Habitant de nulle part, originaire de partout de Souleymane Diamanka

Habitant de nulle part, originaire de partout de Souleymane Diamanka.

Points, collection Poésie, février 2021, 144 pages, 7,30 €, ISBN 978-2-75788-747-9.

Genres : littérature franco-sénégalaise, poésie.

Souleymane Diamanka (dit Duajaabi Jeneba) naît le 27 janvier 1974 à Dakar au Sénégal mais il grandit à Bordeaux en France. Il parle français et peul et découvre dès le début des années 90 le rap, le hip hop et le slam. Il a à son actif 2 albums studios, L’hiver peul (2007), Être humain autrement (2016) et un album Live @ Hall Tony Garnier (2015), 5 livres (entre 2007 et 2021) et des participations en tant qu’acteur (cinéma) et comédien et auteur (théâtre). Des vidéos sur sa chaîne Youtube.

Préface « Avant-dire » d’Oxmo Puccino : « Clamer un texte, c’est lui donner vie. » (p. 12).

Parce qu’Amadou Hampaté Bâ, ambassadeur du peuple Peul a dit « En Afrique un vieillard qui meurt c’est une bibliothèque qui brûle » (p. 16), Souleymane Diamanka fait une entorse à l’oralité traditionnelle pour écrire. C’est un travail de conservation, de mémoire, de legs, de la part de « haal pulaar » (celui qui parle peul).

J’ai tout aimé dans ce livre – c’est un des plus beaux recueils de poésie moderne que j’ai lus – alors il ne m’est pas facile d’en sortir quelques mots pour vous livrer des extraits mais je vais faire de mon mieux parce que je veux que vous en lisiez un peu pour avoir envie de l’acheter (ou de l’emprunter) et de le lire entièrement.

« Je ne suis qu’un pauvre artiste au service de la beauté / Marchand de sentiment et de moments d’humanité » (début de Moment d’humanité, p. 29).

« J’ai attendu longtemps que le néant s’anime / Que chaque mot trouve sa phrase et que chaque phrase trouve sa rime » (p. 30).

« Même s’il est né de ma plume / si tu l’as aimé et qu’il t’a plu / ce n’est plus mon poème mais un papillon en papier » (début de Papillon en papier, p. 35).

« Vous qui survivez dans cet univers parfois si violent / Venez… je vous invite à faire le tour de la Terre / À bord de mon tapis volant » (Tapis volant, p. 49), un poème dans lequel il fait rimer ‘galerie d’art’ avec ‘regard’ et ‘éclipsé’ avec ‘yeux absorbés’, bien joué pour montrer l’importance du regard, de la vision, dans l’oralité.

« Si quelqu’un te parle avec des flammes / Réponds-lui avec de l’eau / Sache que le seul combat qui se gagne / C’est le duel qui devient duo / Je sais que les braves savent se battre / Et lutter pour leurs droits jusqu’à l’aube / Mais dis-leur que le paix guérit et la guerre périt » (début de Réponds-lui avec de l’eau, p. 53, vidéo ci-dessous). « La paix guérit et la guerre périt », sûrement le plus beau texte !

Souleymane Diamanka est une « voix pleine de sourires et pleine de larmes » (p. 55), avec des fulgurances comme « Prendre le temps d’écrire pour le meilleur et pour le dire » (p. 55) alors j’espère vraiment vous avoir donné envie de le découvrir, de le lire et de le partager autour de vous aussi.

Diamanka parle de l’Afrique, du peuple peul, de la nature, des animaux, de la France, des cités, de la pauvreté mais aussi de la vie, de l’amour, de la sexualité même, de l’humanité, de l’oralité et de l’écriture, « De la faune et de la flore / Des faibles et des forts / Des esprits et des espoirs » (p. 68)… Le verbe, les traditions tiennent une grande place dans plusieurs poèmes. Il est très inspiré et tout son parler n’est que poésie, poésie libre avec des rimes vraiment différentes de ce que j’ai pu lire auparavant. Des textes courts et percutants ou tendres et émouvants qui ont une belle musicalité et qui m’ont transportée… nulle part et partout ! C’est que Diamanka a bien compris qu’il était un passeur de mots, un « donneur de paroles d’honneur » (p. 83) parce que l’ancien lui a dit « Pars cueillir les mots » (p. 83).

« Le feu n’est pas éteint… il reste une braise / L’histoire n’est pas finie… il reste une phrase » (p. 92).

Mais il n’y a pas que le texte (oral ou écrit), Diamanka parle aussi des arts, la danse (dans plusieurs poèmes), les peintures rupestres (entre autres dans Graffiti-artiste de la préhistoire), des sculptures (Hommage à Ousmane Sow), ce qui montre bien son ouverture d’esprit et ce qu’il veut partager. « J’obtiendrai des notes étonnantes en faisant des vœux / Je rendrai l’amour de l’art monnaie courante en créant des lieux / Je reprendrai le fil de l’Histoire en dénouant les nœuds / Et je peindrai tout le temps en fermant les yeux » (p. 129).

Je vous le recommande même si vous n’êtes pas fondus de poésie, vraiment, c’est beau, c’est inspiré, c’est apaisant, c’est vivifiant, c’est pour tous.

