Le chat blanc et le moine de Jo Ellen Bogart et Sydney Smith

Le chat blanc et le moine de Jo Ellen Bogart et Sydney Smith.

Kaléidoscope, février 2017, 32 pages, 13 €, ISBN 978-2-877-67921-3. The White Cat and the Monk (2016) est traduit de l’anglais par Élisabeth Duval.

Genres : album illustré canadien, Histoire médiévale.

Jo Ellen Bogart, l’auteur, naît le 20 octobre 1945 à Houston (Texas). Elle part au Canada en 1975 et devient citoyenne canadienne ; elle vit en Ontario. Elle est autrice de littérature jeunesse.

Sydney Smith est Canadien ; il vit à Halifax (Nouvelle-Écosse). Il est illustrateur depuis 2010 et a reçu plusieurs prix.

C’est la nuit ; un chat blanc sort de la forêt et s’introduit dans un monastère ; il sait exactement où aller : la cellule d’un moine est encore éclairée. Ces cases sont sans texte. Puis, à l’arrivée du beau chat, le moine commence : « Moi, le moine qui étudie, je partage mon logis avec Pangur, mon chat blanc. » (p. 10-11).

Une belle histoire d’amitié et de complicité entre le vieux moine et le chat. « L’un l’autre, nous aimons la vie que nous menons. Notre histoire est une belle histoire. » (p. 24-25).

Ma page préférée ? La page 19 avec le dessin pleine page ressemblant à un manuscrit sur lequel on voit le moine et le chat blanc.

Au IXe siècle, en Irlande, un moine bénédictin – dont le nom est inconnu – partage sa cellule avec un chat blanc et écrit un poème intitulé Pangur Bán. Ce poème est écrit dans un carnet nommé Reichenau Primer (il a été découvert à Reichenau, au sud de l’Allemagne) et il est conservé à la bibliothèque de l’abbaye Saint-Paul du Lavantall en Carinthie, en Autriche. C’est l’histoire de ce moine et de ce chat blanc (en gaéllique, pangur signifie qui redonne du gonflant au tissu et bán signifie blanc) que Jo Ellen Bogart raconte dans ce très bel album richement illustré par Sydney Smith.

Si vous avez besoin de calme, de quiétude, cet album est fait pour vous.

Une très belle histoire inspirée d’un poème du IXe siècle donc je mets cet album illustré dans 2021, cette année sera classique mais aussi dans Jeunesse Young Adult #10 et Les textes courts.

Haïkus des quatre saisons avec des estampes de Hokusai

Haïkus des quatre saisons avec des estampes de Hokusai.

Seuil, octobre 2010, 128 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-02102-293-3. Haïkus traduits du japonais par Roger Munier.

Genres : littérature japonaise, poésie, classique.

Différents auteurs très connus comme Bashô, Buson, Issa, Shiki (plusieurs haïkus de chacun) et moins connus comme Chiyo-ni, Chora, Gonsui, Hashin, Kikaku, Kitô, Koyû-ni, Kubonta, Moritake, Onitsura, Saikaku, Senkaku, Shara, Taigi, Yayû, Yûsui (un ou deux haïkus de chacun).

Que dire sur ce recueil de poésie en dehors du fait que, bien sûr, il est magnifique tant au niveau des haïkus qu’au niveau des estampes. Je vais donc parler un peu du haïku et des haijin, des estampes et de Hokusai puis donner mes quatre haïkus préférés (un par saison). Hier, j’ai publié une photo qui montre un extrait de ce recueil.

Le haïku. Le haïku 俳句 est un poème japonais court se composant obligatoirement de : 1. 17 mores (syllabes pour les Occidentaux) disposées d’une certaine façon (5/7/5), 2. un kigo (un mot de saison) et 3. un kireji (une césure). Le haïku est très codifié et s’il ne comporte pas de saison ou pas de césure, ce n’est pas un haïku, c’est un muki. Ou un senryu qui parle des faiblesses humaines de façon cynique (*). Le mot haïku est créé en 1891 par Masaoka Shiki (qui fait partie des auteurs de ce recueil). Car au XVIe siècle, les Japonais utilisaient haïkaï-renga ou renga (au moins deux strophes). Et le mot hokku désigne la première strophe d’un renga. Shiki a donc contracté haïkaï et hokku pour créer haïku. Pour conclure, le haïku parle de ce qu’a vu ou ressenti son auteur durant une saison (par exemple des cerisiers en fleurs symbolisent le printemps). (*) J’ai rencontré des gens qui disent écrire des haïkus mais qui n’y parlent que de leurs problèmes personnels et existentiels, ils ont bien du mal à comprendre que ce ne sont pas des haïkus… Ces gens regardant uniquement en eux et n’observant pas du tout la Nature et les saisons !

