditeurs, collection Micro-fictions, juin 2015, 162 pages, 12 €, ISBN 978-2-36727-033-3. Bihaengun (2012) est traduit du coréen par Kette Amoruso et Lucie Angheben.

Genres : littérature sud-coréenne, nouvelles.

KIM Ae-ran 김애란 naît en 1980 à Incheon en Corée du Sud. Source Wikipédia : « Elle a fait son entrée en littérature avec une nouvelle intitulée La porte du silence (Nokeuhaji anneun mun), publiée dans la revue Changbi, remportant le prix littéraire de Daesan pour étudiants en 2002. Elle est récompensée par le prix de l’écriture Daesan en 2003 pour Maison inconnue (cette nouvelle a aussi été traduite et publiée sous le titre : Quatre locataires et moi). C’est avec sa première nouvelle, Cours papa, cours ! (Dallyeora abi, 2005) et l’obtention du prix littéraire Hankook Ilbo dès 2005 que Kim Ae-ran a commencé à se faire un nom dans le monde de la littérature coréenne. En 2008, elle remporte le prix Lee Hyo-seok pour sa nouvelle Le couteau de ma mère (Kaljaguk). Dans sa postface à Cours papa, cours !, le critique littéraire Kim Dong-shik la décrit comme ‘l’auteure qui détruit la grammaire du roman traditionnel’. » Chez Philippe Picquier : Ma vie palpitante (2014) et chez Decrescenzo éditeurs : Ma vie dans la supérette (2013) et Chansons d’ailleurs (2016).

Les Goliath asiatiques – « La mousson s’abattit peu après le décès de mon père. » (p. 11). Pluies diluviennes… Comment va-t-on faire pour la tombe ? « […] personne ne mettait le nez dehors. » (p. 12). La mère et le fils (le narrateur, un adolescent) vivent dans un appartement acheté par le père il y a vingt ans mais l’immeuble Gangsan, construit à la va-vite, est vétuste et va être détruit ; il ne sont plus que les deux à y habiter… Plus d’électricité, plus de gaz, encore un peu d’eau mais « Nous étions conscients que notre séjour ici ne pouvait s’éterniser. » (p. 16). Au bout de deux semaines de pluie, sans aucun contact avec l’extérieur, la mère devient apathique et ne parle plus… Le fils ne sait même pas si elle se nourrit, il ne sait pas quoi faire pour l’aider… Après un mois de pluie et une nuit d’orages, la pluie s’arrête un peu mais, depuis la véranda, le fils voit que le village a disparu ! « Et si la digue avait cédé ? » (p. 32). Il fabrique un radeau avec trois portes et embarque avec le corps de sa mère mais rien que de l’eau et de la boue à l’horizon… Pas d’humains, pas d’hélicoptères… Seulement des Goliath, des grues de travaux dont les pieds sont dans l’eau. Au bout de deux jours, seul et à bout de force, il s’effondre. « Que faire et où aller ? Je n’en avais pas la moindre idée. Peut-être, étais-je arrivé au plus loin que je pouvais. C’était fini. Mon voyage s’arrêtait là. […] Combien de temps allais-je tenir ? Qu’éprouvait-on en rendant son dernier soupir ? Et qu’adviendrait-il de mon corps ? […] » (p. 49). Dans une situation apocalyptique, la tension monte de plus en plus.

Comment se passe ton été ? – La narratrice, Mi-young, se prépare pour les funérailles d’un ami d’enfance lorsqu’elle reçoit un appel téléphonique de son seonbae (ami universitaire) dont elle n’a pas de nouvelles depuis deux ans. Après la conversation, les souvenirs remontent à la surface. Elle avait 20 ans, elle arrivait dans une ville qu’elle ne connaissait pas pour étudier à l’université et c’est à « la soirée de bienvenue aux nouveaux étudiants » (p. 59) qu’elle a rencontré Jun. Elle était amoureuse de lui mais il avait déjà une petite amie… Pour faire plaisir à son seonbae, elle participe à contre-cœur à une émission débile pour la télévision… Ensuite, ce sont des souvenirs d’enfance avec Min-su, sa meilleure amie, et Byeong-man, le copain de classe décédé, qui reviennent.

Les insectes – Un couple de jeunes mariés emménage dans un immeuble appelé la Villa des Roses mais le quartier va faire « l’objet d’un programme de rénovation urbaine » (p. 96). Je ne sais pas comment sont construits les immeubles en Corée du Sud mais, apparemment, au bout de 30 ans, ils sont décrépis et doivent être rénovés ou démolis (voir Les Goliath asiatiques plus haut) et je ne pourrais pas habiter dans un logement qui donne sur un précipice de 10 m… avec en plus des travaux en bas… La femme est la narratrice, elle raconte les bruits, les odeurs de nourriture, même « le silence des pots de plantes qui prenaient le soleil aux fenêtres » (p. 94) et aussi, les insectes… « perceptibles mais impossibles à attraper. » (p. 97). Une erreur page 103 (elle parle du bruit incessant des voitures) : « je m’en suis plain auprès de mon mari », plain sans t à la fin ? La femme est enceinte, ce n’était pas prévu pour tout de suite mais elle va garder le bébé. Cependant, avec tous les insectes, « comment élever convenablement un enfant dans ces conditions ? » (p. 111).

Trente ans – Après avoir reçu un paquet, Su-in, la narratrice – qui a maintenant trente ans – repense à Seong-haw, son Eonni, c’est-à-dire sa camarade de chambre à la fac (de cinq ans plus âgée) qu’elle n’a pas vue depuis dix ans et qui vient d’avoir un bébé. Elle lui répond même si elle n’est pas sûre d’envoyer la lettre. « Au cours de ces 10 dernières années, j’ai déménagé six fois, cumulé une dizaine de petits boulots, fréquenté deux hommes. Voilà ce que j’ai fait. Il n’y a rien d’autre. Le bilan de ma jeunesse me laisse un sentiment de désarroi. En quoi ai-je évolué ? Plus dépensière que jamais, incapable de faire confiance et portée sur les jolies choses, je me demande avec anxiété si je ne suis pas devenue une adulte insignifiante. […] Je m’inquiète d’être la seule à faire fausse route, au risque de n’arriver à rien. » (p. 134). J’ai l’impression que, comme au Japon, la barre des 30 ans est très importante pour les femmes en Corée du Sud. Et je suis sidérée de voir comment les étudiants galèrent pour obtenir leur diplôme (ils se sont endettés) et, ensuite, trouver un travail adéquat donc ils se contentent de petits boulots mal payés alors qu’ils ont étudié durant cinq ans ou plus… « Voilà à quoi étaient réduits des étudiants pleins d’avenir. Au XXIe siècle et en plein cœur de Séoul, de surcroît. » (p. 148).