Pour Les adaptations littéraires parce que livre, poésie, chansons et plus encore, et aussi À la découverte de l’Afrique (Sénégal, peuple Peul), Bingo littéraire d’Hylyirio (n° 36, un livre coup de cœur, 2e billet), Challenge lecture 2022 (catégorie 11, un livre qui met en scène un artiste), Petit Bac 2022 (catégorie Ponctuation pour la virgule, 2e billet) et Tour du monde en 80 livres (Sénégal).

Vie et poésie de Taras Chevtchenko

Genres : littérature ukrainienne, poésie, classique.

Taras Hryhorovytch Chevtchenko (en ukrainien : Тара́с Григо́рович Шевче́нко) naît le 25 février 1814 (9 mars dans le calendrier grégorien) à Moryntsi (région de Tcherkassy, Ukraine) dans une famille paysanne. Il est orphelin jeune (sa mère meurt en 1823 et son père en 1825). Il devient serviteur à Vilnius (Lituanie) et son employeur l’envoie à l’université de Vilnius pour qu’il suive les cours du peintre Jan Rustem (1762-1835) puis à l’Académie impériale des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg avec les cours du peintre Evgeny Nikolaevich Chiriaev (1887-1945).

Taras Chevtchenko est poète, peintre, ethnographe et humaniste. Il est considéré comme le plus grand poète romantique de langue ukrainienne. Il est aussi une figure emblématique dans l’histoire de l’Ukraine puisqu’il marque le réveil national du pays au XIXe siècle. Sa vie et son œuvre font de lui une icône de la culture de l’Ukraine et de la diaspora ukrainienne au cours des XIXe et XXe siècles. La principale université ukrainienne porte son nom depuis 1939, c’est l’Université nationale Taras-Chevtchenko à Kiev fondée en 1834 (photo ci-dessus, dans quel état est-elle maintenant ?…).

Sa vie n’est pas de tout repos, il recueille pour la Commission d’archéologie de Kiev les monuments historiques et les traditions folkloriques de l’Ukraine mais ses poèmes satiriques et ses idées politiques subversives (il milite pour l’abolition du servage et l’égalité sociale) déplaisent au tsar Nicolas Ier qui lui interdit d’écrire et de peindre… Il est alors exilé (d’abord à Orenbourg près de la mer Caspienne puis près de la mer d’Aral au Kazakhstan puis à nouveau au bord de la mer Caspienne à Novopetrovskoïe). Mais cela lui permet d’étudier les Kazakhs et il écrit et peint en cachette.

Il laisse une œuvre culturelle, littéraire (248 poèmes) et artistique ainsi que la création de l’alphabet ukrainien (mille ans après la création de l’alphabet cyrillique). Il meurt le 26 février 1861 (10 mars dans le calendrier grégorien) à Saint-Pétersbourg (Russie), surveillé par la police du tsar.

Suite à la parution de son premier recueil de poèmes, Kobzar (en ukrainien Кобзар) en 1840, il est surnommé Kobzar qui signifie barde, c’est-à-dire un artiste qui chante en s’accompagnant de la kobza (ancien instrument de musique d’Europe de l’Est)… même s’il ne jouait pas de cet instrument !

Extraits de quelques-uns de ses poèmes

Le Caucase (1845) traduit par Eugène Guillevic. Terriblement d’actualité ! « Notre âme ne peut pas mourir, / La liberté ne meurt jamais. […] La vérité se lèvera ! / La liberté se lèvera ! […] Mais les rivières pour l’instant / Coulent toutes pleines de sang. […] Beaucoup de soldats y sont morts. / Combien de pleurs ? Combien de sang ? […] Luttez ; vous vaincrez ; Dieu vous aide ! / Avec vous sont la vérité, / La liberté sacrée, la gloire ! ».

Le soir (1876), traduit par Émile Durand pour la Revue des Deux Mondes (3e période, tome 15, p. 941). « La mère, autour de la maison, / A couché les petits enfants ; / Elle-même dort près d’eux. / Tout bruit s’éteint… Seuls, la jeune fille / Et le rossignol veillent encore. » Bien que la construction de cette poésie soit différente, elle me fait un peu penser à un haïku.

Marianne (1876), traduit par Émile Durand pour la Revue des Deux Mondes (3e période, tome 15, p. 942-944). Marianne est fille unique, belle, et sa mère veut la marier mais elle voit Pètre, un Cosaque, en cachette. « Pourquoi pleures-tu, mon bel oiseau ? lui demandait Pètre. Elle le regardait, et, souriante : – Je n’en sais rien moi-même ! – Tu penses peut-être que je t’abandonnerai ? Non, j’irai avec toi et je t’aimerai tant que je vivrai. »

Le testament (1921), traduction anonyme. « Quand je mourrai, enterrez-moi / Dans une tombe au milieu de la steppe / De ma chère Ukraine, / De façon que je puisse voir l’étendue des champs, / Le Dniéper et ses rochers, / Que je puisse entendre / Son mugissement puissant. ».

Le destin (sans date), traduit par Myroslawa Maslow. « Nous n’avons pas été sournois, / Nous avons marché tout droit, nous n’avons pas / Un seul grain de mensonge avec nous… ».

L’Hérétique (Jan Hus) (sans date), traduit par Sophie Borschak et René Martel. « Des flots de sang coulèrent, / Éteignirent l’incendie, / Et les Germains se partagèrent / Les tristes décombres / Et les orphelins. […] Mais, dans les décombres de jadis, / L’étincelle de fraternité couvait. / Elle couvait, elle attendait / Des mains fortes et hardies. / Elles vinrent. Alors jaillit, / Du plus profond des cendres, / La belle flamme, le cœur hardi, / Les yeux d’aigle intrépides. / Tu as allumé, Ô sage, / Le flambeau de la liberté / Et de la vérité. » Jan Hus (1372-1415) est un théologien et réformateur religieux tchèque qui fut excommunié, condamné pour hérésie et brûlé sur le bûcher. Il est considéré comme le précurseur du protestantisme.

