Extincta de Victor Dixen

Extincta de Victor Dixen.

Robert Laffont, collection R, novembre 2019, 608 pages, 19,90 €, ISBN 978-2-22124-037-3.

Genres : littérature française, science-fiction, post-apocalyptique, jeunesse.

Victor Dixen naît en 1979 d’une mère française et d’un père danois. La famille vit dans plusieurs pays d’Europe et, devenu adulte, il vit aux États-Unis, en Irlande, à Singapour… Il écrit depuis 2009 et ses genres de prédilection sont ceux de l’imaginaire. Plus d’infos sur son site officiel.

Après le Grand Effondrement, dans les Dernières Terres, « les Derniers Humains expiaient la démesure de leurs ancêtres. » (p. 23).

À Viridienne, au sud ouest des Dernières Terres, Astréa, une jeune femme de 18 ans, faisant partie des suants, espère être choisie « pour rejoindre le pleuroir, temple de Terra, en tant que novice. » (p. 22). Mais le destin va en décider autrement car il ne reste que « 255 heures avant l’extinction » (p. 21).

De son côté, Océrian, 18 ans également, est le fils aîné du roi Orcus, « héritier de la dynastie cétacéenne qui depuis deux siècles régnait sur la cité-royaume » (p. 29) mais suite à un accident dans lequel il a perdu une jambe, il est mis au rebut au profit de ses deux frères, les princes Boréalion et Delphinion.

Ils n’auraient jamais dû se rencontrer car Astréa est tout en bas de l’échelle sociale, et Océrian qui aurait dû être au plus haut est enfermé dans le château de son père. Jusqu’à ce qu’il décide de s’enfuir !

« Gong ! Il n’y avait plus de serpents multicolores. Il n’y avait plus de nuit liquide. Il ne restait qu’une sensation de bien-être, d’apesanteur ; oui, quelque chose comme ce qu’il ressentait jadis, quand il fermait les yeux aux jardins et se laissait emporter par le vent de son imagination. Partir… Si loin… Et ne jamais revenir… » (p. 177-178).

Astréa s’enfuit dans la Désolation intérieure avec ses amis Margane et Sépien. Ils veulent délivrer Palémon (le frère aîné d’Astréa) et Livien (le frère jumeau de Sépien) en échange d’Océrian. « Il était un apex, elle était une suante. Il était un otage, elle était sa ravisseuse. C’était tout ce qu’il y avait à savoir, et rien de plus. » (p. 246).

Au comptoir Solitaire, où ils font halte, j’ai bien aimé le soignant Hippocampos et son cabinet des curiosités avec de vrais livres anciens. « Parfois, une pensée, une impression, une formule en révèlent davantage sur le mystère de la vie et de la mort que des traités entiers. Jadis, on appelait cela littérature. Et sa substantifique moelle, son essence précieuse, se nommait poésie. » (p. 270-271). Il y a pas mal de vers de Baudelaire.

Plus de 400 ans auparavant, le Grand Effondrement, un Effondrement écologique en fait, a détruit la Terre et pratiquement toute la faune, la flore et l’humanité, « Mêtana », « Kârbon », feux nucléaires… Les humains survivants se sont réfugiés tout au Nord mais le nom de Svalbard est oublié depuis longtemps. C’est maintenant les Dernières Terres avec les royaumes de Viridienne, de Souvenance, de Tourbeuse, de Lointaine, entre autres, tous fonctionnant sur le même système, avec les suants (les ouvriers suant toute la journée), les crachants (ceux qui crachent les ordres aux suants), les pleureurs (les prêtres), les saignants (les soldats) et les apex (les nobles, immunisés), chaque caste avec une couleur différente de linceuls et des animaux différents pour les reconnaître (leur prénom et le tatouage sur leur corps). Mais le royaume de Flamboyante est un royaume hérétique. Pratiquement plus d’animaux (il est interdit de les utiliser, de les tuer et de les consommer), pratiquement rien à manger à part des algues, une chaleur accablante… La survie n’est pas de tout repos.

