Challenge polar et thriller 2021-2022 avec Sharon

Ah, je l’aime bien ce challenge et, chaque année, je veux lire plus de romans policiers (chose faite pour les deux dernières éditions).

Tiens, j’ai envie de faire un petit historique de ce challenge : Cynthia a créé le ‘Challenge Thriller’ en 2011 et j’y ai participé avec mon ancien blog. Liliba l’a repris en 2012 sous le nom ‘Challenge thrillers et polars’ et, en ce qui concerne ces trois éditions (2012-2013, 2013-2014, 2014-2015), j’y ai également participé avec mon ancien blog. Ces deux blogueuses me manquent…

En 2015, c’est Sharon qui l’a repris sous le nom ‘Challenge polar et thriller’ et j’ai participé à toutes les éditions (qui vont de juillet en juillet), 2015-2016 (5 lectures), 2016-2017 (6 lectures plus un billet Quais du polar), 2017-2018 (13 lectures), 2018-2019 (9 lectures), 2019-2020 (33 lectures, record explosé grâce au confinement, autant de romans policiers lus durant cette édition que durant les 4 précédentes !) et 2020-2021 (33 lectures, idem).

Septième édition donc pour ce Challenge polar et thriller 2021-2022 avec Sharon, du 12 juillet 2021 au 11 juillet 2022. Infos, logos (créés par Belette Cannibal Lecteur) et inscription chez Sharon.

Mon logo préféré

Aucune restriction nous dit Sharon, toutes les destinations et tous les genres : romans policiers, romans noirs, thrillers, espionnage, romans policiers historiques, romans policiers fantastiques, nouvelles, bandes dessinées, mangas, romans policiers jeunesse, essais, biographies, mémoires, etc. et les nouvelles options, séries télévisées et cinéma, continuent.

Les catégories (facultatives) n’ont pas changé :
– jusqu’à 5 livres lus = Imogène
– de 6 à 15 livres lus = Montalbano
– de 16 à 25 livres lus = Miss Marple
– de 26 à 50 livres lus = Erlendur Sveinsson
– de 51 à 75 livres lus = commissaire Jules Maigret
– de 76 à 100 livres lus = Walt Longmire
– plus de 100 livres lus = Sherlock Holmes
– plus de 200 livres lus = Lucky Sherlock ou Belette Sharon 😉

Mes lectures pour ce challenge

1. Le cri de l’oiseau de pluie de Nadeem Aslam (Seuil, 2015, Pakistan)

2. Le Murder Club du jeudi de Richard Osman (JC Lattès, 2021, Angleterre)

3. La tour fantôme (tomes 1 à 3) de Tarô Nogizaka (Glénat, 2014, Japon)

Chronique d’une mort annoncée de Gabriel García Márquez

Chronique d’une mort annoncée de Gabriel García Márquez.

Grasset, décembre 1981, 210 pages, 16 €, ISBN 978-2-24626-741-6. Réédition Grasset, collection Les cahiers rouges, avril 2002, 200 pages, 7,05 €, ISBN 978-2-24626-744-7. Crónica de una muerte anunciada (1981) est traduit de l’espagnol (Colombie) par Claude Couffon. Je l’ai lu en poche : Le livre de poche, novembre 1987 (réédition n° 32, octobre 2019), 128 pages, 5,70 €, ISBN 978-2-25304-397-3.

Genres : littérature colombienne, roman (polar).

Gabriel García Márquez naît le 6 mars 1927 à Aracataca en Colombie. Journaliste, critique cinématographique, militant politique, romancier, nouvelliste, conteur, scénariste de films ,essayiste, il est considéré comme un des plus grands auteurs sud-américains du XXe siècle, à la fois dans le réalisme et dans le merveilleux, dans le dramatique et l’humoristique, dans l’historique et le satirique. Il étudie le Droit à l’université de Bogota mais se passionne pour la littérature, en particulier l’œuvre de Franz Kafka mais aussi mais aussi de William Faulkner, James Joyce, Virginia Woolf, et devient journaliste. En 1955 et 1956, il est correspondant en Europe y compris en Europe de l’Est, puis il revient sur le continent américain (Cuba, États-Unis, Mexique). Il reçoit le prix Nobel de littérature en 1982. Ses plus grands romans sont Cent ans de solitude (Cien años de soledad, 1967), Chronique d’une mort annoncée (Crónica de una muerte anunciada, 1981), L’amour aux temps du choléra (El amor en los tiempos del cólera, 1985) et il était temps que j’en lise un ! Il meurt le 17 avril 2014 à Mexico. Le roman Chronique d’une mort annoncée a été adapté au cinéma par Francesco Rosi (réalisateur italien) en 1987.

Santiago Nasar, 21 ans, a été « éventré comme un cochon » (p. 10) devant chez lui un lundi matin de février, le jour où l’évêque arrivait par bateau. « Santiago Nasar était gai, pacifique, et, de surcroît, il était homme de cœur. » (p. 13). Pedro et Pablo Vicario, des frères jumeaux de 24 ans, l’attendaient avec leurs couteaux alors que tout le village avait célébré la veille un mariage.

Vingt-sept ans après, le narrateur (l’auteur lui-même ?) revient au village et mène l’enquête, interrogeant les gens, Placida Linero, la mère de Santiago (pauvre vieille femme qui, après la mort de son mari, n’avait plus que son fils unique), Victoria Guzman, la cuisinière, et Divina Flor, sa fille alors adolescente, Clotilde Armenta, la patronne du débit de lait près de l’église où Pedro et Pablo s’étaient endormis, Margot, la sœur du narrateur, Dionisio Iguaran, le docteur, Faustino Santos, le boucher chez qui les frères ont aiguisé leurs couteaux, le père Carmen Amador qui a pratiqué l’autopsie « en l’absence du docteur Dionisio Iguaran » (p. 73), et les jumeaux Vicario eux-mêmes.