Il est possible de lire la poésie de Taras Chevtchenko dans Œuvres choisies (DNIPRO, 1978, 320 pages, traduction d’Henri Abril, Nina Nassakina et Cazimir Szymanski, version bilingue et illustrée) et dans Kobzar (Éditions Bleu et Jaune, 2015, 130 pages, traduction et annotations de Darya Clarinard, Justine Horetska, Enguerran Massis, Sophie Maillot et Tatiana Sirotchouk).

Et pour finir, le portrait d’Ira Frederick Aldridge (1807-1867), acteur sénégalais-américain, un des plus grands interprètes du théâtre de William Shakespeare, que Taras Chevtchenko a réalisé au pastel en 1858 (il a rencontré l’acteur lors de sa tournée européenne qui l’a conduit jusqu’en Russie). Vous pouvez voir d’autres peintures de Chevtchenko sur WikiArt.

J’espère que ce billet vous a plu et je le dépose dans les challenges 2022 en classiques et Les classiques c’est fantastique #2 (le thème d’avril est « les enfants du siècle », ici le XIXe siècle) et Les textes courts.

Le jeudi, c’est musée/expo #34 – Éphémère

Bonsoir, je n’ai pas eu le temps de m’occuper des photos avant donc je publie ce billet en soirée (au lieu de la programmation le matin).

Cette année, le thème (national) du Printemps des poètes est L’éphémère et je voulais vous montrer cette exposition… éphémère.

La première photo est une vue d’ensemble. La deuxième photo est un montage réalisé avec trois photos prises les unes après les autres. Vous pouvez cliquer sur les photos. Et ci-dessous il y a une vidéo (provenant du site du Printemps des poètes).

Lune n’est lune que pour le chat de Vénus Khoury-Ghata et Sibylle Delacroix

Lune n’est lune que pour le chat de Vénus Khoury-Ghata et Sibylle Delacroix.

Bruno Doucey, collection Poés’histoires, octobre 2019, 64 pages, 978-2-36229-240-8.

Genres : littérature française, littérature jeunesse, poésie.

Vénus Khoury naît le 23 décembre 1937 près de Beyrouth (Liban). Elle vit dans un village de montagne, Bcharré où est né Khalil Gibran. Elle étudie la littérature à Beyrouth, écrit ses premières poésies (Les visages inachevés, recueil paru en 1966, et Terres stagnantes, recueil paru en 1967) puis s’exile en France où elle épouse un médecin (Jean Ghata) et publie son premier roman (Les inadaptés en 1971). Suivent une trentaine de romans (je pense n’en avoir lu aucun) et autant de recueils de poésie pour lesquels elle reçoit plusieurs prix littéraires.

Sibylle Delacroix naît en 1974 à Bruxelles (Belgique). Elle étudie à l’ERG (École de Recherche Graphique) de Bruxelles. Elle illustre d’abord des contes (Barbe Bleue, son projet de fin d’études), puis des romans, des albums jeunesse et même des affiches. D’après ce que j’ai compris, les dessins de Lune n’est lune que pour le chat sont faits au crayon porte-mine. Plus d’infos sur son site officiel.

« À quoi servent les étoiles ? / À nous faire un clin d’œil quand on se sent seul. » (p. 9, in Coups de marteau dans le ciel).

Mais il n’y a pas que les étoiles et la lune. Ces poésies s’enrichissent de cormorans, de goélands, de cigognes, de navires engloutis, de cachalots, d’une grenouille qui chante faux, d’arbres… que rencontre un matou qui « à pattes de velours […] se faufile entre les mots » (p. 62). Un matou qui profite de la nuit pour « poursuivre son ombre » (p. 62) et la lune.

« Bruit de friture dans le cosmos / qui fait rissoler des étoiles ? / l’huile brûle / baissez le feu […] À quoi servent les étoiles ? / À clouer la nuit sur la voûte du ciel. » (p. 37, in Friture d’étoiles).

Les illustrations sont superbes, elle sont toutes en double-page. Ma préférée est celle où le chat sur scène chante et le projecteur est comme une lune au-dessus de lui (p. 46-47).

Pas un coup de cœur cependant mais un joli livre pour les enfants qui aiment les chats et découvriront la poésie grâce à la balade nocturne de ce matou aventurier mais un brin triste. À découvrir si vous êtes curieux !

Pour Bingo littéraire d’Hylyirio (n° 22, un livre jeunesse), Challenge lecture 2022 (catégorie 20, un livre jeunesse), Jeunesse young adult #11, Petit Bac 2022 (catégorie Animal pour Chat) et Les textes courts.

Défi du 20 février 2022

Après une première année de l’atelier d’écriture Le défi du 20 en 2021, je continue avec les nouvelles consignes et le nouveau joli logo coloré (créé par Soène) chez Passiflore, où vous pouvez consulter toutes les infos.

En janvier, c’était 1 peintre, eh bien en février, c’est 2 poètes. Avec le Nouvel an lunaire (faussement appelé Nouvel an chinois) et le printemps qui arrive, j’ai envie de vous parler de 2 poètes japonais, des haïkistes, c’est-à dire des poètes qui écrivent des haïkus.