Quant au voyage de notre petite troupe, il est dangereux et passionnant. Les relations entre les personnages, tous différents, et leur histoire personnelle sont bien construites. Et puis, il y a cette bougie qui de chapitre en chapitre (les chapitres alternent entre Astréa et Océrian) se réduit inexorablement et bien sûr le message écologique adressé aux lecteurs. Il est encore temps, on connaît les problèmes, on doit les résoudre avant qu’il ne soit trop tard pour la planète et ses habitants. C’est bien raconté, bien documenté et sombre à souhait. Aventure, amitié, amour même, trahison, tous les ingrédients y sont pour faire un excellent roman post-apocalyptique. De plus, le livre est soigné, illustré, avec des cartes, des bougies, et j’avais l’impression de voir certains animaux en lisant (d’ailleurs à chaque bas de page, il y a le nom latin d’espèces éteintes). Assurément je lirai d’autres titres de Victor Dixen (en avez-vous un particulièrement à me conseiller ?).

J’ai commencé ce roman durant la Semaine à lire – mai 2021, le dimanche 16 mai et je n’ai pas pu le finir avant le week-end suivant mais je peux encore le mettre dans le Printemps de l’imaginaire francophone qui se termine aujourd’hui ! Je le mets aussi dans Challenge lecture 2021 (catégorie 18, un livre sur l’écologie, 2e billet), Challenge nordique (puisqu’il se déroule au Svalbard, archipel norvégien dans l’océan Arctique), Jeunesse Young Adult #10 et Littérature de l’imaginaire #9.

Metro 2034 de Dmitry Glukhovsky

Metro 2034 de Dmitry Glukhovsky.

L’Atalante, collection La dentelle du cygne, mai 2011, réédition janvier 2014, 413 pages, 22 €, ISBN 978-2-84172-543-4). Метро 2034 (2009) est traduit du russe par Denis E. Savine.

Genres : littérature russe, science-fiction.

Dmitry Alekseïevitch Glukhovsky (Дмитрий Алексеевич Глуховский) naît le 12 juin 1979 à Moscou (Russie). Il est journaliste et écrivain de science-fiction. Il parle six langues ! Il est aussi professeur à l’École du nouveau cinéma de Moscou fondée en 2012. Autres romans : Metro 2033 (2005), Sumerki (2014), Futu.re (2015), Metro 2035 (2017), Texto (2019) et un recueil de nouvelles : Nouvelles de la Mère Patrie (2018). Plus d’infos sur le site officiel de Metro en russe.

« Année 2034. Le monde gît en ruine. L’humanité est presque annihilée. Les radiations rendent les décombres des mégalopoles inhabitables et par-delà leurs limites, à en croire les ouï-dire, s’étendent à l’infini des terres calcinées et de profondes forêts à la faune et à la flore mutées. Nul ne peut décrire ce qui s’y trouve avec certitude. La civilisation s’éteint. La mémoire de la grandeur passée de l’humanité se pare de fables pour devenir légende. […] Vingt petites années seulement depuis que c’est arrivé, mais l’homme n’est plus le maître des lieux sur Terre. Des organismes engendrés par les radiations sont bien mieux adaptés que lui pour vivre dans ce nouvel environnement. L’ère de l’humanité s’achève. » (prologue, page 7).

Metropolitain de Moscou. La station Sevastopolskaya qui produit de l’électricité pour tout le métro est soutenue par la Hanse. La caravane hebdomadaire n’est pas revenue, il n’y a plus de communication et les rumeurs commencent à enfler. Hunter, Homère et Ahmed vont voir ce qu’il se passe. « La Terre, qui semblait jusqu’à ce moment-là parfaitement connue et où l’homme se sentait à l’étroit, était redevenue l’océan sans rivage, chaotique et méconnu qu’elle était autrefois. » (page 106).