Il me semble que c’est la première fois que je lis cette autrice. Son écriture précise – et parfois poétique – est cependant glaçante, elle claque et les chutes de ces micro-fictions (des nouvelles donc) sont terribles ! La vie semble vraiment difficile et compliquée à Séoul. Résolument à découvrir ! Dommage que le Challenge coréen n’existe plus pour partager cette lecture…

Pour La bonne nouvelle du lundi, Challenge de l’été – Tour du monde (3e niveau, dernière lecture d’Asie, challenge terminé), Challenge lecture 2022 (catégorie 1, un livre dont le titre est une question), L’été lisons l’Asie (MENU FIL ROUGE : TOUR DE L’ASIE avec la Corée du Sud et MENU D’AOÛT : IMAGINONS L’ASIE avec recueil de nouvelles), Petit Bac 2022 (catégorie Ponctuation pour le point d’interrogation), Les textes courts (chacune des 4 nouvelles fait une quarantaine de pages).

To Repel Boarders (À l’abordage) de Jack London

To Repel Boarders (À l’abordage) de Jack London.

En numérique, anglais (1902) et français, une dizaine de pages.

Genres : littérature états-unienne, nouvelle, classique.

Comme j’ai eu du mal ces derniers jours pour lire et rédiger une note de lecture, j’ai choisi de lire une nouvelle. Je l’ai lue en anglais et en français.

Cette nouvelle de Jack London est parue aux États-Unis dans le St. Nicholas Magazine en juillet 1902 puis dans le mensuel McClure, Phillips & Co (1922) et dans le recueil Dutch Courage and Other Stories (The Macmillan Co, 1922).

Elle a été traduite en français par Louis Postif et publiée sous le titre À l’abordage dans Les pirates de San Francisco et autres histoires de la mer (10/18, recueil, 1973) puis dans Le mouchoir jaune et autres histoires de pirates (Folio, recueil, 1981) puis dans L’évasion de la goélette (Gallimard, recueil, 2008).

Jack London, de son vrai nom John Griffith Chaney (quoique William Chaney nie être le père et que, suite au séisme de 1906, les registres sont détruits), naît le 12 janvier 1876 à San Francisco en Californie (États-Unis). Avec sa mère, remariée à John London (qui a plusieurs enfants de son premier mariage), la famille déménage souvent mais reste en Californie (baie de San Francisco, Oakland, Alameda, San Mateo…). John/Jack vit au milieu des animaux, aime lire dès l’enfance, fréquente l’école, la bibliothèque et est embauché pour des petits boulots mais ce qu’il aime, c’est la mer et la liberté. Il devient le « prince des pilleurs d’huîtres », boit beaucoup mais gagne bien sa vie jusqu’à ce qu’il perde son bateau. Ensuite, il s’engage sur un bateau, profite d’une vie vagabonde, puis travaille pour reprendre ses études. Il devient journaliste, nouvelliste, romancier, poète, dramaturge, militant aussi, il part au Klondike où il trouve matière à écrire (à défaut d’or), il se marie avec une amie et le couple a deux filles. Il écrit sur l’East End (un quartier pauvre de Londres), il est correspondant pour la guerre russo-japonaise, pour la guerre de Corée, se passionne pour la révolution russe puis voyage dans le Pacifique et en Océanie. Il va aussi au Mexique, à Hawaii, bref il a une vie bien remplie et de quoi écrire articles et fictions (il est d’ailleurs l’écrivain le mieux payé du XXe siècle) d’autant plus qu’il s’inspire d’auteurs français et britanniques qu’il apprécie. Il meurt le 22 novembre 1916 à Glen Ellen en Californie et certains de ses titres sont publiés posthumes. Nombres de ses œuvres sont adaptées (séries, cinéma, bandes dessinées, chansons même).

La nouvelle To Repel Boarders (À l’abordage) est un dialogue entre Paul Fairfax et Bob Kellogg. Paul est persuadé de ne pas être à sa place, de ne pas être né au bon moment, il aurait aimé vivre durant « the days of the sea-kings », c’est-à-dire à l’époque des rois de la mer. « No, honest, now, Bob, I’m sure I was born too late. The twentieth century’s no place for me. If I’d had my way… ».

Paul et Bob, nés à Bay Farm Island à San Francisco, sont amis d’enfance. Leur rêve ? La mer ! Là, ils sont sur The Mist / La Brume, il est passé minuit et c’est la première fois qu’ils naviguent de nuit. « The Mist, being broad of beam, was comfortable and roomy. ». « La Brume, étant large de poutre, était confortable et spacieuse. ».

Paul déplore qu’au XXe siècle, il n’y a plus de romance et d’aventure comme avant… Trop de civilisation… Paul vit dans une nostalgie qu’il n’a pas connue… « Why, in the old times the sea was one constant glorious adventure, he continued. A boy left school and became a midshipman, and in a few weeks was cruising after Spanish galleons or locking yard-arms with a French privateer, or — doing lots of things. ». « Pourquoi, dans les temps anciens, la mer était une aventure glorieuse constante, poursuivit-il. Un garçon quittait l’école, devenait aspirant et, en quelques semaines, il naviguait après des galions espagnols ou verrouillait les bras de cour avec un corsaire français, ou faisait beaucoup de choses. ».

C’est que Paul lit beaucoup, a beaucoup d’imagination et rêve d’aventure ! Mais l’aventure n’est pas encore au rendez-vous… Tout à coup, leur bateau entre en collision avec le filet d’un autre bateau… « You break-a my net-a! You break-a my net-a! », pas contents les pêcheurs pirates qui ont abordé avec des couteaux The Mist et attaquer les deux jeunes hommes qui ne s’en sont sortis que grâce au vent. « Now that you’ve had your adventure, do you feel any better? ». « Maintenant que tu as vécu ton aventure, tu te sens mieux ? ».

Souvenir d’enfance ? Souvenir d’une lecture ? Véritable petite aventure ? L’auteur aime la mer, la navigation, le danger et ça se ressent dans cette courte nouvelle. Je me rappelle avoir lu quelques titres à l’adolescence, L’appel de la forêt, Croc Blanc, des titres qui m’avaient marquée et il faudrait que je relise plus sérieusement cet auteur précurseur du Nature Writing.

Pour 2022 en classiques, Les classiques c’est fantastique (en juillet, le thème est bord de mer ou grand large) et Les textes courts.

Rencontrer Barbe Nicole de Colombe Schneck

Rencontrer Barbe Nicole de Colombe Schneck.

Bold by Veuve Clicquot (programme existant depuis 2019), édition des Héroïnes, 24 pages, Grand prix de l’héroïne Madame Figaro.

Genres : littérature française, nouvelle, biographie.