Les haijin. Les auteurs de haïkus sont des haijin 俳人 (ou haïkistes pour les Occidentaux). Les premiers haijin vivaient au XVIe siècle : Sôkan Yamazaki (1465-1553) dit Sôkan n’est pas présent dans ce recueil mais Arakida Moritake (1473-1549) dit Moritake y est. Les haijin les plus connus sont Bashô Matsuo (1644-1694) dit Bashô, Buson Yosa (1716-1783) dit Buson dont j’ai déjà publié 66 haiku, Issa Kobayashi (1763-1828) dit Issa et Masaoka Shiki (1867-1902) dit Shiki qui représentent les XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles apportant chacun des évolutions. Quatre siècles sont donc représentés dans ce recueil. À noter que le célèbre romancier et nouvelliste Natsume Sôseki (1867-1916) dit Sôseki a écrit des haïkus après sa rencontre avec Masaoka Shiki en 1887.

Les estampes japonaises. L’ukiyo-e (浮世絵) signifiant « image du monde flottant » est une technique artistique japonaise de peinture (e) gravée sur bois créée à l’époque d’Edo (1603-1868). Sont représentés des paysages naturels (incluant les animaux) et des lieux célèbres mais aussi des personnes réelles comme des acteurs du théâtre kabuki, des lutteurs de sumô… et des femmes, des femmes belles (bijin), des courtisanes (oiran), parfois dans des scènes érotiques (« maisons vertes », Yoshiwara le quartier des plaisirs…), et aussi des créatures fantastiques comme les yôkai (fantôme, esprit, démon). Les ukiyo-e peuvent aussi être des illustrations de calendrier (egoyomi) et de cartes de vœux privées luxueuses (surimono).

Hokusai. Parmi les artistes d’estampes japonaises les plus célèbres, il y a Kitagawa Utamaro (c. 1753-1806) dit Utamaro, spécialiste des portraits (okubi-e qui signifie « image de grosse tête »), Utagawa Hiroshige (1797-1858) dit Hiroshige, spécialiste des estampes de la ville d’Edo et du Mont Fuji et Katsushika Hokusai (1760-1849) dit Hokusai et surnommé le « Vieux fou de dessin » spécialement connu pour ses vues du Mont Fuji et pour sa Grande vague de Kanagawa. Mais les estampes de ce recueil ne se limitent pas au Fuji et à la vague, elles montrent des paysages (des arbres, des fleurs, des points d’eau, des montagnes…), des animaux, des personnages (à l’intérieur ou à l’extérieur) et même des objets. Né à Edo (l’ancien nom de Tôkyô), Hokusai a vécu pratiquement toute sa vie à Asakusa (quartier que j’aime beaucoup) mais il a voyagé en particulier à Kyôto et a eu une carrière de 70 ans (durant laquelle il a régulièrement changé de nom d’artiste). Ses œuvres sont visibles dans deux musées : le Hokusai-kan à Obuse dans la préfecture de Nagano (depuis 1976) et le Sumida Hokusai Bijutsukan (Musée Sumida Hokusai) à Tôkyô (depuis 2016). À noter que sa fille cadette, Katsushika Ôi (c. 1800–c. 1866), est devenue peintre et est connue grâce à une série de manga Sarusuberi de Hinako Sugiura (3 tomes, 1983-1987) et un très beau film d’animation Sarusuberi Miss Hokusai réalisé par Keiichi Hara (2015).

Voilà, j’espère que ce billet vous a plu, vous a donné envie de lire ces haïkus et, avant de vous donner mes quatre haïkus préférés (un par saison donc, mais ils peuvent changer au gré de mes relectures et de mon humeur), je voulais vous dire que les Japonais sont fiers d’avoir quatre saisons et ont du mal à croire qu’en Europe aussi il y a quatre saisons (peut-être qu’au Japon, les saisons sont plus « marquées » qu’ici).

Printemps : Rien d’autre aujourd’hui / que d’aller dans le printemps / rien de plus (Buson).

Été : Montagnes au loin / où la chaleur du jour / s’en est allée (Onitsura).

Automne : De temps à autre / les nuages accordent une pause / à ceux qui contemplent la lune (Bashô).

Hiver : Les chiens poliment / laissent passage / dans le sentier de neige (Issa).

Pour le Mois au Japon et 2021, cette année sera classique, Challenge lecture 2021 (catégorie 55, un recueil de poèmes), Hanami Book Challenge pour le menu 1, Au temps des traditions, pour le sous-menu 4, fête traditionnelle, nature, écologie (chaque changement de saison est une fête au Japon et aussi bien les haïkus que les estampes font ici honneur à la Nature), Petit Bac 2021 (catégorie Météo, les saisons étant acceptées).