La mort avait été largement annoncée par Pedro et Pablo Vicario mais les habitants ont-ils cru à des « rodomontades d’ivrognes » (p. 18) ou espéraient-ils que Santiago Nasar, jeune homme aisé suite à son héritage et d’origine arabe par son père, soit tué ? « La plupart de ceux qui se trouvaient au port savaient qu’on allait tuer Santiago Nasar. » (p. 24). C’est que « la belle Angela Vicario, qui s’était mariée la veille, avait été restituée à ses parents par son époux qui avait découvert qu’elle n’était pas vierge. » (p. 26). L’époux, c’est Bayardo San Roman, arrivé au village six mois avant, un trentenaire charmant mais bizarre. « Personne ne sut jamais ce qui l’avait amené chez nous. » (p. 30). Mais Angela Vicario, 20 ans, issue d’une famille modeste, ne voulait pas l’épouser. « Il était trop homme pour moi. » (p. 37).

Bayardo San Roman a donc dit qu’Angela Vicario n’était plus vierge mais était-ce vrai ? Angela Vicario, répudiée, battue par sa mère, interrogée par ses frères, Pedro et Pablo, a lâché le nom de Santiago Nasar mais n’était-ce pas un mensonge ? « Personnellement, je conservais un souvenir très vague de la fête avant ma décision de la reconstituer à partir des bribes éparpillées dans les souvenirs d’autrui. » (p. 45).

Alors, « homicide en état de légitime défense de l’honneur » (p. 51) ? C’est en tout cas ce qui est ressorti de cette histoire tragique. Les jumeaux se sont rendus, reconnaissant avoir tué sciemment, mais se sentant innocents et n’éprouvant aucun repentir. En tout cas, « Jamais mort ne fut davantage annoncée. » (p. 53). Le fait d’annoncer le crime qu’ils allaient commettre, était-ce pour se persuader l’un l’autre de le commettre ou pour que les gens les en empêchent ? Malheureusement tout le monde avait beaucoup bu durant la noce et peut-être que les gens n’avaient pas les idées bien claires…

« Mais la plupart de ceux qui auraient pu faire quelque chose pour empêcher le crime et qui se dérobèrent se consolèrent en invoquant le préjugé selon lequel les affaires d’honneur sont des cases hermétiques auxquelles ont seul accès les maîtres du drame. » (p. 95-96). Les autres ont quitté le village ou sont subitement tombés malades. « Douze jours après le crime, ce fut un village d’écorchés vifs que le juge découvrit. » (p. 96).

Jusqu’à maintenant, il me semble que je n’avais lu que quelques nouvelles et contes de Gabriel García Márquez. Je suis donc ravie d’avoir lu et aimé ce roman construit comme un polar (même s’il n’est pas classé en roman policier) et je relirai cet auteur assurément.

Excellente lecture pour le Mois Amérique latine que je mets aussi dans Challenge lecture 2021 (catégorie 57, un livre conseillé par un libraire), Mois du polar, Petit Bac 2021 (catégorie Adjectif pour annoncée) et Polar et thriller 2020-2021.

Octobre de Søren Sveistrup

Octobre de Søren Sveistrup.

Albin Michel, février 2019, 640 pages, 22,90 €, ISBN 978-2-22643-899-7. Kastanjemanden (2018) est traduit du danois par Caroline Berg. Je l’ai lu en poche : Le livre de poche, février 2020, 736 pages, 9,20 €, ISBN 978-2-25324-153-9.

Genres : littérature danoise, roman policier.

Søren Sveistrup naît le 7 janvier 1968 à Kastrup (banlieue de Copenhague) au Danemark. Il est scénariste, plus spécialement connu pour la série télévisée Forbrydelsen c’est-à-dire The Killing. Octobre est son premier roman et a reçu le prix Barry 2020 (prix littéraire policier décerné depuis 1997).

Octobre 1989. Marius Larsen, commissaire proche de la retraite, se rend à la ferme d’Ørum pour un problème de bétail mais, sur place, c’est l’horreur !

Octobre « de nos jours ». Laura Kjær est torturée… « Quand elle revient à elle, elle ignore combien de temps elle est restée évanouie. Il fait encore noir. La voix est toujours là et on dirait presque qu’elle lui a manqué […]. » (p. 21).

Alors que, pour Rosa Hartung, ministre des Affaires sociales, c’est la rentrée parlementaire, Naia Thulin, une jeune inspectrice de la Crim’ depuis 8 mois se rend avec un agent d’Europol sur une scène de crime. « La victime s’appelle Laura Kjær, elle a 37 ans et elle travaillait comme assistante dentaire dans un cabinet de groupe dans le centre de Copenhague. Il semble qu’elle soit allée se coucher et se soit fait surprendre dans son lit par son agresseur. Son petit garçon de 9 ans qui dormait dans sa chambre, située au bout du couloir, n’a rien vu, rien entendu. » (p. 48). Sur la scène de crime, un bonhomme en marrons et une seule empreinte dessus, celle de Kristine Hartung, la fille de la ministre, disparue il y a un an !