Colombe Schneck naît le 9 juin 1966 à Paris (France) dans une famille d’origine lituanienne (grand-mère maternelle) et juive russe (grand-père maternel). Elle étudie à l’Institut d’études politiques de Paris et a une maîtrise de droit public de l’université Paris 2. Ensuite elle est en résidence d’écriture à la Villa Médicis à Rome (en 2013) et obtient une bourse Mission Stendhal de l’Institut français (à Santa Cruz de la Sierra en Bolivie). Elle est journaliste à la radio, autrice (depuis 2006), réalisatrice de documentaires et membre du Collectif 50/50 (qui promeut l’égalité des femmes et des hommes et la diversité dans le cinéma et l’audiovisuel). Plus d’infos sur son compte Instagram.

« Je ne m’y attendais pas. Elle me paraissait être une femme impressionnante, mais pas forcément une femme à aimer. » (premières phrases, p. 3).

La veuve Clicquot, vous connaissez ? Mais Barbe Nicole ? Eh bien, ce sont ses prénoms. C’est à elle que Colombe Schneck consacre cette nouvelle, une femme – de seulement 1,46 m – dont elle aurait « aimé être l’amie » (p. 4). « Une femme qui s’est affranchie de tout ce qui était interdit aux femmes de son époque, une révolutionnaire, une inventrice, une femme généreuse, aimante et juste. Une femme qui a passé sa vie à apprendre, à dépasser ce qu’on espérait d’elle. » (p. 4).

À la mort de son mari en 1805 (il avait 30 ans), elle a 27 ans, une fille de 3 ans et s’occupe (grâce à l’accord de son beau-père qui aurait préféré vendre après la mort de son fils unique) de l’entreprise familiale. « Il n’existe pas en ce début du XIXe siècle, ni en France ni en Europe, de femme chef d’entreprise. Elle n’a pas de modèle. Elle n’a pas été élevée, éduquée pour cela. » (p. 8). Pourtant « En 1810, la société Veuve Clicquot Ponsardin est créée ; Barbe Nicole a pris seule la direction de l’entreprise […]. » (p. 10) et 1810 est le premier millésime de Champagne Veuve Clicquot.

Barbe Nicole était une bonne cheffe d’entreprise, inventrice et bienveillante. Elle prenait soin de ses employés, les encourageait, continuait de les payer lorsqu’ils étaient malades (alors qu’aucune législation n’existait à cette époque), elle participait aux vendanges et améliorait son Champagne pour en vendre plus et gagner plus et payer plus ses employés. Elle a même créé son Champagne rosé avec quelques gouttes du « vin rouge des vignes du terroir champenois de Bouzy » (p. 19) qu’elle appréciait, des étiquettes plus sobres et « une bouteille plus ronde, qui deviendra la bouteille champenoise. » (p. 19).

La nouvelle est agrémentée de 2 tableaux et 2 photos (p. 12-15). Sur le seul portrait d’époque, elle est représentée par Léon Cogniet en 1859 avec son arrière-petite-fille, Anne de Mortemart-Rochechouart, future Duchesse d’Uzès, « la première femme en France à décrocher son permis de conduire » (p. 22).

Bien sûr la nouvelle est (très) courte alors j’ai fait quelques recherches.

Barbe Nicole Ponsardin naît le 16 décembre 1777 à Reims dans la Marne en Champagne. Elle est la fille du Baron Ponce-Jean Nicolas Ponsardin. Elle étudie à l’abbaye bénédictine Saint-Pierre-les-Dames (sauf pendant la Révolution durant laquelle est elle cachée chez une couturière). Ensuite, elle étudie chez ses parents. Elle se marie à François Clicquot issu d’une famille bourgeoise (enrichie dans le textile, comme son père) en juin 1798 et, ensemble, ils parcourent les domaines de Champagne, le domaine Clicquot ayant été fondé en 1772. Le couple a une fille née en 1799, Clémentine. Lorsque François Clicquot meurt en octobre 1805, Barbe-Nicole Clicquot-Ponsardin devient son héritière, plus connue sous le nom Veuve Clicquot qui donne le nom à un Champagne (j’en ai bu une seule fois, avec des amis). Elle travaille avec Louis Bohne et avec Alexandre Fourneaux (de Fourneaux & Cie, devenu Taittinger), puis elle invente le procédé de la « table de remuage » qui permet au Champagne d’être plus clair et limpide (prise de mousse, seconde fermentation) en faisant tourner chaque jour les bouteilles sur des pupitres (râteliers) en bois (au lieu de les conserver dans du sable, méthode ancestrale inventée par les moines) et qu’elle perfectionne avec son chef de cave, Antoine-Aloys de Muller. Maintenant les vignerons champenois utilisent cette méthode de façon automatisée, sauf les petits vignerons traditionnels. Elle devient célèbre, achète d’autres vignobles en Champagne et vend son Champagne dans le monde, en particulier en Russie. La veuve Clicquot, c’est une histoire de femmes puisqu’elle a eu une fille, une petite-fille et une arrière petite-fille. Devenue une femme d’affaires célèbre, elle est la première femme à diriger une maison de Champagne. Elle est morte le 29 juillet 1866 à Boursault (elle s’était retirée au Château de Boursault qu’elle avait fait reconstruire pour sa fille, devenue comtesse de Chevigné).

Le prix Veuve Clicquot a été créé en 1972 par la maison de Champagne Veuve Clicquot Ponsardin et il récompense chaque année (depuis 1983) une femme chef d’entreprise ou manager (prix représenté dans 27 pays). Il existe aussi le prix Clémentine, créé en 2014 pour récompenser les dirigeantes nouvelles générations de jeunes entreprises et startups. En décembre 2022, le prix Veuve Clicquot célébrera ses 50 ans.

Vous connaissez la chanson Cliquot du groupe Beirut dans The Flying Club Cup (leur 2e album sorti en 2007, que j’ai), vidéo ci-dessous.

 

L’œuf de cristal de H.G. Wells

L’œuf de cristal de H.G. Wells.

Mercure de France, 1899, 35 pages (lecture numérique). The Crystal Egg (1897) est traduit de l’anglais par Henry-D. Davray.

Genres : littérature anglaise, nouvelle, fantastique, science-fiction.