Pendant ce temps, Sacha et son père, rejetés, exilés, vivent seuls dans une station abandonnée. « Je veux que les gens se souviennent de moi. De moi et de tous ceux qui m’étaient chers. Pour qu’ils sachent à quoi ressemblait le monde que j’aimais. Pour qu’ils entendent l’essentiel de ce que j’ai appris et compris. Pour que ma vie ne soit pas vaine. Pour que quelque chose reste après moi. » (Homère, page 208). « Tu y déposes toute ton âme ? demanda-t-elle en inclinant la tête. Mais ce n’est qu’un cahier. Il peut brûler ou se perdre. » (Sacha, page 208).

Mais il y a plus important. « Rien ne menace l’homme. Les hommes, ce sont des survivants, comme les cafards. Alors que la civilisation… c’est elle qu’il faut préserver. » (page 278).

« Ni les scientifiques ni les auteurs de science-fiction n’avaient jamais été capables de prévenir correctement l’avenir, se disait-il. Vers l’an 2034, l’humanité devait s’être rendue maîtresse de la moitié de la Galaxie ou, sinon, au moins du système solaire. C’était en tout cas ce que l’on promettait quand Homère n’était encore qu’un enfant. Tant les écrivains que les scientifiques se fondaient sur l’hypothèse que l’humanité était rationnelle et logique. Ils faisaient comme si elle n’était pas composée de plusieurs milliards d’individus paresseux, irréfléchis, prompts à l’emportement, mais était une sorte de ruche douée d’une intelligence collective et d’une volonté unique. Comme si, s’attaquant à la conquête spatiale, elle allait s’y consacrer avec sérieux et application et non s’arrêter à mi-chemin et s’en détourner – comme un enfant capricieux las de son jouet – au profit de l’électronique. Puis de l’électronique passer à la biotechnologie et ainsi de suite, sans avoir atteint dans aucune discipline de résultats réellement spectaculaires. Excepté peut-être la physique nucléaire. » (pages 140-141).

Metro 2034 est la suite de Metro 2033. On y croise Artyom mais il n’est plus le personnage principal avec Hunter. Hunter qui n’est plus lui-même… Ahmed et le père de Sacha ayant été tués, le lecteur suit particulièrement Hunter, Homère et Sacha. Il n’y a plus la surprise du premier tome donc le huis-clos est moins angoissant mais le roman se lit très bien, genre page turner. Il fait toujours froid dans le dos avec son huis-clos dans le métropolitain, ses tunnels sombres et sa violence. Et le lecteur se sent (trop) proche des personnages (très soignés par l’auteur).

Comme je le disais, j’ai retrouvé mes notes de lectures de Metro 2033 et Metro 2034 et j’ai envie de lire Metro 2035 dans les prochaines semaines ou les prochains mois.

Je mets cette lecture dans le Mois Europe de l’Est, ainsi que dans Littérature de l’imaginaire #9, Petit Bac 2021 (catégorie Voyage pour Metro) et Voisins Voisines (Russie).

Metro 2033 de Dmitry Glukhovsky

Metro 2033 de Dmitry Glukhovsky.

L’Atalante, collection La dentelle du cygne, mai 2010, réédition août 2014, 631 pages, 25 €, ISBN 978-2-84172-505-2. Метро 2033 (2005) est traduit du russe par Denis E. Savine. Il existe un jeu vidéo sorti en 2010.

Genres : littérature russe, science-fiction.

Dmitry Alekseïevitch Glukhovsky (Дмитрий Алексеевич Глуховский) naît le 12 juin 1979 à Moscou (Russie). Il est journaliste et écrivain de science-fiction. Il parle six langues ! Il est aussi professeur à l’École du nouveau cinéma de Moscou fondée en 2012. Autres romans : Metro 2034 (2011), Sumerki (2014), Futu.re (2015), Metro 2035 (2017), Texto (2019) et un recueil de nouvelles : Nouvelles de la Mère Patrie (2018). Plus d’infos sur le site officiel de Metro en russe.