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Projet 52-2021 #14

Quatorzième semaine pour le Projet 52-2021 de Ma avec le thème poésie. Cette photo montre un extrait de Haïkus des quatre saisons illustrés avec des estampes de Hokusai, un beau livre que j’aime lire et relire. Je vous souhaite un bon week-end printanier et, si vous voulez participer, allez voir Ma !

 

La douce main du temps de Kim Kwang-kyu

La douce main du temps de Kim Kwang-kyu.

L’Amandier, collection Accents graves Accents aigus, novembre 2013, 262 pages, 25 €, ISBN 978-2-35516-222-0. 시간의 부드러운 손 (Sigan-ûi budûlônum son, 1979-2007) est traduit du coréen par Cathy Rapin et Im Hye-gyông, édition bilingue.

Genres : littérature coréenne, poésie.

Kim Kwang-kyu 김광규 naît le 7 janvier 1941 à Séoul (Corée du Sud). Il étudie l’allemand et la littérature allemande à l’Université de Séoul. De 1972 à 1974, il étudie ensuite à Munich en Bavière (Allemagne) et délivre une thèse de doctorat sur Günter Eich. Dans les années 80, il enseigne l’allemand à l’université Hanyang à Séoul et traduit des poèmes allemands en particulier ceux de Bertolt Brecht, Heinrich Heine et Günter Eich. Depuis son retour d’Allemagne, en 1979, il est poète (à 38 ans, il est considéré comme poète tardif), il reçoit de nombreux prix littéraires et ses poèmes sont traduits en allemand, en anglais, en japonais et en espagnol.

Quatrième de couverture. « Ce recueil préfacé par les traductrices Cathy Rapin et Im Hye-gyong, est né de leur rencontre avec le poète Kim Kwang-kyu, figure reconnue de la littérature coréenne contemporaine et traduit en plusieurs langues. « Captivées » selon leurs propres termes par cette poésie « humaniste », par sa « musique comme un ruisseau pétillant », son « humour). aigre-doux et amer », « sa simplicité et sa force », elles nous ont donné le désir de faire partager aux lecteurs la découverte de ce poète, dont le texte est présenté en version bilingue. Il y a dans cette poésie, notent-elles encore, « une étrange alchimie » réunissant l’Orient et l’Occident autour de thèmes contemporains en prise avec la vie citadine et les réalités sociales et politiques. C’est dans une simplicité, qui n’hésite pas à puiser dans le langage quotidien, et une attention émouvante aux hommes, à la nature, aux détails de la vie, dans un fragile équilibre entre satire et émotion, lyrisme et retenue que ces poèmes nous donnent à entendre cette voix sensible et attachante. »

Bon, eh bien je me lance mais, d’abord, je précise que les poèmes de ce recueil proviennent de plusieurs recueils coréens parus entre 1979 et 2007 (j’ai dû chercher les infos pour les 4 recueils non traduits en français) :
우리를 적시는 마지막 꿈 Le dernier rêve qui nous arrose (1979)
아니다 그렇지 않다 Non ce n’est pas ça (1983)
크낙산의 마음 L’âme du mont Keunak (1986)
좀팽이처럼 Comme un mesquin (1988)
아니리 Aniri (1990)
누군가를 위하여 Nugunlalûl <uihayô (1993)
물길 Le chemin de l’eau (1994)
희미한 옛사랑의 그림자 Hûimihan yetsalangûi hûrimja (1995)
가진 것 하나도 없지만 Bien que je n’ai rien en ma possession (1998)
처음 만나던 때 Quand nous nous sommes rencontrés la première fois (2003)
시간의 부드러운 손 Sigan-ûi budûlônum son (2007) dont est issu le poème La douce main du temps

Dans la préface, Cathy Rapin et Im Hye-gyông, les deux traductrices, expliquent la place de la poésie en Corée, l’histoire de la poésie coréenne et leur(s) rencontre(s) avec Kim Kwang-kyu qui n’utilise pratiquement jamais de ponctuation. Les extraits du paragraphe de la quatrième de couverture, ci-dessus, sont d’ailleurs tirés de cette préface.