Herbert George Wells, plus connu sous son nom de plume H. G. Wells, naît le 21 septembre 1866 à Bromley dans le Kent (Angleterre). Son père est jardinier puis commerçant (porcelaines, articles de sport) et joueur de cricket professionnel. Il découvre la lecture dès l’enfance et est placé en apprentissage (chez un marchand de tissus, ce qui ne lui plaît pas), heureusement il peut ensuite étudier les Sciences à Londres, en particulier la biologie, la physique, la géologie et la zoologie (il participe à la création de la Royal College of Science Association et en devient même le premier président en 1909). Il s’intéresse à une société meilleure, au socialisme, fréquente William Morris (dont j’ai lu La source au bout du monde) et Jerome K. Jerome, enseigne au Pays de Galles puis à Londres et rencontre Maxim Gorki en Russie. Après un livre scolaire de biologie et des articles humoristiques dans des revues, il commence à écrire de la fiction. Très connu pour ses romans et ses nouvelles de science-fiction (il est considéré comme le père de la SF contemporaine), il est aussi essayiste (œuvres politiques, sociales, historiques et de vulgarisation scientifique), dessinateur et concepteur de jeux. Il meurt le 13 août 1946 à Londres laissant une œuvre conséquente, La machine à explorer le temps (The Time Machine, 1895), L’île du docteur Moreau (The Island of Doctor Moreau, 1896), L’homme invisible (The Invisible Man, 1897), La guerre des mondes (The War of the Worlds, 1898), Quand le dormeur s’éveillera (When the Sleeper wakes, 1899), Les premiers hommes dans la Lune (The First Men in the Moon, 1901), La guerre dans les airs (The War in the Air, 1908) et tant d’autres.

Dans le quartier des Sept Cadrans, une petite boutique, C. Cave, naturaliste et marchand d’antiquités. En vitrine, des objets hétéroclites voire surprenants et « une masse de cristal façonnée en forme d’œuf et merveilleusement polie. Cet œuf, deux personnes arrêtées devant la vitrine l’examinaient : l’une, un clergyman grand et maigre ; l’autre, un jeune homme à la barbe très noire, au teint basané et de mise discrète. Le jeune homme basané parlait en gesticulant avec vivacité et semblait fort désireux de voir son compagnon acheter l’article. » (p. 2).

Monsieur Cave vend cet œuf cinq guinées mais il n’est plus en vente car un acheteur venu dans la matinée l’aurait déjà retenu. Mécontents, madame Cave, le beau-fils et la belle-fille de monsieur Cave veulent absolument vendre l’œuf et profiter de l’argent mais l’œuf a disparu et « la discussion se changea en une pénible scène » (p. 9).

Mais ne restons pas dans le mensonge, monsieur Cave a simplement confié l’œuf « à la garde de M. Jacoby Wace, aide-préparateur à St Catherine’s Hospital, Westbourne Street » (p. 10), un ami qui connaissant madame Cave a accepté de « donner asile à l’œuf » (p. 11).

Mais qu’a donc cet œuf de spécial ? Pourquoi exerce-t-il une telle fascination ?

L’œuf aurait dû être à l’abri mais Jacoby Wace reste un « jeune savant investigateur » (p. 19) et ne peut s’empêcher d’étudier l’objet et sa phosphorescence…

The Crystal Egg parut d’abord dans New Review en mai 1897 puis dans le recueil Tales of Space and Time avant d’être traduit en français en 1899, puis publié dans le pulp américain Amazing Stories en mai 1926. Dans cette nouvelle, H.G. Wells brosse un portrait dramatique de la famille Cave et traite des prémices de l’infiniment petit que l’humain ne connaît pas encore. Le lecteur est ici dans le merveilleux (britannique) de la fin du XIXe siècle, à la limite entre fantastique et science-fiction voire fantasy avec des descriptions surprenantes et imagées qui amènent à réfléchir. Un an après, l’auteur écrit La guerre des mondes et fait venir les Marsiens (nom d’époque) sur Terre.

Vous pouvez lire L’œuf de cristal dans Les chefs-d’œuvre de H.G. Wells (Omnibus SF, 2007) ou librement en numérique, par exemple sur Bibliothèque numérique romande (BNR) ou Wikisource (français) ou l’écouter en audio sur LittératureAudio.com ou même le lire en anglais sur ce Wikisource.

Si j’ai choisi de lire une nouvelle de H.G. Wells, c’est pour honorer à la fois Les classiques c’est fantastique (en mai, tour d’Europe, avec donc ici l’Angleterre), La bonne nouvelle du lundi (ça fait longtemps !) et le nouveau challenge H.G. Wells mais cette lecture entre aussi dans 2022 en classiques, Littérature de l’imaginaire #10 et Les textes courts.

À noter que The Crystal Egg fut adapté en 1951 par Charles S. Dubin (1919-2011) pour la série télévisée américaine Tales of Tomorrow (saison 1, épisode 9, en NB, 24 minutes) donc je mets cette œuvre dans Les adaptations littéraires. Et vous pouvez visionner l’épisode ci-dessous.

La messe de l’athée d’Honoré de Balzac

La messe de l’athée d’Honoré de Balzac.

Pour la LC (lecture commune) du 20 février avec ClaudiaLucia, Maggie, Miriam et Rachel. Lecture en numérique in Œuvres complètes d’Honoré de Balzac, La Comédie humaine, dixième volume, première partie Études de mœurs, troisième livre, 1855, pages 74-89. Sur Wikisource (30 pages, illustré).

Genres : littérature française, nouvelle, classique.

Honoré de Balzac naît le 20 mai 1799 à Tours (Touraine). Romancier, dramaturge, journaliste, critique littéraire, imprimeur, cofondateur de la Société des gens de lettres (en 1837), il est plus spécialement connu pour sa Comédie humaine (près de 100 romans et nouvelles) dans laquelle il analyse ses contemporains (bourgeoisie, commerçants, ouvriers, petites gens…) et la montée du capitalisme, plutôt dans le genre réaliste mais en abordant aussi parfois les côtés philosophique, poétique et même fantastique. Il inspire entre autres Gustave Flaubert (parallèles entre L’éducation sentimentale et Le lys dans la vallée ou entre Madame Bovary et Une femme de trente ans), Marcel Proust et Émile Zola. Il dévore les livres depuis l’enfance et étudie le Droit puis se consacre à la littérature. Il y a tant d’autres choses à dire sur Balzac mais je vous laisse les découvrir dans la biographie Honoré de Balzac, le roman de sa vie de Stefan Zweig ou ailleurs. Il meurt le 18 août 1850 à Paris. Je (re)lis Balzac de temps en temps. En février 2010, j’avais publié une note de lecture de La maison du Chat-qui-pelote (pour un autre challenge concernant les classiques), en octobre 2020, une note de lecture de Gobseck (Pour Les classiques c’est fantastique, Balzac vs Flaubert) et tout récemment Le cabinet des antiques et La peau de chagrin (pour les lectures communes avec Maggie).

La messe de l’athée est une nouvelle parue en 1836 dans La Chronique de Paris. Fondée par Balzac en 1835, cette revue littéraire (et politique) avait aux commandes non seulement Balzac mais aussi le critique littéraire Gustave Planche (1808-1857), le jeune Théophile Gautier (1811-1872) et les grands illustrateurs Honoré Victorien Daumier (1808-1879), Jean-Jacques Grandville (1803-1847) et Henri Monnier (1799-1877). Le premier numéro paraît le 1er janvier 1836 avec des textes de Victor Hugo (1802-1885), d’Alphone Karr (1808-1890) et ce ceux cités ci-dessus. La nouvelle est publiée en 1837 dans le tome XII des Études philosophiques (Delloy et Lecou) puis en 1844 dans le tome X des Scènes de la vie parisienne (édition Furne de La comédie humaine).

