La main tendue de Poul Anderson

La main tendue de Poul Anderson.

Le passager clandestin, collection Dyschroniques, février 2014, 96 pages, 6 €, 978-2-36935-004-0. The Helping Hand (1950) est traduit de l’américain par Maxime Barrière.

Genres : littérature états-unienne, novella, science-fiction.

Poul Anderson naît le 25 novembre 1926 à Bristol en Pennsylvanie (États-Unis). Il étudie la physique à l’université du Minnesota et écrit pour payer ses études. Il est auteur de nouvelles et de romans de science-fiction puis s’intéresse à la fantasy avec la mythologie scandinave (ses parents étaient d’origine scandinave). Il fait partie du mouvement « libertarianisme », une philosophie politique pour une société juste et respectueuse des droits et des libertés. Il reçoit de nombreux prix littéraires. Il meurt le 31 juillet 2001 à Orinda en Californie.

« Son Excellence Valka Vahino, envoyé extraordinaire de la Ligue de Cundaloa auprès de la Confédération du Sol ! » (p. 5). Ralph Dalton et ses collaborateurs terriens reçoivent ce représentant des Cundaloiens pour une conférence préliminaire télévisée. Après la Grande Paix sur Terre et l’avènement de la Confédération, les Terriens ont envoyé des vaisseaux intergalactiques et ont découverts deux autres systèmes : celui de Cundalea et celui de Skontar. Malheureusement les rivalités entre les populations de ces systèmes ont engendré une guerre… C’est de paix dont vont parler les protagonistes maintenant. « Il leur fallait respecter cette paix à présent, surtout à un moment où tous deux avaient un besoin impérieux de se ménager l’aide solienne en vue de la reconstruction. » (p. 12). Solienne pour Sol, c’est-à-dire terrienne et Terre.

Mais les Skontariens sont beaucoup moins appréciés que les Cundaloiens et l’ambassadeur de Skontar, « Son Excellence Skorrogan, fils de Valthak, duc de Kraakahaym » (p. 11) ne fait rien pour arranger les choses : il arrive en retard, parle en rugissant, n’est pas du tout diplomate et dégage une odeur âcre… « il n’y aurait pas d’aide pour Skontar. » (p. 18). Un échec ? À voir !

Mieux vaut-il s’en sortir sous la domination d’un autre et perdre son identité ou faire face seul à « la désolation » (p. 48) ?

Cette nouvelle (novella), une des premières de Poul Anderson, est écrite en pleine guerre froide alors que le président Truman avait déclaré (en 1947) que les régimes totalitaires étaient entretenus par la misère, le besoin et généraient de la pauvreté, des conflits sociaux. Elle paraît d’abord en mai 1950 dans le n° 234 d’Astounding Science-Fiction, un pulp. En France, elle apparaît en 1977 dans Les pièges de l’espace, une anthologie publiée par la Librairie des Champs Élysées puis en 1983 dans Histoires de la fin des temps, un recueil de la collection La grande anthologie de la science-fiction au Livre de poche.

Pour les challenges Cette année, je (re)lis des classiques #3, Littérature de l’imaginaire #8 et Maki Project.

Monstrueuse féerie de Laurent Pépin

Monstrueuse féerie de Laurent Pépin.

Flatland, collection La Tangente, octobre 2020, 102 pages, 8,50 €, ISBN 978-2-490426-12-6.

Genres : littérature française, fantastique, novella, premier roman.

Laurent Pépin est un psychologue clinicien de 40 ans qui réside à Saintes en Charente Maritimes. Monstrueuse féerie est son premier roman (une novella est un court roman) ; un mot sur la couverture du livre : c’est une illustration de Kawanabe Kyôsai (1831-1889), un artiste japonais. Deuxième titre à paraître chez Flatland : L’angelus des ogres en avril 2021 (déjà écrit) et troisième titre : Clapotille (en cours d’écriture).

Un petit garçon terrifié par son père fait entrer les Monstres dans sa tête. « Il y a toujours une fenêtre que je laisse ouverte pour que les Monstres puissent entrer. Je ne le fais pas vraiment exprès. Mais tous les Monstres rentrent dans toutes les têtes de la même façon : on les y invite. Parce qu’il y a quelque chose en eux qui nous fascine, qui nous comble, ou du moins qui absorbe notre esprit logique en polarisant nos réflexions. Quand ils sont là, c’est trop tard. Ils ne sortent plus et la terreur grandit. » (début du roman, p. 5).