L’enquête se révèle difficile, compliquée même car l’agent d’Europol (depuis 5 ans), Mark Hess, un Danois, a en fait été mis à pied par son patron, Freimann…

Mais quelques jours après, c’est Ann Sejer-Lassen qui est torturée et, sur son épaule, un bonhomme en marrons avec toujours les empreintes de Kristine Hartung. Quant aux maris des deux femmes mortes, Hans Henrik Hauge et Erik Sejer-Lassen, ils ne sont pas clean du tout… « Notre assassin se doute sûrement que nous nous apercevrons tôt ou tard que ses victimes ont été signalées aux services sociaux. » (p. 332).

Attention où vous allez mettre les pieds et les yeux. « Contrairement à Hess, Thulin n’a jamais mis les pieds dans un quartier de haute sécurité, même si elle en a évidemment entendu parler. Cet endroit, plus connu sous le nom de QHS psychiatrique, est la plus grande unité pénitentiaire pour malades mentaux du pays. Les quelque trente détenus qui s’y trouvent ont été jugés sur la base de ce qu’on appelle le degré de dangerosité particulière, que les instances juridiques peuvent utiliser dans les rares cas où l’on estime que le criminel jugé est un danger permanent pour ses congénères. Quand cette dangerosité est mise sur le compte d’une pathologie mentale, le détenu est enfermé dans ce QHS psychiatrique, un établissement à mi-chemin entre un hôpital psychiatrique et une prison de haute sécurité. Ceux qui y sont internés le sont toujours pour une durée indéterminée. Parmi les détenus, appelés ici des patients, on trouve des assassins, des pédophiles, des tueurs en série et des pyromanes. Certains d’entre eux ne seront jamais autorisés à reprendre leur place dans la société, parce que leur pathologie les rend imprévisibles et que les psychiatres jugent qu’ils le resteront indéfiniment. » (p. 435-436).

Octobre est un premier roman énorme (pas seulement par son nombre de pages), violent (mais pas trop glauque), intense, intelligent, mené de mains de maître (ils sont forts, ces Scandinaves !) et j’ai hâte que cet auteur publie un autre titre. Tout est bien ficelé, les personnages sont soignés, l’intrigue, le suspense et le rythme sont au top, et je n’ai pas vu le temps passer durant la lecture de ces 700 et quelques pages. Je verrais bien Octobre adapté en série ou en film (et pas seulement parce que l’auteur est scénariste).

Un roman policier idéal pour Décembre nordique que je mets également dans les challenges Polar et thriller 2020-2021 et Voisins Voisines 2020 (Danemark).

Et n’oubliez pas de visiter Mon avent littéraire 2020 pour le jour n° 22.

Le bonhomme de neige de Jo Nesbø

Le bonhomme de neige de Jo Nesbø.

Gallimard, collection Série noire, mai 2008, 528 pages, 22 €, ISBN 978-2-07078-641-1. Snømannen (2007) est traduit du norvégien par Alex Fouillet.

Genres : littérature norvégienne, roman policier.

Jo Nesbø naît le 29 mars 1960 à Oslo (Norvège). Jeune footballeur, étudiant à la Norwegian School of Economics à Bergen, journaliste économique, auteur compositeur interprète du groupe de pop rock Di Derre, avec son frère Knut Nesbø, de 1992-1998 (j’ai écouté quelques titres, c’est pas mal), le voici maintenant romancier (romans policiers et littérature jeunesse) depuis 1997, nouvelliste et scénariste. C’est la première fois que je lis cet auteur mais j’ai vu (et apprécié) la série télévisée Occupied.

Le bonhomme de neige est le 7e tome de Une enquête de l’inspecteur Harry Hole. Zut, moi qui pensais commencer par le début… En tout cas, en 2017, ce roman est adapté au cinéma par Tomas Alfredson (réalisateur suédois) avec Michael Fassbender (acteur germano-irlandais) dans le rôle de l’inspecteur Harry Hole (mais je n’ai pas vu ce film).

5 novembre 1980, la neige arrive sur Lillestrøm. Sara Kvinesland rend visite à son amant avant qu’il ne déménage. Son fils l’attend dans la voiture. Lorsqu’elle revient quarante minutes plus tard, il lui dit qu’il a vu le bonhomme de neige et « Nous allons mourir. » (p. 17).

2 novembre 2004. Harry Hole, à 40 ans, est inspecteur principal à la Brigade criminelle d’Oslo. Son service doit enquêter sur une femme disparue depuis un an. « Elle était femme au foyer, et avait été vue pour la dernière fois au jardin d’enfants où elle avait déposé son fils et sa fille, le matin même. » (p. 27-28). Une nouvelle enquêtrice, Katrine Bratt, est affectée à la brigade.

Dans la nuit du 2 au 3 novembre, Birte Becker disparaît laissant seul son fils de 10 ans, Jonas. Le père, Filip, professeur, est à Bergen. Hole et son équipe sont sur l’affaire. En fait, un bonhomme de neige est apparu dans leur jardin et, au lieu de regarder la route, ses yeux en charbon sont dirigés vers la maison et autour du cou, il a l’écharpe rose de Birte…

« Ça, c’est une des vieilles affaires de Hole, non ? […] Il croyait qu’il y avait un tueur en série dans la nature. […] tu sais sans doute qu’il se trompait ? Et que ce n’’était pas non plus la première fois. Il est littéralement obsédé par les tueurs en série, Hole. Il se croit aux États-Unis. Mais il n’a pas encore trouvé le sien dans ce pays. » (p. 76). C’est que Harry Hole a suivi une formation au FBI et qu’il est spécialisé dans les tueurs en série. Et, surtout, il a reçu cette lettre : « La première neige ne tardera pas. Et il resurgira alors. Le bonhomme de neige. Et quand la neige aura disparu, il aura de nouveau pris quelqu’un. Ce que tu devrais te demander, c’est ceci : ‘Qui a fait le bonhomme de neige ? Qui fait les bonhommes de neige ? Qui a enfanté The Murri ?’ Car le bonhomme de neige lui-même ne le sait pas. » (p. 91) alors il est sûr qu’il y a un tueur en série !