Mais un peu de place pour La messe de l’athée et ses principaux personnages, trois beaux personnages d’hommes, Desplein, Bianchon, Bourgeat.

Alors que la médecine s’enseigne et se transmet, un grand chirurgien, Desplein, est mort emportant avec lui ses secrets et son savoir-faire, « une méthode intransmissible » (p. 2) parce que, audacieuse comparaison de Balzac, les chirurgiens sont comme les acteurs, ils « n’existent que de leur vivant et [leur] talent n’est plus appréciable dès qu’ils ont disparu. » (p. 2-3).

Desplein était un athée « pur et franc » (p. 6), un athée comme les gens d’église ne le supporte pas… C’est que Desplein doutait, étudiait et qu’il découvrit « deux âmes dans l’homme » (p. 6). C’est pourquoi il est mort « dans l’impénitence finale » (p. 6) comme « beaucoup de beaux génies, à qui dieu puisse-t-il pardonner. » (p. 6). Pourtant l’homme pouvait être « prodigieusement spirituel » (p. 8).

C’est pourquoi Balzac choisit une énigme, une anecdote, pour honorer le chirurgien en chef, en la personne d’un des élèves auxquels il s’était attaché à l’hôpital : Horace Bianchon, interne à l’Hôtel-Dieu. Un jeune provincial, pauvre mais brave, droit, joyeux, sobre et travailleur (à l’époque, on disait vertueux).

Un jour Bianchon voit Desplein entrer dans l’église Saint-Sulpice « vers neuf heures du matin » (p. 11), ce qui est surprenant car « l’interne qui connaissait les opinions de son maître, et qui était Cabaniste en dyable par un y grec (ce qui semble dans Rabelais une supériorité de diablerie) » (p. 11-12) et il le trouva « humblement agenouillé, et où ?… à la chapelle de la Vierge devant laquelle il écouta une messe, donna pour les frais du culte, donna pour les pauvres, en restant sérieux comme s’il se fût agi d’une opération. » (p. 12). Imaginez l’étonnement de Bianchon !

Le soir, enfin, durant le repas au restaurant, après d’infimes précautions et « d’habiles préparations » (p. 12), Bianchon donne son opinion sur « la messe, en la qualifiant de momerie et de farce » (p. 12). Desplein « prit plaisir à se livrer à toute sa verve d’athée » (p. 13) avec des « plaisanteries voltairiennes » (p. 13). Bianchon, surpris, pense qu’il a rêvé le matin. Mais trois mois après cet épisode, un médecin de l’Hôtel-Dieu met les pieds dans le plat : « Qu’alliez-vous donc faire à Saint-Sulpice, mon cher maître ? » (p. 13). Alors l’année suivante, même jour, même heure que la première fois, Bianchon espionne Desplein qui se rend à Saint-Sulpice !

Je ne vous en dit pas plus. Il faudra lire cette jolie nouvelle de Balzac pour découvrir le mystère du « bocal aux grands hommes » (p. 16) dans la rue des Quatre-Vents (quartier de l’Odéon, 6e arrondissement de Paris).

Le lecteur découvre ici un Balzac plus cérébral, plus scientifique mais qui laisse toujours sa place à la belle écriture, la belle littérature et à une spiritualité qui ne doit rien à l’Église (le dilemme entre science et religion) mais à la sensibilité, l’empathie et les pensées vertueuses que l’on porte en soi, ceci même si l’on vit dans « les marécages de la Misère » (p. 17).

Le lecteur découvre aussi le travail acharné, obstiné, que doit fournir un étudiant (très) pauvre pour « accaparer des connaissances positives afin d’avoir une immense valeur personnelle, pour mériter la place à laquelle j’arriverais le jour où je serais sorti de mon néant. » (p. 18). C’est finalement une histoire touchante et émouvante, pas seulement celle de Desplein, celle de Bianchon mais aussi (et surtout) celle du pauvre et bon Bourgeat avec son « caniche mort depuis peu de temps » (p. 23), le seul être qui était dans sa vie, quelle tristesse… Combien d’humains avec une vie si pauvre, si seule, si triste et pourtant si pleine de bonté ?

Une histoire dans laquelle il faut se prémunir des riches, des jaloux, des égoïstes, des calomnieux, des méchants, ce qui n’a pas changé à notre époque !

Quelques mots sur Desplein. Médecin et chirurgien inspiré de l’anatomiste et chirurgien Guillaume Dupuytren (1777-1835), il apparaît entre autres dans Ferragus (1833) et dans L’interdiction (1836).

Quelques mots sur Horace Bianchon. Il naît en 1797 à Sancerre et apparaît dans La comédie humaine en 1837 dans César Birotteau (il est le cousin d’Anselme Popinot, employé de César Birotteau et assiste à un bal). Il apparaît ensuite régulièrement, encore étudiant (Le père Goriot en 1834, Illusions perdues en 1837-1843…) ou en tant que médecin (Étude de femme en 1830, La peau de chagrin en 1831, Splendeurs et misères des courtisanes en 1838-1847, La cousine Bette en 1846-1847 et Le cousin Pons en 1847…) et devient un grand médecin parisien. J’ai toujours trouvé incroyable les entrelacements et entrecroisements de personnages que Balzac a créés, c’est énorme !

Une très belle lecture, courte mais émouvante, que je mets dans 2022 en classiques, Bingo littéraire d’Hylyirio (n° 8, un livre dans ma PàL depuis plus de 5 ans, depuis 35 ans même ! comme tous les titres de Balzac que je n’ai pas encore lus, 2e billet), Challenge lecture 2022 (catégorie 8, un classique de la littérature française) et Les textes courts.

Canardo – Premières enquêtes de Sokal

Canardo – Premières enquêtes de Sokal.

Casterman, collection Ligne rouge, novembre 2002, 48 pages, 11,50 €, ISBN 978-2-20333-554-7. Couleurs Pascal Regnauld (également dessinateur de certains tomes).

Genres : bande dessinée belge, enquêtes policières.

Benoît Sokal naît le 28 juin 1954 à Schaerbeek (Bruxelles, Belgique). Il étudie à l’Institut Saint-Luc de Bruxelles. Il est scénariste et dessinateur de bande dessinée. Il créée Canardo pour le magazine (À Suivre) avant que la série soient publiée chez Casterman. Il est aussi créateur de (très beaux) jeux vidéo (L’Amerzone, Syberia). Il meurt le 28 mai 2021 (ce qui m’a rendue très triste) à Witry lès Reims (France).

