Jean de Kolno de Stefan Żeromski

Jean de Kolno de Stefan Żeromski.

Bibliothèque russe et slave, 22 pages. Jan z Kolna (1922) est traduit du polonais par Thérèse Le Gal La Salle et cette nouvelle est parue dans la Revue politique et littéraire, année 63, n° 3, en 1925.

Genres : littérature polonaise, nouvelle.

Stefan Żeromski naît le 14 octobre 1864 dans le village de Strawczyn près de Kielce (région de Sainte-Croix, Pologne). Dans une Pologne partagée entre les empires allemand, austro-hongrois et russe, il s’engage jeune pour la justice social et la politique. D’ailleurs son premier roman, Les travaux de Sisyphe (Syzyfowe prace, 1897), plutôt autobiographique, met en scène des lycéens polonais qui résistent à la germanisation et à la russification de la Pologne. D’abord précepteur puis responsable de la bibliothèque polonaise de Rapperswil en Suisse (1892-1896) et de la bibliothèque Zamoyski de Varsovie (1897-1903), il écrit des nouvelles, des romans et du théâtre. Il est journaliste de guerre durant la guerre entre l’Union soviétique et la Pologne (1919-1921). Certaines œuvres sont écrites sous des pseudonymes, Stefan Iksmoreż, Józef Katerla et Maurycy Zych. Et plusieurs de ses œuvres sont adaptées au cinéma en Pologne. Il est comparé à Fiodor Dostoïevski et à Gustave Flaubert « tant pour ses recherches artistiques audacieuses que pour la finesse et la complexité psychologique de ses personnages pris dans la tourmente de la grande histoire » (source Wikipédia). Il meurt le 20 novembre 1925 au Palais royal de Varsovie. Sa maison d’été à Nałęczów est devenue un musée en son honneur en 1928.

Jean de Kolno, célèbre navigateur « au service des états scandinaves et danois » (p. 5) dans les mers du Nord, construit son nouveau navire dans son pays natal, la Pologne. C’est que les ouvriers polonais et les mâts polonais sont réputés.

Voici la description de Jean de Kolno. « C’était un homme de haute taille, aux épaules larges, au cou solide, au ventre gros, aux genoux et aux pieds puissants. L’été comme l’hiver, il travaillait avec sa chemise déboutonnée sur sa poitrine ; il avait la tête nue, portait une culotte de peau montant seulement jusqu’à l’aine et un léger caftan sur les épaules. Il se plaisait par la pluie et la glace, ne respirant largement, de ses vastes poumons, que parmi les ouragans du Nord. » (p. 5). C’est qu’après avoir fait deux fois le tour de l’Islande, il est attiré par le Groenland et l’Océan arctique.

Les descriptions de l’Islande, de l’Océan, des vents, des lumières et aurores boréales, de la Nature sont superbes, pleines de vie, de poésie et de réalisme et donnent envie de voyager malgré le froid polaire. « Ce spectacle éveillait dans son âme une passion dominante qui chantait en lui comme une musique éternellement neuve et toujours inconnue et lui inspirait un amour des dangers toujours renaissants. » (p. 7).

Le voyage l’appelle, la curiosité le fait vivre, il ne supporte plus la ville. « Il était dévoré par une curiosité inassouvie, par un désir inextinguible, par un feu qui lui brûlait la plante des pieds sur les terres peuplées et habitées par la race humaine. Sans cesse à son esprit se posait cette question : Qu’est-ce qu’il y a plus loin ? Qu’y a-t-il là encore ? Qu’est-ce qui se cache au delà de ce grand continent que tu as déjà aperçu ? » (p. 9-10).