Une femme disparue, une autre dont la tête est retrouvée sur un bonhomme de neige, une clinique de chirurgie plastique, le syndrome de Fahr, un flic kleptomane de Bergen disparu depuis plus de dix ans années, l’enquête suit plusieurs pistes. « Le meurtrier en série est un narcissique qui met en scène une pièce dans laquelle il tient le rôle principal ; l’invincible, le plus puissant, celui qui triomphe à la fin. » (p. 200).

Côté perso, Harry Hole se remet doucement de sa séparation d’avec Rakel qui compte épouser un autre homme mais ils continuent de se voir et Hole peut également voir Oleg, 12 ans, dont il s’est occupé comme d’un fils.

Une phrase à méditer. « Plus je vieillis, plus je suis d’avis que le mal est le mal, avec ou sans maladie mentale. » (Ståle Aune, p. 519).

L’enquête est assez rapide, elle dure 3 semaines (donc du 2 au 23 novembre) mais le roman trouve son épilogue en décembre. Une enquête violente, brutale, qui ne fait pas la part belle aux journalistes et à certains policiers prêts à balancer pour sauver leur peau… Mais Harry Hole semble invulnérable. Et les personnages qui l’entourent sont divers et attachants (pour la plupart). De plus, la musique a une grande importance (le lecteur sent que l’auteur est aussi musicien) et il y a une véritable bande son pop rock. Le bonhomme de neige est un polar dense et efficace et je lirai d’autres titres de Jo Nesbø, c’est sûr et certain !

Pour le Challenge du confinement (case Policier), Décembre nordique, Polar et thriller 2020-2021 et Voisins Voisines 2020 (Norvège). Et n’oubliez pas de visiter Mon avent littéraire 2020 pour le jour n° 17.

Le cambrioleur en maraude de Lawrence Block

Le cambrioleur en maraude de Lawrence Block.

Seuil, collection Policiers, mai 2005, 322 pages, 20,30 €, ISBN 978-2-02066-390-8. The Burglar on the Prowl (2004) est traduit de l’américain par Étienne Menanteau. Parution en poche chez Points en juin 2006.

Genres : littérature états-unienne, roman policier.

Lawrence Block naît le 24 juin 1938 à Buffalo (New York, États-Unis). Il est auteur de romans policiers et de romans d’espionnage sous son nom et sous plusieurs pseudonymes. Du même auteur : série Evan Tanner (8 tomes entre 1966 et 1998), série Chip Harrison (2 tomes entre 1974 et 1975), série Matt Scudder (18 romans entre 1976 et 2011), série Bernie Rhodenbarr (11 romans entre 1977 et 2013), série Keller (5 tomes entre 1998 et 2013 ainsi que des nouvelles) et plusieurs autres romans dont certains adaptés au cinéma. Plus d’infos sur son site officiel, http://lawrenceblock.com/.

Bernie Rhodenbarr est propriétaire d’une librairie avec son chat Raffles, près de Broadway et il est également cambrioleur. « Dans le cambriolage, tu sais… Il n’y a pas de ponction fiscale et très peu de paperasserie… » (p. 21). Ah ah ah, dès le début du roman, j’aime le personnage et le ton !

Son meilleur ami, Marty Gilmartin, lui demande de cambrioler l’appartement du riche Crandall Rountree Mapes qui lui a volé sa petite amie, Marisol, une actrice de théâtre. Bernie s’en ouvre à sa meilleure amie, Carolyn Kaiser, lesbienne, qui propose de l’aider. J’aime la galerie de personnages et le chat !

En attendant le soir prévu du cambriolage, Bernie part en repérage. « En maraude. Voilà qui sonne bien, hein ? Ça vous a tout à la fois un côté menaçant et excitant, délicieusement attirant dans le genre malsain. » (p. 54). Sauf qu’il rentre dans l’appartement de Barbara Creeley qui rentre chez elle ivre et droguée avec un inconnu qui va la violer… Bernie se glisse sous le lit et le lendemain, il est arrêté car il a été vu sur les caméras de surveillance dans le quartier où il y a eu un cambriolage et un triple meurtre… Alors, cambrioleur, oui, mais assassin, non !

Bernie va devoir s’associer avec le policier, Ray Kirschmann, après avoir été cambriolé chez lui et qu’un client ait été abattu en sortant de sa librairie.

Dès les premières pages, les personnages, le ton, l’humour, les descriptions du quartier de Manhattan, j’adore ! J’ai l’impression que je n’avais jamais lu Lawrence Block, grave lacune ! C’est que Le cambrioleur en maraude est le 10e tome (sur 11) de la série Bernie Rhodenbarr. C’est le renouveau du rocambolesque ! Et je veux lire d’autres titres !!!

Une chouette lecture pour les challenges Animaux du monde pour le chat Raffles, le Challenge de l’été (États-Unis) et Polar et thriller 2020-2021.

Quand tu liras ces mots de Giles Blunt

Quand tu liras ces mots de Giles Blunt.

Le Masque (JC Lattès), octobre 2008, 432 pages, 21,90 €, ISBN 978-2-70243-332-4. The Fields of Grief, ou By the Time You Read This (2006) est traduit de l’anglais (Canada) par Oristelle Bonis.