De bien jolis poèmes en vers libre ou en prose, dans un style considéré comme simple (dans le bon sens du terme) et descriptif, des poèmes parfois faussement naïfs, parfois drôles voire satiriques, résolument ancrés dans la Nature et dans la vie quotidienne ce qui inclut l’enfance, la famille, la mort, le monde du travail, la ville et son architecture (quasi carcérale), mais aussi la politique (la dictature) et l’évolution de la société avec un petit côté humaniste « contre l’aliénation sous toutes ses formes » (p. 17) et aussi écologique : « C’est le premier poète à écrire sur ces thèmes dits « écologiques » et sans avoir recours à la religion, dénonçant essentiellement un mode de vie qui aliène l’individu. » (p. 21). Et quelque chose que j’ai remarqué mais que ne disent pas les traductrices : l’importance des saisons et des éléments.

Malheureusement, je me dois de dire une chose : la préface est truffée de fautes d’orthographe et de grammaire… Exemples. Parfois il est écrit Kim Kwang-Kyu et parfois Kim Kwang-kyu, parfois avec tiret et parfois sans, « aux chutes inattendues et acide » (p. 9), « très bien accueilli par les critiques, certains de ses poèmes » (p. 11), « Cette relation privilégiée avec la littérature allemande et ce pays qui ne le quitte pas, l’incite » (p. 12, depuis quand met-on une virgule entre le sujet et le verbe ? Et puis je n’ai pas rêvé, il y a bien deux sujets ?), « quelques textes ont été publié » (p. 13, il y a vraiment un problème avec les pluriels !), « où sont rassemblés des expériences exemplaires » (p. 20, tiens, ici, ce n’est pas le pluriel mais le féminin), « exode rurale » (p. 21), « êtres humain » (p. 23) soit une dizaine de fautes dans une préface de 18,5 pages…

Heureusement, c’est plus soigné dans les poèmes. C’est que je ne voudrais pas vous éloigner de leur lecture ! Parce que c’est quand même rare la poésie coréenne en français donc il ne faudrait pas s’en priver. N’est-ce pas ? Et ces poèmes sont tous comme autant de petites histoires, réalistes ou amusantes. D’ailleurs, pour vous donner une idée, voici – parmi les 91 poèmes de ce recueil – 5 extraits.

« Des poissons bossus / vivent dans le Han / pondent des alevins bossus / qui halètent à bout de souffle / qui ne sortent pas des égouts de Séoul / qui ne rejoignent pas la mer / Un coin impossible à quitter / un coin impossible à rejoindre / est-ce là le pays natal ? » (Pays natal, p. 35).

« Les matins d’automne / les faisans criaillent / des poules faisanes / à la tête de leurs faisandeaux / descendent de la colline / vers la décharge / picorent / germes de soja et miettes d’anchois » (extrait de Faisans de Séoul, p. 85).

« Qui ne l’a su / ce que chacun éprouvait / ce que chacun vivait / qui ne l’a su / à l’époque tous / le savaient / faisaient comme si / et ce que / pas un ne pouvait dire / pas un ne pouvait écrire / a été transmis avec / notre propre langue / notre propre vocabulaire / qui ne l’a su / alors aujourd’hui / n’en parlez pas à la légère / pensez-y / à l’époque / que faisiez-vous ? » (À l’époque, p. 109).

« Pouf ! pouf ! le lapin qui bondissait / agonise dans un sous-marin / les panthères plus rapides que les chevreuils / sont en voix de disparition / hier et aujourd’hui / comme d’habitude / la tortue / cric croc ! va encore crapahuter dix mille ans / et qui lui reprochera sa lenteur ? » (La tortue, p. 191).

« Chemin parsemé de feuilles de chêne / devant le portail du temple / un jeune bonze / sous une bâche de plastique / mange une brochette de pâte de poisson / avale gloutonnement toute la soupe / tel un soldat de retour à la caserne / la froidure arrive tôt dans la montagne / l’hiver ne fait pas peur mais / force et vigueur sont nécessaires / pour pratiquer la méditation » (Devant le portail du temple, p. 209).

Alors, ça vous plaît ?

J’ai choisi ce recueil pour la case Poésie du Challenge du confinement (qui se termine dans quelques jours) et j’en profite pour mettre cette lecture dans le Challenge coréen.

Cyniquetamere n° 1

Vous rappelez-vous de la nouvelle Le trompettiste de Léon Plagnol et du collectif Cyniquetamere dont je vous ai parlé en juin ? Voici le premier numéro de leur fanzine !

Cyniquetamere : poésies, inspirations, jeux littéraires et autres billevesées

N° 1 – voyage en terres cyniques

Obliques, août 2020, 24 pages , par François Lillart et Léon Plagnol.

Genre : fanzine.

Avec des contenus « alternatifs, désinvoltes, libres et poétiques » (p. 4).

Aux inspirations classiques (le maître, Diogène) ou contemporaines (les disciples, c’est-à-dire les auteurs), des nouvelles, des poèmes, de l’humour, des jeux (littéraires avec contraintes genre OULIPO ou musicaux ou autres), des dessins.