Il lui faut alors le navire parfait pour supporter l’Océan, les vents, les tempêtes. « À présent il voulait construire son galion selon son idée propre, suivant sa connaissance du problème de ses destinées, parfait, capable de vaincre le Nord. Il voulait le doter de tout, lui donner sa propre raison, sa force, son endurance, son inflexibilité, sa puissance indestructible. Dans ses rêves, il lui donnait la forme d’un cygne. Il faisait le dessin de son navire semblable à cet oiseau qui annonce le Nord aux mers du Sud. » (p. 13).

Bon, il faut aimer le froid glacial, les peaux de bêtes, l’huile de foie de morue… Mais c’est un beau voyage littéraire. Et, à travers ses rêveries au bord de la Vistule et les matériaux de construction – dont le bois – qui viennent de toutes les régions, c’est la richesse de la Pologne que l’auteur (dé)montre, la maîtrise de leurs métiers qu’ont les ouvriers et les artisans polonais, « charpentiers, tourneurs, menuisiers, scieurs, forgerons, fondeurs de cuivre, verriers, et maîtres en voilure. » (p. 16). Prêts à embarquer sur le Cygne avec Jean de Kolno ?

J’ai aimé le côté à la fois humaniste et dramatique de cette nouvelle et je relirai cet auteur que je découvrais !

Pour le Mois des nouvelles et les challenges 2021, cette année sera classique et le Projet Ombre 2021.

L’empreinte de Karel Čapek

L’empreinte de Karel Čapek.

Bibliothèque russe et slave, collection Littérature tchèque, 26 pages. Šlépěj (1917) est traduit du tchèque par Hanuš Jelínek (pour la Gazette de Prague janvier-février 1924). La couverture ci-contre est l’édition numérique des éditions Marques.

Genres : littérature tchécoslovaque, nouvelle.

Karel Čapek, je vous remets ce que j’avais écrit pour La mort d’Archimède. Karel Čapek naît le 9 janvier 1890 à Malé Svatoňovice en Bohème. Il étudie à Brno puis à Berlin (philosophie) et Paris (Lettres). Il est francophile (il traduit Apollinaire et Molière), amateur de musique ethnique et de photographie. Il meurt le 25 décembre 1938 à Prague.

Après s’être mis à l’abri du froid et de la neige, Boura, un pèlerin, reprend sa route. Ses pas restent dans la neige et il croise un homme en sens inverse qui fait de même mais observe quelque chose. « Voyez-vous cette empreinte, là-bas ? demanda l’homme en désignant une empreinte de pied à quelque six mètres du bord de la grand’route, où ils se tenaient tous les deux. » (p. 2). Mais « l’empreinte du pied était isolée au milieu d’un champ ; il n’y en avait pas d’autre ni devant, ni derrière ; elle était nette et précise sur la surface blanche de la neige, mais aucun pas ne conduisait vers elle ni ne s’en éloignait. » (p. 3). Comment est-ce possible ? Les deux hommes cherchent une explication à cette unique empreinte au milieu du champ enneigé. « Elle était profonde et énergique […] » (p. 5). Mais pendant que chacun argumente, la neige reprend et les deux hommes se séparent sans avoir percé le mystère de l’empreinte.

Un an plus tard, Boura n’est pas du tout à la conférence qu’il donne devant les membres de la Société Aristotélique… Holeček est présent et il est en fait l’homme avec qui il avait observé l’empreinte ! « Ah, oui, dit Boura content, c’était vous. Je suis très heureux, vraiment… J’ai souvent pensé à vous. Eh bien, avez-vous trouvé les autres empreintes ? » (p. 13).

Petites erreurs… « Je me souvient » (p. 8), « je ne fait que constater » (p. 11), « il gagnait à nouveaux » (p. 12), aïe, ça fait mal aux yeux…

Mais L’empreinte est une belle réflexion philosophique et métaphysique, un peu comme une parabole, sur l’âme humaine et ce qu’elle comprend (ou pas) de la réalité et de la rationalité. Un grand écrivain de la première moitié du XXe siècle à découvrir pour la sobriété et la sincérité de ses textes. Dans cette nouvelle, j’ai apprécié le côté mystérieux et j’ai quelques autres titres de Karel Čapek !