Genres : littérature canadienne, roman policier.

Giles Blunt naît le 2 février 1952 à Windsor en Ontario (Canada). Il étudie la littérature anglaise à l’université de l’Ontario. Il vit une vingtaine d’années à New York puis s’installe à Toronto. Il est auteur de romans policiers (depuis 1989) et scénariste. Plus d’infos sur son site officiel, https://www.gilesblunt.com/.

Automne, Algonquin Bay. L’inspecteur John Cardinal vit avec son épouse, Catherine, dans une jolie petite maison. Ils sont mariés depuis bientôt 30 ans et ils s’aiment mais Catherine est dépressive. Elle va mieux depuis un an, elle prend son traitement, elle enseigne de nouveau la photographie à l’université et elle a prévu une expo de ses photos. « Lorsqu’elle allait bien, en effet, Catherine Cardinal avait une personnalité solaire, rayonnante, le terme ‘maniaco-dépression’ – le diagnostic de ‘trouble bipolaire’ et, pire encore, de ‘psychose’ – évoquait à Delorme l’image de gens brisés, hagards, alors que Catherine irradiait au contraire la douceur, l’intelligence et une profonde sagesse. » (p. 23). Mais ce soir-là, Cardinal est appelé au Gateway et la femme morte au pied de cet immeuble neuf est Catherine… Suicide ? Meurtre ? Tout le monde conclut au suicide, d’autant plus qu’elle a laissé un feuillet sur lequel est écrit de sa main « John chéri, Quand tu liras ces mots […] et s’il y avait eu un moyen de faire autrement… » (p. 34). Mais le jour de la crémation, Cardinal et leur fille Kelly reçoivent une carte : « Quel effet ça fait, connard ? Bien malin qui pourrait dire comment ça va finir. » (p. 58). Et si Catherine ne s’était pas suicidée ? Cardinal, qui est au repos va enquêter de façon discrète ; il contacte sa collègue Lise Delorme – qui a été mise entre temps sur une affaire de pédophilie et de pornographie enfantine – et Tommy Hunn, un ancien collègue qui travaille au « service d’analyse des documents de l’institut de criminologie de l’Ontario » (p. 73). Quant au Dr Frederick Bell, le psychiatre qui suivait Catherine, il joue à un jeu dangereux : pourquoi un taux de suicide plus élevé, et ce depuis toujours, chez ses patients ?

La série avec le personnage de John Cardinal à Algonquin Bay voit le jour en 2000. Quand tu liras ces mots est le 4e tome, après Forty Words for Sorrow (2000) = Quarante mots pour la neige (Le Masque, 2003, Pocket, 2005), The Delicate Storm (2002) = Sous un ciel de tempête (Le Masque, 2004, Pocket, 2006) et Blackfly Season (2005) = Surgie de nulle part (Le Masque, 2007, Pocket, 2009) que je n’ai pas lus mais ça n’a pas gêné la compréhension des personnages et de ce roman haletant. Heureusement que Cardinal n’a pas cru au suicide est a enquêté ! J’ai été sous tension (sûrement comme Cardinal) tout le temps, l’enquête (non officielle) est trépidante et passionnante. Quant à l’enquête de Lise Delorme, sur la pédophilie et pornographie enfantine, elle est vraiment glauque… Le plus important dans cette histoire, ce sont les personnages, leur chagrin et les relations qu’ils ont entre eux ; l’auteur aime ses personnages et ça se ressent bien. Je lirai assurément d’autres titres, si je les trouve, et tant pis s’ils sont parus avant, comme ça j’aurai le plaisir de retrouver Catherine alors qu’elle est morte.

Une excellente lecture polar pour le Challenge de l’été (Canada) et pour Polar et thriller 2020-2021.

La princesse du Burundi de Kjell Eriksson

La princesse du Burundi de Kjell Eriksson.

Gaïa, collection Polar, octobre 2009, 352 pages, 22 €, ISBN 978-2-84720-150-5. Prinsessan av Burundi (2002) est traduit du suédois par Philippe Bouquet.

Genres : littérature suédoise, polar.

Kjell Eriksson naît en 1953 à Uppsala (Suède). Il est auteur, principalement de romans policiers.

Un mois de décembre enneigé à Uppsala. John, surnommé Petit-John, avait flirté avec la délinquance quand il était adolescent mais c’est terminé depuis qu’il est marié avec Brit et qu’ils ont un fils de 14 ans, Justus. Mais Berit est inquière car John est très en retard… Mais il ne rentrera jamais. « John Harald Jonsson avait saigné abondamment. Sa veste claire était maculée de sang coagulé. La mort avait sans doute été un soulagement pour lui, car il lui manquait trois doigts à la main droite. Ils avaient été sectionnés à hauteur de la deuxième phalange. Les brûlures et autres marques bleu foncé qu’il portait au cou et au visage témoignaient aussi des souffrances qu’il avait endurées. » (p. 22-23). Le corps de John a donc été retrouvé dans la neige, torturé, à Libro, là où les employés municipaux vont décharger la neige.

Le frère aîné, Lennart Albert Jonsson se sent responsable et il veut retrouver le meurtrier de John. « La neige crissait sous ses pas. […] Il aurait aimé s’allonger dans la neige pour y mourir, ainsi qu’avait fait John. Son unique frère. Mort. Assassiné. Le désir de vengeance le tourmentait comme si on lui avait enfoncé une barre de fer dans le corps et il sut dès lors que que ce ne serait que lorsque le meurtrier aurait payé son crime que cette douleur pourrait s’atténuer. » (p. 53).