À Moscou, dans le Metropolitain. Une guerre nucléaire a tout ravagé et les survivants vivent sous terre dans le métro depuis une vingtaine d’années. « Survivre ! Survivre à tout prix. » (p. 22). Artyom, 24 ans, a été sauvé à l’âge de 5 ans d’une invasion de rats par un soldat qui l’a élevé comme son fils. Ils vivent dans la station VDNKh. Un jour, Artyom recueille un chiot. « Qui sait ? Peut-être qu’en grandissant ce chien vous rendra de fiers services. » (p. 40). À part quelques stalkers, dûment protégés, personne ne monte à la surface. « La vie s’était maintenue en surface, mais ce n’était pas la vie telle qu’on l’avait connue, telle qu’on pouvait encore l’appréhender. » (p. 51). Le Chasseur envoie Artyom à Polis, La Ville, La Cité. « Artyom, mon petit, c’est sans doute le dernier endroit sur cette Terre où les hommes vivent comme des hommes. Le dernier où ils n’ont pas encore perdu la mémoire de ce qu’est l’être humain, et de la manière dont ce mot doit résonner. » (p. 109). Mais il y a du danger car dans les autres stations du métro vivent d’autres survivants regroupés comme des tribus… « À votre avis… nous… les êtres humains, je veux dire… est-ce que nous retournerons là-haut ? À la surface. Est-ce que nous pourrons survivre et remonter ? » (p. 245). Mais Moscou est devenue « La ville… Vision lugubre et magnifique ! » (p. 399).

Par le passé, des stations ont été en guerre, comme la Rouge et la Hanse. Il y a eu des annexions, des contrôles, beaucoup de bureaucratie… C’est l’occasion pour l’auteur de « critiquer » la société dans laquelle on vit et la société telle qu’elle peut devenir. Chaque station a sa communauté (ou l’inverse !), il y a les nostalgiques du communisme, les néo-nazis, les Caucasiens, les cannibales… Mais le commerce est fructueux malgré les conflits incessants. Il y a aussi l’obscurité, les rats, la peur puisque le métro est un espace clos ; le roman est de même un huis-clos oppressant. C’est aussi une réflexion intelligente et réaliste sur ce qui fait vivre et se battre les hommes : la politique ? La religion ? Les idées ? Dmitry Glukhovsky nous livre en tout cas des phrases grandioses comme « Pour que des milliers d’hommes et de femmes à travers le métro puissent respirer, manger, s’aimer, donner la vie, déféquer, dormir, rêver, se battre, tuer, s’émerveiller et traduire en justice, philosopher et haïr. Pour que chacun puisse croire à son paradis et son enfer… Pour que la vie dans le métro, malgré sa vanité et son absurdité, malgré sa crasse et son bouillonnement, dans toute cette diversité qui la rendait magique et merveilleuse, pour que la vie des hommes se poursuivent. » (p. 622-623). Évidemment Metro 2033 est un roman difficile à lire, il est assez long (plus de 600 pages), il n’est pas complaisant, il est dense, il est effrayant et c’est un chef-d’œuvre !

À propos des stalkers. « Chaque stalker devenait une légende vivante, un demi-dieu que tout le monde admirait, des plus jeunes aux plus âgés. Quand des enfants grandissent dans un monde où il n’est plus possible de voler ni de naviguer et que des mots tels que « pilote » et « navigateur » se vident peu à peu de leur sens, ils veulent devenir des stalkers. Partir là-haut, nimbés de leurs exploits et accompagnés par des centaines de regards empreints de reconnaissance et d’adoration, pour affronter des créatures monstrueuses et, revenant ici-bas, sous la terre, apporter à leurs congénères du combustible, des munitions, la lumière et le feu. Apporter la vie. » (p. 51-52).