Pour le Mois des nouvelles, le Projet Ombre 2021 et 2021, cette année sera classique.

La Mémoire de riz et Journal de David d’Ashby de Jean-Marie Blas de Roblès

La Mémoire de riz et Journal de David d’Ashby de Jean-Marie Blas de Roblès.

In La Mémoire de riz, Zulma, octobre 2011, 336 pages, 18,80 €, ISBN 978-2-84304-568-4. Parution en poche : J’ai lu, août 2014, 288 pages, 7,60 €, ISBN 978-2-29005-658-5.

Genres : littérature française, nouvelles.

Jean-Marie Blas de Roblès naît en 1954 à Sidi Bel Abbès (alors département d’Algérie française) mais sa famille s’installe dans le Var. Il étudie la philosophie (Sorbonne) et l’histoire (Collège de France) et part enseigner au Brésil puis en Chine. Là où les tigres sont chez eux (2008, Prix Médicis, Prix du jury Jean-Giono et Prix du roman Fnac) n’est pas son premier roman puisque sont d’abord parus L’impudeur des choses (1987) et Rituel des dunes (1989). Il est auteur de romans, nouvelles, poésie, essais et traducteur. Plus d’infos sur son site officiel.

La Mémoire de riz (5 pages). Le narrateur a pu « consulter certains papiers personnels du regretté Landolfo Grimaldi qui fut durant vingt ans (1884-1904) l’irréprochable conservateur de la bibliothèque royale de Turin. » (p. 69). À la fin du XIIIe siècle, Édouard 1er roi d’Angleterre envoie David d’Ashby en Chine. Mais en plus de ses récits de voyage (similaires finalement à ceux de Marco Polo ou d’autres voyageurs), il y a un journal intime. « Délivrée des nécessités de forme et d’effacement que demandait la rédaction de ses souvenirs de voyage, la personnalité de David d’Ashby s’y dévoile ici tout entière. » (p. 71).

Journal de David d’Ashby (15 pages). « Florence, le 17 février de l’an 1320. » (p. 72). David d’Ashby a 35 ans et il est rentré de son voyage depuis plusieurs mois. Il raconter comment son professeur de chinois et ami, maître Shang, lui a légué « la Mémoire de riz » (p. 74). Il se repose à Florence où il rencontre dame Beppa et sa fille Giovanna, et il découvre que les cinq mille grains de riz dans le sac ne sont pas de simples grains de riz. « […] une absolue certitude s’emparait de moi, un sentiment de liberté, de puissance, un éblouissement de l’être qui mettait toute chose, y compris le divin, à sa juste place dans le théâtre du Cosmos. » (p. 81-82). Que va faire David d’Ashby de toute cette sagesse ?

Très envie de relire cet auteur car les deux nouvelles sont excellentes, très bien écrites, ciselées, mots soigneusement choisis, côté mystérieux, envoûtant, presque poétique, j’ai vraiment eu l’impression d’y être et j’ai savouré mon plaisir de lecture. Ce recueil a reçu le Prix de la nouvelle de l’Académie française.

Pour le Mois des nouvelles et le Projet Ombre 2021.

La girafe de Thomas Gunzig

La girafe de Thomas Gunzig.

In Le plus petit zoo du monde, Au Diable Vauvert, mars 2003, 196 pages, 17 €, 978-2-84626-048-0. En poche : Gallimard Folio, n° 4239, juin 2005, 192 pages, 7,50 €, ISBN 978-2-07031-096-8.

Genres : littérature belge, nouvelle.

Thomas Gunzig naît le 7 septembre 1970 à Bruxelles (Belgique). Libraire (librairie Tropismes à Bruxelles), professeur de littérature, chroniqueur radio et auteur (romans, nouvelles, poésie, théâtre, scénario, littérature jeunesse).