Le tout à lire entre les lignes ou une ligne sur deux, c’est selon votre humeur !

L’edda poétique

L’edda poétique, textes présentés et traduits par Régis Boyer.

Fayard, janvier 1992, 686 pages, 34,50 €, ISBN 978-2-21302-725-8.

Genres : littérature scandinave, poésie, classique, fantastique.

Régis Boyer naît le 25 juin 1932 à Reims. Il étudie le français, la philosophie et l’anglais (licences), les lettres modernes (agrégation) et les lettres (doctorat). Il devient enseignant universitaire de français (Pologne, Islande, Suède). Puis professeur de langues, de littératures et de civilisation scandinaves à la Sorbonne et directeur de l’Institut d’études scandinaves de la Sorbonne. Il est linguiste, auteur, traducteur et membre du comité scientifique de la revue Nordiques (créée en 2003). Il meurt le 16 juin 2017 à Saint Maur des Fossés.

Ces textes plutôt islandais mais aussi norvégiens sont traduits du norrois. Le vieux norrois (ou vieil islandais) « correspond aux premières attestations écrites d’une langue scandinave médiévale » (source Wikipédia). Le vieux norrois « désigne la langue du Danemark, de la Norvège et de la Suède ainsi que des colonies scandinaves comme l’Islande pendant l’âge des Vikings (vers 750-1050), le haut Moyen-Âge et le Moyen-Âge central (vers 1050-1350) » (source Wikipédia).

Les Vikings de Norvège font des excursions en Islande, Angleterre et Suède. Les Vikings, c’est « rapts, pillages, tueries, batailles, abordages, beuveries » (p. 68) mais c’est aussi des sagas et de la poésie (edda).

Pourquoi ces textes sont plutôt islandais ? « Ce qu’il importe absolument de ne jamais oublier dès que l’on aborde la mythologie nordique à travers les seuls textes islandais qui nous la révèlent […] (p. 70). J’en déduis que les anciens scandinaves (qui parlaient donc le norrois) n’écrivaient pas à part les Islandais. Mais il y a quelques eddas norvégiennes comme l’edda d’Egill, fils de Grímr, enfant précoce, poète, grand guerrier viking et magicien (runes).

Les eddas, ce sont deux manuscrits du XIIIe siècle mais les histoires racontées se déroulent entre le IXe et le XIe siècles. Le premier rédigé en 1230 est un « manuel d’initiation à la mythologie nordique destiné aux jeunes poètes » (p. 71). Edda signifierait « aïeule, et donc mère de tout savoir » (p. 71) mais il existe deux autres étymologies. Et fin du XIIIe siècle (original rédigé entre 1210 et 1240), le « Codex Regius » qui « contient les grands poèmes nordiques sacrés et héroïques » (p. 73) soit « edda poétique » ou « edda ancienne ».

Issus de la tradition orale (Ixe-Xe siècles), ces poèmes en norrois ont parfois été retranscrits au XIIIe siècle avec des erreurs, des oublis… « Il est évident qu’avant d’avoir été rédigés ces poèmes ont couru de bouche à oreille pendant des siècles, avec toutes les incompréhensions, tous les ajouts, refontes, interpolations et déformations que cela suppose. » (p. 73-74). Certains poèmes étaient récités ou chantés.

Alors les Vikings, des barbares ? Dans certains cas oui, mais leur poésie est délicate, subtile, rigoureusement construite même si je n’ai pas tout compris avec les termes techniques !

Les eddas, c’est partir à la découverte des hommes mais aussi des géants, des nains, des alfes (esprits des morts), des valkyries, etc. Fertilité, culte phallique, famille et vie quotidienne, sagesse, héroïsme, surnaturel, etc. C’est tout ça les eddas.

« Jeune, je fus jadis. / Je cheminai solitaire ; / Alors je perdis ma route ; / Riche je me sentis / Quand je rencontrai autrui : / L’homme est la joie de l’homme. » (strophe 47 p. 177 de Les dits du Très-Haut), « un des plus beaux thèmes, des plus positifs aussi, des Hávamál » (note p. 177).