Eh bien, ayant retrouvé mes notes de lectures, je n’aurai pas à relire Metro 2033 et Metro 2034 et je pourrai lire Metro 2035 ! Je ne sais pas si, suite à la lecture, je voulais dire autre chose mais ce billet est déjà pas mal et je le mets dans le Mois Europe de l’Est, ainsi que dans Littérature de l’imaginaire #9, Petit Bac 2021 (catégorie Voyage pour Metro) et Voisins Voisines (Russie).

Robopocalypse de Daniel H. Wilson

Robopocalypse de Daniel H. Wilson.

Pocket, juin 2017, 480 pages, 8,70 €, ISBN 978-2-26624-246-2. Robopocalypse (2011) est traduit de l’américain par Patrick Imbert.

Genres : littérature états-unienne, science-fiction, post-apocalyptique.

Daniel H. Wilson naît le 6 mars 1978 à Tulsa dans l’Oklahoma (il est Cherokee). Ancien ingénieur à Microsoft et Intel, il est spécialiste de la robotique et de l’intelligence artificielle. Il est auteur d’essais scientifiques parfois humoristiques, d’articles parus dans le New York Times et le magazine Wired, de romans de science-fiction et de nouvelles. Du même auteur, j’ai lu et bien aimé Le cœur perdu des automates. Plus d’infos sur son site officiel.

Robots (machines) et humains sont en guerre. Bright Boy et son équipe découvrent un cube dans le puits N-16, dans la plaine de Ragnorak en Alaska. « Ce truc, c’est la boîte noire de toute la guerre, nom de Dieu. » (p. 16).

Le narrateur est Cormac « Bright Boy » Wallace mais en fait, en plus de son témoignage (les extraits sont en italique), il retranscrit ce que le cube a enregistré (c’est-à-dire absolument tout), des conversations téléphoniques, des entretiens privés et parfois classifiés top-secrets, des comptes-rendus scientifiques ou militaires, des rapports, ce qui donne un roman très diversifié, bien construit, moderne et passionnant. « Les machines nous ont attaqué sans prévenir, elles ont bouleversé notre vie quotidienne, elles sont nées de nos rêves, mais aussi de nos cauchemars. » (p. 20).

Tout commence lorsque le professeur Nicolas Wasserman crée Archos et Cormac Wallace raconte les incidents qui ont suivi les mois suivants aux États-Unis, au Japon, en Afghanistan (avec un robot militaire américain), en Angleterre jusqu’à l’Heure Zéro, au moment où les machines (robots mais aussi jouets, téléphones, véhicules et appareils connectés…) entrent en guerre. De nombreux humains sont tués mais certains échappent au massacre comme Marcus Johnson et son épouse Dawn à New York City, la sénatrice Laura Perez et ses enfants, Mathilda et Nolan. « Le monde a changé depuis un an. Notre technologie nous lâche de plus en plus. Les incidents se multiplient. Lentement, mais sûrement. Nos transports, nos communications, notre défense nationale… Plus je constate de dysfonctionnements, plus cette société me paraît creuse, prête à s’effondrer à tout moment. » (p. 157).

Lonnie Wayne Blanton, policier et indien Osage, a pu, avec sa Honda 350, se réfugier dans la réserve de Gray Horse au centre de l’Oklahoma, comme beaucoup d’Osages qui conduisent de vieilles voitures ou de vieilles motos (non connectées) ou, comme leurs ancêtres, en voyageant à cheval. « Gray Horse est rapidement devenu le bastion de la résistance humaine. » (p. 182). La résistance existe aussi au Japon, à Adachi, avec la forteresse et les robots amis de Takeo Nomura, et en Afghanistan avec Paul, soldat américain, et Jabar, jeune Afghan.