Cathy et Bob se disputent, comme d’habitude « remarque puis discussion puis dispute puis insultes puis départ de Bob puis retour de Bob puis tirage de tête plus ou moins long puis subtils mouvements d’approche puis réconciliation » (p. 15). Mais, cette fois, au retour de Bob, son épouse est… partie ! Et elle a eu bien raison parce que se faire traiter de « grosse conne »… Mais le lendemain matin, Bob découvre une girafe morte dans le jardin ! La police, « les pompiers, la Croix Bleue, le service « catastrophes naturelles » de la Protection civile » (p. 18), tout le monde s’en fiche et l’envoie bouler. Mais, c’est qu’elle pue la girafe morte et que les voisins se plaignent de l’odeur !

La girafe est une nouvelle de 14 pages, je dirais surréaliste et je pense que les autres nouvelles de ce recueil sont du même tonneau (enfin, ici, plutôt du même zoo). On est dans de l’humour (belge ?) noir, dans l’absurde, dans le grinçant. J’aimerais lire d’autres titres de Thomas Gunzig, un particulièrement à me conseiller ?

Vous voulez découvrir l’univers de Thomas Gunzig ? Des nouvelles sur la revue littéraire en ligne Bon à tirer sont disponibles librement : La petite championne (n° 1, février 2001), Turbo diesel (n° 2, mai 2001), La nuit transfigurée (n° 3, novembre 2001) et des poèmes : Top chrono et autres poèmes (n° 4, février 2002) que je lirai à l’occasion.

Pour le Mois des nouvelles et le Projet Ombre 2021, ah et Animaux du monde #3 aussi.

Kabuliwallah de Rabîndranâth Tagore

Kabuliwallah de Rabîndranâth Tagore.

In Kabuliwallah et autres histoires, Zulma, février 2016, 400 pages, 22 €, ISBN 978-2-84304-712-1. 22 nouvelles traduites du bengali (Inde) et présentées par Bee Formentelli. Parution en poche : Zulma, mars 2020, 336 pages, 9,95 €, ISBN 978-2-84304-945-3.

Genres : littérature indienne, nouvelle.

Rabîndranâth Tagore, je reprends ce que j’avais écrit pour Amal et la lettre du Roi suivi de Chitra. De son vrai nom Rabîndranâth Thâkur dit Tagore, il naît le 6 mai 1861 à Calcutta (Bengale occidental) dans une famille d’aristocrates réformateurs. Il est le fils de Debendranâth Tagore (philosophe) et le petit-fils de Dvârkânâth Tagore (fondateur de Brâhmo Samâj avec son compatriote Rammohan Roy). Il étudie à Calcutta et à Londres : il aime la littérature anglaise et la musique occidentale. Quatorzième enfant de la famille, il voit ses frères et sœurs devenir également poètes, dramaturges, romanciers ou musiciens. Son premier recueil de poèmes écrits en bengali, Chants du soir (Sandhya Sangeet), paraît en 1882. Il se marie (à 23 ans), continue d’écrire (poésie et prose), partage les responsabilités religieuses et sociales de Brâhmo Samâj (avec son père) et voyage beaucoup dans le monde entier. L’œuvre de cet érudit, poète, philosophe, écrivain, dramaturge est traduite en français principalement par André Gide. Il décède le 7 août 1941 après avoir illuminé le monde comme un soleil (signification de son prénom).

Calcutta. Mini a 5 ans et n’arrête pas de parler, dérangeant son père qui écrit son roman. Mais elle s’est prise d’affection pour Rahamat, un kabuliwallah, un colporteur afghan qui lui offre des fruits, l’écoute et plaisante avec elle. « Je ne terminerai pas mon dix-septième chapitre aujourd’hui. » (p. 96). C’est le père de Mina le narrateur, il est écrivain. « Je donne peut-être l’impression d’être condamné à rester enfermé chez moi, mais en réalité, j’aspire en permanence à partir dans le vaste monde. » (p. 99-100).