Il y a quelques noms connus comme Ódinn, Thórr, Loki, Freyja (déesse)… mais sinon je dois avouer que la lecture fut difficile avec tous ces noms ! Heureusement qu’il y a des notes en bas de page ! Si les notes avaient été en fin de volume, leur lecture eut été impossible… Les Vikings furent une grande civilisation européenne antique (de langue indo-européenne) mais je dois admettre mon inculture…

« Pour revenir une fois encore sur l’idée centrale de ce livre, je retrouve ici, par excellence, ce composé qui me paraît tellement caractéristique , de réalisme (voyages en mer, expéditions vikings), de mystère (valkyries et métempsychoses) et d’art élaboré qui en est la marque. » (p. 281). Il y a la création du monde, le grand arbre Yggdrasill, les prouesses de Thórr, etc.

une des prouesses de Thórr : « Indomptable arriva / Au thing des dieux / Ayant le chaudron / Qu’avait possédé Hymir ; / Et chaque automne, / Les dieux suprêmes / Pourront bien boire / La bière chez Aegir. » (strophe 39 p. 436 in Le chant de Hymir).

Pour conclure, je voudrais parler de Ragnarök (un nom connu) : fin du monde ? Fin de ce monde ? « On peut, si on lit ragna rökr, entendre « crépuscule des puissances, des dieux » ; mais la leçon , plus fréquente, ragna rök signifie « destin des puissances », ou, mieux encore, « Consommation du Destin des Puissances » dont le sens est plus satisfaisant. » (p. 501). Donc pas de fin absolue ? « Non, et voici le plus émouvant. Cette mort ne va pas sans transfiguration, une résurrection suit cette apocalypse : « Le temps va ramener l’ordre des anciens jours. » Aux Scandinaves du monde viking, comme à tout l’héritage indo-européen, le néant était inadmissible. […]. » (p. 503).

Ce livre est sur mes étagères depuis 15 ans (ou plus !) et peut-être que je ne l’aurais jamais lu s’il n’y avait pas eu le challenge Les classiques c’est fantastique (poésie en août). La lecture a été difficile, laborieuse même (le livre est gros, lourd et je m’y suis prise en plusieurs fois pour le lire) mais tellement enrichissante ! C’est sûr que ça aurait été plus simple et rapide de lire un petit livre de haïkus japonais anciens ! Mais je vous conseille ces eddas, peut-être des extraits pour se rapprocher un peu de ces voisins scandinaves dont on se sait pas grand-chose à part les polars et quelques séries télévisées policières…

Je mets cette lecture dans Cette année, je (re)lis des classiques, dans le Challenge de l’été (Islande, Norvège), dans Contes et légendes #2 (légendes scandinaves) et dans Littérature de l’imaginaire #8.

Le chat zen de Kwong Kuen Shan

Le chat zen de Kwong Kuen Shan.

Pocket, novembre 2011, 96 pages, 6,95 €, ISBN 978-2-26622-196-2. The Cat and the Tao (2002) est traduit de l’anglais par Alain Sainte-Marie.

Genres : littérature hongkongaise, poésie, peintures.

KWONG Kuen Shan est une Chinoise née à Hong Kong. Elle étudie l’anglais, la littérature chinoise et la peinture. Elle est peintre et calligraphe. Autres titres parus aux éditions L’Archipel : Le chat philosophe (2008) que je dois avoir quelque part dans un carton, Le chat à l’orchidée (2015), Le chat qui m’aimait (2017), Les quatre saisons du chat (2018) et Les 8 bonheurs du chat (2019). Ne sont pas parus en français : Portraits of Wales – A Chinese View (2015) et The Tao of Dogs (2016). Plus d’infos sur http://kwongkuenshan.net/.

« Je n’avais aucune connaissance des chats et je n’en avais jamais peint auparavant. » (p. 7). C’est qu’elle est allergique… Mais un jour, elle recueille Healey, le chat de voisins qui ont déménagé et qui revient plusieurs fois. Depuis, elle a eu d’autres chats et observent aussi les chats dans la rue, dans les jardins. « J’étais sous le charme absolu de leur élégance, de leur agilité, de leur endurance et, par-dessous tout, de leur indépendance et de leur force de caractère. » (p. 8).

Chaque œuvre de Kwong Kuen Shan – 40 peintures « avec un mélange de technique méticuleuse et de technique libre » (p. 8) – est associée à un texte classique de la littérature chinoise. « Les textes présentés dans ce livre sont un choix d’anciens proverbes chinois, de poèmes et de maximes des grands maîtres : Confucius, Lao Tzeu, Zhuangzi et Sun Zi. » (p. 10). Je rajoute Feng Menglong, Zuo Quining, Mencius, Gao Bogong, Bai Juyi, Zi Gong, Lu Xuoxun et Liu Xiyang pour être exhaustive. Et il y a aussi plusieurs sceaux différents qui sont répertoriés et expliqués en fin de volume.

Quel très beau livre, même en format poche ! Il est dépaysant, reposant et les peintures de Kwong Kuen Shan sont toutes superbes. Parmi mes préférées, allez 5 sur 40, c’est raisonnable : L’inexprimé qui est sur la couverture (p. 13), Une branche de magnolia (p. 29), Les deux frères (p. 47), Lotus (p. 65) et La cour (p. 81).