Au moment de l’Heure Zéro, Cormac « Bright Boy » Wallace est avec son frère aîné, Jack, à Boston. Jack est « soldat du feu » et « membre de la Garde nationale » (p. 221). Il a donc accès à l’armurerie de la ville et sait quoi faire en toute circonstance. Heureusement parce que Cormac a l’impression d’être « un gamin dans un costume d’Halloween de soldat, avec un fusil d’assaut chargé. » (p. 229). Pendant ce temps-là, à Londres, Lurker et Arrtrad, font ce qu’ils savent faire, hacker, ce qui « a sauvé l’humanité de l’extermination. » (p. 338).

Le Bright Boy Squad (de Cormac Wallace) et le Freeborn Squad (des robots « éveillés » qui se sont libérés de l’emprise d’Archos) s’unissent pour détruire Archos. C’est en Alaska qu’on les retrouve près de 3 ans après l’Heure Zéro. « Je ne réfléchis pas. J’agis. La suite n’a plus rien à voir avec la logique ou l’émotion. Ce n’est plus une question d’humanité, d’inhumanité, c’est une urgence, une obligation, un fait. Je crois que ce genre de choix, les choix pris dans des situations extrêmes, révèle notre moi profond, dépasse l’expérience et la réflexion. Dans une existence humaine, c’est sans doute la chose qui se rapproche le plus du destin. » (p. 407-408).

Le lecteur suit donc plusieurs personnages, tous différents mais prêts à se battre, ou tout du moins à survivre, aux États-Unis, au Japon, en Afghanistan et dans une moindre mesure en Angleterre, et ils sont tous attachants même si mon préféré est Cormac « Bright Boy » Wallace, le narrateur.

Après avoir lu R.U.R. de Karel Čapek (la première fiction avec des robots), me voici de nouveau avec des machines et des robots qui s’en prennent aux humains mais, dans Robopocalypse, ils sont plus élaborés, plus dangereux et il s’en est fallu de peu que l’humanité disparaisse ! Bien sûr, cette histoire m’a fait penser à la série Battlestar Galactica et au roman Un océan de rouille de C. Robert Cargill (dans lequel il n’y a carrément plus d’humains), Robopocalypse étant très réaliste et visuel. Je n’ai pas pu lâcher ce roman et j’ai très envie de voir le film éponyme réalisé par Michael Bay en 2020. L’auteur met en évidence les dangers de l’IA (Intelligence Artificielle) et il sait de quoi il parle en tant que scientifique (j’espère que tout cela restera de la fiction !). Les humains ont, avec d’immenses pertes, vaincu les robots mais ce n’est pas fini, il y a une suite, Robogenesis, que je pense lire tout bientôt.

Une excellente lecture que je mets dans le Challenge lecture 2021 (catégorie 47, un roman qui a été adapté en film ou en série) et Littérature de l’imaginaire #9.

Le guide SF à l’usage des lecteurs 4 : le post-apocalyptique

Le guide SF à l’usage des lecteurs, 4 : le post-apocalyptique par les éditions Delcourt et Soleil.

Genres : bande dessinée, science-fiction.

Delcourt, septembre 2020, 9 pages.

Après les guides SF à l’usage des lecteurs sur le space opera, l’anticipation et le steampunk (collaborations entre Delcourt et Soleil), voici celui sur le post-apocalyptique.

« La vie telle que vous la connaissez n’existe plus. Une catastrophe, qu’elle soit nucléaire, venue d’outre espace, pandémique, politique, économique ou écologique a détruit la civilisation à un tas de ruines et les survivants doivent trouver leurs propres solutions pour survivre. »

Comme d’habitude, les références post-apocalyptiques en films, séries et romans.

Les zombies sont sûrement ce qui est le plus connu ! Avec Walking Dead (bande dessinée – longue série – et série télévisée).

Mais il y en a d’autres à découvrir dans ce livret de 10 pages disponible sur Calameo.

 Et n’oubliez pas de visiter Mon avent littéraire 2020 pour le jour n° 13.

Pop et Kok de Julien Péluchon

[Article archivé]

Pop et Kok est un roman de science-fiction de Julien Péluchon paru aux éditions Seuil dans la collection Fictions & Cie en février 2012 (162 pages, 16 €, ISBN 978-2-02-105506-1).