Mais l’épouse du narrateur, la mère de Mini donc, n’aime pas particulièrement les relations de son mari et de sa fille avec cet étranger. « Il n’y a donc jamais d’enfants qui disparaissent ? Et l’esclavage ? Il n’existe pas en Afghanistan ? Est-ce que par hasard un solide Afghan ne saurait pas kidnapper un petit enfant ? Il me fallut bien avouer que ce n’était pas impossible, mais j’avais beaucoup de mal à le croire. Comme les gens sont influençables ! Voilà ce qui expliquait les craintes persistantes de ma femme. Toutefois, je ne voyais toujours pas pourquoi j’aurais dû interdire à Rahamat, qui n’avait commis aucune faute, l’accès de notre demeure. » (p. 101).

Cependant ce n’est pas Mini qui disparaît, c’est Rahamat…

Une nouvelle parue en 1892 (15 pages) aux saveurs de l’Inde, envoûtante et triste mais délicate et profondément humaine. Elle a été adaptée au cinéma en 1957, en 1961 et en 2006 (un article de la BBC, in English of course).

Lue pour le Mois des nouvelles et le Projet Ombre 2021 qui entre également dans les challenges 2021, cette année sera classique et Les étapes indiennes #2.

Rétrocession de Southeast Jones

Rétrocession de Southeast Jones.

Nouveau Monde, in Hors série n° 2 – Livre 1, juillet 2015, 17 pages.

Genres : littérature belge, nouvelle, science-fiction.

Southeast Jones est le pseudonyme de Paul Demoulin, né en 1957 à Liège (Belgique). Passionné par la science-fiction dès l’enfance, il écrit sa première nouvelle à l’âge de 15 ans. Boulanger-pâtissier, il a toujours pris du temps pour lire et écrire. Plusieurs de ses nouvelles paraissent dans des magazines ou des fanzines et il a participé au recueil Fin(s) du monde, 20 récits pour en finir avec l’Apocalypse (2012). Du même auteur : Barbares ! (2009), Contrat (2009), Émancipation (2009), Fin de semaine (2010), Migraine (2009), Le temps du repos (2009), Trip (2010).

La nuit, dans une ville portuaire. Ishmaël, un vieux loup de mer, rencontre un petit jeune, Marion, qui va vraisemblablement embarquer. « Tu es un jaunasse et je miserais ma dernière paye que tu embarques pour la première fois, tu sembles mort de trouille. À ma première traversée, j’ai dégueulé pendant une semaine. Bon sang ! J’ai bien cru que j’allais crever. » (p. 88). Ils boivent et, avant de se quitter, Ishmaël veut offrir à celui qu’il surnomme « jaunasse » son journal de bord. « Un vrai précis de philosophie maritime. » (p. 92).

« Je suis un vieux bonhomme fatigué, j’ai peur parce que je sens venir la fin. Nous partons tous les deux pour un très long voyage. » (p. 93). Deux voyages totalement différents pour Ishmaël mourant et Marion en partance vers sa nouvelle vie sur le Nathanaël. Finalement qu’est-ce que l’espace et le temps ? Qui sommes-nous dans l’espace et le temps ?

Vous vous demandez peut-être ce que la science-fiction vient faire la dedans ? Je ne peux rien vous dire à part de lire cette belle nouvelle… de science-fiction !

Lue pour le Mois des nouvelles et les challenges Littérature de l’imaginaire #9 et Projet Ombre 2021 (la mission de janvier est de lire une nouvelle de SF).

Projet Ombre 2021

Le challenge Maki Project 2020 s’est terminé et Yogo n’a pas voulu le renouveler. Ombre Bones prend la relève et renomme le challenge Projet Ombre 2021. Il court du 3 janvier 2021 au 3 janvier 2022 et les consignes ont un peu changé.