La peinture la plus drôle : La mangeoire à oiseaux (p. 49), devinez qui est dans la mangeoire à oiseaux !

Mon texte préféré : Grandir (anonyme, p. 72) : « L’avantage d’être tout petit : / Comme un brin d’herbe / qui lève les yeux vers les arbres, / Comme un torrent qui regarde vers l’océan, Comme une lanterne dans la chaumière / qui regarde les étoiles du ciel, / C’est que, étant tout petit, / Je peux voir ce qui est grand. »

Une belle lecture pour les challenges Animaux du monde #3, Cette année, je (re)lis des classiques #3 (textes classiques chinois) et Challenge de l’été (Hong Kong).

Projet 52-2018 #51 et Défi 52 semaines 2018 #51

Pour cette cinquante-et-unième semaine du Projet 52-2018 de Ma, le thème est Noël. Je vais tout simplement vous montrer mon cadeau de Noël 🙂 C’est le combiné De’Longhi (la bouilloire, je l’ai depuis deux ans) mais je n’arrive pas encore très bien à faire fonctionner le côté expresso… Je vous souhaite un très bon weekend de Noël et, si vous voulez participer à ce projet photographique, allez voir Ma.

Quant au Défi 52 semaines 2018, l’avant-dernier thème de l’année est hiver et c’est vrai que l’hiver est aujourd’hui mais il fait moins froid que ce que nous avons eu durant les semaines précédentes. Je ne pense pas que nous aurons un hiver blanc (ici, à Valence, c’est rare !). Mais voici un peu de poésie :

Chanson pour les enfants l’hiver de Jacques Prévert
Dans la nuit de l’hiver galope un grand homme blanc. C’est un bonhomme de neige avec une pipe en bois, un grand bonhomme de neige poursuivi par le froid. Il arrive au village. Voyant de la lumière, le voilà rassuré. Dans une petite maison, il entre sans frapper et pour se réchauffer s’assoit sur le poêle rouge et d’un coup disparaît, ne laissant que sa pipe au milieu d’une flaque d’eau, ne laissant que sa pipe et puis son vieux chapeau.

Le sous-marin de papier de Werner Lambersy et Aude Léonard

Le sous-marin de papier de Werner Lambersy et Aude Léonard.

Møtus, collection Pommes Pirates Papillons (n° 28), 3e trimestre 2017, 72 pages, 10,90 €, ISBN 978-2-36011-172-8.

Genres : poésie, photographie, jeunesse.

Werner Lambersy naît le 16 novembre 1941 à Anvers (Belgique). Il est poète : plus de 70 recueils de poésie dont certains illustrés et de nombreux prix littéraires. Plus d’infos sur son site officiel, http://evazine.com/wlam/wlam.htm.

Aude Léonard est illustratrice et photographe. Plus d’infos sur son site officiel, http://www.audeleonard.fr/.

Le sous-marin de papier est un livre de poésie et de photographies (en noir et blanc) pour la jeunesse. C’est un beau livre objet et les poésies sont agréables à lire ; elles abordent le thème de la vie, la nature, sur le ton de l’humour – et de façon presque surréaliste – pour montrer aux jeunes que tout peut être jeu et imagination.

Mes poèmes préférés

« Tu adores battre en neige / Les nuages / Sortir du four meringues / Et chouquettes / Jeter l’huile sur l’orage / Pour écouter / Crépiter la friture / De la pluie / Dans la poêle des tuiles » (p. 6).

« La nuit / Tous les chats sont partis / Le bol de lait / De la lune / Est vidé très rapidement / Puis ils mettent / Les pattes / En poche et s’envolent » (p. 46).

« Les autos vont et viennent / Sans trouver la sortie / Toi tu rêves / Le soleil / Est le dernier feu rouge / Avant l’horizon » (p. 65).

Celui-ci, je l’aime bien pour la photo qui l’accompagne (ci-dessus). « Un petit vélo court / Dans ma montre poignet / Parfois / Ça monte dur / Parfois ça descend vite / Ça dépend » (p. 40).

Une jolie lecture pour les challenges Jeunesse Young Adult #8 et Petit Bac 2018 (catégorie Déplacement, moyen de transport).

Clous d’Agota Kristof

Clous d’Agota Kristof.

Zoé, octobre 2016, 208 pages, 18,50 €, ISBN 978-2-88182-958-1. Poèmes traduits du hongrois par Maria Maïlat ;

Genres : littérature hongroise, poésie.

Agota Kristof : consulter L’analphabète.