Déjà, je dois vous expliquer ce qu’est un haïku, n’est-ce pas ? C’est un poème très court, en 3 vers construits chacun de 5 puis 7 puis 5 syllabes ce qui fait au total 17 syllabes (ou mores). Le haïku contient absolument un élément de saison (le kigo) sinon ce n’est pas un haïku mais un moki (c’est qu’au Japon, tout est codifié, la poésie, la peinture, le thé, etc.).

Je ne vais pas vous parler à nouveau de Buson, je vais choisir deux autres haïkistes mais quand même parmi les plus connus pour ne pas vous perdre.

Bashô 芭蕉 (qui signifie ‘bananier’, de son vrai nom MATSUO Bashô, connu donc sous son prénom, ce qui est rare pour les Japonais qui utilisent systématiquement le nom de famille), naît en 1644 à Iga-Ueno (préfecture de Mie, au sud-est de l’île Honshû). Il meurt le 28 novembre 1694 à Ôsaka (région du Kansai sur l’île Honshû). Il n’a alors que 50 ans mais il laisse à la postérité des poèmes, des carnets de voyages et une école de poésie.

Bashô, Buson, Issa et Shiki sont les quatre grands haïkistes classiques japonais parce que chacun a apporté une évolution au haïku. Petit retour en arrière : au XVIe siècle, Sôkan est célèbre pour ses haïkus comiques (voire vulgaires). Au XVIIe siècle, Bashô crée une nouvelle forme de haïku (le style s’appelle shôfû), plus dans la contemplation et l’émotion de l’observation de la Nature et des éléments naturels, bref des poèmes tout en subtilité et beauté simple (mais cela n’empêche pas l’humour). C’est que Bashô pratique le bouddhisme Zen et qu’il fonde une école de poésie (dans son ermitage de Kukagawa dès 1680). Il est aussi auteur de carnets de voyages, agrémentés de haïkus, dont le plus célèbre est Le chemin étroit du Bout-du-Monde (Oku no hosomichi 奥の細道 / おくのほそ道) rédigé en haïbun (mélange de haïkus et de prose poétique) après un voyage au printemps 1689. Six recueils de poèmes sont parus entre 1672 et 1694, ainsi que sept recueils de poèmes en kasen (Bashô et les élèves de son école) entre 1684 et 1698, et sept journaux de voyages entre 1685 et 1694 dont plusieurs sont heureusement traduits en français (recueils ou anthologies, parfois en édition bilingue). Parmi ses haïkus les plus connus, le très beau Paix du vieil étang / Une grenouille plonge / Bruit de l’eau.

Passons maintenant Buson et Issa (nés au XVIIIe siècle) pour découvrir Shiki (XIXe siècle).

Shiki 子規 (qui signifie ‘petit coucou’), de son vrai nom Masaoka Tsunenori (donc connu lui aussi sous un prénom de plume), naît le 17 septembre 1867 à Matsuyama (préfecture d’Ehime, île Shikoku) dans une famille de samouraïs. Lorsqu’il étudie la littérature à Tôkyô, il rencontre l’écrivain Natsume Sôseki. Shiki est non seulement poète mais aussi critique littéraire, journaliste dès 1892 et fondateur de la revue littéraire Hototogisu en 1897 (Hototogisu signifie ‘Coucou’ et la revue a perduré après sa mort). Auteur de haïkus (fin du XIXe siècle mais qui influenceront le XXe siècle), Shiki est considéré comme un théoricien qui a rénové le haïku et a innové avec le tanka (poème similaire au haïku mais sans rimes et contenant 31 mores sur cinq vers). De plus, il rompt (vous avez compris que l’histoire du haïku est faite de ruptures et d’innovations) avec le romantisme du XVIIIe siècle et privilégie la Nature et la liberté, il est donc le fondateur du haïku moderne. Il meurt le 19 septembre 1902 à Tôkyô, il n’a que 35 ans, mais il laisse une œuvre importante (25000 haïkus, des monographies…) et il existe des éditions françaises (recueils, anthologies, certaines en édition bilingue). Parmi ses haïkus, voici Dites-leur / que j’étais un mangeur de kakis / qui aimait les haïkus !

Je mets ce billet un peu spécial dans les challenges 2022 en classiques et Les textes courts.

J’espère que ce voyage poétique au Japon vous a plu et qu’il vous aura donné envie de (re)découvrir le haïku. Les autres billets à consulter chez Passiflore et rendez-vous le 20 mars avec le thème 3 chanteurs (ci-dessous, le tableau des thèmes pour l’année).

Howl d’Allen Ginsberg

Je ne savais pas du tout quoi lire pour Les classiques c’est fantastique avec le thème de janvier « chroniques des gros(ses) dégueulasses », déjà je ne percutais pas bien le thème, je pensais à de la littérature pornographique mais je n’en avais pas envie… Je remercie Fanny qui m’a donné quelques idées (samedi soir, j’ai dû faire vite). J’en ai sorti ce poème : Howl d’Allen Ginsberg que j’ai dû lire en anglais parce qu’en français je n’ai trouvé que le début et des extraits (c’est qu’il n’est pas encore tombé dans le domaine public).