Le petit garçon est devenu adulte, tant bien que mal, et il est « psychologue dans le service pour malades volubiles du Centre psychiatrique, et [son] travail de recherche, au-delà des interventions à but thérapeutique, consistait pour l’essentiel à établir des ponts entre la poésie classique ou contemporaine et le contenu délirant des décompensations poétiques des patients du Centre. Je n’aime pas dire : « les patients ». Je les appelle les Monuments, en général. » (p. 10).

Comme il a du mal à communiquer avec les gens considérés comme normaux, sa vie au milieu des Monuments lui convient très bien. En plus il a rencontré une Elfe et vit un conte de fée. Mais, lorsque sa mère meurt d’un cancer, il souffre de problèmes de peau, d’accès de panique… et l’Elfe disparaît, le laissant seul et désemparé. « Quand je disparais, ça ne veut pas dire que je n’existe plus ou que tu n’existes plus. » (p. 24).

L’auteur va alterner les chapitres de l’adulte qui vit mal la séparation et de l’enfant envahi par les Monstres. Car, pour surmonter tout ça, il faut comprendre les traumatismes de l’enfance et aussi les traumatismes vécus par les parents. Mais ce n’est pas facile du tout… « Il n’y avait rien d’autre dans le monde que les Elfes, les Monstres et les Monuments. » (p. 40). Et c’est toujours terrifiant !

Les relations parents-enfants et les relations de couple sont parfois disproportionnées et toxiques… surtout quand l’un des protagonistes a des problèmes mentaux. « – J’ai des problèmes avec des souvenirs… Ils m’empêchent d’exister, c’est vrai. Mais j’existe quand tu es avec moi. – Il faut exister le reste du temps aussi. Je ne peux pas vivre comme ça. Je ne veux pas. » (p. 53) et « Je savais que j’avais tort mais j’étais prisonnier de moi-même. » (p. 64).

Lecteurs, venez rencontrer les patients, je veux dire les Monuments, Didier, Pierrot, Pierrette, Henri, Jean-François, Blanche, Christine, Paulette et leur psychologue qui aurait bien besoin d’être soigné lui aussi !

Désenchanté, ce psychologue à l’imagination débordante, passionné de poésie et de musique, tenaillé entre la colère, la peur et le désespoir, cite aussi bien Boris Vian que Harry Potter. En tout cas, la toile que l’auteur tisse entre son personnage psychologue, les patients Monuments, les Monstres, l’Elfe et les lecteurs fait presque peur parce qu’elle enveloppe vraiment tout : « Comment faire pour empêcher les Monstres de me hanter ? » (p. 77) et qu’il sera difficile de s’en dépêtrer après la lecture ! Monstrueuse féerie est un monstrueux roman sur les humains, le monde dans lequel ils vivent et les mondes qu’ils créent pour eux-mêmes ou pour les autres (il y a d’ailleurs une monstrueuse revisitation du conte Hansel et Gretel). Pour vivre heureux, faut-il « tuer » le père, « tuer » la mère, « tuer » l’enfant que l’on était ? Mais, attention, parce que finalement, « Ne devient pas fou qui veut. » (p. 98) !

Attirée par ce qu’en disait l’éditeur : « Avis aux amateurs : conte pour adultes teinté de pataphysique, de psychanalyse, de poésie et d’humour noir. », j’ai émis le souhait de lire Monstrueuse féerie et je remercie Laurent Pépin (que je ne connaissais pas du tout avant d’avoir un échange avec lui sur le groupe FB Nouveau Monde) de m’avoir envoyé son premier roman qui fut une grande claque ! Mais, comme j’aime lire des fictions sur le monde aliéniste (plutôt historique) et psychiatrique (je parle de fictions et pas de documents car je n’y comprendrais sûrement pas grand-chose…), je me suis sentie à l’aise à la lecture de ce récit presque kafkaïen (surtout à cause des cafards), enfin à l’aise façon de parler tant il est déstabilisant et un brin horrifique. Par certains côtés, cette lecture m’a d’ailleurs fait penser à un premier roman américain lu récemment, Une cosmologie de monstres de Shaun Hamill, et à une bande dessinée lue la semaine dernière et qui sera sur le blog mercredi prochain (pour La BD de la semaine), Journaux troublés de Sébastien Pérez et Marco Mazzoni, qui traite de la psychiatrie de façon différente mais aussi avec poésie. Mais je vous laisse découvrir tout ça par vous-mêmes et, si vous le souhaitez, lire une interview de Laurent Pépin sur L’ours danseur.

Une lecture que je mets dans 1 % rentrée littéraire 2020, le Challenge du confinement (case Contemporain), Littérature de l’imaginaire #8 (pour le côté fantastique horreur) et Maki Project 2020 (novella, imaginaire).

Ils l’ont lu : Le chien critique, La lectrice compulsive, L’ours danseur.