La mort d’Hortense – Hortense, la poule, a succombé à ses blessures. « Double fracture du crâne, distorsion des vertèbres cervicales, écrasement de la cage thoracique […] perforation du poumon droit, le gauche ayant éclaté […] » (p. 3), j’en passe… Et aucun témoin… Comment l’inspecteur Canardo va-t-il résoudre ce… meurtre ? D’autant plus qu’il reçoit un message de menace, que personne ne veut parler et qu’il est agressé par trois poulets qui n’aiment pas les poulets. « Canardo… Tu vas l’apprendre à tes dépens !!! » (p. 6).

Canardo, attribué à l’école belge – L’affreux professeur X a créé Frankardo, un genre de Frankenstein Canardo. Il s’attaque aux œufs des poules et c’est Canardo qui est accusé. « J’ignore ce qui a pu produire cette brusque montée de haine à mon égard. Mais quoi qu’il en soit, une retraite stratégique s’impose… » (p. 9). Mais… après Canardo contre Docteur X et Docteur X connection il y a 10 ans, Canardo était persuadé que X était mort ! Comment le détective va-t-il se tirer d’affaire ?

Du persil dans les oreilles – Canardo enquête avec Clebson (un chien) sur la mort du patron des cochons. « J’vous préviens : il n’est pas beau à voir. (p. 11). Canardo trouve du persil sur le cadavre et soupçonne Ulrich, le lièvre qui vient d’arriver au potager. Une reconstitution est organisée mais Ulrich clame son innocence.

Le flic qui m’aimait… – Canardo picole à la taverne mais Freddo le fout dehors. Alors qu’il se croit fini, Clara l’embauche. « Il n’y a que vous qui puissiez m’aider ! » (p. 16). Fritz, du syndic des chats, veut sa peau. Mais Canardo tombe dans un piège…

La vengeance de Canardo – Canardo est embauché par un médecin pour enquêter sur un certain Minus, pensionnaire de l’institut. Il écrit des lettres d’amour subversives et le contenu s’il « parvient à passer à l’étranger […] serait susceptible d’ébranler le régime ! » (p. 21). L’objectif est de coincer celui qui fait passer les textes.

Columbia – Canardo est embauché pour « assurer la sécurité de monsieur Haig lors de sa promenade quotidienne ; vous serez accompagné par mademoiselle Columbia, son infirmière. » (p. 25). Il a une sacrée surprise !

Histoire pour pleurer dans les chaumières – Canardo serait-il impliqué dans le braquage d’une banque ?

Le tribunal du blanc – Canardo est arrêté… Survivra-t-il à son procès ?

La nuit du n° 065724 – Grâce à une manœuvre politique sur la peine de mort, le matricule n° 065724, Canardo donc, est mis en cellule avec Jo la Brute, un singe. « Lequel des deux sera exécuté ? Canardo ou Jo la Brute. Les paris sont ouverts. Ce sera toi ou moi… Demain matin nous serons fixés… La nuit va être plutôt pénible… » (p. 39).

La secte des poubelles – Canardo erre dans une « région inhospitalière » (p. 41). Il est surpris par des rats dans des ordures et il a de nouveau une sacrée surprise (certains personnages sont increvables !).

On achève bien les héros – Canardo est vieux, il vit avec son épouse Martha, qui reçoit une amie. « Aaah… être encore une fois, une dernière fois, le célèbre inspecteur Canardo ! » (p. 46).

Ces onze histoires sont très courtes, seulement quelques pages et se suivent chronologiquement puisqu’elles sont liées entre elles. L’univers, peuplé d’animaux, est très noir et Canardo est un détective blasé et dépressif dès le début de sa carrière (il a un look spécial avec un imperméable qui fait penser à l’inspecteur Columbo !) mais il y a de l’humour (cynique). « C’est tellement mal dessiné […] », ce n’est pas moi qui le dit, c’est Canardo (p. 21), c’est vrai que les dessins peuvent sembler un peu brouillons mais j’ai vraiment aimé et je garde un bon souvenir de mes précédentes lectures de la série Canardo (malheureusement restée chez mon ancien compagnon).

Canardo est d’abord paru en 1979 chez Pepperland (maison d’éditions belge, 1979-1989) puis est réédité en tant que Canardo 0 – Premières enquêtes chez Casterman qui publie la série Canardo (25 tomes entre 1981 et 2018).

J’ai lu cette bande dessinée exprès pour le challenge Des histoires et des bulles (catégorie 10, une histoire policière) et elle entre aussi dans Littérature de l’imaginaire #10, Mois du polar, Petit Bac 2022 (catégorie Animal pour Canardo), Polar et thriller 2021-2022 et Les textes courts.

L’ex-magicien de la taverne du Minho et autres nouvelles de Murilo Rubião

L’ex-magicien de la taverne du Minho et autres nouvelles de Murilo Rubião.

L’arbre vengeur, octobre 2021, 150 pages, 15 €, ISBN 978-2-37941-131-1. Obra completa (2010) est traduit du portugais (Brésil) par Dominique Nédellec.

Genres : littérature brésilienne, nouvelles, fantastique.

Murilo Rubião naît le 1er juin 1916 à Carmo de Minas (région de Minas Gerais) au Brésil. Il étudie les sciences humaines puis le droit. Il se lance dans la politique, travaille pour un gouverneur puis comme attaché culturel du Brésil en Espagne puis devient chef du bureau de la propagande et de l’expansion commerciale, le tout en écrivant, en étant journaliste et en éditant un journal littéraire. Il écrit ses nouvelles dès les années 40. Il meurt le 16 septembre 1991 à Belo Horizonte au Brésil. Un site officiel tenu par sa famille est disponible en portugais.

L’ex-magicien de la taverne du Minho – Un employé de la fonction publique, désenchanté, raconte ses années de magicien, d’abord à la taverne Minho puis au cirque andalou. « J’étais de plus en plus populaire, ma vie devint insupportable. » (p. 17).

Barbara – Le narrateur et Barbara se connaissent depuis l’enfance. Ils deviennent mari et femme. Mais… « Barbara n’aimait rien tant que demander. Elle demandait et grossissait ; » (p. 25). Barbara a des demandes de plus en plus fantaisistes, de plus en plus difficiles à assouvir et elle devient énorme voire difforme.

La ville – Son train étant à l’arrêt, Cariba descend dans cette ville inconnue mais les habitants sont méfiants et Cariba est arrêté pour vagabondage. « Tout cela est absurde. Vous ne pouvez pas me jeter en prison sur la base de ce que je viens d’entendre. Je suis ici depuis quelques heures seulement, et les témoins affirment m’avoir vu, pour la première fois, la semaine dernière ! » (p. 41).