Howl ou Howl for Carl Solomon est un long poème en prose écrit en 1954-1955, lu durant la Six Gallery Reading (le 7 octobre 1955) à San Francisco, et publié en 1956 par le poète et activiste Lawrence Ferlinghetti cofondateur de City Lights Books (édition et librairie qui existent toujours). Howl contient trois parties et il est disponible en anglais sur SprayBerry et sur Poetry Foundation mais aussi sur Wikipedia avec des explications (toujours en anglais). Il est édité en France par Christian Bourgois (96 pages).

Voici ce que dit Wikipédia d’Allen Ginsberg : « Irwin Allen Ginsberg, né le 3 juin 1926 à Newark et mort le 5 avril 1997 à New York, est un poète américain, membre fondateur de la Beat Generation, du mouvement hippie et de la contre-culture américaine. Ses prises de position homosexuelles, pacifistes et bouddhistes lui valurent de fréquents démêlés avec la justice. Son œuvre, scandaleuse dans les années 1960, fut récompensée à partir des années 1970. »

Scandale littéraire, censure, interdiction, condamnation pour obscénité, arrestation de l’auteur… C’est que Howl est écrit dans un langage cru et parle non seulement de sexe mais aussi d’homosexualité, d’alcool, de drogue (marijuana, LSD, amphétamines, opium), etc. Il critique la politique, la religion, le comportement du gouvernement et les agissements du corps médical en particulier en hôpital psychiatrique (ce qu’a subi Carl Solomon au Rockland Psychiatric Center).

De plus Ginsberg milite contre la guerre du Viêtnam, son père est Juif et sa mère est militante communiste, il préfère être bouddhiste et hindouiste (imaginez dans l’Amérique des années 50 !).

Cofondateur de la Beat Generation (expression créée par Jack Kerouak en 1948) avec Jack Kerouac, William S. Burroughs rejoints par Gregory Corso, Ginsberg – et Burroughs avec Le festin nu – ont dû faire face à des procès en obscénité mais c’est ce qui permit finalement la reconnaissance de ce mouvement artistique et littéraire voire politique dans cette Amérique puritaine qui refuse la libération sexuelle, l’homosexualité et les pensées libertaires.

Beatniks, hippies, jazz, pop music, liberté individuelle, culture underground, mouvement gay… des courants reconnus maintenant mais décriés fin des années 50 et dans les années 60. Et vous vous doutez que Ginsberg et ses copains étaient fortement surveillés par le FBI puisque considérés comme dégénérés et dangereux.

J’avoue que c’est un tantinet nébuleux pour moi (il y a de nombreuses références que je ne connais pas…) mais c’est intéressant à découvrir parce que cette Beat Generation a enrichi la culture américaine (voire mondiale, occidentale en tout cas) surtout au niveau littéraire et musical.

Voilà, je n’aurais pas mis ça de moi-même dans le thème « gros dégueulasses » (qui me faisait plutôt penser à Sade et confrères) mais je suis contente de participer à ce premier thème de l’année pour Les classiques c’est fantastique, même de façon succincte (c’est que je n’ai pas lu le recueil de poèmes en entier, pas disponible légalement sur le Web, simplement Howl). Les billets de Moka, Mag, Natiora, Lolo Coste, Lili, Mumu, Margot, Fanny, Madame lit, Alice, Katell, L’ourse bibliophile et Fanny (pages versicolores).

Il existe un film, Howl, réalisé par Rob Epstein et Jeffrey Friedman, sorti en salles en 2010 aux États-Unis et en 2012 en France. C’est un film dramatique et biographique sur Allen Ginsberg joué par James Franco. Le film raconte l’enfance de Ginsberg, le poème Howl (en animation), le procès contre Howl et son auteur et un entretien avec Ginsberg après le procès.

Spell, une chanson de Patti Smith, est inspirée de Howl (vidéo sous la bande annonce du film).

Je mets ce billet dans 2022 en classiques, Les adaptations littéraires et Les textes courts.

Le chat blanc et le moine de Jo Ellen Bogart et Sydney Smith

Le chat blanc et le moine de Jo Ellen Bogart et Sydney Smith.

Kaléidoscope, février 2017, 32 pages, 13 €, ISBN 978-2-877-67921-3. The White Cat and the Monk (2016) est traduit de l’anglais par Élisabeth Duval.

Genres : album illustré canadien, Histoire médiévale.

Jo Ellen Bogart, l’auteur, naît le 20 octobre 1945 à Houston (Texas). Elle part au Canada en 1975 et devient citoyenne canadienne ; elle vit en Ontario. Elle est autrice de littérature jeunesse.

Sydney Smith est Canadien ; il vit à Halifax (Nouvelle-Écosse). Il est illustrateur depuis 2010 et a reçu plusieurs prix.

C’est la nuit ; un chat blanc sort de la forêt et s’introduit dans un monastère ; il sait exactement où aller : la cellule d’un moine est encore éclairée. Ces cases sont sans texte. Puis, à l’arrivée du beau chat, le moine commence : « Moi, le moine qui étudie, je partage mon logis avec Pangur, mon chat blanc. » (p. 10-11).

Une belle histoire d’amitié et de complicité entre le vieux moine et le chat. « L’un l’autre, nous aimons la vie que nous menons. Notre histoire est une belle histoire. » (p. 24-25).

Ma page préférée ? La page 19 avec le dessin pleine page ressemblant à un manuscrit sur lequel on voit le moine et le chat blanc.