L’objectif est toujours de lire du format court (nouvelle, novella…) mais pas obligatoirement en SFFF (science-fiction fantasy fantastique). Ombre Bones propose plusieurs maisons d’éditions qui publient du format court. « BDs, mangas, comics et autres ouvrages graphiques ne conviennent pas à ce challenge SAUF s’il s’agit de nouvelles illustrées bien entendu ».

Info, logo et inscription chez Ombre Bones + le formulaire pour déposer les liens.

Ombre Bones a créé 4 formules :

L’ombre du palmier : vous participez au challenge à la cool, sans vous fixer d’objectifs précis hormis celui de lire au moins un texte au format court en 2021. Peut-être que vous allez faire mieux mais vous n’avez pas trop envie de vous avancer.

L’ombre à la douzaine : vous participez au challenge en vous engageant à lire au moins une nouvelle tous les mois, pour un total de douze sur l’année. Peut-être que vous allez faire mieux mais vous êtes un peu frileux/se donc vous commencez léger. Je choisis cette formule.

Le doublé de l’ombre : vous participez au challenge en vous engageant à lire au moins deux nouvelles tous les mois, pour un total de vingt-quatre sur l’année. Peut-être que vous en lirez davantage mais au cas où…

L’ombre acharnée : vous participez au challenge dans sa version d’origine en vous engageant à lire au moins une nouvelle par semaine pour un total de minimum 52 nouvelles sur l’année 2021.

Et 12 missions (mensuelles, facultatives) :

Janvier : lire une nouvelle de science-fiction, mission honorée avec lien n° 6.

Février : lire une nouvelle qui parle du carnaval ou du cirque.

Mars : lire une nouvelle d’un auteur ou d’une autrice francophone (et qui peut donc compter pour le Printemps de l’Imaginaire Francophone).

Avril : lire une nouvelle humoristique (ou avec au moins une blague dedans et, oui, ça peut être une blague nulle tant que ça fait sourire).

Mai : lire une nouvelle dont l’auteur a la même initiale que vous sur son nom de famille. Si vous faites nom + prénom, ça compte x2 !

Juin : lire un texte au choix qui compte double (et pour le #ProjetOmbre et pour le #S4F3 donc obligatoirement un texte court de SFFF).

Juillet : lire une nouvelle qui se passe sous le soleil (climat désertique, plage, etc.).

Août : lire une anthologie complète ou un recueil complet sur le mois.

Septembre : lire une nouvelle qui parle d’une école ou se passe dans une école.

Octobre : lire une nouvelle qui (vous) fait peur.

Novembre : lire une nouvelle dont la langue d’origine n’est ni l’anglais ni le français.

Décembre : lire une nouvelle où on offre un cadeau (et, oui, ça peut être un cadeau empoisonné, soyez originaux).

Mes lectures pour ce challenge

Janvier (je précise que c’est le Mois des nouvelles)

1. In nomine Tetris de Jean-Paul Didierlaurent (In Macadam, Au Diable Vauvert, 2015, France)

2. James Day de Patrick Cialf (Ymaginères, 2011, France)

3. Musher de Marcus Malte (Zulma, 2008, France)

4. Le Mouvement F d’Antonythasan Jesuthasan (Zulma, 2018, Sri Lanka)

5. L’indiscrète de Marie Sizun (Arléa, 2020, France)

6. Rétrocession de Southeast Jones (Nouveau Monde, 2015, Belgique)

7. Kabuliwallah de Rabîndranâth Tagore (Zulma, 2016, Inde)

8. La girafe de Thomas Gunzig (Au Diable Vauvert, 2003, Belgique)

9. Helstrid de Christian Léourier (Le Bélial, 2019, France)

10. La Mémoire de riz et Journal de David d’Ashby de Jean-Marie Blas de Roblès (Zulma, 2011, France)

11. L’empreinte de Karel Čapek (Bibliothèque russe et slave, 1917, Tchécoslovaquie)

12. Le Gel craquant d’Alexandre Afanassiev (Imago, Russie, collecté au XIXe siècle)

13. Jean de Kolno de Stefan Żeromski (Bibliothèque russe et slave, 1922, Pologne)

L’indiscrète de Marie Sizun

L’indiscrète de Marie Sizun.