La commissaire Ann Lindell est en congé parental, elle s’occupe de son nouveau-né, Erik, mais elle s’ennuie alors elle va suivre l’affaire « en marge » et ne pourra pas s’empêcher d’intervenir car elle connaissait John.

Parmi les enquêteurs de son équipe, Ola Haver, Beatrice, Fredriksson, Ottosson, Riis… et je pense qu’ils sont dans les précédents tomes.

Cette troisième enquête d’Ann Lindell a reçu le Prix du meilleur roman policier suédois en 2002. Les enquêtes précédentes sont La terre peut bien se fissurer (2000, Gaïa 2007) et Le cercueil de pierre (2001, Gaïa 2008). Les enquêtes suivantes sont Le cri de l’engoulevent (2003, Gaïa 2010), Les cruelles étoiles de la nuit (2004, Gaïa 2012) et L’homme des montagnes (2005, Gaïa, 2013) avec éditions en poche chez Babel noir. Si je trouve certains de ces titres à la bibliothèque, je les emprunterai !

Les polars suédois sont en général bien détaillés et bien glauques… La princesse du Burundi est en fait le poisson préféré de John qui a (avait) un énorme aquarium, c’est un poisson tropical, un cichlidé (je pense en avoir déjà vu dans des aquariums).

Pour les challenges Animaux du monde #3 (pour les poissons), Challenge de l’été 2e tour (Suède), Petit Bac 2020 (pour la catégorie Lieu avec Burundi), Polar et thriller 2020-2021 et Voisins Voisines 2020 (Suède).

Challenge Polar et thriller 2020-2021 avec Sharon

Sixième édition pour moi avec ce blog ! Hier a démarré le challenge Polar et thriller 2020-2021. Donc du 11 juillet 2020 au 10 juillet 2021.

L’objectif est toujours de lire des romans policiers. Sharon nous dit qu’elle souhaite  que : « tous les genres, toutes les destinations soient possibles, sans aucune restriction : des romans, des romans noirs, des recueils de nouvelles, des thrillers, des romans policiers fantastiques, des romans historiques, des mangas, des bandes dessinées, des romans de littérature jeunesse, des essais, des biographies, des mémoires. Le genre policier est vaste, ne nous privons pas d’une de ses catégories ! ».

Infos, inscription et logos (nouveaux logos de Cannibal Lecteur) chez Sharon.

Les catégories (facultatives)
– jusqu’à 5 livres lus : Imogène
– de 6 à 15 livres lus : Montalbano
– de 16 à 25 livres lus : Miss Marple
– de 26 à 50 livres lus : Erlendur Sveinsson
– de 51 à 75 livres lus : commissaire Jules Maigret
– de 76 à 100 livres lus : Walt Longmire
– plus de 100 livres lus : Sherlock Holmes
– plus de 200 livres lus : Lucky Sherlock

Options (nouveau !)
Séries télévisées et cinéma : super idée !

Mes billets pour ce challenge

1. Sherlock Holmes et les monstruosités du Miskatonic de James Lovegrove (Bragelonne, 2019, Angleterre)

2. La princesse du Burundi de Kjell Eriksson (Gaïa, 2009, Suède)

3. L’ambre du Diable (Une aventure de Lucifer Box, 2) de Mark Gatiss (Bragelonne, 2016, Angleterre)

4. Parasite de Sylvain Forge (Mazarine, 2019, France)

5. Quand tu liras ces mots de Giles Blunt (Le Masque, 2008, Canada)

Catégorie Imogène honorée 🙂

6. Le cambrioleur en maraude de Lawrence Block (Seuil, 2005, États-Unis)

7. Clara et la Pénombre de José Carlos Somoza (Babel noir, 2019, Espagne)

8. L’énigme de Saint-Olav (Melchior l’Apothicaire, 1) d’Indrek Hargla (Babel, 2014, Estonie)

9. Une enquête de Basil et Victoria (tomes 1 et 2) de Yann et Édith (Les humanoïdes associés, 1990-1993, France)

10. Wily Fox mène l’enquête, 1 – Une ombre au tableau d’Adam Frost (Thomas Jeunesse, 2017, Angleterre)

11. Wily Fox mène l’enquête, 2 – Un parfum de mystère d’Adam Frost (Thomas Jeunesse, 2017, Angleterre)

12. Charlock 1 – La disparition des souris de Sébastien Perez et Benjamin Lacombe (Flammarion Jeunesse, 2020, France)

13. Charlock 2 – Le trafic de croquettes de Sébastien Perez et Benjamin Lacombe (Flammarion Jeunesse, 2020, France)

14. Les aventures de Jak et Bil au Gabon – Le secret de l’ivoire de Jacques Ortet et Arnold Berssenbrugge (Bookelis, 2020, France/Pays-Bas)