Les dragons – Lorsque les dragons sont arrivés en ville, ils ont été enfermés car considérés comme dangereux. Mais ils pourraient en fait être utiles et le prêtre a une idée mais le narrateur s’insurge : « Ce sont des dragons ! Ils n’ont besoin ni de prénoms ni du baptême ! » (p. 47). Donc les dragons lui sont confiés pour leur éducation, mais seuls deux survivent, Odorico et João, qui deviennent alcooliques.

Teleco, le petit lapin – Alors qu’il regarde la mer, perdu dans ses pensées, le narrateur est dérangé par un lapin gris qui lui demande une cigarette. Le lapin a « des yeux doux et tristes » (p. 54) et l’homme l’invite. « J’ai une grande maison et je vis seul. » (p. 54). Mais Teleco peut se transformer en d’autres animaux.

La construction – « La construction du plus grand gratte-ciel dont on n’ait jamais entendu parler. » (p. 66). Un premier projet idéal pour le jeune ingénieur en chef mais « Dans ce projet, il n’y a pas de place pour les prétentieux. N’allez pas imaginer que vous verrez la construction achevée, João Gaspar. Vous mourrez bien avant. » (p. 67).

La file d’attente – Pererico veut rencontrer le directeur pour « une affaire concernant des tiers » (p. 78) mais il y a une sacrée file d’attente ! « Vu le numéro, lui dit-il [le gardien] avec un sourire malicieux, votre entretien avec le directeur n’est pas pour tout de suite. » (p. 78). Effectivement… « Il y a presque six mois que je me trouve dans cette ville pour une mission confidentielle et pas moyen de parler à ce foutu directeur ! » (p. 88).

Alfredo – « des hurlements étranges et indistincts » (p. 97) parviennent de la montagne aux habitants d’un village dans une vallée. Joaquina, l’épouse du narrateur, pense que c’est un loup-garou : « un loup-garou ?! Il ne manquait plus que ça […] je tentai de lui expliquer que le surnaturel était une vue de l’esprit. » (p. 97). Mais Joaquim Boaventura voit dans l’animal, au sommet de la montagne, un genre de dromadaire, qui serait son frère, Alfredo, qu’il avait abandonné.

Les trois prénoms de Godofredo – Depuis quinze ans, le narrateur mange seul à cette table de restaurant. Mais une jeune femme, silencieuse et discrète, s’installe un jour, et les jours suivants, à la même table. « J’étais ennuyé, il me semblait cavalier de changer de place quand la jeune femme aurait pu le faire elle-même. Pour quelles raisons était-elle venue s’installer précisément en face de moi ? » (p. 104). L’inconnue lui dit être sa seconde femme !

Le piège – Alexandre Saldanha Ribeiro monte les dix étages avec une lourde valise. Il n’arrive pas à rentrer chez lui et doit forcer la porte… Il se retrouve alors face à un vieil homme qui pointe un revolver sur lui ! « Je vous attendais, dit ce dernier d’une voix douce. » (p. 116). Pourquoi l’attend-il depuis deux ans ?

Elisa – Le narrateur vit avec sa sœur, Cordélia, et une inconnue vient s’installer dans leur maison. Mais elle part, une nuit, et ne revient qu’un an après. « Sa vie parmi nous reprit son cours. Mais je n’étais pas serein. Cordélia me jetait des regards peinés, elle me laissait entendre que je ne devais plus cacher mon amour. » (p. 123). Mais il n’ose pas et Elisa s’en va une nouvelle fois.

Le bon ami Batista – João Batista est le meilleur ami de José mais tout le monde lui dit d’éviter sa compagnie car il profiterait de lui : « il mange ton goûter, il copie sur toi […]. » (p. 125). José ne les croit pas malgré le fait que le bon ami Batista lui ait piqué sa première petite amie. Mais plut tard, il fait pire !

Aglaia – Colebra est un pauvre type « sans diplôme ni formation lui permettant d’aspirer à des fonctions rémunératrices, détestant travailler » (p. 140-141). Alcoolique, il épouse une riche héritière, Aglaia, mais celle-ci ayant oublié de prendre sa pilule, elle se retrouve enceinte… alors que Colebra ne veut pas d’enfants.

L’invité – José Alferes reçoit une invitation mais « Elle ne mentionnait ni la date ni le lieu de la fête et omettait jusqu’au nom des personnes qui l’organisaient. » (p. 147). Qui peut bien l’inviter ? Il est étranger et ne connaît que les employés de l’hôtel… Va-t-il tomber dans un piège ?

Les commensaux – À chaque repas, Jadon est en fait avec des personnes qui ne bougent pas, ne mangent pas et ne disent rien. « Ils attendaient certainement son départ pour se jeter avidement sur les spécialités de la maison. » (p. 164). Ou alors ce sont des fantômes…

Dans la préface : « Murilo Rubião : frère des dragons, compagnon des autruches » a déclaré « La vie et le fantastique sont indissociables pour moi qui ai toujours perçu comme réelles des choses qui relèvent de l’absurde aux yeux des autres personnes. » (p. 7). Tout en écrivant, il était haut-fonctionnaire et avait les pieds sur terre, ce qui ne l’a pas empêché d’écrire « de brèves histoires placées sous le signe de la fantaisie et du rêve – ou du cauchemar. » (p. 8). Dans la préface, Dominique Médellec évoque Cervantès, la Bible en particulier l’Ancien Testament, von Chamisso (voir ci-dessous), Lewis Carroll et surtout Kafka : « le premier à avoir fait le rapprochement fut sans doute Marió de Andrate (1893-1945), une des figures tutélaires du modernisme brésilien. » (p. 10). J’ai bien sûr pensé moi aussi à Kafka pour certaines des nouvelles mais surtout à Lovecraft pour le côté rêve et cauchemar.

Des 33 nouvelles parues (à titre posthume) dans Obra completa en 2010 au Brésil, 15 ont été choisies pour ce recueil. Murilo Rubião est « considéré comme le précurseur et le maître de la littérature fantastique brésilienne. » (p. 9). Dès l’enfance, il aime les contes de fées, Don Quichotte et « les grands récits bibliques [ont façonné] également son imaginaire » (p. 9). Comme beaucoup d’auteurs d’Amérique du Sud du XXe siècle (de langue espagnole), il est dans le réalisme magique, le surnaturel et le fantastique même si parfois le côté fantastique n’apparaît qu’avec la chute de la nouvelle.

J’ai noté L’étrange histoire de Peter Schlemihl ou l’homme qui a vendu son ombre d’Adelbert von Chamisso (1814) pour le lire un jour.