Julien Péluchon naît en 1978 à Brest. Il étudie les mathématiques puis la médecine puis les Beaux-Arts et les Lettres. Du même auteur : Formications (2006).

Pop et Kok habitent à Rouen et sont amis. Ils essaient chacun de créer une entreprise, d’aimer une femme et de vivre un peu de bonheur. Mais ils vivent dans une ville en ruines et sont seuls au monde. Lors de la destruction par le Souffle terrible, Pop avait un an et Kok douze ans.

« Et pas seulement ici. Sur tout le territoire, dans le monde entier, sauf quelques îlots plein d’espoir, çà et là dans les océans, en Afrique, dans certaines parties d’Asie… Là où le Souffle n’était, paraît-il, pas venu. » (p. 11).

Depuis, leur vie est un enfer. Ils survivent, au milieu des feux, des nappes de gaz toxiques et des humains devenus des barbares ou des zombies.

« Le Souffle ressemblait à une chevauchée sauvage, une chevauchée de l’enfer. Un nuage bleu roi, onctueusement ourlé, rampait à toute vitesse sur la plate campagne, dans un faible ronronnement de chat. » (p. 11-12).

Peu nombreux sont les humains qui sont restés humains, et certains vivent en communautés, les aurivergistes, et n’acceptent pas ceux de l’extérieur.

« Vingt ans après, quelques survivants tentaient encore de reconstruire un semblant de civilisation. » (p. 13).

Juin 2185. Kok crée une compagnie de pousse-pousse et rencontre Élise. Pop ouvre un café-concert sur les bords de la Seine et rencontre Sylviane.

« Je m’efforce d’être optimiste, d’avoir une attitude optimiste, mais parfois c’est impossible. » (p. 29).

Mais bien qu’ils essaient de rester optimistes, le sort s’acharne contre Pop et Kok.

« La misère s’adapte très bien et se coule dans chaque mode de vie. » (p. 80-81).

Le récit se déroule jusqu’en 2215.

Quel roman étrange… S’il n’était pas classé en SF, je dirais que c’est un conte philosophique sombre et déprimant. Parce qu’il n’y a plus d’espoir, dans ce monde post-apocalyptique, chaque tentative se soldant par un échec : couple, progéniture, travail, amitié. Pourtant Pop et Kok veulent continuer à vivre, aller de l’avant (normal, c’est leur vie) mais ils ne réussiront rien à part des semblants : de vie de couple, de sexualité, d’entreprises…

Pourtant les sentiments, les besoins, les envies sont toujours là !

Face à l’absurdité de la vie et dans ce monde dévasté, quel peut être le destin des humains ? Ce roman montre en tout cas l’inhumanité de l’humanité, la perte de la civilisation et la mort de l’humanité. Il y a des références littéraires (Joseph Conrad, Cioran…) et un chamane conseille à Pop d’écrire pour lutter contre la déprime : lire, écrire, que c’est beau, mais il n’y a plus de civilisation, à part encore un semblant avec les adorateurs de la Verge dorée, les aurivergistes.

Je ne saurais dire si j’ai aimé ce roman ou pas, mais comme il est court et que les chapitres sont courts aussi, il se laisse lire jusqu’au bout. J’ai quand même préféré La route de Cormac McCarthy (coup de cœur 2008) et Au nord du monde de Marcel Theroux (coup de cœur 2010).

Si vous voulez vous faire une idée, les 10 premières pages sont disponibles sur le site de l’éditeur. Et j’aimerais bien avoir les avis d’autres lecteurs.

Un roman que j’ai lu durant le Marathon d’automne et que je place dans les challenges ABC critiques 2012-2013 (lettre P), Lire sous la contrainte (le titre contient les deux prénoms des personnages principaux), Le tour des genres en 365 jours (Fantasy/SF/Fantastique), Le tour du monde en 8 ans (France) et Zombie attack.