15. Below Zero de C.J. Box (Calmann Lévy, 2012, États-Unis)

Catégorie Montalbano honorée 🙂

16. Cet été là de Lee Martin (Sonatine, 2017, États-Unis)

17. Le bonhomme de neige de Jo Nesbø (Gallimard, 2008, Norvège)

18. Angor de Franck Thilliez (Fleuve, 2017, France)

19. Octobre de Søren Sveistrup (Le livre de poche, 2020, Danemark)

20.  La princesse au visage de nuit de David Bry (L’homme sans nom, 2020, France)

21. La mémoire du temps de Frank Leduc (Nouveaux auteurs, 2020, France)

22. Tous les péchés sont capitaux de Daria Desombre (Le Masque, 2019, Russie)

23. Le bureau du mariage idéal d’Allison Montclair + réflexion sur le cozy mystery (10/18, 2020, Angleterre)

24. Chronique d’une mort annoncée de Gabriel García Márquez (Le livre de poche, 2019 (1981), Colombie)

25. Deux gouttes d’eau de Jacques Expert (Sonatine, 2015, France)

Catégorie Miss Marple honorée 🙂

26. Le manteau de neige de Nicolas Leclerc (Seuil, 2020, France)

27. L’attaque du Calcutta-Darjeeling d’Abir Mukherjee (Liana Levi, 2019, Angleterre/Inde)

28. Erectus de Xavier Müller (XO, 2018, France)

29. L’énigme de la porte Rashomon – Une enquête de Sugawara Akitata de I.J. Parker (Belfond, 2007, États-Unis)

30.  Fantômes et samouraïs – Hanshichi mène l’enquête à Edo d’OKAMOTO Kidô (Philippe Picquier, 2007, Japon, 1917-1937)

31. Rouges estampes : une enquête pendant la Commune de Paris de Jean-Louis Robert, Carole Trébor et Nicola Gobbi (Steinkis, 2021, France/Italie)

32. Erectus 2 – L’armée de Darwin de Xavier Müller (XO, 2021, France)

33. Sa Majesté mène l’enquête 1 – Bal tragique à Windsor de S.J. Bennett (Presses de la Cité, 2021, Angleterre)

Avalanche Hôtel de Niko Tackian

Avalanche Hôtel de Niko Tackian.

Calmann Lévy, collection Noir, janvier 2019, 270 pages, 18,50 €, ISBN 978-2-70216-329-0.

Genres : littérature française, roman policier.

Niko Tackian naît le 5 avril 1973 à Paris. Il étudie le Droit et l’histoire de l’art. Avant d’être romancier en polars/thrillers, il est journaliste, scénariste, réalisateur et auteur de bandes dessinées. Du même auteur chez Calmann Lévy : Toxique (2017), Fantazmë (2018) et Celle qui pleurait sous l’eau (2020). Avalanche Hôtel a reçu le Prix de la Ligue Imaginaire Cultura et le Prix Thrillers à Gujans-Mestras

6 janvier 1980. Joshua Auberson se réveille après avoir fait une chute. Il est nu dans une salle de bain de l’Avalanche Hôtel où il est agent de sécurité. Mais il ne se rappelle plus réellement ni de sa vie ni de Catherine Alexander qui a disparu le lendemain de ses 18 ans alors qu’une voix lui parle dans sa tête lui disant qu’elle est là depuis toujours. En tout cas, l’inspecteur Sylvain Lieber le soupçonne. « Sa blessure au front lui avait permis de quitter la salle et de gagner du temps. Mais elle l’avait aussi rendu suspect aux yeux de ce flic et ça commençait à l’inquiéter. Il fallait absolument qu’il réussisse à retrouver la mémoire pour se disculper de tout soupçon et recoller les morceaux de son identité. » (p. 21). Lorsqu’il rencontre Clovis, celui-ci lui dit que c’est lui qui travaille ici depuis 15 ans et il l’emmène à l’extérieur, sur une piste de bobsleigh, car « Il y a des choses qui doivent être faites à des moments précis. Tu comprends ? À DES MOMENTS PRÉCIS. » (p. 30).

3 janvier 2018. Joshua se réveille frigorifié dans une chambre d’hôpital. « Joshua Auberson, lieutenant de police à la brigade cantonale vaudoise » (p. 46). À son chevet, Sybille, sa collègue et amie. Chute sur plus d’un demi kilomètre, coups sur la tête, hypothermie, quelques légères lésions dans la zone de l’hippocampe… Tous pensent que Joshua a rêvé durant son coma car l’Avalanche Hôtel (ou plutôt le Bellevue Grand Palace) est fermé depuis des années et… il est en ruines !

L’enquête en cours concerne une jeune femme brune trouvée par des randonneurs et surnommée l’inconnue de Naye mais elle avait une photo en noir et blanc de Catherine Alexander, disparue 38 ans auparavant. Joshua est perdu… « ‘Le réel est parfois trompeur…’ Les mots de Clovis résonnaient à ses oreilles comme un avertissement sinistre. » (p. 90).

Avalanche Hôtel (belle couverture) est un polar noir aux allures de thriller, angoissant, à la limite du fantastique (l’auteur reconnaît le clin d’œil à Stephen King et à l’adaptation cinématographique de Shining). Les personnages sont bien pensés, le style est vif, la montagne est belle mais attention elle peut être dangereuse surtout en hiver. Ça ne m’a pas dérangée que le roman oscille entre polar et thriller, et je lirai certainement les autres titres de Niko Tackian (que je découvrais ici) avec les enquêtes de Tomar Khan. Le fait que ce roman traite du cerveau, de la mémoire, des souvenirs, de la généalogie cellulaire m’a beaucoup accrochée. L’auteur n’amène pas ses lecteurs à l’autre bout du monde (comme dans les thrillers en général) mais dans les montagnes enneigées des Alpes suisses et… dans les tréfonds de la mémoire !

« Je crois beaucoup à la mémoire des lieux, vous savez, avait-il dit pour ponctuer le récit de Joshua. Moi qui habite ici depuis des années, je peux vous dire qu’il s’en passe des choses… – Quel genre de choses ? – Des bruits de pas, des portes qui claquent… des lumières, même, et parfois de la musique. C’est comme si… comme si la mémoire du palace refusait de se vider totalement. » (conversation avec Robert, le gardien, p. 172).