In Ne quittez pas !, Arléa, collection 1er mille, janvier 2020, 248 pages, 20 €, ISBN 978-2-36308-213-8.

Genres : littérature française, nouvelle.

Marie Sizun naît en 1940, elle grandit et étudie les Lettres classiques à Paris. Elle est professeur de littérature (France, Allemagne, Belgique). De retour en France, elle publie son premier roman, Le père de la petite (Arléa, 2005) puis La femme de l’Allemand (Arléa, 2007) et une dizaine d’autres titres et reçoit plusieurs prix littéraires.

Une femme dans le métro pour la gare de Lyon observe les autres passagers. Elle avoue qu’elle est indiscrète et entend la conversation téléphonique de la femme assise en face d’elle. Eh bien, on en apprend de bonnes dans les transports en commun !

Une nouvelle courte (8 pages), surprenante, incisive, qui représente sûrement parfaitement bien les nouvelles (une quarantaine dit la 4e de couverture) de ce recueil composé de nouvelles inspirées de conversations téléphoniques entendues de façon indiscrète. Je n’avais jamais lu Marie Sizun et j’ai très envie de relire cette autrice.

Vous pouvez lire L’indiscrète librement sur Calaméo. Lue pour le Mois des nouvelles et le Projet Ombre 2021.

Le Mouvement F d’Antonythasan Jesuthasan

Le Mouvement F d’Antonythasan Jesuthasan.

In Friday et Friday, Zulma, avril 2018, 144 pages, 16,50 €, ISBN 978-2-84304-818-0. Les 6 nouvelles de ce recueil sont traduites du tamoul (Sri Lanka) par Faustine Imbert-Vier, Élisabeth Sethupathy et Farhaan Wahab. Le Mouvement F (21 pages) est traduit du tamoul (Sri Lanka) par Faustine Imbert-Vier.

Genres : littérature sri-lankaise, nouvelle.

Antonythasan Jesuthasan – également connu sous le pseudonyme de Shobasakthi – naît en 1967 à Allaippiddi dans le nord du Sri Lanka. Adolescent, il rejoint les Tigres tamouls puis s’enfuit (Hong Kong, Thaïlande) et obtient l’asile politique en France en 1993. Il est auteur (romans, nouvelles, essais, pièces de théâtre), scénariste et acteur (depuis 2011). Il est l’acteur principal de Dheepan réalisé par Jacques Audiard (Palme d’or à Cannes en 2015).

Au début la nouvelle, l’auteur explique de façon amusante pourquoi il a choisi la lettre F comme nom du Mouvement.

Le narrateur vit en France et il est régulièrement contacté par ses deux sœurs qui vivent avec leur mari à Jaffna et qui réclament de l’argent pour soigner leur vieux père mais Appa n’a jamais été conduit à l’hôpital et reçoit de leur part le minimum de soins… « Mais la semaine dernière, sa sœur aînée lui avait dit au téléphone que cette fois-ci, Appa ne se remettrait pas et qu’il se réveillait en sursaut la nuit pour demander si son fils était revenu. Alors il décida d’aller le voir. Il avait perdu sa mère trois ans à peine après son arrivée en France. La crémation d’Amma s’était faite sans un fils pour allumer le bûcher. Son père avait dit en sanglotant qu’il espérait qu’une telle fin lui serait épargnée. » (p. 13-14).