Au IXe siècle, en Irlande, un moine bénédictin – dont le nom est inconnu – partage sa cellule avec un chat blanc et écrit un poème intitulé Pangur Bán. Ce poème est écrit dans un carnet nommé Reichenau Primer (il a été découvert à Reichenau, au sud de l’Allemagne) et il est conservé à la bibliothèque de l’abbaye Saint-Paul du Lavantall en Carinthie, en Autriche. C’est l’histoire de ce moine et de ce chat blanc (en gaéllique, pangur signifie qui redonne du gonflant au tissu et bán signifie blanc) que Jo Ellen Bogart raconte dans ce très bel album richement illustré par Sydney Smith.

Si vous avez besoin de calme, de quiétude, cet album est fait pour vous.

Une très belle histoire inspirée d’un poème du IXe siècle donc je mets cet album illustré dans 2021, cette année sera classique mais aussi dans Jeunesse Young Adult #10 et Les textes courts.

Haïkus des quatre saisons avec des estampes de Hokusai

Haïkus des quatre saisons avec des estampes de Hokusai.

Seuil, octobre 2010, 128 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-02102-293-3. Haïkus traduits du japonais par Roger Munier.

Genres : littérature japonaise, poésie, classique.

Différents auteurs très connus comme Bashô, Buson, Issa, Shiki (plusieurs haïkus de chacun) et moins connus comme Chiyo-ni, Chora, Gonsui, Hashin, Kikaku, Kitô, Koyû-ni, Kubonta, Moritake, Onitsura, Saikaku, Senkaku, Shara, Taigi, Yayû, Yûsui (un ou deux haïkus de chacun).

Que dire sur ce recueil de poésie en dehors du fait que, bien sûr, il est magnifique tant au niveau des haïkus qu’au niveau des estampes. Je vais donc parler un peu du haïku et des haijin, des estampes et de Hokusai puis donner mes quatre haïkus préférés (un par saison). Hier, j’ai publié une photo qui montre un extrait de ce recueil.

Le haïku. Le haïku 俳句 est un poème japonais court se composant obligatoirement de : 1. 17 mores (syllabes pour les Occidentaux) disposées d’une certaine façon (5/7/5), 2. un kigo (un mot de saison) et 3. un kireji (une césure). Le haïku est très codifié et s’il ne comporte pas de saison ou pas de césure, ce n’est pas un haïku, c’est un muki. Ou un senryu qui parle des faiblesses humaines de façon cynique (*). Le mot haïku est créé en 1891 par Masaoka Shiki (qui fait partie des auteurs de ce recueil). Car au XVIe siècle, les Japonais utilisaient haïkaï-renga ou renga (au moins deux strophes). Et le mot hokku désigne la première strophe d’un renga. Shiki a donc contracté haïkaï et hokku pour créer haïku. Pour conclure, le haïku parle de ce qu’a vu ou ressenti son auteur durant une saison (par exemple des cerisiers en fleurs symbolisent le printemps). (*) J’ai rencontré des gens qui disent écrire des haïkus mais qui n’y parlent que de leurs problèmes personnels et existentiels, ils ont bien du mal à comprendre que ce ne sont pas des haïkus… Ces gens regardant uniquement en eux et n’observant pas du tout la Nature et les saisons !

Les haijin. Les auteurs de haïkus sont des haijin 俳人 (ou haïkistes pour les Occidentaux). Les premiers haijin vivaient au XVIe siècle : Sôkan Yamazaki (1465-1553) dit Sôkan n’est pas présent dans ce recueil mais Arakida Moritake (1473-1549) dit Moritake y est. Les haijin les plus connus sont Bashô Matsuo (1644-1694) dit Bashô, Buson Yosa (1716-1783) dit Buson dont j’ai déjà publié 66 haiku, Issa Kobayashi (1763-1828) dit Issa et Masaoka Shiki (1867-1902) dit Shiki qui représentent les XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles apportant chacun des évolutions. Quatre siècles sont donc représentés dans ce recueil. À noter que le célèbre romancier et nouvelliste Natsume Sôseki (1867-1916) dit Sôseki a écrit des haïkus après sa rencontre avec Masaoka Shiki en 1887.

Les estampes japonaises. L’ukiyo-e (浮世絵) signifiant « image du monde flottant » est une technique artistique japonaise de peinture (e) gravée sur bois créée à l’époque d’Edo (1603-1868). Sont représentés des paysages naturels (incluant les animaux) et des lieux célèbres mais aussi des personnes réelles comme des acteurs du théâtre kabuki, des lutteurs de sumô… et des femmes, des femmes belles (bijin), des courtisanes (oiran), parfois dans des scènes érotiques (« maisons vertes », Yoshiwara le quartier des plaisirs…), et aussi des créatures fantastiques comme les yôkai (fantôme, esprit, démon). Les ukiyo-e peuvent aussi être des illustrations de calendrier (egoyomi) et de cartes de vœux privées luxueuses (surimono).