« La vérité avait un prix. » (p. 215). « Oui, la vérité avait un prix mais Joshua était prêt à le payer. » (p. 2016).

Idéal pour Lire en thème (en février, un auteur français) et pour le Mois du polar inclus dans le challenge Polar et thriller 2019-2020 mais aussi pour Littérature de l’imaginaire #8 pour le côté fantastique.

De bonnes raisons de mourir de Morgan Audic

De bonnes raisons de mourir de Morgan Audic.

Albin Michel, mai 2019, 496 pages, 21,90 €, ISBN 978-2-226-44142-3.

Genres : littérature française, polar / thriller.

Morgan Audic naît en 1980 à Saint Malo (Bretagne). Il est professeur d’histoire et de géographie en lycée à Rennes. Son premier roman, Trop de morts au pays des merveilles, est paru aux éditions du Rouergue en 2016. De bonnes raisons de mourir a reçu l’Étoile 2019 du meilleur polar.

Le capitaine Joseph Melnyk et l’officier Galina Novak « tout juste sortie de l’école de police » (p. 11) enquêtent sur un mort « à Pripiat, une ville fantôme abandonnée depuis 1986 à cause de l’explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl » (p. 12). « Coupe ton engin de malheur, ordonna Melnyk. […] Travailler dans un endroit infesté de radiations était une chose, entendre une machine vous le rappeler sans cesse en était une autre. » (p. 13). Le cadavre d’un Russe, Léonid Vektorovitch Sokolov est suspendu à une fenêtre d’un immeuble de la rue Kurchatova. Il a été torturé… « Melnyk se dit qu’il fallait une sacrée dose de haine pour démolir un type comme ça et exposer son corps. » (p. 21).

Un mois après, Alexandre Rybalko, un policier moscovite ivre et tabassé par des ultras (skinheads) sort de l’hôpital. Il est embauché par Vektor Sokolov pour enquêter sur la mort de son fils car ce policier russe parle la « langue des rossignols », c’est-à-dire l’ukrainien. Sokolov avait été ministre de l’Énergie sous Eltsine et fondateur de PetroRus. Rybalko n’a rien à perdre… Il est divorcé de Marina depuis deux ans et vois peu sa fille, Anastasia. De plus « J’étais à Pripiat quand la centrale de Tchernobyl a explosé. J’avais huit ans. Est-ce que c’est ça qui… Il laisse la phrase en suspens. Le médecin hoche la tête avec gravité. » (p. 52). Il découvre une région ravagée par le chômage et en guerre, le Donbass. « La guerre ici, c’est le frère qui tire sur le frère, ou au mieux sur le cousin, argumenta Ossip. Et même quand on vise un Russe, on n’est pas à l’abri de toucher un parent éloigné. Foutue guerre de merde… » (p. 115).

Le passage qui tue ! « Là-bas, ce sera du blé d’hiver, dit machinalement le fermier en désignant ses terres d’un large geste de la main. Tout en bio. Zéro pesticide. – Du bio de Tchernobyl, soupira Novak, désabusée. Et les gens achètent ça ? – Bien sûr. C’est meilleur et plus sain que la plupart des choses que vous trouverez sur les marchés de la capitale. On en exporte aussi à l’étranger. » (p. 148-149).

Trois infos que je veux garder. 1- J’ai remarqué l’importance des oiseaux : le rossignol, l’hirondelle bleue, le faucon (sokol qui ressemble au nom Sokolov), le pic-vert russe. 2- Les samosely sont des personnes âgées revenues vivre à Poliske, Loubianke ou Ilintsakh. « La plupart sont des vieillards inoffensifs qui sont retournés vivre dans leur maison natale. Au départ, les flics les chassaient, mais comme ils revenaient toujours, ils ont fini par fermer les yeux. » (p. 196). Ça m’a fait penser à Le dernier amour de Baba Dounia d’Alina Bronsky ! 3- Il y a des classiques du rock soviétique dans ce roman : Kino, DDT, Aukhyon, Nautilus Pompilius, Zoopark, des artistes que j’essaierai d’écouter sur Internet (Kino, je connais déjà grâce au très beau film Leto de Kirill Serebrennikov).

Un polar (un thriller ?) réussi qui transporte le lecteur dans un endroit pas paradisiaque et qui traite de vengeance avec de bonnes raisons de mourir. Quand deux crimes commis la nuit du 26 avril 1986 (l’épouse de Sokolov et une de ses amies) reviennent hanter le tueur qui n’a jamais été arrêté… Le parallèle entre l’enquête de police officielle avec Melnyk et Novak (le vieux briscard, la nouvelle recrue) et l’enquête parallèle par Rybalko (affaibli par son cancer généralisé) est idéal pour tout découvrir même si les ordres avaient été donnés en haut lieu, même s’il ne fallait pas lier ces meurtres à l’accident nucléaire, etc. Les descriptions des lieux et de certains personnages sont glaçantes et le lecteur se rend compte qu’il lit plus qu’un roman policier car l’auteur s’est bien documenté (ou alors il a été sur place ?). Je ne vous en dis pas plus, je vous laisse découvrir les lieux, les personnages et les deux enquêtes de ce pavé qui se lit d’une traite (si vous avez une journée pluvieuse à occuper). Un nouvel auteur à suivre !

Pour les challenges Lire en thème (en février, un livre d’un auteur français), Polar et thriller 2019-2020 qui inclut le Mois du polar 2020 (en ce mois de février) et Petit Bac 2020 (pour la catégorie Mot au pluriel avec raisons).