Ces poèmes, présentés en édition bilingue (hongrois et français), ont été écrits entre 1935 et 2011. Lorsque Agota Kristof a fui la Hongrie, en 1956, à l’âge de 21 ans, elle a laissé ses poèmes de jeunesse derrière elle (mais plusieurs avaient été publiés en Hongrie), ce qu’elle a beaucoup regretté. Elle les a donc réécrits, de mémoire, et en a écrit d’autres durant sa vie en Suisse, dont certains directement en français. L’éditeur nous dit que, peu avant sa mort, elle avait tout regroupé pour que ces poèmes soient publiés. Le livre est agrémenté de photos en noir et blanc représentant Agota Kristof.

Les thèmes développés dans ces poèmes sont la liberté (parfois symbolisée par un oiseau), la guerre, l’exil avec la perte de la mère-patrie et de la famille et la nostalgie et la tristesse que cela engendre, la mort (le suicide d’amis exilés eux aussi), l’amour, les saisons (en particulier l’automne), la solitude,…

Ce sont des vers libres, sans rimes (parfois il y en a en hongrois), et les césures sont bizarres mais ces poèmes ont un certain charme, un certain rythme et j’ai pris grand plaisir à les lire. Comme je ne suis pas une spécialiste de la poésie, je vous livre quelques extraits pour que vous vous fassiez une idée.

Extraits de…

Quelques mots : « un oiseau tente de prendre son envol / quelques mots sonnent creux quelques tocsins / et tombent les pierres » (p. 17).

L’humilié : « les nuages sont descendus jusqu’à la terre / leurs genoux pourpres ont été souillés de boue » (p. 37).

Sur la route : « À présent inconnue parmi les ombres / furtives de la vitesse je ne sais plus / d’où je suis partie peu importe / la route sera aussi longue que la vie » (p. 51).

Clous (c’est le titre du recueil donc obligée de mettre un extrait de Clous) : « clous / émoussés et pointus / ferment les portes clouent des barreaux / aux fenêtres de long en large / ainsi se bâtissent les années ainsi se bâtit / la mort » (p. 77).

Émigrants : « En apesanteur vous marchez sur des routes droites / qui ne mènent nulle part / […] / ne laissent aucune trace sur vous semblables aux nuages / vous filez par-dessus les clochers et les montagnes / vos pieds sans racine ne se blessent pas / de très loin vous regardez vos douleurs / sans âme arrachées de vous » (p. 87).

Et mes deux préférés que je note intégralement :

Le condamné : « Il a été un héros, / le lendemain un traître. / Il a été un génie, / le lendemain un débile. / Il a aimé, / mais avant le coucher du soleil, / il a déjà trompé sa femme. / Ses sanglots se sont décomposés en fou rire / tout ce qu’il a créé, il l’a détruit ; / Il avait peur de Dieu alors il a tué Dieu. / C’est ainsi qu’il s’est fait vieux dans la fleur de l’âge, / il s’est épuisé en pleine puissance, / il n’a plus bougé, n’a plus parlé, / il a attendu. / C’est alors que les sages l’ont encerclé, / des vieillards aux regards jeunes : ‘Tu as gaspillé ta vie’ ont-ils dit / et ils sont partis tête baissée. / Une corde l’a pris en pitié à la fin, s’est enroulée autour de son cou : / ‘Bonhomme, dit-elle, ta vie n’a pas été un cadeau, / c’était un jugement et maintenant je t’absous.’ » (p. 99).

Vous n’étiez aimés de personne : « Lentement la nuit devient vieille sur son visage pâle / les étoiles tombent sans arrêt / tombent dans les profondes rivières sombres / et dans les sombres forêts profondes tombent / les étoiles / blanches / maisons à la lisière de la forêt en cendres se tend / le corps caillouteux des routes la douleur insensée / se dérobe dans les veines des arbres / le vent est de plus en plus fort / et la neige de plus en plus sombre / mes frères / vous n’étiez aimés de personne mais demain / vous marcherez sur les rayons / de la lune / vos yeux pleins de beauté vous laverez les taches de sang / sur vos mains sur vos lèvres / auteurs de vous pousseront des arbres / la nuit aussi se calmera et la cendre tiède / le vent la portera sur vos terres stériles » (p. 113).

Alors, qu’en pensez-vous ? Avez-vous envie de lire ce recueil ? Et, si vous l’avez déjà lu, quel est votre poème préféré ?

Une deuxième lecture hongroise pour le Défi littéraire de Madame lit et le Mois de l’Europe de l’Est d’Eva, Patrice et Goran que je mets aussi dans le challenge Cette année, je (re)lis des classiques.