Je suis embêtée car je me suis inscrite au Mois des nouvelles #2 et, contrairement à l’année dernière, je n’ai pas encore honoré ce challenge donc, avant la fin du mois de janvier, je fais vite pour publier la note de lecture de ce recueil qui est le deuxième livre lu en tout début d’année. Je mets aussi ce livre dans 2022 en classiques, Bingo littéraire d’Hylyirio (n° 33, un livre écrit par une personnalité publique, alors pas en France mais au Brésil oui puisque Murilo Rubião fut homme politique, assistant d’un gouverneur, journaliste, éditeur…), Challenge lecture 2022 (catégorie 16, un livre dont l’auteur est une personnalité politique, idem), Littérature de l’imaginaire #10, Les textes courts (les nouvelles font en moyenne 10 pages), Tour du monde en 80 livres (Brésil) et Winter Short Stories of SFFF #1.

Mois des nouvelles 2022 avec Usva

Vous rappelez-vous du Mois des nouvelles 2021 ? Usva avait eu une super idée ! Eh bien, bonne nouvelle, elle récidive avec une deuxième édition, le Mois des nouvelles 2022 qui se déroule du 1er au 31 janvier 2022. En plus le nouveau logo est très joli, positif, vitaminé !

Infos, logo et inscription chez Usva.

Les nouvelles pour ce challenge

1. L’ex-magicien de la taverne du Minho et autres nouvelles de Murilo Rubião (L’arbre vengeur, 2021, Brésil)

J’ai moins assuré que pour le Mois des nouvelles 2021, avec 13 billets donc 13 nouvelles, mais finalement dans cette seule note de lecture, il y a 15 nouvelles 😉

L’aventure de la bande mouchetée d’Arthur Conan Doyle

L’aventure de la bande mouchetée d’Arthur Conan Doyle.

In Les aventures de Sherlock Holmes (p. 233-268), Archipoche, collection Classique, mars 2019, 393 pages, ISBN 978-2-37735-265-4. Nouvelles traduites de l’anglais par Jeanne de Polignac et Gaston Simoes de Fonseca. Préface et textes du cahier central illustré de Bernard Oudin.

Genres : littérature anglo-écossaise, littérature policière, nouvelle.

Arthur Conan Doyle naît Arthur Ignatius Conan Doyle le 22 mai 1859 à Édimbourg (Grande-Bretagne). Son père écossais catholique est peintre et sa mère, d’origine irlandaise, est mère au foyer (10 enfants). Il étudie chez les Jésuites mais devient agnostique. Il étudie ensuite la médecine et exerce tout en écrivant (romans, nouvelles, théâtre, entre autres). Il est anobli en 1902 par le roi Édouard VII (Chevalier de l’ordre du Très vénérable ordre de Saint-Jean) et meurt le 7 juillet 1930 à Crowborough (Sussex). Son œuvre est trop abondante pour que je la cite ici mais il est très connu pour Sherlock Holmes, le professeur Challenger et pour ses nouvelles et ses contes.

Cette enquête est une des premières de Sherlock Holmes et John Watson mais elle n’avait pas été relatée plus tôt parce que Watson était tenu au secret. Il explique bien sûr pourquoi il a été relevé de ce secret et lance immédiatement l’aventure de très bon matin.

Avril 1883. Une jeune cliente s’est présentée à l’aube à Baker Street et « Mme Hudson a donné le branle et, ayant été brusquement tirée de son lit, elle s’est vengée sur moi, et moi sur vous. » (p. 234).

La jeune femme, dans la trentaine, semble vieillie prématurément et a assurément très peur. « Je m’appelle Hélène Stoner, et je vis chez mon beau-père, le dernier rejeton d’une des plus vieilles familles saxonnes d’Angleterre, les Roylott, de Stoke Moran, famille fixée sur les confins ouest du Surrey. » (p. 237).

Après avoir perdu sa mère il y a huit ans, Hélène Stoner a perdu sa sœur jumelle il y a deux ans, dans des circonstances étranges et non élucidées. « Oh ! Dieu, Hélène ! C’était la bande ! La bande mouchetée » (p. 243) furent ses dernières paroles avant de rendre l’âme malgré les soins de leur beau-père, médecin. Ces bruits qu’elle entendait la nuit avaient-il un lien avec les bohémiens installés dans le parc du domaine ?

Or, s’étant installée tout récemment dans la chambre de sa sœur à cause de travaux dans la sienne, Hélène a entendu les même bruits et sifflements dont sa sœur lui avait parlé avant sa mort. Imaginez son angoisse !

Holmes et Watson étant d’accord pour s’occuper de cette « affaire bien obscure et sinistre » (p. 247), ils vont se rendre à Stoke Moran le jour même. Mais avant de partir, ils sont carrément menacés par « le docteur Grimesby Roylott, de Stoke Moran » (p. 248) qui a suivi sa belle-fille ! « Ça m’a l’air d’un homme fort aimable. […] Cet incident donne un charme de plus à notre enquête […] » (p. 249) ironise Holmes.

Lorsque je lis une histoire de Sherlock Holmes, je suis toujours épatée de la concision de John Watson (d’Arthur Conan Doyle donc) mais, le tout, en citant plein de détails, minutieusement, et en utilisant parfois l’humour. Il est bon ici de préciser que, n’ayant pas tous les détails importants, Héléna ne les connaissant pas non plus, Holmes a dû « raisonner sur des données insuffisantes » (p. 265) et « [ses] premières conclusions [étant] tout à fait erronées » (p. 265), il s’est d’abord lancé sur une fausse piste, ce qu’il reconnaît honnêtement devant Watson. De mon côté, je n’avais rien deviné (alors que j’avais déjà lu ce titre il y a des années !!!). Et vous ?

Pour le challenge Les classiques c’est fantastique #2, le thème de décembre est « Élémentaire mon cher Watson ! », j’en déduis donc – à la manière de Sherlock Holmes 😛 – qu’il faut lire un ou des titres de Sherlock Holmes d’Arthur Conan Doyle. J’ai choisi L’aventure de la bande mouchetée parce que j’ai lu que c’était le titre préféré de l’auteur (et parmi les titres préférés des fans de Sherlock Holmes) mais je me suis rendu compte en rapatriant d’anciens billets sur le blog (hier) que je l’avais déjà lu en 2010, ce que j’avais complètement oublié !

Cette lecture entre aussi dans 2021 cette année sera classique, A year in England, British Mysteries #6, Challenge lecture de mademoiselle Farfalle (catégorie 17, un classique de la littérature anglaise – j’avais lu le tome 2 de La Source au bout du monde de William Morris mais je n’ai pas encore ouvert le carton dans lequel il y a le cahier avec la note de lecture au brouillon…), Les textes courts et Le signe des trois – Sherlock Holmes (un « vieux » challenge, créé en 2010, mais qui est toujours valide puisqu’il est illimité et pour lequel j’ai republié d’anciens billets).