Hokusai. Parmi les artistes d’estampes japonaises les plus célèbres, il y a Kitagawa Utamaro (c. 1753-1806) dit Utamaro, spécialiste des portraits (okubi-e qui signifie « image de grosse tête »), Utagawa Hiroshige (1797-1858) dit Hiroshige, spécialiste des estampes de la ville d’Edo et du Mont Fuji et Katsushika Hokusai (1760-1849) dit Hokusai et surnommé le « Vieux fou de dessin » spécialement connu pour ses vues du Mont Fuji et pour sa Grande vague de Kanagawa. Mais les estampes de ce recueil ne se limitent pas au Fuji et à la vague, elles montrent des paysages (des arbres, des fleurs, des points d’eau, des montagnes…), des animaux, des personnages (à l’intérieur ou à l’extérieur) et même des objets. Né à Edo (l’ancien nom de Tôkyô), Hokusai a vécu pratiquement toute sa vie à Asakusa (quartier que j’aime beaucoup) mais il a voyagé en particulier à Kyôto et a eu une carrière de 70 ans (durant laquelle il a régulièrement changé de nom d’artiste). Ses œuvres sont visibles dans deux musées : le Hokusai-kan à Obuse dans la préfecture de Nagano (depuis 1976) et le Sumida Hokusai Bijutsukan (Musée Sumida Hokusai) à Tôkyô (depuis 2016). À noter que sa fille cadette, Katsushika Ôi (c. 1800–c. 1866), est devenue peintre et est connue grâce à une série de manga Sarusuberi de Hinako Sugiura (3 tomes, 1983-1987) et un très beau film d’animation Sarusuberi Miss Hokusai réalisé par Keiichi Hara (2015).

Voilà, j’espère que ce billet vous a plu, vous a donné envie de lire ces haïkus et, avant de vous donner mes quatre haïkus préférés (un par saison donc, mais ils peuvent changer au gré de mes relectures et de mon humeur), je voulais vous dire que les Japonais sont fiers d’avoir quatre saisons et ont du mal à croire qu’en Europe aussi il y a quatre saisons (peut-être qu’au Japon, les saisons sont plus « marquées » qu’ici).

Printemps : Rien d’autre aujourd’hui / que d’aller dans le printemps / rien de plus (Buson).

Été : Montagnes au loin / où la chaleur du jour / s’en est allée (Onitsura).

Automne : De temps à autre / les nuages accordent une pause / à ceux qui contemplent la lune (Bashô).

Hiver : Les chiens poliment / laissent passage / dans le sentier de neige (Issa).

Pour le Mois au Japon et 2021, cette année sera classique, Challenge lecture 2021 (catégorie 55, un recueil de poèmes), Hanami Book Challenge pour le menu 1, Au temps des traditions, pour le sous-menu 4, fête traditionnelle, nature, écologie (chaque changement de saison est une fête au Japon et aussi bien les haïkus que les estampes font ici honneur à la Nature), Petit Bac 2021 (catégorie Météo, les saisons étant acceptées).

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Projet 52-2021 #14

Quatorzième semaine pour le Projet 52-2021 de Ma avec le thème poésie. Cette photo montre un extrait de Haïkus des quatre saisons illustrés avec des estampes de Hokusai, un beau livre que j’aime lire et relire. Je vous souhaite un bon week-end printanier et, si vous voulez participer, allez voir Ma !

 

La douce main du temps de Kim Kwang-kyu

La douce main du temps de Kim Kwang-kyu.

L’Amandier, collection Accents graves Accents aigus, novembre 2013, 262 pages, 25 €, ISBN 978-2-35516-222-0. 시간의 부드러운 손 (Sigan-ûi budûlônum son, 1979-2007) est traduit du coréen par Cathy Rapin et Im Hye-gyông, édition bilingue.

Genres : littérature coréenne, poésie.

Kim Kwang-kyu 김광규 naît le 7 janvier 1941 à Séoul (Corée du Sud). Il étudie l’allemand et la littérature allemande à l’Université de Séoul. De 1972 à 1974, il étudie ensuite à Munich en Bavière (Allemagne) et délivre une thèse de doctorat sur Günter Eich. Dans les années 80, il enseigne l’allemand à l’université Hanyang à Séoul et traduit des poèmes allemands en particulier ceux de Bertolt Brecht, Heinrich Heine et Günter Eich. Depuis son retour d’Allemagne, en 1979, il est poète (à 38 ans, il est considéré comme poète tardif), il reçoit de nombreux prix littéraires et ses poèmes sont traduits en allemand, en anglais, en japonais et en espagnol.

Quatrième de couverture. « Ce recueil préfacé par les traductrices Cathy Rapin et Im Hye-gyong, est né de leur rencontre avec le poète Kim Kwang-kyu, figure reconnue de la littérature coréenne contemporaine et traduit en plusieurs langues. « Captivées » selon leurs propres termes par cette poésie « humaniste », par sa « musique comme un ruisseau pétillant », son « humour). aigre-doux et amer », « sa simplicité et sa force », elles nous ont donné le désir de faire partager aux lecteurs la découverte de ce poète, dont le texte est présenté en version bilingue. Il y a dans cette poésie, notent-elles encore, « une étrange alchimie » réunissant l’Orient et l’Occident autour de thèmes contemporains en prise avec la vie citadine et les réalités sociales et politiques. C’est dans une simplicité, qui n’hésite pas à puiser dans le langage quotidien, et une attention émouvante aux hommes, à la nature, aux détails de la vie, dans un fragile équilibre entre satire et émotion, lyrisme et retenue que ces poèmes nous donnent à entendre cette voix sensible et attachante. »