Alors qu’il est dans l’avion qui le conduit de Francfort (Allemagne) à Colombo (Sri Lanka), son voisin s’avère être Tamoul et engager la conversation. Mais il a l’impression d’avoir déjà vu cet homme « ailleurs, et avec un fusil » (p. 16). Le narrateur passe alors en revue les différents moments de la guérilla tamoule durant lesquels il pense avoir rencontré cet homme avec un fusil. De quel mouvement parmi les 37 qui existaient peut-il bien être ? « Tout se bousculait dans sa cervelle : « Pendant vingt ans, j’ai tout verrouillé et je me suis installé à Paris. J’aurais mieux fait d’y rester. Je suis revenu par amour filial, et au premier pas dans ce pays, je me mets en danger et je tremble de trouille. » Il se tenait dans la cabine, frémissant d’angoisse. » (p. 22). Le narrateur transmet très bien son anxiété au lecteur et l’auteur fait une sacrée pirouette finale !

Le passé ressurgit, peut-être pas toujours, mais un jour probablement, et il est angoissant surtout lorsqu’on a vécu la guerre (la minorité tamoule contre les militaires cinghalais), qu’on a été profondément touché (voire abîmé) et qu’on a tout fait pour oublier ces moments d’horreur. J’ai très envie, après cette nouvelle lue pour le Mois des nouvelles et le Projet Ombre 2021 de lire d’autres titres d’Antonythasan Jesuthasan. Et vous, avez-vous déjà lu cet auteur ?

Musher de Marcus Malte

Musher de Marcus Malte.

In Intérieur nord, Zulma, octobre 2008, 144 pages, 15,30 €, ISBN 978-2-84304-458-8. Nouvelle lue dans l’édition poche, Zulma, février 2020, 144 pages, 8,95 €, ISBN 978-2-84304-934-7.

Genres : littérature française, nouvelle.

Marcus Malte naît (Marc Martiniani) le 30 décembre 1967 à La Seyne sur Mer dans le Var. Il étudie le cinéma et joue du jazz (piano). Il est auteur depuis 1996 (romans en particulier romans policiers, nouvelles, littérature jeunesse). Plus d’infos sur son site officiel.

Auteur repéré depuis longtemps mais encore jamais lu, j’ai profité de l’occasion pour lire cette nouvelle en libre accès grâce à Zulma.

Ah oui, je réagis en lisant le début avec la neige et les chiens que musher, c’est l’humain qui dirige le traîneau (j’ai appris ça en lisant Sauvage de Jamey Bradbury, comme quoi on apprend des choses même dans un livre qu’on n’a pas apprécié).

Mais revenons à la nouvelle (43 pages). Mars. Jacques n’arrive pas à s’occuper des chiens, ni de lui d’ailleurs, il pense à autre chose. « C’est idiot. Elle ne reviendra pas. Jamais. Je le sais. Elle me l’a dit. Elle n’est pas du genre à parler en l’air. Faut bien que je me rentre ça dans le crâne. Tu ne reviendras pas. » (p. 15).

Anthony Cole est venu à la montagne avec Lauren les deux premières semaines de janvier. Des Anglais, des clients pas comme les autres. Jacques qui vit seul depuis toujours a comme été hypnotisé par Lauren. « Maintenant j’ai l’impression d’avoir laissé passer ma chance, si on peut appeler ça une chance. C’était elle ou personne. Je suis sûr de ça. Alors ce sera personne. » (p. 26).

C’est bizarre la façon dont l’auteur passe du « elle » au « tu » (vous voyez ça dans le premier extrait ci-dessus), ça m’a dérangée au début… Mais, au fur et à mesure de la lecture, le lecteur sent qu’il s’est passé quelque chose, c’est fugace au début, puis de plus en plus lancinant, en un mot cette histoire est très bien menée, bravo à l’auteur que je relirai c’est sûr.

Une lecture parfaite pour le Mois des nouvelles et le Projet Ombre 2021 que je mets aussi dans Animaux du monde pour les chiens de traîneau (très importants tout du long).