Bon, eh bien je me lance mais, d’abord, je précise que les poèmes de ce recueil proviennent de plusieurs recueils coréens parus entre 1979 et 2007 (j’ai dû chercher les infos pour les 4 recueils non traduits en français) :
우리를 적시는 마지막 꿈 Le dernier rêve qui nous arrose (1979)
아니다 그렇지 않다 Non ce n’est pas ça (1983)
크낙산의 마음 L’âme du mont Keunak (1986)
좀팽이처럼 Comme un mesquin (1988)
아니리 Aniri (1990)
누군가를 위하여 Nugunlalûl <uihayô (1993)
물길 Le chemin de l’eau (1994)
희미한 옛사랑의 그림자 Hûimihan yetsalangûi hûrimja (1995)
가진 것 하나도 없지만 Bien que je n’ai rien en ma possession (1998)
처음 만나던 때 Quand nous nous sommes rencontrés la première fois (2003)
시간의 부드러운 손 Sigan-ûi budûlônum son (2007) dont est issu le poème La douce main du temps

Dans la préface, Cathy Rapin et Im Hye-gyông, les deux traductrices, expliquent la place de la poésie en Corée, l’histoire de la poésie coréenne et leur(s) rencontre(s) avec Kim Kwang-kyu qui n’utilise pratiquement jamais de ponctuation. Les extraits du paragraphe de la quatrième de couverture, ci-dessus, sont d’ailleurs tirés de cette préface.

De bien jolis poèmes en vers libre ou en prose, dans un style considéré comme simple (dans le bon sens du terme) et descriptif, des poèmes parfois faussement naïfs, parfois drôles voire satiriques, résolument ancrés dans la Nature et dans la vie quotidienne ce qui inclut l’enfance, la famille, la mort, le monde du travail, la ville et son architecture (quasi carcérale), mais aussi la politique (la dictature) et l’évolution de la société avec un petit côté humaniste « contre l’aliénation sous toutes ses formes » (p. 17) et aussi écologique : « C’est le premier poète à écrire sur ces thèmes dits « écologiques » et sans avoir recours à la religion, dénonçant essentiellement un mode de vie qui aliène l’individu. » (p. 21). Et quelque chose que j’ai remarqué mais que ne disent pas les traductrices : l’importance des saisons et des éléments.

Malheureusement, je me dois de dire une chose : la préface est truffée de fautes d’orthographe et de grammaire… Exemples. Parfois il est écrit Kim Kwang-Kyu et parfois Kim Kwang-kyu, parfois avec tiret et parfois sans, « aux chutes inattendues et acide » (p. 9), « très bien accueilli par les critiques, certains de ses poèmes » (p. 11), « Cette relation privilégiée avec la littérature allemande et ce pays qui ne le quitte pas, l’incite » (p. 12, depuis quand met-on une virgule entre le sujet et le verbe ? Et puis je n’ai pas rêvé, il y a bien deux sujets ?), « quelques textes ont été publié » (p. 13, il y a vraiment un problème avec les pluriels !), « où sont rassemblés des expériences exemplaires » (p. 20, tiens, ici, ce n’est pas le pluriel mais le féminin), « exode rurale » (p. 21), « êtres humain » (p. 23) soit une dizaine de fautes dans une préface de 18,5 pages…

Heureusement, c’est plus soigné dans les poèmes. C’est que je ne voudrais pas vous éloigner de leur lecture ! Parce que c’est quand même rare la poésie coréenne en français donc il ne faudrait pas s’en priver. N’est-ce pas ? Et ces poèmes sont tous comme autant de petites histoires, réalistes ou amusantes. D’ailleurs, pour vous donner une idée, voici – parmi les 91 poèmes de ce recueil – 5 extraits.

« Des poissons bossus / vivent dans le Han / pondent des alevins bossus / qui halètent à bout de souffle / qui ne sortent pas des égouts de Séoul / qui ne rejoignent pas la mer / Un coin impossible à quitter / un coin impossible à rejoindre / est-ce là le pays natal ? » (Pays natal, p. 35).

« Les matins d’automne / les faisans criaillent / des poules faisanes / à la tête de leurs faisandeaux / descendent de la colline / vers la décharge / picorent / germes de soja et miettes d’anchois » (extrait de Faisans de Séoul, p. 85).

« Qui ne l’a su / ce que chacun éprouvait / ce que chacun vivait / qui ne l’a su / à l’époque tous / le savaient / faisaient comme si / et ce que / pas un ne pouvait dire / pas un ne pouvait écrire / a été transmis avec / notre propre langue / notre propre vocabulaire / qui ne l’a su / alors aujourd’hui / n’en parlez pas à la légère / pensez-y / à l’époque / que faisiez-vous ? » (À l’époque, p. 109).

« Pouf ! pouf ! le lapin qui bondissait / agonise dans un sous-marin / les panthères plus rapides que les chevreuils / sont en voix de disparition / hier et aujourd’hui / comme d’habitude / la tortue / cric croc ! va encore crapahuter dix mille ans / et qui lui reprochera sa lenteur ? » (La tortue, p. 191).

« Chemin parsemé de feuilles de chêne / devant le portail du temple / un jeune bonze / sous une bâche de plastique / mange une brochette de pâte de poisson / avale gloutonnement toute la soupe / tel un soldat de retour à la caserne / la froidure arrive tôt dans la montagne / l’hiver ne fait pas peur mais / force et vigueur sont nécessaires / pour pratiquer la méditation » (Devant le portail du temple, p. 209).

Alors, ça vous plaît ?

J’ai choisi ce recueil pour la case Poésie du Challenge du confinement (qui se termine dans quelques jours) et j’en profite pour mettre cette lecture dans le Challenge coréen.